"La Grève" de Ayn Rand

Il est des conjonctions amusantes.

La campagne américaine pour les présidentielles fait apparaître la France comme une sorte de repoussoir. Obama c'est la "social-démocratie à la française", la haine de l'entrepreneur, le mépris du succès, le triomphe des "pillards" qui exploitent les masses pour satisfaire des désirs qu'ils seraient incapables d'envisager sans le vol de la création des autres. En un mot l'horreur absolue. Réciproquement les journalistes de tout bord en France  font des "Tea Parties" qui ont secoué l'Amérique, le témoignage d'une sorte d'effondrement moral de la droite américaine qui aurait cessé de consentir au "politiquement correct" social nécessaire à la perpétuation du système.

Un film sur la Dame de Fer met dans la bouche de Mme Thatcher le même mépris : "vous voudriez imposer les Britanniques à 85% comme les Français". Qu'elle a été haïe Mme Thatcher, injuriée de toutes les façons par ceux-là même qui ont fait de la prédation fiscale et la récupération personnelle de l'argent des autres leur seul crédo ! "Reagan le clown et Thatcher la salope" ont été la manière convenue , on n'ose pas dire "de gauche", d'évoquer ces deux dirigeants sur les forums du net. Le film en question est magnifiquement interprété par Méryl Streep, il faut le reconnaître et techniquement sans faille. Mais il est oiseux. Laisser de Mme Thatcher l'image d'une femme touchante mais lamentable accablée par l'âge et abimée  par la maladie d'Alzheimer est une atteinte à la dignité essentielle d'une personne publique.  Si on tournait un film sur Léon Blum en pitoyable vieillard égrotant et troublé par les fuites de sa couche "Confiance", nous aurions une émeute dans tous les médias de gauche. Mais bon !

Et voici le bouquet : la parution en France, enfin  dans une excellente traduction,  du livre majeur d'Ayn Rand, La Grève (Atlas Shrugged) aux éditions Les belles lettres  grâce à la fondation Andrew Lessman (ISBN : 978-2-251-44417-8).

Ce livre n'est pas récent : il date de 1957, année de sa parution aux Etats-Unis. Il a connu un succès universel et immense. Les sondages  montrent que les américains y voient le livre  qui les a le plus influencé après la Bible, ce qui est curieux vu l'absolu athéisme de l'auteur.  Depuis qu'Obama a été élu le livre s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires aux Etats-Unis, succès renouvelé qui a conduit à sa parution en France, avec (seulement) 54 ans de retard.

Il est vrai que ce livre sera probablement reçu par la majorité des lecteurs français comme le serait en Corée du Nord un livre qui ne considérerait pas les KIM comme des dieux vivants. Il prend à revers tout le prêchi-prêcha qui justifie en France la détestation des entrepreneurs, les impôts spoliateurs, la multiplication indéfinie des "droits à", le justicialisme à la petite semaine qui veut que le faible ait raison contre le fort, le public contre le privé, le salarié contre l'entrepreneur, le client contre le fournisseur, le malade contre le bien portant, le piéton contre l'automobiliste, le fainéant contre le travailleur, l'abusif contre l'abusé, l'immigré contre le "petit blanc", le squatter contre le proprio, le délinquant contre l'honnête homme ("beauf" nécessairement "beauf"), le faucheur d'OGM contre le paysan…

Le livre n'est pas un roman mais ce qu'on pourrait appeler un conte ou une parabole philosophique. Il appartient plus à la catégorie de livres comme "Candide" ou "Les Lettres Persanes". En plus long : 1168 pages serrées !

Les personnages et les situations sont définis en fonction des thèses qu'ils doivent justifier. Ayn Rand est une intellectuelle de haute volée. Wikipedia indique justement :"Ayn Rand a, au fur et à mesure de ses écrits, constitué un mouvement philosophique intitulé l'« objectivisme » reposant sur le postulat selon lequel « ma philosophie conçoit essentiellement l'Homme comme un être héroïque dont l'éthique de vie est la poursuite de son propre bonheur, la réalisation de soi son activité la plus noble, et la Raison son seul absolu »".


Il ne faudrait pas croire que cette préoccupation philosophique rend le livre pénible et verbeux. Au contraire. Il se lit d'une traite avec de nombreux "morceaux de bravoure".


Nous n'aurons pas ici la prétention de le résumer.  Nous conseillerons plutôt de le lire, car indiscutablement l'œuvre est majeure et d'une grande actualité. 


Ayn Rand considère comme amoraux les cyniques qui, au nom de la haine de soi, essaient de détruire ceux qui méritent, par leur succès, l'estime de l'humanité, provoquant une totale inversion des valeurs. Elle juge intolérable ceux qui utilisent la force, non pas pour protéger la société, mais pour satisfaire les désirs de groupes prédateurs sur le dos des producteurs compétents, généralement en prenant la défense des besoins de la masse des incapables frustrés et envieux qui attendent des autres des satisfactions qu'ils seraient bien incapables de s'offrir sur leurs seuls mérites.


En un mot une forme d'égoïsme est salvatrice. Si les héros qui portent le monde à bout de bras, Atlas dans son image figurée, faisaient grève (d'où le titre) , la collectivité des pillards en serait pour sa violence stérile. Elle crèverait la bouche ouverte.  Sans la gamelle remplie par ceux qu'ils méprisent tous les grands prêtres du pillage organisé de ceux qui travaillent et réussissent seraient réduits au néant.


Ayn Rand frappe les religions toujours promptes à condamner "le profit" et à culpabiliser la vie, et les adeptes d'un pouvoir politique imposant le vol systématique des individus méritants. Disons que ce qu'on appelle parfois les "christo-cocos" n'ont pas particulièrement les faveurs de Mme Rand, juive agnostique qui a réussi à s'échapper d'Union soviétique au milieu des années 20 !


L'originalité de l'œuvre de Rand est justement qu'elle ne cherche pas à faire la critique facile d'un enfer mythifié dans le répulsif comme l'URSS. Ce sont les forces internes mortifères qui selon elle travaillent la société occidentale qu'elle met en scène pour démontrer leur caractère intolérable. 


Elle ne condamne pas "les autres", mais ce qui en nous trahit la vie et la grandeur de l'humanité et pour commencer la raison. "La Grève" est un immense salut à la puissance créatrice de l'homme rationnel qui dompte la nature et se construit un destin. Le savant qui a trouvé, l'entrepreneur qui a innové, l'ouvrier ou le cadre qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes dans le cadre d'un projet qui exige qu'ils se dépassent et qu'ils fassent preuve de compétences rares, sont les héros de l'humanité, pas les curés ni les commissaires politiques qui ne pensent qu'à les entraver. Ils ont droit à la juste rémunération de leurs apports et la force publique n'a aucun droit de les spolier.


On pourrait citer des dizaines d'extraits et il est difficile de trouver la citation courte qui permettrait de bien introduire à la pensée d'Ayn Rand. L'auteur est prolixe et dans ce conte, lorsqu'un personnage réponds à une question, il peut le faire sur 10 pages !


Essayons avec ces quelques lignes (p.1062 de l'édition française) :


"Un gouvernement qui emploie la force  sans être agressé et sans la contrainte par les armes contre de victimes désarmées est un cauchemar, une machine infernale conçue pour annihiler la morale. Ce gouvernement niant sa légitimité passe du rôle de policier protecteur à celui de criminel, ennemi du genre humain, investi du droit d'exercer la violence contre des victimes privées du droit de se défendre. A la morale, ce gouvernement substitue une règle de conduite selon laquelle tout est permis à condition d'être du côté du plus grand nombre. Il faut être une brute, un fou ou un lâche, pour accepter de vivre dans ces conditions, pour signer des chèques en blanc sur sa propre vie et son propre esprit, pour admettre que certains aient le droit de disposer des autres à leur guise, que le désir de la majorité a force de loi, que la brutalité se substitue à la justice, à la réalité, à la vérité. Nous les hommes de l'esprit qui ne sommes ni maîtres ni esclaves mais qui vivons du commerce avec autrui nous n'émettons ni n'acceptons de chèques en blanc. "


Ayn Rand condamne aussi de façon sévère les profiteurs qui font du business en liaison avec l'état en profitant de leurs relations au sommet pour se créer des occasions de profits indignes sur le dos des autres. Les "brillantes réussites" construites dans la coulisse des palais nationaux sont pour elle méprisables. Elles sont factices et n'appellent que "des approbations qui ne reposent sur aucune valeur, des hommage sans contenu, des honneurs sans cause, une admiration sans raison, …".  Toute ressemblance avec la situation oligarchique française ne saurait être qu'une coïncidence, bien sûr.


L'actualité d'Ayn Rand en France est certaine. La France est le pays qui a trouvé normal de confisquer la totalité du revenu d'une vingtaine de milliers de ses citoyens pendant trois décennies, où le petit salarié est l'occasion d'un prélèvement fiscal de près de 60% et où les entrepreneurs et les cadres dirigeants voient leur rémunération subir une amputation souvent supérieure à 85% (Thatcher avait raison !).  C'est le pays où hauts fonctionnaires et camarillas politico-bancaires ou politico industrielles se gavent, se nomment et se répartissent des gains douteux qui doivent plus au soutien de l'état qu'à leur talent propre.  


Arcboutés sur leurs privilèges ils multiplient les "cadeaux" démagogiques aux masses et s'acoquinent avec les syndicats dans leurs pratiques les plus douteuses. Ils sanctifient, la bouche pleine,  les Restos du cœur. Ils crient inlassablement Vive l'impôt (des autres, car stock options et parachutes dorés bénéficient d'une fiscalité favorable). Ils massacrent le train de vie de la population moyenne aisée tout en organisant des sources de revenus dégrevées et massives pour quelques happy few, dont eux, en premier.


On a d'un côté le Baron Seillières qui organise sous l'aile de l'état ce qu'il faut, semble-t-il, appeler le pillage de sa parentèle et des contribuables, de l'autre des Pérol qui à prix d'or font des allers et retours entre le public et le privé, cumulant les avantages en fraude des règles, des syndiqués de la Sealink qui volent impunément, des comités de grandes entreprises ex publiques qui sont dans la délinquance perpétuelle payée comme pour EDF par un impôt sur les pauvres, des sénateurs qui se sont organisés une pantoufle en or massif, des oligarques qui ont créé leur fortune lors des dénationalisations  et qui vivent en symbiose avec le pouvoir, quand ils ne se battent pas comme des chiffonniers (voir l'affaire Areva ou l'affaire Renault). 


Les honnêtes entrepreneurs privés du bénéfice de leur travail ne pensent qu'à partir ailleurs devant la perspective effarante de nouvelles spoliations, cette fois ci définitives. Ainsi que les générations nouvelles talentueuses (cuisinier ou diplômé de grande école) qui rêvent d'un ailleurs où la vie réelle et morale serait possible par le travail, le talent, l'énergie, l'esprit d'entreprise. 


Ayn Rand a écrit un roman pour montrer ce qui adviendrait si ceux qui font marcher la machine cessaient de jouer le jeu et d'accepter le viol continu de leur vie. Il n'était pas trop difficile de prouver que l'incompétent et le parasite ne font pas couler des "fleuves de lait".   La France, dont les dépenses publiques excédent la production de ses entreprises privées du secteur marchand , et les Français, nés malins, essaient de prouver la même chose sur la base de travaux pratiques exaltés depuis 30 ans. Ils y arrivent très bien.  la France  vient de perdre son triple A !  Surement un coup des Tea-Parties et une manœuvre occulte du fantôme de Mme Thatcher!


En dehors du plaisir de la lecture de ce livre, souvent jubilatoire,  diffuser la pensée de Ayn Rand ferait beaucoup de bien en France où l'on préfère la chaleur du prêche à la lumière de la raison. Même si naturellement nous ne partageons pas toutes les théories de l'auteur, allant très au-delà de la simple économie, la dénonciation du tout état, tout impôt, tout dette, tout copain, ne saurait faire du mal à ce stade de l'effondrement français.  


Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile


PS : la sortie de ce livre a été pratiquement occultée en France dans les grands médias nationaux.

