Pour ou contre le Fonds Monétaire Européen ?


L'attaque concertée de quelques Hedge-funds contre la Grèce spéculant sur l'impossibilité du pays à refinancer une dette extravagante a soudainement activé une volonté réformatrice insoupçonnée : on songeait donc à créer un FME, un fonds monétaire européen, sur le modèle du FMI mais régional, comme l'idée en est caressée depuis plusieurs années (en fait depuis 1998) par l'Asie. Qui y songeait ? Qui en parlait ? Mystère ! Le diable sort de sa boite à l'improviste mais il a déjà de forts parrains puisque le couple franco allemand serait d'accord. Sur quelles modalités ? On se ne sait pas. Mais ils sont d'accord tout de même !

Nous n'avons nous-mêmes jamais proposé une telle structure. Nous sommes donc un peu pris au dépourvu. Il faut se remettre en cause. A-t-on raté une bonne idée qu'on aurait du imaginer il y a longtemps ? A l'inverse cette nouvelle institution est-elle surtout le fruit le l'impuissance et de l'improvisation ?   

* Pour le FMI, le FME, comme le fonds oriental, est une gigantesque gifle.

Cela fait des années que l'institution est malade. Conçu à l'origine comme une institution de régulation des changes fixes mais ajustables mis en place à Bretton Woods, le FMI était une institution principalement keynésienne. Il fallait éviter qu'une crise financière et monétaire impose une déflation dans les pays soumis à une crise de paiement. Alors on dévaluait un peu, de façon concertée, et, pour éviter que le bénéfice de la dévaluation ne soit totalement perdu, on encadrait assez fortement la politique de l'Etat défaillant pour que le sauvetage ne devienne pas une habitude.  Rappelons ce fait majeur : le FMI avait pour but d'éviter la déflation.

Le passage aux changes flottants a supprimé tout rôle utile au FMI. Si les changes flottent, la dévaluation est quasiment automatique en cas de difficulté de paiement et la messe est dite.  Comme une organisme public ne meurt jamais et que la soupe y est plus que bonne, personne n'a voulu acter la mort clinique du FMI qui s'est survécu à lui même dans l'artifice et le faux semblant. Le coup de grâce a été porté par la création de l'Euro.

Le FMI contrairement à ses statuts, avait renoncé  depuis longtemps à s'occuper des grands équilibres et donc des déficits américains et des excédents japonais et chinois. L'Europe cessait d'être une terre de mission. Restait le tiers monde. C'est comme cela que le FMI est devenue une Bird bis. L'une donnait aux pays impécunieux de quoi investir et l'autre les devises nécessaires pour participer au commerce international, mais moyennant des modalités de garde chiourmes. Comme la vocation de ses personnels était de remettre dans le droit chemin des pays ayant un peu dérapé, on a considéré que le sous développement était un dérapage qu'il fallait traiter avec la même dureté. Le FMI a fini par être vomi par ceux auxquels il proposait ses services.  

Une autre vocation résiduelle était d'aller au secours de pays qui avaient décidé de conserver des changes plus ou moins fixes et dont le "peg" menaçait de voler en éclat. Jamais personne n'a défendu le système du "currency board" dans aucune institution  internationale. Ce système exotique avait été retenu par l'Argentine avec des résultats d'abord intéressants. Mais la hausse du Dollar et la dévaluation du Real avait fini par faire exploser le système. Le FMI s'était cru autorisé à venir "au secours" de la monnaie devenue surévaluée qui provoquait une déflation terriblement douloureuse... en faisant de la surenchère dans la douleur ! On a vu le résultat. Quand rien n'a de sens, rien ne marche. Accumuler les contradictions en faisant jouer les uns et les autres à contre rôle est absurde. Ce qui est vrai pour l'Argentine l'est également pour tous les pays asiatiques pris dans le tourbillon de la crise du dollar de 1998.

On a alors vu s'accélérer la valse des directeurs du FMI : depuis la démission de M. de la Rosière ("Sœur Theresa" dans le langage des initiés), tous les directeurs ont été des politiques faisant un petit tour valorisant et rémunérateur à la tête du FMI en attendant des positions plus honorifiques encore dans leur pays d'origine.  DSK fait partie de ce Wagon.

La crise actuelle a en apparence donné plus d'importance au FMI. On a augmenté les droits de tirage. On lui demande un peu d'expertise dans la définition des nouvelles régulations.  Dans la pratique son rôle est resté cantonné aux pays assommés par la crise comme l'Islande (dont le FMI n'avait rien dit au temps des folies), aux pays émergents (pour qu'ils aient quelques devises pour continuer à participer au commerce mondial) et aux pays ayant choisi de conserver une certaine fixité de leur change, notamment parce qu'ils étaient dans l'espérance d'intégrer l'Euro. C'est ainsi qu'on a vu des pays de l'est plongé dans les griffes du FMI et d'une impitoyable déflation, mais sans dévaluer ! Le contraire même de la vocation initiale de l'institution !  

La Grèce entre désormais dans la catégorie des pays dont l'Etat est de moins en moins capable de se refinancer.  Plutôt que d'emprunter sur le marché pourquoi ne pas demander de l'argent au FMI qui en a trop et ne sait qu'en faire ?  D'autant que les Allemands ont toujours fait la leçon aux "pays du club med" et ne veulent pas payer un point de base de trop sur leurs propres emprunts.

Les Européens veulent un bras armé pour imposer des mesures déflationnistes à la Grèce tout en assurant la survie de l'ensemble de l'Euroland, sans évidemment que le FMI ne vienne mettre ses gros doigts dans le système.  Comme toujours l'Europe a mis le chariot avant les boeufs et on s'aperçoit bien que l'absence de gouvernance économique globale, comme celle d'une institution supranationale de contrôle et d'intervention était une faiblesse structurelle.

Si le FME est effectivement créé cela signifiera le cantonnement définitif du FMI a un rôle de club de riches, discutant du monde autour de quelques statistiques, et donnant chichement des leçons à quelques pays en perdition pour qu'ils ne sortent pas définitivement de la mondialisation.

Ubuesque situation de celle de DSK, européen chargé de défendre la vocation incertaine du FMI contre l'Union Européenne !  Mais l'ubuesque a commencé lorsqu'on a conservé le FMI tout en tuant les autres parties du pacte de Bretton-Woods !  Un canard qui a la tête coupée peut courir encore longtemps en battant des ailes. Mais quel triste spectacle !

* Pour l'Euroland, le FME se trouvera dans la même situation que le FMI vis à vis des pays qui souhaitent conserver une monnaie fixe : il ne pourra aller que dans le sens de la déflation autoritaire puisqu'il n'y a plus de possibilités d'agir sur la monnaie.  Si la zone euro avait été une mini zone de type Bretton Woods avec des changes fixes mais ajustables à l'intérieur de la zone, un FME aurait eu du sens. Il aurait fourni des réserves de changes pour atténuer le choc tout en pilotant un retour au sérieux des finances publiques du pays fautifs.  On se rappelle que lors de la campagne pour le traité de Maastricht tous les bien pensants européens avaient expliqué qu'une monnaie commune  devait être unique et fixée pour la continuation des temps.  Les distorsions à l'intérieur de l'Euroland ne peuvent donc que se régler par la déflation.

* Pour l'économiste la vraie question est celle de savoir si la déflation est une bonne politique à recommander. Notre réponse est évidemment NON.

L'économie a pour vocation la croissance et le plein emploi. La déflation ne permet JAMAIS de trouver le chemin de la croissance et du plein emploi. Nous sommes donc totalement opposés à la déflation comme mode de fonctionnement de tout ou partie d'une zone monétaire. Nous sommes aujourd'hui en Europe dans une situation de fuite en avant totalement négative et socialement dangereuse. Les institutions européennes finiront pas être aussi méprisées que ne l'est aujourd'hui le FMI.  

Nous condamnons cette fuite en avant dans la stagnation et la déflation.

* La vraie solution est ailleurs.

Elle est au retour d'un système global de changes fixes et ajustables, avec l'assistance d'un FMI rénové.

Le FMI doit être égalitaire et non plus censitaire. Le dollar doit perdre sa vocation de monnaie de réserve ; les réserves doivent être poolées et non plus gérées pays par pays avec une stérilisation de capitaux qui seraient utiles ailleurs. Il doit être régionalisé avec quatre cinq fonds continentaux: européen, nord américain, sud américain, africain et asiatique.  Le FMI central joue un rôle de fonds de fond et joue avec la monnaie de réserve mondiale, le Mondio, monnaie centrale dans laquelle l'ensemble des monnaies sont définies selon un change fixe mais ajustable.  L'objectif global est d'obtenir la meilleure croissance globale possible avec un taux d'emploi optimisé.  Les pays qui dérapent sont d'abord traités par le fonds continental de rattachement sous la supervision générale du FMI central.

* En imaginant qu'on garde à l'esprit la mise en place à terme de notre plan, comment les mesures envisagées viendraient-elles s'imbriquer ?

Notons tout de même et en préalable que s'il avait été adopté en 1971, ce plan aurait sans doute évité que l'on songe à créer l'Euro. Mais bon !

Une zone d'unité monétaire dans un système général  de changes fixes est plus facile à gérer. Il est peut probable qu'un Fonds monétaire européen (Euroland) soit nécessaire s'il y a un fonds monétaire continental européen.  Il serait donc souhaitable que le FME Euroland soit étendu à l'ensemble de l'Europe hors Euro.

Cela souligne au passage que l'instance de pilotage de l'Euro ne peut pas être un FME mais une structure politique de gouvernance de l'Euroland à définir puisqu'on a oublié de le faire.

Puisque les changes seraient fixes l'obsession de la BCE pour une monnaie "forte" serait très amoindrie.  On pourrait donc mettre fin à ce système démoniaque qui veut que le monde marche moins bien que pendant les trente glorieuses, que l'Europe marche moins bien que le reste du Monde, et que chaque pays européen soit pris dans une logique dépressionnaire, en particuliers ceux qui ont sombré dans le malthusianisme économique, social et fiscal comme la France.

Rappelons une fois de plus que les institutions sont au service de l'homme et non l'inverse. L'objectif de la politique économique est le plein emploi et la croissance.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

Stiglitz et l'organisation bancaire

Pour notre auteur la question est vite vue : la cause du mal est toute entière dans la consanguinité entre Wall Street, les institutions de contrôle et les gouvernements. Les mêmes hommes ont eu les mêmes intérêts et la même vision qui a détruit toutes les règles prudentielles qui existaient. Ils savaient que les gains seraint pour eux, les pertes pour les contribuables, car leurs banques sont "too big to fail". "On n'a pas tant sauvé les banques que la fortune des hauts banquiers et porteurs d'obligations bancaires au moment où le système malhonnête a explosé".

L'originalité de Stiglitz  est dans l'extension de la critique à Obama qui n'a pas su remettre en question ni les hommes ni leurs pratiques.

J. Stiglitz entend enfoncer le clou et rien n'est laissé sous silence de l'histoire de la dérèglementation, et des méthodes de sauvetage biaisées qui ont été employées. Nous laissons le lecteur découvrir ces développements qui sont très éclairants.  

L'alternative ?

Il aurait fallu nationaliser temporairement et prendre la main sur la gestion des différents molochs malades après avoir chassé les dirigeants faillis.

Il aurait fallu casser le secteur bancaire en plusieurs morceaux spécialisés.
Il aurait fallu réduire la taille des grands acteurs dans chaque morceau.

Il aurait fallu ridiculiser l'idée fausse que la finance internationale libérée de toutes contraintes optimisent l'allocation des ressources ; au contraire, elle l'a perturbe.

Il aurait fallu corriger la pratique qui veut que les banques ne stockent plus les risques mais les transportent, généralement en les camouflant, vers les épargnants qui ne savent pas ce qu'on met dans leurs comptes.

Il aurait fallu empêcher "des conflits d'intérêts géants".

Il aurait fallu remettre en cause toute une série d'innovations financières qui ne servent en rien l'économie et la prospérité générale mais seulement les intérêts de leurs concepteurs.

"Si faire le lien entre les nouveaux produits et les échecs économiques est d'une extrême facilité, on a du mal à repérer le moindre rapport entre les "innovations financières" et une hausse de productivité".

"Les grandes banques ont joué un rôle marginal dans la vraie création d'emplois. Elles excellaient à détruire des emplois."

Le diagnostic est implacable et presqu'évident. Mais rien n'a été fait. Ce que regrette vivement J. Stiglitz.

Ceux de nos lecteurs fidèles retrouveront intégralement ce que nous ne cessons d'affirmer depuis 18 mois. Il n'y a pas une feuille de cigarettes entre les conceptions de Stiglitz et les nôtres, publiées à chaud et sans délai.

La situation de consanguinité et de conflits d'intérêts  est encore pire en France où une demi douzaine d'oligarques règnent sur la quasi totalité des dépôts des Français. Les effets de la crise y ont été moins forts qu'ailleurs pour des raisons qui ne tiennent en rien aux banques elles mêmes.

La législation des prêts immobiliers est en France beaucoup plus contraignante qu'aux Etats Unis.

Les Hedge-funds y sont interdits.  

Cela n'a pas empêché les banques de noyer le pays sous les dettes et de prendre des risques excessifs. Les groupes trop petits ont cherché à tout prix d'obtenir une taille suffisante pour pouvoir résister.  Comme en Suisse où UBS a surenchéri dans la croissance risquée pour contrer les grands établissements américains on a vu par exemple en France Natixis et les Banques populaires associées aux Caisses d'épargne se lancer dans une course désastreuse à la croissance oiseuses du bilan.

Même si quelques gros poissons ont l'air aujourd'hui de se porter à merveille, et ont même forci, le système bancaire français en octobre 2008 était globalement en faillite. Elles ont été sauvées par les moyens suivants :

- La Trésor américain, donc le contribuable américain, a accepté de renflouer à coup de centaines de milliards de dollars  AIG  et différents établissement porteurs de CDS  : du coup les banques françaises ont pu exercer des contrats qui sinon étaient sans effet. Personne n'avait imaginé en France qu'il y avait un risque de contrepartie. Les sommes versées par le contribuable  américain excède le cumul des bénéfices annoncées par les 6 plus grands groupes bancaires français pour 2009 !

- La BCE en fournissant de l'argent quasi gratuit aux seules banques, les taux d'intérêt payés par les clients restant pratiquement inchangés, a offert des gains aussi faciles que mirifiques aux banques et permis d'enfler sans mérite  les bonus des banquiers. L'ennui c'est que cette gratuité du crédit n'est qu'apparente. Au final comme tout a un coût, il faudra bien que quelqu'un paie d'une façon ou d'une autre.  

- Les grandes banques ont pu continuer à spéculer pour compte propre avec des gains d'autant plus facile que l'argent ne coûtait rien.

- Le portage des prêts aventurés a vu son coût baisser fortement, et la possibilité des revenir à une comptabilité historique (et non plus à la valeur du jour) a permis de planquer les pertes et de les renvoyer à plus tard.  

- Les banques ont supprimés en un clin d'oeil toutes les facilités de crédits et tous les découverts. Il est totalement hypocrite de la part des banques d'affirmer qu'elles n'ont que "très peu" diminué leurs encours de crédits. Elles ont totalement empêché  les entreprises d'utiliser les facilités de crédits sur lesquelles elles comptaient en cas de conjoncture difficile ! C'est exactement comme si tout le secteur des assurances avait aussitôt et comme un seul homme résilié toutes les polices d'assurances à un moment où on sentait des risques venir !  

- Les opérations bancaires ont été taxées en même temps que la majorité des opérations ont été renvoyées sur le client. les clients ont donc du payer pour faire les opérations eux mêmes !  

- Les produits toxiques ont été impitoyablement renvoyés sur l'épargnant captif et berné, après que les banques se soient octroyées de juteuses commissions.

Il n'y a pas un jour sans qu'une nouvelle affaire montre combien les conflits d'intérêts ont été importants.

Un jour c'est une banque qui a financé d'une part une bateau pour un affrêteur, avec les gains afférents et qui peu après place les quirats correspondant à la valeur du bateau y compris les coûts bancaires, dans leur réseau d'épargnants, avec les commissions afférentes. Le bateau en fait ne vaut rien car il n'a pas d'utilisation rationnelle. Tant pis. L'armateur et la banque se sont partagés le bon argent des épargnants qui n'ont que leurs yeux pour pleurer.

Un autre jour c'est un promoteur immobilier qui a vu la même banque financer son projet de local défiscalisé dans les Dom Tom et prêter de l'argent à ses épargnants pour commercialiser le programme. Le placement se révèle désastreux. La banque a gagné deux fois. Et elle vire les grincheux qui n'ont qu'à aller ouvrir un compte ailleurs maintenant qu'ils ont été grugés.

Toute la défiscalisation a marché sur des bases douteuses de ce type et a été l'occasion de milliers de combines et de conflits d'intérêts.

Les gains frauduleux se sont ajoutés aux libéralités de l'Etat (des Etats devraient-on dire) et de la BCE.

Le tout sera payé par le contribuable, les entreprises, l'emploi, le déposant et l'épargnant. Au prix fort ! Alors que les oligarques ont sauvegardé presque tous leurs situations et leurs prébendes.

La situation en France est exactement celle que décrit J. Stiglitz. Mais n'espérez rien lire dans les medias français : financièrement à l'agonie, ils ont besoin des banques...  

Joseph Stiglitz valide la totalité des idées que nous avons émises sur ce sujet depuis 18 mois.  Certains de nos lecteurs ont cru que nous étions peut être un peu marginaux, radicaux et même excessifs.  Et bien non. Alors nous persistons et signons :

- Nous avons payé un prix excessif le sauvetage des grands banquiers

- L'oligarchie aurait du être  brisée et le secteur bancaire totalement réorganisé.  

- Une occasion unique a été perdue. Elle ne se reproduira pas de sitôt.

- Le citoyen et l'acteur économique  paieront les coûts de cette erreur pendant que la valse des bonus reprendra.

N'avoir fait AUCUNE REFORME est une faute impardonnable.

Didier Dufau pour le cercle des économistes E-toile.

J. Stiglitz et les causes de la Grande Récession

Nous poursuivons ici l'analyse des thèses du livre que le "prix Nobel" de l'économie vient de faire paraître (Le triomphe de la cupidité).

L'auteur n'oublie pas l'inévitable passage sur les subprimes, traitées en profondeur, mais aussi avec le souci de marquer des points dans son long combat idéologique  avec les purs libéraux. Ces derniers ayant beaucoup insisté sur le fait qu'il s'agit d'une politique d'état qui a dérapé, il tente d'annuler cet argument en montrant que tous les marchés hypothécaires ne sont pas aussi morbides que celui des Etats Unis et que ce sont les lobbies bancaires qui ont fait échouer toutes les législations qui auraient permis de mettre en œuvre des solutions plus profitables aux consommateurs qu'aux distributeurs de crédits. Il cite le système hypothécaire norvégien comme exemple à suivre. 

Cela aurait pu être le système des Etats unis. Interdire les taux variables, les solutions de prêts pochette surprise, les prêts à plus de 100%, la titrisation abusive, le transport de produits financiers incompréhensibles vers l'épargnant qui ne sait pas ce que les banquiers ont collé dans ses produits d'épargne, sont du ressort du politique et des institutions de contrôle.

Elles ont toutes failli parce que les intérêts de Wall Street et la consanguinité entre ses hauts dirigeants et ceux des institutions de contrôle, plus son lobbying massif, ont interdit toute réflexion indépendante et toute législation défensive du consommateur. Tout le monde a validé l'idée qu'il fallait laisser faire et que les "innovations" proposées étaient utiles et sans danger.  

Contrairement à la plupart des autres auteurs récents de livres sur la crise, il ne se contente pas d'une explication de la crise par l'abus des crédits dits "subprimes". Comme c'est notre thèse depuis le début, nous buvons du petit lait lorsqu'on rencontre les mêmes idées dans la prose d'un prix Nobel, même si c'est dix-huit mois plus tard,.  "L'universalité du problème indique qu'il y a des vices fondamentaux dans le système" écrit-il. Le style n'est pas terrible, il faut en convenir. "Y a un blème dans l'système" c'est au mieux un thème de rappeur déchaîné. Cela manque un peu de précision.

Et justement, le style révélant l'homme, on touche une limite du livre. L'auteur sent bien que l'organisation générale de l'économie est fautive quelque part, mais il a le plus grand mal à cerner l'endroit où cela pêche et à identifier le Deus ex machina. "Il ne s'agit ni d'une question d'individus corrompus ni d'erreurs spécifiques, ni de petits problèmes à résoudre ou de petits ajustements à opérer".  Evidemment cela met en pièce le titre du livre. Mettons qu'il s'agisse d'une accroche marketing dont les éditeurs sont seuls responsables !  J. Stiglitz ajoute : "Pour quelques observateurs c'était un cas d'école parfaitement prévisible et d'ailleurs prédit".  La raison : un niveau d'endettement intenable !  "Les prétendues innovations financières ont permis à la bulle de grossir d'avantage". Il met alors les CDS en première ligne des innovations fâcheuses et explique parfaitement comment ils ont permis de tromper les règles prudentielles, et autorisé un gonflement presque sans limite des bilans, tout en accélérant la contagion de la crise de la dette dès qu'elle a démarré. Le contribuable a été le payeur de dernier ressort pour éviter que tout explose.  

On reconnaîtra ici toutes les thèses que nous défendons depuis dix huit mois.


* Les subprimes ont joué leur rôle mais ne sont qu'un détail de la crise globale

* L'endettement intenable est la source principale de la crise : il avait atteint des niveaux totalement intenables et l'effondrement était prévisible.

* Nous l'avons d'ailleurs prévu : après avoir alerter sur le caractère intenable de la dette mondiale rapportée au PIB mondial, nous avons annoncé dès 2006 un récession sévère pour 2009-2010. Dès le blocage du marché interbancaire en juillet 2007 nous avons révisé cette annonce en prévoyant l'effondrement en septembre 2008 et le gros de la crise en 2009.

* Le 22 septembre 2008 nous publions deux articles :

- l'indispensable  explication technique de détail 
- Un tableau statistique qui dit tout

qui résument tout ce que Stiglitz démonte sur 200 pages en janvier 2010.

La grande faiblesse de J. Stiglitz est , qu'après avoir, avec raison, détaillé les mécanismes de la crise, il ne parvient pas à comprendre la source même de ce surendettement. C'est comme si au billard un physicien analysait parfaitement les trajectoires des boules et leur incapacité d'aller à l'endroit espéré sans voir la queue de billard qui a imprimé l'impulsion initiale.

Souvent il frôle la bonne explication, mais jamais il ne parvient à la saisir.

C'est particulièrement clair sur la question du cycle de 8-10 ans.  On sait que nous sommes des tenants de la théorie du cycle et que nous mettons l'accent avec insistance sur cette question fondamentale qui a été sortie à tort des préoccupations des économistes à partir des années 60. Elle donne des éléments critiques de prévision. Ses ressorts étant toujours principalement financiers, elle aide à observer ce qui se passe dans ce secteur critique de l'économie qui est malheureusement l'un des enfants quasiment abandonnés de la science économique moderne, les rares auteurs qui s'y consacrent cautionnant généralement les innovations financières  ou se contentant d'analyses purement rétrospectives et sans danger.   

J. Stiglitz voit bien qu'il se passe quelque chose dans ce domaine du cycle : il évoque les travaux de Kindelberger sur le cycle  et ses explications purement financières. Cela vient tard dans le livre (P. 384) et il n'en tire pas vraiment parti.

Au contraire il commet des erreurs étonnantes. Il affirme par exemple que c'est la première fois qu'une crise américaine  secoue le monde entier. Et la crise de 73-74, alors, due exclusivement à l'abandon de la référence à l'or pour valoriser le dollar et aux méfaits jusqu'ici inconnus  des changes flottants voulus par les Etats-Unis  ?  Et la crise du début des années 80, qui touche le monde après que Volker ait décidé de casser l'inflation  née des déficits américains ? Et la crise de 91-93 qui part des Etats Unis puis touche le RU et la Hollande en 92 puis la France en 93 ?  Et la crise de 2001-2003 qui provient d'une hausse massive du dollar et des bourses américaines qui provoquent une bulle énorme qui s'effondre en entraînant toute l'économie mondiale ?  

Cette myopie se révèle aussi par le fait qu'il date le début des dérèglements au mandat de R. Reagan (le diable en personne avec la diablesse Thatcher en prime !), alors que tout se met en place à partir de 1971. (Lire notre article : sortir de la crise la crise de 1973-2010).

N'ayant aucune explication technique de la surgescence de la dette, il en revient à des explications comportementales et politiques. Il ne connait pas le mécanisme de la "double pyramide de crédits" détaillée par Jacques Rueff et reprise par Maurice Allais.

Comme c'est un bon observateur, il frôle souvent la vérité mais à chaque fois il s'en tient à l'analyse des effets sans trouver la cause. 

Il voit bien que les déficits et excédents jumeaux sino américains sont une anomalie intenable et que désormais il va falloir trouver un nouveau modèle des échanges internationaux.

Il voit bien que contrairement aux affirmations de Milton Friedman les changes flottants n'ont provoqué nulle part une diminution des réserves de change, mais exactement l'inverse. Il indique à juste raison que cela réduit la demande globale mondiale.

Il voit bien que les CDS et autres artifices financiers ont une dimension internationale et que ce risque empaqueté a joué un rôle fondamental dans la propagation de la crise.

J. Stiglitz nous rejoint pour affirmer que la première victime de la crise a été le commerce international , le principal moteur de la croissance depuis 1944 !Mais il ne voit pas  que ces évolutions sont l'enfant naturel des changes flottants :

* les variations incessantes des valeurs relatives des devises  imposent des réserves de change surdimensionnées 

* les mécanismes de couverture vis à vis des risques de changes viennent compliquer tous les contrats primaires sur les taux d'intérêts, les placements boursiers, les prêts internationaux, le financement du commerce mondial.  

Résultat : il ne parle jamais d'une réforme des changes flottants. Mettre en place une monnaie de réserve internationale en conservant les changes flottants, des banques centrales uniquement centrées sur l'inflation, des nations désarmées dans leur politique de plein emploi, ne sert strictement à rien. J. Stiglitz dit bien que " la question n'est pas de savoir si le monde va se retirer complètement du système de réserve fondé sur le dollar mais s'il va le faire de façon prudente et réfléchie". Mais lui même ne fournit pas d'explication sur  cette "façon prudente et réfléchie".

Il faut en effet revenir à la responsabilité des Etats sous la tutelle d'une organisation internationale fondée sur la parité des devoirs et des droits (fin des privilèges des Etats Unis et du Dollar). Il appartient aux Etats de défendre la parité de leur monnaie et les grands équilibres extérieurs de leur pays. Le FMI est là pour éviter les dérapages et rendre les corrections les moins lourdes possibles en cas de dérapage (alors qu'il fait exactement l'inverse en système de changes flottants).

Ce dont nous avons besoin  aujourd'hui ce sont des architectes pour bâtir ce nouvel ordre économique mondial basé sur le plein emploi et la croissance.

J. Stiglitz est parfait en dynamiteur de l'ordre ancien mais un peu faible sur la construction du monde nouveau.

Nous pensons qu'au Cercle des économistes nous déjà au stade de la reconstruction avec un diagnostic plus précis et des suggestions plus concrètes que ce que nous dit Stiglitz dans son analyse qui est une étape intéressante de la prise de conscience mondiale de ce qu'il faut faire mais qui malheureusement s'arrête brutalement au bord du  chemin.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Joseph E. Stiglitz et "Le triomphe de la cupidité"


Avec ce livre, "Le triomphe de la cupidité" (LLL -  les Liens qui libèrent - éditeurs - Février 2010) , nous avons l'analyse d'un des ténors actuels de l'économie.

Disons le tout de suite, ce n'est pas la "Théorie générale" de Keynes. Les politiques n'y trouveront pas ce changement de cadre intellectuel qui avait entraîné une refonte complète de la manière de voir le rôle de l'Etat dans la lutte contre les crises et pour la prospérité générale.  En revanche, l'esprit acéré de l'auteur et sa culture économique lui permettent de balayer des pans entiers de l'histoire économique récente et de trancher quelques débats.

Pour le Cercle des Economistes E-toile, c'est aussi l'occasion de confronter ses propres analyses publiques avec les réflexions d'un des rares prix Nobel  dont les honneurs ne sont pas totalement usurpés.

Ce premier article donnera un avis général sur le livre. Les deux suivant examineront ce qu'il faut penser de son explication de la crise et  des réformes à apporter au système bancaire, les deux questions qui font l'objet des développements les plus importants.


J. Stiglitz ne s'est pas totalement élevé au niveau des enjeux. Son livre souffre de quatre défauts chez lui traditionnels :

* Une certaine tendance au narcissisme.  L'auteur a une haute idée de lui-même, en même temps qu'il considère ses pairs comme des nains englués dans le "consensus de Washington". Il se met en scène parfois abusivement. Il prétend avoir prévu la crise. Ce n'est pas vrai. Il a critiqué inlassablement le système et il a été conforté par les évènements. Ce n'est pas exactement une prévision. N. Roubini qui manque certes d'une vision économique globale avait, lui, fait une prévision très précise  qui s'est révélée opérationnelle. J. Stiglitz s'est contenté de répéter ses philippiques permanentes depuis 20 ans contre Wall Street, la  FED et le FMI, sans donner une véritable analyse prévisionnelle : nature de la situation ; déroulement de la séquence ; intensité de la crise ; date de l'explosion etc. Sa petite déviation narcissique entrave son discours en le tordant vers le pamphlet répétitif. Admettons cependant que le conformisme ambiant et la force médiatique de certains acteurs imposent qu'on tape longtemps sur les mêmes sottises. Dans cet exercice J. Stiglitz est inlassable...

* L'américano centrisme.  Nous avons quelques scrupules à insister sur ce point car l'auteur est sans doute l'économiste américain qui a le plus de connaissance du monde extérieur. Son livre reste centré sur l'opinion américaine à travers ce qui s'est passé aux Etats unis. L'avantage est une excellente description de l'histoire économique récente  des Etats Unis. L'inconvénient est une certaine fragilité  dans ses analyses de la situation globale.  Ce défaut se conjugue avec le précédent : J. Stiglitz s'est manifestement convaincu que puisque la crise était américaine, sa pensée, très critique des politiques suivies et donc assez marginalisée, allait pouvoir y devenir dominante. Cette ambition n'a pas d'intérêt pour l'observateur non américain. En revanche il est utile d'étudier si les critiques faites au système américain s'appliquent en Europe et particulièrement en France. C'est ce que nous ferons dans les deux articles suivants.

* L'insuffisance théorique en matière de système monétaire international.  Cette lacune est traditionnelle en économie où le champs des relations monétaires internationales est une jolie friche soigneusement non entretenue. Il faut attendre la page 365 pour voir enfin surgir du néant les questions monétaires internationales. Leur rôle crucial dans l'explication de la crise n'est pas compris. J. Stiglitz se contente d'une analyse très superficielle de la question des réserves monétaires internationales, en lançant des idées générales appuyées sur peu de véritables analyses.

* Le militantisme politique. J. Stiglitz se "pose en s'opposant" depuis bien des années. Il symbolise aux Etats-Unis une certaine forme de posture "de gauche" opposée à la politique de G. Bush, à celle de Milton Friedman et favorable à un tiers-mondisme certes très différent de sa variante marxiste française, mais plutôt rare aux Etats Unis.

Le titre de l'ouvrage révèle le moteur pamphlétaire qui anime l'auteur. La cupidité, c'est tout de même un peu faible comme explication de la crise. A bien des moments on sent une certaine outrance et la volonté de faire coller les faits à la posture à laquelle il se tient depuis longtemps et qui constitue son image dans les medias.

Ces défauts ne sont pas tels qu'ils fassent perdre tout intérêt aux démonstrations de J. Stiglitz.

Comme toujours avec lui, on sort à demi convaincu.

La bonne moitié vaut la peine.

Didier Dufau pour le cercle des économistes E-toile.

Jean Claude Trichet, prisonnier d'un système et des traités.

Il fallait bien qu'il sorte du silence et se présente devant les foules apeurées : la spéculation attaquait la Grèce donc l'Euro. L'Euro, c'est lui, Jean Claude Trichet, l'homme qui a reçu le prix "de la carpette anglaise" pour s'être présenté comme n'étant pas français lors de son intronisation à la tête de la BCE. Cette fois il lui  fallait affirmer qu'il n'était pas grec non plus.

L'interview sera exactement la même que les précédentes. Tout alla bien jusqu'au question sur les devises et les cours de change. On vit alors le dos se vouter un peu, les yeux se rapprocher, les mains se joindre, la bouche devenir un peu torve. On imagina que les fesses se serraient aussi. Il fallait y aller : il y alla.

Il asséna avec énergie que M. Geithner avait affirmé que le dollar devait être une monnaie forte, que cela lui allait très bien et qu'il n'en dirait pas plus. On l'interrogea sous plusieurs angles. Rien n'y fit. Après avoir répété avec force "vous avez entendu ce que j'ai dit, j'ai été très net", il se contenta de ne rien dire du tout, comme d'habitude. Après tout les silences font partie de la musique et sont souvent indiqués sur les partitions. Il y en a plein dans la partition de la BCE, des silences.

Que voudriez-vous qu'il réponde ? La BCE n'a qu'un seul objectif : maintenir la hausse du niveau des prix pas trop loin de 2%. Le reste ? Ce n'est pas son problème. Revoir SVP le traité de Maastricht.  Le traité institutionnalise une vision anglo-saxonne, friedmanienne, de la monnaie.  Les mouvements de capitaux sont libres. Les devises flottent en fonction des pulsions des opérateurs. Les banques centrales, indépendantes des pouvoirs, veillent à maintenir le niveau des prix dans une dérive limitée,  un point c'est tout. Et c'est François Mitterrand, l'homme de la rupture avec le capitalisme, qui a fait voter cela aux Français...


L'Europe comme d'habitude a mis la charrue avant les bœufs et bien sûr, les bœufs marchent sur la charrue et la cabossent. Alors les meilleurs voix, comme celle de M. Balladur dans un grand article, se font entendre pour exiger que ce qui n'avait pas été fait il y a 20 ans doit être fait maintenant.  Il faut former un gouvernement économique européen.


Mais alors, M. Trichet aurait tort ? Il a expliqué dans sa conférence de presse que le gouvernement économique existait : c'était le traité de Maastricht pour la charte et l'Eurogroup pour l'application de la charte.  Il suffisait que l'Eurogroup impose à la Grèce et aux autres le respect des engagements pris par les états pour que tout aille bien.


La politique économique des états repose sur trois pieds : la monnaie, les changes et le budget. Depuis Maastricht, la monnaie est dans la main de la BCE, le budget reste dans celle des états pourvu qu'ils respectent la charte (3% et 60% du PIB pour les déficits publics et l'endettement respectivement). Les changes sont à l'abandon. C'est un terrain vague. Un "res nullius". Une zone de non droit.  


La France vient de perdre un énorme marché : leur projet de centrale nucléaire à Abu Dhabi coûtait 35 milliards de dollars contre 20 pour celui des Coréens. Ces derniers ont profité de la crise pour dévaluer de façon fantastique leur monnaie. Ils n'ont pas considéré que les changes étaient une vache sacrée. Résultats : la perte de dizaines de milliards pour la France. Un exemple parmi mille autres.


