Trump : une dénonciation raisonnable des énormes déséquilibres mondiaux ?

Non car il ne voit pas que les Etats-Unis en sont la cause...

Depuis 1997, date à laquelle nous avons commencé à nous exprimer en public, nous ne cessons de répéter : "attention à la colère des peuples". Reprenant le message de Maurice Allais et avant lui de Jacques Rueff, nous avons tenté d'avertir que les dysfonctionnements graves du système monétaire international et l'idéologie de l'ouverture maximale aux libertés économiques sans aucune organisation régulatrice, sinon quelques producteurs de règles marginalisés et sans importance pratique, menaient à une crise économique permanente et à la colère des peuples.

Nous avons défini la crise comme la conjonction de trois évolutions destructrices : la baisse du trend de croissance, la violence de plus en plus grande des crises périodiques et l'envolée de la dette. Nous avons condamnée la création d'une "économie baudruche" résultant du recyclage des énormes déficits et excédents extérieurs que les autorités mondiales ont laissé se perpétuer en dépit des statuts formels du FMI, article 1, et des nombreuses explications de la crise de 1929 basées sur le développement de tels déséquilibres.

Alors oui, les déficits monstrueux sont bien au cœur du problème économique mondial.

Lors que Trump "cuicuite" que ces déficits sont intolérables et met en cause l'Allemagne et la Chine, voire le Mexique et le monde entier, il touche un nerf à vif. Mais réaction inflammatoire n'est pas raison. Les excédents monstrueux sont la contrepartie des déficits américains monstrueux. Et il y a déficits monstrueux parce que le dollar est la monnaie du monde et que les Etats-Unis abusent de ce privilège depuis 1971. En faisant sombrer pour des raisons exclusivement politique et militaire les accords de Bretton Woods et en détachant le dollar de l'or, tout en annonçant que leur puissance leur permettrait une politique sans frein de "benign neglect", en bon français de négligence criminelle, ils sont les premiers responsables de  l'instauration d'un système qui ne tient pas compte des leçons de la crise des échanges mondiaux de 1918-1940 et qui ne pouvait que s'effondrer. 

Il appartenait aux pays européens et aux autres pays du monde de protester contre le système des changes flottants et des hyper déséquilibres. Ils ne l'ont pas fait. Pour les alliés des Etats-Unis, par soumission pure et simple. Cela a donné les accords de la Jamaïque source de toutes les difficultés ultérieures. Quant aux pays libérés du socialisme, le modèle allemand et japonais leur a paru le meilleur : construire leur croissance sur la captation de la production mondiale  en profitant de la pauvreté de leur travailleur, en accumulant les excédents  contrepartie des déficits américains.

Au lieu d'avoir cherché une croissance homothétique, on a pratiqué une croissance substitutive. L'Allemagne a totalement capté l'industrie mécanique en Europe et verrouillé une grande partie de ce secteur dans le monde entier. L'Inde et le Pakistan ont capté  des secteurs entiers du textile et du médicament.  Le Japon tient des secteurs industriels entiers, comme les motos, la photo et l'électronique grand public. La Chine est devenue l'atelier du monde. Cette politique a accru les déséquilibres et la vulnérabilité économique.

Les énormes excédents, alimentés par les énormes déficits américains, ont créé une liquidité effarante parce qu'il fallait bien faire quelque chose des dizaines de milliers de milliards de monnaie accumulée. La finance internationale les a recyclés dans les pays déficitaires provoquant une montée inexorable de la dette globale. Ne trouvant plus à s'employer dans la création de richesse, les dettes ont alimenté des "créations de valeurs" détachées de la production. Bien sûrs ces bulles ont toutes fini par éclater.

La situation de Trump est impossible. Il ne peut  dénoncer que les excédents des autres alors qu'ils sont jumeaux des déficits américains. Il ne peut en aucun cas envisager une réorganisation du système monétaire mondial  basé sur l'introduction des changes fixes et  l'interdiction des grands déficits autant que des grands excédents, avec création d'une monnaie de compte internationale différente du dollar.

Donc tout cela ne peut conduire qu'à des désordres et des discordes.

La réponse de l'Allemagne est parfaitement débile : "si nous avons des excédents, c'est à cause de la BCE et du change trop bas de l'Euro. Rien à voir avec nous". Mais pas un mot sur les excédents monstrueux de l'Allemagne au sein même de la zone Euro.

La révolte électorale des peuples occidentaux vivant en démocratie a eu comme conséquence de mettre à nu la cause principale de la crise : les énormes déficits et excédents croisés que l'on retrouve aussi bien dans la zone Euro que dans le monde. A ce jour cela n'a eu comme conséquence que des propos sur la responsabilité des autres de la part des Etats coupables, puissants, sûrs d'eux-mêmes et dominateurs.

Il est clair qu'on ne peut en sortir que par la création d'un système global qui pousse structurellement à l'équilibre des échanges, donc au retour de changes fixes mais ajustables avec une tension internationale pour agir dès que les déséquilibres se forment.

Il appartient au FMI de mettre en avant l'article 1 de ses statuts et de proposer les voies et moyens d'un retour à un système équilibré.

Il aurait été aussi nécessaire que la France porte la voix de la raison. Mais dans l'état où elle se trouve, probablement le plus navrant  de son histoire récente, elle préfère discuter des préférences sexuelles d'un certain Monsieur Macron, dresser des piloris médiatiques débiles, pousser l'exaspération de tous, trouver d'une extrême intelligence que l'on dise dans la même phrase que les robots ouvrant une période où le travail humain ne trouvera plus de rôle et qu'il faut distribuer un revenu universel et taxer les robots, c'est-à-dire supprimer la source de la production redistribuée, où les hauts fonctionnaires violent leur mission pour sauver leurs privilèges, où les juges violent le droit qu'ils sont chargés d'appliquer et où les policiers enfoncent mais par accident une matraque télescopique  dans le fondement des délinquants.

Jamais la France n'aura été plus inutile au monde, prolégomènes d'une sorti e de l'histoire aussi médiocre que ses dirigeants, ses journalistes, ses hauts fonctionnaires, ses enseignants d'université et que la mentalité publique  qui prévaut .

Jamais le monde aura été plus près du diagnostic de la crise et plus loin de la solution.

Des chiffres catastrophiques

Le risque est désormais l'effondrement


 

 

 

L'Enarchie contre la République

Affaire Fillon : un coup d'Etat ?

Depuis des lustres nous luttons contre cette déviation française que nous appelons l'Enarchie Compassionnelle.

Nous considérons que la capture du politique par la haute administration a introduit un biais anti démocratique qui est à l'origine de l'extension sans fin de la sphère publique, de la dépense publique, de l'impôt et de la dette. Pour éviter que cela ne continue ainsi, nous avons proposé de tout temps deux mesures radicales :

- l'interdiction d'être élu dans une assemblée qui fixe votre rémunération et conditions d'emploi.

- l'interdiction de recevoir deux rémunérations de l'Etat.

L'Enarchie a vu sa domination aggravée par son emprise sur la sphère bancaire. Les médias sont devenus directement la proie de l'Etat, avec une expansion sans fin de son champ (voir la création de la télé France-info juste au moment de la campagne présidentielle avec des journalistes intégralement marqués à gauche. Les médias restant sont devenus la proie des banques, donc, indirectement, des hauts fonctionnaires. Le CSA est présidé par un ami de promotion à l'ENA du Président de la République. Du coup l'Enarchie s'est instituée en système de tutelle pratiquement complet. La pensée, l'investissement, le revenu et le patrimoine des Français sont entièrement contrôlés par la Haute Administration française.

Cela nous a valu depuis Giscard, une suite ininterrompue de premiers ministres et de président provenant de l'ENA. Chacun a la liste en tête. N'y revenons pas.

La novation tout à fait extraordinaire que révèle l'affaire Fillon, est la cristallisation de l'inquiétude de l'Enarchie devant la défiance populaire et sa volonté de maintenir son pouvoir coûte que coûte au mépris de tout respect démocratique. L'Enarchie montre soudain et explicitement un caractère factieux.

Cette conclusion s'impose inexorablement quand on analyse l'origine, la nature et le sens de l'attaque politique menée contre François Fillon.

Il n'y a plus guère de doute sur l'origine de l'opération. On se souvient qu'au début du quinquennat de M. Hollande, un certain nombre d'attaques ad hominem avaient été préparées dans le bureau même de M. Hollande. Un article de Franz Olivier Giesbert  avait été très explicite sur cette dérive jamais vue. Jusque là, le pouvoir laissait jouer des officines et ne se mêlait pas de piloter en direct des attaques personnelles. A cette époque le conseiller du Président était M. Macron. On a vu avec l'affaire Jouyet, déjà montée contre Fillon, que l'habitude était invétérée. L'Enarque Jouyet a accepté de mentir sur ordre de l'Enarque Hollande, déjà pour casser politiquement Fillon.

L'information sur les rémunérations versées par les députés, dans le cadre d'une procédure légale de financement de leur action politique, est entièrement connue du Trésor qui sait tout depuis l'origine de la loi qui l'a instituée. Par convention tacite cette information est considérée comme confidentielle, afin d'assurer la séparation des pouvoirs. La politique coûte cher. Le Parlement a des droits et ses membres disposent de mécanismes pour couvrir leurs frais de représentation et d'action politique. L'exécutif, normalement, n'a pas à interférer dans le travail du législatif. Les députés et les sénateurs ont la liberté d'employer comme ils le jugent bon les budgets alloués.  Sauf acte pénal phénoménal, la Justice, toujours au nom de la séparation des pouvoirs ne cherche pas à connaître de l'action politique des parlementaires.

Seul le Président de la République pouvait couvrir le viol de cette règle républicaine. La règle elle-même est plutôt normale. Rappelons le, l'action politique a un coût. En revanche si tous les députés sont menacés de divulgation de leur mode d'organisation par les hauts fonctionnaires politisés du Trésor, la République en prend un coup. L'équipe Hollande-Macron a violé une règle importante  et a forcé la collaboration de l'administration des finances et notamment celle d'agents du Trésor.

L'Enarque François Hollande a donc monté avec l'Enarque Emmanuel Macron, et son ami et collègue de promotion l'Enarque Gaspard  Gantzer  un dossier constitutif du viol du secret parlementaire de facto imposé par la séparation des pouvoirs, à partir des informations fournies  par l'Enarque Thomas Cazenave en liaison avec les hauts fonctionnaires du Trésor. Le Mardi 9 Janvier, Gaspard GANTZER a remis le dossier au Canard Enchaîné. Un certain nombre de journalistes ont été mis dans la confidence ainsi que des juges socialistes nommés par Mme Taubira au Parquet financier. Pour donner plus d'importance au dossier, le Canard Enchaîné avait été envoyé préalablement sur la piste de la propriété de François Fillon afin d'accréditer l'image d'un satrape richissime vivant au château. Des journalistes de France Inter avaient été pareillement sollicités pour monter un relais avilissant autour de cette information. C'est ainsi qu'on entendit une "humoriste" belge expliquer que "la révolution n'avait pas assez tué" et qu'il restait encore des Ci-devants à raccourcir. Une énorme campagne de presse a été enclenchée par ailleurs, tous azimuts.

Cette campagne ne sert que la candidature d'Emmanuel Macron, qui, dans l'affaire, avilit son action. En marche, d'accord, mais pas de cette sinueuse façon. Nous avons toujours pensé que la candidature Macron était préparée depuis longtemps par  F. Hollande, avec deux débouchés possibles :  rabattre les centristes vers Hollande s'il pouvait tenter sa candidature ou permettre aux Hollandais de conserver le pouvoir via la candidature Macron dans le cas contraire.

Il n'y a donc aucune interrogation sur la source de l'opération, son bénéficiaire et ses acteurs.

Il n'y en a guère plus sur la nature de l'opération qui a été menée.

L'équipe Fillon a jugé qu'il s'agissait d'un coup d'Etat. Le mot est fort. Mais il n'est pas totalement inadapté. Violer le principe de séparation des pouvoirs, d'autonomie et de responsabilités des parlementaires peut être légitimement considéré comme une atteinte aux principes de la République. C'est l'équivalent d'un pronunciamiento militaire, version civile. La forfaiture des fonctionnaires du Trésor  qui ont accepté de jouer le jeu de la transmission d'informations confidentielles est du même ordre que celle de colonels félons mettant leur troupe à la disposition d'une junte. L'énormité des relais dans les banques liées au pouvoir et aux journaux sous dépendance bancaire directe, démontre que cette opération a été conçue d'entrée de jeu comme une mobilisation de toute la haute fonction publique et de ses affidés dépendants. De même qu'on avait vu toute une presse relayer les injures initiées dans le bureau de François Hollande contre Bernard Arnaud puis Depardieu, les mêmes ont remis le couvert puissance 100. L'immensité des ramifications du coup, son caractère totalement contraire à la démocratie, s'agissant d'empêcher le déroulement normal d'une élection présidentielle,  et le dévoiement d'une partie importante du saint des saints de la haute fonction publique,  font de cette attaque  un acte d'une gravité extrême de nature de porter un coup très dur au pays et à son caractère démocratique.

Maintenant qu'on sait qui a conçu ce coup et quelle est sa nature, il devient facile d'analyser les objectifs sous-jacents de l'opération.

L'Enarchie compassionnelle était en danger. L'effondrement national qui a vu la France sombrer dans à peu près tous les domaines a conduit à l'élimination des Enarques des partis à chaque fois que le peuple a pu s'exprimer. A droite, Copé et Juppé ont été sèchement renvoyés à l'automne. Le choix de Hamon marque la fin de la primauté énarchienne au PS. Il est intéressant de noter que dans les deux camps, ce sont des attachés parlementaires sortis du rang avec des diplômes modestes (droit pour Fillon, Histoire pour Hamon). qui l'ont emporté. L'Enarque Huchon a été éliminée lors des régionales à Paris.

Le mouvement anti élite est largement la conséquence du mépris et du ressentiment nourris par les Français vis-à-vis des privilèges de la fonction publique et de son élargissement sans limite, sa morgue, ses dettes et sa fiscalité. Les pertes qu'ont dû  rembourser les contribuables touchent tous les secteurs publics et la banque. L'Enarchie a pillé l'usager et le contribuable au-delà de toute raison.

La candidature de François Fillon représentait un danger mortel pour l'Enarchie : convergence obligée des systèmes sociaux avec le système général, réduction massive des missions publiques, sabrage des effectifs de fonctionnaires et surtout, affront innommable, l'annonce qu'on toucherait à l'organisation des corps de l'Etat, inutilement nombreux et fractionnés.

François Fillon n'est pas devenu l'homme à abattre principalement pour des raisons politiques ordinaires, mais parce qu'il annonçait la fin du régime anormal de capture de la démocratie française par les hauts fonctionnaires devenus féroces ponctionnaires.

Le "coup" tenté par Hollande et Macron, est toute proportion gardée, de même nature que celui qui a frappé Erdogan en Turquie. Les militaires turcs n'ont pas accepté de voir leur domination définitivement enterrée. Les hauts fonctionnaires français n'acceptent pas de perdre le pouvoir politique en France.

S'ils réussissent, c'est la mort définitive de la France comme pays libre, démocratique et créatif  qui s'annonce. L'étranglement fiscal du pays continuera pour faire vivre quelque temps le monstre bureaucratique français et les privilèges extravagants des fonctionnaires. On verra une fuite hors de France de toute la bourgeoisie créative qui le peut et le développement incontrôlable du chômage que les hauts fonctionnaires tenteront d'inactiver politiquement par des lâchers d'argent indécents.

Le programme d'Emmanuel Macron correspond très exactement aux objectifs du "golpe". Avec lui  l'énarchie restera au pouvoir. Aucune réforme des différentes bureaucratie n'aura lieu. Le champ de l'Etat ne sera pas réduit. Il faudra simplement sauver les apparences.

Le pacte passé avec la Banque et de très grandes fortunes (voir la position d'un Cicurel, qui préfère un arrangement fiscal dans le silence des cabinets et pas de réformes qui troublent l'ambiance) veut que Macron fasse les quelques réformes nécessaires pour éliminer ce qui pénalise les très gros intérêts transnationaux. On se financera sur les retraités, sur le capital immobilier et sur le vol de l'assurance vie. Ce qui s'annonce  pour les classes moyennes et supérieures, pour les retraités, pour les propriétaires immobiliers, est catastrophique. Crève le pays pourvu que la haute fonction publique reste intouchée et alliée avec le grand capital international source de reclassements ultimes fructueux.

On ne saurait trop conseiller à François Fillon de résister et de tout mettre en œuvre pour parer le coup sans fioritures et bien le comprendre pour en dénoncer la vraie nature auprès des électeurs.

Il a commencé à réagir hier. Il devrait aller plus loin et  assumer :

- que la politique a un coût et que les moyens légaux mis à disposition  sont de la seule responsabilité des parlementaires.

- que la séparation des pouvoirs est indispensable.

- qu'une forfaiture a été commise par des fonctionnaires du Trésor dont la responsabilité sera recherchée.

- que François Hollande a une fois de plus montré son goût pour la transgression  mais que c'est désormais la démocratie qu'il transgresse

- que Macron est l'agent de la réaction des énarques politiques en voie d'élimination du jeu démocratique

- que sa mission est de permettre la restauration de l'énarchie et que son programme est de faire payer cette ignominie anti démocratique  par les retraités et par les propriétaires immobiliers.

- que le résultat sera la mort de la France en tant que pays libre et indépendant. 

Au-delà de sa personne, c'est la démocratie qui est en cause. Il en est devenue le défenseur, volens nolens. La "youpi  démagogie" de Macron qui lui fait crier comme un cabri Vive l'Europe, Vive les régions, Vive les indépendantistes corses, bretons, ou basques,  Vive les musulmans et le muticulturalisme, Vive l'émiettement parlementaire, Vive la proportionnelle, Vive tout , est un piège électoral grossier.

Il n'y a pas d'avenir pour la France avec Macron et l'Enarchie compassionnelle restaurée au pouvoir. De même que le général de Gaulle a eu raison de mettre fin au pronunciamiento militaire de Salan, Challe, Zeller et Jouhaux , il faut que le Peuple Français mette fin au coup de force réactionnaire de l'Enarchie.

Mais qui aurait cru la haute fonction publique politisée du côté socialiste capable d'un prononciamento ? Et avec des moyens aussi détournés et sordides ? Et qui aurait cru qu'autant de journalistes, dans autant de media, ne soient plus que des aboyeurs heureux de leur laisse et frétillant dans l'ignominie au service des petits maîtres qui les nourrissent ?

Il y a bien un suicide français.

PS : quelques articles évoquant l'Enarchie Compassionnelle

 

Le dernier livre de l'IFRAP : "Ce que doit faire le (prochain) président" (25 janvier 2017 13:46)
Faut-il supprimer l'ENA ? (3 septembre 2016 15:35)
Michel Rocard : l’enterrement d’une illusion (12 juillet 2016 10:58)
J. Peyrelevade : un éclair déchire le ciel bleu de l’Enarchie (10 mai 2016 11:08)
France 1974-2015 : les leçons d'un désastre. (2 mai 2016 10:51)
Retour sur le chômage structurel en France (2 avril 2016 12:24)
Economie, primaires de la droite et élections présidentielles (29 mars 2016 11:47)
Deux mots à Bruno Lemaire (4 mars 2016 12:59)
L’inaction : une maladie française ? (26 février 2016 09:26)
La France, entre blocage et utopies. (3 février 2016 19:19)
Deux illusions tenaces (1 novembre 2015 18:39)
En relisant les mémoires de J. Chirac (5 août 2015 17:05)
L'étrange malédiction de Valéry Giscard d'Estaing (30 mai 2015 09:54)
Xavier Fontanet : « Pourquoi pas nous ? » (23 septembre 2014 13:49)
Economie Française : le palmarès des incapables (18 juillet 2008 16:32)

Le dernier livre de l'IFRAP : "Ce que doit faire le (prochain) président"

Un livre à lire et à compléter

On connaît Agnès Verdier-Molinié qui a réussi à s'imposer dans le paysage audiovisuel français, ce qui, sur ses thèses, est un exploit et directrice de l'Ifrap, institut créé par Bernard Zimmern en 1985, dynamique et créatif polytechnicien et auteur qui restera pour son ouvrage clé : À tout fonctionnaire son chômeur.

Oui, elle a bien du mérite quand on voit le traitement qui lui est réservé sur les médias sociaux socialistes. Deux légères citations :

"On n'en peut plus de cette femme au "sourire" ironique, cassante, méprisante qui crache sur ceux qui la font vivre, nous. Odieuse ! Pourquoi Yves Calvi l'invite-t-il aussi souvent alors que, d'avance, nous savons qu'elle ne fera que cracher son venin".

"Lobbyiste ultralibérale, je ne vois pas ce que cette virago vient faire dans une émission du service public qu'elle hait tant. Verdier-Molinier est une idéologue camouflée en soi-disant experte économiste".

"Je ne connais pas cette personne, mais après les "pleurs" (signal de surchauffe) vient en moi l'agacement (je suis polie !). Insupportable de voir cette "journaliste" coiffée de ce sourire amusé / méprisant en arrière-plan de l'intervenant ! Insupportable !!! Merci au cadreur ! Impossible de rester impassible devant ce sourire dédaigneux, moqueur…"

"Ultralibéralisme et réaction font souvent bon ménage. En présentant Agnès Verdier-Molinié comme une experte et en ne l’interrogeant que sur les thématiques qui constituent son fonds de commerce (impôts, syndicats, fonctionnaires, etc.), les médias contribuent à dissimuler que les marottes des libéraux ne poussent pas dans le ciel des idées. Elles servent les intérêts des dominants qui, s’ils veulent librement s’enrichir, ont tout intérêt au maintien de l’ordre social. Elles s’accordent, en outre, parfaitement avec un point de vue ultraconservateur qui voit la main de dieu derrière le libre jeu du marché."

Pour une certaine gauche, le seul fait de s'exprimer sur "le services public" doit être strictement réservé à la gauche pro étatiste et toute autre proposition est indécente.

Pauvre Agnès, traitée de virago pour ne pas avoir viré à gauche, avec des commentaires sur son physique, qui semblent être une pratique normale dans ce petit monde.

Pas de discussion : élimination par la meute hurlante. Voilà le niveau du débat socialiste depuis que la doctrine est morte au champ de déshonneur des massacres et des génocides socialistes et que le socialisme de gouvernement a prouvé qu'il ne produisait que de la misère et des chômeurs. Il faut simplement se réchauffer à l'idée qu'on est quand même les bons et que les autres sont des vilains. Des suppôts du grand capital, qui ne pensent qu'à aliéner les pauvres et ruiner les travailleurs pour accumuler des profits indécents, tout en étant "fille de ", catho rétrograde etc.

Depuis que le socialisme a subverti la gauche et qu'il s'est effondré dans le sang des massacres et les larmes du chômage de masse, il a chassé et Voltaire et la bonne foi, et l'observation, pour devenir une religion de la haine de l'autre cultivé entre soi dans l'injure permanente.

Le livre d'Agnès Verdier-Molinier est pour eux une sorte d'insulte : Le livre est bourré de faits.

Des faits lourds, solidement plantés dans le désastre français. Comme on ne veut pas les voir il faut tuer l'observateur qui a l'audace de les monter du doigt. Fuir la réalité à tout prix. Parce qu'il ne faut pas désespérer Billancourt. Où il n'y a plus un seul ouvrier.

Alors nous disons : il faut lire ce livre en entier et avec soin. Car tout ce qu'on y trouve est vrai et trace un dessin d'un France en plein naufrage bureaucratique et démagogique dont le destin, au train actuel est de se fracasser sur la falaise grecque.

le champ d'analyse de l'Ifrap est restreint : l'abus commis en permanence par le système politico-administratif. Mais les conséquences sont plus générales :

- l'effondrement régalien que nous dénonçons depuis des lustres

- une organisation spéciale abusive pour des fonctionnaires qui ont capté le politique et qui ont organisé deux sociétés, la leur, et celle des autres, avec des règles et des institutions totalement différentes. Chômage, rémunération basse et aléatoire, conditions de vie difficile, retraites incertaines pour ceux qui vivent au feu de la concurrence internationale. Garantie d'emploi à vie ; avantages de retraites, de logements, privilèges nombreux, revenu indépendant des crises, pour les autres. Cette organisation duale forgée sous Pétain et aggravée à la Libération, sous la pression et des communistes et des hauts fonctionnaires, a coupé radicalement la France en deux.