Note à l'éditeur : l'abréviation de Monsieur en Français est M. (M point). Mr (sans point), abréviation de Mister,  serait un anglicisme, parfois toléré.  Mais Mr. (Mr point) est un solècisme qu'on regrette de voir répété ad infinitum dans l'ouvrage. On met un point à une abréviation en Français si et seulement si la dernière lettre du mot abrégé ne figure pas. Mme, Mlle, Mgr n'ont pas de point car la lettre terminale apparait.

Euro : une question amusante.

Lorsqu'on regarde les numéros portés sur les billets de banques libellés en Euros, on constate qu'il y a une lettre devant le numéro proprement dit.Cette lettre indique qu'elle est la banque centrale nationale qui l'a émis, selon le codage suivant :

L Finlande, N Autriche, R Luxembourg, S Italie, T Irlande, Y Grèce, M Portugal, P Pays-Bas U France, V Espagne, X Allemagne, Z Belgique.

Chacun dispose donc dans sa poche de billets de différentes origines. Personne n'y prend garde car tout le monde croit que ces billets sont parfaitement "fongibles", c'est à dire ont exactement la même valeur d'usage et de réserve.D'aute part la thésaurisation est faible même en ce moment. La quantité de billets dans la masse monétaire est faible, même si elle est en augmentation constante depuis 2007.

On peut donc penser que tout cela n'a aucune espèce d'importance.

En fait un billet est une créance sur son institut d'émission. Un billet portant un x est une créance sur la BUBA allemande. Celui qui porte un u est une créance sur la Banque de France.

On se souvient que sur les premiers billets la signature avait un sens : elle garantissait la conversion en or des billets.  Aujourd'hui la créance du billet ne peut être exercé puisque la liquidité suprême est justement le billet. Si vous allez à la banque centrale exercer votre créance vous risquez d'être un peu surpris. Le trésorier de ladite aussi d'ailleurs.

C'est vrai si et seulement si cette monnaie n'est pas convertie ou échangée. Lors du passage à l'Euro tout billet en Franc pouvait être converti en billet en Euro.  Le billet porte un droit de conversion. Mais en quoi et à quel taux ?

La question n'est pas que théorique. Si l'Euro vient à être supprimé et que chaque nation retrouve sa souveraineté monétaire qui convertira quoi en quoi ? Cas plus réduit : si seulement un petit groupe de pays conservent l'Euro et que les autres reviennent à leur monnaie, comment la conversion se fera-t-elle ?

Prenons le cas de l'abandon général.

La France revient au Franc et l'Allemagne au Deutchmark.Vous avez dans votre poche des billets marqués U et d'autres X.On imagine que le cours du DM augmente sensiblement par rapport au Franc, soit dans le cadre d'un système de change fixe mais ajustable soit du fait du marché si les changes sont flottants.

En droit "normal" seul l'institut qui a émis le billet est responsable de sa conversion.  Par conséquent les billets codés X peuvent être présentés à la BUBA qui donnera des marks à charge pour vous de convertir en Franc si cela vous chante. Dans une telle hypothèse, il serait intéressant de conserver tous les billets marqués X dans l'espérance d'une plus value lors de l'explosion de l'Euro. Si tout le monde connaissait le truc on assisterait à une fuite devant la monnaie codée u qui seule circulerait. La monnaie codée x serait thésaurisée. C'est l'application du principe de Copernic (appelée à tort loi de Gresham qui n'a fait que recopier le texte de Copernic) qui veut qu'une mauvaise monnaie chasse la bonne des marchés.

Différentes théories circulent sur le net qui exploitent cette idée.

Sont-elles crédibles ?

En cas de disparition concertée de l'Euro (on voit guère qu'il puisse y avoir une disparition "sauvage") il est plus que probable que les autorités définiront le cadre d'échange. Elles fixeront très probablement un taux de un pour un avec les nouvelles monnaies. Les banques nationales n'auront pas le choix : elles remettent leur billets à la banque centrale pratiquement quotidiennement. On ne tient pas compte de la lettre. Elles se retrouveront immédiatement avec un compte en Franc ou en DM à la banque centrale de leur pays. Pour les particuliers la chose est plus compliquée : devront-ils donner à convertir  tous leurs billets quelque soit le code d'origine à leur banque habituelle ou à l'agence de leur banque centrale, à charge pour les banques centrales d'effectuer les conversions nécessaires ? La Banque de france émettra uniquement des Francs en contrepartie d'euros codés france ou allemagne. Que fera-t-elle des euros en X ? Peut-elle les annuler alors qu'elle ne les a pas émis ? Normalement non. Elle devra les présenter à la Buba qui lui donnera en contrepartie des DM qui entreront dans ses réserves. Si le change du DM monte par rapport au Franc, la plus value ira automatiquement à la Bdf.

Les particuliers français pourront-ils demander la conversion en Allemagne et se retrouver avec des DM ? Est-ce que la Buba convertira tousles billets ou seulement ceux codés X ?  Si toutes les lettres sont convertis le fait de stocker du X n'aura servi à rien. La Buba se retrouvera avec des Francs après que la compensation des billets en X et en U aura été faite. Avec un risque de perte en cas de baisse du franc.

On peut considérer que si la baisse du franc est certaine la Buba ne voudra pas prendre ce risque.

Dans ce cas elle ne convertira que les billets en X en DM et les autres en Franc avec accord réciproque de swap entre banque centrale. Elle donnerait alors des francs contre des billets codés U. Symétriquement la Bdf donnerait des DM contre les billets codés X. Comme il a y a beaucoup plus de billets codés X que codés U en circulation, du fait des déficits de paiements français vis à vis de l'Allemagne, les Français se retrouveraient avec une masse de DM dans leur poche.On aurait un manque de liquidité en Franc sur les marchés !

A chacun de faire ses calculs.

NB : Les instituts d'émission ont la responsabilité de la qualité physique de leurs billets. Lorsque les billets leurs reviennent tous les soirs, ils sont vérifiés et les billets U abimés sont remplacés par la BDF. Les billets X abimés sont renvoyés vers l'Allemagne qui doit en fournir des neufs. La BDF n'a normalement pas le droit de fournir des U neufs contre des X usagés. Il serait intéressant de savoir si cette règle est bien celle qui s'applique (impossible de le savoir semble-t-il avec les textes publiés. En tout cas on ne les pas trouvés). En tout cas la BDF a le moyen de connaître la ventilation par lettre de la masse de billets en circulation en France. On aimerait bien avoir ces chiffres. A votre bon coeur messieurs-dames !

Remarque : le fait que les billets soient codés indique qu'il y a bien en circulation des euro-DM, des euros-Francs etc. Il ne serait pas nécessaire d'imprimer de nouveaux billets si la fantaisie venait de créer explicitement des euro-francs convertibles en d'autres euro-monnaies. Pour les malvoyants, cela risquerait seulement d'être un peu pénible, sauf naturellement si on profite de leur retour en banque centrale popur les perforer donnant ainsi un moyen de reconnaissance tactile.

TVA "sociale" : la position du Cercle des économistes e-toile".

Nous sommes parmi ceux qui dès le milieu des années 90 ont fait la promotion du concept de TVA sociale.  On ne l'imagine pas aujourd'hui mais à l'époque la majorité des commentateurs et des économistes officiels prétendaient que la TVA était "neutre".

Il était très facile de démontrer le contraire.

Imaginons un pays A qui a choisi de mettre l'ensemble de sa pression fiscale sur l'entreprise et un pays B qui l'a mise sur la TVA. Admettons que ces charges doublent les coûts dans le pays A et portent à 25% la TVA dans le pays B.

Les entreprises du pays A sont obligées de répercuter dans leur prix les prélèvements. Pour un produit donné, le prix sera Prix de revient + marge + prélèvement vendu  dans le pays A et Prix de revient + marge + charge + TVA dans le pays B.   On voit que le prix du produit A dans le pays B comprend à la fois les prélèvements du pays A et les prélèvements du pays B.

En sens inverse le produit venant de B vendu en A ne supporte AUCUN prélèvement puisqu'il n'y a pas de TVA en A  et pas de prélèvement sur la production en B.

L'avantage compétitif des entreprises du pays B est extrême vis-à-vis des entreprises du pays A. Il n'y a aucune "neutralité" mais un avantage abusif. Il va de soi que si le pays A s'est de surcroit laissé aller à des prélèvements massifs, son désavantage s'accroit d'autant plus quand il voudra exporter.

Si on ajoute que le pays B a des salaires bien plus bas et jouit d'un taux de change manipulé à la baisse, et si on imagine que par des manipulations artificielles le coût des bas salaires a été gonflés pour des raisons politiques dans le pays A,  on aboutit pour le pays A à une situation désespérée. Il est voué au chômage, aux déficits extérieurs, à l'emprunt pour compenser ses déficits de paiements extérieurs.

Les Français, nés malins, n'ont jamais compris ces mécanismes élémentaires et se sont vautrés dans cette sottise. 

Les socialistes du "programme commun" ont hurlé : "l'entreprise paiera, nous prenons l'argent là où il est". La droite dirigée par des hauts fonctionnaires a crié : "socialistes vous n'avez pas le monopole du cœur" !  Le Smig est devenue SMIC puis de coup de pouce en coup de pouce il a exclu de l'emploi des millions de français fragiles. UMP et PS ont augmenté de 10 points de PIB les prélèvements en 40 ans. La dépense publique dépasse la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand. La dette globale a atteint les 400% ou à peu près. Le gouvernement Jospin a par des mesures malthusiennes lourdes paralysé la production (rigidité administrative, 35 heures etc.).

Les deux partis de gouvernement  ont adhéré à une Europe qui a supprimé le tarif extérieur commun qui compensait partiellement les écarts de niveau de vie et de contraintes de production et qui a voulu un Euro fort.

La perte de compétitivité a été totale :

- perte de compétitivité fiscale
- perte de compétitivité douanière
- perte de compétitivité monétaire
- perte de compétitivité de production.

Les résultats étant désastreux on a choisi non pas de prendre le taureau par les cornes et de remettre en cause toute cette folie mais de prendre des mesures circonstancielles non financées. La principale a été  naturellement le transfert d'une partie des charges sur les salaires au SMIC. Transfert sur quoi ? Sur la dette…

Il faut dire que de coup de pouce en coup de pouce on était arrivé au point où tous les entrants sur le marché du travail devaient avoir une productivité telle que les postes permettant d'accueillir les non qualifiés étaient trop rares. On vit alors le taux de chômage ou de non emploi  des jeunes, des femmes, des immigrés, des vieux atteindre des sommets historiques. Pour ceux qui arrivaient à être employés le salaire net disponible avant impôt et taxe était dérisoire : la moitié du coût total charge comprise.

En panique on a supprimé des cotisations sur les smicards, baissant radicalement le coût d'emploi. Mais on a renvoyé le financement sur la dette tout en chargeant les non smicards et en augmentant de 11% le coût du travail par les 35 heures !
Certaines entreprises ont encaissé le bénéfice d'opportunité et dès que les temps sont devenus durs ont délocalisé. Le petite flambée d'emploi initial s'est retournée en blocage de l'emploi dans la longue durée et chômage structurel.

Ces expédients n'ont évidemment aucun sens. De même qu'il est absurde d'avoir créé un "double fiscal" du salarié, qui fait que ce dernier ne reçoit que la moitié des coûts salariaux que l'entreprise engage pour son emploi.

L'empilage grotesque des expédients et des mesures démagogiques s'ajoutant à l'empilage des impôts, des taxes et entraves diverses, a abouti à la situation kafkaïenne qui est celle de la France et que nous dénonçons, avec tant d'autres, depuis, pour nous 15 ans, pour d'autres près de quarante !

Faut-il mener dans l'urgence une réforme des impôts permettant la mise en œuvre de la TVA sociale ?

Oublions les postures politiciennes et électorales pour se concentrer sur l'aspect purement économique  :

- Nous avons un tel déficit de nos balances extérieures qu'il est indispensable de freiner nos importations. La hausse de la TVA est malheureusement le seul moyen rapide et efficace en ce sens. La hausse des taux "réduits" et des taux "normaux" est un moyen efficace à court terme.