La politique doit nécessairement avoir comme objectif principal le plein emploi et la croissance. Chaque état est comptable devant son peuple  de ses résultats sur ces deux sujets majeurs. Faire la leçon à la Grèce ou à la Lettonie ou à l'Islande et leur demander de sombrer dans la déflation, une solution théoriquement efficace mais socialement inacceptable est une erreur majeure.


La première urgence est de revenir à un système où les Etats sont responsables de leurs changes et de leurs balances extérieures. C'est la conditions sine qua non du retour à un minimum de stabilité dans le monde. S'il faut pour cela brider la course folle des capitaux flottants, cela n'a aucune importance.


Pour l'Europe, le seconde urgence est de faire un choix définitif. Si on considère que la BCE gère une monnaie commune alors il faut bien une instance responsable de la prospérité et de l'emploi en Europe qui jouera sur les budgets, les changes et l'inflation pour atteindre ses objectifs principaux. Pourquoi sur les changes s'ils sont fixes ? Parce que les changes doivent être fixes mais ajustables en fonction des nécessités.  Cela a très bien marché pendant les "trente glorieuses". Soit on défait l'Euro et on restaure la souveraineté monétaire de chacune des composantes de l'Euroland. La transition risque d'être catastrophique. Elle le sera tout autant si la spéculation actuelle réussit à casser l'Euro.


En tout état de cause il faut flanquer à la poubelle l'idée que les changes n'ont pas d'importance et que la finance doit être libre dans un système totalement déséquilibré et fou de changes flottants et de spéculation tout azimut.


Si l'Europe renforce son union alors elle doit peser de tout son poids pour une réforme préalable  du système monétaire international. Le levier : un système de taxes qui sanctionnerait les dévaluations génératrices de déséquilibres extérieurs. Jusqu'à ce que tout le monde comprenne qu'il faut en revenir à des échanges internationaux équilibrés et donc à une gestion collective d'un espace de changes fixes mais ajustables.
En revanche faire de la relance de l'Europe fédérale alors que des peuples européens commencent à vomir la potion de la déflation, c'est de la pure folie.


La politique européenne ne peut se dispenser d'avoir une pensée économique et une vision du système international des changes.  Affaiblir le politique sans aucune vision des structures  économiques nécessaire est plus qu'un contresens, c'est une faute.  La pensée doit précéder l'action après avoir féconder les organisations.



Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes e-toile.

Quel nom donner à la crise économique en cours ?

Pour qu'un événement important prenne sa place dans l'histoire, il lui faut un nom. Quel nom donner à la crise qui s'est déclenchée avec le blocage du marché interbancaire en juillet 2007, s'est approfondie avec la faillite de Lehman Brothers à la mi septembre 2008 et a entraîné une vaste récession mondiale dans le monde entier en 2009 ?  On dira : attendons un peu : seul le recul historique permettra de vraiment fixer la nature de la crise et donc son nom.

Le besoin d'identification n'attend généralement pas. Les médias ont besoin d'un nom. Les économistes ont également besoin de comparer des périodes historiques de crise économique. Ne pas avoir de nom rend les choses pénibles. Le besoin est si pressant qu'en général un nom s'impose sans savoir qui l'a vraiment choisi. Et il est souvent mauvais. La tentation médiatique est d'associer une crise économique et un évènement extérieur que tout le monde se rappelle.

La crise de 1973-74 fut appeler "la crise du pétrole" puis "la première crise du pétrole", parce que la guerre israélo-arabe avait entraîné une réaction de pays producteurs de pétrole particulièrement virulente. En fait la crise avait commencé bien avant cette hausse et ne peut s'analyser de bonne foi aujourd'hui que comme la première crise du dollar flottant, la baisse extrême du dollar ayant, associée au prétexte de la guerre, justifié la hausse des prix du pétrole à des niveaux antiéconomiques qui ont profondément aggravé la situation.

 La crise de 1992-1993 fut associée à la guerre en Irak, comme d'habitude à tort, mais finalement ne reçut aucun nom qui soit resté dans les mémoires. Pourtant c'était la plus grosse récession depuis la guerre. Elle resta incomprise et innommée !  La crise de 98 fut appelée, totalement à tort, "la crise des pays émergents".  Le nom vint des Etats-Unis qui considérèrent de façon inique et malsaine  qu'elle était due à des régimes pourris de "cronies". En fait tout le monde voit aujourd'hui que c'était une crise des changes flottants et de la spéculation associée qui a vu, après une poussée spéculative excessive sur des marchés extérieurs, les capitaux flottants se rapatrier à toute vitesse vers les Etats Unis, entraînant la catastrophe  dans toutes les économies neuves qui avaient été dopées par un endettement excessif crée artificiellement par la spéculation financière internationale dans un environnement de changes flottants.  Certains l'avaient appeler un temps "la crise de Kobé", le tremblement de terre de Kobé ayant entraîné  la première crise de confiance (qui mit par terre les spéculations du trader fou de la Baring) qui se généralisera par la suite : toujours cette bonne vieille tendance à expliquer tout par un "fait de Dieu" :  accident, guerre, tremblement de terre, épidémie...

La crise démarrée par l'effondrement des valeurs boursières liées au NTIC, et qui se développa en une récession de moyenne importance fut  appelée "crise des NTIC" ou "crise des nouvelles technologies".  Ce ne sont évidemment pas les nouvelles technologies qui sont la cause de cette récession et  la récession ne fut pas que boursière.  Ce fut une vraie récession mondiale. On ne retînt que le plus spectaculaire, comme d'habitude.

Si on remonte un peu plus haut dans le temps on voit des conflits de dénomination assez gênants. La "crise de 1929" est maintenant généralement appelée "la grande dépression" alors que ce nom avait été donné à une période particulièrement difficile de la fin du 19ième siècle, à partir de 1975 jusqu'à pratiquement l'an 1900.

A l'idéal, les grandes crises devraient être nommées en fonction de leur cause principale, ne serait-ce que pour rappeler que les mêmes causes ont souvent les mêmes effets.  Quand ce sont les vraies causes. La terminologie de "seconde crise du pétrole" est tout aussi fausse que la première : il y eût bien une hausse massive des prix du pétrole, mais aucune crise mondiale d'importance en 1978 !   

Dans cet esprit, il faudrait dissocier les crises liées au cycle de 8-10 ans et les accidents qui ont leur logique propre et n'entraînent pas de récession mondiale généralisée. Pour s'en tenir au demi siècle passé, on trouve :

1974 : crise mondiale cyclique forte
1982-84 : crise mondiale cyclique faible
1993 : crise mondiale cyclique forte
2001-2002 : crise mondiale cyclique faible
2008-2009 : crise mondiale cyclique forte.


Et, dans ce schéma fort, se loge des crises particulières, généralement financières mais pas toujours :


- 1989 : crise boursière dite "des ordinateurs"
- 1996 (en France seulement) : crise liée au coup de massue fiscale d'Alain Juppé.  
- 1998 : crise du dollar et de la spéculation financière.

Les aspects structurels sont également importants. Depuis 1971 nous vivons dans un système de changes flottants et de monnaies totalement administratives.  Pratiquement toutes les crises citées ont une composante monétaire et financière forte.  La crise de 74 aurait du être appelée : "la première crise des changes flottants". Au moins on saurait qu'on est entré dans une nouvelle génération de crises pouvant se superposer au cycle.

Pour donner un nom à la crise actuelle, il faut également tenir un raisonnement économique.  Y-a-t-il eu une seule crise ou plusieurs crises emboîtées ? On voit bien le problème si on regarde les transes que traversent Wikipédia. La volonté de coller à l'actualité a entraîné la description de plusieurs crises : crise des subprimes, etc.
 
En fait, il n'y a qu'une seule crise. Nous avons déjà abordé, à chaud, cette question dans notre article "Une ou plusieurs crises".  

Alors comment l'appeler ? Joseph Stiglitz a proposé dans son dernier livre  (Le triomphe de la cupidité - LL Les liens qui libèrent, éditeurs- janvier 2010) de la nommer "La grande récession". Ce nom aura du succès dans la presse. Peut-être restera-t-il.

L'avantage de ce terme est qu'il règle justement la question de l'unicité ou de la multiplicité des crises. Il n'y a qu'une crise et Stiglitz le démontre très bien.

En fait, dans le détail,  il se trompe un peu. Comme d'habitude il ne convainc qu'à moitié. C'est son Karma !  Par exemple la première phrase de sa préface commence par : "Dans la Grande récession qui a commencé en 2008". En fait, s'il est vrai que la récession mondiale va s'établir en été 2008, la crise a commencé un an avant, en juillet 2007 avec le blocage du marché interbancaire qui va provoquer une vague de faillites bancaires pendant les douze mois suivants, le tout culminant avec le lâchage de Lehman brothers. Il l'admet un peu plus loin :  "J'ai regardé le monde glisser vers la crise en 2007".  Péché avoué est à demi pardonné.

Un autre point qui nous réjouit est qu'il signale avec raison que "l'universalité du problème indique qu'il y a des vices fondamentaux dans le système".  Il s'agit bien d'une crise du système global. Quel système ?  L'ennui des mots système et problème est qu'ils cachent la misère des raisonnements et la faiblesse du diagnostic. Ce sont des "mots valise". La phrase est sympa parce qu'elle marque bien qu'il ne s'agit pas d'un incident localisé. Elle est trop vague pour être utile.  Heureusement, la suite est plus précise : " La croissance reposait sur une montagne de dettes". Là nous sommes totalement d'accord ! C'est le fond de notre thèse.

L'inconvénient du livre, c'est que JAMAIS Stiglitz n'aborde  avec pertinence la question obligatoire du "comment". Comment cette dette a-t-elle été rendue possible ?  Là,  il dérive, comme d'habitude dans la poursuite de ses ennemis fantasmatiques personnels et on retombe dans le combat idéologique et le positionnement politique.

Stiglitz a un autre défaut : il n'a aucune vision du cycle de 8-10 ans, thèse commune avant guerre et que les économistes de sa génération a repoussé avec un pied négligent sous l'influence des keynésiens, très influents avec Samuelson et Hansen aux Etats Unis. Il mélange un peu tout : En citant l'étude de Luc Laeven et Fabian Valencis pour le FMI "systemic banking crisis : a new database" 2008, il dénombre 124 "crises" depuis 1970 ! Ce qui revient à ne plus rien distinguer du tout et à noyer le poisson.  Toutes les crises financières n'ont pas la même gravité et leur association avec une récession mondiale doit être pris en considération. Ne pas le faire revient à tout mélanger et à ne rien discerner, même si cela permet de faire un procès global à Wall Steet.  

En revanche nous buvons du petit lait quand il écrit : "La seule surprise de la crise économique, c'est qu'elle ait tant surpris. Pour quelques observateurs c'était un cas d'école tout à fait prévisible et d'ailleurs prévus".  Merci de le reconnaître !  Ce qu'il oublie de préciser c'est pourquoi elle était prévisible. Son idée est que la finance mondialisée et dérèglementée était un fruit pourri qui ne pouvait que tomber de l'arbre et faire chuter l'arbre avec lui. On est dans l'idéologie et la grande querelle, pas dans  la technique économique. Roubini était plus précis : certains prêts étaient tellement aventurés et atteignaient grâce à des techniques de dissémination du risque de tels volumes  que l'explosion serait aussi sévère qu'inévitable.  Au moins il savait ce qui se passait au sein des banques. Quelques économistes vexés de n'avoir rien vu venir se sont plaints d'avoir été laissés dans l'ignorance de ce qui se passait dans les fourneaux de la finance internationale et ont immédiatement exigés des fonds pour la création d'observatoires plus fins. On ne se refait pas ! La limite de l'analyse de Roubini est qu'elle est justement bien trop partielle. Il voit la paille mais pas la poutre.


La crise est d'abord celle d'une accumulation mondiale d'un niveau de dettes privées et publiques intenables. Cette accumulation disproportionnée a une cause : la double pyramide de crédits de type Rueff-Allais.  Les techniques bancaires de diffusion du risque n'ont fait qu'amplifier un phénomène fondamental.  Les niveaux atteints étaient tels que tout devait éclater. Quand ? Lorsque le retournement du cycle se ferait. Il fallait donc guetter les signes du retournement conjoncturel global en même temps que l'évolution les bulles spécifiques.


Nous mêmes avons fixé le début de l'alerte au moment où les prix de l'immobilier ont baissé aux Etats Unis, à la fin 2006.  Compte tenu qu'on en était à la phase haute du cycle, le mouvement des affaires ne romprait pas immédiatement.  Nous avons simplement conclu que la rupture  aurait lieu plus tôt que ce que nous le pensions (notre prévision début 2006 était une récession en 2010).  Dès l'été 2007 nous avons annoncé une crise très sévère avec un basculement en septembre 2008 avec une année 2009 sinistre.  Notre bulletin de conjoncture du début de l'année 2007 conseillait de dénouer toutes les opérations immobilières au plus tôt et de ne plus investir en masse dans quelques projets que ce soit pour éviter d'être pris financièrement à la gorge lors de la crise.


Quand Stiglitz écrit : "la bulle de l'immobilier qui devait nécessairement éclater était le symptôme le plus évident de la "maladie de l'économie". Mais derrière ce symptôme il y avait des problèmes plus fondamentaux", il a raison. L'ennui c'est qu'il se réfugie encore dans le mot valise "problème".  Et quand il s'emploie de le préciser, il joue petit bras : la titrisation, symbole de la "dérèglementation"  n'est pas la cause fondamentale de la crise économique mondiale. Ce n'en est qu'un détail.  

Il redevient pertinent lorsqu'il met en cause la mise en réserve excessive de ressources monétaires par certains pays échaudés par la crise de 1998.  Mais là encore, il ne pèle pas l'oignon (c'est son expression !) suffisamment. Cette mise en réserve a quatre causes très différentes :

* les changes flottants
* le mercantilisme chinois
* le suivisme américain du Japon
* la rente pétrolière des pays producteurs.

La première est de loin la plus permanente et la plus importante. Contrairement aux affirmations de Milton Friedman les changes flottants n'ont pas entraîné la limitation des réserves, la stabilisation des devises et l'unification des taux d'intérêt. Cela a été tout le contraire.

Le constat, exact bien que peu original, de Stiglitz sur la montée des réserves aurait du le conduire à aller un pas plus loin dans la déconstruction du système des changes flottants. Il serait alors remonté à la crise de 74 etc. Il ne le fait pas.  Les considérations idéologiques, qui forment son identité, l'obligent à ne revenir qu'aux aspects politiques de la dérèglementation des années Reagan-Thatcher. Grave erreur  dans le réglage du microscope, ou du macroscope, comme on voudra.

La dérive idéologique de Stiglitz est particulièrement visible lorsqu'il en vient à parler des déséquilibres mondiaux : "Ce système où les pays pauvres prêtent aux riches  est très spécial".   L'accumulation de dollars est un effet direct des changes flottants avec une monnaie mondiale de facto, le dollar. Il faut des déficits américains mais aussi des créances de la part de tous les autres.  La monnaie est à la fois un actif et une dette, comme tous les crédits (actifs pour les uns, passifs pour les autres).  Le Japon vient de redevenir premier détenteur de la dette du trésor américain. Ce n'est pas spécialement un pays pauvre.  Et le recul de la Chine est principalement politique, pas économique.

On revient toujours à la même question lancinante : quel système économique mondial avons-nous créé en 1971 lorsque les monnaies sont devenues des monnaies administratives sans rapport avec une valeur intangible extérieure et qu'on a laissé flotter la principale monnaie du monde en lui  accordant des privilèges exceptionnels. Mais là Stiglitz est aux abonnés absents.

Revenons à notre propos initial : quel nom donner à la crise ?  La proposition de Stiglitz s'imposera sans doute, bien qu'elle ne soit pas analytique et préjuge que la crise actuelle ne va pas dégénérer  en dépression, ce qui n'est pas absolument certain bien que probable. Elle aurait le mérite d'éviter le mauvais vocable de "crise des subprimes" qui reviendrait à qualifier le tout par la partie.  

Le vrai nom devrait être : La grande crise d'endettement mondial de 2007-201x".  On voit bien aujourd'hui que la crise des banques est devenue la crise des états endettés. Le simple transfert de la dette du privé au public n'a pas réglé la crise globale.  La terminologie proposée ne préjuge pas de la suite.  Et elle aurait l'avantage de fixer l'attention sur les mécanismes de cet immense gonflement de dettes, sur les moyens d'y faire face et sur ce qu'il faut faire pour que cela ne recommence pas. .  

On peut toujours rêver.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

La gratuité, avenir inéluctable de l'économie post moderne ?

Une idée qui commence à prendre toutes les caractéristiques d'une idée reçue, notamment à gauche, est que nous entrons dans une nouvelle dimension du monde et de l'économie dont la gratuité serait une dimension structurelle.

Illusion dangereuse ou gentille réalité à conforter ?

Pour l'économie classique, la gratuité  correspond à l'absence de coût. Est gratuite toute ressource dont l'abondance est telle qu'elle ne demande aucun effort pour se la procurer. L'histoire ne donne pas beaucoup d'exemples de telles ressources. On évoque l'air et l'eau. Il n'est pas difficile de prouver que la préhistoire de l'homme est entièrement conditionnée par l'eau et que la période moderne voit plutôt une aggravation des coûts d'accès à une eau propre. Pour l'air la tendance à se réintégrer la sphère des coûts est plus récente mais on voit bien qu'un air pur demandera des efforts croissants à l'humanité à l'avenir.

Aucune autre ressource utile ne se présentant de façon évidente comme abondante au point d'être gratuite, la gratuité ne semble pas avoir l'avenir qu'on lui prédit. Au contraire la nature devient chère, tous les écologistes vous le diront.  

Resten t les biens non naturels. Il y a Internet qui révolutionne au moins l'accès à l'information, à la musique, au film , à l'image : là serait le gisement futur de gratuité.  Il est vrai que l'informatique a étendu de façon importante la sphère des coûts décroissants. Le coût marginal de la consommation d'une unité supplémentaire  d'une ressource accessible sur le net n'est pas nul mais il est très faible et indifférencié. Combien coûte, c.a.d. consomme de ressources rares, le téléchargement d'une chanson ou d'un programme sur le net ? Quelques secondes d'électricité et des fractions de coûts fixes amortissables. Le coût est si faible que pour une unité de consommation il devient pratiquement négligeable. Il n'est pas rare de voir des usagers téléchargeant des centaines de musiques en quelques minutes pour les consommer plus tard pratiquement sans frais pendant des heures voire des jours. Certains ont voulu voir dans le développement de cette économie immatérielle et sans stock  la promesse d'un monde sans récession : cette théorie était à la mode en 1999 avant que la crise dite des NTIC ne vienne balayer ces chimères.

En vérité, il faut parler d'une économie où les producteurs font un gros investissement initial et espère un retour sur le nombre des amateurs du produit créé. Le fait qu'il y ait un rendement croissant n'est pas sans conséquences mais ne change pas la nature de l'économie.  Une voie de chemin de fer en 1880 est un pari sur le nombre d'usagers futurs d'une ligne. On gagnera beaucoup si le taux de remplissage est fort, on perdra s'il est faible. Un film coûte à fabriquer. On gagnera beaucoup d'argent s'il marche ; on perdra si c'est un échec. Un logiciel est très couteux à produire, débugger et imposer sur le marché. Si on y arrive, le gain sera fantastique, comme pour les produits Microsoft pendant 15 ans, si on n'y parvient pas c'est la catastrophe.  Il n'y a pas de gratuité  mais toujours le vieux schéma  : un investissement qui se rentabilise ou non.

Pour l'analyse économique rien de fondamental n'est changé. Mais les formes de la croissance et diverses aspects de la vie économique et social changent :

* il y a tendance au monopole en cas de succès ce qui implique des formes nouvelles de régulation.

* l'emploi est plus précaire : on participera à plusieurs aventures dont certaines seront réussies et d'autres non. L'intermittence de l'emploi est aggravée ainsi que l'irrégularité des carrières.

* la question de la progressivité des impôts se pose dans des conditions nouvelles, car il y aura de très forts gains  succédant à de fortes périodes de vaches maigres. L'annualisation de l'impôt est une difficulté.   

* La part variable de la rémunération tend à augmenter. En cas de succès, les bonus seront gras ; en cas d'échec l'investisseur ne peut se permettre de payer trop cher ses collaborateurs.

* Les mécanismes permettant les start-up et les introductions d'activités nouvelles prometteuses et à risque sont à mettre en œuvre. L'Europe et particulièrement la France ont encore un retard considérable dans ce domaine.

Un des aspects économiques de cette situation nouvelle est qu'une partie de la production et de la consommation échappe désormais à la statistique. Un livre générait de la valeur ajoutée au stade de sa fabrication physique et  à celui de sa distribution. Sa revente produisait également de la valeur.  Les droits d'auteur étaient comptabilisés.  Une grande partie de ce qui est produit et distribué sur le "net" échappe désormais à toute comptabilisation, alors que la consommation de ces biens vient en compétition avec d'autres biens eux mêmes comptabilisés (cinéma, restaurant  etc.). Les tableaux économiques sont donc de plus en plus faux.  Au fur et à mesure que la croissance concerne des biens immatériels à coûts décroissants virant au quasi nuls, elle devient de plus en plus difficile à calculer ! Pour parler branché, le PIB est plus facile à calculer pour le "push" que pour le "draw".  Un ascète qui passe sa vie devant son ordinateur en vivant sur les réserves accumulées par ses parents est quasiment invisible dans les statistiques. Et pourtant il se rassasie au même titre que s'il abusait des bananes et des voyages, eux inclus dans la statistique.  S'il est "producteur" sur le WEB, mais sur le principe du don gratuit de son temps, de son expertise, et de sa créativité, il n'apparait pas plus dans le PIB.

On aborde ici le dernier aspect de la gratuité : l'économie du don, comme disait F. Perroux, une contradiction dans les termes.   

La sphère de l'économie du don augmente-t-elle d'une façon significative ? On pourrait le croire si on admet que le temps libre et l'enrichissement global  ouvre un espace pour les activités charitables ou ludiques fondées sur le don de son temps et de son argent. Mais en même temps la sphère traditionnelle de l'économie du don, la famille, voit le renoncement de la mère à une vie économique non monétarisée disparaître de façon rapide.  Le bilan des plus et des moins est impossible à faire.

Reste alors les fausses gratuités qui sont en fait des distributions publiques financées par la collectivité. Le coût existe mais il est masqué aux usagers et il n'y a plus de rapport entre la décision de consommation et son coût. Pour le bénéficiaire l'accès à la ressource est en apparence gratuite ; dans les faits le coût pour la collectivité est considérable.  Il faut ajouter à la gratuité totale la subvention, gratuité partielle,  qui fait que tout ou partie de la population ne paie pas directement le vrai prix au moment de la consommation du produit ou de la prestation.

En France, au fur et à mesure que l'Etat a été dépouillé de ses fonctions régaliennes, les politiques ont axé leurs actions sur la fourniture de services gratuits et subventionnés de plus en plus nombreux et diversifiés.  Pas une réunion publique où un intervenant ne demande pas une subvention ou une gratuité.  Ce système a abouti à ce que les dépenses publiques dépassent la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand et que la majorité des gratuités et subventions ont été financées par l'emprunt donc par les générations futures.

Alors que l'Etat est désormais étranglé par la dette, on pourrait penser que ce schéma est désormais impossible. Les collectivités locales ne peuvent plus financer un flot massif d'avantages et gratuités plus ou moins ciblées. L'Etat n'arrive même plus à faire fonctionner ses ministères les plus importants.

Les mauvaises habitudes ne se perdent pas facilement. Chaque ministère se croit obligé d'avoir une mission de redresseur de torts qui ne peut s'exercer que par la subvention ou des gratuités sélectives, financées par des taxes nouvelles ou par l'emprunt. Le dernier exemple en date est la subvention accordée pour le raccordement à l'ADSL dans certaines zones pour certaines populations pour réduire une prétendue "fracture numérique" totalement imaginaire mais très "mode".

En conclusion on voit bien que l'évolution de la société entraîne des évolutions contradictoires qu'il est bon d'observer. Pour l'économiste et le statisticien, ces évolutions sont importantes et doivent être observées et comprises.

Mais il faut se méfier comme la peste des gratuités. Elles ne sont pas inscrites dans le patrimoine génétique de l'économie mais plutôt dans celui des démagogues. Au nom de la gratuité s'est créée en France une situation intenable dont on aura le plus grand mal à sortir. Il faudrait que les politiques se réveillent et évitent de s'embarquer trop lourdement dans l'idée que la gratuité est l'esprit du temps et qu'il faut lui accorder des espaces nouveaux.  La gauche doit faire extrêmement attention : la pratique du "cadeau électoral au peuple visible et valorisant" qu'elle a pratiqué sous Rocard puis  Jospin était une erreur dramatique. Il apparait dans certains travaux que "le thème de la gratuité est le vrai clivage post moderne entre droite et gauche".  Ce n'est pas vrai : la droite politique aime tout autant la distribution d'avantages démagogiques que la gauche...

L'importance de la dette  a été en France aggravée par l'extension à l'infini des gratuités publiques collectivement très coûteuses. Elles rendent la sortie de récession plus que problématique. Une trop grande part de la production et de la consommation est entièrement dépendante de l'accroissement de la dette. Dès qu'on voudra réellement la réduire ce sont des millions de personnes qui vont souffrir.

Le vrai slogan des politiques devrait être : gratuité aujourd'hui,  souffrances intolérables demain (matin). Un changement de perspectives et de mode de pensée est absolument nécessaire. La France n'échappera pas à un grand débat sur la gratuité.

Didier Dufau et Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes e-toile.

Le glas sonne pour le pari inepte de sauver la finance mondiale sans rien réformer .

On voit depuis quelques semaines une focalisation sur l'endettement des Etats. La spéculation en cours sur l'éclatement de l'Euro y contribue largement. Les contribuables sont également légèrement soucieux de connaître la manière dont les gouvernements vont se débarasser de déficits historiques.

Pour l'économiste l'endettement public n'est qu'une composante de l'endettement global et c'est l'endettement global qui a une influence déterminante.

Tout le monde sait qu'en matière d'inondation il faut d'abord regarder l'état des sols : sont-ils secs ou gorgés d'eau  ? Ensuite on regarde les précipitations nouvelles et la fonte des neiges.  L'eau retenue dans les barrages publics est importante mais n'est pas tout.

La crise actuelle est une crise de l'endettement global provoqué par la double pyramide de crédits générée par le système de change flottant.  Cet endettement global a fini par s'effondrer sur la tête des marchés financiers. Les banques ont été les premières victimes, le marché interbancaire se bloquant quasiment totalement puis les marchés financiers liés à l'immobilier puis tout le système financier.

Les Etats ont repris une bonne part des dettes pour sauver les banques et le système financier dans son ensemble ; les banques centrales ont fait de même et créé de la monnaie ex nihilo  comme jamais pour compenser les effets du credit crunch.

Et ils se sont dit : avec nos plans de relance, la crise est finie. Nous sommes formidables ! Cela marche !  Et ils se sont  pressés de de rien réformer sauf des broutilles qui leur permettaient de faire semblant d'agir ou de renforcer leur puissance d'état. 

Comme nous l'avons écrit il y a maintenant près de 17 mois, le transfert de dettes des particuliers à l'état ne change rien à l'état de l'endettement global. Comme il n'y  eu aucune restructuration fondamentale de la dette et que le système financier reste totalement incontrôlé, dans un système où l'épargne flottante, dirigée par quelques centres de spéculation, peut balayer le monde sans que rien ne résiste, au lieu de voir les ressources se concentrer sur la création de richesses, on a vu un regain de spéculation sur les monnaies et les taux d'intérêts, visant carrément  cette fois-ci  des Etats.

La bouée de sauvetage étatique menacée,  laissant le monde sans défense  devant le risque de dépression si l'attaque "réussit".

Nous pouvons relire sans hésitation ce que nous disions en septembre 2008.

Il fallait, disions-nous,  restructurer immédiatement  la dette et la cantonner tout en réorganisant totalement le système bancaire et financier mondial pour redonner aux Etats la responsabilité de l'action en faveur de la croissance et de l'emploi.

Croire que les marchés financiers consolidés par la dette des Etats allaient faire le travail était inepte.

Il fallait, immédiatement rétablir un système cohérent de changes fixes dont les Etats auraient la responsabilité pour permettre de redonner un horizon aux vrais investisseurs : ceux qui créent de la richesse et non des plus values temporaires sur des marchés flottants. Il fallait redonner un horizon, très différent, au commerce international, en réévaluant très fortement le Yuan, et en dévaluant du pourcentage nécessaire le Dollar. Il fallait fournir une perspective de réduction des déficits américains et des excédents chinois et japonais.

Seul ce combat pour la reprise des marchés de biens réels pouvait fournir les ressources nécessaires au désendettement global.  Que ceux que cette question intéresse relise notre article :

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/4/3/G20--un-pari-trs-dangereux

"Le pari très  dangereux" a foiré, comme il était évident qu'il le ferait. 

Alors on va faire le gros dos. On va essayer de "calmer les marchés financiers".  La politique de la patience pleine de sang froid pour ne rien casser en laissant tout filer et en ne réformant rien  n'a mené qu'à différer les difficultés.

On a perdu un an et de demi et le temps ne se rattrape jamais.

 

Didier Dufau pour le cercle des économistes e-toile.

 

 

 

Méfaits des changes flottants

Si quelqu'un avait le moindre doute sur les effets nocifs des changes flottants et leur rôle dans les mouvements spéculatifs déséquilibrants, il lui suffirait de se souvenir de cette première semaine de février 2010 où le cours du dollar en euro  est passé de 1.50  à 1.36 en quelques jours au fur et à mesure que l'argent spéculatif parti des Etats Unis y est rentré précipitemment  devant l'évidence que les bulles chinoises allait éclater et que les positions ailleurs devenaient plus qu'aventurées.

Le cours des devises n'a plus qu'un lointain rapport avec les mouvements réels d'échanges.  Et ceux-ci sont les premières victimes des mouvements irrationnels   des capitaux flottants nourris par une création monétaire débridée aux Etats Unis et au RU  qui finissent par déstabiliser tous les marchés.

Le mouvement actuel est quasiment de même nature que celui de 1998 appelé à tort "crise des pays émergents" alors qu'il s'agissait de la nième crise des changes flottants depuis 1971 !

Ces phénomènes accusent le fait qu'aucune réforme n'a été faite.  Les mêmes causes provoquent les mêmes effets. La crise commencée en 2007 et qui développe ses méfaits depuis n'a toujours pas été comprise. Et la danse macabre continue.

Cet accident rappelle aussi que rien ne dit réellement que nous ne tomberons pas dans une vraie dépression malgré les annonces prévisionnelles triomphantes du FMI. En 1929 la vraie crise commence en 33-34 et durera jusqu'à la reprise avortée de 38. 

Ce n'est pas le scénario le plus probable, mais qu'on mesure le coût social et économique  de la crise et  des moyens mis en oeuvre pour éviter l'effondrement du secteur bancaire,  au regard de la précarité générale de la situation des Etats confrontés désormais à des échéances désastreuses.

Alors ATTENTION  !

 

 

 

 

 

Le cycle immobilier dans le cycle général : une force fondamentale.

Nous sommes, au cercle des économistes e-toile, favorables à l'idée que les cycles existent et que leur observation est critique pour une bonne administration des affaires du monde. 

Depuis les années 70 les théories du cycle ont été pratiquement abandonnées. Puisque Keynes avait donné la solution pour éviter les récessions, l'idée s'est installée que les crises résiduelles étaient toujours dues  à des chocs externes.

C'est ainsi que la crise de 1974 est devenue la crise du pétrole, celle de 92 la crise de la guerre en Irak, celle du début des années 2000 la conséquences des attentats contre les tours jumelles de New York etc.  

La réalité est toute autre. La simple observation montre qu'il existe depuis au moins deux cent ans un cycle des affaires de 8-10 ans, avec une récession plus grave tous les 18-20 ans, une crise grave succédant à une récession molle.

Pour s'en tenir aux dernières décennies :

1973-1974    : crise grave

1982-1983    : crise molle

1992-1993    : crise grave

2000-2002    : crise molle

2008-2010    : crise grave.

On se souvient que ce schéma avait été nié par le FMI (Kenneth Rogoff) qui avait décrété à la fin des années 90 que les crises économiques étaient de plus en plus faibles, stimulant l'idée qui s'était répandue comme une trainée de poudre que nos économies ne risquaient plus les cycles et qu'une croissance permanente était à venir. On voit ce qu'il en est.

Le caractère cyclique de l'activité permet d'anticiper les récessions sans avoir à entrer dans les détails techniques. Les signes avant coureur sont faciles à percevoir. Nous n'avons eu aucun mérite à annoncer dès la fin 2006 que la bascule de coinjoncture aurait lieu en 2008 avec un pic de la récession en 2009-2010 et qu'elle serait sévère.

Les économistes qui expliquent qu'ils ne pouvaient pas savoir ce qui se tramait au sein même des banques et du système financier et s'exonèrent ainsi de leur inconscience de la crise montante sont des nigauds.La crise actuelle n'est pas fondamentalement un crise des comportements bancaires. C'est une phase classique du cycle décennal, dans sa version dure, mais aggravée par des défauts structuraux du système monétaire international et des réactions inappropriées des banques centrales, notamment de la FED.

L'avantage de la crise est qu'elle stimule à nouveau les réflexions sur le cycle. Nous signalons ici une étude récente qui recoupe parfaitement nos propres analyses.  Rappelons qu'une des explications de la sur-gravité du cycle tous les deux crises que nous avons donnée depuis que nous écrivons publiquement sur ce sujet (1997) est le cycle du bâtiment (ou de l'immobilier comme on voudra). 

1974 marque un coup d'arrêt brutal du marché immobilier : pour la, première fois les gens s'interrogent sur la possibilité d'une baisse prolongée des prix, inconcevable jusque là depuis la guerre. 1992 est principalement une crise de l'immobilier d'entreprise qui était devenu totalement fou. Sur la fin on achetait un immeuble le matin pour le revendre avec plus value le soir même ! La crise actuelle a une dimension immobilière évidente.

L'article de Fred E. Foldvary, The Business Cycle: A Geo-Austrian synthesis,http://www.foldvary.net/works/geoaus.html, donnera à ceux que cela intéresse un coup de projecteur intéressant sur cette question. On y trouve une description très précise du cycle de 18 ans (deux fois le cycle de 8-10 ans) qui caractérise bien ce qui se passe depuis deux cent ans dans le domaine de la construction. L'expression "quand le bâtiment va tout va" n'est pas née par hasard.

Ce cycle peut être contrarié ou aggravé par les politiques gouvernementales ou celles des banques centrales. L'école autrichienne depuis les années 20 et la grande inflation, est particulièrement sensible aux défaillances des banques centrales.  D'autres pourront mettre l'accent sur les débordements des gouvernements : les subprimes sont d'essence politique !

Mais il est là, le cycle immobilier. Fondamentalement.

Il faut éviter naturellement d'en conclure que les politiques n'ont pas d'importance et que les institutions économiques sont indifférentes. Les erreurs de politique économique sont fréquentes et certaines institutions sont dramatiques. L'organisation soviétique de l'agriculture ou les changes flottants sont des exemples typiques d'institutions qui ne marchent pas et ne marcheront jamais !