- fausse gratuité distribuée par la bureaucratie qui ruine consciencieusement tout le monde.

- hyperfiscalité démentielle.

- effondrement de l'économie et de la création.

Conseillons à ceux qui veulentse rendre compte de ce dernier point, d'aller au salon de Villepinte : pas un Français. Que des Italiens, des Espagnols, des Allemands, des Nordiques. Il en se passe plus rien en France. Toutes les entreprises ont été étouffées ou les créateurs sont partis ailleurs. Un seul mot, lancinant : "il ne se passe plus rien en France".

Parmi les causes de l'effondrement français, l'étatisme incontrôlé de l' "Enarchie compassionnelle" tient une place effarante. Macron en est le dernier représentant, qui fuit comme les autres toute réalité, inventant la "youpi politique" pour faire perdurer cet abus.

Le livre tend un miroir aux Français, à leurs élus, à leurs fonctionnaires. Et montre de façon imparable qu'on peut faire mieux, pour beaucoup moins cher, avec beaucoup moins de monde.

L'avantage de l'Ifrap est la solidité des études Tout ce qui est écrit est vrai et frappé du coin du bon sens. Évidemment l'idée d'un programme clé en main pour les élus est un peu provocatrice. La politique est l'art de rendre possible ce qui est nécessaire. Ce n'est pas si simple.

L'ensemble des maux français ne se retrouvent pas dans le livre. La bureaucratie, la captation par les hauts fonctionnaires, les blocages syndicaux et les dérives des élus locaux sont une chose. Le "red tape", comme disent les Anglo-Saxons, est un thème qui séduit toujours parce qu'il renvoie à des responsabilités bien délimitées. Gare à la tentation du bouc émissaire. On peut certes faire mieux, d'abord en faisant moins sciemment mal et en faisant aussi autrement. La recherche d'une meilleure performance est légitime. Mais il ne faut pas perdre le bébé dans l'eau du bain versée.

Une grande part des maux que connaît le France est importée. Les deux systèmes dysfonctionnels que sont le système monétaire international et la gestion de l'Euro pèsent d'un poids massif. Une partie de la dérive administrative française, provient de la nécessité d'en juguler les effets.

C'est ce que nous répétons à l'équipe Fillon. Il faut une diplomatie de la prospérité. Et sur ces sujets il n'y a aucune ligne, dans le livre de la belle Agnès au sourire de Joconde, sur ce que doit faire le (prochain) président.

Un livre à lire,…et à compléter.

Guy Sorman : "J'aurais voulu être français"

Un livre nécessaire

Le dernier livre de Guy Sorman est un régal. C'est le plus français de tous ses livres.

En deux sens :

- parce qu'il s'adresse à tous ceux qui ont l'ambition d'être à la hauteur de la meilleure idée de ce que peut signifier "être français".

- parce qu'il n'y a pas de genre plus français que ces Lettres Persanes à l'envers.

Bien sûr, on peut considérer le livre au premier degré, en le centrant sur le mal-être des immigrés juifs d'Europe centrale de la seconde génération. À ce titre il forme un témoignage d'une rare qualité, sans jérémiades ni ethnocentrisme abusif.

L'autre manière est de constater que nous sommes tous devenus peu ou prou des juifs errants.

À titre personnel, la filière paternelle est entièrement marquée par le tourment des cadets de Gascogne, envoyés sans ménagement chercher fortune ailleurs par le droit d'aînesse et le malthusianisme local. Quant à la filière maternelle, elle devînt française quand, après la chute de Napoléon, la conscription de jeunes suisses dans les armées françaises devient impossible. La "capitulation" prévoyait que la Suisse fournisse 16 000 jeunes gens aux Armées françaises, ce qui était de nature à faire baisser la pression démographique dans un pays où les terres étaient pauvres. Le jeune Rodolphe a dû quitter son Argovie natale à coups de pied dans le train et traverser le Jura en sabots (et en hiver) pour se retrouver dans une terre de vignes, un peu semblable à Schinznacht dorf, microbique enclave vinicole au milieu des industries de la région d'Aarau.

Les deux familles avaient en commun de n'avoir aucune possession terrienne et de ne compter que sur des activités de service pour vivre. En 1815, l'une comme l'autre tenaient un bistro local apprécié, mais peu susceptible de faire vivre les cadets.

Mon grand-père maternel, fils de tonnelier, se retrouvera agrégé de mathématiques et ancien de l'École Normale Supérieure, une école dont on peut sortir quand on ne la confond pas avec Science-po !

Mon grand-père paternel, qui avait choisi Arras avant la guerre parce que sa femme avait dû sortir du train en urgence à cet endroit là pour accoucher, puis Amiens parce que la guerre avait rasé sa maison d'Arras, verra son fils devenir  Architecte Grand Prix de Rome. Il aura à reconstruire Amiens dévasté par la seconde guerre mondiale, la maison familiale étant une fois de plus détruite !

Il est dans la nature des choses que les errants prennent l'ascenseur social par l'école. Et qu'ils cherchent à être encore plus français que les autres. Ce qu'ils ne trouvent pas dans la terre, ils le cherchent dans l'idée.

L'histoire de Guy Sorman me touche et devrait toucher tous les Français, car elle est exactement le reflet de cette démarche. Rien à voir naturellement avec un surmoi identitaire et un nationalisme ombrageux. Patriote, oui. Les deux grands-pères cités seront blessés dans les deux mois de la déclaration de guerre de 14. L'un, le gascon, sera transféré en Suisse comme grand gazé, sa femme échouant avec ses derniers sous à la gare d'Annecy et frappant à la première porte pour trouver des secours. Un bon samaritain lui ouvrit non seulement sa porte,  et nourrit et hébergea  toute la troupe mais la transporta à la frontière suisse. Des Justes, il y en a eu de tout temps et de toutes circonstances en France. L'autre grand-père finit par mourir des blessures subies moins de dix ans après la guerre. Il était encore Suisse ! Sa fille renoncera aussitôt à sa nationalité suisse en hommage à son sacrifice.

Oui, l'histoire candide de Guy Sorman est d'une certaine façon celle de tout Français qui se respecte. On peut croire suffisamment à la France pour tenter d'être à sa hauteur dans la vie. Et déplorer voire dénoncer les abandons, les lâchetés, la bêtise crasse des renoncements quand justement la vie économique, politique, intellectuelle et sociale dérive dans le n'importe quoi.

Une des dimensions de l'esprit français est l'ironie critique.

Guy Sorman de ce point de vue est plus français que nature. Il n'a pas peur. Lorsqu'il dit que Sartre est une fausse gloire et une imposture anti française, en un mot un salaud (sans doute au sens sartrien du terme) il a parfaitement raison. Et cela réconforte de constater qu'un intellectuel ne se soumet pas à l'inévitable cagoterie qui entoure finalement un complice subjectif et objectif des pires génocides et crimes contre l'humanité. Les quelques commentaires peu flatteurs de Guy Sorman peuvent être complétés. Vivant à Montparnasse depuis plus de soixante ans , j'ai mes propres anecdotes. Un jour, rue Delambre je découvre que le marcheur devant moi est Jean Paul Sartre et soudain il bifurque vers l'entrée du cinéma porno qui prospérait à cette époque. Les films X avaient cessé d'avoir un scénario et étaient devenus depuis longtemps des compilations de scènes pornographiques sonorisées façon hurlement de plaisir à jet continu. Je lui emboîtais le pas et entrait derrière lui, non sans avoir demandé à la vendeuse si le client précédent était un habitué. Elle pose son tricot et lève les yeux au ciel : "un véritable obsédé". De fait, notre philosophe enlève son imper mastic et se place au premier rang juste sous l'écran. Voyant de moins en moins bien, il avait besoin d'être très près pour décoder les formes qui s'y agitaient sans grande originalité mais avec force cris d'extase. Arrêtons là cette description qui pourrait devenir scabreuse. L'existentialisme dans sa forme ultime avait trouvé son dernier domaine.

Belmondo raconte qu'il volait dans la rue les bouteilles de lait de Sartre et de la Grande Sarteuse et qu'il a cessé dès qu'il a compris de qui il s'agissait. Ce respect était bien superfétatoire." L'argent qui corrompt" coulait en effet plus abondamment que le lait apporté au petit matin.

Guy Sorman évoque son long passage comme Maître de Conférences à Sciences Po. Pour avoir partagé cette activité pendant plus de vingt ans, je suis heureux une fois de plus qu'un esprit libre soit capable d'un peu de distance vis-à-vis de la manière dont l'économie y était enseignée. Il cite un dialogue avec Raymond Barre qui lui disait qu'il ne connaissait rien aux mathématiques et qui espérait que la mode en finisse par disparaître. J'avais moi-même eu, mais en tant qu'élève, un accrochage dans l'amphi Boutmy avec le Maître. Puisqu'il sollicitait des questions, je demandais comment il faisait la liaison entre le premier tome de son manuel qui parlait de la microéconomie et de l'impossibilité des crises selon le modèle walraso-parétien, et le second tome consacré au keynésianisme et à l'élimination des crises. Très honnêtement je ne comprenais pas la soudure entre ces deux approches incompatibles. En professeur consciencieux le gros Raymond avait classé toutes les doctrines existantes aux fins d'exposition mais omis de donner le moyen de les réconcilier. Sa réaction avait été un peu tonitruante, du genre : "vous être un petit malin qui voulait faire rire vos  camarades". Mais la question était sincère et la réconciliation, au passage, n'a toujours pas été faite, malgré de gros efforts,  entre micro et macroéconomie.

Guy Sorman rappelle que l'enseignement à Science-po, en matière d'économie n'avait strictement rien de scientifique : il s'agissait simplement d'expliquer que les fonctionnaires devaient intervenir et de dire comment. Le grand manitou était Bloch Lainé dont "pour une réforme de l'entreprise" est aujourd'hui une occasion de rigolade intense et sans limite. Malheureusement la déviation soulignée par l'auteur n'a pas cessé. L'OFCE qui dépend de Science-po est encore aujourd'hui une chapelle anti libérale et interventionniste et s'exprime comme une organisation de partisans lorsqu'elle envoie ses sbires expliquer que la dépense publique, c'est bien, les impôts c'est nécessaire, la politique de Hollande, c'est merveilleux etc.

L'agrément de la promenade à laquelle Guy Sorman nous invite à l'accompagner, est qu'elle active des tas de souvenirs qui confortent ses analyses.

Il a bien noté que les Américains utilisent la France pour s'autocritiquer eux-mêmes et que la France qu'ils envisagent est totalement mythique. C'est une forme de Lettres Persanes à l'américaine. En prenant la nationalité américaine en sus de la française, Guy Sorman en profite pour écrire ses propres Lettres persanes aux Français.

Oui être français est un effort. Le découragement vient souvent au spectacle que la France peut parfois donner. Je ne souhaitais pas parler des primaires de la gauche, mais sollicitée de donner l'avis des Canadiens sur ce qui se passe en France, Mme Bombardier, invitée par la revue de Presse sur Paris Première, a du renoncer à toute réponse. Le dérisoire est tel que tout le monde s'en fiche, voilà ce qui signifiait le haussement d'épaules, accablé, de cette amusante intellectuelle de la Belle Province. Quand c'est nul, c'est nul. Et affligeant.

Justement être français, c'est faire en sorte que le monde ne s'en foute pas, de la France. Et pour cela il faut donner les coups de balais qui sont nécessaires. Merci Guy Sorman de cette leçon tout en pointillé, comme sans y toucher. N'est vraiment français que celui qui veut être français et ne se décourage pas devant les chausse-trapes semées inlassablement sur son chemin.

Être français n' est certes pas un djihad… mais surement  une ambition.

Didier Dufau

Le livre est paru chez Grasset.

En écoutant Patrick Artus.

Patrick Artus partage avec Jacques Généreux cette idée particulière que pratiquement tous les économistes sont des ânes, surtout ceux qui les accusent de ne pas être toujours raisonnables. Dans le cas de notre conférencier sa ténacité à ne pas prévoir la crise de 2008, à nier les risques associés aux subprimes, puis à vouloir croire que la crise était déjà finie au second trimestre 2008, avait laissé une trace bigarrée sur l'image de sa compétence et de son désintéressement (la banque qui l'emploie ayant évidemment salement trempé dans la finance dangereuse). Il était intéressant de voir si plus de réflexion et de modestie avaient justifié le maintien de sa large sollicitation comme commentateur de l'économie. La réponse a été rapide et claire. L'immodestie et la morgue demeurent inaltérées et la pertinence est toujours aussi aléatoire.

Passons sur l'attitude. À la lueur du Brexit et de l'élection de Trump et de quelques autres candidats au comportement saugrenu, la question était de savoir si la mondialisation avait changé et changerait encore.

La réponse exposée est toute simple : la mondialisation n'a changé qu'à la marge et ne changera pas. Pour l'Euro, il est clair qu'on ne peut pas en sortir. Ce serait une catastrophe même pour l'Allemagne qui verrait ses créances dévaluées et qui devrait donc baisser le niveau de ses retraites. Quant aux échanges internationaux, on peut juste noter qu'une partie de la politique de fragmentation de la chaîne de valeur était modestement remise en cause avec la volonté, exemple Michelin, de faire en sorte que la production se rapproche des débouchés.

Quant au trouble de la classe moyenne dans les pays occidentaux, il ne vient pas de la mondialisation condamnée abusivement mais du progrès technique qui, inéluctablement réduit les métiers intermédiaires et l'encadrement au profit d'une bipolarisation intenable entre une poignée d'inclus et une masse de petits boulots prolétarisés. Tout cela pour finir par un éloge, sans soutien politique, de M. Benoît Hamon, pour avoir posé la bonne question : faut-il couper la relation entre travail et niveau de vie ?

Patrick Artus n'est pas un mauvais orateur. Il est tellement sûr de lui qu'on le suit avec une certaine confiance. Néanmoins, le malaise s'est installé et s'est aggravé tout le temps du discours jusqu'à une forme d'exaspération finale.

Pourquoi ? Parce que la démonstration omettait l'essentiel. Il y a bien eu une explosion en 2008. Elle a eu des conséquences gigantesques. Le drame pointait bien un système global dysfonctionnel. Pas un mot. Pour Patrick Artus, avant c'était bien et pas dangereux et maintenant c'est fini, on est à nouveau dans la normalité. Ce qui est vrai du monde l'est aussi pour l'Euro. "Je ne dirais pas que ce fut une bonne idée, mais on ne peut pas en sortir". Là encore aucune analyse des aspects dysfonctionnels, seulement un peu d'ironie sur les "populistes". Il est vrai que les "sachants" officiels, ces derniers temps, ont prouvé leur capacité de prévoir et de prévenir… On peut détester le discours anti-élite, mais tant de morgue vis-à-vis de ceux qui s'interrogent sur les défauts, donc sur les solutions, montre qu’une partie des "élites mondialisées et mondialistes" est dans l'aveuglement total.

La gêne croissante pendant toute la conférence sera alimentée justement par le sentiment qu'on ne traitait pas les vrais sujets et qu'on évitait les questions qui fâchent, accumulant les banalités sans danger ou les observations superficielles.

En refusant sciemment ou non, par intérêt professionnel bien compris ou non, de voir les causes profondes des désordres, des économistes comme Patrick Artus se condamnent à n'être que des commentateurs approximatifs. Les événements arrivent. On ne sait pas ni pourquoi ni si c'est bien ou mal, ni si c'est à corriger ou à encourager. Ils flottent dans le firmament du commentaire comme les yeux dans le potage. C'est comme cela, puisque je vous le dis. Et ceux qui s'agitent autour des conséquences sont des grotesques. Point final.

Cette absence totale de diagnostic conduit inéluctablement au commentaire impuissant. Du coup l'économiste ne sert plus à rien et l'économie paraît une science sans objet ni prescription.

Dire que cette conférence fut une déception est peu dire. L'intérêt d'économistes de ce genre est quasi nul et même contre-productif. On peut se tromper, ne pas voir arriver une crise, ne pas en comprendre les ressorts, ne rien comprendre de la suite. D'accord. Mais alors on remet la main à la pâte et on ne ressort de son bureau qu'avec des analyses précises de son échec et des suggestions de correction. Et on n'explique pas que les autres économistes sont des nuls.

*

*  *

Juste un commentaire sur une des questions posées lors de cet exposé : L'emploi "intermédiaire" est-il condamné ?

On connaît cette thèse qui est ressassée un peu partout. Le nouveau capitalisme, pour la première fois de son histoire, produirait un progrès éliminant l'emploi et, dans l'emploi, la source de stabilité qu'était le "middle management ". Le sujet de l'exposé étant l'évolution de la mondialisation, la responsabilité de cette dernière était-elle en cause ou l'affaire était-elle irréversible ?

La réponse du conférencier : oui le middle management est condamné et ce n'est pas du fait de la mondialisation, mais du progrès technique. L'assertion n'est fondée sur aucun argument. L'auteur étant favorable à la mondialisation, il suffisait de la laver d'autorité de tout opprobre.

L'ennui, c'est que cela ne tient pas la route. Creusons un peu.

Lorsqu’on regarde les créations de postes dans tous les pays gagnants de la mondialisation, on a vu se développer une énorme classe moyenne (des dizaines de millions de personnes) avec l'apparition d'une classe de cadres et de professionnels qualifiés en tout point identique à ce qu'on trouvait dans les pays occidentaux. Quand on crée des milliers d'entreprises il faut automatiquement de l'encadrement et des techniciens qualifiés et la hausse du niveau de vie s'est faite justement dans ce segment. Le plus drôle, c'est qu'à un autre moment de son intervention, Artus en convient. Il trouve que l'inégalité est consubstantielle au développement et touche tous ceux qui vont s'élever en participant à la création économique et pas seulement le 0.1 % de la population qui détient les nouvelles entreprises.

Le progrès technique ne peut pas avoir deux faces : destructeurs de métiers d'encadrement ici, créateur ailleurs. Cela n'a pas de sens.

La mondialisation dans la forme qu'elle a prise a donc bien eu un rôle dans l'élimination partielle de l'emploi intermédiaire dans les pays développés.

Du coup tombe à plat tout le discours malthusien habituel sur le progrès économique qui ne serait plus riche en emplois, les robots, Uber etc. Les canuts lyonnais avec nous ! Cette vision peut être vigoureusement contestée. Comme on l'a vu, il est inepte de proposer une explication qui vaut en deçà des Pyrénées et pas au-delà. Si l'emploi a disparu dans les pays développés avec les conséquences sur les classes moyennes, ce n'est pas dû principalement aux technologies. Les robots ne fonctionnent que si des ingénieurs et des techniciens sont là pour les concevoir, les mettre en œuvre efficacement et les maintenir. Tous ces postes sont qualifiés. De même le succès de l'économie collaborative n'est réel que lorsque la législation sociale ne l'a pas rattrapée. Dès l'instant où les locations défiscalisées disparaissent et que l'organisateur du collaboratif devient employeur, il ne reste plus grand-chose du côté disruptif de ces innovations.

Il se trouve que The Economist de la semaine publie un article très fouillé sur les perspectives de l'industrie. Les graphiques publiés démontrent exactement l'inverse des assertions de Patrick Artus : l'industrie représente une partie stable de l'économie chez les émergents et s'effondre dans le monde développé. Si le progrès technique frappait d'anorexie l'emploi, on le verrait aussi bien chez les émergents que chez les développés. Donc, une fois de plus, la mondialisation est en cause.

La vraie analyse est que le développement des pays émergents ne s'est pas fait selon un modèle reproductif ou homothétique mais substitutif., ce qui n'a été possible que parce qu'on avait abandonné toutes les règles sacralisées dans le statut du FMI, article 1, à savoir qu'on n'accepte pas les gros déficits et les gigantesques excédents.

Si dans les pays développés le sous-emploi s'est installé, il a frappé tout le monde, cadre ou pas cadre, middle management comme ouvriers. En Pologne la catégorie qui s'est le plus rapidement enrichie est justement celle des techniciens supérieurs et des cadres intermédiaires. Les salaires qui étaient une fraction minime de ceux des Français sont maintenant à 80 % du salaire français, à parité de pouvoir d'achat !

Si l'emploi s'est congelé dans les pays développés, c'est d'abord parce qu'il y a eu un énorme transfert d'investissement hors de ces pays et surtout parce que l'économie financière mondialisée est devenue baudruche avec une part spéculative délirante. Du coup les capitaux n'ont pas été canalisés vers la production mais la recherche spéculative de "valeur monétaire", en même temps que les récessions successives ont provoqué des chocs durables sur les investissements et l'emploi. L'énormité de la dette a conduit également à un freinage des investissements dans la production de biens et de services.

Par conséquent, une mondialisation fondée sur les changes flottants, à un moment où le dégel communiste a mis brutalement sur le marché de l'emploi des centaines de millions de travailleurs potentiels, ainsi que les déficits et les excédents de balances de paiement délirants qui en ont résulté, sont LA cause majeure de l'effondrement de l'emploi des classes moyennes dans les pays développés et de la réaction politique que cela provoque.

Patrick Artus répond que l'investissement n'a jamais été aussi élevé aux Etats-Unis ces derniers temps. C'est vrai et on peut même ajouter que les exportations chinoises se sont effondrées., forçant les Chinois à utiliser les réserves non plus pour importer mais pour acheter du capital à l'étranger, ce que regrette, à juste titre, notre conférencier qui voit là une source d'accumulation capitalistique qui ferait que la Chine posséderait à terme le capitalisme mondial. Si on regrette l'effet, il faut incriminer la cause. Et là P. Artus reste sec.

Avec des taux à zéro et des placements financiers sans rentabilité, il est normal que l'investissement reparte. Il le fait dans la pierre (bulle) mais aussi dans la production. Et il reste en partie en Occident parce que désormais tout le monde dans les milieux patronaux a pris conscience que le risque politique devenait potentiellement destructeur de l'industrie et du commerce. L'expérience a également montré que la dispersion logistique, dans un système de flux tendu, avait un coût exorbitant. Si un composant est en difficulté toute la chaîne est arrêtée. Les bruits de botte sont l'ennemi de la dispersion industrielle. Lorsque le tsunami a détruit une partie du Japon proche de certaines centrales atomiques, des milliers de produits dépendants de la fabrication de composants logés dans le coin ont cessé d'être produits, provoquant des manques à gagner phénoménaux.

La crise de 2008 a rebattu les cartes et continue de le faire. Aux comportements de panique ont succédé des comportements de précaution. Aux comportements politiques d'acceptation ont succédé des volontés de rupture.

Il est indispensable de repenser et la mondialisation et la gestion de l'Euro. Le progrès technique dans cette affaire n'est pas en cause. Mais l'organisation, ses principes, ses modalités.

Le rôle des économistes est d'éclairer les voies et moyens de ces évolutions indispensables. Pas de conforter l'existant en glosant de façon morose sur ceux qui prônent un certain nombre de changements indispensables.

La mondialisation non coopérative et déséquilibrée est une supernova qui a explosé. Il est inutile d'en chanter les vertus. Elle est mortellement touchée et les spasmes actuels n'ont rien de rassurants si on ne fait rien pour lui donner un débouché différent.

La gestion de la zone Euro ne peut plus rester en l'état. Il est absurde de prôner le statu quo.

Là sont les vrais territoires de l'économie en 2017.

En finir avec la banque universelle française

On est toujours fasciné de voir une profession cartellisée depuis Pétain sur les bases du fascio, en un mot une institution fasciste au sens propre du terme, et vivant en symbiose ouverte avec la haute fonction publique et l'énarchie qui a capté le pouvoir politique en France, se comporter comme des voyous en bande organisée n'oseraient pas le faire, avec l'onction des juges et des politiques.

Prenons un exemple minuscule. Une jeune association se voit imposer début 2017 sans discussion 480 euros de frais de tenue de compte par an pour une recette d'association de 800 euros. Elle est obligée de disposer d'un compte pour encaisser les chèques de cotisants. Elle ne peut garder de l'argent en liquide.

