Electrocution du commerce international
Le New York Times publie une remarquable infographie de Haver analystics montrant comment le commerce international a été littéralement foudroyé, se bloquant comme on ne l'avait jamais vu depuis 1929.
C'est tout le système financier mis en place à partir des changes flottants et de la liberté totale de mouvements de capitaux alimentés par les déficits extérieurs abyssaux des Etats Unis qui s'est effondré, pas seulement les banques ayant trop goûté aux subprimes.
Ce graphique complète celui du Baltic index qui marque le coût du frêt maritime. Quand Taïwan ou le Chili voient leurs exportations baisser net de 50% en un instant, alors que les subprimes, ils ne connaissent pas ni leurs banques, on comprend que c'est tout le système monétaire international qui est en cause pas seulement le système bancaire américain.
L'article précise que les coûts du crédit international se sont envolés.
Il note que les exportations de la Chine vers l'Inde qui croissaient sur une rythme de 50% sont désormais en recul de 18%.
Les exportations d'Argentine, du Brésil et du Chili sont notées comme ayant baissées entre 27 et 42%.
Rappelons nos moqueries contre toutes les théories qui voyaiuent la crise d'abord aux seuls Etats Unis, puis aux seuls pays européens ayant un peu construits de logements, puis à la seule Europe de L'ouest. Le BRIC est à genoux tout autant que les pays exportateurs d'Afrique et d'Amérique du sud.
Le NYT en conclut que le Global Trade System est à l'arrêt. Il aurait pu ajouter que rien n'est fait pour qu'il reprenne.
Tout un système basé sur les déficits américains, le crédit à la consommation massif, les taux de changes de dumping de la Chine, la spéculation généralisée sur tout, la fourniture de machine par l'Allemagne et le Japon, sous traitant un peu partout en Asie, une circulation de capitaux débridée sans aucune forme d'appréciation réaliste des risques, s'est ércoulé.
Et chaque pays fait son petit plan de relance dans son coin sans regarder la "big picture" sans aucune prise en compte de l'architecture économique et financière mondiale ! L'immeuble commence à s'effondrer et chacun repeint sa chambre !
Quand il n'y a pas de diagnostic, il n'y a pas de thérapeutique.
![]() |
||||||||||||
Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef, aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants, explications sur le retard français, analyses de la langueur de l'Europe, réalités de la mondialisation, les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable. Membres du Cercle :
|



Voir nos autres blogs
J'ai beaucoup lu votre blog et ai essayé de comprendre le problème des changes flottants ( je ne suis pas économiste et je n'ai pas étudié l'économie mais ai beaucoup lu) et votre thèse semble totalement pertinente. Comment expliquez-vous que finalement très peu de gens en parlent. J'ai remarqué que Peyrelevade sur son blog n'a pas répondu à vos questions alors qu'il a répondu à la mienne qui était beaucoup moins importante. http://peyrelevade.blog.lemonde.fr/2009/02/10/l%E2...
De là en conclure que la question dérange trop...
Votre blog est l'un des seuls a apporté de la fraîcheur et des vues en profondeur.
Les économistes sont encore plus taiseux. Le système monétaire international est la question la plus mal traitée de la science économique.
C'est une curiosité de l'époque. L'ennui c'est que l'époque est dure et que l'absence de toute réflexion un tant soit peu articulée sur le sujet a des conséquences dramatiques.
Ce constat d'électrocution du commerce international est encore une fois lumineux si l'on considère l'absence d'ordre monétaire international. Nous sommes à l'échelle du monde dans la même situation que l'Europe et l'Amérique au 19ème siècle quand il n'y avait pas encore de vraies banques centrales. Plusieurs monnaies en circulation sur un même territoire : or, argent, papier. Plusieurs banques sans système de compensation des dettes et de marché interbancaire organisé. Des banques centrales aux pouvoirs indéfinis sans vrais garantie de l'État et de la Loi.
La contrepartie de cette anarchie était la fragilité du système de crédit et donc de la monnaie. Des défauts réguliers de grands emprunteurs de l'économie réelle, de banques ou d'Etats entrainaient l'effondrement de la confiance, la contraction du crédit et de la masse monétaire, la contraction des échanges et de la production.
Voilà ce qui nous arrive aujourd'hui : les Etats-Unis, l'Euroland et le Japon sont en faillite monétaire virtuelle. Nous ne savons pas ce que valent les économies qui font la contrepartie légale du dollar, de l'euro et du yen. Le reste du monde n'a plus de monnaie pour commercer. Nous sommes dans une économie mondialisée sans banque centrale et sans monnaie garantie par la Loi expression de la volonté générale.
Nous faisons semblant de croire que la prospérité économique se construit sans tenir compte des hommes qui travaillent, consomment, épargnent et investissent partout dans le monde. Quand les hommes ne se considèrent pas suffisamment par delà les frontières politiques, il perdent confiance...
Merci à Didier Dufau.
Que penser ds prévisions alarmistes de cet organisme? http://www.leap2020.eu/
Hi,
What is your opinion about the pesimistic forcasts of these analysts? http://www.leap2020.eu/English_r25.html
L'avenir dépendra des réponses et de leur efficacité. Il est parfaitement clair que les Etats commencent seulement à prendre conscience de la nature de la crise et nous mêmes avons mis en garde contre l'impatience des peuples. Les grosses bêtises en 1929 ont commencé en 33-34 ! Gare à 2011 si 2010 ne montre pas de progrès.
Tout dépendra de la prise de conscience qu'il faut rétablir un système monétaire international stable avec synchronisation des réponses. Elle n'est pas là aujourd'hui. Mais elle vient, au fur et à mesure que l'explication par les seules subprimes se délite. Déjà le livre de Pigasse a l'intuition que "cela a commencé avant". C'est dire.
Si on aboutit à l'effondrement du dollar, comme nous le disons depuis 6 mois, on entrera effectivement dans une perspective extrêmement noire.
Auguste Detoeuf disait : toujours déconseiller ; si on passe outre et que cela marche le demandeur sera trop content de vous en remontrer et si cela ne marche pas vous ne serez pas mis en cause. Idem pour les prévisions : faites la noire, si c'est mieux personne ne vous en voudra.
Ce n'est pas exactement notre optique. En 97 nous disions que la reprise de l'emploi était là et personne ne s'en rendait compte !
Prévoir le présent c'est déjà assez dur !