C'est bien le rôle des économistes de partir des faits et d'en tenir compte. Oui ils ont bien vocation à prévenir des risques de récession. Oui ils ont bien à dénoncer les politiques dangereuses. Oui ils ont bien à éclairer l'opinion sur le danger de certaines institutions créées par idéologie ou par ignorance et qui ont une influence néfaste.

Nous croyons être dans notre rôle en attirant l'attention constamment sur la réalité du cycle et sur la nécessité d'accepter cette réalité et d'en tenir compte. Chacun voit que l'on ne le fait pas et qu'on se contente de la recherche de boucs émissaires faciles dans un débordement de moraline tapageuse.

Nous croyons être dans notre rôle en avertissant les Français que "l'énarchie compassionnelle" qui nous gouverne depuis 1974 a étouffé le pays par le niveau de ses dépenses publiques et de ses impôts.  Chacun voit que le "vive l'impôt" reste le mot d'ordre à gauche et "vive les taxes" le mot d'ordre à droite.Alors que la dépense publique dépasse la valeur ajoutée des entreprises et que même en prenant tout le revenu des Français on n'arriverait pas à payer nos dépenses et à rembourser nos dettes !

Nous croyons être dans notre rôle en condamnant inlassablement  le non-système que sont les changes flottants, une aberration qui a coûté des points de croissance pendant quarante ans et nous a fait passé des trente glorieuses à on ne sait trop quoi.

De meilleures politiques et de meilleures institutions n'empêcheront pas les forces souterraines à la base des cycles de s'exercer. L'intelligence est de s'adapter et d'en limiter les effets néfastes.  Et de faire en sorte qu'on n'aboutisse pas  à 1929 ni à...2010.

Nous sommes ou inconscients ou outrecuidants mais nous croyons que c'est possible.

 

Didier Dufau pour le Cerle des économistes e-toile.

Pourquoi Nicolas Sarkozy n'a pas convaincu à Davos

On sait que Davos n'est rien d'autre que le grand festival des "m'as-tu vu". On y va pour voir et être vu. On y revient pour communier entre "importants". Les nouveaux "bourgeois gentilshommes" veulent se pénétrer de leur statut : ils ont de l'argent, de la bonne conscience, et se croient un rôle mondial.  Les organisateurs ont compris depuis longtemps qu'il fallait leur faire payer très cher le droit d'être là, mais qu'en contrepartie il fallait présenter du lourd, du connu.

Un important ne l'est que s'il côtoie de plus importants encore. Davos c'est Versailles mais avec un gros péage aux grilles. Le candidat grossium se console de la dépense en disant : cette sortie m'offrira des entrées. Comme Courbertin,  il répète : l'essentiel c'est de participer.

Qu'attend-il de sa présence ? D'être conforté dans l'idée qu'il se fait de lui même. N'est-il pas un homme d'élite et qui compte ? On le flattera donc. Indéfiniment. Des experts lui diront combien il est grand, combien il est généreux. Il façonne le monde ; rien de moins. Le voici au milieu des stars de la politiques et du commerce.

Parfois au détour d'un couloir on lui mettra devant les yeux une reine, une vraie ou une vedette plus vulgaire mais planétaire. Toujours au nom de la charité. Car à Davos les bons sentiments coulent comme les torrents locaux : sous la glace mais avec le bruit cristallin des pièces d'or utilement consacrées à forger l'image bienveillante du Mamamouchi. .

Alors il ne faut pas aller à Davos en croyant qu'un discours d'expert pointu pourra alerter les élites sur les difficultés du monde et les réformes nécessaires. Et il est encore moins sérieux d'y intervenir pour narguer vulgairement le grossium sûr de lui et de son portefeuille.

Le banquier veut qu'on lui dise : il y a eu des difficultés mais ce sont les mauvais, les idiots, les irresponsables qui ont fait dérailler un train merveilleux. En contrepartie il offrira son expertise pour réparer le monde un peu amoché dans l'accident. Sa phrase fétiche sera : il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain.  Et il ajoutera : "Après tout regardez nous : nous sommes là, vivants parmi vous et nous gagnons des masses d'argent. Alors ? C'est bien que nous sommes indispensables. Et notre prospérité garantit la votre. car sans nous que feriez-vous ?"
 
Le pubeux viendra faire des arabesques pour démontrer que les premières positions mondiales ne peuvent être arrachées qu'avec son concours. Ah ! Etre numéro 1 mondial !

Et ainsi de suite.

Aux tables de restaurant on se gardera bien de la moindre originalité. On communiera dans la banalité bien pensante. Très bien l'écologie, mais cette taxe carbone quelle idiotie ! Greenspan, l'ancien Dieu ? On évoquera son nom avec un brin de condescendance : il nous a vraiment mis dans la m... celui là. Et on s'accrochera aux quelques phrases refuges complaisamment offertes par les organisateurs pour que tout le monde se sente bien. Les subprimes, ce sont les politiques, hein ! La crise ? Quelle crise ? Elle est déjà finie la crise. On méprisera un peu le vieux continent. Certes les Etats unis et leur mentalité "business orientated" ne brillent plus au firmament. Cet Obama, finalement c'est un socialiste, non ? Peut-être même un communiste.   La Chine et Lula, voilà les nouvelles vedettes.


Voici notre président Sarkozy en "keynote speaker".  Et qui croit malin de se transformer en "qui dénote" speaker. Ce qu'il dit est parfaitement exact : la question monétaire est essentielle ; oui, il faut réformer le système monétaire international ; un nouveau "Bretton Woods" est bien indispensable. Les déficits ou les excédents massifs sont au cœur des dérèglements.

Mais il ajoute : la question n'est pas technique mais politique. Voici donc qu'on défie les grands, les vrais grands. Cela les fait bien rire les auditeurs : la Chine et les Etats unis sont incontournables. Pas un des grands patrons dans la salle qui ne savent qu'il faut convaincre les analystes des grandes banques américaines et trouver des ouvertures pour capter une partie du marché chinois. Alors il décroche notre congressiste. Qu'est ce qu'il nous raconte ce freluquet arrogant et qui se croit drôle ?

Le discours sera accueilli froidement : "pfff".

Des idées indispensables, mal argumentées, dans le mauvais lieu et sous une forme inadéquate auront glissé dans le vide, comme un pet sur une toile cirée. Des cartouches importantes auront été tirées en vain.

Un discours plus technique, montrant avec précision les ressorts de la crise, le rôle d'institutions dangereuses, les effets pervers de certains mécanismes aurait-il eu plus de chances d'intéresser ? Oui s'il avait été un message d'espoir : la crise ce n'est pas vous ; vous vous êtes des types épatants ; mais vous êtes victimes de mécanismes qui vous échappent mais aussi qui vous écharpent. La responsabilité des gouvernements est de vous fournir de bonnes infrastructures. Alors vous pourrez foncer et tout le monde sera content.

Compétent au lieu d'être bravache ; solide au lieu d'être bêtement moralisateur, éclairant au lieu d'être culpabilisateur,  un discours sur les désordres du système monétaire international aurait eu sa chance.

Peut-être.

Après tout la Reine Noor, Mickael Jackson, Bill Gates et la Cicciolina n'étaient pas là.

A Davos les anges sont dans la salle. Leurs ailes sont fragiles. Il faut indéfiniment les caresser avec tout le tact nécessaire. On peut évidemment penser que ce faux paradis est de la foutaise et que ces anges font la bête comme il se doit. Alors on ne s'y produit pas. On méprise.

Y aller pour tendre un  miroir où l'ange se verra en démon rouge vif n'a aucun sens.
 
Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile

Obama a raison

Oui il faut interdire certaines opérations aux banques recevant des dépôts du public. Oui il faut réduire la taille des banques. Nous ne cessons de l'expliquer ici.

Obama a raison.

La France muette et colbertiste croit encore au gigantisme de quelques molochs vivant en consanguinité avec l'Etat.

Elle a tort.

Liberté des échanges et fausse liberté des changes sont-elles compatibles ?

Alors que s'annonce le forum de Davos il est intéressant de définir quelles sont les grandes questions qui se posent au monde et dont notre manière de trouver ou ne pas trouver de réponse aura des effets structurants pour notre avenir.

L'une d'entre elle porte sur la compatibilité entre libre échange sans limites et un système monétaire théoriquement basé sur des changes flottants mais qui en fait comporte des éléments de non convertibilité très important.  

Que veut dire libre échange si un pays de plus d'un milliard et quelque d'habitants pratique un dumping extravagant de sa monnaie et prétends capter la majeure partie de l'industrie mondiale sans contrepartie ? Faut-il renoncer au libre échange ou revoir le système monétaire ou les deux ? Les pays européens ont-ils les mêmes intérêts dans cette affaire ? Et un consensus est-il possible au sein du G.20 sur ces questions ?

On connait la théorie du libre échange entre deux pays de niveaux de vie différent : le pays le plus riche verra une partie de ses productions aller dans le pays le plus pauvre pour bénéficier des bas coûts de main d'œuvre ; mais c'est le pays riche qui fournira d'abord les machines et le savoir faire, puis le niveau de vie augmentant le pays en cours de rattrapage importera les produits avancés du pays riche. Au final les niveaux de vie se rapprocheront et l'émergence de marchés plus amples et plus diversifiés permettra des économies d'échelle, des opportunités de consommation nouvelles  et une hausse globale des niveaux de vie.

Le processus est certes douloureux. Des activités vont être déplacées du pays riche vers le pays pauvre. Des investissements vont également se déplacer. Mais globalement, tout le monde s'y retrouve et on chantera une belle solution "win-win" comme on dit maintenant.

Tout ceci est vrai dans la mesure où in fine le travail s'échange contre du travail, des produits contre des produits. Et on en a eu mille confirmations dans l'histoire économique. Le rattrapage historique des économies européennes puis japonaises, puis asiatiques, ces dernières décennies en ait un bon exemple. Depuis la guerre il n'y a guère d'années où le commerce international ne croit pas plus vite que les croissances internes des pays.  Le libre échange a été le moteur d'une croissance rapide et continue depuis 1945.

La question qui se pose aujourd'hui est la validité de ce modèle dans la mesure où le pays pauvre est le plus peuplé de la planète dont le gouvernement est une dictature impitoyable et qui ne respecte en rien les règles d'un système de convertibilité généralisée des monnaies.

Depuis 1971 le monde est entrée dans un système non régulé de changes dits flottants. Ce système s'est créé de facto sans théorie préalable généralement acceptée par les économistes, sinon des écrits de Milton Friedmann dont toutes les prévisions ont été démenties par les faits. Mais en vérité il n'y a pas de système. Chaque pays fait comme il le veut. On n'a pas exigé que le libre échange soit conditionné par les mêmes pratiques, droits et devoirs,  en matières de change. Ce qui fait que le dollar, monnaie internationale de facto flotte mais que le Yuan, monnaie du pays leader des exportations ne flotte pas. La dictature chinoise impose sa fixité par rapport au dollar, à un niveau très bas. Comme le dollar a perdu à peu près 97% de sa valeur (calculée en or) depuis 71, le Yuan déjà intrinsèquement décoté, a connu la même évolution. Tous les pays hors zone dollar sont ratiboisés. L'Europe connait par exemple depuis que la Chine a décidé de jouer ce jeu là en symbiose avec les Etats-Unis une croissance extrêmement faible, une désindustrialisation rapide, une faiblesse récurrente des salaires, et un chômage devenu structurel.

La Chine de son côté, en fixant administrativement un taux de change ridicule pour le Yuan capte une part croissante de la production mondiale, vide partiellement l'Europe de son industrie lourde et légère, et bénéficie de courants financiers spéculatifs extravagants. L'ennui c'est que la dictature chinoise bloque l'échange produit contre produit : elle accumule des réserves de changes qui ne sont pas dépensées régulièrement. Cela crée une énorme fuite dans le système économique mondial. Il s'agit en fait d'une pure politique mercantiliste qui nous ramène au XVI et XVIIème siècle européen.

Comme les réserves monétaires mondiales sont désormais en papier, elle accumule du papier.  Et elle a peur. Troquer l'esclavage de ses populations contre du papier, serait-ce considéré comme raisonnable dans tout pays démocratique ? Le phénomène est amplifié parce qu'en occident, le système des changes flottants a provoqué l'émergence d'une économie financière de type casino basée sur l'endettement. La double spirale des dettes provoquée par l'existence d'un pays dont la monnaie est celle des échanges mondiaux et qui finance ses déficits dans sa monnaie, associée à une liberté totale des mouvements de capitaux,  a provoqué un double phénomène d'endettement global majestueux et intenable et d'instabilité généralisée.

En Chine ces mécanismes ont un effet pervers renforcé : l'accumulation de réserve de change ne vient pas seulement de l'excédent artificiel de la balance commerciale mais se grossit d'arrivée de capitaux spéculatifs à court terme gigantesques visant essentiellement des plus values en capital, via la bourse de Shanghai et surtout l'immobilier corrompu des oligarques adoubés par la bureaucratie communiste locale.

Au lieu d'avoir une croissance régulière au fur et à mesure du rattrapage  des niveaux de vie, le système de change crée des perturbations énormes qui ont failli mettre tout le système bancaire occidental par terre. Des spéculations douteuses de taille effarantes ont lieu en Chine et les délocalisations sans contrepartie se multiplient. Pourquoi sans contrepartie ? Parce que l'échange ne se fait plus travail contre travail ou produit contre produit, mais travail contre papier fou.

Ce système laisse les économies occidentales sans perspectives. les Etats Unis ne pourront plus se remettre à emprunter pour alimenter leurs déficits avec la Chine. L'Europe entre en stagnation de longue durée sans voir aucune perspective positive à moyen terme. La Chine est en proie à des mouvements spéculatifs tourbillonnaires qui peuvent se révéler explosifs, même à court terme.

En un mot le système de libre échange, dans un système de change partiellement flexible mais dont le principal acteur par la taille de ses effectifs et de son commerce extérieur ne suit pas les règles, ne marche pas. L'intérêt général n'y trouve pas son compte.

Peut-on en sortir ? Une des solutions serait de dire aux Chinois : d'accord pour que vous jouiez avec nous, mais alors laissez flotter librement votre monnaie. Le seul problème c'est que le système des changes flottants ne produit aucun effet stabilisateur contrairement à ce que Milton Friedmann pensait. Au contraire il accuse les oscillations et peut les rendre incontrôlables. La Chine pourrait elle supporter des variations incessantes du simple au double de sa monnaie vis à vis de ses principaux clients avec les conséquences internes que cela supposerait ?  Déjà ce serait difficile en démocratie. Un régime de dictature a besoin de fixité.  Cette voie est fermée.

Alors que faire ?  Les nations occidentales notamment en Europe ne peuvent pas accepter de voir leur industrie partir sans réagir et leur patience vis à vis du mécanisme de paupérisation en cours est peut être  déjà légèrement entamée. Le risque est de voir le libre échange remis partiellement en cause, hypocritement bien sûr, sur le mode taxe carbone aux frontières par exemple, mais sûrement. Elles voient bien que l'économie casino liées aux changes flottants et que les spirales de déséquilibres qui se sont accélérées avant d'exploser ne sont pas saines.

La seule solution réelle est de changer globalement le système des changes et de libre échange. Il faut un système de changes basées sur des parités fixes garanties par les états qui font ce qu'ils faut pour ajuster leurs déséquilibres lorsqu'ils sont excessifs.  Le sophisme qui consiste à dire : vous n'avez pas le droit de mettre 10% de droits de douane mais vous devez supporter une dévaluation de 50% de la monnaie d'un pays avec qui vous commercez, deviendra de plus en plus insupportable.

On ne peut accéder au commerce mondial que si les règles sont communes et les responsabilités partagées. L'utopie d'une régulation par les mouvements de capitaux  dans un système où tous les acteurs ne jouent pas le même jeu est totalement absurde. La crise actuelle l'a démontré définitivement.  

Le G.20 en annonçant que le libre échange ne serait pas touché a bien fait. Mais il ne s'agissait que d'une demi mesure. Il devait du même mouvement faire valoir, la coresponsabilité des acteurs pour faire du commerce international un juste échange non biaisé par les problèmes de changes et les déficits chroniques de grande ampleur.

L'erreur des Etats Unis est de croire que la solution doit venir du seul flottement du Yuan. Il doit venir d'une réorganisation complète du système des échanges et des changes dans un Bretton-Woods nouvelle manière où  la fixité des changes est associée à la responsabilité des Etats  vis à vis de leurs déséquilibres, où il n'y a que des égaux et non pas un acteur plus égal que les autres et disposants de privilèges absurdes et où la régulation de la monnaie et des changes se fait en même temps.

Ce sont les lignes de fractures autour desquelles le colloque de Davos devrait s'organiser. Parions qu'il ne le fera pas. Dommage.

Didier Dufau et Karl Peiper pour le Cercle des économistes E-toile.

Quelques questions pour Davos

Dans le cadre d'une réunion informelle avec quelques économistes allemands amis, en vue de préparer le sommet de Davos, la question a été posée de savoir quelles étaient les questions, même éventuellement polémiques, qu'il fallait absolument voir abordées. Il s'en est suivi un débat assez passionné.

Il y eu bien entendu une part de banalités sur les thèmes éculés avant même d'avoir été réellement traités, de la "régulation financière", termes d'autant plus commode qu'il n'a pas de signification précise (en anglais comme en allemand ou en français). Va donc pour les "subprimes", les produits dérivés, les agences de notations, le renforcement du capital des banques, la fiscalité des bonus, le contrôle des hedge-funds, la fin du secret bancaire etc.

Le miracle, c'est qu'assez vite l'accord s'est fait sur le constat qu'aucune des mesures prévues n'avaient la moindre chance de changer quoi que ce soit car on agissait sur des symptômes et non sur des causes. Au contraire il avait grand risque que les mesures prises n'aient pour seul but que de raffermir le pouvoir fiscal des Etats et pour seules conséquences la recherche de schémas encore plus obscurs et plus complexes pour les éviter.

Du coup le colloque a évolué de façon impromptue vers l'examen de questions sévères :

1. Que veut dire libre échange si un pays de plus d'un milliard et quelque d'habitants pratique un dumping extravagant de sa monnaie et prétends capter la majeure partie de l'industrie mondiale sans contrepartie ? Faut-il renoncer au libre échange ou revoir le système monétaire ou les deux ? Les pays européens ont-ils les mêmes intérêts dans cette affaire ? Et un consensus est-il possible au sein du G.20 sur ces questions ?

2. Les malheurs du système des changes actuels est-il à rechercher dans les ilots de fixité qui y ont été conservés, auquel cas il faudrait se faire l'avocat d'une variabilité des changes librement fixés sans intervention étatique, ou justement dans sa variabilité incontrôlable ? Y-a-t-il un chemin politique qui permette réellement de faire évaluer les choses ou le tabou actuel est-il si profond que ces questions resteront sous le tapis ?

4. La crise actuelle est-elle la fin d'une époque, comme le fut la crise de 1974, qui ouvrira après quelques années d'incertitudes deux ou trois décennies de développement sous un modèle totalement nouveau ? Est-elle simplement une crise conjoncturelle de type décennale classique, façon 92-93, qui sera surmontée de la façon habituelle.

5. Le potentiel explosif de la crise est-il réel avec possibilité d'un passage à une dépression après que les gouvernements aient été obligés par les masses à changer de cap plus radicalement qu'aujourd'hui ?  Ou va-t-on vers une sortie de crise très lente mais finalement classique. Où l'économie mondiale est-elle vulnérable à un mauvais coup surgissant d'on ne sait où mais déréglant définitivement le système.

6. D'un point de vue strictement économique l'hystérie écologique en cours a-t-elle la moindre importance économique réelle mais si elle va envahir le langage et alimenter les postures ?

7. Est-ce que les économistes ont quelques choses à apporter ?

Nous évoquâmes aussi le  débat inévitable sur les bienfaits ou les effets pervers de la taxe Tobin, mais cette question a déjà été traitée par le cercle des économistes.

Je me demande s'il ne faudrait pas que nous abordions successivement tous ces thèmes quitte à comparer ensuite comment ils ont été abordés à Davos.

Karl Peiper pour le Cercle des économistes e-toile

PS : voici donc que Sarkozy ouvre Davos ! On n'imagine pas tellement le général de Gaulle dans un tel lieu !

Dix huit mois de récession vus au travers du Baltic Dry Index

L'un des apports méthodologiques de la crise aura été le succès du Baltic Dry Index, inconnu de tous et qui a soudain pris un  certain relief. Pour avoir été le premier groupe d'économistes à attirer l'attention sur cet indice, nous en sommes évidemment très heureux. Avec un  peu de recul, que nous a-t-il appris ?

* La première leçon est à chercher dans le déclenchement précoce de l'effondrement vertical de l'indice. Le retournement se produit en juin-juillet 2008. Pas en octobre. Les contrats commerciaux internationaux s'arrêtent à la suite de la flambée "incompréhensible" des trafics relatifs aux grains et denrées alimentaires du premier semestre 2008. La bulle spéculative correspondant à une fuite devant la monnaie éclate fin juin. Le commerce international se bloque. Rien à voir avec les subprimes.

* La seconde leçon est la chute verticale de l'indice qui perd près de 90% de sa valeur en quelques semaines. Du jamais vu. On sait que la crise sera sévère.

* La troisième leçon est la plus visible et la moins exploitée : c'est le commerce international qui s'effondre. Un mode de fonctionnement non durable de l'économie mondiale disparait. Un pilier se désagrège. Au lieu de s'attacher à cet aspect fondamental, l'opinion et les medias se concentrent sur les subprimes et les défauts de comportement de certains banquiers. Cette myopie évite de regarder l'essentiel : l'économie mondialisée basée sur le gonflement indéfini de l'endettement global, des échanges déséquilibrés et les gains spéculatifs à court terme ne fonctionne plus. Les courants commerciaux et financiers internationaux se bloquent.

* La quatrième leçon est l'indication sur la nature de la reprise. L'indice talonne en février 2009, huit mois après le début de la chute, et marque une reprise très timide. La vraie reprise a lieu à la fin du printemps mais elle s'épuise très. Une nouvelle bouffée a lieu à l'automne et s'épuise presque aussitôt.  En ce début d'année 2010 le trafic est très mou. Il correspond à un fonctionnement réduit des usines et aux cahots de la spéculation.

* La cinquième leçon est comparative. Los de la crise de 2001-2002, les trafics commerciaux avaient été déjà fortement ralentis : l'affaire Enron, la spéculation sur le pétrole et les matériaux stratégiques qui s'était effondrée avait provoqué une stagnation de moyenne durée. Les containers  en avaient pris un coup. Ainsi que le commerce des grains et autres denrées alimentaires. Mais l'activité d'échanges de biens finis et semis finis n'avaient pas cessé, tirés par la croissance du Bric.   D'une certaine façon la crise actuelle est plus brutale mais moins longue que celle de 2001-2002, avec le retour à un niveau de prix des affrètements plus solide et plus rapide.  Mais cela ne correspond pas à une continuation des flux habituels et plus à l'effet des plans de relance.

Est-ce que le BDI permet de faire des prévisions sur 2010 ?  Certainement pas. Il a surtout pour intérêt de "prévoir le présent". On entre dans l'année 2010 sur un rythme très faible. Les courants commerciaux n'ont pas été rétablis. Les déséquilibres infernaux demeurent et devront bien  être contrariés d'une façon ou d'une autre. La réaction de relance des Etats ne pourra pas être aussi forte bien longtemps. On a utilisé un fusil à un coup. On entre dans une zone de turbulence forte où tout reste possible d'une reprise tranquille et constante à une dépression et des actions désordonnées des Etats confrontés à des situations sociales intolérables.

Tout est centré sur la machine infernale des changes flottants et des déficits abyssaux qu'ils permettent. L'intolérance à un Yuan grossièrement dévalué et à des créations monétaires américaines sans limites générés par des déficits extérieurs eux-mêmes sans limites ne peut que croître.

On n'a voulu faire aucune réforme. Les changes flottants sont toujours un mot tabou. Les conséquences de ce système malsain continueront à se faire sentir. Cette fois il n'y aura plus de marges de manœuvre. Le système bancaire a vu le coût de portage de ses dettes réduit et ses facilités de gains spéculatifs accrues. Mais les dettes irrécouvrables sont là et le stock augmente du fait de la crise. Certains Etats sont au bout du rouleau.  Les entreprises qui vivent sur leurs réserves ou sur les obligations qu'elles ont souscrites pour se substituer aux emprunts bancaires et aux rentrées commerciales vont être progressivement plus mal. On sait qu'en général le pic du chômage et des faillites arrivent deux ans après le déclenchement de la crise ouverte. 2010 et 2011 vont donc être des années de très haut chômage et de destruction d'entreprises partout dans le monde, en même temps que les Etats seront asphyxiés.

Lors de la crise de 92-93, la plus proche de la crise actuelle, l'emploi et l'investissement ne sont repartis qu'en 1997.  La situation sera la même, au mieux, pour cette récession-ci.

Beaucoup va dépendre de la patience des peuples.

Le gouverneur de la BCE, M. Trichet, croit à un scénario peu probable : on garde les changes flottants, des banques centrales uniquement focalisées sur l'inflation et le sauvetage des banques, et on se moque de tous les déséquilibres internationaux.  Et on crie Confiance ! Confiance ! Confiance ! comme un cabri.  Les Etats épongent les dégâts financiers et sociaux. Et la reprise viendra qui financera tout cela.

C'est le scénario de 1993 et de 2001. Est-il encore jouable ? On dit jamais deux sans trois, mais aussi une fois cela passe, deux fois cela lasse et trois fois bonjour les dégâts !

Notre petit doigt d'économistes inquiets nous dit que quelque chose devra bien céder quelque part. N'avoir fait aucune réforme et avoir acheté l'arrêt de la crise globale à grands frais est une chose.  Sortir spontanément  du marasme en est une autre.

2010 et 2011 seront des années intéressantes. Rappelons-nous qu'après 1929, les années de transformation de la crise en désastre international furent 32 et 33. 

Mieux vaudrait que les bonnes réformes soient entreprises immédiatement. Il faut supprimer le système des changes flottants et revenir à une croissance forte, concertée et équilibrée, sous la responsabilité des Etats, dans un cadre multilatéral réformé dans le sens de l'égalité des droits et des devoirs, et imposant que les déséquilibres excessifs soient drastiquement réduits.   

Didier Dufau pour le Cercle des économsites E-toile.

Un chiffre cruel

En France en 2008, la valeur ajoutée par les entreprises, tous secteurs confondus et évidemment  administrations exclues, a été de 998 milliards  d'euros. La dépense publique, elle, a atteint 1.027 milliards d'euros.

Il en résulte que si  on n'avait en France qu'un seul impôt, la TVA, le taux en serait supérieur à ... 100%.

Chiffre cruel. Curieux que la presse ne le publie absolument jamais ! Il est vrai qu'il est de bon ton de crier Vive l'impôt dans les médias français.

En un mot, même en confisquant toute la valeur ajoutée par les acteurs économiques privés, on ne parvient pas à payer nos dépenses publiques.

On sait qu'en 2009 les chiffres ont évolué de façon néfastes : baisse de la valeur ajoutée et hausse des dépenses publiques. Il sera intéressant de les comprer dès qu'ils seront pubiés. Ils montreront probablement qu'une TVA à 110% serait nécessaire pour équilibrer la dépense publique et si on veut rembourser nos dettes disons en 5 ans, il est probable qu'il faudrait une TVA à 140-150%.

Les "sages" nous expliquent qu'il va bien falloir augmenter les impôts. La seule question qui se pose esst la suivante : comment fait-on pour payer plus d'impôts que nous ne créons de valeur  ?

On sait qu'on va faire payer le carbone  et  la spéculation, ces grands vilains.

Mais tout cela est-il bien sérieux ?

La cruelle vérité est qu'il faut retrancher entre 30 et 40% de la dépense publique ou accepter de descendre dans les enfers de la dette éternelle non remboursable et de nous jeter dans la stagnation de longue durée.

Qui osera le dire ? Qui osera le faire ?

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

 

 

 

Les deux erreurs majeures du gouvernement Jospin

Alors que Lionel Jospin publie ses mémoires, avec ce titre plus que révélateur (Lionel parle de Jospin (sic)) de la schizophrénie  et des affres très protestantes du personnage, que penser de la politique économique qui fut celle de son gouvernement ?

Une fois de plus il faut se placer dans le cycle économique. Jospin arrive au moment de la phase haute du cycle. Et il ne s'en rend pas compte. Pendant tout 97 nous nous égosillons sur le site du Monde.fr pour signaler que l'emploi est en pleine expansion et que partout dans le monde les courbes économiques se redressent.  L'ombre portée de la récession de 93, la première depuis la guerre,  est si forte que personne ne veut y croire. C'est l'époque où l'énarque Seguin parle du Godot de l'emploi qu'on attendrait en vain, alors qu'il se manifeste déjà avec une grande force démonstrative.  C'est l'époque où l'énarque Rocard préface le livre ridicule de Rifkin qui prétend que c'est la "fin de l'emploi". Eternel décalage entre la réalité et l'hystérésis des sentiments.

Cette myopie, encouragée par un enveloppement idéologique particulièrement brumeux dans le camp qui est le sien, est la cause de deux erreurs absolument délirantes qui disqualifient radicalement son expérience de chef de gouvernement.

* Il ne voit pas que la croissance a sa conséquence habituelle : compte tenu de la progressivité globale du système fiscal les recettes augmentent plus vite que le PIB !  L'incroyable coup de massue fiscal de l'énarque Juppé est considéré comme insuffisant alors qu'il était déjà surdimensionné. On aboutira à l'affaire dite "de la cagnotte"  qui parait secondaire alors qu'elle est fondamentale. Nous en sommes arrivés à de tels taux de prélèvements que la conjonction d'une haute conjoncture internationale et d'une aggravation des impôts a des conséquences immédiates et terribles : l'Etat dépense tout sans se rendre compte qu'il étouffe le pays. Lors de la récession suivante, non prévue elle non plus par Jospin et qui le frappe avant la fin de son quinquennat,  l'étranglement fiscal du pays sera total. Seul Fabius, pour des raisons électorales, verra le danger. Mais il était trop ,tard. Et le choix de réduire la TVA sera une grave erreur. C'est pendant le gouvernement Jospin que le taux de prélèvement atteindra son sommet historique.

* Ne voyant pas la reprise très forte de l'emploi partout dans le monde, il se trompe, ici encore lourdement, de politique du travail. Il multiplie les emplois administratifs précaires, contribuent à stériliser une part notable des réserves de productivité française et il bloque pour l'avenir la croissance avec les 35 heures. La manière presque fasciste avec laquelle l'affaire des 35 heures est menée est révélatrice de l'état de la gauche. Le socialisme est mort. Il n'y a plus de programme. On n'a plus d'idée, alors on choisit en urgence avant une élection un gadget qui peut plaire aux masses, un "cadeau au peuple", et lorsque la surprise d'une élection donne le pouvoir on passe outre à tous les avertissements pour mettre en œuvre la promesse honteuse de façon autoritaire. Les 35 heures sont un nœud coulant autour du cou de l'économie française. Qu'on  ne dise pas que les conséquences ont été une surprise. Nous n'avons cessé de batailler contre cette chimère d'un présupposé idéologique et d'une manœuvre électoraliste démagogique.   La mesure est mise en place d'une façon très progressive qui fait qu'elle ne fera sentir ses pleins effets qu'à partir de 2000, c'est à dire à l'arrivée de la phase de récession du cycle.  La France ne parviendra pas à sortir de la crise de 2001-2003 : "la haute conjoncture de 2005,6 et 7"verra des taux de croissance infimes.

Accessoirement, mais pour donner sa pleine mesure sociale, Jospin, très trotskiste dans ses appréciations, considère qu'il doit mettre la force de l'Etat au service des "faibles" contre les "vilains capitalistes". Le droit social devient une jungle. Tout est bloqué.  Adapter le tissu économique aux nouvelles réalités devient ou impossible ou tellement coûteux que personne ne veut plus se risquer à l'investissement.

Au total le gouvernement Jospin bénéficiant d'une conjoncture internationale jamais vue depuis 1974 écrase le pays d'impôts à contretemps, laisse filer la dépense publique d'une façon telle qu'il aggrave l'endettement de mille milliards de Francs, crée un chômage structurel phénoménal, bloque l'investissement productif et étouffe pour longtemps l'économie et les relations sociales.

Il s'agit bien d'un désastre. Mais qui n'est pas perçu à la hauteur de ce qu'il est parce que Lionel Jospin a exercé sa gestion au meilleur moment de la conjoncture. 

Alors c'est bien beau de toujours se présenter comme "un grand honnête homme" qui aurait fait une politique "digne".  Jospin est un ignorant un peu trop torturé par sa prédestination et ses nombreuses contradictions (révolutionnaire mais énarque, trotskiste mais secrétaire général du PS, modeste mais candidat à la présidence de la République, honnête mais menteur pour sa tranquillité, socialiste mais ne détestant pas les facilités de l'argent, aimant les intellectuelles mais à peu incapable de parler un français correct etc.), qui a mené une politique suicidaire pour la France.

Est-ce que cela aurait pu être pire ?

Oui, assurément.  Notamment si DSK avait pu se maintenir au pouvoir. Heureusement ses turpitudes dans les milieux de l'assurance des étudiants, tondus ras par des voyous sans aucun scrupule, l'ont écarté du pouvoir, permettant, trop tard mais tout de même, une certaine correction de trajectoire. Les juges comme dans l'affaire Dray ont considéré qu'on pouvait piller la jeunesse sans conséquences pénales. Mais au moins ont ils permis  un temps qu'un changement d'homme génère une réorientation utile de la politique.  De même on créditera Jospin d'une certain réserve dans l'expansion des dépenses des administrations centrales. Les débordements les pires concerneront les collectivités locales (qu'on ne cherche pas à brider), le monde associatif subventionné (les copains et les coquins) et la sécurité sociale, où aucune réforme n'est engagée malgré l'urgence.

Au total Jospin a fait perdre son temps à la France tout en l'enfonçant dans l'endettement et le chômage structurel, alors qu'il bénéficiait d'une période hyper favorable pour résoudre à l'intérieur certains des problèmes structuraux provoqués par "l'énarchie compassionnelle" et le socialisme mitterrandien et à l'extérieur pour faire prendre conscience des dangers du système monétaire et financier international basé sur les changes flottants. On ne peut pas en même temps faire rire de sa ringardise dans les congrès socialistes internationaux et avoir un poids économique quelconque dans les instances économiques mondiales. 

Il est un des symboles de l'effondrement intellectuel français, dont les élites sont désormais incapables de se porter à la hauteur des enjeux nationaux et internationaux. 

Monsieur Jospin vous vous considérez dans l'article donné ce dimanche au JDD, comme un protestant ayant su gardé toute sa dignité et son quant-à-soi. Votre troisième place à l'élection présidentielle de 2002 aurait du vous prévenir contre cette forme de narcissisme extrême. Votre échec tient entièrement au fait que les Français dans leurs tréfonds ont parfaitement compris que vous avez gâché les quelques chances de la France qu'il aurait fallu à tout pris sauvegarder.

