Lettre ouverte à l’INSEE
Monsieur le Directeur,
Nous aimerions vous faire part de nos souhaits en tant qu’utilisateur de statistiques dont vous avez le monopole de production.
En ces temps de graves récessions où l’information économique prend plus de valeur que d’habitude il importe que vos statistiques aient du sens et provoquent la réflexion et la connaissance.
Les meilleures statistiques pour atteindre ce but sont les séries longues.
Une évolution d’une année sur l’autre est le plus souvent illisible tant les mouvements sont faibles et les chiffres gâchés par l’importance des estimations provisoires. En revanche une tendance affirmée sur trente ans est parfaitement claire. Depuis dix ans nous ne cessons de suggérer à la presse quotidienne nationale de proposer des infographies parlantes des grands mouvements de l’économie. C’est un mouvement qui désormais s’affirme. Mais quelles difficultés à surmonter : applications des dessaisonalisations, correctifs successifs, réfaction de l’inflation, changements d’unités monétaires sont autant de pièges dans lesquels trop souvent ils tombent.
Les séries à prévoir sont peu nombreuses : une petite centaine. Les présenter n’est pour vous qu’un travail dérisoire par rapport au coût de leur production qui pourrait d’ailleurs être totalement automatisé. Les diffuser avec Internet est une affaire presque gratuite. Alors pourquoi ne pas consacrer quelques heures de travail à un tel projet ?
Bien sûr la publication d’une brochure payante est une grande tentation. Le petit opuscule que vous produisez depuis des lustres sur les grands éléments de la comptabilité nationale qui coûtait sous une forme certes austère mais pratique dans les 7.50 francs en 1998 est désormais imprimé sous papier glacé à un coût supérieur à 10 euros. Il est quasiment impossible de se le procurer tant il est mal diffusé. Et il présente de graves lacunes.
Courage au bienheureux chercheur qui aura voulu savoir comment a évolué les dépenses publiques ou l’impôt sur le revenu. On sent que les consignes sont pressantes de ne pas trop effrayer le contribuable citoyen qui doit être protégé le plus possible des mauvaises nouvelles.
De même présenter le passé récent en variation et jamais en valeur absolue oblige l’analyste à des calculs troublant puisqu’en général les corrections faites ne permettent pas de faire le recollement avec les chiffres fournis l’année précédente. Les données financières y sont également bien maigres.
En revanche vous décorez l’ouvrage d’analyses absconses qui peuvent certainement intéresser des amateurs mais qui se trouveraient mieux à leur place dans des ouvrages spécialisés.
Votre site internet est remarquablement mal fait, du point de vue du citoyen qui cherche à trouver rapidement les informations essentielles. On sent que l’institution ne veut pas perdre le bénéfice des productions payantes qui mettent un peu de beurre dans les épinards. Il est difficile de ne pas penser que cette position est légèrement abusive. C’est brûler la chandelle républicaine par les deux bouts du monopole.
Les cent séries essentielles devraient être accessibles en un clic et facilement téléchargeables, permettant aux analyses de préciser leurs réflexions et aux infographes de soigner leurs présentations.
Il va de soi que cet effort pourrait servir ultérieurement de base à Eurostat pour produire des séries homogènes dans leur calcul, leur présentation et leur diffusion.
La crise actuelle n’aurait pas été trop grave si au moins elle permettait de faire aboutir ce petit projet. Petit mais tellement essentiel.
Nous vous prions de croire, Monsieur, le Directeur, à l’expression de nos sentiments les meilleurs.
Pour le Cercle des Economistes E-toile.
Avril 2009
Didier Dufau
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