L'exemple est intéressant du fait de la nature très particulière du contrat de tenue de compte par une banque. Comme nous l'avons vu à plusieurs reprises sur ce blog, ce qu'on appelle un dépôt à vue n'est pas un dépôt au sens du droit civil habituel. L'argent versé sur le compte appartient aussitôt à la banque qui en récupère et l'usus et le fructus. Elle en fait rigoureusement ce qu'elle veut sans que le déposant ait la moindre information sur l'emploi des fonds. En contrepartie le client dispose d'une créance sur la banque. Normalement une créance doit être rémunérée. Et c'est là que tout devient psychédélique. La banque a récupéré la pleine propriété du contenu déposé par la petite association et va en faire son miel. elle prend en fait une commission de gestion sur son propre avoir, puisqu'elle a la pleine propriété du contenu du compte. Qui plus est en volant plus de la moitié de la somme déposée. Vous avez bien lu : grâce à nos aimables législateurs, entièrement entre les mains de la haute administration qui vit en symbiose avec les grandes banques universelles françaises, ces dernières gèrent leur argent à vos frais. Cette scandaleuse inversion de toutes les règles de la normalité juridique peut s'analyser, si on préfère, comme un prélèvement à taux usuraire non pas sur le débiteur mais sur ses créanciers. Chapeau ! La banque qui doit de l'argent à ses déposants (les soi-disant dépôts sont une dette comptable et réelle), leur prélève une quote-part démentielle de sa propre dette à titre d'intérêts usuraires inversés !

On marche totalement sur la tête.

C'est contraire à tous les principes du droit. En un mot c'est du vol organisé par une mafia qui vit à cheval entre l'Etat et le secteur bancaire et qui légifère en sa faveur avec une totale absence de principe pour son seul intérêt et celui d'une brochette de cadres aux bonus extravagants compte tenu des pertes abyssales qu'ils ont réalisées.

Si le Conseil Constitutionnel avait un sens, il aurait dû retoquer ces textes aberrants qui rendent obligatoire le compte courant et en organise le vol "légal". Le lobby pétainiste a fait en sorte qu'on ne puisse sortir d'un compte qu'à son détriment et au profit d'une autre banque. Et il fait la chasse au liquide pour imposer la traçabilité totale de tous les échanges. En un mot la grande banque universelle française est un système qui a accepté d'être un auxiliaire du fisc pourvu qu'on les laisse se goinfrer sans limite au mépris du droit.

Le tout baigné dans un bla-bla sur la "banque éthique" et autres balivernes pour gogos.

Nous aurions pu naturellement rappeler les grands délires des banques universelles françaises. Les exploits du "crazy Lyonnais" restent dans toutes les têtes. Les techniques de gestion avancée de la spéculation de la Société Générale sont encore fameuses. C'est la ruine de trois fonds de BNPPARIBAS qui déclenche la crise des marchés monétaires mondiaux et l'explosion financières de 2008. Le Crédit Agricole se fait étriller sur tous ses rachats de banques, totalement aventurés. Dexia a été le succès que l'on sait. Un livre récent montre comment est gérée la Caisse des Dépôts, tenue étroitement par la mafia des inspecteurs des finances qui mélangent adroitement positions administrative et politique. La ruine de Groupama qui croyait faire une bonne affaire en rachetant de la dette grecque et italienne n'est pas mal non plus.

Rappelons au passage que nationalisation puis dénationalisation ont fait de ces banques universelles "privées" l'exemple français d'une oligarchie à la soviétique.

Et si on veut encore remonter le temps, évoquons le glorieux souvenir des contrats d'assurance collective souscrits sans qu'ils le sachent par les déposants, énorme escroquerie qui voyait quelques complices à la tête des banques et des assureurs se gaver d'énormes prébendes sous forme de commissions d'apport ou de gestion, ou en volant carrément les excédents techniques des contrats d'assurance.

À chaque fois, à la tête de ces groupes, c'est une poignée de dirigeants qui se sont servis sans limite. Et les sommes se comptent en dizaines millions d'euros. Au total à peine plus de 500 personnes enrichies sans cause alors qu'ils ont ruiné leur établissement et essaient de se refaire la cerise avec l'argent des déposants.

Il faut évidemment démanteler ce système mafieux. Comment ?

C'est très simple. Le premier acte est de créer un concept de banque de paiement qui reçoit de vrais dépôts qui restent la propriété des déposants. Ces banques sont des sociétés de purs services qui doivent être soumises à une concurrence féroce, afin de faire descendre les frais de gestion au minimum technique. Que ces sociétés facturent des frais au forfait ou à l'acte soit. Mais que les tarifs correspondent aux frais et une marge raisonnable. Gardons à l'esprit que toute la gestion est quasi automatique, reportée pour la saisie sur l'usager et que la réduction de l'usage des espèces limite encore les frais de gestion. Les frais sont essentiellement des frais d'amortissement de systèmes informatiques.

À chacun de choisir l'établissement le mieux disant pour des actes de simple tenue de compte et de paiement. Cette activité doit rester totalement indépendante de l'activité de crédits et du loyer de l'argent. L'avantage de banques exclusivement spécialisées dans le paiement, c'est qu'il n'y a aucune raison d'en brider l'extension internationale. Et il n'y a aucune raison qu'elles soient sous la tutelle de la banque centrale puisqu'il n'y a aucune gestion de risque.

À côté de ces établissements on aurait des systèmes totalement indépendants : les banques de crédits, travaillant sur argent collecté par souscriptions de bons ; Les banques de financements spécialisés ; Les banques d'affaires, travaillant uniquement sur fonds propres ou par émission d’obligations. Les fonds de placements et d'investissements et les organismes de gestion de fortune compléteraient le dispositif.

Tous ces métiers doivent être exercés dans des entités entièrement indépendantes pour éviter les conflits d'intérêts qui sont la base abjecte du système actuel.

Tous les contrats seraient clairs et nets. Et chacun prendrait ses risques de façon parfaitement lisible. Il serait parfaitement inutile de prévoir une garantie des dépôts. Et la faillite d'une banque de crédit ou d'affaires n'engagerait que des investisseurs assumant leurs risques.

Ce système qui se mettra en place à terme de façon presque obligatoire, parce qu'il est LE SEUL LOGIQUE et RATIONNEL. C'est le seul à ne pas être basé sur un concept de vol organisé. L'obstruction hargneuse des grandes banques universelles françaises et des hauts fonctionnaires des finances. doit être cassée avec toute la violence législative et réglementaire nécessaire.

C'est l'Europe qui devrait en prendre l'initiative.

Mais les obstacles sont nombreux : toutes les grandes banques néerlandaises, italiennes, allemandes, grecques, espagnoles sont quasi en faillite. Les Etats-Unis ont fauché tout le marché des grandes opérations de banques d'affaires transnationales. Le bunker français et les multiples établissements européens en difficulté forment un bloc aussi malsain que difficile à faire bouger.

Pourtant, il le faut. Sinon le vocable de bankster a encore quelques beaux jours devant lui. Aujourd'hui, il est parfaitement justifié.

Un petit exercice d'économie amusante

En guise de vœux de fin d’année, voici un petit exercice pour étudiant en économie, dont les économistes, professionnels ou amateurs, pourront éventuellement faire leur miel. Il est intitulé : Le problème des trois libertés.

Sur une terre nouvellement découverte existent deux groupes, ethniquement profondément différents, longtemps hostiles. L’un qui comporte environ deux milliards d’individus a été victime d’un régime totalitaire qui l’a maintenu dans une grande misère. L’autre qui comporte  cent millions d’âmes a réussi par des efforts constants à disposer d’un niveau de vie 15 fois supérieur.

Par un hasard de l’histoire le régime totalitaire est presque tombé. Les dirigeants des deux grands groupes se sont réunis sous l’égide d’un organisme nouvellement créé,  le Formidable Moyen d’Initiative, qui a réussi à mettre d’accord les dirigeants des deux blocs.

L’accord s’est formé autour des concepts suivants :

-          Le change  des monnaies entre les deux pôles sera entièrement libre et la convertibilité assurée coûte que coûte.

-          La liberté de circulation des personnes sera garantie de façon absolue dans les deux sens.

-          La liberté des mouvements de capitaux sera garantie.

-          La liberté des mouvements de marchandises et de services ne fera l’objet d’aucune limitation.

L’accord, signé, doit entrer en vigueur le premier janvier 2017.

Questions :

  1. Décrivez ce qui va se passer en 2017 dans les deux pays (coefficient 1)
  2. Le résultat en fin d’année sera-t-il optimum ?  (coefficient 10)
  3. L’idéologie des trois libertés sortira-t-elle renforcée de l’expérience ? (Coefficient 100).

Vous avez quatre heures.  Les trois meilleures copies vaudront à leur auteur un séjour de 10 ans subventionné par le Formidable Moyen d’Initiative sur cette nouvelle terre pour lui-même et une personne de son choix.  

 

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Bonne année à tous dans notre meilleur des mondes.

Les naissances françaises en chute libre

Nous risquons sur les bases actuelles de finir l'année à moins de 700.000 naissances, soit 100.000 naissances de moins qu'en 2010.

Nous retombons dans la situation d'avant guerre.

Le début de la fin d'une exception française et une véritable catastrophe nationale.

Une hystérie bien française : la santé gratuite !

Il se trouve que le premier message publié sur ce blog concernait la sécurité sociale (Sécurité sociale : la réforme impossible - http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/6/26/Scurit-sociale--la-rforme-impossible). Il est amusant d'en recopier ici le début :

"La France est un pays incorrigible : il est impossible d’y débattre. De rien. Et surtout pas des réformes nécessaires".

"Le dernier exemple nous est fourni par le « scandale » de la proposition de réforme des remboursements de médicaments nécessités par les maladies au long cours. Un dirigeant de la sécurité sociale vient expliquer la réflexion qui est la sienne : les maladies de longues durées coûtent de plus en plus cher et sont responsables de l’essentiel e la dérive des dépenses. Impossible donc de revenir à un équilibre des comptes sans revoir les politiques actuelles.

Il distingue deux types d’affections : les affections graves qui utilisent des médications lourdes dont il faut absolument maintenir la couverture à 100 %. Les affections moins graves pour lesquelles il existe des médicaments plus légers et moins chers mais qui concernent des cohortes très nombreuses (près de 4 millions de personnes).

Il suggère alors qu’on arbitre en faveur des médications lourdes en réduisant à 35 % le remboursement par la SS des autres sachant que les mutuelles pourraient couvrir les médicaments de moindre importance. Il fait sa proposition dans le cadre d’un colloque et il semble utile que des débats puissent avoir lieu sur des sujets de ce genre.

D’autant plus que sa suggestion est plus que raisonnable : elle s’inscrit dans un mouvement de pensée qui dit que les « consommations » ne peuvent pas faire l'objet d'une assurance, valable pour les "accidents de santé", catégorie où entrent sans discussion les maladies lourdes. La gratuité des consommations conduit à un niveau de dépenses insupportable. Donnons un exemple : un diabétique léger va se voir prescrire deux comprimés par jour de Metformine faiblement dosée. Ce n’est pas une molécule chère. En même temps il doit réduire ses aliments gras et sucrés. Globalement entre médicaments et aliments, le budget global est pratiquement le même. Pourquoi ne pas réduire le support de la nation à une part de 35 % sur le médicament ?

Le débat est légitime. Va-t-il s’ouvrir ? Non ! Tous les médias se mettent à rugir le même message : le gouvernement a l’intention de ne plus rembourser les médicaments des maladies longues comme le cancer et le sida ! On tend les micros aux Ministres qui répondent tous : "de quoi s’agit-il "? Puis « Il n’y a pas de projet en ce sens ». Les députés fulminent. À gauche, le même prêchi-prêcha inlassable ressert à nouveau : la droite s’attaque aux pauvres et malades en plus. Ils sont rejoints par des députés de la majorité : il est scandaleux qu’une mesure pareille puisse être prise dans notre dos ! Le tohu-bohu augmente, excellent pour l’audience des émissions polémiques de la TNT. Le gouvernement souligne que jamais une telle décision ne sera prise par ses soins. Le silence retombe.

Il aura été impossible de débattre d’une mesure sans doute raisonnable et même nécessaire."

Huit ans plus tard, Alain Juppé en grand danger de perdre de façon humiliante la primaire de la droite et du centre dont il était le grand favori des médias et de la gauche, dégaine le Mistigri : Mon concurrent veut en finir avec le remboursement des soins pour les pauvres. Ce coup de pied de l'âne, ne grandit pas son auteur. Même s'il n'est pas le seul à droite, depuis mai 1968, à refuser les réformes pour éviter les réactions de la gauche médiatique, syndicale et politique. .

Dans un article concernant Madelin et Cicurel, nous écrivions sur ce blog :

"On voit bien se dessiner la ligne de fracture principale à droite. D’un côté ceux qui veulent réellement sortir du schéma délétère qui nous a mis dans un trou profond où la plus grande part de la population se débat sans espoir. Seule une certaine radicalité permet d’espérer des résultats conséquents. De l’autre, ceux qui pensent que « le pays est fragile » et qu’il ne faut agir qu’à la marge en desserrant subrepticement l’étau posé par les socialistes sur le cou des « très riches », mais bien se garder d’agiter des chiffons rouges devant les yeux des masses, tranquillisées par la belle figure romaine d’un président digne et droit dans ses bottes devenues bienveillantes, par un discours optimiste sur l’avenir radieux qui s’annonce et par l’absence de toutes réformes qui agiteraient les « forces sociales » (en un mot les syndicats et les fonctions publiques).

Il existe bien une droite prudente qui veut qu'on n'agite pas de muleta devant les yeux du bon peuple quitte une fois au pouvoir à faire en cachette quelques réformes utiles à la population vraiment très fortunée.

Alain Juppé a déclenché une nouvelle hystérie avec exactement les mêmes ingrédients :

- Personne ne sait exactement les mesures proposées par le candidat Fillon : elles n'ont jamais été abordées au fond lors des débats. On n'argumente pas. On condamne a priori.

- Le mensonge est le même qu'il y a huit ans : le gouvernement ne remboursera plus les médicaments contre le sida et le cancer. Le plan Fillon non plus ne propose rien de tel…

- L'ensemble des médias va à la curée en même temps et Le tohu-bohu est excellent pour les chaînes de la TNT.

– La gauche qui parle de forfaiture sociale et qui vomit sur "une droite qui s'attaque aux pauvres, malades en plus".

- Ils sont rejoints par une partie de la droite et du centre

La seule nouveauté est à chercher dans les maux de ventre de Mme Le Pen, dont la fleur bleue semble inefficace comme tisane digestive en cas de crise de foie.

Il s'agit bien d'une hystérie, car sinon pourquoi ne pas débattre ? On attend de François Fillon qu'il cède et que le débat se referme au plus vite. Et que le silence retombe. Ce serait une grave erreur. La réforme structurelle des conditions de gestion de la maladie en France est absolument nécessaire. Vitale même. Sauf à contredire tout le chemin parcouru pendant la primaire, François Fillon ne doit pas céder, même s'il touche un nerf à vif dans l'électorat français.

Déjà il y a six ans nous écrivions :

20 février 2010

" Il faut se méfier comme la peste des gratuités. Elles ne sont pas inscrites dans le patrimoine génétique de l'économie mais plutôt dans celui des démagogues. Au nom de la gratuité s'est créée en France une situation intenable dont on aura le plus grand mal à sortir. Il faudrait que les politiques se réveillent et évitent de s'embarquer trop lourdement dans l'idée que la gratuité est l'esprit du temps et qu'il faut lui accorder des espaces nouveaux. La gauche doit faire extrêmement attention : la pratique du "cadeau électoral au peuple visible et valorisant" qu'elle a pratiqué sous Rocard puis Jospin (puis Hollande N.D.L.R.) était une erreur dramatique. Il apparaît dans certains travaux que "le thème de la gratuité est le vrai clivage postmoderne entre droite et gauche". Ce n'est pas vrai : la droite politique aime tout autant la distribution d'avantages démagogiques que la gauche. L'importance de la dette a été en France aggravée par l'extension à l'infini des gratuités publiques collectivement très coûteuses. Elles rendent la sortie de récession plus que problématique. La France n'échappera pas à un grand débat sur la gratuité."

Oui le grand débat sur la gratuité, le mode de couverture du risque de maladie et l'organisation de la médecine doit s'ouvrir. Pierre Antoine Delhommais souligne dans la dernière livraison du Point que la France est devenue la championne mondiale de la dépense sociale et qu'elle est le seul pays qui fait supporter aux générations futures le paiement des soins de la génération actuelle, en les payant par la dette. Il ne précise pas que ce sont les effectifs de la fonction publique hospitalière qui ont le plus augmenté ni que la CSG en étant affecté au social a été l'occasion d'une immense gabegie en même temps que d'une hausse massive de la pression fiscale globale.

L'organisation du secteur public de la santé est de type soviétique. Il ne s'agit pas d'adjectif qualificatif. Mais d'un constat organique. La bureaucratie y est de plus en plus forte ; la prise de responsabilité des praticiens de moins en moins possible. Lorsque François Fillon explique qu'il y a de plus en plus de bureaucrates et de moins en moins de médecins, il a parfaitement raison. Les bureaucrates raisonnent comme des bureaucrates. On l'a vu avec Mme Bachelot et sa gestion ahurissante du risque hypothétique d'un virus asiatique. L'affaire s'est finie avec quelques milliards de pertes. On le voit tous les jours avec l'organisation des Agences régionales de santé. Ces "machins bureaucratiques" se sont vu attribuer des pouvoirs gigantesques dans la gestion des hôpitaux privés et publics et se sont auto saisi de la surveillance des parcours de soins, dépossédant un peu plus les médecins qui doivent rendent des comptes de leurs actes à des bureaucrates en général embusqué dans les ARS parce qu'ils sont de parfaits incapables. Soigner est difficile, surtout s'il faut guérir le malade. Emmerder le médecin traitant en toute irresponsabilité est tout de même plus confortable.

Ce sont ces imbéciles, (oui les ARS sont peuplés d'imbéciles et d'incapables, il n'y a aucune réserve à avoir sur ce sujet ; ce sont les malfaisants du système, comme les fonctionnaires du Gosplan étaient les malfaisants de l'économie soviétique) qui ont fixé des normes intenables, concentré la médecine dans d'énormes Kombinats, provoqué la gabegie des transports gratuits vers ces Kombinats, essayé de créer un "service public fonctionnarisé du transport médical (qui a provoqué le blocage de Paris et des grandes villes par les chauffeurs de taxi et les ambulanciers privés) etc.

Beaucoup de livres récents ont porté témoignage de la folie administrative qui règne à l'hôpital public, en même temps que les cliniques privées étaient asphyxiées. Personnellement j'ai été témoin de plusieurs incidents très révélateurs.

Hospitalisé dans un service, il arriva que le nombre requis d'infirmières présentes n'était plus atteint. Le règlement est le règlement : il faut fermer le service "pour des raisons de sécurité". L'idée de recruter temporairement une infirmière libérale ? Pas question, les syndicats ne le voudront jamais. Que faire des malades ? Les transporter en ambulances dans des services respectant les normes ! Mais tout de même, les médecins au courant des traitements ne vont pas se déplacer ! La rupture de soin va être dommageable. "Rien à cirer" dit l'ARS locale à la direction de l'hôpital. La solution fut trouvée par un chef de service malin : il fit occuper les lits vides par des malades en fin de vie dont le ratio administratif d'infirmières n'était apparemment pas le même. Et hop ! Vive la bureaucratie.

L'autre incident concerne l'AME. Couché dans une salle d'urgence en attendant qu'un lit se libère, j'entends une voix qui explique à la personne attendant dans la stalle mitoyenne, séparée par un simple rideau, comment s'y prendre pour bénéficier de l'AME quand on n'y a pas droit. La jeune femme ivoirienne venait d'arriver de Roissy. Accidentée quelques mois plutôt, elle avait perdu la rate et des complications étaient survenues qu'il fallait traiter. Les traitements en Côte d'Ivoire étaient efficaces mais coûteux. En France cela pouvait être gratuit. La voix explique donc à la gente malade comment se faire rembourser gratuitement : ce qu'il faut dire ; ce qu'il ne faut pas dire etc. Il était le représentant d'un réseau qui se chargeait moyennant finances "au noir" de faire venir tous les malades africains en France pour traitement, dans la mesure où ils ont assez d'argent pour payer l'avion et le service. Au petit matin, la donzelle a répété son boniment. La personne qui l'a recueilli n'était pas dupe. Mais que faire. Je lui ai demandé par curiosité le budget prévu pour lesdits traitements : 37 000 euros (deux opérations lourdes par des équipes nombreuses et des dizaines de jours d'hospitalisation à 1 000 euros l'une !) et le nombre de cas de ce genre : pas plus de deux ou trois par semaine (c'était en 2002 !). Allez, on est bien content pour notre charmante malade et pour les autres.

Le troisième incident vécu n'a pas été médical mais concerne l'informatisation des hôpitaux. Ma première intervention dans ce domaine date de la fin des années soixante-dix ! J'ai pu voir de près comment se prenaient les décisions d'informatisation et comment elles s'exécutaient. Tous les défauts de la bureaucratie se retrouvent concentrés en bouquet : querelles de chapelles ; intervention d'intérêts à peine cachés (des structures intermédiaires montées par des épouses, par exemple), désir de fabriquer des cathédrales monstrueuses, au lieu de fixer des normes d'interconnexion, budgets gigantesques et incontrôlables, erreurs de conception, retards continuels, incapacité à constituer les fichiers historiques, choix techniques aventurés, exigences saugrenues (imprimer en rouge les comptes débiteurs, la mode :" on veut des Mac, c'est plus ergonomique", même si les outils de développements sont insuffisants…) L'informatisation du domaine de la santé est un Titanic qui malheureusement n'a pas coulé à la première traversée. Le cimetière des éléphants blancs est gigantesque.

Dernier exemple : la découverte un beau jour que ma propre secrétaire de direction allait deux fois par semaine chez le médecin, alors qu'elle était intelligente, jeune et en parfaite santé. Interrogée sur cette curieuse pratique, la réponse fusa : "c'est gratuit ; j'y ai droit ; et je veux à tout prix éviter d'être malade". Imparable.

Inutile de dire que les 35 heures, le tiers payant total et le matraquage des médecins et des chirurgiens libéraux, le numerus clausus, la désorganisation des urgences, l'arrivée de population islamisée violente, refusant certains types de soins, et toutes les mesures à l'avenant ont fini par avoir des conséquences extrêmement nocives : baisse du niveau d'expertise, par le recours à des étrangers n'ayant pas suivi les mêmes études que les Français, délais d'attente considérables pour certains actes, pénurie de médicaments, déserts médicaux ; maladies nosocomiales, hôpitaux disproportionnés et sous staffés, énormes citadelles à soins amiantées,

Tout cela représente des dizaines de milliards de gaspillages qu'on a cru contrôler en rationnant les soins, en encadrant les médecins, ou en chargeant la mule de dettes et de prélèvements sans fin et jamais suffisants. Au point qu'aujourd'hui les mutuelles remboursent de plus en plus mal. Les dentistes savent bien que leur clientèle y réfléchit désormais à plusieurs fois avant de s'engager dans un implant et que beaucoup vont voir dans les Pays de l'Est ou au Maroc où les prix sont moins chers.Et la SS paie ! Merci pour nos bons docteurs étrangers. Le tourisme médical se porte bien, subventionné par la sécurité sociale.

M. Fillon, il ne faut pas vous laisser impressionner. Si vous cédez, vous céderez sur tout. Il faut être ferme et clair. Le but est de sauver un système de santé menacé. Lorsque la Grèce est tombée en faillite, les hôpitaux ont cessé d'être approvisionnés en médicaments ; les draps ont cessé d'être lavé ; les cantines n'étaient plus approvisionnées ; certains personnels hospitaliers ont cessé d'être payés ; les retraités du secteur médical ont vu leur retraite réduite de plus de moitié !

Il faut reconstruire un système efficace et juste, qui n'entraîne pas la Nation par le fonds du fait de sa gabegie financière. Il faut expliquer et le pourquoi et le comment avant l'élection. L'hystérie retombera. Et vous pourrez agir.

Macron : une anguille à la sauce hollandaise ?

