Un livre indispensable et à lire absolument : Laurent Toubiana Covid

Convaincant et prémonitaire

Les éditions l'Artilleur viennent de faire paraître le livre de Laurent Toubiana : « Covid 19, une autre vision de l'épidémie». C’est indiscutablement le livre le plus nécessaire pour comprendre et juger les politiques sanitaires qui ont été menées depuis mars 2020.

Le livre de Michaël Peyromaure, chez Albin Michel, « Hôpital, ce qu’on ne vous avait jamais dit », fait, lui, autorité sur les difficultés de l’hôpital et des politiques publiques suivies depuis 50 ans.

Tous deux sont des spécialistes, mas de commentateurs ou des trublions. Tous deux se sont colletés professionnellement aux difficultés dont ils parlent. Ce ne sont pas des amateurs. Aucun des deux ne cherche une gloriole quelconque à tenir des propos hétérodoxes. Ils n’ont pas de position politique connue ou d’hostilité de clans ou de personnes contre quiconque. Ils témoignent ; ils partagent leur réflexion. Ils permettent de vraiment comprendre comment le système sanitaire s’est détérioré au point de sombrer dans le n’importe quoi face au virus du Covid.

Ces deux livres sont présentés comme marquant une volonté de rupture par rapport aux idées dominantes alors qu’aucun des deux auteurs ne l’a réellement eu cette volonté. La crise sanitaire a révélé à la fois combien les non-dits et les conflits de clans, très forts dans le domaine médical, empêchaient le grand public d’être correctement informé, et le caractère choquant des méthodes d’encadrement médiatique des paroles libres mais préoccupées du bien public.

Ce parasitage de l’information et de la réflexion par des pouvoirs et par le pouvoir qui tient l’information et les médias, n’est pas propre au secteur médical. Pratiquement, il règne dans toutes les disciplines sensibles. Le rôle du politiquement correct produit par ses règles propres et construit par les médias joue également son rôle. Sur trop de sujets, faire apparaître la réalité et lui donner du sens devient un parcours du combattant où l’on risque sa réputation, ses amis, sa place…

Nous sommes sensibles à cette question puisque notre petit groupe des économistes e-toile s’est constitué justement pour faire apparaître sur ce qu’on appelle aujourd’hui les réseaux sociaux, en fait les forums puis notre blog, des réflexions qui étaient non seulement évacuées de la grande presse et des médias audio visuels, mais dont les rares porteurs faisaient l’objet de campagnes infamantes. Personne ne se souvient de l’élimination d’Alfred Sauvy, d’immense réputation, lorsqu’il a tenu un discours démographique qui ne correspondait plus à certaines attentes, mais aujourd’hui encore la dictature d’une forme de politiquement correct orienté pèse, dans le domaine, sur la liberté de voir, de comprendre et d’informer, comme le livre de Mme Tribalat le prouve. Personne ne se souvient plus non plus du traitement auquel a été soumis Maurice Allais lorsqu’il a prévenu que l’entrée de la Chine dans l’OMC et la liberté absolue des échanges entraînerait la stagnation et la désespérance dans les classes moyennes de l’Occident, et que les changes flottants provoquaient des crises financières à répétition. Ces oukases persistent pendant des décennies, et entraînent des conséquences fâcheuses dans l’enseignement et dans la presse, avec une vie politique totalement désarticulée par l’ignorance et les querelles insultantes. L’aventure d’un Zemmour décidé à briser l’omerta sur quelques grands sujets a montré l’énormité des efforts qu’il faut faire pour qu’un peu d’air intellectuel et de vérité circule dans les branchies de la démocratie française.

Désormais tout auteur qui veut faire valoir des faits et des analyses que ses études ou sa réflexion font apparaître de bonne foi ou de bonne science doit s’armer contre les forces d’éviction musclées qui travaillent l’édition, la presse et les milieux politiques, si cela heurte la pensée dominante.

Ce que dit Michaël Peyromaure est élémentaire : on a cassé le pouvoir médical au profit de la bureaucratie au point de rendre les métiers médicaux sans intérêts et sans efficacité, avec un effondrement de la politique sanitaire dans les hôpitaux publics. Cela n’a rien de révolutionnaire ni de controuvé. Le but est de faire mieux. Sa réflexion fait droit aussi aux critiques contre les hospitaliers eux-mêmes et souligne les complexités du sujet. Rien que de très utile et de très sage. On a vu avec ses collègues Raoult et Péronne, les dangers que cette volonté de parler vrai stimulait.

Ce que dit Mme Tribalat est élémentaire et ne mérite aucune forme de réaction malsaine ou de mise à l’écart.

Ce qu’écrit M. Toubiana est tout aussi factuel et élémentaire. Bien sûr les conclusions sont d’une extrême sévérité pour la politique qui a été conduite et donc pour toute une série d’institutions ou de personnes. Il prouve de façon formelle que les confinements ont été totalement inutiles et que les erreurs de la première année ont entraîné des conséquences désastreuses. Il témoigne que l’information a été totalement orientée et biaisée, avec l’emploi de méthodes de gouvernement qui sont objectivement problématiques et pour certaines d’entre elles abjectes. Mais c’est bien le cas. Il montre bien que la majorité des discours tenus étaient simplement faux et c’était le cas, de façon parfaitement objective. Non le « médicament » Pfizer, appelé vaccin, était incapable d’empêcher la propagation de l’épidémie et de réduire les hospitalisations. Non, il ne fallait pas interdire de soigner, en attendant que la maladie devienne gravissime. Non, on ne savait pas rien au début de l’épidémie. Non on n’a rien appris pendant la pandémie qu’on ne savait déjà. Non les urgences n’ont pas été saturées. Au contraire l’hôpital a été largement démobilisé et n’a jamais traité moins ! Non, cette épidémie n’était pas d’une gravité majeure. Non les non vaccinés ne méritaient pas les sanctions qu’on leur a imposées. S’il y a eu beaucoup de morts au départ, c’est parce qu’on n’a pas traité. Dès que les protocoles ont été enfin rectifiés, c’est le seul cas où il y a eu un apprentissage, le taux de mortalité est descendu très bas et n’a plus concerné que des personnes très fragiles traitées trop tard ou incapables de faire face à quelques infections que ce soit. Il n’y a pas eu d’effet majeur sur la mortalité et encore moins sur l’espérance de vie. On n’aurait pu faire en sorte qu’il y en ait beaucoup moins. La France s’est ruinée avec des politiques erronées, a provoqué des dégâts plus importants avec les politiques suivies que ceux que l’épidémie aurait causés spontanément si elle avait été mieux gérée et nous avons encore à connaître des effets à moyens et longs termes des confinements et de l’emploi d’une méthode de stimulation des défenses par ARN. Les dégâts collatéraux pour la jeunesse, les étudiants, les artistes, les personnes isolées, les malades dont le traitement a été reporté, la psychologie collective, l’économie et les finances publiques, ont été gigantesques et exerceront une influence durable sur la vie des Français.

Si certains points font débat, débattons ! Mais voir comment ce livre est mis à l’index par presque toutes les grandes chaînes d’information est une honte renouvelée. Il ne se trouve spontanément dans aucune librairie. Il faut faire l’effort de le trouver. Seul le bouche-à-oreille assurera sa diffusion. Quand on daigne en parler, la présentation est souvent celle d’une souillure complotiste et même Cnews s’entoure de précautions pour éviter les ennuis. Il est vrai que la complaisance des médias à diffuser des sottises a été telle que c’est difficile pour les journalistes de faire leur mea culpa. Mais pourquoi s’abaisser un peu plus ? On a le droit de se tromper. Quand tout devient clair, on le dit sans repentance. Au moins le plus grand nombre sait à quoi s’en tenir.

Un des aspects importants du livre (qui n’était pas du tout dans le propos de l’auteur), est qu’il nous avertit que l’énormité de la machine à mentir et à nuire qui s’est mise en place pour gérer la crise sanitaire s’installe désormais pour traiter de la crise climatique.

Empêcher de voir et de savoir, faire peur, déformer la réalité, mentir, violenter, décrédibiliser, exclure, Une multiplicité de passe-Co2 est en train de s’installer dans nos vies, prenant le relais des passes sanitaires ou vaccinaux. La pression moralisatrice contre les déviants s’exacerbe. Combien de temps faudra-t-il avant qu’on ne cherche à « les emmerder » en s’appuyant sur la trouille des grenouilles de bénitiers qui ont sombré dans des attitudes religieuses et quasi sulpiciennes en matière climatique, encouragées par une propagande gigantesque ?

D’ores et déjà il est interdit de voir et de dire ce que l’on voit. Des sottises éhontées ne peuvent pas être dénoncées sans passer pour un aventurier aux objectifs nébuleux, un déviant incontrôlable ou un complotiste à éliminer d’urgence de l’accès à l’information. Même les médias les plus contestataires n’osent pas aller sur le terrain de l’écologie ; on ne va pas se faire les complices de gens qui veulent la mort de la vie sur terre, tout de même !

Ce qui est en train de se mettre en place est une atteinte aux libertés encore plus forte que lors de la crise sanitaire avec des conséquences encore plus graves pour la prospérité, la propriété, l’espoir d’une meilleure vie. Là où il faudrait être informé, intelligent et efficace, on préfère le sermon, le bourrage de crâne, la peur et la sottise politiquement correcte qui arment des mesures insensées et sans efficacité qui iront à l’inverse du but recherché.

Tout est écrit d’avance, si on ne se reprend pas tout de suite. Dans dix ans, avec ce qui se prépare, la France sera dans un état désespéré.

Les dix sujets nationaux critiques

"Quels sont selon vous les dix grands sujets nationaux critiques ?"

Cette redoutable question exige quelques clarifications préalables.

Pour les tenants convaincus d’une idéologie forte, la mise en œuvre de ses commandements est toujours prioritaire, mais ne parle qu’aux tenants de cette idéologie.

Pour les tenants d’une forte nostalgie, le retour aux moments bénis même fantasmés est prioritaire, mais ne parle qu’aux nostalgiques. Si on en appelle d’un grand déclassement, ou d’un grand effondrement, la bonne situation antérieure devient automatiquement un objectif en soi et appelle des tactiques réactionnaires ou de restauration.

Dans les urgences nationales, certaines sont circonstancielles et n’ont pas vocation à perdurer, même si elles concernent des faits gravissimes. La pandémie, ou la guerre de réannexion des pays libérés de l’emprise soviétique menée par la Russie sont des phénomènes graves dont il importe évidemment de peser les conséquences et les stratégies d’évitement.

Quiconque a participé au débat politique sait que la première question est toujours : d’où parles-tu et dans quelle intention ? L’analyse d’une erreur, l’observation critique d’un phénomène et de ses conséquences ou l’explication raisonnée d’un échec ne sont pas considérées, et généralement, au mieux, ramenées à l’expression de remarques techniques de spécialistes.

L’évacuation des grandes questions nationales du débat présidentiel est très significative. Les grands partis ne veulent traiter que de ce qui leur amène des votes et ne veulent froisser que leurs concurrents les plus dangereux. Alors ils ne parlent de rien et se contentent d’une compétition de personnalités autour de quelques lieux communs bien connotés.

Nous-mêmes sur ce blog avons considéré que nous devions observer les réalités, les comprendre et en tirer des conclusions, à charge pour chacun, en fonction de ses propres convictions d’en faire ce qu’il croit bon.

Par conséquent, pour nous, la question s’entend ainsi : quelles sont les grandes évolutions qui ont, pour le pays et pour les Français, un pouvoir de nuisance par rapport à des objectifs généralement acceptés. Quand ces évolutions sont, ou ignorées ou mises sous le tapis, ou incomprises, il nous paraît utile, dans la limite de nos propres capacités d’analyse, d’en faire l’exposé.

Voici donc dix grandes évolutions ou absences de d’évolution que nous trouvons fâcheuses et qui, selon nous, devraient commander, de la part des politiques, un constat, une réflexion, une politique.

-          L’effondrement démographique national

La dénatalité et le vieillissement de la population sont des poisons terribles. Après la défaite de 1 870 et celles de 1914, les autorités de droite comme de gauche, ont mené des politiques proactives pour redonner un dynamisme démographique au pays. Cette ambition a progressivement été abandonnée au profit d’approche individualiste et de préoccupation de genre. Les femmes proprement françaises (disons dont la lignée était là en 1 890) ne font guère plus de 1.4 enfants en moyenne et la population, non seulement, vieillit mais disparaît progressivement. Toutes les actions de promotion de la natalité, considérée par les féministes comme des actions sexistes qui ravalent les femmes à leur statut indigne de poule pondeuse, qu’elles récusent, ont été progressivement réduites au profit de la promotion de l’avortement et du planning familial. Peu de Français savent que par rapport à 1970 nous perdons environ 500 000 naissances potentielles par an. Elles sont compensées par l’immigration et la surnatalité des populations en provenance des pays à forte natalité. Mais cette solution, indolore et même bénéfique au départ, finit par poser de nombreux problèmes. Compter sur des étrangers qui parfois ont une culture incompatible avec la nôtre ou difficilement miscible, pour résoudre une difficulté nationale, est tout de même une lâcheté. Le vieillissement est extrêmement coûteux et crée des situations dommageables : on l’a vu avec le Covid qui a frappé fort en France principalement du fait du nombre de personnes de plus de 60 ans. Il s’accélère, laissant entrevoir de très graves difficultés dans beaucoup de domaines.

-          Les crises financières à répétition.

Depuis 1971, la France a subi des récessions sévères à répétition -73-74, 81-83, 92-93, début des années 2000, 2008-2009 avec un complément en 2011, toutes provoquées par des explosions financières. La manière dont a été gérée la crise du Covid a provoqué une récession provoquée, d’une autre nature. Ces crises ont eu un coût démentiel pour le pays et l’ont profondément atteint. Comprendre le mécanisme de ces crises et empêcher le retour des récessions devrait être une sorte d’urgence nationale provoquant des réflexions nombreuses et approfondies. Après tout le chômage et la pauvreté ne sont pas considérés, par personne, comme des avantages. On voit que tout cela est laissé hors du débat politique et que l’action gouvernementale ne s’attaque pas aux causes. On réduit les symptômes. Pour nous, c’est une honte. Nous avons bien ici deux difficultés majeures : les méfaits du système monétaire international et ceux du système de monnaie unique non régulé.

-          La crise démocratique et ses composantes.

Les deux campagnes dernières campagnes présidentielles ont été tellement minables et leurs résultats ont été si lamentables que plus personne ne nie la crise démocratique. Elle a plusieurs composantes principales :

- L’énarchie compassionnelle : la confiscation, désormais en famille, de la politique par une caste de hauts fonctionnaires ne permet plus de s’écarter des idées dominantes au sein de cette caste : étatisme, surfiscalité, normes contraignantes, bureaucratie, déficits, dépenses publiques outrées

- L’évacuation du débat français des questions désormais transférées à l’Europe.

- Le gouvernement des juges

- Le poids excessif des ONG et des institutions internationales qui développent leur propre idéologie sans frein.

- L’appauvrissement du débat, le vide de la presse sur certains sujets, les outrances judiciaires, le fanatisme, la méfiance contre les élites, le constat de l’impuissance des représentants du peuple et des gouvernements, la sur représentation des altérités et des préoccupations étrangères, en sont la résultante. La colère, le dégoût ou l’indifférence deviennent des éléments dominants et permanents du jeu politique et interdisent le jeu sain et normal de la démocratie. On finit avec plus de votes extrémistes que de votes raisonnables et les votants centristes sont animés par la peur. Lamentable !

-          La crise climatique

Nous ne sommes pas de ceux qui nient qu’il y ait une évolution climatique préoccupante, même si le caractère religieux qu’a pris la question est particulièrement perturbant. Nous avons donc à produire une action qui concilie à la fois, la nécessité d’une réduction décisive des différentes pollutions, défensive contre les différents risques de pénuries, et respectueuse des nécessités de la croissance.

Concilier économie et écologie est le grand défi du temps. On n’en prend pas le chemin.

La question pose des difficultés techniques, des problèmes de gouvernance, et une exigence de rythme. On ne discute de rien. On risque de terribles mécomptes.

-          La crise de la mondialisation

On a voulu ignorer les alertes tonitruantes de Maurice Allais sur les conséquences d’une ouverture totale des industries occidentales, européennes et naturellement françaises, à une compétition sans frein avec les pays émergents à très bas salaires. Conformément aux avertissements, la France a perdu son industrie et le revenu des classes populaires a stagné. La réaction populiste a été trop ample et trop générale pour que le moindre doute puisse subsister. Nous-mêmes sur ce site avons inlassablement alerté sur les dangers d’ouvrir l’OMC à la Chine et de laisser les frontières économiques totalement ouvertes. Nous avons totalement négligé le risque du retour de la Russie aux méthodes de l’URSS. Commercer et devenir dépendant de dictatures infâmes n’est pas sans inconvénients

-          L’effondrement des politiques publiques

Cet effondrement est désormais parfaitement reconnu alors que pendant longtemps il a été caché, nié et minimisé. Il est la résultante des autres crises et de la tentative imbécile de créer le socialisme en France, avec le programme commun puis les inepties de Jospin puis la catastrophe du quinquennat Hollande. Il touche aussi bien les fonctions régaliennes de sécurité intérieure et extérieure et de justice, que la santé, comme on l’a vu, l’enseignement public et les universités. Pour juguler cet effondrement, il faut agir sur tous les autres problèmes évoqués, qui ont tous une résultante sur les politiques publiques, et sortir du socialisme et de la démagogie de « droits-à ».

Telle est la vision que nous avons développée au sein de notre Cercle des sujets nationaux critiques

Il va de soi que les dernières évolutions radicales comme le Covid ou la guerre en Ukraine, sur un terreau aussi problématique, distendent un peu plus les parties qui brinquebalent depuis longtemps, l’inflation et la récession risquant à très court terme d’avoir des conséquences très graves, qu’on imputera naturellement à ces deux accidents mais qui sont surtout graves en France du fait des erreurs que nous accumulons sans réaction depuis des lustres. Les cinquante ans qui viennent de s’écouler n’ont pas été la période la plus glorieuse de la politique française.

Impuissance de la vérité ?

Notre cercle a été construit autour de quelques vérités à défendre et qui ne l’étaient pas.

Nous nous sommes reconnus dans le même combat contre des erreurs tragiques et manifestes.

-        Les changes flottants sont une mauvaise solution qui provoque des déséquilibres insurmontables et entraînent des crises financières à répétition. On a cru qu’on pourrait régler les difficultés avec les banques centrales et en encadrant de façon routinière l’activité des banques. On constate que jamais les dettes des banques centrales n’ont été plus élevées, que jamais l’inflation n’a été plus menaçante et que les banques centrales sont paralysées dans le dilemme hausser les taux et provoquer une récession majeure, laisser courir avec une inflation majeure. Accessoirement, institutions non élues, il leur appartient de diriger la vie de chaque citoyen sans aucun débat public. La vérité toute nue qu’il fallait ne pas continuer à s'enfoncer dans cette erreur n’a jamais pu émerger dans le débat public, bloquée non pas par une doxa dominante, personne ne soutient vraiment les changes flottants, mais par l’influence des États-Unis et la soumission des élites françaises. Ceux qui comme nous comptaient sur la pédagogie des crises à répétition en ont été pour leurs frais. La crise de 73 a été attribuée au cartel pétrolier, alors que la réaction du cartel provient de la crise ! Une inversion commode. La stagflation qui en a résulté a été cassée par une récession au début des années quatre-vingt pour déboucher sur la crise de 92-93, gravissime, attribuée cette fois-là à la guerre en Irak… La crise du dollar de 98 a été attribuée aux pays émergents jusqu’à ce qu’elle touche les marchés financiers spéculatifs américains, ruinant quelques épargnants au passage. La solution trouvée a provoqué une hystérie financière qui s’est terminée par l’énorme crise de 2008. Et on voit où on en est aujourd’hui. Et pas un mot nulle part, pour essayer de comprendre la dynamique des évènements et tenter de remettre en place un système cohérent.

-        L’Eurosystème est un système récessioniste. Tout le monde le sait et la crise de 2011 en particulier en Grèce est venue opportunément le démontrer. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a aucun mécanisme qui permet d’assurer la maîtrise des déficits et des excédents de balances commerciales et de capitaux. Les exportations allemandes sont devenues égales à la valeur ajoutée des entreprises françaises et leurs excédents sont colossaux sans aucune réaction des autres. Les seules mesures contraignantes concernent les pays en déficit. Mais déficits et excédents vont ensemble. Les pays en déficit disposent d’une monnaie unique trop élevée pour rétablir leurs exportations, et les autres d’une monnaie trop faible. Cela fait maintenant 22 ans que tout le monde le sait et s'accommode d’une dépendance aux excédents allemands totalement contre-productive. Le résultat : tous les pays en difficulté ne survivent que par la dette. Jusqu’au jour où… Et il n’est plus loin. Il n’y a rien à faire. Les élites ne veulent rien savoir, rien dire, rien faire. Chut ! Fuyons en avant et on verra bien !

-        Un libre-échange déséquilibré avec la Chine que l’Occident laisse devenir l’usine du monde était une folie dénoncée dès 1997-1998. Il ne pouvait en résulter que l’écrasement des classes laborieuses des pays développés. Maurice Allais l’a prouvé de façon éclatante sans jamais être contredit. On a simplement marginalisé sa parole. Tout le monde voit le résultat.

Ces trois vérités fondamentales forment-elles le socle d’une réflexion profonde, d’une mobilisation féconde, d’une demande de réorganisation globale permettant de sortir de l’enchaînement permanent des conséquences dramatiques ? Pas du tout ! Silence dans les rangs. Surtout ne rien faire, ne rien dire, ne rien penser ! L’impuissance de la vérité est absolue.

De notre part, 25 ans de combat pour rien ! Sinon le témoignage que ces vérités ont été vivantes dans les marges du système. Quelles perspectives s’offrent à elles ?

La France est désormais dirigée par un bouffon narcissique ridicule, syndic d’une caste énarchienne qui a capté le pouvoir en famille et qui compte bien le garder, qui se satisfait d’une gestion égotiste et électoraliste de son narratif, sans aucun effet autre que dérisoire sur les grandes questions du monde. L’alignement sur l’Allemagne et sur l’union européenne interdit tout discours sérieux et toute remise en cause efficace des tares de l’Eurosystème. L’alignement sur les États-Unis ne permet pas de remettre en cause l’organisation monétaire mondiale ni la désindustrialisation provoquée par la Chine. Cela conduit à une impuissance verbeuse et obscure, du genre « se réinventer » ou « inventer des politiques singulières ». Depuis 5 ans, on a dû déjà se réinventer une centaine de fois. Mais le verbe renaît comme le chiendent. Il est si commode. Mais il ne peut rien sur les réalités, comme toutes les poudres de perlimpinpin médiatiques.

Si la vérité est impuissante, force est de constater que postures et impostures offrent sans doute des bénéfices électoraux mais accusent l’impuissance de l’État qui a accepté de les bénir, aggravent les risques et rendent de plus en plus difficile la recherche de solutions !

Un anniversaire bâclé : la destruction des Accords de Bretton Woods.

Dans un mois exactement, le 15 août, le monde fêtera l’anniversaire de la décision économique la plus néfaste de la seconde partie du XIXe siècle : l’abandon de facto des accords de Bretton Woods qui avaient été conclus 27 ans auparavant. À part Jacques Rueff, personne n’avait perçu la gravité d’une manœuvre qui allait signifier rien de moins que la fin des Trente Glorieuses et pour la France un basculement qui finira par le grand déclassement que la crise sanitaire en cours a rendu évident au plus grand nombre.

Pour ceux que cela intéresse, nous avons traité de cette tragédie dans deux livres, d’abord l’Étrange Désastre* qui retrace la déchéance économique provoquée par l’abandon des disciplines de Bretton Woods, puis dans La Monnaie du Diable* qui fait l’histoire géopolitique de la monnaie de 1919 à 2019. Il nous était apparu lors de conférences que personne ne comprenait la question monétaire et ne se souvenait plus de Bretton Woods. Il faut dire que le seul livre paru en Français sur cette question, écrit par un des participants français, datait des années cinquante. Il ne restait plus dans l’esprit général que quelques simplismes. Au mieux.

Rappelons ici quelques éléments marquants.

Au moment où l’issue d’une guerre mondiale terrifiante paraissait désormais inéluctable, l’effondrement des forces de l’Axe étant manifeste partout, une négociation s’est conclue qui avait commencé… en juin 1940 entre Britanniques et Américains. Tout le monde a oublié qu'après l’effondrement militaire de mai quarante, l’Allemagne a proposé ses conditions de paix et d’organisation monétaire de l’Europe, Hitler cherchant à terminer la guerre à l’ouest par un accord honorable avec le Royaume-Uni. Le plan Funk, avec ses variantes dues à Goering et quelques autres pouvoirs dissidents (le régime nazi était loin d’être monolithique et les factions en guerre intestine presque tout le temps), mettait en place deux organisations parallèles : l’Europe, selon des schémas qui ressemblent beaucoup à ce qui sera mis en place plus tard, et un système monétaire européen basé sur une monnaie pivot, évidemment le Reichsmark et un système de compensation très proche du système actuel.

J.-M. Keynes, sollicité de trouver des arguments pour contrer la propagande autour du plan Funk, surprendra ses commanditaires en expliquant que les principes du plan allemand (la compensation) étaient formidables, même si les modalités étaient malhonnêtes (les nazis ayant la volonté de ne jamais solder ses positions déficitaires) et qu’il fallait qu’il soit pris en compte par les bientôt alliés ! Churchill impose, de peu, la poursuite d’une guerre totale « jusqu’à la victoire », même en cas d’envahissement du territoire anglais, mais doit rapidement obtenir des fonds car il n’a pas les ressources pour poursuivre la guerre seule. Pendant quatre ans, les questions financières cruciales immédiates mais aussi l’organisation future du système monétaire feront l’objet de débats et de discussions plus ou moins houleuses. Les pays alliés et la France combattante y seront associés. Après le débarquement réussi en Normandie à l'ouest, l’effondrement allemand face à l’opération Bagration à l’est, les reculs définitifs du Japon en Extrême-Orient, Roosevelt, qui lance sa dernière campagne électorale, sent le besoin d’un grand succès diplomatique et organise la conférence dit de Bretton Woods, un grand hôtel dans la fraîcheur des montagnes proches de New York. L’endroit a été choisi pour permettre à J. M. Keynes de participer (il souffre de problèmes péri cardiaques aujourd’hui bénins grâce aux antibiotiques mais insolubles à l’époque).

La conférence cherche à résoudre deux difficultés : ne pas recommencer les erreurs commises à la fin de la guerre de 14-18 qui conduiront d’un côté aux troubles allemands (la grande inflation, l’arrivée des nazis) et Japonais (l’étranglement pétrolier) et aux deux guerres de revanche, et de l’autre à la crise de 1929 et ses suites. Première idée, développée par Keynes dans les années vingt, est qu’il ne fallait pas ruiner et maltraiter les pays vaincus, en dépit des immenses pertes qu’ils avaient infligés aux pays vaincus, mais au contraire leur permettre de revenir le plus vite possible dans l’effort productif global. C’était une idée neuve et qui aura les conséquences les plus heureuses pour les deux pays vaincus qui deviendront des mastodontes économiques en contrepartie d’être longtemps des nains diplomatiques.

La seconde idée, toujours fournie par Keynes était la nécessité d’une organisation multilatérale permettant de gérer la coordination des politiques monétaires afin qu’une crise dans un pays ne soit pas amplifiée au point de déboucher sur une crise globale. Des changes fixes mais ajustables raisonnablement, par négociation, l’aide aux pays en difficulté de balance de paiement par des prêts mutualisés, la création de liquidité internationale en cas de crise grave, un organisme de contrôle et d’animation, le Fonds monétaire International, tel était l’idée de manœuvre.

La troisième idée était celle du financement de la reconstruction et des aides financières, avec la création de la banque Mondiale et l’élaboration d’une stratégie d’aides mutualisées pour accélérer le développement.

Tout cela était extrêmement nouveau et a passionné tous les participants qui ont joué le jeu de bonne foi.

La conférence a dérivé assez loin des idées de Keynes lorsqu’il s’est agi de fixer la référence de la base monétaire commune. Le retour à l’étalon or pur était impossible pour une raison élémentaire : tout l’or était aux États-Unis qui n'entendaient pas le voir quitter Fort Knox et qui produisaient à peu près la moitié de la richesse mondiale. On a donc établi un étalon de change-or, où le dollar était l’étalon et l’or l’ancre de l’étalon. Cela voulait dire que les États-Unis assumaient une responsabilité particulière : garantir par sa politique économique globale (interne et externe) le respect de la parité dollar-or. C’était une gageure, car le système donnait aux États-Unis le pouvoir de régler tous ses déficits éventuels de façon indolore dans sa monnaie, et la fourniture de dollars au monde supposait de créer un déficit structurel de la balance des paiements.

Les États-Unis développaient également une autre politique purement personnelle : la disparition des colonies et leur régime protégé, pour obtenir de nouveaux débouchés. Il faudra la décision de Churchill de refuser d'aller à Bretton Woods dans un tel cadre pour que le président des États-Unis renonce à imposer immédiatement la disparition de la préférence impériale britannique.

Les Accords étaient imparfaits. L’aide à la reconstruction s’avérera totalement insuffisante, les monnaies françaises et anglaises s’effondrant radicalement. Du coup, il faudra inventer en urgence le plan Marshall et la Bird se concentrera sur les ex-colonies des pays européens sommés de décoloniser, l’assistance au développement passant des pays colonisateurs aux institutions mondiales. Ce qu’ils feront tous dans les 20 ans suivants la conférence. Surtout, après dix années de redémarrage brillant, le besoin de dollars était moins net, le Japon et l’Allemagne ayant tendance à accumuler les dollars émis généreusement puis de façon irresponsable par les États-Unis. Irresponsable du point de vue de la structure des accords de Bretton Woods qui imposaient de respecter la valeur or du dollar.

Les plans grandioses de réformes intérieures américaines et d’actions extérieures (espace, guerres du Vietnam, « containment » de l’URSS) ont induit une telle cavalerie monétaire que rapidement l’avenir de l'étalon de change-or s’est révélé précaire. On se souvient de la conférence du général de Gaulle, restée célèbre, exigeant le retour à l’étalon or. En fait J. Rueff ne voulait pas le retour aux mécanismes de ce système qui implique que des récessions permettent le retour aux équilibres perdus. Le slogan de Bretton Woods : « non aux récessionnistes » était un mantra généralement partagé, même chez les tenants de l’orthodoxie monétaire passée. Ce qui était demandé, c’est que la référence du système ne soit plus le dollar mais l’or, les États-Unis étant remis sur un pied d’égalité avec les autres nations. Tous les autres principes de Bretton Woods notamment l’existence de règles et l’obligation de les respecter, et, surtout, les mécanismes de compensation et d’aides mutualisées pour éviter les récessions à répétition.

Les Américains ont alors élaboré une réponse nationaliste absurde qui ne pouvait aboutir qu’à des mécomptes : « mes déficits sont de VOTRE responsabilité ». « Moi je fais ce que je veux et c’est à vous de faire les efforts nécessaires pour réduire mes déficits », ce qui est strictement impossible, si la première puissance du monde, détentrice de la monnaie de transaction du monde, lâche les dépenses sans limite. La première page de Time magazine, donnée ci-dessous, traduit assez bien les éléments de langage américain : « vous êtres des vicieux qui cherchaient à me ruiner et à me dépecer comme des rats à casque nazi ». Les Européens tenteront de manipuler le marché de l’or pour que la dévaluation du dollar n’apparaisse pas trop. Mais toutes les béquilles finiront par casser et ce sont les Allemands, las d’importer de l’inflation américaine, qui mettront fin à la mascarade en proposant les changes flottants et en refusant d’appliquer les règles de compensation prévues dans les Accords. La réponse le Nixon sera le refus d’appliquer les engagements que les États Unis avaient pris de repayer en or les dollars accumulés par les autres pays. Tous les créanciers ont été floués. Ils croyaient détenir une créance or, ils se sont retrouvés avec du papier.

Lorsque le Wall Street Journal évoque, dans son numéro du 5 juillet, la fête des « 50 ans de la révolution du système monétaire », il précise qu’elle a été rendue nécessaire « par la concurrence féroce des produits manufacturés du Japon et de l’Allemagne ». Féroce veut dire déloyal naturellement. On ne doute pas que la « révolution » a été bénéfique même si on admet que la flottaison rend les choses un peu instables, complexes et imprévisibles tout en provoquant l’apparition d’une économie baudruche basée sur des gains de casino et les crises bancaires fréquentes, alors qu’elles avaient disparu. C’est que les changes flottants ont permis « de s’adapter rapidement » par exemple aux variations des prix du pétrole ! Prix qui ont explosé après l’introduction des changes flottants et la chute vertigineuse du dollar ! De qui se moque-t-on ? Ils auraient permis de créer de « l’interdépendance » alors qu’on a brisé l’interdépendance structurelle du système de changes précédent, et éviter des guerres (lesquelles ?). Donc Nixon a pris des décisions judicieuses… mais qui montreraient tout de même leurs limites cinquante ans après, parce que tout le monde en a marre du terrorisme monétaire, financier et légal américain. La solution judicieuse serait désormais périmée.

Ce qu’il fallait faire entre 1973 et 1976, c’est une réforme des accords de Bretton Woods qui sauve l’essentiel : les règles de non-déficits et de non-excédents majeurs, la coopération interétatique pour éviter les récessions, la surveillance. Une occasion majeure formidable de créer un système sain et durable a été perdue à cause de l’attitude américaine. L’inconvertibilité temporaire s’est muée en Accords de la Jamaïque, à Kingston, au bord d’une piscine, où le fat Giscard s’est rengorgé en faisant des effets de maillots de bain, un non-système basé sur le chacun pour soi et les changes flottants sous pression américaine, dont les conséquences vont être tout simplement dramatiques.

Dès 1973, le monde connaît une première récession mondiale, « la pire depuis 1929 », et une chute du dollar qui conduit les pays producteurs de pétrole aux actions de cartel que l’on connaît. Mais la crise de 1973 n’a pas été une crise pétrolière. Celle-ci a été une conséquence aggravante. Les énormes déficits et excédents entraînent la création d’une économie financière déconnectée de l’économie générale. La spéculation s’impose partout. Les prêts aventurés massifs finissent toujours par s’effondrer. Les crises financières ne vont plus cesser, avec un épisode sanglant en 1992-1993 une nouvelle fois « la pire depuis 1929 », jusqu’à la grande crise de 2008, qui flanque par terre l’économie occidentale et dont les conséquences se font encore sentir.

Les États-Unis mettre en œuvre quatre politiques :

-        Le TFTEA : C’est une loi Obama qui sera appliquée sans faiblesse par Trump et qui est toujours de bras armé de Biden. Son principe : mes déficits sont nécessairement la faute des pays en excédents et pas de la mienne. Ce sont des ennemis déloyaux qui s’en prennent à la substantifique moelle des États-Unis et qui doivent être châtiés. On en revient à la caricature de Time magazine sur les cloportes qui se nourrissent abusivement sur le dos des Américains.

-        L’encadrement dingue des activités de banques, la suppression d’une partie des paradis fiscaux, les sanctions démesurées imposées par l’extériorisation des lois américaines. L’activité des banques de dépôts et la liberté des déposants se retrouvent totalement ligotées. Mais pas celle des fonds de pension et autres « funds » américains !

-        La remise en cause des principes multilatéraux sur lesquels le monde fonctionnait depuis 1945.

-        L’obligation pour les banques centrales de créer des milliers de milliards de dollars pour compenser les pertes accumulées par le système des changes flottant, avec des taux d’intérêt qui finiront par être négatifs.

C’est dans ce contexte totalement artificiel, injuste, déséquilibré jusqu’à l’absurde et précarisé, que va se produire la crise sanitaire, avec une perte de production surcompensée par la création monétaire des banques centrales, le gonflement dément de l’encours de dettes globales et des conflits latents entre tous les pays et tous les blocs.

Pour aggraver le tout, les Fédéralistes européens, au lieu de créer un pôle de stabilité monétaire basé sur une unité de compte commune et un système de type Bretton Woods, imposent la monnaie unique qui ne permet aucun ajustement sauf à pratiquer des récessions plus ou moins contrôlées, et en dépouillant les nations de toute souveraineté.

Le monde vit donc avec deux systèmes monétaires dysfonctionnels qui imposent des récessions périodiques, tout ce que voulaient éviter les membres de la conférence de Bretton Woods. Les « récessionnistes » sont à la manœuvre, assistés par des explosions de création monétaire des banques centrales. Et le monde n’est plus qu’un champ de combats douteux sur fond de ruine générale du monde occidental.

Ne parlons pas de la France devenue un territoire pour dirigeants lamentables et antinationaux, qui se font filmer avec l’air triomphant parce que Mme Van der Leyen a dit oui à un de leur plan et font semblant de diriger un pays éventré et en pleine déliquescence.

Après la crise financière et la crise sanitaire se présente le délire d’une politique écologique aussi ruineuse que sans effet sur le climat, qui peut achever de mettre le pays à genoux et a le potentiel de créer dans un horizon assez proche une situation à la libanaise.

Face à ces perspectives sinistres, les seules personnes habilitées à parler économie sont Picketty, l’obsédé fiscal maladif, Blanchard, le soumis qui n’a jamais été capable au FMI de faire valoir les méfaits des changes flottants, et Tirole, un prix « Nobel » d’économie qui pense que l’impôt aggravé sur les successions est la solution pour un pays déjà leader mondial des impositions.

Rencontré fortuitement lors de l’enterrement de Gabriel Milesi, Jean Hervé Lorenzi était très content : tout allait bien ! Ce qui sera la tonalité des journées d’Aix en Provence. La BCE crache au bassinet ; l’argent coule à flots pour la haute finance ; l’État peut se goberger dans des dépenses extravagantes ; M. Macron peut faire face à toute contestation en arrosant les clientèles à gros bouillon. La reprise va être majestueuse ! Tout va bien Madame la Marquise. Les propositions faites au terme de ce Davos du pauvre sont d’une indigence rare. Aucune discussion sur les structures dysfonctionnelles de la monnaie et du commerce international. Il faut former la petite enfance, généraliser la garantie jeune (permettant de boucler la gratuité de la vie de la naissance à la mort), alléger les contraintes européennes, coopérer pour la cybersécurité, baisser les impôts sur la production, garantir les placements privés dans l’industrie, augmenter les annuités de cotisation à la retraite mais en étant généreux avec des catégories sensibles, et augmenter les bas salaires. C’est gentil, totalement insignifiant, ruineux pour l’État (pas grave, il y a la BCE, on peut y aller). Et surtout aller franchement vers la neutralité carbone en 2050, sans avoir chiffré le moins du monde ni les coûts de la décarbonation (ce qui devrait être son rôle prioritaire), ni l’efficacité sur la moyenne des températures mondiales. Du politiquement correct total et du politiquement économique insignifiant comme d’habitude. L’important c’est qu’il ait du monde à Aix et que tout le monde reste béat d’optimisme.

Vive la crise en chantant. Avec la destruction de Bretton Woods c’est aussi à la destruction des grands économistes à la française (Jacques Rueff, Maurice Allais, Alfred Sauvy) qu’on a procédé. Tout le monde s’amuse dans les médias à souligner l’extraordinaire baisse du niveau intellectuel des dirigeants français. Pour les économistes officiels français, ce n’est plus une baisse mais un anéantissement.

À moment où la campagne présidentielle s’ouvre, on peut craindre qu’elle soit totalement détournée de sa fonction naturelle : permettre aux électeurs de bien apprécier la situation et d'arbitrer entre les solutions.

C’est dommage. L’anniversaire de la destruction des accords de Bretton Woods offrait pourtant une excellente occasion de faire comprendre au pays pourquoi le PIB par tête se traîne en France fin 2020 au même niveau qu’en 1980 et de lui présenter les axes d’une politique de grand redressement. .

Didier Dufau

 

*Ces deux livres sont disponibles à la librairie en ligne du Cercle « e-toile « à l’adresse https://editions-e-toile.fr/



2019 : L’année du Grand Ressentiment ?

C’est la période des bilans. Commençons par ce blog. Le tableau des résultats est donné ci-dessous. L’article « Plus cela change plus c’est la même chose » a maintenu sa hausse verticale et dépasse désormais largement les 8 000 lectures. Un vrai symbole ! Le soutien que nous portons à la mémoire de Jacques Rueff et de Maurice Allais se retrouve dans la fréquentation des articles que nous leur avons consacrés (au total près de 25 000 lectures cumulées pour l’ensemble des articles). Nous sommes heureux que quelques milliers d’étudiants aient recherché des réflexions indépendantes sur des questions essentielles comme le rôle de la monnaie et des banques, les sources du chômage structurel ou l’histoire économique récente. Nous atteindrons le chiffre de 2 000 000 de lectures dans quelques semaines, ce qui est très encourageant pour un site sans publicité, ni photos, ni vidéo, sans parrainages politiques ou commerciaux, et sans autre motivation que d’explorer certaines réalités souvent mal traitées par la presse habituelle, gagnée de plus en plus par le vice de la « reconstruction orientée du réel » et l’abus de la réflexion étrangère au détriment de sources françaises.

Merci à tous ceux qui trouvent matière à réflexion dans les écrits des « Economistes e-toile » et nous soutiennent de leurs lectures et commentaires. Bonne année 2020 !

Plus généralement, comment qualifier l’année 2019 ? Qu’est-ce qu’elle nous annonce pour 2020 ?

Nous pensons que l’année 2019 fut, en France, celle du Grand Ressentiment. Elle est atypique par l’ampleur, la généralité et l’intensité de la défiance qui s’est exprimée de toute part contre le président Emmanuel Macron. Le mouvement initial des Gilets Jaunes a traduit d’une façon inédite une rancune de fond devant la baisse du pouvoir d’achat en termes réels, provoquée par la compétition directe avec 900 000 millions de travailleurs pauvres libérés du « socialisme réalisé », le caractère ruineux de la bureaucratie et de sa diarrhée réglementaire dans tous les domaines, et l’insolence méprisante d’un jeune président-Zorro, dont les scènes photographiées avec drag-queens à l’Elysées et voyous torse nu dans les îles, ont été trouvées déshonorantes par beaucoup. Traiter avec légèreté la misère du monde, comme il en avait pris l’habitude, n’a pas arrangé les choses.

D’autres catégories ont partagé ce ressentiment et en particulier les syndicats qui ont été vexés d’avoir été moins efficaces que les Gilets jaunes pour arracher des milliards à la collectivité et ont voulu montrer leurs muscles. Ils ont retenu, comme les Gilets Jaunes, les leçons de Notre Dame des Landes : le nouveau président cède lorsque les conflits s’éternisent et deviennent violents. L’impuissance d’E. Macron devant les taxations abusives de Trump, l’indifférence de la Commission Européenne à ses suggestions, ou l’éviction de la France des grandes questions diplomatiques du moment, ont gâché un peu plus son image. Un Président se doit d’avoir une présence régalienne. La colère a d’abord grossi par mille arroyos et quelques grosses rivières, puis elle s’est exaltée de sa réelle dynamique, pour finalement s’enliser dans la récupération partisane et les déviances inacceptables de son propre spectacle.

Roger Scruton dans son livre fondamental, l’Erreur et l’Orgueil (L’Artilleur) a parfaitement analysé la question politique posée par le ressentiment. « Quand les mouvements de gauche prennent le contrôle » [] « le ressentiment perd sa cible spécifique » et devient la proie de ceux « qui ne cherchent pas à négocier au sein des structures existantes mais à s’approprier les pleins pouvoirs dans le but d’éliminer les structures elles-mêmes », en s’opposant « à toute forme de médiation, de compromis et de débat ». Plus pertinent, on ne peut pas ! On en est là.

Tout le monde annonçait à grands cris et force livres et éditoriaux, une crise mondiale majeure qui n’a pas eu lieu. La relecture des articles de fin d’année 2018 est comme d’habitude extrêmement jouissive quand on aime se moquer des prévisions ratées. Et nous avons connu une année de relative prospérité économique (une croissance molle mais continue) accompagnée de hausses de salaires et des gains de pouvoir d’achat. Énorme paradoxe, les entreprises n’arrivent à recruter suffisamment malgré des millions de chômeurs. Ces bons résultats n’ont pas été perçus et ont été accompagnés paradoxalement par un redoublement de la rage nationale contre les « zélites mondialisées ». Une bulle immobilière s’est malgré tout gonflée à un point qui n’est plus justifiable économiquement que par l’effet de politiques extrêmes, comme les taux négatifs de la BCE. Aurait-on, par une politique monétaire « non conventionnelle », échangé le risque d’une crise conjoncturelle rapide contre celui d’une crise structurelle plus lointaine ?

C’est sur le front écologique que les mentalités ont été le plus chahutées. Le basculement d’une écologie politique, tendance fumiste ou léniniste, dans la « collapsologie urgentiste hystérique », accouche d’émotions profondes qui peuvent conduire les exécutifs, à tous les échelons, à mener des politiques de grande niaiserie, qui peuvent n’être que ridicules, mais qui peuvent aussi se révéler dramatiques pour le travail, le revenu et la vie personnelle d’une grande partie de la population et surtout celle qui est aux limites de la pauvreté.

Jean Baptiste Say disait : « La plus belle pensée, la plus neuve, la plus utile n'obtiendront jamais en public autant d'applaudissements qu'une niaiserie convenue ». Voir que la France est devenue le parangon extrémiste de la « niaiserie convenue » est difficilement supportable. Le mot « travail », obligatoirement associé à celui de mobilité et de consommation, donc de pression sur le bilan carbone, a disparu du langage politique, comme en témoigne la « campagne » actuelle pour la mairie de Paris, verte comme une prairie normande. On semble attendre dans les milieux politiques locaux, tendance médaille Field, que quelque « start-up » bien inspirée invente le sabot-pédale connecté à la 6G permettant au parisien cycliste et permaculteur de sauver son jardinet pédagogique d’intérieur et les kangourous australiens, tout en entretenant une santé éblouissante en renonçant au travail « aliénant » et à la surconsommation.

Au sein de notre cercle, nous préférons Philippe le Bel à Saint Louis et Say à Pisani-Ferry. Nous n’acceptons pas que la pensée générale, politique et économique, sombrent dans l’accessoire et l’inepte. Nous ne tolérons pas les effets de domination, donc de soumission, qui interdisent de dénoncer des erreurs, qui marginalisent l’expression des solutions nécessaires et qui en interdisent la mise en œuvre. Comme si des politiques irrationnelles et fondées uniquement sur des relations de force (ou des petits calculs) et qui finissent en catastrophe pour tout le monde devaient et pouvaient échapper à une réflexion critique ! Qui est entièrement convaincu que l’explication de la crise de 2008-2009 a été donnée de façon complète ? Qui est confiant que, sur la base de ce diagnostic, a été élaborée une politique efficace pour sortir de la crise et éviter de nouveaux épisodes dangereux ?

Que sera 2020 pour le monde ? La « mondialisation heureuse » finit de s’effilocher avec la crainte d’une épidémie virale mortifère en provenance de la dictature Chinoise, dont on sent bien qu’elle trahit les espoirs mis dans l’ouverture sur le monde occidental qu’on lui a offerte. L’incapacité de l’Europe à formuler une politique positive pour la France dans pratiquement tous les domaines où elle s’est attribué le monopole de la conception et de l’action devient un peu voyante, surtout avec l’éclairage du Brexit. L’approche exclusivement politicienne de Macron marquée par la seule volonté d’être réélu et de marquer l’histoire, finit de crisper le pays. De la même façon que la morgue d’Anne Hidalgo et l’étonnante médiocrité de ses équipes, ont empoisonné durablement la Capitale. Les incapables, en tout domaine, se cachent toujours derrière des projets plus grands qu’eux. Gageons que les grands projets délirants vont s’épanouir pendant la campagne électorale à Paris !

En France, il va bien falloir calmer le jeu. L’éviction de l’équipe Hidalgo et l’échec de LREM et des Verts à Paris seraient un bon début. Le pays réel peut démontrer que le temps n’est pas à l’exaltation écologiste ni aux manœuvres politiciennes les plus grossières, encore moins aux différents types de « révolutions ». Sinon on peut craindre une évolution du ressentiment symbolique vers une violence destructrice. La colère est mauvaise conseillère. Depuis toujours, nous disons : attention à la colère des peuples. Mais on ne peut avertir sans suggérer. Alors, malgré l’âge qui frappe nos membres fondateurs et en réduit trop rapidement le nombre et l’activité, nous continuerons en 2020 à nous battre, à notre place modeste, pour que les grands sujets restent dans le domaine de réflexion de ceux des Français qui n’ont pas renoncé à comprendre et à agir, même et surtout quand il faut se heurter durement à la pusillanimité ambiante.



Un bilan de l'entrée de la Chine dans l'OMC

L’année 2020 commence bien avec la lecture d’un ouvrage anglais gentiment offert par un ami : « China, Trade and Power », écrit par Stewart Paterson, un illustre inconnu, dans une maison d’édition à compte d’auteur !   Paterson fait partie de ces gens qui, comme les membres de notre petit groupe e-toile, ne se retrouvent pas dans l’économie officielle. Après une formation économique supérieure, il a eu des responsabilités à travers le monde et notamment en Asie. Il connait le terrain, « voit ce qu’il voit » et considère qu’il est important de le commenter. Les non-dits et les soumissions ont totalement anesthésié les articles d’économie dans les médias. Ce n’est pas vrai qu’en France.  Alors pourquoi se taire ?

Auteur sans marquage évident, il est impossible de se livrer à cet exercice dont les Français raffolent : d’où parle-t-il ? Est-il légitime ? Il faut uniquement se concentrer sur ce qui est écrit. Ce que tout le monde devrait faire et qu’on ne fait plus en France depuis longtemps, où le procès d’intention est de règle et où la parole n’est acceptée que si elle a été préalablement légitimée et son auteur jugé digne de s’exprimer, quelles que soient la précision et l’exactitude de son discours.

Le livre est une monographie sur un sujet tout simple : l’admission de la Chine au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce, le 11 décembre 2001, a-t-elle été une bonne chose, dont les résultats sont conformes aux espoirs qui avaient justifié cette admission ?

C’est un sujet que nous avons traité à plusieurs reprises dans ce blog (par exemple : Faut-il traiter la Chine en interlocuteur "normal" ? ( http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2018/11/23/Fautil-traiter-la-Chine-en-interlocuteur-normal-). Nous sommes donc très heureux de connaître la réaction d’un « anglo-saxon », même marginal et hors de la pensée économique officielle. On notera l’absence totale de couverture du sujet dans les médias et dans l’édition française.

Les premiers chapitres racontent le processus qui a conduit les Etats-Unis à promouvoir la Chine dans l’OMC.

Première remarque : la France est totalement absente et de la réflexion et de la décision. Pendant qu’un couple d’Enarques nocifs s’entendaient à ruiner le pays (Chirac et Jospin), la France n’avait pas droit au chapitre, l’affaire étant réservée à la seule Commission Européenne qui détient par traité le monopole absolu des discussions commerciales. L’affaire n’a eu aucun retentissement médiatique en France, la question ne concernant pas directement les politiques français. De tradition, les grands quotidiens français ne couvrent pas les affaires européennes. Un pays sans souveraineté ne s’occupe plus des grandes affaires du monde et n’a plus d’officiels qui s’en préoccupent, à l’exception de deux ou trois spécialistes délégués auprès de Bruxelles. La France, sur les grandes questions mondiales économiques et monétaires, a, au mieux désormais, l’influence du Luxembourg. Jean Monnet a gagné. L’Europe a châtré totalement les ex grands empires européens et les Américains règnent en maîtres absolus. La politique, la presse et l’université ne préparent plus à la maîtrise des grandes questions du monde. On s’occupe des inégalités hommes-femmes en basse Lozère, en pleurant avec Greta Thunberg sur les malheurs de Gée…

Seconde remarque : la cupidité des grandes entreprises américaines l’a emporté sur tout le reste. Être leader mondial supposait de tenir le marché Chinois et ses centaines de millions de consommateurs. La bave qui coulait aux commissures des managers de grands groupes mondialisés a tout emporté. Aucune autre considération ne devait être prise en compte.  C’est le gouvernement démocrate de Clinton qui une fois de plus allait tout céder au Big Business et aux cartels financiers. L’idée dominante : la Chine, une fois embarquée dans le commerce international et la croissance de la consommation, ne pourra plus être une dictature et se libéralisera. Un ordre libéral s’installera partout dans le monde. « Nous créerons par le commerce une nouvelle harmonie mondiale ». Et nos trusts seront encore plus forts. Donc les Américains plus riches. Les oppositions sont venues des ONG et des syndicats habitués à l’outrance perpétuelle. Du coup leurs réserves ont été noyées dans la masse de leurs « déchaînements habituels » et n’ont pas trouvé d’oreilles attentives. Le fait que la Chine soit une dictature infecte ne devait pas troubler. « En entrant dans l’OMC, elle devra respecter des règles. On mettra fin aux scandales justement dénoncés : dumping, vols des brevets, copies illicites, produits toxiques, fraudes à tout va ».  Comment traduit-on « wishful thinking » ?

En France une voix s’est élevée,  dont ne parle pas le livre (La France, c’est où ?) : celle de Maurice Allais qui a dénoncé une mesure dont on pouvait comprendre immédiatement qu’elle irait magistralement contre les intérêts des ouvriers français et qu’elle entraînerait un chômage massif. Bien avant notre auteur, il avait compris que faire entrer dans la compétition 750 millions de travailleurs potentiels payés le prix d’un bol de riz, sans que les entreprises n’aient à se préoccuper de quelques charges ou règlements que ce soit, ne pouvait pas avoir d’effets bénéfiques pour les salaires et l’emploi en Occident, et surtout en France où les salaires étaient grossis de charges uniques au monde qui en doublaient le coût pour les entreprises. On sait qu’il a été traité en vieux machin fasciste par la PQN française, notamment Le Monde. Les politiques l’ont totalement ignoré ou vomi. 20 ans après, tout le monde voit qui avait raison. Qu’on ne dise pas qu’en France, il n’y a pas eu d’alerte et « qu’on ne savait pas ». Le risque était gigantesque, les pares-feux inexistants. Les constructeurs de l’opinion publique française avaient décidé que les Français n’avaient pas à le savoir ou s’en inquiéter. De toute façon la décision était à Bruxelles.

L’ouvrage regarde ensuite les effets de la décision. Ils sont terribles pour l’Occident et son économie, et incroyablement favorable au Parti Communiste Chinois.

A partir du 11 décembre 2001, date de l’admission de la Chine à l’OMC, la fausse sécurité offerte par le traité entraîne un déversement hystérique de capitaux et de partenariats qui permettent à l’économie chinoise de devenir l’atelier du monde. Mais le Parti Communiste Chinois a bien étudié son affaire. La seule chose qui l’intéresse sont les investissements dans les produits d’exportation. Pas question de laisser le moindre accès à son marché intérieur qui est totalement bridé et sous contrôle. La banque, l’assurance, les marchés publics restent totalement entre les mains du Parti. Le message est : enrichissez-vous en créant les conditions d’une exportation massive. On garantit aux entreprises des conditions sociales inexistantes, des impôts et des taxes faibles, des règlementations laxistes et une population illimitée de travailleurs dénués de tout. L’auteur rappelle que dans certaines parties de la Chine en 2000, certaines familles de paysans n’avaient même pas de quoi vêtir toute la famille. Les vêtements étaient portés alternativement. Les enfants se noircissaient le corps au charbon pour faire semblant d’avoir un pantalon et une chemise ! Le genre d’information interdite de publication en France où le communisme, malgré ses crimes et ses conséquences sociales abominables, devait rester une option noble et possible, majorité plurielle oblige.

Le PCC a voulu une industrie exportatrice massive et rien d’autre. L’argent gagné sera utilisé à calmer le peuple et à conforter le régime tout en lui permettant de se réarmer lourdement et de retrouver une place géostratégique perdue depuis des siècles.

Le livre décrit très bien comment les Communistes s’y sont pris. Nous renvoyons le lecteur à cette partie du livre.

Les résultats ont été stupéfiants et totalement imprévus en Occident. Les chiffres laissent songeur. « Les exportations ont cru au rythme de 30% par an pendant les six années suivant l’adhésion. La part de la Chine dans la production industrielle du monde a été quadruplée. » En dix ans la Chine est devenue l’exportateur mondial numéro 1 devant les Etats-Unis. Les seules exportations dépassaient en 2010 le PIB de 2000. Elles sont passées de 300 millions de dollars à 2.500 milliards en 2014. Le PIB est passé de 1.700 milliards à 11.500 milliards de dollars. Rappelons que le PIB français est actuellement autour de 2.500 milliards de dollars. La Chine a créé quatre économies françaises en 20 ans !

Les Etats-Unis comptaient pour 6% de la population et 37% du PIB mondial en 1969. En 2016 sa part du PIB mondial était réduite à 25%. Elle s’est encore réduite depuis.

La Chine a réussi à capter 25% des bénéfices de la croissance mondiale de 2001 à 2008 et 50% dans les années suivantes jusqu’à aujourd’hui.

L’industrie occidentale a perdu près de 25% de sa production industrielle en 16 ans. En fait dans certains secteurs l’érosion a été encore plus forte. Les Etats-Unis qui pensaient que les exportations vers la Chine de produits américains permettraient de supprimer ses déficits extérieurs se sont retrouvés avec des déficits encore aggravés.

Le triomphe communiste chinois a été total. Le régime a réussi son pari de justifier sa terreur par ses bons résultats, alors que la gauche française  ne cesse d’expliquer que la seule justification du capitalisme « est ses bons résultats pour la classe ouvrière ». Il fallait simplement remplacer capitalisme par « communisme parasitaire accroché au capitalisme mondial » pour être dans le vrai. Du coup, aucune des évolutions attendues vers plus de liberté et plus de rapprochement avec le modèle occidental ne s’est produite. Au contraire, comme on pouvait s’y attendre, la Chine utilise sa nouvelle puissance pour s’imposer dans le concert mondial et faire plier ses voisins à ses vues.

Ajoutons au livre les développements les plus récents : Il y a quelques jours, la Chine participait à des manœuvres dans le golfe persique avec l’Iran et la Russie, au même moment où elle réduit les habitants de Hong Kong à quia.

Les yeux ne se sont décillés que tard et partiellement aux Etats-Unis. Les études américaines ont fini par faire droit à quelques idées évidentes : la Chine totalitaire n’a respecté aucune des règles de l’OMC et les Etats-Unis ont perdu leur influence dans le processus multilatéral de cette institution. Le vol des brevets a continué sans limite et l’obligation de sociétés mixtes a permis de récupérer toute la technologie occidentale qui passait par là. Les achats d’Etat faits avec les dollars accumulés ont tous été léonins : « on vous achète mais vous transférez la technologie ». L’économie de la Chine n’est toujours pas une « market economy » au sens de l’OMC. Le rôle de l’Etat et du parti est écrasant et la sécurité juridique est nulle. La finance locale est entièrement contrôlée par l’Etat et ne finance que des plateformes d’exportation. La consommation interne est négligée. On mobilise partout des paysans pour en faire des ouvriers à bas prix.  Les considérations raciales jouent comme le montre l’exemple récent du travail forcé des musulmans.

L’illusion aura été qu’une dictature meurtrière, ayant commis les pires massacres de la seconde partie du XXème siècle, dont l’atroce génocide des paysans lors du Grand Bond en Avant, les crimes de masse de la Révolution Culturelle et le massacres des étudiants de Pékin sur la place bien connue, jouerait selon les règles. Le marché intérieur a été largement fermé. Tout l’effort a porté sur une politique mercantiliste de captation de la richesse occidentale pour la mettre au service du Parti Communiste Chinois et servir des intérêts nationaux et socialistes. Face à une telle dictature, que compte l’OMC ?

Il est facile de comprendre que la déloyauté chinoise n’est pas accidentelle. On s’est illusionné par cupidité en croyant qu’un état de droit et une compétition honnête était possible en Chine. L’Etat Chinois a partout imposé un partage de technologie avec possibilité ultérieure de concurrencer le fournisseur. Il a maintenu une offre de travail artificiellement peu coûteuse et l’a spécialisée dans la capture de l’industrie mondiale.

Les effets macroéconomiques du mercantilisme chinois ont été tragiques. Il a entrainé une déflation continue en Occident, aggravée en Europe par la création de la zone Euro. Il a poussé à un gonflement sans limite de la création monétaire artificielle et sans autre objet que la spéculation faute d’opportunité d’investissement dans les pays déficitaires. L’apparente contradiction entre déflation salariale et inflation monétaire n’en est pas une. Si, par la disparition de près du quart de l’industrie occidentale, vous maintenez des salaires très bas et si votre compétitivité est constamment mauvaise, les prix des biens de consommation ne peuvent pas monter. Au contraire ils baissent. En valeur de référence (panier de biens rares), la baisse est très forte. Comme la monnaie perd toute valeur, les prix en valeurs faciales ne donnent pas l’impression de baisser mais les produits qui sont incorporés dans la valeur de référence montent prodigieusement. Voir l’or, les terres rares et l’immobilier de grandes villes.

Il est impossible de s’adapter à une telle pression. Détruire les systèmes sociaux issus de l’après-guerre de 40 n’est pas une solution acceptable.  Les conséquences politiques sont commentées aujourd’hui tous les jours. Les « élites » qui ont laissé faire ce massacre industriel sont perdues de réputation. Les grandes entreprises qui avaient cru triompher dans la mondialisation et qui sont désormais en difficulté face à leurs concurrents chinois, qui ne jouent pas avec les mêmes règles, en reviennent.

Dès le TFTEA du temps d’Obama, les Etats-Unis se préparent à une contre-attaque. C’est Trump qui la mène devant, à la fois les excédents démentiels chinois et la fermeture de facto de leur marché intérieur. Mais il réalise que les Chinois ont du répondant. Il est tard, peut-être trop tard. Les réserves chinoises en dollars se comptent en millier de milliards. Elles permettent d’acheter des bonnes volontés un peu partout.

Le projet de route de la soie est la confirmation que Pékin ne souhaite qu’une chose : maintenir sa domination dans les exportations, sans faire droit à sa demande intérieure. L’argent afflue hors de Chine dans des zones ciblées qui craquent facilement. Des pays ruinés par la concurrence chinoise accepte qu’on investisse sur leur sol sans se soucier de comprendre que cela va aggraver cette situation !

La situation devient intolérable sur tous les plans, moraux, sociaux, économiques et politiques. Même l’Allemagne est obligée de se fâcher quand elle constate que les Chinois utilisent leurs immenses réserves pour tenter d’acheter les perles de son Mittelstand.

En manipulant sa monnaie, la Chine peut contrer les taxes américaines qui n’ont aucun effet sinon de rendre les économies occidentales plus fragiles. Big business craint la récession. Les articles intéressés se multiplient, expliquant que contrer la Chine est un combat perdu d’avance, que taxer les exportations chinoises perturbe les exportations américaines, que les excédents sont un signe de noble compétitivité, etc.

Des personnages stipendiés jouent à fond la carte chinoise. On le voit avec Raffarin en France. Beaucoup font semblant de croire que les objectifs de l’entrée de la Chine dans l’OMC progressent. Mais non. Xi joue la même carte violente et truquée indéfiniment. Il craint d’être viré des marchés mondiaux. Alors il pratique la séduction adossée à ses réserves et montre ses dents militaires. Trump n’a pas de réponse. Il annonce en ce début d’année un accord réglant toutes les questions en suspens. Ce n’est qu’une nouvelle illusion, si ce n’est pas qu’un minuscule calcul électoral.

Sur tous les sujets Trump a facilité le diagnostic et compliqué la solution. L’Iran, la Russie, la Turquie, la Chine, la Corée du Nord s’amusent presque à montrer son indigence stratégique, tout en espérant que la force réelle des armes américaines ne se déclenchent pas vraiment. Et tout le monde se fiche du diagnostic. L’affaire Suleiman (l’assassinat ciblé d’un général des gardiens de la révolution iranienne par un drone américain) montre que les illusions sont partout et que la puissance américaine n’est pas un vain mot.

L’Europe est totalement absente. L’Allemagne qui pratique la même politique mercantiliste que la Chine ne peut pas la condamner. Elle lui vend machines et voitures. L’Europe n’existe plus dans la géopolitique mondiale. La France s’enfonce dans le bourbier des grèves politiques et des manifestions de « Gilets Jaunes ». Elle se débat entre déficits intérieurs et extérieurs, dettes et chômage. Elle est devenue l’exemple repoussoir d’un leader mondial de la fiscalité abusive avec un niveau de criailleries gauchistes qu’on ne trouve plus guère que dans certains pays d’Amérique du Sud travaillées par le castrisme et le révolutionnarisme bolivarien.

Toutes les monographies ont le même inconvénient. Au bout de l’effort, l’auteur finit par tenter de tout expliquer par son thème majeur.  Souvent en outrant les raisonnements. L’auteur n’a pas de vision globale des difficultés économiques depuis l’été 1971. Il n’a pas de théorie générale de la crise. L’affaire de l’intégration de la Chine dans l’OMC est un sous phénomène dans un phénomène plus large qui n’est pas analysé. C’est au moment de trouver des solutions que la carence apparaît nettement. Que faire ?

L’auteur considère qu’il suffirait d’imposer à la Chine de pratiquer les changes flottants pour que cela aille mieux.  Il ne comprend pas que le non-système monétaire international, imposé par les Etats-Unis et qui lui a permis de participer à la grande fête des fonds de placements, est basé sur l’idée que « tout le monde fait ce qui veut et que le meilleur gagne », sachant que l’alimentation en dollars du monde suppose des déficits américains et donc des excédents quelque part. Le mercantilisme chinois n’aurait pas été possible en régime de changes fixes et ajustables sous surveillance du FMI quand les grands déficits et les grands excédents étaient proscrits. Les Etats-Unis n’ont pas voulu accepter cette contrainte et ont fait sauter le système. Ils s’aperçoivent que les Allemands et les Chinois après les Japonais, les Coréens et quelques autres ont fini par leur tailler des croupières.  La fin des systèmes de « socialisme réalisé » a considérablement aggravé les choses en empêchant de réguler le rattrapage. 

Paterson ne comprend pas la dimension monétaire globale de la crise et sans réforme du système monétaire international, il n’a pas de solution autre que d’exclure la Chine au prix d’une récession mondiale forte.

Son livre est une lecture indispensable, puisque ce sujet n’a fait jusqu’ici, à notre connaissance, l’objet d’aucune enquête aussi fouillée. En révélant indirectement l’effondrement géopolitique de la France, et la mort de la réflexion globale des journalistes de la PQN et des élites universitaires, il rend spécialement service aux Français.  En montrant que l’Euro a aggravé les choses, il est également fort utile.

Malheureusement il démontre aussi que les meilleurs esprits anglo-saxons n’ont toujours pas compris les méfaits du système des changes flottants et qu’il n’y aura pas de solution aux effets tragiques justement soulignés des excédents chinois sans retour à un système organisé des changes et des relations commerciales. Monnaie et commerce sont les deux faces d’une même réalité. 

En laissant la monnaie aux banques centrales et le commerce à l’OMC, on a créé une fausse dichotomie ingérable. Il n’y a pas de bon commerce sans bonne monnaie. Et réciproquement.

Et il n’y a pas de bonne coopération économique possible avec une dictature socialiste génocidaire.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

  

 

 

 

 

 

 

Le journal Le Monde face à l’éclatement des dogmes économiques

Une audace des plus timides

L’avantage des grandes crises est qu’elles finissent toujours par provoquer un séisme des idées. Il y faut une dizaine d’années. Nous sommes en plein dans le phénomène. Les diktats idéologiques qui étaient répétés comme des mantras par des perroquets bien dressés s’effondrent et un peu de lumière nouvelle entre dans les colonnes des journaux.

Prenons la page « idées » du journal Le monde du 15-16 septembre 2019. Elle est chapeautée par un titre prophylactique : Les Guerres de Trump. Cela permet au journal de ne pas s’engager trop dans le révisionnisme.

L’article « Washington se fâche contre les excédents excessifs », signé d’un « responsable de recherche dans une banque », est intéressant car il reprend les thèses que nous défendons avec une belle énergie longtemps mal récompensée.

-        Il rappelle que la position de Trump est en fait la continuité de celle d’Obama. La question des déséquilibres est arrivée au cerveau des dirigeants américains en 2010 après la crise et elle chemine depuis qu’il a fallu qu’AIG paie des centaines de milliards de dollars à des banques étrangères et s’est renforcée avec les difficultés sociales liées à une mondialisation qui a mis en difficulté la classe moyenne américaine.

-        Il déclare que les excédents allemands ont peu à voir avec la qualité industrielle allemande mais sont liés à des mesures d’organisation globale. On peut contester le détail de l’explication mais il est parfaitement établi que l’analyse en terme microéconomique des excédents (performance des entreprises, épargne des individus) est ridicule. C’est la politique globale de conduite de la vie économique et sociale allemande qui a créé les excédents, aggravée par l’Euro qui lui a permis d’exporter avec une monnaie dévaluée.

-        Il précise avec exactitude qu’en suivant globalement les politiques macroéconomiques de l’Allemagne, l’Europe est devenue également excédentaire.

-        Il souligne que le même mécanisme a été mis en place par la Chine, avec un taux d’épargne global passant à 50% du PIB et note que cette politique accroît le chômage chez ses partenaires commerciaux. Le blocage de l’accès au marché Chinois et son refus de respecter le droit de propriété aggrave les choses et l’arrivée au pouvoir de XI Jin Pin montre qu’il s’agit désormais d’une politique de puissance et pas seulement de rattrapage économique.

-        L’Europe est aussi victime de la politique chinoise mais ne peut le dénoncer parce que l’Allemagne, elle, fait pareil et en profite.  L’Allemagne a en effet beau jeu de refuser de jouer une politique de débridage de ses excédents si la Chine ne le fait pas.

-        Le couple Franco-Allemand est à la peine car les intérêts des deux pays sont totalement opposés.

Nous avons tellement souvent développé ces thèses que nous pouvons applaudir à deux mains qu’on les voit enfin apparaître dans un journal de la PQN, alors que tous ces sujets ont été verrouillés depuis 20 ans et les premières mises en cause par Maurice Allais. Tout en regrettant cet ostracisme intellectuel de longue durée. C’est l’ennui de la presse française, dominée par une coupole de dix personnes qui décident, en général de façon assez homogène, de ce qui peut être dit ou pas dit. Le non-dit et l’interdiction de dire est une constante de la presse française. Les pages idées, en fait, servent un dessein alors qu’il vaudrait mieux qu’elles fassent respirer la réflexion générale.  

L’effort de Goetzmann, l’auteur,  n’est pas totalement convaincant, d’abord parce qu’il laisse de côté des pans entiers du problème. Il n’y a d’excédents que parce qu’il y a des déficits. Les déficits américains sont structurels dans le système des changes flottants mis en place à Kingston. Tout n’est pas à la charge des pays excédentaires. Il faut revoir le système des changes flottants. Et là, grand silence ! La place du dollar comme monnaie mondiale de facto est aussi en cause. Encore grand silence. Quand on rentre dans le vraiment dur, le discours s’évanouit.  Quant à la conclusion, elle est parfaitement contestable : « il faut traiter les causes du mal en soutenant des politiques de croissance qui auront pour effet de corriger les excédents commerciaux sur les Etats-Unis ». Lesquelles ? Et pourquoi seulement ceux sur les Etats-Unis ?  Les pays de la zone Euro souffrent des excédents allemands qui sont démesurés vis-à-vis de l’Euroland. L’Eurosystème comme les changes flottants sont deux systèmes qui permettent les énormes déficits et les grandioses excédents. Il faut en changer ? Là pas un mot. On entre là où Le Monde ne veut pas qu’on aille. L’auteur voit bien que la relance dont il espère qu’elle sera conduite par la BCE et les Etats européens (toute la presse depuis deux mois pilonne sur le thème : la BCE doit se dégager de l’emprise allemande et comme elle ne peut pas tout les Etats doivent pendre le relais par une relance budgétaire) provoquera des déficits accrus vis-à-vis de la Chine. « L’Europe pourra utilement s’interroger sur la nature véritable des pratiques commerciales chinoises » termine l’auteur. Depuis le temps que nous écrivons que la complaisance vis-à-vis de la Chine est suicidaire, un thème développé à l’envi par Maurice Allais (rendons à César…) cet avertissement est bien venu.  Mais aucune politique réelle ne se dégage de l’article.  L’auteur ne distingue pas les aspects monétaires et les aspects commerciaux, ce qui tient au structurel et ce qui ressort du politique, ce qui est mondial et ce qui est purement européen.

Ne regrettons rien. Voir des idées majeures cachées sous le tapis médiatique pendant des lustres remonter à la surface est une bonne chose, même si c’est de façon beaucoup trop partielle et sans influence pratique.  Il faut continuer le combat. Messieurs (et Mesdames) du Monde, il faut accepter d’aller beaucoup plus loin dans les « idées ».

Les autres articles qui ont pour but de contrebalancer ce début d’aggiornamento sont totalement nuls. Une « chercheuse senior de l’institut Jacques Delors » débite les analyses convenues et parfaitement hypocrites de l’européisme militant. Plus de banalités on ne peut pas imaginer. « Il faut promouvoir l’Euro sur les marchés » et « bâtir des coalitions plurilatérales pour développer des règles commerciales internationales en matière de développement durable ». L’Euro va verdir la planète. Pourquoi et comment, cela on ne le dit pas.

Un « professeur émérite d’économie » se signale par un article indigent sur le « retour » du mercantilisme alors que les excédents majeurs, manifestation majeure du mercantilisme, se sont développés depuis 1971 !  Cinquante ans de retard. L’université française se porte presqu’aussi bien que le pense Alain Minc. En fait l’auteur fait du journalisme bétassin et n’apporte rien au débat. Quant au petit Mariolle qui « décrypte » la situation avec la théorie des jeux, pour conclure que « les deux camps semblent s’interroger sur les intentions véritables de l’autres », on sent qu’il a fait réellement progresser la question à pas de géant.

Au total : peut mieux faire ! Tout cela est bien timide.

L’appel d’Alain Minc à un sursaut de la réflexion économique

Pour nous qui contestons depuis plus de 20 ans, dans la foulée de Jacques Rueff et de Maurice Allais, le faux système qui s’est mis en place sur les ruines des accords de Bretton Woods, l’effondrement des justifications vaseuses qui s’étaient imposées, par soumission aux Américains et à la finance internationale, est un évènement plein de charme mais qui laisse parfois pantois, tant les retournements d’opinion peuvent être radicaux.

L’appel d’Alain Minc à un sursaut de la réflexion économique fait partie de ces évènements médiatiques qui révèlent la profondeur du malaise.

Il aura suffi que Donald Trump s’ébroue comme un éléphant hystérique dans un magasin de porcelaine et finisse par casser pas mal de belles pièces, pour que les promoteurs de la mondialisation heureuse découvrent soudain que la vision généralement admise ne correspond à aucune réalité.

Alain Minc écrit : « Nos certitudes sur l’économie s’effondrent et on cherche un Keynes ou un Friedman ».

Nous avons pour Keynes comme pour Friedman la plus grande admiration. Ils ont, l’un et l’autre, connu le plus grand malheur qui soit : la naissance d’une vulgate tirée de leurs idées qui a précipité le monde dans des affres pires que les situations qu’ils pensaient corriger.

Le keynésianisme est mort avec le gouvernement Wilson et l’effondrement économique du Royaume-Uni des années 70. Les keynésiens affichés aujourd’hui ne sont plus que des thuriféraires socialistes de la dépense publique à tout crin. Keynes est le masque mort derrière lequel se cache un socialisme qui n’ose même plus s’afficher sous son nom. L’incompatibilité de toute politique de relance par la dépense publique en régime de changes flottants était évidente dès la relance Giscard-Chirac de 1975. L’échec a été patent en quelques mois. Finalement on a appelé Raymond Barre. 

Milton Friedman a connu la même descente aux enfers. Dès la fin des années 70, la banque centrale américaine avait laissé tomber ses bons conseils. Tous les avantages théoriques des changes flottants qu’on avait été heureux de trouver pour justifier rétroactivement la décision américaine de mettre fin aux accords de Bretton Woods, se sont révélés controuvés. Malheur à qui y avait cru ! La crise dite faussement des « pays émergents », à la fin des années 90, qui était une crise endogène des changes flottants, avait marqué la fin des illusions pour qui voulait bien regarder objectivement les faits.

Le journal Le Monde où Alain Minc avait son rôle, a été très ambigu avec Maurice Allais, publié mais ravalé quasiment au rôle de vieux gâteux fascisant, alors que tout ce qu’il a écrit s’est révélé exact. A partir de ce moment-là, les économistes officiels, déjà travaillés par les conflits politiques, se sont contentés de servir une vulgate ou une autre sans jamais se préoccuper des réalités. Alain Minc parle de « l’incroyable segmentation de la réflexion économique en microsujets » qui « tue toute tentative de réflexion globale ». Si seuls les marchés et la microéconomie comptaient, alors la macroéconomie était suspecte. Certains sont allés jusqu’à dire « qu’elle n’existait pas ». La microéconomie est par nature une segmentation en microsujets.

L’article d’Alain Minc s’ajoute à tous ceux qui constatent enfin que les banques centrales n’ont pas d’action directe sur l’inflation et l’emploi. Nous avons, depuis 20 ans, expliqué publiquement leur impuissance structurelle et dénoncé la farce qui consiste à leur donner comme mission un niveau d’inflation et qui laisse croire qu’elles peuvent agir durablement contre les crises. « Les banques centrales sont comme les psychanalystes uniquement capables de guérir les maux qu’elles ont elles-mêmes créés. » Nous avons écrit cette phrase sur le forum du Monde en 1998 pou 99 ! Mais la vulgate américaine qui s’était imposé après 1971 prétendait le contraire et l’Eurosystème était fondé sur cette croyance. Alors chuttt !!!!!!!

Le lien entre création monétaire et inflation est cassé depuis longtemps. Toute la création monétaire va dans la spéculation et dans des bulles financières depuis la moitié des années 70 ! C’est bien que l’on commence à s’en apercevoir. Le système des changes flottants a permis des relations économiques totalement déséquilibrées notamment avec la Chine qui a pu s’approprier le travail occidental contre de la monnaie. La pression à la baisse sur les salaires a été gigantesque et le demeure. On a donc une énorme liquidité mais des salaires contraints. L’évidence est manifeste depuis au moins la moitié des années 80.

Le plein emploi dépend du cycle et n’est atteint qu’en phase finale comme en 1999 ou maintenant. Dans les pays occidentaux, il est surtout dû à la réduction de la croissance de la population active, insuffisamment compensée par à une immigration de faible capacité technique mais qui bloque la hausse des salaires des petits boulots. En France la surfiscalité a aussi ajouté ses méfaits. Les questions démographiques sont taboues en France et Alain Minc pourrait aussi appeler au débat dans ce domaine.  Le résultat : en France, les entreprises ont du mal à recruter comme si on avait atteint le plein emploi… quand il y a plusieurs millions de chômeurs ! Et le salaire moyen grimpe plus vite que ce qu’exigeraient nos déficits extérieurs.

Alain Minc évoque le mantra de la digitalisation qui interdit l’emploi. S’il n’y a pas de productivité, ce n’est pas à cause de la numérisation de l’économie qui perdure depuis soixante ans, c’est l’effet des crises successives, de la baisse du PIB provoquée par la dernière, et du détournement de l’épargne non pas vers l’investissement mais la spéculation ou la dépense publique. Rappelons que l’emploi public a une très faible productivité qu’il est difficile d’augmenter. L’avantage de la mise en cause de la « digitalisation » (autrefois : de l’informatisation) c’est qu’elle évite de se poser des questions sur la vraie cause du drame : l’introduction des changes flottants et les possibilités phénoménales de spéculation intenables qu’ils ont engendrées.

Alain Minc condamne les économistes officiels qui « ne pensent pas ». Clin d’œil : il s’est imposé à la télévision puis dans tous les médias en étant présenté comme « économiste ». Il a beau jeu de critiquer un monde d’économistes « segmentés » (nous disons pusillanimes). Oui, penser et surtout panser l’économie est une urgence. Elle l’est depuis près de 50 ans.  

Tout cela est évident pour quiconque se décide à regarder les faits sans passion autre que celle de la vérité. Dès la crise de 1992-93, la messe était dite.

La seule solution à court-terme est de faire le constat que le non-système mis en place à la Jamaïque en 1976 est mort et qu’il n’y a pas d’autres solutions que de revenir à un système de changes fixes, de la responsabilité des Etats, avec un contrôle effectif du FMI. Les grands déficits et les grands excédents doivent être bannis comme doivent l’être les politiques de relances irresponsables.

Un système mondial de compensation doit se substituer à l’étalon dollar. Les banques centrales doivent être réintégrées dans un jeu de pouvoir à l’ancienne où elles sont au service de la stabilité des changes et de la croissance. Il faut mettre évidemment fin à l’expérience des taux d’intérêt négatifs.

Rappelons qu’il n’y a pas eu de récessions graves pendant les Trente Glorieuses.  Et que nous en avons subi six depuis l’instauration des changes flottants (et, nouveau clin d’œil,  l’arrivée d’Alain Minc dans les médias). Au lieu d’attendre la prochaine comme on le fait depuis trois ans en la déclarant imminente, réformons le système monétaire international.

Les autres enjeux majeurs, écologiques, démocratiques, démographiques, pourront être traités alors dans de meilleures conditions.

L’urgence mondiale actuelle est une urgence monétaire.

« Le désert intellectuel est angoissant car sans précédent dans l’histoire » conclut Alain Minc qui appelle l’Etat à faire « ce qu’il faut pour stimuler le débat ».  En 1998, nous avions proposé que l’état français reprenne la pratique des grands prix honorant la réponse à une question fondamentale. Nous avons aussi, à la même date, proposé que le prix Nobel ne récompense plus une carrière plus ou moins notable, mais offre son prix à la meilleure réponse à une question économique clé. L’appel de Minc est un peu tardif mais bienvenu.

Ce ne sont jamais les économistes qui ont fait bouger les lignes. L’œuvre de Keynes n’a servi à rien dans les années trente et il a été largement désavoué à Bretton Woods. Ce sont les vainqueurs militaires qui ont fait bouger l’organisation mondiale. Le premier grand plan de refonte du système monétaire international date de juin 1940. Il était nazi. Le second est dû à la volonté américaine de Roosevelt qui instaure un nouvel ordre mondial après la victoire.  Les Américains s’en sont débarrassé dès qu’ils ont jugé que la contrainte qu’ils avaient accepté leur portait préjudice. Le recours à Milton Friedman est une post légitimation erronée. La vulgate nouvelle donnait une vague caution à un non-système indéfendable qui a montré ses effets délétères quasi immédiatement. La puissance américaine et celle de sa finance ont interdit toute remise en cause. La leçon des crises mondiales à répétition et en aggravation croissante n’a jamais été tirée. Par soumission.

Malheur à qui l’aurait fait ! Les journaux dont le Monde, où Alain Minc avait tout de même son rôle, ont éliminé tous les articles qui ne cautionnaient pas la vulgate dominante sur les changes flottants. La question des dysfonctionnements de l’Euro y est devenue taboue. Une sorte de politiquement correct économique et monétaire s’est installé, défendu avec acharnement, qui postulait, paradoxalement en même temps, et la modernité heureuse des changes flottants et la bonté de la monnaie unique.

Aujourd’hui ces « certitudes » volent en éclat. Mais les questions monétaires restent hors sujet. Alors qu’elles sont au cœur du sujet. L’article d’Alain Minc n’en dit pas un mot. Il est tellement plus simple de mettre en cause la digitalisation et l’intelligence artificielle. Là se trouve la pusillanimité. Cher Alain Minc, ce n’est pas la théorie économique qui précède l’action. Roosevelt a trouvé dans Keynes une justification tardive à sa politique volontaire mais hasardeuse. Les Etats-Unis ont trouvé dans Milton Friedman la caution d’une politique désastreuse qu’ils avaient mise en œuvre à partir de l’été 1971 sans se préoccuper de rien d’autre que leurs objectifs politiques et diplomatiques.