Votre pas de danse avec Chirac marque la fin de l'imposture de l'énarchie compassionnelle, lancée par le couple Giscard - Chirac en 1974,  qui a vu des hauts fonctionnaires s'emparer du pouvoir en croyant qu'ils sauraient apaiser la société  par leur arbitrage alors qu'ils n'ont fait que la châtrer. Vous êtes le dernier maillon d'une chaîne délétère qui a vu la France sortir de l'histoire faute d'avoir tiré toutes les conséquences du renversement des équilibres mondiaux qui se sont produits en 1974.

Vos mémoires, comme celles de J. Chirac, sont le témoin du chemin de croix qu'a suivi la France sans nécessité aucune.

Vraiment pas de quoi pavoiser !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Economie et constitution

Le petit monde politico médiatique a bruissé ces derniers jours d'une proposition magique : il suffirait de constitutionnaliser l'obligation de maintenir l'équilibre budgétaire de l'Etat pour que tout aille mieux.
Dans la lignée des "droits à", le bon, peuple aurait un droit constitutionnel à ce qu'on ne reporte pas indéfiniment sur les générations futures le fruit de nos lâchetés. 

Laissons le côté moral et politique de côté pour se contenter d'une appréciation économique.

Ceux qui lisent régulièrement ce forum ont déjà la réponse. Ils savent qu'il y a un cycle économique de 8 à dix ans. Très régulièrement l'activité s'effondre entraînant déficits budgétaires et endettement. Nous avons eu l'endettement Chirac après la crise de 74, l'endettement Fabius après la crise de 82-83, l'endettement Balladur, après la crise de 92-93, l'endettement Jospin après l'éclatement de la bulle des Ntic et aujourd'hui l'endettement Fillon à la suite de la récession actuelle.


Si nous devions mettre en place un cadre constitutionnel interdisant le gonflement de la dette nous créerions un système parfaitement procyclique : en phase haute le gouvernement verrait ses ressources s'accroitre et pourrait dépenser plus sans craindre de s'endetter ; en phase de vaches maigres il lui faudrait réduire drastiquement les dépenses publiques pour ne pas emprunter. On aggraverait tout dans un sens et dans l'autre.

La suggestion est donc une parfaite idiotie comme peuvent en émettre des ignorants complets de la chose économique.

La réduction de l'endettement est une question de courage politique pas de Constitution.

En revanche deux principes devraient être constitutionnalisés :

- on ne peut pas taxer les fausses apparences de gains liés à l'inflation.

- l'Etat doit restituer aux Français le produit de la progressivité globale de l'impôt, principe d'équité fiscale qui est malheureusement transformé en principe d'accroissement perpétuel des prélèvements du fait de la croissance et des phases hautes de conjoncture.


La Constitution doit dégager des principes qui  protègent les citoyens contre des abus permanents et manifestes. Pas se mêler de la gestion du cycle économique.


On a vu que la loi oblige les communes à avoir des comptes équilibrés. Cela n'a pas empêché des fous furieux comme Delanoë de faire passer les effectifs déjà pléthoriques jusqu'à la caricature de la mairie de Paris de 40 à 49.000 simplement en exploitant à mort une bulle financière sur l'immobilier. Et de matraquer ensuite les Parisiens sans mesure. 


Le budget devrait à tous les niveaux être calculé sur la base du trend de croissance, soit  entre 2 et 3% d'augmentation par an. Toute augmentation par rapport à ce trend devrait faire l'objet de procédures contraignantes avec justifications exceptionnelles.  Le système actuel qui consiste à anticiper de la croissance, à en tirer des recettes qui tiennent compte de la progressivité de l'impôt (c'est à dire qui montent plus vite que la croissance) puis à fixer le niveau des dépenses, avec des astuces pour qu'on aille toujours trop loin dans le dépassement (les dépenses dépassent régulièrement de 25 % des recettes qui en phase de croissance sont déjà calculées trop larges) est à jeter à la poubelle. 


Un exemple de plus que malgré tous les efforts, des notions aussi simples que celle de cycle économique ou de progressivité marginale global de l'impôt ne sont  pas prises en compte dans les raisonnements politiques.
Mais là la faute des medias peut être soulignée : on les avertit et ils ne disent rien et ne publient absolument rien sur ces sujets. On peut défendre que les journalistes ne sont généralement pas aidés par les économistes sur bien des sujets.


Mais là ils n'ont pas d'excuses.


Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

Un an après...

Selon le New York Times, la SEC a ouvert une enquête, soupçonnant Goldman Sachs et d'autres institutions financières d'avoir vendu à leurs clients des placements «subprime» dont eux-même se débarrassaient

 

Confirmant ce qu'on écrivait il y a plus d'un an. Les banques mammouth multiplient les conflits d'intérêt. Nous ne cessons de le dire. Il ne fallait pas se réjouir du triomphe de son président. Il fallait casser le groupe.

2010 : la suite mais pas la fin d'un désastre intellectuel

En 2007, les défauts du système monétaire international ont entraîné un blocage des marchés monétaires. Aucune réforme n'a été entreprise.

En 2008, les défauts du système monétaire international ont provoqué la plus grave crise bancaire et financière depuis le crise de 1929. Aucune réforme n'a été entreprise.

En 2009 les défauts du système monétaire  n'ayant toujours pas été pris à bras le corps il a fallu laisser filer la création de monnaie par les banques centrales et les gouvernements. Alors qu'une magistrale récession étranglait le monde, que les dettes publiques dépassaient toutes les limites de l'histoire connue, aucune réforme du système monétaire international n'a été esquissée. Quelques pays voulant montrer leur activisme ont taxé les bonus des banquiers, ouvrant la voie à d'autres augmentations fiscales.

En 2010 les défauts du système monétaire international seront toujours là, ne seront pas discutés, encore moins traités. On vivra les inconvénients d'un système "qui ne marche pas" conjugués avec ceux des politiques inutilement coûteuses qui ont servi des substituts à des réformes de fond.

Les Etats cupides voudront imposer, imposer, imposer. Par tous moyens. En cherchant les méthodes d'imposition quasi invisibles et en frappant des boucs émissaires pour ceux qui sont visibles. La chasse fiscale aux "vilains" déjà bien entâmée en 2009, reprendra de plus belle.

Plutôt que d'observer et de traiter le malade, les Diafoirus se répandront en "purgare ! purgare !" aussi sonores qu'exaltés.La haine sociale servira plus que l'inteligence économique.

Les économistes de cour une fois de plus se tairont. Ils accompagnent les gouvernements. Ils accompagneront la course aux impôts. Ils chanteront avec les Purgon : mais oui il faut des impôts. Après tout, presque tous vivent de l'impôt.

Cela ne demande aucun courage, aucune pertinence. S'il fallait se colleter avec les mystères des systèmes monétaires internationaux, les différents intérêts, les Etats, les collègues, en allant contre le courant de la bêtise et de l'ignorance qui emporte tout, en plus d'avoir à apprendre, à connaître, à percer à jour ! Impensable ! Et avoir du courage en plus ? 

Chut ! Le système monétaire international des changes flottants ne marche pas. Depuis 1971 il n'a provoqué qu'une succession de crises toujours plus graves. La politique d'expédients menée par des sots et des lâches a aggravé encore la situation et plus personne ne sait comment en sortir ? Qu'importe : il suffit d'espérer un miracle. En hurlant avec les loups.

En 2010 le système monétaire international débile qui nous régit  ne sera pas réformé.

Sur Sirius il y a surement un observateur découragé qui murmure : "décidemment, il n'y a rien à faire avec ces idiots : quarante ans que le système les ruine et ils n'ont toujours pas compris !".

Crions aux étoiles : bonne année ! En sachant qu'elle sera mauvaise. Alors qu'on voudrait crier "au secours !".

Le crier aux hommes ne sert à rien.

 

Lewis Holden pour le Cercle des Economistes E-toile

 

 

 

 

 

 

 

 

Le site dépasse les 20 000 lectures

Le site a désormais dépassé les 20.000 lectures. Il a doublé en six mois le lectorat acquis lors de sa première année d'existence. Un peu plus de 2500 lecteurs différents ont lu au moins un article, contre 1300 il y a six mois.

Il est intéressant de constater que des articles anciens continuent d'être très régulièrement consultés.  Les cinq articles les plus lus excèdent désormais les 600 lectures.

Le Cercle des économistes E-toile en profite pour souhaiter à tous de joyeuses fêtes et une bonne année 2010.

 

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Taxe Tobin : la position du Cercle des économistes e-toile

Cela fait dix ans que nous nous exprimons publiquement sur la taxe Tobin et nous n'avons en rien varié sur le sujet.  Notre position se définit ainsi :

1. Nous avons la plus grande estime pour Tobin qui était un économiste très fin, toujours articulé dans ses raisonnements, et  avec qui nous avons correspondu lors de la rédaction de notre thèse de doctorat à la fin des années soixante. Mais sa pensée a été détournée, d'abord par les ONG soucieuses de se voir doter de fonds indépendants des Etats, puis par les réseaux communistes métamorphosés en "altermondialistes", puis aujourd'hui par les Etats  en quête de nouvelles ressources fiscales dont le prélèvement serait indolore.  Nous n'avons cessé de montrer l'imposture de ces détournements. Il est lamentable de voir une question technique difficile transformée en n'importe quoi politique par des gens qui ne comprennent même pas ce dont ils parlent. Pas eux ! Pas ça !

Le succès de la taxe Tobin n'a rien à voir aujourd'hui avec la préoccupation de Tobin. Il s'agit simplement de taxer pour taxer. La "finance" étant chargée de la responsabilité de la crise sur une base comportementale, elle offre le prétexte à une "sanction" fiscale. Tout est faux dans le décor dans lequel on se meut dans les media lorsqu'on parle de la taxe Tobin. L'ignorance crasse et l'hypocrisie y règnent en maîtresses exigeantes.

Sous prétexte que le sujet est "technique" on se croit justifié de ne rien expliquer. Et du coup on écrit n'importe quoi sans aucune pudeur. Cela sombre souvent dans le burlesque : il suffit de lire les variations du simple au centuple sur le taux de la taxe ou sur celui des sommes qu'elle permettrait de récolter pour constater qu'on n'est pas dans la réflexion mais dans le délire de sots intéressés spéculant sur l'ignorance des masses.

2. La principale erreur est de considérer que Tobin avait en vue le financement des ONG et qu'il avait trouvé le moyen de fournir beaucoup d'argent avec un impôt minuscule.  Tobin voulait mettre en place un marteau pilon pour écraser tout espoir de gains spéculatifs sur des marchés de capitaux devenus totalement libres. La taxe Tobin n'est pas une "plume" duveteuse que l'on peut arracher du dos de la finance mondiale sans conséquence. C'est un système extrêmement contraignant qui interdit dans la pratique toute spéculation à court terme.

3. Le problème qui pousse Tobin à proposer son système, au début des années 70, est l'instabilité probable liée aux changes flottants. Ce débat fondamental est toujours esquivé par ceux qui parlent de la taxe Tobin. S'il fallait en plus s'embarquer dans une discussion technique sur les changes flottants, où irait-on ? La vraie question pour Tobin est : que faut-il faire pour éviter que les changes flottants ne deviennent une catastrophe ?  Cette question n'a jamais été posée dans la presse et les milieux politico administratifs. Et généralement esquivée dans les instances économiques et financières internationales. C'est comme cela qu'on a quitté "les trente glorieuses" pour entrer dans un cycle de crises financières à répétition, d'économie casino, avec ses neuvaines catastrophiques.

4. Discuter de la taxe Tobin revient donc à traiter la question du système monétaire international. Faut-il laisser les changes flottants entraîner leurs conséquences maléfiques sans rien faire ? C'est ce qui a été fait depuis 1971 sans aucune discussion nulle part. Les changes flottants sont un tabou et il est de ceux qu'il est pratiquement impossible de lever.

Ou faut-il supprimer les changes flottants  et revenir à un système de changes fixes et ajustables ?

Ou faut-il conserver les changes flottants mais avec des béquilles comme la taxe Tobin qui interdit de fait les mouvements spéculatifs à court terme ?

Juger la taxe Tobin c'est d'abord répondre à ces trois questions fondamentales, ce que personne ne fait.

Encore faudrait-il que la question soit posée. Elle ne l'est jamais. Au contraire les difficultés sont niées là même où elles devraient être traitées avec le plus grand soin. N'oublions pas que le FMI par la voix de son économiste en chef considérait à la fin des années 90 que les crises économiques étaient de plus en plus rares et de moins en moins graves et que les banquiers centraux comme Greenspan et son adjoint Bernanke professaient que les instruments complexes mis en place pour faire face à la volatilité des changes et de l'ensemble du monde financier étaient formidables. 

5. Le Cercle des économiste e-toile est pratiquement le seul lieu où la nocivité constitutionnelle des changes flottants est régulièrement dénoncée. Naturellement nous avons notre solution de préférence : le retour à un système de changes fixes et ajustables dans le cadre d'une institution mondiale égalitaire qui fait disparaître les privilèges des Etats-Unis et du Dollar et de la promotion d'un cadre règlementaire qui interdit les déséquilibres durables de balances de paiement.

Nous pensons que la doctrine qui veut que des zones monétaires gérées par des banquiers centraux avec comme seul objectif la stabilité des prix et  dont le cours des devises respectives s'ajusterait par le seul jeu des forces du marché, est fausse et a produit depuis 40 ans les pires ennuis.

Dans ces conditions nous ne sommes pas des supporters de la taxe Tobin qui est un expédient pour tenter de rendre tolérable l'intolérable. 

Nous pensons que les Etats doivent être responsables à la fois de leur niveau de prix, de leur niveau de chômage et des équilibres extérieurs. Les trois vont ensemble. Cette responsabilité globale doit s'exercer dans le cadre d'une coopération internationale étroite.

Croire que les prix sont de la responsabilité de la banque centrale, le chômage de l'Etat et les changes des marchés financiers internationaux, c'est à dire croire à notre organisation actuelle, est pour nous un article de foi, genre charbonnier, sans aucune justification rationnelle. Les conséquences sont désastreuses depuis le début et n'ont jamais cessé de l'être.

L'irresponsabilité des Etats est si confortable qu'il ne faut espérer aucun changement. Les Etats unis ont cru que le "benign neglect" serait sans conséquence. Ils se sont trompés. Mais ils croient encore que le maintien du système vaut mieux que son abandon. La Chine pratique un dumping monétaire effrayant mais tout le monde fait semblant de croire que ce sont les marchés qui imposent le cours du Yuan. L'Europe... Quelle Europe ?

5. On peut considérer que la vraie solution est impossible à mettre en œuvre en l'état des mentalités et des rapports de force. Le pragmatisme ne conduit-il pas à chercher des solutions de fortune, sachant que celles que la rigueur de la réflexion suggère sont impossibles à imposer ?  C'était bien la position de Tobin. Laissons les changes flotter, laissons les déséquilibres enfler, mais au moins bloquons les crises artificielles de change liées à des mouvements de capitaux à court terme. On stabilisera les changes et du coup on "refroidira" les mouvements browniens de la finance avec leurs effets perturbants. Les banques centrales verront leur tâche simplifiée. Les chocs endogènes seront réduits. Le système sera moins mauvais.

La taxe Tobin est donc par nature un renoncement, un pis aller. En un mot un expédient. Au nom du réalisme et du pragmatisme. "Après tout", disait Tobin, "voyons ce que cela donne avec ma taxe. Si on a la stabilité des changes avec la liberté totale des mouvements financiers, sachant que les banques centrales contrôlent les prix, ce ne sera déjà pas si mal" .

6. Faut-il donc, faute de mieux, soutenir par pragmatisme l'expédient Tobin ? Les principaux opposants étaient les banques : elles gagnent des fortunes en spéculant sur les monnaies et les taux d'intérêt à travers le monde ; elles ont tout à gagner à fournir des services visant à se prémunir contre les risques de change ou les variations de taux. La taxe Tobin, sous réserve des modalités, peut en effet assécher ces sources de gains faciles. Les banques étant dans un rapport de force défavorable par rapport aux Etats, il est en effet possible que la faisabilité d'une taxe Tobin n'ait jamais été plus grande. Encore faudrait-il que la question monétaire soit mise en première place et qu'on mette bien les Etats en face de leur responsabilité dans l'organisation financière du monde.

C'est loin d'être le cas. La taxe Tobin est envisagée pour financer l'écologie, la santé publique, le tiers monde, pas comme moyen de réorganisation du système financier mondial. Les Etats qui la proposent ne sont intéressés que par les possibilités fiscales nouvelles ; les ONG que pour les ressources internationalisées nouvelles. La question fiscale a cancérisée la question économique.


7. En l'état, la meilleure chose que peut faire un cercle de réflexion économique est :

- De dénoncer le système monétaire international actuel dont la perversité est avérée de façon DEFINITIVE.

- D'orienter la réflexion internationale vers des solutions de fond et non des expédients.

- De ridiculiser le détournement de la taxe Tobin par les ONG cupides et les Etats rapaces.

C'est ce que nous continuerons à faire.

Didier Dufau pour le Cercle des économiste E-toile

Qu'est-ce qu'une "transaction financière" ?


Voilà que les Etats-Moloch veulent exploiter la crise pour trouver d'autres ressources fiscales. Après avoir taxé la consommation, la production, le travail,  les échanges, les revenus, le capital, la valeur ajoutée, le produit du capital, les plus values, ils viennent de découvrir une nouvelle source de recettes miracles : les transactions financières.

Le mot est compliqué. Transaction : qu'est-ce que cela veut bien dire ? Et ce qualificatif de "financier", il n'est pas simple non plus.

En droit une transaction est un arrangement entre les parties à un conflit qui acceptent de céder sur leurs exigences pour éviter l'aléa et les frais de la Justice. Le Quillet donne une bonne définition de la transaction : "contrat par lequel les parties terminent une contestation".  

Le mot finance lui, identifie la somme d'argent qu'il fallait verser au Trésor Royal pour acheter une charge. On disait : "acheter une charge pour le prix de la finance". Dans un système de vénalité des charges, il y avait nécessairement un Surintendant des finances. Pardi  !

Il faut toujours se méfier quand l'Etat emploie des mots qui ne sont manifestement pas pris dans le sens du dictionnaire, surtout pour lever des impôts nouveaux.

On peut difficilement envisager que nos princes imaginent taxer les transactions juridiques entre l'Etat et les bénéficiaires de charges vénales disparues depuis 1789.

Alors de quoi s'agit-il ?

C'est d'autant plus important de le savoir qu'on accorde au futur impôt des vertus magiques : un prélèvement ridicule mais tellement productif que la faim dans le monde cesserait aussitôt, que le Sud pourrait rattraper le Nord, que les questions de réchauffement de la planète en seraient totalement réglées, que les relations monétaires internationales seraient aussitôt "régulées" et la prospérité mondiale retrouvée.  Véritable couteau suisse de la survie bienheureuse du monde et de la justice  distributive généralisée, solution facile et immédiate de toutes les difficultés sociales et écologiques, panacée contre les rhumes bancaires, on se languit de bien comprendre cette imposition des déjà fameuses mais toujours fumeuses  "transactions financières" qui ne seraient ni production, ni vente, ni consommation, ni revenu, ni capital, ni plus value.

En lisant bien les textes on trouve quelques éléments. On va taxer le change des devises. Vous disposez de 100 Euros. Vous voulez transformer ces cent euros en monnaie marocaine. On va vous taxer sur cette transformation.  Vous vous êtes  donc enrichi dans cette métamorphose ? Non. Le coût de transformation existe. Il est assez élevé. L'Etat, toujours goulu, se sert au passage. Le service rendu crée une valeur ajoutée qui est taxée. Le revenu des intermédiaires est aussi taxé. Bref le change vous appauvrit et nourrit l'Etat. Ici et maintenant. Et on se propose d'aggraver ce coût par une taxe nouvelle, non plus assise sur la valeur ajoutée par les intermédiaires mais sur le mouvement lui même dont l'assiette est vingt fois plus importante.

Voilà qui est concret. Aussitôt la réflexion peut partir sur des bases solides.

Première question : pourquoi faut-il taxer un change de monnaie qui n'a pour but que de pouvoir acheter quelque chose mais dans une autre zone monétaire ? S'agit-il de privilégier les achats fait dans la zone monétaire de son pays de résidence ? D'une mesure protectionniste ? En quoi une mesure protectionniste pourrait-elle fournir les moyens magiques sus évoqués ?

Pourquoi dois-je payer une nuit d'hôtel surtaxé au Maroc et pas en Allemagne ? On va changer le monde avec ça ? Vraiment ? Des taxes j'en ai déjà payé au Maroc : à l'aéroport, à l'hôtel lui même où chaque nuitée exige de payer sa taxe de séjour. On va ajouter une taxe nouvelle pour sauver le Maroc de la pauvreté au moment où je vais changer ma monnaie avant de payer ?  Et le miracle va s'accomplir ?  Surtout que tous les immigrés marocains qui envoient une partie de leur salaire au pays vont être taxés. Cette redistribution  du Nord vers le sud était donc si injuste qu'on la surtaxe ? Et comment le produit de cette taxe va-t-il rétablir l'équilibre Nord Sud si on pénalise les transferts qui y contribuent actuellement ?  

Décidemment, vous direz-vous, cela ne tient pas debout. On a déjà grâce à J. Chirac prélevé une taxe spéciale  sur chaque passage en avion sans que la face du Monde en soit foncièrement changée. Pourquoi à ce compte là ne pas ajouter un péage à l'entrée de l'aéroport de départ et à l'entrée de l'aéroport d'arrivée ?  Et une taxe à l'entrée et à la sortie de la porte de l'hôtel ?  Une toute petite taxe : par exemple 1 cent. Vous vous rendez compte des sommes incroyables que cela ferait si on l'applique à tous les hôtels et à tous les voyageurs ?  Vous direz : ce serait encore plus rentable si on payait la taxe à chaque fois qu'on fait un pas, mais hors de sa zone monétaire naturellement...

Décidemment on y voit plus clair : l'impôt souhaité est un péage sur les mouvements de fonds. Oui mais hors de sa zone monétaire.

Il faut dire que si on étend la taxe à sa zone monétaire  de résidence, la nouvelle taxation devient étrange. Vous virez de l'argent à un de vos enfants : taxe sur le virement . On vous paie votre salaire : taxe sur le  versement. Vous achetez un produit : taxe sur le mouvement physique (l'achat du bien) et sur le mouvement d'argent associé (le paiement). En dissociant l'aspect monétaire et économique d'un même acte, on double la base fiscale. Finaud, non ?

- "Mais si vous avez besoin d'argent, chers Etats, pourquoi n'augmentez- vous pas les impôts existants ?"

- "Vous n'y pensez pas ! On est au maximum tolérable. Songez qu'en France non seulement l'Etat dépense plus que la valeur ajoutée de la population  mais qu'en plus il a endetté tout le monde chaque année depuis 1974.  Un ouvrier est l'occasion d'un prélèvement de 60%, un employé de 65%, un cadre de 70%, un cadre supérieur de 75 à 80%. Avec l'ISF on atteint allégrement les 100% malgré la "bouclier fiscal". Comment voulez vous qu'on ose encore aggraver les choses ?"

- "Mais c'est bien ce que vous allez faire !"

- "Oui mais en douce. Les idiots vont croire que les "transactions financières" ce n'est pas eux mais les "financiers", des zombies quoi  et moralement condamnables en plus.  Tout va se passer à la source sans qu'ils ne s'en aperçoivent. Elle est là la magie : on taxe deux fois la même chose et personne ne s'en rend compte".

- "Vous êtes cyniques, pervers et hypocrites !".

- "Oui, bien sur. Comme d'habitude. Et alors ? Imaginez qu'on soit honnête et qu'on mette tous les prélèvements sur la TVA : on aurait un taux de 110%-120% ! Et comment on ferait-on pour sauver le monde, la nature, le système bancaire, la justice sociale, l'équilibre Nord Sud, tout en payant nos fonctionnaires et nos associations ?"

- " Je ne sais pas : un grand emprunt, par exemple" !

- "Alors vous, comme cynique...".

Plaidoyer pour une croissance forte

Le Cercle des économistes  e-toile s'est réuni en séance plénière pour fixer son attitude sur un sujet crucial : la croissance est-elle encore possible en Occident et particulièrement en Europe et en France. Les exigences écologiques nous entraînent-elles nécessairement dans une spirale de  baisse de la valeur ajoutée et dans la régression économique ? Doit-on céder aux sirènes moralisatrices qui prêchent la pénitence et la fin du festin ? En un mot la croissance est-elle encore souhaitable et est-elle encore possible ?

La réponse a été unanimement OUI.

Voici pourquoi.

L'économie, par construction, est basée sur des ...économies. La croissance n'est possible que parce qu'une économie a été faite quelque part qui permet au système d'évoluer vers de nouvelles productions et consommations.  Une économie en croissance est pratiquement toujours une économie qui trouve sa valeur ajoutée dans des modes innovants de produire et de consommer. En un mot, il n'y a pas de croissance sans productivité, c'est à dire sans diminution, à un stade où un autre, de la part de ressource détruite par rapport au besoin satisfait.


La croissance est le produit d'une énorme machine à trouver des économies. Les voitures consommaient 20 à 25 litres d'essence en 1930. Nous en sommes autour de 5 litres. On pourrait donner mille exemples de ce type dans tous les domaines, que ce soit la quantité de kérosène au kilomètre parcouru pour les avions, la quantité d'acier dans une voiture, le coût de vente d'un article ou de diffusion d'un message  via Internet etc.  Les gains sont souvent spectaculaires : le coût d'un message a diminué par exemple de près de 95%. De même pour le coût d'une transaction financière. La croissance économique n'est rien d'autres que l'ensemble des gains de productivité, résultant de notre capacité à détruire moins tout en ajoutant plus de valeur.

Appeler à l'économie dans l'économie, c'est formuler une tautologie. Tout l'effort des entrepreneurs et de leurs cadres est de trouver des ratios coûts/valeur ajoutée  favorables. Les campagnes se sont vidées parce que la productivité agricole a incroyablement augmenté ce qui a permis de diversifier les productions et les consommations. La démocratisation du transport a été aussi le fruit de gains de productivité considérables.

Partout des milliers d'ingénieurs cherchent des solutions avantageuses qui permettront de créer de la valeur. Jamais il n'y a eu autant de produits inventés ou améliorés qui n'ont de clients que s'ils ont un meilleur rapport entre coûts et valeur ajoutée.
Les produits qui n'améliorent pas leur ratio productivité/valeur ajoutée diminuent ou disparaissent.

La grande vérité qui est ignorée par tous les philosophes, énarques, journalistes, politiciens ignares en économie, c'est que la croissance n'est JAMAIS le gonflement de l'existant. Des produits disparaissent pendant que d'autres apparaissent. Le contenu de la croissance est éminemment variable. On se satisfait d'autre chose d'une génération à une autre. Le PIB de 1909, n'a rien à voir avec celui de 1959, qui n'a rien à voir avec celui de 2009.

Si on considère un produit considéré, il n'est pas rare qu'on soit plus pauvre en ce produit que nos prédécesseurs, alors qu'il y a eu croissance globale.  Par exemple le coût du travail a considérablement augmenté réduisant drastiquement le marché du personnel de maison. Là où une famille bourgeoise employait au milieu du XIXème siècle une nuée de serviteurs, un petit riche moderne se contente d'une fraction de journée de femme de ménage.

L'économie étant en permanente adaptation, la population passe son temps à réduire sa consommation de certains produits au profits de nouveaux qui le satisfont mieux.  L'économie ne cesse de réduire la consommation de facteurs de production. Le nombre des faillites est là pour prouver que la lutte pour la survie n'est pas facile. Car justement le capitalisme a un aspect destructeur. 

Mais la destruction a un bon motif : la substitution.
Si on prend à un instant donné la structure des coûts d'un niveau de production et qu'on prolonge les tendances dans la durée, on aboutit TOUJOURS sur une impossibilité. La mésaventure est arrivée aux petits maîtres du Club de Rome.  Ils ont poursuivi des tendances et ne sont arrivés ...qu'à des sottises.

Comprendre que la croissance n'est pas l'augmentation indéfinie des mêmes productions mais une transformation, une métamorphose permanente, éviterait les pires contresens.
Dans les années 50 le saumon était un plat de fête réservé à une élite qui ne le consommait que dans des circonstances bien particulières, notamment les réveillons de fin d'année. Aujourd'hui c'est un plat de base de la consommation populaire.  A l'inverse les crevettes étaient un plat extrêmement peu cher (à peu près le même prix qu'une entrée de radis dans un restaurant). Aujourd'hui manger des crevettes grises est un luxe.

Une des caractéristiques principales de l'évolution des produits est la part croissante de leur contenu psychologique. Le téléphone portable, Internet, ne satisfont pas des consommations physiques importantes. On consomme une information, une chaleur humaine, dont le coût unitaire a baissé de façon gigantesque.  Le succès n'implique même plus de productivité décroissante.

Si un logiciel plait, il va s'imposer sur le marché avec un coût marginal presque nul par client nouveau. Un film coûte la même chose qu'il fasse 100.000 entrées ou 20 millions. Le rendement marginal du spectateur supplémentaire est considérable.  Son coût marginal en facteurs de production ou de diffusion  plafonne à niveau très bas.

Une vidéo qui va être vue par des millions d'internautes ne coûte pas plus qu'une vidéo  sans aucun succès.  Le temps passé à la regarder ne va pas être utilisé à autre chose. Il y aura donc des perdants : une partie de la valeur ajoutée en terme de plaisir et de satisfaction de l'internaute va être prise sur d'autres consommations qui vont baisser.

Actuellement personne n'est en mesure de dire si les effets de substitution de la croissance ont un impact positif ou négatif sur la planète. Personne ne s'est jamais enquis de faire un calcul sérieux de la propension marginale de l'économie à ruiner l'écologie de la planète. Pour une raison simple : c'est impossible.

Une ville comme Paris voyait sa population rechercher l'ouest  pour se loger parce que les vents dominants venant de l'ouest , toutes les fumées de la villes allaient à l'est. Il n'y a pratiquement plus de fumées industrielles en ville aujourd'hui : la ville s'est rééquilibrée à l'est où le facteur terrain était moins cher pour une santé identique.

La valeur ajoutée est toujours d'essence psychologique. C'est l'arbitrage de millions de consommateurs qui font la valeur ajoutée. Le PIB n'existe pas en soi.  Cet arbitrage dépends des prix, normalement le reflet du coût des facteurs de production.
Le coût de la nature va continuer à considérablement augmenter. La croissance future contiendra de moins en moins de ce facteur là. Mais elle continuera tant que les entrepreneurs trouveront des modes nouveaux de satisfaire des besoins, avec des consommations réduites de facteurs de production.

Au début des années 70 deux dossiers écologiques étaient particulièrement forts : d'énormes usines à pêcher étaient envoyées par les Japonais pour ratisser avec d'immenses chaluts l'incroyable richesse des fosses de l'ouest africain. En dix ans ils ont tout nettoyé. Le port d'Abidjan était un formidable spectacle de poissons de toute nature et de toute taille. C'est largement fini. Tout le monde savait le crime écologique qui était en cours. Tout le monde s'est tu, la corruption et le laxisme des lois maritimes internationales permettant tous les abus.  La forêt amazonienne était en train d'être détruite. De nombreuses voix s'élevaient contre  la destruction de la forêt primaire. Pendant quarante rien n'a été fait. La forêt de Bornéo offre le même spectacle.

Dans tous ces cas il s'agit de prédation politique. Des élites corrompues jusqu'à l'os se sont enrichies vite et bien sur le dos de trésors de la nature qui n'étaient absolument pas nécessaires à la croissance. La forêt amazonienne n'aurait pas été touchée, la croissance mondiale n'aurait pas changé d'une décimale.

Est-ce que le capitalisme est vierge de toute critique ? Certainement pas. Les entreprises ont à leur disposition mille manières d'organiser rentes de situation et monopoles. Il n'y a pas de dossier de start-up sans un chapitre sur les barrières à l'entrée permettant de protéger le marché des nouveaux produits envisagés. La banque, l'assurance, la téléphonie, offrent mille exemples de manipulations visant à se préserver de la concurrence et à tromper le client.  Le consumérisme est un mouvement indispensable ; la législation anti trust également.
La recherche véritable de la satisfaction des utilisateurs passe nécessairement par un encadrement des pratiques permettant à la vérité des marchés de s'établir.

Mais il faut noter que les principaux pollueurs sont des secteurs entièrement financés ou presque par l'Etat. L'agriculture en donne un parfait exemple. Par démagogie on a dressé un système en trompe l'œil où les prix ne guident plus les productions et ou la pollution fait partie du jeu. Qu'ont fait les autorités pour éviter qu'en Bretagne l'élevage intensif du porc ne pollue gravement les rivières et le littoral ? Ils ont subventionnés les éleveurs !

Les systèmes de production de type soviétique ont de tout temps été les plus polluants.  L'indifférence aux facteurs de production  a fait que l'on a tué des millions de personnes tout en saccageant la nature. Lorsque le communisme s'est effondré on s'est aperçu de l'ampleur du mensonge que l'Occident avait accepté de gober.

Le désastre écologique soviétique et plus généralement communiste n'a aucun rapport avec les pollutions du capitalisme.
Alors oui, le politique doit fixer le cadre et les objectifs.  Il a certes le devoir de faire en sorte  que tous les coûts soient correctement prix en compte.

Il doit le faire en évitant plusieurs écueils.

Le premier est la politique de gribouille : j'augmente les coûts de plusieurs magnitudes immédiatement parce que je sais que plus tard il est possible qu'ils coûtent plus chers en se raréfiant. Plonger dans la piscine toute de suite parce que la pluie menace n'est pas des plus intelligents.  Les taxes sur l'essence n'ont exactement aucune fonction écologique. Elles ont été créées pour donner à l'Etat un maximum de ressources faciles. En multipliant par cinq fiscalement le coût du pétrole combien d'activités ont elles été bridées ou rendues impossibles ?  Combien d'emplois perdus ? Ces chiffres là ne seront jamais publiés. Les manque à gagner ou à produire n'émeuvent jamais personne.

Le second est le privilège donné aux consommations collectives. Les biens collectifs ne sont pas pour la plupart tarifés à leur coût réel et ils sont considérés dans la comptabilité nationale du PIB non pas en fonction de la satisfaction apportée mais à leur coûts de fabrication.  Dans bien des cas ce sont des consommations forcées ou des consommations tellement subventionnées qu'elles n'ont plus de sens. La prise en compte des coûts écologiques n'est pas automatique et peut être contournée.

Le troisième est l'intervention directe sur la consommation elle même. La stigmatisation des "blondes en 4x4" par Denis Baupin et sa clique à Paris est un bon exemple de ce qu'il ne faut pas faire. La liberté de consommer ce qu'on veut, quand on veut, est fondamentale dès lors qu'on l'obtient de façon licite. Si on entre dans la culpabilisation des comportements et des achats  on n'en sort pas. Pendant le "grenelle" de l'environnement en septembre 2008, deux congressistes évoquaient leurs vacances  à une terrasse d'un bistrot proche. "Moi disait l'une, cet hiver je vais en montagne dans un hôtel qui a un spa formidable : piscine extérieure chauffée à 30%, sauna, hammam. Pour la santé, c'est parfait". " Tu as raison disait l'autre, donne moi l'adresse, j'adore cela".  Chauffer une piscine extérieure en montagne par moins 5 ou 6 degrés est bien agréable. Mais quel est le bilan carbone ? Que fait-on ? On interdit ? Bien sûr que non. Contingenter de façon malthusienne des consommations serait se lancer sur un terrible toboggan.