- Une hausse de 5 points de la TVA correspond à une baisse de 10 à 15 points des charges.  Compte tenu de l'importance des charges (100% du salaire net, 50% des coûts) c'est une baisse sensible mais pas gigantesque. Pour obtenir un véritable effet de compétitivité Il aurait fallu diminuer de façon drastique les charges elles mêmes. En un mot il aurait fallu remettre en cause le niveau de la protection sociale (chômage, retraite et santé)  pour obtenir un quantum significatif.  Suppression de la couverture du petit risque, retraite à 67 ans, plafonnement des niveaux d'aide au chômage étaient les corollaires obligés (avec liquidation de tous les privilèges sans justification : alignement de la retraite des fonctionnaires, suppression du statut intermittents du spectacles, dockers, etc.). Le  retour aux 40 heures et la suppression des RTT auraient par ailleurs permis un gain de productivité d'une dizaine de pour cent.

- La mesure ne peut avoir de sens que si l'effet sur la compétitivité extérieure n'est pas compensée par des variations de changes défavorables. N'oublions pas qu'avec les changes flottants les prix extérieurs peuvent varier du simple au double. Actuellement l'Euro est en baisse. Il a perdu près de 10% par rapport au dollar et au Yuan en quelques jours.  Compte tenu des délais de réalisations de changement de la TVA si elle et votée, probablement pas avant les élections générales de mai 2012,  des variations peuvent avoir lieu.

On dira : c'est vrai sauf pour les pays de la zone Euro. C'est vrai. Mais l'Euro peut soit disparaître soit s'effondrer soit se reprendre.  C'est la bouteille à l'encre.

Dans ces conditions la proposition d'une TVA sociale fait surtout partie des effets d'annonce électorale. On risque de gâcher une bonne réforme et comme on l'a fait pour tant d'autres réformes utiles, de l'utiliser comme source fiscale supplémentaire évitant des mesures de réduction de coûts mal perçues par leurs ayant-droits embossés dans le système d'état.

Si au lieu de faire voter le plan TEPA, Nicolas Sarkozy avait fait passer en début de mandat un plan cohérent de réforme fiscale et sociale visant la compétitivité et le désendettement, il ne serait pas dans le pétrin actuel.

Le plus probable est que la réforme n'ait pas lieu et qu'on retombe dans la politique Juppé ou Jospin de hausse massive des impôts sans aucune reconstitution du potentiel compétitif de l'industrie française.  Dans ce cas on n'aurait fait qu'aggraver la fiscalité avec un poids majeurs sur le niveau de vie des français, notamment les retraités, dont on sait qu'il s'agit du réservoir de ressources privilégiés du gouvernement. 

N'est-on pas est dans la même démarche que pour la taxe sur les transactions financières. Vite des impôts qui nous permettent de ne faire aucune vraie réforme ! 

Dommage : la TVA "sociale" est une vraie réforme qu'il aurait fallu réussir.  Plus exactement avoir une fiscalité globale compétitive est aussi important que d'avoir une industrie compétitive ou une monnaie compétitive.

Nicolas Sarkozy a au moins le mérite de poser partiellement la question. François Hollande lui se tait sur son programme en critiquant tout ce que le camp adverse propose. Ils feraient mieux vu l'urgence générale de se mettre d'accord sur un fiscalité compétitive admissible pour tous.


Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Un témoin de la crise : la fréquentation de ce site s'envole !

Le nombre de lectures des articles de ce site a dépassé en 2011 le total des trois précédentes années.  En cumulé nous avons dépassé  les 100.000 lectures  pour atteindre 115.000. Compte tenu de l'austérité des thèmes abordés c'est un résultat étonnant qui s'explique principalement par l'intensité de la crise et la faiblesse des explications rapportées dans les grands medias.


D'erreurs de diagnostics en absence de solutions précises et adaptées on voit une crise que nous avions annoncée comme exceptionnellement grave dès 2006 tourner à la catastrophe.


Les optimistes pourront dire : c'est dur mais au moins les idées progressent.


Beaucoup des sottises prononcées par les meilleurs experts de la sphère officielle apparaissent pour ce qu'elles ont été et ce qu'elles sont souvent encore.  Malheureusement on est loin du compte. Nous avons essayé de donner  des aperçus des véritables âneries prononcées encore aujourd'hui par des "experts reconnus".  Nous ne l'avons pas fait par goût iconoclaste ou de la critique facile. Il fallait montrer à quel point l'absence de réflexion, la méconnaissance historique, les jugements sans réels fondements, dominent dans les sphères dont on attendrait une meilleure compréhension de la situation.


Si nous avions véritablement eu envie de "faire un carton" nous aurions repris les propos de 2007 des experts les plus verbeux dont les textes sont encore consultables sur le net. Les perles sont nombreuses.


Nous n'avons aucune vocation à écrire ce bêtisier économique. On sait que notre vocation est d'alerter sur les thèmes qui, selon nous,  ne sont pas abordés clairement ou de façon pertinente dans les médias.
Depuis la création de ce blog n

ous ne cessons de dénoncer  les trois drames qui gâchent notre existence :


- Pour la France, l'aberration et l'indécence qui consiste à accumuler la dette, l'impôt, la dépense publique dans la bonne conscience générale.  Nous sommes un pays malade de l'impôt, de la dette et de la dépense publique. Malade. Très malade. Nous avons tenté de montrer par quels mécanismes cette maladie à métastases s'était emparée du pays et le ruinait en profondeur.


- Pour l'Europe une construction bancale  qui conduit désormais à gérer la déflation partout, dans la haine des peuples, et en l'absence totale de regrets de ceux qui ont construit ce monstre et qui paradent encore en demandant plus d'Europe et de fédéralisme alors que leur précipitation a conduit l'Europe à être un ectoplasme voué à recevoir des coups sans réagir.


- Pour le monde, un système monétaire international absurde, permettant des politiques dangereuses de la part de la Chine et des Etats unis et conduisant à l'effondrement général.

Sur le premier thème de cette trilogie tragique des progrès ont été faits. 


Chacun voit bien que les déficits et les délires de dépenses ont été indécents en France. Mais on est loin d'en tirer les conséquences. A-t-on vu un Delanoë fortement mis en cause à Paris alors qu'il s'est comporté en véritable sagouin gaspillant sans vergogne l'argent des Parisiens  ?  Voit-on remettre en cause les plus grandes gabegies (SNCF, AREVA, EDF...) ? Non : on leur permet d'augmenter leur tarif de plusieurs fois le niveau d'inflation ! Comme d'habitude.  


Les prochaines élections malheureusement vont voir une surenchère parfaitement imbécile d'impôts sans aucune réforme d'envergure permettant de juguler nos dépenses. Les fonctionnaires et les bobos vont  ruiner la France des petits riches, des entrepreneurs  et des retraités pour rien. Pour rien du tout. On va se retrouver avec 15 millions de Français sous le seuil de pauvreté et plus aucune entreprise capable de fournir de l'emploi. L'image qui vient à l'esprit est celle du film de Bunuel, Viridiana où on voit des clochards faire ripailles en s'amusant avec des robes de mariées trouvées je ne sais où.  Que reste-t-il de la France ? 


En Europe la compréhension des défauts du système a largement progressé. Les mouvements nonistes et souverainistes ont de la force et ont permis de relayer au moins la description des défauts. Tout le monde comprend aujourd'hui que l'Europe telle qu'elle est construite est absurde. Bien sûr le rigorisme d'Angela Merkel est dramatique et bloque ou retarde bien des évolutions nécessaires. Mais chacun voit que l'Euroland est grevé de handicaps moins personnels ou conjoncturels que la simple personnalité de la chancelière allemande. 


Comment faire marcher ce bazar sans réguler les écarts de croissance et d'inflation  par la seule déflation ?  Comment piloter une zone monétaire dont les changes ne sont gérés par personne ? Ces deux questions, les plus importantes, ne sont pas réellement posées dans le débat général ou de façon très partielle.  La question européenne restera donc en 2012  grevée de non dits et de sous entendus.


Sur l'organisation générale du monde et notamment la question cruciale de l'organisation des changes et de la création de monnaie internationale,  rien n'a bougé en 2011. Rien ne bougera en 2012. Les esprits sont bloqués et les idéologies mises au service des intérêts des grandes nations prédatrices que sont la Chine et les Etats unis.  Il faudrait une aggravation dramatique de la crise pour que quoi que ce soit bouge. 

Personne n'a voulu dire d'où venait le gonflement monstrueux de la dette mondiale globale depuis 1971.

Personne n'a voulu remettre en cause le dogme affligeant des changes flottants.

Autant dire que pour une France malade de ses dépenses publiques et de son "vive l'impôt" au sein d'une Europe malade de l'organisation foireuse de l'Euroland, et dans un monde livré aux mécanismes  désastreux des changes flottants, l'année 2012 ne sera pas gaie.

Nous savons d'expérience que les années électorales voient une régression du débat intelligent sur les grandes questions économiques. Les philippiques passionnelles vont bientôt remplacer le débat serein. Au moment même où les dégâts économiques vont s'amplifier.


Cette contradiction risque d'être la caractéristique particulière de l'année 2012.

Quand on pense que 2012-2013 aurait pu et du  être les années du retournement de la conjoncture si les bonnes mesures avaient été prises dès 2007 et le blocage des marchés monétaires mondiaux !

La tentation de devenir vraiment méchant avec les clercs qui sont sensés nous diriger, nous informer ou nous instruire risque de devenir irrépressible. L'histoire, elle, sera impitoyable pour l'époque.

 

Cercle des économistes e-toile

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Lionel Stoleru : un article délirant !

En cette période d’incertitude maximale nous fermerons l’année 2011 sur une nouvelle analyse des attitudes « autorisées » telles qu'elles  se manifestent dans les médias, ici l’article signé Lionel Stoleru.

Politicien versatile passé de Giscard à Mitterrand puis à Sarkozy, les idées de cet économiste certes un peu  secondaire, bien que polytechnicien et chef d’orchestre, auraient pu être intéressantes du fait de son indépendance des partis.

Qu’écrit-il dans l’article que Monde du 30 décembre 2011 publie dans sa page « décryptage ».

« Nous sommes dans l’œil du cyclone »

Le cyclone a un gros œil !

Il aurait mieux valu dire que d’erreurs de diagnostic en erreurs de politiques économiques nous sommes arrivés au bord du chaos.

«  Une crise du chômage due depuis des années aux fermetures d’usines et délocalisations issues de l’invasion des produits asiatiques ». 

Il est vrai que nous vivons un chômage structurel en France. Mais il aurait été bon d’en donner les vraies explications.  Tout mettre sur le dos du « péril jaune » est un peu court. Cet échec structurel date de la politique de Giscard et a été aggravé par celle de Mitterrand. Les blocages malthusiens de Jospin et l’immobilisme du "ni ni" chiraquien ont fait le reste. La composante nationale est donc très importante. La perte de compétitivité par rapport à l’Allemagne est tout aussi importante, en volume et en valeur,  que celle que l’on constate avec la Chine.

Quant au problème Chinois il est largement monétaire. M. Lionel Stoleru n’en dit rien.

L’auteur n’a en fait aucun diagnostic sérieux. On enfile les perles les plus banales sans chercher à regarder l’huitre.

«  Une crise conjoncturelle des dettes souveraines qui auraient pu être jugulées dès le début de l’alerte grecque ».

Cette remarque aurait eu du sens si l’article avait proposé une explication du gonflement des dettes souveraines. Là encore, c’est le vide absolu. L’auteur n’a pas compris que depuis 1971 le monde est dans un gonflement des endettements globaux tout à fait délirant et n’en perçoit pas les causes. Il se contente de voir la résultante actuelle après qu’une partie de la dette privée ait été refilée aux états et que de nouvelles dettes se soient accumulées du fait de la récession.  Du coup on est sûr qu’il ne proposera rien d’utile.