L’acceptation de l’urgence monétaire comme primat de la réflexion économique et donc aussi bien de la réforme du système monétaire international que de celle de la réforme de l’Eurosystème, est le vrai effort que doivent s’imposer les hommes d’influence.

Mais c’est dur et dangereux. Il est aujourd’hui interdit par le politiquement correct journalistique et politique de remettre en cause l’Euro tel qu’il est organisé. Alain Minc, y êtes-vous prêt ? Il est toujours interdit de mettre en cause les changes flottants. Alain Minc, y êtes-vous prêt ?

Il y a quelques temps, nous avons envoyé à l’excellente Marie Charrel qui est devenue, semble-t-il, la spécialiste des questions monétaires au Monde, le texte d’une libre opinion sur ce sujet, avec un exemplaire de notre livre. Nous avons fait de même avec J. P. Robin, au Figaro, qui est ce qui se fait de mieux actuellement comme journaliste économique avec Pierre-Antoine Delhommais, au Point.  Sans aucun effet, ni réaction. La presse française préfère répercuter les écrits des sommités économiques et financières américaines fussent-elles les plus impliquées dans les désastres successifs de l’économie mondiale comme Larry Summers. Parfois elle a même totalement sous-traité sa réflexion économique qui à FT, qui au NYT. Comme la chanson, à l’Eurovision, l’économie médiatique parle anglais.

Nous n’en sommes pas choqués. Le barrage intellectuel dure en France depuis que la gauche mitterrandienne s’est convertie à la spéculation financière. Mais tant que les grands médias et les hommes de pouvoir considèreront que seuls comptent les desiderata et les analyses viciées et autocentrées des économistes et commentateurs américains, il sera un peu ridicule de mettre en cause les économistes français.  

Cher Alain Minc, encore un effort !  Oui au débat. Oui à l’agitation des petites cellules grises. Mais un débat sans blocage, notamment dans le domaine monétaire.

L’urgence est monétaire.  Et il suffit d’avoir suivi les travaux du G7 de ce WE pour comprendre que rien n’a bougé sur ces questions fondamentales, sinon qu’on a pris acte que les banques centrales devenaient impuissantes…  Et qu’on ne savait plus trop où on allait. Quant à l’Eurosystème, M. Trichet dans le Journal du Dimanche du même WE, a rappelé qu’il était hors débat et adoré des foules !

La grande réflexion est bien partie.

 

Didier Dufau pour les Cercle des « économistes e-toile »

Greta Thunberg : l'interview fondamentale.

Nous rappelons ici l’interview fondamentale du Professeur Folleco par Greta Thunberg avant son équipée atlantique.

GT : Merci, Professeur Folleco, de bien vouloir répondre à toutes les questions que la jeunesse mondiale se pose, en dépit de votre emploi du temps très serré ces temps-ci. Peut-être pourriez-vous vous présenter à nos jeunes amis et nous dire le rôle du GIEC que vous présidez.  

PF : Merci de m’interroger. Je suis diplômé d’économie de l’université de Milan, de philosophie à la Sorbonne et Professeur Emérite à l’Université d’ethnographie rétro-active d’Adélaïde. Je précise que j’ai été aussi, un temps, premier couteau à l’hôtel de Paris, à Monaco dans l’équipe de Ducasse. La cuisine est le lieu où se fait la synthèse la plus aboutie de la philosophie, de l’économie et de l’ethnographie.  Le GIEC est le Groupement international d’études des contradictions auprès de l’ONU et il a pour but de conseiller les Nations-Unies afin qu’elles évitent de se piéger dans des contradictions insurmontables. Et nous sommes dans un temps de contradictions.

GT : Très intéressant. Pourriez-vous nous dire sur quelles contradictions vous travaillez en ce moment ?

DF : Surtout sur les contradictions entre économie et écologie qui se sont multipliées ces temps-ci.

GT : Par exemple ?

DF : Nous avons été alertés par le grand nombre de suicides de paysans en France. C’est un sujet qui a beaucoup fait pleurer sur les télévisions d’info permanente. En même temps on veut arrêter tout élevage pour des raisons déconologiques parce que les vaches pètent et multiplient le gaz à effet de serre, tout en créant une prédation forte sur les ressources naturelles.  Nous pouvons donc estimer qu’il y aura une flambée de nouveaux suicides de paysans-éleveurs.  Ceci met la terre sous tension, car, si on brûle les corps on accélère la production de gaz à effet de serre, et si on les enterre, on stérilise des terres qui devraient avoir un meilleur usage.

GT : Oh la vache !

DF : Comme vous dites. La contradiction est sérieuse.

GT : Et vous avez trouvé une solution ?

DF : La Sorbonne nous a d’abord confié un mémoire qui reprenant les thèses de 128 chercheurs philosophes associés qui ont déclaré au Monde que l’homme devait baisser la tête devant la nature, et que la terre méritait une autre humanité. De même un homme est d’abord un être social qui doit sa vie pour la communauté. La condamnation de l’individualisme entrepreneurial est obligatoire, même lorsqu’il s’agit d’exploitation agricole familiale.

GT : Ils acceptaient la mort des paysans ?  

DF : Oui. Et la recommandaient comme expiation. Nous avons été plus loin. L’Université de Milan a d’abord fait des recherches sur les Carthaginois qui, en cas de difficulté avec la nature, offraient au dieu Baal des sacrifices humains. Les nobles locaux offraient leur fille au brasier et en retiraient moult honneurs. Mais nous avons refusé la solution du feu qui produit des effets de serre.

GT : Vous avez pu trouver une autre solution ?

DF : Heureusement oui. Les experts d’Adélaïde sont particulièrement au courant des pratiques ancestrales des tribus des îles du Pacifique lorsque la démographie entrait en conflit avec la nature.  Comme vous le savez, nous condamnons aujourd’hui notre société contemporaine et glorifions à juste titre les sociétés que nous n’appelons plus archaïques mais probiotiques, car en faveur de la vie naturelle. C’est un étudiant japonais qui a trouvé la solution.

GT : C’est très encourageant.

DF : Oui. Ces sociétés avaient compris bien avant nous que la solution était l‘anthropophagie. On se faisait une petite guerre entre tribus et on mangeait les personnes en excédent. Cela réglait d’un seul coup le problème alimentaire des survivants tout en réduisant la pression démographique dans la durée.  Mon expérience chez Ducasse m’a fait retenir cette solution très ancrée dans le militantisme végan actuel.

GT : Donc les paysans français suicidés seraient mangés ?

PF : Oui. On règle le problème écologique de l’élimination de leurs corps, tout en évitant le suicide des bouchers et donnant des protéines animales aux maniaques, le temps qu’ils se désintoxiquent.

GT : Très astucieux. Mais a-t-on calculé l’impact sur la montée de la température ? L’autre giec est fort en calculs. Qu’est-ce qu’ils donnent ?

PF : Naturellement, ce giec a fait des calculs. On sait que toutes les mesures qu’ils proposent sont de nature à faire gagner à la terre 1 centième de degré d’ici 2050 (avec une marge d’erreur de 400%, comme d’habitude). Ce qui justifie bien de mettre l’économie mondiale par terre.  Celle que nous proposons permettrait de gagner un millionième de degré de plus, donc de moins. Enfin, Vous me suivez !

GT : Très bien ! Mais n’est-ce pas toujours aussi ridicule comme gain. Je milite pour de vraies mesures et ce n’est pas l’économie qui doit nous arrêter d’arrêter l’économie.

DF : Vous avez raison. Nous avons étudié une extension de notre solution qui aurait un réel effet.

GT : Vous me rassurez. Laquelle ?

DF :  La démographie est la clé. Malheureusement cinquante pays seulement sont en régression démographique et la natalité flambe ailleurs. C’est là qu’il faut agir. Si les 900 millions de citoyens des pays du G7, démographiquement déclinants, consommaient chacun un enfant africain par an, nous atteindrions des résultats bien plus convaincants.  On peut ajuster les paramètres :  prévoir une consommation de deux ou trois par an. Ouvrir toutes les femmes à la consommation, etc.

GT : Ce qui m’importe est de vraiment sauver la planète. Est-ce que les statisticiens du giec ont pu affiner vos calculs ?

DF : Oui. Maintenir cette politique pendant 5 ans nous permettrait d’agir presqu’immédiatement sur la température, à hauteur d’un degré, mais à condition de ne pas faire cuire la population mangée. Le professeur Levy-Chopin, dans son ouvrage culte, Tristessses Africaines, a prouvé que le cru devait l'emporter sur le cuit. Ethnographie et statistiques sont d’accord.

GT : Ne trouvez pas que la solution est un peu inégalitaire. Le nord devrait faire plus d’efforts, non ?

DF : Vous avez raison. Ces pays vieillissent trop et cette accumulation de vieillards devient insupportable. Les reportages sur les EHPAD en France sont très convaincants.

GT : Vous voulez qu’on mange nos vieux ? Ils ont fauté, c’est vrai, mais il n’y rien à manger de bon là-dedans !

DF : Encore une fois, chère Greta vous avez totalement raison. C’est pour cela que nous songeons à régler un autre problème écologique : celui de la recréation de la diversité. Nous proposons de déverser ces vieux dans les réserves africaines où ils permettront à la faune de se reconstituer facilement et en quelques années. La bio diversité d’après nos études reprendra à une vitesse surprenante.Et on  pourra ne plus compter sur l'ensemencement de la Méditerrannée par les naufrages de migrants.

GT : Très impressionnant ! Dites, j’ai moi-même un petit problème de contradiction : mon bateau pour les Amériques a une quille en uranium appauvri. Vous sauriez quoi faire ?

DF : Facile : nous avons une bonne centaine de tonnes d'archives sur les contradictions entre écologie et économie. Vous les mettrez sous le bateau et vous ne craindrez plus aucune vague.

GT : Merci le GIEC ! Vous avez réponse à tout.  Vous m’avez convaincu. J’allais à New York pour ranimeer la flame écologique et pour faire éteindre la flemme de la statue de la liberté qui contribue tellement à la hausse des effets de serre. A mon retour je propose qu’on me mange. Comme j’ai flingué mes études, mon avenir professionnel est médiocre.  Je ne me vois pas comme femme au foyer. Au foyer ! Vous vous rendez-compte ! Comme toujours, je vais donner de ma personne.  Mes amitiés à M. Ducasse. Je me suis habituée au meilleur en matière de communication !

DF : Je le saluerais et veillerais à ce qu’il soit à la découpe. Je salue votre abnégation avant de me régaler.  Pour une fois vous serez crue. Mangez-bien et sucré pendant la traversée !  

Un spectacle rare : l’explosion en plein vol d’une idée dominante trompeuse et abusive

Le martyre des inconditionnels de la politique américaine

Nous vivons une période intéressante. Pour les astronomes, l’explosion d’une supernova a toujours été une expérience excitante. Pour une économiste, l’explosion radicale d’une idée dominante, que l’on conteste est un spectacle à la fois réjouissant. Mais aussi  consternant : il était si clair que tout cela n’était pas durable.

Les « Trente Glorieuses » n’ont pas été le fruit du hasard. Elles ont été construites. Puis détruites. Cette destruction n’a pas été l’effet d’un mouvement de doctrine. Ce n’est pas une profonde réflexion économique partagée qui a conduit à changer la pensée et les pratiques, mais simplement un mouvement de mauvaise humeur des Américains qui avaient décidé d’utiliser leur monnaie et leur puissance à d’autres fins que la prospérité générale.

L’idéologie qui avait mené à l’organisation de Bretton Woods était le fruit d’une précédente révolution idéologique : l’étalon or et la passivité des états en cas de crise n’étaient simplement plus possibles après la guerre de 14 et la crise de 29.  La monnaie n’étant plus fondée sur un étalon en métal précieux, il fallait trouver un moyen de réguler les échanges avec des monnaies administratives nationales multipliable pratiquement à l’infini sans frais.

Une nouvelle idée dominante a été forgée à Bretton Woods en juillet 1944 qui voulait que les échanges internationaux fussent bénéfiques si et seulement si les échanges étaient équilibrés et tant que les Etats évitaient de se faire la guerre avec des dévaluation ou des restrictions artificielles (taxes, réglementations, contingentements) des échanges. Le rôle des Etats était pris en compte : ils devaient s’abstenir de pratiques contreproductives, mais on les imaginait capable de réguler globalement l’économie pour éviter ce déficits et excédents dommageables. Pour mettre tout le monde d’accord, on a créé le FMI, destiné à prévenir les attitudes à risques et à corriger les erreurs résultantes au mieux de l’intérêt de tous. Et nous eûmes les Trente Glorieuses. Bravo !

Lorsque les Etats-Unis en juillet 71 ont fait sauter les accords de Bretton Woods et plus encore lorsque les accords de la Jamaïque, à Kingston, ont été signés, il n’y avait pas d’idéologie sous-jacente, seulement la matraque du maître.  Comme personne ne se plait à jouer les valets de façon trop ouverte, on a bricolé une nouvelle vulgate, pour donner un semblant de rationalité à ce qui n’était qu’une voie de fait et un ensemble de soumissions.

L’idée dominante s’est construite doucement, en s’appuyant globalement sur les théories de l’école libérale autrichienne, qui par réaction au socialisme interventionniste qui avait dominé l’après-guerre, prônait la liberté des marchés et plus concrètement sur les théories de Milton Friedman, seul défenseur un peu élaboré des changes flottants à cette époque.  L’Etat était l’ennemi qui gâchait tout. Il fallait le museler. La finance serait le fait des marchés les plus libres et ouverts possibles et pour ce qui est des banques, ce sont les banques centrales, indépendantes qui réguleraient le marché. 

En soi, détruire la vulgate keynésienne, que Keynes aurait condamné, qui veut qu’on augmente en permanence la dépense publique tout en contraignant les forces productives par la réglementation, la justice et les syndicats, ne posait pas de problème. On a vu le Royaume-Uni s’effondrer littéralement sous Wilson, ce qui a entraîné la très nécessaire réaction thatchérienne qui a remis le pays dans le sens de la croissance.   Milton Friedman est un auteur prodigieusement intéressant et un de ceux qui connaissent vraiment bien les questions monétaires. Comme Keynes est un penseur économique de premier rang.  L’ennui est qu’ils ont donné des arguments à des margoulins politiques qui se sont attribués leur réflexion pour mener des politiques désastreuses.

Le Miltonisme s’est effondré pratiquement en même temps que le keynésianisme.  La FED, après avoir tenté de suivre les idées de Milton Friedman les a abandonnées radicalement. Dès la crise de 92-93, on savait que les avantages théoriques du système des changes flottants étaient illusoires. Les ajustements n’étaient pas progressifs mais très brutaux. Il fallait plus de réserve pour éponger les à -coups. Les soldes n’étaient jamais épongés et les déséquilibres croissants. Les changes flottants, ce ne marche pas. Plus graves, ils créent des crises endogènes.

Mais tous les messages et avertissements envoyés par les économistes clairvoyants comme Rueff ou Allais ont été mis sous le boisseau ou ridiculisés.  C’est la force d’une vulgate : elle élimine tout ce qui la contrarie. Ce qui fait que l’effondrement régulier de la croissance depuis 1971, la montée massive des dettes, la survenue de récessions de plus en plus graves n’ont pas joué leur rôle pédagogique.

On a fait semblant de croire à des tas de sottises et de faux semblants pendant des années. Jusqu’à l’énormité de la crise de 2008 et désormais le changement de stratégie des Etats-Unis. Ils ont balayé tout ce fatras qui apparait pour ce qu’il est : un sac à vent rempli d’approximations plus ou moins intéressées répétées ad libitum par des perroquets.

Sous les choc des tweets de Donald Trump, les suiveurs inconditionnels des Etats-Unis commencent à changer de musique, pendant que d’autres tiennent à conserver leur dignité en lâchant la vulgate qu’ils promouvaient inlassablement mais petits pas par petits pas. Tout dans tout, la dépouille de la vulgate commence à faire tâche sur le sol ensanglanté des guerres trumpiennes. La lecture des journaux, notamment FT et The Economist, les deux vecteurs principaux de la vulgate, devient assez cocasse.

Quels sont les vaticinations les plus significatives ?

Une première option est de faire semblant de croire que les accords de Bretton Woods sont encore opérationnels et menacés par Trump.  

Martin WolF s’est ainsi lancé dans une longue défense du système actuel, en le présentant comme une continuité positive de 1944 à nos jours. L’artifice est un peu gros : la période est coupée en deux : 27 ans de croissance exceptionnelle, sans crise et depuis 71 une baisse continue de la croissance avec des crises d’intensité croissante jusqu’à l’explosion de 2008. Du coup on gomme tout ce qui est à réformer. Et on ne comprend rien à la réaction électorale populiste. Et en final on concède qu’il faut trouver un nouveau modèle.

Une autre optique est de valoriser l’esprit de Bretton Woods mais de dénoncer les grandes organisations Banque mondiale, OMC, FMI, comme sclérosées et à réformer. La vérité est simple : une organisation comme le FMI était là pour gérer des changes fixes et modifiables, sachant qu’on présumait que les Etats étaient capables de réguler ses flux commerciaux et financiers extérieurs.  Si les Etats sont hors-jeu et les banques centrales les seuls acteurs publics tolérés, le FMI n’a plus de sens. Il a perduré dans son être mais par la force de la bureaucratie. Il ne devient pas trop difficile d’alimenter moult articles qui expliquent que ces institutions antiques doivent être profondément réformées voire disparaître. Gilian Tett, la journaliste de FT qui écrit comme un cochon et tire de son stylo une bêtise plus vite que son ombre perd son temps à expliquer qu’il faut les supprimer et les replacer par … du « networking ». Il est vrai qu’aux Etats-Unis la Chambre de Commerce pense que le FMI empêche le business et le dit ouvertement.  Alors pourquoi pas de réseautage.

Contradiction, les mêmes milieux économiques proches de Trump commencent à considérer que le libre-échange, cela commence à bien faire. « Ras de bol de faire du commerce avec des voyous et à notre détriment ». On dirait du Natacha Polony dans le texte évoquant le libre-échange. Inutile d’essayer d’expliquer que ce sont les échanges déséquilibrés qui posent problèmes pas le libre-échange lui-même. La coopération et le libre-échange, à la poubelle ! Sauvons nos classes moyennes martyrisées !

Les mêmes qui vous expliquaient que les Etats n’étaient plus à même de contrôler leurs changes et que cette activité était vaine car impossible, vous expliquent que la Chine manipule sa monnaie et depuis toujours. Donc, on peut ! Et longtemps !

Les mêmes qui vous expliquaient que les banques centrales pouvaient gérer l’inflation, vous expliquent maintenant qu’elles s’avèrent incapable de revenir vers l’objectif de 2%. On ressort les constats de l’économiste américain Lucas, il y a 60 ans, qui avait déjà constaté l’impuissance des seules banques centrales face à l’inflation.  

On demande à la FED de faire baisser le dollar alors qu’on cinq minutes avant on nous expliquait que les énormes masses financières en jeu rendaient l’opération impossible et que seuls les changes flottants permettaient les ajustements.

Et les Trésors Publics ? Ils ne peuvent rien les malheureux, ou tout, c’est selon. Evidemment la politique monétaire est partout gérée par l’Etat, sauf en Europe où les différents journalistes qui se sont penché sur la question ont des vues différentes.  C’est la BCE qui gère dit l’un. Mais de facto car c’est contre ses statuts, dit l’autre. Pas du tout, dit un troisième, elle gère l’inflation (inexistante). Aucun n’a l’air de savoir que c’est l’Eurogroupe, en tant que collectif qui doit mener au jour une politique monétaire en se réunissant tous les sixièmes jeudis du mois. En cas de guerre des monnaies, c’est peut-être un peu embêtant, non ? On fait quelque chose ? Ben, non. Il faudrait changer les traités. Et c’est long. La guerre aura déjà été perdue depuis longtemps.

Trump aura ainsi fait voler en éclats en quelques tweets une vulgate intellectuellement controuvée factuellement décalée et même, concrètement, désastreuse, qui avait été créée par les suivistes de la politique américaine pour justifier la destruction des accords de Bretton Woods. 

Les esprits espiègles ne peuvent que constater que si toute variation de change dommageable est le fruit d’une mauvaise action et non pas un heureux ajustement du marché, il vaut mieux retrouver un système de changes fixes et surveillés, avec consensus préalables pour les ajustements !

Les esprits s’échauffent aussi vite que la planète et pour le lecteur, les contradictions sont devenues telles dans le domaine économique qu’il en est réduit à penser qu’il n’y a pas de sciences économiques, seulement des guignols et des Etats irresponsables et en conflit ouvert.

Il serait plus simple que tout le monde comprenne que les changes flottants ont conduit d’abord à la contraction de la croissance puis à une crise sévère et à la stagnation générale, puis à l’exaspération des tensions, puis à la guerre commerciale et maintenant à la guerre des monnaies.

Entre le constat qu’on ne pourrait pas revenir à l’étalon or et la création d’une nouvelle organisation monétaire internationale, il a fallu deux guerres et 20 ans. Espérons que nous saurons aller plus vite.

Pour notre part, cela fait plus de 20 ans que nous expliquons avec une constance digne d’une meilleure écoute que ce que nous voyons aujourd’hui est le résultat obligé des concepts illusoires et des faux-semblants mis en place après le coup de force de 1971.

En vérité si le diagnostic se cristallise, tout peut aller très vite. On sait ce qu’il faut faire. J Notre association offre La Monnaie du Diable 1919-2019 à tout dirigeant en manque de solutions qui s’intéresserait à la question !

Didier Dufau, pour le cercle des « économistes e-toile ».

Craquements

Quelques livres qui mettent le doigt là où il faut

Il est frappant de voir à quel point les essais produits ces derniers mois se concentrent sur trois sujets interconnectés : La captation du pouvoir en France par la haute administration, le blocage presque absolu du débat par la presse, notamment la TNT et les chaînes publiques, l’asphyxie de la pensée par le « politiquement correct ».

La France étouffe dans un corset de fer. Les vraies questions ne sont jamais débattues. Toute question qui n’entre pas dans la construction morale médiatique provoque aussitôt une hystérisation délétère. Des pans entiers de la réalité n’existent pas, puisque le "devoir" est de ne pas les montrer et d'éviter de les commenter sinon pour dénoncer ceux qui les montrent. Ne pas stigmatiser, sauf les mauvais pensants ! Le "mur des cons" est affiché tous les jours dans les medias. La papa qui dénonce les criminels qui ont tué son enfant et réclamme la peine de mort ezst un "con", un empêcheur du vivre ensemble, surtout si le tueurs est africain.

Depuis le temps que nous dénonçons l’Énarchie Compassionnelle, ses manœuvres, ses œuvres et ses résultats catastrophiques, nous ne pouvons que nous féliciter d’une prise de conscience plus générale. Après tout ce blog a été créé pour faire valoir des informations et commenter des réalités qui étaient systématiquement passées sous silence dans la presse, ou qui y étaient condamnées a priori,  malgré leur justesse.

Nous avons notamment commencé à entrer dans le débat public lors du massacre par la presse du dernier livre prémonitoire de Maurice Allais qui annonçait que « ce qui doit arriver arrive » et qu’une grande crise de type 1 929 était sur le point d’advenir. Il mettait en avant trois réalités fondamentales : le système monétaire international provoquait des gonflements spéculatifs intenables qui finiraient par exploser. La dérégulation de la création bancaire ex nihilo attiserait les feux. Mettre en concurrence directe les travailleurs français et ceux des pays émergents, comme la Chine, provoquerait une régression des salaires réels. Il s’était heurté aux moqueries de la presse, « parce qu’il faisait le jeu du Front national », parce qu’il critiquait l’Union Européenne, parce que la question des changes flottants était un tabou dont il ne fallait pas parler (on n’allait tout de même pas revenir à l’étalon or, tout de même !).

Vingt ans après les déséquilibres liés aux changes flottants sont l’occasion sont la base des querelles menées par Donald Trump, la crise sociale liée à la stagnation des salaires ouvriers met dehors les Gilets Jaunes, et la crise a été d’une gravité si exceptionnelle que malgré des mesures jamais vues on ne parvient pas à en sortir. Bravo Monsieur Allais ! Et on nous dit que tout était imprévisible et que des cygnes noirs se baladaient dans le firmament. Bêtise quand tu nous tiens !

Un des journalistes qui, alors, au Monde, avait contribué à étouffer le message d’Allais était Laurent Mauduit. Un article conforme à la ligne du journal et au packaging de l’information imposé se payait la tête de Maurice Allais et de moqueries en moqueries se terminait par un « nous voilà prévenu » qu’on imagine de circonstances dans un centre d’aliénés où un pensionnaire évoque l’apocalypse.

Paradoxalement le voilà qui écrit « La Caste » (Éditions de la Découverte) qui décrit et démonte la prise de pouvoir totale de la classe des hauts fonctionnaires sur tous les rouages de la nation. Nous avons nous-même tellement écrit sur la question, qu’on ne saurait trop recommander cette lecture qui donne une large partie de ce qu’il faut savoir sur la question. On passe un peu vite sur la création du Trésor en juillet 1940, vrai départ de l’Énarchie, même si l’ENA est créée, par les mêmes, immédiatement après la Libération. On s’étend beaucoup sur la période des dénationalisations qui démantèle les sottises du programme Commun. Mauduit est « de gauche » et entend colorer sa quête de son engagement socialiste. Alors il insiste plus sur les petits copains de Balladur que sur certaines icônes de gauche, petites ou grandes, qui ont servi ou pratiqué lacannibalisation du pouvoir par la haute fonction publique.

L’important est que ressorte un tableau complet de la prise de pouvoir des hauts fonctionnaires, non seulement sur l’État, mais surtout sur la politique, sur l'intégralité du système bancaire et plus généralement sur la finance, sur tout le parc des entreprises nationalisées, par contagion sur le CAC 40, sur la télévision, sur la presse, sur la culture… Il démontre très bien la malfaisance des pantouflages et surtout des rétros pantouflages qui tissent indéfiniment les liens entre ces secteurs et l’État, tout en permettant un enrichissement majeur et inespéré des plus intrigants. Le gouvernement Philippe est à cet égard tellement démonstratif qu’on regrette que certains noms ne soient pas cités. Le scandale de la rémunération de Mme Jouanno qui fait l’actualité du jour n’est rien quand on le compare à la trajectoire par exemple de Mme Parly, dite Parly 2, symbole de népotisme et d’enrichissement, baignant dans les honneurs. Entre autres !

L’auteur est faible sur la captation de la sphère politique par la haute fonction publique. Permettre aux fonctionnaires de décider de leur propre statut et de mener avec l’argent des citoyens leur propre politique conforme aux besoins de la fonction publique a conduit la France au poste de numéro 1 de la dépense publique et des impôts. Le détournement de la citoyenneté politique est descendu très bas, couvrant les régions, les grandes villes, les départements et même les mairies. L’Énarchie régente tout. Il suffit de voir la gestion Juppé à Bordeaux, où on a fait valser les dépenses sans la moindre vergogne. De même l’auteur omet tout un chapitre : la concession du pouvoir faite aux femmes d’énarques au nom de la parité. Le cas d’Hidalgo à Paris est tout de même plus que significatif. Si elle n’avait pas été la maîtresse de Hollande et l'épouse d’un énarque influent, est-ce qu’elle serait où elle est ? Il y a de nombreux autres cas du même genre. Jacques Chirac n’a pas été le dernier à essayer de promouvoir ses maîtresses.

La partie très faible du livre et peu convaincante concerne la prétendue idéologie néolibérale qui aurait saisi l’Énarchie, celle de droite comme celle de gauche, et qui expliquerait tout le désordre social actuel.

Ah ! Si on en était resté au Programme Commun ! Quand l’auteur explique sans rire que les énarques veulent réduire la dette et baisser les impôts, alors que leur gestion nous a conduits au sommet de la fiscalisation et de l’endettement, il fait passer son idéologie propre avant la réalité. On retrouve toutes les âneries des Insoumis à peine filtrées. Comme si l’Énarchie n’était coupable que parce qu’elle n’avait pas suivi un programme « vraiment socialiste ». Quand on nous explique que la dette s’est accumulée à cause des « baisses d’impôts » alors qu’on est au plus haut mondial, on atteint tout de même le sommet de la sottise idéologique intéressée. L’auteur s'inscrit dans une perspective anticapitaliste. L’auteur l’avoue dans la conclusion. L’Énarchie serait donc l’enfant du néocapitalisme ? Rappelons que la Nomenklatura est la fille du Socialisme réalisé. Si l’Énarchie a conquis ainsi tous les leviers de pouvoir administratif, politique, financier, économique, culturel, c’est au nom du droit des hauts fonctionnaires « compétents » d’arbitrer la société, tout arbitrage demandant la rémunération de l’arbitre et un déchaînement de dépenses, donc d’impôts.

Conservons de cet essai la partie descriptive des mœurs nouvelles de la haute fonction publique française. Une caste a bien phagocyté la nation et se trouve confrontée à la rébellion de ses sujets ! L’encagement de l’information provoque également une jacquerie, en passant par les réseaux sociaux.

La France a besoin d’air et de liberté. Elle crie « A mort l’arbitre » qui prétendait nous sauver et qui ne fait que paralyser nos vies par des taxes, des règles bureaucratiques et des contraintes, tout en gaspillant l’argent public en même temps qu’il restreint les services publics.

Si en plus l’Énarque en chef déshonore la fonction par des compromissions avec des drag-queens et des petites frappes, tout en arrosant de grosses rémunérations les amis et les amies, alors on obtient des « A mort Macron » qui nous ramènent au temps où les faveurs indues de la Régente à des petits malins provoquaient les mêmes réactions violentes de la population.

Pour compléter la lecture du livre de Laurent Mauduit, on ne peut que suggérer celle de « l’Âme Désarmée » de Allan Bloom (Les Belles Lettres), du « peuple contre la démocratie », de Yascha Mounk (L’observatoire) ou d’Ingrid Rocrieux « Les Marchands de nouvelles ».

Quand on met ensemble les dysfonctionnements du système de relations économiques internationales, les dysfonctionnements de la zone Euro, le détournement de démocratie par l’Énarchie, l’épuisement de l'âme par le politiquement correct, le blocage du débat par une presse qui vend une idée du monde faussée et interdit de voir les réalités, on a une bonne idée des difficultés où nous sommes plongés et une explication des craquements que l’on constate.

Grâce au Ciel la vie intellectuelle n’est pas tout à fait morte. Ces livres le prouvent.

Ce qui doit arriver arrive

Retour sur l'article "Plus cela change, plus c'est la même chose"

Alors que la France s'enfonce dans la révolte, il est intéressant de republier ce que nous écrivions il y a exactement un an. L'article : "plus cela change plus c'est la même chose" a été lu plus de 4.100 fois. Difficile de ne pas relier le diagnostic qu'il faisait de la réalité d'aujourd'hui.

- Il montrait que la pauverté s'étendait et que la hausse de la fiscalité et l'extension des mesures coercitives prises à la volée par les hauts fonctionnaires qui ont capté le poouvoir politique créait une situation inacceptable.

- Il insistait sur la question de la voiture et du logement, à la quelle les classes populaires et moyennes étaient attachées  étaient matraquées.

- Il dénonçait l'hystérie médiatique irresponsable qui avait été manifeste avec l'affaire Fillon et que l'on a retrouvé avec l'affaire Benalla puis la couverture inflammatoire des exactions depuis le début de l'affaire des Gilets Jaunes.

- Il notait que la vindicte contre "les riches" était la seule réponse aux interrogations qui remontaient du terrain.

- Il regrettait que les élections étaient vidées de tout sens.

Le train bureaucratique a continué sa route : 80khm/h, contraintes partout, privations de liberté caractérisée, hausse record des prélèvements, nouvelles privations de revenu pour les retraités, bavardages, échecs diploimatiques, la diplomatie étant réduite à un bavardage...

Ce qu'on pouvait craindre est arrivée, selon des modalités et à une date imprévue. La révolte des Gilets Jaunes, comme Trump, "facilite le diagnostic et complique la solution". Faire rentrer le dentifrice dans le tube n'est jamais facile. Croire qu'on va s'en sortir en hystérisant la révolte contrfe les riches est ridicule.  Evidemment, les révoltés n'ont pas de solutions, ni diagnostic de la situation. "Des sous Manu et qu'on arrête de nous emmerder". Tous les socialistes révolutionnaires sont à la manoeuvre pour exploiter "la révolte du peuple". Nos Lénine de sous- préfecture se voiuent aux portes du pouvoir. Ils n'(ont qu'un seul pouvoir : aggraver la situation.

Hélàs, comme disait maurice Allais, que personne n'a voulu entendre, "ce qui doit arriver arrive". La France, elle, sombre. Suicide d'un nation dominée par une classe énarchique  qui n'a rien vouolu entendre et qui a mis par terre sa prospérité, son identité, son rayonnement  et ses institutions démocratiques. Qu'on ne dise pas qu'on ne savait pas.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile

 

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PLUS CELA CHANGE, PLUS C'EST LA MEME CHOSE !

A un moment où une sorte d’extase s’empare des médias français, il est intéressant de se poser quelques questions sur l’état réel du pays.

On connaît le livre de Robert Escarpit, le Littératron,  Flammarion, 1964, chef d’œuvre méconnu de la littérature politique dont l’actualité ne saurait être trop soulignée.

Un ordinateur est gorgé des phrases que les Français adorent entendre. On choisit un individu à peu près débile et on le présente à une élection. Il se contente de débiter les phrases creuses recombinées par l’ordinateur. Il est élu haut la main.

Toute ressemblance avec la campagne d’Emmanuel Macron et le vote massif pour les inconnus de LREM ne saurait être qu'accidentelle.

L’ère des bons sentiments intéressés, la bienveillance obligatoire, le politiquement correct, le ressassement médiatique des mêmes slogans jusqu’à l’indigestion par des journalistes-perroquets, le resserrement de la richesse autour des obligés du pouvoir, la confiscation du dit-pouvoir par la noblesse étatique, ont pris une extension telle qu’il est presqu’interdit aujourd’hui de ne pas chanter les louanges du jeune Dieu qu’un destin heureux a mis à la tête de la France en le nimbant d’une vertu essentielle, la Baraka. En deux coups de serre cuillère et en un coup de Trump, il a restauré l’image de la France, enchanté l’Europe, réglé la question du Liban et recréé une dynamique économique basée sur l’optimisme et la confiance, en dépit des croassements des Insoumis déprimés par l’effondrement des mobilisations syndicales abusives et de quelques retraités grognons échaudés par la hausse massive de la CSG.  

Quelle est réalité de la situation, telle qu’on peut la voir quand on s’affranchit de considérations politiques, des transports psychologiques et des manipulations médiatiques ?

Elle est d’abord dans le ralliement presque total au « macronisme » de toute la communauté politique fermée des hauts fonctionnaires. Celui d’Alain Juppé, après celui de son protégé, Philippe, clôt la série. Symétriquement, la diabolisation de l’Enarque Wauquier, qui a le mauvais goût de ne pas se rallier, va bon train. La France vit l’acmé de l’Enarchie Compassionnelle.

Cela veut dire des impôts. En masse. 26% d’augmentation de la CSG, ce n’est pas un grignotement. Mais un coup de massue. Une hausse minimisée comme d’habitude en ne parlant que de la hausse des taux sans parler des montants globaux concernés. Regarder ma main droite : 1.7%. Ne regarder pas ma main gauche, encore des dizaines de milliards de prélèvements de plus.  Et dans les municipalités, privées des recettes de la taxe d’habitation du plus grand nombre ? Hausse de 2% dans beaucoup d’entre elles « pour compenser ». 2% ? Non, bien sûr ! Cela c’est l’augmentation du taux. Mais quel est le taux qui s'accroît ainsi : ah il était à 14% ? 2/14 = 14,28% d’augmentation. Pour ceux qui conserveront l’impôt. Merci pour eux. Pas un mot de protestation. Les retraités concernés n’ont droit qu’au silence. Ils ne sont pas représentés. « Ce sont des privilégiés qui se sont gavés tout en tuant la planète et en endettant leur progéniture», énoncera doctement sur les antennes une jeune sotte de LREM particulièrement inspirée.  Qu’ils ne se plaignent pas !

Cela veut dire du chômage. En masse. L’Insee a donné les chiffres. Ils sont malheureusement sans complaisance. Depuis l’élection de Mitterrand, la France a perdu 2.8 millions d’emplois dans le secteur marchand, principalement dans l’industrie. Et a recruté 2.7 millions de fonctionnaires sans productivité. Les hauts fonctionnaires qui dirigent la France ont fait face aux crises internationales et aux mesures prises par les socialistes élus par réaction à ces crises, les deux tares majeures de l’époque pour la France, en recrutant des fonctionnaires et en taxant. Dans la pratique les faits sont plus graves que cela. Compte tenu de l’augmentation de la population, le manque à gagner en termes d’emplois privés se situe quelque part entre 5 et 10 millions. Comment s’étonner que nous ayons 7 millions de pauvres et 5 millions de chômeurs ? Les chiffres publiés sur le chômage du troisième trimestre montrent …une augmentation. Quant aux prélèvements, ils atteindront un record en 2017 et égaleront le niveau de la valeur ajoutée du secteur marchand non financier. 100% de prélèvements ! Et ne parlons pas de la dette qui a encore augmenté massivement.

Pour faire passer la pilule on recourt aux mêmes astuces qu’en 2012 : l’injure et la mise en accusations des « riches ». Pas un instant de répit sur tous les médias. Il faut détacher l’infâme étiquette que la gauche tente de coller sur le dos du Président-gourou : Président des riches ! Vous vous rendez compte !  Macron fait du Hollande sans vergogne.  Mais sans injurier nominalement tel ou tel. Sacré progrès ! Alors qu’une des causes du Brexit est l’indignation du gouvernement anglais devant la prétention des instances judiciaires européennes de l’empêcher de supprimer les droits civiques aux condamnés aux plus lourdes peines, on voit des députés LREM, sortis tout droit du Littératron, variante 2017, proposer de supprimer les droits civiques des fraudeurs fiscaux.  C’est qu’il ne s’agit pas de voleurs de pommes, M’sieurs-dames, mais des plus grands délinquants de l’époque.  Qu’on se le dise et qu’on lise les Panama’s papers !  

De tous les bords, lors de la campagne, les candidats, tous les candidats,  y compris Emmanuel Macron, ont répété qu’ils avaient compris que les Français étaient accablés de normes, de règles, d’obligations ruineuses ou étouffantes. A peine élus, le discours change. L’isolation des appartements ne sera plus seulement encouragée mais imposée, car « les propriétaires n’ont pas à faire subir des frais de chauffage exorbitants aux locataires », comme l’affirme sur tous les antennes une ancienne socialiste ralliée à LREM et bien décidée à améliorer l’image sociale du chef.  Satané propriétaire, « tu vas voir ta gueule à la récrée ». Quant à la bagnole, ce symbole infect du beauf petit bourgeois, nécessairement petit bourgeois, acharné à défendre son surmoi mécanique, fini le diesel. « N’espère pas revendre la voiture que tu as mis tant de temps à t’acheter ».  Retour au prolback à vélo, gapette et pinces de pantalon incluses, pendant que les bobos qui le peuvent rouleront en voiture électrique coûteuse. « Les jeunes ne sont pas attachés à la propriété mais à l’usage ». Fini l’esprit de propriété bourgeoise. On va pouvoir fêter dignement les 50 ans de mai 68 ! Mais quelqu’un possède bien ce dont on fait usage et il n’entend pas y perdre…

Le nouveau mal français, aux Editions de l’observatoire, par Sophie Coignard et  Romain Gubert, fait le même constat.  Entre les observations de Peyrefitte d’il y a près de 50 ans, et la réalité d’aujourd’hui, il n’y a eu ni prise de conscience ni changement. Les exemples s’accumulent chapitre après chapitres.  Des livres déprimants de ce type, les divers éditeurs en ont produit des milliers depuis Giscard. Pour rien. Ils ne servent à rien. Les élus, une fois en place, veulent avoir la paix avec leurs subordonnés. Alors ils lâchent tout et n’importe quoi. Ne pas compromettre la réélection ! Incapables d’agir sur quoi que ce soit, ils multiplient les petits avantages.  Le Point de cette semaine faisait le recensement des avantages grotesques accordés par des municipalités à leurs salariés. On y travaille peu et pas souvent, tout en bénéficiant de mille petits avantages et de quelques gros privilèges.

La seule solution envisageable, pour un politicien français, c’est d’arracher aux propriétaires et aux riches les conditions de sa réélection. Vive l’impôt ! Si on essaie de revenir à la normale : on prend aux pauvres. Il faut dire qu’ils n’ont jamais été aussi nombreux. Pour le reste, rien ne compte. Plus rien ne marche en France. Tout le secteur public est à peu près effondré. Le j’menfoutisme est partout. Pas moyen d’espérer qu’un transport public fonctionne correctement. La banque est devenue un champ de ruines, pourri de formulaires et d’exactions contre le déposant.  Plus personne ne parvient à faire travailler correctement des salariés de plus en plus souvent étrangers, mal formés, sans éducation et rétifs. Les ascensoristes ne gèrent plus que des incidents. Les garagistes ne savent plus réparer les voitures. Les sociétés informatiques sont noyées sous les bogues. On vole et on agresse partout, généralement sans aucune sanction.  Les rues sont immondes. La compétence part à l’étranger. Une « décivilisation » s’est mise en place.

Et inlassablement le même cri retentit : « salauds de riches ; salauds de propriétaires ; vive l’impôt ; il faut savoir la société que l’on veut et nous voulons une antisociété ». La séquence budgétaire en France de septembre à décembre, est le moment à la fois le pire, tant l’espace médiatique est polluée par la propagande fiscaliste,  et le plus révélateur de ce que ce pays est devenu : un vagissement indigne, sur fond de déréliction économique désormais probablement irrattrapable. 

L’Enarchie Compassionnelle a ruiné le pays. Le triomphe de la manœuvre Macron lui permet de survivre en s’exaltant : jamais le pays n’est à ce point entre les mains des hauts fonctionnaires. Jamais la désinformation du grand public n’a été plus totale. Jamais la paralysie n’a été plus grande. Jamais les vrais problèmes n’ont été moins évoqués. Sous le joug des Enarques, la France « dénonce ses porcs » et accueille, les bras ouverts et la bouche close  les centaines de djihadistes de retour d’exactions et de crimes abjects en Syrie et en Irak.  Des victimes, parait-il ! Qui elles aussi dénoncent le porc.

L’Europe, à la suite du monde, connait une petite reprise. La France est incapable d’en profiter. Impossible de recruter malgré les millions de chômeurs. Impossible d’exporter. Et cela justifie de ne rien réformer sérieusement.  Alors les déficits se creuseront, alors que mécaniquement ils sont censés se réduire.

Pour finir, nous publions ci-dessous une photo qui résume parfaitement l’état de la France. Elle a été prise au musée Pompidou, dans le local des toilettes hommes. On y voit trois portes.  La première porte est celle qui donne accès aux toilettes des fonctionnaires, car en France, les fonctionnaires ont le droit à des toilettes spéciales, comme pour  les régimes de retraite.  Pas question de se mélanger, culotte baissée,  avec le vulgaire. Pas question d’attendre. La seconde porte concerne les handicapés. La compassion par les toilettes, il n’y a que cela de vrai. La troisième est destinée au vulgum (lotus) pecus. Mais les toilettes ne fonctionnent pas. Et cela fait plusieurs semaines que cela dure.  Et tout le monde s’en fout.

A quelle heure le musée Pompidou ouvre-t-il ses portes un samedi lors d’un grand Week-End où Paris est plein d’étrangers ?  A 11 heures. On suppose que l’on est en train de négocier 14 heures, avec une fermeture à 16 heures…

Rien ne presse. Si on ose dire. De toute façon, les musées se mettent en grève lors des périodes de pointes touristiques. Alors …

Ainsi va l’Enarchie Compassionnelle triomphante en France et ainsi meurt un grand pays.

Le « macronisme » sera-t-il une nouvelle perte de temps ?  L’automne 2017 en France ressemble un peu trop à l’automne 2012 pour qu’on ne s’inquiéte pas.  

« Plus cela change, plus c’est la même chose » énonçait doctement le Littératron.



La fin de l'économie politique française ?

La France peut s’énorgueillir d’avoir contribuer de façon déterminante à la science économique. Elle a produit des économistes étincelants du premier jour où la discipline s’est imposée. Encore récemment, elle pouvait donner au monde les analyses de Jacques Rueff, d’Alfred Sauvy où de Maurice Allais. Tous étaient d’abord des observateurs. Tous cherchaient à faire valoir le vrai sur les utopies intéressées. Aucun n’était un partisan. Tous leurs livres peuvent être relus aujourd’hui. Ils n’ont pas pris une ride. Tous étaient attentifs aux libertés humaines et réservés vis-à-vis des actions outrancières des Etats. Aucun ne se considérait comme membre d’une école, encore moins étrangère.

La crise de 2008 a liquidé toute une génération d’économistes qui n’avaient rien vu venir et qui « faisaient des ménages » avec le système bancaire.

Aujourd’hui, les médias ne recherchent d’expertise économique qu’auprès d’une dizaine de personnes toujours les mêmes, qui sont étalonnées par leur engagement politique et non la qualité de leurs réflexions. 90% d’entre eux font référence au socialisme comme leur engagement profond.  Leurs contributions à la science économique est exactement nulle. Aucun n’a prévu la crise de 2008. Aucun n’a proposé la moindre solution. Mais tous se sont mis au service de l’Etat et des Impôts. La TNT leur a donné une tribune. Ils commentent et parlent généralement pour montrer leur soumission à leur camp.  On sait ce qu’ils vont dire avant même qu’ils ouvrent la parole.  Quelques « libéraux » sont appelés comme faire-valoir afin de donner un petit air de pugilat à ces exercices convenus. Faire de la chaleur d’abord. Faire de la lumière ? En général les auditeurs se lassent de ces faux débats qui laissent penser qu’il n’y a pas de sciences économiques mais des spécialistes de l’invective rémunérée.

Les grands journaux ont en général abandonné les grands journalistes économiques au profit d’interventions d’universitaires politisés à gauche, puis devant leur nullité, devant les universitaires américains de gauche. Leur antienne : l’état c’est bien ; la dépense publique, c’est bien ; les impôts sur les riches c’est merveilleux ; Les syndicats, c’est formidable ; l’hyperindividualisme consumériste c’est mal ; l’Europe nous protège quand elle n’est pas « néoliberale » ; les Américains c’est mal.

Pas un jour sans un article dénonçant la croissance des inégalités, par une année sans livres dénonçant la croissance des inégalités. L’économie française est obsédée par les inégalités toujours croissante… chez les autres.  

Lorsque Macron annonce qu’il faudra tout de même débloquer la situation française, voilà que ce petit monde s’énerve et se moque d’un président qui « veut transférer les cendres de Thatcher la Salope au Panthéon » (sic).

On remarque alors que toute l’équipe économique autour de Macron était à la manœuvre pour faire élire Hollande. Les trois principaux sont des socialistes assumés dont l’amour de la fiscalité est la caractéristique principale. C’est à eux que l’on doit les « cadeaux au peuple » pour se faire élire et la pénalisation des retraités, des riches et des propriétaires d’immobilier.

On se rappelle la polémique lancée par le projet de Jean Pisani, (rejeton typique de la reproduction des élites politico administrative) qui voulait que les loyers qu’ils n’avaient pas à payer puisque propriétaires de leur appartement soient ajoutés dans l’assiette de l’impôt sur le revenu de ces affreux salopards. Devant le hourvari et le risque pour son candidat, il a osé parler de Fake News. Il revient à la charge avec Philippe Aghion et Philippe Martin, dans le projet de détacher l’étiquette de président des riches qui accable leur donneur d’ordre, en exigeant un virage à gauche qui serait matérialisé par un impôt foncier progressif qui ruinerait de façon radicale les riches propriétaires (en fait tous les propriétaires d’un appartement de plus de 100m2 à Paris).  C’est que tout ce petit monde enseigne à Science-po, devenue le dépotoir des « économistes » socialisants, (Leroy Beaulieu doit se retourner dans sa tombe) et fricote avec la fondation Jean-Jaurés.

Rappelons pour ceux qui ne connaissent pas Philippe Martin qu’il a été lauréat du prix socialiste du « meilleur jeune économiste », la même année que Picketty, c’est autre maniaque de l’impôt.

Rappelons-le : aucun de ces « économistes » marqués idéologiquement et politiquement n’a prévu la crise de 2008, apporté des lumières sur les grands sujets de l’époque, ni marqué la science économique de façon significative. Ils font juste une carrière politique administrative afin de s’enrichir et de connaître quelques honneurs. En criant inlassablement « vive l’impôt et mort aux riches ». Leur soutien successif, à DSK-Sautter, puis à Hollande, puis à Macron, leur garantit postes et tribunes, pourvu qu’ils jouent les cautions « de gauche ».  Un joli poste défiscalisé leur tendra les bras dans une institution internationale en dû temps. Le modèle c’est DSK.

On dira : nous avons enfin eu notre « prix Nobel d’économie » avec Jean Tirole. Son livre était tellement insipide que beaucoup se sont demandé à quel titre on lui avait accordé son prix. Sa prestation sur la crise dans le Figaro de ces derniers jours a été à l’image de son livre. Totalement sans intérêt. La crise : juste une question de régulation. Cette analyse de plombier chauffagiste a visiblement déconcerté l’interviewer qui s’attendait à du lourd. En vérité le prix a été donné à un français qui avait nommé son école spécialisée d’un nom anglais (The Toulouse Economic School). Tant d’ouverture au monde anglo-saxon se devait d’être récompensée surtout que quasiment tous les prix avaient été accordés à des Américains et des représentant du tiers monde et que l’Europe était à la traîne.

Disons-le clairement : Emmanuel Macron, s’il suit son équipe socialiste d’amoureux de l’impôt et de contempteurs de la propriété et des riches (en attendant d’en être) va « se planter grave ». A cause d’eux, il a déjà chargé autant d’impôts nouveaux qu’Hollande pour la première année de son règne. Le ras le bol fiscal est revenu. Aucune de réforme de structure n’a été faite, alors qu’on crie qu’on est en train de les faire.

Les conférences économiques de cet été en France ont confirmé la pusillanimité des sujets abordés.

Bouffés par l’insignifiance et la politisation, les économistes français ont disparu des radars.  Bientôt la France sera devenue une terre stérile pour l’économie. De même qu’elle importe de plus en plus de produits qu’elle est incapable des produire, elle importera la réflexion économique de l’extérieur, et parions-le, à 99,99% des Etats-Unis.

Une mort sans gloire.

Un anniversaire saumâtre : le déclenchement de la Grande Récession

Une crise encore largement incomprise.

Au fur et à mesure que l’on se rapproche du 15 septembre, dixième anniversaire du déclenchement spectaculaire de l’effondrement bancaire international de 2008, avec la faillite acceptée par Paulson de Lehman-Brothers, la presse revient de plus en plus largement sur son déroulement et sur le comportement des uns et des autres des dirigeants aux manettes à ce moment décisif.

Il est intéressant de constater combien les causes de la crise restent appréciées avec courte vue et légèreté.

« C’est une crise des « subprimes » américaines et de la finance mondialisée et dérégulée.   Un incident grave mais finalement bien cerné. Maintenant qu’on a étouffé les banques sous les réglementations diverses, les causes sont sous contrôle et il ne reste qu’à éliminer progressivement les conséquences de ce choc violent. On est sur la bonne voie mais il faut faire attention car les mêmes forces financières peuvent à nouveau se déchaîner, si on relâche la garde ». 

Tel est le mantra de pratiquement tous les articles écrits sur le sujet, que ce soit les propos tenus par les personnes interviewées ou les commentaires des journalistes.

Nous pensons que cette analyse est trop partielle. Elle fait l’impasse sur trois faits majeurs :

-        Les crises de 73-74, 92-93, et 2008 sont de même nature et ont les mêmes causes

-        Le taux de croissance n’a cessé de baisser depuis 1971 de décennie en décennie

-        Le taux de dettes n’a cessé de monter depuis 1971.

D’autre-part, on ne comprend pas pourquoi les banquiers se seraient mis tout soudain à faire n’importe quoi, même si la dérégulation bancaire et l’acceptation d’innovations financières dangereuses accélérèrent les difficultés à partir de la seconde partie des années 90.

Dans notre livre « l’Etrange Désastre » nous avons tenté de montrer que ces crises à répétition provenaient des énormes excédents et déficits de balances de paiement acceptés après l’abandon des disciplines des accords de Bretton Woods. Le recyclage d’excédents aussi massifs a créé une liquidité internationale délirante qui a transformé l’économie monde en économie baudruche. A chaque mini explosion, les banques centrales ont alimenté la machine pour qu’elle ne sombre pas et tout a recommencé un peu plus tard en plus grave, avec un gonflement de valeur d’actifs spéculatifs tout à fait artificiel. Les « subprimes » sont bien l’allumette qui a fait sauter la bombe, mais la bombe était constituée par une accumulation de dettes spéculatives autrement plus massives.

Le trou sur les « subprimes » était en 2008 de près de 600 milliards de dollars et d’après des estimations (dont on ne sait trop comment elles ont été faites et qui varient) la perte finale serait située entre 200 et 300 milliards de dollars. Et il a fallu que les banques centrales créent près de 16 mille milliards de dollars de monnaie et au total c’est environ 60 mille milliards de dettes nouvelles qui ont été générées pour passer le cap !   La perte instantanée était en septembre 2008 probablement proche de 10 mille milliards de dollars, vingt à quarante fois les pertes potentielles sur les « subprimes ».

Dans son interview au Figaro (29 août 2018), Nicolas Sarkozy indique « qu’il fallait avoir une cécité complète pour ne pas s’alarmer » des incidents financiers de l’été 2007, en particulier le blocage des trois fonds de la BNP. Mais lors de la campagne de 2006, il ne voyait rien venir. Nous avons écrit à son équipe de campagne de « ne pas annoncer qu’il allait redresser spectaculairement la croissance, alors qu’une crise majeure allait frapper son quinquennat ».  Sans réaction de sa part. Nous avons publié une version allégée sur le site du forum du Monde pour bien marquer que la crise arrivait et qu’il fallait s’y préparer. 

On sait que Mme Merkel, au moment de l’effondrement, était totalement larguée et continuait de raisonner en gardien du coffre-fort allemand. « La crise est la faute des autres qui ne devaient pas compter sur l’Allemagne pour payer les pots cassés ».  Sarkozy a raison de le rappeler. Mais ce que ni lui ni Merkel n’avait vu, c’est que les banques allemandes étaient automatiquement les plus atteintes puisque c’est elles qui recyclaient les prodigieux excédents allemands. Ce n’est pas seulement HRE qui est en faillite virtuelle en septembre 2008, mais toutes les landesbanken, la Dresdner et la Deutsche Bank, comme la suite le montrera. Merkel n’avait rien vu venir. « Les excédents c’est bien, c’est fort et les banques allemandes sont bonnes et fortes ». En fait elles étaient le moteur du recyclage des excédents et sont largement responsables des investissements douteux dans les pays du Club Med et surtout aux Etats-Unis, dans les subprimes et divers autres marchés spéculatifs.

La corrélation entre trop gros excédents et fragilité bancaire n’est toujours pas faite par les autorités. Dans la même édition du Figaro, Olaf Scholz (vice chancelier SPD de Merkel) considère que l’excédent du commerce extérieur allemand de 265 milliards de dollars, qui a déclenché la crise récente avec les Etats-Unis, ne sont pas un problème. Pour lui, l’Etat allemand n’est pas en cause. C’est juste le résultat de la bonne santé des entreprises allemandes qui sont bien intégrées dans la mondialisation.  « La croissance et la réussite d’un pays sont bonnes pour tous ». Quant au change, il n’est pas sous la direction de l’Etat allemand. Circulez, il n’y a rien à voir, surtout que nous menons une « politique social-démocrate intelligente ».

Nicolas Sarkozy, dans son interview, considère qu’il n’est pas nécessaire de connaître Ricardo, Keynes et Milton Friedmann, pour gérer une crise financière. C’était sans doute vrai au moment de l’explosion du système bancaire et son action en faveur d’une « bombe atomique » lancée contre la spéculation par la BCE a été salutaire, alors que Trichet était dépassé. Mais il devrait tout de même lire le discours aux communes de Keynes expliquant le lien entre désordre monétaire, crise et trop gros excédents commerciaux. Du coup il comprendrait pourquoi la crise est survenue et surtout pourquoi elle risque de revenir. Car s’il craint le retour de la crise il ne dit pas pourquoi les mesures prises ne suffisent pas à l’empêcher. Ricardo a aussi quelques très bonnes pages sur la confusion entre mercantilisme accumulant de l’or et création de richesses. Quant à Milton Friedman, une bonne partie des critiques faites à l’organisation de l’Euro était pertinente. Ce qu’on a vu en 2011.

Il se trouve qu’Emmanuel macron vient d’annoncer et son plan économique interne et son orientation européenne. En route pour une diplomatie économique !  Elle n’est conçue que comme une aide aux exportations. Si le pays n’est pas compétitif, c’est un leurre. Le premier acte d’une diplomatie de la prospérité est d’abord de restaurer la compétitivité du pays et redresser ses comptes. Ce que jusqu’ici, il n’a pas osé faire.   Ensuite de bien comprendre ce qui ne va pas en Europe et dans le monde. Dans une ambiance qui a vu la croissance baisser chaque décennie, ponctuée à chaque fois par une crise toujours plus grave, il importe d’avoir compris pourquoi. Le président n’a jamais énoncé de diagnostic précis sur cette question. Voici que justement Donald Trump frappe la France à cause des énormes excédents allemands. Et que le FMI rappelle que les gros excédents posent un problème. Il serait donc temps d’avoir une vision claire de ces questions. D’autant que Mme Merkel veut imposer un candidat allemand à la présidence de Commission Européenne.

Une diplomatie de la prospérité passe obligatoirement par une stratégie pour mettre fin aux dysfonctionnements globaux du système monétaire international et à ceux de la zone Euro. Sur ces deux questions le silence est total aussi bien dans les propos du Premier Ministre que dans ceux du Président.

Nous sortons en loques d’une crise internationale d’une rare violence et d’une période où l’Europe a fait pire que tout le monde ; les Etats-Unis nous agressent ; les Chinois utilisent leurs excédents colossaux pour acheter notre capital et des entreprises stratégiques dans l’énergie.  Et nous n’avons rien à dire, rien à faire et aucun but diplomatique ?

Nous sommes de ceux qui pensent que c’est une honte française. On peut être en difficulté. On n’a pas le droit de ne rien comprendre et de ne rien faire de véritablement efficace par crainte des réactions syndicales et électorales. Surtout quand tous les mécanismes de la crise ont été explicités par des économistes français de grand talent : Jacques Rueff et Maurice Allais que nos Présidents seraient bien inspirés de relire. 

Une de fois de plus les économistes ne facilitent pas la conversion des politiques.  Un rapport dont toute la presse s’extasie une fois de plus explique la crise par des éléments non significatifs : la prétendue baisse structurelle de la productivité avec des innovations qui ne créent pas d’emplois, ou même, comme les développements récents de l’intelligence artificielle, en supprimeraient l’essentiel, le vieillissement de la population, les écarts de rémunérations. Ce qui est déclaré comme des causes sont pour la plupart des conséquences. Dans une économie baudruche les actifs sont grossièrement surévalués et donc les possédants paraissent avoir une part augmentée. Mais c’est toujours la même maison et toujours le même portefeuille boursier. L’échelle de mesure a changé ( la valeur réelle des principales monnaies a chuté de plus de 95% depuis 1971 ), mais les biens eux-mêmes sont quasiment les mêmes. L’innovation ne produit de productivité et ne crée de l’emploi que si la conjoncture est bonne. Elle ne l’est que de façon artificielle dans une économie baudruche.

Si on restaurait des institutions économiques et financières correctes dans le monde et en Europe, on verrait que la croissance est possible avec une régularisation de bien des excès actuels. La vraie question apparaîtrait alors : le caractère fini des ressources naturelles consommées et les effets globaux des déchets de production et de consommation. Ces deux questions ne peuvent trouver de solution que dans un cadre économique global sain.

Sortir le monde de l’économie baudruche est actuellement le seul combat économique qui vaille. Il faut bien reconnaître que, malgré des progrès, le monde regarde ailleurs.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

Ce blog a dix ans

Nous fêtons le dixième anniversaire de ce blog, créé en 2008 à la suite d’une première approche, lancée 11 ans plus tôt sur le forum du Monde, avec les mêmes ambitions. En 1997, nous pensions que l’économie était mal traitée dans la presse dominante et que Maurice Allais n’avait pas été compris. Une crise grave était en préparation dans l’inconscience générale, alors qu’une « économie baudruche » s’était installée sur les décombres des Accords de Bretton Woods. L’Europe de l’Euro étaient en marche avec des risques très sérieux, totalement minorés ou ignorés. La France s’enfonçait doucement alors que triomphait ce que nous appelons l’Enarchie Compassionnelle, sous l’effet du poids excessif de la dépense publique, d’une perte de compétitivité massive liée aux 35 heures, de l’étouffement des entreprises soumises à la dictature des juges, de la taxation confiscatoire des « possédants » et du bannissement des « riches ».

L’opinion telle qu’elle était exprimée dans la presse semblait incapable de sortir d’un discours obscurantiste déplorable mêlant les reliques de la domination marxiste à gauche et les délires du « politiquement correct » issu des universités américaines. Le gauchisme et la posture antibourgeoise étaient désormais la doctrine dominante et obligée chez les journalistes, avec de moins en moins de freins. Le forum est une technique qui vous informe très vite des mouvements d’opinion et dès 1999 l’exaltation de la haine, reconnue aujourd’hui comme la marque des « réseaux sociaux », était perceptible, rendant très difficile les dialogues positifs. Les concours de postures valorisantes et moralisantes, sans valeur et sans morale sous-jacentes, avec appel à la meute contre les vilains, étaient déjà parfaitement perceptibles en 1997. 20 ans après, ils ont pris une ampleur démentielle, tuant radicalement toute réflexion de bonne foi et construite sur les faits et non sur des actes de foi ou des marques de soumission idéologiques.

Incapacité de comprendre les dangers des changes flottants et des grands déséquilibres, incapacité à comprendre la crise argentine et plus généralement la crise appelée à tort des pays émergents, incapacité à voir venir l’effondrement du début des années 2000, incapacité à voir les conséquences délétères des 35 heures, incapacité à comprendre le caractère dépressionnaire de l’Eurosystème, incapacité à juger la politique Schroeder à sa juste valeur, incapacité à comprendre l’effet sur la classe ouvrière occidentale de la promotion des peuples anciennement soumis au communisme, incapacité à comprendre que les marchés ne règleraient pas tout et que la finance était devenue folle, tout cela était manifeste entre  1997 et 2005 mais très mal compris. Les éructations chauffées à blanc et les analyses sous prismes idéologiques déformants, témoignent de l’état mental de ceux qui s’y laissent aller, mais ne disent rien sur les réalités.

L’abandon à plusieurs reprises des historiques du forum du Monde, empêchant de faire le lien entre des projections et la réalité, a contraint notre petit groupe à se réunir et à créer un site spécialisé. L’arrivée d’une crise majeure de type 1929 était tellement aveuglante que nous voulions l’annoncer sans ambiguïté. C’est ainsi que nous avons publié notre bulletin de conjoncture semestriel qui était sans équivoque. Nos dernières interventions sur le forum Le Monde prévenaient Nicolas Sarkozy qu’il ne fallait pas annoncer qu’il allait redresser spectaculairement la croissance car il aurait rapidement à traiter une crise majeure et une récession dont on sentait qu’elle serait encore plus grave que celle de 1992-93 qui avait déjà été très forte. Nous avons envoyé une lettre en ce sens à son staff. Sans effet naturellement. Nous en avons publié l’essentiel dans un ultime message sur le forum du Monde, où il était encore récemment consultable.

Dix ans après sa création, notre blog fait l’objet chaque année d’environ 260.000 lectures. Il a dépassé 1.500.000 lectures cumulées.

Les articles les plus lus répondent à trois types de préoccupation :

-        L’explication de la crise et de ses développements

-        La présentation des pensées de Jacques Rueff et Maurice Allais, totalement ignorées par la presse et l’université, alors qu’elles sont remarquablement pertinentes pour comprendre les évènements

-        Les articles qui complètent et précisent « des questions de cours » souvent mal traitées dans l’enseignement scolaire et universitaire actuel avec parfois l’enseignement d’erreurs « magistrales ».  La monnaie est en particulier un domaine très mal enseigné.

Un des thèmes majeurs que nous avons constamment enrichi d’analyses et de témoignage se résume dans cet avertissement : « attention à la colère des peuples ! » Nous considérions (et nous persistons dans cette analyse) que le refus absolu de voir les causes et donc d’anticiper les conséquences auraient de graves conséquences sur la majeure partie de la population des pays occidentaux et qu’il fallait donc se préparer à des réactions sévères.  Savoir lesquelles étaient plus difficiles.  On voit que la colère s’est défoulée par le canal politique avec l’arrivée de gouvernements folkloriques et /ou populistes dans un grand nombre de pays européens, les explosions de colère dans les pays arabes, le renforcement des autocrates sans scrupules et indifférent à l’opinion mondiale, le Brexit et finalement l’élection d’un Trump à la présidence des Etats-Unis, qui donne à la notion de « leader du monde libre » des couleurs passablement grisâtres.

L’impossibilité à gauche de se dégager des analyses gauchistes qui laissaient miroiter que les difficultés seraient riches de possibilités de prise du pouvoir et à droite à s’élever au-dessus de médiocres soumissions au diktat américain, laissait l’analyse de la crise qui sévit depuis 1971 totalement orpheline. Les rares autorités officielles qui oseront se lever pour défendre la thèse qu’on ne pouvait plus continuer comme cela, en fait uniquement Maurice Allais, seront balayées à gauche comme à droite et ensevelies sous un fumier de mépris d’épaisseur majestueuse.

Une organisation mondiale défectueuse, dont les institutions communes, totalement dégénérées ne tenaient plus leur rôle, et dont les règles étaient violées tous les jours, se cumulait à une organisation européenne de la zone euro problématique et potentiellement récessionniste, dans l’indifférence générale, sinon des combats faciles à gagner contre des trublions sans solutions alternatives. La France, elle, faisait le choix suicidaire de la dépense publique sans limite, des impôts confiscatoires, des gouvernances locales hystériques et désireuses d’en découdre avec leurs propres électeurs « pour leur bien » et de frapper durement les autres dans leur vie quotidienne, de la chasse aux « dominants » en mettant la justice au côté des « dominés » ou prétendues tels.

Le justicialisme, le gauchisme judiciaire issu de mai 1968 qui veut que le juge prenne toujours la défense de la femme contre l’homme, du salarié contre le patron, du piéton contre l’automobiliste, du malade contre le médecin, de l’acheteur contre le vendeur, du locataire contre le propriétaire, etc., a été renforcé par des lois dites « d’affranchissement » qui ont bloqué toutes les possibilités de relations équilibrées dans la société. La puissance agissante, qui est la source de tout dans une nation, car il n’y a pas de progrès sans polarisation des efforts ni de polarisation des efforts sans un minimum d’autorité, a été partout entravée. Les relations sociales sont devenues impossibles. Avec l’arrivée des « réseaux sociaux » s’ajoutent une coercition « sociétale » qui réduit les anciens « papas morale » et les « mères-la-vertu » à des exemples de discrétion et de câlinerie. Jamais la réprobation morale, basée sur aucune morale, mais les lubies du temps, n’a été plus valorisante pour ceux et celles qui en emplissent leur bouche. Avec à la clé un spectacle de plus en plus grotesque et décourageant. Il ne faut plus de signe religieux dans l’espace public mais une symbolique pédérastique doit être peinte le long des passages piétons, dans un « quartiers pédé », alors qu’on interdit les concentrations sur la base d’affinités au nom de la mixité. Il ne faut plus de courses de taureaux ni de chasses au renard, mais on accepte que 400 loups tuent 12. 000 brebis. Il faut plus d’ouverture mais moins de circulation. Les handicapés doivent être mêlés dans des classes qu’ils ne peuvent pas suivre et qui, dans les configurations ethniques des banlieues noires et arabes, génèrent des situations disons incontrôlables et déplorables pour tous, en dépit de création de dizaines de milliers de postes « d’accompagnants » mal pourvus et sans doctrine.  Comme le « chante » un rappeur :

« Les Gaulois nous envoient leurs tarés ;

Tarés les Gaulois, tarés les Gaulois.

Fuyons l’école et vive la rue. 

Fuyons l’école et vive la rue.  

Ils n’ont rien à nous donner,

Nous devons tout arracher. 

Fuyons l’école et vive la rue.

Fuyons l’école et vive la rue ».

 

Et vive la mixité.

Pour un observateur français, la situation est particulièrement délicate. Les dysfonctionnements mondiaux et européens peuvent être décrits mais, il n’existe aucun levier pour lever les obstacles. L’effondrement français peut être dénoncé dans ses nombreuses composantes, mais les forces politiques en présence et les effets de dominations idéologiques qui prévalent dans la presse, ne permettent aucune vraie réaction. Les Français ont glorifié l’impuissance et la soumission. Maintenant qu’ils sont et impuissants et soumis, accablés de chômage, d’immigration sauvage, de dettes et d’impôts, sous la pression, dans la rue, des « sociaux-fachistes » et, dans les médias, des « christo-cocos », quelle voie de sortie vers le haut ?

Cette situation force l’analyste économique à s’éloigner de temps à autres de l’économie pour étudier les fantaisies malsaines de l’idéologie et de la politique.

Dix ans après, est-ce que certaines de nos thèses ont progressé ? Ce n’est pas tant notre force de conviction qui est en cause. Nous n’avons jamais pensé à autre chose qu’à une forme de témoignage actif, en espérant que les réalités auraient leur propre force de démonstration.

Le nouveau président a impulsé un retour en arrière sur la judiciarisation des relations sociales et un début de démontage de l’appareil de destruction fiscale mis en place par ses collègues énarques dans les 30 années précédentes. On n’est pas au milieu du gué. Peut-être au dixième du chemin à parcourir pour retrouver une situation acceptable. C’est un mieux.

Trump a été un révélateur « facilitant le diagnostic et compliquant la solution ». Désormais les grands déséquilibres sont sur la sellette. Le lien n’a pas encore été fait entre énormes déficits et énormes excédents, ni entre énormes excédents et création d’une économie baudruche, ni entre économie baudruche et explosion économique de 2008, mais cela vient.

Le malaise est complet entre les projections européistes grandioses de M. Macron et la triste situation d’un Juncker allant à Canossa et à New York pour voir Trump la queue basse et le verre haut. Il est obligé de défendre les excédents allemands qui sont indéfendables ! L’Europe est prisonnière des excèdents Allemands. La France est taxée au nom des excédents allemands. Que signifie encore le couple franco-allemand ? Des réformes majeures sont indispensables pour rendre l’Europe audible dans le monde et confortable pour ses membres. Personnes n’a su détailler lesquelles, parce que justement, la première d’entre elle est de trouver un moyen automatique et contraignant de ne pas accumuler de gros déficits ni de gros excédents.  Ne pas le faire revient à un combat idiot entre démantèlement de l’Union Européenne ou saut fédéraliste refusé par les peuples.

Personne ne sait comment contrer Trump, parce qu’il a en partie raison. Les grands excédents Japonais, Allemands, Chinois sont condamnables. Au lieu de chercher à savoir comment les inactiver, les grandes institutions habituées depuis quarante ans à la soumission et au viol de leurs propres statuts, se taisent.

Les économistes officiels se complaisent toujours dans la pusillanimité et les discussions microbiques sur des points de détail qui ne peuvent fâcher personne. Le reste du temps ils s’insultent selon des lignes de fractures idéologiques. Ils sont inaudibles. Cela dure depuis longtemps, mais maintenant cela se voit.

Notre satisfaction est d’avoir correctement détecté et analysé les mouvements des grandes plaques tectoniques qui sont le soubassement des faits économiques et sociaux de ces 20 dernières années.

On se rapproche aujourd’hui du moment où il faudra bien cesser de ne rien voir et de rien faire.

Des idées qui progressent

Depuis désormais plus de 20 ans nous défendons publiquement de façon constante une thèse fondamentale :

-          Il n’y a pas de bon commerce sans bonne monnaie

-           Il n’y a pas de bonne monnaie sans un équilibre relatif des balances de paiement.

Le système des changes flottants imposé par les Etats-Unis après l’effondrement des Accords de  Bretton-Woods a conduit à l’abandon de règles fondamentales d’équilibre économique au profit d’un système spéculatif  dont tous les rouages ne pouvaient que se gripper. Enormes excédents commerciaux et  énormes déficits de balances de paiement ont transformé le monde en une économie baudruche dont la vocation était d’exploser un jour ou l’autre. Comme l’écrivait Maurice Allais, « ce qui doit arriver arrive ».  C’est ainsi que nous avons défini la crise comme la composante de trois évolutions :

-          Une baisse tendancielle du trend

-          Une aggravation des récessions « décennales »

-          Une montée permanente de la dette globale,

Et tenter de démontrer que cette crise avait une cause principalement monétaire.

Nous avons prévenu depuis 1977 : attention à la colère des peuples, car la stagnation économique, la baisse du pouvoir d’achat, et le chômage déstabilise les sociétés.

Il a fallu l’explosion de 2008, parfaitement annoncée et prévue, et la montée électorale des « populismes » pour que, soudain, ces réalités éclatent à la figure de dirigeants tétanisés mais englués dans la routine.

Nous avons prévenu, les premiers, sur les dangers du Tafta (pratiquement jamais commenté dans les medias français)  et l’offensive américaine, qui s’appuyant sur les principes des statuts du FMI, entendait rétablir de force, avec des taxations lourdes, leurs équilibres extérieurs.  C’était bien avant l’arrivée de Trump.

Le style cow-boy de Trump n’a fait que révéler un peu mieux les forces sous jacentes. Trump a parfaitement raison, comme l’avons déjà écrit ici, de considérer que les excédents Chinois sont extravagants et que les excédents allemands ne sont pas convenables. Là où il est incohérent est qu’il ne voit pas qu’ils sont largement la conséquence des énormes déficits extérieurs américains.  Si on veut que le dollar soit la monnaie du monde alors le déficit américain est automatique puisque c’est lui qui alimente la liquidité mondiale. Il faut donc changer de système et proscrire toute monnaie mondiale qui soit une monnaie nationale. Là Trump n’est plus d’accord. C’est pourquoi nous professons que Trump « facilite le diagnostic mais complique la solution ».  

Hier, c’est Macron, recevant son prix Charlemagne de bon élève du fédéralisme européen, qui a dénoncé publiquement, et en la présence même de Mme Merkel, les excédents allemands et suggéré qu’elle abandonne son « fétichisme » des excédents de balances de paiements, soulignant que cet excédent avait pour conséquence un dommage pour ses partenaires.

Voici donc les excédents extravagants de balances commerciales et de paiement politiquement et diplomatiquement mis en cause. Vingt ans que nous attendions ce moment.

La faiblesse de ces annonces est double :

-          Il n’y a pas d’explication de la nocivité des ces déséquilibres et de lien causal effectué avec la récession explosive de 2008 et ses suites difficiles

-          Il n’y a pas de schéma d’organisation proposé qui mette fin au double dysfonctionnement du système monétaire international et du système de l’Eurozone.

Dans notre premier livre sur le sujet, «L’Etrange Désastre », nous nous sommes attachés à répondre en détail à la première faiblesse.

Dans notre second livre à paraître, nous cherchons à dégager les lignes d’un nouvel ordre monétaire mondial congruent avec un nouveau système européen, en le replaçant dans l’histoire monétaire internationale des 100 dernières années.

Didier Dufau

L'économie vue par des nuls. L'exemple de Libération.

Un jour le Général de Gaulle, constamment tancé par les donneurs de leçons du journal Le Monde, rencontre son directeur, Hubert Beuve Méry et le prend à part. Flatté, celui-ci tend l’oreille attentivement au discours de celui qu’il fait démolir à longueur de colonnes et entend : « Quand j’ai envie de rire, je lis Le Monde ».

Quand on a une envie de rire, aujourd’hui, il faut lire Libération. C’est le genre de journal où tout le contenu est connu d’avance et il suffit de lire le titre pour savoir quel pis de la vache socialo-bobo on va traire.

La livraison du 12 septembre se pique d’idées économiques. Voici donc un certain Breda expliquant que « des études économiques », en fait ses propres élucubrations, ont prouvé qu’il fallait des syndicats dans les sociétés « faisant beaucoup de profits » et que par conséquent la nouvelle loi Macron est néfaste. Soit. Reste à trouver les nombreuses PME françaises qui font « beaucoup de profits » et qui n’ont pas fait leur juste place à M. Martinez et à ses sbires.

Voici surtout une certaine Marinescu qui explique que la concurrence a diminué aux Etats-Unis et qu’il faut voir là la cause de la diminution de la croissance et de la création d’emplois. Pour conclure, de façon tellement surprenante, que « l’augmentation spectaculaire des profits aux Etats-Unis n’est pas le signe d’une économie dynamique et innovante. Bien au contraire ». Notre modèle social, bien à nous, est sûrement meilleur et tout le monde nous l’envie.

C’est ça Libé : des articles bidons qui disent le bien penser. On réentendra dans les dîners en ville ces paroles reprises avec l’air d’un sachant informé : les syndicats sont un bienfait ; Il faut plus de concurrence aux Etats-Unis, car les riches l’ont supprimée pour faire des super profits (en Europe, là on, ne sait pas). C’est prouvé par des études américaines.

Usuellement, nous ne commentons pas ces sottises orientées qui servent une clientèle et lui permettent de vivre dans la douce hébétude du « bobo conscientisé » généralement bien nourri et dans la sécurité de l’emploi, à qui on ne la fait pas.

Nous dérogeons à cette règle hygiéniste, parce que l’étude de Loecker et Eeckhout (NBER Working Paper No. 23687), cité dans l’article de Mme Marinescu, nous paraît l’exemple même d’une analyse qui inverse les causes et les conséquences et de conclusions qui partent assez largement dans le décor. Les Américains ne veulent pas remettre en cause les vraies causes du désastre économique provoqué par l’introduction des changes flottants et de la « globalisation ».  Les difficultés constatées en peuvent venir que de vilains qui font de vilaines choses. Les méga entreprises auraient acquis un « pouvoir de marché » qui leur permettrait de réduire les salaires et maximiser les profits au détriment de la collectivité tout entière.  J.K.Galbraith, après la crise de 1929, s’était laissé aller à des analyses de ce genre. C’est un marronnier qui revient après chaque récession.

Comme toujours, les prémisses sont exactes.  « Un ensemble de mauvaises dynamiques affecte l’économie américaine depuis plusieurs décennies : une stagnation des salaires des travailleurs peu qualifiés, une déformation du partage de la valeur ajoutée au détriment du travail, une hausse des inégalités, un moindre dynamisme du marché du travail, une baisse du taux d’activité, une faible croissance en l’absence de bulles, une faiblesse de l’investissement, etc. ». « Lorsqu’ils étudient les données relatives aux firmes américaines entre 1950 et 2014, ils constatent que le taux de marge était initialement stable (en fluctuant autour de 20 %), voire même avait tendance à décliner, avant de s’accroître entre 1980 et aujourd’hui, en passant de 18 % à 67 % ».

Merci au blogueur qui a parfaitement résumé le thème de l‘étude.

La question posée est de comprendre le pourquoi de ce phénomène en effet problématique. Notre explication est totalement différente. Nous avons théorisé dans notre livre « l’Etrange Désastre » l’apparition d’une économie baudruche provoquée par l’introduction des changes flottants en 1971. Nous avons montré chiffres en mains que les énormes excédents et les gigantesques déficits désormais permis par le nouveau système provoquait un détournement de l’argent de l’investissement productif vers la spéculation. Le mécanisme de ce détournement a été parfaitement expliqué par deux économistes français, J. Rueff et Maurice Allais. Il est parfaitement étalonné et on peut le voir à l’œuvre de façon presque caricaturale de 71 à nos jours.

Dans une économie baudruche, l’investissement utile est en concurrence permanente avec la spéculation sur les valeurs d’actifs. Pour que l’entreprise puisse trouver investisseur, il lui faut être compétitif contre des placements financiers spéculatifs qui peuvent vous rendre riche en quelques mois, avant explosion. Les entreprises ont perdu le pouvoir contre les marchés financiers. Il leur a fallu passer d’une logique de compte d'exploitation à une dynamique de haut de bilan. Sous la pression des investisseurs institutionnels, notamment les fonds de pension, l’argent n’a été disponible que si l’entreprise était capable de faire valoir des rentabilités aussi sympathiques que les fonds spéculatifs. C’est comme cela qu’on a vu de plus en plus d’entreprises contraintes de faire apparaître des rentabilités intenables à long terme. Pour cela, il n’y avait guère de possibilité : se concentrer sur le noyau dur des activités les plus rentables et tenter de devenir un leader mondial sur son créneau, en essayant de vaincre une concurrence féroce. Et faire monter le plus possible le cours de Bourse pour entrer dans la course à la spéculation. On a développé les stock-options pour cela.  

Il nous semble parfaitement erroné d’en déduire que les entreprises ont été conduites à ces actions par une tentative de réduire la concurrence. La lutte pour les financements dans une économie baudruche mondialisée est la vraie cause.

Il faut néanmoins remarquer que dans les entreprises de la nouvelle économie la tendance à la concentration du marché sur un vainqueur et un seul est évidente. Nous l’avons souligné dans un article paru dans le Figaro qui soulignait la nécessité d’une action antitrust dans ces domaines. Les marges de Google sont colossales, comme celles de Microsoft, ou IBM en son temps etc. Si le vainqueur « prend tout » et utilise à mort les possibilités de segmentation de la chaîne de valeur proposée par la mondialisation et les facilités de non-paiement d’impôt, son taux de marge s’élève très haut. De toute façon, pour les « start-up », la recherche des « barrières à l'entrée » et de rigueur ainsi que la spéculation sur les valeurs futures des actions.  La décision des Américains de laisser leurs entreprises innovantes conquérir le monde hors impôts a tout aggravé dans ce domaine.

L’analyse des résultats des élections qui ont vu le triomphe de Trump fait valoir que la concurrence acharnée des pays à bas salaire a bousculé le tissu industriel américain et provoqué la révolte de la classe moyenne. On ne peut pas affirmer dans la même phrase que la concurrence étrangère a été une cause des difficultés américaines et que les entreprises ont pris le pouvoir et réduit la concurrence.

Un peu de rigueur, S.V.P.

La seule solution est de sortir de l’économie baudruche, dont le caractère explosif est évident, et d’éviter les énormes déficits et excédents. Il faut pour cela revoir profondément l’organisation monétaire et commerciale internationale. Là est le chemin.

D’ores et déjà les rendements très bas de la spéculation ont provoqué un certain retour à l'investissement productif. Ce mouvement doit être accompagné.

La hausse globale du taux de marge aux Etats-Unis est le fruit d’une rétractation de l’activité autour des noyaux durs des entreprises leaders sur leur marché et de l’abandon de bien des productions aux pays à bas salaires.  La maîtrise du pouvoir de marché est un aspect dérivé et secondaire.