Le quatrième écueil est d'imposer des restrictions inutiles et sans quantum d'action sur les problèmes écologiques mondiaux. Le problème s'est posé exactement dans les mêmes termes lors des querelles sur le malthusianisme des naissances. Il est clair que la natalité était trop forte en Inde et en Asie, comme au Maghreb. De là à prendre des mesures malthusiennes...en France, qui souffrait déjà d'un déficit des naissances !  La guerre de 14 venant après des décennies de réduction volontaire des naissances a ruiné la France. Heureusement, il y a eu sursaut après la guerre.  Malheureusement ce sursaut s'est partiellement enlisé à partir des années 70. La leçon des désastres de l'avant guerre commence à être oubliée. En Europe de nombreux pays sont menacés par le dépeuplement. La Russie, l'Allemagne, l'Italie ont des perspectives démographiques déplorables. Va-t-on commencer à s'en réjouir au nom de l'écologie et de la sauvegarde de la planète ?

Le cinquième écueil est la suite logique du précédent. L'homme risque de devenir l'ennemi d'une nouvelle religion. Maltraitons l'homme pour sauver la planète. Pénitence, restriction, culpabilisation commencent déjà à apparaître.  Il y a quelques jours dans un media français les intervenants ne l'envoyaient pas dire : l'homme est un loup pour l'homme mais pire encore pour la planète. il va falloir le dompter, volens nolens.

Nous ne disons pas ici que les marchés s'équilibrent tout seuls  en optimisant satisfaction et prédation écologique. Seuls les sots pensent qu'une économie totalement spontanée fonctionne sans difficulté. On n'en a aucun exemple historique. En revanche nous affirmons qu'il n'y a pas d'économie sans liberté, que la valeur apparait dans des processus d'échange libres,  et que cet ajout de valeur peut se faire même en réduisant la prédation sur tel ou tel facteur de production sensible.


En un mot une croissance non prédatrice est possible. Indéfiniment.  Il ne faut pas, au nom de la sauvegarde de la planète, détendre le ressort fondamental qui voit des millions d'hommes chercher les chemins du futur. Il faut investir. Il faut innover. Il faut supprimer les sources de gaspillages. Il faut réformer les systèmes qui ne marchent pas. Il est illusoire de croire que l'on pourra redistribuer les richesses  pour résoudre les problèmes sociaux sans croissance. Une double redistribution entre pays riches et pays pauvres d'un coté et entre riches et pauvres de l'autres, est strictement impossible dans une ambiance de décroissance.

Il n'y a pas de décroissances heureuses. Le moteur de la croissance est forcément inégalitaire : la création de valeur ne se fait pas partout en même temps. Des disparités se créent sans cesse puis la richesse diffuse.  Mais le moteur administratif de la décroissance sera encore plus inégalitaire, chacun se crispant sur ses situations acquises et excluant gaiment tous les nouveaux entrants.


Nous n'avons aucune expérience des décroissances volontaires. Mais nous connaissons bien le mécanisme des décroissances involontaires.  Ce ne sont pas les consommations qui baissent dans un premier temps mais les investissements. Les nouveaux entrants dans le circuit économique voient les portes se fermer devant leur nez, en même temps que les fragiles sont éliminés.

Toute décroissance planifiée génère des inégalités sociales d'autant plus épouvantables qu'elles sont sans remèdes. Lors d'une récession classique, le mécanisme s'enclenche mais on espère la reprise de la croissance. Il y a aura une solution. Mais si la récession est voulue ? Si les perspectives de chaque entreprise est une réduction de son activité ?  On cherche désespérément des gains de productivité et on désinvestit. On licencie plus que la baisse de croissance décidée et on va accélérer les efforts de réduction de coûts et de productivité. Alors la décroissance s'accélère et provoque la destruction de la base sociale.

Oser proposer un tel désastre est incompréhensible et en dit long sur l'indigence économique des politiques et leur indifférence sociale au delà des slogans.

Une bonne politique écologique passe par une bonne politique économique de croissance, pas de décroissance. Eliminer les freins à la croissance, faire valoir les coûts externes réels non pris en compte, harmoniser les droits commerciaux aux frontières en fonction des efforts écologiques des uns et des autres, stimuler l'inventivité, rechercher la productivité, récompenser l'innovation utile et la création de valeur, empêcher les monopoles et les pratiques anti concurrentielles, réformer les sous systèmes qui fonctionnent mal, aider à la création d'un vivier d'entrepreneurs, stimuler l'investissement, éviter les décisions purement politiques catastrophiques pour l'environnement par démagogie ou corruption, voilà le rôle des dirigeants.

Casser les énergies, accabler l'homme du poids de son péché écologique originel, réduire la population dans les pays européens, faire décroître la satisfaction des besoins par des mesures administratives, attacher un boulet écologique à toutes les initiatives de progrès, tous ces comportements dont on voit se déchaîner actuellement les promoteurs au nom des petits oiseaux et de l'effet de serre, n'est pas seulement ridicule. C'est la voie du déclin, du malheur et de la servitude.

Si le déclin devient un objectif alors toutes les fautes,  toutes les horreurs deviendront des bienfaits pour la planète. Staline a massacré 10 millions de Koulaks ? Il a bien fait : cela a préservé la planète. L'économie est totalement désorganisée par des mouvements sociaux alimentés par les pénuries. C'est formidable : pendant les désordres la terre s'est mieux portée. 

Toutes les erreurs aboutissant à des reculs économiques seront sanctifiées : ne mènent-elles pas à une meilleure santé de la terre. On en viendra à considérer 20 millions de chômeurs comme une bénédiction pour la planète : au moins pendant qu'ils chôment ils ne polluent pas.  


Cette voie est sans issue.


Restons mobilisés. Faire constamment mieux et plus est indispensable. Tout en déformant nos consommations vers des produits et des processus plus économiques et moins agressifs pour la planète.  C'est la vocation de la civilisation.  On ne peut pas dire à un médecin : on va se satisfaire d'une décroissance médicale. Finis les produits nouveaux ; Adieu les progrès thérapeutiques ; Revenons à un niveau passé compatible avec la santé de la planète.  On ne peut pas dire à une civilisation : arrête-toi !  On ne peut pas dire à une économie : décroît ! On ne peut pas dire à ses enfants : tu auras moins et on t'accablera de demandes de repentance et de sanctions si tu entreprends quoi que ce soit.


L'humanité s'en tirera par l'économie, la créativité, le dynamisme. L'horloge du temps humain ne recule pas. Et on ne peut pas la retarder artificiellement.

Vive une croissance économique de moins en moins gourmande en ressources naturelles. C'est souhaitable. C'est possible.

Didier Dufau au nom de l'ensemble des membres du Cercle des économistes e-toile.

Article connexe :"le devoir des économistes" .

La controverse Pierre-Antoine Delhommais-MichelRocard


La controverse qui anime ces derniers temps le petit monde des média nous intéresse car elle touche un sujet que nous avons abordé ici de multiples fois.

Pour ceux  à qui peut échapperce genre de guéguerres picrocholines, rappelons que dans un article très exact, Pierre-Antoine considérait que  "M. Rocard serait bien inspiré de relire Montesquieu, qui, dans De l'esprit des lois, s'en prenait à ceux qui "ont cru qu'il était bon qu'un Etat dût à lui-même et qui ont pensé que cela multipliait les richesses"". Et il ajoutait : "Rocard ..., qui il est vrai avaient pratiqué avec brio l'art du déficit quand ils occupaient leur poste".

M. Michel Rocard ,n'a pas apprécié. Il est vrai qu'à plusieurs reprises il a expliqué au monde ébahi qu'il avait été "le meilleur premier ministre" depuis longtemps et probablement dans son esprit toujours. Se voir rabaisser à un simple flambeur public  à crédit l'a heurté au plus profond de son ego, qui, comme chacun le sait, n'est pas mince. Il a donc vertement répliqué.  

"Je suis nommé le 10 mai 1988. Le budget de cette année a été arrêté par le gouvernement et la majorité précédente avec un déficit de 135 milliards de francs. Je l'exécute au milliard près. Je fais adopter pour 1989 un budget au déficit de 115 milliards, puis pour 1990 un budget au déficit de 100 milliards, tous deux exécutés au milliard près. Je fais adopter le budget pour 1991 avec un déficit de 90 milliards. Je quitte mes fonctions en mai, ce dernier budget sera exécuté avec un déficit majoré de près de 4 milliards. La récession de 1992 commençait en effet à se faire sentir fin 1991.Ref 2

La querelle ne peut être vidé que si on fait intervenir plusieurs notions cruciales qui ont le malheure de ne jamais être développées publiquement.

La première c'est que le cycle économique de 8 - 10 ans existe.

La seconde est que l'impôt est globalement progressif.

Cela veut dire qu'en phase de haute conjoncture (en général les 3 ou 4 dernières années du cycle) les recettes fiscales augmentent plus vite que le PIB. En revanche les périodes de vaches maigres, souvent les trois premières années du cycle, voient les recettes fiscales attaquées.

La qualité de la gestion des finances d'un pays  n'est pas la même en début et en fin de cycle : dans le premier cas il est nécessaire de laisser filer les déficits et dans le second il faut profiter de la croissance pour revenir à l'équilibre.     

M. Michel Rocard a eu la chance insigne de devenir premier ministre pendant une phase de forte croissance. Il fallait donc anticiper la récession prochaine et pratiquer une ascèse budgétaire telle que le budget repasse au positif et permette de dégager des excédents utilisables pendant la phase difficile à venir.

Il nous explique lui même qu'il n'en a rien fait. Alors qu'il a bénéficié d'une croissance extrêmement forte des recettes fiscales, il s'est contenté de freiner l'ampleur du déficit en utilisant pratiquement tout l'excédent fourni par la croissance pour des dépenses nouvelles. Ce fut une attitude irresponsable et même criminelle. Dans bien d'autres pays occidentaux, la période a été utilisée pour revenir à des budgets excédentaires.  

M. Michel Rocard aurait le droit de se vanter s'il avait conduit une politique faisant apparaître un excèdent de 90 milliards en 89, de 115 en 90 et de 135 en 91. En amassant  près de 300 milliards de Francs d'excédent, il aurait bien mérité de la Nation. Mais pas en accumulant 300 milliards de Francs de dettes nouvelles en pleine croissance !

Le plus incroyable, c'est qu'il ne réalise même pas l'inconvenance de sa défense !

Nous avions déjà fait cette remarque il y a bien des mois dans notre article  sur le plamarès des incapables.

Le pire est que cette période de forte croissance a été employée à créer le RMI, dont toute la discussion sur la transformation en RSA a montré qu'il s'agissait finalement d'une trappe à pauvreté inacceptable à réformer d'urgence, donc à créer un nouveau trou dans la coque des finances publiques, tout en créant un nouvel impôt, la CSG dont la montée  en puissance explique celle du taux de prélèvement et le passage de la France en tête de la spoliation fiscale de ses citoyens.

La gestion de Michel Rocard a été détestable et nous l'avons mis en tête du palmarès des pires premiers ministres pour cette raison.

On verra le même phénomène se reproduire à la fin du cycle suivant, où le gouvernement Jospin accroitra la dette cumulée de 1000 milliards de Frances pendant la meilleure phase de conjoncture mondiale depuis les trente glorieuses, tout en bloquant l'économie avec les trente cinq heures et la législation sur les licenciements.

Ce qui est vrai pour la nation toute entière  se retrouve à l'échelon régional. On a vu le Maire socialiste de Paris, M. Delanoë, se gaver de 400.000.000 d'Euros de recettes inopinées dues à la flambée des prix immobiliers, les dépenser intégralement et dès la récession venue déclencher les hausses d'impôts les plus phénoménales jamais vues à Paris, aggravant la situation des parisiens déjà durement touchés par la crise et contribuant à la hausse des prélèvements globaux, à l'instar de tous ces collègues dans les régions, les départements et les villes.

M. Rocard a donc entièrement tort dans cette controverse.

M. Pierre Antoine Delhommais verrait sa cause mieux servie s'il voulait bien populariser dans sa chronique le fait qu'il y a un cycle et que la progressivité globale de l'impôt implique qu'en période de vache grasse on crée de l'excédent budgétaire pour permettre des déficits supportables dans la période de vaches maigres. Le budget doit être contra cyclique sans accroissement perpétuel de la dette. Cette règle de base devrait être affiché à l'entrée du Sénat et de l'Assemblée nationale. Et au fronton de Matignon.

Je lui rappellerai que notre premier article sur le sujet date de septembre 1997 et qu'il a été publié sur le forum du journal... le Monde. Treize ans déjà.

Allons, encore un effort !

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile

copie à delhommais@lemonde.fr

Références

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/7/18/Economie-Franaise--le-palmars-des-incapables

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/11/28/j-emprunte-donc-je-suis-par-pierre-antoine-delhommais_1273508_3232.html

http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2009/12/12/michel-rocard-nous-repond_1279850_3208.html

 

Martin Hirsch et le RSA : un bien étrange "succès"

Le 1er décembre 2009, le Figaro a la bonne idée de donner à Martin Hirsch, sur cinq colonnes et quasiment une page entière, l'occasion de faire le point sur le fonctionnement du RSA, voté à l'été 2008 et  lancé en juillet 2009.

Vous imaginez sans doute que le Haut Commissaire est un peu gêné aux entournures.  Il avait annoncé des chiffres de retour à l'emploi extrêmement faibles compte tenu des sommes engagées, avec création d'une imposition nouvelle sur les revenus de l'épargne des Français, mais la crise était venue. Et on se doutait bien que même ces résultats minimes n'auraient pas été atteints.  Avoir ajouté un nouveau trou dans le tonneau des Danaïdes  pouvait rendre notre Haut commissaire un peu déprimé.

Pas du tout.  Ce qu'il nous annonce, c'est un grandiose triomphe.

Vous pensez avoir mal lu. Alors vous vous penchez fébrilement sur l'article pour trouver la trace des centaines de milliers de retours à l'emploi promis et du dégonflement du nombre de malheureux au RMI. Avoir réussi à obtenir de tels résultats en pleine récession, alors là, oui, ce serait un immense triomphe.

Mais de retours à l'emploi, on ne trouve nulle trace.  Au contraire, là où on avait 1.300.000 Rmistes, on trouve désormais 1.26 million de RSA "socle" et 370.000 RSA "activité",  soit 300.000 allocataires de plus. Et on ne nous cache pas que le désastre continu : 30.000 demandes de RSA sont enregistrées chaque semaine.  Au 31 décembre 2009, nous serons donc à 400 ou 500.000 allocataires de plus.

Catastrophe ? Pas du tout ! A lire notre Haut Commissaire, c'est un formidable succès.  Rendez vous compte : "Le RSA a atteint le quart de sa cible en quatre mois". Quelle cible ? Le retour à l'emploi ? Mais non : le but n'est pas l'emploi  mais que les intéressés touchent bien leurs nouvelles allocations.  Et la "montée en charge" est  excellente.  On assiste à "une nette progression des bénéficiaires  de 4.4% entre juin et septembre".  Ce qui est encore plus formidable c'est que qu'on a réussi à dépenser au rythme annuel de 1.2 milliards d'auros pour le seul RSA activité (20% des bénéficiaires).  Et qu'on va pouvoir financer une prime de Noël !

L'avenir s'annonce radieux. M. Martin Hirsch  : "on va étendre la clientèle du RSA à de nouvelles couches de la population", les moins de 25 ans, les bénéficiaires de l'Allocation spéciale de solidarité.   La croissance va donc être très satisfaisante. Bien sûr il faudra une légère augmentation des impôts en 2011. La nouvelle imposition est là pour cela : on va augmenter "légèrement" les taux. Comme pour la CSG, partie de 2% et maintenant avec le RDS à plus de 10%, la taxation des revenus de l'épargne va grimper progressivement.  Mais Martin Hirsch suggère que les assujettis se doivent d'être contents : il n'a pas réclamé de hausse  pour 2010.

Certains esprits rétrogrades pourraient s'exclamer : nous sommes en pleine inversion des valeurs !  Un désastre est habillé en triomphe. Le but d'une allocation de retour à l'emploi est le retour à l'emploi.  Il n'y en a pas et au contraire on se vante d'une croissance du désastre.

Que ces idiots se calment. Nous vivons dans un système d'énarchie compassionelle. Pour un haut fonctionnaire énarque, l'important est le succès des formules administratives qu'il crée, indépendamment de leur objet.  Plus il y aura de bénéficiaires du RSA plus M. Hirsch sera content. Et plus il faudra augmenter les impôts pour financer le dispositif plus  M. Hirsch s'extasiera sur son incomensurable succès.

L'application de ces sompteux principes depuis 1974 a fait que la France en âge de travailler est pour l'essentiel  au RSA, en formation bidon,  au chômage, au SMIC, en stage, ou en train de  courir de petits boulots en petits boulots via l'intérim.  Quand elle ne cherche pas des compléments dans les milles "défenses" des trafics et travaux au noir.  

Nous avons de formidables taux d'inactivité pour les jeunes, les vieux, les femmes, les immigrés réguliers.

Nous sommes au sommet des taux de prélèvements sociaux et la dette est dans la stratosphère.

Jamais nous n'avons pu depuis 1974 exécuter en équilibre une loi de finances.  

Tous nos services publics sont dans la plus profonde détresse. L'école laisse sortir des centaines de milliers de jeunes sans aucune qualification.  Le taux de disponibilité de nos avions militaires est si bas que personne ne sait vraiment quand une opération décidée aura lieu. Nos centres culturels à l'étranger disparaissent.  L'insécurité repart à la hausse, à des niveaux déjà très élevés.  Nos enfants n'ont d'espoir que dans une carrière hors de France, qui s'est figée dans la stagnation.

Et pour couronner le tout voici que nos énarques bien aimés, comme Alain Juppé,  cet homme politique de droite réjoui par l'ISF, le RMI et maintenant le RSA, et qui reste celui qui a le plus augmenté les impôts en temps de paix de toute l'histoire nationale, évoque les délices nécessaires d'une décroissance volontaire.

Allons, vite, créons un poste de Haut Commissaire à la Décroissance Heureuse.  Qui se réjouira comme son homologue aux "Solidarités Actives"  des triomphes de son activité quand le PIB baissera encore plus que prévu.

Ajoutons un Haut Commissaire à l'Ecologie Punitive, et nous serons enfin ce que nous aspirons à être : un peuple né malin et qui le prouve tous les jours.

Lagarde et Kouchner, futurs prix Nobel d'économie ?

M. Kouchner et Mme Lagarde ont signé conjointement une libre opinion dans le journal le Monde (daté du 1er décembre 2009). Les interventions de ministres en exercice sont déjà exceptionnelles, mais signées en duo, elles sont rarissimes. Le sujet devait donc être d'importance et mériter le détour, même si le titre, bien trop long, était en lui même plutôt inquiétant :

"Des financements innovants pour aider au développement, l'idée fait son chemin ; pour une taxe sur le secteur financier mondial".

On apprend donc que "ces derniers temps la notion de financement innovants, stables, prévisibles" complémentaires de ceux qu'on connait "flottait dans l'air".

Tiens, se dit le lecteur, nos Ministres captent l'air du temps, maintenant. Comme c'est bien ! Désormais toutes les semaines un ou deux ministres écriront aux journaux pour dire ce qu'ils ont trouvé dans l'air du temps. Comme cela, pour le plaisir de causer bagatelles et fanfreluches qui passent dans le ciel des bonnes idées aériennes et mobiles. "Ici l'ombre : voici quelques messages personnels".

Des ministres medium de l'air du temps, vraiment cela nous manquait grave !

L'article nous rassure tout de suite : l'air du temps qu'ils ont capté à deux avec leurs petites antennes magiques, ils l'ont mis "à l'agenda international au printemps 2009". Au nom de la France. C'est formidable un ministre français : cela capte l'air du temps, le met à l'agenda international et l'indique six mois plus tard aux Français ébaubis. Par voie de presse.

On sait que Mme Lagarde parle anglais et que cette capacité lui a fait atteindre les sommets de crédit auprès des anglo-saxons justement lors des sommets (là où circule l'air du temps). C'est sans doute pour cela qu'elle ne craint aucun anglicisme : ce sont en effet les anglo-américains qui "mettent à l'agenda". Exiger des ministres français innovants qu'ils écrivent en bon français serait sans doute outrecuidant et de mauvais goût. Surtout quand on complète les anglicismes de charabia administratif de compétition : "Cette idée s'inscrit au confluent des problématiques" lit-on un peu plus bas. Qui saurait mieux dire ?


Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Le charabia technocratique cache généralement une grande misère de la pensée ou de vilaines intentions. Parfois les deux. Faisons taire le mauvais esprit qui souffle des idées aussi négatives.


L'air du temps, nouvel ange Gabriel, a révélé à nos deux Ministres qu'une taxe de 5 centimes pour 1000 euros sur le système financier mondial apporterait au monde 35 milliards d'euros de recettes annuelles régulières (autant que le grand emprunt, c'est dire) ce qui permettrait de régler d'un coup de baguette magique tous les problèmes qui se posent : la soif et la faim (calmées avec des produits purs et accessibles), l'accès à l'énergie et à l'économie propre, et même, cerise sur ce gâteau magique, la sécurité financière. Les budgets des Etats n'auraient plus à se préoccuper de cautionner les bilans des banques.


Vous vous rendez-compte Mme Michu ! C'est bien l'ange Gabriel, en grandes pompes, missionné par Dieu le Père et le Saint esprit réunis (et le fils ne devait pas être très loin) qui ont introduit l'air du temps dans les neurones de nos deux ministres.


Ils en ont été tellement éblouis que l'article ne cesse de nous faire part de leur enthousiasme de catéchumènes : la solution est évidente ! Et on n'hésite pas à marteler cette évidence.


"Les financements innovants sont donc une évidence. Défi majeur du nouveau siècle, les financements innovants  ne sont pas une simple option, ils sont devenus une évidence.  Cette évidence, la France...". 

Les règles du beau style suggèrent d'éviter de répéter deux fois la même chose à la suite. Alors trois ! Mais il s'agit des règles du nouveau siècle portées par l'air du temps. Alors les plus lourdes répétitions ne sauraient poser problème. Les auteurs ont été timides en nous indiquant que "l'argent doit contribuer à la satisfaction des besoins primaires".  Ils auraient du énoncer : "l'argent doit contribuer d'abord et en premier à la satisfaction évidente des besoins primaires de ceux qui sont évidemment prioritaires".  Les lecteurs du Monde ont l'esprit si volage qu'il aurait mieux valu prendre toutes les précautions.


En classe de quatrième des collèges, lors des premières dissertations, on vous invite à ne pas employer des termes comme "c'est évident" qui ressortissent du bourrage de crâne le plus primaire et de la position d'autorité un peu injurieuse (si tu ne vois pas l'évidence c'est donc que tu es un abruti)  et de développer un argumentaire un minimum rationnel et convaincant.  Peut être que "le nouveau siècle" a changé tout cela.

On reste toujours songeur lorsqu'on entend des phrases du genre :"C'est-y pas malheureux de voir cela en l'an 2000". Ces temps nouveaux sont si exigeants ! On ne voit pas que la faim dans le monde, l'accès à l'eau potable, le recul de la pauvreté, l'égalité devant la maladie soient des thèmes particuliers à notre siècle. Déjà en 1999...


Mais bon ! N'insistons pas. L'air du temps du 21ème siècle semble avoir une texture particulière propre à imposer les évidences dans le style tautologique.


La France peut s'enorgueillir de disposer de Ministres aussi doués à capter l'air du temps. "La France est à l'avant garde". Elle a porté la bonne parole "dès le premier jour"  Son "activisme n'a pas cessé de porter". "La France sera alors parvenue une nouvelle fois à faire bouger les lignes". Même  "la communauté des grands argentiers"(probablement un avatar très "nouveau siècle" des gnomes de Zurich) est d'accord. C'est dire. Et si bien dire : porter une parole qui porte, c'est le summum. Surtout sur une portée dont les lignes bougent. Même si cela fait un peu escargot qui porte un autre escargot sur sa coquille en montant sur une partition de musique crayonnée un peu vite. 


Quelle lecture réconfortante pour un Français, lecteur du Monde de surcroit , et appartenant au nouveau siècle : deux ministres français font bouger les lignes avec des évidences que même les sectes les plus saugrenues reconnaissent ! En ces temps de centralisme présidentiel extrême, savoir qu'il laisse ceux de ses chevau-légers les plus sensibles aux courants d'airs (purs) courir si loin en tête des communautés internationales, sans lui même capitaliser sur cet héroïsme mondialiste d'avant garde est bien sympathique et de nature à corriger une image trompeuse.
5 pour mille, c'est 0.5 pour cent. les financiers qui n'aiment pas manipuler les fractions appellent 0.01% un "point de base".  0.50% = 50 points de base. 

L'article prend bien soin de nous indiquer que la taxe "sur le secteur financier" (admirez la précision ! ) n'est pas une matérialisation de feu la Taxe Tobin. On sait que ce financier subtil décidé à empêcher les mouvements spéculatifs à court terme sur les marchés des changes avait imaginé un énorme mur anti spéculation : une taxe de 5 points de base. Soit dix fois plus petite que la Taxe Lagarde-Kouchner.

Il faut savoir que le taux de l'argent pour un jour est en ce moment autour de 0.25 points de base. La Taxe Tobin était 20 fois plus élevée. Sachant qu'il faut pour une opération de spéculation dénouée quotidiennement au moins deux opérations, il aurait fallu avec la taxe Tobin que le spéculateur trouve des rendements quotidiens supérieurs à 40 fois le taux de l'argent emprunté le matin. Impossible. Aucune opération spéculative d 'horizon inférieur à deux trois mois n'était plus possible.

Mme Lagarde, toute auréolée de ses titres de meilleure ministre des finances cosmoplanétaire  (Mme Ceaucescu est battue), est bien plus forte que cet idiot de Tobin. Avec une taxe de 50 points de base, on arrive à une pénalité de 400 fois le taux de rendement de l'argent emprunté. Toute spéculation à moins de deux ans est totalement éliminée. Il fallait se mettre au moins à deux pour atteindre un tel résultat !

Notre couple de super-économistes précisent bien : "il ne s'agit pas de réguler les changes trop erratiques" !  Un peu plus haut il est pourtant écrit : "cette contribution serait assise sur les changes". Mais "sans perturber les marchés financiers".
Comprenne qui pourra.


Peut-être la main gauche de M. Kouchner n'avait-elle pas connaissance de ce que la main droite de Mme Lagarde voulait écrire, et réciproquement. Le résultat est fameux : il est "évident" qu'une taxe "non Tobin" de type Tobin de dix fois le poids de la taxe Tobin n'aura aucune influence sur les changes tout en s'appliquant au marché des changes.

Faut-il en rire ? Faut-il en pleurer ?

Nous laisserons le lecteur en juger.

Grand moment de solitude garanti...

Peut-être que "l'esprit-sain-de-l'air-du-temps-du-nouveau-siècle" le prémunira-t-il contre l'évidence que l'article de nos deux interprètes avant-gardistes est un tissu de sottises ahurissantes et, compte tenu des postes tenus par les auteurs, impardonnables.

Cercle des Economistes E-toile

PS : quelle honte tout de même !

JF Copé et la crise financière

Il est toujours instructif d'observer des attitudes politiques en période de crise. Jean François Copé est un des grands "espoirs de la droite" en France.  Chassé du gouvernement par Nicolas Sarkozy alors qu'il se considérait inamovible, il s'est retrouvé président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale.

Il y mène un combat politique alambiqué entre pilote parlementaire aimant frôlé les rochers et critique constructif.  Il a créé un groupe de soutien, Génération France, qui est à la fois un centre de réflexion, un réservoir de groupies, une menace politique (il faut bien avoir un certain pouvoir de nuisance quand on n'est pas dans les petits papiers du chef) et un lieu de préparation de son éventuelle candidature à la présidentielle de 2012.

Comprendre ses positions face à la crise, alors qu'il a une certaine liberté de parole, et des possibilités de distanciation vis à vis des positions de l'Elysées pouvait paraître intéressant.

Nous avons donc fouillé son site internet et y avons trouvé un texte d'un certain Lebeau, animateur d'un atelier nommé "confiance", traitant des leçons à tirer de la crise économique majeure dans laquelle nous nous trouvons. Texte disponible à l'adresse :  http://www.generationfrance.fr/editos/lebeau_crise_financiere.php

Hélas ! Hélas ! Hélas !

Le texte commence par faire un rapprochement absolument sans pertinence entre le 11 septembre et la crise actuelle, comme si terrorisme et krach financier était de même nature.

"Car la crise économique qui nous touche est avant tout une crise d'intelligence de l'Economie. Elle est révélatrice de notre incapacité à déceler des signaux faibles. Or ces signaux étaient perceptibles depuis des mois, épars et confus. Faute de capteurs organisés et d'outils de traitement de l'information, nous n'avons pas su les interpréter, les analyser et surtout les partager." L'auteur utilise le mot intelligence au sens d'Intelligence Service.
"Pour relever le défi de la mondialisation, il appartient aujourd'hui à l'Europe et en particulier à la France de se doter d'une réelle capacité publique à déceler les nouvelles menaces et à agir sur elles".
..."la crise actuelle plaide pour, entre autres choses, la création d'un centre d'évaluation intégrée et de décèlement précoce appliqué à la sécurité de l'Economie"...

En un mot l'énarque Copé, via son club, tire la leçon de la crise : il faut créer un observatoire voire d'une haute autorité.  De plus.

Il y a près de 400 observatoires de toutes natures rattachés au Premier Ministre et quelques centaines d'autres rattachés de ci de là. Le voudrait-il que la Premier Ministre n'aurait même pas physiquement le temps de les rencontrer tous une fois par an, sauf à cesser toute autre activité !  L'Ifrap avait fait campagne contre la prolifération de ces "machins" qui ponctionnent sérieusement les finances publiques pour un résultat pratiquement jamais évalué et font vivre une belle brochette de copains et d'affidés divers, heureux d'être quelque chose et de toucher à bon compte des honoraires parfois coquets, quand il ne s'agit pas purement et simplement de financer des structures politiques personnelles.

On dira : l'énarchie est indécrottable. Elle ne propose jamais que ce qu'elle maîtrise : des impôts et des dépenses superfétatoires justifiées par des lobbies. Cet exemple supplémentaire ne fait que confirmer une tendance lourde. Il n'y a rien d 'autre à faire d'utile que de refuser d'élire un énarque.

Sans doute.

Mais ce qui nous choque c'est l'affirmation que les causes de la crise furent à ce point sournoises et cachées qu'il faut de nouveaux instruments pour les apercevoir. A-t-on besoin d'un microscope pour voir l'énorme poutre que l'on a dans l'oeil ?

Coïncidence amusante, Robin dans le Figaro du jour raconte les difficultés de Trichet et de quelques autres à faire face à d'énormes bulles qui percent la surface à répétition un peu partout dans le monde à la suite des injections gargantuesques de monnaie effectuées depuis septembre 2008.

Les déséquilibres qui ont fini par faire exploser le monde de la finance n'étaient pas microscopiques : ils étaient énormes, colossaux, hymalayesques.

Leur énormité même explique que la crise était assez facile à prévoir.

Il suffisait de regarder et de se poser quelques questions simples. Pas besoin d'un bureau de renseignement économique organisé de façon militaire pour traquer de minuscules arroyos.  

Monsieur Copé est membre de droit du Bureau du comité d'évaluation et de contrôle des politiques publiques. Nous suggérons une première décision : ne pas créer un machin qui se révèlera ensuite impossible à évaluer. Comment évaluer les évaluateurs et observer les observateurs ? On crée deux autres "machins" ?

On n'attend pas des espoirs politiques qu'ils formulent des suggestions aussi inutiles et aussi caricaturales.

Vous avez mieux à faire, M. Copé, comme par exemple réfléchir à la réforme du système monétaire international et à la restructuration sévère du système bancaire et financier français.

C'est sur ces sujets là qu'on attend les conclusions de vos comités de réflexion.  Selon plusieurs estimations le montant de l'excès de dettes restant encore à purger se situe pas loin de deux mille milliards de dollars. Laissez donc le microscope dans son placard. Faites atterrir vos avions renifleurs. Et posez-vous la question : comment a-t-on pu en arriver là ? Vous verrez : ce n'est pas si difficile de trouver la solution à ce mystère qui n'en est pas un.

Supprimer la langue de bois, c'est bien.  Mettre au rencart la pensée de plomb, c'est mieux.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile

DSK : entre posture et imposture.

Nous sommes de ceux qui n'ont jamais compris l'auréole dont  les médias coiffent Dominique Strauss-Kahn. 

En dehors des aspects de personnalité  souvent cités (cupidité,  gourmandise, esprit de domination allant du péremptoire au méprisant sans beaucoup d'étapes) , le jugement qui s'applique aux mesures qu'il a prises ou aux propos qu'il a tenus doit presque toujours  être extrêmement négatif.  Et ce ne sont pas les éloges récents du Financial Times qui nous pousseront à  changer cette appréciation.

Promoteur de l'énorme erreur des 35 heures , il aggrave son cas en 1997 en ne voyant pas la reprise et aggrave les impôts déjà violement augmentés par  Alain Juppé, envoyant le taux des prélèvements obligatoires  dans la stratosphère et générant l'affaire de la cagnotte. Il prononce à cette occasion une contrevérité flagrante : la croissance diluera l'impôt et le taux de prélèvement  baissera. On sait, et on l'a encore vérifié dernièrement, que la loi d'airain de notre économie est que l'impôt est progressif en France et donc croit plus vite que le PIB en phase de croissance.  Lorsqu'un Ministre des Finances dit une pareille bêtise et fait de pareilles erreurs, où est son mérite ?

Pendant le premier quinquennat Chirac,  il ne fait rien pour rénover le PS  et, faute de présenter le moindre programme, se fait battre à plates coutures par  Ségolène Royal, dont les limites sont pourtant  bien établies.  A force de jouer une partition d'extrême gauche au sein du parti, tout en laissant entendre par ses goûts et fréquentations qu'il est du côté de l'argent,  il n'a jamais pu  convaincre les militants du PS, réduits à une analyse  schizophrénique de son image.

Tout cela pour choisir la collaboration avec Nicolas Sarkozy afin de toucher les énormes rémunérations défiscalisées  du poste de directeur du FMI. Là il se distingue par un comportement sexuel débridé qui passe mal.  Mais en fin politicien il sait ménager les pouvoirs réels qui dominent l'institution  et la crise économique qui remet les questions monétaires internationales au centre des réflexions du G.20  le remet en selle sans grands mérites.

En interne, il réorganise le FMI de la façon la plus facile : il vend l'or de l'institution pour financer les licenciements ! Pas trop difficile, comme gestion.

En externe il accompagne les pensées dominantes en cherchant à pousser le rôle du FMI.  Aucun diagnostic réel : de la complaisance aux puissants tout en caressant les pays émergents dans le sens du poil.

