Le glas sonne pour le pari inepte de sauver la finance mondiale sans rien réformer .
On voit depuis quelques semaines une focalisation sur l'endettement des Etats. La spéculation en cours sur l'éclatement de l'Euro y contribue largement. Les contribuables sont également légèrement soucieux de connaître la manière dont les gouvernements vont se débarasser de déficits historiques.
Pour l'économiste l'endettement public n'est qu'une composante de l'endettement global et c'est l'endettement global qui a une influence déterminante.
Tout le monde sait qu'en matière d'inondation il faut d'abord regarder l'état des sols : sont-ils secs ou gorgés d'eau ? Ensuite on regarde les précipitations nouvelles et la fonte des neiges. L'eau retenue dans les barrages publics est importante mais n'est pas tout.
La crise actuelle est une crise de l'endettement global provoqué par la double pyramide de crédits générée par le système de change flottant. Cet endettement global a fini par s'effondrer sur la tête des marchés financiers. Les banques ont été les premières victimes, le marché interbancaire se bloquant quasiment totalement puis les marchés financiers liés à l'immobilier puis tout le système financier.
Les Etats ont repris une bonne part des dettes pour sauver les banques et le système financier dans son ensemble ; les banques centrales ont fait de même et créé de la monnaie ex nihilo comme jamais pour compenser les effets du credit crunch.
Et ils se sont dit : avec nos plans de relance, la crise est finie. Nous sommes formidables ! Cela marche ! Et ils se sont pressés de de rien réformer sauf des broutilles qui leur permettaient de faire semblant d'agir ou de renforcer leur puissance d'état.
Comme nous l'avons écrit il y a maintenant près de 17 mois, le transfert de dettes des particuliers à l'état ne change rien à l'état de l'endettement global. Comme il n'y eu aucune restructuration fondamentale de la dette et que le système financier reste totalement incontrôlé, dans un système où l'épargne flottante, dirigée par quelques centres de spéculation, peut balayer le monde sans que rien ne résiste, au lieu de voir les ressources se concentrer sur la création de richesses, on a vu un regain de spéculation sur les monnaies et les taux d'intérêts, visant carrément cette fois-ci des Etats.
La bouée de sauvetage étatique menacée, laissant le monde sans défense devant le risque de dépression si l'attaque "réussit".
Nous pouvons relire sans hésitation ce que nous disions en septembre 2008.
Il fallait, disions-nous, restructurer immédiatement la dette et la cantonner tout en réorganisant totalement le système bancaire et financier mondial pour redonner aux Etats la responsabilité de l'action en faveur de la croissance et de l'emploi.
Croire que les marchés financiers consolidés par la dette des Etats allaient faire le travail était inepte.
Il fallait, immédiatement rétablir un système cohérent de changes fixes dont les Etats auraient la responsabilité pour permettre de redonner un horizon aux vrais investisseurs : ceux qui créent de la richesse et non des plus values temporaires sur des marchés flottants. Il fallait redonner un horizon, très différent, au commerce international, en réévaluant très fortement le Yuan, et en dévaluant du pourcentage nécessaire le Dollar. Il fallait fournir une perspective de réduction des déficits américains et des excédents chinois et japonais.
Seul ce combat pour la reprise des marchés de biens réels pouvait fournir les ressources nécessaires au désendettement global. Que ceux que cette question intéresse relise notre article :
http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/4/3/G20--un-pari-trs-dangereux
"Le pari très dangereux" a tourné court, comme il était évident qu'il le ferait.
Alors on va faire le gros dos. On va essayer de "calmer les marchés financiers". La politique de la patience pleine de sang froid pour ne rien casser en laissant tout filer et en ne réformant rien n'a mené qu'à différer les difficultés.
On a perdu un an et de demi et le temps ne se rattrape jamais.
Didier Dufau pour le cercle des économistes e-toile.
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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef, aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants, explications sur le retard français, analyses de la langueur de l'Europe, réalités de la mondialisation, les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable. Membres du Cercle :
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