Une de fois de plus les économistes américains, sachant que toute discussion sur les changes et leur organisation est impossible, cherche dans les arroyos ce qu’ils ne veulent pas voir dans le grand fleuve. Et les bobos du village gaulois se croient obligés de répéter ces sornettes comme des perroquets quand cela va dans le sens de leurs préjugés.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile

Lord Adair Turner : l’erreur comme un grand art politico social

Une forme aigüe de l'imposture économique

Adair Turner est probablement ce qu’on trouve au Royaume Uni de plus proche d’un Énarque Compassionnel français. Il est passé des postes publics aux postes privés et retour dans une belle chorégraphie, digne de nos meilleurs Inspecteurs des finances. Il a trempé dans tout et rien et cautionné toutes les imbécillités à la mode, un temps, avant de les dénoncer. Il restait à mettre tout cela dans un livre ce qu’il fit avec Between Debt and the Devil : Money, Credit, and Fixing Global Finance, Princeton University Press, 2015, 320 p. (ISBN 978-0691169644) qui a été traduit et publié en France sous le titre : « Reprendre le contrôle de la dette. Pour une réforme radicale du système financier » ; Édition de l’Atelier. (ISBN 2-7082-4513-6).

« Turner est Directeur général de la Confédération de l'industrie britannique (CBI) de 1995 à 1999. Dans ce rôle, il est l'un des principaux promoteurs de l'adhésion britannique à l'euro -- une position qu'il a avoué plus tard être erronée », écrit Wikipédia.

De 2000 à 2006 il est vice-président de Merrill Lynch pour l'Europe. Il est donc banquier au pire moment des folies bancaires. En vérité il a un poste politique et peu financier. Ce qui lui permettra de faire feu sur la finance en quittant le poste.

Plus tôt il avait été un fanatique de la taxe Tobin, une erreur majeure.

Plus tard il sera pour 5 ans président du FSA, la Financial Services Authority, qui supervise les marchés financiers, ce qui est bien normal pour un homme de Merrill Lynch.

C’est cette expérience qu’il monétise par des conférences et ce livre.

Une telle girouette est toujours dans le politiquement correct du moment et l'originalité de ses réflexions est exactement nulle. Son intérêt doit se chercher dans une capacité presque surhumaine à cumuler toutes les sottises que l’on a pu écrire sur la crise et ses solutions, alourdie par un art très particulier d’aller les chercher et dans les milieux anglo-saxons et dans le fond de sauce social-démocrate  européiste.

Anobli pour ce talent unique, il est le témoin presque emblématique de l’idiotie de l’époque.

Nous avions décidé de ne jamais traiter sur ce blog de cette noble figure pour ne pas aggraver votre tendance naturelle à la critique. Mais la couverture de cet ouvrage est telle dans les médias français qu’il faut bien faire un certain travail de correction.

Comme toujours on met en avant des chiffres exacts mais avec une interprétation fausse.

Citons : « dans les années 1990-2000 la dette privée augmentait de 15 % d’an. On croyait que cette augmentation était indispensable pour atteindre un tel niveau de croissance [5 %] ».

L’auteur ne comprend absolument rien à la cause de la hausse de la dette privée et accuse un « on » dont il ne donne aucune composante. À cette époque de très nombreuse voix se sont élevées pour contester les mécanismes qui poussaient à cette hausse indécente, dont celle de Maurice Allais qui a été particulièrement forte et précise. Ce sont les énormes excédents et déficits croisés de l’époque qui ont créé la bulle de crédits mais il est hors question ni de le voir, ni de le critiquer. Cela forcerait à aller trop loin dans la remise en cause des idées communes et ferait perdre tous les beaux postes publics, privés et parapublics.

Citons : « Les crédits ne financent pas les investissements productifs » Ils « alimentent la distribution de crédits immobiliers ». Là encore, c’est parfaitement exact. Nous avons théorisé cette forme d’économie, sous le nom d’« économie baudruche » car elle finance la recherche spéculative de gains en capital, donc des bulles alimentées par la création monétaire.

Au lieu de voir la vraie cause, l’auteur sombre dans le politiquement correct à trois balles en incriminant la montée des inégalités. On retrouve le keynésianisme pour enfant de chœur qui explique que les riches consomment moins que les pauvres et donc perdent les ressources rares dans des spéculations honteuses. Comme pour la « cupidité des banquiers », il semblerait que dame nature ait voulu que les riches entre 1990 et 2 000 se soient mis spontanément à investir comme des malades dans l'immobilier.

L’auteur manipule des « marqueurs » de gauche, nécessaires à sa crédibilité dans l’ambiance du moment, rejoignant Krugman et tous les keynésianistes américains. L’explication est totalement fausse. La France n’a pas connu d’amplification de l’écart de richesses entre riches et pauvres et l’immobilier est tout de même monté à des sommets. La plus grande crise immobilière a eu lieu avant : avec la spéculation mondiale sur les bureaux de 88 à 91, source de la gravité de la crise de 92-93. L’auteur de toute façon est incapable de couvrir la période 1 971 – 2 008. Les dettes créées n’ont, nulle part ailleurs qu’aux États-Unis, avec les subprimes garanties par l’État, servi à financer les achats des pauvres.

La création monétaire forcenée des banques centrales a fait baisser les taux d’intérêt si bas que tout le monde a cherché à emprunter, les plus gros emprunteurs étant les états et les fonds spéculatifs.

Citons : « Je vous défie de trouver une seule entreprise allemande ayant augmenté un tant soit peu ses plans d’investissement du fait de l'annonce de l’assouplissement quantitatif de la BCE ». « Si elle a un tant soit peu fonctionné c’est uniquement parce qu'elle permet de relâcher les politiques budgétaires ».

Ce que notre auteur oublie c’est que cette politique a eu pour but principal de sauver les banques (et les dépôts du grand public) confrontées à une perte globale supérieure à 10 mille milliards de dollars et les États sur endettés. On ne voit pas trop où a été le relâchement des politiques budgétaires. Demander aux Grecs.

Le sous-investissement a été la caractéristique principale de toute la période 1971-2016, et correspond à l'installation de l’économie baudruche par les accords de la Jamaïque.

Citons : « [les banques centrales] doivent financer les déficits de façon permanente en monétisant la dette des États. En clair en faisant marcher la place à billets ».

Eureka, j’ai trouvé ! Youpi, c’est facile ! Le Graal, j’ai trouvé le Graal ! Vive la planche à billets !

En revanche il faut contraindre les banques pour qu’elles ne prennent pas de risques insensés. On oublie d’expliquer pourquoi elles ne finançaient pas l’investissement ni pourquoi l’investissement ne serait pas risqué.

Tout cela est de la posture et n’a strictement aucun intérêt ni explicatif ni curatif. On fournit à tous les « marqueurs » idéologiques qu’ils attendent et on les présente « en même temps » comme tout bon haut fonctionnaire ambitieux, sans se soucier de rien, ni des explications ni des contradictions. Cela permet d’être édité, puisqu’on n’a aucun ennemi, et de briguer les postes les plus éminents, puisqu’on défend l’État, les petits pauvres et la facilité, tout en se flattant d’être « pro business ».

Et d’être fait Lord. Une pensée nulle servie par une sorte d’imposteur sympathique, à éviter absolument comme dirait le Canard Enchaîné !

Anniversaire du blocage financier de 2007 : toujours les mêmes erreurs

En dix ans aucun progrès dans la compréhension des mécanismes du désastre

On pourrait penser qu’avec le temps, la crise de 2008 aurait été comprise dans la totalité de ses dimensions et qu’on éviterait, 10 ans après le blocage du marché interbancaire dès l’été 2007, anticipant la récession globale, les mêmes fausses explications et les mêmes simplismes qui ont été la règle dans les instances officielles et, par contagion, dans la presse. Le côté amusant de l’affaire est de voir coexister un commentaire débile et sa réfutation sous forme graphique dans mille exemples publiés dans le même journal ou dans les diverses publications du jour. Comme si les chiffres étaient une décoration et qu’il n’importait pas de faire le lien entre l’histoire qu’ils racontent et le commentaire.

On ne veut accabler personne et surtout pas les journalistes : ils travaillent avec les interprétations fournies par les instances officielles, mais certains parviennent à un degré de représentation des erreurs ambiantes qui mérite d’être honoré.

Prenons par exemple, parmi plusieurs autres du même tabac, l’article de François Vidal dans Les Échos du 7 août.

Première erreur : la crise a été provoquée par « la bombe à fragmentation des subprimes américaines » (sic). Les subprimes, représentent 600 milliards de dollars de dettes difficiles à recouvrer. Au final, on trouvera 300 milliards de pertes. C’est grave. Coupable même, tant les risques associés aux mécanismes et aux pratiques de ce marché étaient visibles. Mais la perte globale internationale  est de 10 000 à 12 000 milliards de dollars. C’est ce désastre qui allait mettre les banques mondiales au tapis, pas les subprimes. Les subprimes ont joué le rôle de l’allumette. C’est bien ce marché qui a bloqué les relations interbancaires. Mais la bombe était ailleurs et c’est l’explosion de la bombe qui a fait mal. Si HBOS et Lloyds ont liquidé 67 000 salariés sur 135 000, ce n’est pas à cause des subprimes. Si RBS a fait de même (69 000 sur 135 000 également) ce n’est pas pour cela non plus. Si les banques centrales ont gonflé de 12 000 à 13 000 milliards de dollars leurs en-cours et proposé des intérêts négatifs sur une longue durée, du jamais vu historique, ce n’est pas pour couvrir 300 milliards de pertes, couvertes facilement  par le Trésor américain et les amendes internationales que les États-Unis ont imposées aux banques mondiales.

Deuxième d’erreur : « des progrès spectaculaires ont été faits pour domestiquer la planète finance ». N’ayant aucune idée des sources du délire financier qui s’est emparé de la planète en question, le commentateur ne peut que répéter des banalités faciles. Rappelons que la crise est associée aux énormes déficits américains et excédents croisés au Japon, en Chine et en Allemagne. Par le mécanisme de la double pyramide de crédits démontrés par Rueff et Allais, on sait que ces énormes flux financiers et monétaires ont provoqué l’apparition d’une économie baudruche où l’argent n’allait plus principalement aux investissements productifs mais à des spéculations sur des possibles gains en valeur. Le haut de bilan a remplacé le compte d'exploitation.  Et la spéculation généralisée s’est envolée à des sommets intenables. On a depuis essayé d’étouffer l’amplificateur bancaire qui a été la principale victime de l’explosion mais on n’a rien touché des causes. Aujourd’hui encore l’Allemagne la Chine et le Japon ont accumulé environ 1 000 milliards de dollars de bons du trésor américain.  Ces flux ont les mêmes conséquences. La planète finance n’est en rien domestiquée. Elle panse ses plaies et a le plus grand mal à purger ses pertes accumulées dont l’essentiel a été caché pendant des années. L’Europe a été trop loin dans la mise en place de règles constrictives dont les banques américaines se sont libérées très vite, ce qui leur a permis de revenir à une meilleure situation. La finance grise a repris une bonne partie de la spéculation faite par les banques de dépôts, les banques universelles et les banques d’affaires. L’auteur de l’article le souligne. Mais il ne voit pas que des bulles existent partout. Elles exploseront comme d'habitude. Le journal Les Échos le confirme lui-même dans la même édition en citant le fait que le Nickel a vu son cours augmenté de 18 % depuis juin. La preuve explicite que « la planète finance est domestiquée » !

Troisième erreur : « En Europe la création de l’union bancaire et la correction des déséquilibres de la zone euro ont renforcé la solidité du secteur ».

L’union bancaire n’a rien renforcé du tout. Les instances fédéralistes ont profité de la crise pour pousser leur avantage et imposer une réforme qui n’apporte rien de fondamental sinon plus de pouvoir européen et moins de responsabilités nationales. Quant aux déséquilibres de la zone Euro, il suffit de voir, en interne, les excédents de l’Allemagne, jamais plus importants (voir un de nos articles récents), pour vérifier qu’il n’y a eu aucune correction. En externe ce n’est pas mal non plus. Le déficit de la zone euro vis-à-vis de la Chine est 146 milliards d’euros en 2016 !

Quatrième erreur : « C’est toujours sur les épaules d’une poignée de banquiers centraux que repose le sort de la finance comme de l’économie mondiale ».

L’illusion que les marchés fonctionnent bien sous la houlette bénéfique des banques centrales est une des sottises du temps. Les équilibres macroéconomiques ne dépendent que marginalement des banquiers centraux. Ils sont de la responsabilité des États et des politiques économiques et sociales menées, ainsi que du cadre institutionnel global. Si ces politiques sont non coopératives (ou coopérative uniquement dans les mots) et poussent à de graves déséquilibres, et si les institutions n’imposent pas les comportements correctifs nécessaires, alors c’est l’économie dans son ensemble qui devient dysfonctionnelle. Le fait que les banquiers centraux soient à ce point sollicités montre bien que le système global est vicié et pas autre chose.

Rappelons un dernier chiffre : le déficit commercial des États-Unis vis-à-vis de la Chine est de 347 milliards de dollars en 2016. Cet afflux de dollars a mis en branle une bulle de crédits en Chine que tout le monde constate. Comme les dollars eux-mêmes sont replacés finalement aux États unis, ils y créent une bulle de création monétaire qui explique la hausse historique des bourses locales et la meilleure santé des institutions financières américaines, au prix de placements toujours aussi spéculatifs. La crainte commence à entourer à nouveau le dollar. Voici que l’Euro remonte. Merci pour les équilibres et l’action régulatrice des banques centrales.

À force de ne jamais faire les bons diagnostics, on finit par n’écrire que des bêtises sans rapport avec les réalités.

Consternant.

Échec de l’économisme ou échec de l’économie ?

Dès la fin des années cinquante, marquées par l’exceptionnel enrichissement de ce qu’on appellera « les trente glorieuses », des voix se sont élevées pour expliquer que cette richesse n’était pas un vrai bien mais une aliénation, non pas un progrès mais une illusion. L’individu devenait solitaire dans la foule. Le dépouillement était de toute façon une valeur chrétienne fondamentale. La jouissance était un péché de gourmandise. Les religieux ont les premiers « sonné le tocsin » contre les méfaits du matérialisme. Les philosophes ont pris le relais. Dès la moitié des années soixante, on se piquait chez beaucoup d’entre eux de promouvoir le non-travail, le temps libre. On pouvait enfin accéder, grâce à l’automatisation (on ne disait pas encore : aux robots), à l’idéal grec : philosopher sans rien faire, sans l’ennui moral de l’esclavage. Les philosophes sont devenus de plus en plus critiques à mesure qu’ils étaient concurrencés par les sociologues. L’ennui était leur marxisme « méthodologique » qui leur a fait dire de multiples sottises et les a conduits à soutenir un système d’aliénation totale pour libérer l’humanité d’une aliénation supposée par la consommation.

L’économiste est devenu une espèce de galeux idéologique pour les tenants des religions, des idéologies, des idées et du primat du politique. Il est vrai qu’aux États-Unis, la croyance des économistes qu’ils avaient enfin trouvée leur pierre philosophale, la croissance indéfinie sans crise, les avait encouragés à pousser la discipline dans les universités et à obtenir des recrutements massifs dans l’administration dès le début des années soixante. Les autres pays suivirent et imitèrent. La place des économistes comme celle des sociologues grandit massivement dans les médias et la discussion politique.

Cinquante ans plus tard, il est curieux de constater qu’un nouveau mot est apparu dans les pays développés : l’économisme, forme de maladie sociale et intellectuelle grave, au même moment où l’effondrement du socialisme voyait des milliards d’humains se précipiter vers la consommation, sans tenir compte le moins du monde des idéalistes qui avaient mené le combat contre l’horreur communiste et qui croyaient à un socialisme à visage humain. La sauvegarde de la terre, ambition de droite dans les années d’avant-guerre, est devenue dès le début des années soixante-dix une ambition de gauche. L’écologie a décrété que l’économie était une maladie grave qui tuait la nature nourricière et que les Trente Glorieuses étaient en fait un génocide des espèces vivantes et, ses tenants, des criminels.

Nous en sommes là avec le retour des guerres de religions, la condamnation ontologique de l’individualisme, le refus du progrès, la condamnation de l’abomination des marques, et la désarticulation des clivages politiques traditionnels.

En France, la victoire surprenante d’un des candidats, Emmanuel Macron, avec effondrement des partis de gouvernement traditionnels depuis 1944, la gauche, le centre et la droite dites républicaines, provoque une montée d’adrénaline chez tous ceux qui considèrent l’économie, c’est-à-dire la prospérité matérielle, comme une tare.

Le Figaro Magazine a cru devoir ouvrir avec eux le procès de « l’économisme », succédané honteux d’une vraie religion, supposé animer les forces politiques balayées par le soudain tsunami, mais aussi le jeune vainqueur, ce qui paraît inacceptable à MM. Patrick Buisson et Marcel Gauchet. On le conjure d’abjurer cette funeste hérésie.

Pour eux tout le monde a tort dans cette affaire, les anciens comme les modernes.

Certes, affirme Buisson, le nouveau chef « a parfaitement analysé le vide émotionnel et imaginaire que la disparition de la figure du roi a creusé dans l’inconscient des Français ». « Accomplir des gestes et des rites qui ne vous appartiennent pas, qui viennent de plus loin que soi, permet de s’inscrire dans une continuité historique et d’affirmer une permanence qui transcende sa propre personne ». Voilà pour le satisfecit. Mais « Emmanuel Macron apparaît comme « la figure emblématique de cette nouvelle classe dominante qui aspire à substituer à tous ceux qui aspirent à un salut hors de l’économie […]». C’est très mal parce qu’« un système où l’économie commande l’organisation de la société est incapable de produire du sens ». Revoilà Mounier et sa « dissolution de la personne dans la matière ».

La droite a perdu pour ne pas avoir compris qu’il fallait en fait recréer un grand mouvement conservateur enraciné et enracinant, « subordonnant la matière à l’esprit », qui permettrait « de mettre fin à l’abaissement du politique au niveau de la gouvernance économique ».

Pour Marcel Gaucher le grand virage s’opère en 1974, « une rupture économique et sociale mais aussi anthropologique comparable à celle de 1 492 ». Wall Street et la City ont pris le manche dans la foulée de la hausse des prix du pétrole. Depuis « l’économie et la technocratie règnent en maîtres ». L’atomisation de la société autonomise les individus, désormais irréductibles à une classe. Privées de l’Église et du Parti communiste « les sociétés européennes seraient désormais confrontées à un malaise existentiel profond ».

En un mot l’homme nouveau du nouveau monde dominé par l’économisme, est désormais seul et désenchanté. Du coup il en vient à voter, dans l’extase, pour le vide macronien.

Bien entendu, notre résumé est réducteur. Les réflexions de nos deux auteurs sont souvent riches et intéressantes. Mais nous ressentons un profond désaccord sur un point : ce ne sont pas les économistes et leur religion supposée que serait l’économisme qui sont au cœur des mouvements constatés.

La grande mutation ne date pas comme le dit Gauchet de 1974 mais de 1971 où, pour des raisons impériales, les États-Unis prennent à contre-pied toutes les doctrines économiques du moment pour instituer un système de changes flottants et de domination économique violente. Il s’agit d’une voie de fait qui aboutira à une baisse tendancielle de la croissance, à l’aggravation des crises périodiques et à la montée de l’endettement, ce que nous appelons une économie baudruche, indéfendable en doctrine. Les économistes n’ont pas triomphé dans l’affaire : ils se sont couchés, car ils n’avaient aucun moyen de s’opposer sans risque de carrière ou par médiocrité. Seuls des économistes comme Sauvy, Allais, Rueff ont, en France, sauvé l’honneur de la profession, en montrant les vices inhérents au nouveau système vicieux mis en place. On n’a pas constaté le triomphe de l’économisme mais celui des rapports de force politiques.

Le succès du jeune Macron n’a rien à voir avec l’économie. Le coup d’État qui vient de réussir est comme nous l’avons démontré dans plusieurs articles, un pronunciamiento de la haute fonction publique, qui domine l’état, la société politique, les médias et la finance. Il n’y a rien de solide du point de vue économique dans le programme Macron. Les premières mesures sont fiscales et démagogiques. La dérégulation du travail est un leurre qui permet de satisfaire Bruxelles et qui n’aura dans les formes envisagées qu’un impact minime sur l’économie. De la même façon que les plans « Macron » précédents n’ont pas eu le moindre effet significatif.

Il est évident qu’un comportement un peu plus digne que les exploits de « Bidochon et Foutriquet », qui ont abaissé largement la fonction présidentielle, est bienvenu et apprécié de tous. Mais cela ne suffit pas.

L’économie est malade. Son organisation internationale et européenne est fautive. Elle restera inchangée. On ne constate pas un échec de l’économisme mais un état semi-comateux de l’économie. Le ras-le-bol des électeurs provient de la baisse constante de la croissance depuis 1971 et des conséquences sur l’emploi des explosions de dettes et des crises conjoncturelles résultantes. Ils croient naïvement, et ce n’est qu’en cela qu’on peut parler d’économisme, que leur malheur provient des partis qui ont alterné au pouvoir depuis 1971. On leur dit qu’en dépassant les vieux clivages « on » va pouvoir « faire les réformes nécessaires » et ils radotent « laissons leur une chance ».

Les malheurs du monde proviennent d’un défaut majeur d’organisation du système monétaire international qui n’est pas compris ni même cité, encore moins attaqué. La cause est politique. Le système de monnaie unique européen est également grevé de défauts structurels majeurs qui ne sont pas plus compris du plus grand nombre que traités. La cause est politique. La stupidité française du tout impôt qui a conduit à des dépenses publiques supérieures en valeur à la valeur ajoutée du secteur marchand, est une maladie politique, totalement antiéconomique.

La vérité de la situation devient plus claire :

-        Les Français sont las des impôts et des querelles idéologiques autour des solutions qui permettraient de sortir de la baisse continuelle du revenu par tête. Ils ont perdu confiance, après 40 ans d’incapacité à sortir du trou, dans les partis dits de gouvernements. Ils ont pu être trompés assez facilement par un nouveau venu qui a prétendu qu’on pouvait s’unir au-delà des divisions habituelles pour trouver des solutions efficaces, en vérité apolitiques. Ils l’ont été d’autant plus facilement que la manipulation médiatique a été gigantesque, dans un système où les médias ont perdu toute autonomie et où il n’y a qu’une poignée de décideurs vivant dans la dépendance de l’État.

-        Ce n’est pas l’économisme qui rend malade la société mais l’économie qui est malade des décisions désastreuses prises par les politiques pour des objectifs politiques.

Aujourd’hui la réflexion politique a comme toujours son autonomie par rapport à l’économie. Mais l’économie n’a pas d’autonomie par rapport au politique.

Entre ceux qui ne veulent plus de croissance pour sauver la terre et l’humanité, alors que 7 milliards d’humains veulent consommer et avoir enfin plus qu’une vie de misère et de survie, les stratégies de puissance des grands États, qui n’ont pas renoncé à leur surmoi géostratégique, l’irresponsabilité des pays qui laissent s’envoler la croissance de leur population et donc alimentent une émigration de masse déstabilisatrice, les stratégies d’entreprises mondialisées qui parviennent à échapper au droit commun et à imposer des comportements consuméristes désastreux, tout en échappant aux impôts, l’affaiblissement des États voulus par les bureaucrates de Bruxelles et les européistes militants, la dérive de la dictature des juges, les politiques et les électeurs sont totalement perdus.

L’ennui, dans le cas de la France et de l’élection du jeune Macron, c’est qu’il n’y a strictement rien, dans le programme confus et trompeur du dit, qui laisse planer le moindre espoir. La soumission à l’Europe supranationale paraît totale. Les nouvelles libertés données aux grandes entreprises multinationales et à elles seules, de dépecer le droit social, l’augmentation massive des impôts, sauf pour la finance et ses produits et la démagogie éhontée de l’achat de vote, n’annoncent rien de fondamentalement positifs. Il n’y a rien d’économique là-dedans, sinon du cynisme politique accompagné de licences microéconomiques et sectorielles pour des intérêts particuliers.

N’accusons pas les économistes ni l’économie d’un état de fait entièrement politique. Les pronunciamientos militaires ou de hauts fonctionnaires ont ceci de commun que l’économie n’en forme jamais la substance même si elle apparaît dans la tromperie des discours.

Disons-le nettement et à Marcel Gauchet et à Patrick Buisson : l’économie est malade. Elle ne l’est pas de l’économisme mais des jeux politiques, idéologiques et géostratégiques qui ont entraîné la mise en place d’organisations économiques défectueuses.

La tragique actualité d'Alfred Sauvy

Il est probable que plus personne ne connaisse Alfred Sauvy. Socialiste, il n’en croyait pas moins aux vertus de la rationalité. Très vite, il avait été confronté aux erreurs monstrueuses d’analyse économique de ses amis, reprises en chœur par le gros du peuple et de leurs dirigeants. Mythologie de notre temps – Paris 1965 : Payot est son essai le plus abouti. Tout dirigeant et tout citoyen souhaitant comprendre un minimum les phénomènes économiques devraient le connaître par cœur. Les mythes économiques ont ceci de commun avec le chiendent qu’ils repoussent inlassablement si on ne les arrache pas avec énergie. Et plus personne ne le fait. Le délire qu’est devenue l’élection présidentielle s’accompagne d’une floraison d’erreurs grotesques mais généralement admises. Tout le savoir et toute l’énergie que la crise de 1929 avait permis d’accumuler pour éviter les drames économiques semblent perdus.

D’un côté, les grandes institutions, prises à revers par les décisions américaines de l’été 1971, totalement contraires à leurs statuts, se sont trouvé une religion de substitution dans le culte des trois libertés de mouvement (produits et services, personnes, capitaux) et s'emploient à les promouvoir sans en canaliser aucune et sans tenir compte des réactions des peuples devant les conséquences (crises financières à répétition, endettement colossal, perte de croissance, identités nationales malmenées, démocratie vidée de son sens). De l’autre, les peuples ont perdu confiance et se laissent aller à toutes les erreurs, encouragés par des démagogues de tout poil, dont le point commun est une ignorance économique abyssale ou une parfaite malhonnêteté intellectuelle.

Alors, il est bon de relire Sauvy, comme cela, en cachette, comme on lisait jadis des livres licencieux dans les petits endroits, car s’afficher avec de tels écrits ne peut être considéré aujourd’hui que comme la preuve de multiples péchés. Chut !!!

Faisons quelques incursions dans la licence en citant quelques phrases de L’économie du diable Calmann-Levy, 1976, au titre si merveilleusement précurseur. L’auteur avait 78 ans. Comme Maurice Allais, il a vu dans son grand âge que l’on avait perdu le contact avec la réalité et qu’on en revenait bêtement à tous les drames qui avaient stimulé sa révolte intellectuelle et sa vie de travail après la crise de 1929.

« Comment a-t-on pu tomber si bas dans la non-connaissance ? S’agit-il de la peur de l’opinion, de la crainte de plus en plus vive d’être traités de technocrate. Il ne semble pas ; la sincérité jointe à l’impuissance joue un grand rôle dans cette attitude ».

Peut-on écrire une phrase plus actuelle. L’impuissance devant les trois grandes composantes de la Crise, la perte de croissance, les crises périodiques dévastatrices, et la montée d’une dette délirante, et leurs résultats, le chômage de masse, la fiscalité sans limite et la baisse du revenu par tête, est le moteur principal des dérèglements politiques et médiatiques que l’on constate aujourd’hui. L’argument populaire le plus général en faveur des Le Pen est qu’on ne les a pas essayés et que tous les autres ont échoué. La Youpi politique de Macron est l’autre versant du même sentiment d’impuissance.

-        Vous aimez le blanc ? Youpi !

-        Vous aimez le noir ? Youpi !

-        Mais, attendez, le noir n’est pas le blanc ! Que voulez-vous ?

-        Il faut que le noir aime et respecte le blanc et que le blanc aime et respecte le noir. On transcende et Youpi !

Et cela sur tout sujet. La transcendance, dans ce cas, est la fille adultérine de l’impuissance.

Si Alfred Sauvy avait pu voir à quel niveau de non-connaissance on est tombé, il considérerait que les erreurs de la période de son livre étaient des bluettes !

Écoutons-le encore :

« Poussée par l'opinion, par les syndicats et par l’ignorance générale, et malheureusement par des experts, la politique dévie dans le sens de la pauvreté ».

Nous en sommes à environ dix millions de pauvres trente ans après. L’économie du diable est bien installée. Les syndicats ont donné leur pleine mesure en 2016. Les experts, on en a étudié quelques-uns sur ce blog, sont toujours plus nombreux à pérorer dans l’insignifiance et dans la recherche d’honneurs médiatiques garantis par la conformité à l’erreur commune ou l’évitement des sujets qui fâchent. Quant à la politique, il suffit de lire les propos d’un Hamon, pour constater que la pauvreté généralisée est son mantra.

« La soumission générale au visible et au superficiel, dans une époque scientifique qui entend partout pénétrer le fond des choses, atteint ici une intensité exceptionnelle ».

Qui peut nier que le mot soumission est la clé de l’époque en France ? Avec le « complotisme », il forme le couple tragique qui danse en tourbillon dans les médias nouveaux comme désormais dans les anciens.

Quand, dans la même phrase, un candidat explique que les robots créent désormais la richesse et qu’il faut la redistribuer par la force de l’Etat et non plus par les exigences du travail, tout en expliquant qu’un impôt contre les robots est indispensable, que personne ne parte d’un rire homérique et qu’au contraire, des éditorialistes s’extasient devant la promotion d’un penseur poly cosmique du niveau Ceaucescu au moins, démontre qu’en matière « d'intensité exceptionnelle » le bon Alfred n’avait pas encore tout vu.

Quand inlassablement, d’abord dans les camps écologiques et maintenant à peu près partout, on soutient que les solutions sans productivité sont les meilleures car elles garantissent la création d’emplois nombreux, et que pas une seule voix autorisée ne s’élève pour crier sa honte devant tant de sottise, le bon Alfred n’aurait même pas pu l’imaginer.

« L’extrême sensibilité de l’opinion au fléau du chômage crée les conditions d’un bourgeonnement d’illusions. Mythologie, croyance, dogmes malins sont une seconde nature. La réalité n’est pas simplement éloignée des apparences, elle est à l’opposé », écrit Sauvy qui ajoute : « L’erreur durcit en dogme ». Qui pourrait le nier aujourd’hui ?

La mythologie se voit, selon Sauvy, dans trois aphorismes jamais contestés que tous considèrent comme allant de soi :

-        Le chômage est un phénomène nouveau nourri par l’industrie (on dirait aujourd’hui, nourri par la mondialisation)

-        Il est alimenté par le progrès technique qui remplace l’homme par la machine (on dirait aujourd’hui : « par les robots, le numérique et Uber »)

-        « Le nombre d’emplois existant sur le territoire est limité et a même tendance à diminuer. Tout au plus reste-t-il le même grâce à la création de postes de fonctionnaires et la production d’armement ».

Conclusion : « Dans ces conditions, tout accroissement de la population est défavorable ». Le malthusianisme devient le fondement de la vie politique. La réduction des aides familiales ces dernières années et la baisse corrélative des naissances sont un des marqueurs de la politique de M. Hollande. Mais aussi de l’époque. Sauvy avait tout vu.

Autre constat fondamental qui reste d’une actualité évidente :

« Toute somme, privée ou publique, consacrée à payer des improductifs paraît réduire le chômage, alors qu’elle l'entretient au comptant et l’augmente à terme proche ». Rappelons que Sauvy est socialiste ! Mais il est sérieux. L’improductivité n’a JAMAIS créé de l’emploi. Au contraire elle a TOUJOURS créé du chômage. Qu’on analyse sous cette lumière la proposition de revenu universel sans travailler !

Le livre consacre des réflexions sur les économistes publics : fuite devant l’analyse de la réalité ; tendance à l’échappement dans la mathématique ; contradictions permanentes pour complaire à l’opinion et ne pas trop risquer dans des propositions certes vraies mais contraires à ce que les donneurs de mission attendent. D’où ce constat terrible : « L’impuissance des économistes s’accentue constamment ». Les économistes sont devenus en 2017, pour l'opinion publique, comme les ordres mendiants naguère, « innombrables et inutiles à la foi ». Tout était écrit dès 1976 !

Sur mille autres sujets actuels, Alfred Sauvy développe des idées qui aujourd’hui, en France, ne peuvent même pas être exprimées :

-        « Quelle que soit la durée moyenne du travail l’égalité n’est pas recommandable ni dans le temps, ni entre les branches. Toute rigidité est cause de chômage. Si aucune soupape ne fonctionne, l’équilibre se fait par le chômage ».

-        Le service militaire est une cause de chômage car il stérilise des classes d’âge qui ne peuvent plus produire. Comme les emplois s’échangent contre des emplois, la perte économique est immédiate et s'aggrave des coûts de fonctionnement (les coûts ne créent pas d'emplois s’ils ne créent pas de produits). Autant pour ceux qui défendent le service civil comme une manière de régler le chômage des jeunes.

-        L’auteur dénonce déjà la « tragédie des impôts locaux ». En 76, ces impôts avaient déjà été multipliés par quasiment cinq en francs constants en 18 ans. La tendance ne s’est pas inversée dans les quarante années suivantes. Au contraire on a constaté une véritable explosion des dépenses, des recrutements et des prélèvements. La régionalisation a été une source de croissance démente des budgets improductifs. Sauvy démontre aisément que cette évolution est antisociale et la source d’une hausse massive du chômage. Quel économiste officiel reprend aujourd’hui ses démonstrations et alerte inlassablement sur ces dérives alors que tout était écrit ? L’hyper chômage actuel est largement l'enfant de la décentralisation et de la poussée des dépenses des collectivités locales. « Placés devant les faits, les plus soucieux du bien public hésitent à admettre une vérité aussi dure ». D’où ces inlassables discours sur le caractère heureux de la création de fonctionnaires en région « pour faire face au chômage » et la véritable révolte contre les propositions de F. Fillon proposant de s'attaquer enfin sérieusement à cette cause majeure de chômage.

Le message principal de Sauvy a toujours été l’inadaptation entre structure d’emploi souhaitée et structure d’emploi offerte, et surtout le malthusianisme dans sa définition réduite : l’étouffement démographique et le vieillissement de la population. « Quant aux générations creuses qui naissent en ce moment (1 976) elles seront accablées de lourdes charges de vieillesse et ne trouveront ni les ressources ni les ressorts pour reconstituer une jeunesse. Le cycle du vieillissement sera, dès lors implacable ».

Quarante ans après, nous y sommes en plein. Comme disait Maurice Allais « ce qui doit arriver arrive ».

Rueff, Sauvy, Allais, ces grandes voix ont toutes expliqué une fraction de notre désastre. Elles sont certes des voix du passé et accessoirement de polytechniciens (aujourd’hui honnis comme membres des élites mondialisées). Il est à noter que tous les trois ont fait, en leur temps, des choix non naturels pour leurs corps en choisissant de s'attaquer à la crise de 1929 qui pour eux étaient le scandale majeur de leur temps et à l’économie qui était encore moins une science qu’aujourd’hui. Tout n’est pas à retenir dans leurs réflexions. Mais on y trouve, quand on les relit tous, de quoi comprendre tout, ou presque, de nos délires contemporains et de leurs conséquences.

Trump : une dénonciation raisonnable des énormes déséquilibres mondiaux ?

Non car il ne voit pas que les Etats-Unis en sont la cause...

Depuis 1997, date à laquelle nous avons commencé à nous exprimer en public, nous ne cessons de répéter : "attention à la colère des peuples". Reprenant le message de Maurice Allais et avant lui de Jacques Rueff, nous avons tenté d'avertir que les dysfonctionnements graves du système monétaire international et l'idéologie de l'ouverture maximale aux libertés économiques sans aucune organisation régulatrice, sinon quelques producteurs de règles marginalisés et sans importance pratique, menaient à une crise économique permanente et à la colère des peuples.

Nous avons défini la crise comme la conjonction de trois évolutions destructrices : la baisse du trend de croissance, la violence de plus en plus grande des crises périodiques et l'envolée de la dette. Nous avons condamnée la création d'une "économie baudruche" résultant du recyclage des énormes déficits et excédents extérieurs que les autorités mondiales ont laissé se perpétuer en dépit des statuts formels du FMI, article 1, et des nombreuses explications de la crise de 1929 basées sur le développement de tels déséquilibres.

Alors oui, les déficits monstrueux sont bien au cœur du problème économique mondial.

Lors que Trump "cuicuite" que ces déficits sont intolérables et met en cause l'Allemagne et la Chine, voire le Mexique et le monde entier, il touche un nerf à vif. Mais réaction inflammatoire n'est pas raison. Les excédents monstrueux sont la contrepartie des déficits américains monstrueux. Et il y a déficits monstrueux parce que le dollar est la monnaie du monde et que les Etats-Unis abusent de ce privilège depuis 1971. En faisant sombrer pour des raisons exclusivement politique et militaire les accords de Bretton Woods et en détachant le dollar de l'or, tout en annonçant que leur puissance leur permettrait une politique sans frein de "benign neglect", en bon français de négligence criminelle, ils sont les premiers responsables de  l'instauration d'un système qui ne tient pas compte des leçons de la crise des échanges mondiaux de 1918-1940 et qui ne pouvait que s'effondrer. 

Il appartenait aux pays européens et aux autres pays du monde de protester contre le système des changes flottants et des hyper déséquilibres. Ils ne l'ont pas fait. Pour les alliés des Etats-Unis, par soumission pure et simple. Cela a donné les accords de la Jamaïque source de toutes les difficultés ultérieures. Quant aux pays libérés du socialisme, le modèle allemand et japonais leur a paru le meilleur : construire leur croissance sur la captation de la production mondiale  en profitant de la pauvreté de leur travailleur, en accumulant les excédents  contrepartie des déficits américains.

Au lieu d'avoir cherché une croissance homothétique, on a pratiqué une croissance substitutive. L'Allemagne a totalement capté l'industrie mécanique en Europe et verrouillé une grande partie de ce secteur dans le monde entier. L'Inde et le Pakistan ont capté  des secteurs entiers du textile et du médicament.  Le Japon tient des secteurs industriels entiers, comme les motos, la photo et l'électronique grand public. La Chine est devenue l'atelier du monde. Cette politique a accru les déséquilibres et la vulnérabilité économique.

Les énormes excédents, alimentés par les énormes déficits américains, ont créé une liquidité effarante parce qu'il fallait bien faire quelque chose des dizaines de milliers de milliards de monnaie accumulée. La finance internationale les a recyclés dans les pays déficitaires provoquant une montée inexorable de la dette globale. Ne trouvant plus à s'employer dans la création de richesse, les dettes ont alimenté des "créations de valeurs" détachées de la production. Bien sûrs ces bulles ont toutes fini par éclater.

La situation de Trump est impossible. Il ne peut  dénoncer que les excédents des autres alors qu'ils sont jumeaux des déficits américains. Il ne peut en aucun cas envisager une réorganisation du système monétaire mondial  basé sur l'introduction des changes fixes et  l'interdiction des grands déficits autant que des grands excédents, avec création d'une monnaie de compte internationale différente du dollar.

Donc tout cela ne peut conduire qu'à des désordres et des discordes.

La réponse de l'Allemagne est parfaitement débile : "si nous avons des excédents, c'est à cause de la BCE et du change trop bas de l'Euro. Rien à voir avec nous". Mais pas un mot sur les excédents monstrueux de l'Allemagne au sein même de la zone Euro.

La révolte électorale des peuples occidentaux vivant en démocratie a eu comme conséquence de mettre à nu la cause principale de la crise : les énormes déficits et excédents croisés que l'on retrouve aussi bien dans la zone Euro que dans le monde. A ce jour cela n'a eu comme conséquence que des propos sur la responsabilité des autres de la part des Etats coupables, puissants, sûrs d'eux-mêmes et dominateurs.

Il est clair qu'on ne peut en sortir que par la création d'un système global qui pousse structurellement à l'équilibre des échanges, donc au retour de changes fixes mais ajustables avec une tension internationale pour agir dès que les déséquilibres se forment.

Il appartient au FMI de mettre en avant l'article 1 de ses statuts et de proposer les voies et moyens d'un retour à un système équilibré.

Il aurait été aussi nécessaire que la France porte la voix de la raison. Mais dans l'état où elle se trouve, probablement le plus navrant  de son histoire récente, elle préfère discuter des préférences sexuelles d'un certain Monsieur Macron, dresser des piloris médiatiques débiles, pousser l'exaspération de tous, trouver d'une extrême intelligence que l'on dise dans la même phrase que les robots ouvrant une période où le travail humain ne trouvera plus de rôle et qu'il faut distribuer un revenu universel et taxer les robots, c'est-à-dire supprimer la source de la production redistribuée, où les hauts fonctionnaires violent leur mission pour sauver leurs privilèges, où les juges violent le droit qu'ils sont chargés d'appliquer et où les policiers enfoncent mais par accident une matraque télescopique  dans le fondement des délinquants.

Jamais la France n'aura été plus inutile au monde, prolégomènes d'une sorti e de l'histoire aussi médiocre que ses dirigeants, ses journalistes, ses hauts fonctionnaires, ses enseignants d'université et que la mentalité publique  qui prévaut .

Jamais le monde aura été plus près du diagnostic de la crise et plus loin de la solution.

Qui doit créer la monnaie ?

Le système bancaire mondial  est en faillite virtuelle depuis 2006. Il a inévitablement craqué en 2008. Les pertes latentes accumulées lors des décennies précédentes avaient  atteint plus de dix  mille milliards de dollars, un gros multiple du capital des banques. Les constater aurait été équivalent à accepter la perte de tous les dépôts dans les banques occidentales. Pour éviter ce scénario catastrophe, on sait que la solution retenue a été de créer de la monnaie banque centrale à tout va (16 mille milliards de dollars), de créer plus de 60 mille milliards de dettes nouvelles à taux presque nuls,  de transférer une partie du fardeau aux Etats et aux contribuables, et de rechercher, sans trop de succès,  un peu d’inflation pour limer progressivement le bloc  de dettes, sans que les porteurs ne se sentent trop floués. La création monétaire des banques centrales a été telle que les taux sont devenus négatifs, et que les banques ont répercuté sauvagement sur le déposant, sous forme de taxe, l’usage d’un compte courant par ailleurs imposé par la puissance publique.  En même temps on a cherché à encadrer, en l’étouffant, les activités bancaires, à l’aide de deux techniques : des législations de plus en plus contraignantes et une obligation de couverture en capital des différents marchés de prêts bancaires.

Le plus significatif, dans ce désordre, est l’absolu dédain pour les causes réelles de l’écroulement bancaire, mis simplement à charge des traders et de leur goût prétendument nouveau pour le lucre.  Du coup, des  contradictions monstrueuses  se sont fait jour entre une doctrine économique basée sur le libéralisme et des pratiques absolument liberticides :

-          Obligation de payer en monnaie de banque pour que le fisc puisse tracer toutes les transactions.  Cette obligation d’utiliser les banques pour le moindre règlement et pour stocker sa monnaie est une violence d’état, pas un choix des usagers.

-          Droit des Etats à voler une partie des dépôts, c'est-à-dire de la monnaie conservée de façon forcée dans les banques

-          Limites nombreuses à ce qu’on peut faire de son épargne liquide.

-          Droit accordé aux banques de taxer ad libitum les déposants

-          Canalisation fiscale vers des placements finalement à merci des Etats et gérés par les banques avec risque de spoliation fiscale.

-          Interventions dans la liberté contractuelle et les règles de rémunérations

-          …

Au nom d’un libéralisme de façade, on a créé un système totalement anti-libéral.

On prétendait, en mettant sur le pavois les idées de Milton Friedmann,  que la monnaie était « une marchandise comme les autres » dont la valeur devait s’établir sur des marchés, et voilà que l’Etat ou ses succursales, multiplie les voies de fait contre les usagers de la monnaie.

Naturellement la crise dure. On ne peut pas faire sans conséquences d’aussi grands écarts entre idéologie affichée et réalité, entre motivation légale des institutions et pratiques contraires, entre les faits et les causes.

Les peuples ainsi maltraités au profit de la survie des banques, et accessoirement de leurs dépôts, se rebiffent contre l’idée dominante qui a laissé le système bancaire créer inlassablement une monnaie aventurée dans le financement du néant, sous la supervision borgne des banques centrales. 

Le balancier part dans l’autre sens. Le pouvoir de création monétaire des banques est soudain à l’encan démocratique.

Un rapport signé par un parlementaire islandais du Parti du progrès, Frosti Sigurjonsson, préconise d’enlever aux banques le pouvoir de créer de la monnaie. Une votation suisse pour une « monnaie pleine » suit  avec  succès la procédure, en ayant obtenu plus de 100.000 signatures. Il y a aura vote en 2018.  Le débat sur le rôle des banques centrales et la « distribution d’argent au peuple par hélicoptère » va dans le même sens et rejoint la polémique sur la règle imposée en 1973 qui interdit  aux banques centrales de financer directement les Etats.

Du coup,  on ressort les propos d’économistes qui, très nombreux au cours de ces trois cent dernières années, ont eu la tentation de priver la banque du droit de création de monnaie laissant le seigneuriage  au profit des Etats. De Ricardo à Maurice Allais, ils sont extrêmement nombreux.  Il est vrai que depuis longtemps on associe avec raison le cycle décennal à la purge périodique des excès de crédits bancaires. En soulignant que les pertes colossales  provoquées par  la crise de 2008 ont largement  le fruit d’une création monétaire débridée des banques, on réactive automatiquement le débat sur « qui doit créer de la monnaie ? ». Le FMI a curieusement contribué à échauffer les esprits en publiant l’étude de Jaromir Benes et Michael Kumhof : The Chicago Plan Revisited (Retour sur le plan Chicago) qui discute les  propositions d’Irving Fisher qui vont dans ce sens qu’il avait formulé dans les années trente,  à la suite de la faillite en chaîne de milliers de banques.   (http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.imf.org%2Fexternal%2Fpubs%2Fft%2Fwp%2F2012%2Fwp12202.pdf)

La question est tout de même assez technique et, il faut l’avouer sans fausse pudeur démocratique,  assez largement au dessus des moyens de tous ceux qui n’ont pas longuement étudié la question. Le grand public est néanmoins appelé à la trancher. On peut le craindre car le sujet contient d’excellentes perspectives démagogiques :

-          Les banques sont mal aimées

-          L’idée que de l’argent gratuit pourrait se retrouver dans la poche de tous sans rien faire est tentante.

-          Le tout peut s’enrober dans une idée simple du bien commun opposé aux vilains profiteurs

-          Toute critique de ces merveilleuses mesures  peut être écartée d’un revers de la main comme achetée par le système financier et portée par des « complices » des banques.

Le terrain est meuble pour semer des graines de passion et obtenir une jolie mobilisation. Des centaines de milliers de personnes ne comprenant pas toutes les arcanes du sujet peuvent se trouver séduites par un grand coup de pied dans la fourmilière et « arrive que pourra, au moins on se sera défoulé ».  C’est un peu le même mode d’agrégation de réflexes « anti-système » que l’on retrouve dans l’idéologie qui veut que les monnaies locales soient parfaites et les monnaies d’Etat mauvaises, ou qui laisse croire que la taxation des opérations financières aboutirait, en trois minutes, à sortir le monde de la pauvreté, des difficultés écologiques, et des grandes épidémies.

L’initiative marche aussi bien en Islande où le système bancaire, croyant appuyer sa création monétaire extravagante sur des actifs mondialisés considérés comme réels, s’est effondré du fait de la faiblesse des « collatéraux », provoquant des pertes que la place ne pouvait couvrir (elles étaient de plusieurs fois le PIB marchand Islandais) et la Suisse où des pertes considérables ont été subies par UBS et le Crédit Suisse plusieurs fois supérieurs également au PIB suisse mais où les traditions bancaires et les pétromonarchies pouvaient aider à faire face sans trop inquiéter le citoyen suisse.

 

Voici donc la castration des banques devenue un thème politique et un levier pour les activistes  qui cherchent à dresser  les « masses conscientisées » contre la « globalisation néolibérale ».

L’occasion nous est donnée de rappeler les thèses développées ici depuis 8 ans :

-          Les banques ne créent de monnaie que de façon contrainte. Elles sont plutôt des amplificateurs de liquidité. La monnaie qu’elles créent devrait être gagée sur la croissance de revenu provoquée par l’investissement productif. Elles sont constamment sous la menace d’une demande de conversion de comptes-courants en monnaie banque centrale et elles doivent donc conserver un portefeuille de prêts négociables et escomptables. Si les banques se sont mises à battre monnaie de façon délirante, la raison en est à chercher dans les sources primaires de liquidité et principalement les retours de balances de paiements excédentaires dans le système bancaire des pays déficitaires.  Si on laisse d’énormes excédents et d’énormes déficits se produire, le pays excédentaire ne peut plus investir les gains de devises en interne (il est déjà hyper compétitif), et la devise étrangère se stérilise. Alors il la replace dans le pays où elle a cours. C’est ainsi que l’Allemagne puis le Japon puis la Chine ont créé des hélices doubles de crédits avec les pays déficitaires de contrepartie, surtout les Etats-Unis. Elles ont provoqué les crises de 73-74, 92-93 et 2008-2009. L’afflux de liquidité n’ayant plus de rapport avec la production, les banques ont financé massivement des faux-espoirs de plus values.  Les banques ont été le principal vecteur des pyramides de crédits, mais les énormes déséquilibres de balances de paiement sont la vraie cause des crises successives. Il faut donc mettre fin à un système qui permet de tels déséquilibres, si l’on veut agir sur la cause primordiale et pas l’amplificateur.

-          Le concept de banque universelle, dont la gestion se fait en symbiose avec l’Etat est un désastre, même si ce modèle est le chouchou préféré des banquiers et des hauts fonctionnaires français. Nous considérons que la banque de paiement doit être distinguée de la banque de crédit, qui doit elle-même être distinguée de la banque d’investissement. Les ressources des banques de crédit et d’investissement doivent limiter la « transformation », afin que des crédits à court terme ne viennent pas financer des investissements à long terme.

-          La banque de paiement est une société de service. Elle assure la conservation de la monnaie et organise ses mouvements. Le progrès technique et la concurrence doivent permettre de faire baisser le coût de garde et le coût de transaction. Naturellement, l’usager paie pour le service et la fausse gratuité du compte chèque disparait. Si le déposant (qui fait du coup un vrai dépôt) veut conserver son encaisse liquide, il le laisse en compte courant, où il est inaccessible : la banque n’en prend pas possession.  Il est d’usage de considérer que le coût de la partie gestion de compte pour l’usager est actuellement masqué car pris en compte partiellement par le banquier.  L’informatisation a changé la donne : la partie paiement et conservation voit ses coûts baisser de façon étonnante. La banque doit faire face à de nouveaux concurrents tous les jours sur ce segment. Le mouvement est donc clair vers une autonomisation de la fonction « tenue de compte et paiement ». Si les banques de paiements sont des sociétés de service, on ne voir guère d’inconvénients à ce que des réseaux de géants mondialisés se constituent, avec une capacité d’amortir les investissements techniques sur une grande échelle, baissant encore le coût facturé au déposant. L’important est d’éviter les monopoles.

-          Les banques de crédit fonctionneront à partir d’argent emprunté sur le marché monétaire. Les banques spécialisées dans des marchés particuliers dont les durées de prêts seront ajustées. Elles pourront également escompter auprès de la banque centrale un portefeuille de prêts afin d’obtenir une liquidité nouvelle non préexistante dans le système. Comme les marchés de devises sont interconnectés, elles pourront acheter des liquidités en excédent  à l’étranger et convertir les devises pour couvrir leur besoin de liquidité. Mais comme les grands excédents et déficits seront bannis et que nous considérons que les changes fixes et ajustables sont le seul moyen d’éviter les trop gros déséquilibres, le risque d’une abondance excessive de liquidité est impossible. 

-          L’ensemble du système que nous proposons évite les paniques bancaires,  sauf vol direct des dépôts dans les banques de paiement par un état spoliateur et vorace, ce qui parait inconcevable car parfaitement inutile. Il limite les crises périodiques en évitant partiellement les effets d’emballement.

-          Son risque est de faciliter la thésaurisation. Mais on voit que ce risque existe déjà.   

-          Pour une croissance de trois à quatre pour cent par an, il ne faut pas une création monétaire gigantesque. Si les encaisses désirées restent stables, le refinancement monétaire des investissements financés à découvert par les banques augmentera au rythme de la croissance.

-          Reste la question des financements de l’Etat. Utiliser les banques centrales pour alimenter directement le trésor n’est pas une solution, sauf pour le financement d’investissement que seul l’Etat peut faire et dont il est certain qu’ils créeront directement ou indirectement du revenu. Cela devrait rester interdit, en temps ordinaire pour le financement de l’impasse primaire. Le risque, sinon, est de créer une inflation incontrôlable.  Pour les investissements publics longs, il n’est pas absurde que les Etats s’endettent prioritairement auprès de la banque centrale, sous réserve de règles prudentielles extrêmement sévères. Il n’est par exemple, pas question que l’on finance une hausse des salaires des fonctionnaires de l’éducation nationale sous prétexte que l’investissement dans les hommes est un investissement productif.

-          La question des circonstances exceptionnelles, des dépressions lourdes, des collapsus, comme dans les années 1930 ou les années 2010 est évidemment différente. Là, presque tous les moyens sont bons. L’important est de ne pas se mettre dans de telles situations. La seule solution est dans un bon système monétaire international, basé sur les changes fixes, la responsabilité des Etats vis-à-vis du change, et l’interdiction ou la pénalisation des gros déficits et des gros excédents.

Est-ce à une procédure référendaire qui faut confier l’ensemble de ces questions ou à une conférence internationale ? La seconde solution serait sans doute la meilleure. Mais un nouveau Bretton Woods est-il simplement possible ? Peut-être des votations peuvent-elles en créer les conditions. Mais il est difficile de faire face à la complexité par des simplismes, encore que de toute éternité on sait qu’il faut parfois trancher les nœuds gordiens avec plus de violence que de réflexion.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile.


Le livre d’Aude Lancelin : plongée profonde chez les journalistes morts-vivants.

Par atavisme familial, nous sommes attentifs au destin des femmes de lettres ayant réussi à monter au plus haut de la hiérarchie de la presse pour s’en voir débarquer sans ménagement par des mâles expéditifs lorsque des évènements trop grands pour eux venaient ébranler leur fragile empire. En général, rode toujours dans le décor une histoire de relation amoureuse inappropriée. Aude Lancelin a choisi de s’unir à Frédéric Lordon. Elle a risqué une position assise à passer ses nuits debout. Ils ne l’ont pas raté.

Il est toujours dangereux d’être indélicat avec les belles plumes. Nicolas Sarkozy en a fait la preuve avec Patrick Buisson. Xavier Niel le découvre à son tour avec Madame l’Agrégée de Service.  « Le Monde Libre » (Les liens qui libèrent - ISBN 979 10 209 0460 7) est bien plus qu’une dénonciation, bien plus qu’un règlement de compte. Exactement comme l’est « La Cause du Peuple ».

Dans un cas comme dans l’autre les auteurs décrivent  une plongée documentée dans le néant. Pour Patrick Buisson, l’effondrement dans le n’importe quoi de Nicolas Sarkozy portait jugement  sur les tourments d’une droite fonctionnant comme un canard sans tête et qui se serait tiré, de surcroît plusieurs balles dans les deux pieds.  Chez Aude Lancelin, on exécute aussi un mort : le socialisme moralisateur de média, dont le mausolée fissuré a été acheté par un pornographe enrichi naguère par le Minitel Rose, et où ne s’agitent plus  qu’une bande d’opportunistes toujours plus serviles.

Autres éléments communs :

-          Tous les deux étaient bien nourris dans le fromage, avant qu’on les en extirpe.

-          Tous les deux ont mal vécu d’être éliminés sans égards particuliers, avec même, de la part des anciens employeurs, une volonté de tuer pour longtemps voire pour toujours.

-          Tous les deux ont une dilection particulière pour les extrêmes. Aude trouve des qualités de la délicatesse aux manières et à la pensée d’un Badiou, dont les deux pieds sont bien plantés dans la mare de sang des 100 millions de victimes du communisme. Patrick Buisson a une vision nationale catholique et pré-républicaine affirmée dont il est d’usage d’affirmer qu’elle tient plus de Maurras que de Barrès, à moins que ce soit l’inverse.  Que ces deux mondes soient morts pour de bonnes raisons n’influe pas sur ces engagements.

-          Tous les deux sont effarés par une mondialisation qui s’est faite sur le dos du peuple et en particulier d’une classe ouvrière nationale qui se trouve privée et d’emplois et de symboles.   

Patrick Buisson décrit un pouvoir d’apparence dirigé par un nain politique qui cherche des slogans démagogiques  et virevolte en fonction de l’idée qu’il se fait de l’état de l’opinion (et de la presse de gauche).

Aude Lancelin décrit un monde médiatique « de gôôôche » qui s’est éloigné du monde ouvrier depuis des lustres et qui s’est mis au service de la « globalisation atlantiste » et d’un PS complètement vidé de la moindre substance, où l’entre-soi  rigolard de pseudo journalistes compromis avec l’argent et le pouvoir est le véritable jeu. Ces social-traîtres ontologiques ont besoin d’un FN diabolisé pour faire semblant d’avoir un rôle moral, ajoutant l’indécence de l’imprécateur à la ruine des idées ouvriéristes, et se flattant d’avoir pris la France intellectuelle en otage, au nom d’un anti-fascisme fantasmé autant qu’intéressé.

Il va de soi que l’arrivée de la triplette tragique, formée du fameux milliardaire du sexe, d’un homosexuel argenté, enrichi dans la vente mondialisée d’objets d’un luxe parfaitement bourgeois, et d’un espoir de la grande banque juive, converti au rockabilly et poussé par l’inévitable Alain Minc, n’est pas pour rien dans l’effondrement de la presse écrite de gauche. Les milliardaires de la presse ne cherchent pas à trouver les nouvelles formes utiles de journalisme à l’heure d’Internet. Ils veulent conserver le pouvoir de nuisance nécessaire à leurs entrées dans les allées du pouvoir.   

On peut contester le roman à l’eau de rose qui voudrait qu’Hubert Beuve Méry ait été ce véritable Saint de référence  qui aurait créé une presse « libérée des corruptions de l’argent et des intrusions de l’Etat ». Après tout l’aventure avait commencé par un vol… cautionné par l’Etat d’alors.  

Mais comment ne pas être d’accord avec la phrase d’après : « le Monde Libre (nom de la coquille vide chargée d’agir au nom de la triplette -Ndlr)  c’était en fait le « monde free », du nom de l’entreprise de télécoms discount grâce à laquelle l’ogre avait bâti toute la fortune profuse qui lui permettait de racheter la presse nationale. Un monde réputé pour son insensibilité achevée au sort de ses salariés. Un monde où ces derniers n’existaient que comme variable d’ajustement  dans la course à l’optimisation des coûts qui était l’unique doctrine de l’ogre une fois retiré le vernis de sa saga entrepreneuriale enchantée ». « Il y avait désormais deux catégories  de journalistes à Paris. Ceux qui travaillaient pour le Monde Libre et ceux qui travaillerait un jour pour lui. Aussi, rares étaient les enquêteurs qui prenaient le risque de se fâcher avec l’ogre et de rappeler les différentes tâches qui figuraient sur son CV. Avant les parrains du CAC 40, l’ogre avait en effet surtout côtoyé les propriétaires de sex-shops de la rue Saint Denis et évolué dans le monde sans lustre des peep-shows. Le futur maître du Monde Libre avait été lourdement condamné en 2006 par le juge van Ruymbeke. Il souhait à toutes forces oublier ce passé qu’un océan d’argent entier n’était pas encore parvenu à laver». « Ce n’est que bien des années plus tard que l’on s’aperçut que l’ogre avait placé de l’argent dans la quasi totalité de la presse en ligne « indépendante » et que de fait celle-ci l’était rarement  dès lors qu’il s’agissait de publier le moindre renseignement gênant sur lui. »

Pour finir, la Reine Aude (dans ce milieu les femmes qui réussissent deviennent aussitôt des « reines », et Madame Lancelin eût un temps le même titre que la Reine Christine que son mariage avec un ex coco reconverti d’abord dans l’humanitaire bobo puis  dans la recherche frénétique d’une retraite élusive, avait porté au sommet de la presse télévisée avant de finir dans le discrédit) tient à mettre les derniers fils bien à nu. « Pour l’ogre qui œuvrait sur ce marché entièrement régulé par l’Etat, la qualité des rapports avec la puissance publique était primordiale. Une location de réseau non renouvelée et c’était toute son affaire de téléphonie mobile qui se serait écroulée ». Voici donc la presse devenue « un simple décor occultant de déshonorantes coulisses » et le journal «une de ces maisons centrales où l’on écrivait le mot liberté sur la grille d’entrée pour chaque jour mieux la saccager ». Voici le journalisme réduit à la seule fonction « de conforter les mensonges grégaires ».  Les rédacteurs en chef intouchables  sont « les hommes de paille de clans ministériels ou d’hommes d’affaires, exécuteurs scrupuleux des intentions de ceux-ci, propagateurs des bruits qu’ils souhaitent voir courir ». L’ogre ne se faisait pas prier pour fanfaronner à ce sujet assurant que depuis que ses associés et lui avaient pris la tête du groupe Le Monde, « il n’avait pas à attendre une demi journée pour être reçu à l’Elysée ».  Il faut dire qu’avec François Hollande le concubinage avec la presse était plus qu’un passe-temps, comme un livre récent et passablement dérangeant l’a si bien démontré.

Ma licence téléphonique contre ma complaisance à illustrer tes éléments de langage et soutenir tes ambitions mêmes totalement utopiques. Voilà le « deal » implicite. Mais il ne faut pas que cela coûte trop cher non plus sur un fond de social libéralisme atlantiste et pro-européen où le patriotisme devient un gros mot et le social une occasion de bien rigoler entre copains à chaque réunion du Siècle. La presse française n’est pas devenue muette. Mais elle accompagne le vide de slogans utiles à la promotion du capitalisme le plus vil ou la candidature d’ « hommes- sandwich »  dans le mépris de toute idée, de tout débat, de toute pensée.

Le livre d’Aude Lancelin mériterait d’être lu en même temps qu’un autre, à écrire, sur les chaînes de la TNT et leur mise au pas par un certain Drahi dont les capacités d’endettement sont aussi surprenantes que ses ambitions ne le sont pas : d’abord chasser de toute tribune la racaille socialiste pro-palestinienne. Contrôler le tuyau pour canaliser le contenu en fonction d’intérêts ou personnels ou propices à certaines influences est le maître mot de l’évolution vers le pire d’une presse ruinée par l’Internet. La puissance des grands intérêts mondiaux et leur capacité à vassaliser le forum interdisent tout débat. Et pousse sur le pavois politique des nullités commodes, heureux d’une carrière en apparence illustre mais qui s’apparente à l’art du ventriloque.

Du coup la France ne parle plus au monde. Sans idées ni débats, elle s’enfonce dans l’auto destruction, la régression économique accélérée, les séries américaines, la substitution de population,  la fiscalité confiscatoire, le chômage de masse, le n’importe quoi diplomatique, les attentats, la régression de la natalité, l’incapacité à résister aux forces étrangères et la soumission générale.

Malheureusement, chère Aude, l’avenir n’appartient pas aux Badiou, à Attac et aux nostalgiques du « socialisme génocidaire ». L’asservissement de la presse de gauche a été précédé par cinquante ans de servitude idéologique vis-à-vis du communisme et de ses mensonges, condamnés à la condition expresse « de ne pas faire le jeu de la réaction », contradiction qui s’est transformée en moralisme anti-fasciste mécanique et en affrontement sans cause entre un camp des bons autoproclamés et des vilains indéterminés. On est passé d’un faux semblant à un autre. D’un théâtre d’ombres à un autre. La réalité a cessé d’être l’objet des réflexions et des analyses au profit de la valorisation de camps fortifiés où devaient régner l’ordre de gardes roses capables d’adorer le lendemain ce qu’ils brûlaient la veille, pourvu que la meute puissent conserver son écu de chevalier du bien. Bien aussi incertain et capricieux que le sens de l’histoire.

Vous avez raison de constater, « aussi inouï que la chose paraisse », que l’Obs n’a réagi «ni à la ruine à grand spectacle du communisme, ni à la reddition  intime du socialisme, non plus qu’aux dérèglements désormais évidents de la mondialisation». C’est vrai de la totalité de la presse de gauche qui depuis longtemps ne se contente plus que d’affirmer sa supériorité morale autoproclamée  sans rien voir de la réalité, le tout grassement subventionné par de l’argent public, avec larges rétributions et honneurs pour les journalistes de cour et de réseaux qui régnent à sa tête.

Mais qu’a dit l’Obs quand les terribles avertissements de Maurice Allais sont venus expliquer « l’horreur économique » qui commençait à s’installer. Silence ou mépris, tels furent les réponses alternatives. Pas question de relayer des propos qui laissaient entendre que la libéralisation totale des marchés provoquerait du chômage de masse, ou que les changes flottants et l’abolition de toutes les règles prudentielles au profit d’une spéculation sans limite aboutiraient d’une façon nécessaire et mécanique à une nouvelle grande dépression suite à effondrement bancaire.  Déjà la transformation de l’éditorialiste en simple curé, Savonarole  d’autant plus excité que le dogme était plus incertain, s’était produite. Le roi du Minitel rose, des sex-shops et des peeps-show n’était pas encore dans la boucle.

Votre livre, chère Aude,  est des plus justes. L’asservissement de la presse de gauche est bien ce que vous en dites. Mais sa décrépitude avait commencé bien avant « la décadence du métier » et la « greffe néolibérale ». Les « opérations de police intellectuelle » y étaient déjà de règle depuis longtemps, de plus en plus loin de l’observation des réalités, de plus en plus loin des vrais débats, de plus en plus loin des questions qui fâchent.

L’avenir du journalisme n’est certainement pas dans le culte servile de parvenus de la pornographie et de la tuyauterie téléphonique associées, il ne l’est pas non plus dans la restauration d’un politiquement correct aigri de la religion communiste.  

Comme Patrick Buisson, vous cherchez l’avenir dans d’improbables restaurations qui n’auront pas lieu. « Le Monde Libre » comme « La Cause du Peuple » sont deux livres dont la lecture est indispensable en ce qu’ils nous donnent à voir l’incroyable décrépitude, et même la trahison,  des grandes institutions médiatiques et politiques françaises. Mais ni l’un ni l’autre ne proposent les métamorphoses nécessaires.

Le travail reste à faire.

L'économiste "mainstream" et le garde rose

Quiconque a fréquenté les forums, puis les réseaux dits "sociaux", sait qu'il est impossible d'échapper à la frénésie d'une nouvelle race de moralistes électroniques : le garde rose. Son rôle ? Chasser le "fasciste" et en purger le Web. Pour déterminer le fascisme supposé de l'interlocuteur, l'important n'est pas tant ce qui est dit mais l'appartenance supposée de celui qui le dit. Les arguments n'ont aucune importance. La réalité non plus. La seule question qui compte : renforce-t-il notre camp, qui est celui des bons, des justes et des "conscientisés", ou est-il un obscur crétin égaré dans la bêtise de droite, ou découvre-t-on  un "vrai fasciste" qui s'attaque, au nom du mal absolu, aux valeurs du camp socialiste dominant ? Au pauvre débile non encore formaté, on condescend à montrer son erreur qu'il doit vite concéder. Sinon il entre dans le camp des irréductibles. À ceux-là, la "reductio ad hitlerum" est immédiate et assortie de toutes les techniques de mises au pilori. S'il persiste encore : appel à la meute des partisans pour lui passer une correction par le nombre plus que par la qualité des arguments. Cette bêtise de dévots violents est symptomatique d'une "lélinosphère" débridée qui a besoin d'une "fachosphère" pour se sentir à l'aise. L'effet Godwin est devenu la base du non-débat.

En France en particulier la mouvance socialiste n'admet pas que l'économie puisse lui donner des leçons. L'échec du régime communiste soviétique a créé une sensibilité particulière, en ne laissant vivante qu'une seule branche de l'alternative idéologique entre capitalisme et socialisme. Tout économiste qui se situe dans la sphère du capitalisme est donc potentiellement un ennemi et rapidement un "fasciste". Impossible de discuter du poids de la fiscalité, de la malfaisance des réductions autoritaires de temps de travail, de la judiciarisation excessive des relations contractuelles, de la nocivité des grèves politiques, de l'efficacité des aides sociales, des effets de l'immigration sur la vie sociale et économique. Seuls ceux qui ont fait la preuve absolue de leur appartenance ont le droit d'échapper aux plus sinistres condamnations. Mais si votre visa est validé alors vous pouvez suivre tous les méandres de la bonne conscience de gauche même dans ses révolutions à 180°. L'important est de ne pas remettre en cause le primat moral de la gauche socialiste et intolérante. Peu importe ce qui est admis à tort éventuellement par le groupe à un instant donné, l'important est de ne pas attaquer le groupe et de bien lutter contre un diable extérieur à vouer aux gémonies. On peut garantir alors qu'on est bien campé aux yeux de l'Oumma socialiste dans le formidable camp du bien.

Pour le chercheur scientifique, cet esprit partisan de masse n'impose pas seulement de supporter les flots d'injures "social racistes" de partisans grotesques, mis aussi de résister à des chasses à l'homme et de lutter contre des exclusions. Lorsque les syndicats politisés du secteur public s'y mettent, les carrières tremblent. On se rappelle le sort du cameraman qui avait osé filmer le "mur des cons" du Syndicat de la Magistrature. On se souvient moins que l'auteur d'une étude de l'Insee sur l'absence d'effet réel des 35 heures sur l'emploi a subi une campagne de la CGT interne d'une violence inouïe et a vu sa carrière mise en danger.

Cette dictature des esprits, construite sur le vilipendage, les piloris et les pressions syndicales, relayée à l'occasion par les politiques et toujours par les médias de gauche ou sous dépendance morale de la gauche, explique en partie la faiblesse des études économiques en France et la quasi-nullité de l'expression économique des économistes officiels. "L'économiste mais" est devenu l'équivalent du "patron mais" de Neuschwander, dont le succès chez Lip est bien connu. Il y avait déjà rue Saint Guillaume dans les années soixante une librairie dont la devanture n'affichait que des livres d'économie "anticapitalistes". L'OFCE rattachée à Sciences-po est devenue l'officine de la béatitude socialiste. Les interventions permanentes de ses membres dans les médias (Eric Heyer et Henri Sterdyniak en particulier) ne sont qu'un long panégyrique de la politique de M. Hollande, quand elle est clairement socialiste, une critique acerbe, dans le cas contraire, une défense idéologique des réductions de durée de travail, une illustration des beautés et bontés de la dépense publique, de l'innocuité de la dette, et la solidité cachée de la conjoncture, en dépit de la vilaine Merkel. Tout changement de direction à la tête de l'OFCE crée une mobilisation contre le risque de "dérive droitière" ou "néolibérale", comme on l'a vu avec la nomination récente d'un conseiller… d'Arnaud Montebourg. Les divisions du PS y sont plus importantes que la science économique. Il n'est pas étonnant qu'Éric Heyer ait été en tête de gondole pour s'opposer à la prétention de Jean Tirole à faire valoir des "lois économiques scientifiques" parce que vérifiées par les études publiées et les chiffrages sérieux. Pour lui, il n'y a pas de sciences économiques "dures". Seulement un discours à coloration politique. Il s'agit de pulvériser celui du camp du mal avec des arguments qui appartiennent plus au registre du café du commerce socialiste qu'à celui de la science. Mais puisqu'on vous dit qu'il n'y a pas de science économique !

L'amour fou des journalistes, des éditeurs et des politiques pour les économistes américains "de gauche" témoigne de cette même réalité politico-psychologique. Paul Krugman et Joseph Stiglitz sont "nécessairement" des Prix Nobel d'Économie à entendre et à écouter. Le premier se signale dans les colonnes du New York Times, depuis des lustres, comme le contempteur intraitable et officiel du Parti Républicain  ; Le second est un théoricien de l'inefficacité des marchés, milite contre l'Euro au nom de Tsipras, et a injurié, en prime, quelques membres du FMI. Il fustige à longueur de livres le "néolibéralisme". Le passeport est suffisant pour leur concéder toute la place dont ils sont dignes dans les médias français. On a vu Sarkozy faire un pont d'or à Stiglitz pour essayer de se faire accepter, comme le lui recommandait la douce Carla, par les milieux socialo-bobos qu'elle fréquente. Les économistes atterrés, Alternatives économiques, sont d'autres exemples du goût français pour une économie propagandiste et partisane assumée.

On comprend l'énervement des économistes qui cherchent à établir des lois économiques solides par des méthodes scientifiques classiques et qui se font "conchier", désolé, il n'y a pas d'autre mot, lorsqu'ils établissent un résultat qui fâche les thuriféraires des politiques "vraiment socialistes" et donc, glorieusement  "anticapitalistes" et "antilibérales".

Le livre de Pierre Cahuc et d'André Zylberberg est exemplaire de cette révolte. Le titre peut en paraître choquant au départ."Le négationnisme économique". Le négationnisme est un concept qu'on retrouve plutôt sur les questions de génocide que dans les combats pour une réflexion libre en économie. Le début du livre trouble aussi quand il ne s'applique qu'à rechercher dans l'action de Jean Paul Sartre les ferments d'un goût pour l'engagement politique marxisant poussant à une prégnance antiéconomique purement idéologique. Les auteurs constatent que l'économie socialiste engagée, dominante dans la France universitaire, n'est qu'une application à leur domaine de l'action de Lyssenko dans celui de l'hérédité. Ce n'est pas gentil. Mais suffisamment près de la réalité pour susciter un tir de barrage de tous ceux qui se sont sentis visés et qui ont voulu moucher le livre dans la presse qui assure depuis toujours le conditionnement de "l'opinion",  du moins telle qu'on la juge convenable dans le microcosme germanopratin de gauche.

Le Monde a ainsi publié un article réactionnel d'un certain Hautcoeur expliquant que le scientisme était l'ennemi de la science et que l'anthropologie, c'est-à-dire, pour lui, la description orientée par l'esprit partisan, était un devoir. Pour conclure, on l'aurait parié, que l'économie était chose trop sérieuse pour la laisser aux économistes et que l'esprit scientifique contribuait "à la montée des violences" (sic). Un paragraphe de plus et on atteignait le point Godwin. Les auteurs répliquèrent avec raison dans la colonne d'à côté que "faire croire que seuls les autoproclamés hétérodoxes ont un regard critique sur leur profession est une escroquerie qui empêche tout débat serein et informé sur un grand nombre de sujets essentiels pour notre avenir". "La mise en scène d'une coupure "scientifique" entre les soi-disant orthodoxes et les autoproclamés hétérodoxes n'est qu'une arme stratégique dans le champ des confrontations politiques" clament avec raison Cahuc et Zylberberg.

La vérité à laquelle les auteurs n'accèdent pas,  est que l'incapacité des économistes officiels à prévoir la crise et à en juguler les effets pose une double question.

- L'une est le poids politique et idéologique qui pèse sur les médias pour empêcher tout débat sur des questions où les pressions sont très fortes. Aucun économiste officiel ne peut espérer une carrière à la Commission européenne, à l'OCDE, au FMI, sans se soumettre aux thèses pesantes que les Américains souhaitent faire valoir dans la durée. Impossible d'y critiquer les changes flottants par exemple ni les grands déficits et excédents. En France, l'expérience de la révolte de Maurice Allais a montré qu'on ne pouvait s'insurger contre la pensée dominante dans les instances européennes et françaises qu'à son détriment, même quand on a eu raison.

Oui la réflexion économique est bâillonnée de toute part. La création de ce blog est une des manifestations de ceux qui veulent pouvoir alimenter le débat sans être constamment bloqué, paralysé, inquiété. Il faut faire entrer le réel dans le débat. Il faut des débats.

- L'autre est que l'économie est une science en souffrance compte tenu des nombreuses difficultés théoriques et pratiques qui lui rendent la vie difficile. Il n'y a plus d'orthodoxie parce que les grandes questions sont ignorées et qu'il n'y a pas de volonté commune de trouver les réponses. Les exemples de résultats scientifiques donnés par le livre de Cahuc et Zylberberg sont microbiques. Ils touchent des domaines secondaires. Cela ne remet sans doute pas en cause la méthode mais certainement le champ d'application. Le macroscope est aussi utile que le microscope.

La pensée économique n'a besoin ni de la tutelle américaine ni des piloris des "gardes roses", ni même les anathèmes d'un Buisson et de la droite intégriste contre" l'économisme", prétendument triomphant. Science sans indépendance ni liberté d'expression n'est que ruine de l'âme. Mais une science sans résultat global probant est un sujet d'inquiétude. La Reine d'Angleterre a raison.

Si les chiens se déchaînent, c'est que le grand corps de l'économie est malade, donc à merci. Mais ils risquent d'en faire un cadavre pas vraiment exquis.

La réflexion économique est indispensable. Il est faux d'affirmer qu'elle ne permet aucune prévision. Nous avons pris le risque sur ce site de toujours associer une réflexion à une prévision raisonnée. Nous avons prévu la crise de 2008 et dit quand, quelle intensité et pourquoi. Nous avons annoncé à l'avance l'échec du RMI ou de la RGPP et même de l'optique retenue en 2009 par le G20. Nous avons montré pourquoi la campagne présidentielle ignoble de 2012 déboucherait sur le n'importe quoi et l'absence de résultat. À chaque fois, la prévision a  été assise sur un raisonnement et l'observation des faits. Nous regrettons d'avoir été largement les seuls a faire cet effort d'exposition publique. L'économie officielle en France, en Europe et dans les instances officielles se montre sur presque tous les sujets incroyablement taiseuses ou se contente  de rétro-analyses sans danger. La plus grande difficulté est aujourd'hui l'autisme économique, qui se traduit par l'évitement des grandes questions et la soumission aux groupes de pression et pire encore à l'air du temps. Et qui laisse le champ libre au n'importe quoi politicien et idéologique. Les auteurs ont partiellement raison d'invoquer les mânes de J. P. Sartre : le Garde Rose vit entre le paraître et néant.

OMC : une erreur tragique de diagnostic

L'OMC a enfin donné les chiffres clé d'un désastre que nous annonçons depuis longtemps : la contraction de la croissance du commerce international qui perd son rôle de leader de la croissance mondiale :

- Le commerce international croîtra très faiblement (1.8 %) en 2016 moins vite que la croissance globale des PIB qui est elle-même très faible (entre 2 et 3 %). La croissance moyenne du commerce avait été de 6 % depuis la chute de l'URSS

- L'investissement transfrontalier a été multiplié par sept pendant la période pendant que le commerce n'était multiplié que par trois.

Ces indicateurs racontent toute l'histoire : l'économie "baudruche" est bien installée en 1990 et s'amplifie après avec des croissances de mouvements de capitaux sans rapport avec la production proprement dite. Elle a explosé en 2008.

Mais l'OMC va faire une erreur de diagnostic magistrale. Certes, l'effondrement de la croissance du commerce internationale est lié à la crise de 2007-2009, mais il est totalement faux d'affirmer qu'il s'agisse de la "première crise de la mondialisation".

La myopie est singulière.

Son premier inconvénient est d'éviter tout diagnostic de la crise de 2008. D'où serait venu cet accident ? Uniquement des "excès de la finance dérégulée". En catimini voilà revenir l'explication bécassine de la crise par les "subprimes". Rappelons que les subprimes, c'est 600 milliards de dollars d'en cours problématique dont 400 ont été peu ou prou récupéré, alors que le trou global était quelque part entre 12 mille et 15 mille milliards de dollars et qu'il a fallu le combler en faisant monter la dette globale des Etats à plus de 60 mille milliards de dollars (soixante fois le niveau de l’économie marchande française annuelle pour donner du corps à ces chiffres monstrueux).

La récession de la fin des années 2000 est de même cause et nature que celle du début des années quatre-vingt-dix et que celle du début des années soixante-dix. Les difficultés de la Chine sont de même cause et nature que celles du Japon après 92-93 et de l'Allemagne après 73-74.

La baisse tendancielle du trend se fait décennie après décennie depuis 1971, en même temps que la bulle de dettes enfle à proportion., avec des crises financières périodiques de plus en plus graves pour digérer les pertes financières des spéculations hors sol.

La situation actuelle est la queue d'une comète dont la tête est l'abandon des disciplines de Bretton Woods et le flottement généralisé des monnaies. En imposant au monde que des excédents et des déficits extérieurs monumentaux soient possibles, les Américains ont enclenché les mécanismes de double hélice de dettes décrite par Jacques Rueff avec une telle continuité et une telle ampleur qu'une récession majeure ne pouvait que se produire. Maurice Allais nous avait prévenus avec une grande précision et une parole prophétique : "ce qui doit arriver arrive".

Ce à quoi on assiste est l'effondrement du système des changes flottants. La liberté absolue des mouvements de capitaux, de marchandises et de personnes, sans gouvernement mondial ou sans actions coordonnée des Etats pour les canaliser est une erreur majeure qui se retourne contre ceux qui l'ont imposée au monde. Crise financière, crise migratoire et crise du commerce international nous rappellent une loi fondamentale : la liberté se chérit mais les libertés s'organisent.

Monnaie et commerce vont ensemble. Pas de bon commerce sans de bonnes monnaies. Unifier le système monétaire dans un schéma de devise dont la valeur est défendue par les Etats, avec des possibilités exceptionnelles de dévaluer par consentement mutuel, avec interdiction des grands excédents et des grands déficits, et interdiction des attaques spéculatives massives contre la valeur des monnaies, est la seule solution. Si cela implique un certain niveau de contrôle des flux financiers, pourquoi pas.

Les déplacements de population doivent être tout autant contrôlés. Si les prévisions des démographes sont justes, l'Afrique va devenir si peuplée qu'il faudra vers 2 050 que l'Europe accueille environ 400 millions de migrants maghrébins et africains. On ne peut pas laisser chaque Etat laisser sa démographie exploser tout en attendant des autres qu'ils supportent les conséquences. Chaque Etat doit être responsable de lui-même dans le cadre d'une responsabilité partagée et surveillée par tous. Comme pour les monnaies.

L'intégrisme des marchés, sous domination américaine, a conduit, comme tous les intégrismes, à dévaluer les principes sur lesquels ils se fondent. Il n'y a pas de marché monétaire sain. Le marché des capitaux est dans un état lamentable. Le marché des produits est à l'arrêt. le marché du travail est en lambeaux.

Le libéralisme n'est pas un djihad ! Mais une forme collaborative de créer de la richesse et de la liberté. Où et la liberté si, comme en France, des dizaines de milliers de citoyens sont obligées de payer les impôts en cédant leur capital après avoir donné tout leur revenu ? Où est la liberté quand le nombre de personnes payées par la collectivité est de deux fois le nombre de ceux qui travaillent ? Où est la liberté quand certains maires prétendent imposer la présence des immigrés "jusque sur le palier des riches". Où est la liberté quand la masse du peuple n'a plus d'espoir autre qu'un tirage de loto heureux ? Où est la liberté lorsque les élites d'un pays doivent s'expatrier pour faire leur vie, avec tout ce que cela implique de renoncement ? Et s'il n'y a plus de liberté, ni de propriété (cette liberté en dur) comment espérer la prospérité.

La bataille mondiale actuelle n'est pas celle de la finance et des subprimes. Mais le retour à un système monétaire et financier sain, coopératif et organisé, qui ramène la finance à l'investissement et non à la spéculation sur des bulles artificielles, qui ramènent les échanges à l'équilibre sans brider la hausse, qui interdisent les déficits et les excédents majeurs (dans le monde mais aussi dans la zone Euro), ainsi qu'une cogestion de la démographie. Un pays peut être contraint par la collectivité, pour le bien commun, à limiter ses déficits financiers, commerciaux et démographiques. Un pays peut être contraint par la collectivité, pour le bien commun, à restreindre ses excédents commerciaux, financiers et démographiques.

Tout l'enjeu de la décennie à venir est de trouver les bonnes modalités de cette organisation volontariste et collaborative, entre Etats réputés égaux en droit et souverains, des grands équilibres fondamentaux. Alors que la grande erreur collective, à l'instigation des Américains, une fois le système monétaire de Bretton Woods mis par terre, aura été de démanteler toute organisation concertée de canalisation des libertés et de tenter d'affaiblir les Etats autres que les Etats-Unis.