Sa récente interview dans un grand quotidien français est truffée d'erreurs. Il se présente comme ayant été parmi les premiers à alerter sur la crise. C'est totalement faux.  Nous l'avons écrit sur ce blog en temps réel à l'époque. Le FMI a eu un an de retard dans la compréhension de la crise et a produit des prévisions fausses pendant plusieurs trimestres.  On retrouve la propension à la contre vérité déjà montrée lors de sa gestion du Ministère des Finances du gouvernement  Jospin.

Jamais le FMI n'a fait la moindre analyse des causes de la crise, se contentant de la bouillie pour les chats qu'est  l'histoire de la crise immobilière qui se  transforme en crise  bancaire locale  puis en crise financière mondiale  puis en crise boursière puis en crise économique et désormais en crise sociale.

DSK se contente d'enchaîner les banalités :  il faut que les banques puissent re-prêter pour sortir de la crise ; il ne faut pas relâcher  les plans de relance tant que la crise n'est pas finie.
Bref l'eau mouille, le feu brûle,  etc. Ouvrez le rouge  parapluie, il pleut des vérités premières.

Tout son discours est désormais égotiste :
" - j'annonce le risque du pire pour être paré si la situation s'aggrave
"-  Je fais preuve d'optimisme en laissant entendre que les plans marchent et que la reprise est là, grâce à mon auguste vigilance.

Je suis donc bordé de tous côtés et n'ait qu'à attendre en laissant filer et en laissant courir. Pourquoi prendre le moindre risque intellectuel  ou politique ? ".

On croyait que les prêts douteux, c'était les subprimes : et voilà que Dubaï tombe en faillite menaçant à nouveau toute la planète bancaire.  Il avait prévenu, M. DSK ? Rien du tout !  N'ayant jamais voulu comprendre que la crise est due à un gonflement global inouï et insupportable des encours de prêts  et pas seulement du développement des crédits subprimes, comment voulez-vous qu'il imagine que la crise puisse affecter tous les gros emprunteurs  ?  Nous l'avons déjà écrit ici : la notion de" prêts toxiques" est vide de sens.  Ce qui est toxique ce n'est pas la nature des prêts mais leur ampleur et l'impossibilité globale de tout  rembourser.

Que vaut l'idée consensuelle mais totalement creuse qu'il suffirait d'une assurance pour que le secteur financier soit considéré comme sain ?  Rien naturellement.  Que sont donc les CDS sinon des assurances sur le crédit ?  On en a émis des millions de milliards. Et quand il a fallu payer les pots cassés l'assureur en est mort. Il a fallu d'urgence aller chercher les Etats et plonger les mains dans les poches profondes des contribuables.  La seule assurance contre la prise de risque excessive par une banque  c'est la certitude  qu'elle fera faillite si elle se trompe.  le meilleur gendarme de la banque c'est le risque de la faillite (avec mise en cause pénale de ses dirigeants : la capitaine doit sombrer avec son navire, chacun sait cela !).

Mais pour cela il faut que les banques ne soient pas trop grosses pour éviter les risques "systémiques" et les effets de dominos incontrôlables.

Monsieur DSK est donc en faveur de la diminution des tailles de banques et leur spécialisation ?  Pas du tout. Vive les mastodontes et la confusion des activités.  Mélangeons allégrement assurance et crédit, placement et prêt, dépôts et spéculation pour le compte propre de la banque.

Il suffit que chaque activité soit saine car bien régulée pour que le global soit sain et sans danger affirme DSK.   Est-ce sérieux quand on sait les conflits d'intérêts et les possibilités d'interférences qu'offrent ces conglomérats incontrôlables ?
Mais les changes flottants n'entraînent-ils pas l'ensemble des banques dans une économie casino par nature instable et totalement orientée vers les gains spéculatifs à court terme et à la complexité des contrats ?  Pas du tout.  Il suffirait que la Chine laisse flotter le Yuan pour que tout aille le mieux possible dans le meilleur des mondes.  Vive le flottement généralisé !

"DSK" est un marchand d'illusions. Mais surtout un Narcisse qui ne voit guère au delà de son intérêt propre et ne souhaite pas prendre à sa charge les lourdes querelles  qui seules permettraient d'envisager les vraies solutions :  la restructuration complète des secteurs financiers en distinguant bien les activités, la responsabilisation des Etats dans un système de changes fixes et ajustables, sans monnaie nationale dominante et de nation disposant  de droit de veto ;  la prohibition de certains types de spéculation. .

Tommaso Padoa-Schioppa, ancien Ministre des finances du Gouvernement Prodi, le DSK italien, est autrement plus convaincant.  Dans son livre "Contre la courte vue,  entretiens sur le grand Krach , il écrit  à propos de l'introduction des changes flottants en 1971 : Ce virage " a privatisé les changes et a nationalisé les monnaies".   Il faut revenir sur ce choix malsain. On ne saurait mieux dire.  Ce nouveau système ne marche pas.  Il n'a jamais marché. Il ne marchera jamais.

A-t-on jamais vu M. Strauss- Kahn  prendre ainsi le risque d'une idée forte et dérangeante afin de viser un résultat bénéfique pour l'ensemble de la collectivité ?  Faites vous-même le test  en demandant autour de vous de citer une idée forte, une initiative personnelle, une décision courageuse et utile prises par DSK au cours de sa carrière !  Vous serez sidéré : personne n'est capable d'en citer une seule.

DSK ne pèse sur rien. C'est un bouchon qui essaie de flotter le plus haut possible en s'appuyant sur n'importe quelle vague,  en enveloppant dans le baratin distancié  et la morgue pateline des positions exclusivement tactiques visant à des objectifs rigoureusement personnels. Aucun intérêt.

On dira : oui d'accord, mais pourquoi s'attaquer particulièrement à DSK alors que les médias ont  tressé une couronne de "meilleur ministre des finances du Monde" à Mme Lagarde qui a constamment été dépassée par les évènements . Et on se souvient que les sondages avaient fait de M. Mitterrand le meilleur économiste de France !

Mieux vaut rire de la comédie humaine et médiatique, dira-t-on avec le cynisme enjoué de ceux à qui on ne l'a fait pas.
 Mais c'est comme cela que le programme commun de la gauche a assommé la France et l'a fait entrer dans la sous croissance, le sous investissement, le sous emploi permanent, la dette à jamais, les dépenses publiques incontrôlables.  La France ne s'en ait jamais remise.

Mais c'est comme cela que la reprise mondiale de 1997-2000 a été perdue pour la France, aucun des problèmes de fond n'ayant été pris à bras le corps et  les 35 heures ont bloqué l'économie.
Mais c'est comme cela que les institutions qui devraient être en pointe pour l'avertissement, le diagnostic, l'élaboration des vraies  solutions,  sont  silencieuses et en fait quasiment inutiles.

Il aurait mieux valu mettre à la tête du FMI une personnalité ayant développé une pensée, sachant discerner les vraies solutions et capable de les imposer aux Etats.

On a préféré, pour la troisième fois de rang,  choisir une politicien en transit et surtout  soucieux de durer sans faire de vagues.  
C'est à cela qu'on voit qu'une institution est malade.  Le FMI est gravement malade.

Deux chiffres clé

chart gold

- L'once d'or a atteint 1180 dollars  lors des cotations d'hier (24 novembre 2009). Depuis que le dollar flotte (1971), il a perdu 97% de sa valeur exprimée en or.  On parle de "changes flottants" ; on devrait parler de changes fondants !

Question : est-ce qu'un système monétaire international qui suppose la dévaluation continue et massive de sa monnaie pivot est un bon système ?

Question subsidiaire : avez-vous entendu qui que ce soit demander un abandon du sysème des changes flottants qui depuis le début ne marche pas ?

- Le Baltic dry index s'est violemment redressé après des mois de stagnation. L'écart impossible entre le SP500  et le BDI ne pouvait perdurer. L'intéressant est que le SP500 a simplement stagné et que le BDI lui a grimpé pour le rejoindre.

Cela signifie qu'il y a une reprise du commerce international. Mais ce n'est plus le commerce international qui tire la croissance globale mais les politiques d'hyper relance de chaque état et la spéculation sur les ressources essentielles.  Les liquidités délivrées en abandance ont commencé par s'investir en bourse puis désormais sur les matières premières.  Mais il y a dans ces mouvements à nouveau comme début 2008 une fuite devant les monnaies et particulièrement le dollar.

Dans cette reprise les aspects monétaires sont déterminants. 

C'est une reprise fragile et menacée par l'instabilité générale du système.

L'économie mondiale tourne toujours à une fraction de ses capacités, ce qui imposera de nouvelles faillites et de nouveaux licenciemments.

L'impatience des peuples peut générer à tout moment des désordres qui aggraveront les choses. Et un accident sur le front de la finance ou des monnaies peut toujours survenir.

La sortie de crise ressemble plutôt à celle de 2003, mais sans réserve de manoeuvre.  Une collection de bulles au milieu de la crainte générale ne fait pas une reprise solide.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

 

 

 

La santé publique entre laisser faire et Gosplan : les leçons du H1N1.

L'économie de la santé est une partie de l'économie générale.  La question est de savoir si elle doit être organisée de la même façon que le reste de l'économie ou faire l'objet d'un traitement particulier.

Le virus H1N 1 a au moins l'avantage de mettre à nu les mentalités qui fertilisent les politiques actuelles dans ce domaine.

En Italie, le gouvernement a décidé qu'il fallait laisser la grippe se développer.  On ne ferme aucune école . Les médecins ne se déplacent même pas en cas de déclenchement de la grippe. Rien n'est remboursé à personne.  Tout le nord de la péninsule a été infecté en quelques semaines à partir du début novembre 2009. 

Il n'y a eu  aucune information sur les victimes éventuelles, comme il est d'usage pour la grippe saisonnière.  L'économie ne s'est pas arrêtée. Pour la quasi totalité  des victimes trois jours de fortes fièvres puis quelques semaines de toux.  On peut parler d'une véritable politique de laisser faire et laisser passer.  Et à Dieu va !

Le résultat a été le déclenchement rapide de la grippe en Suisse qui a été contaminée à partir du nord de l'Italie et une exportation en France. qui est désormais soumis à la contamination exponentielle et incontrôlable.

En France la santé est un secteur qui répond en partie au canon de l'économie administrée façon Gosplan.

On a donc fait face à l'épidémie façon Gosplan.  Le Ministère a pris les choses en main avec les méthodes d'un ministère.

Premier objectif : protéger le ministre.  Pas question de se retrouver devant un tribunal comme pour le sang contaminé dès que l'épidémie aura fait quelques victimes.   Donc on a  fait des stocks de Tamiflu, rapidement devenu introuvable en pharmacie et on a commandé des millions de doses de vaccin.

Second objectif : éviter les procès d'intention  sur les inégalités devant le traitement.  On met donc en place un système de rationnement avec des règles de priorités.  Façon 1940 !

Troisième objectif : éviter de payer trop cher malgré tout.  Si le milliard d'euros payé pour les vaccins et les études doit se doubler d'un enrichissement des médecins libéraux  remboursés par la Sécurité sociale, cela ne saurait être accepté.

Les modalités  du plan d'action vont se dégager par la vertu propre des décisions administratives de ce type.
Les vaccins seront disponibles en emballage pour dix doses. 

C'est moins cher.

La vaccination aura lieu dans des gymnases ou des centres de vaccination.

La population sera convoquée et devra se rendre  avec cette convocation au centre indiqué.

Des vagues successives de strates de la population seront traitées au fur et à mesure.

On peut être sûr que dans les bureaux se merveilleux plan  a empli de fierté tous ceux qui l'ont conçu.  En Union soviétique les plans agricoles étaient toujours merveilleusement calculés  et faisaient l'objet des déclarations les plus tonitruantes.  Des experts dans les bureaux faisaient les plus subtils calculs, prévoyant tout dans le plus petit détail. Pas un unité de tracteur, de pneu, d'engrais ne manquaient sur le papier, et les matrices faisaient apparaître des flots de blé et d'avoine.

Et tout le monde, en bas,  a toujours crevé de faim dans le paradis socialiste réalisé.

Le plan Bachelot suit la même logique fatale. Rien ne se passe jamais comme prévu.

Les centres de vaccination sont d'abord restés vides.  Les informations contradictoires sur les dangers respectifs de la grippe et du vaccin avaient troublé les pauvres citoyens.  Il n'y avait même pas sur le net une liste par ville des centres de vaccination.  A Paris, le 23 novembre, le seul centre documenté sur internet, par une association, pas par le gouvernement, était le centre du 14ième arrondissement.

Puis les centres  furent brusquement saturés.  On s'aperçut qu'il fallait faire la queue des heures et qu'aucune chaise n'avait été prévue.  Les femmes enceintes  convoquées prioritairement se retrouvèrent donc debout dans le froid à attendre l'éventuel vaccin.    Le Gosplan décida qu'il fallait "cadrer le dispositif" : un plan central "chaises" fut aussitôt  concocté !  Mais comment disposer de chaises sur les trottoirs ?  Heureusement le temps était plutôt doux. On échappa à un plan "poêles et braseros".

En même temps ceux qui n'avaient pas reçu le sésame administratif commencèrent à s'inquiéter.  Pourquoi pas moi ?  Les médecins généralistes ne tardèrent pas  à être accablés de coups de téléphone de clients inquiets se sachant gros, en difficulté respiratoire, diabétique, etc.  Comment les bureaux ont ils fait pour déterminer les  personnes prioritaires ?  Qui les a informé ? Comment faire rectifier les erreurs  éventuelles ?  Chut !!!!!!!!!!!!!

Les médecins qui venaient en général de recevoir leurs bons de vaccination  avec convocation dans les gymnases (à la queue comme tout le monde)  répondirent qu'ils n'étaient pas concernés par la vaccination et qu'il fallait regarder le journal télévisé et attendre son petit papier.  Ils confirmèrent que les papiers reçus étaient bourrés d'erreurs.  Noms écorchés, prénoms fantaisistes, âges flottants, sexe pas toujours très conforme, adresse incertaine.

Personne n'eut le culot d'expliquer à la population comment on avait fait pour déterminer dans les fichiers de la SS les prioritaires et les autres.  Les gens commencèrent à téléphoner en masse pour savoir pourquoi ils n'étaient pas encore convoqués alors que leur médecin leur avait déclaré qu'ils étaient en effet plutôt à risque. 

Ils se demandaient pourquoi ceux qui sont chargés de les suivre au jour le jour,  et étaient les seuls aptes à un jugement éclairé,  avaient été éliminés du circuit.  On leur répondit, avec la bonne conscience du nomenklaturiste  habitué à répondre aussitôt à toute demande : "y-a-ka aller dans votre centre d'allocation familial, on vous répondra" !  Evidemment personne ne fréquente cet endroit là de façon générale et faire les recherches  pour savoir où aller était au dessus de la force de la majorité des intéressés.   Nul doute que ceux qui se sont risqués à cette aventure auraient des choses intéressantes à raconter.

Pendant ce temps là des centaines d'écoles étaient fermées pour une semaine pour ralentir le développement de l'épidémie. En vain naturellement.  Et à la grande joie des personnels syndicalisés qui aussitôt décidèrent d'une grève.

Certaines voix s'étant élevées pour s'étonner de l'absence des médecins généralistes dans le système, en même temps que les files d'attente se développaient,   le Gosplan sut réagir avec célérité.  Pas questions de vacciner en cabinet. Mais si certains généralistes voulaient bien se présenter aux gymnases, on trouverait bien à leur donner quelques compensations financières.

On s'aperçut alors que le Gosplan avait planifié de longue date la réduction du nombre des médecins et que le numérus clausus avait parfaitement fonctionné : le malthusianisme est la seule chose que le Gosplan sait gérer.  Depuis longtemps les délais s'allongent pour les spécialistes et depuis quelque temps pour les généralistes. La plupart essaient de ne plus se déplacer, de prendre leurs week-end et leurs vacances,  d'éviter les gardes de nuit.  Aucun n'était prêt à abandonner leur cabinet et leurs patients habituels  pour aller faire le vaccineur public occasionnel  de gymnase.

Le ministre, Mme Bachelot, connue pour ses tailleurs aux couleurs explosives et  ses réparties sympathiquement décalée,  se répandit dans les medias.  Les vaccins étaient sans danger. Il y avait un pilote dans l'avion.  La logistique était parfaitement sous contrôle.  La France et son gouvernement, une de fois de plus était exemplaire et pouvait en remontrer au monde entier.
Heureusement, la grippe était virulente mais assez bénigne. 
Le laisser faire total des Italiens et l'inefficacité totale du gosplan français étaient l'un et l'autre sans réelle importance.

Tant mieux.

Personne ne saura ce qu'aurait été la maîtrise de l'épidémie si on avait laissé les médecins  traiter leurs patients.  Si les doses avaient été individuelles.  Si les pharmacies avaient eu le contrôle de leurs stocks.  Si le rôle de l'état avait été incitatif et non pas logistique.

Mais quel coup de projecteur sur la mentalité française !

Et quelle cacophonie en Europe !

Les belles histoires de George Pauget (président de la FBF) sur Europe 1

L'interview de George Pauget sur Europe 1, haut dirigeant du Crédit agricole et président de la Fédération bancaire française,  ce jour, 6 novembre 2009, est l'exemple frappant des conséquences d'un mauvais diagnostic de la crise sur le dialogue entre journalistes et banquiers. Et sur la désinformation du grand public qui en résulte.

On sait que la banque est en France complètement cartellisée depuis Pétain.  L'Association professionnelle des banques était l'organisme chargé de piloter le faisceau de l'organisation oligopolistique bancaire française sous la tutelle bienveillante de l'Etat Français. Il manquait les mutuelles : on a donc créé la Fédération bancaire française qui regroupe tout le monde. Ces organisations, en totale consanguinité de ses  dirigeants avec l'Etat (on l'a encore vu avec les dernières nominations à la tête du groupe Caisse d'épargne-banque populaire), tiennent l'Etat et le législateur dans une main de fer obtenant après tout ce qu'elles veulent.

Lors de la crise récente, elles n'eurent aucune difficulté à se faire cautionner et subventionner à des hauteurs vertigineuses (plusieurs centaines de milliards d'euros), alors que l'ensemble du secteur bancaire était de facto en faillite.

Les réponses de George Pauget illustrent parfaitement comment un tel mastodonte est capable de traverser les pires crises sans se considérer le moins du monde responsable et en renforçant ses prérogatives.

La crise ? Les banques américaines ! Les banques françaises furent d'une sagesse exemplaire et d'ailleurs si elles sont revenues si vite à de bons résultats c'est qu'elles étaient très sainement gérées...

Qu'ont fait les banques américaines ? Elles ont pris des risques sur les marchés très rentables. Les banques françaises ne sont pas comme celà. Les activités de marché  ne représentent que 8% de l'activité du Crédit Agricole et entre 10 et 20% des autres.  Car les banques sont désormais d'énormes mécannos avec des divisions multiples et différenciées. La gangrène ne pouvait toucher qu'une part minime de l'activité bancaire.

Avons-nous des responsabilités dans les prêts à risque aux collectivités locales ? Pas du tout. Les directeurs financiers des collectivités locales étaient des spécialistes. Nous n'étions que des intermédiaires vers les solutions qu'ils ont choisies et qu'ils pensaient les meilleures pour leurs mandants.  Le casino ne force personne à jouer et à perdre !

Si la question lui avait été posée de la gestion de fortune catastrophique pour la clientèle (à qui on a fourgué du Madoff et du subprimes sans aucun scrupule, et à qui on a fait avaler dans les comptes sous mandat des masses d'actions du secteur bancaire juste avant leur effondrement) il aurait sans doute rétorqué que les clients étaient rois et que c'est eux qui voulaient de la performance !  Même pour les comptes sous mandat !

En revanche sur le changement de rémunérations des traders, M .Pauget se lâche : bien sûr il fallait  faire  une réforme; d'ailleurs nous l'avons fait les premiers ;  cela ne changera pas tout, mais comme c'est bien !  On se rappelle que l'autre grand acteur du changement de statut des rémunérations des traders était Baudoin Prot, président de l'AFB. AFB et FBF, main dans la main, crient au charron sur les traders et chantent leur merveilleux courage de mettre fin à des situations qu'ils considéraient avant la crise comme "de chantage" vis à vis d'eux.

On voit tout l'inconvénient d'avoir donné une explication "comportementale" à la crise d'une extrême gravité que nous subissons.  Si la crise est comportementale il suffit de dénoncer les moutons noirs (les banques américaines)  et de mettre des muselières  aux boucs émissaires (les traders).  Et Hop ! Passez muscade !

Ce que M. Pauget ne dit pas, c'est l'énorme gonflement des crédits y compris en France, qui fait que le secteur bancaire gère désormais des encours de crédits qui représentent près de trois fois le PIB !  Ce M. Pauget ne dit pas, ce sont les énormes profits de monopole permis par la constitution d'institutions monumentales de banque-assurance incrustées dans l'Etat,  ce qui permet au prix de conflits d'intérêts majestueux, d'extraire de la clientèle des gains astronomiques. Ce que M. Pauget ne dit pas, c'est quasiment la refrancisation presque complète du secteur financier, les organismes étrangers étant ramenés à des activités marginales.

En un mot le secteur oligopolistique franco-français des banques a réussi à se constituer en énorme cancer dans la société française, bloquant l'activité des banques étrangères et donc la concurrence, utilisant toutes les facettes de métiers accolés dans d'immense cartels horizontaux et verticaux,  et servant exclusivement les intérêts de ses directions générales, qui concentrent des parts extravagantes de la création de richesses en France.

Dès qu'il y a un problème : vite l'Etat ! Jamais on n'a vu de façon plus cynique la privatisation des profits et la collectivisation des pertes.  Jamais une crise n'a été autant exploitée pour renforcer les défauts pourtant patents du système.  En se jetant sur l'os misérable qu'est la réforme de la rémunération des traders, qui redonne du poids aux directions des banques contre leurs professionnels de haut rang, les banques font coup double : elles évitent toute réforme de fond ; elles se donnent le beau rôle.


L'ennui, c'est que la crise n'est pas comportementale. Elle est structurelle. Le gonflement de la masse des dettes à des niveaux insoutenables par rapport au PIB  explique à la fois :

* la perte de rentabilité marginale des nouveaux crédits puis l'effondrement des valeurs de portefeuilles de dettes

* la violence de la perte de liquidité du marché interbancaire

* l'importance disproportionnée des gains bancaires et donc  des rémunérations du secteur (contrairement à ce qu'affirme George Pauget, ces gains ne sont pas liés à la prise de risque mais au gonglement exorbitant des activités bancaires avec le financement d'une dette d'Etat qui croit de façon exagérée au seul profit des banquiers, et à l'excès de crédit dans des domaines comme l'immobilier et le crédit à la consommation qui peuvent faire prélever aux banques une part excessive du PIB au détriment des autres activités).  

Rappelons tout de même que malgré les progrès de la productivité dans la banque de paiement grâce à une informatisation forcenée et au renvoi sur le client de la majorité des actes,  le secteur bancaire français a augmenté ses effectifs de 11% en 2007  et de 8% en  2008.

La vérité est qu'il faut dégonfler massivement la taille du secteur bancaire, le spécialiser et le décartelliser. Il y a eu trop d'émission de dettes en France, comme dans le reste du monde.  La singularité de la situation française est que ce gonflement excessif  a provoqué la faillite du système bancaire mais que le transfert des actifs excédentaires  vers l'Etat et la BCE lui a permis non seulement de ne  sentir que le vent du boulet mais  aussi de ressortir plus monopolitistique et protégé que jamais.

L'interview de M. Pauget montre seulement l'impudence d'un secteur monopolistique privé entièrement cautionné par l'Etat et tenant l'Etat à sa pogne, l'absence de grille de lecture chez les interviewers, et les conséquences d'un faux diagnostic  sur les débats en France.

L'anomalie, c'est que les journalistes ne veulent absolument pas faire droit à des analyses précises et extrêmement rigoureuses dès lors qu'elles sortent du champ d'une explication officielle aussi controuvée qu'elle soit.


Platitude et serviture vont toujours de paire.


Sylvain Dieudponné pour le Cercle des économistes E-toile.

L’évidence s’impose : le G.20 n’a pas fait les réformes nécessaires

En économie les faits sont têtus et ceux qui les ignorent sont systématiquement rattrapés par leurs erreurs d’interprétation et de politique.

Le Cercle des Economistes E-toile, après avoir parfaitement prévu et la date de la crise et son intensité,  a développé dès la faillite de Lehman-Brothers  une explication détaillée de la crise et en a tiré un plan d’action précis.  Le G.20 ne l’a pas fait et s’est perdu dans la pusillanimité. Cela commence à se voir.

Résumons notre diagnostic et notre thérapeutique pour ceux qui découvriraient ce site maintenant et qui ne souhaiteraient pas parcourir les dizaines d’articles que nous avons publiés sur ces deux thèmes.

La crise est due au développement de deux institutions désastreuses :

1-    Le système de changes flottants mis en place lors de la rupture du lien entre or et dollar, système de fait qui n’est cautionné par aucune analyse économique généralement admise,  est la source de tous les maux. Par le mécanisme fondamental de « la double pyramide de crédits », il a provoqué une hausse continue du taux d’endettement global des économies,  en même temps qu’il a offert l’occasion de gains spéculatifs gigantesques et sans intérêt collectif.  Le système a conduit à un empilage de dettes aboutissant à des niveaux d’endettement rendant impossible le remboursement et le versement des intérêts, et   dont une grande partie ne finançait que des anticipations à la hausse sur les divers marchés et rendait l’édifice d’une grande fragilité.

2-    La concentration du système bancaire et la fusion avec le monde de l’assurance  aggravent encore les choses. Les ensembles monstrueux  de la banque-assurance ne peuvent plus être mis en faillite. Les opérations croisées rendent les marchés illisibles. Les conflits d’intérêt deviennent systématiques.  La captation de richesses par les états-majors des banques a abouti à des résultats socialement inacceptables.  La course à la taille mondiale des nouveaux monstres a mis  en danger les systèmes nationaux de contrôle de la stabilité financière et les liens avec l’assurance ont  court-circuité les schémas prudentiels classiques permettant de tourner toutes les lois de renforcement de la sécurité des banques.

Ce système diabolique  après avoir provoqué la crise de 1974, puis celle du début des années 80, puis celles de 92-93, puis celles dites à tort « des pays émergents » puis celles dite à tort des « NTIC », chaque fois aggravées par des inondations monétaires plus importantes, un accroissement de la dette globale mondiale, des déséquilibres de balances de paiement,  a fini par explosé en septembre 2008, comme nous l’avions précisément annoncé.

Dans cette optique  le cas particulier des subprimes, la complexité  des produits dérivés,  le délire des agences de notation, les règles  comptables n’ont eu qu’un caractère anecdotique.  Nous avions prévenu que les autorités se concentreraient sur ces aspects mineurs et laisseraient l’essentiel dans l’ombre.  C’est exactement ce qui s’est passé.

Nous proposions des mesures  radicales pour faire face à la crise :

* Restructuration immédiate de la finance.

- Actant la faillite des banques et du système bancaire dans son ensemble,  il fallait nationaliser le secteur afin de le restructurer.
- Les secteurs assurance et banque auraient été structurellement disjoints
- Un système de banques de paiement aurait été mis en place et mis sur le marché par enchères publiques.
- Les mondes du placement, du crédit, de la gestion de fortunes, de l’intermédiation financière, auraient été isolés les uns des autres et régulés par des instances ad hoc.  Les morceaux auraient été mis sur le marché après nettoyage.
- Le produit des ventes auraient servi à payer éventuellement les actionnaires  des institutions financières nationalisées.

* Réorganisation immédiate du système monétaire international

- Restauration d’un système de changes fixes mais ajustables dont les Etats seraient responsables sous l’œil d’un FMI totalement rénové, sur la base de l’égalité absolue des droits et des devoirs des membres (fin du veto des Etats unis, fin du rôle du dollar, fin de l’acceptation de déficits  ou d’excédents massifs perpétuels).
- Mise en place d’un système de réserves internationales gérées par le FMI basé sur le « Mondio » et non pas le dollar.
- Dévaluation du dollar et réévaluation du Yuan par rapport à l’Euro.
- Interdiction des techniques de « short » sur les monnaies.
- Suppression de la cotation en continu.
- Réorganisation des bourses de matières premières (pétrole etc.) pour un système de cote en Mondio.

* Lancement immédiat d’un grand emprunt dans chaque grand pays
- Pour essorer toutes les liquidités tentées par la thésaurisation
- Pour financer  immédiatement des plans de relance

* Interdiction des stocks options sauf pour les start-up.
* Baisse concertée des taux d’intérêt pour refinancer la dette et faciliter l’investissement.
* Restructuration des crédits manifestement irrécouvrables

Au lieu de cela, le G.20 s’est réuni essentiellement pour tenter de démontrer qu’il y avait un consensus international. La seule mesure concrète a été la lutte contre les « paradis fiscaux » et l’autorisation pour le FMI de multiplier les DTS.  Tout le reste est resté du domaine du verbal.

Les autorités monétaires des Etats Unis et de l’Europe ont ouvert en grand les vannes de la création monétaire et fait fumer la planche à billets.
Les autorités budgétaires ont creusé les déficits.

Le bilan des banques centrales est désormais farci à des niveaux jamais vus d’actifs de qualité plus que douteuse, le cantonnement des dettes pourries ayant largement eu lieu en leur sein, ce qui est extrêmement discutable.

Les Etats sont désormais endettés à des niveaux jamais vu. On est entré dans un monde inconnu. L’histoire ne fournit pas de précédent sur lequel s’appuyer.

15 mois plus tard, il y a eu une seconde  bouffée de reprise qui vient relayer celle du printemps.   Des chiffres de hausse  significative du PIB ont été publiés en Chine, aux Etats Unis,  au Brésil.  Divers pays de la zone Euro ont vu également la décroissance s’arrêter et  une timide reprise s’installer.  Les plans de relance massifs ont bien eu  un effet là où ils ont été mis en œuvre.

Point noir, le commerce international est toujours à l’arrêt, les principales industries travaillent à un niveau situé entre 20 et 30% plus bas qu’à leur pointe d’activité de 2008, le chômage explose, les faillites se multiplient.  Des marchés entiers sont en grave souffrance.

Le monde de la finance allégé de ses  dettes les plus scabreuses, favorisé par des taux d’intérêt quasi nuls,  cautionné de toutes parts, a repris ses entrechats sur le même rythme qu’avant. Comment s’en étonner ? Aucune réforme n’ayant été faite, que voudrait-on qui se soit produit de différent ?

Paradoxalement l’activité de crédit aux entreprises est fortement pénalisée par les taux bas et la récession.  Les banques ont besoin d’un bon différentiel entre le coût de leurs ressources et leurs recettes. Même si le taux de refinancement est bas, l’activité de crédit n’est pas très rentable et impose de forcer sur la taxation abusive des opérations liées à la gestion de compte. Les emprunteurs étant déstabilisés par la crise, ils deviennent suspects.   On prête donc moins. 


En revanche la spéculation pour compte propre devient très rentable puisque le joueur dispose d’argent quasiment gratuit.  Et l’intermédiation financière offre des gains d'autant plus faciles que les énormes banques sont incontournables. Les grandes banques se sont donc branchées sans vergogne sur la bulle des émissions obligataires des entreprises,  sur le placement des emprunts d’état,  sur les augmentations de capital  à prix bradé des actions et sur les courtages de la reprise boursière.  La spéculation a alimenté la spéculation.


Jamais les banques n’ont été moins utiles à l’économie des entreprises  et ont bénéficié autant des facilités de la spéculation.  La concentration bancaire s’est accentuée.  Les mastodontes sont encore plus gros et leur taille interdit qu’on les laisse tomber en  faillite. 

La masse globale de la dette s’est à peine réduite pesant de façon excessive sur les acteurs.

Quant aux monnaies, tout le monde s’inquiète. Le dollar est au plus bas et menace comme toujours depuis quelques années de s’effondrer.  La Chine ne cesse d’accumuler des excédents  liés à la sous évaluation du Yuan. L'or flambe.


En un mot l’économie mondiale est stabilisée à un niveau très inférieur à celui qu’elle  avait atteint. Le crédit utile aux entreprises est congelé. Le moteur du commerce international est grippé.  Tous les facteurs des déséquilibres préexistants sont là et persistent à produire leurs effets délétères à la grande interrogation de ceux qui ne les ont jamais dénoncés et qui maintenant nagent dans les contradictions lorsqu'il faut interpréter les faits.

La France bancaire, cartellisée soigneusement depuis Pétain et vivant en consanguinité totale avec la haute administration,  chante les louanges du modèle  oligopolistique de la banque-assurance omnipotente. 

Le Crédit agricole ne pense plus qu’à une chose : sécuriser son accès aux dépôts en croquant la Société générale et créer des liens fusionnels avec  le petit monde de l’assurance mutualisée.

Bientôt les cinq grands réseaux  se partageront la quasi totalité des dépôts, des placements, des crédits et des opérations d’intermédiation. Le Crédit Agricole (sans la Société Générale) se vante de gérer les comptes de 20 millions de personnes, le tiers de la population française en comptant les bébés ! Et de s'extasier au lieu de s'inquiéter !

Nous sommes déjà parmi les pays d’Europe où les frais bancaires sont les plus élevés.  Cela ne va pas s’arranger.  Comme au temps des grands financiers du passé, les Fugger, les Médicis, les Law,  on n’est pas loin d’avoir affermé l’impôt à  quelques grandes banques.  Les intérêts de la dette d’Etat consomment désormais plus que le rendement de l’impôt sur le revenu. 

Certes les banques françaises ne sont pas les seuls prêteurs du trésor.  Mais leur part est prépondérante.  Une poignée de ce qu’il faut bien appeler des larrons  voient leurs rémunérations gargantuesques  directement branchées sur la collecte fiscale.  Pour des mérites d’apparatchiks, pas pour ceux de grands capitaines d’industrie.
Et on n’a pas encore lancé le Grand Emprunt Juppé-Rocard !


Pendant ce temps là l’Europe démantèle ING qui se voit obligé de vendre ses assurances. Comprenne qui pourra !

Avec retard et dans la foulée des journaux anglo-saxons, le Monde du vendredi 30 octobre s’interroge : spéculation financière, comment contrôler les banques ?   Le bandeau barre sur quatre colonnes la première page.  En page 13 sur cinq colonnes cette fois ci la question est posée autrement : faut-il interdire aux banques de spéculer ? 

Quinze mois après  la faillite de Lehman-Brothers on en vient enfin à poser les questions que nous posons depuis cette date.  Lire enfin  dans la presse quotidienne nationale que  « les institutions attrape-tout sont souvent l’objet de conflits d’intérêt » est des plus réconfortants même si le style laisse à désirer.  Les banques polyvalentes  sont TOUJOURS  en tentation de profiter d’une situation qui les fait juge et partie tout au long de la chaîne financière.  Plus le Moloch est gros plus les conflits d’intérêts deviennent choquants et plus le risque global pour la nation s’accroit.  Et plus les sur-rémunérations des dirigeants sont scandaleuses et contiennent d’argent finalement capté et non pas gagné.  Nous aussi  nous avons nos oligarques !