Il est vrai qu’on aurait pu « tuer » la crise grecque dans l’œuf. Mais il aurait fallu pour cela avoir un vrai diagnostic de la crise, une vision à terme, des institutions ad hoc et des mentalités en ligne. Rien de tout cela n’existait. La crise a apporté une pédagogie que les économistes officiels  auraient du fournir. Mais les  économistes comme M. Stoleru regardaient ailleurs.

« L’économie française ne survivra pas sans réformes draconiennes  au premier trimestre ».

La France se serait mieux trouvée de réformes draconiennes dès 1974 lorsque M. Stoleru est venu assister M. Giscard et où les plus grandes erreurs ont été commises sans que le secrétaire d’état qu’il fut ne les dénonce.  La France se serait mieux trouvée si les réformes stupides du programme commun de gouvernement, cautionnées par M. Stoleru, n’avaient pas été faites et s’il n’avait pas accompagné la politique dramatique de M. Rocard qui avait les moyens, après le redressement du Gouvernement Chirac et dans la conjoncture mondiale très porteuse de l’époque, de faire aboutir de nombreuses réformes utiles.  Au lieu de cela il a chargé la mule de façon indécente et une bonne partie de nos problèmes actuels viennent du gouvernement dont il animé le secrétariat au Plan.

Il n’a exactement rien vu venir, rien compris, rien annoncé, rien condamné.   La France prendra la crise de 92-93 dans les dents avec une violence formidable. Merci qui ?

Il est donc très surprenant de voir un « économiste » qui a cautionné toutes les erreurs et n’a anticipé aucune des difficultés prévisibles pendant des décennies, se réveiller soudain pour exiger un plan pour le prochain quart d’heure !

Celui qui n’a cessé d’ajouter bug sur bug veut maintenant « changer le logiciel » dans l’urgence.

 « M. Fillon n’a pas la moindre marge de manœuvre politique à quatre mois des présidentielles ».

Donc il faut le virer. Le mauvais logiciel c’est Fillon.  Ah mais oui mais c’est bien  bien sûr ! C’était lui ! Ce satané Fillon.

« Il n’a pas l’autonomie par rapport au président de la République qui n’a pas su s’entourer comme Barak Obama d’un Council of Economic Advisers ».

Que le Premier Ministre n’ait pas d’autonomie par rapport au Président de la République sous la Cinquième République, on le sait bien et on ne voit pas en quoi cela devrait changer à quelques mois de la fin d’un mandat.  Le CAE, conseil d’analyse économique existe.

Son président M. De Boissieu le présente ainsi : « Placé auprès du Premier ministre, le Conseil d’analyse économique a pour mission « d’éclairer, par la confrontation des points de vue et des analyses, les choix du gouvernement en matière économique ». Le CAE est une instance pluraliste composée de 28 économistes reconnus et de sensibilités diverses et de six membres de droit qui représentent les grandes administrations économiques et sociales. En quatorze ans, le CAE a déjà publié 100 rapports demandés par le Premier ministre et s’apprête à en présenter plusieurs autres. »


On sait que nous avons parfois la dent dure vis-à-vis des économistes officiels qui n’ont rien vu venir et sont souvent totalement à côté de la plaque. Nous n’avons pas manqué de les égratigner sur ce site à l’occasion. Mais de là à nier leur existence !


Que l’on dise : ils se sont trompés ; voilà où ; et ce qu’il faut faire. D’accord. Mais là on est réellement dans la critique sans fondement.


«  D’où un G.20 raté »


C’est Sarkozy qui a créé le G.20 et s’ils ont tous été ratés, cela demande des explications un peu moins courtes que celles proposées. Quelles étaient les propositions du FMI ? Quelle latitude laissaient les politiques de la Chine et des Etats unis ? Où était l’Europe ? Pas un mot.


« Je pense »


Tant mieux.


« Que le Président serait bien inspiré de changer de gouvernement ».


Une crise ministérielle est bien la solution qu’il nous faut juste avant une élection… 


 « [le premier ministre] doit être quelqu’un d’une compétence  économique et d’une crédibilité  internationale reconnue » 


Incompétent et nul serait en effet  peu opportun.


Mais quels sont les critères de compétences en question ? Quelqu’un qui aurait annoncé la crise, prévenu inlassablement des causes et des conséquences, aurait indiqué publiquement les solutions ?   


Qui nous propose-t-on ?


Michel Camdessus, « sœur Théresa » quand il était au Fmi,  et qui n’a absolument rien compris et rien vu venir. C’est un des concepteurs de l’Euroland telle qu’on la connait. Bien sûr il a repris du service sous Sarkozy pour remettre en cause les 35 heures et proposer le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, preuve au passage que le président s’est bien  entouré de conseiller « compétent » (selon les règles Stoleru) comme M. Obama. Mais c’est un de ceux qui ont construit ou admis que l’on construise le système global absurde dans lequel on se débat.  MM. Trichet et Lamy sont sans doute des gens très distingués mais ils sont eux aussi totalement mouillés dans le système mis en place et qui tourne de l’œil. Quant à M. Bébéar, astucieux profiteur des faiblesses de la gestion énarchienne de l’UAP, on ne voit pas trop ce qu’il vient faire dans cette galère. 



Il nous faudrait un Barre « mais il n’est plus là ». On a eu un Barre et rien de fondamental n’a changé (sauf une excellente mesure : la fin du contrôle des prix.).


«  La démocratie est incapable de secréter et de soutenir des dirigeants politiques qui ont le courage de prendre des décisions populaires mais nécessaires ».


Comme aux temps antiques donnons nos pouvoirs à un Tyran, mais propre sur lui, bien aimé de l’Europe car européiste, connu dans les milieux internationaux et ceux de la finance,  mais pour quelques mois et après, Hop !,  des élections sympas après que les écuries d’Augias auront été nettoyées.


On a fait l’Europe de l’Euro en catimini en mentant au peuple. Quand il a dit non on lui a refilé le projet en douce sans le consulter. Maintenant on voudrait lui fourguer une politique d’hyper rigueur en loucedé avec un « super technicien » complice de ses malheurs, sans qu’il ait son mot à dire.  Et après la politique reprendrait ses droits !


Et M. Stoleru serait prêt naturellement à se sacrifier et  à mettre toute sa volatilité politique personnelle au service de qui voudra bien gagner le jackpot électoral !


Comment peut-on écrire autant de sottises !

Lettre ouverte à M. Guaino seconde partie - la France

Reste la France dont nous affirmons depuis 14 ans qu’elle file un mauvais coton.  Qu’en dit le discours de  Toulon 2 ?

« Je ne crois pas qu’il serait économiquement juste, ni moralement acceptable d’imputer aux Français les difficultés que nous vivons. » « Nous ne sortons pas de trente années où les Français auraient refusé de faire le moindre effort pour faire face à la concurrence des pays émergents.»

Flatter les électeurs fait partie du jeu. Nous ne nous offusquons pas. Une fois de plus vous ne considérez que les aspects commerciaux de la compétition internationale. Comme si la compétition sur les marchés de biens avait été l’essentiel. Grave erreur d’appréciation ! La compétition sur les marchés de biens a été totalement faussée par le développement des bulles financières  successives liées aux défauts de structure du système monétaire international et à ceux de l’Euroland. Depuis la crise de 92-93, il n’y a plus de développement régulier du commerce mais des emballements déséquilibrés arbitrés par la crainte et aggravés par la panique.  Comme nous l’avons vu c’est le développement d’un énorme nuage de dettes sur la sphère économique mondiale, représentant en moyenne, rappelons le, près de 300% de crédits par rapport au PIB global, qui a provoqué la crise et la pousse continuellement vers la dépression généralisée.

Les Français dans tout cela n’ont rien vu, à l’exception de Maurice Allais qui seul et sous les quolibets a expliqué que ce nuage de dettes exploserait et ferait couler le système. Les dirigeants français, de droite comme de gauche, par confort intellectuel se sont accommodés des défauts du système quand ils ne les ont pas aggravés. La gauche socialiste a créé le système déséquilibré de l’Euroland et sous Jospin ne s’est pas gênée de bloquer le système de production interne à la France  par des mesures malthusiennes paralysantes.  Chirac s’est endormi dans le "ni ni" et la défense des avantages acquis. M. Sarkozy en plein philo-américanisme businesso-fouquétien   voulait des subprimes à la française et trouvait que les contraintes de Maastricht étaient excessives. Son action en 2007 a été calamiteuse alors que la crise avait commencé. Il n’a commencé à réagir qu’en septembre 2008.

Les Français sont-ils responsables de la politique irresponsable des dirigeants qu’ils ont élus ? Ils les ont chassés chacun à leur tour pendant trente ans. Personne  ne leur a tracé un véritable parcours économique.

Bien sûr ils ont aimé la retraite à 60 ans, avec des avantages acquis à cinquante pour de nombreux salariés du public. Bien sûr ils ont aimé les postes publics inamovibles où on peut glander sans trop s’inquiéter de la suite. Bien sûr ils se sont calfeutrés pour beaucoup dans des situations où sans travailler ils ont profité de la charité publique. Bien sûr ils ont joué avec la sécurité sociale au-delà du raisonnable. Trop de Français ont cru que la gratuité de la vie à ne rien faire était acquise pourvu qu’on se contente de peu.  Bien sûr ils ont aimé le politiquement correct, cette bonne conscience à peu de frais apparents pour chacun et beaucoup de frais pour tous.

Mais ont-ils réellement marqué une préférence pour cet effondrement moral, intellectuel et économique qui caractérise le pays ?

Les « élites mondialisées », une petite camarilla de hauts fonctionnaires et de dirigeants riches, même pas 2000 personnes, se sont enfoncées dans la recherche du profit rapide sur fond d’abandon de morale personnelle et de souveraineté nationale.  Les aventures du Baron Seillères, pris les deux mains dans les combines pour accumuler les milliards au détriment de sa cousinade, voire du fisc,  sont tout aussi exemplaires que l’enrichissement sans cause réelle des manitous de la politique locale ou  les rétro-commissions nourrissant les plus hautes autorités de l’état. 

La France du haut comme du bas s’est vautrée dans la bonne conscience du politiquement correct tout en cherchant la récupération maximale avec les moyens du bord, sans trop se demander si cette absence de rigueur intellectuelle et morale pouvait avoir des conséquences. Cupidité et pensée zéro auront été les maîtresses exigeantes de la France de ces quarante dernières années. Doit-on en accuser le peuple ?  Doit-on l’en exonérer ?

Il aurait mieux valu l' instruire et le conduire.  Car le réveil va être sinistre. Il l’est déjà.

En conclusion, je vous invite à réfléchir à l’échec du discours de Toulon 1. Trois ans après, la crise est là et l’Euro est à deux doigts de mourir. La croissance est arrêtée. Les bourses sont au plus bas. Les banques sont au ras de la faillite généralisée.  Les épargnants sont à la veille d’être ruinés. L’ascenseur social ne marche plus. Les faibles, jeunes, vieux, femmes, immigrés de fraiche date, sont massivement au chômage. Les petits riches sont en grand danger de tout perdre. Les grands riches ne sont plus en France.  Les jeunes se désespèrent de trouver un emploi sérieux et des perspectives de carrière.

Faute d’avoir entamé une vraie rupture en France et faute d’avoir brandi en Europe et dans le monde l’étendard de la révolte contre les institutions, les idéologies et les pratiques qui sont réellement à l’origine de la crise, se contentant de multiplier les déclarations moralisatrices et les rodomontades sans suites pratiques, Nicolas Sarkozy a ruiné un crédit déjà entamé par quelques  lacunes de tempérament et des écarts de comportement qui auraient du être évités.

Il est aujourd’hui impuissant à redresser le cours des choses. Vous-même ne savez plus où le guider. Les redites de Toulon 1 dans Toulon 2 témoignent de cette impuissance.

Vous direz : nous n’avons pas fait beaucoup de fautes depuis la faillite de Lehman-Brothers. Nous avons maintenu l’activité, sauvé nos banques, garanti l’épargne, gardé le chômage dans les limites habituelles.  Nous avons constamment asticoté l’Europe pour qu’elle bouge.  Est-ce notre faute si Angela Merkel est à chaque fois si longue à se porter au niveau des enjeux ?  Est-ce notre faute si le FMI a été un si mauvais guide ? Est-ce notre faute si la BCE est si bornée qu’elle risque de disparaître elle-même avec la zone Euro, en une sorte de suicide par la vertu ?  Est-ce notre faute si les Etats-Unis sont irresponsables et la Chine saisie par le vertige de la gloire déplacée des Hans ? Est-ce notre faute si le G.20 est vain ?