Le million de lectures dépassé sur ce site

Le blog du Cercle des Économistes E-toile vient d’enregistrer sa millionième lecture, lundi 12 septembre 2016 à 16 h 47, après 3 000 jours d’existence, plus de 625 billets, et près de 4 000 pages écrites. Il ne faut pas être dupe de ces chiffres. On sait qu’il y a une forte différence entre des « hits » et de véritables lectures. Mais on sait qu’environ 40 000 véritables lecteurs distincts ont lu au moins un article et qu’une centaine de lecteurs ont lu la majorité des articles. La moyenne des lectures par article est d’environ 1 600. L'article le plus lu dépasse les 9 000 accès. Cet écart ne peut pas être l’effet des automates (les « bots » qui provoquent des « hits » non significatifs).

L’analyse des articles les plus lus montre un intérêt pour les questions monétaires, notamment de la part des étudiants en économie qui sont très mal servis dans ce domaine. La monnaie et le système monétaire international sont deux domaines mal enseignés en France. Cette carence n’est pas proprement française et elle n’est pas nouvelle. Le paradoxe apparaît dans toute sa splendeur quand on se souvient que l’économie politique est née de la contestation des pratiques monétaires des Etats ! Depuis que la "finance" s’est installée en discipline quasiment à part de l’économie, l’habitude est de lui sous-traiter ces questions, qui, du coup, sont réduites à des modalités de techniques financières. Nous sommes heureux de corriger si peu que ce soit, cette immense carence et détestable déviation.

La monnaie et le système monétaire international ne sont pas un domaine technique. Ils sont le creuset de l'économie et la forge où s'est construite la crise. Impossible de comprendre comment nous en sommes arrivés à ce degré de stagnation sans passer par une analyse précise des mécanismes monétaires et de ses liens avec l’économie générale. La monnaie n’est pas qu’un voile. Ce n’est pas non plus « un produit comme les autres ». Nous sommes heureux de voir que nos articles sur Maurice Allais et Jacques Rueff ne cessent de monter dans le classement. Il faut en réhabiliter la lecture non pas parce qu’ils sont français mais parce qu’ils sont pertinents. Savoir que la pertinence est française n’est pas totalement anodin, dans le climat d’effondrement national dans lequel non baignons. Il fut un temps pas si lointain où les Français pensaient le monde. Et c’était utile. La réflexion anglo-saxonne est prisonnière des intérêts qu’elle défend et n’a aucune universalité de fond, même si elle domine le monde. Elle est en partie à l’origine du désastre économique global que nous vivons.

Ce blog est, d’une certaine façon, la chronique d’un désastre annoncé. Sur le forum du Monde nous avions correctement prévu la crise du début des années 2000 puis clairement expliqué, au moment de la campagne électorale de 2007, que Sarkozy avait tort d’annoncer une poussée de croissance grâce « à la libération des énergies » puisqu’il allait vivre la pire crise depuis 1929 pendant l’essentiel de son mandat. L’ennui, c’est que le forum du Monde est devenu payant, lui faisant perdre tout intérêt, puis que les archives ont été supprimées. Cela nous a conduits à proposer ce blog.

Il commence en juin 2008 pour annoncer qu’une crise sévère va avoir lieu. Quand elle se produit, il présente les causes exactes instantanément : il faut dire qu’elles avaient été étudiées pendant 15 ans ! Aujourd’hui, lorsqu’on relit ces textes, il n’y a rien à en retrancher. Tout est exact et toutes les analyses publiées depuis les confirment.

Nous avons également constaté dès 2008 que le G.20 faisait fausse route. Nous soulignions qu’il ne voulait pas faire le diagnostic de la crise et qu’il souhaitait perinde ac cadaver maintenir le système fautif et malade qui l’avait provoquée. Nous annoncions qu’il prenait le risque de l’échec. Le dernier G.20, en Chine, persiste et signe dans le déni, alors que l’impatience devant la stagnation en cours s’accroît et se généralise, y compris aux Etats-Unis. Tout est là : pourquoi, malgré 8 ans d’échec, n’y a-t-il toujours pas de sursaut intellectuel et de vraie analyse de la crise ?

Henri Guaino vient de publier un livre fort intéressant sur la question (En finir avec l'économie de sacrifice chez Odile Jacob). Il voit dans la persistance du culte des idées fausses un effet « bon élève » qui se contente d’une vulgate pieuse au lieu d’une vraie compréhension des doctrines économiques. On peut être d’accord avec à peu près tout le contenu du livre qui pèche cependant sur le point essentiel : pourquoi les « bons élèves » se sont-ils ainsi lancés dans une lecture aussi déviante que religieuse d’un credo délirant ? Faute de le comprendre, il ne peut que fustiger les conséquences sans jamais s’attaquer aux causes.

Au passage, il touche une question grave : la défaillance est-elle celle des économistes ou est-on confronté à une crise de la science économique elle-même ? Dans un livre au titre étrange jusqu'au douteux, Le négationnisme économique : comment s'en débarrasser, les auteurs nient fortement que les économistes soient responsables. Les politiques prennent ce qu’ils veulent dans la vraie économie expérimentale et disent et font n’importe quoi. C’est peut-être vrai pour la réduction du temps de travail et pour d’autres mesures de politiques sociales franco-françaises. Cela ne l’est certainement pas lorsqu’on s’attache aux recommandations des grands organismes spécialisés internationaux comme la BRI, le FMI, l’OCDE, etc. On attend toujours de ces organismes une explication des désastres qu’ils sont les premiers à dénoncer. Le FMI vient de publier un graphique somptueux montrant la dégringolade de la croissance du revenu par tête partout depuis 71. Où est l’explication ? On touche de plus en plus au « consensus de Washington », suivi effectivement par la crise dite à tort « des pays émergents », puis la crise décennale molle du début des années 2000, puis la crise décennale dure de 2008. Cette séquence tragique et récente aurait du tout de même faire réfléchir. Pourquoi ne le fait-on pas ?

La vérité est facile à comprendre : à partir du moment où on acceptait les changes flottants et les grands déséquilibres extérieurs, on créait automatiquement une économie baudruche à dimension explosive. Aucune théorie économique solide ne peut défendre les changes flottants. Les thèses de Milton Friedman se sont trouvées totalement contredites par l’expérience. On pourrait paraphraser Cahuc en disant : "jamais aucune étude expérimentale n’a donné le signal de mettre en œuvre de façon positive les changes flottants".

Si on l’a fait, c’est parce que les Américains l’ont voulu et que les Européens n’ont pas pu ou même voulu les contredire. Depuis on fait semblant de construire dans le détail microéconomique un village global totalement délirant et conflictuel, dont la principale caractéristique est d'être totalement déséquilibré à l’échelon macroéconomique. On collabore très finement dans la découpe du micro grain de sable des allées en laissant des trous béants dans les structures. C’est pour cela que le G.20 se pare toujours des vertus de l’esprit de collaboration et que dans les faits aucun des grands déséquilibres qui expliquent la crise, son aggravation et les difficultés de plus en plus grandes d’en sortir ne font l'objet du moindre commentaire, de la moindre mesure suivie d'effets.

Les économistes officiels qui vivent en symbiose avec les Etats et les médias savent qu’ils n’auront de carrière et de visibilité que s’ils jouent le jeu du village économique mondialisé en ne regardant surtout pas les énormes falaises de dettes, de déficits, d’excédents, qui s’effondrent de partout. On en arrive aux programmes des réunions de Davos, toujours à côté de la plaque depuis 30 ans ou des réunions d’Aix en Provence, lénifiants et pusillanimes.

À partir du moment où les Américains ne veulent pas revenir sur l’hégémonie du dollar et considèrent comme une faute condamnable contre l’atlantisme de revoir le système monétaire international débile et dangereux qui provoque la déroute économique générale, pourquoi se mettre en première ligne pour se faire fusiller ?

L’affaire Maurice Allais, le seul qui a osé s’insurger avec toute la science d’un vrai prix Nobel, a refroidi toutes les ardeurs. On peut ne pas considérer que mettre en danger sa carrière universitaire, médiatique, para-étatique et internationale soit une aventure exaltante.

Dans cette affaire, il ne faut pas fustiger la science économique en elle-même, ni même la lâcheté des économistes, moins encore les baby boomers, et encore moins les électeurs. Il était possible de prévoir la crise de 92-93, comme celle de 2001-2003, comme celle de 2008-200x. C’est facile à prouver : nous l’avons fait et chaque fois à partir d’un raisonnement basé sur des faits et publié avant la crise. Il est facile de démontrer que la crise définie comme une baisse de longue durée du taux de croissance avec des crises périodiques de plus en plus fortes et un endettement explosif est entièrement liée à la mise en place d’un système monétaire international structurellement non coopératif. Dès que l’on considère la science économique comme devant partir des faits et s’appuyant sur des raisonnements étayés, la crise est facile à comprendre et les moyens de sortie de crise faciles à concevoir.

La difficulté est strictement politique : les Etats-Unis ne veulent pas, pas encore, revenir à un système coopératif évitant les énormes déficits ; les Allemands prétendent accumuler des excédents démentiels tout en ruinant les pays à qui ils ont prêté leurs excédents. Arriver à contrebattre ces deux blocages géopolitiques est le défi des années à venir. Jusqu'ici la pédagogie de la crise n'a pas suffi à générer les remises en cause nécessaires. Les élections américaines qui viennent sont plutôt du genre inquiétant. L'Europe s'effondre et la France est, disons pour être charitable, actuellement dans l'incapacité de dire ou faire quoi que ce soit allant dans le bon sens.

Jusqu'où faudra-t-il tomber avant que les mesures simples et nécessaires soient prises ? Quel levier utiliser pour provoquer le basculement ?



Les Américains commenceraient-ils à réaliser que la crise existe ?

Comme les économistes officiels européens ont un bœuf sur la langue dès qu’il s’agit d’économie, tant leur soumission est totale aux oukases venant d’Outre-Atlantique, seule garantie pour eux d’avoir accès aux médias et aux postes internationaux, on en est réduit à guetter aux Etats-Unis les signes d’une remise en cause du « benign neglect » habituel sur les causes de la crise.

Jusqu’ici, à quelques rares exceptions que nous sommes permis de citer sur ce blog, la crise n’était pas à l’ordre du jour des Américains. Certes la récession de 2008-2009 a été douloureuse, mais c’était la faute des vilains. On allait les taxer voire les coffrer.  Après tout irait mieux. Le système était parfait. Mystérieux « at times » mais parfait. Liberté du commerce, liberté des mouvements financiers, puissance des marchés, tout était là pour juguler les vilains états dépensiers et permettre au monde de retrouver une vive croissance.  Quiconque lit la littérature économique américaine, a lu des tombereaux d’inepties de ce genre depuis quarante ans.

Et voilà que dans son édition du 8 août 2106 le New York Times découvre que depuis 1971, la croissance baisse continument et que nous en sommes à une phase de stagnation terrible qui a pris à revers toutes les prévisions économiques des "meilleurs experts". Il y a quelque chose de rafraîchissant dans cette candeur. Cela ne fait que quarante ans que le phénomène est enclenché et voici qu’on le découvre dans un grand média américain. Il est vrai que la Banque mondiale a produit un graphique (voir ci-dessous) tout ce qu’il y a de parlant ;  Nous essayons d’en publier du même genre depuis des lustres et c’est une des bases de notre livre « l’Etrange désastre »  dont l’objet n’’est rien d’autre que de donner les causes de ce mouvement de baisse de longue durée.

Autant dire qu’il était intéressant de lire l’article. Déception : rien sur les causes. L’auteur se contente de constater que « les récurrentes erreurs de prévision prouve que les experts n’ont pas compris ce qui n’allait pas ».   Les experts officiellement en place dans les instances sous domination américaine, sont certainement dans ce cas. Nous aurons la coquetterie de penser que le jugement ne vaut pas pour tous les économistes. Il est probable que Maurice Allais est un parfait inconnu pour notre journaliste fouineur.

Inutile de chercher dans l’article des pistes de recherche sur les causes de cette baisse de longue durée de la croissance.  L’auteur se contente de banalités sur la baisse de la productivité (automatique lorsque la croissance baisse et que la récession frappe) et du temps de travail. Internet ne serait pas porteur de création de richesses et d’emploi (c’est le thème à la mode).  Bref, c’est la faute à personne et le capitalisme est comme cela, une succession d’accès de croissance et de périodes de relâchement.

S’il avait fait commencer son graphique dix ans plus tôt, il aurait vu que l’inflexion s’est produite à une date bien précise. : 71-72. Il aurait peut-être eu la curiosité de se demander ce qui avait bien pu se passer qui pourrait expliquer l’inflexion constatée.  Et il serait tombé sur l’explication majeure : on a changé de système monétaire international et le nouveau, absurde et non coopératif, a créé une économie baudruche avec ses trois composantes, déséquilibres massifs alimentant des bulles financières à proportion, récessions aggravées, dettes immenses irrécouvrables. Il aurait alors constaté que l’explosion de 2008 n’a été suivie d’aucune mesure de correction mais simplement de mesures conservatoires, essentiellement portées par les banques centrales et les Etats,  qui, au prix de plus de 60.000 milliards de nouvelles dettes et d’un écrasement fiscal délirant, ont tenté de sauver ce qui pouvait l’être.

Ne demandons pas l’impossible. Le NYT vient de constater que le système s’étouffait dans la durée. D’ici quelques années, on en viendra sans doute à s’attaquer aux causes. Tous les débuts sont difficiles. Mais au moins, il y a un début.

Au XIXème siècle, quand une difficulté tenace bloquait la connaissance, on créait un prix pour stimuler les réflexions.  Pourquoi le FMI, ou le Congrès Américain, ou la Commission Européenne l’OCDE, ou l’Académie Française ne créerait pas un prix pour la meilleure réponse à la question : pourquoi le taux de croissance n’a cessé de baisser depuis 1971 ?  Si cela s’avère impossible, demandons au Comité  Nobel de changer les modalités de son prix d’économie. Au lieu de récompenser des américains politiquement correct en économie, façon Krugman ou Stiglitz qui n’ont ne strictement rien apporter à la science, qu’elle accorde son prix aux meilleures réponses aux questions clés qui se posent à l’économie moderne. Au moins il y aurait une réflexion sur les grandes tendances qui font difficulté et une vraie compétition pour y voir clair.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.



Michel Rocard : l’enterrement d’une illusion

Il est toujours délicat de commenter l’enterrement d’un homme politique. Derrière le politique pleurent des proches qui ont des raisons de s’affliger et qu’on aimerait laisser à leur chagrin. Mais derrière l’homme disparu demeure le sillage politique et, dans notre cas, un extraordinaire concert de pleureuses médiatiques, transcendant les clivages habituels, qui pousse à s’interroger : au-delà de la dépouille d’un homme politique, plutôt gai et assez sympathique, de type Turlupin, mais marginal, puis marginalisé, de quoi fête-t-on, en si grande pompes, les funérailles ?

En politique, on ne juge que des actes.

En 1958 la grande question était la décolonisation, avec une guerre en cours en Algérie. Mendès France avait raté la décolonisation en Indochine. En annonçant qu’il se donnait cent jours pour forcer un arrangement avec les communistes du Vietminh, il avait offert à Giap l’occasion d’infliger une défaite majeure à la France à Dien Bien Phu. Le rusé général concentra toutes ses forces sur un point d’appui français secondaire. La défaite fut terrible et la France négocia en situation de faiblesse. Le résultat fut le démarrage de… la guerre d’Algérie. Edgar Faure s’était bien mieux sorti de la question marocaine, en évoquant « l’indépendance dans l’interdépendance ». Puissance du verbe et de la contorsion. Mais le Maroc était un protectorat qui n’avait plus besoin de protecteur.  Guy Mollet et Robert Lacoste étaient confrontés à une difficulté bien plus grande. L’Algérie était un département français avec une population d’origine métropolitaine importante. Les soviétiques et leur affidés du PCF chauffaient les braises et alimentaient une trahison permanente, comme au temps du pacte germano-soviétique.

Il était impossible de sortir les mains propres d’une situation aussi difficile. La SFIO en était incapable. La Quatrième République, où le PC représentait entre 25 et 30% de l’électorat, ne l’était pas plus. La seule solution pour ceux qui croyaient en l’impérieuse nécessité de l’indépendance de l’Algérie (nous en étions) était de soutenir l’action du général de Gaulle. On savait, depuis Bayeux, qu’il souhaitait remettre tous les mandats coloniaux, dans l’ordre et le respect de la France, et depuis la guerre, qu’il avait, seul, le prestige et l’autorité nécessaires pour faire assumer à son camp  la séparation algérienne. 

La bonne solution, pour la décolonisation, c’était de Gaulle.   Naturellement le jeune Rocard fut contre. Pendant que son père faisait péter des bombes atomiques à Reggane, le centre atomique français au fin fond du Sahara algérien,  il portait, selon ses propres dires, des valises de billets au FLN. Même Jospin, qui était frappé du même tropisme d’engagement marxiste, tendance Trotsky, avait refusé la trahison. Il le dira lors de la sinistre affaire Boudarel, un traître communiste qui avait persécuté dans les camps Vietminh les soldats faméliques qu’Ho Chi Minh y faisait crever de faim et de mauvais traitements, jamais jugé et honteusement recyclé comme « spécialiste » de l’Asie à l’Université. On peut ne pas croire à cette affaire de porteur de valises. Michel Servet, le pseudo qu’il utilisait, jouait au dur avec un physique minuscule de Lou Ravi de la révolution, mais on voyait bien que ce fils de notable de la République s’engageait surtout dans la jactance. Pas question, comme Régis Debray, de finir à Camiri !

Dans cet exercice, il donna toute sa mesure au PSU, un groupuscule sans importance dont la doctrine première était le dépassement du capitalisme et du socialisme par l’autogestion « à la yougoslave ». Quiconque avait fait un saut en Yougoslavie savait à quoi s’en tenir : des peuples ruinés, hagards, violents, mangeant à peine à leur faim, habillés comme des clochards, sans espoir, démotivés dans le travail mais pas dans la haine de tout et de rien, prêts à en découdre avec la terre entière et surtout à fuir ce paradis autogestionnaire.  Elu représentant d’une conférence à Sc Po, je cherchais à organiser des rencontres avec tout le spectre des forces politiques du moment. Je contactais le PSU (dont Rocard-Servet n’était pas encore secrétaire général). On m’indiqua une conférence où un jeune prometteur allait faire un tabac. J’y allais. J’écoutais Rocard expliquer de sa voix incompréhensible de l’époque tout le bien qu’il pensait du modèle titiste. On disait, à l’époque, que son cerveau reptilien de droite empêchait son cerveau acquis de gauche de s’exprimer correctement. J’intervins pour témoigner de la misère, la colère, la violence rentrée que l’on trouvait en Yougoslavie. Le péremptoire affirma que l’autogestion à la française ne serait pas contaminé par les difficultés historiques qui avaient assaillis la Yougoslavie et qui, seules, expliquaient sa situation actuelle. Toujours cette vieille rengaine socialiste qui veut que tous les défauts du socialisme réalisé ailleurs n’apparaîtraient jamais en France. Pourquoi ? On ne savait pas. C’était à prendre ou à laisser. Je laissais, privant sans doute mes camarades d’une exposition féconde à une pensée politique transcendantale. Quarante ans plus tard je rencontrais fortuitement Rocard en Corse dans le meilleur restaurant de l’île. Il entamait les visites protocolaires liées à son prochain mariage avec la charmante Sylvie, une fille plutôt giscardienne mais très bien. Je lui rappelais notre débat sur l’autogestion. Il prit le souvenir avec la bonne humeur qui ne le quittait pas souvent et répondit : « Les Yougoslaves ont eu tort d’abandonner l’autogestion ». Il n’est pas sûr que ce fût de l’humour.  

Michel Rocard qui a toujours vécu la vie nationale, à chaque tournant majeur, comme sous son influence directe, s’est beaucoup vanté de son rôle en mai 68. En vérité, à cette date, il était déjà une vieille barbe. Il se retrouva avec Mendès-France à Charléty, croyant venu le moment du coup d’Etat. Hélas pour lui c’était déjà la fin de la récrée. Le général « factieux » et « venu au pouvoir sur un putsch » venait à nouveau de lui donner une leçon de démocratie.

Le PSU intégra le PS, comme tous les mouvements marginaux, notamment trotskistes, en minorité bavarde mais sans pouvoir. Le nouveau maître était un homme de droite à Francisque particulièrement cynique qui avait compris que son destin s’accomplirait en s’appuyant  sur le rassemblement des hommes de gauche bien décidés à grimper au cocotier du pouvoir. « Laissez-moi être président – je vous permettrais d’accéder au pouvoir et à la richesse ».

La ringardise et les dangers du programme Commun de la gauche était tel que personne de sérieux ne pouvait croire une seule seconde qu’il pourrait faire mieux que de casser la croissance durablement. Mitterrand s’en fichait. L’élection d’abord. La sériosité de Rocard l’emporta sur la totale docilité. Il regimba. Un tout petit peu. La question des nationalisations n’était pas de savoir si on volait 51% ou 100% du capital des entreprises nationalisées. Mais s’il était sérieux de se lancer dans un tel massacre industriel et financier. Que reste-t-il des nationalisations de 81 : rien !

Mitterrand s’offrit le luxe de « lever l’hypothèque » d’une mythique « deuxième gauche » lors de sa réélection contre Chirac. On allait voir ce qu’on allait voir. On ne vit rien du tout. La déception partout fut grande. La parole est une chose. Les actes, une autre. Le « Grand Pourrisseur » qui régnait en « Dieu » chassa le « Petit Mec » comme un valet. Réduire ses collaborateurs, épouse, amis et amies, à leur triste condition et un peu plus bas encore, était sa spécialité. Ce pervers narcissique aimait ces abaissements. Cela fit quelques morts dans son entourages et combien de blessés. Dont Rocard.

La bonne idée de lui-même qu’avait Rocard n’en fut pas le moins du monde affectée. Bien que la pire déroute électorale socialiste, en attendant la prochaine, fût la conséquence directe de sa gestion, il a toujours considéré qu’il avait été le « meilleur Premier Ministre de la Vème République ».

Les faits ne confirment pas cette autocélébration.  Les deux ans de gouvernement Chirac-Balladur, lors de la première cohabitation, avaient assaini la situation économique et la conjoncture mondiale entrait dans sa phase bouillonnante de croissance. Le cycle existe. Comme Jospin plus tard, Rocard a bénéficié d’une conjoncture mondiale incroyablement favorable sans y êtes pour quoi que ce soit. Que faut-il faire pendant ces périodes de vaches grasses qui voient les recettes fiscales prendre l’ascenseur pendant que l’économie prend l’escalier ? Evidemment assainir, réformer, guérir des plaies béantes dans les comptes publics. Les réformes douloureuses se font mieux quand la conjoncture est élevée. La dette se réduit mieux quand la croissance rapide est là. La dette était déjà préoccupante. Les retraites entraient dans une séquence intenable après la démagogie intenable de la retraite à soixante ans. L’investissement proprement français avaient été tué par la fiscalité excessive sur le capital. Il fallait, en souplesse, grâce à la bonne conjoncture, calmer le jeu fiscal, redonner du souffle à l’économie, dégonfler la dépense publique. Rocard va faire tout l’inverse. Il remet en marche l’ISF et crée la CSG. La pression fiscale, déjà mécaniquement aggravée par la croissance (si les impôts sont globalement progressifs, ils grimpent plus vite que la croissance surtout si elle est rapide : une croissance de 3.5% du PIB entraîne une croissance de 7% de l’impôt sur le revenu) est poussée à l’extrême. La dépense publique coule à tout va. Le RMI est à la fois un trou dans la coque du navire et un enfermement durable pour ses bénéficiaires. En acclimatant l’idée qu’on pouvait vivre aux crochets de la nation sans jamais travailler, Rocard a rendu le pire service au pays. Aujourd’hui 2 à 3 millions de familles et près de 7 millions de personnes sont ainsi enfermées dans une pauvreté subventionnée qui gâche leur vie possible tout en ruinant les comptes nationaux.  Lorsque la conjoncture se retournera avec la crise de 92-93, la France se retrouvera ruinée. Bérégovoy prendra la balle. Mais c’est Rocard qui avait chargé le pistolet.

La seule action réellement positive qui peut être mis à son actif est la paix en Calédonie. Mais, là encore, il oublie de dire que l’extrême fermeté montrée par Chirac avait ouvert la possibilité d’un dialogue plus serein en bloquant toute tentation de violence de la part des Kanaks. Sans ce préalable, il est probable que de violence en violence, la situation aurait évolué bien moins favorablement. La méthode Rocard se serait apparentée à la méthode Guy-Mollet-le-honni. Il est plus facile de panser des plaies que de bloquer à la source et par le dialogue  une rébellion qui se dynamise par ses propres crimes.

Finalement, Mitterrand flinguera Rocard en une rouerie, lorsqu’il se croira quelque chose à la tête du PS, en envoyant le missile Tapie dans sa nurserie. Rocard n’a jamais rien pesé.

Il était en phase avec une partie des Français qui ne voulaient plus d’Histoire ni d’histoires. Plus de volonté. L’altérité sacralisée en bandoulière. «Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». La France qui pleure est celle d’une génération de fils de petits bourgeois récemment enrichis par les trente glorieuses qui ont tenu à être fonctionnaires et à ne pas se salir les mains dans des  boulots de « prolbacs », qu’ils ont laissé sans pitié aux immigrés, en lisant Libé et en trouvant l’humour de Canal Plus sublime. La France qui gémit est celle qui ne voulait pas avoir les mains sales, ne pas diriger, tout en ayant le confort et les plaisirs du pouvoir et de la richesse, payés par les autres, tout en vilipendant les « négriers » cupides qui croyaient en l’entreprise. Pleure en bloc toute l’Enarchie Compassionnelle,  qui s’est épuisée à ruiner le bourgeois et à effacer la France,  tout en vivant des vies de rêve, sans risque, en brassant la moraline, mais sans avoir à souffrir des vœux pénitents du clergé traditionnel. Pleurent en bloc tous ceux qui ont cru que Hollande et Valls allaient faire une politique « à la Rocard », c‘est à dire qui serve le portefeuille de droite et le cœur de gauche. Pleurent en bloc les Gracques et tous ceux qui ont cru qu’il pouvait y avoir un « socialisme intelligent », magnifique oxymore, pourvu qu’il soit médiatisé par des hauts fonctionnaires.

Ceux-là comptent désormais sur Juppé, qui a souvent répété que le RMI et l’ISF étaient deux réformes que la droite aurait dû faire et qui a beaucoup fricoté ces derniers temps avec Rocard.  Nouveau paradoxe, car Juppé s’est tué à tenter de faire, en période de vaches maigres, les réformes indispensables que Rocard auraient dû faire en période de vaches grasses. L’Enarchie Compassionnelle tente de survivre. Elle n’a pas encore compris qu’il n’y a plus de place pour aucun socialisme, même délayé et défendu par la haute fonction publique,  dans la France déclinante et subvertie d’aujourd’hui.

Rien à faire : le « socialisme intelligent », c’est-à-dire qui n’étouffe pas peu ou prou la société et l’économie, n’a jamais existé et n’existe pas. Les trois expériences françaises (Mitterrand, Jospin, Hollande) l’ont assez prouvé. Ne parlons pas de Mugabe et de Chavez.

Sur la fin, Rocard s’était mis à accuser les dirigeants socialistes de tous les maux, pour sauver l’idée qu’il se faisait d’un socialisme qui ne soit pas intolérable. Il suffit de lire  ses dernières interviews, toutes impitoyables pour Hollande et la « sinistre » galerie des ténors du  socialisme « vraiment de gauche ». Ces attaques ad hominem  auront été son cri ultime d’impuissance. Imprécation n’est pas raison. La France n’est pas social-démocrate, comme J. Julliard, pendant catho du rocardiste protestant, le prétend, prenant ses rêves des années soixante pour la réalité.

Une génération s’évanouit.  Une pierre tombale de plus vient d’être posée sur cinquante ans d’illusion d’une partie du journalisme et du militantisme politiques de gauche français, dans un flot de fleurs de rhétorique fanées et de larmes de crocodile.

RIP.

A propos du Brexit : la Liberté se chérit mais les libertés s'organisent

 

 

Ce qui frappe dans l’état actuel des mentalités, à peu près partout dans le monde, c’est le refus larvé des trois grandes libertés de mouvement : mouvement de marchandises, de capitaux et de personnes dont la mise en place structure la pensée et l’action des Occidentaux depuis la fin de la guerre de quarante.  

La nation est le creuset traditionnel où doit se fondre ces trois libertés. En dépit des résistances régionalistes, quiconque veut s’installer, travailler, contracter, peut le faire en tout point du territoire national, sans que les futurs voisins, clients ou collègues puissent s’y opposer, pourvu qu’il le fasse dans le cadre de la loi nationale.   

L’Union Européenne  a voulu étendre la garantie des mêmes libertés à tous les citoyens des pays membres. Pour simplifier, chaque nation de l’Union a dit à l’autre : « Je ne te crains pas, ni aucun de tes nationaux, bien que tu sois souveraine et que tu ais construit une société différente de la mienne ».  La garantie de la liberté de s’installer, de contracter, de travailler a été étendue à toute personne de l’Union souhaitant  exercer ces nouveaux droits, en même temps que chaque Etat  renonçait à maintenir ou prendre des mesures discriminatoires à l’encontre des autres.

Il n’y a aucun doute qu’accroître le champ des libertés garanties est, en soi,  un progrès. L’enfermement, la restriction, la méfiance institutionnelle, ne sont pas des objectifs positifs.

La condition nécessaire est la claire conscience que la garantie des libertés n’existe que si on fait l’effort de l’organiser. C’est là que les difficultés commencent. Il ne faut naturellement pas que l’extension des libertés, hors du champ national donc de la volonté directe des peuples, s’accompagne  d’un rétrécissement au sein de la nation.  Et il ne faut pas que les mouvements de capitaux, de marchandises et de personnes, devenus massifs,  ne ravagent des équilibres fragiles. La liberté n’est pas la licence ni le n’importe quoi.

Dans la nation, la  fonction de régulation appartient au gouvernement. Que devient-elle si  les mouvements d’un pays de l’Union avec l’étranger et les autres nations de l’Union sortent de la responsabilité gouvernementale sans qu’aucune organisation ne se substitue aux anciens Etats et que l’on crée des instances juridiques chargées d’imposer l’interdiction de toute discrimination ? Passer de la gestion contrôlée par un gouvernement légitime à rien du tout sinon un principat juridique sanctionnée par une brochette de juges nommés est-il réellement une solution efficace et démocratique ?

En Europe, Commission, Parlement Européen et Conseil ont été un appareil suffisant pour abaisser les murailles dressées par les Etats de l’Union les uns contre les autres,  tant que le champ de l’Europe est resté confiné aux pays développés fondateurs. Les niveaux de vie et les règles du jeu étaient suffisamment proches  pour que les nouvelles libertés de mouvement n’aient pas trop de conséquences inopportunes. Une barrière extérieure commune et des monnaies différentes garantissaient qu’il y aurait un certain avantage européen et que les déséquilibres économiques intra européens  pourraient être corrigés par la dévaluation concertée.

Trois  évènements internes et deux décisions externes ont fait éclater le système. En interne : l’extension du champ de l’Union européenne aux pays méditerranéens ; l’extension  aux Pays de l’Est ; la mise en place d’une monnaie unique. En externe : l’abandon du tarif extérieur commun et l’acceptation d’un système de changes flottants dans le monde ; l’encouragement à l’immigration extra européenne, associée à l’interdiction de la répression de l’immigration illégale.

Seule une de ses cinq décisions a fait l’objet d’un vote populaire : le traité de Maastricht, dont les défauts sont devenus vite criants et qui a été modifié aux forceps contre la volonté populaire.

L’extension de la Communauté puis de l’Union Européenne est un processus entièrement étranger à la décision des  nations et des peuples de l’Union ; Il suffit que les « critères » soient réunis. La décision ne porte que sur l’appréciation de la réunion des critères. On a vu que  cette appréciation n’est pas d’une parfaites rigueur. Ni la Grèce, ni le Portugal, et à peine l’Espagne, ne répondaient complètement aux critères. Beaucoup de voix se sont élevées contre chaque inclusion prématurée. Il aurait fallu prévoir une phase d’association préalable beaucoup plus longue et un flot de réformes internes dont on voit aujourd’hui en Grèce qu’elles étaient indispensables et qu’elles n’ont pas été mises enoeuvre. Il eût mieux valu les faire à froid et avant qu’après et à chaud. Avec les Pays de l’Est, on a fait pire. On a considéré qu’il fallait dire oui tout de suite alors que les conditions n’étaient pratiquement réunies nulle part.

Ces extensions prématurées ont fait apparaître trois phénomènes :

-          La peur de la « décivilisation » avec l’envahissement de l’Ouest européen par les populations Roms ou assimilées de la Roumanie, de l’ex Tchécoslovaquie, de la Hongrie et de la Bulgarie. Ces populations, très communautarisées et bien décidées, depuis toujours, à vivre selon leurs propres habitudes, rarement respectueuses de la dignité et de la loi, étaient détestées partout dans ces pays avec des réactions plus ou moins vives. Elles ont migré avec frénésie. Pour s’en tenir qu’à la France, les chiffres, interdits de comptage officiel, mais recoupés par la simple énumération des camps et du nombre des expulsions lorsque ces camps ont été vidés (pour renaître ailleurs) sont supérieurs à 450.000. Plus de 400 camps ont été créés dans les conditions habituelles à ces « communautés ». Partout la vie s’organise entre vols et mendicité, avec des tentatives en général dérisoires d’intégration des enfants et des parents. Personne n’évoque plus de quelques dizaines de réussite. L’affaire Léonarda a montré le schéma classique de cette immigration. Mais c’est surtout la multiplication des squats et l’apparition devant chaque boulangerie et chaque supérette dans les grandes villes de mendiants parfois volontairement handicapés, parfois avec enfants, toujours volontairement répugnants, qui a commencé à faire douter de l’opportunité de la liberté absolue de mouvement des personnes. Comment dire à nos nouveaux pays unis : je ne te crains pas, lorsqu’on retourne à cause d’eux  aux mœurs du temps de Dickens ou de « slumdog millionnaire » ? Comment se satisfaire de voir des nuées de mineures piller les touristes dans le métro parisien et dans tous les lieux touristiques, en sachant qu’on ne peut que libérer les voleuses prises sur le fait ?

Bien sûr le « politiquement correct » s’en est mêlé. Dénoncer l’incapacité d’intégration, la saleté, les trafics et la mendicité serait « nauséabond », la preuve d’une attitude « abjecte » qui nous ferait revenir aux « plus tristes périodes de notre histoire » et au temps des génocides. Les auteurs ne peuvent être que des fous et des racistes pathologiques qui devraient aller se soigner « tant leur haine des autres signalerait une haine de soi ».  La ritournelle de la « reductio ad hitlerum » a tellement servi et s’est appliqué à tant de penseurs éminents qu’elle est aujourd’hui un objet de dérision.  Les populations ont fait le constat : on gâche notre vie quotidienne ; on nous fait retourner au XIXème siècle ; on nous insulte si nous réagissons ; et les gouvernements ne peuvent plus intervenir à cause de l’Europe et des cours judiciaires européennes. Les traités ne permettent pas de canaliser les flux « d’indésirables ». Les cours ont interdit les législations relatives au statut des sans domicile fixe et la criminalisation du vagabondage. L’Europe a créé le problème et l’impossibilité de régler le problème.

 

-          La peur des flux de délinquance criminelle internationale qui se sont brusquement aggravés.  Cela fait maintenant plus de 20 ans que les journaux sont emplis des exploits de bandes de délinquants étrangers facilités par la liberté absolue des mouvements de personnes. Les engins de chantiers sont désormais pendus aux grues le soir. Les moteurs de hors-bord sont pillés dans les marinas. Les récoltes d’huîtres, de vin, de tout en fait, sont volées massivement de façon routinière. Les cargaisons de camions sont tous les jours volés dans les parkings ou même sur les routes. Des trafics d’êtres humains et même d’organes humains sont constatés. Bref, la justice et la police sont totalement dépassées par la vitesse et le nombre des trafics. Une pelleteuse volée à 23 heures se retrouve au Portugal 6 heures plus tard. Un lot de voitures allemandes volées se retrouve sur les marchés aux voleurs polonais ou tchèques en une nuit. Une cargaison de téléviseurs volés au Havre est livrée en 24 heures en Tchéchénie.

-          La peur du « plombier polonais » en fait de tout travailleur européen qui peut venir travailler aux conditions de son pays sur des marchés français. La directive Bolkenstein qui avait un sens sur l’accompagnement de service de la vente de matériels et de logiciels (installation, formation, maintenance) a provoqué une véritable crise du droit social en s’étendant à tous les services sans distinction. « A quoi servent tous les textes qui nous enserrent si n’importe qui peut faire mon travail en s’en dispensant ? » Les délocalisations intra européennes dans pratiquement tous les domaines de l’industrie ont achevé de convaincre les peuples que l’ouverture n’avait que des inconvénients et les touchait directement dans leur emploi ou dans la perspective d’en avoir un.  

La peur est strictement incompatible avec le concept d’Union Européenne. « Si j’ai peur de toi, je ne veux pas te voir ici. Fiche le camp ! »

Dans ce contexte, la création de la zone Euro, sans aucun organe ni mécanisme de coordination, a été une erreur majeure. Personne n’a voulu voir que les déséquilibres internes  ne pouvaient pas être corrigés dans les cadres institués. Les excès ont été facilités, en même temps que l’incohérence des politiques conduisait à des situations intenables. Plan Jospin et plan Schroeder étaient incompatibles. Les gouvernements ont perdu une partie de leur autonomie dès que la crise extérieure a frappé, la dépossession culminant avec la crise grecque et le traité Merkozy. A la peur s’est ajoutée la douleur des coups de bâtons.

Quant à la gestion extérieure de la zone euro, elle a perdu tout sens dès qu’on a aboli le tarif extérieur commun. La notion de préférence européenne disparaissait sans prudence. Maurice Allais aura beau rugir que l’abaissement total ou quasi-total des limitations aux échanges portait en lui la perte de l’industrie et le chômage de masse, il a été vilipendé  et traité en cinglé. Les résultats ont donné raison au quasi centenaire de l’époque. La sagesse sait attendre le nombre des années !

Il est vrai que la triple libéralisation des échanges de produits, de personnes et de capitaux, était la conséquence logique des changes flottants. Si les monnaies étaient de la marchandise comme les autres, il importait d’en créer le marché de la façon la plus libre possible. Alors va pour les libres mouvements de capitaux (affectation optimum du capital), de marchandises (suppression des rentes de producteurs), et de personnes (le travail là où il est le plus demandé).

L’ennui est que les changes flottants ne fonctionnent pas, n’ont jamais fonctionné et ne fonctionneront jamais. Associés à la dérégulation financière quasi totale, ils ont créé une économie baudruche, dont la triple caractéristique a été :

-          Des crises périodiques de plus en plus graves

-          L’envolée de la dette globale partout

-          La baisse décennale du trend.

Crises et stagnation ont frappé en priorité les classes moyennes sous forme de chômage de masse, de précarité, de salaires en berne. On leur avait promis grâce à une allocation optimum des ressources, une richesse en forte hausse. Le choc fut rude en 1974, 1993 et 2008. Toujours plus rude.  Personne n’a voulu prendre le risque de dénoncer les changes flottants et les mécanismes de la crise. C’était la société qui changeait et il fallait s’adapter ! Telle est encore la rengaine.

Un drame supplémentaire est venu de l’acceptation d’une immigration étrangère pratiquement sans limite, considérée comme bonne en soi et vierge de tout inconvénient à court comme à long terme. Le socialisme et la religion chrétienne se sont ligués avec le pur libéralisme, qui ne connait que des individus, pour militer contre toute restriction à l’immigration vue comme une atteinte intolérable aux droits de l’homme. Du point de vue de la morale individuelle, rien à dire. Mais la morale collective, on le sait depuis toujours, n’est pas la morale individuelle. Si l’Afrique triple ses effectifs d’ici à 2050 comme certains l’annoncent, c’est près de 400 millions d’Africains qui frapperont à la porte de l’Europe pour s’en sortir. J. Attali, il-y-a peu, annonçait que la population du Nigéria dépasserait celle de la Chine à cette date. L’Europe dit quoi ? « Oui, venez tous, c’est formidable » ?  

L’immigrant illégal est devenu un « sans papier temporaire ». En même temps que l’immigration légale explosait du fait du regroupement familial. Le droit européen et les jugements de la CEDH ont été très clairs. Un immigrant clandestin n’est pas un délinquant. Il appartient aux Etats de l’accueillir et de le traiter comme les autres résidents. De toute façon, s’ils ne veulent pas donner leur identité ou si les pays d’origine ne désirent pas les reprendre, rien ne peut être fait contre les clandestins. Dans certains pays, dans un esprit de charité et de miséricorde, il est devenu un devoir de les accueillir et de payer pour cela, mais sans qu’ils travaillent pour éviter la nervosité des syndicats. La France a été en particulier très loin dans le logement, les soins et le couvert donné aux immigrés mais sans perspective de travail ; elle est devenue un pays de transit dont Sangatte puis tout le Calaisie ont été le symbole. Le spectacle des hordes s’attaquant aux camions cherchant à joindre l’Angleterre a fini de convaincre que la liberté de circulation (à l’entrée mais pas à la sortie) n’était pas jouable. La crise iraquienne et syrienne a imposé l’idée que sans frontière commune réelle, l’Europe de la liberté de mouvement des personnes était une farce d’autant plus dangereuse que les attentats islamistes ont commencé sur une vaste échelle et que les assassins sont entrés avec les migrants habituels.  Que valait la libre circulation des personnes dans toute l’Europe si l’Allemagne pouvait accueillir plus de 1.200.000 personnes musulmanes et imposer une entrée en Europe sans visa des Turcs ? 

La substitution de population dans certains quartiers français par un groupe à dominante islamique inassimilable et dont une fraction est prête à tuer du mécréant à l’occasion, a fini de détruire toute foi populaire dans les bénéfices de l’immigration de masse.

La liberté oui. Mais si les libertés de mouvements de personnes, de capitaux et de produits aboutissent à la perte de l’identité nationale, à favoriser le terrorisme,  au chômage et aux crises à répétition, cela demande réflexion.

Alors dans leur tréfonds, les nations européennes ont commencé à regimber.

La Royaume-Uni a réagi le premier. Les Britanniques n’ont pas apprécié que la CEDH définisse le statut des prisonniers britanniques et notamment la privation de leur droit civique, dans les cas les plus graves, selon des règles contraires à celles définies au Parlement multi séculaire. Ce n’est pas à la CEDH de faire la loi commune. Ils ont réclamés et obtenus qu’on ne les force pas à aller toujours vers plus de fédéralisme et la destruction finale de l’Etat britannique. Cette question n’est jamais abordée dans les pays du continent et particulièrement pas en France. Abaisser la nation française pour lui substituer une nation européenne est un projet que  les cellules européistes considèrent comme acquis même s’il n’est pas totalement explicite. Seul Giscard parle ouvertement de faire disparaître la France en tant qu’Etat et Nation. L’élection d’un maire musulman à Londres a fait soudain prendre conscience aux britanniques que les masses allogènes changeaient la société et que bientôt les autochtones seraient submergés. L’évolution vers le crime et le génocide de l’islamisme a rendu concret un risque de soumission forcée à une religion qui s’avère une plaie criminelle mopndialisée.

Alors les Britanniques ont dit non. Ils sortent de l’Europe c’est-à-dire de la liberté des mouvements d’hommes, de capitaux et de marchandises, telle qu’on la trouve au sein des nations et telle qu’on voulait l’organiser au sein de l’Union.

C’est pour beaucoup de Britanniques une terrible régression de leurs libertés concrètes. Ils deviennent des étrangers à merci. Beaucoup se sont dit qu’on ne reviendrait pas sur les libertés d’établissement ni sur les libertés contractuelles, pas plus que sur la circulation des biens et des services ou encore la circulation des capitaux.

Il est vrai qu’une structure fédérale n’est ni nécessaire ni suffisante pour construire une société multinationale de libertés civiles et économiques. Dans tous les cas les libertés doivent s’organiser. Le mode bilatéral ou multilatéral entre pays étrangers le permet.  Un fédéralisme totalement laxiste qui n’organise rien joue plutôt contre les libertés. La reconstruction d’une Europe ouverte, sur des bases différentes que celles qui prévalent, serait possible. Mais à condition que les autres le veuillent et pourquoi le voudrait-il après avoir été snobés ?

La décision des Britanniques de quitter la perspective fédérale intégrée crée une vague de fond qui risque de faire chavirer quelques vaisseaux fragiles. On va spéculer sur le désordre économique créé. Les européistes vont s’essayer au revanchisme aigri et agressif.

La vraie question, la seule vraie question qui se pose à l’Europe, est de savoir comment elle entend résoudre le problème des libertés de mouvement des hommes, des capitaux et des marchandises. Si  l’Union s’avère incapable d’adopter des mesures lisibles et admissibles dans ces trois domaines pour en réduire les effets pervers, elle continuera de se déliter.

Rétrospectivement, on voit bien qu’il aurait fallu créer un statut de nation associée, avant de permettre d’intégrer l’Union.

Le Royaume-Uni, la Grèce, le Portugal, les pays de l’Est, les pays de l’AELE, et même la Suisse, l’Ukraine ou la Turquie auraient pu opter pour ce statut associatif sans entrer dans la fusion européenne avant que toutes les conditions requises ne soient réunies. L’option d’une entrée finale indispensable n’était même pas nécessaire. Une nation pouvait légitimement entendre rester souveraine mais associée.  

Pour la zone Euro, il aurait fallu immédiatement mettre en place  les structures de coordination nécessaires avec un mécanisme  automatique de sanction des très gros excédents et des trop gros déficits. Toute nation ne désirant pas la monnaie unique aurait dû rester dans le statut de nation associée. 

L’option tout fédéral aurait dû être exclue d’emblée pour construire une vraie confédération d‘Etats souverains mais intégrés dans des coopérations étroites, avec tarif extérieur commun, avec des frontières effectivement protégées et une politique d’immigration unifiée, avec des règles d’établissement interdisant formellement le vagabondage, avec une politique de sécurité intérieure qui évite  les vides de la répression du banditisme, ou du terrorisme,  et une politique de sécurité extérieure qui assure la protection du bloc contre les agressions extérieures.

Tout cela aurait été raisonnable et probablement efficace. Mettre constamment la charrue avant les bœufs a fini par détruire et la charrue et les bœufs.

Est-il possible de revenir à cette organisation ou une forme proche ?

Sans doute. La fuite en avant dans la « fédérolâtrie » rancunière et agressive, tout en ne réglant aucun des problèmes concrets d’organisation que posent les trois  libertés fondamentales de mouvement, n’est pas une solution. Le maintien d’une Commission pléthorique et d’un Conseil à 27 qui ergote indéfiniment sans rien trancher serait une grave sottise. Le traité Merkozy doit être supprimé au profit d’un vrai traité de coopération économique et sociale qui traite la question des grands déséquilibres internes et de leur correction. L’Europe doit avoir également une politique extérieure économique commune visant à la disparition des changes flottants et l’établissement d’un système structurellement favorable à la coopération économique.

La France aurait dû avoir son mot à dire sur tous ces sujets et même un rôle directeur.  

L’ennui est qu’elle se trouve dans un état totalement dégradé, avec une fiscalité impossible, le désordre partout, une économie abîmée et un Président en dessous des devoirs de sa charge et incapable d’une vision quelconque. Ne parlons pas de notre gouvernement où l’Europe est sous la coupe de MM. Ayrault et Désir, dont la noire incompétence est généralement admise par tous les observateurs.  Il est catastrophique que la France soit à ce point malade au moment où le peuple d’une des trois grandes puissances européennes exprime le vœu de quitter l’Union. L’occasion était créé de poser réellement toutes les questions sur la table et de créer une Europe de la volonté, basée non plus sur des connivences largement cachées et la volonté de détruire les Etats. Oui, il faut organiser les libertés concrètes pour qu’elles soient constructives et permettent l’union des cœurs et la prospérité. La fédérolâtrie sournoise et inconséquente n’était pas la bonne méthode.   Nous sommes privés de ce qu’aurait dû être une grande politique française, capable de construire l’avenir des Français et des Européens dans un cadre profondément modifié.

Hélas, hélas, hélas ! Quand on est nul, on est nul. Quand on se cache tout le temps, qu’on ne veut jamais « sortir de l’ambiguïté » pour toujours se ménager un avenir politicien, bref quand on ne gouverne qu’en fonction de son intérêt purement personnel, un œil sur la com’ et un doigt sur les cadeaux électoraux au peuple, on ne conduit pas de politique et il est impossible de se porter à la hauteur des enjeux.

Le Brexit est une énorme erreur, dangereuse et régressive. Il met en exergue l’incurie de l’organisation européenne, tout autant que l’irresponsabilité démagogique des Tories, menacés par la sécession d’UKIP. Libertés absolues sans volonté ni objectifs clairs ne sont que ruine des nations.

Le Brexit souligne l’incroyable carence française.

« Où est Grouchy ? » disait Napoléon ?

« Où est la France ? » dit l’Europe ?

La France n’est plus là pour personne sinon une poignée de politiciens de bas niveau attachés, comme la moule au rocher, aux avantages immérités des palais de la République alors qu’ils n’ont aucune vision ni aucun projet européen formulé et un minimum crédible.

Le pire serait que les Britanniques vivent les énormes difficultés d’une régression des libertés, et que l’Union Européenne continue de subir les effets pervers d’une licence généralisée, avec une accélération de la fuite en avant dans un fédéralisme de puceaux mystiques. La solution de convergence est exactement l’inverse. L’Union Européenne doit restructurer son mode de fonctionnement pour éliminer les  impuissances désastreuses que provoquent des libertés non canalisées. Pour les mouvements de personnes, cela implique une claire énumération et une réelle sanction des attitudes indésirables, avec des protections sévères et juridiquement possibles des attitudes incompatibles avec la civilisation,  telle que l’Europe en a forgé le concept. Pour les mouvements de marchandises, cela signifie qu’on rebâtisse un tarif extérieur commun et des solidarités internes à l’Europe, en empêchant le libre accès à des produits étrangers qui ne subissent pas

Jean Tirole : un prix Nobel pour rien ?

Malheureux  Jean Tirole, sorti de ses études scientifiques pépères par la notoriété d’un prix international de renom, et sommé d’intervenir dans les débats politico-économiques pipés de l’intelligentsia médiatique française au minimum anti libérale et généralement marxiste (voire pre marxiste ou post marxiste, c’est selon),  dans les débats socialo-socialistes de l’Assemblée Nationale et dans les débats programmatiques de la droite en vue des élections présidentielles. 

En France, un économiste est par définition un ennemi du socialisme et de la gauche. Au pire, ce n’est qu’un suppôt du MEDEF. Au mieux un inconscient qui ne se rend pas compte qu’il véhicule une idéologie bourgeoise et qu’il doit d’abord s’excuser de ses lamentables préjugés.  La seule vérité admise est celle des luttes sociales et du rapport de forces avec les patrons.  « Si on avait écouté les économistes, on n’aurait aucune loi sociale et pas les congés payés ». Choisissez votre camp : vous êtes pro lutte : admis. Vous dites : « attention à ne pas étouffer l’économie avec des mesures qui ont des effets pervers » : vous êtes un « fasciste ».

Entrer dans un débat économique sur un forum ou une émission de radio télévision, exige d’abord de préciser « d’où vous parlez  ».  Faites-vous partie des bons ? Ou êtes-vous un « salaud » au sens sartrien du terme ?

Comme on sait, depuis 1968 et l’Odéon, que « les faits sont fascistes » et depuis Nuit Debout que le Rêve Général (et les pillages et destructions associés)  est la seule solution admise, un économiste qui prétend s’appuyer sur les faits pour tenter de définir des règles du jeu efficace en vue d’un objectif de prospérité générale doit faire l’objet prophylaxique et préventif  d’une « reductio ad hitlerum et petainum » incandescente.  

La France scolaire et universitaire est depuis très longtemps alignée sur ces thèmes socialistes et anti capitalistes. Lire les manuels d’économie français pour scolaire est une épreuve pénible : le pavé idéologique socialiste est en béton armé, soutenu par une cohorte « d’enseignants » en général incultes mais politiquement orientés. A l’Université, c’est pire. « L’économiste distingué », façon Leroy Beaulieu, a été remplacé par des minables sélectionnés sur critères principalement politiques.

A Sciences-po, depuis la fin des années 70, la librairie qui fait face à l’entrée de la rue Saint Guillaume n’affichait que des économistes de gauche contestataires du capitalisme.  L’institut à prétention économique rattaché à Science-po est un repère d’économistes dits « de gauche » surtout soucieux de montrer que l’économie publique est la seule vraie et que le capitalisme privé est une catastrophe. Les facultés sont en général peuplées d’économistes châtrés. Plus on monte dans le système, plus le cheptel des étudiants est de bas niveau ! En doctorat, il ne reste en général que les plus nuls et des étrangers, souvent africains (heureusement, ils relèvent le niveau d’ambition). Obtenir des postes dépends de la frénésie qu’on a mis à signer des pétitions de gauche, façon « les 1xx économistes en faveur des trente-cinq heures ». L’Université française, en économie, est la seule qui conserve des économistes marxistes purs et durs. Il est vrai que dans les années 60 et 70 certains professeurs ( ?!) sélectionnaient sur des critères purement idéologiques. Un certain Denis qui enseignait à Paris l’histoire de la pensée économique mettait 2 à qui répondait valeur utilité et 20 à qui répondait valeur travail,  sur toute question relative à la théorie de la valeur. Tout le monde le savait. Cela ne gênait personne. L’opportunisme prévalait chez les élèves. Surtout ceux qui voulaient rester dans l’enseignement.

Cela nous vaut, au mieux des Picketty et au pire des commissaires politiques autoproclamés du bien penser économique anticapitaliste. On ne dénombrera pas ici ces  « justiciers » qui ne pensent qu’en termes d’alternative économique. Cette tentation marxo-gaucharde basée sur le négationnisme économique et le pilori, est une des grands malheurs de l’enseignement et de l’information économique en France.  Toutes les sottises antiéconomiques proposées par les gouvernements de gauche sont encensées par ces esprits partisans. On voit où cela nous a mené.

Pour parler comme Eric Zemmour, la pensée dominante en France est antiéconomique. Les mauvais esprits sont éliminés. Qu’une chaîne comme BFM TV qui fait souvent intervenir des guignols du boursicotage, fasse accompagner Le Chypre de Chavagneux, en dit long sur l’état de soumission idéologique de la TNT.  

Et personne ne parle de mettre en place des cellules de dé-radicalisation pour ces faux prêtres…

Cela explique largement les postures gesticulatoires violentes des « étudiants conscientisés » qui détruisent chaque nuit un peu partout en France à la simple évocation du nom El Khomry.

Il faut ajouter que la science économique est une forme d’oxymore. Les sciences sociales malgré tous les efforts faits pour les rendre incompréhensibles par qui n’est pas matheux, ne sont pas des sciences exactes mais des chemins de réflexion basés sur des évolutions constatées et des mécanismes plus ou moins bien cernés. Les vulgates enseignées sont par définition des raccourcis dont il est facile de prouver que, pris à la lettre, ils ne correspondent pas à la réalité.

Cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas y avoir de réflexion économique sensée, mais qu’il n’y a pas de lois mécaniques comme en physique. Du coup la notion de prix Nobel, (oublions la querelle de nom pour celui d’économie), est sujette à plus de caution que dans le domaine des sciences exactes. Il n’y a pas de véritables « découvertes » en économie, dont l’obtention puisse être primée. Lorsqu’on prend la collection des travaux primés par le « Nobel » d’économie depuis qu’on a créé ce prix, on constate que le tamis du temps les a laissés tomber majoritairement dans la poubelle des insignifiances.  Le jury n’est pas absolument immunisé contre les options politiques. Krugman a été récompensé pour son activisme contre le Parti Républicain dans les colonnes du NYT, pas pour des travaux universitaires (parfaitement sans intérêt). On peut dire la même chose de Stiglitz qui est un esprit brillant mais généralement faux.  Ces deux polémistes sont d’ailleurs des coqueluches médiatiques et politiques en France. Avec l’inévitable et consternant Varoufakis.  On voit le niveau.

Dans un tel contexte le nouveau prix Nobel français, Jean Tirole, sommé de devenir une parole reconnue dans le débat économique français, ne pouvait pas être à la fête. On lui a fait écrire un livre qui n’a à peu près aucun intérêt, tellement il est consensuel et dilué. Mais même ce filet d’eau tiède  est vilipendé ou fait l’objet de récupérations politiques ridicules.

L’emploi du mot « consensus » en fait par exemple le parangon de toutes les vertus pour ceux qui veulent une forme d’union nationale ni de droite ni de gauche, disons centriste, pour sortir la France de ses problèmes.  Bientôt on lui fera dire qu’il est pour la proportionnelle !

Pouvait-il en être autrement ? Probablement pas.

Pour pouvoir avancer deux ou trois idées, au demeurant banales,  il est obligé à une prudence de loup et à s’excuser à chaque pas. L’interview par l’indispensable Chavagneux sur France Inter ce matin en était une fois de plus la preuve.  « Vous soutenez les thèses du Medef ». Sous entendu : vous êtes un agent de la réaction.  La disqualification sur une base purement idéologique marxiste a été la constante de l’émission. Et le pauvre essayait de montrer sa bonne volonté. Et plus il le faisait, plus il s’enfonçait dans le rien du tout.

Le débat économique en France est tout simplement interdit s’il risque de déstabiliser les forces idéologiques embossées dans les médias, dont la dominante est un magma informe de sous-intellectuels opportunistes.

Qu’importe les réalités ! Qu’importe la gravité de la situation ! Pour les idéologues politisés, les désastres sont toujours la faute d’un vilain. Choisissez votre vilain. On vous acceptera en néolibéral affichée ou en économiste atterré ou alternatif.  Pas en observateur neutre des faits  et encore moins en force d’explication des conséquences d’actions porteuses de catastrophes.

Il suffit de voir ce qui est arrivé à Maurice Allais pour comprendre que la moindre lueur de réalisme est impossible en France. Mais au moins il avait secoué la baraque. Et les faits lui ont donné raison. Ce qui donne de la force à son message même s’il est post mortem.

On ne peut guère conseiller à Jean Tirole le chemin du martyr.  Mais du coup on peut se demander si ce prix Nobel n’est pas un prix pour rien.

Crise : un meilleur diagnostic officiel ? Enfin ?

L’essentiel de notre analyse, telle que nous l’avons développée depuis 1997 sur le forum du Monde puis sur ce blog et enfin dans notre livre « l’Etrange Désastre »  est basée sur l’inversion de la courbe de l’endettement global depuis 1971-72.  Cette courbe en U est pour nous le phénomène  le plus important de l’histoire économique contemporaine, celui dont l’explication conditionne fondamentalement la solidité des réponses aux questions devenues dramatiques que pose l’avenir économique du monde.

Ce phénomène a été aussi massif qu’il est passé, de longues décennies, totalement inaperçu. Nous considérons qu’il est l’élément fondamental de ce qu’on appelle « la crise » que nous définissons comme la conjonction de trois faits reliés entre eux :

-          La poussée d’un endettement délirant de moins en moins accordé avec la production

-          La baisse tendancielle de la croissance

-          L’aggravation des crises périodiques notamment dans leur épisode dur.  

C’est parce que le taux d’endettement global par rapport au PIB a atteint, courant 2007, 400% en moyenne,  niveau de la fin de la guerre de 40,  que le système financier global s’est effondré, avec d’abord un blocage du marché interbancaire en été 2007, puis une suite de faillites bancaires culminant avec  l’effondrement de Lehman Brothers en septembre 2008.

Sans explication réellement scientifique de « la crise », impossible d’en sortir autrement que par des expédients à court terme. Notre livre l’Etrange Désastre avait comme unique objet cette explication de fond, en évacuant les simplismes du genre « c’est la faute aux subprimes » ou « c’est la faute au pétrole ».

Nous avons conclu que la cause majeure du retournement de la courbe de la dette globale était le renoncement aux  disciplines de Bretton Woods  et l’acceptation d’énormes déficits et d’énormes excédents dont le recyclage faisait automatiquement monter l’endettement global jusqu’au point où une baudruche financière, sans rapport avec la production, gonflait inlassablement jusqu’à l’éclatement inévitable.

Le doute n’étant pas permis sur les causes, restait à comprendre pourquoi le diagnostic n’était pas fait, en tout cas officiellement,  et aucune réforme entreprise portant sur les mécanismes précis de la crise.

L’explication que nous avons avancée était la suivante : l’occultation du débat n’était pas liée à un quelconque conflit d’idéologies économiques, l’affrontement théorique entre keynésiens et néolibéraux étant largement artificiel et sans intérêt.  Les postures ne sont pas des analyses. Aucune personne sérieuse ne peut conjecturer que la Théorie générale soit un ouvrage scientifique parfait ni que la tentative d’expliquer le tout par la partie, le macroéconomique par le microéconomique,  ait abouti à quoi que ce soit de sérieux. Quant à Milton Friedmann, que nous aimons beaucoup par ailleurs, il suffit d’observer la réalité pour constater que toutes ses prédictions sur les changes flottants se sont révélées fausses.  Les changes flottants, c’est comme le socialisme : cela n’a jamais marché, cela ne marche pas et cela ne marchera jamais.

Si on écarte les postures et les faux débats, il ne reste qu’une vérité désagréable mais  « incontournable » comme on dit aujourd’hui : les Etats-Unis ont imposé un système désastreux et non coopératif parce qu’ils ont considéré qu’il était à leur avantage et permettait mieux d’atteindre leurs objectifs de puissance.

La crise a une origine politique ou géopolitique, comme on voudra. Elle est désagréable et dangereuse à dénoncer. Déplaisante parce que l’anti américanisme primaire existe et que personne de sérieux ne souhaite s’inscrire dans ce délire.  Dangereuse parce que l’énoncé public et officiel d’une telle dénonciation peut vous valoir de possibles ennuis de carrière et d’accès aux médias.   De toute façon, l’opinion publique ne veut rien entendre des questions monétaires compliquées.  L’étalon or est une option ringardisée.  « Alors quoi ? Qu’on nous fiche la paix ».

La vraie responsabilité intellectuelle se situe au FMI et à l’OCDE. Mais ces deux institutions sont sous influence. Aucune des deux ne peut dire ouvertement : « Messieurs les Américains,  le système non coopératif que vous avez imposé est une horreur qu’il faut abandonner et d’abord dans votre propre intérêt car vous voyez bien que, vous aussi, vous vous remettez très difficilement de la crise. Votre propre société est de plus en plus rétive aux conséquences comme le montre la campagne présidentielle actuelle. Vous n’avez plus de réel horizon et votre poids international baisse».

L’OCDE a refusé net d’expliquer la crise. Le choix a été d’illustrer des symptômes sans jamais en chercher des causes.  Les évènements surviennent  on ne sait pas trop pourquoi. Les agents commencent à avoir des comportements dangereux, sans qu’on décrive le moteur de ces déviances.  La mise en cause du système monétaire y est strictement impossible et vaudrait au malheureux aventurier qui passerait outre un parcours peu appétissant.

Le FMI est exactement dans la même situation. On aurait pu penser que DSK avait le poids pour peser dans le débat. Il avait visiblement d’autres chats à fouetter.  Ensuite, le choix à la tête du FMI d’une femme parlant anglais, mais sans connaissance économique, semblait garantir une certaine docilité.

Bref on en est réduit depuis 2007 à guetter les étincelles et les lueurs d’analyse qui marqueraient un début de prise de conscience et de prise de parole, sur les causes réelles de la crise et son mécanisme.

Sœur Anne ne vois-tu pas venir au loin une certaine convergence avec nos analyses ?

Et bien si !

Le dernier rapport du FMI alerte sur les perspectives mauvaises de l’économie à court et moyen terme et présente la fameuse courbe en U de l’endettement avec sa montée catastrophique vers des sommets intenables qui rendent une  reprise forte quasiment impossible dans la durée. Le graphique aurait pu être en première page de l’Etrange Désastre.

La dette passe enfin en tête des préoccupations du FMI (après que des auteurs américains s’en soient préalablement inquiétés, comme nous l’avons récemment relevé. Il fallait cela !). Avec deux faiblesses insignes :

-          Le FMI ne parle que de la dette des Etats. Mais la dette privée est quatre fois plus importante. Et la dette publique a largement été gonflée par transfert de dettes privées pour sauver le système bancaire mondial. La dette globale n’est d’ailleurs pas un concept intellectuellement maîtrisée, transcrit dans la statistique à travers le monde ; ce travail, comme nous cessons de le répéter dans ce blog, est le rôle du FMI et il ne joue pas. Du moins pas encore.

-          Le FMI ne cherche pas à analyser le renversement de la courbe au début des années 70.  

L’affichage de la courbe porte en lui-même une pression vers une explication officielle. Nous avons la nôtre. Nous attendons la leur.

Autre signe de convergence, l’apparition dans les commentaires de presse, d’analyses proches de ce que nous rabâchons dans le désert depuis la crise sévère de 92-93.

Eric Zemmour rend compte du livre de Jean-François Gayraud dans la livraison du 14 avril 2016 du Figaro. On y parle de guerres économiques qui « saccagent ». On signale que les désordres ont commencé « avec la décision de Nixon de sortir des accords de Bretton Woods ». On dénonce une fuite de la théorie économique dans la « mathématisation et la complexification ». On critique le « maillage serré de hauts fonctionnaires, politiciens, lobbyistes échangeant information et postes qui, à Washington et à Bruxelles et même à Paris, garantit la prééminence de la banque ». On signale que le masque de cette domination est « la liberté ». Zemmour pointe que « si la finance peut asservir les Etats, c’est parce qu’elle bénéficie du soutien de la force militaire américaine qui terrifie les plus farouches ».  « Notre ennemi serait les Etats-Unis d’Amérique ». On croirait notre texte, presqu’au mot à mot. Bien qu’Odile Jacob ait eu entre ses mains notre manuscrit dès 2014, nous ne crierons certainement pas au plagiat. Bien au contraire, nous sommes heureux de cette convergence et que des idées que nous défendons depuis des lustres commencent à émerger dans l’édition et les commentaires de la presse, même si les raisonnements économiques sous-jacents manquent cruellement dans le cas cité. L’auteur n’est visiblement pas économiste.

Retenons seulement qu’en une seule journée on a vu enfin s’afficher une analyse du FMI montrant la grande bascule de la dette et un commentaire soulignant le caractère politique des causes de cette bascule.

Il ne reste plus aux officiels qu’à approfondir la réflexion et tenter de comprendre comment on peut sortir de ce piège. Et il faut que les institutions françaises, européennes et internationales ad hoc parviennent à nourrir un projet cohérent de sortie de crise basé sur une réflexion sur les causes et non sur des expédients.

Il a fallu huit ans pour que, de-ci de-là, certains officiels mettent prudemment un pied en dehors du cocon des simplismes. Combien en faudra-t-il encore pour sortir des expédients et en venir à une vraie analyse partagée des causes et, immédiatement après, aux réformes nécessaires ?  

Eric le Boucher (Les Echos samedi 16 avril 2016) écrit en commentant un texte de France Stratégie qui a souligné l’effondrement de la croissance : « cet effondrement est sans explication ». « Ou plutôt avec pléthore d’explications contradictoires ».  En vérité les économistes officiels en France ne souhaitent pas aller au-delà de petits constats sans danger ou démagogiques, parce qu’ils se souviennent du traitement innommable réservé à Maurice Allais qui lui, avait été à l’essentiel et annoncé l’explosion du système monétaire et international : « ce qui doit arriver arrive ».  Qu’on ne dise pas que les mécanismes de la crise n’ont pas été analysés. Ils sont clairs depuis 20 ans. En tout cas pour ceux qui ont étudié les causes de la crise mondiale de 92-93. Nous-mêmes n’avons fait qu’amplifier et actualiser cette analyse. Mais, cher Eric, pourquoi ne pas prendre le risque de vous en faire l’écho dans Les Echos ?  Après tout, le journalisme c’est de dire avant les autres ce que tout le monde viendra à constater un peu plus tard…  

Encore un effort !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile



L'action du Cercle des Économistes E-toile en 2016

Les premiers intervenants de ce qui allait devenir le Cercle des économistes e-toile, ont commencé à s'exprimer avec l'arrivée des forums en 1997. Ils se sont rencontrés autour de quelques débats phares du moment et se sont trouvé d'accord sur les réponses :

- Que penser de la pétition des 1xx économistes en faveur des 35 heures ? Le plus grand mal.

- Comment s'explique la crise argentine ? Une nouvelle crise des changes flottants

- Pourquoi le délire de création monétaire ne se traduit pas dans les prix ? L'ouverture à la Chine et aux ex-pays de l'est ne permet pas d'augmenter les prix. Tout va dans l'immobilier et dans les bourses.

- Maurice Allais a-t-il raison d'annoncer une crise de 1929 renouvelée ? Oui. Mais elle n'a pas lieu maintenant. La grande crise viendra lors du futur épisode dur des crises décennales soit en 2009-2010

- Est-il vrai que la fin du travail est écrite dans le marbre des innovations techniques ? Non. Rifkin et son préfacier Rocard ont tort. Le monde créera d'ailleurs aussitôt plusieurs centaines de millions d'emplois.

- Les marchés financiers sont-ils réellement le vecteur de la bonne régulation des politiques économiques ? Non. Ils sont tenus par quelques grands intervenants et la spéculation amplifie tous les déséquilibres.

- Pourquoi le Japon sombre-t-il ? L'effondrement du dollar a ruiné l'épargne accumulée en dollar au moment des grands excédents.

- Existe-t-il une nouvelle économie dont les crises périodiques seraient définitivement bannies ? Sottise. Ce ne sont pas les stocks qui font les crises, contrairement aux facilités du cours de Samuelson mais les crédits bancaires en excès.

- L'Euro présente-t-il un danger et lequel ? Oui. On ne sait pas gérer les désajustements de productivité autrement que par la déflation. L'Euro stimule le laxisme. le cocktail est explosif. Un système de monnaie unique est contradictoire avec un système global de monnaies flottantes.

- Vivra-t-on le bug de l'an 2000. Non. C'est de la foutaise. Réécrire des fichiers du fait de changement de formats de données est la base de la programmation évolutive.

 - L'abandon des disciplines de balances de paiement notamment par la Chine et les Etats-Unis est-il bénéfique pour la prospérité ? Non. Les déficits sont recyclés et font monter le taux des dettes globales.

- L'abandon de toutes restrictions bancaires annonce-t-il un monde meilleur ? Non. L'excès de crédit crée un excès de dépôts et réciproquement. Sans contrôle on va vers le n'importe quoi généralisé.

- L'étouffement de type marxiste et trotskiste des relations entre patrons et ouvriers, propriétaires et locataires, clients et entreprises, mène-t-il à un mieux ? Ces cadenas portent en eux l'étouffement de l'économie tout entière.

- La décentralisation et le gonflement des effectifs régionaux sont-ils une bonne chose ? Une catastrophe. Il y a création nette d'emplois sans productivité..

- À quoi tient le gonflement indéfini de la dette globale ? Aux excédents et aux déficits monstrueux de certains pays qui impliquent recyclage monétaire permanent et un gonflement absurde des crédits.

- La crise de 98 est-elle "la crise des pays émergents" ? Non une crise du dollar flottant.

Sur toutes ces questions nous avons remis en cause les explications dominantes qui nous paraissaient totalement fausses. Quand on en trouvait. Les analyses que nous jugions les plus intéressantes étaient en général TOTALEMENT absentes des médias.

Quand on se penche à nouveau sur ces analyses de 1997 à 2000, il nous semble qu'elles ont toutes été validées par les faits. La suite a levé les doutes possibles sur leur pertinence.

On voit cette semaine même la question des 35 heures rebondir alors que les méfaits de la mesure ne sont même plus en discussion depuis l'effondrement relatif des échanges entre Allemagne et France depuis 2000.

L'étouffement trotskiste des relations sociales est également remis à l'ordre du jour du fait de ces méfaits. Mais les sottises de même inspiration de Mme Duflot dans le logement ne datent pas de très longtemps. Certains vivent encore sur l'idée qu'il faut tuer le renard libre dans le poulailler bunkerisé.

Personne dans les partis de droite et de gauche ne remet en cause de façon concrète le système monétaire international ni les mécanismes dépressionnistes de la zone euro.

On voit refleurir toutes les théories absurdes sur la fin du travail, à peu près aussi intelligentes que les théories récentes sur le pétrole à $600 le baril.

Bref le caractère manifeste des faits et de leur explication n'a qu'une influence modeste sur les esprits, tant est forte la prégnance des habitudes, des idéologies et des intérêts. Et de l'ignorance.

À partir de 2006, la montée vers la grande récession mondiale, l'étouffement de la France par le "ni ni", et le dérèglement progressif de la zone euro, après l'échec du référendum constitutionnel, offraient des axes nouveaux d'analyse, surtout dans la perspective des élections présidentielles de 2007.

Pour la première fois nous sommes intervenus directement auprès des candidats par écrit ou par lettre ouverte.

Nous paraissait dément le fait que la grosse crise arrivait sans que personne ne semble s'en rendre compte. Nous ne nous sommes pas beaucoup préoccupés du programme de Mme Royal, tant cette candidature était vouée à l'échec dès le départ. Le terrible affaiblissement du pays du fait de la politique DSK-Jospin nous paraissait de toute façon exclure une option socialiste à ce moment.

Le dépouillement du programme Bayrou montrait une vacuité étonnante. Sur tous les sujets, la réponse était la même : ils sont nuls ; quand ce sera nous, on saura faire parce que nous sommes les bons. Faire quoi ? Mystère. Le retour de la proportionnelle dans un régime présidentiel devait permettre à lui tout seul de mettre les meilleurs au boulot de façon unie et tout irait bien. Ce faux programme reste le leitmotiv de cette mini-mouvance.

Le programme de "rupture" de Nicolas Sarkozy était, lui, grevé d'une illusion dramatique : il ne prévoyait pas la récession qui allait gâcher la fête et les belles paroles annonçant une hausse phénoménale de la prospérité grâce à la libération des énergies. Nous l'avons, lui et ses équipes, lourdement averti de cette illusion dangereuse. Sans réponse, nous avons publié une lettre ouverte. Des fractions de ce texte ont longtemps été disponibles sur le forum du Monde. Absolument personne ne voulait voir venir la crise et personne n'envisageait qu'elle puisse avoir la moindre ampleur. La rupture annoncée par Sarkozy n'a jamais eu lieu, Sarkozy préférant préparer sa réélection plutôt que d'appliquer un réel programme de redressement. Une suite continuelle de demi-mesures, avec autant de concessions à la gauche pour se ménager un exercice électoral au centre la fois suivante, ne fait pas une politique. Surtout quand tout s'effondre et qu'il faut se précipiter les mains vides dans les jupes de Mme Merkel.

L'expérience était intéressante du fait de l'inconscience. générale initiale et aussi du détournement des institutions par des candidats en fait peu dignes de la fonction. La jouissance personnelle et l'absence à peu près totale de souci des mesures efficaces et des diagnostics utiles sont les deux mamelles de la présidence de 5 ans.

Nous avons ouvert ce blog parce que les forums disparaissaient, et surtout leurs archives. Ce qui ne permettait plus de mettre avec soi les analyses passées et leur débouché ultérieur. Il est important d'annoncer des conséquences et de vérifier si elles sont bien celles prévues. Pour simplement faire avancer la pertinence et évidemment pas la gloriole d'avoir eu raison avant les autres.

Les 450 articles publiés de 2008 à 2012, n'ont eu pour but que d'annoncer la crise et de l'expliquer tout en jugeant les politiques menées pour sortir de la récession. À chaque fois que nous avons annoncé en détail les conséquences le plus souvent mauvaises de mesures prises sans rapport avec un bon diagnostic de la situation, elles ont été confirmées par les faits ultérieurs.

Et nous sommes arrivés aux élections présidentielles de 2012. Elles ont été un exercice politicien assez abject. Non, le mot n'est pas trop fort. Nous lavons dénoncé violemment la dérive en son temps. Elles ne préparaient rien de bon et nous eûmes le pire. Comme Sarkozy, Hollande n'a dirigé qu'en fonction d'une stratégie de jouissance personnelle et de réélection sans aucun intérêt pour le pays.

Les élections actuelles ont un nouvel intérêt, tant on a touché le fond. Le monde des changes en folie avec des récessions partout alors qu'on devait connaître une formidable croissance ; une Europe de l'Euro étouffée par la liberté absolue des mouvements de personnes et incapables de contrôler la liberté totale de mouvements de capitaux. Une France totalement encalminée dans le chômage, la dépense publique, les impôts et la dette, incapable de la moindre réforme, sauf dans les mots.

Les médias s'intéressent uniquement aux chances de l'actuel et de l'ancien président, alors que leur réélection n'aurait aucun sens national. Ils ont tellement fait l'inverse de ce qu'ils avaient dit que tous les autres jurent de tenir leurs engagements, même les plus durs qui supposent des affrontements durs avec des maîtres chanteurs embossés depuis longtemps dans la République. En vérité aucune vraie direction ne se dégage. Parce qu'un langage de vérité est un obstacle majeur à l'élection.

Oui, il va falloir revenir sur la gratuité totale du petit risque, un gaspillage phénoménal. Qui en parle ? Personne. Si on ne le fait pas la possibilité de contenir la dépense par le simple rationnement de l'offre sera la mort de la médecine.

Oui, il va falloir revenir sur le statut des fonctionnaires hors catégorie A. Tous les professionnels doivent devenir des contractuels. Qui le dit ?

Oui, il va falloir réduire le champ d'action de l'action publique. Qui dit où l'Etat cessera d'intervenir et comment ?

Oui, il va falloir fixer un système unifié d'aides provisoires, diversifiées mais plafonnées pour les personnes en difficulté. Afin d'éviter les cumuls d'aides enchevêtrées et leur conservation ad vitam aeternam une fois obtenues. Guichet unique et panoplie d'aides temporaires, avec une distribution sous contrôle direct des élus régionaux et publicité des aides. On ne parle que d'un revenu garanti d'existence ouvert au monde entier !

Oui, il va falloir mettre en place un système d'aide aux personnes licenciées qui ne soient pas une véritable incitation à se mettre au chômage. Le licenciement négocié actuel signifie que l'Etat assume la conséquence du choix volontaire du salarié et de son entreprise de le faire cracher au bassinet. Avec trois ans de subventions et un an d'indemnité, cela fait quatre ans sans travailler et sans pertes de revenus. Franchement, est-ce raisonnable de ne pas exercer son droit au chômage ?

Oui, il va falloir toucher au GVT pour les fonctionnaires. Plus de glissement automatique des salaires mais des mesures individuelles, comme partout dans le privé. Aie !

Oui, il va falloir liquider des abus flagrants : intermittents au statut fou, EDF GDF, contrôleurs aériens, régimes spéciaux de retraite, dockers, ouvriers du livre. Qui en a envie, vraiment, sur chacune des cases de l'échiquier politique ?

Oui, il va falloir changer le statut de la haute fonction publique pour que la retraite soit comptée prorata temporis et non plus comme élément de statut. Qui le propose ?

Oui il va falloir interdire à la fonction publique de se faire élire dans des assemblées qui gèrent leur rémunération et conditions de travail. Qui l'annonce ?

Oui il va falloir interdire les cumuls de rémunération dans le secteur public. Qui en parle ?

Etc.

Sans une vision globale des problèmes qui nous accablent, impossible de faire autre chose que de lister des mesures impopulaires que l'on se sait incapable de mettre en œuvre.

Et que faire de la dette ? Là c'est le grand silence. Elle n'est tenable que si les taux d'intérêt sont négatifs comme actuellement. Donc nous dépendons des autres. Quelle est notre politique économique internationale ? Elle n'est définie nulle part, par personne.

On espère simplement que Draghi voudra bien continuer.

Quelles réformes de la zone Euro ? Silence. Quelles réformes du système monétaire international ? Silence.

L'observateur voit arriver la crise décennale "molle" qui suit les récessions dures. Elle mérite d'être annoncée et comprise. L'idée même que ce genre de chose existe semble totalement étrangère aux instituts de conjoncture qui tremblent devant les "cygnes noirs" et ne voit pas le rythme régulier des marées économiques.

Les questions internationales de fond seront éliminées du match des prétendants, comme il l'est généralement des médias qui mettent surtout en valeur les émotions provoquées par tels ou tels événements, sans jamais les expliquer. On croit décrypter alors qu'on glose.

Alors oui nous cherchons à influencer le débat présidentiel, dans sa composante économique. Non, nous ne croyons pas à une alternative "de gauche". On ne peut pas "perfectionner le socialisme" sur fond de diminution du revenu par tête de longue durée et d'affaiblissement de la natalité. Sinon on enfonce un peu plus le pays dans une situation inextricable. Nous ne croyons pas non plus à une alternative de droite qui serait simplement une potion à faire ingurgiter aux pauvres, aux fonctionnaires et aux étrangers.

Il faut une vraie politique économique et sociale, complète, qui dit les causes des difficultés, les remèdes que l'on cherche à apporter, la méthode que l'on va suivre, le bénéfice que l'on espère en tirer, dont le premier est de retrouver une parole crédible en Europe et dans le monde pour faire bouger les gouvernances qui doivent changer.

Il serait totalement faux de croire qu'une politique de redressement tenace et sévère soit si dure que cela à supporter. Travailler 40 heures avec 5 semaines de congés payés n'a rien d'indécent. Supprimer tous les systèmes abusifs pour revenir à la norme est de simple justice. Avoir une aide temporaire, plafonnée et dégressive en cas de perte d'emplois ou de difficulté sociale temporaire a été de règle en France et l'est partout ailleurs. Faire en sorte qu'un Inspecteur des finances ne touche pas une retraite pleine en revenant au bercail cinq jours avant son départ en retraite même s'il n'a travaillé que quelques années dans son poste, ne provoquera aucun drame. économique. Payer une partie des soins pour les rhumes et maladies légères est à la portée des citoyens d'un pays aussi riche que la France. Renoncer à un remboursement à 100 % du petit risque n'a rien d'antisocial quitte à traiter par exceptions les cas particuliers. Supprimer des pans entiers d'actions publiques dévoyées, comme les Frac, n'a aucune importance nationale. Fiscaliser le revenu du directeur du FMI et des agents expatriés ne serait que justice. Etc.

En jouant sur les mesures de fond et les mesures temporaires il est parfaitement possible de revenir à une situation d'excédent budgétaire primaire. Certes on ne fera baisser l'endettement public que très lentement. Mais la direction sera bonne.

Les expériences étrangères montrent que pratiquement tout le monde a été capable de revenir autour de 5 à 6 % de taux de chômage. On peut le faire sans grande difficulté technique.

En revanche on a besoin des autres pour éviter encore une crise financière dure, encore une déstabilisation d e tous les marchés financiers, encore une guerre des changes. Il est impératif d'imposer que les pays excédentaires, soit résorbent leurs excédents volontairement, soit paient une taxe de péréquation sur leurs ventes déséquilibrées à l'étranger.

Il faut être clair : les Allemands doivent payer une taxe européenne à la zone Euro de 10 % à 50 % sur leurs excédents vis-à-vis des autres pays de la zone Euro. Ces sommes serviront au désendettement global. De même il faut interdire aux pays pétroliers excédentaires les opérations en capital chez nous. ils doivent équilibrer leurs recettes avec des achats de produits et de services. Pas en réemployant les sommes pour acheter notre patrimoine. C'est vrai aussi de la Chine.

Si ces actions peuvent être mises en place de façon concertée en commençant par la zone Euro, nous pouvons retrouver une phase de croissance longue. De 45 à 71 nous sommes passés d'un endettement de 400 % à 75-100 % en moyenne en Europe. Le chemin est donc déjà connu. Il suffit de suivre la piste.