La candidature Macron est importante. Elle l'est sur un plan purement politique. Elle a cassé ce qui reste du modem et marginalisé le dernier survivant de la classe politique des années quatre-vingt : François Bayrou. Elle a probablement cassé la dynamique d'unité socialiste que le Manuel Valls voulait construire autour de sa personne. Elle aurait fait beaucoup de mal à Juppé s'il n'avait été éliminé aussi radicalement aux Primaires de la droite et du centre. Elle l'est également sur le plan économique puisque la restauration d'un moteur économique puissant est au centre de son discours, ce qui rejoint la démarche de François Fillon. Venant directement du premier cercle du président sortant, qui a porté et la loi Macron et la loi El Khomry, cela met un coin terrible au sein du PS. Valls paraît jouer petit bras et les frondeurs ne peuvent que sentir une indicible force répulsive.

La candidature Macron est également habile. Il a réussi à faire passer un message d'enthousiasme. Son livre révolution est absolument vide. Mais on aurait tort de le juger sur sa vacuité programmatique. Il n'a pour but que d'affirmer des enthousiasmes (l'entreprise, l'Europe, les nouvelles technologies, …) et de balayer des miasmes (le socialisme ringard, la droite ringarde, le syndicalisme ringard, …), la ringardise étant associée à un passéisme dégénéré. Le but est de plaire aux femmes et à la jeunesse, tout en ouvrant les bras à l'immigration, à l'Europe et au Monde. Le but est de caler François Fillon dans le camp des tristounets en attendant d'en faire un croque-mitaine.

Ce genre d'exploit médiatique n'est pas si rare que cela. C'est au fond ce qu'avait réussi à faire un temps François Bayrou. L'ennui de ce genre d'approche, c'est sa vulnérabilité dès qu'on entre dans le dur des programmes. En 2007 Bayrou était au sommet de sa forme et comptait comme Macron actuellement sur une cote située entre 15 et 19 % des intentions de vote. Sur tous les grands sujets la réponse était la même : ce sera bien parce que ce sera moi aux commandes et que j'irai chercher les meilleurs. Au final, cela n'a pas suffi.

Macron a senti le danger et décidé de donner des éléments de programme qu'au compte-gouttes lâchant élément par élément, comme on pèle un oignon odorant. Suffisamment pour épicer le discours, mais en évitant de faire pleurer.

Ce qu'il a divulgué hier dans sa première grande réunion comme candidat démontre qu'on a toujours tort de sortir de l'ambiguïté, la grande maxime du Mitterrandisme, reprise par François Hollande. Il y a beaucoup et probablement trop de hollandisme dans le programme Macron. Comme Hollande, il évite de s'attaquer de front aux grands tabous. On ne touchera pas aux trente-cinq heures ; on ne touchera pas aux fonctionnaires ; on ne touchera pas à la sécurité sociale ; on n'augmentera pas la TVA "qui frappe les plus faibles". Bref, on rassure tout le monde. Il y aura plein de boucliers partout. le changement sans changement, il n'y a que cela de vrai. "On va faire confiance aux Français, déconcentrer à mort, décentraliser pleinement (à moi Bretons et Corses) ; on va faire confiance à l'Europe". Revoici le langage du grand écart : la proximité champêtre plus les directives européennes. Une contradiction ? Quelle contradiction ? Et le gouvernement français, il fait quoi au milieu de ce déchaînement d'énergie au dessus et au dessous ?

Mais Monsieur, c'est très simple : il distribue. On va redonner de l'argent aux actifs en supprimant une grande part des charges salariales qui seront renvoyées sur …les retraités. Oh pas tous : les 40 % les plus riches. Allez hop ! À ces salauds de retraités aisés qui votent de toute façon à droite, on va piquer 1.7 % de leur revenu. C'est quoi 1.7 ? Presque rien. De quoi ils se plaignent ? Toujours les mêmes ces riches qui ne veulent pas sauver la France en se faisant égorger fiscalement. Et ceux-là, ils ne pourront pas s'exiler. Dans la pratique cela veut dire que le taux marginal d'imposition va passer de 65.5 à 67.2 %. Encore un effort et on sera au 75 % hollandais. Et cette mesure ne pèse en aucun cas sur l'entreprise triomphe Macron-les-beaux-yeux-bleus-ni-degauche-ni-de-droite. Pour les retraités la pilule sera amère : l'inflation repart. On pense qu'elle dépassera 2 % en 2017 et il n'y a plus d'indexation. Ils vont perdre 4 % sur la totalité de leur revenu mais 8 à 10 % sur le disponible : et oui, les fameux retraités aisés sont déjà souvent taxés à plus de 50 %. Si on tient compte des charges fixes de logement, l'impact sera plutôt autour de 20 %. Mais cela,  on ne poussera pas l'honnêteté jusqu'à l'avouer.

Les premières mesures annoncées (comme on les comprend à travers un discours, mais elles seront peut-être explicitées par écrit) n'auront aucun effet sur les entreprises, ce ne sont pas elles qui paient les charges salariales. Elles ne facilitent pas la compétitivité (comme la TVA sociale). Elles n'augmenteront pas la demande globale (on en fait un simple transfert d'une catégorie sociale à une autre). Et on recommence à séparer les bons Français corvéables à merci qui sont chargés de payer le vote d'un candidat. Hollande, nous voilà !

Comme Hollande on est pour tout ce qui est pour contre tout ce qui est contre, dans le verbiage de l'enthousiasme, on contourne tous les nœuds gordiens qui se dénoueront tout seuls, on ne touche à personne sauf à une partie de la population "aisée" corvéable à merci et qui aurait bien tort de crier à l'injustice.

On revient à la démarche de Hollande. Évitements divers, refus de traiter les sujets qui fâchent, et achat de vote démagogique. Sans aucun résultat à attendre sinon un méchant retour de bâton en moins de deux ans.

En fait cela donne de la marge à François Fillon qui n'aura qu'un mot à dire : qu'est-ce que ce programme change et en quoi peut-il sortir le pays de l'ornière où il se trouve. Tout le monde il est gentil tout le monde il est beau c'était en 1968. Faire du socialo-hollando-centrisme soixante-huitard n'est pas ce qu'on attendait du jeune Emmanuel Macron.Mais quand on est haut fonctionnaire et banquier d'affaire on ne peut pas s'attendre à ce qu'on casse la baraque. L'important est la conservation de l'Administration et la préservation des affaires réservées aux 100 milliardaires qui comptent vraiment pour les choses sérieuses et dont une partie finance sa campagne. Ceux-là veulent d'abord la paix sociale. L'avilissement national ne compte pas. La symbiose entre haute fonction publique et affairistes mondialisés doit perdurer. Et qu'on ratisse les retraités moyennement aisés (40 % du total tout de même) les gêne moins qu'une manif un peu rude de la CGT.

Voici que Mélenchon a du grain à moudre.

Décidément non. Cette approche Macron n'est pas la bonne pour la France, même s'il faut attendre que toutes les mesures qu'il propose sortent de la boîte pour en juger définitivement. Elle ne permet pas de détourner le Titanic français de sa course folle vers la falaise grecque. Seulement de détourner l'attention.

Dommage.



La grande surprise des récentes élections

Le charme des élections est le nettoyage des mentalités qu'elles permettent. Des époques se ferment, d'autres naissent.

L'élection de Trump traduit de façon sévère la déception économique et sociale d'une globalisation où le bénéfice des grands groupes mondialisés, dégagés de toutes entraves, s'accompagne d'une stagnation redoutable dans les pays développés. Perfectionner à l'infini les trois libertés de mouvements de capitaux, de marchandises et de personnes, vocation que se sont attribuée de multiples organisations internationales et différents groupements d'élites qui se considèrent transnationaux par intérêt et par philosophie, n'est plus le mantra des peuples.

Le Brexit marque la volonté populaire des Anglais de ne plus voir le pays envahi par des hordes d'étrangers et de retrouver sa souveraineté sur les questions d'organisation de la société. Le Royaume-Uni, théoriquement le grand vainqueur de la mondialisation financière, ne trouve pas son compte dans l'exclusif succès de la City, surtout quand il se traduit par des pertes abyssales et une montée sans précédent du chômage, des dettes et des impôts.

La remarquable percée de François Fillon, grande surprise des primaires pour ceux qui ne veulent rien voir, dans un autre genre, marque la fin de la complaisance de la droite pour une gauche, dont l'assujettissement au marxisme-léninisme s'étiole sans fin depuis la chute de l'URSS, et dont la nécessité politique a disparu depuis qu'elle a abandonné sans vergogne les classes populaires. L'énarchie compassionnelle marquée par l'étatisme envahissant, la complaisance vis-à-vis des fonctionnaires et de leurs syndicats, la fiscalité confiscatoire, s'est mariée trop longtemps avec un "sociétalisme pour bobos post-soixante-huitards", venu des Etats-Unis. Appuyé sur des slogans creux, le "politiquement correct de l'altérité", avec la glorification de l'autre, censé porter toutes les vertus, et la culpabilisation du cœur de la nation, considéré comme un ramassis de "beaufs moisis", a fini par faire sombrer la nation dans le chômage de masse, le remplacement de la population, un niveau de dettes insupportables, l'exil des entrepreneurs et des familles aisées et le développement de hordes de personnels à statut dont le poids est devenu insupportable.

Le choix final de la "primaire de la droite et du centre" tranchera la question de savoir si la droite persiste dans sa soumission au politiquement correct gauchiste et sa complaisance vis-à-vis de la haute fonction publique, transpartisane, arquée sur ses propres privilèges extravagants et prête à tous les compromis sur le dos de la nation pour conserver lesdits privilèges.

Peut-on encore accepter qu'une caste administrative se soit approprié le champ du politique, multipliant les conflits d'intérêts, en cherchant sa survie dans le discours politiquement correct, les cadeaux au peuple et la fiscalité confiscatoire ? la France a globalement choisi pendant quarante ans de financer par la dette une extension démentielle des effectifs publics. Nous avons montré ici que la situation française s'apparente à celle de la Grèce avec les mêmes effets. Et un risque pour l'énorme masse des fonctionnaires de se retrouver en première ligne en cas de hausse des taux d'intérêt. Les retraités grecs de la fonction publique ont subi deux réductions successives de près de quarante pour cent de leurs retraites. Les écoles et les hôpitaux ont cessé d'être approvisionnés. Quand un état n'a plus d'argent, il n'a plus d'argent et les premiers à souffrir sont les fonctionnaires. Qui peut douter que nous nous rapprochons tous les jours de la falaise grecque ?

Il est donc tout à fait normal que l'arbitrage se fasse à droite autour de la question en apparence "comptable" des effectifs rémunérés exclusivement par l'état. Il faut ajouter aux effectifs sous statuts des fonctions publiques, les contractuels et surtout les innombrables employés des associations qui se sont substituées à la fonction publique pour exécuter des politiques publiques.

La croissance des effectifs salariés des associations a été longtemps supérieure à celle des fonctionnaires proprement dits. On parle d'un recrutement sur 20 ans de plus de 1 200 000 personnes.

Ce phénomène se voit bien quand on regarde le cas de Paris : 55 000 fonctionnaires plus 20 000 salariés d'associations entièrement financés par la Ville. 75 000 personnes pour gérer une ville de 2 000,0000 d'habitants, alors que Tokyo se contente de 12 000 employés municipaux pour 12 000 000 d'habitants. Et Paris est devenu une porcherie repoussante, sans autre attractivité qu'un tourisme qui se dérobe du fait des attentats et de l'état lamentable de la ville.

Plus généralement, l'emploi nouveau se concentre sur les lieux de retraite agréables d'un côté, et les grandes villes universitaires de l'autre. Certaines villes de province ne vivent plus que des activités financées par l'argent public. Limoges et surtout Vienne, visitée récemment, sont typiques d'une évolution extrêmement dangereuse. Si l'Etat fait face, comme en Grèce à une asphyxie financière, ces villes seront étranglées. Et, on en trouve désormais des dizaines.

Il est normal que le conflit entre Fillon et Juppé se cristallise sur la question des effectifs de la fonction publique. Fillon devrait profiter du ralliement de Bruno Le Maire pour annoncer dès aujourd'hui la séparation de la politique et de la haute fonction publique en proposant comme nous le demandons depuis 20 ans que nul ne puisse recevoir deux rémunérations de l'Etat et qu'on ne puisse pas être élu dans une assemblée qui fixe votre rémunération et vos conditions d'emplois. L'intégration de la fonction publique dans la sécurité sociale normale est indispensable. On sait que les hauts fonctionnaires ont commencé sous Pétain à construire un système pour les autres en évitant soigneusement d'en faire partie. Il faut ajouter la suppression du statut d'emploi à vie, sauf pour des catégories très spéciales de hauts fonctionnaires dont l'emploi doit être protégé des alternances brutales, en gros la catégorie A + . Dans ce moignon résiduel, il faut réduire drastiquement le nombre des statuts différents. On doit également empêcher la cogestion des ministères par les syndicats qui n'ont strictement aucune raison de définir les politiques publiques. Le droit de grève doit disparaître dans les fonctions publiques, comme cela se fait partout ailleurs. On ne peut pas à la fois donner des statuts protecteurs à des personnes à qui on confie l'Etat et leur permettre de se retourner contre l'Etat.

À partir de ce socle, il deviendrait possible de réduire le périmètre de l'Etat à des politiques publiques essentielles.

On sait que pour Juppé, qui était en communion totale d'idée avec Rocard, un tel programme est intolérable. Mais il a tort de le dire impossible. L'attrition des effectifs sous contrats d'état peut concerner plus d'un million d'équivalents temps plein. Le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux, permet, joint à une augmentation du temps de travail et à un allongement de l'âge de la retraite, d'atteindre l'objectif de réduction globale du nombre de personnes intégralement payées par l'Etat tout en assurant le nécessaire rajeunissement de la pyramide des âges de la fonction publique. Bien sûr ce sont des chiffres globaux. La pyramide des âges n'est pas la même dans toutes les parties de l'appareil d'Etat. Certains secteurs doivent être poussés d'autres réduits plus brutalement.

Cette politique est difficile, parce que la hausse de la durée de travail va entraîner des coûts à court terme élevés. Mais on oublie de dire qu'un poste de salarié à vie du secteur public implique aujourd'hui le paiement d'une retraite d'en moyenne 25 ans. 500 000 emplois publics en moins, c'est la possibilité de payer 500 000 personnes pendant 25 ans avec le même budget étatique. Comme la dette des retraites d'Etat n'est jamais évaluée et publiée officiellement, le grand public ne comprend pas que le recrutement de 2 000 000 de personnes sous contrat public a eu des effets monstrueux sur l'emploi non public, la croissance et l'endettement. Il vaut mieux avoir cinq millions de fonctionnaires travaillant un peu plus que cinq millions cinq cent mille. C'est meilleur pour la dette, c'est meilleur pour l'emploi, c'est meilleur pour la productivité globale, c'est meilleur pour le pouvoir d'achat, c'est meilleur pour réduire la pression fiscale, c'est meilleur pour la rémunération des fonctionnaires et leur avenir professionnel

Le pays peut-il continuer à être dirigée par un haut fonctionnaire lorsqu’on sait qu'il faut absolument corriger les effets pervers délétères de quarante années d'énarchie compassionnelle ?

Une fois ce problème tranché, il faudra s'attaquer aux deux grandes questions totalement absentes du débat en cours.

La première est le rôle de l'Euro dans la déréliction française. Ce sera le combat du second tour de la présidentielle. Il ne pourra pas être escamoté. Faut-il comme le disent Mme Le Pen et M. Dupont Aignan, sortir de l'Euro ? Ou peut-on se contenter de réformes plus ou moins profondes de la gestion de la zone Euro ? On trouve là un champ de réflexions considérable. Il va bien falloir en parler au fond. Le "Hourra Euro !", c'est fini.

La seconde est le rôle du système monétaire international dans la crise à un moment où les Etats-Unis prétendent avec Trump faire marcher ses alliés à la baguette et remettent eux-mêmes en cause les bases du système actuel. Il est compréhensible que les primaires de la droite et du centre aient escamoté la question. Il va bien falloir, volens nolens, qu'elle se retrouve au centre de l'agora à un moment ou à un autre.

Changer la "globalisation" ?

L'explosion en plein vol de l'économie baudruche qui a gonflé inlassablement à partir de l'abandon des disciplines de Bretton Woods en 1971 a eu comme première conséquence, que nous n'avons cessé de souligner dès 2008 et qui a été totalement sous-estimée par les commentateurs, l'arrêt des financements internationaux, chaque banque cherchant son salut dans son pré carré national et ses autorités de tutelles. L'arrêt de l'énorme spéculation sur les matières premières internationales, y compris le pétrole, associé au repli des banques, a désorganisé les flux commerciaux usuels.

Comme souvent, les mentalités ont été en retard sur les faits. On demande de partout une "pause dans la globalisation" alors qu'elle est largement arrêtée depuis plusieurs années !

Tout le monde n'a pas été aveugle :

"Le ralentissement prononcé de la globalisation est en partie conjoncturel, lié aux effets de la crise, ainsi qu’au ralentissement de l’économie chinoise". « Il est aussi le résultat de la multiplication des barrières aux échanges et du protectionnisme ainsi que des limites atteintes par la baisse des coûts du transport », ajoute Thomas Held, auteur d’un article annonçant en 2012 que « la déglobalisation a commencé ».

La campagne réussie de Donald Trump, venant après le Brexit, met à mal une autre vue conventionnelle : la "mondialisation néolibérale" aurait été une exigence des "Anglo-saxons". Pour une bonne partie des observateurs dans les médias ou les institutions officielles, "l'horreur de la globalisation" est née de l'élection de Thatcher et Reagan. Et on nous annonce une "horreur de la déglobalisation" associée à l'élection du "monstre" Trump…

Du coup, voilà qu'on demande de partout une "nouvelle globalisation". En France et à gauche, c'est Picketty qui s'y colle dans un article du Monde.

Pour lui il ne faut pas revenir au temps des replis, identitaires et économiques, mais lier les négociations multilatérales commerciales avec "des objectifs plus élevés". Le commerce : pouah ! Mais, puisqu'il en faut, assujettissons à son développement des objectifs dignes d'une humanité supérieure. Dans son esprit, la lutte contre le réchauffement climatique et les inégalités.

Il se trouve que nous-mêmes proposons depuis très longtemps de lier l'ouverture des échanges internationaux à une  autre réforme : celle du système monétaire international. La solution est logique : un achat est toujours constitué d'un mouvement de monnaie et d'un mouvement de marchandise. On ne peut pas s'intéresser à un seul pan de la transaction, en imaginant que la monnaie est un "voile", une huile de graissage, permettant de faciliter les échanges. Si les échanges sont très déséquilibrés cela veut dire que des stocks d'excédents monétaires se forment et on sait très bien, notamment depuis Rueff, qu'ils provoquent des doubles hélices de crédits et poussent l'économie mondiale dans le fameux mode baudruche que nous avons connu pendant quarante ans, avec explosion finale. On doit donc associer le développement des échanges internationaux avec des institutions et des règles qui permettent la stabilité relative des changes, l'absence de spéculation désordonnée sur les monnaies, et l'atténuation des déséquilibres des échanges. Oui, CETA et TAFTA auraient dû être associés à une refonte du système monétaire international.

Pour Picketty, obsédé par le contenu de l'assiette du voisin, ces questions ne se posent pas. Les inégalités sont le problème fondamental. Mais voilà, la globalisation a provoqué  une réduction des inégalités :

« La globalisation a fortement réduit la pauvreté dans le monde et accru le niveau de vie dans tous les pays ouverts aux échanges, en particulier en Suisse. C’est elle qui a permis d’atteindre les objectifs de développement des Nations unies », renchérit Martin Eichler, chef économiste de BAK Basel.

Il est très difficile, pour un socialiste, de constater que les Républiques Socialistes de l'Est et de l'Orient avaient réduit leurs peuples à la misère de masse. Lorsque ces régimes sont tombés, comme l'URSS, ou se sont profondément réorganisés, comme la Chine et l'Inde, un énorme écart est apparu entre les niveaux de vie occidentaux et ceux de ces pays. Une femme vivant à la campagne en Ukraine ne gagnait pas plus de 100 euros par mois ; une paysanne collectivisée chinoise pas plus de 50. La fin des guérillas communistes dans les pays pauvres d'Afrique et d'Amérique du sud, a également permis une reprise de la prospérité. On a donc assisté à un rattrapage économique dans toutes ces nations qui s'est traduit globalement par une réduction massive de la pauvreté et des inégalités. Il faut vivre dans une bulle obsessionnelle pour ne pas voir que la globalisation est, historiquement, une baisse massive des inégalités mondiales  et que ce rattrapage a eu pour conséquence des difficultés certaines pour les secteurs ouvriers occidentaux, mis en concurrence avec des pauvres bien décidés à rattraper leur niveau de revenu et de consommation. On peut analyser en partie le rejet de la mondialisation dans les pays développés comme une révolte des classes moyennes mises en concurrence avec les parties plus pauvres du monde. Si on n'avait pas connu 75 ans de socialisme, le besoin de rattrapage aurait été moindre et les tensions en Occident moins sensibles. C'est malheureusement le genre de constat , en dépit de l'énormité de son évidence, qui ne peut pas être simplement imaginé par un socialiste marxisant.

Non M. Picketty la question de la mondialisation n'est pas la création d'immenses inégalités, puisque ce sont les immenses inégalités imposées par le socialisme violent qui s'estompent avec la globalisation !

Quant au réchauffement climatique, il tient à tellement de comportements qui n'ont rien à voir avec les échanges commerciaux, qu'on ne voit pas ce qu'ils devraient faire dans une négociation commerciale. On retrouve là la tentation permanente des ONG de l'ONU de faire de la morale avec des instruments qui n'ont rien à voir. On l'avait déjà constaté avec la taxe Tobin, sujet technique, transformé, avec mauvaise foi, en instrument de financement de toute une série d'objectifs d'abord sociaux puis écologiques. Dans sa dernière formulation elle devrait permettre de financer la transition énergétique des pays du sud. Sortir le monde de la pauvreté d'un claquement de doigt n'est plus à la mode !

La COB 21 a démontré que des conférences internationales ad hoc avaient leur efficacité. Pourquoi détourner d'autres négociations pour traiter des mêmes questions ? Lorsqu’on parle d'échanges de produits, il est vrai que les normes de production interviennent, qu'elles soient de santé publique ou sociales (travail des enfants par exemple). Mais les négociations actuelles entre Occidentaux concernent essentiellement le secteur des services qui n'a aucune influence climatique avérée. Quant à la Chine, la question actuelle est de savoir s'il faut lui reconnaître le statut d'économie de marché, avec des conséquences de compétition aggravée et dans le système actuel, un risque aggravé de déséquilibres massifs. L'écologie n'a pas sa place dans cette discussion. En revanche les énormes excédents chinois, leur formation et leur emploi, ainsi que le choix de la monnaie internationale à utiliser en Europe pour échanger avec la Chine, sont des thèmes de discussions aussi majeurs que totalement mis à l'écart. Là est le scandale.

Il faut associer la relance de l'économie internationale à une refonte profonde du système monétaire international, avec condamnation effective des gros excédents et des gros déficits. Mais, décidément non. Il ne faut pas fourvoyer les discussions sur le commerce international et la globalisation des échanges dans des discussions qui ressortissent d'un autre registre.

Si on avait, dès le changement de stratégie économique de la Chine, imposé un contrôle de l'équilibre des échanges commerciaux et évité les énormes déficits américains et leurs excédents symétriques en Chine, la Chine aurait cru un peu moins vite et en contrôlant mieux sa pollution et les classes moyennes américaines auraient moins souffert, avec un dérapage moindre des inégalités de rémunérations. Les classes moyennes européennes aussi. Ce qui vaut pour la Chine vaut aussi pour tous les pays à rattrapage.

Réformer le système monétaire va donc dans le sens d'une moindre pollution et de moindres inégalités dans les pays développés. C'est à cette bataille-là que Picketty devrait se joindre, car là est le chemin.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile

Les charges sociales dans la tourmente des élections présidentielles

Il y a dans toute élection une part de défoulement. Une élection est une soupape, pas seulement le choix d'une ligne politique. Et parfois, le défoulement vaut ligne politique, comme on le voit trop souvent ces derniers temps.