Vous pouvez légitimement plaider ainsi. Vous ne serez pas écouté, encore moins, entendu.

La rupture était le bon thème. Vous vous êtes contenté d’une fausse rupture. Et vous êtes en grand danger d’être rompu par les évènements que vous n’avez ni vu venir ni compris ni domestiqué.

Que faire ? Nous n’avons qu’un conseil à vous donner : avouez tout ! 

N’essayez pas de vous accrocher à de tristes branches. Oui la situation des Anglais est pire que la notre. Oui les américains sont plus responsables que quiconque de ce qui arrive.  Oui, les socialistes de M. Hollande seront pires que vous. Non, Madame le Pen n’a pas de vraies solutions. Non Monsieur Bayrou, le fédérolâtre euro et égo -centré n’est pas l’homme de la situation.

Avouez que vous n’avez pas compris que depuis 1971 les conditions du gouvernement n’étaient plus celles d’avant. Avouez que vous n’avez pas assez tenu compte de la leçon terrible des crises de 93, 98, 2001.  Avouez que vous n’avez pas compris combien le gonflement permanent des dettes globales depuis 71 était dangereux. Avouez que vous n’aviez pas vu à quel point les institutions de l’Euroland étaient mal conçues.  Avouez n’avoir pas reconnu que la crise de 2007 était si grave qu’il fallait dès l’été de cette année là renoncer à tout votre programme et commencer autre chose.

Cet aveu fait, vous auriez la conscience tranquille pour annoncer tranquillement au monde cette vérité d’importance : si le monde ne renonce pas aux défauts de son système monétaire international, si l’Europe ne remet pas dans l’ordre ses institutions bâclées, si la France ne renonce pas au tout-état, au tout-subvention, et à la défense « perinde ac cadaver » des avantages acquis mal acquis par des catégories sociales abusives,  alors le pire arrivera.

Annoncez à la BCE que si elle ne fait pas son devoir et vite, alors la Banque centrale Française sera réquisitionnée pour battre monnaie à nouveau.  Annoncez à la Chine que si les déséquilibres commerciaux gigantesques perdurent avec la France, une double barrière tarifaire et monétaire sera mise aux frontières. Annoncez aux Etats-Unis que si le « benign neglect et la non coopération continuent, vous ferez défaut sur la dette des créanciers en dollars. 

Vous verrez la panique s’allumer dans tous les yeux. Et les consciences s’ouvrir aux vraies solutions.

Ces solutions faites en votre leitmotiv :


-    Oui il faut revenir à une coopération entre les états basée sur des changes fixes, rationnels et défendus par les états, à charge pour eux d’éviter les déficits et les excédents monstrueux.


-    Oui l’Euroland doit retrouver une gestion financière complète où trésor et banque centrale sont dans la main des dirigeants effectifs, responsables et démocratiquement élus avec un objectif de plein emploi.


-    Oui l’Europe doit retrouver son tarif extérieur commun et doit être pilotée politiquement et économiquement  autrement que par des directives pointillistes et majoritairement inutiles, une Commission anti-états,  et la Cour de justice européenne.S'ouvrir à tout vent et empêcher avec ténacité toute réaction n'est pas une politique.


-    Oui la France doit abandonner le mode de fonctionnement qu’il connait depuis 1974. L’énarchie compassionnelle doit disparaître et la séparation de la haute administration et de  la politique prononcée. La paupérisation par l'hyperfiscalité et la dépense publique folle doit cesser.

Vous ne serez peut être pas réélu.  Mais vous aurez pris date pour après le désastre. Et il faudra bien quelqu’un pour reconstruire.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

La zone Euro va-t-elle éclater ?

"Au lieu de lire des vers de mirliton nous préfèrerions savoir concrètement si la zone Euro peut exploser et si oui ce qu'il faut faire pour se protéger". 

La question est si franche que nous y répondons :

- Oui la zone Euro peut exploser

- Non il n'y a pas grand-chose à faire pour se protéger.

Vous voilà bien avancé,  cher lecteur.

Nous ajouterons : il n'est pas certain qu'elle explose. Il n'est pas obligatoire de chercher à tout prix des protections.

Nous n'avons jamais cru, au Cercle des économistes e-toile, les théories qui expliquaient que la zone Euro n'avait aucune chance de vivre ou de survivre. Nous ne croyons pas à la théorie des zones monétaires optimales, pour des raisons si souvent expliquées ici que nous y renvoyons le lecteur. Nous ne croyons pas à l'existence d'un vice absolu vouant l'édifice aux poubelles de l'histoire.
 
En revanche nous considérons que la zone Euro, zone politique, est grevée de nombreux défauts de construction qu'il importe de comprendre avant de savoir s'il faut et s'il est possible de les corriger.

Une zone monétaire ne peut pas fonctionner durablement sans qu'une politique économique complète soit mise en œuvre. Une politique économique possède quatre dimensions indissociables :

- Le budget
- La banque centrale et la politique de crédit
- Le change
- la législation économique, sociale  et fiscale .

Pour conduire une politique il faut des organes coordonnés vers un même but.

La zone Euro a été construite en refusant ces réalités.

Il n'y a pas d'objectifs globaux explicites. Les budgets restent nationaux, comme la législation économique, sociale et fiscale.

La banque centrale conduit une politique qui lui est propre avec un objectif de prix des biens de consommation tels que définis dans un indice composite européen.

Le change est laissé à l'abandon. M. Juncker, Président de l'Eurogroupe, est théoriquement en charge de la politique de change, selon les traités. En vérité l'idéologie dominante veut que ce soit les marchés qui fixent "librement" les cours de change.
 
Le système actuel repose sur des normes de déficits et d'endettement contredites par  des politiques disparates.

Il s'inscrit par ailleurs dans un système monétaire international sans règle, chaque pays étant libre de faire ce qu'il veut : lier sa monnaie à une autre, la laisser flotter, la diriger.   En revanche les capitaux sont libres de se déplacer à travers le monde sans aucune supervision internationale et d'agir pour ou contre la politique de chaque banque centrale,  c'est selon. 

Autant dire que la zone Euro était un accident dans l'attente de se produire.
 
On dira : l'accident conjoncturel qui frappe la zone n'est pas de son fait et on n'envisageait pas de telles tempêtes. La crise actuelle est de type centennal et le fait qu'elle survienne dix ans seulement  après les débuts de l'Euro tient à la malchance et non  à ses faiblesses structurelles.
 
Les deux affirmations sont justes. Ce n'est pas la zone euro qui est à la source de la crise mondiale et la gestion "par la norme" n'était pas faite pour le gros temps.

Le très gros temps est de la partie. Les défauts deviennent criants.

Pour chacun des états de l'Euroland la pression est sévère.

Leurs dirigeants ont laissé leur pays s'endetter au long cours et les solutions à court terme apportées à la crise mondiale  (sauver les banques et laisser jouer les "amortisseurs sociaux")  ont fait  déborder des bassins déjà trop pleins.  Ils sont à court de ressources et à la merci des prêteurs.  L'Euro n'a pas de responsabilités directes dans l'affaire, sinon en ayant laissé croire à la force du bloc et permis des taux d'intérêt bas pendant un temps trop long.

La difficulté est que les politiques  n'ont plus rien entre les mains pour faire face. La monnaie ? Ce n'est pas eux ? Les changes ? Ce n'est pas eux ?

Restent les budgets et la législation.
 
Dans plusieurs pays de la zone Euro la dette est devenue impossible à rembourser et même à proroger. Les taux d'intérêts sont devenus prohibitifs. Les budgets ne peuvent plus être bouclés et les déficits ne peuvent plus être financés. Ils sont en état de faillite virtuelle.

La seule solution était la solidarité des pays de la zone monétaire  par l'appui de la Banque centrale et la mutualisation des dettes. En un mot la Banque centrale aurait fait chauffer la planche à billets autant que de nécessaire pour financer les états en détresse ; le trésor commun aurait fait rouler la dette, en en purgeant un petit bout au passage. Seulement voilà : les statuts de la BCE interdisent ce genre de politique et les traités précisent bien que les états nécessiteux ne doivent leur salut qu'à eux-mêmes.

Pendant que les pays de l'Euro tergiversent, les banques porteuses des dettes concernées sont considérées comme en grand danger de faillite. Depuis juillet, date où des décisions rapides s'imposent sur la Grèce, puis l'Italie, rien n'a été fait. Alors la croissance s'est arrêtée. Les banques ont vu leurs liquidités s'assécher. La panique s'est installée dans une sorte de sauve qui peut général.

Faute d'autre moyens tous les états se sont lancés dans la contrition budgétaire. Pour contrer les effets déflationnistes les banques centrales se sont concertées. Elles ont  sauvé les banques en panne de dollars puis toute celles en panne de liquidité.

Un énorme coup de frein budgétaire et les plus grandes libéralités monétaires coexistent. Manier le frein et l'accélérateur en même temps provoque généralement des dérapages.

La question est de savoir si la tentation du cavalier seul monétaire, en un mot permettre à un état de produire autant de monnaie qu'il le veut en quittant l'euro et en laissant plonger sa monnaie , l'emportera dans l'esprit des principaux dirigeants européens.

En raison, ils ne sont pas obligés par la crise d'aller à cette extrémité là.

On a vu avec l'Islande, avec le RU et avec bien d'autres pays qui ont leur monnaie propre, que le privilège de pouvoir jouer avec le change et l'offre de monnaie ne changeait pas fondamentalement les choses. Le coup de massue budgétaire au RU est plus sévère qu'en Europe continentale. Il n'y a guère de différences entre l'état de l'Islande et celui de l'Irlande.

Il va de soi que si la zone Euro disposait d'une structure de commandement économique centralisé, d'un trésor central, d'une banque centrale assujettie aux ordres de la gouvernance économique, d'une politique offensive des changes, ainsi que de tous les instruments financiers centralisés, la situation serait meilleure.

Eusse-t-elle été dotée de ces outils en 2008  la politique aurait été sensiblement différente. On aurait laissé filer l'Euro, géré sans effort le cas grec qui aurait disparu des radars,  et prouvé aux marchés que la banque centrale était prête à financer inlassablement tous les déficits qui apparaîtraient et à fournir de quoi rembourser au nominal toute forme de prêts privés ou publics.

La crise n'aurait pas été réglée pour autant. Le Japon, les Etats-Unis  et la Chine auraient été immédiatement gênés par la politique de la zone Euro. Un Euro faible ne les arrange pas. Leurs dettes sont aussi là. Une guerre des changes aurait été possible bien pire que celle que l'on connait.

On aurait craint d'en arriver là. Entre puissances il aurait bien fallu vaille que vaille aboutir à un compromis sur les monnaies.

Eh oui, un compromis sur les monnaies ! Car une guerre de changes ne mènerait nulle part.

Le plus grave dans l'organisation zombie de la zone Euro c'est que sa faiblesse même interdit la seule solution globale. On craint qu'elle ne s'effondre mais on ne la craint pas. Zone d'ajustement elle est et doit rester.

Le RU dévalue à tout va comme la Corée. La Chine ne sait plus où elle va. L'épargne mondiale en folie cherche où se cacher et ne trouve pas. On fuit l'Euro sans tête mais on craint le dollar.

Si la zone Euro casse, tout cassera. Le "credit crunch" sur les dettes sera tel qu'on va directement à la dépression auto entretenue.

2012 est l'année de tous les dangers parce que les décisions politiques qui devraient être prises ne le sont pas. Peuvent-elles l'être ?
 
On entre ici dans la prévision politique. Le tu-me-tiens-je-te-tiens par la barbichette est un jeu difficile à arbitrer. L'issue dépends de la résistance des barbichettes et de la force ceux qui tirent dessus.