Comme nous ne cessons de le répéter, nous ne croyons pas à la notion de "monde nouveau" auquel il faudrait nécessairement s'adapter, pas plus que nous croyons à la catastrophe imminente qui doit mettre fin à "l'anthropocène" dans les dix ans. Nous croyons à un environnement économique malade du fait de mauvaises structures et de mauvaises pratiques. Quand Nicolas Baverez affirme que les Français "doivent rompre avec le déni et présenter des projets ambitieux placés sous le signe de la thérapie de chox", il a raison. Quand il ajoute : "seule à même de remettre la France en mouvement , non pour une chimérique remontée du temps vers le rêve des trente glorieuses, mais afin d'épouser la marche du XXIe siècle" , il tue son discours. Supposer que les Trente Glorieuses ont été une exception et sont désormais chimériques montre qu'on en a pas compris les ressorts. Annoncer qu'il faut s'adapter à un monde qui sera nécessairement glauque tue tout espoir. Ajoutons qu'il est regrettable que Le Point ait cru bon de confier à Valérie Giscard le soin de faire la leçon aux candidats. On a déjà listé ici la somme invraisemblable d'erreurs qu'il a faites pendant son septennat dont la pire est d'avoir signé les accords de la Jamaïque. C'est gentil de constater que l'Education nationale est par terre. Mais qui a fait la réforme Haby ? Que la France est surfiscalisée. Mais qui a commencé ? Un homme qui n'a jamais connu le travail privé nous recommande de lire un livre de haut fonctionnaire, Jean Serisé, auteur de la "serisette", bien oubliée aujourd'hui, qui était le prototype même du délire bureaucratique. De qui se moque-t-on ?

Si nous rappelons que le système des changes fixes et ajustables, accompagnés de diverses mesures d'aides et de coopérations, a permis de mettre en place la sécurité sociale en Europe, malgré mille défauts et insuffisances, ce n'est pas par nostalgie du passé. Une bonne gouvernance dans de bonnes structures est la clé d'une société qui progresse socialement, ce qui est le but principal.

Cette nouvelle organisation ne sera pas l'organisation passée qui a disparu pour de bonnes raisons. Il faut créer un cadre de prospérité internationale sur des bases qui tiennent compte non pas d'une "mutation" de l'ordre des choses venant d'on ne sait où et qui nous serait tombé dessus sans que nous l'ayons vraiment voulu, mais de ce que l'on veut obtenir en s'appuyant sur des mécanismes bien connus. Des dysfonctionnements existent qui sont parfaitement compréhensibles et que l'on peut corriger.

Le "roman" politique construit autour du "changement", mais sans le risque, grâce à l'élection d'intelligents modernistes qui seraient capables de dompter les mutations, est une fantaisie de communicants ou un rêve de technocrate ivre de lui-même.

Bien sûr, l'économie n'est pas toute la politique. Notre pays être choisi comme ennemi à notre corps défendant par des puissances qui nous imposent des combats dont on se serait passé. La défense du corps social contre les agressions internes ou externes de toute nature est l'essence même du politique. Une politique de paix est nécessaire pour que l'économie prospère. La prospérité n'est pas garantie par la paix. Elle doit se construire. Dans un monde que l'on a voulu interconnecté, elle se construit à plusieurs. L'action publique doit donc associer aux efforts d'efficacité interne une diplomatie de la prospérité.

Définir les voies et moyens de cette diplomatie de la prospérité est un des thèmes qui sera récurrent sur ce blog pendant l'année 2016. Car c'est là où le vide intellectuel du débat public est le plus abyssal.

Cercle des économistes e-toile.

2015 : une nouvelle année « Hollandibilis ».

Eric Zemmour signe un billet dans le Figaro Magazine où il se réjouit que la question « qui sommes-nous ?» remplace celle de « combien gagnons-nous ?». « Les questions économiques avaient imposé leur diktat au politique transformant les politiques en administrateurs et en hommes de spectacle ».

On ne voit pas trop pourquoi l’économie aurait transformé les hommes politiques en « guignols de l’info ».  L’évolution des médias suffit seule à expliquer cette mutation. On ne voit surtout pas pourquoi l’urgence économique se serait tout à coup évanouie.

La vérité est que les politiques évacuent systématiquement l’économie du champ électoral.Les deux dernières élections présidentielles en témoignent. Nicolas Sarkozy ne voulait pas voir venir la crise et annonçait des croissances mirobolantes grâce à son « américanisme », un peu comme le facteur Tati faisait des tournées « à l’américaine » dans Jours de Fête. François Hollande expliquait la crise par les erreurs de son prédécesseur, ce pelé et ce galeux, et entendait revenir en deux coups de cuillères à pot à la prospérité française en sanctionnant la finance, en faisant payer les riches et en ne signant pas « tel quel »le traité Merkozy.  Il est clair que les élections prochaines verront une nouvelle fois les réalités économiques évacuées du débat public.  Sauf pour Eric Zemmour qui prétend que « tous ces grands esprits entendent qu’on parle à nouveau du chômage d’économie, de fiscalité ».

L’année 2015 signe une défaite nouvelle pour François Hollande sur à peu près tous les aspects de l’intérêt national mais surtout sur le front économique. Ceux qui pensaient que l’année Horribilis de 2013 aurait servi de leçon en sont pour leurs frais. Nous avons eu 2014 puis 2015, une nouvelle année Hollandibilis, en dépit de tous les espoirs, soulignés à grands coups de trompettes médiatiques, que suscitaient le passage à une politique de l’offre et « l’alignement des planètes » (dévaluation de l’euro, baisse des prix du pétrole, baisse des taux d’intérêt, plan d’investissement européen…).Tous les indicateurs économiques marquent des aggravations : déficits extérieurs, dépenses publiques, prélèvements, emploi marchand, dettes, chômage, prix, construction etc. La déflation, crainte en début d’année, s’est installée, avec encore une baisse des prix pour le dernier mois connu.

Le candidat puis président  Hollande l’avait annoncé sans vergogne : « Je distribuerai en fin de mandat ».  Il débite désormais son chapelet de mesures électoralistes. Inlassablement, il accumule les gracieusetés payées par les autres. Il le fait en restant totalement indifférent à l’état courant de l’économie. Il le fait avec un mépris total des conséquences à moyen et long termes. On ne voit pas très bien où Zemmour a vu Hollande en « administrateur ». Alors que l’économie stagne, il cadre sa réélection par des mesures démagogiques ciblées prévues longuement à l’avance et qui aggraveront tout. 

La généralisation du tiers payant est la mort de la médecine libérale, puisqu’elle fait des médecins des otages absolus des décisions de rémunération déléguées à la Sécurité sociale, organisme bureaucratique dirigée par les syndicats, incapable de se réformer et ruinée, qui se moque totalement du niveau de vie des médecins tant qu’il n’est pas en dessous du plus faible des salaires du plus mal classé de leurs apparatchiks. On les prive même de leur liberté d’appréciation en matière médicale en les subordonnant à des instances administratives régionales meublées d’incompétents (c’est pour cela qu’ils ont choisi ce métier). Leur paupérisation est programmée. Qu’importe que désormais les queues et les délais s’allongent partout en France et qu’on parle désormais de déserts médicaux. La gratuité, c'est-à-dire le paiement par les autres, entraîne toujours la répression des producteurs, la surveillance des consommateurs, la ruine des financeurs, et la raréfaction des produits et services.    

La réduction autoritaire et le blocage des loyers imposés par la loi imbécile d’une certaine Duflot, qui pense que sa nullité agressive lui vaut mérite et la pousse vers les sommets de l’Etat,  aura les mêmes conséquences à terme que les lois de 1948 : la raréfaction des logements à louer ; l’aggravation du mal logement ; des tensions partout. Associées à des surtaxations extravagantes, les mesures annexes de la loi imposent de nouvelles règles extrêmement coûteuses, qui ont provoqué la chute des mises en chantier. Alors on a aggravé la violence contre les propriétaires. On parlait de freiner l’activisme idéologique des lobbies malthusiens en matière de normes coûteuses, voilà que le mois de janvier voit mille règlementations se mettre en place qui font flamber le coût des copropriétés : Collectivisation des mutuelles de santé avec une hausse des coûts importantes pour tout le monde, (employeurs comme salariés), au seul profit des assureurs, devenus des assistants du Trésor ; paperasserie et obligations nouvelles des syndics qui font flamber les honoraires ; obligations médicales diverses, comme la pose en pleine vue de défibrillateurs dans les porches...   Ici encore on pare les conséquences à court terme en prenant des mesures radicales comme une hausse prévue par Mme Hidalgo de 100% de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires (alors qu’elle avait annoncé qu’elle n’augmenterait pas les impôts !) ou les projets de taxe d’habitation sur les maisons non habitées. Bien relire la phrase : on taxe un habitant même quand il n’existe pas.  Les socialistes traversent toutes les logiques et mettent à bas tous les principes pour faire face aux conséquences de l’imprévision des conséquences de leurs propres décisions, en aggravant tout. C’était la « logique » folle de l’Union Soviétique, où chaque nouvelle décision, imposé par les conséquences des précédentes,  violait tous les principes et faisait de la vie quotidienne un enfer délirant.

La « gratuité de la vie » est un grand must socialiste. « A chacun selon mes besoins électoraux » est le leitmotiv. Après l’extension des allocations aux 18-25 ans, voici qu’on subventionne les petits salaires. La rémunération n’est plus fonction de l’utilité sociale du poste mais de l’idée que se fait le Président de ses besoins électoraux. Ce n’est plus l’économie qui, par son progrès, fait grimper les rémunérations ni le mérite des uns et des autres. On emprunte ou on taxe pour redistribuer non plus aux personnes vulnérables ou empêchées, ce qui est l’essence même de la sécurité sociale, mais pour faire grimper artificiellement la rémunération de certaines catégories électoralement nombreuses. On a compris que les « coups de pouces au Smic » ruinaient les entreprises et l’emploi. Alors on donne directement de l’argent public sans impacter de façon trop visible l’entreprise. Cet argent est néanmoins pris quelque part. Soit sur les générations futures, par l’emprunt qu’il faudra bien rembourser un jour, au moins payer les intérêts ; soit sur les « riches » qui sont déjà tondus à zéro et qui, en net après impôts, gagnent désormais souvent moins que les nouveaux « damnés de la terre ».  Les « riches » fuient ou cessent d’investir. Mais qu’importe. Personne n’osera plus toucher à ces allocations qui, comme la prime de Noël, la prime de rentrée, ou autres libéralités démagogiques, verront des réclamations éternellement à la hausse que les politiciens professionnels se feront un plaisir de satisfaire dans l’espérance de quelques voix de plus. L’achat de vote est désormais bien installé dans les mœurs.

En France plus des deux tiers des résidents de plus de 18 ans attendent des autres leurs revenus et le financement de leurs frais de santé.  Rappelons tout de même les chiffres : 15 millions de retraités en 2016 plus 6 millions de chômeurs, plus 2 millions de personnes ne travaillant pas et vivant d’allocations, soit tout de même  23 millions de personnes ne travaillant pas du tout. Ajoutons presque 6 millions de fonctionnaires et près de 2 millions d’employés des associations financées par l’argent public, qui dépendent pour tout leur revenu de l’Etat et maintenant 6 millions de « salariés pauvres » pour une parti. A ces 14 millions de personnes il faut ajouter la paysannerie avec ses 30.000 euros de subventions par exploitation, et mille métiers subventionnés de milles façons. Quarante millions de Français adultes en tout ou partie accrochés à la mangeoire publique. Raisonnable ?  

Tout cela payé par 200.000 à 1 million de personnes encore un peu prospères ?

Cette France quasi totalement socialisée où le revenu par tête baisse continûment, où l’emploi marchand est aujourd’hui à 15, 848 millions de salariés, soit le même chiffre qu’en 2001 et le tiers du nombre des personnes inactives qui vivent de redistribution, où tous les problèmes s’aggravent, où plus rien ne marche vraiment (c’est de plus en plus le « n’importe quoi généralisé » du fait de l’impossibilité de disposer d’une force de travail compétente, motivée et organisable), où la rue est devenue un égout, cette France s’enfonce inexorablement, gangrénée par une démagogie (et non par l’esprit gestionnaire, Monsieur Eric Zemmour) tellement cynique qu’elle s’assume comme telle en rigolant et qu’elle touche en cascade tous les échelons de l’Etat.

En fait les politiciens français ne « gèrent » plus rien, parce que la France qu’ils dirigent se ridiculise tous les jours par ses résultats économiques grotesques, parce qu’elle ne pense plus rien, parce qu’elle n’est en pointe sur aucun débat économique, sur aucune querelle d’organisation.

Les prix baissent. Nous sommes donc en déflation, malgré les immenses inondations monétaires de Mario Draghi. Pourquoi ? Silence. L’Allemagne empoche de fabuleux excédents. Tout le monde sait que dans une zone de monnaie unique si un pays accumule des excédents massifs, surtout si la zone est globalement excédentaire, alors des pays doivent avoir des balances hyper déficitaires qui poussent à la déflation. Peut-être quelqu’un, dans ce gouvernement de « gestionnaires » pourrait rappeler que les excédents massifs sont interdits par les statuts du FMI et devraient l’être par ceux de l’Eurozone. Pas un mot. C’est la Commission Européenne qui s’inquiète dans la plus totale impuissance. Où est la France ?

La conjoncture mondiale est partout extrêmement difficile. La valse des monnaies est permanente. Tout est déréglé. En dehors des Etats-Unis et de l’Allemagne, plus quelques pays africains, la crise est partout. La panique est partout. Le FMI finit par corriger ses perspectives de croissance mirobolantes… à la baisse.  2016 sera une année « décevante ».  Quel plan d’action ? Quelles propositions de la France ? Quelles propositions du FMI ? Les énormes quantités de monnaies créées par les banques centrales ont réanimé les spéculations, ce qui a profité aux  Etats-Unis, qui paient leurs dettes dans leur monnaie. La hausse des intérêts aux Etats-Unis risquent de polariser un peu plus les flux de capitaux flottants, au détriment de tous. Après que l’élan de la petite reprise des affaires exportée par les Etats-Unis  se sera évanoui, le risque d’un à-coup conjoncturel de moyenne importance entre juillet 2016 et juillet 2018 devient fort. Qu’elle est la stratégie de la France ?

Bien sûr, on trouve dans l’opposition, notamment du côté de François Fillon, des gens qui pensent économie et redressement.

Ils ont bien compris qu’il fallait agir sur les grandes masses vivant de subventions qui coulent la France. Ils picoreront dans la longue liste des « mesures indispensables » :

-          Réduire le nombre des retraités par une hausse importante de l’âge du départ à la retraite et un alignement de tous les régimes sur celui des salariés du privé. Et probablement baisser le niveau des retraites.

-          Réduire le nombre des chômeurs en créant un cadre répulsif pour ceux qui veulent profiter du chômage sans véritablement chercher un emploi.  Des allocations temporaires, dégressives et plafonnées sont la seule solution.

-          Réduire le nombre des fonctionnaires et leur coût. Ce qui suppose des mesures très dures : baisse autoritaire des salaires de tous ceux qui ont eu des croissances de salaire supérieures à la croissance moyenne dans les deux dernières années, suppression du statut de fonctionnaire pour toutes les catégories inférieures à la catégorie A. Plafond d’emplois administratifs dans les régions en fonction des effectifs administrés. Réduction autoritaire des niveaux d’interventions. Suspension du GVT, qui fait croître automatiquement la masse salariale privée. Non indemnisation de l’absentéisme excessif…

-          Réduire les transferts sociaux qui sont les plus élevés du monde, notamment en mettant fin à des politiques aussi coûteuses que celle de la mixité sociale où l’on préempte des logements extrêmement coûteux pour y mettre des Roms, des clochards  et des réfugiés, ou des copains, ou encore  mettre fin au système des intermittents du spectacle, parmi mille autres mesures.  

-          Supprimer la gratuité du petit risque pour concentrer les paiements mutualisés sur les traitements lourds.

-          Revenir sur la subventionnite qui fait que pratiquement tous les secteurs économiques sont accompagnés de subventions publiques : culture, transports, agriculture, journalisme, …

-          Interdire les subventions aux associations de complaisance et réduire au strict nécessaire les financements associatifs inefficaces (exemples : supprimer les Frac ; réorienter la formation professionnelle, etc.).

-          - …

Une telle politique est nécessaire mais elle extrêmement dure et touchera nécessairement des personnes et des entreprises qui vivent en symbiose avec l’impôt dans le contexte fiscal et subventionnaire actuel. On a réduit l’enveloppe des ressources allouées aux collectivités locales : on a mis en faillite bien des entreprises des travaux publics ! La grille des emplois résiduels a tellement été tordue par les subventions et les effets fiscaux qu’un redéploiement des effectifs devra s’effectuer en cas de réduction des subventions. Il prendra du temps. Exactement comme en Union Soviétique quand le système s’est effondré. Autant dire qu’une telle action de redressement est politiquement impossible, s’il n’y a pas de croissance globale, en Europe et dans le monde.

La France doit donc avoir une « diplomatie de la prospérité » et abandonner son suivisme exonératoire et râleur actuel. On n’en trouve aucune trace dans les programmes électoraux d’aucun des postulants aux prochaines élections présidentielle. F. Hollande ne peut pas développer une telle diplomatie du fait de sa démagogie ridicule sur le front économique intérieur et de sa dépendance sur le front des actions militaires extérieures (on ne sait même pas fabriquer en  nombre suffisant les bombes qu’on envoie sur la Syrie !).

L’accumulation des années « Hollandibilis » rend inexorable à plus ou moins long terme un collapsus de type grec. Mais un redressement brutal sans croissance extérieure imposerait une souffrance importante au pays, souffrance vaine si les dysfonctionnements de la zone Euro et du système monétaire international, causes de la crise, ne sont pas traités. Mais souffrance moindre que celle qu’imposerait aux plus faibles un effondrement économique de type grec. Rappelons que si l’Etat se trouve sans ressources, tous les subventionnés se retrouveront sur le carreau. En même temps que les services publics essentiels.

Alors ?

François Hollande a fait le pari que l’Europe ne saurait accepter la chute de la France, qui effondrerait tout l’édifice européen. Jusqu’ici il n’a pas eu tort : Mario Draghi fournit l’argent de l’insouciance. On évite toutes les réformes de structures et on pratique un « achat de vote » forcené avec l’argent emprunté. La frénésie fiscale ciblée et quelques rabotages de dépenses  permettent de tenir les déficits dans des limites finançables au coût actuel du crédit. Mais le moyen terme est ignoré, comme le long terme. La vulnérabilité est constamment aggravée. Au moindre redressement des taux d’intérêt, l’Etat français sera étranglé.

Il fallait profiter des taux très bas pour commencer à casser la machine à subventionner. On fait l’inverse depuis 2012. Obtenir de l’Europe et du G.20 une politique progressive de sortie des erreurs de structures qui ont provoqué le collapsus de 2008 dans le monde et la crise spécifique européenne à partir de 2011, était une vraie nécessité. Le silence est assourdissant.

Sans crise majeure il faudra attendre les élections présidentielles de 2017 pour prendre un virage économique sérieux, ce qui promet dix huit mois de quasi stagnation. Le coût du quinquennat de François Hollande aura été désastreux.

Les Vœux du Président de la République ont été ce que pouvait craindre Eric Zemmour : on a évité de parler de la France et de son identité, c’est vrai. On a félicité les Français, comme la nounou félicite la petite Lulu d’avoir bien mangé sa soupe. Et on a parlé « gestion ».

Mais, une fois de plus, tout était « bidon » : de la soupe de politicien manipulateur ivre des conseils de ses « spin doctors ».   Le candidat Hollande a annoncé qu’il obtiendrait une baisse des statistiques du chômage lui permettant de se représenter en mettant 500.000 chômeurs en formation, des centaines de milliers d’autres dans le  Service civil, et des centaines de milliers d’autres en apprentissage (que la gauche a rendu quasiment impossible en France). A aucun moment il n’a dit ni le coût ni l’origine des fonds ni le mode d’organisation. Sa seule obsession est électoraliste. Son seul moyen, des financements publics pour des emplois artificiels et  précaires. Sans absolument rien réformer.

L’économie réelle, celle où l’on créé de la vraie richesse, de vrais emplois, de vraie carrières, a été encore une fois éliminée du discours politique. Ne parlons pas d’une action extérieure économique.

La France disparait des écrans radars de l’économie, en même temps que l’économie disparaît des radars des medias. Les seuls commentaires que les medias diffusent se concentrent sur la question grotesque  de savoir si le président sortant qui trône sur ce désastre a augmenté ou non ses chances de gagner les prochaines élections présidentielles en tchatchant dans le poste et en mimant l’air du chef de guerre.   A croire que les journalistes ont fini par se convaincre que plus aucune réforme économique n’était possible en France : elle toucherait trop de monde. En parler toucherait trop d’auditeurs et tuerait l’audimat. Faudra-t-il en passer, après l’effondrement inévitable, par une période de 10 à 20 ans de galères pour revenir à un semblant de prospérité et de lucidité publique ?

Non M. Zemmour, il n’y a jamais eu de « diktat de l’économie ». Les palinodies politiciennes n’ont jamais fait une politique économique. Nous sommes dans une forme de désert intellectuel et politique tout azimut. Le vrai devoir n’est pas tant de se plaindre que l’économie impose ses urgences, que de constater qu’il n’y a aucun plan économique sérieux, ni en France, ni en Europe ni même dans le monde, alors qu’il y a urgence. Chacun va à la catastrophe en sifflotant. Comme disait Maurice Allais : « ce qui doit arriver arrive ».  S’il y a « suicide français », c’est d’abord par l’économie qu’il se commet. S’il y a dislocation de l’Europe, c’est d’abord par l’économie qu’elle se produit. Et si le monde n’est plus coopératif, c’est fondamentalement parce qu’on a aboli toutes les structures obligatoires de coopération économique.

Bonne année 2016 !

Les changes à nouveau en folie.

L'idée centrale qui fonde l'essentiel des thèses de ce blog n'est pas difficile à comprendre : les grands déséquilibres de balances commerciales et de paiements, dans un monde où les Etats ont pris une part de lion dans l'économie et où la monnaie est imprimée à volonté par les dits Etats et n'obtient son pouvoir libératoire que par les Etats, provoquent des crises financières d'autant plus difficiles à maîtriser que les déséquilibres sont plus grands.

Tout système qui limite le plus structurellement possible les grands déséquilibres est bon. Ceux qui les aggravent sont mauvais.

Le système des changes flottants mis en place, par force, lorsque les Etats-Unis ont voulu se débarrasser des contraintes des Accords de Bretton-Woods, qui pourtant étaient déjà déséquilibrés en leur faveur, ne marche pas, n'a jamais marché et ne marchera jamais.

Le système de monnaie unique, si rien n'est fait pour ajuster les déséquilibres internes, ne marche pas, n'a jamais marché et ne marchera jamais.  

S'agissant de relations entre Etats souverains et puissants, qui peuvent être tentés  de tordre les relations économiques et monétaires à leurs avantages réels ou supposés, les accords diplomatiques mous et les belles déclarations d'amour à la stabilité ne peuvent pas être efficaces. Il faut créer des systèmes institutionnels solides avec des correctifs puissants.

Au sein de la zone Euro, comme nous avons essayé de le montrer dans nos articles précédents, il faut un chancelier de la zone Euro, dont le travail est de mesurer, prévenir, et corriger les déséquilibres internes et externes.

Les accords de Bretton Woods étaient de bons accords, car il forçait les Etats à respecter la valeur réciproque des monnaies. Certes ils étaient imposés par une puissance dominante qui les appliquait à son avantage mais ils imposaient une discipline structurelle et des principes, ainsi qu'un maître chien : le FMI, et un porteur de carotte, la BIRD.

Les principes de base étaient d'une grande simplicité :

- Tout le monde gagnera à l'extension des échanges internationaux.

- Il faut donc permettre à tous d'accéder à ces échanges, ce qui impose qu'on puisse les financer avec des moyens de paiements reconnus.

- Les monnaies étant nationales et gouvernées par les Etats, les Etats ont une responsabilité vis-à-vis des tiers lors d'un échange international.

- Les produits doivent s'échanger contre des produits pour ne pas créer de distorsions graves des marchés du travail et permettre à la loi des débouchés de fonctionner ; cet échange doit être les plus équilibré possible.  

- Si une crise intervient qui met en cause la crédibilité d'une monnaie, la collectivité se saisit de la question, pour permettre au pays en cause de revenir à l'équilibre et maintenir son accès au commerce international, sans entraîner les autres dans ses difficultés.

- L'objet direct de l'intervention collective est d'empêcher des mécanismes contagieux de déflation de s'enclencher.

- L'aide du FMI est certes coercitive, pour éviter les défauts à répétition, mais son but reste positif : stopper des phénomènes récessifs cumulatifs.

Le système est à la fois structurellement coopératif et largement auto régulé, puisque chaque pays a la responsabilité de surveiller ses balances extérieures.  

La double organisation des changes flottants dans le monde et de la monnaie unique sans organisation de pilotage en Europe, a signé le retour de la déflation comme moyen d'ajustement des déséquilibres, donc du chômage de masse et des dettes incontrôlables.

Au début de l'année 2015, tout le monde glorifiait "l'alignement des planètes", la conjonction miraculeuse d'un Euro très dévalué et d'un prix du pétrole en chute libre "grâce au gaz de schiste américain". Nous écrivions : attention le commerce international est à zéro ; la baisse du pétrole n'est qu'un détail des baisses massives qui touchent toutes les matières premières.

Les chiffres connus signalent que le commerce international a finalement baissé de près de 4% en 2014. Depuis l'été 2008, il est à l'arrêt et n'a un peu remué que lorsque la Chine, inquiète de voir le dollar se déprécier et son stock de devises et de placements en dollars perdre de la valeur, a converti sa monnaie en "valeurs réelles", c'est à dire acheté un peu n'importe quoi à travers le monde. De même, les remontées du terrain montraient qu'en France le commerce de détail était à l'arrêt et dans une situation pire qu'en 2009. L'Insee vient de confirmer que le PIB y a connu une croissance zéro au second trimestre 2015.

Aujourd'hui on mesure avec la dévaluation soudaine du Yuan que la Chine, qui avait promis de rétablir progressivement une valeur de sa monnaie plus compatible avec l'équilibre des échanges mondiaux, ne pouvait pas supporter la baisse totalement extravagante de l'Euro et celle du Yen, tout en suivant la hausse du dollar.

Tout le monde voit les avantages d'une dévaluation pour soi même. Personne ne voit les inconvénients. Gare aux réactions des autres et aux effets négatifs d'une dévaluation en interne, rarement signalés.

Ils sont pourtant massifs.

L'Europe, pour installer l'Euro dans le concert des nations, a voulu, pendant deux décennies, imiter la politique allemande de la Buba et avoir un Euro fort. Il a été trop fort trop longtemps et a ruiné une partie de l'économie européenne qui a été transférée en Chine et en Inde. Il est brutalement dévalué passant de 1.40 à 1.10, soit une chute de plus de 20%. Quelle est la conséquence immédiate ? Tous les importateurs sont obligés de répercuter une hausse de coûts immédiate de même ampleur et tous les distributeurs, c'est-à-dire le grand commerce et les boutiques, prennent un coup de ciseau effroyable. Ils ne peuvent pas répercuter la hausse des produits qu'ils vendent ni leur substituer une production locale car cette dernière a été purement et simplement éliminée pendant 20 ans. Alors on voit les grands magasins parisiens perdre leur marge et accumuler des pertes de plus en plus lourdes et de grandes chaînes de diffusion faire faillite ou s'en approcher. La consommation freine également brutalement.

Paradoxalement, la stagnation du secteur marchand en France au second trimestre est l'effet direct de la…dévaluation massive de l'Euro.

La Chine ne trouve plus de débouchés en Europe et voit ses exportations s'effondrer. La croissance ralentit fortement. Les pays qui exportaient en Chine, comme l'Allemagne sont touchés. La bourse de Shanghaï, gonflée par les masses de liquidités inemployées accumulées en Chine, s'effondre, le décalage entre économie réelle et financière devenant trop important. En même temps la déflation générale sur les marchés de matières premières déséquilibrait le marché du gaz de schiste aux Etats-Unis avec ces presque 600 milliards de dettes, fragilisait tous les pays dépendants du pétrole et déstabilisait un peu plus les marchés financiers. L'agriculture, notamment en France, qui est de plus en plus une industrie d'exportation (ou sensible aux importations, ce qui revient au même), se retrouvait aussi à découvert comme le montre le marché du porc.  

On ne pouvait pas démontrer plus radicalement que la croissance n'est possible que dans le respect des grands équilibres. Faute d'un système cohérent, globalement admis et surveillé, les échanges internationaux dans une ambiance de liberté sans limite des mouvements de capitaux, de marchandises et de personnes, deviennent incontrôlables.

Cette leçon n'est évidemment présentée nulle part. Et particulièrement pas dans la presse française, ce qui est dommage. Le comble du ridicule est à trouver dans la presse anglo-saxonne qui s'émerveille des dévaluations successives du Yuan, preuve, selon elle, que la Chine va enfin entrer de plein pied dans le flottement des monnaies dirigé par la spéculation internationale et les banques américaines.  

Ah ! Enfin un flottement total et général ! La joie profonde, l'extase de la finance "moderne".

Débloquons, débloquons !

Et bien oui, on débloque. Et on bloque à nouveau la croissance, seule moyen de sortir de la crise de surendettement global qui paralyse le monde et qui a été la conséquence directe du système des changes flottants par le mécanisme de la double pyramide de dettes détaillée par Jacques Rueff en son temps, et dénoncé à nouveau par Maurice Allais à la fin du siècle dernier. Ils nous manquent ces deux là ! .

On fait enfourner du sucre à un diabétique, en lui criant : formidable ; encore ! Et on s 'étonne que les vaisseaux craquent et que des amputations suivent.  

Heureuse période ; période des imbéciles heureux.

Si vous avez entendu un seul homme politique, au gouvernement ou dans l'opposition, faire cette analyse en France, vous avez gagné le grand prix des acouphènes.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Que faire de la zone Euro ?

L’Eurosystème est une des rares institutions internationales construites dans les 30 dernières années.  Elle est mal née.  Les motifs qui l’ont porté sur les fonts baptismaux sont relativement incertains.  Certains ont voulu « avancer dans la construction européenne ».  A tout prix, selon un sens étrange de l’urgence européenne. L’abandon des disciplines de Bretton-Woods et le flottement des monnaies avaient bloqué les projets d’Union monétaire européenne mis en avant lors de la conférence de La Hayes, en 1969.  Les différents serpents monétaires ayant été balayés, les européistes se sont mis à considérer que seule une monnaie unique résisterait à la spéculation internationale conduite par les Américains et plus généralement les Anglo-saxons.  Les banques centrales européennes ont commencé dès le début des années 80 à considérer que le projet était quasi certain d’être mis en œuvre. La Banque de France s’y prépare dès le milieu des années 80, en totale indépendance des alternances politiques. Les fédéralistes européens considéraient que c’était l’étape suivante indispensable, celle qui créait une situation irréversible. Depuis Jean Monnet, l’idée fédérale s’inscrit dans une tactique qui veut que les faits accomplis économiques contraignent  le politique jusqu’au fédéralisme promis. On met donc la charrue économique avant les bœufs politiques. En espérant que les bœufs piétineront suffisamment la charrue pour qu’on soit obligé « d’avancer » (« L’Europe avance par crise ») mais pas assez pour la casser.

Des discussions, nombreuses, ont eu lieu dans ces milieux, pour savoir comment faire. Très peu sur les conditions de réussite d’une monnaie unique et les contraintes d’organisation dans la durée.  Aucune sur l’opportunité de monter un tel système. L’ardente obligation européenne imposait d’avancer.  Le marché unique et la monnaie unique s’imposaient « naturellement ».  Cela se terminera par le rapport Delors, source de tous les maux.  Au passage le JDD  de ce dimanche nous a commis deux pages hagiographiques sur J. Delors au moment même où les vices du système mis en place sont devenus manifestes !  Il est vrai que les Européistes viennent de primer  Delors pour contrer le mauvais climat qui règne en Europe depuis que la monnaie unique a été installée.  

Ne faisons pas à ce « père de l’Europe de la monnaie » l’injure de penser qu’il ne savait pas que le système qu’il proposait était problématique. Il n’y a pas un économiste sérieux, connaissant un petit peu les questions monétaires, qui ne sache qu’une monnaie unique est une construction politique qui ne peut réussir qu’avec un pouvoir central fort.  Mais il fallait « avancer ». On a fait semblant de considérer qu’une zone de monnaie unique pourrait fonctionner si on libérait totalement les mouvements de capitaux, de marchandises et de personnes.  Les marchés s’occuperaient d’harmoniser les déséquilibres éventuels. Les Etats devaient être mis en muselière. Pour cela il suffisait de deux règles juridiques : pas de déficit budgétaire supérieur à 3% du PIB et pas d’endettement public de plus de 60% du même PIB. Pour préparer la fusion monétaire, les systèmes devaient converger vers ces objectifs.  Et roulez bolide ! Bien sûr cela ne marcherait pas parfaitement mais on profiterait de la première crise pour faire avancer l’intégration et restreindre la souveraineté des Etats.

Les adeptes de Milton Friedman  encensèrent le maître qui avait annoncé que l’Euro ne durerait pas trois ans et que les changes flottants étaient la seule solution.  Depuis des lustres les économistes américains expliquent que les Européens croient bêtement à la « stabilité » et que les vrais amoureux du business sont pour le mouvement. Après tout le dieu Hermès a des petites ailes aux pieds.

Sans voir que les changes flottants avaient fini par créer une économie baudruche qui ne demandait qu’à exploser. Asphyxiés par leur propre mythologie, ils pensaient que la souplesse du roseau était la garantie d’une flexibilité heureuse sans se rendre compte que le système était pervers de façon endogène et voué lui-même à l’autodestruction. L’aveugle insultait gaiement le paralytique.

Autre point commun, tous ces économistes pensaient que le cycle n’existait plus, qu’on savait le juguler, que  Greenspan était un génie et que la crise de 87 était due aux ordinateurs, pas aux effets délétères de la montée de l’endettement global  qui déjà dépassait les 300% à la fin des années 80.

Le « génial économiste » Mitterrand.  (Il n’était pas seulement le Dieu de la politique politicienne en ce temps-là, ce qui avait tout de même fait un peu  ricaner même une Françoise Giroud) avait prédit que l’acte unique allait permettre une formidable croissance en 92-93 Nous eûmes à cette date la pire crise conjoncturelle depuis 1929 ! 

Cela ne fit réfléchir personne. Ni sur les méfaits du système des changes flottants, ni  sur le caractère un peu dangereux de créer une lac de fixité au milieu d’un océan de flots monétaires internationaux  déchaînés.  Pour les jeunes générations, il est intéressant de souligner qu’à cette date, Il était impossible, strictement impossible, de faire passer quoi que ce soit dans la PQN qui remette en question les changes flottants et l’idée d’une monnaie unique ou la contradiction entre les deux formules.  Maurice Allais le fera un peu plus tard et recevra la bastonnade que l’on sait. On trouva même d’astucieux économistes pour défendre, en même temps,  l’idée que les changes flottants mondiaux et celle d’une monnaie unique européenne étaient toutes deux excellents en même temps. La flagornerie ne craint pas les oxymores.

En avant pour le traité de Maastricht et une institution structurellement bancale.  Aucun vrai débat technique sur la manière de gérer une zone monétaire.  Seulement un affrontement entre souverainistes et fédéralistes.  De même que le débat sur le système monétaire international, lorsqu’il avait lieu, c’est-à-dire presque jamais, ne consistait qu’en un échange d’horions idéologiques entre marxistes (cachés en « keynésiens ») et « néo-libéraux », c’est-à-dire en adepte de la liberté financière à tout va. 

La faiblesse du dispositif se voyait à l’examen d’une seule question : qui gérerait le change dans le nouveau système ?  Extraordinaire  exemple d’un instrument, capital à l’échelon national, qui disparaissait soudain à l’échelon européen. La BCE n’était pas chargé des changes mais du niveau des prix. L’ « Eurosystem » disposait d’un « Eurogroupe », un aréopage d’une vingtaine de ministres des finances, présidé par un « président de l’Eurogroupe » sans pouvoir, sous le contrôle d’un conseil des chefs d’état de la zone euro.  C’est lui qui serait chargé de la gestion du change. Mais comme on considérait que les changes flottaient naturellement et que seuls les marchés étaient chargés de donner la valeur de l’euro, la question ne se posait pas.  De toute façon les moyens techniques de gestion du change ne dépendaient pas de l’Eurogroupe.  Les Etats avaient perdu tous les leviers de la politique des changes et des taux d’intérêt mais personne n’en avait réellement hérité. Curieux, non ? Et cela ne choquait absolument personne. Lorsqu’on évoquait la question devant un politique il répondait invariablement : « C’est étrange en-effet, mais c’est une question technique et nous avons d’excellents techniciens de la finance ».

La grande question d’une zone de monnaie unique avec des Etats indépendants est la gestion des écarts dynamiques de productivité, de prix  et de compétitivité. Nous-mêmes avons inlassablement dénoncé un système qui faisait de la déflation-dépression le seul moyen d’ajustement. Les fédéralistes pro-euro répliquaient que l’ouverture totale des marchés intérieurs suffirait à entraîner mécaniquement les ajustements nécessaires.  Nous disions qu’avec des Etats qui prélevaient entre 40 et 100% de la valeur ajoutée des entreprises, la notion de marché tout puissant était tout de même un peu aventurée.  Les politiques publiques non ajustées pouvaient avoir des effets pervers catastrophiques. « Nous avons d’excellents conseils et une haute administration de qualité partout en Europe. Ils savent ce qu’ils font ! »  Fermez le ban !

Et justement voilà que le gouvernement Jospin  asphyxie l’entreprise française par des réglementations étouffantes et étrangle l’économie avec les 35 heures.  Peu après l’Allemagne fait l’inverse avec le plan Schroeder.  La compétitivité relative de la France s’effondre. Personne ne dénoncera la contradiction  comme une source de difficulté à venir pour la zone euro.

La chute des dictatures en Europe, a conduit à une extension inconsidérée de l’union Européenne. Et ces pays fragiles entendaient entrer dans l’euro pour des raisons purement politiques.  On croit devoir faire droit à leurs demandes.  Comment laisser à la porte la Grèce loin de Papadopulos, le Portugal débarrassé de Salazar et l’Espagne, d’où Franco a disparu ?  Et ces pays de l’est qui frappent  soudain désespéramment à la porte ?

On a chargé la barque de l’Euro, déjà bancale par construction. Le navire a pris de la gite dès le départ et elle a été aggravée par des politiques incompatibles.

La mini récession du début des années 2000 a aussitôt fait prendre conscience que les règles de droit étaient incompatibles avec la conjoncture. On parla de « règles idiotes ». Pour un système fondé uniquement sur deux règles, ce n’était pas très encourageant pour la suite. Surtout quand les pays qui jugeaient ainsi étaient l’Allemagne et la France, les deux piliers !

La Grèce commence à souffrir dès 2002-2003. De même la finance internationale est en crise après l’effondrement boursier du début du siècle.  Cela branle de partout et la FED commence ses inondations monétaires.  Le taux de dettes globales commence à s’approcher à peu près partout de 375%. Certains pays en sont déjà à plus de 700%.

L’effondrement du dollar projette l’euro à des sommets et aggrave la crise en Europe qui entre en stagnation.  Mais les politiciens sont heureux de ne plus avoir à surveiller le taux de change. Ils trouvent cela merveilleux et ne cessent de le dire dans les médias.  Donc ils peuvent emprunter et ils le font sans retenue, ou laisser leurs banques et autres agents économiques emprunter.   Personne ne surveille les taux d’endettement globaux de chacun des pays.  Au printemps 2008, le taux moyens d’endettement global dépasse 425% dans l’OCDE. Différents pays sont à plus de 1000% ! Dès décembre 2006 nous prévoyons l’effondrement certain  pour 2009-2010. Début 2007 nous rapprochons cette prévision à 2009, puis la crise de liquidité bancaire de l’été 2007 nous la fait avancer à l’automne 2008. En décembre 2008, nous annonçons un krach pour septembre 2008.

L’hystérie financière générale laisse penser qu’on est à nouveau dans une phase économique formidable. Personne n’écoute.

L’Euro se porte assez bien : la crise du dollar le dope sur les marchés de change ; les taux d’intérêt ont convergé. Tout cela parait solide, même si certaines voix s’élèvent pour dire que le respect des règles n’est plus assuré. Tout le monde fait ce qu’il veut. 

Lorsque l’effondrement financier a lieu, avec l’abandon à la faillite de Lehman-Brothers, tout le monde croit que « l’Euro nous protège », y compris les Islandais qui sont en faillite grave.  L’Euro, c’est solide. La crise est venue des Etats-Unis et l’Euro a bien résisté.

Jusqu’à ce que la spéculation s’attaque aux taux d’intérêt des pays dangereusement endettées de la zone Euro (Grèce, Islande, Portugal, Espagne, Italie).  Et là, c’est aussitôt la Bérézina.

L’organisation de la zone Euro, inexistante, n’a aucun moyen de faire face ; Il faut improviser d’urgence. Ce sera la suite ininterrompue de « sauvetages » avec des « mécanismes » forgés à la va vite et qui conduiront aux récents évènements grecs.

Lorsque nous écrivions dans les années 90, que la régulation se ferait dans la déflation, personne ne se rendait compte réellement ce que cela voulait dire. Avec l’affaire grecque, la fermeture des banques, la perte de 25% du Pib et toutes ses choses, l’affaire devient diablement concrète.

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Le vrai problème reste la crise mondiale. Le système des changes flottants ne marche pas, n’a jamais, marché et ne marchera jamais. Mais personne ne songe à le modifier. C’est l’explosion de ce système défectueux qui a déstabilisé l’Eurosytem. Pas l’inverse. Mais l’Eurosystem a démontré qu’il n’était pas armé pour faire face autrement que par des mesures détestables qui enflamment les haines sociales et nationales. Le politique devient le pire ennemi de la zone euro.

Les euro-fédérolâtres considèrent que somme-toute, ils ont gagnés. La crise a permis de faire des progrès dans l’abaissement des Etats nationaux. Les banques sont supervisées désormais par la BCE. La Commission a reçu des pouvoirs élargis.  Le système global est sous contrôle maintenant que l’amplificateur bancaire a été mis sous tutelle étroite. La BCE a mangé son chapeau allemand et « fait ce qu’il faut » pour sauver la zone Euro. Donc tout va bien : militons désormais pour une forme fédérale de contrôle de l’économie européenne !

Les souverainistes poussent à la destruction immédiate de la zone Euro dont les mécanismes de sauvetage nous ont endetté pour des millénaires et empêchent toute politique nationale de sortie de crise.  Les marxistes exigent également la fin de la tutelle bruxelloise pour pouvoir enfin mener une politique de « relance sociale par la planche à billets ».  Façon Chavez.

Hollande, toujours à sa copie servile du parcours mitterrandien, se pose en créateur d’un nouveau système fédéral avec budget unique, parlement spécial, etc ; La dette ? On s’en fout ! Le respect des règles de Maastricht ? On s’en fout ? Le chômage ? On s’en fout. Proposons comme Mitterrand une fuite en avant européiste.  

Foutaises !

Il faut un « chancelier de la zone euro », assisté de comités parlementaires issus des parlements nationaux, avec une compétence d’investigation, de recommandation et de maîtrise de la politique monétaire et financière au jour le jour. Il aura pour mission de faire revenir le monde à un système de changes fixes et ajustables. C’est lui qui décidera du taux de change et de la politique des taux d’intérêt. Il sera à la fois le FMI interne de la zone, le pilote des instruments monétaires mis en commun et le conseiller en matière de politiques budgétaires, économiques et sociales pour tout ce qui concerne les écarts de compétitivité et les ajustements nécessaires.

Si ce poste avait existé dès 1997, il aurait évité que les Français et les Allemands se lancent dans des politiques incompatibles avec une monnaie unique, freiné les bulles immobilières dans la zone, empêché les glissements budgétaires de type français ou grecs.  Il n’aurait pas empêché le choc de la crise des changes flottants mais il serait là pour exiger une évolution radicale pour des changes fixes et ajustables. On n’aurait pas eu besoin d’appeler le FMI. Et les dérapages ayant été maîtrisés un certain nombre d’instruments collectifs auraient pu se mettre en place, comme des bons du trésor européens.

Est-ce encore aujourd’hui la solution pertinente ? Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Mais le climat a été tellement dégradé et la méfiance portée à de tels sommets que la faisabilité de la réforme devient très aléatoire.

Un certain nombre d’idées ont tout de même fait leur chemin. La première est que toute organisation de la zone euro doit être propre à la zone euro et ne pas dépendre de l’UE. La deuxième est que les parlements nationaux doivent être associés et pas le Parlement Européen. La troisième est que la BCE doit être aussi responsable de la croissance. Ensuite il faut un pilote avec les instruments ad hoc.

C’est toujours agréable de voir que des idées proposées depuis 20 ans finissent par entrer dans la discussion publique.

Il existe cependant de fortes différences entre notre projet et ceux que l’on voit surgir. Le Chancelier doit être pour nous un coordinateur et un conseiller et non pas un « gouvernement économique ».

L’espèce de frénésie fédérolâtre qui a saisi les télévisions françaises, notamment celles de la TNT, depuis l’annonce présidentielle est proprement ahurissante. Alors que le système vient de subir une crise historique on voit réapparaître toutes les bouches à feu du fédéralisme, dans des émissions qui font de la surenchère,  sans la présence d’aucun contradicteur. Sur le thème « on a échoué parce qu’on n’a pas été assez loin  dans l’union», voilà toute la mouvance de ceux qui veulent voir disparaître les Etats européens et notamment la France, en train de présenter le catalogue complet des mises en commun. Le « saut qualitatif européen » devient un must. Même si ses contours sont totalement flous. Et qu’on ne voit pas clairement où serait des avantages, généralement présentés comme magiques par la vertu de la sainte Trinité bruxelloise. Tout s’arrangerait comme par miracle. On pourrait tout faire. Du social, de l’écologique, de la science, du progrès économique.

De l’autre côté du spectre, les souverainistes posent la question : Et pourquoi ne pas abandonner l’Euro purement et simplement ? Tout deviendrait miraculeusement simple. En tout cas on ne serait pas obligé de payer pour les autres dans des conditions antidémocratiques (pauvres grecs victimes des vilains prêteurs). Et on pourrait faire enfin ce qu’il faut, notamment avec notre création monétaire,  sans être constamment entravés.

Les deux miracles fédéralistes et souverainistes sont des illusions.

L’abandon de l’Euro ? Il n’y a pas de méthode  pure et simple d’abandon, même si doctrinalement rien ne s’y oppose vraiment. Chaque état membre crée une monnaie sur la base d’une unité nouvelle = un euro et indique qu’il remboursera ses dettes dans cette monnaie. Et on voit ce qui se passe. Très probablement une relance des comportements de précaution et un blocage temporaire mais général des affaires, avec une poussée de l’inflation dans les pays les plus endettés qui monétiseront aussitôt les déficits publics. En France les fonctionnaires qui dirigent le pays considéreront qu’il n’y a plus d’efforts à faire. Le marché des changes sera fortement secoué. Les balances commerciales danseront la samba. Et il faudra dix ans pour que l’économie-monde et celle de l’Europe s’en remettent. Lorsque les Etats Unis sont passés du dollar gagé sur l’or au dollar flottant, une opération très semblable, il a fallu 15 ans pour digérer le choc. En fait, on ne s’en est jamais vraiment remis, du fait des défauts du nouveau système de changes flottants.  Car ces nouvelles monnaies flotteront, sinon où est l’avantage de liberté dans la manière de gérer son stock de dettes ? On aggravera les effets délétères du système des changes flottants et aucune réforme dans ce domaine ne sera plus jamais possible à horizon raisonnable, l’échec de l’euro servant de repoussoir perpétuel.

Conserver la gouvernance actuelle ? On voit que cela ne marche pas et que cela coûte très cher à tous, tout en créant les conditions d’un rejet populaire massif.

La seule véritable solution est la coordination, qui maintient la souveraineté des pays tout en les associant, avec un mécanisme d’éviction du club si un pays considère qu’il doit suivre une voie incompatible avec celle des autres.

Le coordinateur doit disposer des moyens statistiques communs, et de pouvoirs d’investigation du type de ceux du FMI, qui n’a pas à intervenir à l’intérieur d’une zone de solidarité monétaire.  Il faut établir  un pouvoir de recommandation et une procédure de « reconsidération », au cas où une mesure serait proposée par un pays qui pourrait être jugée comme incompatible avec la prospérité générale.  Cette administration ne devrait pas être logée à Bruxelles mais à Paris, puisque la BCE est en Allemagne et que ces deux pays sont les plus importants du club. Des procédures d’association des parlements nationaux sont indispensables, mais pas sous forme d’un Sénat européen, structure lourde et complexe dont le rapport avec le Parlement Européen resterait à préciser.  Un délégué par parlement par pays membre suffirait, dans chacune des trois chambres qui devraient être créées : chambre sociale, chambres budgétaires et fiscales, chambre économique et monétaire.  Tout doit rester léger.  Et naturellement, le conseil des ministres des finances et celui des chefs d’Etat serait l’instance d’arbitrage final en cas de divergences graves.

Le « chancelier de la zone euro » aurait un domaine propre qui est celui de la politique monétaire, en liaison avec la BCE  et aurait la mission de faire évoluer le système monétaire international, avec comme objectif  le retour à un système de changes fixes et révisables.

Cette évolution serait moins traumatique pour les souverainistes que la création d’une machinerie fédérale  disproportionnée. La coordination ex ante ne pourrait avoir que des avantages et mènera naturellement  à des instruments financiers collectifs susceptibles d’éviter les méfaits de spéculations hasardeuses. Elle conduira à plus de stabilité dans le monde et une meilleure prise en considération des points de vue européens, notamment vis-à-vis du « benign neglect » américain.

Tout renforcement collectif, de toute façon,  supposera que la France cesse d’être l’homme malade européen, avec une gestion désastreuse basée sur l’asphyxie fiscale et la dépense publique outrancière à crédit.

Le plus grave reproche que l’on puisse faire à F. Hollande est d’être l’obstacle principal à toute évolution. Qu’il fasse de la surenchère fédéraliste, sous les vivats de ceux qui font semblant de croire  qu’il a « sauvé » l’Europe lors de l’affaire grecque,  est sans doute  de bonne tactique politicienne. La vérité est qu’en ruinant le pays comme il le fait sous le poids d’une fiscalité intenable, d’une dépense publique obscène,  et d’une démagogie de tous les instants, il rend impossible toutes les évolutions nécessaires.

Rarement l’imposture d’un Hollande audacieux et stratège, conduisant l’Europe au succès,  n’aura été plus majestueuse. Ce n’est pas parce que des medias se couvrent de ridicule en la véhiculant qu’il faut s’y vautrer.

Il serait curieux que l’Allemagne accepte plus de fédéralisme  avec une France en dehors des clous du traité « merkozy ». Si elle persiste à conserver un déficit budgétaire de près de 4% de PIB et une dette proche de 100% du PIB, il ne peut rien se passer de réellement important, sinon des constructions institutionnelles loin des peuples et qui ne mangent pas de pain, ou des initiatives très partielles sur la fiscalité ou autres. Il faudrait de même que le cas grec soit réellement réglé. Tout le monde pense que la purge actuelle ne règle rien, surtout sous la houlette de Tsipras et de son équipe. Et il faut attendre que les Italiens, les Espagnols et les Portugais aient éliminés Beppe grillo, Podemos et tous les « mélenchoniens » potentiels. On a construit sur du sable avec Maastricht, mais on ne construira pas sur de la vase.

La solution plus légère d’un coordinateur avec des pouvoirs propres dans des domaines actuellement à l’abandon, comme la politique de change, la politique des taux d’intérêts, et la politique des crédits, la politique de convergence des compétitivités, peut s’enclencher plus facilement.  Mais il est probable que sa condition préalable soit le départ de F. Hollande et l’élection, en France, d’une équipe capable de lourdes réformes de structure à la tête du pays.

Le paradoxe du moment est qu’on exalte le « nouveau Hollande européen »  au moment où le meilleur service qu’il pourrait rendre à l’Europe serait de démissionner.

Ce qui doit arriver arrive !

Depuis 1997, nous défendons publiquement trois thèses extrêmement claires et précises.

Un système de changes flottants et de liberté totale des mouvements de capitaux entraîne mécaniquement une hausse de la dette globale par le mécanisme de la double pyramide de crédits. Dès que la dette globale dépasse 400%, on est certain que la prochaine grosse crise cyclique fera des dégâts abominables. Ce phénomène s'est vérifié avec le blocage du système interbancaire en 2007 et l'effondrement bancaire général de 2008. Comme l'avait dit Maurice Allais, au milieu des ricanements, "ce qui doit arriver arrive". C'est arrivé.

Un système de monnaie unique sans organes de pilotage et seulement deux règles de droit sur les déficits et l'endettement des états, avec abandon des outils de politique monétaire, est vulnérable. La crise précédente a précipité l'explosion du système. L'affaire grecque était prévisible : on se soigne pas une crise par la déflation et la dépression. Sinon, les peuples deviennent nerveux. "Ce qui doit arriver arrive".

Un Etat capturé par sa haute fonction publique qui cumule le pouvoir administratif et fiscal, le pouvoir politique et le pouvoir bancaire, tout en tenant dans ses mains directement ou indirectement les medias, conduit à la ruine et l'étouffement du citoyen, l'empêchement d'une économie libre et efficace et à la double tare d'un Etat pléthorique, bouffi et incapable, et d'une économie marchande rétrécie, qui survit péniblement au milieu des quolibets serviles d'une caste de cultureux subventionnés et sans vergogne."Ce qui doit arriver arrive".

Au final nous assistons  à la négation de la démocratie et à la formation d'une situation incontrôlable dont plus personne ne sait comment sortir, dans le monde, en Europe et en France. En cet été 2015 comment nier que ces trois analyses soient pertinentes ? Comment ne pas observer que rien ne se passe non plus pour sortir du piège.

L'amas de surplus monétaire accumulé par la Chine a eu pour conséquence dans un premier temps de permettre des achats de précaution qui ont laissé croire que le commerce international était encore vivant. En vérité les échanges internationaux ont baissé en 2014. Baissé ! Pour la première fois depuis la fin de la guerre de 40. Et la bulle de crédits née de cet amas en Chine même a fini par explosé avec comme manifestation première l'effondrement drastique de la bourse de Shangaï.

La reprise américaine est extrêmement molle. Elle est percluse de bulles alimentées par les déficits américains et les politiques de gonflement monétaire de la FED.

L'Europe est entrée dans une de ces phases d'incertitudes qui font le charme d'une organisation bancale et non démocratique, sous-traitant la monnaie et la finance à des experts.

La France est entrée dans le cycle détestable des glissades irrattrapables. La dette s'est gonflée subitement au premier semestre avec une rapidité stupéfiante, alors que "l'alignement des planètes" devait nous sauver. La peur recommence à régner en maîtresse dans l'esprit de tous ceux qui ont des "actifs" et notamment de l'assurance-vie.

Pas un mot dans le monde sur le retour à un système sérieux de politiques commerciales et financières concertées autour d'un système de changes fixes et ajustables. Pas un mot. Le FMI s'est encore une fois ridiculisé à contre-emploi en intervenant là où il ne devait pas le faire. Le résultat sera l'éjection de Mme Lagarde qui croit encore à ses chances électorales présidentielles françaises. L'espoir fait vivre.

En Europe on commence, timidement, à comprendre qu'une zone de monnaie unique sans système de pilotage est une incongruité dangereuse. Jeroen Dijsselbloem et son Eurogroup sont un cache misère sans aucune légitimité ni aucune prise sur rien. Les idées qui sont lancées sont soit la destruction de la zone Euro, soit le renforcement de la dictature bruxelloise, motivées par l'abaissement des Etats,  sous paravent d'un Parlement Européen pseudo démocratique qui a montré sa vacuité lors de la convocation de Psipras,  soit l'émergence d'un couple Franco-allemand, assurant les bonnes options pour l'ensemble de la zone.  Avec une France dans l'état où elle est, bonjour la fantaisie !  La seule vérité est qu'une zone euro doit avoir des institutions spécifiques à la fois techniques et démocratiques et distinctes de la Commission bruxelloise. En résumé, il faut un chancelier de la zone Euro, épaulé par un dispositif représentatif ad hoc assurant la démocratie effective du système.

La France, bouffée jusqu'à la racine par une fiscalité déshonorante pour l'esprit de résistance des Français, voit ses médias faire une place déraisonnable aux thèses du marxiste Picketty, auteur d'un succès de librairie mondial avec une étude qui examine l'assiette du voisin pour conclure que les nouveaux riches sont plus riches que les anciens nouveaux riches, ce qui prouvent que la dette doit être radicalement gommée en leur piquant tout ce qu'ils ont. Plus d'impôts, plus confiscatoires et encore plus ciblés, voilà la solution !  

En un mot aucune des causes de la crise majeure en cours n'est traitée. Au contraire chacune est soigneusement aggravée. Et l'on s'étonne que la crise perdure 8 ans après son déclenchement sans espoir de voir un jour prochain le bout du tunnel.

Ce qui doit arriver arrive. La vrille s'accélère et le sol se rapproche désormais très vite avec un risque de démantèlement complet des circuits économiques normaux.

 

Didier Dufau, pour le Cercle des Economistes e-toile.    

Retour vers le futur : 1987 !

Tout le monde l’a oublié. En octobre 1987 un tourbillon monétaire et financier ravagea la finance mondiale.  L’épisode montrait clairement que le système monétaire et financier mis en place par les accords de la Jamaïque conduisait au désastre. L’économie baudruche  connaissait sa première explosion entièrement endogène.

La crise décennale qui avait frappé le monde quelques années auparavant était de mode mineur  par rapport à celle de 74, sauf aux Etats-Unis où Volcker avait décidé de casser l’inflation et sortir de la stagflation.  Avec succès.  L’excès de liquidité restait manifeste globalement avec une poussée de la dette globale mondiale.  Mais les économies avaient commencé à se rétablir sauf en France où la politique désastreuse de Mitterrand avait provoqué le chaos, avant qu’une première reprise en main ait lieu avec Fabius.

La cohabitation théorisée par Balladur et mise en œuvre par Chirac permettait la mise en place d’une stratégie de rupture qui allait marcher du point de vue strictement économique.

Toute ressemblance avec la situation de 2015 n’a rien de fortuite. La folie Hollande des deux premières années a conduit à un revirement à 180° mais pas à une rupture.  La posture est entièrement politicienne.  Et la droite est confrontée à l’obligation de mettre en forme  un programme de rénovation nationale sévère, comme elle l’état en 1986.

En 87, le recul sur le Plan Devaquet de rénovation des universités avait entraîné une resucée de désordres sociaux, façon Mai 68, les syndicats du secteur public tentant d’exploiter la faiblesse du gouvernement.  La cohabitation avait permis à F. Mitterrand de jeter autant d’huile que nécessaire sur les braises.  La situation était à la fois politiquement et socialement fort difficile. Et voilà qu’une crise financière gravissime frappait le monde.

Pourtant, à la réunion du FMI de septembre 1987, l’optimisme est général.

En France,  la politique suivie par Balladur avait permis :

-          De réduire les déficits en dépit de baisses d’impôts importantes comme la suppression de l’IGF (paradoxe pour les étatistes) . Le budget de 87 faisait apparaître un gain de 10 milliards de Francs par rapport aux prévisions !

-          De rétablir largement la compétitivité (par une dévaluation)

-          De relancer l’investissement qui croissait désormais plus vite  en France que chez ses voisins

-          De réduire l’inflation grâce à la suppression du contrôle des prix (nouveau paradoxe apparent pour les étatistes qui pensaient qu’ils allaient s’envoler).

-          De relancer le dynamisme de nombreux secteurs grâce aux dénationalisations.

La rupture avec le socialisme semblait bien marcher.

En même temps, Edouard Balladur constatait l’étroitesse de ses marges de manœuvres :

«  Nous ne pouvions relancer l’économie sous peine de creuser les déficits de toute nature et de mettre en péril la monnaie ; nous ne pouvions diminuer la demande intérieure pour stimuler les exportations, sous peine de ralentir la croissance  et d’aggraver le chômage ».  

En régime de changes flottants avec liberté absolue des mouvements de capitaux, les relances se heurtent immédiatement à une crise financière et budgétaire qui impose de se mettre debout sur les freins. L’expérience de 1974 avait été retenue.

La politique de libéralisation et de retour à la confiance permettait néanmoins de progresser.

C’est là qu’il est intéressant de relire Edouard Balladur  (Passion et longueur de temps chez Fayard -1989).

« Les partenaires de la France ne voulaient pas prendre au sérieux les dangers de la situation monétaire ; dès le début septembre, les taux d’intérêt avaient augmenté aux Etats-Unis comme en Allemagne. Cela risquait de détruite le fragile équilibre né des accords du Louvres conclus six mois plus tôt.  A Washington l’Allemagne refusa de s’engager à baisser ses taux, et les Américains à qui revenait la présidence de séance, firent en sorte que la question ne fut que brièvement évoquée, comme si elle avait été réglée directement entre les Allemands et eux. Constatant la vanité de mes efforts pour faire entrer dans les faits la concertation internationale décidée au Louvre, je déclarai à mes collègues qui si le Japon et l’Allemagne ne renonçaient pas à augmenter leurs taux d’intérêt, nos accords risquaient de voler en éclats. Je n’eus aucun succès ».

On peut déjà tirer deux conclusions :

-          Dans un système global de changes flottants qui est structurellement fondé sur la non coopération, tous les accords multilatéraux sont des farces qui ne résistent pas à la volonté de confrontation des intérêts nationaux chez les pays forts.  Le G.20 est aujourd’hui exactement  la confirmation de ce fait. Les conférences annoncées à grand fracas comme démontrant la coopération de tous sont au mieux des alibis. Le plus souvent des tromperies.  

-          La France, si elle est seule, est incapable de faire entendre sa voix. Le "programme commun de gouvernement" avait fait perdre à la France tout crédit. Même si tout le monde se félicitait du nouveau cours des choses, la réputation et l’influence de la France avaient été durablement ratiboisées.

L’annonce, le 15 octobre 87, d’un déficit extérieur américain en forte hausse  provoqua une hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis et la baisse brutale  corrélative de la bourse (100 points  en une seule journée, le 16 octobre).  Le Secrétaire d’Etat au trésor américain commença à invectiver l’Allemagne menaçant de ne plus appliquer les Accords du Louvre.   Le climat s’alourdit à tel point que la bourse perdit 10% à Londres, 7% à Francfort et 5% à Paris. Le 19 octobre Wall Street perd 22.6% en une séance, Tokyo 14.6%, 24% à Paris, 31% à Francfort et 20.3 à Londres.

Pire que le Vendredi noir qui avait ouvert la grande dépression de 1929.

Edouard Balladur commente : « Dans les affaires économiques et monétaires du monde, la France compte peu parce qu’elle s’est laissée aller trop longtemps. Elle aurait la possibilité de faire aussi bien que l’Allemagne, de peser le même poids. Elle en a les moyens. Rien ne justifie d’avantage à mes yeux l’effort de renforcement économique de notre pays : il y va de son audience internationale, de son avenir même ».

Les  inepties économiques de F. Hollande aujourd'hui ont justement cette conséquence : nous sommes un pays ridiculisé et incapable de parler haut dans le monde, même lorsque nous avons des arguments forts à faire valoir. 

« La France n’avait aucune responsabilité dans la crise alors qu’elle en subissait durement les conséquences ».  On retrouvera exactement cette même situation en 2008.

E. Balladur continue : « Il fallait désormais s’attacher à créer un véritable système monétaire international, avec ses automatismes, ses sanctions s’imposant à la volonté des Etats».

Il écrit ce que nous nous égosillons à dire sur ce blog depuis des lustres.  Contrairement à ce que beaucoup croit, les grands politiques ont été capables de voir et d’anticiper les réformes profondes à faire du système monétaire international.    Aujourd’hui ce n’est plus le cas. La nullité et l’inconscience règnent aussi bien du côté socialiste que du côté de la droite.  

Depuis  que ce blog est ouvert, nous essayons de mettre les faits de notre côté, en espérant un effet pédagogique de la crise. « Les faits sont les meilleurs éducateurs » affirme lui aussi Edouard Balladur.

On peut craindre qu’il ne soit, comme nous,  un peu optimiste.  « Je crois que nous vivons dans un monde  où l’idée que les monnaies doivent avoir entre elles des parités aussi stables que possible n’est toujours pas acceptée ».  Cette faillite intellectuelle est toujours là.  Le retour à un vrai système monétaire international  est partout un « non sujet ».

On a choisi, en 1987, le secret d’accords cachés entre banquiers centraux et gouvernement pour sortir du coup de chaud boursier. Mais sans analyse des causes. Les mesures prises seront une inondation monétaire qui, renforcera l’économie baudruche et permettra de faire gonfler les valeurs boursières.

Une fois encore, tout rapport avec la situation actuelle ne saurait être que fortuite...

« Cela montre l’infirmité  du système monétaire dans lequel nous vivons : il n’évite un mal que pour tomber dans un autre ».

A part Maurice Allais aucun économiste n’a tenté de donner du corps théorique à ce constat indiscutable.

En 1992 se déclarait la crise périodique décennale, variante dure, qui toucha durement l’Europe et la France en 1993. L’explosion de la baudruche monétaire n’avait pas été plus prévue alors qu’elle devenait évidente.

Les économistes anglo-saxons mirent le coup de chaud boursier sur le compte des ordinateurs, et la crise de 92 sur le dos de la guerre du Golfe. Evacuer les crises pour qu’elles ne passent que pour des effets « exogènes » a été le leitmotiv des économistes, des politiques et des journalistes. Seul Maurice Allais relèvera le flambeau à pas d’âge. Et il sera moqué puis vilipendé.

Ce que montre la situation actuelle, c’est que rien n’a réellement changé depuis 1987.

Nous avons vécu la crise du dollar de 1998, appelée faussement mais opportunément « crise des pays émergents et des cronies », ajoutant l’odieux au ridicule, suivi par la crise périodique « douce » du début des années 2000, corrigée à l’aide d’un gonflement de l’économie baudruche jamais vu.   

Puis à nouveau une crise financière liée à l’explosion d’une montagne de dettes,  précédant un écroulement économique d’ampleur historique.

Et les sots croient toujours que la reprise est là, l’incident clos et la nécessité de réformer le système monétaire  international  peu évidente.

Revenir à 1987 est bien un retour vers le futur.

Les Etats-Unis, L’Allemagne et, désormais, le Japon et la Chine, sont toujours dans une perspective de guerres des monnaies, quoi qu’il en coûte au monde et à eux-mêmes. 

La France, elle, s’est ridiculisée un peu plus avec le drame de la gestion purement électoraliste et politicienne du Président Hollande.  Ce n’est pas les deux heures de spectacle politicien lamentable qu’il vient de donner sur Canal + qui rassureront.

En se lançant à nouveau dans l’achat de vote le plus grossier, il a démontré l’abaissement, on peut le craindre, définitif du niveau politique en France.

La France ne peut même plus tenir de discours sur les grandes questions économiques du monde.

Mitterrand avait été un pourrisseur. Ses inconséquences, son narcissisme et son cynisme économique,  ajoutés à sa fuite en avant européenne, ont, d’une part, stoppé définitivement  le rattrapage du niveau de vie américain par les Français et, d'autre part, leur a fait perdre tous moyens d’action sur leur destin. Hollande n’est qu’un continuateur.

Les Français n’ont aucune idée de l’ampleur de ce qu’il faudrait faire pour sortir de ce piège mortel.

Il est vrai que le climat général est en France à l’optimise béat : il fait beau ! Un si joli ciel  bleu ne saurait annoncer des tourmentes. 

Pendant la montée des périls, François Hollande croit qu’il a toutes ses chances aux prochaines élections présidentielles et la droite discute d’un nouveau nom du parti leader de l’opposition.

L’histoire sera sévère !

Les propos de Paul Volker sur l'esprit de Bretton Woods

Les remarques de Paul Volker lors de la réunion annuelle du “Comité Bretton Woods”, à Washington, le 21 mai 2014.

 

Les difficultés actuelles de la zone euro, (l’équivalent d’une zone de changes totalement fixes), offrent quelques leçons intéressantes. Une zone de monnaie unique avec des flux financiers libres ne peut tout simplement pas se passer d’un système bancaire unifié et  de mécanismes permettant de mener des politiques économiques disciplinées et cohérentes.

Voilà un bien longue introduction pour lancer notre appel en faveur d’un système monétaire international digne de notre temps.

Par quelle approche (ou mieux quelle combinaison d’approches)  peut-on le mieux concilier des marchés raisonnablement libres et des politiques gouvernementales indépendantes tout en obtenant, au passage, le niveau de stabilité des marchés et des économies qui est dans l’intérêt de tous ?

La création du G.20  à l’échelon sommital des chefs d’Etat et de gouvernement a été une prouesse. L’accord sur une réforme de la gouvernance du FMI  est important, car il permet de donner plus de légitimité aux décisions prises. Cela ne suffit pas. Tout cela n’a pas grand sens sans une réforme du système monétaire international  et la mise en place d’un processus en ce sens.

Nous en sommes loin. Ce qu’on peut faire immédiatement, c’est lancer les études qui permettront d’identifier  les causes des déséquilibres de balances de paiement  et les moyens d’y parer.  Nous devrions être en capacité de gérer, dans des limites larges, les taux de changes des six  monnaies principales et de décourager  les changements brutaux incompatibles avec l’ajustement ordonné des économies.  Nous devons trouver les moyens d’encourager, et même un peu plus, l’équilibre des balances de paiements.

Je ne pense pas illégitime de reconsidérer l’usage d’une monnaie nationale comme instrument de réserve et comme base monétaire des échanges internationaux. Par exemple, voulons- nous ou non encourager  des zones monétaires et commerciales régionales ?

Une nouvelle conférence de Bretton Woods est-elle souhaitable ? Nous en sommes très loin. Mais les événements récents, qu’on le veuille ou non, a reposé des questions fondamentales que nous évitons soigneusement depuis des dizaines d’années.

Ce qui s’est passé nous confirme dans notre crédo fondamental : il faut un système monétaire international  innovant et stable pour que  la liberté du commerce développe son potentiel de prospérité pour toutes les nations.  Participer à un système de libre échange, très bénéfique et désormais international, exige d’assumer certaines responsabilités.

Pour relever ce défi,  ne pourrions-nous pas nous inspirer de l’état d’esprit et des convictions  que j’ai connus ici,  il y a cinquante ans ? Ils ont caractérisé la préparation et la négociation des accords de Bretton Woods.  Notre hôte du jour, le Comité Bretton Woods, a allumé la première bougie.  Le chemin sera long.

 

Commentaires :

Ce texte éclairera ceux qui peuvent penser que nous proposons ici des idées farfelues et totalement hétérodoxes. Même aux Etats-Unis et dans la bouche de responsables de haut niveau, l’idée qu’on ne peut pas avoir de croissance équilibrée et durable sans un système de change rationnel et basé sur la coopération, est une évidence.

On peut même affirmer que l’idée que les changes flottants (autour d’un dollar géré uniquement dans l’intérêt de son émetteur)  sont à la source de la crise actuelle, est dominante. Pas marginale, dominante.

On voit bien, aux précautions verbales employées par Paul Volker, qu’une partie du problème réside dans le fait que tout le monde a un bœuf sur la langue. Jacques Rueff avait déjà dû remiser ses critiques au début des années 70. On sait ce qu’il est advenu de Maurice Allais quand il a sorti le lance-flammes.

Si on traduit en clair le message de Volker, cela donne aussitôt ceci :

-          Les Etats-Unis mésusent de leur monnaie qui ne doit plus être la base du système monétaire international.

-          Les excédents phénoménaux et les déficits colossaux doivent être proscrits. Ils sont la cause de la crise actuelle.

-          On ne peut espérer un retour à la prospérité que d’une réforme dans ces deux domaines et cette réforme doit s’inspirer de l’état d’esprit qui baignait la conférence de Bretton Woods.

-          On ne peut pas gérer une zone de monnaie unique  avec comme seuls instruments deux règles juridiques de déficit public et d’endettement public. Il faut une coordination forte des politiques économiques.

-          Il ne peut y avoir de liberté totale des échanges sans cadre monétaire et financier solide. Des atteintes momentanées  aux libertés commerciales et financières peuvent être nécessaires pour éviter les dérives monétaires.

On retrouve aussitôt les arguments qui sont constamment défendus sur ce site par les économistes du Cercle e-toile. Une fois encore, ces idées ne sont pas marginales. Elles sont au  cœur même des solutions à mettre en œuvre et à la base du consensus masqué  des meilleurs spécialistes.

Le vrai problème est de faire apparaître au grand jour ce consensus d’abord sur le plan intellectuel et ensuite de lui donner un débouché politique et diplomatique.

Le rôle des institutions internationales comme la BRI, le FMI, l’OCDE et même le Conseil économique et social français devrait être central.

Malheureusement pour être nommé et survivre dans ces instances il faut éviter de défendre ses idées communes et la fermer.

Ou, comme Volker, utiliser un langage tellement codé et diplomatique qu’on en retient généralement la force du couvercle qui le stérilise plutôt que celle des idées sous jacentes.

Jamais on n’aura autant parlé de stabilité, de coopération, d’ouverture alors que nous vivons très exactement dans un système fondé sur la dissymétrie, les abus de position dominante,  le chacun pour soi et l’absence à peu près totale de coopération. Avec à la clé un désastre économique durable.

L’Europe pourrait être autre chose que ce chat châtré qui se couche et accepte d’être le paillasson du monde et la variable d’ajustement des désordres internationaux.

Elle pourrait dire : pas de négociation commerciale sans réforme préalable du système monétaire international. Cette simple  prise de position entraînerait aussitôt un débat utile et probablement des modifications substantielles des comportements.

Mais qu’espérer d’une Europe, à on ne sait plus combien de pays, dirigée par l’insignifiant Juncker, dont même le petit Luxembourg ne veut plus comme premier ministre,  alors que des dizaines de commissaires vont être nommés et que la France propose sans rire JM. Ayrault comme nouveau président du bazar et M. Moscovici comme responsable des finances !

Mais qu’espérer d’une France dirigée par le médiocre et sinistre Hollande, tout heureux d’être là où il est et qui se moque comme de sa première maîtresse de ce qui peut bien arriver à la France ?  « Tiens, il n’y a pas de croissance et le chômage monte ! C’était la faute à Sarko. Argument usé ? Alors c’est la faute à la déflation. Terrible cette déflation. Je la dénonce, entre deux opérations image façon inauguration des chrysanthèmes ».

Après deux années de hausses hystériques des impôts, d’absence radicale de toute réforme significative, et de laisser aller général sur les dépenses, nous nous retrouvons avec des déficits aggravés et une dette qui va sans doute atteindre les 2000 milliards d’euros en octobre.

Alors la France ne peut que se taire.

La France sombre. L’Europe végète dans le n’importe quoi. L’Occident n’est plus véritablement dirigé par les Etats-Unis. Mais partout les abus perdurent, avec les mauvaises habitudes et les facilités qui vont avec.

Avec le recul, Obama apparait pour ce qu’il est : un bavard inconsistant, façon prédicateur d’église américaine qui embarrasse ses alliés sans faire peur à ses ennemis.  L’Europe est à peu près totalement décrédibilisée. La France est sortie de l’histoire et se contente de la compétition d’image de conducteurs de scooter, l’un casqué et l’autre pas.

Les vraies questions sont traitées par prétérition dans une langue de bois systématique. Nous l’avons vu avec la position de la Banque des règlements internationaux, nous le revoyons avec le texte de Volker.

Tout le monde sait ce qu’il faut faire. Mais chut il ne faut pas le dire. Ou de façon tellement édulcoré que cela devient gênant de lire ces afféteries prudentes.

Pendant ce temps là la Chine réarme en masse et se met en position d’influence militaire. Elle n’a choisi le capitalisme d’Etat que pour ne pas être dépassée par les Tigres  et les Dragons.  Elle était en train de devenir un nain en Extrême Orient.  Les imbéciles lui ont confié l’industrie du monde en affirmant que la Chine était de tout temps pacifique. La voilà qui se remet à la parade militaire.

Le Japon sort de sa léthargie et « réinterprète »  sa constitution avec un objectif à deux ans : avoir la bombe atomique.

Les pays du Bric créent une BIRD à eux, loin du grand frère américain.

La Russie retrouve son rêve impérial, annexe la Crimée et met l’Ukraine cul par-dessus tête.

L’islamisme remplace le communisme comme fléau du siècle.

En un mot nous avons cru qu’en dissolvant toute organisation, en supprimant toute discipline, en battant notre coulpe  et en glorifiant nos ennemis, nous triompherions, dans la gloire du politiquement correct.

 Le parcours solitaire des Etats-Unis n’a abouti qu’à un échec économique et diplomatique dramatique. Le n’importe quoi européen n’a abouti qu’à créer des situations économiques et sociales désastreuses. L’effondrement français était au bout de l’énarchie compassionnelle  aggravée par le socialisme fiscal  à la française.  

Au final Obama est désormais méprisé. On ne peut pas vouloir assurer le leadership du monde et ne rien faire. Ce leadership ne s’exerce désormais que contre ses alliés pour leur imposer des abus, comme le système monétaire international absurde qui est à l’origine de la crise.  

L’Europe de Bruxelles est méprisée. Elle est pour tout ce qui est contre et contre tout ce qui est pour. Son déficit démocratique est criant. On élit des gens qui en sont à se demander plusieurs mois après leur élection ce qu’ils pourraient bien  proposer. Sa carence face à la crise économique globale n’est pas seulement criante. Elle est d’une indécence rare. Capter les pouvoirs des nations et les abandonner au bord du chemin est plus qu’une sottise. Un crime contre l’Europe.

La France a fini par se mépriser tellement qu’elle met Marine le Pen et ses troupes en tête de tous les scrutins.

Le chagrin et la pitié, c’est ici et  maintenant.

Alors qu’on sait parfaitement ce qu’il faudrait faire  et qu’un coup de pied bien appliqué au fond où nous sommes nous permettrait de remonter très vite à la surface.

Cela fait maintenant dix sept ans que nous répétons sur tous les tons qu’il faut :

-          Réformer le système international en revenant à des changes fixes et ajustables, dans le cadre d’accords coopératifs  avec un FMI régulateur fort.

-          Réformer l’Europe dans un sens démocratique avec une véritable cellule de pilotage de la zone Euro maintenant qu’on a voulu cette organisation monétaire dangereuse

-          Faire sortir la France de l’hystérie fiscale et du malthusianisme  économique associé, dans lesquels elle de roule comme dans la fange depuis des années.

Au lieu de cela   nous ne cessons de subir les défauts irrécupérables du système des changes flottants, les inconvénients pervers d’une absence de gestion quasi-totale de la zone Euro et les conséquences dramatiques de la répression fiscale stupide qui détruit la France.

Comment s’étonner de la rupture entre les élites et le pays réel pratiquement partout en Occident ? Oui la politique est désormais vue comme un théâtre d’ombres où ne s’affrontent que des ambitions personnelles d’une extrême médiocrité (Sarkozy, puis Hollande, présidents successifs  de la France. Tout de même !).

L’Occident, L’Europe, la France ont perdu la volonté de créer une civilisation, ce  qui supposerait des disciplines et des résultats. Ils se contentent du statu quo et glissent sur le toboggan du déclin en savourant les délices propres à cet exercice.

Certains pensent qu’il faut attendre la décomposition totale pour espérer un sursaut salvateur. Cette position est cynique.  Que restera-t-il à sauver ?  

Aussi « techno » que cette proposition puisse paraître, l’acte un du renouveau serait  une conférence nouvelle à Bretton Woods  qui acterait comme sa devancière les erreurs dommageables de la situation actuelle, et proposerait les solutions associées à ce diagnostic.

Oui, le commerce international doit être le plus libre possible mais dans un cadre monétaire coopératif et le plus stable possible.

Oui ce cadre monétaire doit être structuré autour de changes fixes mais ajustables par consensus.

Non la monnaie internationale ne doit pas être une monnaie nationale.

Nul ne peut espérer bénéficier du commerce libre avec d’autres sans respecter certaines règles et en particulier celle de ne jamais accumuler déficits ou excédents monstrueux.

La rente pétrolière doit être contre balancée par des achats équivalents dans les pays sans pétrole. Accumuler des excédents et racheter le capital des victimes n’est pas la solution.

La Chine doit équilibrer sa balance commerciale comme les Etats-Unis, en sens inverse.

Le paritarisme doit être la base des statuts du fonds monétaire international, sans droit de véto ni pouvoirs spéciaux pour un pays donné.

La finance internationale doit être asservie à ces objectifs.

Ce qu’on aimerait c’est que même Paul Volker qui est totalement d’accord avec ce programme le dise clairement, haut et fort et même de façon tonitruante.  

Et que tous ceux qui craignent pour leur poste et leur carrière trouvent enfin le courage de dire : c’en est assez de ce silence embarrassé. Disons la vérité et agissons.  Ils constateront alors  qu’ils sont majoritaires et que les quelques nigauds qui croient encore aux vertus des changes flottants ne représentent qu’eux-mêmes, c'est-à-dire rien.

Didier Dufau pour le Cercle des economistes e-toile. 

Paul Krugman : brutale arrivée au "terminal des prétentieux" !

Alors que le mort de Lautner remet en pleine lumière la farce des "Tontons flingueurs", film dont le titre initial était "le terminal des prétentieux", il est amusant de porter son attention sur le combat de coqs qui oppose Paul Krugman et un certain Niall Ferguson.

Niall Ferguson est un historien anglais de l'économie, spécialisée dans la finance. Il a écrit un texte fort critique sur la politique économique d'Obama. Pauf Krugman qui au NYT représente la tendance keynésienne anti-"Republicains" l'a vertement remis à sa place. En retour, Ferguson a commis une étude au vitriol en reprenant "post mortem" tous les textes de Paul Krugman et prouvant qu'il avait annoncé n'importe quoi et concluant que, vu le florilège de sottises et d'erreurs, la voix de Krugman n'avait aucune autorité et ne devait pas être écoutée.

Pourquoi entrer dans cette querelle ?  La raison est simple : les difficultés proviennent principalement d'un système de changes flottants et de domination assumée du Dollar roi, et donc pour une large part des Etats-Unis. Essayez de percevoir dans le champ du débat anglo-saxon, les éléments d'une prise de conscience, est un exercice nécessaire, même si les résultats sont consternants.

Bien sûr nous n'avons rien à faire du débat droite-gauche,  façon locale : je suis démocrate assumé et keynésien, je supporte Obama ; J'ai une vision un peu plus responsable de l'économie, je suis plus pour une nouvelle  sagesse américaine en matière de déficits. Donc je suis Bushiste. Le débat droite gauche américain est aussi pauvre que le débat droite-gauche français. Savoir qui est le vilain canard ne peut séduire qu'un vilain canard qui veut se voir en gentil canard.

Une des vraies questions est celle de savoir si Paul Krugman a bien vu venir la crise de 2007 puis l'éclatement de 2008. La réponse est non. Comme Stiglitz, Krugman prétend avoir tout compris d'avance parce qu'il était critique vis-à-vis des politiques économique républicaines. "Comme j'étais contre, j'étais nécessairement dans le vrai puisqu'il y a eu la crise".

En vérité ni l'un ni l'autre n'a vu venir quoi que ce soit. Il aurait fallu pour cela qu'ils aient une clé d'interprétation et qu'ils aient essayé de l'introduire en temps utile, c'est-à-dire avant la crise,  dans les mécanismes du réel.