Le même exemplaire du Journal intervient pour signaler via une tribune de Nouriel Roubini  qu’il faut réduire les déséquilibres macroéconomiques.  Eh oui ! Mais pourquoi ne pas avoir lancé l’affaire dès juin 2008 ?  Le seul problème est que l’auteur ne remet pas en cause le moteur essentiel des déséquilibres : les changes flottants.  Il faut supprimer les effets mais ne pas s’attaquer aux causes !  Du coup l’article perd de sa force. 

Un peu plus loin Nicolas Baverez évoque l’impasse des politiques de sorties de crise.  Il pointe très justement les défauts que nous cessons de commenter depuis des lustres.

*Les politiques économiques ne sont pas coordonnées. C’est vrai ! Mais le seul moyen de les coordonner c’est de leur imposer la défense d’un taux de change internationalement agréé.  Il faut donc nécessairement et préalablement réformer le système monétaire international. 

*Le modèle économique des banques n’a pas été modifié. Encore vrai. Mais il faut avoir un schéma de restructuration. Il manque. Nous, nous  l’avons inlassablement exploré. 

*Le refus du G.20 de se saisir du système monétaire ? C’est notre dada depuis que le G.20 existe.  Mais Baverez, s’il constate les anomalies,  ne propose rien.

On peut se satisfaire de voir que les analyses que nous avons faites à chaud  deviennent les banalités du jour.  Il était absurde de ne pas réformer immédiatement  le système des changes et le secteur de la finance. Les faits sont là et la réalité s’impose.  Mais quel désarroi dès qu’on veut passer à la recherche de solutions.  On en reste aux vœux pieux sur les résultats attendus et les méfaits à éliminer.

Les mots-clé arrachent la bouche et ne sont pas prononcés.

Oui il faut démanteler les molochs de la banque assurance, sans avoir peur d’affaiblir le secteur financier. Mieux vaut des roseaux  nombreux  que des chênes rares et énormes,  en matière de finance.    Oui il faut revenir aux changes fixes dans un système régulé par un FMI où il n’y aurait que des égaux et  pas de veto.


Ces mots ne sont pas prononcés. On tourne autour dans le non dit.  Quinze mois après le déclenchement de la grande faillite bancaire universelle,   l’évidence qu’on a tourné le dos aux vraies solutions commence à s’imposer. Mais on ne fera rien  pour aller vers des solutions concrètes.

Que de temps perdu ! Que d’argent perdu ! Que d’emplois perdus ! Que de souffrances évitables !

Nous sommes toujours à la merci d’un rebondissement  catastrophique qui nous laisserait sans solution.  Et personne ne sait comment sortir de l’impasse du surdendettement d’Etat ni comment dégonfler les bilans  des banques centrales de leurs actifs dits non conventionnels (en fait : anormaux).

Peut-être que dans quinze mois…

Didier Dufau pour le Cercle des économistes  E-toile

Un débat stérile ce matin sur France Inter

Débat révélateur mais stérile sur France Inter, ce matin,  avec deux économistes, Christian  de Boissieu et Charles Wyplosz qui n’avaient ni l’un ni l’autre prévu la crise et qui naturellement  sont restés les « experts »  sollicités par les médias au moment de l’expliquer.

Il est difficile de critiquer M. de Boissieu : il ne dit jamais rien d’autre que les banalités consensuelles du moment et ne porte jamais  les raisonnements à leur conclusion logique.  Aujourd’hui il nous indique que la finance est moins « bordée »  par la réglementation prudentielle qu’elle ne devrait l’être,  ce qui l’a surpris. Mais qu’il ne croit pas à la spécialisation des banques et au découpage de l’activité financière en tranches car les frontières sont selon lui artificielles.  Conclusion : rien, sinon le ronron  habituel sur l’encadrement des bonus , la suppression du secret bancaire et le contrôle des produits toxiques (non définis).

M.  Wyplosz a déjà fait sur ce site l’objet d’une analyse critique (Réfutation de l’article de M. Charles Wyplosz http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/10/12/Rfutation-de-larticle--de-M-Charles-Wyplosz). Il reprend son thème favori :  les banques ont trop de pouvoir , jouent totalement anormalement avec les dépôts des déposants et doivent être mises au pas politiquement , alors que c’est l’inverse qui se produit partout. Les profits bancaires naissent d’opérations rentables pour les banques et sans intérêt social.  Mais le système des changes flottants est parfait et les déficits de balances de paiements n’ont pas d’importance.   On se demande alors comment les banques peuvent avoir les comportements anti sociaux et générer les gains immenses qui suscitent les bonus  gigantesques qui sont distribués.

L’un et l’autre se retrouvent sur des explications comportementales  de la crise.  Aucun des deux ne veut voir les aspects systémiques qui expliquent à la fois la prévisibilité des grandes récessions et  leur répétition.  Résultat : aucun réel diagnostic et aucune solution pratique.

Nous disons depuis le départ que la crise est une conséquence du système des changes flottants, qui ne marche pas et que les monnaies sont au cœur du problème.  L’avantage avec la réalité c’est qu’elle finit toujours par s’imposer. Paradoxe,  ces deux économistes ont été sollicités par France Inter parce que le tourbillon des monnaies s’accélère avec le risque d’un effondrement du dollar et d’une relance de la crise (risque  qui est latent depuis au moins deux ans et que nous dénonçons continument)  alors que ni l’un ni l’autre ne croient à une origine monétaire de la crise  ni  ne remettent en cause les changes flottants de façon explicite…

Rappelons que les comportements s’exercent dans un système global.  Une crise économique nait  rarement exclusivement  de facteurs comportementaux déviants.  Les actions des uns et des autres se comprennent dans le système qui les conditionne.   
Jacques Rueff le premier a démonté le mécanisme de double pyramide des crédits que le système de gold exchange standard puis de changes flottants a permis.  Les déficits gigantesques du pays dont l’économie (et la position politique) est dirigeante alimentent une pyramide de crédits et de création monétaire  internationale qui finit par faire écrouler l’édifice.   Il a démontré l’application du mécanisme en 1929, puis en 1971 lorsque le dollar est détaché de l’or.  Il est très facile de voir le réarmement successif de  l’empilage de dettes  qui va expliquer la crise de 1993 puis celle de 2001 puis la crise actuelle.  

D’autres économistes comme Maurice Allais ont confirmé le raisonnement et l’application aux faits.  C’est le gonflement d’une énorme dette globale qui explique les revenus bancaires excessifs et les  bonus extravagants (ils en sont les servants) ;  ce sont les changes flottants qui donnent l’occasion de gains spéculatifs  constants dans une économie-casino pilotée par les salles de marché ; ce sont les aléas de l’économie casino qui expliquent  le développement de produits complexes.

On n’a rien fait pour remettre en cause ces mécanismes. Ils s’exercent à nouveau depuis que les Etats ont pris à leur charge les pertes bancaires  tout en s’agitant  leurs petits poings nerveux sur des questions secondaires.

Il faut bien le dire : interroger  C. de Boissieu et C. Wyplosz, et d’une façon générale tous les économistes qui n’ont rien vu venir,  n’a strictement aucun intérêt.  Ils ne peuvent que déblatérer des propos contradictoires qui ne mènent à rien.  D’accord les medias ne sont pas aidés par les économistes officiels. Mais ils ne sont tout de même pas obligés de toujours se contenter  du son des mêmes cloches, venant des mêmes clochers.


Sylvain Dieudonné pour le cercle des économistes E-toile

Une loi d’airain de l’économie française



Lors de l’interview du premier ministre  M. Fillon à RTL,  il y a deux jours, il a indiqué que le taux de prélèvement  avait baissé en France en 2008 en soulignant que la baisse venait principalement de la récession et très accessoirement des baisses d’impôts qu’il avait mises en œuvre.  Naturellement ce discours a une finalité politique : « nos baisses d’impôts n’ont pas généré le déficit ni l’endettement ».  Mais nous le considérons comme juste et bien venu parce qu’il met en lumière une loi fondamentale de l’économie française qui n’est pas assez connue et dont on ne tire jamais les leçons.

Cette loi veut que l’impôt en France soit globalement progressif ce qui explique qu’il croit plus vite que le PIB pendant les phases de croissance et moins vite que le PIB pendant les phases de récession.  

Une loi à graver sur le fronton de l’Assemblée nationale et du Sénat.

DSK, au joli  temps de la cagnotte,  avait nié de façon bien cavalière cette loi fondamentale en disant cette idiotie caractérisée selon la quelle les impôts supplémentaires se dilueraient dans la croissance et qu’on aurait une baisse des  taux de prélèvements. Naturellement la forte croissance mondiale de 1997 à 2000 a provoqué des hausses massives d’impôts qui se sont ajoutées à l’effet du coup de massue fiscal de M. Alain Juppé et des augmentations d’impôts parfaitement inutiles imposées par le gouvernement Jospin à l’initiative de M. Strauss-Kahn.  L’affaire de la cagnotte fera beaucoup de mal au gouvernement.

 Il est donc bon pour un homme politique de dire la vérité.  M. Fillon l’a fait.

La loi étant bien établie dans un sens comme dans l’autre par les expériences  du boom de 1997-2000 et la récession en cours, il importe d’en tirer la leçon, ce que naturellement personne ne fait, ni du côté de l’Administration, ni du côté du personnel politique, ni du côté des médias, encore moins du côté des économistes officiels ou de ceux des experts  qui côtoient les allées du pouvoir.

Leçon  numéro 1 : la croissance de longue durée provoque ipso facto un accroissement naturel du taux de prélèvement.  Depuis la guerre de 40 il n’y a eu que quelques rares années de récession noyées dans des dizaines d’années de croissance.  Le résultat a été une hausse perpétuelle  du taux de prélèvement. Faut-il qu’un dispositif de « justice fiscale » serve à donner à l’Etat de façon invisible une part croissante des ressources produites ?   Qui parle d’un mécanisme automatique pour effacer cet effet ?  De même qu’on considère normal de ne pas tenir compte de l’inflation pour augmenter les impôts, il devrait être tout à fait admis qu’on ne tient pas compte de la progressivité du système pour privilégier les ressources de l’Etat.  L’INSEE devrait mesurer chaque année l’effet global de sur-taxation du à la progressivité de l’impôt  et le gouvernement devrait le restituer aux Français, ou au moins le mettre de côté pour faire face aux phases de récession.   Ce mécanisme devrait être institutionnel et même constitutionnalisé. Sinon cela veut dire que la République accepte de privilégier indéfiniment et structurellement  l’Etat dans ses rapports avec les citoyens.  Bien la peine d’avoir fait la Révolution.

Si vous avez entendu parler de ce débat sur les média ou dans les discours politiques, vous avez gagné le premier grand prix de l’ouïe  fine !

Leçon  n° 2 : les dépenses publiques n’étant pas soumises  à la même variation cyclique, il faut limiter la hausse des dépenses en phase de croissance rapide  et éviter qu’elles ne baissent pendant les récessions.  Depuis quarante ans nous faisons l’inverse : tout le surcroît de recettes permis par la croissance est immédiatement dépensé  en général en rajoutant de la dette par-dessus le marché ; en cas de crise un cliquet à la baisse sur les dépenses se met bien en place (comment faire autrement) mais on aggrave les impôts pour payer le trou de recettes de la récession, comme par exemple sous les gouvernements  Barre,  Mauroy, Juppé, avec un petit coup de pouce sur la dette en prime comme d’habitude.

La mauvaise gestion du  cycle économique conduit  à une aggravation de la situation et à une double poussée conjointe de la pression fiscale et de l’endettement.

A cela s’ajoute la dérive permanente des dépenses des collectivités locales.  La gabegie honteuse d’un Delanoë à Paris, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, en est une bonne illustration.  Ce monsieur a bénéficié de la bulle immobilière pour engranger des sommes colossales en supplément du trend normal de la croissance longue.  Il les a entièrement dépensées, en général pour des sottises et pour satisfaire des groupes clientélistes, aboutissant à faire passer les effectifs de la Mairie de Paris de 40.000 (ce qui faisait déjà rire les cyniques) à près de 50.000. Lorsque la bulle a éclaté il a massivement augmenté les impôts soit par hausse démente des taux (taxe foncière)  soit par création de taxe.  Naturellement on a ajouté l’abjection du  mensonge à celle de la gabegie.  La brochure envoyée aux frais  Parisiens, à leurs frais,  pour chanter les mérites de la municipalité ne dit pas un mot des …dépenses.  On ne fait que la comparaison avec les autres villes de France : Paris a des taux plus faible donc c’est une ville de privilégiés. On peut frapper.  Bien évidemment on n’insiste pas sur le fait que les prix de l’immobilier  n’ont pas tellement de rapport avec les villes en question et que le surcroit de richesse des parisiens leur fait payer globalement des masses d’impôts sans comparaison.

On est ici dans la malhonnêteté politique caricaturale.  Elle est parfaitement acceptée. Le mensonge politique en matière de fiscalité est tout à fait normal en France et les manipulations de l’opinion sont constantes. On en trouvera la preuve dans une sortie étrange de la présentatrice  blondinette du journal de TF1 qui tout à coup, sans aucune raison d’actualité, sans transition, éructe deux phrases : la hausse des impôts à Paris n’est pas celle qu’on a dite ; les taux sont les plus bas de France. Cela venait comme un cheveu sur la soupe.   Il est vrai que ce perroquet ridicule est classée journaliste et qu’elle bénéficie ainsi de niches fiscales très privilégiées.  Une rédaction de droite  qui tient le maximum d’audience  télévisée cautionne ainsi  le maire de gauche  le plus catastrophique et le plus cynique que la Capitale ait jamais eu.   Ici et maintenant !
 
Le principe correct de finance publique devrait être d’aligner les dépenses sur la croissance  avec un taux de hausse aussi proche que possible du trend.  On gommerait ainsi les effets  pervers signalés.  Cela n’a jamais été fait depuis 1945 !  La France est glorieusement parvenue à se glisser dans le top 3 des pays où les prélèvements sont les plus forts tout en accumulant les déficits de tout genre (balance commerciale, budget, endettement).  

Tout en quittant le peloton de tête des pays en croissance.  La bêtise a son prix.  Nous sommes en tête pour le chômage des jeunes, des femmes, des vieux, des immigrés, en un mot des faibles  entrant sur le marché du travail.  Nos administrations sont presque toutes en grave difficulté, voire pour certaines effondrées.  La sécurité sociale est en faillite.

Si la France, une fois de plus, augmente les impôts au sortir de la crise actuelle, pour pouvoir  pérenniser le niveau de dépenses publiques  intolérable atteint,  elle sortira de l’histoire.

Il vaudrait peut être mieux comprendre et  tirer définitivement  les enseignements de la loi d’airain  dont on parle.  Elle est au cœur de l’avenir de la Nation.  Et elle s’impose à tous les partis.

Didier Dufau pour le cercle des économistes E-toile.

Martin Wolf, John Kay et le concept de « banques étroites »

Nous, au cercle des économistes e-toile, on aime bien Martin Wolf depuis sa conversion. Il permet désormais de faire entendre au monde anglo-saxon des idées qui pendant longtemps ont été estampillées « continentales »  et régressives dans les milieux financiers alignés sur Wall Street.


« Qui peut croire que le système financier qui émerge de la crise soit plus sûr que celui qui s'y est précipité ? Peu de gens, assurément. Dès lors, comment peut-on remédier à cette situation désastreuse ? Ce qui a entraîné le monde dans la crise, c'est, nous le savons maintenant, un secteur financier mal géré, irresponsable, fortement concentré et sous-capitalisé, miné par les conflits d'intérêts et bénéficiant de garanties publiques implicites. Ce qui en émerge est un secteur financier un peu mieux capitalisé, mais encore plus concentré et bénéficiant de garanties publiques explicites. Ce n'est pas un progrès : cela signifie que nous connaîtrons dans les années à venir de nouvelles crises, plus nombreuses et plus graves. »

Rien à dire sur ce développement impeccable. Nous l’avons traité dans au moins dix articles.


Il va alors chercher un rapport de John Kay, économiste et professeur à la London School of Economics,  qui propose dans un texte publié le 15 septembre par le Centre for the Study of Financial Innovation (CSFI), un centre de recherche privé basé à Londres, la création de  banques plus petites, les « narrow banks » (qui n’auraient donc plus d’importance systémique et ne seraient plus too big to fail)) disjointes des banques de dépôts  rendues, elles,  absolument sûres non pas par la garantie publique mais par la solidité de leurs actifs.

« M. Kay pense qu'il faut scinder le système bancaire en deux parties : un "service public" et un "casino". La grande idée est que les dépôts garantis devraient être adossés à des "actifs liquides absolument sûrs" - ce qu'on appelle le coefficient de réserve à 100 %, d'ailleurs envisagé par les économistes de l'école autrichienne. »


Il faut savoir que les économistes de l’école autrichienne avaient été traumatisés par l’hyperinflation du début des années 20 et avaient réfléchi à la faillite du kredit Anstalt, le Lehman-brothers de leur époque.  Depuis la création monétaire débridée n’avait plus la cote avec eux.  Le keynésianisme a ensuite emporté tout et enfoui leur contribution.

Nous avons développé dans notre article  sur « la notion de banque de paiement » une vue proche mais un peu plus radicale que celle de Kay. Dans la pratique le résultat est (presque) le même.  Les dépôts restent des prêts aux banques dans le système Kay mais ils ne peuvent être employés qu’à des ressources 100% sûres. Il n’y a plus de risque sur les dépôts et donc de possibilité de paniques.  Nous préférons notre solution car la notion d’actif 100% sûr est une vue de l’esprit.  

Comme pour notre solution celle de Kay se heurte à une difficulté de mise en œuvre : on s’écarte tellement des schémas existants que la radicalité de la solution fait peur. « La première objection que l'on pourrait lui opposer est que sa suggestion provoquerait un profond bouleversement du monde de la finance » écrit martin Wolf, tout en ajoutant avec courage que cet argument ne doit pas arrêter les autorités.


Et comme pour notre solution la principale difficulté est de déterminer si on ne repousse pas le problème un peu plus loin. Un ensemble de petits casinos est-il moins risqué qu’un petit nombre de très grands casinos ? La réponse étant évidemment non, on aboutit à la même règle inévitable : les ressources des banques doivent être de même longueurs que leurs prêts.  On retrouve toutes les propositions de Maurice Allais qui malheureusement n’est pas cité (une vieille habitude des économistes de sa Gracieuse Majesté). 

Comme nous Kay aboutit à la conclusion que : « des entités de trading existeraient, mais elles devraient se financer en ressources propres ». L’anomalie monstrueuse actuelle qui permet à des banques « universelles » de spéculer à court terme avec l’argent des déposants serait supprimée.  Ces spéculations doivent se faire sur fond propre, qui peut le nier ?  L’affaire Kerviel et les spéculations ratées des caisses d’Epargne ont tout de même été assez démonstratives !

Et comme nous Kay aboutit au constat qu’il faut interdire certaines pratiques ou l’encadrer fortement. Le « shadow banking » a développé des méthodes dont il faut évidemment faire l’évaluation et pour certaines d’entre elles l’interdiction est à envisager. 

« Laurence Kotlikoff, de l'université de Boston, et Edward Leamer, de l'université de Californie à Los Angeles, comptent parmi ceux qui ont proposé de telles idées radicales ».  On est bien content. Cela prouve que même aux Etats unis ces idées cheminent.

Nous ne pouvons qu’être d’accord avec la conclusion de Martin Wolf :
« Le point primordial est que le stade où nous en sommes aujourd'hui est intolérable. Les concentrations actuelles de richesse et de pouvoir garantis par l'Etat doivent absolument disparaître. A présent, la thèse officielle est qu'une régulation plus stricte, notamment le relèvement des exigences en matière de capitaux propres, peut contenir ces dangers. Il est pourtant probable que cela échouera… On ne peut pas rejeter toute idée de réforme radicale. Celle-ci demeure latente. »

Evidemment cet article laisse dans l’ombre nombre de questions clé.  La plus importante est de savoir pourquoi le système permet l’existence d’activités bancaires de casino. Ceux de nos lecteurs fidèles savent la réponse que nous apportons : les changes flottants ont à la fois permis et rendu attractifs la spéculation à court terme de masse.  Cette activité commence dès 1975 et prend de l’ampleur avec les mesures de désectorisation du monde bancaire. Les dépôts sont alors mis à la disposition de la spéculation sur les monnaies et les taux d’intérêt. Les mouvements financiers prennent le pas sur les mouvements commerciaux.

On voit que les risques actuels d’effondrement du dollar remettent au premier plan la question monétaire qui est « latente » comme dirait M. Wolf depuis le début de la crise.

Nos thèses que certains auraient pu croire aventurées, bizarres, hors sujet, prennent leur vrai sens au fur et à mesure que la crise s’approfondit et qu’on s’aperçoit qu’en fait, à ce jour, on n’a pris aucune mesure sérieuse pour éviter que cela ne recommence sans trop savoir comment on va sortir des conséquences des mesures d’urgence pleines de facilité que l’on a prise. 

Le G.20 a constamment évacué la question monétaire et les politiques ont constamment évacué la question de la restructuration en profondeur  du secteur bancaire et financier.  Tout ce qui a été entrepris sur les normes comptables, les bonus, les agences de notations est cosmétique et sans grande importance.
Admettre que l’on s’est fourvoyé en groupe pendant près de quarante ans, c'est-à-dire depuis l’instauration des changes flottants et  du décloisonnement des banques, est une potion dure à avaler. 

Elle était belle l’idée de Milton Friedman d’un monde de liberté où des banques livrées à elles mêmes orientaient de façon optimale les ressources vers les endroits où on en avait le plus besoin, où les taux d’intérêt et les changes convergeaient harmonieusement, où la liberté du commerce s’accompagnait de la liberté totale des mouvements de capitaux.  Comme le socialisme, une autre belle idée,  « cela ne marche pas ».  En tout cas pas comme prévu.

Félicitons la presse anglaise qui n'hésite pas à publier des textes économiques en apparence hétérodoxes et la liberté de certains "columnists" qui n'hésitent pas à bruler ce qu'ils avaient adorés et stigmatisons la presse française qui les publie sans jamais faire eux même le même travail avec leurs ressources nationales. L'effacement économique français dans la sphère médiatique est grotesque et même infamant quand on pense à la qualité de la tradition française.

Didier Dufau pour le cercle des économistes E-toile.

Témoignage : une vision allemande de la crise.

Nous continuons ici de présenter des témoignages européens sur la crise. Ce sont les positions personnelles des auteurs.

 

Voici la vision de Karl Peiper.

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Une vision allemande de la crise.

 

Il n’y a pas de doctrine proprement allemande sur cette récession  mais les vues suivantes sont souvent entendues  dans les milieux économiques et financiers.

L’idée  majeure est qu’il aurait suffi de sauver Lehman-Brothers pour éviter de mettre en branle le sauve-qui-peut généralisé.  Au moment où Angela Merkel est réélue en Allemagne, on se souvient de son hostilité initiale à des plans de relance exc essifs et à un laxisme monétaire trop grand de la part de la Banque centrale Européenne.  

Pour ses conseillers on était dans une crise classique du type 1993 qui ne méritait pas une frénésie de dépenses et de création monétaire.  Les banques allemandes se sont trouvées en porte à faux uniquement à partir de la chute de Lehman qui a aussitôt provoqué une restriction quasi-totale  des refinancements et a bloqué la transformation des dépôts en crédits à plus ou moins long terme.  La  gravité de la crise serait alors due uniquement aux faiblesses d’analyse de M. Paulson et les Etats auraient surjoué  la réaction.  

Pour ces commentateurs  la crise est une crise de liquidité classique qui aurait pu être traitée avec moins de contradictions et  d’emphase et surtout en évitant un endettement aussi massif dont plus personne ne sait comment se débarrasser.  Le premier pas aurait été de dévaluer massivement le dollar et révaluer fortement le Yuan.

Le corollaire de cette position est que la Chine et les créanciers en dollar auraient perdu une grosse part de leurs avoirs, mais ces avoirs étant fictifs, ils devront  de toute façon disparaître.

Les Etats Unis auraient certes trouvé un avantage mais la principale économie du monde serait redevenue un moteur de croissance  sur une base assainie : l’exportation et non la consommation à crédit.   

La Chine   aurait souffert plus que ce que l’on a constaté. Mais elle aussi aurait du se transformer en pole de croissance interne au lieu de compter uniquement sur un Yuan dévalué. L’Allemagne s’y serait retrouvée en fournissant aussi bien les Etats unis que la Chine en outils et en produits avancés.  

Au total la crise aurait été plus violente mais la sortie de crise plus précoce, plus assurée et plus dynamique.  

L’Allemagne est de toute façon habituée  à perdre une partie des avoirs de change et aurait rétabli sa situation assez vite par les exportations de son Mittelstand.

Le choc aurait été rude. Mais on aurait été  débarrassé des dettes excessives.  L’activité aurait reprise  sur une base assainie.  

Beaucoup de commentateurs allemands sont réservés vis-à-vis de la pratique  qui a finalement triomphé,  et qui était d’ouvrir les vannes du crédit public et de la création monétaire pratiquement sans limite  afin de transférer un maximum de la dette des banques vers des structures de défaisance ou vers l’Etat,  évitant au maximum d’acter des pertes sur créances,  tout en lançant des plans de relance monstrueux  alimentés par des déficits publics de même proportion.  Le résultat est que la masse de dettes qui était déjà si grande qu’elle ne permettait plus un fonctionnement normal de l’économie  a encore augmenté et que plus personne ne sait comment s’en débarrasser ni même comment servir les intérêts autrement que par la création monétaire, puisque l’économie réelle a bien régressé malgré les plans de relance.  

Le versement des remboursements et des intérêts d’une dette alourdie par une économie rétrécie est une impossibilité.  On va donc vers de nouveaux rebondissements de la crise   pour se sortir de cette contradiction.  La crise réelle de l’endettement  n’aurait été que ralentie et retardée.  Elle finira par ressurgir provoquant des crises  jusqu’à ce que le taux d’endettement global devienne supportable.  Comme la source des déséquilibres internationaux n’a pas été touchée,  les mêmes causes  de déficits et d’excédents croisés agissent encore et viendront aggraver la situation.   La seule inconnue est de savoir selon quel mécanisme et quel tempo les dettes excessives seront purgées.

Aucun des économistes qui ont  ouvert de leur autorité  la double vague de dettes publiques  et de déversement monétaire, associée à une absence totale de réforme  du système monétaire international,  n’a la moindre  idée de la manière de sortir de la situation d’endettement cumulatif ainsi créée.  Il faut dire qu’on se trouve dans une situation totalement inédite.  Jamais le monde n’avait connu une telle conjonction de dettes publiques et un tel flot de création monétaire.

Pour beaucoup d e spécialistes allemands la politique « de consensus » a débouché sur l’inconnu et   même  si on parle aujourd’hui de fin de la récession on est loin de la fin de l’histoire et certainement pas encore au stade où la science économique pourra juger de l’efficacité réelle des politiques suivies.

Karl Peiper  (témoignage personnel)

 

 

Témoignage : la France, un pays socialiste ?

Permettra-t-on à un étranger qui a connu le « socialisme réalisé » de se poser la question : la France est-elle devenue un pays socialiste ?

Avec le RSA pour les jeunes adultes avant 25 ans, la France vient de boucler son système d’assistance à vie.

L’enfant et l’adolescent sont déjà largement pris en charge par la collectivité.  Les Allocations familiales viennent  compléter un dispositif  qui comprend de nombreuses gratuités (santé, école) et de nombreuses aides ponctuelles (rentrée scolaire,  cantine, transport, garde, logement, vacances, activités sportives ou culturelles etc.).

Le RMI et maintenant le RSA permettent de vivre sans travailler pratiquement indéfiniment. De nombreuses aides annexes rendent cet état finalement acceptable sinon confortable lorsqu’on peut accumuler des ressources au noir.  Les nouveaux  « droits à » , notamment le logement, mais aussi les transports, les loisirs  et autres, les exonérations fiscales, les ristournes sur le chauffage et l’électricité, le non remboursement de dettes,  complétés par la possibilité de se nourrir et s’habiller pour rien grâce à de nombreuses associations, ont fait de la situation d’assisté permanent une réalité qui touche des millions de personnes : d’après nos recoupement  près de 2 millions de foyers vivent sans travailler officiellement en France. Ils représentent entre 6 et 10 millions d’individus.

Les minima sociaux prennent la relève à partir de l’âge légal de la retraite.  L’hébergement des vieux est de plus en plus financé sur ressources publiques.

Avec l’extension du RSA au seul segment d’âge qui restait entièrement à la charge des intéressés et de leur famille, les mesures Hirsh  permettent désormais de vivre aux crochets de la collectivité pendant toute sa vie.  Certes comme toujours quand on crée de nouveaux droits on prévoit mille conditions. En quelques années toutes ces restrictions volent en éclats. Les Français  auront donc bientôt une sorte de revenu à vie garanti par l’Etat.

Vue au départ comme un filet en cas d’accidents de la vie,  l’assistance devient de plus en plus une subvention permanente.  

Il ne faut pas trop gloser sur le faible niveau de vie rendu ainsi possible. Il est supérieur à ce que gagne en travaillant 90% de l’humanité.

L’intéressant est que ce bouclage de l’assistanat est le fruit d’un président de droite qui préconisait la rupture avec un J. Chirac qui prônait sur la fin ouvertement la défense des droits acquis et  la création de nouveaux droits sociaux .

Ce paradoxe pose au moins deux questions :

-    La droite française penserait-elle  qu’un socialisme démocratique est  souhaitable et possible ?
-    Le socialisme démocratique est-il tenable dans la durée ou s’effondrera-t-il  comme l’a fait l’Union Soviétique.


Dans la presse française du jour on lit que M. Delanoë, après avoir augmenté dans des proportions délirantes les taux d’imposition (48% pour la taxe foncière) , et après avoir déjà fait flamber les dépenses municipales à Paris de façon grotesque (passage de 40.000 à 49.000 du nombre de fonctionnaires de la municipalité par exemple, ce qui revient à  ajouter du délire à du délire) va subventionner en partie les loyers d’une partie de ses assujettis. On augmente de 9% la taxe d’habitation et on subventionne en partie le loyer ! On est en plein clientélisme.

On voit donc qu’à droite comme à gauche on est bien décidé à toujours fiscaliser plus et subventionner plus, à l’échelon de l’état ou à celui des collectivités locales.  Les politiques et la haute classe administrative  sont en train de radicaliser la société entre d’une part une cohorte de subventionnés et une masse de smicards et de l’autre un masse de Français  tondus ras par une fiscalité confiscatoire.  Alors que l’équilibre social passe naturellement par une très forte classe moyenne.

Le système soviétique que nous avons connu était un peu différent : la Nomenklatura régnait  sur des masses à qui on fournissait le strict minimum dans le cadre des  « droits à » habituels : droit au travail, droit à la santé, droit au logement etc.  Les masses en question en faisaient le minimum.  On disait  à la base : l’état fait semblant de payer des citoyens qui font semblant de travailler. La propagande des hautes sphères rappelaient inlassablement le bonheur d’un système socialiste réalisé où tout le monde pouvait vivre et travailler.  La misère et le chômage étaient totalement masqués, ainsi que les conditions de vie désastreuses dans des logements pourris et partagés par plusieurs familles.  Il n’y avait pas de classes moyennes  et encore moins de classes entrepreneuriales. Seulement des apparatchiks  formant  une classe de bureaucrates et associant une petite élite économique d’ingénieurs,  et un immense prolétariat mal nourri, mal logé,  mal soigné.

On peut se demander combien de temps la France gardera sa classe d’entrepreneurs et de cadres supérieurs.  Le socialisme concret français a été financé par un taux de fiscalisation des entrepreneurs et des cadres supérieurs  qui est quasiment le plus haut du monde  et comme cela ne suffisait pas   on eu recours massivement à l’emprunt pendant quarante ans.  Les déficits sont partout : commerce extérieur comme finances publiques.   La récession a encore aggravé les choses, les recettes fondant sans que les dépenses  anciennes puissent être réduites et alors qu’on distribue allègrement les nouvelles facilités.  La France détenait  le record du non travail des jeunes, des femmes, des immigrés, des vieux (les personnes fragiles du point de vue de l’emploi).  La crise ne va rien arranger.

Les emplois perdus ne reviendront pas en France.  La quasi impossibilité de licencier, les occupations d’usines, les séquestrations, l’hyper fiscalité, la lourdeur règlementaire,  l’importance déraisonnable des charges  bloqueront longtemps les investissements étrangers productifs.

Les ex pays sous la coupe soviétique de l’Europe de l’est voient donc l’expérience française avec  scepticisme.  Le socialisme fiscal, où l’impôt remplace la Kalachnikov,  est-il réellement durable ? Est-ce à cela que nous conduit l’Union Européenne ?  Beaucoup chez nous considèrent déjà la France comme un pays socialiste et pour nous cette désignation est marquée de dégoût.

Pour les amoureux de la France, comme moi et beaucoup de Polonais, cette évolution de la France vers un socialisme  impossible est une souffrance.  Nous savons combien coûte le renoncement au courage et à la responsabilité.  Nous n’admirons pas l’extension indéfinie de l’assistanat français. Elle nous pousse plus que jamais à regarder vers les Etats-unis, en dépit de tous ses excès et de ses difficultés actuelles.  

Zbig Brataniec (opinion et témoignage personnels)

Pourquoi la France ne résiste pas si mal

En matière d’activité la France résiste mieux à la récession que bien des pays, comme l’Allemagne, l’Irlande,  le Royaume Uni et même les Etats Unis.  La baisse du PIB constatée, même si les réévaluations proposées pour 2009  ne se concrétisent pas, est inférieure à celle de bien des pays industrialisés.


La raison en est triple :


-    La part du secteur marchand dans l’économie globale est plus faible que partout ailleurs.  Près de 30% de la population active travaille sur recettes ou financements publics, et leur rémunération et leur emploi ne dépendent pas directement et immédiatement de la conjoncture.


-    Il y a eu pendant quelques mois baisse des prix et donc accroissement du pouvoir d’achat.  Une telle assertion ferait rire toute ménagère : il est de tradition que les hausses de pouvoir d’achat par la baisse des prix ne sont  JAMAIS ressenties. Elles n’en sont pas moins là.


-    La baisse des prélèvements obligatoires. Le taux a baissé en 2008 de façon sensible. Certains diront : c’est le programme de baisse  d’impôts du gouvernement. Ce n’est pas la raison principale : la vérité est que lors que le PIB croit le taux de prélèvement s’accroit mécaniquement plus vite (l’impôt est globalement progressif) et qu’il décroit tout aussi mécaniquement lorsque le PIB régresse.  Le Ministre du budget a indiqué que le déficit de l’Etat s’expliquait pour 75% à cause de la crise et 25% du fait des déséquilibres hors crise de la structure des recettes et des dépenses.  Cette proportion vaut sans doute à peu près  dans l’effet « baisse du taux de prélèvements ».


L’inconvénient de ces avantages est la montée de l’endettement « structurel » et des déficits extérieurs.