Si la guignolade continue au G.20 comme devant et si l'Euroland persiste dans le tempo actuel alors oui il y aura explosion de la zone euro et dépression générale. Oui. Et désolé, il n'y aura aucun endroit où se cacher. Environ 10% du capital mondial disparaîtra ce qui est le coût d'une guerre.


Nous sommes aux extrêmes limites.

Le conseil que nous donnons à la zone Euro est de nommer immédiatement un "chancelier de l'échiquier de la zone euro" avec pour mission de négocier le retour à système monétaire international où les états auront des responsabilités et le pouvoir d'utiliser tous les instruments nécessaires pour éviter l'explosion de la zone Euro.

Le conseil que nous donnons à la Chine et aux Etats Unis, c'est de se préparer à un nouveau Bretton-Woods qui les verra solidifier avec l'Europe  la solidarité des grands pays du monde autour d'objectifs de vraie stabilité  et de coopération équilibrée.

Allons, donnons les parités souhaitables : 1 Euro = 1 Dollar = 5 CNY = 100 Yens.

S'ils avaient mis en œuvre cette politique dès l'explosion du marché interbancaire de 2007, nous n'en serions pas là. Quatre ans ont été perdus. Parions qu'une cinquième année de n'importe quoi ne restera pas sans conséquences gravissimes. 

Revenons à nos questions initiales :

- La zone Euro va-t-elle exploser ? La solution ne dépends pas d'elle seule et suppose qu'elle change profondément ses pratiques. Elle est donc très mal. D'autant que pas une bouche officielle ne tient le discours qu'il faudrait et que les économistes officiels pro-euros sont cachés sous le tapis.

- Peut-on se protéger ? Non. La fuite est en cours depuis des mois et des années. Les actifs gonflés par la fuite s'effondreront plus encore que les autres en cas de dépression généralisée.

La meilleure protection est de militer pour des idées justes et de voir les bonnes politiques triompher.

La chance de Sarkozy serait d'emboucher les bonnes trompettes. Mal conseillé, il tergiverse. Il doit dire à Mme Merkel que les structures de la zone Euro doivent changer et pourquoi, sans cacher qu'un refus de sa part signifie la mort de l'Euro.  Il doit affirmer haut et fort à la Chine et aux Etats unis que les politiques aventurées, le n'importe quoi pour les Etats-Unis et le mercantilisme pour la Chine, se heurteront de plein fouet à la réalité d'une grande dépression. Mme Lagarde doit jouer son rôle qui n'est pas seulement de Cassandre mais de proposition.

Ni Sarkozy ni Merkel  n'ont les conseillers, le bagage économique et la force de conviction pour porter ce message. Qu'ils prennent enfin conscience des efforts qu'il leur faut faire sur eux-mêmes et sur leurs équipes !
 
Si chacun des dirigeants des grands pays  continue à creuser la tombe de l'économie mondiale avec ses petites dents, prisonnier de ses petits calculs, de ses lobbies et des grandes ambitions de son pays, entourés d'idéologues qui les trompent et qui se trompent, alors oui 2012 verra un désastre économique de première grandeur.

Le pire n'est pas sûr.  Le monde est résistant. Les quatre années de pensée zéro et de contre politique  qui viennent de passer le montrent.  Mais le compte à rebours est désormais  enclenché.

Joyeuse année 2012 à tous. 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Poésie de Noël

Quelle est donc cette Europe, devenue aventure,
Qu'une monnaie unique trahit et dénature ?
Avoir perdu les peuples, abaissés les Etats,
et les avoirs réduits à ce sinistre état !


Faut-il incriminer les idées délétères
d'hommes dénaturés oublieux de leur terre ?
Ou l'Hubris exalté d'esprits désincarnés
ivres d'une utopie qu'ils croyaient bien née ?


Une banque centrale peut-elle unir les peuples,
et prévenir les guerres qui parfois les dépeuplent?
Ah que la paix est belle ! Faut-il une monnaie,
un métal frappé fort, des signes engrainés,


pour que  l'espoir vive d'une paix si certaine ?
Aux voisins oublieux  de guerres si peu lointaines,
L'Euro seul suffirait, comme grand  capitaine?
On a voulu des Pères, sacraliser Monnet
en bâtissant soudain une belle  monnaie.


Vois comme en peu d'années elle a sur les marchés
perdu son auréole et son halo sacré.
Partout les peuples souffrent sous une bannière
qui leur fait regretter les bonheurs d'hier.


Les Grecs n'ont ni Délos ni Dieux à  pleurer,

Ils désertent souvent  les charmes du Pirée.

L'Italie, endettée, maintenant sent le souffre

priant pour échapper à l'appel du gouffre.

Où sont des Espagnols les châteaux en Espagne,

Leur immobilier et toute leur épargne?

 

La France attend son tour, sinistre et résignée,
lassée d'avoir trop  cru à ce qu'elle a signé :
un traité mal fichu  au nom imprononçable
illisible et obscur, qui la met sur le sable.

.
De la crise aujourd'hui rien ne parait trop clair.
Contre quoi s'insurger et partir sabre au clair ?
Demain l'élection aux présidentielles
promet de beaux discours, démago, irréels.


Les Français choisiront dit-on un président,
un programme soigné pour tous les résidents,
où fleurent abondamment, l'amour des épargnants,
le souci de l'Euro et les propos gnans-gnans.


Craignez-en la colère  et leur dédain des urnes.
Les impôts, le chômage ça leur casse les burnes.
Les peuples à qui l'on ment et à qui l'on s'en prend,
sont capables tout seuls, de se revoir en Francs.

Lettre ouverte à M. Guaino

Cher Monsieur Guaino,

En juin 2006 nous avions écrit au candidat Nicolas Sarkozy sous forme d’une lettre ouverte publiée sur le forum du Monde.fr.  Nous l’avertissions qu’il allait rencontrer une crise terrible en cours de mandat et qu’il fallait qu’il tienne compte de cette réalité difficile dans son discours de candidat.

Nous pensions qu’il fallait qu’il renonce absolument à ses promesses de croissance accélérée qui se briseraient sur le mur des réalités.

Cinq ans après, voilà Nicolas Sarkozy fracassé par la crise annoncée. Lors du discours de Toulon n°1, il nous avait semblé rester trop décalé face aux réalités. Trop de condamnations globales pas assez d’analyses précises. Trop de morale de tribune. Pas assez d’actes concrets permettant de faire face aux évènements.

Voici qu’à Toulon un second discours est censé marquer les esprits, lancer les accords de Bruxelles sur un nouveau traité européen, mettre le candidat en meilleure posture pour la nouvelle élection présidentielle qui se profile.

On attendait qu’il explique pourquoi Toulon 1 n’avait pas marché, pourquoi la crise était au bord d’un nouvel épisode encore pire que le précédent, pourquoi l’Europe était désormais en pleine discorde, pourquoi la zone Euro était en grand péril d’éclatement, pourquoi la récession s’annonçait à nouveau dans le monde en 2012.

Gouverner c’est prévoir. Avoir raté le coche une première fois lors des élections présidentielles précédentes était pardonnable. La situation était si peu analysée par les économistes de cour qu’on comprend que les politiques aient été pris de court.  Avoir raté le coche une seconde fois à Toulon en 2008 était plus grave. Mais rater le coche une troisième fois  maintenant est dramatique.  


Analysons ensemble certaines assertions du discours de Toulon 2. 

« En septembre 2008, ici, à Toulon, au cœur de la tourmente, j'avais tracé une perspective : celle d'un capitalisme de production, d'une mondialisation régulée, d'une finance encadrée, d'un développement durable, d'un nouveau rôle pour l'État dans l'économie, d'une nouvelle gouvernance européenne et mondiale. »


-    Le capitalisme récent a toujours été un capitalisme de production. Il n’a d’ailleurs jamais atteint de meilleures performances. La difficulté est pour la France en particulier que la production a eu lieu ailleurs et que la croissance de la valeur ajoutée française a été de plus en plus médiocre et dépendante de la dette.


-    La mondialisation, s’il s’agit du commerce international  n’a jamais été autant régulée et surveillée par des organismes ad hoc comme l’OMC.


-    La finance a toujours été extrêmement encadrée. Les règles de Bâle existaient en 2008. Et les nouveaux produits financiers avaient tous été avalisés par les autorités compétentes. Aucun n’a d’ailleurs été interdit depuis.


-    Le développement durable n’est pas seulement le développement qui ne consomme pas les ressources rares de la planète.  C’est celui empêche des bulles de  gonfler qui exploseront nécessairement un jour ou l’autre. Mais les bulles n’ont pas été dénoncées. Elles ont explosées et la croissance n’a pas été durable.


-    Le rôle de l’Etat dans l’économie est en France excessif. C'est la coopération des états dans le monde qui est insuffisante.


-    La nouvelle gouvernance mondiale en Europe et dans le monde n’a de sens que si on précise bien les politiques ou les absences de politiques fautives.

Ces têtes de chapitre en elles-mêmes ne sont pas suffisantes. La question fondamentale reste : qu’est-ce qui était mal fichu dans le système précédent et comment le réparer ? Le diagnostic précède toujours la thérapeutique. Sans diagnostic de détail on reste dans des généralités stériles. 

Vous le faites dire d’ailleurs très bien : « Il faut chercher les causes communes qui ont conduit le monde dans la situation où il se trouve aujourd'hui. »

Et vous continuez de façon excellente :

« C'est dans l'instauration, à partir de la fin des années 70, d'une mondialisation sans règle autre que celles qui garantissaient la liberté du commerce que se trouve l'origine des difficultés actuelles. »


Ce qui nous gêne ici c’est l’emploi du mot mondialisation. Il est trop vague.

 

Ce qui s’est mis en place en 71 c’est une liberté du commerce sans politique monétaire internationale. On a prétendu que les monnaies pouvaient varier l’une vis à vis de l’autre dans un rapport quelconque (on a été du simple au double)  mais qu’un demi pourcent de droits de douane était une honte inacceptable. 

Baisser la TVA sur la restauration de quelques points était un sujet de discussion décennale mais perdre 50% de compétitivité vis-à-vis du Yuan ou du Dollar était « normal » et hors du débat entre nations. 

Ce qui a changé en 1971, c’est le système monétaire international. Le système fautif et l’idéologie qui va avec, auront été que les monnaies, gérées en Occident par des banques centrales plus ou moins indépendantes,  devaient flotter au rythme des pulsions du marché alors que les biens, les capitaux et les personnes pouvaient courir le monde sans entraves.


Il n’est donc pas tout à fait exact de dire que le système monétaire nouveau était sans règle.


Les accords de Bretton-Woods comme vous le savez ont été la victime à la fois des Allemands qui du fait des arrivées de liquidités excessives en provenance des Etats-Unis ont décidé de cesser d’en appliquer les règles et des Etats-Unis qui n’ont pas voulu défendre la parité de leur monnaie en or et qui ont finalement refusé de livrer leur or aux détenteurs de dollars.


Le flottement des monnaies a bien été subi. Aucun économiste sérieux n’avait fait une théorie complète et convaincante des changes flottants, à part quelques bribes dans Milton Friedman.


Mais de mauvais esprits ont fini par théoriser un état de fait et rendre tabou toute tentative de le modifier. Le rôle, pour la France,  de M. Giscard et de son conseiller Pébereau ont été à cet égard parfaitement délétère.  Dès 1972 le tarif extérieur commun de la Communauté européenne est abandonné (sans discussion auprès du peuple ni même des forces politiques), la banque centrale se voit interdire de prêter directement aux états et le principe d’indépendance de sa gouvernance est gravée dans le marbre. 

Depuis la zone Euro a été construite sur les mêmes bases d’une banque centrale qui n’est pas responsable de la valeur externe de la monnaie et qui n’a d’autre boussole que les prix moyens d’une sélection transnationales de produits de consommation.


Banques centrales indépendantes, ne finançant pas les états, marchés de capitaux à court et long terme libres, changes flottants, stabilité interne des prix de consommation sont devenus des idées et des institutions  sacralisées.


L’ennui, c’est que ce système n’a jamais fonctionné, ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais. Il est bien à la source de nos difficultés actuelles.