Nous-mêmes avions fait l'effort de développer ces outils. Ils étaient basés sur deux constatations. La première était la réalité du cycle décennal. Depuis la révolution industrielle, un cycle de huit dix ans du crédit impose une succession des corrections légères et lourdes. La seconde était le mécanisme de double pyramide de crédit permis par les défauts du système monétaire international basé sur les changes flottants  et qui avait provoqué la montée du taux d'endettement global de moins de 200% à plus de 400% du PIB dans la totalité des pays de l'OCDE.

La superposition de ces deux analyses permettaient de voir que les crises périodiques étaient de plus en plus graves, alors que le trend s'affaiblissait continument. Cette clef d'interprétation  nous avait permis de contester l'idée de Maurice Allais que la crise de 97-98 était la grande crise qu'il craignait. Pour nous il s'agissait d'une simple crise des changes flottants, avec repli massif des capitaux flottants vers les Etats-Unis, laissant les pays émergents dans une grave crise de liquidité. Nous pensions que la crise décennale se déclencherait début 2000 et qu'elle serait plutôt "légère". Ce qui fut le cas.  Cette même clé d'interprétation nous a conduit a annoncer une crise très grave lors du quinquennat de Sarkozy, cette annonce étant faite publiquement sur le site du Monde (où une partie est encore lisible) et envoyée à M. Guaino et aux équipes du candidat. Sans réponse naturellement. Nous l'attendions pour 2009. A l'été 2007, nous avons compris que la crise du marché interbancaire impliquait un effondrement du système bancaire plus précoce et nous l'avons prévu pour septembre 2008 !

A partir du moment où les banques fonctionnaient sur un système de dettes pyramidales dépassant quatre fois la réalité de la production, en cas de blocage du marché interbancaire, qui avait été la base de nombreux refinancements spéculatifs, la crise décennale ne pouvait qu' être catastrophique. Nous avons annoncé une crise de type 1992-93 mais fortement aggravée par les en-cours monstrueux de dettes qui s'étaient accumulés depuis.     

On peut contester cette analyse. Certains économistes récusent la notion de cycle de huit dix ans. D'autres considèrent que les dettes sont toujours la contrepartie d'un actif et donc que leur niveau n'a pas d'importance. Nous croyons qu'ils ont tort et que notre clé d'interprétation fonctionne. C'est tout le débat de ce blog.

En revanche où sont les outils d'interprétation  de Paul Krugman ou de son contradicteur ?

Nulle part. C'est la raison pour laquelle ils n'ont rien prévus et rien compris. Ni l'un ni l'autre.

Ils s'envoient des horions idéologiques ou posturaux comme on voudra mais ne donne aucune clé, aucune explication, aucune solution.

Paul Krugman a expliqué qu'il fallait sauver la finance avec les deux leviers traditionnels : lâcher tout à la banque centrale, avec recapitalisation des banques ruinées ; utiliser la dépense publique et les déficits pour relancer l'économie.  Il l'a demandé sans nuance, justifiant des déficits publics qui sont devenus rapidement ingérables dans les pays faibles.  Il refuse tout plan d'austérité, considérant qu'en matière de déficit il n'y a aucune limite.

Paradoxalement, il pensait que la zone Euro allait immédiatement disparaître, reprenant les thèses de son ennemi Milton Friedmann.  Elle n'a pas disparu. Il donne aujourd'hui un satisfecit à la gestion Hollande pour n'avoir en rien réduit la dépense publique et pour avoir augmenté massivement les impôts. C'est une position purement idéologique. Il ne connait rien de la situation française, de la perte de compétitivité des entreprises, de la démoralisation fiscale du pays, de l'étouffement provoqué par les mesures haineuses de l'automne 2012.

Son adversaire relève ces contradictions et ces erreurs de jugements autant que de prévisions.

De toute façon, sans système de pensée précis avec un relais fort par l'observation des faits, les avis d'idéologues prisonniers de leurs postures n'ont strictement aucun intérêt.

Ce que marque cette querelle, c'est que les Etats-Unis ne disposent pas d'un corpus économique assez solide pour permettre à leurs universités de sortir des ghettos idéologiques sur lesquels elles prospèrent.

On en reste de toute façon à : "ce qui est bon pour les Etats-Unis est bon pour le monde et allez tous vous faire voir chez Plumeau pendant qu'on s'engueule entre Démocrates et républicains".  Un constat sinistre.  Presqu'aussi sinistre que la carence des économistes officiels français qui ne pensent qu'en terme marxiste de destruction du capitalisme par l'impôt, ou qu'en terme de  libéralisme folâtre qui évite toutes les questions difficiles.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile



Dettes : requête à l'Insee, à Eurostat et au FMI

Le document affiché en bas de billet est une infographie du Figaro dont la source est la Deutsche bank. 

Merci et bravo au Figaro de l'avoir publiée.

Il montre l'évolution de la dette globale pour les pays du G7 de 2003 à 2012.

Première constatation : ce que nous n'arrêtons pas d'affirmer est confirmé. La dette globale, qui était inférieure à 100% en 1971 a progressivement explosé ses plafonds pour passer les 100, 150, 200, 250, 300, 400% et atteindre comme il est montré, en moyenne près de 440% du PIB.

Lorsque j'écrivais ma thèse de doctorat, on estimait qu'une dette d'Etat inférieure à 20%, une dette des particuliers inférieure à 25%, avec une part prudente pour l'immobilier, et une dette des entreprises non financières (plus de deux personnes) variant entre 30 et 50%, dans des économies où la valeur ajoutée des entreprises représenterait près de 75% du PIB, était raisonnable. La seule ambiguïté portait sur la dette de l'institut d'émission. Fallait-il l'ajouter ou non, en tout ou en partie,  à la dette globale, l'émission de monnaie banque centrale étant, comptablement,  une dette collective mais pouvant être considérée, avec l'abandon des monnaies métalliques, comme un fonds de roulement "technique" que l'on pouvait neutraliser dans les décomptes des dettes effectives : nul n'était besoin de la rembourser ! 

On peut se demander pourquoi cette évolution du taux de dettes globales est passée pratiquement inaperçue pendant des décennies, alors qu'elle représente une véritable révolution intellectuelle et économique. J'ai déjà présenté ce calcul élémentaire :

Si la dette est de 400% du PIB , avec un taux de 5% et une maturité moyenne de 10 ans, pour simplifier les calculs, l'amortissement  est de 40% du PIB et le versement des taux d'intérêt de 20%. Il faudrait donc que l'économie sorte 60% du PIB pour faire fonctionner un tel système à partir de la valeur ajoutée. Ce qui est impossible. Les banquiers ont cru pouvoir détourner cette impossibilité en  se remboursant nominalement sur les plus values de biens. Un banquier se moque d'être remboursé à partir d'une plus value ou de la vente d'une immobilisation, plutôt que d'un flux de revenu. Pas l'économiste.

Ce que montre le graphique, c'est qu'en moyenne les pays du G7 ont grimpé dans la folie des dettes jusqu'à l'explosion et qu'il n'ont réussi qu'à stabiliser le taux de dettes. Le graphique, ne montre ni le transfert des dettes vers les Etats ni le transfert vers les banques centrales.

Nous sommes toujours dans la situation intenable que nous avons matérialisée par l'image du "hanneton qui s'épuise à pousser devant lui sa boule de crottin".

La situation est plus simple pour les pays greffés sur la monnaie mondiale, comme les Etats-Unis qui en fournit 90% et le Royaume-Uni qui la fait tourner. L'explication des gros bénéfices des grosses banques mondiales est entièrement dans le fait qu'elles se sont débarassées du gros de leurs dettes et qu'elles continuent à fixer leurs honoraires sur une fraction démente du PIB des nations. La situation est dramatique pour les pays de la zone Euro,  contraints par l'absurdité du système de Maastricht qui a supprimé les possibilités d'action monétaire nationale sans transférer les mêmes moyens à l'échelon supérieur.

La grande question est de comprendre comment une évolution aussi néfaste et aussi massive que le gonflement gigantesque du taux de dettes a pu passer inaperçu et pourquoi les quelques lueurs qui ont percé le mur des ténèbres ont été considérées, par presque tous les économistes, sauf Maurice Allais, comme sans conséquences.

Une réponse est l'inadéquation des statistiques. Sur ce site, nous poussons à intervalle régulier un large cri d'alarme statistique et demandons à l'INSEE et aux medias, de remédier à des lacunes phénoménales.

- Nous souhaitons des séries longues, sur 50 ans minimum et sur 100 ans si possible. Pourquoi ? Parceque les évolutions étant incrémentales, elles ne prennent leur pleine expression que sur de longues plages de temps.  L'existence d'un cycle de 8-10 ans ne peux échapper à qui prend en compte l'évolution de la valeur ajoutée des entreprises depuis 1900 ! 

- Sur la dette globale la situation se double d'un probléme de définition. Quiconque s'est penché ne serait que trois minutes sur la question se rend compte qu'il est quasiment impossible de se faire une opinion fondée sur des informations solides. Tous les chiffres disponibles sont incompatibles entre eux. Les études sont faites, comme dans le cas de celle du Figaro, sur des enquêtes particulières dont la méthodologe est incertaine. Comparer les chiffres annoncées  par les uns et les autres, genre enquête Mckinsey, est IM-POS-SIBLE !

Dans le cas de la zone Euro le problème se corse du fait des dettes de la BCE ? Comment les réaffecter aux nations composantes ?

Le trouble est caractérisé quand on lit l'opuscule de l'INSEE sur l'économie française. Pour la première fois, l'édition 2013 donne des indications sur la dette relativement au PIB, alors qu'auparavant on donnait des chiffres sur des bases différentes : par exemple la dette des particuliers était rapportée au revenu disponible, pas au PIB, rendant les regroupements pénibles. 

Si on s'en tient aux chiffres données (particulier, état, entreprise), on reste dans des plages de dettes "acceptables" dont le total dépasse à peine 200%. D'où vient alors l'écart de 200% avec le chiffre de 440%  de la Deutsche Bank ?

Nous transmettons donc la supplique suivante à l'Insee (et par extension à Eurostat et au FMI)  : fournissez-nous une série longue recomposée au moins depuis 1945, donnant, sur une base normalisée, l'évolution de la dette globale française (européenne et mondiale pour les autres institutions).

Devraient  figurer EN TETE et en ENORME dès le début de l'opus sur l'économie française de l'INSEE, l'évolution des courbes suivantes :

- Valeur ajoutée des entreprises de plus de 1 personnes (en montant et en en pourcentage)

- Montant de la dépense publique

- Montant des prélèvements

- Montant de la dette globale et de ses principales composantes.

- part de la population globale  au travail

- ratio salarié des entreprises privées (hors associations et finance)/population totale ;

Dans la seconde qui suivra la lecture de ces courbes, le lecteur comprendra :

- que la crise de 2007-201x et sa dureté étaient entièrement prévisibles : télescopage de la crise décennale avec un encours de dettes intenables. C'est le moyen qui nous a servi à les prévoir dès Pâques 2006.

- que la montée du chômage est entièrement corrélée à celle de la dépense publique, avec ses deux compagnons prélèvements et dettes.

La crise de 1929 a permis de gros progrès statistiques. Il faut que la crise en cours provoque les mêmes progrès accompagnés d'une meilleure diffusion publique.

L'INSEE, malgré les pesanteurs politico-syndicales qui pèsent sur ses équipes (et qui était devenue évidente quand les syndicats ont exigé le renvoi d'un analyste qui niait l'effet bénéfique sur l'emploi des 35 heures), n'est ni au service de l'Etat, ni au service de la classe des fonctionnaires, ni au service du "peuple de gauche" ou de ses servants. Il est au service des citoyens et son monopole a pour contrepartie une diffusion neutre,  éclairée et éclairante. 

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

 

 

 

 

 

 

 

 

 



J.C. Trichet - Un article au Monde tellement révélateur

Jean-Claude Trichet catalyse à lui tout seul toutes les ambigüités de la période de crise que nous traversons.

L'article qu'il vient de donner au Monde (daté du lundi 16 septembre 2013) a cette particularité de dire, en même temps, tout et rien.

Le rôle du commentateur est évidemment d'aller creuser la partie occultée.

Première affirmation excellente :

- Les prémisses de la crise datent de la fin de l'année 2006. Rappelons qu'à cette date, nous avions indiqué dans notre bulletin de conjoncture un avis de grosse tempête. En juin 2006, nous avions annoncé une grosse crise décennale pour 2010 (et envoyé cette prévision aux équipes de N. Sarkozy tout en lançant un avertissement public sur le site du Monde.fr (où il est toujours possible d'en consulter une partie). En décembre nous l'avons avancé à 2009.  Pour quoi ? Parce que  l'indice des prix de vente de l'immobilier aux Etats-Unis venaient de connaître la première baisse de l'histoire contemporaine et qu'une extrême nervosité touchait tout le secteur des prêts interbancaires. les premiers stigmates d'une crise de liquidité se faisait jour. Il faut se rappeler qu'à cette époque le bas de bilan des banques montrait presqu'un tiers de prêts interbancaires. Fanny Mae et Freddy Mac avaient connu de solides difficultés dès 2003 et semblaient devoir en connaître d'autres. Certaines banques comme Citigroup donnaient des signes de panique pendant que Bear-Stearns tombait en faillite (masqué par un rachat qui allait plombé bientôt les comptes du repreneur). La crise de liquidité frappera à mi juillet 2007, lorsque les adjudications sur le marché interbancaire ne trouveront plus preneur et que de nombreux fonds censés être liquides cesseront de l'être. En même temps de déclenche le sauve-qui-peut sur le marché monétaire. De très nombreuses banques sont étranglées.

Cessons donc de parler de la crise de septembre 2008, en la datant de la faillite de Lehman-Brothers. Déjà Northern-Rock faisait face à une ruée sur les dépôts et les banques Islandaises étaient privées de liquidités. Dès le fin 2007 nous annoncions la crise "chaude", c'est-à-dire l'impossibilité de sauver le système bancaire avec les moyens de marché pour septembre 2008.

L'énorme paquets de dettes, flottant à une hauteur stratosphérique par rapport à l'économie commerciale, après s'être effrité, commençait à s'effondrer.  

- L'article décrit très bien l'effondrement du "château de cartes" qui suit le constat que plus aucune banque ne veut reprendre Lehman-Brothers, la reprise de Bear stearns ayant compris les compte de la banque qui avait repris ses "actifs" à bas coût.  Ce que ne dit pas notre auteur, c'est que le lundi même où la faillite de LB a été prononcée, AIG était lui-même en faillite et exigeait une recapitalisation surprise de près de 900 milliards de dollars ! Les CDS n'étaient pas fait pour les chiens. le risque bancaire n'avait pas été disséminé mais centralisé dans les sociétés d'assurances !

- JC Trichet indique que "27% du PIB en Europe était le risque explicite du contribuable". On voit l'énormité de la dette portée par les banques : usuellement on essaie de ne pas dépasser 1 à 2% de risque sur un portefeuille de crédits, plus ou moins conforté par le capital des banques. C'est la démesure des crédits par rapport au PIB qui explique l'énormité du risque pris. les contribuables ont déjà payer près de 10% de PIB pour éviter le naufrage des banques. Comme le dit l'auteur, la crise n'est pas fini. Le hanneton pousse toujours devant lui sa boule de crottin,  et s'épuise dans cet exercice. Nous-mêmes avions évalué entre 8 et 15 mille milliards de dollars l'encours mondial de prêts sans flux de trésorerie suffisants pour les amortir et payer les intérêts. Ces chiffres sont cohérents avec ceux de JC Trichet.

- L'article montre que pour sauver le monde d'une crise pire que 1929, dont le potentiel était donc là, il a fallu sortir de toutes les conventions et de toutes les règles. C'est bien la preuve que le système globalement, dans ses règles ne fonctionnait pas. Et personne ne le disait réellement sinon Maurice Allais qui s'est fait injurié et traité de vieux fou gâteux.  M. Trichet explique qu'il a manifesté son inquiétude. Mais cette attitude a été constante depuis 1984  date à laquelle il a commencé à jour les père la rigueur sans jamais dénoncer dans le concret ce qui n'allait pas.

- Dernier aspect positif : l'article montre bien que rien de décisif n'a été entrepris et qu'il faut aller plus loin "sinon la période présente n'aura servi qu'à préparer la prochaine crise". Comme nous ne faisons rien de sérieux, nous préparons en effet la prochaine crise.

Tel quel cet article apporte beaucoup d'eau à notre moulin. La crise est bien systémique, c'est-à-dire provoqué par un système dysfonctionnel, qui a explosé après un long processus chaotique. Elle est toujours en cours. Elle peut rebondir à tout moment et nous armons la prochaine crise. le stock de dettes pourries est toujours gigantesques et sans rapport avec le capital des banques. En un mot : le système bancaire sans tuteur serait en faillite encore aujourd'hui. Et l'économie dite réelle, c'est-à-dire le commerce international et national est toujours stagnant à un niveau bas.

Où sont les déficiences de l'analyse-récit de Jean-Claude Trichet ? Elles sont toujours les mêmes et toujours béantes : il ne veut avancer aucune explication  du dysfonctionnement général des marchés monétaires et financiers.  Il constate lui-même que rien ne marchait comme prévu, qu'il a fallu faire l'inverse de ce que les "conventions" préconisaient et à une échelle inédite. Mais pourquoi ces dérèglements ?  La chape de plomb écrase la langue de bois de l'ancien gouverneur de la BCE.  Cela donne : "la réduction des risques par des mesures macro-prudentielles ne fait que commencer".  Traduction : cela ne marche pas et il faudrait peut-être commencer à s'interroger "des deux côtés de l'Atlantique".  Ben oui M'sieursdames ! Il faut réformer le système monétaire international.  

Sur l'Euro, autre source du désastre actuel,  il dit bien qu'il a été attaqué en 2003, 2001,2011 et 2012, avec à chaque fois un risque de destruction. Il affirme très justement qu'il distribuait à l'Eurogroupe, un organisme que nous dénonçons comme fantomatique depuis toujours, les courbes différentielles de compétitivité. Il dénonce bien le fait que tout le monde croyait que les écarts se corrigeraient d'eux-mêmes, illusion intéressée car elle permettait de ne rien faire.  

Mais, une fois de plus,  il ne dit pas qu'elle est la maladie qui ronge de façon "systémique" l'édifice. C'est bien de parler de "progrès de la gouvernance" quand justement il n'y a pas de cabine de pilotage, pas de pilote et même pas de moteurs. Du coup la seule solution devient la rigueur et la déflation, alors que toute la réflexion économique depuis la création d'un système de monnaies purement administratives après la guerre de 14-18, système qui permet toutes les créations de monnaies abusives, est de savoir comment on peut juguler les excès de création de liquidité sans avoir à recourir à la déflation.  

Malheureusement, il ne faut pas compter sur Trichet qui est prisonnier du système qu'il a contribué à mettre en place et qui est dysfonctionnel  pour parler clair et annoncer les réformes nécessaires. Pour les solutions on en restera toujours à la bouillie pour les chats grisâtres nourris dans la nuit noire.

Rappelons notre analyse habituelle :

- seule la croissance et non la déflation permettra de sortir de la crise de la dette

- la crise de la dette a été provoquée par le système monétaire international

- la gestion de l'euro exige un pilote doté des organes ad hoc.

- l'hyper fiscalité n'aboutira qu'à la stagnation et la course mortelle à plus de déflation.

Malheureusement aucun des Trichet qui ont géré la mondialisation économique et financière ne veut entendre parler de ces leçons. Il est exemplaire de la faillite intellectuelle des gnomes, qui certes se flattent d'avoir jugulé la crise mais sans comprendre que leurs idées sont à la source du désastre.

Laurent Mauduit et les "économistes imposteurs"

Dans son dernier ouvrage Laurent Mauduit, journaliste de gauche et longtemps au Monde, analyse l'activité de certains des "experts" de l'économie que le monde de la presse écrite, radiophonique et télévisée invite prioritairement depuis des années. Ils ont tous en commun de n'avoir pas vu venir la crise et même pour plusieurs d'entre eux de l'avoir niée, quitte à se rattraper ultérieurement par des prévisions apocalyptiques.

La thèse du livre est assez simple : si ces faux gourous se sont trompés c'est d'abord parce qu'il s'agit d'affairistes, parfois même condamnés en justice pour divers délits, qui vivent le nez dans leurs intrigues de cour, un pied dans la charité, un autre dans l'expertise, la main droite dans l'argent et la main gauche dans la politique.

Ces expert sont d'abord et avant tout des stipendiés du "système" , et notamment des banques, et à ce titre ils ont d'abord une fonction de défense et illustration du système qui les nourrit et même, pour certains, qui les gavent.

L'auteur n'a pas besoin de forcer son talent pour développer sa démonstration avec Alain Minc et Jacques Attali.  Il n'a pas de mal à prouver qu'ils se sont constamment trompés et que leur affairisme a été le moteur essentiel de leurs commentaires. De toutes façon ce ne sont pas des économistes, au mieux des essayistes, plus surement des affairistes.  Ils représentent, pour Mauduit,  la fameuse "pensée unique", née de Thatcher et Reagan. Leur coloration de gauche est d'une pigmentation faible et dans la réalité ce sont, pour l'auteur les pires "néo-libéraux" qu'on puisse trouver, néo libéral étant vu non pas comme le représentant d'un courant de pensée estimable mais comme une injure.  

De Boissieu et Lorenzi, eux, sont  des économistes  professionnels. Mais ils sont devenus des économistes officiels, prêts, pour les honneurs et pour l'argent, à servir tous les maîtres qu'on voudra . Pour l'auteur Lorenzi est doublement coupable : non seulement il a sombré dans le néolibéralisme mais il fait semblant d'être de gauche avec une redoutable duplicité, travaillant au grand jour pour Hollande et en secret pour Sarkozy (ce qui a pour notre auteur tout d'une horreur apocalyptique qui exigerait qu'on se pince le nez).  Laurent Mauduit prend un malin plaisir à faire l'inventaire des "ménages" que ces deux compères multiplient  avec les grasses rémunérations qui vont avec, et en parallèle, des bêtises qu'ils ont pu dire inlassablement.  La cupidité aveugle. L'aveuglement est la marque d'une imposture scientifique. Ces deux là sont pour Mauduit des nuls qui ont profité de leur position officielle non pas pour éclairer les gouvernements et l'opinion  mais pour cautionner l'inadmissible.

Le jeu de massacre continue avec une grande partie des économistes autoproclamés ou universitaires qui accableraient les médias de leurs absences  de compétences réelles symbolisées d'abord par leur incompréhension totale des événements qui vont conduire à la crise actuelle et ensuite par leur dépendance du système financier et leurs courbettes au néolibéralisme ambiant.

Laurent Mauduit avertit que les lois Pécresse conduisent à un financement de plus en plus intime de la recherche économique par la finance qui de ce fait perdra définitivement toute pertinence, toute indépendance et même toute honnêteté scientifique.

Que tirer d'un tel livre ?

D'abord un sentiment de malaise, car fouiller ainsi l'activité des gens avec un souci accusatoire constant donne une impression de voyeurisme malsain. 

Que les Minc et les Attali gagnent beaucoup d'argent, qu'elle importance ?  Ce sont des Bellemare de l'économie, qui cumulent le "vue à la télé" et un entregent médiatico-politique dont l'aloi est certes  peu reluisant mais qui n'ont que l'importance que l'on veut bien leur accorder. Pour notre part nous ne leur avons en avons jamais accorder beaucoup.

De même c'est  faire un procès bien pauvre à un de Boissieu que d'avoir fait des "ménages"  répétés  auprès des gestionnaires de fortune. Pour avoir assisté à certaines de ses interventions, il n'y a pas de quoi crier au charron. Les boursicoteurs adorent croire ou faire croire que leur action se situe dans le cadre d'une connaissance économique sérieuse. Alors on paie des paravents choisis sur titres officiels ronflants pour dire des niaiseries. Et ils les disent très bien.  En général ils se contentent de commenter les dernières nouvelles  qui s'étalent dans la presse en faisant semblant d'être dans le secret des Dieux, mais "Chut je n'ai rien le droit de vous dire", mais pensez bien que j'éclaire de mes lumières les gestionnaires de votre argent.

Ce genre de comédie n'a strictement aucune importance. La qualité du cocktail est autrement  critique pour la satisfaction des invités. Depuis Hollande on remplace  ce genre d'économistes par des fiscalistes.  Nécessité fait loi.

Plus grave est le constat que la presse et les gouvernements font appel à ces conseillers là, dont l'incompétence économique est flagrante, au moins si onla juge sur la manière navrante dont ils ont analysé la situation économique depuis une quinzaine d'années (et parfois plus).

Ils n'ont effectivement rien vu venir. Ils se sont trompés lourdement et constamment. Ils sont aujourd'hui encore des sources largement stériles.  Nous avons sur ce blog pris à partie certains de leurs écrits au jour le jour pour démontrer à quel point il s'agissait de postures et non d'analyses économiques sérieuses. Les attitudes sont importantes en économie et l'aveuglement quand il est aussi général et aussi diffusé est un fait économique majeur.

Notre différence avec Laurent Mauduit est qu'il considère que leur erreur provient de leur inféodation plus ou moins larvée à un système qualifié de "néolibéral", dicté par leur affairisme et leur cupidité  et que la vérité ne peut venir que de prises de conscience socialistes.  Nous n'avons pas d'a priori idéologique de ce type. Nous pensons même que beaucoup de dispositifs mis en place par les socialistes ont eu des effets néfastes et sont condamnables. Les différents économistes pétitionnaires" de gauche", Gracques, atterrés , comités et collectifs divers, sont dans un jeu de rôle politique. Pas dans l'analyse économique utile.   

Si ces économistes étaient riches, beaux, pleins d'entregent, baignés par la réussite et même socialistes,  et qu'ils observaient bien la réalité économique et en faisaient une analyse juste, nous serions très contents même s'il est probable que Laurent Mauduit se pincerait le nez.

Le vrai problème est qu'ils se trompent plus qu'ils ne nous trompent. Les journalistes, et c'était le cas de Mauduit comme de tous les autres journalistes, font appel à ceux des intervenants qui présentent des "références" de sérieux : publications, références universitaires, postes officiels etc.  Si globalement la discipline économique est malade, l'expression médiatique des économistes est douteuse, même sans théorie du complot "néolibéral".

Lorsque Maurice Allais a fait une critique extrêmement juste du système,  le Monde de Mauduit a refusé de l'entendre même si les colonnes du journal lui ont été ouvertes.  L'article du Monde qui ironisait sur les conclusions de notre seul "prix Nobel",  est dans toutes les mémoires. Maurice Allais disait : "ce qui doit arriver arrive". Le Monde se moquait: "Nous voilà prévenu". Il est vrai que Jospin était au gouvernement et qu'il était inimaginable qu'on critiqua sa gestion dans les colonnes du Monde.

Une des difficultés françaises est  dans  l'énormité de la contradiction entre une classe politico médiatique où le socialisme dogmatique est incroyablement pesant (nous sommes quasiment le dernier pays où les intellectuels socialistes ont un tel poids et où les vaches sacrés du socialisme le pire sont encore choyées) dans les partis de gauche et de droite de gouvernement,  et une pratique européenne et mondiale de l'économie fondée sur le n'importe quoi général, l'absence de vraie coopération et les relations de force.

Il n'y a plus guère de sciences économiques dans un monde où les puissances ont décidé d'une foire d'empoigne générale, sans Dieu ni Maître et encore moins de rationalité économique.

Les économistes officiels ne peuvent avoir de postes et d'honneurs  que s'ils acceptent cette situation d'irrationalité. Ils deviennent au mieux des commentateurs d'une pièce dont le théâtre, l'auteur et les acteurs leur échappent. Ils prospèrent presqu'automatiquement comme la moisissure sur la confiture.

S'il fallait qu'ils observent et qu'ils analysent, ils mettraient aussitôt des bâtons dans les roues de ceux à qui ils doivent plaire.  Insurmontable !

Il faut un courage fou aujourd'hui pour remettre en cause les changes flottants et le système monétaire international, en plus de quelques connaissances techniques.  On a vu ce qu'il est advenu de Maurice Allais.  Il faudrait un talent phénoménal pour vaincre le conformisme intéressé d'une presse qui est entièrement entre les mains des banquiers et d'une classe administrativo-financière oligarchique.

De ce point de vue, Laurent Mauduit voit juste : comme nous le disons depuis des lustres l'information économique est entre dix mains,  pas plus,  en France. Et ces mains ne sont pas libres. Il montre très bien comment sont sélectionnées les nouvelles têtes qui montent dans les médias.  On ne passe pas dans les médias parce qu'on a raison ou des raisons mais parce que les réseaux le permettent ou non.  La connivence est en effet de règle.  C'est l'inconvénient d'un pays devenu petit et sans importance mondiale stratégique.  Les grands débats ont lieu aux Etats-Unis. Et encore, dans la mesure où on ne remet pas en cause le rôle du dollar roi.

La solution de Mauduit,  soutenir d'abord les thèses socialistes, n'en est pas une. Le vrai débat n'est pas entre socialisme et un néo-libéralisme plus ou moins fantasmé. Nous l'avions dit à Sorman. Nous le répétons à Mauduit, sur l'autre rive. L'important est de discerner la nature des réalités du monde et leur dynamique pour évaluer les institutions et les législations.

La crise mondiale actuelle est entièrement compréhensible  par une analyse économique non idéologique même si elle incorpore l'analyse de certains phénomènes indus de domination.  La grande question est de comprendre pourquoi cette analyse n'est pas faite par les institutions économiques qui devraient  être en pointe sur ces sujets : le FMI, l'INSEE, les instances économiques créées par le gouvernement.

L'explication par la cupidité et la connivence financière n'est pas entièrement fausse mais elle est un peu courte.  Celle par l'ignorance et la prévalence d'ambitions prudentes  l'est moins. La crise actuelle est intellectuelle et géo-politique.

Que l'on garde toujours à l'esprit les trois causes principales de nos malheurs :

1 - Le système de monnaies administratives flottantes, sous la domination du dollar roi est la source principale de la crise, causée par une montée mondiale de l'endettement global à des niveaux insoutenables.  Les faits sont impossibles à nier. La séquence explicative est totale et parfaite.  Si elle n'est pas faite en France c'est simplement parce que les gouvernements se sentent impuissants devant cette réalité et ne veulent pas que cette impuissance se voient. Et ils ne souhaitent pas avoir affaire à des économistes qui les mettent constamment devant leur propre impuissance.  Alors ils s'entourent de zombies qui feront de la chaleur mais peu de lumière. On peut appeler cela des économistes ou des clowns comme on voudra. Mais le cœur du réacteur, ici, est l'impuissance.

2 - La zone Euro est une erreur de construction majeure. Mais aucun politique ne veut  prendre la tête d'une croisade pour créer les conditions d'une zone monétaire unique orientée vers le plein emploi compte tenu de l'ampleur gigantesque des modifications à mettre en place.  Le poids de la France est devenu si faible que de toute façon les chances d'une telle politique serait faible. Ce qui n'empêche pas de l'exposer et de la défendre.

3. La France s'est perdue dans un système oligarchique ridicule dominé par une idéologie de la dépense publique et de l'hyper fiscalisation totalement aberrante. Elle a perdu en quarante ans de singerie énarchique compassionnelle, sa version propre du socialisme étatiste, plus de 7 millions d'emplois salariés et se retrouvent à brader ses trésors à l'étranger et à ruiner ses élites parce qu'il faut financer coûte que coûte un secteur public démesuré et unique au monde dans sa démesure, et une dépense publique qui dépasse la production de son secteur marchand !  Sur ce thème, Laurent Mauduit est naturellement  totalement muet !

Le seul conseil que l'on puisse  donner aux journalistes et aux organes de presse  qui ne sont pas totalement inféodés à des groupuscules et à des petites mafias affairistes conniventes, c'est de donner la parole à ceux des observateurs qui attaquent bille en tête ces trois aspects de la réalité économique.

Il faut admettre qu'ils vont avoir du mal à en trouver d'officiels. F. Hollande a remodelé son CAE en s'appuyant moins sur les petits maître controversés que dénonce Mauduit  et plus sur les universitaires.  Malheureusement aucune des personnes choisies n'a prévu la crise et n'a poursuivi d'études dans aucun des domaines cités. La nullité universitaire française en matière d'économie vient de trop loin et est bien trop ancrée pour qu'il puisse en être autrement.

La seule solution intéressante aurait été pour le Président, de revenir aux pratiques des siècles précédents : organiser des compétitions et donner des prix aux meilleures réponses aux questions fondamentales du moment.  

Cela vaudrait effectivement mieux que de donner le prix du meilleur économiste à…Michel Pébereau.  Sur ce point M. Mauduit a parfaitement raison.

Au total un livre à lire mais  avec des pincettes  pour avoir un petit aperçu du dessous des cartes, quand il n'a pas été trop fardé par l'auteur. Tout en gardant à l'esprit que la pure dénonciation peut permettre de se faire un peu d'argent mais qu'elle n'éclaire pas beaucoup.  Mieux vaut dire ce qui est faux ou contestable dans les écrits des uns et des autres, tout en proposant des solutions, que de faire des procès en intéressement sordide.  On lira la réponse de certains intéressés  à l'adresse :  http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20120401.OBS5185/les-economistes-sont-ils-des-imposteurs.html.

L'observation de JH  Lorenzi n'est pas totalement fausse quand il dit ne voir dans le livre de Mauduit qu' : "Attaques et amalgames haineux, produits de la répulsion quasi physique de ce journaliste pour tout économiste modéré".

Il faut bien admettre que les attaques ad hominem dont Mauduit se fait le continuateur proviennent à l'origine d'Attac, un repaire  de spécialistes du genre,  éduqués dans la grande tradition du stalinisme le plus pur.

Comme disait Willy Münzenberg, le grand génie et précurseur de la propagande politique moderne, le plus facile pour gagner dans un débat c'est de décrédibiliser l'adversaire. Même pas besoin d'idées.

On peut préférer les idées.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Le cycle : mythe ou réalité ?

Il aura suffi que le Président hollande déclare que le cycle existe et qu’il permettra à un moment de son quinquennat une belle reprise pour que les analystes y aillent de leur raillerie contre une idée aussi saugrenue.

Le cycle existe. Nous avons abordé de nombreuses fois ce sujet sur ce site.  Un cycle des affaires quasi décennal existe depuis que l’économie est devenue une économie basée sur le crédit. Son moteur est l’oubliant optimisme qui se saisit des acteurs après quelques années de vaches grasses qui  laissent croire que le ciel bleu est pour toujours et que l’on peut investir en se fondant sur des tendances lourdes de croissance. Le crédit accompagne cet optimisme. Il dépasse sa cible. Un « crédit crunch » plus ou moins violent, qui est la phase de crise du cycle, s’ensuit. Il faut quelques années pour le digérer et le cycle repart.

Le cycle quasi décennal est un cycle du crédit et de l’optimisme. Maurice Allais assimile le taux d’intérêt à la fonction d’oubli : géniale intuition ! Elle explique que les retournements n’ont pas la même intensité : une crise dure suit une crise molle et inversement. Les excès sont modérés quand on a encore en tête les difficultés de la crise dure. Ils sont plus forts lorsque les excès ont été oubliés.

Pour s’en tenir aux derniers spasmes du cycle, on constate : crise dure en 73-74, crise molle au début des années 80, crise dure au début des années 90, crise molle au début des années 2000, crise dure depuis 2008-2009.

La crise commence toujours aux Etats-Unis, percole via les pays exportateurs et se généralisent notamment en France. La mondialisation a accéléré la séquence : les crises font le tour de la terre en moins de 2 à3 ans et ont tendance à devenir synchrones.

Pourquoi les économies repartent-elles ? Parce que même en cas de crise dure et générale il reste toujours un fond d’entreprises dynamiques, que pour beaucoup d’entre eux les agents sont d’abord paralysés par la crainte et qu’elle finit par diminuer supprimant les excès de précaution, et parce que les banques débarrassées du poids des dettes aventurées sont de nouveaux attirées par les nouveaux projets, qui eux ne manquent jamais, car l’innovation est incessante.

Cette mécanique est mondiale. On peut la suivre sans arrêt depuis le 18ième siècle.

Nier le cycle est un obscurantisme.

Il se trouve que beaucoup d’économistes ont abandonné l’étude du cycle parce qu’ils ont cru, dans le camp keynésien qu’il suffisait de contrôler la demande globale pour en éviter les effets, dans le camp monétariste, qu’il suffisait d’éviter le « crédit crunch » par une inondation en monnaie banque centrale. Les deux camps se sont réconciliés autour d’un concept vague de chocs « externes » auxquels il fallait faire face. Le débat est devenu celui de la résilience au choc, vue dans l’ampleur d’un secteur non concurrentiel dans le camp keynésien et dans la souplesse monétaire et les changes flottants dans le camp monétariste.

 

Les praticiens eux se voulaient pragmatiques : va pour la souplesse des changes flottants et l’émission de monnaie en cas de besoin d’un côté, et les dépenses publiques de l’autre. On savait juguler les crises. Inutile de s’embarrasser d’une notion de cycle.

Horreur : à partir de 1974 ce schéma ne fonctionne plus. La relance keynésienne de Chirac sombre dans les déficits extérieurs et budgétaires. Il faut y renoncer.  Rebelote en 92 où il faut mettre en 95 un plan fiscal tel qu’il provoque la récession de 96.  Rebelote en 2009 où le plan de relance aboutit à une crise budgétaire sévère et à un plan de rigueur qui entraîne à nouveau une récession.

Même les pratiques de Quantitative Easing monétariste échouent. Bien que les banques centrales ont, à chaque récession, émis plus de papier monnaie, leurs surenchères successives se soldent par des échecs.  

Le cycle s’en trouve aggravé. Comme chacun a pu le voir chaque crise décennale est plus aigue et chaque reprise plus spéculative et précaire, avec une baisse continue du trend.

On dira : il y a eu 1929 : la dépression est d’une autre nature que le cycle décennal. Nous sommes aujourd’hui, comme en 1929, non plus dans un cycle normal mais dans autre chose. On va parler de changement d’époque, de crise de civilisation, d’un monde nouveau en train d’éclore dans la douleur.

Pour un économiste ce charabia n’a pas de sens.

Même pendant la crise de 29 le cycle sous jacent existait. La reprise aura lieu en 1938 et passera largement inaperçue. Elle sera tuée en France par les erreurs de politique économique du Front Populaire et notamment les 40 heures.

La crise de 1929 est une crise de la dette due au fait que la guerre avait entraîné l’émission de masses de dettes hors du commun, que la richesse s’était concentrée aux Etats-Unis et qu’un système monétaire bancal a été institué. Le Gold Exchange Standard de l’époque avait l’effet de créer des doubles pyramides de crédits, concentrées largement aux Etats-Unis et qui y explosèrent gaiement.  Le reste de l’histoire est une mauvaise gestion de la crise provoquant son aggravation et sa longue durée par des politiques inadaptées.

La crise de 2009 est une crise de la dette due au fait que le système aventuré des changes flottants de monnaies administratives a provoqué une boule de dettes intolérables qui a fini par s’écrouler sur la tête des peuples. Le système n’a pas tué le cycle : il l’a aggravé. Aujourd’hui la profondeur et la durée de la crise sont liées au fait que les bonnes mesures n’ont pas été prises et que la procrastination ne paie pas.   Le cycle en lui-même n’en est pas affecté.

Il y a bien eu une reprise en France entre 2005 et 2008. Mais elle a été faible, principalement du fait du trop gros poids de l’économie publique, du poids fiscal intolérable et des blocages administratifs comme les 35 heures.

Il n’est que trop clair que la politique de déflation menée en Europe et d’hystérie fiscale menée en France peut étouffer tout espoir de reprise un peu net.  Nous sommes en récession à nouveau quatre ans après le pic psychologique de crise. Ce qui est indécent et aurait pu être évité.  Comme en 1996.  

 Ce qui est absurde, ce n’est pas de penser qu’il pourrait y avoir une reprise dans les quatre années à venir. Il devrait en y avoir une. Mais d’imaginer qu’elle se produira sans rien faire ou en l’étouffant.

Sarkozy a eu tort de ne pas écouter ceux qui comme nous l’avertissaient qu’il subirait une crise forte pendant son quinquennat. Hollande n’a pas tort de penser qu’une reprise pourrait bien être « round the corner ».  Après tout  tous les grands changements de majorités politiques ont eut lieu en synchronisation avec le cycle, du fait de la mort prématurée de George Pompidou. Crise de 74, le pouvoir quitte l’UNR pour les Giscardiens. Crise du début des années 80, le pouvoir passe aux socialistes mitterrandiens. Crise de 93, le pouvoir est repris par les Chiraquiens. Crise du début des années 2000 : échec de Jospin. Crise de 2009, Hollande arrache le pouvoir à Sarkozy.

Son erreur est de ne pas prendre les meilleures mesures pour que cette reprise soit nette et active. Il ne le fait pas en France où sa politique sinueuse ressemble à celle du sapeur camembert qui fait des trous pour boucher ceux qu’il vient de creuser et qui a démarré par un choc fiscal irrattrapable. Il ne le fait pas en Europe où l’absence d’institution spécialisée pour gérer l’économie de l’Eurozone est devenue criante, entraînant le maintien d’une gestion par la norme surveillée par un gendarme au lieu d’une politique  dynamique au jour le jour de la monnaie, des changes, des budgets et de l’amortissement de la dette globale de la zone.  Il ne le fait pas au G.20 où la voix de la France est nécessaire pour mettre fin au système non coopératif de monnaies administratives flottantes.

Il ne le fait pas. Comme nous l’avons déjà répété, cela ne veut pas dire qu’il ne le fera pas. Après tout il avait plaidé en 2008 pour un nouveau Bretton-Woods !

Les reniements électoraux récents vont dans le bon sens. Enfin ! Il en faut encore quelques uns pour se hisser à la hauteur de la situation. Mais pourquoi pas ?

S’il prend dès maintenant les bonnes options il pourra effectivement bénéficier de la reprise possible et même probable en 2014-2015 si le G.20 intervient dans le bon sens, c'est-à-dire celui de la réduction concertée des dettes dans le cadre d’une politique de stabilité monétaire et de croissance globale et si l’Europe choisit enfin une gestion active des en-cours financiers, de  la monnaie et des changes.

Ses erreurs initiales en France ne le mettent malheureusement pas en bonne posture pour parler à l’Europe et au monde. Il peut encore revenir sur les erreurs des six premiers mois. Mais peut-il réellement retrouver une crédibilité européenne et mondiale si la récession française dure et que tous les indicateurs virent au rouge du fait de sa lenteur à abandonner les mesures du « moi je candidat » pour celles exigées par la situation ?

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Un début de révolte des économistes officiels ?

La présente réflexion est née d'une remarque entendue sur une chaîne de télévision. Un économiste qui monte dans les médias, un certain Daniel Cohen, expliquait doctement que la grande différence entre la crise de 29 et la récession actuelle tenait au fait qu'à l'époque on ne comprenait pas la crise, donc on faisait n'importe quoi, alors qu'aujourd'hui on connait les causes de la crise et que malgré tout on persiste à ne pas faire ce qu'il faudrait.

De même qu'on a les "motards en colère" il va bientôt surgir  du côté de l'économie officielle des "économistes en colère".  Comme nous le sommes nous-mêmes quelque peu devenus, en colère, cela pourrait nous aller très bien.

Sauf qu'on sait que les économistes tenant des postes universitaires n'ont pas prévu la crise et certains ont même nié qu'elle fut en train de se former. Il faut y regarder à deux fois, lorsqu'ils s'expriment. Il apparait alors que la phrase en question est sujette à caution et n'est confortée par rien.

Il n'est pas du tout vrai que la science économique ait, maintenant, compris les causes de la crise de 1929.  Pour avoir dépouillé toute la littérature correspondante lors de la rédaction d'une thèse de doctorat, je peux même affirmer que la crise de 1929 est une grande incomprise. Comme aujourd'hui où les sots croient avoir tout dit de la crise  en évoquant les subprimes et les contrats bancaires compliqués, les analystes de l'époque ont réagi à des aspects symptomatiques mais ont rarement été jusqu'au bout de l'explication.   

La vulgate keynésienne est venue bien plus tard de même que les critiques de Milton Friedman sur le comportement de la FED. Elles n'ont pas permis d'apporter une explication de la crise mais souligné des erreurs de politiques économiques. Keynes a montré que l'inaction donnait du champ à un mécanisme auto entretenu de récession. Milton Friedman a expliqué que la FED aurait du lâcher la création monétaire au lieu de la restreindre. Toute le monde a compris que les dévaluations compétitives entraînaient l'ensemble du monde dans une guerre économique stérile. Bref, on a tiré les leçons de la crise : importance de ne pas étouffer la demande ; offre de monnaie abondante ; coopération internationale ; stabilité monétaire  avec quelques souplesses. Cela donnera le système de Bretton-Woods et les trente glorieuses, jusqu'à ce qu'on le démonte à partir de 1971 pour un système dangereux qui montre tous les jours sa nocivité.   

En revanche pourquoi la crise de 1929 avait-elle pris initialement cette ampleur dépassant les effets habituels du cycle ? Là, c'est le grand silence.

Peut-on avancer une explication ?  La nôtre est simple : la guerre de 1914 avait fait sauter le système de l'étalon-or, le seul dont la vulgate soit connue et dominante dans le monde des dirigeants (du moins une petite partie)  et des économistes. Des masses de dettes immenses avaient été émises. La planche à billets avait fonctionné à plein régime. Partout. Les Etats-Unis avaient centralisé la richesse du monde. Les empires français et britannique étaient frappés au cœur, même si personne n'en avait conscience.

Les tentatives de restauration d'un système monétaire international avaient toutes échoué. On vivait dans une espèce de n'importe quoi avec un Gold exchange standard à deux monnaies. La France avait, avec Poincaré, établit sa monnaie sur une base dévaluée très profitable. Winston Churchill et les conservateurs anglais avaient fait l'inverse : la Livre était surévaluée. Les Allemands avaient connu une hyper inflation destructrice qui avait provoqué la révolution spartakiste puis la montée d'Hitler. Ils ne payaient plus leurs dettes.  Les capitaux étaient drainés vers les Etats Unis. Un phénomène de double hélice de crédits, très bien décrit par J. Rueff s'était mis en place. Au bout d'un moment la bulle de crédits a explosé, entraînant le monde dans la récession.

Les erreurs sont alors venues. La théorie économique correspondant à une système monétaire de Gold exchange standard n'était pas disponible (elle ne l'est toujours pas). On raisonnait avec la théorie du système d'avant qui n'existait plus. On a de ce fait commis des erreurs qui ont en effet transformé une crise systémique mais maîtrisable en drame mondial de longue durée.

Quelles différences avec la situation d'aujourd'hui ?  Il suffit de lire les écrits des uns et des autres pour constater que les causes de la crise ne sont pas comprises, à l'instar des racines de celle de 29.  Si la totalité des économistes officiels, dans les agences économiques de l'état ou à l'université, a oublié de prévoir la crise, ce n'est pas sans raison. Ces économistes n'ont pas voulu comprendre malgré les avertissements, notamment de Maurice Allais (et des nôtres…) , que le nouveau système monétaire international fondé sur des monnaies internationales de papier, gérées par des organismes "indépendants", et dont le change flotte au gré des pulsions de mouvements de capitaux totalement libérés, ne marchait pas et conduisait à l'abîme.

La focalisation des raisonnements sur des artefacts secondaires comme les subprimes, les contrats complexes, les bonus,  au lieu de se concentrer sur les mécanismes essentiels, prouve que contrairement aux affirmations de M. D. Cohen, les économistes en charge officielle n'ont toujours rien compris. Comme en 1929.

Et comme en 1929 les erreurs s'enchaînent parce que la vulgate appliquée est en contradiction avec la nouvelle réalité. Dès la crise de 74 il était clair, notamment en France, que la double solution d'une relance "keynésienne" et d'une ouverture des robinets de la Banque de France était devenue inefficace.  En système de changes flottants, cela ne marche pas. On a tenté le coup à nouveau en 2008-2009 : on voit le résultat.  

Oui, on peut-être en colère. D'abord contre les économistes taiseux qui refusent de voir les réalités et de fournir des éléments permettant de mettre en place des correctifs. Ils n'ont pas vu s'accumuler les nuages noirs ; ils ont été surpris par l'ouragan ; ils ne comprennent toujours pas la situation et ils réagissent par réflexes ou par postures.

Grâce à leur incompétence la crise dure depuis 2007 sans que les grandes mesures utiles ne soient prises faute d'une explication rationnelle et fondée des défauts du système monétaire international.

Sans surprise on a vu le gros de ce troupeau d'incapables se regrouper dans des coteries politiques pour survivre professionnellement et financièrement  aux risques que leur fait courir leur propre carence. Les voilà cachés sous le parapluie Hollande, après avoir cueilli pendant des années les grasses rétributions que leur offrait le secteur bancaire. "Vive l'Europe ! Vive l'impôt ! Morts aux riches" ! Mais que les banques étaient sympas !

Ce petit marigot n'est pas à la hauteur de la crise. Mieux vaut mépriser et regarder la "big picture" : comment faire bouger les instances internationales et notamment le G.20 ? Comment faire comprendre que la poursuite et l'aggravation de la crise 5 ans après son démarrage fin juillet 2007, provient de l'énorme erreur de diagnostic faite lors des G.20 de 2008 et 2009 ? 

Qu'on ne dise pas que nous sommes devenus clairvoyants  après la bataille : nous ne faisons que répéter les mêmes choses depuis 5 ans.  On lira avec profit  sur ce blog par exemple ces trois articles du premier trimestre 2009, trois ans déjà :

* Le faux précédent de 1929  ou comment gagner la guerre d'avant en perdant la guerre en cours.

 http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/1/7/Le-faux-prcdent-de-1929-ou-comment-gagner-la-guerre-davant-et-perdre-la-guerre-en-cours

* La crise s'approfondit : pourquoi ?

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/2/26/La-crise-sapprofondit--pourquoi-

* Un pari très dangereux

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/4/3/G20--un-pari-trs-dangereux

Le nouveau traité européen nous mène nulle part. Certaines de ses clauses sont carrément intolérables. Le rythme de remboursement de la dette est absurde ; l'obligation de passer sous les fourches de la Commission une grave erreur (il fallait de la souplesse et une organisation ad hoc). Tout cela est tellement rigide et attentatoire à la plus élémentaire souveraineté que cela ne peut mener qu'à des désordres encore plus graves. L'objectif "de rassurer les marchés" est inepte.

On ne gère pas une telle crise avec des traités de ce genre. Il faut un pilote et qui sache conduire une politique monétaire de longue durée en agissant sur toutes les manettes, changes, monnaie, budget, contrôle des capitaux et capable de négocier une réforme du système monétaire international.  

Nous avons toujours affirmé qu'il y aurait une crise sévère mais nous avons inlassablement refusé d'utiliser le mot dépression. Nous ne la pensions possible qu'en cas d'erreurs répétées des gouvernants.

Les erreurs sont là. La dégelée fiscale et le très clivant discours anti-riche de Hollande, associés à son absence de toute réforme d'envergure de la dépense publique et à son choix de laisser filer les dépenses régionales et locales jusqu'aux élections municipales,  a arrêté net l'économie marchande du pays tout en laissant filer l'économie publique, rendant impossible l'atteinte des objectifs affichés.  

Le vol du patrimoine des Français en capacité d'investir est une voie sans issue sinon d'autres vols encore plus radicaux. Le capital ne sera plus disponible au moment d'une éventuelle reprise mondiale. Tout paysan sait qu'il ne doit pas manger ou vendre ses semences s'il veut une récolte dans le futur. En quatre mois l'espoir d'une sortie de crise a disparu et le risque d'une vraie dépression apparu.

Mettre à la tête de la France un énarque fonctionnaire qui, étudiant, était membre de l'UNEF-Renouveau, communiste (pas socialiste, communiste), et aux finances, un énarque fonctionnaire fils d'une famille d'Europe centrale baignant traditionnellement dans le communisme (pas le socialisme, le communisme), avec comme premier ministre un prof d'allemand falot dont la pointure économique est ce qu'on imagine, était la garantie d'une grande politique économique.

On est passé en quatre mois du discours électoral si intelligent : "Il n'y a pas de crise, seulement le sous-Le Pen Sarkozy, président des riches" au si intelligent  programme de gouvernement : "La crise existe ; c'est la faute à la droite fascisante, on va faire payer les riches et les entreprises".

On aura donc une année 2013 sinistre avec un décrochage définitif des opinions publiques. Une situation qui n'est pas sans risques.

Ce n'est pas la colère des économistes officiels  qu'il faut craindre et notamment pas celle des économistes universitaires qui n'ont rien vu venir. Mais le désespoir de la Nation.  

Cercle des économistes e-toile

Deux mots à M. François Fillon

L'avantage d'une vraie campagne pour la direction d'un parti est qu'elle force les candidats à traiter des grandes questions du moment.  Nous devrions préciser : d'un parti d'opposition, car on voit bien que dans le camp socialiste, l'avenir de M. Désir a été réglé entre grands Mamamouchis loin de tout débat d'idées. Il est vrai que les "désirs d'avenir" socialistes avaient été satisfaits  lors de l'élection présidentielle. Enfin, certains.

M. Fillon donne donc dans le Figaro du 17 septembre un intéressant aperçu sur ce qu'il faut faire de l'Europe sous le titre "Dépasser le compromis de Maastricht". L'exercice est d'autant plus difficile qu'il fut un séguiniste anti-maastrichtien et qu'il dut subir comme Premier Ministre les difficultés liées à la mauvaise organisation de la zone Euro.

Au milieu d'intéressants développements , elle contient pas mal d'approximations qui méritent d'être relevées.

* "C'est pour s'en libérer [[de la pression lancinante de l'inflation et des crises monétaires NDLR]]  que les dirigeants de l'époque proposèrent aux peuples européens d'unir leurs destins en se donnant une monnaie commune".

- L'UEM a défini par un accord en 1969 ! Bien avant l'éclatement du système de Bretton-Woods !

- Le traité de Maastricht n'a pas proposé une monnaie commune mais une monnaie unique. C'est très différent et largement une des sources des difficultés.

- Chaque peuple n'a pas plusieurs destins ; cette faute d'orthographe est espérons involontaire : le communautarisme est un problème pas une solution.

"Faute d'une vision partagée de l'avenir…ils ne purent bâtir les institutions pourtant indispensables".

- Les européistes, Mitterrand en tête, décidèrent de mettre comme d'habitude la charrue devant les bœufs en sachant pertinemment  que les désordres consécutifs forceraient à une marche en avant institutionnelle supplémentaire. Il y a eu calcul pas désaccord. Les "institutions pourtant indispensables" n'ont jamais été évoquées à cette époque.

- L'Euro était nécessairement "une vision partagée de l'avenir". Sinon quoi ? Malheureusement tous les débats sur cet avenir ont été impossibles. Les européens découvriront les défauts sur le tas, pas dans les prévisions de leurs hommes politiques même si certaines voix s'étaient fait clairement entendre …dont celle de Seguin (voir son discours sur ce blog), mais plutôt orientées sur la question de l'indépendance nationale et de la souveraineté pas sur l'organisation heureuse d'une zone de monnaie unique. Toutes les autres ont été marginalisées ou ignorées dans le débat médiatique.

* "Protégés par leur monnaie unique, nombreux ont été les Etats  et la France en fit malheureusement partie, qui pouvaient sans risque laisser filer leurs déficits et creuser leurs dettes".

- Il est clair que la France sans Euro aurait du dévaluer sa monnaie dès que les effets des 35 heures sur sa compétitivité se seraient révélés patents.    

- Le choix a été fait par Chirac et…Sarkozy qui Ministre des Finances n'a pas cessé de moquer les contraintes budgétaires de Maastricht et de plaider pour …les subprimes à la française, avant d'être rattrapé par la crise.

- Parlons donc de "l'illusion de l'aspect protecteur de l'Euro", mais rappelons que tous les pays occidentaux ont depuis 1971 vu leur endettement global qui avait décru de 1945 à 71 jusqu'à passer en dessous de 200% du PIB repasser cette borne puis les 250, 300, 350%  etc. L'Euro n'est qu'une cause très indirecte de l'endettement européen. L'endettement se fera d'ailleurs en monnaie étrangère avec les conséquences que l'ont sait. Et la tentation dépensière des politiques n'a jamais faibli non plus que la pertinence des Lois de Parkinson et l'impudence des administrations.

* Il faut "plus de nation" et "plus d'Europe".

Parfait oxymore. Il faut dire que José Manuel Barroso qui est Commissaire européen et qui signe en dessous de l'article de Fillon dans la même livraison du Figaro  se révèle également un excellent spécialiste du genre avec son titre : "Vers une fédération d'Etats-nations". Vive la supra nationalité nationaliste  !

 *  Il faut "s'assurer que les politiques budgétaires de chaque Etat et la politique monétaire européenne marchent enfin d'un même pas".

- Il n'y a plus de politique monétaire nationale mais il n'y a pas non plus de politique monétaire européenne. On ne connait qu'une seule politique : celle de la BCE dont l'objectif unique est de maintenir l'inflation en dessous de 2% et qui est indépendante.  Avant de songer à synchroniser il faudrait d'abord faire exister. Où donc se définit et se pilote une politique monétaire européenne et avec quels objectifs ?  A demander à M. Juncker, Président, pendant la période,  de l'Euro-groupe. S'il veut bien car il a le sommeil discret, discret, discret.

- Au cas où on trouverait le moyen de mettre en œuvre une politique monétaire (les changes en font partie selon la théorie sauf qu'en pratique ils flottent sous la pression  tout aussi théorique des "marchés" tant les interventions des Etats non européens sont flagrantes), pourquoi y associer la seule politique budgétaire ?  Les 35 heures ont eu autant d'impact sur l'effondrement des parts de marché mondiales de la France que son seul budget même si celui-ci a été impacté par la mesure.  C'est toute la politique, le "policy mix" comme on dit à Bruxelles qui est concerné et tous les fédéralistes le savent bien.

- Fillon a expérimenté l'impuissance du premier Ministre qui ne dispose plus d'aucun levier sur la finance, le change et la monnaie. Qu'on veuille pardonner cette expression un peu outrée mais dans l'affaire c'est l'histoire d'un cul de jatte qui voudrait donner des jambes à un zombi.  

* Cette Europe politique se confond avec le patriotisme éclairé que j'appelle de mes voeux"  

- Hollande en appelle au patriotisme pour faire passer son coup de massue fiscale

- Fillon en appelle au patriotisme pour faire passer un abandon définitif de toute souveraineté. Le Président et son gouvernement n'auront plus aucun levier sur la monnaie, le budget, les changes, et ..le reste. Car une grosse partie des textes qui nous régissent sont écrit à Bruxelles. On sait que l'empilement des pages dépasse désormais le million    

En général quand on ajoute des adjectifs à un nom c'est pour lui faire changer de sens ; exemple : démocratie populaire.

Cela dit, retenons que François Fillon reconnait qu'on ne peut avancer sans détruire une partie de ce qui existe en Europe, en gros le système de la Commission peuplés d'européistes nommés qui n'en font qu'à leur tête, puisqu'ils ont le monopole de l'initiative des lois. Il faut pour construire une politique européenne mise en commun inventer de nouvelles institutions européennes et modifier celles qui existent. Le déficit démocratique de l'Union Européenne est aussi intolérable que l'inexistence d'une gouvernance de la zone de monnaie unique.  Sur ce constat là, s'il était précisé, nous serions pleinement d'accord.

J.M. Barroso, à l'article du dessous de celui de F Fillon,  parle, lui,  d'une coopération "véritable" entre le Parlement européen (avec majuscule) et les parlements nationaux (sans majuscule). C'est trop peu. Nous avions été beaucoup plus loin lors du débat sur la pseudo constitution européenne, suggérant soit que le parlement européen soit flanqué d'un Sénat constitué de représentants des parlements nationaux, (l'idée de Maurice Allais), soit que les députés européens soient une émanation de chaque parlement national.  Il faut également introduire la subsidiarité non pas sur les nouvelles mises en commun mais aussi sur le passé et supprimer le monopole d'initiative de la Commission.

L'Euro, Schengen, l'extension  excessive et trop rapide de la surface de l'Union Européenne ont été des actes d'Hubris et non pas de rationalité. Ne créons pas trop vite de nouvelles institutions sans réelles discussions sur la réorganisation des anciennes.

Les difficultés que F. Fillon a rencontré à la tête du pays n'ont pas pour cause principale l'Europe mais le système absurde et destructeur des changes flottants. Il n'en dit pas un mot.

Il est vrai que la stature présidentielle exige que l'on se taise sur les changes flottants et qu'on adhère au projet européen. Ce qui est navrant.

Nous n'avons pas besoin de postures mais d'idées justes. Surtout à la tête d'un parti d'opposition qui aura à reprendre un pays ravagé par la crise et les "mesures symboliques" du démagogue qui dirige actuellement la France. 

Cher François Fillon, le travail reste encore à faire. Oublier les opérations-images pour privilégier le débat de fond est un préalable à toute candidature présidentielle en 1917. Et cela évitera que M. Balladur trouve la campagne "terne".

Nous ne prenons naturellement pas parti pour M. Copé en le disant. Ce spécialiste averti de la langue de bois n'a encore rien dit sur rien, sinon sur la Burka et sur l'ampleur de son ambition politique. En matière d'opérations-image, ce n'est pas un débutant. Et comme apparatchick c'est un maître : le verrouillage du fichier des membres de l'UMP en est le plus parfait témoignage.

Nous espérons qu'il fera également un peu mieux. Une prise de position détaillée sur l'Euro et son avenir  ne serait pas de trop. On serait ravi de la commenter.

En relisant Raymond Barre

Raymond Barre, "le meilleur économiste de France" est arrivé au pouvoir à la suite d'une série d'évènements majeurs.

En été 1971 Nixon a mis fin au système de Bretton Woods. En 1973 à la Jamaïque, Valéry Giscard entérine toutes les modalités nouvelles du système des changes. Ils flotteront. Les monnaies seront désormais rattachées à rien. Des banques centrales "indépendantes" seront chargées de veiller sur elles. Les "marchés" font leur apparition en majesté. Le dollar s'effondre et tombe rapidement en Franc à 3.50, contre 5 à 6 jusque là. Les pétroliers s'affolent. Leurs recettes diminuent presque par deux. La crise décennale se produit dans ce chaos. Il s'y ajoute la guerre au Proche-Orient. Le cartel pétrolier décuple le prix du pétrole. La stagflation s'installe.

La mort brutale de George Pompidou met Valéry Giscard au pouvoir avec Jacques Chirac comme Premier Ministre. Ils veulent démontrer que la gauche n'a pas le monopole du cœur. Ils font naître l'énarchie compassionnelle qui va envahir le pays pour quatre décennies. Ils tentent une "relance keynésienne". Ils n'ont absolument pas compris qu'en régime de changes flottants ces relances ne fonctionnent pas tout en mettant un régime de licenciement fou : autorisation administrative de licenciement d'un côté (ce sont les fonctionnaires qui décident si les entreprises du privé doivent ou non licencier)  et indemnités licenciement économiques follement généreuses : 90% du salaire pendant deux ans. Certains jeunes cadres diplômés demandent à être licenciés !   

Qu'on ne vienne pas dire que c'est faux. Ingénieur en chef d'une société de conseil américaine l'auteur de ces lignes voit un de ses alter égo se battre pour être ainsi licencié : il reprend des études de doctorat tout en alternant des activités de moniteurs de voile près de Nantes en été et de moniteur de ski en hiver. Il est vrai qu'avec le nouveau régime il gagne plus qu'avant en salaire net ! A ne rien faire…La génération de mai 68 aime les vacances au soleil et les activités ludiques. Que ce soit avec l'argent des autres ne gène pas. "Tout pour ma gueule" aura été le vrai slogan implicite des "évènements".    Heureusement "cet avantage acquis" ne tiendra pas. Mais d'autres tout aussi extravagants ne tarderont pas (intermittents du spectacles, 35 heures etc.).

Quand Raymond Barre est appelé, la situation est catastrophique. L'inflation est à deux chiffres. Le chômage atteint des niveaux inconnus (la barre du million de chômeurs fait frémir). La croissance est très faible par rapport aux années 50 et 60 mais reste à des niveaux qui nous emballeraient aujourd'hui. Le commerce extérieur est plombé et pas seulement par le poids de la facture pétrolière. L'endettement qui était pratiquement nul en 1973 n'a pas cessé de croître. L'économie financière se met en place subrepticement. Les banques ont compris après une période d'incertitude que les "marchés" sont une opportunité. La Société Générale ouvre à la défense sa salle des marchés emblématique. Le "Crazy Lyonnais" commence son "trip". Les énormes mouvements de monnaies et de capitaux dégagés par la hausse de pétrole se mettent en place. Il faut recycler des masses financières énormes. On distribue du crédit à-qui-mieux-mieux notamment en Afrique. La crise financière d'après se met en place.

Dans le monde entier l'endettement global commence à grimper. Tout le monde s'en moque.

En revanche l'inflation inquiète. Les Etats-Unis se décident avec Volcker à mettre de l'ordre. Tous les économistes le savent. Raymond Barre, membre de sociétés de pensée qui sont largement alignées sur les Etats-Unis, le premier.   Il arrive dans une phase de reprise mondiale partiellement gâchée par un second choc pétrolier. Bien qu'il soit, nominalement, plus fort que le premier, il ne provoque pas du tout les mêmes conséquences qu'en 1974. La raison, méconnue, est qu'on n'est pas dans la même phase du cycle quasi décennal. La récession décennale classique a en 1974 été aggravée par le désordre monétaire international provoqué par le flottement des monnaies et super aggravé par l'action du cartel pétrolier.  En 1978 nous sommes plutôt en phase haute du cycle qui ne se retournera qu'en 1981. La hausse des prix pétroliers est absorbée sans trop de drame.

Volcker va se trouver confronté à un bouillonnement financier de haut de cycle qui aggrave tous les déficits américains. Il va aggraver la récession de fin de cycle par une politique monétaire très restrictive qui va progressivement  casser l'inflation mondiale à deux chiffres,… et mettre aussitôt en danger tous les pays notamment africains qui avaient emprunté comme des malades.

En revanche l'Europe subira une crise plutôt douce, conformément à la règle qui veut qu'après une crise dure succède une crise de moindre intensité. La crise de 92-93 sera en revanche extrêmement forte, confirmant la règle.

Lors du mandat de R. Barre l'Allemagne est dans une bien plus mauvaise situation financière que la France. Principale créancière des déficits américains, elle a été largement ruinée par les aléas de la valeur du dollar. C'est elle qui parait "l'homme malade de l'Europe" ce qui ferait sourire aujourd'hui. Le Japon prend le relais de l'Allemagne dans les années 80.. Le pays est au firmament. On copie ses méthodes de gestion. Il sera ruiné à son tour en 92-93, quand les énormes réserves en dollars qu'il aura accumulées seront dévaluées. La Chine prendra alors le relais…

Personne ne voit le système malsain des doubles pyramides de crédits qui se mettent en place sans gardes fous depuis que le système des changes flottants s'est installé.  Qui dit pyramide de crédits dit pyramides de dettes. Les pays commencent à dépasser les 280% de dettes globale et approchent des 300%.

On voit déjà clairement apparaître le triptyque :

- Une France noyée de dépenses publiques avec une grosse poussée de dettes et d'impôts. Le septennat Giscard sera d'abord un septennat fiscal (aggravation de tous les impôts, fin du forfait et généralisation de la TVA, impôt sur les plus value,  etc.).

- Une Europe embarquée dans une forme d'unification monétaire poussant à la contraction monétaire voire la déflation. Trichet pointe son nez.

- Un monde totalement désorganisé par les changes flottants et une finance débridée qui entre dans des formes de folies financières qui aboutiront à la dénonciation de "l'horreur économique".

Ces trois tendances seront fortement aggravées dans les décennies suivantes mais resteront en ligne avec ce qui est déjà évident en 1978-1980.

Nous-mêmes discutions déjà dans notre enseignement e ces questions centrales : L'Europe s'est elle perdue sans retour dans son modèle finalement social-démocrate d'hyper fiscalité et de faible compétitivité ?  Vivons nous une crise du modèle européen d'abord, les tigres d'Orient montrant notre décrépitude de pays paresseux et vieillis ?  Les pays occidentaux sont ils victimes du chantage des pays pétroliers et faut-il comprendre que ce chantage va nous ruiner progressivement ?  Sommes-nous victimes d'un système monétaire international dont déjà on voit les faiblesses et les dangers ?

Le livre de Raymond Barre, "Une politique pour l'avenir", Plon, 1981,  permet de constater comment un chef de gouvernement de l'époque, féru d'économie,  percevait ces problèmes.

Sur les changes flottants :

"Le premier [facteur de la crise] est le dérèglement du système monétaire international qui a commencé vers 1968 mais dont les manifestations les plus aiguës se sont produites à partir de 1970. Il a entraîné une instabilité du dollar qui était et qui reste la monnaie pivot du système économique , monétaire et financier international".

Jean Boissonnat qui sert de  faire valoir dans ce chapitre du livre pose alors une excellente question :

" Depuis ces dérèglements monétaires on a vu se généraliser le flottement des monnaies. Le libre jeu du marché est censé conduire au prix d'équilibre pour chaque monnaie. Or il n'en est rien. N'est-ce pas la preuve que les mécanismes de marché ne peuvent pas résoudre tous nos problèmes ?"

Réponse de Raymond Barre : "Le régime des changes flottants n'exprime pas un choix libéral. Il traduit plutôt l'incapacité où se trouvent les responsables des diverses économies de faire face à de profonds déséquilibres. Je suis un partisan très ferme des changes fixes sur le plan international. Cependant à partir de 1973, après l'échec du Smithonian Agreement, je suis arrivé à la conclusion que le maintien des changes fixes n'était plus possible".

Note : le Smithonian Agreement avait suivi la décision de Nixon de ne plus rembourser de dollars en or. On bricola alors un arrangement permettant une réévaluation de toutes les autres monnaies avec un change fixe pour le dollar détaché de l'or. La défiance fut telle que le système explosa et que les accords de la Jamaïque mirent en place les changes flottants.    

Raymond Barre avance trois raisons :

- "Pour qu'un système monétaire fonctionne il faut que tous les pays  qui y participent respectent un certain nombre de disciplines. Or ce n'était plus le cas"

- "En deuxième lieu l'excès de liquidités internationales, c'est-à-dire de dollars, qu'il n'était pas possible de maîtriser".

- "En troisième lieu la hausse du prix du pétrole qui a provoqué des déséquilibres supplémentaires et massifs des balances des paiements".

Il conclut : "Aucune monnaie ne flotte au seul gré des forces du marché". "Quand vous me dites que l'actuel régime des changes flottants est un système libéral, je vous réponds non". "Le taux de change du dollar n'est pas un prix comme un autre; il ne peut être assimilé […] au prix du chocolat ou de la cacahuète."

 

Le professeur Barre dans son manuel n'évoque pratiquement pas les changes flottants. Il professe comme toute la génération des professeurs d'économie de l'époque que les changes flottants de monnaies administratives sont un machin exotique et dangereux et que la rationalisation ex post de Milton Friedmann ne tient pas la route. La monnaie n'est pas une marchandise comme les autres.  Il constate simplement que les Etats-Unis n'en veulent plus par commodité nationale. Ils souhaitent abuser de la position dominante du dollar. Ils ont fait sauter les règles de Bretton-Woods. Ils inondent le monde de liquidités. Ils ont provoqué une réaction mercantiliste chez les producteurs de pétrole.  C'est comme cela. Inclinons nous et taisons nous.

Nous affirmons ici que le désastre économique continu que nous vivons depuis 1971 est du au système des changes flottants. Retenons que cette idée n'est ni nouvelle ni saugrenue. Les changes flottants, cela ne marche pas, cela n'a jamais marché et cela ne marchera jamais. Raymond Barre s'est couché devant une réalité qui s'imposait à lui, tout en n'en pensant pas moins. Comme tous ses successeurs sans exception. La seule différence est qu'il disait encore, de façon subliminale, qu'il s'agissait d'une folie venant des Etats-Unis qui imposaient une relation de force au reste du monde. Plus personne n'osera agiter ce chiffon rouge. Le tabou des changes flottants allait s'installer avec la seule rébellion de Maurice Allais qui sera évacuée sans douceur à la fin des années 90.

 

On trouve dans le livre un autre aveu, totalement différent celui là: son "libéralisme ne diffère pas beaucoup de ce que pensent et ce que font les gouvernements socio-démocrates". Chirac avait voulu un "travaillisme à la française". Barre lui est carrément social-démocrate. Les deux chefs du gouvernements de Giscard, le père de "l'énarchie compassionnelle", se présentent ouvertement comme "de gauche". Barre n'hésite pas une seconde à considérer que l'Etat doit assurer une distribution des revenus par la fiscalité et une politique de prestations sociales. Il n'hésitera pas plus à ouvrir grand les portes de la gestion de Lyon, longtemps la ville la plus conservatrice de France, au Parti socialiste. On est là à l'origine d'un grand mouvement qui verra plus tard Alain Juppé expliquer que le RPR aurait du lui-même proposer le RMI et l'ISF et Sarkozy se défendre d'avoir été de droite lors des élections de 2012 en prouvant qu'il avait pris aux riches pour donner aux pauvres, ce qui est parfaitement exact. Il glorifie "le dialogue social qui a pu  s'instaurer en France" et qui conduire le gouvernement Fillon à sacraliser le dialogue préalable avec les syndicats avant de prendre toute mesure.

Raymond Barre, comme Giscard, comme Chirac est un fonctionnaire qui considère comme normal d'aggraver constamment la pression fiscale, ce qu'il fera sans vergogne et par tous les moyens. Et qui ne limitera en rien la dépense publique bien au contraire.

Comment, dira-t-on, se fera-t-il le parangon de la "rigueur" et suscitera-t-il autant de "porteurs de pancartes" avec ces "Barre-toi" si caractéristiques de l'époque ?

Il a compris qu'il fallait lutter contre l'inflation, contrôler l'évolution de la masse salariale, mettre fin au contrôle des prix, rétablir la balance du commerce extérieur. Ce qu'il fera. Et bien. Il a défendu une politique d'économie d'énergie drastique appuyée par le recours au nucléaire qui limite la dépendance extérieure. Il a libéré de tutelles excessives les grandes entreprises "qui se sont fixé comme objectif d'occuper une part significative du marché mondial".

Deux phrases intéressantes : "La politique budgétaire doit être conduite en étroite liaison avec la politique monétaire".  "La politique du taux de change doit être soutenue par la maîtrise de la dépense publique et de la création monétaire interne". Elles devraient pousser à la délectation morose tous ceux qui constatent que la France n'a plus  ni politique monétaire, ni politique de change et depuis le traité récent, même plus de politique budgétaire !

En un mot la France n'a plus aucune possibilité de conduire une quelconque politique économique. Ce n'est même pas sa volonté d'indépendance qui est en cause : elle n'a plus de volant, de boîte de vitesse ni de frein et d'accélérateur.

On comprend mieux pourquoi le mariage des homosexuels et l'impérieux devoir d'équiper les voitures d'éthylotests sont les préoccupations principales du moment.

Sur l'Europe, Raymond Barre a tout du cabri : Vive l'Europe. Vive l'Europe. Vive l'Europe.  Aucune discussion. Il faut y aller et c'est tout. "On entend souvent dire que la Communauté est en crise. On stigmatise, c'est un thème facile, sa prétendue incapacité à régler les problèmes auxquels elle doit faire face et on déplore son enlisement".  Après avoir ridiculisé, sans réelles preuves, ces vilaines idées, Il développe ses propres principes cardinaux :

- la consolidation d'un grand marché industriel"

- la survie de la PAC grâce à une politique "équilibrée et efficace".

- La réalisation d'une zone de stabilité monétaire. "Il n'est pas indifférent pour l'avenir que ce pôle de stabilité tende à attirer nos voisins suisses autrichiens et scandinaves".

- Des liens privilégiés avec soixante états d'Afrique et des caraïbes.

- La coopération politique en Europe.

- L'existence d'un système institutionnel européen original

- La pierre angulaire est la relation étroite avec l'Allemagne.

- Le budget européen n'a pas vocation à grandir et les nouvelles coopérations ne peuvent être imaginées à partir de ressources fiscales affectées. 

- On ne peut éluder les problèmes posés par l'élargissement de la communauté à …12 pays. "ne devons nous pas nous interroger sur la façon d'organiser la solidarité financière entre les pays membres de manière à éviter à la fois des situations intolérables pour certains états membres et le "juste retour" contraire à la notion même de communauté?".

 

Sur ce sujet européen contentons nous de constater qu'il n'y a aucune réflexion de fond. L'Europe "fara da se". Point final. C'est un credo.  La fuite en avant sera donc la solution, toujours et encore. Mettons la charrue avant les bœufs  et allons y. C'est ainsi qu'on en viendra à un élargissement totalement incontrôlé et à l'Euro.

L'Europe est avec les changes flottants et  la social-démocratie de droite,  une des trois vaches sacrées qui vont dominer la politique française les trente années suivantes avec les résultats déplorables que l'on sait.   

Finissons par quelques recommandations Barristes qui ne manquent pas d'intérêt et parfois de sel.

" Le "rédéploiement énergétique" sera la "nouvelle frontière" des "années 80"".  Encore un effort et on affirmera après un Grenelle de l'environnement que la croissance sera verte ou ne sera pas !

"Un autre important défi des "années 80" sera la stabilité monétaire au plan national et international". On verra comment le "programme commun de la gauche" relèvera ce défi à l'intérieur et ce que la dérégulation financière à l'international fera de la stabilité monétaire à l'extérieur. Il est vrai que Raymond Barre prudemment explique  : " je n'esquisserais pas devant vous un plan de réforme du système monétaire international".  On peut être courageux sans être téméraire. Surtout ne rien dire qui fâche nos grands amis américains et la finance internationale.  On parlera donc de "stabilité monétaire" à préserver ou instituer, c'est selon. On a vu ce qu'il en est advenu. A chaque G.20 on chante encore trente ans plus tard un joli couplet sur la stabilité à venir.

Il faut éviter les tentations de la facilité : "la première est la tentation de l'endettement extérieur massif et continu".  Bien vu professeur. "La relative facilité du recours à l'emprunt peut créer des illusions. Aucun pays ne peut à moyen terme se dispenser de politique d'ajustement indispensables au rétablissement de l'équilibre extérieur". Si M'sieur : il suffit de créer l'Euro. Les déficits deviennent internes et la valeur de la monnaie n'est plus affectée. Alors pourquoi se gêner ? D'autant plus que la libéralisation complète des mouvements de capitaux permet de s'endetter partout et à de bonnes conditions si l'Euro est fort.

Que conclure de ce petit retour sur le passé ?

D'abord que M. Giscard a fait une politique de gauche : dépenses publiques, dettes, impôts qui a été menée par ses deux Premiers Ministres. Le premier l'a menée dans l'inconscience la plus superbe, croyant encore qu'on pouvait faire de la relance keynésienne à tout va.  Le second a été plus prudent, conscient qu'il fallait lutter contre l'inflation et revenir aux grands équilibres.  Mais il avoue sa vocation social-démocrate. Philippe Némo a écrit un fort bon livre sur "la France aveuglée par le socialisme" (François Bourin éditeur- Novembre 2011) . Le septennat Giscard lui offre un chapitre complet. Les Français choisiront bientôt l'original par rapport à la copie et on lâchera tout ce que Barre avait essayé de fixer.

Puis ce sera le ni-ni chiraquien puis la fausse rupture sarkozienne puis le socialisme fiscalement matraqueur hollandais.

La France est devenue la patrie de la dépense publique, du déficit et de la dette.

L'Europe est depuis toujours un must qui ne se discute pas. On ira vers Maastricht les yeux bandés en même temps que l'élargissement deviendra phénoménal. Rien n'a été discuté au fond. Aucune difficulté n'a été anticipée. Ceux qui s'y sont essayé ont été chassés de l'espoir du pouvoir.  Seul le peuple finira par dire non. Il sera contourné.

Les changes flottants sont une catastrophe. Mais il ne faut surtout pas le dire et ne pas s'insurger. Les socialistes finiront d'entrer dans le système en intégrant toutes les législations laxistes en matière de finance avec M. Bérégovoy.  La décennie 80 verra une croissance encore plus faible que celle de 70. Celle de 90 sera encore plus nulle, en attendant les premières dix années du siècle. Et les 10 suivantes qui seront catastrophiques. Quo non descendam ? La crise de 93 sera la plus dure depuis la crise de 29, délogeant la crise de 1974, avant d'être délogée à son tour par la crise de 2008-200x. 

Certes il y aura un rébellion contre les changes flottants après la crise financière de 1998, et l'annonce par Maurice Allais d'une crise mondiale du type 1929. Il sera d'abord moqué, puis amalgamé à Le Pen, puis enterré. Le tabou  des changes flottants reste coulé dans le bronze de la lâcheté européenne et française.

On continue comme cela, perinde ac cadaver?

Non la crise actuelle n'est pas d'un type nouveau !

Non la crise actuelle n'est pas d'un type nouveau !

Une des curiosités de la crise actuelle  est la surprise générale des économistes devant un évènements qu'ils n'avaient généralement pas prévu ni même envisagé.

Il suffit de livre l'excellent livre de Catherine Nay, toujours parfaitement informée et capable de rendre excellement les situations passées pour se rendre compte de l'impréparation  mentale générale. En mai 2007, cela turbule déjà beaucoup sur le front des refinancements bancaires.  La chute des prix immobiliers, la première depuis la guerre, provoque dès le début 2007 des secousses sur les marchés de trésorerie. Les grands groupes américains ont fourgués à toute vitesse des centaines de milliards de CDS aux Européens, trop content de voir leur intérêts bonifiés, pardon "dynamisés".  La dynamite en question était légèrement explosive et en mai les premières tensions sont perceptibles.

Nous même avons averti : une grande crise arrive. Elle est pour le second semestre 2008.  Gare ! Nous avons même envoyé une lettre ouverte à MM. Sarkozy et Guaino pour les avertir et réfréner leur foi dans une accélaration impossible de la croissance.

"Le Ministre des Finances , Thierry Breton, estimait en quittant Bercy que la croissance dépasserait 2.5% et atteindrait êut être même 3%. Ce que personne, Commission européenne comprise,  n'avait mis en doute". L'illusion règne en maîtresse sauvage dans les palais de la rRpublique.  

Cette surprise quasiment totale des politiques et de leurs nombreux conseilleers  pose au moins deux questions. La première est la réalité de l'économique en tant que science.  La seconde est l'observation de la Reine d'Angleterre dès 2008 : "à quoi servent les économistes s'ils sont incapables de prévoir une crise ?"

S'ils sont les tenants d'une science, faut-il incriminer la discipline ou les disciples ?

Une des manières de répondre à cette redoutable question est de relire les anciens. Pour avoir trainé mes études de longues heures dans la salle Leroy-Beaulieu, à l'Institut d'études politiques de Paris, j'ai une particulière prédilection pour les écrits de cette figure d'"économiste distingué", une formule qui semble avoir été créée pour lui. Aujourd'hui il est universellement décrié par ceux qui croient le connaitre, c'est-à-dire pas grand monde. L'ignorance et l'idéologie conduisent à des jugements du type : petit penseur bourgeois sans importance.

En vérité le "Traité théorique et pratique d'économie politique" de ce professeur au Collège de France est une mine d'or à la fois sur la manière dont on concevait l'économie à la fin du XIXème siècle et aussi sur la manière d'expliquer de nombreux phénomènes économiques.  Il était de la race des économistes sans préjugés ni connaissances mathématiques, ce qui lui évitait de modéliser sur du sable. Il avait l'œil. Il regardait. Et lui, n'hésitait pas à prendre parti sur les questions du jour.  Un parfait honnête économiste comme on les aime et que détestent les économistes asservis à une idéologie. On s'expose à exposer : il fut la tête de turc de pas mal d'humoristes dont un Allais, Alphonse,  qui lui n'aurait pas pu prétendre au "Nobel d'économie". Il y a beaucoup à prendre de ses observations.