La question devient épineuse lorsqu'un pays doit faire face, comme en France, à l'obligation de réformes de structures complexes, socialement sensibles mais indispensables. Prenons par exemple le cas du défaut majeur de la structure fiscale française qui est d'accabler la production au point de lui faire perdre toute compétitivité. Après guerre, la France était ruinée et n'avait plus d'épargne. On a chargé l'entreprise de financer des politiques publiques parce qu'il n'y avait peu d'autres ressources disponibles. Ceci était tolérable tant que l'épargne nationale n'avait pas été reconstituée et tant que l'ouverture commerciale et financière au monde n'avait pas été réalisée. D'autant plus que les mesures prises à la Libération sur le chômage et les retraites n'avaient pas de conséquences immédiates : nous étions en phase de plein-emploi et les retraites, ce serait pour bien plus tard. Les maladies n'exigeaient pas les traitements coûteux que l'on connaît aujourd'hui. Les salaires, dans les hôpitaux, étaient bas, très bas.

Ce système s'est trouvé en décalage avec l'ouverture généralisée des marchés et après 25 ans de rattrapage de prospérité. Dès les années soixante-dix la question était posée d'un changement majeur des assiettes fiscales concentrées sur l'entreprise.

Le rôle des politiques est de" rendre possible ce qui est nécessaire". Il leur appartenait, à cette époque, de mettre en branle et de conduire à terme l'élimination des financements de circonstance. Le but de ces redéploiements était et reste un bénéfice pour tous, pas une réduction de droits pour les uns ni un cadeau pour d'autres. Giscard a bien compris la nécessité de généraliser la TVA mais il a vu l'affaire comme un supplément de recettes permettant de calmer les conséquences de mai 1968 et pas du tout comme une occasion de soulager la production. L'arrivée de Mitterrand et le délire fiscal socialiste qui en est résulté ont bloqué pour une génération les évolutions nécessaires avec comme résultat une hausse continue du chômage.

Le travail reste donc à faire presque entièrement.

Comment insérer des préoccupations de reclassement fiscal majeur dans le processus électoral, notamment présidentiel ?

On a vu que les gouvernements nommés par M. Hollande, qui n'avait rien abordé de ces questions lors de sa campagne électorale, ont tenté une première réforme, l'élimination progressive du financement partiel de la politique familiale par l'entreprise. Compte tenu des faiblesses du Président le résultat a été le blocage du pays et l'effondrement de sa cote à 4 % d'opinions positives ! Les programmes des candidats à la primaire de droite ont, sur ce sujet, des velléités, mais ils sont grevés d'une part par le goût des postures du côté de certains d'entre eux et celui des simplifications stupides du côté des journalistes, l'électorat étant lui-même incapable de se saisir de la complexité des questions posées, faute d'information préalable. Allons au fond des choses ! Faut-il réformer les charges sociales pesant sur l'entreprise, sachant qu'il s'agit essentiellement de transferts d'assiettes, et peut-on le faire de façon bénéfique et consensuelle ?

Il existe trois types principaux de charges sociales sur les entreprises :

- Des charges contributives dont la nature et le montant sont fonction du salaire brut reçu et directement liée à la personne. C'est le cas de la retraite, de l'assurance chômage et des régimes complémentaires de santé.

- Des charges distributives qui n'ont qu'un but : alimenter un pot commun de ressources dans lequel les institutions publiques plongent pour financer des politiques publiques.

- Des assurances liées à l'activité de l'entreprise elle-même, comme la couverture des accidents du travail.

Dans le premier cas, il s'agit de cotisations ou de primes, dans le second d'impôts dont l'assiette est basée sur une partie de la valeur ajoutée de l'entreprise et payée par elle, sans rapport direct avec ses activités, dans le troisième de frais de gestion qui ne sont pas concernés par les réformes car très normalement du ressort de l'entreprise.

Seules les charges distributives ont vocation à être renvoyées sur d'autres formes d'imposition. On peut parfaitement prétendre que c'est l'ensemble des revenus des Français qui doit financer les libéralités en matière d'allocations familiales et de maladie (à l'exception des maladies professionnelles et des accidents du travail). On peut même ajouter la formation en alternance. En France l'éducation est gratuite sauf pour l'apprentissage, ce qui est pour le moins anormal (et anti social). On n'a pas demandé à l'entreprise de financer l'éducation nationale. Alors pourquoi la famille, la construction, la maladie ou l'apprentissage ?

La cohérence voudrait que ces politiques publiques soient financées par l'impôt général et pas spécifiquement par l'entreprise.

Rappelons qu'en 2016, les cotisations concernées étaient sur le salaire brut :

- 0,30 % pour la contribution solidarité autonomie ;
- 12,84 % pour l'assurance maladie depuis le 1er janvier 2016. Elle plafonnait à 12,80 % depuis 1992 ;
- 5,25 % pour les allocations familiales ;
- 0,10 % pour l'aide au logement. Avec les charges liées à l'apprentissage et d'autres charges du même type, on arrive à la louche à environ 20 % de la masse salariale brute.

Compte tenu que celle-ci est d'environ 60 % de la valeur ajoutée en moyenne, si on devait tout transférer, on aboutirait, à la très grosse louche, à une réduction d'environ 12 %.

Ces coûts n'entreraient plus dans le prix de revient et cela permettrait une meilleure compétitivité à l'export. Les charges sont actuellement payées par l'entreprise dès que le salaire est versé. S'il s'agit d'une dépense d'investissement, un impôt est prélevé même si cet investissement n'a pas encore été productif. S'il échoue, la perte s'en trouve aggravée d'autant. Dans toutes les autres formes de prélèvement, l'imposition se fait sur un gain effectivement réalisé. On ne taxe plus un revenu potentiel mais un revenu réel. La mesure est donc logique et favorable aux investissements.

Vers quel autre impôt doit-on transférer ces charges ? Il s'agit bien de transfert et pas de suppression puisque les besoins qu'elles financent ne sont pas supprimés, dans aucun des programmes.

Il n'en existe que trois : l'IR, la CSG et la TVA.

Les bénéficiaires étant les résidents, il serait logique que l'IR et la CSG soient sollicités.

Néanmoins, la TVA a l'avantage de faire payer une partie de ces cotisations lors d'achats de produits étrangers et donc favorise la compétitivité. Le chômage de longue durée et les coûts de reconversion de bassin pouvant être partiellement associés à la concurrence étrangère, qui par ailleurs bénéficie au consommateur, solliciter la TVA n'est pas absurde.

La bonne solution serait sans doute d'affecter la moitié du transfert à la TVA. Mais il y a de quoi débattre sur ce pourcentage.

Pour ne pas écraser les ménages, cela suppose qu'on réduise massivement la dépense publique générale. Il faut associer une réduction de dépense d'au moins 50 milliards d'Euros à cette réforme pour qu'elle soit simplement supportable dans l'ambiance fiscale actuelle.

Quelles seraient les conséquences d'une telle réforme ?

Les entreprises, notamment celles de main-d’œuvre, recouvreront des marges considérables et pourront soit ajuster leurs prix pour être plus compétitifs, soit choisir d'investir, soit donneront une meilleure rémunération (elle-même imposée, réduisant la perte fiscale) aux acteurs. Les artisans et les auto entrepreneurs n'auront plus à payer autant de frais fixes étouffants. L'emploi à domicile sera facilité. L’assistance à la vieillesse impotente également.

On peut espérer des conséquences de long terme favorables à l'emploi, la balance commerciale et l'investissement, et donc également à la recette fiscale.

Peut-on prouver ces bienfaits et les estimer ? Non, avec les méthodes d'évaluation actuelles. Basées sur des modèles macroéconomiques qui n'utilisent que des masses consolidées, tout transfert de charge montre une conséquence nulle, par construction. On n'y tient aucun compte des effets comportementaux à l'échelon du particulier ou de l'entreprise, ni des échanges internationaux. La réduction de la dépense publique y est vue comme une baisse de la demande globale avec des effets déplorables sur l'emploi (le revenu non prélevé étant grevé d'une épargne d'autant plus importante que la réduction de financement porte plus sur les riches !).

Plus ennuyeux encore, l'entreprise baignant dans un système global, il se peut que les événements extérieurs gomment les résultats.

Associée à une hausse du temps de travail et une dévaluation de la monnaie, dans une conjoncture porteuse, la réforme peut produire des résultats spectaculaires. Mise en œuvre en pleine stagnation ou de récession, elle n'aura aucun effet conjoncturel. À l’inverse, l'effet sur les prix de la mutation d'une partie de l'assiette vers la TVA sera quasi nul dans une conjoncture comme celle qui prévaut aujourd'hui. Une fois la réforme installée, les prix ne seront plus influencés.

Inutile d'attendre d'une réforme structurelle une relance conjoncturelle. Les bénéfices ne seront pas immédiats. La mise en œuvre dépendra du climat général des affaires. Les deux dernières périodes très favorables ont été celles des gouvernements Rocard et Jospin qui ont bénéficié tous les deux d'une conjoncture internationale incroyablement porteuse. Malheureusement le premier a aggravé de façon effroyable la dépense publique et la fiscalité, et l'autre a étouffé durablement les entreprises par la réduction autoritaire du temps de travail et la judiciarisation excessive des relations du travail.

L'expérience malheureuse conduite par M. Hollande prouve que "donner et retenir ne vaut". Le transfert partiel des charges familiales, avec réduction ciblée des allocations familiales, après avoir injurié les patrons, tenté de leur appliquer des mesures fiscales vexatoires et pris mille mesures anti-business, dans une conjoncture molle et avec des modalités d'une absurde complexité, n'a pas prouvé que le transfert était une mauvaise chose, au contraire, mais a confirmé qu'on ne pouvait pas mener des politiques contradictoires en même temps, surtout quand une partie de cette politique n'a jamais été annoncée ni même préparée par une concertation ouverte et construite, et qu'on l'abîme en prenant en parallèle des mesures de principe, comme l'inversion des bases du droit du travail, qui n'étaient absolument pas nécessaires pour mener à bien la réforme et qui ont joué le rôle de chiffons rouges.

Le nouveau président devra donc aller plus loin dans cette direction, tout en sachant que l'échec précédent grève lourdement la bonne volonté des parties prenantes, et que ces mesures ne seront pas à elles seules constitutives d'un "choc de confiance", sauf si la conjoncture globale s'y prête, ce qui est loin d'être prouvée. L'expérience allemande montre que le plan du début 2000 n'a commencé à porter des fruits qu'à partir de l'entrée de la conjoncture mondiale dans la phase de croissance ébouriffée qui a précédé l'effondrement de 2008. Ensuite, les bienfaits de la réforme ont rendu la sortie de crise plus facile.

L'autre mesure structurelle caressée par les politiques est la suppression "totale" des charges sociales sur les bas salaires, présentée comme une panacée en matière d'emploi. Qu'en penser ?

Pour les prestations individualisées et basées sur la cotisation, on ne voit pas le sens d'une exonération. En matière de retraite on acquiert des droits, le plus généralement, selon son nombre d'années de cotisation et leur montant. La réforme de structure ici est de supprimer tous les régimes spéciaux et de mettre en œuvre, pour la retraite de base, un système unique par point, chacun étant libre de son système complémentaire (individuel ou collectif). Quelle est la justification de faire supporter à la collectivité, par l'impôt, les privilèges accordés à une catégorie qui n'arrive pas à autofinancer son privilège ? Ce qui est vrai pour la retraite des cheminots l'est tout autant que pour le chômage des intermittents du spectacle. Mais même dans le cas général, on ne voit pas pourquoi le financement de droits individuels à la retraite de millions de salariés au SMIC devrait être mis sur le dos des autres. La retraite est un dispositif de prévoyance pas un exercice de solidarité. Cette dernière doit s'exercer et s'exerce effectivement par d'autres moyens.

Pour cette partie des charges, nous serions plutôt favorables à supprimer la notion de cotisation patronale pour une notion de salaire différé. Cela permettrait de remettre un peu de logique dans les discussions sur ce sujet. Si on veut augmenter le salaire net autrement qu'en augmentant le salaire brut, il devient évident que le départ à la retraite doit être plus tardif, qu'on doit être moins généreux avec certaines formes de chômage etc. Il faut arbitrer entre le disponible actuel et le disponible futur. Plus la décision se rapproche de la personne concernée et moins l'impôt des autres est concerné, mieux le système s'équilibre. On dira : que devient le paritarisme ? Autre chose…

Moins on laissera les syndicats salariaux et patronaux gérer de politiques publiques, le mieux tout le monde se portera. En revanche il ne faut plus les priver des négociations sur les salaires, les conditions de travail, la durée du travail. On ne voit pas pourquoi ils devraient s'immiscer dans la gestion de la maladie, de la construction, de la politique familiale. En revanche on leur a retiré de facto la discussion de branches sur les minimas salariaux et c'était une grande erreur. Qu'on leur rende ce pouvoir. Revenons aux salaires minima par branche et par région discutés par les partenaires sociaux. Et pourquoi pas, en-effet, une plus grande liberté dans l'entreprise pour les modalités.

Il serait bon que tout le monde s'accorde à trouver totalement indécent que les politiques, lors d'élections nationales, jonglent avec les salaires minima et les exonérations de cotisation.

En matière de charges sociales, il faut construire un système rationnel de longue durée, favorable à l'emploi et à la compétitivité. L'adjectif rationnel est ici le mot-clé. Le "court terme" et la démagogie politicienne n'ont pas de sens dans ces affaires.

Le rôle des politiques, et donc des programmes électoraux notamment présidentiels, est de fixer les grands principes. Plutôt que de rester dans le vague ou d'aller trop loin dans des détails, les candidats devraient énoncer les principes rationnels de la politique fiscale à conduire. Faire comprendre la nécessité de supprimer le financement d'un certain nombre de politiques publiques par l'entreprise n'a rien de particulièrement difficile. Définir ces politiques publiques et montrer sur quelles autres assiettes, moins dommageables, on peut asseoir les financements n'est guère plus compliqué. La division droite gauche est en fait sans signification sur ce dossier, comme le sont les fausses divergences des candidats à la "primaire de la droite et du centre".

Ajoutons que ces plans particuliers doivent s'insérer dans un système global lui-même construit pour une croissance pérenne et que les réformes nationales ne peuvent prendre leur efficacité que si on supprime les dysfonctionnements de la zone Euro et du système monétaire international.

Malheureusement, en France, il n'existe plus d'agora où le débat d'idées puisse avoir lieu, sous l'égide de la raison et non des passions partisanes malsaines agitées par des démagogues. Où sont les lieux où peuvent se forger les concepts utiles, les approches consensuelles, les débats qui pacifient ? Le résultat est qu'on finit par demander dans l'urgence des rapports à des experts incertains qui débouchent sur des mesures à l'emporte-pièce non comprises par le pays et déchiquetées par les médias et les partenaires sociaux.

Regrettons-le.

Attention à la colère des peuples !

Depuis huit ans déjà nous supplions les grands dirigeants occidentaux de faire" attention à la colère des peuples". Le "benign neglect" n'est pas seulement dans l'attitude américaine vis-à-vis du dollar. Il l'est aussi dans l'attitude des "élites gouvernementales" et leur support dans les médias vis-à-vis des classes populaires et des nouveaux entrants sur le marché du travail, pas seulement en Occident. Le retard colossal de niveau de vie accumulé par les pays ex-socialistes a créé une telle différence de coût avec l'Occident capitaliste et libéral, qu'il était tentant de l'exploiter. Mais cela ne pouvait pas faire au détriment des masses dans les pays industrialisés. Il fallait que le rattrapage nécessaire se fasse par imitation, pas par substitution. Dans la pratique, cela signifiait qu'il fallait limiter les très grands excédents dans les pays en rattrapage et les très grands déficits dans les pays plus riches.

Malheureusement l'abandon des disciplines de Bretton Woods n'offrait plus aucune garantie de ce côté-là. Bien au contraire. Les conséquences ont été désastreuses. Il était impossible que quarante années de réduction du taux de croissance, jusqu'à la stagnation actuelle, d'aggravation des crises périodiques et de montée ahurissante de la dette, jusqu'à l'asphyxie actuelle, n'aient pas de conséquences. L'explosion de 2008 a eu des conséquences fatales un peu partout. Les "printemps arabes" en ont été une première conséquence. La montée des mouvements anti-système en Europe une seconde manifestation. La réaction russe a été ce que l'on a vu : une fuite en avant dans la violence pour faire oublier l'effondrement économique.

Toutes ces ruptures portaient leçon : il fallait vite comprendre les ressorts de la crise et les juguler. On a rien fait, sinon bricoler des règles bancaires tout à fait secondaires.

L'importance que nous avons accordée aux mouvements de l'opinion en France, à droite, avec Zemmour, Buisson, Finkielkraut, à gauche avec la montée d'une gauche anti-système, traduisait le sentiment qu'un glissement tectonique était en train de se produire. Le principe des trois libertés de circulation des hommes, des capitaux et des marchandises était en train d'être rejeté, non pas dans les médias et des milieux politiques installés, mais au cœur même des populations.

L'élection de Trump a causé la mort brutale de deux composantes fondamentales de notre ordre politico-économique :

- Le monde rooseveltien d'après guerre est mourant

- Un certain politiquement correct est mort.

La curiosité est de constater que le couperet est venu du monde anglo-saxon qui était le promoteur principal du monde rooseveltien, les autres pays se contentant de suivre, si on fait exception de la réaction islamique commencée avec Khomeiny en Iran dès la fin des années soixante-dix, prolongée avec Al Qaeda et qui nous donnes aujourd'hui aussi bien la Turquie d'Erdogan que Daesh.

La première attaque contre la vision de Roosevelt est venue de la guerre froide : en dépit des très nombreux dirigeants américains qui avaient des risettes à Staline en le croyant accessible aux droits de l'homme, il a bien fallu exclure le monde socialiste soviétique de l'idée occidentale d'une société libre et coopérative. Mais pas totalement. L'ONU est restée un lieu de dialogue multilatéral. L'effondrement de l'URSS et le ralliement de la Chine offraient depuis 1990 le moyen de réunifier le rêve de Roosevelt d'un monde uni dans la prospérité et l'exercice des libertés fondamentales. Cela ne pouvait pas passer par le seul consensus de Washington.

La seconde attaque est venue des Etats-Unis eux-mêmes qui ont fait sauter, comme nous l'avons dit, les accords de Bretton Woods et entraîné le monde dans le système fou des changes flottants et des monnaies non coopératives. La destruction du système monétaire international a conduit les institutions internationales construites à Bretton Woods à perdurer dans leur être en se concentrant sur la mondialisation libérale. Alors que le libre-échange était le pendant du versant monétaire, il est devenu une forme de religion obligée qui devait tout balayer des anciennes souverainetés, si possible au profit des Américains et de leurs entreprises. L'ennui, c'est que l'ouverture commerciale sans contrepartie monétaire solide ne mène qu'au désordre. En croyant bénéficier du privilège d'un étalon dollar de fait, les Etats-Unis ont creusé tous leurs déficits et créé des excédents symétriques dévastateurs. Du coup la classe moyenne américaine a été exposée et les déséquilibres financiers et monétaires majeurs ont conduit, certes, à des profits historiques pour les très grands groupes mondialisés, mais au détriment de la classe moyenne américaine et aussi des finances américaines puisque les profits taxables restaient à l'étranger.

Du coup, c'est tout le système de Roosevelt qui est tombé par terre. La coopération libre mais organisée sombre. Au lieu de corriger les erreurs de 1971, on se raidit et c'est tout l'Occident et ses alliés, comme le Japon qui se tirent une balle dans le pied. On ne voit pas comment un homme comme Trump pourrait accepter qu'on crée un système monétaire mondial stable et paritaire. En revanche il pourrait militer fortement pour la fin des grands excédents commerciaux en Allemagne, en Chine, au Japon, dans les pays du Golfe etc. Un premier pas.

Quant au "politiquement correct sociétaliste", qui se double dans des pays comme la France d'un "politiquement correct socialiste", il se trouve décontenancé. La liberté de circulation des hommes est rejetée si elle se traduit par l'effondrement culturel du pays, l'irrédentisme d'immigrés aux religions farouchement anti-occidentales, allant jusqu'aux attentats de masse, l'afflux de Roms reconstituant un ordre mendiant dans des pays où cette engeance avait disparu depuis longtemps, les atteintes permanentes aux libertés concrètes comme au mode de vie depuis que certains veulent imposer "les pauvres" "jusque sur les paliers des riches". Sommées de toute part d'être bon avec l'altérité et d'en subir tous les effets indésirables, alors que la croissance est à l'arrêt et le niveau de vie en baisse, les classes populaires, confrontées directement à la concurrence immigrée et à la substitution de population, se rebiffent, comme les classes aisées dont le revenu est sapé par l'Etat, le mode de vie altéré et l'épargne en grand danger.

Le milieu intellectuel de gauche se trouve pris totalement à contre-pied : il a perdu le peuple et le capital. Il suffit de lire un Krugman aux Etats-Unis pour se rendre compte du désarroi qui frappe tous ceux qui avaient une bonne conscience "de gauche". Un curé sans fidèles est rarement à la fête. C'est le malheur des médias, dominés par la gauche, payés par l'Etat et la pub d'une société de consommation honnie, qui avaient cru qu'ils pourraient exercer un magistère moral sur le populo et qui se retrouvent méprisés et pris à revers lors de toutes les élections.

Quelles sont les chances que cet effondrement permette une reconstruction associative du monde, respectueuse du cœur des peuples, alors qu'il n'y a plus de leadership, plus de puissance dominante clairvoyante et bien intentionnée ?

Faudra-t-il attendre une destruction totale avant de pouvoir reconstruire ?

Peut-on commencer à recoudre dans le chaos politique, diplomatique et économique actuel ?

En tout cas, l'élection de Trump, après le Brexit, marque le fait que la France et l'Europe devront avoir une politique propre et se constituer en puissance et pas seulement en rat crevé au fil de l'eau. Le pire scénario serait l'explosion de l'Euro et l'arrivée d'un parti du type FN aux manettes en France.

Il va bien falloir calmer la colère des peuples avant l'effondrement définitif.

La grande valse des tabous économiques

Certains se sont étonnés de la place que nous accordons ici aux « attitudes », notamment celles dont  la presse témoigne. On attendrait d’un blog économique, semble-t-il, une technicité éloignée de telles fantaisies. Justement, ce blog a été construit pour traiter de questions qui n’étaient pas posées ou mal posées dans les médias où triomphent, malheureusement trop souvent, des erreurs intéressées mais faciles, ressassées mécaniquement.

Ce qu’on appelle l’opinion publique est important en économie, et surtout en France où le poids idéologique est très fort et la concentration de la presse à la frontière de l’asphyxie de la démocratie qui exige un minimum de diversité et de débats. Les livres récents, commentés ici, montrent combien l’économie a du mal à s’extirper de la frénésie castratrice des gardes rouges et des gardes noirs.  Le rachat de toute la presse, y compris sur internet,  par des nababs cherchant exclusivement  à conforter leur maintien dans les allées du pouvoir ne peut pas ne pas avoir de conséquences aggravantes.  

Les grandes questions économiques mondiales, européennes et françaises ont un mal fou à s’insérer dans le carcan des idéologies ou des stratégies de pouvoir. Le monde de l’édition et de la presse écrite, radiodiffusée et télévisée est tellement cadenassé que les faux consensus naissent de l’auto censure autant que des ordres donnés.

Sur tous les grands sujets qui conditionnent les politiques économiques, la dictature du médiatiquement correct éditorialiste est particulièrement étouffante.  Il faut savoir qu’en France ce qui se dit, s’écrit, se publie,  voire ce qui s’enseigne, est sous la coupe d’à peine cinquante personnes vivant en connivence.

Ce qu’on appelle l’information est un roman vaseux construit par des scénaristes prudents et dépendants. La dynamite, ce sont, en général, les faits et les élections. Le terrain n’a plus guère le choix : son avis ne comptera que dans la mesure où il rejettera massivement la pâtée dont on le gave. Et même là, le bloc médiatico-politique fera tout pour obtenir un second vote conforme aux intérêts de la sorte d’oligarchie qui fabrique l’opinion publique. Quant aux faits, on voit que leur pédagogie met du temps à provoquer les prises de conscience nécessaires. Les « éléments de langage » des « médiacrates », appuyés sur l’énarchie compassionnelle d’un côté,  et la complaisance aux gros intérêts de l’autre, le tout enrobé dans l’européisme et l’atlantisme, avec un zeste de social-sociétalisme, ont longtemps empêché toute observation vraie et tout débat utile permettant de « décoder » les phénomènes économiques.