Il faut donc explicitement le condamner ou se condamner au verbiage. 


Voici la phrase que vous auriez du prononcer : « C'est dans l'instauration, à partir de la fin des années 70, d'un système général de monnaies administratives dont la valeur externe flotterait au gré des pulsions des marchés financiers et des manœuvres des banques centrales que se trouve l'origine des difficultés actuelles. »


L’auriez-vous fait qu’il vous aurait  fallu expliquer pourquoi et  dire comment on devait changer le système, mais vous auriez pu prendre date  et démontrer que faute de réforme on allait tous dans le mur.

Nous reviendrons dans cette grande faute intellectuelle de départ. Continuons à lire votre discours.

« La globalisation financière s'est installée pour compenser artificiellement les ravages que la mondialisation sans règle provoquait dans les économies des pays développés.
C'était nécessaire pour que les excédents des uns puissent financer les déficits des autres. »


Ici, vous allez un peu trop vite.  Dans le nouveau système rien en apparence ne laissait penser que les déficits et les excédents excessifs devaient être la règle. Les cours du change des pays en excédent auraient du monter et ceux des pays en déficits baisser. Les mouvements de changes auraient été stabilisateurs. C’était la théorie de Friedman : les ajustements auraient plus petits, plus constants, moins destructeurs. A terme le monde aurait connu une égalisation des taux d’intérêt, une baisse des réserves nécessaires, et des variations modestes de cours de change.  Pour Milton Friedman les changes flottants comme tous les systèmes de prix étaient stabilisateurs. 


On aura vu exactement l’inverse.


Le système ne devait pas provoquer de « ravages ».  Il n’aurait donc pas du être nécessaire d’effectuer des compensations sous forme de dettes.


Votre propos n’a de sens que si on explicite pourquoi en fait dès 1971 a été mis en place un système voué aux déficits et aux dettes en excédents contrairement à la vulgate qui a fini par le justifier.  

Vous ne le faites pas.


Est-ce la libre concurrence qui est le moteur du déficit, les pays pauvres et peuplés emportant progressivement tout le commerce mondial et toute la production ? La régulation doit-elle être commerciale d’abord ? Faut-il donc revenir sur le libre échange quasi intégral qui prévaut aujourd’hui ?   Ou sont-ce les défauts structurels du nouveau système monétaire international de facto qui doivent être incriminés ?


Le discours ne donne pas de clé sur ces questions cruciales.


En revanche il esquisse une explication fausse de l’accroissement de la dette globale. En considérant que la liberté du commerce implique que les pays riches soient mécaniquement  obligés de s’endetter pour continuer à consommer, on se trompe totalement de diagnostic.  Vous semblez croire qu’un pays pauvre a toujours l’avantage sur un pays riche en matière de productivité et qu’il lui prendra nécessairement sa production.

C’est évidemment faux. Sinon il n’y aurait plus de pays pauvres depuis longtemps et la Grèce triompherait en Europe.   Ce que vous oubliez c’est le taux de change. C’est lui qui régule les vannes.  Au sein de la zone Euro il n’y a plus de vannes. Dans un système de changes flottants les vannes sont chaotiques et irrationnelles. L’ennui c’est que le taux de change est un sujet tabou, aussi bien au sein de l’Euroland depuis que la monnaie unique a été choisie de préférence à une monnaie commune mais ajustable, que dans les instances internationales où les changes flottants sont le dogme absolu.


Ce que l’on a vu c’est une panne généralisée de quarante ans dans le fonctionnement des écluses monétaires. C’est sur ce défaut majeur que l’on aurait du se pencher. Mais au G.20, on a considéré,  que les changes étaient un non-sujet. Tragique méprise.
L’ouverture du commerce international et son développement n’est pas la source des difficultés. Au contraire, ils ont été une force de croissance constante et puissante jusqu’à ce que désordres financiers finissent par l’étouffer.


En revanche le pseudo-système, qui s’apparente à un non-système du point de vue technique, qui consiste à laisser une monnaie nationale jouer le rôle principal dans le système monétaire international soit comme monnaie de transaction soit comme monnaie de réserve, en sachant que les autorités dudit pays annoncent qu’elles se moquent de la valeur externe de leur devise, et qui laisse toutes les monnaies flotter ou non selon les stratégies des états, est une absurdité calamiteuse qui a fait tout sauter.

C’est cette absurdité qu’il faut dénoncer. Oui il  importait dès 2007 de prendre date en assénant que l’absence de réforme dans ce domaine provoquerait une crise plus grave encore et dès 2008 qu’elle ne permettrait pas de sortir de la crise qui avait explosé.

Bien sûr la France aurait rencontré des oppositions. Ni la Chine ni les autres pays mercantilistes n’auraient accepté sans réagir la remise d’un système dont ils croient tirer avantage. Les Etats-Unis n’auraient pas lâché leur privilège monétaire d’un tour de main.  Le Royaume-Uni, poumon financier et principale passerelle de recyclage des excédents et des déficits de balances de paiement  n’aurait pas non plus pavoisé.


Mais en indiquant que le prix à payer de l’inaction était une crise mondiale pire que celle de 1929, on se positionnait pour la suite.


Toulon 2011 n’aurait pas été cette pale copie de Toulon 2008.  Le Président aurait pu dire : « Nous nous enfonçons dans la crise comme nous l’avons prévu et annoncé faute de toucher au moteur de la crise. Voulons-nous attendre la vraie grande dépression mondiale pire que 1929 pour agir ? ».


Au lieu de cela vous avez rendu les armes par avance. En annonçant qu’il ne s’agissait pas de remettre en cause le rôle du dollar comme monnaie internationale et qu’on ne reviendrait pas sur les changes flottants et que la Chine était notre amie malgré sa politique mercantiliste agressive,  vous vous êtes privé de tout levier pour faire changer quoi que ce soit. Et vous avez aggravé le tout en affirmant qu’il n’était pas question de revenir sur l’indépendance totale de la BCE.


Que vous reste-t-il comme issue sinon subir l’aggravation de la crise en secouant des petits poings impuissants ? Alors que le Président de la République Française aurait  pu prendre la stature du commandeur.

« L'Europe sans politique, l'Europe en pilotage automatique qui ne fait qu'appliquer aveuglément les règles de la concurrence et du libre-échange est une Europe qui ne peut pas faire face aux crises. »

Nous retrouvons ici une variante de la même analyse : l’Europe serait victime de la liberté commerciale et d’elle seule.  En vérité ce sont les changes de la zone euro qui sont en déshérence.  Lorsque le dollar a été faible ainsi que le Yuan entre 1997 et 2000, la croissance a été forte. Lorsque l’Euro a été trop fort, elle a souffert.

Les déséquilibres internes à la zone  ne sont pas non plus pris en compte. L’Allemagne a conduit une politique « mercantiliste » fondée sur la retenue salariale et une moindre croissance, mais sans trop de dettes, pendant que la France prenait un autre chemin, basé sur la consommation, le farniente et la dette à outrance.  Quant aux autres ! Chacun a fait ce qu’il voulait.

Entre le défaut de construction de la zone Euro qui laisse sans gestionnaire le taux de change (M. Juncker aura été un président fantomatique de l’Eurogroupe) et la politique foldingue de la France fondée sur le vive l’impôt, vive la dépense publique, vive la dette, vivent les avantages acquis, on a assez d’explications des difficultés particulières qui nous assaillent sans remettre en cause exclusivement le libre échange. 

« La croissance extravagante du secteur financier qui a disséminé d'invraisemblables quantités de dettes a eu pour conséquence la financiarisation de l'économie. Elle l'a mise sous la domination exclusive de la logique spéculative et l'obsession du court-terme. On en connait les conséquences dramatiques sur l'industrie, sur l'environnement, sur les inégalités et sur la dégradation de la valeur du travail ».

La question est de savoir quelle est la source de cette « croissance extravagante ».  Vous n’en esquissez aucune description dans le discours. On pourrait penser que votre idée sous jacente est que les pays développés, perdant dans la compétitivité mondiale, se sont lancés dans une course folle volontaire à la dette et que les banques en auraient rajouté pour arriver à la catastrophe que l’on connait.

La vérité, à laquelle vous faites si souvent référence dans ce discours,  est un peu plus précise que cela.

Les banques ne peuvent pas enfler leur bilan toute seule. Si elles avaient le pouvoir individuel de créer de la monnaie à volonté, aucune d’entre elle ne risquerait la faillite.  La dette créée par les banques est toujours un produit dérivé. Il faut une source nette de liquidité pour que la banque prête plus.  Cette source de liquidité à l’échelon d’un pays ne peut venir que de la création de monnaie banque centrale ou dans un afflux net de monnaie internationale, dans la pratique de dollars.

Chaque zone monétaire est donc dans la dépendance des balances qu’elle entretient avec les autres et de la politique de sa banque centrale « indépendante ». 

Dans un système de changes flottants où personne n’est responsable ni des cours des devises, ni des niveaux de balances de paiements, ni des niveaux de balance commerciale, laissés à la libre évaluation ou évolution des marchés, tout va dépendre de la politique monétaire des grands acteurs et principalement de la banque centrale du pays qui émet la monnaie mondiale et qui ne peut alimenter la liquidité mondiale que par des déficits de balances extérieures.

Après dix années d’inflation à deux chiffres et de déficits monstrueux, Volcker aux Etats Unis a donné à la fin des années 70 un énorme coup de frein qui a aggravé fortement aux Etats-Unis la dureté de la crise cyclique décennale. Ensuite Greenspan a repris dès 1987 la politique de Benign neglect et d’injection massive de liquidité à chaque chute de bourse ou début de récession. Lorsque les dettes devenaient trop grandes on ruinait le créancier comme le Japon dans les années 80. Ils ont accumulé des avoirs en dollars replacés aux Etats Unis selon une spirale sans fin (la double pyramide de crédits décrite si bien par jacques Rueff) avant de subir des très graves dépréciations dont ils ne sont toujours pas remis. A partir des années 90 la Chine s’est ajoutée.  Et elle proteste en voyant qu'elle prend le même chemin si lme dollar s'effondre. 


Les pyramides de déficits de la balance dollar des Etats unis ont donc été depuis 1971 la source des pyramides de dettes quiont été certes  partiellement purgées après chaque accident conjoncturel.mais qui ont chjaque fois repris de plus belle.


On a vu ainsi les dettes globales moyenne des Etats industrialisés qui étaient redescendues à moins de 200% du PIB remonter dès 1972.  Partout. On a dépassé  200% puis 250% puis 300% puis 350% de ratio dette/PIB pour atteindre souvent 400 et plus. L’Irlande ira vers les 1000%, l’Islande les 1400% !


Nous avons décidé au Cercle des économistes e-toile d’intervenir quand beaucoup de cs pays ont dépassé les 300% en 1997.  Depuis cette date nous appelons les dirigeants à réfléchir aux défauts d’un système qui ne pouvait qu’exploser de façon cataclysmique. Et on a passé les 300% pour aller vers les 400%  dans le silence absolu des économistes officiels et des politiques !


Le cœur de votre réflexion devrait être fixé sur cette explication : pourquoi et comment depuis 1971 le monde a-t-il vu l’endettement global des pays développés remonter alors qu’il baissait continument depuis la guerre ? 


 « L'Europe sans politique, l'Europe en pilotage automatique qui ne fait qu'appliquer aveuglément les règles de la concurrence et du libre-échange est une Europe qui ne peut pas faire face aux crises. C'est une Europe désarmée. C'est une Europe qui est condamnée à subir. Cette Europe-là, nous n'en voulons pas. »


Ce n’est pas nous qui vous contredirons. Nous affirmons que la gestion par la norme est la grande victime de la crise.  Ce n’est pas vrai seulement pour l’Europe : à partir du moment où il n’y a plus de discipline internationale d’état autour des taux de change, le monde vit dans le spontanéisme corrigé théoriquement par la norme et les institutions juridiques mais en vérité exploité par les puissances en vue de leur propre intérêt. Au darwinisme microéconomique réponds un darwinisme macro économique qui a permis aux Etats unis et à la Chine de tirer au moins provisoirement et en apparence leur épingle du jeu. Mais au prix de la faillite générale. 