Il savait, lui,  qu'il y avait des crises périodiques et il en avait précisé avec une grande justesse la dynamique.

"Les crises de la seconde catégorie, la plus nombreuse et la plus fréquente, sont celles qui portent spécialement le nom de crises commerciales quoiqu'elles soient souvent d'origine financière et qui ont leur cause dans les entraînements du public et dans les abus de crédits".

Déjà le monde de la finance n'aimait pas être mis en première ligne et imposait des appellations neutres : crise de surproduction ; crise commerciale. On dit aujourd'hui crise de la mondialisation ou de la civilisation ou du capitalisme. Cela permet de rester imprécis.

"Leurs causes, leur périodicité, leur évolution sont parfaitement connues".

"Les crises de cette catégorie proviennent d'une certaine disposition d'esprit exagérément optimiste et audacieuse où se trouvent placés et maintenus pendant un temps de quelque durée non pas certains hommes mais la généralité du public et qui poussent les entrepreneurs, les commerçants, les capitalistes à développer outre mesure leurs opérations sans proportion aucune avec un débouché probable en faisant un usage excessif du crédit".

Le suroptimisme et l'emballement du crédit sont la cause des crises périodiques.

"L'engouement et la crise reviennent à des intervalles assez rapprochés tous les dix ans".

Voici notre cycle quasi décennal bien cadré. Il faut dire qu'il a été mesuré pendant tous le dix-neuvième siècle et qu'il n'est pas  bien difficile de le voir se déployer au vingtième.  Pour s'en tenir aux quarante dernières années : 1973-19674, 1982-1983, 1992-1993, 2001-2002, 2008-200x.

"Certaines circonstances sont particulièrement propices à l'éclosion des crises notamment la baisse des intérêts des capitaux". Ses conséquences "poussent à chercher des gains chimériques"…"On cherche à compenser à compenser la modicité du revenu par de rapides plus values sur le capital lesquelles quand elles se produisent sont alors considérées par beaucoup de gens comme une sorte de supplément consommable de revenu. Le besoin s'allie alors à la cupidité pour propager le goût des entreprises hasardeuses".

Difficile de ne pas voir l'application de ces mécanismes à notre économie contemporaine basée sur l'accroissement de la valeur pour l'actionnaire, c'est-à-dire la plus value.

En termes actuels,  l'économie cesse de s'intéresser au compte d'exploitation au profit des opérations de haut de bilan.  La finance cesse d'être connectée au réel.

"Cette extension des opérations de production dont les unes sont sérieuses mais exagérées et les autres complètement chimériques s'effectue en grande partie avec le crédit".  "Les encaisses des banques se vident chacun usant dans la limite possible" les capitaux dont il dispose ou qu'il emprunte.

On voit se profiler ici la crise de liquidité des banques : il faut constamment se refinancer.

" Au fort des crises commerciales et financières de cette catégorie le portefeuille et les escompte des banques montent à un chiffre très élevés". Le bilan des banques  "dépasse énormément les chiffres habituels". 

L'auteur rappelle que c'est sur l'observation du gonflement des bilans bancaires que Juglar a basé sa théorie du cycle.  L'accroissement anormal est le signe précurseur de la crise. Quand les encaisses se sont reconstituées et les bilans dégonflés, la reprise devient possible.

Au début 2007 les encaisses des banques sont au plus bas et les besoins de refinancement gigantesques. 

Qui ne voit l'application directe des observations de Juglar, reprises par Leroy-Beaulieu ,  sur le désastre  qui s'annonce ? 

L'ennui c'est qu'alors, plus personne ne s'occupait plus d'économie bancaire et que tous les économistes officiels regardaient ailleurs. Quand aux grands manitous de la finance modélisée et hyper- mathématifiée, qu'ils appartinssent à l'école micro-économique ou aux sous produits keynésiens, l'idée même de s'intéresser à des choses pareilles ne leur seraient pas venue. 

Lisons la suite :

" A un certain moment quand tous les ressorts du crédit sont au maximum de tension un incident quelconque  atteint une des pièces de tout cet échafaudage et le fait s'écrouler".

Subprimes, Islande, Grèce, tous ces secteurs à l'extrême limite du crédit possible ont vascillés en 2007 se sont effondrés en 2008.

"Une grosse faillite, comme celle de L'Union Générale et de la Banque de Lyon et de la Loire en 1882  rappelle à la prudence ceux des prêteurs qui ont encore quelques réflexion".  Eh oui : Baring, ou LTCM ou Lehman Brothers…

"De proche en proche le crédit se restreint et il se produit une panique". 

Ces temps de panique imposent une grande libéralité dans l'approvisionnement monétaire pour éviter la ruine des épargnants et les conséquences du "crédit crunch".

On constatera qu'on na pas attendu Milton Friedman pour proposer des politiques de "quantitative easing" ! Bagehot l'avait fait dès les crises du milieu du XIXème siècle ! Et cela faisait partie de la vulgate.

"Les crises se dénouent en une période de 18 mois à 2 ans en général, quelque fois trois ou quatre". 

Comment ? Toute seule. Il faut laisser la réduction des bilans bancaires se faire, tout en assurant la liquidité générale et en engageant de façon raisonnable des travaux publics pour réduire les effets du chômage de façon utile à l'avenir et soutenir l'activité.  Pas de protectionnisme ni trop d'interventionnisme de l'état qui a tendance à en faire trop et mal.

Bien entendu  ces observations doivent être actualisées. Nous sommes dans un monde où la monnaie métallique a disparu au profit de monnaies administratives pilotées par des experts. Les gouvernements prennent une part colossale de la richesse produite. Les changes sont flottants.  Des institutions comme la zone Euro ont été créées.  L'Union soviétique s'est effondrée. Des pays immenses se sont ouverts au commerce mondial.  L'informatique a changé les conditions des transactions financières.

Nous n'admettons plus des récessions de 30 à 40% du PIB industriel, tempérées partiellement par la prédominance de l'économie agricole.

 

Mais le moteur reste à peu près le même que celui montré par Leroy-Beaulieu. Ses leçons ont été perdues au moment où par Hubris les économistes et les dirigeants politiques ont cru qu'ils savaient juguler les crises.  On a créé alors les conditions d'un retour aux crises toujours aggravées par le désordre monétaire et amplifiées par la mondialisation, avec une gravité croissante  aboutissant au chaos actuel.

La science économique existe. Encore faut-il la pratiquer !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile



Le bilan de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy est depuis ce soir candidat à sa réélection comme Président de la République Française. Il est naturel de tirer le bilan de sa mandature. Nous ne cherchons ici qu'à juger la partie économique.

On pourrait se contenter des résultats constatés en fin de mandat en terme de chômage, 10% de la population active et à peine 16.000.000 de salariés actifs (sur 65-66 millions de résidents, soit à peine 25% de la population…), d'endettement public, qui se rapproche des 100%,  de commerce extérieur, fortement déficitaire, de budgets  étatique ou sociaux, toujours fortement déficitaires, de part de marché mondial, en régression, de taux d'insertion des jeunes, calamiteux.

En face de ce désastre on peut citer que les banques ont résisté, sauvegardant l'épargne des Français, qu'il n'y a pas eu de véritable plan de rigueur avec même une hausse du revenu des personnes au travail. Ce n'a pas été le cas partout.

Mais après quatre ans de crise ouverte, nous entrons à nouveau en récession.

Compte tenu de la crise mondiale qui a frappé fort les économies depuis 2007, il s'agit d'un bilan navrant mais dans la bonne moyenne. Il y a fort à parier que le débat électoral verra les oppositions évoquer le bilan "inexistant" et les gouvernementaux mettre en avant cette bonne moyenne.  Et tous deux auront raison en même temps. La situation est navrante et les gouvernements français de M. Fillon ont géré la crise avec prudence en aboutissant à des résultats qui sont loin d'être pires que ceux de nos voisins d'économie comparable.

La vraie question est plutôt de savoir si on aurait pu faire mieux et précisément comment. Pour cela il faut une grille d'analyse de la situation économique en 2006 et analyser si les questions pendantes à ce moment là ont commencé à connaître un début de réponse. Après tout, si malgré la crise mondiale, on avait réellement progressé dans la résolution de difficultés récurrentes, ce ne serait déjà pas si mal. Si en plus on avait traité aussi bien les causes que les conséquences de la crise, ce serait parfait. L'état de l'économie ne serait sans doute pas excellent mais au moins on aurait fait au mieux et préparé l'avenir.

Qu'espérer de plus d'un président ?

 

Quels étaient les défis connus en 2006 ?

Pour la France :

- Structurellement la France était bloquée par un excès majeur de dépenses publiques. Cet excès avait comme corollaire  une fiscalité excessive, pouvant dépasser 100% du revenu des contribuables, et portant beaucoup trop sur l'entreprise, perpétuant un capitalisme sans capitaux et avec des capitalistes stigmatisés et tentés par le départ. 

Il était indispensable d'arrêter l'arrosage général de subventions aussi bien en terme de budget national, de budget des collectivités locales, que de budget de la sécurité sociale. Et réformer la structure fiscale à la fois pour éviter des exactions dommageables et une sous-compétitivité permanente.

- Politiquement l'optique du "ni ni"  poursuivie par Chirac faisait que toutes les mesures malthusiennes qui s'étaient accumulées depuis trente ans,  notamment les 35 heures, la pénalisation totale de la vie de l'entreprise, l'accumulation des règlementations tatillonnes, la rigidité invraisemblable des relations sociales, se conjuguaient pour rendre extrêmement difficile l'investissement et l'embauche. La sanctuarisation des "avantages acquis", notamment en matière de retraites, le refus de toutes réformes d'envergure "du fait de la fragilité du tissu social français" créait des situations intenables, alors qu'on avait sous traité à l'Europe les relations économiques extérieures et que l'Union avait quasiment supprimé toutes les écluses vis-à-vis des concurrents du monde entier.

On demandait à un obèse entravé de gagner les jeux olympiques.

Pour l'Europe.

Il était clair que la vision opérationnelle était celle d'une Europe lavette ne prenant parti sur rien et zone d'ajustement de toutes les pressions des autres. L'Europe empêchait mais ne stimulait point tout en mettant tout le monde sous le feu de règlementations tatillonnes en internes et laxistes s'agissant de l'entrée de produits et de services provenant d'ailleurs.

La grande difficulté était surtout les défauts de la gouvernance de l'Euroland. Le système mis en place était une gestion par la norme sans aucune instance de pilotage et d'ajustement aux conditions extérieures ou intérieures. Tous les avertissements donnés lors de la campagne de Maastricht avaient été repoussés du pied.  Les politiques en étaient à rire des contraintes du traité et proposaient de s'en affranchir gaiment, notamment M. Sarkozy en tant que Ministre des Finances.  L'inconscience en matière de gestion d'une zone monétaire unifiée était absolument totale aussi bien dans le monde politique que dans la presse, en dépit de la poussée de "nonisme" qui avait entraîné le blocage du projet de "constitution".

On sentait bien que le monétarisme absolu intégré dans les statuts de la Banque Centrale Européenne, avec un objectif exclusif de stabilité des prix d'un panel de produits de consommation,  associé à une ouverture totale des frontières aux mouvements de capitaux, de marchandises et de personnes, laissait entrevoir bien des difficultés.  Mais l'Euro "nous protégeait" et il n'y avait rien à redire, rien à analyser, rien à faire. Les divergences de compétitivité à l'intérieur de la zone n'étaient jamais évoquées. Chacun faisait ce qu'il voulait.

Rétrospectivement le refus absolu de réfléchir sur la question du mode  de gestion d'une zone monétaire unifiée alors que les politiques restaient totalement libres sauf deux objectifs statutaires portant sur les déficits publics et l'endettement global, reste ahurissant. Toute critique était considérée comme indigne et son auteur voué aux gémonies. Pauvre Maurice Allais  qui avait osé à pas d'âge lancer d'ultimes avertissements !   

Ce blocage intellectuel n'était cependant rien devant le néant absolu de la réflexion sur les défauts du système monétaire international. Là on est dans le monde du tabou invincible. Le système des monnaies administratives gérées par des banques centrales indépendantes et dont la valeur respective serait déterminée par les marchés financiers libérés de toutes entraves en dépit des différences de systèmes et de politiques, était bon et le seul bon. Il était hors du champ de la critique et de la réflexion. Chacun faisait ce qu'il voulait et que le meilleur gagne, étant bien entendu que le dollar était la monnaie mondiale et que la FED considérait que le "benign neglect" était la bonne attitude à avoir.  

Ce système de cinglés avait comme conséquences, visibles comme le nez au milieu de la figure, une baisse du trend de croissance mondial et une amplification massive du cycle quasi décennal, amenant des crises périodiques dont chacune était "la plus grave depuis 1929" (74,92,2009). Il permettait par le mécanisme de la double pyramide de crédits une hausse permanente dans les pays développés du taux d'endettement global vis-à-vis du PIB. On avait passé les 200% puis les 300% et on commencait EN MOYENNE à atteindre les 400%, certains pays aventureux caracolant bien au-delà.

Pendant 10 ans de 1997 à 2007 nous n'avions pas nous-mêmes cessé de crier casse cou haut et fort, annonçant que la crise à venir serait extrêmement sévère car cette situation était impossible à maintenir. Mais là, rien à faire.  La France des économistes officiels était muette. Le monde anglo saxon avait imposé son credo. La presse refusait tout article sur le sujet. Le système monétaire international était une vache sacrée, chiante et compliquée de surcroît. Silence.

Au total on demandait aux entreprises françaises de financer un état obèse, alors qu'elles étaient entravées de partout, dans un système européen ouvert à tous les vents mais sans réflexion ni politique autre que monétariste, aboutissant à une Euro surévalué empêchant largement la croissance, dans un système monétaire international fou et conduisant le monde à une crise majeure, mais chut il ne fallait pas le dire.

Honnêtement une telle conjonction n'offrait à aucun candidat en 2006 des perspectives affriolantes. Impuissants intellectuellement et pratiquement sur les deux aspects les plus graves, la réforme de la gestion de l'Euroland et celle du système monétaire international, il ne leur restait guère qu'à libérer un tant soit peu la France du fardeau de ses dépenses publiques et de ses blocages,  à mettre fin aux situations intenables et à accroître sa compétitivité, tout en se préparant à une crise très dure.

La France a choisi celui qui lui proposait la "rupture".

Au terme de son mandat, sur les trois terrains de jeu, français, européen et mondial, quel aura été l'impact de Nicolas Sarkozy, compte tenu qu'il n'a pas voulu voir venir la crise et qu'il devra s'y adapter en urgence ?

Le système monétaire international n'apparait dans le champ de vision de Nicolas Sarkozy qu'en septembre 2008, alors que le blocage du marché monétaire date de fin juillet 2007. Comme la majorité des analystes il ne comprend pas ce blocage. C'est une crise américaine qui restera cantonnée aux Etats-Unis.  Pas la peine de s'en préoccuper, même s'il ya des effets de bords pour les banques et les épargnants français.  La brusque réalisation en septembre 2008 qu'on est à la veille d'une crise majeure le pousse, justement, et avec une rapidité d'analyse qu'il faut louer, à créer le G.20 et à demander un nouveau "Bretton-woods".

Mais ce ne sont que des mots. Il n'a pas de projets réels de transformation du système des monnaies administratives et des changes flottants. Privé de doctrine son discours flanche dans le moralisme à trois sous : la finance c'est mal ; il faut changer les règles comptables, la rémunération des traders et le rôle des agences de notation. Haro contre les paradis fiscaux ! Sus aux vilains. Il rend les armes sur les trois questions clefs :

- le rôle du dollar et du "benign neglect"

- les mercantilismes chinois et allemands

- la liberté absolue des mouvements de capitaux et les changes flottants.

Finalement le G.20 choisira le statu quo et l'espérance que la crise se résoudra toute seule avec les moyens classiques (plans de relance et laxisme monétaires des banques centrales). Nicolas Sarkozy endosse cette politique.

C'est la cause principale du fait que nous sommes toujours en crise et que nous abordons la quatrième année avec la perspective d'une nouvelle récession.

On peut choisir deux explications : Sarkozy n'a rien compris ; il a compris mais il n'a rien pu faire.

Admettons qu'il n'a pas aidé par ceux qui auraient du lui fournir une armature théorique et pratique solide. Le FMI a été au dessous de tout. Dominique Strauss-Kahn était manifestement surévalué comme économiste. Il a montré dans l'affaire une incompétence effarante qui, personnellement, ne nous a pas surprise : depuis des lustres à chaque fois qu'une grande sottise économique a été annoncée, ce garçon était pour,  voire à son initiative ! La réputation économique de ce Monsieur nous a toujours paru totalement étrange. Il n'a pas vu venir la crise ; il ne réagira que très tard ; il ne proposera rien d'utile et surtout il ne donnera pas au monde le canevas essentiel qu'aurait été un bon diagnostic et une cap.

Quant aux autres économistes officiels français, ils n'ont pas vu venir la crise et ils en sont resté pendant des mois à l'idée qu'on ne leur avait pas dit combien les subprimes étaient oiseuses. On leur avait tout caché à ces malheureux. Le résultat ils ont chanté la fausse chanson : c'est la faute à Wall Street ; c'est la faute aux subprimes. Comme s'il était difficile de voir qu'avec 400% de taux d'endettement global vis-à-vis du PIB, une masse énorme de dettes était privée de toute réalité économique et qu'elle s'effondrerait avec la puissance d'un tsunami !

Oui il y avait bien tabou et blocage intellectuel général. Constatons que Nicolas Sarkozy n'a rien fait pour lever ces blocages bien qu'il en ait été averti (nous avons écrit en ce sens au Président de la République en juillet 2009 ! ). Il devrait réaliser maintenant où cela l'a mené et il gagnerait à ramasser le flambeau maintenant qu'il est à nouveau candidat. M. Guaino, pourriez vous faire quelque chose en ce sens ? Je sais, c'est emmerdant...  Mais vous auriez pu prendre date dès 2009 et vous auriez de meilleures armes pour infléchir la politique internationale dans ces domaines si NS était réélu !

L'Europe sera comme le système monétaire international un désastre intellectuel doublé d'un désastre pratique. Pendant deux ans on croit à l'Elysée que l'Euro nous protège. On se félicite de ne plus avoir de Franc qui aurait été balayé dans la tempête de septembre 2008 provoquant une hausse terrible et probablement insurmontable de la dette étrangère, convertie en Franc. Le défaut de paiement était possible. Vive l'Euro !   On relance, en déséquilibrant massivement des comptes publics qui l'étaient déjà lourdement,  et on sauve les banques en cautionnant leurs dettes les plus dangereuses. La BCE lâche suffisamment de liquidité pour passer un temps le "crédit crunch" provoqué par l'effondrement du système international de dettes qui s'était mis en place. Mais on ne voit pas qu'on a ainsi rendu extrêmement vulnérable la dette d'état qui gonfle de façon telle qu'un doute s'installe sur son caractère soutenable.

C'est d'autant plus étrange que la crise dite  "grecque" a commencé dès 2009. Alimentée artificiellement par l'Europe depuis des années, la Grèce, pays sans Etat et sans moralité publique, fondée sur les clans et la culture des "coups", où l'industrie est très faible et le clientélisme clanique très fort, vit à crédit depuis 1981. Tout le monde, à commencer par les fonctionnaires, s'est gobergé sans limite. On a multiplié les salaires, les avantages, les droits acquis. Merci l'Europe, merci les financements internationaux créatifs. La Grèce est KO et en grand danger de faire défaut. 

On mettra tout de même deux ans à constater que les statuts de la BCE ne permettent pas de financer des états, que la devise de la Grèce ne peut être dévaluée. Le seul chemin qui reste est la récession contrôlée, une déflation sévère avec remise en cause radicale de toutes les fausses "avancées" arrachées pendant 20 ans de tricherie généralisée. Trois ans après on en est encore à discuter de l'ampleur du défaut déguisé en "hair cut",  et à faire admettre aux Grecs l'amère potion, condition d'un financement de sauvetage.  

Et la France, comme la Grèce, le Portugal, l'Espagne, et l'Italie se trouvent exactement dans le même cas.  En cas d'asphyxie du refinancement, la dépression  est la seule voie.

Que faire ? Réformer la zone Euro ? Constater que son organisation est fautive ? Remettre en cause les statuts de la BCE ? Admettre l'exclusion de la Grèce et éventuellement du Portugal  de l'Euroland ? Les milieux européistes ne le veulent pas. L'Allemagne ne veut pas payer et demande un renforcement des corrections  d'attitudes et de pratiques dans les pays en cause.  La France, donc Nicolas Sarkozy, refuse de prendre la tête d'une croisade qui démontrerait que la voie proposée est sans issue. Il emboîte d'autant plus vite le pas de l'Allemagne que la note de la France est en cause. Elle sera finalement dégradée. 

Nous en sommes à essayer de sacraliser un nouveau traité marqué par la rigueur et les promesses de vertu avec sanctions internationales à l'appui.

Le bilan est tragique.  Voici la France à la remorque de l'Allemagne, sommée de trouver des dizaines de milliards pour sauver l'idée européiste de la monnaie unique et sans aucun levier pour faire face aux conséquences de la crise : la BCE ne s'occupe toujours pas des Etats et la gestion externe de la valeur de la monnaie échappe à tout le monde. 

Quant au nouveau candidat Sarkozy  à part crier Vive l'Euro, vive la BCE et vive les changes flottants que peut-il dire ? La question de la gestion de la zone monétaire unique est posée. Sauf dans le débat présidentiel, sinon, jusqu'ici, par des candidats marginaux. Celle du système monétaire international ne l'est par personne. C'est encore plus simple. Et on s'étonnera que la crise dure !  

Reste la France.

Nicolas Sarkozy aurait pu et du prendre dans le domaine fiscal les mesures qu'au fond tout le monde attendait de lui et qui n'auraient pas générer plus de criailleries que celles qu'il a du entendre.

Il fallait :

- faire la paix avec les entrepreneurs et les Français fortunés en :

               - supprimant l'ISF, en le remplaçant "franc pour franc" par une ou plusieurs tranches surtaxée de l'Impôt sur le revenu.

               - faisant revenir en France les capitaux qui avaient fui depuis 1981 grâce à une très large amnistie et une taxation non spoliatrice (on attire pas les mouches avec du vinaigre), le terrain étant dès lors clarifié pour permettre à la, Suisse et d'autres paradis fiscaux de sortir dans l'honneur de leur secret bancaire abusif.  

Au total le trésor s'y serait retrouvé et le terrain du financement de l'entreprise aurait été nettoyé.

En matière de compétitivité il fallait :

- Transférer sur la TVA l'essentiel des charges sociales (autres que celles correspondant à un revenu différé), le solde étant prélevé sur les revenus de l'épargne directement ou via la CSG.

Il ne fallait évidemment pas diminuer aussi drastiquement la TVA sur la restauration ni détaxer les heures supplémentaires, deux mesures absurdes qui n'ont pas eu d'effets significatifs sinon celui d'accroitre la dette, avec un solde nul en matière de chômage.

Le pari de "ne pas augmenter les impôts" était, avec la crise, une gageure. On le fera hypocritement via des dizaines de taxes nouvelles, en associant la réforme du RMI avec une création d'un impôt nouveau sur les recettes des placements (3.5 milliards d'Euros de recettes annuelles !),  et en 2011 on finira par  lâcher tout avec des hausses directes de TVA et de l'impôt sur le revenu.

Au final lorsque les comptes de 2012 seront définitifs, on constatera que le taux de prélèvement n'aura pas diminué d'un poil de pourcent et qu'on a retrouvé les hauteurs phénoménales et intenables de 2000.

Le quinquennat fiscal de Nicolas Sarkozy aura été d'abord un leurre puis un échec cuisant.

Côté dépenses, le bilan de sa gestion n'est guère plus favorable.

Au lieu d'attaquer les abus et les inconséquences à la hache d'abordage, on a opté pour la RGPP. Nous avons écrit dès le premier jour que c'était insuffisant. Cinq ans après on voit bien que même s'il y a eu des économies, même si des tabous sont tombés, comme celui de la réduction des effectifs publics, on n'a pratiquement rien gagné.

La machine à arroser a fonctionné à plein dès la première demande. Les marins souffrent ? Arrosons. Les journaux souffrent ? Arrosons. Etc. La dépense publique est toujours à 56% du PIB, ce qui est extravagant. Elle dépasse toujours la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand. Même avec une TVA à 100% on ne couvrirait pas les dépenses !

Quant aux grandes réformes, on voit qu'elles ont toutes été des demi mesures.

Oui il fallait unifier les conditions de retraites. On l'a fait à moitié en alignant celles des anciennes sociétés nationales sur la fonction publique qui elle-même a perdu quelques privilèges particulièrement douteux.  Mais pourquoi n'a-t-on pas unifié réellement toutes les conditions ? Pourquoi conserver des privilèges pour les personnels non exposé à la compétition mondiale ? Les accords partiels obtenus ont de toute façon été l'occasion de marchandages occultes qui ont parfois aggravé les coûts !

Oui il fallait retarder l'âge de départ à la retraite ou tout du moins le nombre d'annuités pour partir en année pleine. Mais pourquoi avoir frémi : il fallait aller à 67 ans dès le départ pour tous.

Sur les 35 heures que de palinodies ! Il fallait revenir à 40 heures immédiatement surtout dans le secteur hospitalier.  Au lieu de cela !

Pour le reste des dizaines de réformettes ont été faites qui ont eu un effet très limité, souvent du fait des conditions de leur négociation. La réforme de la carte judiciaire a fait droit à tellement de demandes qu'elle coûte probablement plus cher que le système précédent.

Quant aux grands abus, on s'est bien gardé de les attaquer de front (dockers, ouvriers du livre, intermittents du spectacle, absentéisme monstrueux dépassant 30% dans certains organismes publics ou administratifs, comme à la Direction du Patrimoine…).

Le refus de mettre un terme à la gabegie dans les finances des collectivités locales qui se sont livrées, l'exemple de Paris étant le plus délirant, à des recrutements inutiles et souvent maquereautés, et à des dépenses sans rapport avec la croissance du pays, est également une faute impardonnable. On dira que les textes ne le permettaient pas. Et bien il fallait proposer de nouveaux textes.

Au terme du quinquennat de Nicolas Sarkozy la France se retrouve Gros Jean comme devant. La réforme fiscale reste à faire ; le dégonflement de la dépense publique reste à lancer sur des bases sérieuses ; l'élimination des abus les plus manifestes est toujours dans les limbes ; les réformes à moitié faites restent à finir.

On dira que ce faisant les deux gouvernements Fillon ont évité une récession qu'une politique à la Cameron aurait rendu quasi certaine dans le contexte général de crise. Ce n'est qu'à moitié vrai. On aurait pu aller beaucoup plus loin dans la réduction des dépenses publiques qu'on ne l'a fait sans que cela ne se ressente en négatif sur la croissance très faible que l'on a connue et dont une trop grande partie est le seul fruit d'un accroissement de la dette.

Que conclure ?

Ces cinq années n'ont pas été totalement perdue pour la France. Les erreurs "actives" de Sarkozy sont toutes réversibles sans grands dommages et ont commencé à être corrigées. La crise a eu sa pédagogie : la dépense publique a tout va c'est fini. Il faudra bien persister dans les réformes.

La France a été en fait gérée avec douceur, surtout à partir de 2009. L'essentiel de l'action gouvernementale a visé à calmer la panique et à permettre de surmonter sans trop de casse les effets successifs de la crise.  On a préservé les banques et l'épargne globale des Français. On a évité des paniques pires.  On a maintenu par la dette un niveau d'emploi bas mais pas plus bas que d'habitude malgré la sévérité de la crise (on avait dépassé les 10% en 93). Les transferts sociaux n'ont pas été touchés.  Les salaires ont été maintenus.

Ces résultats sont notables mais largement artificiels et intenables car trop liés à l'emprunt et à la dette et pas assez fondé sur l'activité fondamentale des entreprises et de leur compétitivité.

Intellectuellement et pratiquement les défauts du système monétaire européen et du système monétaire international ne sont pas en voie de réforme ni même malheureusement en voie d'être compris.  Les blocages intellectuels demeurent.

Le navrant constat est qu'en 2012 les mêmes questions qui étaient posées à la France, à l'Europe et au monde en 2006 le restent à peu près dans des  conditions aggravées par la crise.

On a vu que le programme de M. Hollande n'abordait aucune de ces questions. L'organisation de l'Euroland ? Connait pas. La réforme du système monétaire international ? C'est quoi cela ?  Réduire les dépenses publiques ? Non ! Réformer là où c'est le plus criant ? Pas du tout. Revenir à une fiscalité efficace, rationnelle et favorable à l'emploi ? Jamais ! C'est presque pire que Ségolène Royal.

On verra celui du candidat Sarkozy. Mais honnêtement, si on commence par un referendum pour contraindre les chômeurs à suivre une formation,  on peut se tapoter le menton.

Les Français sont certainement très malins, mais la France, décidemment est mal partie (comme l'Europe d'ailleurs et un monde dominé par les changes flottants et la guerre des monnaies).



Lettre ouverte à M. Guaino seconde partie - la France

Reste la France dont nous affirmons depuis 14 ans qu’elle file un mauvais coton.  Qu’en dit le discours de  Toulon 2 ?

« Je ne crois pas qu’il serait économiquement juste, ni moralement acceptable d’imputer aux Français les difficultés que nous vivons. » « Nous ne sortons pas de trente années où les Français auraient refusé de faire le moindre effort pour faire face à la concurrence des pays émergents.»

Flatter les électeurs fait partie du jeu. Nous ne nous offusquons pas. Une fois de plus vous ne considérez que les aspects commerciaux de la compétition internationale. Comme si la compétition sur les marchés de biens avait été l’essentiel. Grave erreur d’appréciation ! La compétition sur les marchés de biens a été totalement faussée par le développement des bulles financières  successives liées aux défauts de structure du système monétaire international et à ceux de l’Euroland. Depuis la crise de 92-93, il n’y a plus de développement régulier du commerce mais des emballements déséquilibrés arbitrés par la crainte et aggravés par la panique.  Comme nous l’avons vu c’est le développement d’un énorme nuage de dettes sur la sphère économique mondiale, représentant en moyenne, rappelons le, près de 300% de crédits par rapport au PIB global, qui a provoqué la crise et la pousse continuellement vers la dépression généralisée.

Les Français dans tout cela n’ont rien vu, à l’exception de Maurice Allais qui seul et sous les quolibets a expliqué que ce nuage de dettes exploserait et ferait couler le système. Les dirigeants français, de droite comme de gauche, par confort intellectuel se sont accommodés des défauts du système quand ils ne les ont pas aggravés. La gauche socialiste a créé le système déséquilibré de l’Euroland et sous Jospin ne s’est pas gênée de bloquer le système de production interne à la France  par des mesures malthusiennes paralysantes.  Chirac s’est endormi dans le "ni ni" et la défense des avantages acquis. M. Sarkozy en plein philo-américanisme businesso-fouquétien   voulait des subprimes à la française et trouvait que les contraintes de Maastricht étaient excessives. Son action en 2007 a été calamiteuse alors que la crise avait commencé. Il n’a commencé à réagir qu’en septembre 2008.

Les Français sont-ils responsables de la politique irresponsable des dirigeants qu’ils ont élus ? Ils les ont chassés chacun à leur tour pendant trente ans. Personne  ne leur a tracé un véritable parcours économique.

Bien sûr ils ont aimé la retraite à 60 ans, avec des avantages acquis à cinquante pour de nombreux salariés du public. Bien sûr ils ont aimé les postes publics inamovibles où on peut glander sans trop s’inquiéter de la suite. Bien sûr ils se sont calfeutrés pour beaucoup dans des situations où sans travailler ils ont profité de la charité publique. Bien sûr ils ont joué avec la sécurité sociale au-delà du raisonnable. Trop de Français ont cru que la gratuité de la vie à ne rien faire était acquise pourvu qu’on se contente de peu.  Bien sûr ils ont aimé le politiquement correct, cette bonne conscience à peu de frais apparents pour chacun et beaucoup de frais pour tous.

Mais ont-ils réellement marqué une préférence pour cet effondrement moral, intellectuel et économique qui caractérise le pays ?

Les « élites mondialisées », une petite camarilla de hauts fonctionnaires et de dirigeants riches, même pas 2000 personnes, se sont enfoncées dans la recherche du profit rapide sur fond d’abandon de morale personnelle et de souveraineté nationale.  Les aventures du Baron Seillères, pris les deux mains dans les combines pour accumuler les milliards au détriment de sa cousinade, voire du fisc,  sont tout aussi exemplaires que l’enrichissement sans cause réelle des manitous de la politique locale ou  les rétro-commissions nourrissant les plus hautes autorités de l’état. 

La France du haut comme du bas s’est vautrée dans la bonne conscience du politiquement correct tout en cherchant la récupération maximale avec les moyens du bord, sans trop se demander si cette absence de rigueur intellectuelle et morale pouvait avoir des conséquences. Cupidité et pensée zéro auront été les maîtresses exigeantes de la France de ces quarante dernières années. Doit-on en accuser le peuple ?  Doit-on l’en exonérer ?

Il aurait mieux valu l' instruire et le conduire.  Car le réveil va être sinistre. Il l’est déjà.

En conclusion, je vous invite à réfléchir à l’échec du discours de Toulon 1. Trois ans après, la crise est là et l’Euro est à deux doigts de mourir. La croissance est arrêtée. Les bourses sont au plus bas. Les banques sont au ras de la faillite généralisée.  Les épargnants sont à la veille d’être ruinés. L’ascenseur social ne marche plus. Les faibles, jeunes, vieux, femmes, immigrés de fraiche date, sont massivement au chômage. Les petits riches sont en grand danger de tout perdre. Les grands riches ne sont plus en France.  Les jeunes se désespèrent de trouver un emploi sérieux et des perspectives de carrière.

Faute d’avoir entamé une vraie rupture en France et faute d’avoir brandi en Europe et dans le monde l’étendard de la révolte contre les institutions, les idéologies et les pratiques qui sont réellement à l’origine de la crise, se contentant de multiplier les déclarations moralisatrices et les rodomontades sans suites pratiques, Nicolas Sarkozy a ruiné un crédit déjà entamé par quelques  lacunes de tempérament et des écarts de comportement qui auraient du être évités.

Il est aujourd’hui impuissant à redresser le cours des choses. Vous-même ne savez plus où le guider. Les redites de Toulon 1 dans Toulon 2 témoignent de cette impuissance.

Vous direz : nous n’avons pas fait beaucoup de fautes depuis la faillite de Lehman-Brothers. Nous avons maintenu l’activité, sauvé nos banques, garanti l’épargne, gardé le chômage dans les limites habituelles.  Nous avons constamment asticoté l’Europe pour qu’elle bouge.  Est-ce notre faute si Angela Merkel est à chaque fois si longue à se porter au niveau des enjeux ?  Est-ce notre faute si le FMI a été un si mauvais guide ? Est-ce notre faute si la BCE est si bornée qu’elle risque de disparaître elle-même avec la zone Euro, en une sorte de suicide par la vertu ?  Est-ce notre faute si les Etats-Unis sont irresponsables et la Chine saisie par le vertige de la gloire déplacée des Hans ? Est-ce notre faute si le G.20 est vain ?

Vous pouvez légitimement plaider ainsi. Vous ne serez pas écouté, encore moins, entendu.

La rupture était le bon thème. Vous vous êtes contenté d’une fausse rupture. Et vous êtes en grand danger d’être rompu par les évènements que vous n’avez ni vu venir ni compris ni domestiqué.

Que faire ? Nous n’avons qu’un conseil à vous donner : avouez tout ! 

N’essayez pas de vous accrocher à de tristes branches. Oui la situation des Anglais est pire que la notre. Oui les américains sont plus responsables que quiconque de ce qui arrive.  Oui, les socialistes de M. Hollande seront pires que vous. Non, Madame le Pen n’a pas de vraies solutions. Non Monsieur Bayrou, le fédérolâtre euro et égo -centré n’est pas l’homme de la situation.

Avouez que vous n’avez pas compris que depuis 1971 les conditions du gouvernement n’étaient plus celles d’avant. Avouez que vous n’avez pas assez tenu compte de la leçon terrible des crises de 93, 98, 2001.  Avouez que vous n’avez pas compris combien le gonflement permanent des dettes globales depuis 71 était dangereux. Avouez que vous n’aviez pas vu à quel point les institutions de l’Euroland étaient mal conçues.  Avouez n’avoir pas reconnu que la crise de 2007 était si grave qu’il fallait dès l’été de cette année là renoncer à tout votre programme et commencer autre chose.

Cet aveu fait, vous auriez la conscience tranquille pour annoncer tranquillement au monde cette vérité d’importance : si le monde ne renonce pas aux défauts de son système monétaire international, si l’Europe ne remet pas dans l’ordre ses institutions bâclées, si la France ne renonce pas au tout-état, au tout-subvention, et à la défense « perinde ac cadaver » des avantages acquis mal acquis par des catégories sociales abusives,  alors le pire arrivera.

Annoncez à la BCE que si elle ne fait pas son devoir et vite, alors la Banque centrale Française sera réquisitionnée pour battre monnaie à nouveau.  Annoncez à la Chine que si les déséquilibres commerciaux gigantesques perdurent avec la France, une double barrière tarifaire et monétaire sera mise aux frontières. Annoncez aux Etats-Unis que si le « benign neglect et la non coopération continuent, vous ferez défaut sur la dette des créanciers en dollars. 

Vous verrez la panique s’allumer dans tous les yeux. Et les consciences s’ouvrir aux vraies solutions.

Ces solutions faites en votre leitmotiv :


-    Oui il faut revenir à une coopération entre les états basée sur des changes fixes, rationnels et défendus par les états, à charge pour eux d’éviter les déficits et les excédents monstrueux.


-    Oui l’Euroland doit retrouver une gestion financière complète où trésor et banque centrale sont dans la main des dirigeants effectifs, responsables et démocratiquement élus avec un objectif de plein emploi.


-    Oui l’Europe doit retrouver son tarif extérieur commun et doit être pilotée politiquement et économiquement  autrement que par des directives pointillistes et majoritairement inutiles, une Commission anti-états,  et la Cour de justice européenne.S'ouvrir à tout vent et empêcher avec ténacité toute réaction n'est pas une politique.


-    Oui la France doit abandonner le mode de fonctionnement qu’il connait depuis 1974. L’énarchie compassionnelle doit disparaître et la séparation de la haute administration et de  la politique prononcée. La paupérisation par l'hyperfiscalité et la dépense publique folle doit cesser.

Vous ne serez peut être pas réélu.  Mais vous aurez pris date pour après le désastre. Et il faudra bien quelqu’un pour reconstruire.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

Les erreurs incroyables de M. Michel Pébereau

Le banquier Michel Pébereau a commis un discours à l'Institut de France le 25 octobre 2011 qui illustre de façon presque parfaite l'incompréhension de la situation économique qui prévaut aujourd'hui dans les milieux huppés de la finance et de l'administration françaises.

Les contresens commencent à la première ligne et se poursuivent jusqu'à la fin du texte (publié dans Commentaire n°136).

Nous n'avons pas ici la place pour en faire une critique détaillée complète. Allons à l'essentiel :

"C'est la décision de la communauté internationale dans les années 70 de s'en remettre au marché pour fixer la valeur des monnaies qui est à l'origine du basculement dans un nouveau monde financier. "

C'est vrai sauf qu'il ne s'agissait pas d'une décision. Les Allemands ont cessé en 70-71 de jouer le rôle prévu par les accords de Bretton-Woods provoquant la réduction rapide des stocks d'or des Etats-Unis.  Ceux ci ont réagi en abandonnant unilatéralement la conversion des dollars en or. Cette voie de fait n'a rien à voir avec une "décision de la communauté internationale".  Elle traduisait que justement il n'y avait plus de "communauté internationale" et chacun était libre de faire ce que bon lui semblait avec sa monnaie et sa politique monétaire. Cela revenait à un étalon dollar compte tenu de la place de cette monnaie dans les transactions internationales.  Aucun livre d'économie n'avait explicité ce nouveau modèle. Au contraire les changes flottants étaient considérés dans tous les grands manuels comme une fantaisie qu'on signalait en passant pour être complet.  On est donc entré de force dans un système inconnu à cette échelle là et dont les inconvénients allait bientôt se faire sentir.

" Ce système (les changes fixes NDLR) a éclaté à la suite des bouleversements provoqués par le choc pétrolier de 1973".

Parfaite inversion des causes. Les changes flottants apparaissent en…1971, pas en 1973. L'énorme dépréciation du dollar engendrée par le détachement du dollar à l'or a provoqué la colère des pétroliers, payés en monnaie de singe.

Ils ont profité de la guerre perdue lancée contre Israel par les pays arabes en vue de récupérer les territoires occupés depuis la guerre précédente pour  provoquer une hausse massive des tarifs.  La crise de 74 n'est pas "le premier choc pétrolier", mais "la première crise des changes flottants", la première des crises les plus graves depuis 1929. A l'époque on s'interrogeait sur les risques imminents d'une dépression de type 1929.

Face à la récession divers pays comme la France jouent la politique habituelle : relance keynésienne pilotée par les déficits étatiques. Mais là, surprise, cela ne marche pas. La relance Chirac est un échec et il faut vite appeler Raymond Barre.

Les relances keynésiennes ne fonctionnent pas en changes flottants.   La leçon sera réitérée après la récession de 1992 et celle de 2009.

"Elle (la nouvelle sphère financière) a aussi aidé les pays avancés à maîtriser le fléau de l'inflation".

Comment peut-on écrire des bêtises pareilles?  Pendant 15 ans les changes flottants ont été à la source d'une inflation à deux chiffres partout. Jusqu'à ce que Volcker siffle la fin de la récréation, au prix d'une violente récession aux Etats-Unis.  L'auteur passe d'un trait de plume sur toute la période de stagflation qui a suivi la décision américaine de 1971. Puis sur la terrible récession de 93, la véritable première récession mondiale depuis la guerre de 40 et la nouvelle "crise la plus sévère depuis 1929". 

Après cette crise  se produit un phénomène important : la chute du mur de Berlin et l'accès de la Chine au commerce mondial. Les terribles effets des doubles pyramides de crédits  ne se verront plus dans les chiffres des prix à la consommation mais dans ceux des biens durables et dans les bulles qui enflent sur tous les marchés de valeurs.  Les prix de l'immobilier s'envolent, comme les cours des bourses de valeurs, des commodities, de l'or et des métaux précieux etc.  Le dollar perd 99% de sa valeur en or.  Ces bulles explosent entre 1998-2001 provoquant une terrible secousse et parfois de véritables tsunamis financiers comme en Argentine, en Russie, et un peu partout en Extrême-Orient.

"Dans l'enthousiasme de ces années de croissance"…

La croissance mondiale moyenne baisse dans la décennie 70, puis baisse à nouveau dans la décennie 80, baisse encore dans la décennie 2000, puis baissera encore dans la décennie 2010 compte tenu de ce que l'on sait. C'est la fin des trente glorieuses et l'arrivée des quarante minables.  En attendant mieux.

Enthousiasmant ? Vraiment ?

" Par ses excès la finance porte une lourde responsabilité dans la crise".

Une fois encore, une banque ne crée pas de monnaie par elle-même. Il faut au système bancaire une impulsion, une arrivée nette de liquidité. D'où est donc venu cet apport net de liquidité ?  Là il n'y a plus personne. M. Pébereau est absent. 

Elle  n'a que deux sources principales : la politique des banques centrales et les excédents de balances de paiement. Quand la FED alimente en permanence le marché de liquidités alors que les partenaires des Etats-unis replacent leurs excédents aux Etats unis eux-mêmes, elle crée un cercle vicieux, une vis sans fin de création de crédits. Il n'y a pas d'autres explication au gonflement monstrueux des encours de dettes qui passent les 200% du PIB, puis les 300, puis les 400, presque partout, sans que personne ne rugisse de colère. Si : Maurice Allais avant de mourir pousse un cri d'alarme. Il est marginalisé de façon incroyablement grossière. Où était Monsieur Pébereau pendant ce temps là ? Quand a-t-il dénoncé ce système délétère qui ne pouvait qu'exploser. "Ce qui doit arriver, arrive " disait Maurice Allais.

Ce qu'ont fait les acteurs financiers, c'est introduire, avec la caution des autorités, et des agences de notation,  des outils permettant de tourner les règles prudentielles habituelles. A-t-on jamais entendu M. Pebereau se plaindre et demander la mise hors la loi de ces dispositifs ? Ils ont permis une certaine augmentation du "leverage", de l'effet de levier, du ratio capital-dette. Mais c'est marginal par rapport à l'enflure de crédits induite par les alimentations massives et constamment accélérées  de liquidités primaires.

"Les Etats ont un rôle à jouer pour que toute la finance soit au service de la croissance et de la stabilité financière. Maîtrise des finances publiques et coordination des politiques économiques sont les conditions de l'indépendance des états par rapport aux marchés".

Les accords de Bretton-Woods, aussi imparfaits qu'ils étaient avaient pour mission principale de forcer les états "à ne pas faire plus de bêtises que les autres" et à s'assurer d'un minimum de coopération. Pas d'excédents commerciaux monstrueux ; pas d'excédents monstrueux de balances commerciales ou de paiements.  Ce ne sont pas les marchés qui peuvent mettre en branle les mécanismes législatifs et budgétaires et monétaires, qui permettent de maintenir les parités arrêtées en commun. Au contraire les changes flottants et la liberté complète des mouvements de capitaux permettent des crises de crédits endogènes. Ils sont déstabilisateurs par construction. Toutes les hypothèses contraires ont été démenties par les faits.

"Pour que toute la finance remette ses virtualités au service de la création de prospérité réelle, il faut encadrer la liberté du marché par le contrôle et la régulation de ses acteurs".

Le seul mécanisme assez puissant c'est l'obligation faite aux Etats de surveiller leurs balances extérieures et la valeur externe de leur monnaie. C'est-à-dire le retour à un système de changes fixes, concertés et de règles puissantes de surveillance des politiques d'états.  Tout le reste est du pipeau grec  et peut même être contreproductif. Réguler les bonus et le capital des banques et les règles comptables et les agences de notation, tout cela c'est de la blague.  Si on laisse en place un système qui dans les trente ans à venir fera baisser à nouveau le dollar de 99% pour sa valeur en or, qui permettra à la Chine la poursuite des excédents monstrueux qu'on connait, empêchant que "le travail s'échange contre le travail",  avec une liberté totale des mouvements de capitaux qui peuvent contrarier toutes les politiques nationales ou régionales , on n'aura exactement rien fait.  Et il faut liquider les milliers de milliards de dettes créées par le système précédent.

L'illusion que les changes flottants et la complexification des méthodes techniques de la finance sont une bonne chose est tenace.  C'est cette illusion là qu'il faut vaincre. Et celle de croire qu'en régulant uniquement le secteur financier par des taxes et des règlements, sans changer le cadre global où il s'agite, on aura réglé tous les problèmes, est tout aussi puérile.  


Didier Dufau pour le cercle des économistes e-toile.



Extrait du discours fondamental de Philippe Seguin du 5 mai 1992

Alors que M. Sarkozy va prononcer à Toulon un discours qui se veut "capital", il est intéressant de relire ce que M. Seguin annonçait en mai 92 lors de la discussion de l'exception d'inconstitutionnalité du traité de Maastricht.  La perte de souveraineté monétaire disait-il est le garant de la perte de toute souveraineté. Le faux fédéralisme est la garantie qu'on anoncera l'arrivée du vrai fédéralisme lorsque les défauts en seront devenus insupportables. Il annonçait un pouvoir national ligoté obligé de quémander pour faire face et se livrant à la fujite en avant institutionnelle faute de pouvoir élaborer un semblant de politique.

Il faut bien le dire : près de 20 ans plus tard, nous y sommes!

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"Les choses vont-elles donc continuer à se défaire sans qu'a aucun moment le peuple français ne soit consulté ? (...)

Mais voilà qu'on nous assure que Maastricht serait la condition de la paix et de la prospérité, ce qui signifie par là même que son échec équivaudrait à la régression et, j'ima­gine, à la guerre. C'est l'une des idées reçues du moment : les nations seraient inévitablement condamnées au déclin par le progrès de la civilisation matérielle. Leur souveraineté serait incompatible avec le renforcement inéluctable des interdépendances écono­miques et techniques. L'évolution des choses conduirait nécessairement vers un monde sans frontières, chacune de celles-ci constituant un obstacle à l'efficacité, une entorse à la rationalité, une entrave à la prospérité.

Ce sont là des affirmations qu'il nous faut vérifier avec soin car ce qu'on nous demande d'abandonner, pour atteindre la prospérité, ce n'est pas seule­ment le droit de battre monnaie, c'est la possibilité de conduire une politique économique qui nous soit propre.

Suffirait-il de constituer un grand ensemble intégré pour brusquement et sûrement accroître ces performances ? On en douterait au spectacle de grands ensembles existants qui péri­clitent ou se divisent. L'ancienne Union soviétique, la Chine, l'Inde sont-elles à ce point prospères qu'il nous faille à tout prix les imiter ?

Les États-unis eux-mêmes sont-ils à ce point heureux dans la gestion de leurs affaires intérieures qu'il faille les prendre pour modèles ? N'observe-t-on pas à l'inverse des réussites éclatantes qui ne doivent rien à l'immensité au Japon, à Taiwan, en Corée du Sud, voire dans les villes­États, comme Singapour ou Hong Kong?

    Comment s'en étonner? La mise en commun des faiblesses et des défaillances de chacun n'a jamais amélioré les performances de tous.

Si l'argument de la taille ne convainc pas, on tient en réserve l'une de ses variantes : elle consiste à condamner la tentation de l'autarcie. C'est ce qu'a fait M. le Premier ministre cet après-midi. L'autarcie est-elle la plus sûre façon de ruiner l'économie, d'étouffer l'initiative, d'appauvrir la culture ? Certes oui, mais qui dit le contraire ? Qui parle de replier le pays sur lui-même? Qui parle de renoncer à la liberté des échanges ? Qui donc ici prône l'exclusion, la fermeture aux autres ? Personne! En tout cas pas moi! Mais en quoi donc le rejet de l'autarcie a-t-il quelque chose à voir avec la prétendue nécessité d'une Europe fédérale ? La réponse est simple: cela n'a rien à voir !

Il y a des siècles que les échanges internationaux se déve­loppent et depuis 1945 ils ont enregistré une formidable progression, contribuant à la prospérité et à l'accroissement des niveaux de vie. A-t-on eu besoin pour cela de réduire le nombre des nations ? Leurs frontières politiques ont-elle fait obstacle à cette évolution ? Les particularismes nationaux ont-ils compromis l'allocation des ressources, freiné l'innovation, ralenti la croissance ? Dans les faits, n'est-ce pas tout le contraire qui s'est passé, et n'est-ce pas le pays qui en a le plus profité, le Japon, qui est aussi le plus rebelle à tout sys­tème qui l'intégrerait ? Il est vrai que, pour échanger, il faut avoir quelque chose à échanger. Il est donc autorisé d'être différent et il est même plus souhaitable d'être complémen­taire que semblable.

L'avenir n'est donc pas contradictoire avec la volonté des peuples de garder leur caractère, de tirer le meilleur parti de ce qu'ils sont, de leurs atouts, de leurs spécificités pour donner au monde la plus belle part d'eux-mêmes.

La compétition, la concurrence, c'est d'ailleurs cela : c'est le jeu où des producteurs placés dans des situations particulières, avec des capacités et des savoir-faire différents, s'effor­cent en permanence de se dépasser afin de produire à moindre coût et de vendre davantage.

Gardons-nous donc de la vision angélique et réductrice d'une internationalisation économique dégagée de toute référence aux nationalités ! Pour garder leur efficacité, les entreprises ont à prendre en compte les caractéristiques des marchés locaux, des mentalités, des comportements, des langues.

Tenir l'économie mondiale pour un système unitaire et indifférencié procède à l'évidence d'une analyse superficielle. En réalité, un espace de concurrence est un espace d'échange libre et non un vase clos dans lequel une bureaucratie tatillonne s'efforce de gommer toutes les différences en imposant avec obstination ce que les auteurs de l'Acte unique ont appelé « l'harmonisation des conditions de la concurrence ».

Redoutable contresens économique, d'ailleurs, que cette « harmonisation » à laquelle nous devons déjà des centaines et des centaines de directives et de règlements communautaires ! Mesurons l'absurdité d'une telle démarche en posant, comme le fit un jour un économiste, cette impertinente mais judicieuse question : « Puisqu'il faut harmoniser les conditions de la concurrence, pourquoi, comme sur le nez de Cyrano, ne pas poser des petits parasols sur les tomates cata­lanes, gorgées d'un soleil qui fait si injustement défaut aux tomates néerlandaises ? »

Ne rions pas, nous ne sommes pas loin de cela! Nous n'en sommes pas loin quand on se met à réglementer, pour toute la CEE, les conditions de production pour les chasses d'eau, les survêtements, les fromages. Croyez-vous que cela a quelque chose à voir avec la vitalité des marchés, avec la force créatrice de la libre entreprise, avec le stimulant de la concurrence ?

On nous fabrique aujourd'hui en Europe un espace écono­mique plus uniformisé que le marché intérieur américain lui-même, qui vit et prospère très bien sans même l'harmonisa­tion des fiscalités, alors que, pour créer un marché unique, on pourrait s'en tenir à la libre circulation des biens et des personnes et à la reconnaissance mutuelle des réglementa­tions, en limitant l'effort d'harmonisation à ce qui relève de la santé publique et de la protection de l'environnement.

Mais ce n'était pas assez pour nos eurocrates qui veulent supprimer la concurrence en prétendant la préserver. On met en avant de prétendus impératifs de concurrence pour réglementer, centraliser, diriger l'économie européenne, à la seule fin, non d'accroître l'efficacité et la prospérité communes mais de forger à la fois l'instrument et la raison d'être d'un futur gouvernement fédéral, un gouvernement fédéral qui ne pourra certainement pas souffrir l'existence d'une réelle concurrence entre les États fédérés.

La monnaie unique qu'on nous propose maintenant est la conséquence logique de cette stratégie. Voyons ensemble ce que vaut cette touche finale.

On nous dit que la monnaie unique est la clé de l' emploi. On nous annonce triomphalement qu'elle créera des millions d'emplois nouveaux - jusqu'à cinq millions, selon M. Delors, trois ou quatre, selon le Président de la République. Mais que vaut ce genre de prédiction, alors que, depuis des années, le chômage augmente en même temps que s'accélère la construction de l'Europe technocratique ? Par quel miracle la monnaie unique pourrait-elle renverser cette tendance ? Oublierait-on que certaines simulations sur les effets de I'union monétaire sont particulièrement inquiétantes pour la France puisqu'elles font craindre encore plus de chômage dans les années à venir ? En vérité, tout ce que notre économie doit d'incontestablement positif à la construction européenne, c'est la fin du protectionnisme intracommunautaire, ce qui n'a rien à voir ni avec I"harmonisation à tout prix ni avec la monnaie unique.

On nous dit que les risques cambiaires tendent à limiter les transactions. Mais les échanges internationaux n'ont souffert d'aucun ralentissement notable après la généralisation des changes flottants, moyennant la mise au point de techniques de couverture fort élaborées.

On nous dit que la monnaie unique va favoriser nos exportations, mais les échanges intra-européens sont déjà considérables et I'unification de la mon­naie ne supprimera pas les risques de fluctuation vis-à-vis du dollar et du yen. Mieux : dès lors qu'il y aura trois pôles monétaires comparables, les arbitrages triangulaires iront se multipliant, avec tous les risques de change y afférent.

On nous dit que la monnaie unique favorisera les investis­sements français dans les autres pays de la Communauté. Or aucune statistique ne permet de conclure à un effet significatif du risque de change sur I"investissement.

On nous dit que la monnaie unique fera économiser d'énormes coûts de transaction, mais personnes n'est réellement capable d'évaluer ces coûts et tous les chiffres cités à ce sujet, y compris les vôtres, sont le plus souvent totalement fantaisistes.

M. Rocard nous dit que, si Louis XI n'avait pas eu raison de Charles le Téméraire, la Bourgogne d'aujourd'hui vivrait dans la hantise de voir se détériorer sa balance des paiements avec l'lIe-de-France et l'Aquitaine.

Et il nous prédit que la monnaie unique mettra fin à ce genre d'archaïsme, entrave à la crois­sance. Mais qui donc est obsédé par le solde des paiements courants sinon ceux-là mêmes qui confondent les conséquences et les causes, qui confondent les écritures comp­tables avec les mécanismes économiques et qui sont paralysés par des contraintes imaginaires?

Comment peut-on penser en effet que la balance des paie­ments est en elle-même une contrainte économique bien réelle et croire qu'il suffit de ne plus libeller les transactions que dans une seule monnaie pour qu'elles s'envolent miracu­leusement ?

On nous dit que la monnaie unique fera baisser tes taux d'intérêt, mais cela est plus que douteux dès lors qu'il va falloir intégrer des pays plus sujet à l'inflation et ensuite tout dépendra de la politique de la Banque centrale européenne qui sera indépendante, c'est-à-dire incontrôlable.

On dit encore, en effet, que la monnaie unique entre les mains d'une banque centrale indépendante permettra de mieux assurer la lutte contre I"inflation : mais nul ne peut garantir que les dirigeants de cette banque, qui n'auront de comptes à rendre à personne, feront toujours la meilleure politique possible! Ou alors doit-on considérer l'irresponsabilité comme le gage le plus sûr de l'efficacité ?

L'expérience de la FED aux États-unis est-elle à cet égard concluante ? Le comportement actuel de la Bundesbank est-il si encourageant ? Certes non, d'ailleurs les plus grandes figures de l'orthodoxie monétaire, comme l'Américain Milton Friedman ou le Français Maurice Allais, sont farouchement opposés au principe de l'indépendance de la banque centrale.

En vérité, il n'y a pas de meilleure incitation à bien gérer la monnaie que la concurrence moné­taire même si cette incitation est loin d'être sans défaut.

Or, que nous propose-t-on, sinon de supprimer la concur­rence entre les monnaies européennes?

 

Alors on vient nous dire, argument ultime et présumé décisif, que nous n'aurions plus d'autre choix qu'entre « subir » et « co-décider ».

Que répondre à ceux qui nous disent qu'en acceptant de participer au SME, notre pays a déjà renoncé à sa souveraineté dans ce domaine? Que c'est oublier un peu vite qu'il existe des marges de fluctuation significatives. Que nous gardons, c'est vrai, la possibilité de dévaluer si nous le décidons et que nous pouvons sortir du système si nous le jugeons nécessaire. Que, dans le SME, la France choisit libre­ment les contraintes qu'elle s'impose jusqu'à ce qu'elle décide de s'en affranchir. Au contraire, avec la monnaie unique, nous abandonnons définitivement ou presque le droit de choisir notre politique monétaire. Toute la différence est là !

Alors on objecte encore que, même si elle le voulait, la France ne pourrait pas exercer sa souveraineté, qu'elle n'aurait d'autre possibilité que celle de s'aligner sur les décisions des autorités allemandes afin d'éviter la fuite des capitaux flottants et l'effondrement de sa monnaie.

C'est oublier, me semble-t-il, que le maintien à tout prix d'une parité arbitraire entre le franc et le mark est un choix politique qui n'a rien d'inéluctable. C'est oublier qu'une monnaie qui ne se maintient qu'en s'appuyant sur des taux d'intérêt réels exorbitants ne peut pas être considérée comme une monnaie forte et qu'en adoptant une telle politique, la France a permis d'accentuer la sous-évaluation du mark au sein du SME où tous les experts s'accordent pour constater qu'il est déjà sous-évalué depuis 1979, ce qui est un comble puisque nous donnons ainsi à l'Allemagne une prime supplémentaire de compétitivité. Et quand j'entends dire, comme hier, qu'on veut réévaluer le franc par rapport au mark, je me demande si on ne nage pas en pleine folie !

En tout cas, rien n'impose aujourd'hui à la France la poli­tique monétaire qu'elle s'est choisie, qui joue au détriment des salariés, qui disqualifie les investissements à long terme et qui a des effets tellement désastreux sur l'activité qu'ils finiront de toutes les façons par faire fuir les capitaux étrangers.

Et puisque rien n'impose à la France cette politique, rien ne l'empêche non plus d'en changer !

Que ceux qui me disent qu'en ne nous alignant pas systématiquement sur l'Allemagne, nous rejetterions la rigueur et choisirions l'isolement me comprennent bien : il ne s'agit pas à mes yeux de prôner le retour au contrôle des changes, au laxisme budgétaire, à l'inflation, ni même de recommander la sortie du SME, encore moins de la CEE. Mais enfin, le SME a bien survécu à onze ajustements depuis 1979 ! Et ce n'est pas parce que le franc a été dévalué en 1986 et le mark réévalué en 1987 qu'on peut dire que la gestion d'Édouard Balladur n'a pas été rigoureuse !

Dans le domaine monétaire comme dans les autres, il faut se plier aux réalités. Il faut donc savoir ajuster les parités quand c'est nécessaire, non pour faire de la dévaluation compétitive, mais pour éviter la déflation.

Eût-il été déraisonnable de laisser le mark se réévaluer quand la Bundesbank décida de relever ses taux d'intervention pour gérer les conséquences de la réunification ? On pourrait en discuter, mais le choix existait pour la France, Il n'en sera plus de même quand elle sera emprisonnée dans le système de la monnaie unique, Dans ce système, en effet, on chercherait en vain la présence du pouvoir national au milieu des mécanismes de codécision.

Une véritable codécision exigerait l'unanimité, ce qui, bien sûr, paralyserait une institution qui doit en permanence composer avec la conjoncture, les décisions seront donc prises à la majorité, non par des représentants des États, mais par des personnalités indépendantes, qui ne recevront pas d'ordre de leurs gouvernements respectifs. Donc, la France, en tant qu'État, n'aura absolument aucune part à l'élaboration de la politique monétaire. C'est cela, sans doute, qu'on appelle la « souveraineté partagée ». Curieux partage qui tendrait à priver la France de toute liberté de décision !

Et ne négligeons pas les conséquences de ce qui se prépare : conséquences économiques et conséquences politiques.

Conséquences économiques d'abord. Il n'est de politique économique cohérente que dans la mesure où elle dispose de l'ensemble des moyens d'intervention sur l'économie : budget, fiscalité, actions structurelles en faveur des entreprises, monnaie. L'aliénation de notre politique monétaire entraîne donc l'impossibilité de conduire une politique économique autonome, processus que l'Union économique et monétaire recon­naît d'ailleurs, en le qualifiant joliment de « convergence ».

Dès lors, le processus de l'union économique et monétaire mérite trois commentaires.

En premier lieu, il renouvelle le choix d'une politique qu'on pourrait qualifier de « monétarienne », qui est syno­nyme de taux d'intérêt réels élevés, donc de frein à l'investissement et à l'emploi et d'austérité salariale. Notons à ce propos l'hypocrisie fatale qui consiste à parler de « franc fort » lorsque le refus de la dévaluation se paie du blocage de l'investissement et de l'explosion du chômage. C'est très exactement la réédition de la «politique du bloc-or » qui a conduit l'industrie française à la crise au cours des années trente. Bonjour la modernité!

Maastricht, c'est ensuite la suppression de toute politique alternative, puisque la création d'un système européen de banque centrale, indépendant des gouvernements mais sous influence du mark, revient en quelque sorte à donner une valeur constitutionnelle à cette politique de change et à ses conséquences monétaires.

Quant à ceux qui voudraient croire qu'une politique bud­gétaire autonome demeurerait possible, je les renvoie au texte du traité, qui prévoit le respect de normes budgétaires tellement contraignantes qu'elles imposeront à un gouvernement confronté à une récession d'augmenter les taux d'imposition pour compenser la baisse des recettes fiscales et maintenir à tout prix le déficit budgétaire à moins de 3 p. 100 du PIB.

Enfin, et je souhaite insister sur ce point, la normalisation de la politique économique française implique à très court terme la révision à la baisse de notre système de protection sociale, qui va rapidement se révéler un obstacle rédhibitoire, tant pour l'harmonisation que pour la fameuse « conver­gence » des économies.

Que la crise de notre État providence appelle de profondes réformes, je serai le dernier à le contester. Que cette modernisation, faute de courage politique, soit imposée par les institutions communautaires, voilà qui me semble à la fois inquiétant et riche de désillusions pour notre pays. Il suffit d'ailleurs de penser à cette «  Europe sociale» qu'on nous promet et dont le Président de la République, lui-même, inquiet, semble-t-il, des conséquences de la monnaie unique, cherchait à nous convaincre, à l'aurore de ce 1er mai 1992, qu'elle aurait un contenu, qu'elle nous assurerait un monde meilleur,

Hélas, quand on lit les accords de Maastricht, on ne voit pas très bien où est le progrès social! On voit bien, en revanche, qu'on ouvre la porte à l'harmonisation, c'est-à-dire à un processus où, comme en matière fiscale, on cherchera au mieux à se mettre d'accord sur une moyenne plutôt que sur un optimum et où, chaque fois que nous voudrons faire une innovation dans notre législation sociale, il faudra aller demander la permission de nos partenaires.

Les conséquences politiques à escompter du processus ne sont pas moins importantes. Rappelons-nous une évidence. Dès lors que, dans un territoire donné, il n'existe qu'une seule monnaie, les écarts quelque peu significatifs de niveau de vie entre les régions qui le composent deviennent vite insupportables. L'expérience des États fédéraux, mais aussi celle de la réunification allemande devraient dissiper tous les doutes à ce sujet.

Or, si l'on veut, comme l'affirme le traité, imposer une monnaie unique à tous les pays membres, un effort colossal devra être consenti pour réduire les écarts actuels, qui sont immenses, un effort colossal sans commune mesure avec ce que nous réclame présentement Jacques Delors pour doter ses fonds de cohésion.

Il sera sans doute nécessaire de porter progressivement, comme le pensent assez raisonnable­ment, me semble-t-il, certains experts, le budget communau­taire jusqu'à 10 p. 100 du produit national brut, c'est-à-dire huit fois plus qu'aujourd'hui. On n'imagine pas un budget de cette ampleur sans un contrôle politique. Cela ne s'est jamais vu. Il faudra donc bien qu'un Parlement européen vote le budget comme un parlement national et qu'un gouvernement, responsable devant lui, l'exécute. C'est ainsi que la nécessité budgétaire engendrera tout naturellement les organes fédé­raux appelés à gérer un gigantesque système centralisé de redistribution à l'échelle de la Communauté.

Et puisqu'il s'agira de redistribuer, ce sera bien entendu aux pays les plus avancés d'en supporter la charge. C'est dire combien la France devra payer, elle dont la contribution nette à la Communauté s'élève déjà, d'après la commission des finances du Sénat, à 25 milliards de francs pour 1991.

C'est ainsi que la France, qui ne trouve déjà plus les moyens de financer pour son propre compte une vraie politique d'aménagement du territoire et d'aménagement urbain, devra demain engager des ressources considérables pour financer l'aménagement du territoire de ses voisins!

C'est ainsi que la France, qui verse déjà un tribut à la réu­nification allemande sous la forme de taux d'intérêt exorbi­tants, devra demain débourser une deuxième fois pour l'Allemagne de l'Est par le biais de sa contribution au budget communautaire.

Alors, bien sûr, on peut se rassurer à la pensée que, d'ici à l'an 2000, certains parmi les dix autres pays qui ont accepté le principe de la monnaie unique seront amenés à y renoncer et que l'union monétaire se limitera, au moins provisoire­ment, à ceux d'entre eux bénéficiant du niveau de vie le plus élevé, de finances publiques en ordre et de prix stables. Mais, dans un noyau dur où ne figuraient ni l'Angleterre ni l'Europe du Sud, que pèserait la France?

Bref, ou bien l'union monétaire se fait à dix ou à douze, et nous voilà payant très cher, au profit du budget communautaire, des interventions largement inutiles, ou bien elle se fait à six, et nous voilà réduits à un statut proche de celui d'un Land !

Dans tous les cas, la monnaie unique, c'est l'Europe à plu­sieurs vitesses : à trois vitesses si on la fait à six puisqu'il y aurait alors une Europe du Nord, une Europe du Sud et une Europe de l'Est. A deux vitesses si on la fait à douze puis­qu'on continuerait à exclure les pays de l'Est. Et, dans tous les cas, la monnaie unique, c'est une nouvelle division entre les nantis que nous sommes et les autres, c'est-à-dire les pays de l'Europe centrale et orientale.

On nous sert déjà, en effet, un autre plat que celui de la prospérité assurée : la ratification des accords de Maastricht, nous dit-on, serait la seule assurance de la paix, argument déjà entendu en 1954 à propos de la CED. Alors, comme vous, monsieur le ministre d'État, on nous presse de nous souvenir des conflits qui ont ensanglanté notre continent. La seule manière d'empêcher leur renouvel­lement, nous assure-t-on, c'est de signer des deux mains, sans maugréer ni rechigner.

En fait, tout procède de la même erreur d'analyse et, à trop vouloir nous démontrer les dangers des nations, on débouche sur l'absurde.

Certains théoriciens de l'Europe fédérale, qui ont du moins le courage d'aller au bout de leurs idées, nous assurent que l'humanité entre désormais dans une ère nouvelle, où la nation n'aurait plus sa place, parce qu'elle n'était dans l'avancée des civilisations qu'une étape historique, une sorte de maladie infantile, une phase nécessaire - et le temps serait enfin venu de la dépasser.

On retrouve là ces vieilles obsessions post-hégéliennes qui nous annoncent toujours pour demain la « fin de l'histoire ». Ces vieilles obsessions, c'est un comble qu'elles reprennent du service au moment même où les doctrines politiques qui reposaient sur le « sens de l'histoire » se dissolvent. Il s'agit d'ailleurs plus d'une idéologie que d'une philosophie de l'histoire, et d'une idéologie qui, comme toutes les autres idéologies, tourne le dos à l'observation du réel.

La réalité, c'est que, le plus souvent, les empires sont nés avant les nations et non après elles. Certes, on peut trouver des régions où les nationalités s'imbriquent trop pour qu'il soit possible d'organiser des États mais, partout ailleurs, les ensembles transnationaux qui ont précédé les nations ont dû leur céder la place quand les peuples, enfin, ont revendiqué leur droit à disposer d'eux-mêmes, car il est clair, il est avéré que, dans l'histoire du monde, l'émergence des nations est allée de pair avec l'émancipation des peuples.

Et puis les nations sont bien loin d'avoir été la cause principale de nos épreuves. Force est ainsi de reconnaître que, dans notre siècle, plus de malheurs nous sont venus des grandes idéologies et des impérialismes dominateurs que des ambitions nationales.

Donc, finissons-en avec cette vue naïve des choses qui voudrait nous faire croire que la disparition des États-nations signifierait la fin des conflits armés, « la paix perpétuelle », pour reprendre cette fois la terminologie d'Emmanuel Kant, lequel ne la concevait d'ailleurs que comme une paix entre nations souveraines.

Et à ceux qui entendraient dauber encore sur les passions nationales et leur opposer la sagesse millénaire des commis­sions et autres conclaves technocratiques et supranationaux, je voudrais rappeler quelques exemples de l'histoire récente. Ils méritent qu'on s'y arrête avant de passer par pertes et profits la possibilité de conduire une politique étrangère nationale.

.../...



La désespérante pédagogie par la crise

Lorsque nous avons décidé fin 1996 d'intervenir dans le débat économique public via le WEB, d'abord en intervenant sur le Forum du Monde, un de nos premiers débats avait concerné un sujet tout simple : peut-on convaincre avec des arguments ou faut-il constamment attendre que des évènements dramatiques viennent confirmer les avertissements lancés inlassablement pour que les esprits se débloquent ?

A cette époque la France se relevait à peine du coup de massue fiscale asséné par Alain Juppé, l'Europe vivait une stagnation forte entraînée par la construction de l'Euroland, et le monde venait de connaître la plus grande récession depuis 1929. La décennie en cours menaçait de connaître une croissance mondiale plus basse que celle de la décennie précédente qui avait été déjà plus basse que celle de la décennie d'avant.

Nous avions commencé à dénoncer la trinité fatale :

- Pour le monde, la tragédie des changes flottants et de la liberté absolue des mouvements de capitaux
- Pour l'Europe, les conceptions déséquilibrées de la construction de l'Euro
- Pour la France, la folie de la dépense publique, de la dette et de l'impôt, folie non seulement continue depuis le septennat de Valérie Giscard mais constamment aggravée, avec, pointant à l'horizon une autre folie, les 35 heures soutenues par un certain DSK. 

Toutes ces sottises étaient parfaitement intentionnées. L'extension des libertés économiques dans un monde largement libéré des servitudes soviétiques était un progrès. Unir l'Europe et parvenir à un ensemble cohérent et pacifique n'est pas une vision malsaine. Mettre en place une société moins dure aux faibles et plus équilibrée entre loisirs et travail, qui peut souhaiter le contraire ?

L'enfer est pavé de bonnes intentions et le diable dans les détails. Tout le monde sait cela.

La simple observation économique permettait déjà de constater que les changes flottants "cela n'a jamais marché, cela ne marche pas et cela ne marchera jamais".  La conjonction de ce système faux et d'une monnaie internationale, le dollar, utilisée à des fins stratégiques et non de croissance mondiale équilibrée, avait déjà provoqué la crise de 73-74, la première "plus grave depuis 1929", la crise de 92-93, la seconde "plus grave depuis 1929", un ralentissement significatif du trend de la croissance mondiale, la remontée après trente ans de décroissance, du taux d'endettement mondial, l'apparition d'une "économie casino" insupportable pour beaucoup.

Le chantier de Maastricht avait également démontré que le projet européen était totalement aventuré. La technique qui consiste à mettre la charrue avant les bœufs était employée, cette fois ci, d'une façon excessive. Certes la question était posée, mais de façon non technique : la perte de souveraineté. Techniquement  il était déjà clair que l'organisation médiocre et pourrie de défauts annoncée ne pourrait à terme que provoquer une crise  sévère. Certains l'espéraient comme levier pour aller un pas plus loin dans le fédéralisme.

Toute zone monétaire, disions-nous, est une affaire politique qui implique une organisation stricte pour éviter les divergences d'évolution des pays membres. Il n'y a pas d'autres solutions que la récession pour rétablir les écarts.  Mettre en place un "ilot de fixité dans un océan de flottement", avec une BCE indépendante, dont le seul objectif est le niveau de prix, une insouciance assumée en matière de cours de change, des états contraints à emprunter exclusivement aux banques sans garantie croisée des états, une liberté totale des capitaux et l'absence de tout tarif extérieur commun, constituait un pari absurde.

Quant à la France,  le choix du tout état, du tout fonctionnaire, du tout impôt et de l'endettement continu et massif,  aggravé par la perspective des 35 heures, était purement et simplement suicidaire. Alors que pas un seul budget n'avait été voté à l'équilibre depuis 1973, le déséquilibre s'avérant tous les calculs faits significativement plus importants que l'impasse initiale votée, contrairement à la période De Gaulle, que les smicards étaient l'occasion d'un prélèvement de 55% de leurs revenus bruts, que les classes moyennes étaient taxées à 65% et que les classes moyenne élevées pouvaient subir jusqu'à 80% de prélèvement moyens, l'impôt sur la fortune entraînait, pour quelques dizaines de milliers de personne une confiscation totale des revenus. Et là-dessus arrive par surprise un gouvernement Jospin qui aggrave les impôts sans utilité, impose les 35 heures et endette la France de 1.000 milliards de Francs supplémentaires !

Les forums ont ceci d'amusant qu'ils permettent de faire apparaître des attitudes mieux que la presse,. La spontanéité et la fraîcheur des réactions des internautes offrent un miroir plus net de l'état d'esprit qui prévaut dans les diverses  couches de l'opinion. Elles forment une espèce de mousse au dessus des clivages plus feutrés que révèlent les médias et les milieux politiques.

Quelles étaient ces attitudes ?

Sur le système monétaire international, le grand silence. Les changes flottants sont un tabou pour ceux qui pourraient en parler et une énigme pour les autres.

Sur l'Euro, un clivage purement politique entre souverainistes et europhiles supra-nationaux. Aucune réflexion sur les conditions pratiques d'une union monétaire. Aucune discussion possible sur les dangers strictement économiques. Maurice Allais, qui avait tout de même quelques "credentials" sera marginalisé et injurié (notamment par Le Monde) pour ses positions alarmistes. Bernard Connolly, dont le International Herald tribune  du 18 novembre rappelle l'histoire (après avoir tu ses thèses pendant 15 ans), était un économiste de la CEE inquiet des dangers du projet d'Euro. Il écrira un livre terrible publié en Français chez Albin Michel : "l'Euro cœur pourri de l'Europe - La sale guerre de la monnaie européenne". Il sera jeté dehors sans ménagement avec même une enquête judiciaire aux basques qui heureusement ne donnera rien. Il deviendra un "prophète de malheur" (doom sayer)  écouté notamment par les "hedge funds" qui commenceront sous son impulsion à jouer l'éclatement de la zone euro dès 2005.  

Il est amusant rétrospectivement de voir comment ce livre a été accueilli en France. Citons Libération :

"Fonctionnaire de catégorie A4 (560.000 francs par an), il a même dirigé pendant six ans la petite équipe chargée du suivi du Système monétaire européen. Jusqu'au jour où il a décidé de faire un bon coup d'édition, en publiant la Sale Guerre de la monnaie européenne, un livre rageur et d'une parfaite mauvaise foi".

Critiquer de façon technique un projet européen ne peut être que le fruit des passions d'un riche renégat d'une parfaite mauvaise foi décidé à s'enrichir encore plus !

Sur la question française, la presse et l'opinion dominante criait "Vive l'impôt" jusqu'à s'époumoner. Tant qu'on aurait pas dépassé le taux de prélèvements du plus dépensier des pays nordiques, nous serions coupables de préjugé  anti-social. Et on allait tomber dans l'absurde politique de Jospin-DSK-Aubry de surimposition, de blocage juridique de la vie économique, de trente cinq heures payées 39, d'endettement acharné, de décentralisation à coûts débridés. Tout avertissement sur les conséquences était immédiatement contré par des adjectifs déplaisants : néolibéral, fasciste etc.

Les quinze ans passés n'ont fait que confirmer les conséquences lamentables de ce blocage intellectuel et de ce verrouillage idéologique.

L'entrée en jeu de la Chine va donner aux défauts du système des changes flottants et du dollar fou une ampleur inégalée et entraîner la crise de 2007-201x, la troisième "la plus grave depuis 1929" avec désormais, faute de politique adaptée, un vrai risque de dépression mondiale.  Mais la pensée est restée totalement bloquée et la presse muette. Il reste impossible de discuter d'une réforme sensée du système monétaire international. 

L'explosion maintenant entrée dans le champ des possibles de la zone Euro a fait voler en éclat tous les blocages à la réflexion. Tous ceux qui le veulent bien peuvent constater que les institutions et les règles du jeu telles qu'elles sont ne peuvent pas faire fonctionner à long terme une zone monétaire. 

Quant à la dette, et ses risques mortels, dans un pays qui n'a plus de politique économique propre, une administration gourmande, des politiques devenus une classe à part fonctionnant sur la dépense publique en symbiose avec le secteur public (qui se souvient que le Parlement avait pour but de contrôler les dépenses du pouvoir exécutif ?), qui doute désormais de la folie des politiques suivies depuis près de 40 ans ?   

Seule la crise grave est pédagogique. Il faut la souffrance des conséquences avérées pour allumer un début de réflexion.

Et peut être un moignon de réflexion aimerait-on ajouter. Las !  Sur le réforme du système monétaire international, c'est toujours le silence de plomb. Sur la réforme de l'Euroland, la réflexion est biaisée par l'idéologie européiste et par les dissensions diplomatiques au sein de l'Europe. Au lieu d'être centré sur les moyens, la bataille s'égare  ou dans l'idéologie ou dans la politicaillerie. En France, les élections présidentielles et les programmes qui s'esquissent montrent que les partis n'ont toujours rien compris. Coincés, entre impuissance intellectuelle et impuissance économique, les grands acteurs politiques enchaînent postures et impostures.

Conclusion : il faudra encore plus de désastres économiques pour que toutes les leçons soient tirées. Il a fallu attendre 1944 pour que les conséquences de la crise de 1929 soient tirées, et 1968 pour constater qu'elles avaient été totalement oubliées.   On peut enrager de constater qu'on recommence ce cycle infâme.

La politique du pire est la pire des politiques. Surtout lorsqu'elle est inconsciente.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Retour vers le futur : 1935 ?

La tentation des comparaisons historiques plus ou moins bancales est toujours grande lors des crises un peu sévères. Quand l'avenir est incertain, on aime se raccrocher à quelque chose de familier même si le passé lointain est généralement plus fantasmé que connu.

On l'a bien vu hier soir dans un de ces débats télévisés où deux intervenants censés avoir des connaissances économiques solides se sont empoignés pour affirmer, pour l'un que la déflation était la raison de l'arrivée d'Hitler au pouvoir, pendant que, pour l'autre, c'était la déflation.

La minuscule affaire grecque, une perte sur crédit d'une centaine de milliards d'Euros (à rapprocher des quatre mille milliards d'Euros sur crédit perdus depuis fin 2006 dans le monde entier), fait renaître les pires fantasmes d'une montée prochaine du fascisme pour un camp, du socialisme violent pour l'autre.  Avènement d'un nouvel Hitler ou nouveau Front Populaire, tel serait le choix !

Il faut dire que les difficultés économiques stimulent les extrêmes. Mme Le Pen et M. Mélenchon tiennent désormais des discours  économiques que les tenants des principes qui nous gouvernent et qui nous ont mené là où nous sommes ne peuvent plus réellement juguler.

Dans ce maelström toutes les postures deviennent des contorsions. La droite libérale en vient à défendre les suggestions d'Attac, le mouvement post communiste bien connu. La gauche plaide pour l'austérité et la militarisation du redressement des jeunes délinquants.  Les keynésiens d'hier plaident pour une réduction drastique des déficits et de la dette. Les libéraux d'hier suggèrent qu'on pourrait nationaliser les banques, temporairement bien sûr.  Les européistes d'hier ne se souviennent plus très bien  pourquoi ils ont voulu l'acte unique et l'Euro.  Les souverainistes plaident pour un tarif extérieur commun renforcé. La BCE viole ses statuts tous les jours.

La crise a bousculé cul par-dessus tête les discours figés du politiquement correct d'avant.  L'Europe, c'était bien et cela ne se discutait pas. On pouvait l'étendre ad libitum : le mouvement d'élargissement se justifiait par le seul fait qu'il avait lieu.  L'Euro c'était bien et cela ne se discutait pas.  L'impôt: super ! La dette : pas grave ! Le désordre monétaire international  : la marque de la vitalité des marchés, à qui il aurait été stupide de s'opposer !

On s'aperçoit toujours de la fragilité des vulgates lorsque les populations s'affolent.  

Surtout quand on les laisse sans perspectives.

Mettons nous tout de même un instant dans la peau d'un chômeur qui a été licencié en 2008 et peine à retrouver un emploi trois ans plus tard, de parents dont les enfants ne trouvent pas à s'employer au sortir d'études immensément rallongées, d'accédants à la propriété à bout de ressources (ils se sont endettés pour trente ans !) à qui on a doublé la taxe foncière et fortement grossi la taxe d'habitation. A tous  on affirme : vous allez payer pour la Grèce ; vous allez payer pour sauver l'Euro et si on n'y arrive pas vous perdrez vos plans d'épargne ; vous allez payer parce que vous n'aviez pas assez payé encore alors que la France est au sommet des prélèvements.  Et à tous ces gens, une littérature pressée d'extraire le jus de la crise explique qu'ils n'ont encore rien vu, que le pire est devant eux.

Pas une explication des différentes crises qui nous frappent. Pas la moindre perspectives sérieuses de s'en sortir.  Et des élections en vue, partout, qui ont l'énorme inconvénient d'interdire la seule vertu utile en temps de crise : la constance.