Le côté intéressant de la période est dans les fractures qui commencent à entamer ce bloc. Huit années  de régression sociale, de vol fiscal et de stagnation économique, suivant quarante années de délires bancaires et financiers, et de mondialisation déséquilibrée, ont fini par obtenir leur dû. Les tabous sont à la dérive. Les faux consensus s’étiolent. Le vide organisé pour des raisons d’asepsie nationale, populaire, économique et sociale ne parvient plus à se maintenir.

L’abaissement des nations voulue par Roosevelt et intégré dans le projet européen de dissolution des anciens empires européens, a  conduit à la révolte des peuples qui recherchent à nouveau un minimum d’emprise sur leur destin.

La libre circulation des hommes, des biens et des capitaux qui est à la fois la religion et le modus operandi  des institutions internationales hors sol démocratique est désormais rejetée violemment. L’affaire du CETA qui voit l’Europe des fonctionnaires internationaux  chercher inlassablement à baisser toutes les frontières, en annonçant des gains phénoménaux qui ne se matérialisent jamais, est tout de même instructive.  La CEDH est contestée dans la vocation qu’elle s’est elle-même attribuée de former la règle en matière d’interprétation des droits de l’homme.  La voici qui interdit de sanctionner l’insulte à Président de la république, qui prétend définir les droits électoraux des prisonniers condamnés à de longues peines, qui refuse que l’on sanctionne le vagabondage et l’immigration illégale, qui s’engage à fond en faveur des Roms en interdisant que l’on sanctionne la mendicité organisée, pourvu qu’elle ait une apparence familiale, qui interdit le contrôle des romanichels sans domicile fixe qui , du coup, ne peuvent plus être recherchés en cas de délits prouvés.  Voici donc cinq gus, généralement issus de faux pays comme le Lichtenstein, Andorre, Monaco, Saint Marin, Malte, Chypre  ou la Moldavie, voire de démocraties aussi indiscutables que l’Azerbaïdjan, l’Albanie ou la Bosnie, capables de dire la loi aux millions de citoyens de grandes nations démocratiques, jusque sur des questions comme la GPA ou la PMA , qui, à notre connaissance, n’ont rien à voir avec la sanction des grands crimes contre la démocratie qui sont à la base de la création de la CEDH, dont le rôle initial était de civiliser l’URSS. Le protocole 16 en cours de discussion ira encore plus loin : les autorités juridiques nationales pourront (bientôt : devront)  demander  l’avis de la CEDH avant de prendre la moindre décision.  Son rôle normatif au dessus du Conseil constitutionnel, qui s’était lui-même autoproclamé juge suprême des droits de l’homme  serait ainsi avalisé.. L’abandon de la souveraineté juridique et politique sur les questions les plus graves du droit s’effectue par grignotage insidieux. Tout cela se fait dans le silence des médias et hors du champ de la politique

Seulement voilà : les dettes abyssales, les systèmes bancaires en faillite sauvés en rançonnant les usagers, les impôts confiscatoires, le chômage de masse, l’envahissement par des immigrés non souhaités, la délinquance non poursuivie, non sanctionnée lorsqu’elle l’est, laissée en liberté quand la sanction a été prise,  la perte de l’industrie, la régression sociale subie, font exploser les verrous médiatiques.

Au nom de la création d’une zone européenne sur le modèle américain et totalement inféodée à son maître, dont le seul but est de permettre à des multinationales d’asseoir leur pouvoir sur le monde, en s’affranchissant de toutes contraintes, on a créé un véritable enfer économique et social et engendré le dépérissement de la démocratie.  Et il faudrait ne pas le dire ?

Comment comprendre les succès d’un Zemmour, d’un Onfray, d’un Finkielkraut  sans constater qu’il brise une forme d’omerta subie ? Comment comprendre la contestation des partis socialistes par des excités, sans voir qu’il est tout de même difficile à gauche d’admettre une telle soumission ? Comment comprendre la percée des « populistes » un peu partout  en Europe, sans voir l’abandon des populations « périphériques »  et les effluves de décivilisation qui s’élèvent des trottoirs envahis par des hordes  peu soucieuses de s’adapter aux règles du pays de passage ou de subvention ?

Alors la valse des tabous a commencé, d’autant plus débridée que même le peuple américain s’y met, qui découvre que des multinationales basées dans des paradis fiscaux ne représentent pas la forme ultime de l’efficacité sociale et économique et que l’ouverture totale à la Chine et au Mexique a certes enrichi les entreprises à succès de la mondialisation, mais  a ruiné la classe moyenne. 

Sur un mode mineur, regardons la page 15 du Figaro daté du lundi 30 octobre 2016. On y trouve un premier article qui évoque « le retour en grâce de la politique budgétaire » et un second qui s’alarme de la « souffrance de la libre circulation ».

Un petit retour historique s’impose pour comprendre le caractère révolutionnaire du premier. A partir de l’abandon des accords de Bretton Woods, imposé brutalement par Washington, par pur intérêt national, on a considéré qu’un étalon dollar de fait serait une bonne chose, chaque pays abandonnant sa politique financière et monétaire au profit « des marchés ». Du coup les banques centrales se sont trouvées en première ligne au détriment des trésors publics. De fait, les relances budgétaires ont cessé immédiatement de fonctionner comme l’échec de Giscard et Chirac l’a montré en France dès 1975.  Il appartenait aux banques centrales indépendantes de gérer les merveilleux marchés idéalement libres et non faussés des changes et des taux d’intérêts. On a vu le résultat : des marchés de maquignons peu nombreux et  sans scrupules et la création d’une économie baudruche qui a fini par exploser en 2008.

Nous avons écrit, dès cette année 2008, (http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/7/6/Crise-conomique--les-quatre-erreurs--viter)  qu’il fallait retrouver une politique globale équilibrée et que le recours aux banques centrales ne suffirait pas. Nous y sommes. Les banques centrales, lancées dans des solutions folles et sans avenir, comme les intérêts négatifs, reconnaissent leur impuissance et appellent les Etats à la rescousse et pas seulement pour demander aux contribuables de renflouer les 13 mille milliards de pertes accumulées dans le monde. Même le FMI s’y met.

L’autre article « découvre » que « la liberté d’établissement dans une structure complexe telle l’union Européenne prend du temps. Elle a besoin de règles…».   Ah ! Ces Christophe Colomb  des nouvelles franchises ! Un peu long à la détente peut-être. Mais ça y est ! En partant de l’histoire de la Suisse qui vient justement de voter contre l’immigration étrangère et qui s’en prend aux frontaliers français et pas seulement aux vilains Musulmans !  Le peuple dit : « assez » !  On lui répond : « complexité à gérer ».  Naturellement  il faut encore s’excuser d’une telle audace : « La liberté du commerce et la liberté d’établissement ont le potentiel de surmonter la stagnation économique ».  Sortez un cierge et faites trois génuflexions ! 

Avant de se lancer dans de telles incantations il faudrait avoir formulé un diagnostic de la crise.  Mais là pas question. Per fide non per ratione.  La foi couvre la raison.

Dans le même ordre d’idée voici l’Allemagne outrée par l’achat par la Chine des trésors de son économie. Elle a laissé la Chine accumuler, en fraude de tous les accords internationaux, des excédents démentiels. Et voici qu’elle les emploie à racheter le capital sacré du cœur de l’industrie allemande ! 

Si on élève en idole sacrée la liberté de mouvement des capitaux, sans réfléchir une seconde aux conséquences, les achats chinois sont légitimes. En vérité, et c’était la règle dans le cadre des accords de Bretton-Woods, les échanges auraient dû être équilibrés.  Cela veut dire qu’on aurait échangé,  entre nations, produit contre produit, travail contre travail. Un pays ne pouvait pas et ne devait pas accumuler des ressources monétaires excédentaires de façon massive et ensuite racheter les entreprises de son débiteur.  Cette règle était sage. A quoi rime d’être pillé par des pays qui ont maintenu leur monnaie à des taux bien trop bas ?  A quoi rime d’être rançonné par des pays pétroliers cartellisés et de leur permettre de racheter vos pépites avec la rançon ?

Une fois de plus, la liberté se chérit mais les libertés s’organisent, notamment entre nations concurrentes et souveraines.  Il est légitime de canaliser la liberté de mouvement des personnes, des capitaux et des biens.

Une écluse laisse passer ce qu’il faut de la  liberté de l’eau pour que son pouvoir bénéfique s’accomplisse sans qu’inondations et sécheresses incontrôlées ne deviennent  ruineuses. 

Le temps est à la canalisation (et non à l’étouffement) des forces de la liberté.  Les tabous qui s’y opposent sont à la dérive. Tant mieux !

Il faut un nouveau Bretton Woods, capable de dépasser les causes de l’échec de la formule initiale et de créer un cadre monétaire et commercial, les deux étant liés, basé sur des principes d’équilibre, de coopération et de parité  qui évitent toutes les dérives dont nous subissons les conséquences chaque décennie de façon plus grave.  Reste à en réunir les conditions.  On est encore loin du but.  L’implosion actuelle des idées fausses  est un heureux préalable. Aucun des articles qu’on lit aujourd’hui n’aurait été écrit l’année dernière.

La valse des tabous n’en est qu’à son début.  Encore un effort !

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

Le livre d’Aude Lancelin : plongée profonde chez les journalistes morts-vivants.

Par atavisme familial, nous sommes attentifs au destin des femmes de lettres ayant réussi à monter au plus haut de la hiérarchie de la presse pour s’en voir débarquer sans ménagement par des mâles expéditifs lorsque des évènements trop grands pour eux venaient ébranler leur fragile empire. En général, rode toujours dans le décor une histoire de relation amoureuse inappropriée. Aude Lancelin a choisi de s’unir à Frédéric Lordon. Elle a risqué une position assise à passer ses nuits debout. Ils ne l’ont pas raté.

Il est toujours dangereux d’être indélicat avec les belles plumes. Nicolas Sarkozy en a fait la preuve avec Patrick Buisson. Xavier Niel le découvre à son tour avec Madame l’Agrégée de Service.  « Le Monde Libre » (Les liens qui libèrent - ISBN 979 10 209 0460 7) est bien plus qu’une dénonciation, bien plus qu’un règlement de compte. Exactement comme l’est « La Cause du Peuple ».

Dans un cas comme dans l’autre les auteurs décrivent  une plongée documentée dans le néant. Pour Patrick Buisson, l’effondrement dans le n’importe quoi de Nicolas Sarkozy portait jugement  sur les tourments d’une droite fonctionnant comme un canard sans tête et qui se serait tiré, de surcroît plusieurs balles dans les deux pieds.  Chez Aude Lancelin, on exécute aussi un mort : le socialisme moralisateur de média, dont le mausolée fissuré a été acheté par un pornographe enrichi naguère par le Minitel Rose, et où ne s’agitent plus  qu’une bande d’opportunistes toujours plus serviles.

Autres éléments communs :

-          Tous les deux étaient bien nourris dans le fromage, avant qu’on les en extirpe.

-          Tous les deux ont mal vécu d’être éliminés sans égards particuliers, avec même, de la part des anciens employeurs, une volonté de tuer pour longtemps voire pour toujours.

-          Tous les deux ont une dilection particulière pour les extrêmes. Aude trouve des qualités de la délicatesse aux manières et à la pensée d’un Badiou, dont les deux pieds sont bien plantés dans la mare de sang des 100 millions de victimes du communisme. Patrick Buisson a une vision nationale catholique et pré-républicaine affirmée dont il est d’usage d’affirmer qu’elle tient plus de Maurras que de Barrès, à moins que ce soit l’inverse.  Que ces deux mondes soient morts pour de bonnes raisons n’influe pas sur ces engagements.

-          Tous les deux sont effarés par une mondialisation qui s’est faite sur le dos du peuple et en particulier d’une classe ouvrière nationale qui se trouve privée et d’emplois et de symboles.   

Patrick Buisson décrit un pouvoir d’apparence dirigé par un nain politique qui cherche des slogans démagogiques  et virevolte en fonction de l’idée qu’il se fait de l’état de l’opinion (et de la presse de gauche).

Aude Lancelin décrit un monde médiatique « de gôôôche » qui s’est éloigné du monde ouvrier depuis des lustres et qui s’est mis au service de la « globalisation atlantiste » et d’un PS complètement vidé de la moindre substance, où l’entre-soi  rigolard de pseudo journalistes compromis avec l’argent et le pouvoir est le véritable jeu. Ces social-traîtres ontologiques ont besoin d’un FN diabolisé pour faire semblant d’avoir un rôle moral, ajoutant l’indécence de l’imprécateur à la ruine des idées ouvriéristes, et se flattant d’avoir pris la France intellectuelle en otage, au nom d’un anti-fascisme fantasmé autant qu’intéressé.

Il va de soi que l’arrivée de la triplette tragique, formée du fameux milliardaire du sexe, d’un homosexuel argenté, enrichi dans la vente mondialisée d’objets d’un luxe parfaitement bourgeois, et d’un espoir de la grande banque juive, converti au rockabilly et poussé par l’inévitable Alain Minc, n’est pas pour rien dans l’effondrement de la presse écrite de gauche. Les milliardaires de la presse ne cherchent pas à trouver les nouvelles formes utiles de journalisme à l’heure d’Internet. Ils veulent conserver le pouvoir de nuisance nécessaire à leurs entrées dans les allées du pouvoir.   

On peut contester le roman à l’eau de rose qui voudrait qu’Hubert Beuve Méry ait été ce véritable Saint de référence  qui aurait créé une presse « libérée des corruptions de l’argent et des intrusions de l’Etat ». Après tout l’aventure avait commencé par un vol… cautionné par l’Etat d’alors.  

Mais comment ne pas être d’accord avec la phrase d’après : « le Monde Libre (nom de la coquille vide chargée d’agir au nom de la triplette -Ndlr)  c’était en fait le « monde free », du nom de l’entreprise de télécoms discount grâce à laquelle l’ogre avait bâti toute la fortune profuse qui lui permettait de racheter la presse nationale. Un monde réputé pour son insensibilité achevée au sort de ses salariés. Un monde où ces derniers n’existaient que comme variable d’ajustement  dans la course à l’optimisation des coûts qui était l’unique doctrine de l’ogre une fois retiré le vernis de sa saga entrepreneuriale enchantée ». « Il y avait désormais deux catégories  de journalistes à Paris. Ceux qui travaillaient pour le Monde Libre et ceux qui travaillerait un jour pour lui. Aussi, rares étaient les enquêteurs qui prenaient le risque de se fâcher avec l’ogre et de rappeler les différentes tâches qui figuraient sur son CV. Avant les parrains du CAC 40, l’ogre avait en effet surtout côtoyé les propriétaires de sex-shops de la rue Saint Denis et évolué dans le monde sans lustre des peep-shows. Le futur maître du Monde Libre avait été lourdement condamné en 2006 par le juge van Ruymbeke. Il souhait à toutes forces oublier ce passé qu’un océan d’argent entier n’était pas encore parvenu à laver». « Ce n’est que bien des années plus tard que l’on s’aperçut que l’ogre avait placé de l’argent dans la quasi totalité de la presse en ligne « indépendante » et que de fait celle-ci l’était rarement  dès lors qu’il s’agissait de publier le moindre renseignement gênant sur lui. »

Pour finir, la Reine Aude (dans ce milieu les femmes qui réussissent deviennent aussitôt des « reines », et Madame Lancelin eût un temps le même titre que la Reine Christine que son mariage avec un ex coco reconverti d’abord dans l’humanitaire bobo puis  dans la recherche frénétique d’une retraite élusive, avait porté au sommet de la presse télévisée avant de finir dans le discrédit) tient à mettre les derniers fils bien à nu. « Pour l’ogre qui œuvrait sur ce marché entièrement régulé par l’Etat, la qualité des rapports avec la puissance publique était primordiale. Une location de réseau non renouvelée et c’était toute son affaire de téléphonie mobile qui se serait écroulée ». Voici donc la presse devenue « un simple décor occultant de déshonorantes coulisses » et le journal «une de ces maisons centrales où l’on écrivait le mot liberté sur la grille d’entrée pour chaque jour mieux la saccager ». Voici le journalisme réduit à la seule fonction « de conforter les mensonges grégaires ».  Les rédacteurs en chef intouchables  sont « les hommes de paille de clans ministériels ou d’hommes d’affaires, exécuteurs scrupuleux des intentions de ceux-ci, propagateurs des bruits qu’ils souhaitent voir courir ». L’ogre ne se faisait pas prier pour fanfaronner à ce sujet assurant que depuis que ses associés et lui avaient pris la tête du groupe Le Monde, « il n’avait pas à attendre une demi journée pour être reçu à l’Elysée ».  Il faut dire qu’avec François Hollande le concubinage avec la presse était plus qu’un passe-temps, comme un livre récent et passablement dérangeant l’a si bien démontré.

Ma licence téléphonique contre ma complaisance à illustrer tes éléments de langage et soutenir tes ambitions mêmes totalement utopiques. Voilà le « deal » implicite. Mais il ne faut pas que cela coûte trop cher non plus sur un fond de social libéralisme atlantiste et pro-européen où le patriotisme devient un gros mot et le social une occasion de bien rigoler entre copains à chaque réunion du Siècle. La presse française n’est pas devenue muette. Mais elle accompagne le vide de slogans utiles à la promotion du capitalisme le plus vil ou la candidature d’ « hommes- sandwich »  dans le mépris de toute idée, de tout débat, de toute pensée.

Le livre d’Aude Lancelin mériterait d’être lu en même temps qu’un autre, à écrire, sur les chaînes de la TNT et leur mise au pas par un certain Drahi dont les capacités d’endettement sont aussi surprenantes que ses ambitions ne le sont pas : d’abord chasser de toute tribune la racaille socialiste pro-palestinienne. Contrôler le tuyau pour canaliser le contenu en fonction d’intérêts ou personnels ou propices à certaines influences est le maître mot de l’évolution vers le pire d’une presse ruinée par l’Internet. La puissance des grands intérêts mondiaux et leur capacité à vassaliser le forum interdisent tout débat. Et pousse sur le pavois politique des nullités commodes, heureux d’une carrière en apparence illustre mais qui s’apparente à l’art du ventriloque.

Du coup la France ne parle plus au monde. Sans idées ni débats, elle s’enfonce dans l’auto destruction, la régression économique accélérée, les séries américaines, la substitution de population,  la fiscalité confiscatoire, le chômage de masse, le n’importe quoi diplomatique, les attentats, la régression de la natalité, l’incapacité à résister aux forces étrangères et la soumission générale.

Malheureusement, chère Aude, l’avenir n’appartient pas aux Badiou, à Attac et aux nostalgiques du « socialisme génocidaire ». L’asservissement de la presse de gauche a été précédé par cinquante ans de servitude idéologique vis-à-vis du communisme et de ses mensonges, condamnés à la condition expresse « de ne pas faire le jeu de la réaction », contradiction qui s’est transformée en moralisme anti-fasciste mécanique et en affrontement sans cause entre un camp des bons autoproclamés et des vilains indéterminés. On est passé d’un faux semblant à un autre. D’un théâtre d’ombres à un autre. La réalité a cessé d’être l’objet des réflexions et des analyses au profit de la valorisation de camps fortifiés où devaient régner l’ordre de gardes roses capables d’adorer le lendemain ce qu’ils brûlaient la veille, pourvu que la meute puissent conserver son écu de chevalier du bien. Bien aussi incertain et capricieux que le sens de l’histoire.

Vous avez raison de constater, « aussi inouï que la chose paraisse », que l’Obs n’a réagi «ni à la ruine à grand spectacle du communisme, ni à la reddition  intime du socialisme, non plus qu’aux dérèglements désormais évidents de la mondialisation». C’est vrai de la totalité de la presse de gauche qui depuis longtemps ne se contente plus que d’affirmer sa supériorité morale autoproclamée  sans rien voir de la réalité, le tout grassement subventionné par de l’argent public, avec larges rétributions et honneurs pour les journalistes de cour et de réseaux qui régnent à sa tête.

Mais qu’a dit l’Obs quand les terribles avertissements de Maurice Allais sont venus expliquer « l’horreur économique » qui commençait à s’installer. Silence ou mépris, tels furent les réponses alternatives. Pas question de relayer des propos qui laissaient entendre que la libéralisation totale des marchés provoquerait du chômage de masse, ou que les changes flottants et l’abolition de toutes les règles prudentielles au profit d’une spéculation sans limite aboutiraient d’une façon nécessaire et mécanique à une nouvelle grande dépression suite à effondrement bancaire.  Déjà la transformation de l’éditorialiste en simple curé, Savonarole  d’autant plus excité que le dogme était plus incertain, s’était produite. Le roi du Minitel rose, des sex-shops et des peeps-show n’était pas encore dans la boucle.

Votre livre, chère Aude,  est des plus justes. L’asservissement de la presse de gauche est bien ce que vous en dites. Mais sa décrépitude avait commencé bien avant « la décadence du métier » et la « greffe néolibérale ». Les « opérations de police intellectuelle » y étaient déjà de règle depuis longtemps, de plus en plus loin de l’observation des réalités, de plus en plus loin des vrais débats, de plus en plus loin des questions qui fâchent.

L’avenir du journalisme n’est certainement pas dans le culte servile de parvenus de la pornographie et de la tuyauterie téléphonique associées, il ne l’est pas non plus dans la restauration d’un politiquement correct aigri de la religion communiste.  

Comme Patrick Buisson, vous cherchez l’avenir dans d’improbables restaurations qui n’auront pas lieu. « Le Monde Libre » comme « La Cause du Peuple » sont deux livres dont la lecture est indispensable en ce qu’ils nous donnent à voir l’incroyable décrépitude, et même la trahison,  des grandes institutions médiatiques et politiques françaises. Mais ni l’un ni l’autre ne proposent les métamorphoses nécessaires.

Le travail reste à faire.

Le CETA c'est assez !

Rien n’illustre mieux la dérive des institutions internationales depuis la fin des accords de Bretton Woods que le CETA, le traité de libre échange élargi entre l’Union Européenne et le Canada.  On dira : « que viennent faire ici des Accords qui ont été mis par terre par les Etats-Unis en 1971 ? ». La réponse et toute simple.

Les Accords de Bretton Woods avaient deux faces intimement mêlées : une face monétaire et une face commerciale. Comme la tête de Janus, ces deux faces formaient un tout. Pas de bon commerce sans bonne monnaie. Pas de bonne monnaie sans progrès des échanges.

Lorsque le pan monétaire s’est effondré en 71 et qu’on a abandonné au n’importe quoi le système monétaire international, tous les fonctionnaires internationaux et les économistes associés ont eu un peu honte. On entrait par soumission au Maître, dans un monde inconnu et probablement malsain puisque tous les manuels d’économie à cette date ridiculisaient les changes flottants comme un dispositif d’urgence, intrinsèquement dangereux et à n’utiliser que faute de mieux.

Les lois de l’évolution ont leur logique et la volonté de survie des organisations qui n’avaient strictement plus aucun sens, comme le FMI, créé pour réguler les changes fixes et empêcher les comportements récessionnistes, les a conduit à approfondir le contraire de ce qui les faisaient vivre jusque là. Adieu l’idée que la croissance et le plein emploi soient des responsabilités d’Etats responsables ! Adieu la surveillance des grands déséquilibres ! Après quelques années d’incertitudes, le marché est devenu une forme de bible et la globalisation l’évangile. Créer des marchés « libres et parfaits » est devenue  la mission dirimante

On a concédé aux banques pratiquement tous les bénéfices du seigneuriage, en interdisant aux Etats d’être financés directement par les banques centrales dont  la fonction de régulation  est devenue critique, toute récession ou menace de récession devenant une crise du manque de liquidité banque centrale. Tous les marchés financiers et monétaires ont été libérés, intégrés dans la stratégie de création monétaire des banques, et mondialisés. La suite était prévisible : les énormes déficits et excédents commerciaux ont provoqué des flux spéculatifs massifs et le développement incontrôlé d’énormes masses de dettes spéculatives ; les effondrements périodiques de plus en plus graves et l’arrêt progressif de la croissance, les investissements utiles étant éliminés au profit de l’alimentation d’une économie baudruche constamment plus proche de l’auto destruction. Celle-ci s’est produite en 2008.

Pour le commerce, il ne restait qu’à perfectionner les trois libertés de mouvements des marchandises, des capitaux et des personnes.