Lorsqu’il faudra rétablir nos échanges et commencer à rembourser les emprunts l’effet sur la croissance sera lourd et nous condamnera à une sortie de crise retardée, une croissance très molle et une durée de stagnation plus longue.
D’autant que les trois avantages vont cesser progressivement de jouer :


-    Le secteur public étant peut susceptible de gain de productivité majeurs, il ne sera pas un moteur de sortie de crise.
-    L’inflation va reprendre.
-    La hausse des prélèvements obligatoires aussi.


Il y aura pression sur la demande globale à la baisse, en même temps qu’une baisse de la propension à produire plus.


On verra alors une France à la traîne par rapport aux autres. C’est ce qui s’est passé notamment entre 2005 et 2008 où nos taux de croissance ont été presque ridicules. 

Dans le cycle économique la France oscille moins mais son trend est plus plat que les autres.  L’avantage est certain lors de la phase de récession du cycle mais pas véritablement  enthousiasmante le reste du temps.

Taxons ! Taxons encore ! Taxons toujours !

Nous voici donc avec la perspective d’une taxe nouvelle : la taxe sur les transactions financières. 

A voir Nicolas Sarkozy hier soir, il était content.  Il était content parce que la taxe carbone  s’était imposée en France  et que peut être on pourrait l’imposer aux frontières. Il était content parce que la taxe  sur les transactions financières  était désormais acquise à l’échelon international.  Il était content parce que les deux taxes  permettront de réduire l’endettement des Etats (voici donc la fameuse voie de sortie de l’endettement).   Il était aussi content parce que les indemnités des accidents du travail allaient être  supprimées.  Une mesure de simple justice a-t-il affirmé.  M. Nicolas Sarkozy nage dans le bonheur quand il nage dans les taxes.


Devons-nous partager ce bonheur ?


L’Etat français dépense plus que la valeur ajoutée des entreprises qui sont sous sa coupe. Prendrait-il toute la valeur ajoutée qu’il ne financerait toujours pas ses dépenses ! La crise financière et les moyens beaucoup trop couteux qui ont été mi en place pour y faire face ont aggravé  la situation dans des proportions  qui désormais semblent échapper à tout contrôle.


On nage dans les paradoxes.


On signale qu’il faut réduire le « mille feuilles » administratif qu’est la France avec ses étages multiples et redondants.  Et on ne cesse de multiplier les étages à l’extérieur de la France. Déjà par la voix de Lamy, entre autres, on réclame une hausse rapide et massive des ressources propres de l’Union européenne.  Avec Chirac on avait eu la taxe sur les voyages en avion. Maintenant voici la taxe  sur les mouvements financiers vers l’étranger.


Remarquons que cette taxe n’aurait eu exactement aucun effet sur les subprimes et leur commerce.  Ces opérations de titrisation n’ont donné lieu à aucuns allers et retours spéculatifs.  Les titres ont simplement été diffusés et  ils l’auraient été même avec une taxe sur les transactions financières de 0.05%.  


La taxe Tobin est une technique radicale pour pallier aux inconvénients d’un système monétaire de change flottant. Et comme le dit Nicolas Sarkozy lui-même le G.20 de Pittsburg ne s’est pas occupé de monnaie !  En même temps qu’on s’agitait contre les « boni », on a détourné une technique monétaire pour régler des problèmes de « morale » financière.  Ou alors on a rien compris.


Bientôt on nous expliquera qu’il faut une taxe sur les opérations financières intérieures.  Si la spéculation est mauvaise entre pays elle l’est sûrement tout autant au sein d’un même bloc monétaire !


Faute de réfléchir à une organisation correcte du monde monétaire international, on développe en toute bonne conscience des politiques entièrement malthusiennes  et qui portent atteinte aux libertés.


L’impôt sur les transactions financières pose un principe fiscal nouveau : vous n’êtes pas taxé sur votre revenu, ni sur votre capital, mais sur le déplacement de votre capital.


Les migrants qui renvoient de l’argent chez eux : taxé. Motif : a déplacé une partie de son patrimoine.  Les résidents français qui travaillent en Suisse et reçoivent leur salaire en France : taxés.  Rien que cela est une source d’inégalité devant l’impôt car ils paieront plus d’impôts sans que cette augmentation ait une cause réelle et sérieuse.  Le retraité qui a choisi de s’installer loin de sa zone monétaire va être taxé pour récupérer sa rente. Retaxé quand il va faire son chèque aux impôts ou s’il paie une pension à son ex, s’il est divorcé.  Retaxé s’il replace cet argent hors de son pays d’adoption. Retaxé quand, mort, son avoir sera rapatrié dans le pays de résidence de ses ayant- droits.  A quel titre ?  Selon quelle justification morale ? Pourquoi une telle différence avec quelqu’un qui serait resté peinard dans son pays de naissance ?  L’arbitraire est total. L’iniquité évidente.


Le tourisme va être taxé. L’ensemble du commerce international va être taxé.  Vous avez acheté à l’étranger : taxe. Vous êtes remboursés à la suite d’une erreur de livraison : retaxe.


On dira : c’est une toute petite taxe.  Ce qu’on cherche à pénaliser c’est la spéculation.  Oui, mais faute d’un vrai ciblage on taxe tout le monde, y compris les échanges de biens  et de services réels.


Et comment cibler la spéculation ? Comme nous l’avons déjà écrit ici, un entrepreneur qui anticipe l’évolution d’un marché  spécule.  Il va peut-être rechercher de l’argent sur un marché X pour investir dans un marché Y.  Deux taxes sur les transactions financières. Et s’il rapatrie son profit, encore une taxe.  Et s’il rembourse ses emprunts encore une taxe.  Et s’il place l’épargne qu’il a réussi à conserver dans un pays étranger encore une taxe. Et le rendement de son placement sera encore taxé quand il le rapatriera. Et si finalement, il dépense son épargne en achetant des produits qui ont transité  internationalement, encore une taxe.  Toutes ces taxes sont cumulatives.


Que veut-on ? Qu’il se contente de faire des transactions réelles et financières dans sa zone monétaire ?  C’est aller complètement à l’envers de l’histoire et des nécessités.


L’arbitrage entre places financières est certainement une tâche dont l’intérêt peut se discuter.  Mais pourquoi devrait-on interdire  qu’une différence de cours entre marchés soit gommée par une opération financière ?  L’or en dollar à New York est moins cher que l’or en Euro à Paris compte tenu du change en cours.  Pourquoi vous interdire d’acheter  là où c’est peu cher pour vendre là où c’est cher ? L’opération est-elle malsaine ? Assurer l’homogénéité des marchés est-il un crime ? C’est une spéculation mais elle est relativement sans danger.   Sauf peut être si le cours des devises est très fluctuant.  Mais qui a voulu un système de changes flottants ?


Ne serait-il pas plus sage de d’abord s’assurer que les devises ne flottent pas ? Car alors l’arbitrage devient pratiquement routinier et sans danger.  Et s’il est sans danger, pourquoi le taxer spécifiquement plus que toute autre transaction commerciale ?


Une fois que la taxe sera instituée, elle sera pérennisée. Plus question de revenir en arrière. Surtout si elle finance des bureaucraties internationales  et si on a fait des réformes qui rendent sans objet la taxe elle sera toujours maintenue.  C’est une règle qui ne souffre d’aucune exception.


Une fois qu’elle sera instituée, elle sera aggravée, car on n’a jamais vu une taxe qui ne soit pas régulièrement augmentée pour faire face à la rapacité des prédateurs publics.


Résumons-nous : partout on nous affirme que les subprimes sont la cause de la crise. Et en permanence on prend des mesures qui n’ont strictement rien à voir avec les subprimes !   Les hedge funds ? Pas dans le coup. Le bonus des traders des salles de marché ? Pas dans le coup des subprimes.   L’arbitrage international ? Rien à voir avec les subprimes.  Le secret bancaire ? Rien à voir avec les subprimes.  


Une taxe sur les transactions financières aurait elle eu un impact sur les subprimes ? Pas le moins du monde.


Nous voici donc dans une rafale de décisions qui n’ont exactement aucun rapport avec  ce qu’on nous dit être la cause de la crise.  Comprendra qui voudra !


Mais toutes ces mesures mettent en cause les libertés.  Et le principe d’une taxe sur le simple déplacement de son épargne est en lui-même totalement absurde.  Et le principe d’une taxation financière sur le déplacement de l’image financière d’une transaction réelle, qui est déjà taxée, est totalement abusif.


De Juncker avait expliqué il y a un an qu’il ne fallait pas que la crise serve uniquement à régler par la bande des réclamations qui n’ont strictement aucun rapport avec elle.  C’est exactement ce que l’on a fait !


Erreur de diagnostic, si celui qui est affiché est bien celui auquel on croit, car sinon ce serait simplement mensonge.  Mesures sans rapport avec le diagnostic.  Freinage et malthusianisme.  Dépenses  étatiques gargantuesques là où des mesures ad hoc auraient pu être infiniment moins couteuses.  Création monétaire quasiment illimitée dont on ne sait plus comment se débarrasser et qui menace à nouveau tout l’édifice.


Irresponsabilité générale : car les vraies causes, celles qui expliquent les déficits astronomiques américains et les excédents correspondant en Chine ou au Japon,  ne sont pas traitées.


Avec la taxe carbone aux frontières, si elle est admise, on entrera dans une phase nouvelle de restriction aux échanges et de protectionnisme.   Sans avoir touché le moins du monde au dumping monétaire du principal pollueur industriel, la Chine.


Tout le cela est simplement grotesque.  Surtout quand on sait que la réforme en temps voulu du tragique système monétaire international basé sur des changes flottants aurait suffi à prévenir la crise qui nous ruine et à éviter pratiquement toutes les mesures coercitives et anti économiques qui sont en train de se mettre en place.


L’étude de la crise de 1929 montre une espèce de folie générale où les erreurs se cumulent aux erreurs : pas de diagnostic, alors on tape au hasard  et on finit par aggraver tout.  Nous sommes exactement dans la même géhenne intellectuelle et politique.


On taxe ; on empêche ; on déstabilise ; on freine ; on appuie en même temps sur le frein et l’accélérateur ;  les décisions prises n’ont pas de cohérence ; le non dit l’emporte sur le discours public ; l’agitation l’emporte sur l’action ;  la communication l’emporte sur l’information.  On taxe.


Il n’y a pas besoin d’être intelligent pour taxer.  Il suffit d’un prétexte.

Et on reste à la merci d’un accident monétaire qui mettrait à bas tout l’édifice cette fois ci sans aucun moyen de relance !

 

 

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes E-toile

Taxe Tobin : la double méprise.

On se souvient qu’une association constituée d’anciens communistes, venant soit du PC, soit de la CGT, soit du tiers-mondisme marxiste,  ATTAC,  l’exemple même du « faux nez »  dont la mouvance communiste aime à s’affubler pour essayer d’attirer des âmes simples pour lesquelles le mot « communiste » a un effet répulsif majeur,  avait fait de la taxe Tobin son cheval de bataille.  


Surmédiatisée, cette association  qui avait fini par mordre sur le parti socialiste et ses militants,  a finalement explosé en vol quand l’opacité de ses méthodes  (une malhonnêteté très bolchevique) a fait tomber une partie du masque  et surtout quand les socialistes ont soudain découvert qu’ATTAC avait largement provoqué le « non de gauche à l’Europe libérale » et que même le Traité de Rome n’aurait pas trouver grâce  si on avait accepté tout ce corpus idéologique : la régression terrorisa .  Fabius qui avait cru relancer sa carrière en  épousant l’esprit du temps créé par Attac fut  marginalisé ainsi qu’ATTAC, dont le côté mascarade (l’éducation populaire !) et la nocivité globale ne pouvaient plus être cachés.

Pendant toute la montée médiatique d’ATTAC, on avait vu des artistes et des politiciens s’adonner au petit jeu du : « une si petite taxe qui permettrait de dégager des centaines de milliards pour lutter contre la pauvreté ». Il fallait être un cœur bien dur  pour s’opposer à une mesure si simple et  si efficace.  L’acteur Pierre Arditi, un économiste de l’école spontanéiste, toujours très soucieux de son positionnement à gauche, s’était ainsi ridiculisé à la télévision,  en joignant le geste à la parole : il fit claquer ses doigts   et « comme çà ! » les flots impurs de la finance mondiale auraient en quelques instants irrigué les nécessiteux du monde entier, résolvant enfin un problème qui tarabuste la société depuis plusieurs millénaires.

Il fallut que Tobin, prix « Nobel » d’économie, si tant est que cette expression soit juste, déclare qu’il avait horreur des idéologues d’Attac et ne se reconnaissait en rien dans les travestissements de sa pensée pratiquée par ce groupuscule politique communiste.  Se cacher derrière des sommités reconnues est en effet une des astuces habituelles de la propagande communiste.  Toute la presse soviétique pendant des décennies a utilisé ce stratagème simple qui consiste à affirmer que  « cela doit être vrai puisque nos ennemis eux-mêmes le disent ».   Sous entendu : nous on sait bien que vous savez qu’on ment tout le temps !

Et voilà qu’un régulateur britannique s’intéresse ouvertement à  la nécessité  de la taxe Tobin. La City semble tout à coup donner la main aux nostalgiques du marxisme léninisme.  Aussitôt  on retrouve toute la folie médiatiques des années Attac : M. Kouchner redécouvre les vertus de cette taxe magique et avec lui toute une partie de la gauche socialiste.  C’est à peine si la droite n’a pas un peu honte de n’avoir pas adhéré pleinement  et plus tôt à cette idée fantastique.

Du coup le cœur tobinien  de la presse enchantée du socialisme se remet à battre  avec vigueur. Le délire recommence à s’installer sur ce thème à France Inter qui ce matin, vendredi 25 septembre,  reprend ses vaticinations à l’occasion de l’interview du directeur de la bourse de Londres, un Français.  Et voilà M. Bernard Guetta chevrotant à nouveau la belle chanson de la taxe magique que seuls des âmes déplorables peuvent  tourner en dérision,  pendant que tous les petits bras qui l’entourent essaient de cerner la bête avant l’hallali : la démocratie doit imposer la taxe Tobin, c’est évident.  On a failli retrouver le langage des « séminaires » Attac : celui qui est contre la taxe Tobin est « un fasciste », un « salaud au sens sartrien ».  

En revanche on n’a pas évité les ambiguïtés habituelles sur le taux de la taxe : 0.5, 0.05, 0.005, 0.0005 pour cent ! C’est selon ! De toute façon c’est si petit que cela n’a pas d’importance…

En dehors de ces palinodies idéologiques, il reste une vraie question, technique et économique celle là, qui est de savoir si la taxe de Tobin aurait été de nature à éviter la crise financière actuelle ou non, et si on tient là une piste sérieuse de rénovation de notre système économique mondial.

Première remarque : la proposition de Tobin nait au début des années 70 avec l’introduction du système des changes flottants après l’annonce de l’inconvertibilité du dollar en or.  Au passage notons l’importance de ce fait : on sent bien que la source des maux  vient de là, même si on ne l’avoue pas directement !   Que disait Tobin : que le danger des mouvements de capitaux à court terme était réel et qu’il fallait tenter de brider ces mouvements.  Traduisons : les monnaies flottantes créent tellement d’occasion de spéculer que bientôt tout  le système sera un casino incontrôlable !  Des capitaux peuvent se déverser en masse sur des marchés financiers à partir de l’extérieur puis s’en retirer en provoquant des catastrophes.  Tobin a bien mérité son prix Nobel !  Car le pronostic était  exact.

Deuxième remarque : le taux de la taxe pour être efficace doit être fort, sans cela il n’y aura aucun effet de frein.  En fait il s’agit de faire très mal aux opérateurs pour qu’ils s’abstiennent.  Le taux qu’il a  proposé était de 0.05 %. Le chiffre parait faible : il est gigantesque !  Le montrer n’est pas difficile. Prenons un « day trader » qui spécule sur les variations de devises cotées en continu.  Il va faire des dizaines d’allers et retours quotidiens, en se couvrant qui plus est par des opérations annexes.  Imaginons qu’il en fasse 10 : la taxe va être de 0.5% par jour, soit grossièrement 365 x 0.5% = 180% par an !  Alors que l’argent qui sert à spéculer est emprunté à  2 ou 3% par an !   La Taxe Tobin au taux qu’il a lui-même proposé est donc un gigantesque coup de massue visant de fait à interdire les allers et retours financiers.  La conséquence est qu’on en reviendrait à des placements longs qui certes devraient payer l’impôt  mais s’il n’y a pas plus d’un mouvement par an, la pénalisation n’est pas importante.  Tobin ajoutait : faites de cette taxe mondiale la première recette mondialisée et utilisez là aux fins générales de l’humanité et pas seulement des états nationaux.

Imaginons que vous souhaitiez qu’une porte reste fermée et que vous préleviez 1 euros à chaque ouverture.  Un euro c’est rien. Mais si vous aviez l’habitude de faire une dizaine d’allers et retours par jour par la porte, voyez ce que cela coûte à la fin de l’année :  3.650 Euros par personne ! Largement plus que le coût de la porte.  Et quel embarras si on ne dispose pas des moyens de faire payer tout le monde !


James Tobin était un économiste très fin, comme souvent le sont les vrais spécialistes des systèmes monétaires internationaux (ils sont rarissimes !).
Il a été contré par Milton  Friedmann  et ses troupes qui ont expliqué que la monnaie étant un produit comme les autres, son prix devait s’établir sur un marché,  et non par décision administrative, et que les transactions à court terme permettraient de stabiliser et le taux d’intérêt et les changes eux-mêmes, car si les taux sont harmonisés alors il n’y a guère de raison que les changes varient, sauf si un pays utilise sa souveraineté pour faire n’importe quoi.  Si la banque centrale est indépendante et a pour but de maintenir la valeur locale de la monnaie, le système sera stable.


Milton l’a emporté sur James  et le système ainsi mis en place n’a pas arrêté d’hoqueter de crise financière en crise financière jusqu’à la crise dramatique actuelle.  La vérité : Milton avait tort ! On le constate tous les jours mais la dictature de l’existant est telle qu’il serait terrible de la reconnaître. 

On ne le fait généralement que lorsqu’on n’a plus le pouvoir et qu’on soigne sa posture pour l’éternité :  Edouard Balladur le fait dans son dernier livre, quasiment à la dernière page, où il déclare être resté en politique pour faire valoir des idées fondamentales comme par exemples la nécessaire réforme du système monétaire international, source de tous les maux.  « Je ne fus pas entendu. J’assistais, désolé,  au spectacle d’un monde déchiré par le désordre et l’anarchie, enivré par un richesse factice due au dérèglement du système monétaire international ».  L’ennui est que jamais il n’a prononcé la phrase clé : le système des changes flottants, à l’instar du socialisme, cela ne marche pas !


On retrouve cette même critique ouatée qui ne descend jamais dans les détails qui font mal  dans bien des interventions actuelles.


La véritable question est de savoir s’il faut conserver les changes flottants avec un correctif de type Tobin, aussi violent soit-il, ou s’il ne faut pas résoudre le problème à la base, c'est-à-dire en finir avec les changes flottants.


Nous sommes de ce dernier avis.  Les changes flottants on introduit trop d’occasions de spéculer sur tout et sont à la source de tous les maux que l’on a constaté depuis   1971, sans aucune exception.  Corriger par des taxes un système faussé structurellement ne peut être la bonne solution.  Tobin le savait fort bien. Il pensait simplement que la volonté hégémonique des Etats-Unis et leur souci de tirer un avantage absolu de leur domination économique et monétaire, interdisaient tout autre système que les changes flottants.

Le pire pour lui est que son remède de cheval a été pris pour une médication homéopathique  et détourné sans scrupule par des mouvements idéologiques qu’il exécrait.  
Une double méprise.  

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile

La crise financière de 33 avant JC

Nous ne résistons pas à l'envie de donner le texte de tacite racontant la crise financière de 33 avant JC.

Toute ressemblance avec la situation actuelle ne saurait être que fortuite. Mais tout de même.

 

"Cependant, un grand nombre d'accusateurs se déchaînèrent sur les gens qui accroissaient leur fortune par le prêt à intérêt, contrairement à une loi du dictateur César fixant les limites des créances et des propriétés en Italie, une loi qui, depuis longtemps, n'était plus respectée parce que l'on fait passer l'intérêt privé avant le bien public. L'usure fut de tout temps le fléau de cette ville, et une cause sans cesse renaissante de discordes et de séditions. Aussi, même dans des siècles où les mœurs étaient moins corrompues, on s'occupa de la combattre. D'abord, en effet, les Douze Tables avaient interdit d'exiger un intérêt supérieur à un douzième*, qui, auparavant, n'avait de bornes que la cupidité des riches ; puis, sur une proposition de loi déposée par les tribuns, on le réduisit à un demi-douzième ; finalement, les emprunts à intérêt furent interdits. De nombreux plébiscites tentèrent d'empêcher les infractions qui, tant de fois réprimées, se reproduisaient avec une merveilleuse adresse. Le préteur Gracchus, devant qui se faisaient les poursuites dont nous parlons ici, fut effrayé du grand nombre des accusés et consulta le sénat. Les sénateurs alarmés (car pas un ne se sentait irréprochable) demandèrent grâce au prince. Leur prière fut entendue, et dix-huit mois furent donnés à chacun pour régler ses affaires domestiques comme la loi l'exigeait.

"D'où pénurie de numéraire, du fait que toutes les créances furent mobilisées à la fois et parce que, en raison du grand nombre de condamnés et de la vente de leurs biens, l'argent monnayé était accumulé par le fisc ou le trésor public**. En outre, le sénat avait prescrit que chacun investît les deux tiers de l'argent, jusque-là placé à intérêt, en terres situées en Italie. Mais les créanciers réclamaient la totalité de ce qui leur était dû et il n'eût pas été honorable, de la part des débiteurs, de ne pas tenir leurs engagements. En vain ils courent, ils sollicitent ; le tribunal du préteur retentit bientôt de demandes. Les ventes et les achats, où l'on avait cru trouver un remède, augmentèrent le mal parce que les créanciers avaient employé tout leur argent à acheter des terres. L'abondance des biens à vendre ayant entraîné une baisse des prix, plus on était endetté plus on avait de mal à trouver acheteur et bien des gens voyaient leur fortune s'effondrer ; la ruine du patrimoine entraînait l'écroulement de la situation sociale et de la réputation, jusqu'au jour où Tibère mit à la disposition des banques une somme de cent millions de sesterces, avec la faculté de prêter sans intérêt pendant trois ans, si le débiteur fournissait à l'État en bien-fonds une caution du double. Ainsi le crédit se trouva rétabli et peu à peu il y eut même des particuliers pour prêter."
 
* Un douzième par mois, soit 100 % par an !
** Le produit de la vente des biens confisqués aux condamnés pour crime de lèse-majesté, principalement, était versé, après déduction de la récompense légale pour l'accusateur, soit au trésor particulier de l'empereur (fiscus), soit au trésor géré par le sénat (aerarium).
Tacite, Annales. Chapitre VI. XVI - XVII. Coll. Folio

Un an après la chute de Lehman Brothers un économiste lit : le Monde

 

 

Nous reprenons ici la petite chronique de Sylvain Dieudonné sur la manière dont la presse rend compte de la récession, un an après la chute de Lehman-Brothers.

Mais puisque nous allons évoquer le journal le Monde, c’est l’occasion de décerner un « e-toile » d’honneur à Pierre Antoine-Delhommais pour son papier dans l’édition du journal datée du dimanche 20-lundi 21 septembre.  Il exprime deux thèses que nous défendons depuis des lustres : la crise de 1929 n’a en réalité  pas fait l’objet d’un consensus sur ses causes ; la crise actuelle n’est pas nécessairement la crise des « subprimes ».  Nous ne savons pas s’il nous lit mais si oui, nous en sommes très heureux et si non, nous sommes contents de ne pas être  totalement seul à exprimer des vues qui sont pourtant élémentaires.  Encore un effort PAD : il reste à mettre en cause les changes flottants !

PA Delhommais  et  J.P. Robin, son alter ego au Figaro, sont pratiquement les seuls journalistes économiques dont on puisse lire les billets sans être effondré de rire ou de tristesse.

 

En parcourant le journal le Monde du 23 septembre 2009

Par Sylvain Dieudonné

Ce numéro est particulièrement intéressant puisqu’il comprend le supplément  économique et qu’il traite de l’anniversaire de la crise.

1. Le journal pose une bonne question à quelques personnalités : «  s’il n’y avait qu’une  et une seule leçon à tirer de la crise, laquelle retiendrez-vous » ?  Notre réponse au Cercle des Economistes E-toile aurait sans doute été unanime : il faut en finir avec les changes flottants source de touts les maux.


- La crise alimentaire est toujours là  répond un responsable de la FAO. Oublions la finance et occupons nous du milliard de personnes qui ont faim.  Il est vrai que la monnaie est le « sang des peuples ». Une mauvaise monnaie signifie  des situations tragiques. Bien d’accord.  Mais on attend la « seule mesure ».


- Réduire le marché à sa réalité d’outil dit un président de groupe de conseils. Le genre même de propos qui en eux-mêmes ne veulent rien dire.  Surtout quand on ajoute qu’il faut « remettre en route l’histoire ». Blablabla !


- Patrick Pelata, de Renault,  signale que le goût de l’argent frais n’était pas dans la culture de son entreprise.  Vive le cash et le dynamisme. Tout cela ne nous éclaire pas vraiment. Mais ne fait de mal à personne.


- Thomas Philippon, lauréat du prix du meilleur jeune économiste 2009, indique qu’il faut démocratiser la finance. Après avoir affirmé, fort justement, que les mastodontes bancaires bénéficient  d’une impunité de fait qui n’a fait que se renforcer, il indique qu’il faut mettre fin à cela mais pas un mot sur la méthode et aucune indication de moyens.


- Daniel Cohn Bendit veut sortir du cycle croissance, crédit, endettement. Il reprend en si bémol majeur la thèse altermondialiste  comme quoi le crédit à besoin de la croissance et que l’endettement nous mène  à la catastrophe.  Il n’ose pas dire qu’il faut entrer dans la décroissance (il perdrait tout crédit politique avant les municipales) et se contente de phrases type de la langue de bois gauchiste : mutation profonde de nos modes de vie.  Déjà en 68 il était contre la société de consommation et effectivement les dix ans suivants avaient été très difficile pour le pouvoir d’achat.  Ce qui est bizarre c’est qu’il demande de sortir d’un « système irrationnel » alors même qu’il va dans le sens demandé !


- Jean Claude Trichet dit une chose importante : le monde ne peut échapper à des réformes profondes.  L’ennui c’est qu’il ne dit pas lesquelles. Un point intéressant : qui vise-t-il  en affirmant qu’il ne faudra tenir compte « d’aucun privilège » ? Le Dollar ?


- Vincent Peillon va chercher Jaurès, Marx et Debord. On est sauvé.


- Jean Arthuis appelle à l’usage d’une prime d’assurance pour les banques. Que sont les CDS sinon des primes d’assurances souscrites par les banques ? On a vu que la prime d’assurance n’a de sens que si l’endettement n’est pas tel que même AIG ne peut pas fournir la garantie.


- Oxfam rappelle comme la FAO qu’il faut agir sur les causes des injustices mondiales. C’est bien. L’ennui c’est que tout le monde croyait que la croissance élevée des pays pauvres   des années 2005-2007 était  excellentes à cette fin. Et krach !   Les bons sentiments ne suffisent pas.


- Une femme (enfin !), la présidente du fonds d’investissement AXA, pense qu’on a transformé des risques visibles en risques invisibles.  Qui « on » ?  AXA fut une des sociétés d’assurances les plus engagées  dans le prêt de titres aux spéculateurs,  l’assurance des crédits  et l’intégration des subprimes dans les portefeuilles des épargnants.  Un mot de regret ? Non : le coupable c’est la titrisation.  Comme c’est facile !

Pour l’essentiel on voit que les réponses ne sont qu’un tissu de banalités colorées par le camp politique  pour les politiciens ou par la prudence consensuelle pour les autres.  Aucun intérêt !


2.  Le journal s’honore aussi d’un article du à un économiste italien  pêché on ne sait où (un certain Tito Boeri) qui va débiter toutes les sottises habituelles avec une bonne inconscience béate qui fait mal à lire.


- « La crise était imprévisible ». Bienvenu  au Club aux milles membres de la corporation des économistes qui n’ayant rien prévu considèrent que c’est absolument normal et ne doit pas leur être compté à charge ni les empêcher de pérorer.  


- « Les économistes n’ont pas réalisé que  les risques se concentraient  au sein de quelques géants financiers ».  Ici, on cumule deux erreurs : c’est l’endettement global, très facile à voir qui était le problème ; il a été permis  notamment parce qu’on a diffusé le risque  un peu partout entre banques et hors des banques !  


- « Les économistes  n’ont pas pris la peine d’étudier les produits financiers innovants et les financiers n’ont pas considéré les risques macro-économiques de leurs  produits ». Cela fait des lustres que le secteur bancaire et financier est  une sorte de trou noir de la science économique, c’est vrai.  Mais il n’y avait pas besoin de connaître intimement le domaine des subprimes pour prévoir la crise : il suffisait de regarder l’évolution de l’endettement global et des déséquilibres de balances de paiement.  Et certains économistes de banque ont fait la théorie  des produits dérivés (en France celui de Natixis, n’insistons pas !)  aux Etats unis ceux de la FED : ils n’y voyaient que des avantages ; Seule la BRI a sonné l’alerte. Il suffisait d’écouter. Même en Italie c’était possible.


- « Les économistes doivent retourner au livre et garder le silence ». Comme cela ils cesseront de se disperser sur le net ou dans des articles de commentaires de journaux.  On veut bien pour Krugman ou Stiglitz qui se contentent de prendre des postures   et soignent leur image.  Sinon quel monde de taiseux que les économistes !  Nous le répétons souvent : ils n’aident pas beaucoup les journalistes et se contentent de gérer prudemment leur carrière en ne disant rien ou si peu. Et en ne prenant aucun risque.  Il vaudrait mieux que certains économistes en poste lisent un peu plus les analyses du WEB. Les nôtres bien sûr mais tant d’autres  qui donnent une information bien mieux documentée et analysée que la presse quotidienne.

 

Récemment un journaliste disait fort justement que le rôle de la presse n’était plus l’expertise car l’expertise était sur le WEB pas dans les journaux.  Le rôle de la presse est (après la survie et la captation par un moyen ou un autre de l’intérêt de lecteurs prêts à payer)  de mettre en valeur les expertises  éventuellement en les mettant en concurrence.  C’était très bien vu. Mais ce n’est pas ce qui est fait : la presse aussi  cherche la tranquillité. Aucun article envoyé entre décembre  2006 et juillet 2008 annonçant la crise n’a jamais été retenu.

 

Au total ce « point de vue » cumule toutes les erreurs et les sottises possibles.  Un vrai aimant à erreurs et raisonnements vaseux.  L’Italie aurait surement mieux à nous proposer que ce tissu d’inepties.

 

Lire la presse reste une épreuve  dans le domaine de l’économie.   En dépit de l’indigence souvent marquée de beaucoup d’économistes détenant des postes officiels  dans l’enseignement et le conseil aux dirigeants publics ou privés,  les responsables de la presse ont les moyens de faire mieux notamment en allant chercher des analyses   qui, tout en restant fortement articulées et raisonnées,  n’entrent pas dans le train-train des sénateurs de l’information économique plan plan.  

 

Sylvain Dieudonné

Le gouffre s'agrandit

L'écart entre BDI et SP 500 n'a jamais été plus grand.

Bien sûr le Blatic index ne doit pas être considéré comme un indice précuseur de la bourse (ce serait trop facile), mais on voit que les prix du fret sont en baisse depuis trois mois, indiquant une stagnation et même un peu plus du commerce international  alors que la bourse soutenue par la spéculation alimentée par la création monétaire ne cesse de porter à la hausse les valeurs boursières.

La montée du cours de l'OR mesure celle de la méfiance. Nous avons donc plusieurs contradictions.  La hausse de la bourse devrait plutôt être accompagnée de la baisse de l'or. De même que la hausse de la bourse  devrait être alimnetée par la confiance née du retour du moteur de croissance qu'est le commerce international.

Ces contradictions démontrent plutôt une fuite devant la monnaie et la défense de l'épargne. Tant qu'on craignait une faillite généralisée des banques l'épargne est restée le plus liquide possible. Maintenant que s'impose l'idée que les énormes déficits et la surchauffe des planches à billets sotn le risque principal on se replace sur des biens susceptibles de conserver leur valeur.

Les mouvements que l'on constate sont purement et simplement un tour de valse de la psychologie des foules et de la création monétaire. Ils ne traduisent en rien l'évolution de l'économie réelle qui stagne à un niveau très bas.

 

 

Un an après la chute de Lehman brothers, un économiste lit le Figaro

L’information telle qu’elle est donnée par la presse quotidienne nationale est un sujet de réflexion.  Il était amusant de prendre un journal, à la date anniversaire de la chute de Lehman brothers et de parcourir les colonnes de l’un d’entre eux. Par exemple le Figaro du 15 septembre 2009.

1. « La Chine porte plainte contre les Etats-Unis ».  En dépit de toutes les affirmations contraires du G.20 des manœuvres protectionnistes ont lieu.  De son côté la Chine avait décrété peu avant qu’elle se réservait les matières premières de son sol. Et la Russie avait mis un blocage douanier sur les automobiles.  Etc.   A noter une jolie infographie sur le creusement du déficit des Etats Unis vis-à-vis de la Chine : on passe de 124 milliards de dollars de déficit en 2003 à 268 en 2008.  Plus qu’un doublement en 5 ans. Un système très sain  qui évidemment n’a aucun rapport avec la crise (ce sont les subprimes, idiots)!

2. « Cinq milliards pour les trains de fret ». Cela fait maintenant 40 ans que le fret SNCF est en pleine capilotade. Tout le monde connait la cause : le statut de cheminot ne permet pas de gérer une activité de façon profitable ; le poids syndical interdit toute réforme.  On parle de ferroutage mais aucun possesseur de camions ne voudra l’immobiliser sur un train avec la crainte qu’il soit pillé faute de gardiennage et surtout pris en otage par une grève.  La 40ième réforme en quarante ans n’aboutira pas plus que les précédentes. On voit que les sommes à verser représentent toujours quelques multiples des bénéfices fugaces de la SNCF. Il faut purement et simplement liquider cette activité et faire un appel d’offre pour la relancer. Les milliards versés manqueront à des tâches plus utiles.  Mais « chut » il ne faut pas le dire.

3. « Sarkozy veut sortir de la religion du chiffre ».  En route vers le Bonheur national brut qualitatif et non chiffré !  Nous sommes les premiers à expliquer les difficultés de l’interprétation du PIB. Mais difficulté n’est pas carence. Le PIB reste la base de tout.  Au passage que quelqu’un explique à France Info et France Inter que l’on prononce  « sti-glitz » et non pas « stil-gliste » !

4. « RSA : un démarrage en ligne avec les prévisions ». Voilà bien une présentation totalement biaisée. On nous a présenté le RSA comme un moyen de remettre au travail, même peu, les RMIStes pris dans la trappe à pauvreté. On nous explique maintenant que l’important est l’adhésion des travailleurs « pauvres » au système pour rechercher un complément de revenu.  Adieu les retours à l’emploi.  Vive l’aide sociale aux travailleurs pauvres.  L’inversion du discours est totale. Il ne s’agit plus de se réjouir de la baisse du nombre des R