Ce qui nous ramène à 1935.  La confusion la plus totale régnait comme aujourd'hui. La crise avait également quatre ans en France.  La reprise n'avait pas eu lieu. Les politiques fondées sur des a priori qui faisaient consensus ne marchaient pas.  La politique de déflation qui avait sa chance se trouvait confrontée aux perspectives d'élections perdantes. On allait sombrer dans le n'importe quoi et aggraver tout. La France sortirait des années trente en ayant perdu autant que pendant la Grande Guerre. Il lui faudra quarante ans pour se remettre avant d'oublier les leçons si durement apprises.   
   
Quant au monde ! Il a absolument tout oublié. On a voulu créer en 1971 un monde basé sur les relations de force entre les états, systèmes sociaux  contre système sociaux , politiques contre politiques, puissance économique contre puissance économique en supprimant toutes les écluses, tous les canaux, toutes les pompes aspirantes et refoulantes.  Les américains croyaient qu'ils gagneraient facilement. Les Allemands et les Japonais étaient sûrs d'eux.  Les nationaux communistes Han ont vu la faille et ont cru qu'ils pourraient manger l'économie du monde et assurer leur domination. Les pays pétroliers pensaient pouvoir s'en sortir sans problème grâce à la manne pétrolière.      

Les Français, eux, réglaient de vieilles querelles du dix-neuvième siècle, sans se rendre compte de rien.

Nous sommes au bout de ce chemin là.  On redécouvre qu'il n'y a pas de solution sans une coopération entre les états ; qu'on ne peut pas assumer des libertés économiques sans monnaie de référence et sans politique harmonisée des changes ; que la concurrence des systèmes ne fonctionnent qu'avec des pare-chocs et des écluses.

En sécurité routière on sait bien qu'un tank aussi blindé soit-il, n'est pas sûr, pas plus qu'un cerf volant allégé à l'extrême . Il faut  éviter les chocs et en cas de choc évacuer un maximum d'énergie pour protéger les passagers.

Eviter les chocs en économie mondialisée, c'est déjà éviter les systèmes instables comme les monnaies flottantes en organisant de surcroit l'irresponsabilité totale des gouvernements vis-à-vis des conséquences de cette instabilité.  Instabilité structurelle plus irresponsabilité structurelle, les deux mamelles du désastre économique.

En 1935 tous les pays ont voulu s'en sortir par eux mêmes, ayant désespéré de toute coopération internationale, tout en ouvrant la porte à leur démons intérieurs (communismes staliniens, socialismes divers , fascisme et national socialisme).  Aujourd'hui les démons intérieurs n'existent pas : il n'y a pas de grande idéologie en attente de s'imposer. Les socialismes nationaux ou autres ne sont plus dans les esprits ni les espoirs. Les nationalismes  flamboyants ont disparu au moins en Europe même si les égoïsmes et les petits calculs demeurent.

Ce qu'il faut donc craindre c'est d'abord le n'importe quoi spontanéiste né de la peur.

Car la solution existe.  

En 1935 il était impossible d'assurer la coopération internationale autour d'un projet commun. Hitler et Staline imposaient leur loi. Des professions de foi violentes courraient le monde  et elles étaient militantes.  Les grandes puissances imposaient leur loi à de nombreuses colonies et des nationalismes s'exacerbaient, comme celui des Japonais ivres de "lebensraum".

Rien de tout cela aujourd'hui : l'islamisme radical n'est pas mort mais il est sans influence mondiale et incapable de faire lever des masses ni de proposer un  système d'organisation un  minimum sexy.  L'islamo-nationalisme iranien est contraint par les révoltes qu'il est obligé de réprimer et son isolement international.  Les rebonds de nationalisme dans les pays de l'ex URSS ou sous sa domination n'ont pas d'importance cruciale. Il faut bien retrouver un peu de quant à soi.  Le nationalisme Han est le seul qui soit réellement dangereux. Mais il est totalement dépendant de la bonne volonté occidentale. Que la Chine soit exclue de la mondialisation et le système s'effondre ! Ce sera un nationalisme prudent.
Nous sommes donc dans une situation totalement différente de 1935. Il suffirait de sortir de la confusion pour que les voies d'un redressement général apparaissent ouvertes.

Comment faire ? Il n'y a qu'un seul chemin : le G.20 annonce que les états membres  coopèrent pour mettre fin aux causes du désastre économique en cours clairement identifiées et pour créer les conditions d'une croissance dans la coopération, seule capable de liquider l'accumulation des dettes constatées depuis 40 ans.

Les causes des désordres financiers et de l'accroissement global sont parfaitement connues : laxisme financier des uns  et mercantilismes divers dans un système de changes flottants de monnaies administratives où personne n'est responsable de ses équilibres extérieurs, alors que les mouvements financiers sont totalement libérés.

Une fois le système mondial stabilisé avec des changes fixes et ajustables, une instance internationale disposant de pouvoirs réels de régulation, une coopération explicite des nations , le sauvetage de la zone Euro devient un jeu d'enfants.  

Les états redeviennent responsables de leurs comptes extérieurs et de la valeur externe de leur monnaie, tout autant que de leurs équilibres intérieurs, le plein emploi étant un des équilibres majeurs dont on parle. Ils sont obligés de coopérer pour la croissance et l'amortissement des dettes monstrueuses accumulées par le système de double pyramide de crédits Rueff-Allais.

L'absence d'idéologies délétères permet de reprendre progressivement le chemin d'une mondialisation plus heureuse sans sombrer dans les expériences mortifères.  

En 1935, les auteurs ne voyaient plus d'avenir. On croyait à la fin du cycle d'expansion appelé révolution industrielle.  Le slogan n'était pas "no future" mis c'était dans les esprits. On sait ce qui est advenu : la plus grande mutation de toute l'histoire de l'humanité !  

Ne tombons pas dans ce travers. Il est parfaitement possible de préparer un avenir intéressant et progressiste pour l'humanité.

Mais il ne faut pas se tromper de chemin.

Vérités premières et…erreurs secondes

L’avantage des crises violentes est qu’elles décillent en partie les yeux médiatiques et font tomber les inhibitions traditionnelles de la presse !

La crise de panique boursière et financière qui une nouvelle fois parcourt le monde permet ainsi à des idées considérées comme marginales ou contre le consensus de s’exprimer avec force.  L’ennui c’est que, le plus souvent, elles sont insuffisantes.  On passe d’un credo à un autre, d’une éructation à une autre et on ne réfléchit pas vraiment. Le résultat : pas de véritables perspectives.

Prouvons-le avec quelques exemples pris dans la presse rapportant des postures politiques et des propos d’économistes.  

Il est amusant que tout d’un coup les marginaux passent en première ligne. Alors qu’on n’a entendu personne du côté de l’UMP et du PS, la parole est aux Cassandre, ceux qui « l’avaient bien dit».

Dupont Aignan reprend ses antiennes habituelles : c’est la faute à l’Euro et à l’abandon absolu de toute défense vis-à-vis de la Chine.  Délocalisation et désinvestissement  sont provoquées  par la sous-évaluation de la monnaie de la Chine, « de 50% ».  On a compensé les pertes de croissance par l’endettement. Le pari était sans issue. Sans industrie pas de croissance. Sans croissance pas moyen de réduire la dette.   On est dans la nasse. Il faut se défendre contre la Chine et sortir de l’Euro. Le sauvetage de l’Euro, « c'est-à-dire des banques qui ont prêté follement à la Grèce, à l’Italie,  à l’Espagne et au Portugal » conduit à aggraver l’endettement de 45 milliards alors qu’il faudrait le réduire.  Ce n’est pas en réduisant les policiers, les enseignants et les infirmières  qu’on sortira du gouffre.  Les pays du sud de l’Europe doivent dévaluer pour retrouver le moteur de leur croissance.

La plupart de ces assertions sont justes.  Il manque simplement l’avant et l’après. L’avant : pourquoi diable sommes nous dans cette situation ? Un simple manque de vigilance occidentale vis-à-vis de la Chine ?  L’après : d’accord on dévalue partout et on « se défends » contre la Chine. Dévaluation et protectionnisme individuel des nations en cas de crise : on connait. Cela a donné la grande dépression des années trente.  Explosion de l’Euro ? Il faut dire qu’on ne peut le faire sans ruiner les créanciers des pays qui sortiront et dévalueront leurs monnaies massivement, car leur dette sera multipliée nominalement d’autant.  Et si les pays du Club Med dévaluent tous en masse, comment la France exportera-t-elle ?  Où en seront les deux moteurs de croissance : l’investissement et l’exportation ? Quant à la consommation !

Remarquons que la bonne partie de l’analyse met l’accent sur les aspects monétaires. Il n’y a pas de solution sans une gestion nouvelle des changes et de la création monétaire.  C’est là que ce jeune homme s’arrête. C’est là où on l’attend.

Marine Le Pen  tient à peu près le même langage. C’est la faute à la Chine et à l’Euro. Dévaluons et protégeons.  On retombe dans les mêmes analyses et le même travers : quid si les autres font pareils ?  Elle a ajouté hier un élément comique qu’il faut souligner : supprimons les accords de  Bretton-Woods ! Malgré ses efforts pour assoir sa crédibilité économique elle ne sait toujours pas que les accords de Bretton-Woods sont morts et enterrés depuis … 1971 et le refus des Etats-Unis de convertir leur monnaie en or.  Comme pour les analyses de Dupont-Aignan, on voit bien que les siennes se concentrent sur la question monétaire,  et que le sauve qui peut général ne peut rien donner dans cette matière. Il faut un nouvel ordre mondial dans les changes et les monnaies. Il faut donc un … nouveau Bretton-Woods ! CQFD !  L’économiste Marine doit encore grandir un peu.

Avec Mélenchon, on retrouve le même discours sur la vanité des réductions de  dépenses publiques, sur l’impossibilité de sortir de la crise sans la croissance mais s’ajoute deux mesures phares : l’imposition des « riches », massive comme il se doit,  et le financement direct des états par la planche à billets.  Il est vrai que le spectacle de banques qui se financent à presque rien et qui prêtent aux Etats qui les sauvent  à plusieurs fois le taux de la BCE a quelque chose de psychédélique facile à dénoncer.  Il faut à Mélenchon des « vilains »  et des prédations violentes.  La difficulté de ce langage « populiste » est qu’il esquive  les deux difficultés majeures de ce raisonnement. La première est que la BCE finance déjà directement les Etats en difficulté et que son bilan devient aussi beau « qu’un mur de chiottes de lycée de banlieue », comme l’a décrit récemment  et élégamment un économiste peu regardant sur l’euphémisme.  Et que la BCE exige des Etats qu’ils…la refinancent !  La seconde et que nous avons déjà l’imposition la plus forte de l’Euroland et une des plus forte du monde.  L’asphyxie fiscale est une des difficultés françaises.

On aimerait entendre les Verts. Ils sont totalement silencieux. Il est vrai que maintenant que le risque de décroissance est là,  c’est  rien moins que problématique. Applaudir  aujourd’hui serait mal vu.  Et la « Torquemada en jupons » qu’ils se sont choisie a les mêmes  connaissances  économiques que Marine le Pen, ce qui est peu dire.

On aimerait entendre le PS dont le candidat Hollande vient de se faire adouber par le journal le Point au nom de la « responsabilité » et de la « crédibilité économique ».  Mais ici encore c’est le silence.

On aimerait entendre l’UMP, de Copé à qui on voudra, mais là encore c’est le silence sinon une « opération image » du Ministre des Finances « rassurant l’opinion » sur la santé générale de la France, et une autre « opération image » du président Sarkozy  présidant une réunion exceptionnelle de crise avant de rejoindre le porte avion Charles de Gaulle. Il s’agit de montrer qu’on est sur le pont.   

En attendant les épargnants ont perdu 20% de leur avoir en action. On peut ne pas croire à l’effet Pigou mais on ne peut pas croire que cela n’aura pas quelques effets  surtout à un moment où la conjoncture s’avère totalement étale en France et dans le monde.  

Les politiques étant radicalement à côté de la situation, comme ils le sont depuis 40 ans et la crise de 1974, toujours pas surmontée, il est intéressant de se tourner vers les déclarations d’économistes.

Le Point fait parler les morts en l’occurrence Jacques Marseille, « qui l’avait bien dit ».  Avec Jacques Marseille nous avons tenu des discours parallèles pendant près de dix ans sur la folie de la dépense publique  et de l’endettement français.  Nous sommes donc parfaitement heureux que son discours, vilipendé, comme le fut le nôtre sur le site du forum du Monde, soit aujourd’hui reconnu.  Le journal est bien forcé d’admettre aujourd’hui qu’il n’y a pas eu de « rupture » avec Nicolas Sarkozy, question que nous avions posée dès juin 2006 (article : quelle rupture ?)  et que nous avons reprise sur ce site dans plusieurs textes, mais  sous une forme moins interrogative.  Il n’y a pas eu de rupture et le délire de dépense publique a continué presque sans infléchissement, les mesurettes prises étant totalement insuffisantes, qu’il s’agisse de la RGPP (réduite aux fonctions centrales)  ou du non remplacement d’un fonctionnaire d’état sur deux, dont le gain a été redistribué aux fonctionnaires pour 66%, et annulé par les créations d’emplois dans les autres secteurs protégés dans les collectivités locales et autres institutions dépendantes à 100% de l’état.

Le problème c’est qu’on ne réforme pas bien en période de décroissance et que la réduction massive des dépenses de l’état en phase de récession est un désastre annoncé.

Le journal le Point reprend le thème d’un de nos articles de ce blog (« qui a cassé le vase de Soissons ? ») en dressant le tableau de l’endettement français depuis 35 ans.  Mais il exploite mal cette question.  Première erreur, il ne fait pas démarrer la montée de la dette au bon moment : 1971.  Deuxièmement il ne remarque pas que la dette est toujours et d’abord la conséquence des récessions décennales.  

La dette commence avec Giscard et Chirac qui ne maîtrisent pas la crise de 74, s’enfle avec Mitterrand et Mauroy, avec la crise du début des années 80,  puis avec Bérégovoy et Balladur lors de la crise de 92-93, puis avec Chirac et Jospin lors de la crise du début des années 2000. Elle explose maintenant avec la récession de 2008-2009.

Il devrait donc y avoir une réflexion sur ces crises décennales et leur gravité constamment aggravée. Mais là : stop !  C’est la paralysie intellectuelle.  

De même qu’il devrait sauter aux yeux que les grands « criminels » sont les premiers ministres et les présidents qui ont laissé filer la dépense après la crise, lors de la phase de haute conjoncture : Rocard et Jospin sont ici en première ligne. Surtout Rocard. C’est à ce moment là qu’il fallait réduire la voilure et alléger le bateau.   Au contraire on a profité d’impôts alourdis et de recettes fiscales grimpant plus vite que la croissance pour dépenser à mort sans rien réformer, sinon dans le sens de l’aggravation des charges et du malthusianisme.

Résultat : toute cette information, indispensable, est largement perdue pour une bonne compréhension du passé et une politique  utile pour l’avenir. Le « Vous vous rendez compte Mme Michu » fait peut-être vendre des journaux mais n’apporte rien à la nation.  Et une fois de plus on se contente de la dette publique sans tenir compte des autres formes de dettes (particuliers, entreprises et banques) qui chantent également une belle chanson dont il importe de comprendre les paroles.

Le moment est venu de parler de Kenneth Rogoff.  Il annonce que la crise est d’une espèce différente, jamais vue  et conteste le terme de « grande récession » avancé par un de ses confrères (Stiglitz).  C’est  une fois de plus un des thèmes que nous avons traité (il y a trois ans !) dans ce blog.  Comme nous,  il arrive à cette idée qu’il s’agit d’abord et avant tout d’une crise de la dette.  Bravo ! Dommage qu’il n’en donne pas exactement la cause.

L’ami Rogoff s’était commis dans une erreur majestueuse en tant qu’économiste du FMI en déclarant que les crises périodiques étaient terminées et que désormais leur gravité était négligeable. Nous avions critiqué inlassablement cette bévue.  Il passe à l’excès  inverse.  Décidément il ne peut pas se résoudre à l’idée du cycle décennal.   Les crises décennales d’avant n’étaient pas graves et en voie de disparition, la crise décennale encours  est d’un genre nouveau.  Donc il n’a jamais eu tort ! CQFD !

C’est amusant. Est-ce vrai et surtout porteur de solution ?  La réponse est non. Parce que Rogoff ne comprend pas la situation qui exigerait de sa part une révolution copernicienne dont il est actuellement incapable.

Le phénomène des crises décennales (ou quasi décennales) est tellement ancré dans l’histoire économique de ces 200 dernières années (pour le moins) qu’il est parfaitement vain d’essayer de le nier.  Toutes ces crises ont en commun d’être « des crises de la dette ».  Un moment d’euphorie associé à la phase de croissance rapide de fin de cycle pousse les agents à aller trop loin dans les projets et l’endettement.  Jusqu’au moment où ils constatent qu’ils sont « un pont trop loin » et qu’il faut vite replier la voilure pour éviter la grosse mésaventure.

Le cycle décennal et un cycle du crédit et de l’endettement.  Affirmer que la crise actuelle est d’abord une crise de l’endettement n’en fait pas une crise différente. C’est la règle.

En revanche le contexte change.  Entre un moment de système monétaire bi métallique et une production majoritairement agricole,  un autre d’étalon or et de poussée des industries primaires, un autre de n’importe quoi monétaire après une guerre mondiale dévastatrice, avec une poussée de l’économie pétrolière,  un autre de Gold exchange standard et la poussée du tertiaire, une dernière avec comme toile de fond un système de changes flottants et de monnaies administratives, avec l’émergence d’une économie de l’information,  les différences sont nombreuses et sensibles.

L’analyse économique expérimentale doit à la fois observer les forces constantes qui agitent l’activité et les variations de contextes qui  provoquent des conséquences différentes.

Nous vivons depuis 1971 de facto et 1973  de jure dans un système de monnaies administratives  dont la majeure partie s’échange dans le cadre de  changes flottants sans aucune régulation internationale, l’ensemble des transactions financières ayant été libérées.  En même temps un libre échange de principe a été décrété.  Que constatons-nous ?  Les crises décennales n’ont cessé de s’aggraver  et le trend de croissance global de baisser !

La crise de 73-74 a été la « plus grave depuis 1929 ». Puis la crise de 92-93, plus grave que celle de 74,  a été à nouveau « la plus grave depuis 1929 ». La crise actuelle est à nouveau « la plus grave  depuis 1929 ».  Les crises décennales mineures (celle du début 80 et celle du début 2000) ont été également plus sensibles que celles qui les ont précédés (notamment celle de la fin des années 50 et du début des années soixante).

Il n’y a donc pas changement de nature mais aggravation. Pourquoi ? Parce que, dans le cadre monétaire et financier global nouveau,  les moyens des sorties de crise précédentes ont aggravé les conditions de la crise suivante.  La fuite en avant monétaire dans un système propice a permis de crises en crises le gonflement d’une dette mondiale insupportable jusqu’au point où maintenant les recettes de 73 et de 92  ou de 2000 cessent d’être opérantes.  Jacques Rueff avait parfaitement identifié le mécanisme de la double hélice de crédit et Maurice Allais clairement indiqué qu’on arrivait aux limites du système.

On a cru bien à tort à la toute puissance intellectuelle des économistes américains et on constate aujourd’hui qu’ils étaient nuls ou de parti pris pour le système.

Nous sommes dans un processus continu d’aggravation de crises récurrentes, pas dans la quatrième dimension économique.

La question est devenue systémique : le système mis en place en 1973 ne fonctionne plus et ne plus être sauvé en le conservant tel qu’il est.

Pascal Salin a parfaitement raison de signaler (dans un article récent  donné à la PQN) que la vulgate qui veut qu’il suffise de laisser filer les déficits et la création monétaire pour sortir de la crise est inefficace.  L’ennui c’est qu’il ne voit pas la responsabilité du contexte.  Il parle comme nous de « crise intellectuelle »  et de redéfinition d’un cadre global. Mais faute de critiquer le système monétaire des changes flottants (comment le pourrait-il, il est pour !) tout cela reste suspendu dans le  vide.

Autant dire qu’on ne peut compter ni sur les politiques ni sur les économistes de média pour nous sortir du marasme.  Tous ces discours, toutes ces prises de positions sont trop partielles et partiales pour avoir le moindre sens pratique.

On ne pourra pas sortir de la crise sans casser le cadre global dans lequel on fonctionne depuis 1971.  Il faudra nécessairement  conduire la sortie de crise par la coopération entre les états,  la suppression des causes de déséquilibres majeurs et la restauration d’une perspective de croissance.  

Oui il va falloir destituer le dollar de son rôle de réserve mondiale. Oui il va falloir arrêter la Chine dans sa politique mercantiliste de monnaie faible et de sur excédent de ses balances extérieures.   Oui il va falloir en revenir à un étalon monétaire extérieur aux nations. Oui il va falloir que les états qui se sont laissé aller sur le chemin de l’obésité intenable, avec dettes monstrueuses, développements monstrueux des emplois financés par la dépense publique,  impôts monstrueux,   prennent une nouvelle voie. Oui il va falloir dégonfler le système financier mondial et mieux le canaliser, après avoir restructuré les amoncellements de dettes irrécouvrables.

Oui, eh oui, il va falloir mettre fin au système des monnaies administratives laissées à l’appréciation de gnomes  plus ou moins bien inspirés.

Tout cela est politiquement lourd et économiquement sévère   Avoir tant tardé n’est pas à l’honneur des « élites mondialisées » et encore moins à celles des économistes qui se sont laissé prendre notamment à l’Europe à la douceur du commentaire ex post et au suivisme des économistes américains.

Mais qu’au moins aujourd’hui, au pied du mur, on comprenne et qu’on agisse enfin dans la bonne direction.

L’humanité a toujours un avenir économique.  Mais il faudrait peut être qu’elle montre qu’elle a toujours un cerveau !  Surtout maintenant que l’on sait qu’il n’est pas aux Etats-Unis !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.


Anatomie de la crise décennale, à la lumière des évènements récents.

Comme nous l'avons écrit dès la fin 2006 et répété ensuite, la crise de 2009  serait du type 74, ou 93, mais en plus grave. Il s'agit d'une crise décennale classique aggravée par les défauts du système monétaire international et la dérégulation financière en absence de toute référence fixe de la valeur des monnaies.

L'épisode qui s'est déroulé de septembre 2008 à nos jours  permet de préciser le schéma de la crise décennale, crise périodique dont la mécanique est souvent niée depuis la fin des années soixante et   dont la théorie n'est plus faite aujourd'hui alors qu'elle garde toute sa pertinence.

La physionomie d’une crise décennale est certes chaque fois  un peu différente. Le contexte économique global  finit par changer et le système, consciemment ou non,  tient toujours plus ou moins compte de l’expérience du passé. Mais le schéma sous-jacent est solide et constant.

La confiance disparait d’abord chez les opérateurs financiers et les boursicoteurs. Les bourses s’effondrent. Les banques s’inquiètent. A juste titre : des tensions se font jour partout.   Les refinancements deviennent difficiles. Des crédits jusqu’ici considérés comme sûrs apparaissent  aventurés. Les particuliers paniquent. La traditionnelle distinction entre crise bancaire de liquidité et de solvabilité perd toute signification : les deux se conjuguent.  Les banques restreignent violemment le crédit : le fameux «crédit crunch » a bien lieu.

Les entreprises désinvestissent brutalement, volontairement  ou non. L’embauche s’arrête. La consommation n’est pas atteinte au départ. En début de crise les consommateurs regardent un peu la crise comme un défilé au balcon : la crise, quelle crise ? Retraités et fonctionnaires se sentent peu concernés. La plupart des postes en entreprise sont solides ou considérés comme tels.  Le chômage monte plus par arrêt des embauches que par les licenciements. 

Les épargnants en revanche paniquent. Vont-ils pouvoir conserver leur avoir ? Le taux de possession d’actions baisse  immédiatement et rapidement.   La course à la liquidité s’emballe.

Arrive le moment de vérité : les entreprises fragiles craquent. Les autres prennent des mesures conservatoires souvent exagérées par rapport au nécessaire ou au contraire résistent de façon irréaliste : elles ont eu tant de mal à constituer des équipes solides ! Toutes voient leur trésorerie s’effondrer au moment où le système bancaire cesse de vouloir les aider. On se finance sur le marché obligataire loin des banques, devenues simples courtiers.  Quand on le peut, car toutes les entreprises ne le pourront pas, notamlment les PME.  Le  chômage explose, alimenté désormais à la fois  par le non recrutement et les licenciements.

L’Etat est toujours pris par surprise. La croissance rapide de la fin de cycle l’a gorgé de recettes et les dépenses vont bon train. Partout les administrations centrales ou locales se sont endettées pour profiter des taux bas de la période joyeuse finissante.  Et tout soudain la mécanique s’enraie. Les recettes baissent plus vite que le PIB : un système fiscal progressif accélère les recettes fiscales pendant la phase de croissance mais provoque une dégressivité symétrique quand la récession frappe  On verra le taux de prélèvements baisser. Les gouvernements s’empresseront de prétendre que c’est grâce à leur bonne gestion !  Alors qu’il s’agit d’un effet mécanique.  Les dépenses explosent car il faut indemniser et relancer.  Généralement on indemnise et on rlance trop depuis Keynes. Les déficits deviennent abyssaux.  L’endettement public  grimpe.

Les banques centrales depuis 1929 et Milton Friedmann savent qu’elles doivent faire marcher la machine à imprimer les billets. Elles créent de la liquidité à tout va en reprenant au départ  les meilleurs actifs des banques. Ensuite elles avalent un peu n’importe quoi. Elles y gagnent beaucoup d’argent ce qui surprend toujours. Pourtant, tout le monde sait que les docteurs gagnent toujours plus en temps d’épidémie.  L’inondation monétaire permet de sauver les banques et d’éviter les paniques de déposants. Au nom  de la sauvegarde des déposants on protège les banques et leurs dirigeants, cas classique où une minorité est sauvée abusivement au nom du groupe.

La part du PIB qui a disparu est partiellement compensée par ces mécanismes efficaces. Il est rare que la crise entraîne des baisses de PIB très importante comme au XIXème siècle.  Les prix à la consommation ne bougent pratiquement pas sauf dans des cas très particuliers. La bourse finit par rebondir. L’immobilier tremble sur ses bases mais ne lâche jamais complètement, sauf sur les créneaux les plus aventurés. 

La vie reprend. La crise aura duré deux ans. Il faudra près de 5 ans pour s’en remettre totalement.  Les faillites arrivent en général en fin de crise, à partir de la troisième année.  L’état augmente les impôts sans se rendre compte que la progressivité suffira à rétablir le niveau de recettes voulus. La pression fiscale devient rapidement insupportable ce qui pèse sur la reprise. Le coup de gourdin fiscal « Juppé » de 95 provoquera même une récession sui generis en France en 1996.  Les banques sont désorganisées pour un moment. En fait le système bancaire est en faillite mais personne ne tient à le savoir. Le temps et quelques restructurations permettront de voir venir.

Puis l’oubli fait son œuvre et l’industrieuse humanité, ses désirs et ses besoins, reprend son élan. Jusqu’à la crise suivante. Si la crise précédente a été forte elle sera plutôt douce. Si elle a été faible elle sera violente car les ajustements n’auront été faits qu’à la marge lors de la précédente purge et l’oubli, une des causes majeures du cycle, aura été plus complet.

La crise nouvelle s’annoncera par différents signes qui seront ignorés : l’industrie automobile commencera à proposer des modèles foldingues d’un luxe inouï ;  certains économistes  expliqueront que le cycle est désormais vaincu et qu’on a trouvé le chemin de la croissance perpétuelle ; les banquiers en arriveront à penser  qu’ils font un réel travail pour le bien de l’humanité, certains estimeront même qu’ils font « le travail de Dieu », ce qui expliquerait des bonus ridiculement élevés  ;  les grandes entreprises annonceront des taux de croissance intenables basés sur des plans sur la comète euphoriques. Zeus aveugle ceux qu’il veut perdre.  En vérité en fin de cycle de croissance  le système de crédit est en totale surchauffe et finance beaucoup plus la spéculation que l’investissement durable.  Le court terme emporte tout. Les « bulles » sont partout.

D’amusants coquins prétendront qu’elles ne peuvent qu’exploser. Personne ne les écoutera. Elles ne sont que le signe d’une vitalité économique intense et de l’existence de liquidités abondantes prêtes à se placer.  La crise venue on prétendra de toute façon qu’elle était imprévisible et on cherchera un bouc émissaire facile comme une guerre, une catastrophe naturelle, une fraude massive pour expliquer qu’on se soit à ce point trompé. Les économistes de cour, qui auront inlassablement expliqué que  le cycle n’existe plus,  seront pris une fois de plus à contrepied par le retournement. 
Peut-être la reine d’Angleterre les tancera de n’être que les commentateurs mal inspirés d’évènements qui ne sont pour eux que des pochettes surprises. 

C’est que l’épisode aura été sévère.

D'autres surpris de s'être retrouvés si bêtes au milieu d'évènements si peu anticipés jurent mais un peu tard qu'on ne les reprendra plus.  En général ils se mettent à annoncer pour les prochaines semaines, les prochains mois ou les prochaines années une crise colossale, un peu comme si une "vague scélérate" à caractère magique et en voie de formation secrète  avait enfin illuminée leur sagacité. Ils confondent les conséquences de la crise avec la crise elle-même qui en fait est derrière eux. Mais à leur tour "ils l'auront bien dit" si des erreurs économiques viennent compliquer la sortie de crise.

Depuis la fin des accords de Bretton Woods chaque crise décennale est plus grave et ses conséquences plus difficiles à maîtriser.  Kenneth Rogoff qui prétendait le contraire au FMI s'est trompé dans les proportions les plus délirantes.  Il pensait que les dérégulations financières, les marchés, les changes flottants avaient permis de vaincre le cycle. C'était le crédo de ses maîtres, Rubin, Greenspan et Summers.

La vraie question aujourd'hui n'est pas de nier le cycle. Il y aura toujours des cirses quasi décennales qui correspondent en fait à une donnée psychologique : l'oubli. Maurice Allais avait décrété que le taux d'oubli était équivalent au taux d'intérêt. L'intuition était géniale, même si elle reste aujourd'hui oubliée ou méprisée.

La science économique doit principalement comprendre pourquoi depuis 71 les crises s'aggravent et les sorties de crise sont plus difficiles et  plus aléatoires.  Nous-mêmes, au Cercle des économistes e-toile,  prétendons que la cause majeure est dans le système des monnaies administratives dérégulées que traduit  le système des changes flottants et la guerre des économies sans aucune procédure réelle de concertation efficace.  Ce système ne marche pas et a provoqué une baisse tendancielle de la croissance mondiale, avec des écarts de plus en plus massifs selon les distorsions de concurrence,  en même temps qu'une plus grande cyclicité.

Prisonnier de postures idéologiques  le débat économique public est inexistant sur ces questions cruciales.

Nous dirions bien" indignez vous !". Mais le slogan est pris. 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Retours de manivelles (sévères)

Le plus souvent, il suffit d'attendre : les erreurs et sottises dénoncées dans la solitude au moment où elles sont commises  deviennent en du temps des évènements médiatiques.  Nous le voyons aujourd'hui dans au moins trois domaines d'importance inégale.

- Nous n'avons jamais compris la gloriole médiatique qui accompagne depuis déjà longtemps les actes de M. Strauss-Kahn.  Nous avions vu dans ce personnage, en examinant les faits et seulement les faits, une personnalité glauque et un économiste incertain voire incompétent.  Dès son passage comme Ministre des Finances ces deux aspects étaient facilement décelables.   L'affaire de la cagnotte et celle des trente cinq heures, manifestation de deux erreurs majeures, ne laissaient guère de doute sur la superficialité économique de l'homme politique. Il ne suffit pas d'être péremptoire et plein e morgue. Il faut aussi raisonner juste.  L'affaire de la MNEF même si les poursuites ont finalement tourné court était tout sauf glorieuse.

La droite ploutocratique  s'est convaincue que son goût de l'argent le rangeait dans leur camp et qu'il ferait un président complice.  La gauche bobo s'est dit qu'il pourrait arriver à la présidence et que c'était bien l'essentiel. On a vu avec la commémoration absurde de type tontonmaniaque  des années Mitterrand  que la seule vertu qui était honorée était celle d'avoir gagné en trompant tout le monde.

La nomination au FMI, institution malade, était une erreur de casting profonde qui allait handicaper les possibilités de réforme.  M. Strauss-Kahn n'avait aucune idée sur les questions posées et étaient bien disposé à n'en avoir aucune et à flotter comme un bouchon pour durer en attendant d'autres opportunités de carrière.  On le vit donc pleurnicher sur les pays en voie de développement dans le style Delarosière,, tout en rassurant les Etats-Unis sur la flexibilité de son échine. Et comme ses deux prédécesseurs il s'est mis à attendre un retour en fanfare à la présidence de son pays.

Résultat : aucun discours convainquant, aucune idée exprimée. On vend l'or du FMI pour payer les frais des licenciements.  Lorsque la crise frappe, M Strauss Kahn n'a rien vu venir. Pendant des mois il se tait pendant que les prévisions du FMI tournent au fiasco général. Des mois !  Nous avons souligné en temps réel les analyses totalement débiles qui seront livrées  ultérieurement, la dernière il y a quelques mois.

On voit le résultat aujourd'hui : il n'est plus directeur du FMI ; la France voit sa réputation entachée ;  On n'a toujours aucune idée de réforme sérieuse du système monétaire international.

Tout cela aurait pu et du être évité.

-Plus surprenant a été la remise en cause brutale du RSA par un ministre du gouvernement Sarkozy.

Nous avons écrit dès le départ que cette réforme était bien intentionnée comme toujours mais contreproductive et qu'elle serait un échec.  Pour des raisons parfaitement claires :  tous les agents économiques, même pauvres, font un calcul économique.  La complexité du RSA et en fait son intentionnalité pure d'affichage politique  ne pouvait pas provoquer les bénéfices attendus.  Aujourd'hui les media admettent  que les avantages annexes reçus par les personnes aidées sont trop importants et trop difficiles à obtenir pour qu'un Rmistes prenne le risque de quitter sa condition, certes triste, mais dont il connait les possibilités et dont il se contente.  La réforme faite à la va vite n'a eu aucun des effets bénéfiques attendus, comme il était prévisible.

L'assistance aux personnes ayant la capacité de travailler  mais momentanément empêchées, est un vrai problème. Elle doit être ciblée, unifiée, provisoire et dégressive. 

Politiquement il doit être rappelé que toute personne en possibilité de contribuer doit le faire et qu'on ne peut pas vivre indéfiniment aux crochets de la société. 

Administrativement il faut que les aides qui se déclenchent soient unifiées, surveillées au plus près, et contrôlées. 

En revanche vouloir imposer aux personnes aidées des corvées est absurde et inefficace.  Il faut plutôt que la dynamique des aides unifiées les pousse vers le travail.  Et le caractère provisoire de l'aide est essentiel dans cette fonction. 

Le RSA doit être remplacé par deux aides ciblées :

- l'aide temporaire d'urgence qui permet de faire passer un cap à un individu ou une famille en jouant sur un panel d'aides circonstancielles  

- L'aide temporaire de soutien qui permet d'orienter des personnes éloignées de l'emploi depuis longtemps d'être accompagnées vers un retour à l'emploi. Le quart monde, cela existe et on est pas loin de l'invalidité sociale.

En outre il faut mettre au programme du gouvernement deux politiques globales :

- changer le système de change qui aboutit à une déflation permanente et au sous emploi

- prendre en compte les réalités du cycle qui imposent une politique non pas permanente mais circonstanciée.



- Dernier point,  le retour de la crise Grecque et la comédie autour de l'Euro soulignent une fois de plus que l'irrationalité économique n'a pas de chance de réussir.  Une monnaie unique est un acte politique qui implique des unifications économiques majeures. On a mis la charrue avant les bœufs et les bœufs piétinent la charrue. On dit : oui mais cela va dans le bon sens d'un fédéralisme européen. Juste au moment où les opinions décrochent du projet européen fédéraliste (aucune des politiques européennes ne fonctionne plus !) . On ne peut pas avoir un ilot de fixité européenne au milieu d'un flottement général dominé par le laxisme américain et le mercantilisme chinois.  On n'a pas voulu faire de réforme du système monétaire international.  L'Europe en est réduit aux plans de sauvetage et à la déflation générale. Tout cela est absurde et désastreux pour l'emploi.

 

Comme disait Maurice Allais, "ce qui doit arriver arrive".



Dans les trois cas cités, un peu de réflexion aurait permis de prendre des décisions plus fondées et plus efficaces.  Observation et réflexion, réalisme et compétence, sont les vraies mamelles de l'économie. Tout le reste est ruine de l'âme et perte de temps.

 

Autrement dit :

 

Les conneries c'est comme les impôts, on finit toujours par les payer. (Michel Audiard)

 



"La fin du dollar" de Myret Zaki

La crise qui s'est déclenchée fin juillet 2007 et dont le monde commence à peine à sortir a favorisé la publication de livres plus ou moins "définitifs"  remettant en cause radicalement le monde d'avant.  Le livre "La fin du dollar" de Myret Zaki, Editions Favre à Lausanne,  est de ceux là.  

Tout le monde a  bien compris que la crise venait des Etats-unis et que la politique de puissance menée avec le billet vert entraînait le monde vers des crises répétées et toujours plus graves.  Montrer à quel point  la politiquefinancière et monétaire des Etats unis était intenable est une œuvre salutaire.  Alerter sur le fait que les Etats Unis eux-mêmes in fine pourraient en être la victime la plus durement touchée  ne peut que faire du bien.

On n'en est plus au temps de la crise de 98, crise typique des changes flottants et du dollar fou de Greenspan,  qui était "expliquée" par la faute des pays émergents et des "cronies"  qui étaient censés, au dire des anglo saxons, fausser l'économie du monde.

On n'en est plus non plus au temps où les grands économistes qui dénonçaient le caractère foncièrement dangereux des institutions et des pratiques imposées en matière monétaire par les Etats-Unis étaient sommés de se taire (comme Jacques Rueff)  et se retrouvaient marginalisés s'ils ne le faisaient pas (comme Maurice Allais).  La désinformation en matière  monétaire et financière a été extrêmement forte pendant des décennies et il est bon qu'on puisse désormais briser  la langue de bois qui a été imposée dans la presse et l'édition pendant si longtemps.

De ce point de vue là le livre est à lire et à recommander. Il reprend d'ailleurs des chiffres que nous nous sommes pas  privés de donner depuis 15 ans, comme la perte de valeur du dollar calculée en or (près de 98% désormais en attendant mieux), et que la presse quotidienne en France par exemple s'interdit bien de publier.  Nous ne pouvons que trouver cela sympathique.

Les limites du livre tiennent à ce qu'il veut trop prouver et qu'il manque un peu de fond dès qu'on en arrive aux explications.  C'est un livre de journaliste avec les avantages et les inconvénients du genre.  Il brasse bien l'air du temps. Il passe à côté des aspects techniques essentiels.

Une critique possible est de souligner la dénonciation d'un certain "conspirationnisme" anglo saxon. Bien sûr il a la volonté du puissance des Etats Unis, nous l'avons-nous même  souvent affirmé. Bien entendu  il y a l'espèce de colonisation des esprits en matière économique en provenance des Etats unis.  Mais nous sommes plus dans le domaine de l'erreur que dans celui du complot.  Les théories américano centrées qui dominent depuis la fin de la guerre de 40 et qui se sont exaltées après 1971 conviennent à "l'impérialisme américain". Mais ce n'est pas un calcul qui les fonde. Simplement la facilité. On est dans l'opportunisme de bas étage, pas dans le complot.

La défaillance américaine est intellectuelle  ; il se trouve que pendant des décennies elle allait dans le sens de la puissance américaine.  On se trouve un peu dans la même situation du colonialisme français dans les années 50 : tout le corpus intellectuel français condamnait le colonialisme incompatible avec les principes du droit des peuples à disposer d'eux même.  Mais qu'il est dur de renoncer à un empire et à accepter les difficultés de la décolonisation ! Alors avait développé tout un corpus de raisonnements biaiseux pour justifier l'injustifiable, corpus qui s'est évaporé depuis.  

Les Etats-Unis se sont trouvés bien d'une pente de pratiques monétaires et financières aventurées parce que cela leur évitait de regarder la réalité en face : leur habitude de facilité les conduisaient à une fuite en avant dans tous les domaines qui ne pouvait déboucher que sur de sérieux revers.  

Sortir de la situation suppose que les économistes américains eux-mêmes  et pas seulement les plus gauchistes,   dénoncent l'erreur intellectuelle commises et que les réalités finissent pas border le chemin suffisamment pour amener les corrections d'attitudes nécessaires.   L'aspect géopolitique est important ; l'aspect intellectuel l'est plus encore. La politique menée par les Etats Unis était erronée et l'est encore. Elle n'était pas nécessairement mal intentionnée.  Greenspan et ses amis Rubin et Paulson n'ont pas voulu "faire le mal pour le mal". Ils croyaient dur comme fer dans leur vision.  Greenspan est réellement "détruit" selon ses propres mots par le constat qu'il s'est trompé et que les faits lui ont donné tort.

La principale faiblesse du livre est dans le fait que l'auteur n'a pas réellement d'explication  des mécanismes de la crise et n'explique pas où était l'erreur.  Beaucoup de formules  sonnent le creux faute de s'appuyer sur un schéma économique solide.  

 Un exemple : "Le pays a besoin de 6 dollars de dette pour produire 1 dollar de richesse".  Cette phrase n'a pas de sens.  La réalité : les Etats Unis ont vu leur endettement global  monter à 600% de leur PIB.  La dette n'est pas un besoin.  C'est un cancer qui s'est développé par des mécanismes.  Quels sont ces mécanismes ? L'auteur n'en sait visiblement rien.  On en revient à la méchanceté des vilains dirigeants du monde politico bancaire américains. C'est un peu court.  La montée de la dette a été générale dans le monde  dépassant les 1000% du PIB dans certains pays comme l'Islande ou l'Irlande.  Les mécanismes sont donc globaux. C'est là que la réflexion doit porter. C'est là que nous avons  concentré nos analyses. Le livre est muet sur la question.

De même, l'auteur "voit court" aussi bien dans le passé que dans le futur.  

"La dette connait une hausse exponentielle depuis 2001".    Elle connait une hausse exponentielle depuis …1958 et le cycle a ses conséquences : chaque récession décennale  impose un gonflement de la dette selon des mécanismes que nous avons longuement détaillées ici.  Rappelons qu'il y a eu six récessions depuis cette date.

Dans l'autre sens, l'annonce d'un krach imminent  du dollar sous forme "d'un krach de la monnaie ou de celui du marché obligataire ou de tous les marchés en dollars"  sous estime le fait que le krach…vient d'avoir lieu.  La crise de 2007-2009 s'est bien produite. Elle a provoqué une purge importante. Certes il rester de nombreuses difficultés  mais le krach principal est derrière nous, pas devant. On est,  comme on dit pour  les tremblements de terre,  dans les répliques.  

Ce manque de profondeur historique explique que l'auteur ne voit pas que les Etats unis sont confrontés au même problème qu'actuellement depuis des décennies. A chaque fois ils s'en sont sortis en ruinant les créanciers en dollars.  La difficulté actuelle est que les créanciers en dollars sont moins dociles que ne le furent les Allemands et les Japonais.    Croire que ces créanciers, notamment la Chine, sont des exemples de vertu et qu'ils vont forcer une solution générale satisfaisante est une illusion. L'auteur ne voit pas que les mercantilismes chinois et  allemands, comme les excédents structurels des pays pétroliers, sont des effets miroirs des dettes américaines.

Là où il faudrait, pour aboutir à un bon diagnostic et à des solutions,  une bonne connaissance du cycle et des méfaits du système de changes flottants de monnaies administrées,  ,  on ne trouve qu'une volonté de prouver que tout est de la faute des Etats-Unis.

Du coup la partie solution est quasiment vide et rassemble des idées qui flottent dans l'air et qui sont jetés  sur le papier à la diable.

Le livre reste  à lire pour les éclairages qu'il donne sur bien des aspects  de la crise actuelle et mais il est malheureusement sans valeur inutile s'il s'agit de comprendre  ce qui s'est exactement passé, pourquoi et comment.  Il est vide de toute solution.

Il reste  un livre de sensibilisation opportun en ce qu'il brise une forme de plafond de verre  qui interdisait de mettre en cause les doctrines dominantes en provenances des Etats Unis et reprises de façon moutonnière par la presse britannique et française.  



Le Bilan de 2010

Ce blog a connu un record d'affluence en 2010.  Avec  55.555 lectures cumulées au 31.12.2010, à 20 h30. Il a pratiquement doublé son rythme de croissance par rapport à 2009, en faisant une des sources de réflexions économiques françaises  indépendantes les plus lues.

Comment expliquer cette poussée de lectorat ?

L'article le plus lu, avec près de 1900 lectures, concerne Maurice Allais. La mort de notre seul prix Nobel d'économie est certainement la raison de cet intérêt soutenu. Le fait que nous avons toujours défendu Maurice Allais, tout en précisant avec soin les points qui nous séparent,  et l'actualité de ses réflexions dans la crise actuelle ont certainement joué un rôle.  La manière dont les médias français ont traité Maurice Allais est en tout point exécrable.  Sa mort a permis de corriger un tant soit peu cette situation. Tout le monde aujourd'hui s'accorde sur l'originalité et la force de son apport à la science économique.  Il faut dire que la réalité de la crise lui a donné largement raison : ce qui devait arriver est arrivé !


Cette fin d'année nous conduit à nous pencher sur une certain nombre de prises de positions faites précédemment sur ce blog et qui ont trouvé leur confirmation factuelle en 2010.

Nous avions annoncé que le RSA serait un échec. L'échec est aujourd'hui patent. Personne n'en tirera de conclusion malheureusement.

Nous avions affirmé que l'ISF et le bouclier fiscal ne pourraient pas rester en l'état. La réforme est désormais annoncée pour le collectif de juin 2010 mais le temps perdu ne se rattrape jamais. On peut craindre que la réforme soit bâclée.


Lorsqu'on recense les prédictions faites par les grandes institutions aucune n'avait mis le risque de dislocation de l'Euro en tête de leur préoccupation.  Nous-mêmes avons souligné inlassablement que le système monétaire international était en première ligne aussi bien comme cause de la crise que comme élément de la solution.  Nous alertions sur la question Espagnole et Portugaise.  C'est la Grèce qui a commencé le bal. Et nous en sommes maintenant à "la guerre des monnaies" avec un risque structurel sur la zone Euro.

Après la récession de 2009, contenue au prix d'un endettement phénoménal et historique des états, nous pensions qu'il n'y aurait pas de grande reprise.  En France la production industrielle s'est maintenue à 90-92% des valeurs de 2007.  Dans la mécanique où le coup de massue avait été sévère, avec un recul de près de 30% du CA pour 80% des entreprises du secteur, le chiffre s'est stabilisé à moins 15%.

La bourse  a stagné en France. Les prévisions de Goldman Sachs qui voyait le CAC 40 à 4800 se sont révélées totalement fausses.

Le commerce international  a repris par bouffée.  Une bonne fin de premier trimestre, puis un bon début de second trimestre , ont donné l'illusion d'une vraie reprise. Mais tout cela a fait long feu.

La Chine a certes libéré une partie de ses réserves de changes d'une part en faisant des stocks de précaution, d'autre part en activant le crédit en Chine. Cette pratique du stop and go est désastreuse.  Il eût bien mieux valu qu'elle libère le crédit au fur et çà mesure et qu'elle n'accumule pas des réserves absurdes en maintenant un cours du Yuan dévalué. Le résultat a été des achats spéculatifs au Brésil et dans de nombreux pays sous développés qui ont connu ainsi une certaine expansion.   Mais le boom du crédit interne se heurte à un phénomène d'inflation.

L' Allemagne dont les exportations ont été tirées par ce dégagement chinois  a connu un rattrapage plus rapide que le reste de l'Europe après une récession plus profonde. Mais on voit que les circonstances de cette poussée ne sont pas reproductibles.

Les grandes réformes mondiales concertées ont porté uniquement sur des broutilles : le capital des banques,  les bonus, la comptabilité.  

En l'absence de réforme du système monétaire international , la spéculation a repris de plus belle et les dangers multiples du système actuel pèsent sur l'avenir.
Le surendettement global n'a été diminué qu'à la marge. Aucune restructuration n'a été faite. On refinance indéfiniment avec des liquidités banques centrales des crédits qui ne correspondent plus à aucune réalité économique.  Comme le Scarabeus Sacer le monde des banques roule sa boule de crottin devant elle en priant pour que cela dure.

Comme en 93 les états se retrouvent avec des finances publiques désastreuses et ont la tentation du coup de massue fiscal.  En 96, trois ans après la crise de 93, Alain Juppé avait appliqué cette méthode provoquant une récession  induite.  La leçon a porté. On a choisi cette fois-ci le grignotage fiscal et la réduction des dépenses publiques.  On peut déjà prévoir le résultat : dès que la croissance reprendra un peu de vigueur, la France va connaître le joie d'un taux de prélèvement record. En surajoutant à un impôt progressif de nouveaux impôts on obtient un  effet de double croissance des prélèvements.  Faire jouer la progressivité aurait suffi

Les prélèvements vont être augmentés sur toute la partie épargne et patrimoine.  Les entrepreneurs français qui sont déjà dans une situation structurelle de manque de capital  vont voir leur situation s'aggraver. Les cadres qui avaient réussi à accumuler du capital vont être sanctionnés.  Le fisc français va saccager l'épargne de précaution des Français,  un peu comme les soviétiques avaient fini par confisquer les semences et pas seulement la production de grain consommable lors de la dékoulakisation.

La paralysie française a de nouveau  de beaux jours devant elle.

Partout on reprend des refrains sur la fin d'un monde, d'un système, d'un modèle de développement et on recherche de nouveaux paradigmes.

Tout le monde a désormais compris que pour les Etats-Unis gonfler les déficits et  soutenir la consommation par le crédit international  était une voie sans issue. C'est mieux que dans les années 90 où on nous expliquait bêtement que ce système était le moteur de la croissance indéfinie.  Mais faute d'avoir compris le pourquoi de cette situation et d'avoir entrevu les solutions à apporter, ce constat reste vain. 


Tout le monde a désormais compris que  le mercantilisme  débridé d'un état anti démocratique et basée sur le nationalisme voire le racisme Han, dont le seul attrait est la masse de la population  éveillée à la consommation, ne servait pas les intérêts bien compris du monde.  Mais lorsqu'on a choisi un système monétaire basé sur le n'importe quoi et les relations de puissance et de force, comment s'en plaindre sans changer le système monétaire international ?


Tout le monde a désormais compris qu'un système de monnaies administratives gérées par des institutions techniques spécialisées n'ayant comme seul objectif que de maintenir la valeur de la monnaie par rapport à un indice de prix à la consommation  était une catastrophe intellectuelle et pratique. Passer de l'analyse à l'action sera plus dur.  


Tout le monde a compris qu'il ne s'agit pas d'une crise des" subprimes". Les subprimes n'auront été qu'un détail dans le tableau général de la dette débridée dépassant plusieurs fois le niveau du PIB des Etats.  Ce ne sont pas les subprimes qui expliquent les difficultés de refinancement de la Grèce et les risques d'éclatement de la zone Euro !  Mais comme la crise des subprimes est facile à comprendre (après coup), les nuls  (notamment dans la presse et l'enseignement) continueront à  s'accrocher à cette explication qui n'en est pas une.

L'amusant est de comparer les politiques alternatives annoncées dans chacun des pays.  Partout le même triptyque apparait : recherche, enseignement, écologie.  C'est mobilisateur, politiquement correct  et parfaitement vain.

La croissance dans un monde où des millions d'ingénieurs et de techniciens passent leur temps à améliorer tout et à imaginer de nouveaux produits,  n'a aucun besoin de coups de fouets artificiels ni de plans mirifiques.  Il n'y a aucune raison que les forces qui soutiennent le trend  faiblissent. Au contraire le monde peut connaître une phase de croissance considérable, en tout cas aussi considérable que celle que l'on a connu depuis deux cent ans.  Jamais il n'y a eu autant de nouvelles opportunités, de nouveaux consommateurs, de nouvelles opportunités d'innovation.

La véritable urgence est de réformer ce qui blesse la croissance et l'organisation pacifique du monde.

Il faut réformer le système monétaire international. C'est la priorité des priorités.   Dès qu'une monnaie réellement internationale aura vu le jour avec un système de changes fixes mais ajustables de façon concertée,  la spéculation s'effondrera, l'horizon économique des entrepreneurs  réapparaîtra, la croissance reprendra.

Est-ce que sans cette réforme la reprise est impossible ? Non. Le monde s'est remis de la crise de 74, de celle du début des années 80, de celle de 92-93, de celle de 2001-2002. Mais on a vu qu'à chaque fois elle en sortait plus mal et plus déséquilibrée, les conditions de la sortie de crise devenant les causes de l'entrée dans la crise suivante.

Aujourd'hui nous sommes dans une situation où tous les agents économiques souffrent à raison des conséquences  des politiques structurellement fausses suivies depuis 1973.  Alors que le trend de croissance est toujours là et aussi puissant.  Les pays qui comme la France ont fait le choix de l'étouffement fiscal  stagneront dans la durée.  L'Europe  prisonnière de ces contradictions essaiera de manœuvrer pour essayer de dégager la charrue qui est désormais bien calée sous les pieds des boeufs.  Les Etats-Unis  n'ont pas défini de stratégie alternative : leur horizon est médiocre. La Chine ne pourra pas indéfiniment poursuivre une politique mercantiliste. Le Japon ne peux plus laisser sa monnaie s'apprécier plus avant tout en laissant l'endettement interne atteindre des sommets phénoménaux.  

 
Donc quelque chose cèdera.  A l'impossible nul n'est tenu .


2006 avait été l'année de l'illusion : on était sorti de la crise de 2001-2002. Mais dès juillet aux Etats unis la construction avait baissé ainsi que les prix de l'immobilier. Et le marché des CDS s'emballait.


2007 aura été l'année de l'incompréhension.  Le marché bancaire s'était bloqué. On ne comprenait pas pourquoi.  Les banques tentaient de se passer le mistigri des mauvaises dettes. Mais l'économie était en pleine phase de haute conjoncture. Le petit nuage noir du marché interbancaire surprenait dans le ciel grand bleu de la croissance.


2008 aura été l'année de la stupeur : une crise de type 1929 était finalement possible alors que tout allait si bien.


2009 aura été l'année du choc. L'effondrement économique est énorme. Du jamais vu depuis les années trente. Les banques centrales sont débordées. Les Etats entrent en jeu. Tout le monde fait ce qu'il s'était juré de ne jamais faire.  


2010 aura été l'année de la faillite des illusions. La guerre des monnaies, la déréliction des finances publiques des Etats sont venus à bout des certitudes.  Les banques centrales vertueuses se mettent à faire tourner la planche à billets. Les politiques ne savent plus à quel saint se vouer. Partout dans le monde les Etats tirent à hue et à dia en se moquant des "consensus"  dont on se repaissait naguère.


2011 sera l'année de la peur.  Normalement l'année devrait être une année de consolidation avec un rattrapage faible mais réel .  Comme tout peut arriver, les agents vivront dans la peur. Peur de l'explosion des prix des matières premières et notamment du pétrole ; peur de l'explosion de la zone Euro ; peur de perdre toute son épargne ; peur de perdre son emploi ; peur que sa progéniture n'arrive pas à s'insérer dans les nouveaux  courants économiques ; peur de mouvements sociaux destructeurs ; peur de l'effondrement des banques… et le H1N1 revient !  


Si les Etats se concertaient autour d'une réforme structurelle des changes et du système financier mondial, montrant à la fois qu'ils avaient compris la crise et mis les moyens d'en sortir dans la durée, toutes ces peurs s'évanouiraient en un instant.  
Notre vœux pour 2011 est tout trouvé :

Sortir de la peur !


par la réforme du système monétaire international.



Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Quelle réforme du système monétaire international ?

Toute réforme doit être associée à un diagnostic de ce qui ne va pas et à des objectifs clairs. Sinon, il ne s'agit que d'un jeu d'esprit ou d'une aventure.  L'objectif ne peut être que le plein emploi généralisé basé sur la croissance durable la plus rapide possible.

Allons à l'essentiel.

1. La question de la monnaie de réserve internationale

L'utilisation d'une monnaie nationale comme monnaie de réserve internationale a été la source de la plupart des difficultés depuis la fin des années cinquante. Rien ne vient garantir que la nation disposant de ce privilège considérera avoir la moindre responsabilité dans la prospérité générale. Le "benign neglect" dans la gestion du dollar a été de règle depuis le milieu des années 60 et a pris un aspect cynique avec la mandature de Reagan aux Etats unis.  Quelles sont les conséquences ? La nation concernée paie tout dans sa propre monnaie et se moque de ses déficits extérieurs. Ses déficits extérieurs sont structurellement le seul moyen que l'on peut trouver pour créer de la liquidité internationale.

Ce mélange de nécessité et d'arbitraire est par nature explosif.
 
Les pays excédentaires, globalement pour le même montant que les déficits, peuvent replacer leurs réserves dans cette monnaie.  Le déficit extérieur du pays émetteur de la monnaie internationale entraine ipso facto chez lui une création monétaire induite par le ce replacement des réserves.  Les banques centrales des pays excédentaires peuvent à leur choix créer en contrepartie de leur réserve des liquidités banques centrales  provoquant par le mécanisme du multiplicateur de crédit une hausse importante de la création monétaire et de la dette. On se trouve donc dans la situation où une double pyramide de crédits se met en place et le cercle vicieux de la création de dettes s'enclenchent, modéré par des crises périodiques de liquidité et de solvabilité  d'ampleur croissante.

Ces crises sont obligatoires.

Le taux de rendement marginal moyen des placements de la monnaie en excédent baisse et une masse croissante de crédits est aventurée. Une crise de solvabilité se déclenche qui enraîne la méfiance et une crise de liquidité. Ou la monnaie excédentaire part dans une bulle spéculative qui finit par éclater. Ou encore l'inflation galope sans pour autant pousser à la croissance de la production. 1974 et la stagflation, 1993, et l'explosion de la bulle immobilière sur les bureaux, 2000-2001 et l'explosion de la bulle sur les NTIC, 2007 et le blocage des liquidités puis l'explosion du système bancaire : chacun reconnaîtra la force du mécanisme sous jacent à l'oeuvre depuis les années 60. 

Ce mécanisme a d'abord fait sauter les accords de Bretton-Woods (les Allemands n'acceptant plus de créer de la monnaie chez eux du fait de leurs excédents). Ce fut la crise de 74. Finalement il a fait sauté le système mondial  quand la dette accumulée a fini par valoir des multiples du PIB des états. Nous avons le privilège de vivre ce moment intéressant. 


Si on accepte ce diagnostic, la solution devient simple : il faut renoncer à utiliser une monnaie nationale comme monnaie internationale.

Comment faire ? Là les solutions sont extrêmement nombreuses et il serait présomptueux d'en choisir une parmi plein d'autres. Il appartient à la négociation de faire apparaitre le champ des possibles.

L'étape obligée  est le passage par une unité de compte internationale indépendante d'une monnaie particulière. 

Il faut éviter évidemment de l'appeler DTS, chef d'œuvre de terminologie hypocrite. Nous  avons suggéré depuis le milieu des années 90 le nom de  Mondio. Mais nous n'avons pas de vanité d'auteur.  Le Bancor fait une référence obligée à l'or. Le Mondio  laisse plus de portes ouvertes.  

Sur la définition du Mondio plusieurs théories s'affrontent.

Certains pensent que le rôle de l'or doit être central.  Avec lui on est sûr de ne pas être dans la dépendance pour la création monétaire des bonnes idées intéressées des états.   Il est vrai également que le risque mille fois dénoncé d'une pénurie d'or ne s'est pas réellement matérialisé.   Les arguments en sens inverse  sont nombreux, à commencer par l'inégalité de la répartition du stock d'or et de la production d'or, donnant des privilèges  immédiats ou durables à certains,  dont la justification n'est pas évidente.  

En vérité un système de compensation des balances de paiements basé sur l'or est parfaitement possible.  Car l'or en fait ne circulera pas. On n'est nullement obligé de monnayer l'or pour les transactions courantes.  Il s'agit d'unité de compte. L'important c'est que les compensions se fassent dans une unité indépendante des parties et qui les obligent.

On peut  aussi  réserver une place à l'or dans un panier d'actifs comprenant d'autres ressources naturelles comme le pétrole, les métaux rares ou ce qu'on trouvera expédient d'intégrer. Ici encore le but est d'obtenir une référence théorique indépendante de la volonté et du pouvoir d'influence d'un seul acteur.

L'utilisation d'un panier de devises est également envisageable.  L'inconvénient est de fonder une construction administrative sur d'autres constructions administratives. La somme d'arbitraires est nécessairement arbitraire. Le ciment c'est bien. le béton armé, c'est mieux. Mettre quelques poutrelles  dans le mélange ne serait pas du luxe.  Et la discussion sur le panier de monnaies peut être âpre si certains ont des politiques monétaires agressives. Le Yuan sous évalué est mal venu.  Le dollar à l'abandon pose problème.

Notre solution préférée est un mélange entre monnaies et  biens réels dans une alchimie qui laisse la majorité aux biens réels.

L'important est de rendre impossible le replacement des réserves des créanciers vers les débiteurs. Celui qui veut accumuler des réserves ne gagnera rien. Il aura des réserves. Elles ne pourront servir qu'à augmenter la création de monnaie chez lui, stimulant l'activité et les importations , donc pesant en faveur d'un rééquilibrage de la balance commerciale et de paiement.  Le pays déficitaire de son côté ne bénéficiera plus d'un retour automatique de la monnaie internationale  perdue. Obligé de tenir un tant soit peu ses réserves, il sera obligé de freiner ses importations et de rétablir ses grands équilibres.

Ce mécanisme général doit s'accompagner de multiples réformes annexes  comme l'impossibilité pour les banques centrales de conserver dans leur réserve plus qu'un stock outil de devises autre que la monnaie de compte internationale.

Le FMI jouerait le rôle prévu par Keynes : il aide les pays qui se sont laissés prendre dans une glissade monétaire à sortir de la crise de liquidité sans passer automatiquement par une  déflation et une récession.  Rappelons que le but est toujours le plein emploi. Il faut éviter les ajustements durs et traumatisants.

Au total les déficits excessifs comme les excédents excessifs sont bannis. Mais les transitions pour un retour à la normale sont adoucies.

2. La question d es changes flottants.

On peut parfaitement imaginer qu'une fois la monnaie de compte internationale définie, on laisse les monnaies flotter.  Dévaluation  des uns et appréciations des autres auront tendance à s'équilibrer sans remettre en cause la valeur pivot de l'unité de compte.  Les mouvements de capitaux n'auront plus la même capacité à contrarier le retour à l'équilibre des balances  déséquilibrées.

Néanmoins nous sommes favorables  à une système de change fixe et ajustable par consensus.

La raison en est double.

L'engagement des états dans la stabilité de leur monnaie, définie par rapport à l'unité de compte internationale et non pas en comparaison avec un indice des prix  plus ou moins arbitraire, est nécessaire. La monnaie n'est pas uniquement le fait des banques centrales. C'est un bien d'état et sa valeur dépends non seulement des politiques monétaires mais aussi du budget et des politiques économiques suivies.   Le double engagement des banques centrales et des états sous la supervision d'une autorité internationale  est de nature à mieux garantir la pérennité du système. On a vu que les banques centrales, garantes de la solidité de place des banques n'ont pas été capables de juguler l'immense gonflement des bilans des banques  et que les états ont été obligés de sauver le système avec l'argent des contribuables.

Le système qui veut que les banques dépendent exclusivement des banques centrales et de leur surveillance,  et que le seul  objectif des banques centrales soit la valeur interne de leur monnaie par rapport à un indice des prix à la consommation  a montré ses déficiences structurelles.

On ne peut pas le sauver.

L'autre raison est que les changes flottants entraînent l'ensemble des économies dans la spéculation et fondent l'économie-casino.  La double spéculation sur l'objet du contrat et la monnaie dans laquelle il est libellé implique des montages complexes et rapidement indéchiffrables. La plupart des spéculations  faites par des opérateurs suréquipés d'ordinateur et de logiciel ad hoc n'ont aucun intérêt collectif et créent  des mouvements parasites extrêmement dangereux.

On n'a pas le chiffre car il  n'est pas, hélas,  collecté par les instituts de statistiques.  Mais l'impression qui se dégage des discussions avec les opérateurs laissent penser qu'environ 80 à 90% des transactions sur les marchés des changes sont déclenchées non pas par des ordres des acteurs de l'économie réelle mais par des ordinateurs programmés pour jouer sur les écarts permis par la flottaison et la continuité des cotations. La spéculation robotisée n'est pas l'avenir de l'économie mondiale mais une source d'inquiétude. Comme le recommandait Maurice Allais il faut aller  sur tous les marchés vers la cotation unique quotidienne et réduire d'une magnitude la complexité  des contrats.

Le monde a les moyens de casser les reins de la spéculation mondiale sur les monnaies. On peut notamment interdire la spéculation sur le cours des monnaies et les dévaluations. Le "short" sur les monnaies façon Soros avec la Livre sterling naguère doit simplement être interdit. Ce genre de mesures ne doit pas faire peur.   

La question qui demeure est la faisabilité géopolitique  d'un schéma allant dans le sens de nos préconisations.

Les Etats-Unis  ne veulent pas perdre le privilège du dollar qui signerait pour eux une double défaite économique  et politique.  Les Etats Unis jouent largement les gendarmes du monde avec du dollar galvaudé.  Sans dollar ils sont impuissants à continuer dans ce rôle. L'Occident qui a délégué aux Etats Unis leur défense sont-ils prêts à changer de politique ? Les Etats-Unis sont ils décidés à abandonner ce rôle ?  Ces questions ne sont pas minces et pèsent sur l'acceptabilité de nos solutions.  On voit que partant de la monnaie on aboutit à rééquilibrer l'OTAN et ses financements.  La question de la monnaie a  des ramifications surprenantes.

La Chine est-elle prête à abandonner sa politique mercantiliste d'accumulation de réserves  tout en freinant  son expansion intérieure ou en la gérant avec des stop and go perturbateurs ?  Dans un accord général elle serait doublement obligée de changer de politique : elle ne pourrait plus accumuler des excédents imbéciles ; elles ne pourrait plus garder une monnaie dévaluée de façon caricaturale.  Elle doit être mise devant cette réalité incontournable : pas d'accès au monde sans respecter les autres et se plier aux  règles communes  !  Le monde a le pouvoir de faire plier la Chine.  Si le monde établit un droit de douane augmenté de 50% sur les produits exportés par la Chine et interdit les mouvements de capitaux vers la Chine,  après avoir redéfini leur propre système de relation monétaire sur une base très dévaluée, la Chine fait quoi  ?  Elle perd ses réserves et le moteur de sa croissance.  Et la face.

L'Europe  est très mal placée dans la nouvelle donne. Son schéma d'organisation est défaillant. La monnaie est extra nationale, fondée sur un seule objectif de niveau des prix à la consommation,  et il n'y a pas de gouvernance économique européenne.  La réforme que nous proposons met à nu ces carences. Il est vrai qu'elles sont tout aussi à nu dans le système actuel.  Mais s'il faut une conjonction harmonisée des politiques d'état et de banque centrale pour maintenir stable la valeur externe  d'une monnaie , le cadre européen  actuel est totalement antinomique.

La stabilisation générale des monnaies dans le système proposé serait pourtant  très utile à l'Euro, un ilot de fixité dans un océan de fixité vaut mieux pour cette monnaie qu'un ilot de fixité dans un océan de flottement.

La défense extérieure d'une monnaie étant l'affaire conjointe de la banque centrale et de l'état, l'Europe ne saurait échapper, sauf à en finir avec l'Euro, à une forme de gouvernance  économique européenne. La gestion par les normes ne suffit plus. C'est l'ensemble des moyens étatiques qui sont mobilisés dans une politique de défense de la valeur externe d'une monnaie.

En contrepartie l'Europe cesserait d'être" l'homme malade" du monde et victime expiatoire  du combat Chine- Etats-Unis.  Les produits devant finalement s'échanger contre des produits , son industrie cesserait d'être  perdante.

Au total ces réformes donnerait un monde fondé sur la parité des états et non plus sur l'affrontement des grands sauriens.

Elles permettraient de restaurer presqu'aussitôt le commerce international.  

Elles éviteraient le gonflement indéfini des endettements.

Elles mettraient fin à l'économie casino. 

Elle interdirait les grands déséquilibres commerciaux et financiers internationaux.

On notera qu'on ne revient en rien en arrière. Il n'y a pas régression vers un état antérieur mais construction de l'avenir.

Ces débats devraient former le cœur des discussions internationales et être au centre des débats nationaux.

On vérifiera qu'on en est loin. Et il est triste d'avoir à compter sur la loi d'airain de l'échec pour voir ces idées avancer.  Rappelons que nous entrons dans la quatrième année de crise.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



La crise a-t-elle ébranlé la pensée économique dominante ?

Avant la crise prédominait et depuis très longtemps, probablement depuis l'après guerre en en tout cas dans les années soixante, j'en témoigne,  l'idée confiante que le monde saurait faire face à une crise "de type 1929".  En mêlant le message de Keynes et celui de Milton Friedman, on pensait que la crise de 1929 était surtout due à des erreurs majeures  de politique économique et monétaire :

- Il ne fallait pas attendre que la reprise soit "round the corner" mais au contraire relancer l'économie par les investissement pour maintenir la demande globale quitte à aller assez loin dans les déficits

  Il était impératif que la banque d'émission relâche les disciplines et compense  la monnaie de crédits détruite par la crise par une libération de liquidité primaire et qu'on évite à tout prix la faillite des banques et la disparition des dépôts et de l'épargne qui leur est confiée. 

Si les états évitaient le chacun pour soi, les dévaluations compétitives et l'enfermement  dans une politique protectionniste,  alors le choc serait surmonté sans dommage.

Ces certitudes sont ébranlées. On a vu que la défense des banques  a bien eu lieu. Les déposants à  quelques exceptions près n'ont rien perdu. Mais au prix d'un transfert vers les états et la banque centrale d'une grosse partie des dettes.

Les plans de relance ont enrayé l'effondrement vertical du PIB  mais n'ont pas empêché une baisse importante. La production, notamment industrielle et les échanges ont été gravement atteints.  La conjonction de la récession, et donc de recettes fiscales en forte baisse et d'un accroissement de la dépense,  a crée un gouffre budgétaire financé par l'emprunt et donc un gonflement intense de l'endettement des états, alors que la cause de la crise était un sur endettement général. 

On a vu la dépense de certains états dépasser de plus de moitié  leurs recettes.

Le problème, c'est que pendant quarante ans les états ont pratiqué un keynésianisme larvé qui a vu la part de la dépense publique dépasser la moitié du PIB, là où elle s'établissait au quart un siècle auparavant.

La France a malheureusement joué ce jeu là de façon aventurée. En déficit permanent depuis la récession de 1974, la France avait déjà accumulé une dette  d'état intolérable.  Elle n'a jamais  joué le jeu des pays qui à la suite de la crise de 93 avaient mis un peu d'ordre dans l'exaltation dépensière générale.

Ceux des pays qui avaient cru devoir leur croissance essentiellement à la finance, comme l'Islande, à l'immobilier comme l'Irlande, certains pays baltes l'Espagne et  le Portugal, ou aux deux, comme l'Angleterre, se sont retrouvées à la fois avec des dettes privées impossibles à rembourser et des déficits publics difficiles à refinancer.  Ne parlons pas de la Grèce  qui a cumulé tricheries d'état et n'importe quoi démagogique  généralisé.

Le résultat est aujourd'hui clair : compte tenu du poids des dettes privées et publiques cumulées  personne ne voit plus de solutions à court terme. La perspective d'une crise longue, de 6 à 10 ans, comme la crise de 1929, s'installe. 
 
Certes l'effondrement total du système de production et de l'organisation bancaire a été conjuré. On n'a pas connu des baisses de 40% du PIB ou des chômages à 25% de la population active. La production industrielle s'est effondrée  tout de même de 20%  à 30% dans bien des pays occidentaux et le commerce mondial après avoir brusquement décru, ce qui ne s'était jamais vu depuis la guerre, n'a pas refait le terrain perdu trois ans et demi  après le début de la crise.

Et la peur est partout.

Pourquoi ? On a magistralement traité la crise de 1929, sans se rendre compte qu'on n'était plus en 1929.

La crise de 1929 est la fille tardive de la guerre mondiale de 1914 et des énormes déséquilibres politiques et économiques qu'elle a créés. L'écart était trop grand entre une Amérique  enrichie et concentrant tout l'or du monde et une Europe convulsive  et ruinée.  Le retour à un certain ordre économique et monétaire international  s'avérait très difficile.  La guerre de 14 était d'un nouveau genre. : totale, mondiale, industrialisée.  On ne pouvait pas en sortir par le versement d'un tribut  comme celui payé par la France à Bismarck. 

On a voulu revenir trop vite à une orthodoxie monétaire, basée sur l'étalon-or.  La finance était concentrée aux Etats-Unis.  Un Gold exchange standard à deux monnaies de références, le dollar et la livre sterling,  s'est mis en place qui était intrinsèquement pervers.  L'énorme bulle financière qui s'est développée aux Etats unis a fini par exploser.  Personne n'a compris ce qui se passait. Et d'erreurs en erreurs la dépression s'est généralisée.

Notre Grande récession se produit dans un contexte extrêmement différent.  Il n'y a plus de guerre mondiale depuis 65 ans. La guerre froide a disparu depuis 20 ans. Le monde s'est mis au commerce pacifique et régulé par des instances internationales ad hoc.  De "miracles" économiques en miracles" économiques à peu près toutes les nations  ont vu leur richesse fortement augmenter, y compris celles qui avaient connu la pauvreté socialiste de longue durée.

Et voilà qu'au lieu de connaître le bonheur d'une croissance stable et de longue durée, ce monde apaisée sombre dans la récession la pire depuis 1929 ! Et voilà que la vulgate économique consensuelle née de  1929, enfin appliquées en vrai, aboutit à une impasse !

On comprend la perplexité des élites et des économistes de cour qui les éclairent.   Non seulement il ne devait y avoir de crise, non seulement la crise n'a pas été prévue mais les moyens  de faire face à une récession dans lesquels  on avait placé la plus grande confiance  s'avèrent plus que problématiques.

La perplexité n'est pas de mise.  Si le système a explosé c'est qu'il était voué à exploser.  Ceux qui avaient localisé précisément les failles du système économique et financier savaient qu'il exploserait et l'on d'ailleurs écrit. Pensons à Maurice Allais et son "Ce qui doit arriver arrive".  les autres n'ont rien vu venir et s'avèrent totalement impuissants à guider la sortie de crise.

La crise remet en cause la confiance naïve qui s'était installée depuis les trente glorieuse dans la capacité de la sciences économiques de  guider utilement les politiques pour maîtriser  une récession grave et  l'empêcher de tourner à la récession.  Trois ans après la première explosion, le blocage du marché interbancaire de juillet 2007, deux ans après l'explosion de Wall Street et la faillite généralisée du système financier mondial,  un an après la première crise de l'Euro, on en est toujours à  craindre la prochaine explosion financière et à constater des niveaux de chômage intenables, des endettements intolérables, des échanges qui ne redémarrent pas.

En revanche la crise n'a toujours pas remis en cause les pensées économiques fausses  qui ont permis la création d'un système taré dont les graves infirmités ont causé la crise et empêchent la sortie de crise.

 Comme en 1929 où on a cherché à sortir d'un système  avec  des idées décalées de la réalité. On croit pouvoir guérir  la crise  avec un référentiel idéologique  totalement décalé par rapport aux réalités et aux besoins. 

Le système de monnaies nationales artificielles, gérées par des administrations extra politiques inféodées au système bancaire, dont le cours respectif serait flottant dans un monde sans aucune régulation financière, a explosé. 

En 1929, c'était un système à la va comme je te pousse lié aux désordres d'après  qui avait fini par  craquer aux coutures.  Là c'est une système voulu et construit dans la durée qui s'effondre.  On a voulu et construit un monstre inefficace et dangereux.   Pendant quarante ans !  A chaque crise, chaque fois plus grave,  on a cherché à ne pas voir ce qui venait du système.  On a inventé des explications fumeuses et parfois injurieuses. Rappelons nous les "cronies" de 1998 !

Aujourd'hui le roi est nu. Le système des changes flottants et des monnaies nationales  totalement artificielles gérées par des banques centrales indépendantes est mort au champ du déshonneur de la pensée économique  inconsistante.

Reste à signer l'acte de décès.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile



Le futur discours inugural de Sarkozy au G.20

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes réunis à un moment très particulier de notre histoire récente. Depuis juillet 2007 et le blocage du marché interbancaire, le monde est en crise. Les troubles financiers ont culminé en septembre 2008 entraînant la plus grande récession depuis les évènements tragiques de 1929.  Les conséquences ont été dramatiques : des millions d'hommes ont été confrontés à un changement majeur de leurs conditions de vie. Les Etats sont désormais alourdis par des endettements colossaux  et ont perdu beaucoup de leur marge de manœuvre.  L'activité est basse et incertaine partout dans le monde et inquiétante dans les pays développés.   

Ce G.20 a fait preuve  dès qu'il a été réuni  après l'éclatement financier, du meilleur esprit de coopération. Tous ses membres ont parfaitement compris que sans coordination et sans esprit d'unité, la récession tournerait à la dépression. Nous avons évité à ce jour cette funeste évolution.  Mais rien n'est gagné. L'inquiétude est partout devant une reprise économique réelle qui ne vient pas. Des tensions peuvent être constatées partout et sur tous les fronts.

Notre mission aujourd'hui est d'éviter que la stagnation s'installe dans l'instabilité générale avec des risques évidents de crispation et de mesures à l'emporte pièce destructrices du fragile équilibre actuel.  C'est notre urgence d'aujourd'hui. En même temps, nous devons absolument éviter le retour d'une pareille crise et corriger tout ce qui est à la source du malheur qui nous frappe depuis maintenant trois longues années.

L'explication de la crise doit être au cœur de nos raisonnements.  Sans diagnostic exact pas de thérapeutique efficace, ni à court, ni à long terme.

Ce diagnostic peut-il être formulé avec un certain degré de certitude ? Heureusement oui. 

Le monde a essayé depuis 1971 et la destruction du système de Bretton Woods une formule d'organisation monétaire nouvelle, qui jamais dans l'histoire n'avait été essayée : les changes flottants avec une monnaie de réserve internationale appartenant à une nation particulière.

Dès l'instant où cette formule a été mise en place, les "trente glorieuses" de la croissance presque continue, se sont évaporées.  Les années 70 verront ce qu'on a appelé la stagflation, c'est-à-dire une inflation à deux chiffres avec une stagnation économique de longue durée et de très graves difficultés pour ne nombreux états.  Tout cela se terminera au début des années 80 par une récession provoquée afin de mettre fin à  la dérive des prix.

Les années 80 ne seront guerre meilleures. Certes, on constatera pendant deux trois ans une forte reprise économique mais elle débouchera sur une bulle financière et immobilière de grande ampleur  qui finira par exploser et entraînera la crise de 92-93 qui, déjà, était la plus violente depuis la crise de 1929.

La décennie 90 sera traversée de crises financières et monétaires violentes, dont la crise dite "des pays émergents" fut l'acte le plus représentatif.  Des politiques monétaires laxistes ont permis  alors de surmonter ces crises mais au prix de nouvelles bulles et d'une nouvelle récession internationale au début des années 2000.

A nouveau il a fallu ouvrir toutes les vannes de la création monétaire pour tenter de la  surmonter. Nous avons à peine eu le temps  de revenir à une certaine normalité que cette fois ci le système financier et monétaire mondial explosait.

Le système de monnaies administrative et de changes flottants que nous avons mis en place de façon un peu aventurée à partir 1971 n'a jamais fonctionné. Et après quatre décennies d'échec, on peut légitimement craindre qu'il ne fonctionne jamais.  

Il est vrai que l'abandon  des dispositions de l'accord de Bretton Woods n'a pas été provoqué par des considérations doctrinales. Les changes flottants n'étaient pas un système recommandé par la science économique unanime. La simple consultation des grands manuels d'économie de l'époque montre que l'hypothèse des changes flottants était à peine évoquée, jamais conseillée.  On se contentera donc des affirmations d'un seul auteur qui affirmera que ce système aurait de merveilleuses conséquences : diminution des réserves de changes et moindre stérilisation du capital ; répartition optimale des capitaux mondiaux ; convergence des taux d'intérêt,  absorption plus souple des chocs externes, stabilisation d es taux de changes.
    
Ces  prévisions apparaissent aujourd'hui comme des fariboles. Jamais les réserves de changes n'ont été aussi hautes dans tous les pays ; jamais les écarts de taux d'intérêt n'ont été plus importants ; jamais les capitaux ont été plus dévoyés qu'aujourd'hui dans des opérations purement spéculatives  au détriment de la création de richesses ;  jamais les changes n'ont été plus volatils.

Les changes flottants n'ont jamais produit les effets heureux annoncés. En revanche, que d'effets pervers !

La conjonction des changes flottants et d'une monnaie internationale de facto basée sur une monnaie nationale a entraîné l'apparition de mécanismes délétères qui ont sapé l'équilibre de l'économie mondiale.

Le phénomène le plus grave est celui de la double pyramide de crédit décrit par le grand économiste Jacques Rueff et confirmé par le prix Nobel d'économie Maurice Allais.  La monnaie dominante pour  être utilisée mondialement supposait des déficits extérieurs permanents de balance de paiement , dont le financement ne pouvait se faire que par des souscriptions venant  de pays excédentaires.  Un tourbillon s'est ainsi créé où les pays excédentaires recevaient  des avoirs contre lesquels ils battaient monnaie locale mais ces réserves étaient aussitôt replacées dans le pays émetteur où ils justifiaient une nouvelle création monétaire.  

Cette valse dangereuse a eu des conséquences mortifères :  la première est le gonflement partout de l'endettement. A la veille de la crise de 2007, l'endettement global dans la majorité des pays importants dépassait les 300% et pouvait atteindre de taux encore plus importants chez certains.  Il est évidemment impossible de gérer durablement des taux d'endettement pareils.

Le système financier a, au moins dans un premier temps, fortement bénéficié de ce gonflement gigantesque de l'endettement : c'est lui qui le sert !   On a vu les résultats du secteur s'envoler et avec lui le niveau des rémunérations de ses personnels qui est devenu rapidement  indécent.  En même temps les changes flottants ouvraient la possibilité d'une économie casino  d'une  complexité toujours croissante.  La spéculation et l'importance des aléas nouveaux  ont entraîné une imagination technique non maîtrisée avec la création de  contrats de plus en plus obscurs et dangereux.     

Plus on augmente les prêts, plus ceux-ci sont spéculatifs, moins ils n'ont de sens dans l'économie réelle.  On ne peut pas avoir un système financier qui prend l'ascenseur pendant que l'économie réelle prend l'escalier.

Tous ceux qui avaient observé et compris ces mécanismes, à la vérité tellement massifs qu'on se demande comment ils ont pu être ignoré par le plus grand nombre des observateurs,  ont annoncé que l'explosion arriverait et qu'elle serait terrifiante.

Si le marché interbancaire s'est bloqué c'est bien entendu parce que chaque  banques savait que ses consœurs étaient comme elle-même gorgées de prêts aventurés, complexes, à l'issue incontrôlable.  Du jour où le système bancaire fut miné par la méfiance il était voué à s'écrouler et il le fit en moins d'un an.

Le monde ne peux plus fonctionner sur la base des changes flottants et d'une monnaie internationale qui soit celle d'une seule nation, qui a&