Les Etats-Unis n’avaient pas besoin du mouvement des personnes. C’est l’Europe qui s’y est collé, à l’initiative des fédéralistes européens, et d’abord de Delors et des siens. Le Brexit, principalement fondé sur le dégoût d’une immigration incontrôlable, a marqué l’échec définitif de cette utopie.

Restaient à mettre en œuvre les libertés financières et commerciales.

La crise de 2008 et son origine purement financière ont bloqué désormais tous les processus d’ouverture. Les Chypriotes se sont vus voler leurs dépôts. Les Grecs se sont retrouvés avec quelques dizaines d’euros accessibles sur leurs comptes. Aujourd’hui ce sont les contrats d’assurances vie qui sont menacés, l’Etat français se préparant à bloquer toutes les ventes si nécessaire. Il n’y a plus de liberté financière. Tout est cadenassé. Les banques à qui on avait concédé tout le seigneuriage ont en plus été dotées du moyen de taxer l’usage de comptes bancaires dont on imposait l’usage. C’est ainsi que la BNP ose envoyer à une association qui a 800 euros de cotisation par an, un courrier par lequel elle indique qu’elle prélèvera 40 euros de tenue de compte par mois. Pour le seul service d’encaissement des chèques  de cotisations, elle engouffrera la moitié des recettes de ladite association !    Quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limite. Tout cela pour compenser les taux d’intérêts négatifs de la BCE sur les dépôts obligatoires des banques ! Mesure prise pour essayer de sortir des effets délétères des milliers de milliards de pertes des banques emportées dans le maelstrom d’une économie baudruche !

Que reste-t-il à faire aux institutions internationales après l’abandon de Bretton Woods en 71 ? A perfectionner encore et encore le libre-échange des biens et des services, tout en évitant les sujets qui fâchent en se donnant les moyens de soigner leur image en reprenant tout le politiquement correct des ONG. A « l’énarchie compassionnelle » française correspond une « élitomanie compassionnelle » internationale.   

Au terme du processus et alors que les économies occidentales sont par terre, voici donc le CETA, le TAFTA, fariboles diplomatiques convenues  destinées à pousser les avantages de la massification commerciale et culturelle  au format américain.

Si l’Etat Français était encore debout avec un minimum de respect de lui-même, il aurait défini une doctrine sur ce que devrait être sa diplomatie économique extérieure et le Président de la République l’aurait exprimée à haute et intelligible voix.

Pas un mot. Ni des instances politiques, ni encore pire de la presse. Les Français ont découvert le CETA parce que les Wallons se faisaient insulter pour avoir demandé à voir si leurs exigences, formulées naguère, avaient été respectées.  Quand on dit qu’ils ont découvert le CETA, on veut dire l’enveloppe des accords. Parce que, pour le contenu, il n’y a pas de place dans les médias. Les candidats à l’élection primaire de la droite et du centre ne savent même pas ce qu’il y a dans l’accord. Il faut dire qu’il était interdit de le savoir pendant tout le cours des négociations. Et que de toute façon il est trop tard pour faire quoi que ce soit. L’accord est juste à enregistrer. 

Comme pour tous les textes européens, tous, absolument tous, une fois qu’ils ont suivi le processus plus ou moins secret, plus ou moins opaque, qui mène à une décision obscure, s’y opposer devient un acte d’hostilité à l’Union Européenne et assez rapidement  un retour à Hitler. Pas de politique ; pas de technique ; rien ! Sinon un torrent de moraline amorale qui vise à subjuguer et à interdire d’autorité toute réaction.  

La seule chose que l’on sache, c’est que des accords ont été pris dans le dos des peuples  et qu’ils les empêcheront de réagir aux conséquences. Car une fois signés, les accords sont définitivement hors du champ de la politique. Il faudrait l’unanimité des pays de l’Union ! Les Eurolâtres expliqueront que rien n’est la faute de l’Europe et que tous les maux  proviennent de l’attitude indécente des politiciens nationaux qui se dédouanent sur l’Europe de leurs propres péchés. Les souverainistes affirmeront qu’il faut retrouver tous les pouvoirs pour que simplement les problèmes soient posés officiellement et les solutions discutées au fond avant de laisser des négociateurs explorer quels sont les compromis possibles.

Aucun homme politique français ne sait si les accords du Ceta sont bons ou mauvais. Comment pourraient-ils le savoir ? Si le Président de la République se tait, ce n’est pas seulement parce qu’il est pris par ses conversations privées sur tout et rien avec des journalistes, mais aussi parce qu’il ne sait pratiquement rien d’un processus qui s’est joué dans son dos.  

Pour notre part, la vérité est ailleurs. On ne peut pas négocier des accords bilatéraux dans des matières commerciales sans discuter monnaie en même temps.

Ni Tafta, ni Ceta, sans réforme préalable du système monétaire international et sans diagnostic réel de l’effondrement des taux de croissance depuis 1971.  Cette attitude est l’acte fondateur d’une diplomatie de la prospérité. On ne peut parler de libre échange, qu’en précisant ce qui se passe si des déséquilibres majeurs se produisent et les moyens que l’on consent de mettre en œuvre pour les corriger. A quoi rime de baisser de 1 point des droits de douane lorsque le change de la monnaie d’un des pays peut perdre 10 ou 20% de sa valeur en un demi-milliardième de seconde ? A quoi sert d’ouvrir le négoce libre et sans entrave avec un pays ou une zone en très grand excédent ou déficit courant ?

Ce préalable levé, il faut comprendre que certaines formes de production et de consommation, voire d’activités ludiques  touchent à l’identité nationale, et que les règles ne sont ni techniques ni définies pour bloquer les produits étrangers, mais parce qu’elles comptent pour la nation, souvent depuis des lustres et n’ont aucune incidence européenne ou mondiale. Elles forment un corpus inentamable par des négociateurs apatrides. La pêche, la chasse, la tauromachie, les fromages ont été successivement en première ligne européenne et ont provoqué des traumatismes. Les gouvernants nationaux se sont retrouvés à découvert  à chaque fois et dans l’obligation de justifier des décisions qu’ils n’avaient jamais ni discutées ni même connues, les processus européens chevauchant parfois plusieurs  majorités successives.   

Avec le CETA comme le Tafta, les grandes entreprises notamment anglo-saxonnes et plus particulièrement américaines, entendent pouvoir, par des arbitrages extra-nationaux, vaincre en dehors des parlements des législations vues comme des obstacles à leur expansion. On n’est plus dans le libre échange, mais dans l’interdiction de légiférer dans des sphères où la législation nationale peut être considérée comme absolument légitime.

Ajoutons les attitudes ouvertement agressives comme l’autorisation donnée aux entreprises américaines de ne pas rapatrier leurs bénéfices mondiaux et de laisser leur trésorerie dans des paradis fiscaux, pour mieux vaincre leurs concurrents étrangers, en profitant de l’opportunisme de certains petits pays, et la mondialisation devient un objet de crainte et de mépris de la part des nations.  

Dans un pays comme la France où les pouvoirs du Président sont les plus étendus de la sphère démocratique,  son silence sur tous les sujets qui fâchent et son évaporation sur tout ce qui dépend de l’Europe et l’international,  revient à un véritable abandon de poste. Les candidats à la « présidentielle » devraient prendre la mesure de leurs futures responsabilités et avoir une claire conscience des difficultés que leur abstention peut provoquer.  La campagne électorale doit faire apparaître ce que sera la « diplomatie de la prospérité » de la France.

Plus largement, il faut que les institutions internationales se rendent compte que leur rôle n’est pas l’organisation du « village global » loin des peuples, dans le secret de leurs propres ambitions et dans la soumission aux lobbies américains.

Il faut associer les Etats, piliers des politiques économiques, dans un système structurellement coopératif, plutôt que d’essayer de dissoudre les Etats à demi ou totalement vassalisés par les Etats-Unis par des accords de libre-échange poussés jusqu’au sein du cœur de la légitimité nationale et  arbitrés par des tribunaux privés dans un système monétaire structurellement non coopératif.

Il faut ancrer à nouveau la politique internationale, en permettant une coopération multilatérale organisée sur la base de l’égalité des droits et des devoirs.

L’ancre la plus importante est la monnaie. Il faut revenir d’urgence à un système coopératif en matière monétaire internationale, basé sur les changes fixes et ajustables avec responsabilité des Etats sur leurs déficits et excédents. C’est la seule vraie priorité mondiale.

Un président de la République française digne de ce nom devrait avoir en tête cet article pivot de toute diplomatie de la prospérité. Et refuser tout nouvel accord international économique avant que ce précédent ait été levé.

C’est comme si c’était fait !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

En écoutant Claudia Buch

"Le comité scientifique consultatif du Comité européen du risque systémique a relevé de nombreux signes de surcapacités dans le secteur bancaire européen, en particulier une forte hausse du volume de crédit par rapport à la performance macroéconomique. En fin de compte, un secteur financier surdimensionné peut avoir une répercussion négative sur la croissance économique réelle."

Cette phrase, énoncée par la vice-présidente de la Bundesbank est tout à fait intéressante. Elle aurait pu être répétée tous les ans depuis 1971, c'est-à-dire depuis que l'on a dynamité tous les contrôles macroéconomiques des balances extérieures (commerce et paiements). L'économie mondiale est devenue une" économie baudruche" comme nous en avons fait la théorie pendant des lustres. De crises en crises, de baisse de croissance en baisse de croissance, d'endettement massif en endettement insoutenable, la baudruche a fini par exploser. Nous vivons dans un système non réformé et mis à plat par la dernière crise, entre perpétuation des anciens maux et épongeage des effets du collapsus de 2008.

Alors oui, chère Claudia, la baudruche recommence à se remplir, tout en fuyant de toute part. Mais là n'est pas l'important. Ce qu'on attend de vous c'est d'indiquer les causes au long cours de la situation. Et là vous êtes muette comme une carpe allemande par grand froid.

Votre constat serait important si vous ajoutiez : les excédents allemands alimentent une création monétaire malsaine par recyclage dans des circuits financiers non directement connectés à la production, des gains qui proviennent d'un excès de compétitivité prix. Alors vous pourriez ajouter qu'il faut prévoir en zone Euro des mécanismes de pénalisation de ces excédents. Les excédents seraient taxés et enlevés du système financier au profit de l'investissement productif dans les pays en perte de compétitivité. L'Allemagne aurait alors intérêt à relancer sa consommation, relever ses salaires, pousser ses importations intra-européennes, perdant en compétitivité mais faisant croître la prospérité générale sans imposer de lourde récession à ses partenaires.

Que Claudia Buch se souvienne des suggestions allemandes de chambre de compensation faite en été 1940. Bien sûr, c'était de sales nazis qui voulaient mettre en place un système dont ils espèrent tirer parti par la force en ne régularisant jamais leurs positions. Mais "une variante honnête" comme disait Keynes serait sans doute la meilleure solution aujourd'hui.

Pour couvrir le dispositif, chère Claudia Buch, il faudrait même aller un peu plus loin : imposer un système de ce genre à l'échelon mondial en proposant de taxer les grands déficits et les grands excédents. Du coup la politique européenne d'ajustement n'entraînerait plus de risques globaux.

Il ne faut pas seulement dire que le roi économique est nu. Il faut l'habiller.

Et la "fashion week" doit commencer au plus tôt aussi bien au sein des banques centrales que des grandes instances économiques internationales.

Qui peut ne pas être lassé de voir que le seul courage autorisé dans les instances dites "de régulation" est de dénoncer un fait sans jamais voir l'image globale ni proposer de solution.

D'accord si vous vous lanciez dans ce travail vous seriez virée dans la minute de votre poste. Mais vous êtes universitaire. Vous avez l'indépendance. Cela vaut tous les honneurs. Sans doute préférerez-vous une carrière du type de celle qu'a connu votre prédécesseur, Beatrice Weder di Mauro, dont la carrière a été éclatante mais entièrement dans les jupes américaines et n'a, pas plus que vous, osé s'attaquer aux questions qui fâchent et notamment celles qui mettraient en colère les maîtres de Washington.

Au-delà de son énoncé, la phrase de Claudia Buch met en lumière la manière dont les économistes sont soumis aux diktats américains. Le but de ces déclarations n'est pas de promouvoir les réformes nécessaires mais de contrer Mario Draghi qui est considéré par les Américains comme dangereux puisqu'il fait baisser l'Euro par rapport au dollar. Elle permet également de se valoriser par rapport au board de la Bundesbank qui prône un certain rigorisme, tout en admettant les énormes excédents allemands. le tout sous couvert d'examiner les risques systémiques pouvant toucher la finance.

Tout cela finit toujours par des invitations au Groupe Goldenberg, rassemblement des "élites politiquement compatibles avec l'idée américaine de la globalisation" et tremplin pour les plus belles affectations.

Il faudrait qu'en matière économique l'opportunisme atlantiste cède un peu la place à une réflexion de fond et des études de réformes un minimum sérieuses. Les nominations sur la base du "genre" et non de la compétence, aggravent encore les phénomènes traditionnels de soumission. On l'a vu avec la nomination de Mme Lagarde à la tête du FMI, "parce que c'était au tour des femmes". Aussitôt tout risque de pensée non conforme est bloqué pour des années.

Et l'économie baudruche perdure indéfiniment avec des discours de régulation qui, au mieux, ne servent que de cache-misère pour masquer le vide de toute réflexion approfondie sur des réformes de structure.

Vous avez dit "libéralisme" ?

Un des tics les plus agaçants de la presse française est l'emploi à tout bout de champ du qualificatif "libéral" pour déconsidérer toute tentative de redressement de l'économie française. Le qualificatif se veut péjoratif. et l'effet répulsif est souvent poussé par l'ajout de complément : néo libéral, libéral thatchérien, hyper libéral, libéral sans concession, libéral assumé, libéral antisocial, libéral revanchard  etc.  La marxisation des réflexes  en France est telle, du fait d'une dominance idéologique de cette composante de la  gauche dans l'enseignement public et dans les médias que libéral y est devenu une grossièreté.  Il et intéressant de creuser un peu ce phénomène.

Le libéralisme, au sens économique s'oppose au marxisme, au socialisme et à l'étatisme. Il est normal que les promoteurs des trois idéologies lui en veulent. Il peut prendre des formes très diverses. La constante de toutes les conceptions libérales est que l'entreprise capitaliste est la forme la plus efficace de production de richesses et que ce sont les choix individuels de consommation qui forment la valeur des produits en s'exerçant sur des marchés organisés.

En ce sens le monde entier est aujourd'hui libéral. Personne ne compte plus sur la collectivisation permanente de l'ensemble des moyens de production pour espérer un minimum de prospérité. Les expériences socialistes ont été suffisamment "pédagogiques", pendant suffisamment de temps, avec suffisamment de dégâts.

Une autre acception du libéralisme est la défense des trois libertés de mouvements de capitaux, de marchandises et de personnes dans le cadre national et international. Ces libertés sont assurées depuis longtemps dans le cadre national et n'y font plus problème de principe même si la réglementation et les taxes peuvent en modifier fortement l'exercice jusqu'à l'étouffement. Les instaurer entre les nations est la question de l'époque.

C'est le mantra récurrent de l'Union Européenne depuis l'origine.

Au FMI, les trois libertés sont devenues la doctrine de substitution, une fois son rôle initial (gérer les changes fixes et permettre des ajustements monétaires sans drame) abandonné avec l'instauration des changes flottants.

L'OCDE a remplacé sa mission de répartition du plan Marshall depuis longtemps éteinte et a muté également en officine de promotion des trois libertés.

En France comme en Europe cette optique de libre-échanges et de libre migration est celle des partis socialistes tout autant que des partis centristes et de la droite classique. Le PS, avec Delors, Rocard, Lamy et cie ont été en flèche notamment pour la liberté de mouvement des capitaux.

Les droites et les gauches de gouvernement se retrouvent toutes dans le libéralisme des trois libertés de mouvement. Seuls les extrêmes, à droite comme à gauche, contestent au moins une des trois libertés de mouvement.

Le libéralisme est donc partout dans la politique internationale et les traités et n'a pas été contesté par les partis de gouvernement dans les trente dernières années en Occident. Faire du mot "libéral" une injure a donc tout du paradoxe.

Aujourd'hui les esprits évoluent fortement. Contrairement à la question du capitalisme qui est désormais tranchée, l'affaire des trois libertés internationales de mouvement ne fait plus l'unanimité On peut même dire qu'elle devient de plus en plus empoisonnée.

La liberté du commerce des biens et des services, sans cadrage des déséquilibres, aboutit à des excédents et des déficits majeurs qui déstabilisent l'emploi, les marchés, la qualité des produits.

La liberté des mouvements de capitaux dans un système de changes non régulés et compte tenu des déséquilibres précédents, provoque des crises à répétition et la stagnation générale.

La liberté des migrations conduit à des substitutions de population considérées par les autochtones comme injustes, dommageables et déstabilisatrices.

Les effets de submersion dans les trois secteurs provoquent des réactions de plus en plus vives.

Les réactions ne sont pas seulement économiques. Elles touchent le social, c'est-à-dire les formes d'organisation, les lois et les mentalités, construites dans la durée par les Etats pour satisfaire les besoins de solidarité. Elles sont balayées et les personnes déstabilisées priées de "s'adapter". Elles touchent également le culturel : choc de civilisation ; rejet de l'envahissement ; abaissement des niveaux d'engagement dans la société ; soumission culturelle aux divertissements américains avec tout ce qu'ils charrient… Et voici désormais les attentats terroristes !

Le libéralisme des trois libertés de mouvement commence à être considéré de plus en plus largement comme une aliénation consentie par des "élites mondialisées" qui trahiraient allègrement la "cause du peuple".

C'est la liberté de migration qui la première a cédé. La Suisse a voté contre l'immigration. Les Français ont cru que les Helvètes visaient les minarets. Ce sont les frontaliers français qui trinquent. Le Royaume-Uni sort de l'Union Européenne principalement pour faire cesser ce que les Anglais considèrent comme un envahissement dommageable. Les Français sont aussitôt consternés de constater qu'ils n'y sont plus bienvenus et même parfois injuriés, au même titre que les Pakistanais, les Afghans ou les Africains anglophones. Le candidat Trump fait frémir quand il annonce une barrière anti Mexicains payée par les Mexicains. Mais les étudiants français aux Etats-Unis constatent déjà depuis plusieurs années un resserrement drastique des conditions d'emploi aux Etats-Unis à la sortie de leur cursus américain. Un étudiant ayant fini ses études perd son visa de séjour presque immédiatement après avoir eu son diplôme s'il ne parvient pas à trouver un employeur motivé.

Il y a peu de chance que les choses s'arrangent. La montée incontrôlée de la démographie des pays africains, avec un pays comme le Nigeria annoncé comme plus peuplé que la chine dès 2050, laisse craindre une vague africaine à ampleur de tsunami : si les prévisions sont justes, il faudrait que l'Europe absorbe 300 à 400 millions d'Africains et de Maghrébins. Les questions d'espace vital vont redevenir criantes. Le besoin de défense des civilisations, des cultures et des cultes va exploser et avec lui l'intolérance de masse.

Le commerce international, compte tenu de ses déséquilibres massifs, est vu comme la destruction de secteurs économiques patiemment aménagés par un déferlement de produits à bas coûts et de mauvaise qualité. La durée de vie d'un PC est passée de 10 ans à peine trois. C'est aussi le cas des téléphones, des machines à laver etc. Va-t-on avaler des poulets au chlore ou aux hormones ? Les traités transatlantiques sont tous au point-mort avec un refus catégorique des peuples tenus soigneusement à l'écart des discussions et soumis à des "éléments de langage" diffusés à gogo dans les médias. Du genre : "l'accord permettra de créer des millions d'emplois". Le rejet est total et touche les médias vus comme complice des élites mondialisées et les fonctionnaires internationaux vus comme traîtres à leur pays.

La liberté totale des mouvements de capitaux commence à faire mauvais genre. La crise dite faussement des "pays émergents" en 97-98 a fait perdre toute crédibilité à ceux qui prétendaient que la "hot money" était un mal nécessaire. L'effondrement de 2008 a montré que la mobilisation anarchique de capitaux uniquement tournés vers la spéculation conduisait au désastre. La gestion de l'Euro avec liberté totale des mouvements de capitaux et régulation par la BCE a montré ses limites : la déflation à répétition et la stagnation générale. Les banques sont désormais étranglées parce qu'on a voulu étouffer l'amplificateur des désajustements sans toucher aux causes.

Au total, si personne ne conteste plus vraiment le caractère capitaliste de l'organisation de la production, la défense des trois libertés de mouvement à l'international est dans la tempête.

Cette situation crée de graves contradictions dans chaque pays. Les finances publiques et l'emploi sont tellement chahutées dans les pays qui ont fait de la dépense publique et de l'emploi public le cœur de leur action au long cours, que des remises en cause massives deviennent nécessaires. Tous ceux qui veulent réduire la dépense publique lorsqu'elle est insoutenable, se voient traiter de "libéraux à la Thatcher", alors même qu'ils contestent l'orientation des organisations internationales qui privilégient les trois libertés de mouvement. Ce sont des libéraux antilibéraux. À l’inverse les antilibéraux promeuvent la liberté quasi-totale des migrations. Ce sont des antilibéraux libéraux.

Les mots, et en particulier l'adjectif libéral, ont perdu tout sens.

Au-delà des mots, quelle est la situation ?

Un pays comme la France qui s'est laissé glisser dans le déficit public permanent et la montée exorbitante de la dépense publique, se retrouve piégé : il ne peut plus supporter une dépense publique supérieure à la production des entreprises du secteur marchand et une dette qui représente entre 400 % et 800 %, selon les calculs, de la même production. Sortir de ce piège n'a rien de libéral. Toute "diplomatie de la prospérité" passe nécessairement par une canalisation des trois libertés de mouvement. Par rapport au laxisme actuel cette attitude est nécessairement "antilibérale", si on conçoit le libéralisme comme une concurrence sans entrave d'individus indifférenciés où les Etats n'ont qu'à se taire.

La stagnation, le chômage de masse, le blocage de la finance, les déficits abyssaux ne peuvent laisser indifférents les Etats. Ils devront nécessairement lutter encore longtemps sur deux fronts : contre une mondialisation basée sur des libertés incontrôlées et contre les dérives insoutenables d'un état providence qui laisse une part minoritaire de la population payer pour les autres, tout en détournant une part déraisonnable de la richesse produite à son seul profit.

Toutes les formations politiques sont déchirées par ce dilemme. François Fillon milite à la fois pour réduire drastiquement la dépense publique et contre le Tafta, le traité transatlantique. Comme Hollande. Voici deux libéraux, tendance antilibérale. Dans deux camps opposés. Les écologistes se veulent pro migration et anticapitalistes comme une partie de la gauche, dont le Front de gauche. Le FN se veut nationaliste et socialiste.

En fait il n'y a pas de purs libéraux qui seraient pour un capitalisme débridé en interne, en Europe et dans le monde.

Il n'est pas si difficile de dépasser ces contradictions.

À l'international, les libertés doivent être organisées et les flux d'hommes, de capitaux et de marchandises encadrés. En interne il faut en finir avec les excès d'encadrement de l'activité économique et de dépenses publiques. Deux mouvements d'inspiration exactement inverse mais également nécessaires.

Les échanges de marchandises ne sont pas dangereux si les échanges restent balancés entre les pays. Au final on échange des produits, contre des produits, et du travail contre du travail. Il faut donc mettre des mécanismes qui permettent ces équilibres. Ce n'est pas une question de principe mais d'organisation et de gestion des libertés.

La liberté d'établissement reste extrêmement sympathique, à la condition d'éviter les phénomènes de masse et les risques de chocs culturels insoutenables, tout en limitant la possibilité pour les pays ayant supprimé leur frontière commune de conduire des politiques différentes d'immigration. Ce n'est pas une question de principe mais d'organisation et de gestion des libertés.

La liberté d'investir son capital comme on l'entend est très utile et profitable, à la condition que l'on évite de transformer l'économie mondiale en baudruche incontrôlable. Ce n'est pas une question de principe mais d'organisation et de gestion des libertés.

On peut donc chérir la liberté dans le monde mais en organisant précisément les libertés.