Il est clair que dans ce choc des puissances la France n’a pas  fait le poids et l’Europe n’a pas existé.


A l’intérieur de la communauté, sur trop de sujets, la commission européenne dicte sa loi contre les états. Le ministre socialiste Allègre a écrit que la collectivité des ministres de l’éducation n’a rien pu faire pour imposer à un Commissaire un projet que tous les ministres européens avaient accepté. Le Commissaire a dit : niet. Et rien ne s’est fait.  Seule la commission a l’initiative. Et sur certains thèmes un grignotage perpétuel soutenu par la Cour de Justice Européenne a été mené sans résistance réelle de la France.

Dans tous les secteurs communautarisés via la Commission les gouvernements et donc leurs électeurs ont perdu tout pouvoir de contrôle et surtout de changement. Le Parlement européen a toujours été une farce démocratique et le restera.

Avec la BCE la perte de pouvoir est encore plus radicale. Non seulement le pouvoir a échappé aux Etats mais ils sont condamnables s’ils prétendent remédier à ce triste état de fait.  L’indépendance des banques centrales est une fiction idéologique. Ne donner à cette fiction qu’une mission de stabilité d’une liste de prix de produits de consommation plus ou moins arbitraire et moyennée sur une zone aussi grande n’a pas de sens.

Vous venez de prendre des décisions qui mèneront à la perte de la responsabilité budgétaire. La « règle d’or » cela consiste à créer une condition de plus de « pilotage automatique pendant la crise ».

Les Etats européens ne disposent plus du volant règlementaire et législatif dans aucun des domaines communautarisés, n’ont plus de gouvernail monétaire et désormais sont contraints à faire avaliser leurs budgets par la Commission.

C’est une Europe dont les états sont condamnés à subir.

Vous affirmez : nous ne voulons pas d’une Europe passive.  Très bien. Parfait. Mais quels sont les leviers qui restent à disposition du Président de la République Française ?

En revanche des pouvoirs transférés ne sont pas exercés.

Qui était responsable de la politique de change en Euroland ? Pas la BCE, on le sait. On a statutairement mis hors jeu l’institution qui a le plus d’influence sur les changes. Les états de la zone Euro ? Aucun pouvoir.  Les traités disaient : c’est l’Euro-groupe.

Cet Euro-groupe a été présidé par un fédéraliste européen, le luxembourgeois Juncker,  quasiment depuis sa création. Qui a entendu sa voix ? Qu’a-t-il fait ou dit dans ce domaine ? Rien.   Et pourquoi rien ? Parce que l’Euro-groupe et les états de l’Euroland n’ont exactement aucun pouvoir sur les changes externes et qu’ils sont totalement impuissants à contrer les forces centripètes à l’intérieur de la zone Euro.  De toute façon son président n’a même le pouvoir de parler au FMI !

On ne voit pas que ces institutions partiellement informelles, divisées et croupions, ait un rôle quelconque sinon de dialogue entre ministres européens, façon club.

L’Europe a désarmé les états pour tout ce qui concerne les mouvements de personnes, de capitaux et de produits au sein de l’Union.  Et elle ne produit aucune politique dans ces domaines. Les armes mises au râtelier européen ne servent plus.

Votre discours n'est pas faux. Il ne fait guère avancer les choses. On en reste à l’incantatoire. Que faire sans sortir de l'Euro ou sans créer à côté de la Commission un centre opérationnel réel de l'Euroland piloté par la réunion des états concernés ? Surtout comment faire si Mme Merkel ne veut pas  ?

Les erreurs incroyables de M. Michel Pébereau

Le banquier Michel Pébereau a commis un discours à l'Institut de France le 25 octobre 2011 qui illustre de façon presque parfaite l'incompréhension de la situation économique qui prévaut aujourd'hui dans les milieux huppés de la finance et de l'administration françaises.

Les contresens commencent à la première ligne et se poursuivent jusqu'à la fin du texte (publié dans Commentaire n°136).

Nous n'avons pas ici la place pour en faire une critique détaillée complète. Allons à l'essentiel :

"C'est la décision de la communauté internationale dans les années 70 de s'en remettre au marché pour fixer la valeur des monnaies qui est à l'origine du basculement dans un nouveau monde financier. "

C'est vrai sauf qu'il ne s'agissait pas d'une décision. Les Allemands ont cessé en 70-71 de jouer le rôle prévu par les accords de Bretton-Woods provoquant la réduction rapide des stocks d'or des Etats-Unis.  Ceux ci ont réagi en abandonnant unilatéralement la conversion des dollars en or. Cette voie de fait n'a rien à voir avec une "décision de la communauté internationale".  Elle traduisait que justement il n'y avait plus de "communauté internationale" et chacun était libre de faire ce que bon lui semblait avec sa monnaie et sa politique monétaire. Cela revenait à un étalon dollar compte tenu de la place de cette monnaie dans les transactions internationales.  Aucun livre d'économie n'avait explicité ce nouveau modèle. Au contraire les changes flottants étaient considérés dans tous les grands manuels comme une fantaisie qu'on signalait en passant pour être complet.  On est donc entré de force dans un système inconnu à cette échelle là et dont les inconvénients allait bientôt se faire sentir.

" Ce système (les changes fixes NDLR) a éclaté à la suite des bouleversements provoqués par le choc pétrolier de 1973".

Parfaite inversion des causes. Les changes flottants apparaissent en…1971, pas en 1973. L'énorme dépréciation du dollar engendrée par le détachement du dollar à l'or a provoqué la colère des pétroliers, payés en monnaie de singe.

Ils ont profité de la guerre perdue lancée contre Israel par les pays arabes en vue de récupérer les territoires occupés depuis la guerre précédente pour  provoquer une hausse massive des tarifs.  La crise de 74 n'est pas "le premier choc pétrolier", mais "la première crise des changes flottants", la première des crises les plus graves depuis 1929. A l'époque on s'interrogeait sur les risques imminents d'une dépression de type 1929.

Face à la récession divers pays comme la France jouent la politique habituelle : relance keynésienne pilotée par les déficits étatiques. Mais là, surprise, cela ne marche pas. La relance Chirac est un échec et il faut vite appeler Raymond Barre.

Les relances keynésiennes ne fonctionnent pas en changes flottants.   La leçon sera réitérée après la récession de 1992 et celle de 2009.

"Elle (la nouvelle sphère financière) a aussi aidé les pays avancés à maîtriser le fléau de l'inflation".

Comment peut-on écrire des bêtises pareilles?  Pendant 15 ans les changes flottants ont été à la source d'une inflation à deux chiffres partout. Jusqu'à ce que Volcker siffle la fin de la récréation, au prix d'une violente récession aux Etats-Unis.  L'auteur passe d'un trait de plume sur toute la période de stagflation qui a suivi la décision américaine de 1971. Puis sur la terrible récession de 93, la véritable première récession mondiale depuis la guerre de 40 et la nouvelle "crise la plus sévère depuis 1929". 

Après cette crise  se produit un phénomène important : la chute du mur de Berlin et l'accès de la Chine au commerce mondial. Les terribles effets des doubles pyramides de crédits  ne se verront plus dans les chiffres des prix à la consommation mais dans ceux des biens durables et dans les bulles qui enflent sur tous les marchés de valeurs.  Les prix de l'immobilier s'envolent, comme les cours des bourses de valeurs, des commodities, de l'or et des métaux précieux etc.  Le dollar perd 99% de sa valeur en or.  Ces bulles explosent entre 1998-2001 provoquant une terrible secousse et parfois de véritables tsunamis financiers comme en Argentine, en Russie, et un peu partout en Extrême-Orient.

"Dans l'enthousiasme de ces années de croissance"…

La croissance mondiale moyenne baisse dans la décennie 70, puis baisse à nouveau dans la décennie 80, baisse encore dans la décennie 2000, puis baissera encore dans la décennie 2010 compte tenu de ce que l'on sait. C'est la fin des trente glorieuses et l'arrivée des quarante minables.  En attendant mieux.

Enthousiasmant ? Vraiment ?

" Par ses excès la finance porte une lourde responsabilité dans la crise".

Une fois encore, une banque ne crée pas de monnaie par elle-même. Il faut au système bancaire une impulsion, une arrivée nette de liquidité. D'où est donc venu cet apport net de liquidité ?  Là il n'y a plus personne. M. Pébereau est absent. 

Elle  n'a que deux sources principales : la politique des banques centrales et les excédents de balances de paiement. Quand la FED alimente en permanence le marché de liquidités alors que les partenaires des Etats-unis replacent leurs excédents aux Etats unis eux-mêmes, elle crée un cercle vicieux, une vis sans fin de création de crédits. Il n'y a pas d'autres explication au gonflement monstrueux des encours de dettes qui passent les 200% du PIB, puis les 300, puis les 400, presque partout, sans que personne ne rugisse de colère. Si : Maurice Allais avant de mourir pousse un cri d'alarme. Il est marginalisé de façon incroyablement grossière. Où était Monsieur Pébereau pendant ce temps là ? Quand a-t-il dénoncé ce système délétère qui ne pouvait qu'exploser. "Ce qui doit arriver, arrive " disait Maurice Allais.

Ce qu'ont fait les acteurs financiers, c'est introduire, avec la caution des autorités, et des agences de notation,  des outils permettant de tourner les règles prudentielles habituelles. A-t-on jamais entendu M. Pebereau se plaindre et demander la mise hors la loi de ces dispositifs ? Ils ont permis une certaine augmentation du "leverage", de l'effet de levier, du ratio capital-dette. Mais c'est marginal par rapport à l'enflure de crédits induite par les alimentations massives et constamment accélérées  de liquidités primaires.

"Les Etats ont un rôle à jouer pour que toute la finance soit au service de la croissance et de la stabilité financière. Maîtrise des finances publiques et coordination des politiques économiques sont les conditions de l'indépendance des états par rapport aux marchés".

Les accords de Bretton-Woods, aussi imparfaits qu'ils étaient avaient pour mission principale de forcer les états "à ne pas faire plus de bêtises que les autres" et à s'assurer d'un minimum de coopération. Pas d'excédents commerciaux monstrueux ; pas d'excédents monstrueux de balances commerciales ou de paiements.  Ce ne sont pas les marchés qui peuvent mettre en branle les mécanismes législatifs et budgétaires et monétaires, qui permettent de maintenir les parités arrêtées en commun. Au contraire les changes flottants et la liberté complète des mouvements de capitaux permettent des crises de crédits endogènes. Ils sont déstabilisateurs par construction. Toutes les hypothèses contraires ont été démenties par les faits.

"Pour que toute la finance remette ses virtualités au service de la création de prospérité réelle, il faut encadrer la liberté du marché par le contrôle et la régulation de ses acteurs".

Le seul mécanisme assez puissant c'est l'obligation faite aux Etats de surveiller leurs balances extérieures et la valeur externe de leur monnaie. C'est-à-dire le retour à un système de changes fixes, concertés et de règles puissantes de surveillance des politiques d'états.  Tout le reste est du pipeau grec  et peut même être contreproductif. Réguler les bonus et le capital des banques et les règles comptables et les agences de notation, tout cela c'est de la blague.  Si on laisse en place un système qui dans les trente ans à venir fera baisser à nouveau le dollar de 99% pour sa valeur en or, qui permettra à la Chine la poursuite des excédents monstrueux qu'on connait, empêchant que "le travail s'échange contre le travail",  avec une liberté totale des mouvements de capitaux qui peuvent contrarier toutes les politiques nationales ou régionales , on n'aura exactement rien fait.  Et il faut liquider les milliers de milliards de dettes créées par le système précédent.

L'illusion que les changes flottants et la complexification des méthodes techniques de la finance sont une bonne chose est tenace.  C'est cette illusion là qu'il faut vaincre. Et celle de croire qu'en régulant uniquement le secteur financier par des taxes et des règlements, sans changer le cadre global où il s'agite, on aura réglé tous les problèmes, est tout aussi puérile.  


Didier Dufau pour le cercle des économistes e-toile.



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