De même qu'on peut développer les solidarités nationales sans tomber dans le socialisme prédateur, l'anticapitalisme primaire, le blocage des relations sociales, l'asphyxie fiscale et la dette à outrance. Il faut chérir la liberté et la propriété, qui est de la liberté frappée, tout en organisant de façon raisonnable et soutenable la solidarité. Le redressement français n'est donc pas une question de plus ou moins grand libéralisme. Il faut réduire le socialisme et l'étatisme à l'intérieur pour la simple raison qu'on ne peut pas justifier une dépense publique supérieure à la production marchande, deux allocataires à la charge d'un seul salarié du secteur marchand, et une dette sans rapport à la production marchande. À l’extérieur Il faut rechercher un meilleur contrôle des flux d'hommes, de marchandises et des capitaux.

Le seul adjectif que devraient utiliser les journalistes est : pertinence. Quel programme a quelles chances d'atteindre quels résultats ? Si les fins et les moyens sont pertinents, il y a toutes les chances que la liberté y joue un rôle fondamental même si elle est enchâssée dans des organisations plus contraignantes à l'extérieur et moins à l'intérieur.

Le débat national devrait être sur les fins et les moyens, à court, à moyen et à long terme, à l'intérieur comme à l'extérieur. Pas sur des étiquettes ni sur des adjectifs.

Acteurs et commentateurs publics sont encore assez loin de le comprendre.

Trois conseils aux candidats qui sont trois avertissements aux électeurs

1. Vous criez tous à la baisse des charges. La baisse des charges n'a pas de sens en soi. Elles financent des besoins. C'est la baisse des besoins de financement qui comptent. Sinon ce n'est pas une baisse mais un transfert et il faut dire vers qui et selon quelles modalités on effectue ce transfert. On ne peut abaisser les besoins de financement qu'en retardant drastiquement l'âge de la retraite, en réduisant certaines gratuités, en freinant l'immigration sociale, en augmentant la durée de travail nécessaire pour avoir droit à la solidarité nationale pour les étrangers, en réduisant les coûts de transport et les subventions au logement, en rendant les indemnités chômage dégressives  etc.

2. les charges patronales sont un impôt sur une partie de la valeur ajoutée. La TVA est un impôt sur la totalité de la valeur ajoutée. Il est donc faux de dire que dans le premier cas c'est payé par le patron et dans le second par le client. Les deux sont payés par le patron et entrent dans la formation des prix. Le transfert des charges patronales sur la TVA euro pour euro ne change rien pour les produits français. Il rétablit l'équité pour les produits importés. On ne doit donc pas laisser dire que la TVA dite sociale est contre le revenu des Français. Dans l'ambiance déflationniste actuelle le risque d'une hausse des prix liés à la TVA est nul.

3. Dire aux Français de faire des sacrifices pour s'adapter aux nouvelles conditions du monde n'a de sens que si le système européen et le système global ne sont pas dysfonctionnels. Ils le sont. Les trois grandes récessions 73-74, 92-93, 2008-2009 sont venues de l'étranger. Le traité Merkozy provoque la déflation et la dépression. Il faut donc dire aux Français : je ne vous demande pas de vous adapter à un système déficient ; je vous propose déjà de faire aussi bien que les meilleurs mais surtout de vous remettre en position d'influence pour corriger ces systèmes déficients. Il faut une diplomatie de la prospérité dont la solidité française est la condition préalable. Et je vais vous dire où sont les déficiences et comment on peut les corriger.

La droite de gouvernement au feu des primaires

Quel projet économique ?

On peut discuter de l'intérêt d'avoir mis en place des "primaires" pour sélectionner le candidat d'une coalition. Après tout le rôle d'un parti est de dégager les grandes lignes d'un programme d'action et de choisir le meilleur candidat pour le faire gagner. Le fait qu'il faille recourir à une présélection publique pour déterminer à la fois le candidat et la ligne politique témoigne d'une désagrégation idéologique profonde et de la prégnance de la compétition des personnes sur toute autre préoccupation. Si celui qui tient l'appareil d'un parti prétend à tout sans autre considération que d'éliminer des concurrents potentiels et y parvient, il se moque en général de comprendre les mouvements de fond de son électorat et ne se préoccupe plus guère que du scénario de conquête présidentielle qui s'étiole très vite en plan de com'.

Le parti devient alors un fan's club, avec groupie. La réflexion cesse.

Au début des années soixante-dix, l'effondrement du socialisme comme doctrine, avec la chute de l'URSS avait laissé le PS en panne d'idéologie, ses échecs l'ayant de plus laissé en panne d'électeurs. Il a fallu l'énorme erreur des élections anticipées pour faire venir au pouvoir une coalition hétéroclite, appelée par antiphrase "dream team" d'une "majorité plurielle"qui n'avait aucun réel programme. Jospin profitera d'une très bonne conjoncture internationale et aurait pu engager quelques ruptures utiles. Il se contentera d'asphyxier l'économie avec les trente-cinq heures et les relations sociales par des lois étouffantes et porteuses de comportements inadmissibles. Quand le renversement conjoncturel se produira, il sera éliminé du second tour des élections. Il est à noter que le premier secrétaire du PS pendant toute cette période n'a tenté aucun aggiornamento idéologique. F. Hollande n'avait aucun programme sérieux ni d'ailleurs aucun sérieux. Sa présidence démagogique a été une catastrophe sur tous les plans, comme il pouvait être anticipé. Les tensions de ligne et de personnes sont devenues terrifiantes. Revoici donc les primaires également dans une "gauche" éparpillée façon puzzle, sans aucun programme économique unitaire perceptible.

La droite a connu le même mouvement avec Nicolas Sarkozy. Favorisé par l'absence d'un adversaire crédible, il a gagné facilement en 2007. Le plan qu'il a mis en place était purement électoraliste et ne visait qu'à sa réélection. Il fallait cocher des cases pour satisfaire toutes les clientèles tout en grillant l'opposition par une triangulation de petit malin. La crise, non anticipée malgré les avertissements, balaiera tous ces petits calculs. Il sera battu. Il fera semblant de sortir de la politique. Après avoir bloqué l'appareil de l'UMP, avec la complicité de F. Copé, pour empêcher tout renouvellement des hommes et des idées, il en a repris la présidence en pensant pouvoir recommencer le coup précédent. Et cela ne marche pas, parce que les tensions internes dans un parti sclérosé par sa transformation en claque personnelle sont top vives. Les tensions de ligne et de personnes sont devenues tout aussi terrifiantes. Voici donc les primaires.

Dans les deux cas, la crainte de ne pas être au second tour interdit pratiquement les candidatures de division au premier. Le FN, qui conteste une gestion qu'il juge identiquement catastrophique de la part de la droite comme de la gauche, est en embuscade.

Le mécanisme des primaires est-il réellement bénéfique ?

Le premier débat public télévisé des primaires " de la droite et du centre" donne une première réponse.

Bien sûr, ce n'était qu'un moment de présentation. "Voilà qui nous sommes".

Alain Juppé le favori des médias a paru vieilli et incertain. Légèrement voûté, la voix voilée, visiblement épuisé sur la fin, il s'est voulu le promoteur d'une politique consensuelle. Les médias qui le soutiennent outrancieusement, comme BFM-TV et I-tele, RTL et Europe 1, le Point et l'Express, le Figaro et Ouest France, l'ont vu aussitôt gagner le débat. Il est à craindre que lorsqu'on passera aux choses sérieuses, probablement dès le prochain débat et surtout dans la course à l'élection elle-même, sa forme hésitante deviendra un réel problème. D'autant que sa ligne consensuelle l'empêche d'avoir des idées fortes sur les grandes questions nationales et internationales.

Nicolas Sarkozy a paru terriblement crispé et plus soucieux de jeter en pâture les "éléments de langage" pondus par ses communicants que d'élever le débat. On lui a dit : les Français pensent deux choses : "on ne veut plus des musulmans" et "marre des impôts". Alors il baisse tous les impôts et il arrête les personnes dotées d'un fichier "s" quitte à s'excuser si le soupçon était injustifié. Le petit peuple qui se lève tôt retrouvera les heures supplémentaires défiscalisées et sans charges, d'autant plus sympathiques que c'est l'entreprises qui décidera du seuil des heures supplémentaires. D'ici à ce que les heures supplémentaires commencent après une heure de travail ! C'est du simple et du brutal. Et ne forme en aucun cas un axe de gouvernement et encore moins une vision d'avenir.

Bruno Lemaire s'est plutôt décrédibilisé par une absence de programme centré et fort, une attitude méprisante et quelques imprécisions gênantes. Le renouveau par le changement des personnes, c'est un peu court.

Nathalie Kosciusko-Morizet a été égale à elle-même : rien à dire et un grand art de mal le dire. Elle a été incompréhensible. Le choix du rouge de la robe semble avoir été sa préoccupation exclusive.

J. F. Copé était hilare d'être là et de pouvoir tirer à boulet rouge. Cela ne fait pas un candidat réel.

Restait François Fillon : un programme économique construit et longuement médité dont tous les rouages s'emboîtent parfaitement ; un calme souverain ; une élocution claire ; une vision hors de l'économie plutôt claire, aussi bien en matière de terrorisme, que de sécurité et d'école. Mais un handicap d'image pour avoir voulu contester trop tôt le président battu et n'avoir pas réussi à triompher d'un simple Copé. On aime bien les traîtres en France pourvu qu'ils deviennent des chefs de bande dominants. François Fillon n'est certainement pas un chef de bande capable de tout pour être élu, à l'instar de Jacques Chirac, qui n'a pas hésité une seconde à faire élire F. Mitterrand pour assouvir à terme son ambition.

Au total le mécanisme de la primaire aura permis un énorme travail de construction de programmes, comme l'UMP n'en avait pas connu depuis longtemps. Des lignes de fracture sont clairement apparues. Ce qu'on voit moins, c'est comment le travail d'arbitrage entre les programmes et de réduction des fractures va pouvoir se faire.

Sur le plan économique, l'ajustement d'un programme unitaire peut se faire autour du programme Fillon, le plus construit, le plus cohérent et probablement le plus efficace.

Sur le plan sécuritaire, l'état de droit est obligatoire et les élucubrations sur les attitudes belliqueuses en dehors de ce cadre sont déplacées et ne visent qu'à un effet de com'.

Tout cela aurait dû se faire au sein du parti. La publicité du débat n'apporte pas grand-chose. Cela aurait été différent, si, comme dans certaines émissions de télé réalité, on éliminait au fur et à mesure les candidats marginaux. Un débat à quatre entre le dénommé Poisson, qui mérite une chance d'expliquer ce pourquoi il combat (ce que personne n'a compris), et les trois candidats principaux, Fillon, Juppé, Sarkozy, aurait été plus utile qu'un nouveau débat à neuf. Il aurait eu pour but de réduire le débat suivant à deux.

Quand on va au fond des choses, le grand débat de la droite est l'affrontement entre la ligne Juppé et la ligne Fillon.

Juppé en tant que haut fonctionnaire ayant abusé de tous les privilèges de son état, est très mal placé pour mener une politique de restriction du champ de l'action publique, de réduction massive des dépenses publiques, de réformes des retraites, et de productivité. L'entrée dans le monde économique nouveau qu'annoncent les différentes ruptures technologiques est incompatible avec les fatigues de son âge qui sont apparues très nettement lors du premier débat. Son attitude vis-à-vis de l'islam radical est incertaine. Son européisme est inconditionnel. Sa vision des rapports de force dans le monde, inconnue.

La faveur des sondages tient essentiellement à l'idée qu'il est capable de bloquer Nicolas Sarkozy et que face à Marine Le Pen, sa candidature peut rassembler tout le monde, y compris les socialistes. Il a donné des gages en expliquant qu'il ne ferait pas comme Chirac après la divine surprise d'une élection de maréchal soviétique : il gouvernerait pour la gauche aussi. Pour beaucoup de Français, c'est celui qui empêchera et Sarkozy et Hollande et Le Pen. Il n'a donc pas besoin d'un programme affûté. Il lui suffit de multiplier les symboles et d'éviter les erreurs.

L'ennui, c'est qu'on ne voit pas trop ce que sera l'action du ou des gouvernements qu'il nommera. On gommera quelques excès fiscaux. Mais il n'y a aucun moteur de redressement véritable de la France. En s'étant mis sous la dépendance du politiquement correct centriste et socialiste, il en sera prisonnier.

La ligne Fillon est bien plus claire aussi bien en matière économique qu'en matière sécuritaire.

La grande question économique est de savoir si son plan économique est réellement efficace et si son plan politique permettra de gagner et le premier tour et le second tour des présidentielles.

Nous sommes convaincus de l'efficacité de la TVA dite sociale dont nous promouvons la nécessité publiquement depuis presque 20 ans. La TVA est un impôt payé par l'entreprise qui touche l'ensemble de la valeur ajoutée. Les charges patronales sont un impôt payé par l'entreprise qui ne touche que la partie salariale de la valeur ajoutée (entre 35 et 65 % selon les secteurs). Il n'y a aucune différence de nature. La seule différence est que les produits importés n'ont pas connu les charges patronales françaises et ont donc un avantage comparatif indu. Le seul moyen d'éviter cela est de reporter sur la TVA l'ensemble des deux impositions. Pourquoi ne le fait-on pas ? Parce que le taux de TVA est extrêmement haut en France et que la fusion des deux prélèvements aboutirait à des taux tellement élevés qu'ils ne seraient pas acceptés. En cachant aux yeux des consommateurs le prélèvement sur les entreprises, l'Etat sait ce qu'il fait. Le basculement suppose donc simultanément une baisse simultanée assez drastique de la dépense sociale, notamment pour la maladie, le chômage et la retraite. Associé à une hausse du temps de travail (dans le public notamment mais aussi dans le privé) sans hausse correspondante de salaire, le trépied revient à une dévaluation qui peut être conséquente, en fonction des paramètres choisis et à la restauration de la compétitivité française. Si on ajoute un ajustement de l'impôt sur le capital (suppression pure et simple de l'ISF et forfaitisation des prélèvements sur les intérêts), l'investissement redevient possible. Le plan Fillon peut marcher. Et il est le seul dans ce cas.

Ce qu'il manque au plan Fillon, c'est la dimension extérieure. Il faut absolument réformer le système monétaire international et la gestion de la zone euro, sans destruction. Cette diplomatie de prospérité n'est pas dans son programme, malgré tous nos efforts pour qu'il rajoute cette dimension dans sa démarche. Imaginons un système monétaire international basé sur les changes fixes mais ajustables sans possibilité d'excédents ou déficits majeurs, et un mécanisme automatique de sanction des grands déficits et des grands excédents au sein de la zone Euro. La réforme de la zone euro prendra son sens. La réforme française sera incroyablement facilitée. Le monde s'en trouvera mieux et pourra envisager de liquider en 20 ans l'endettement diabolique qui l'empoisonne.

On rêverait d'un second tour des primaires entre Juppé et Fillon, avec son programme ajusté. Il n'est pas du tout sûr que Juppé gagnerait. Le duel permettrait un vrai choix :

- La continuation des demi-mesures avec une chance de victoire de Mme Le Pen face à l'UMPS.

- Un vrai plan de redressement évitant les aléas d'une sortie inconsidérée de la zone euro et une démagogie socialiste revue et corrigée nationale.

Malheureusement, ce n'est pas l'hypothèse la plus probable, même si, d'un point de vue économique c'est la plus souhaitable.

L'économiste et le garde noir

C'est entendu. Dans la France de Voltaire, version an 2000, la proscription existe. Certains livres sont à ignorer car ils sont la production du diable. La grosse étude de Patrick Buisson, serait de la bassesse, de l'outrance, de la trahison, de la fiente de charognard, au mieux un vague brûlot dicté par le ressentiment, ou la vengeance d'un éconduit. Tous ces qualificatifs, qu'on avait déjà entendus au temps de la sortie des livres de Mme Trierweiler et de M. Zemmour, sont extraits des médias des deux derniers jours. Le résultat sera un triomphe en librairie, comme pour les deux autres. Les interviews-dézinguage s qui interpellent l'auteur avec les mêmes injures cent fois répétées n'abordent jamais le contenu lui-même de l'ouvrage et vous forcent à la lecture. C'est heureux, car le livre révèle certains aspects très actuels de l'opinion vis-à-vis des grandes questions économiques.

Buisson propose une réflexion conservatrice très proche des auteurs du dix-neuvième siècle qui voient dans l'apparition de la République une rupture avec les affinités supérieures qui forment la vraie France et les finalités nationales supérieures qui seules justifient le sacrifice de soi. "La postdémocratie avachie et déracinée, étrangère à l'héritage comme au patriotisme, n'a rien à opposer au double péril que représente la finance globalisée et l'islam radicalisé". Pour l'auteur la "cause du peuple" est celle d'une population marginalisée pour qui le supplément d'âme religieux et national était essentiel. À partir du moment où l'assistanat est ouvert sans distinction à tous, les "bénéficiaires" perdent la notion de lien national. Que peut bien encore signifier être français si le "capital d'autochtonie se trouve galvaudé et les droits attachés à la citoyenneté étendus à l'autre sans distinction". Ce sont, au sein du peuple, ceux qui sont sans capital qui réagissent le plus à la perte du capital particulier qu'est la solidarité nationale. Comme Zemmour, comme Villiers, un trio d'amis, Patrick Buisson plaide pour la restauration d'une mystique nationale française en phase avec les aspirations profondes du peuple mais en rupture avec les élites gouvernantes soucieuses d'électoralisme à court terme et de communication compassionnelle, dans un monde globalisé où l'argent est roi.

Pour l'économiste, le livre est une ordalie. Il se voit chargé de promouvoir "l'économisme", cancer avancé des sociétés libérales elles-mêmes avancées, de tomber amoureux d'une courbe de croissance, de vouloir l'instauration d'une vulgaire société de consommation qui pousse à de nombreuses formes d'aliénation, de servir l'état nounou qui fait disparaître les attachements fondamentaux au profit d'un clientélisme odieux et mortifère, d'avoir choisi le mondialisme dévorant et indifférencié qui tue le peuple et l'asphyxie de faux besoins et qui l'abaisse, tout en le ruinant par la concurrence. Le livre est une longue vaticination contre l'idée de progrès en général et de progrès économique en particulier.

Arguant de sa parfaite connaissance du peuple analysé dans ces profondeurs par les techniques sondagières, il cherche à prouver que les trois libertés fondamentales de circulation des hommes, des produits et des capitaux sont refusées par le noyau dur du pays et que les limiter sert "la cause du peuple". L'Union Européenne qui a fait de l'indifférenciation en son sein sa règle fondamentale, a détruit les protections indispensables au bonheur du peuple et plus particulièrement de ses pauvres. La globalisation a achevé le travail en créant, de surcroît une guerre des civilisations.

Du sondage au conseil du prince, du conseil du prince à l'action, on voit se dessiner un projet : si vous voulez être élus, il faut récuser les trois libertés fondamentales et s'écarter du capitalisme libéral.

Ce projet a raté. Sarkozy n'était finalement pas le bon cheval. Marie-France Garaud avait déjà dit cela de Chirac. C'est le drame des conseillers. Ils essaient de remplir des outres vides ! Mais la sonde mise au sein de l'opinion des classes populaires fait jaillir un fond de ressentiment qui est bien réel et pose problème.

Depuis des lustres nous avertissons qu'il faut prendre garde à la colère des peuples. Quarante ans de baisse de la croissance, de crises périodiques plus violentes, de gonflement inouïe de la dette et du chômage mettent nécessairement en branle des réactions dures dans les tréfonds. Le livre de Buisson montre qu'à côté d'un anticapitalisme de gauche se constitue un anticapitalisme de droite, tout aussi virulent, et qui était très présent dans les années vingt et trente. C'est la crise de 1929 qui avait permis à toute une série d'auteurs constamment cités par Buisson, d'émettre sur le capitalisme des jugements aussi accusateurs que péremptoires.

De ce point de vue, le livre est d'une lecture nécessaire. Le consentement au capitalisme n'est acquis ni à droite ni à gauche. Le consentement au libéralisme est facilement rejeté et à droite et à gauche.

À côté du garde rose milite le garde noir. L'un et l'autre attendent la faute du capitalisme pour avancer leurs propres solutions qui les unes et les autres sont anti-croissance et propagent des idées antiéconomiques. Il faudrait ajouter à notre galerie les gardes verts qui théorisent la décroissance heureuse. Pour tous ces gens l'économiste est un pelé et un galeux en ce qu'il cherche à accroître la richesse globale sans trop s'occuper du reste : la protection de la terre, la souffrance sociale, la déperdition du sens profond de la vie. Le daltonien n'y voit que des nuances de gris. Le sage des nuances de vert-de-gris.

La seule réponse est la croissance équilibrée. Elle seule permet de dégager les ressources techniques nécessaires pour lutter contre certains maux écologiques, les ressources matérielles pour lutter contre la pauvreté et les réserves nécessaires pour donner du sens à sa vie en toutes circonstances. La croissance économique est quoi qu'on en dise chez les militants des trois couleurs un facteur de paix et de civilisation. La "politique de civilisation" promue par Patrick Buisson ne peut se fonder sur un anti-économisme primaire.

Il reste évident que la vie ne se résume pas à l'économie, que les relations humaines ne sont pas qu'économiques, que le potentiel électoral n'est pas exclusivement dans la production de richesses et d'emplois. La politique économique n'est pas le tout du politique. L'économie n'est pas une religion et ne forme pas le creuset des nations. L'intérêt n'est pas l'alpha et l'oméga de l'existence individuelle ou en groupe.

Ce que montre le livre de Buisson, comme l'ensemble des glissements mentaux, politiques et diplomatiques actuels, c'est le danger d'avoir fait disparaître la coopération entre états dans le domaine des changes et de la monnaie en refusant férocement de voir les conséquences pendant quarante ans, tout en poussant dans le moindre détail l'élimination de tous les mécanismes permettant à une forme de surmoi national de limiter les conséquences sociales et culturelles d'une compétition micro-économique des libertés individuelles débridées et macroéconomiques d’État jouant la relation de puissance.

Curieusement, le livre d'Henri Guaino, l'autre conseiller de Sarkozy, arrive, par d'autres voies, à la même conclusion.

Plutôt que de diaboliser le livre, les politiques devraient plutôt le méditer. Ce sera d'autant plus facile qu'il est plutôt drôle et bien écrit, si l'allitération est la littérature.

Certains diront que la dénonciation d'une attitude où la promesse électorale n'a pas vocation d'être tenue mais simplement affichée pour gagner, où le court terme l'emporte sur le temps long, où l’expédient est préféré à la réforme de structure, où la conviction est liée à la validation par les sondages d'opinion, où le vote et finalement utilisé à contrer la volonté du votant, forme l'essentiel du livre.

Pour nous, c'est surtout la condamnation implicite de la nécessité d'une politique de la prospérité qui fait le livre. Il traduit la volonté politique explicite d'assujettir la consommation et la production, et par extension, toutes les relations contractuelles individuelles à un sur moi national. Il faut s'opposer à ce scénario "noir".

Pour nous l'affaire est claire : empêcher que la force des libertés individuelles contractuelles ne s'exerce au sein de la communauté nationale ou au dehors est un mauvais projet. Mais, si la Liberté se chérit, les libertés s'organisent. Si on le fait mal ou pas du tout, c'est l'ensemble des libertés qui sont exposées.

La France, pays d'idéologie, voit s'agiter des gardes rouges, noirs et verts. Au nom d'idoles qui sont la révolution créatrice de l'homme nouveau, la cause du peuple fondamental mythifié, ou celle d'une terre martyrisée. Ce bouillon moléculaire s'active en même temps que le désastre économique fait monter la chaleur des "passions tristes".

Il y a urgence à faire baisser la pression.

Bruno Lemaire : le concept problématique de "contrat présidentiel"

L'idée d'un "contrat présidentiel" prenant le relais des "contrats de gouvernement" correspond bien à la mutation du pouvoir vers la présidence de la République dans le cadre du quinquennat. Il traduit aussi la déception des électeurs, bien perçue par les politiques, envers une élection présidentielle où les candidats disent d'abord n'importe quoi pour se faire élire et font finalement le contraire de ce qu'ils ont dit, le tout aux frais du contribuable.

Il traduit également le blocage de la société française, depuis 1968, qui s'explique par le développement de cohortes entières de résidents qui vivent aux crochets des autres et qui interdisent tout changement. On le sait : quand on ajoute les retraités, les chômeurs, les fonctionnaires, les invalides et les assistés hors emplois, on atteint plus de 30 millions de personnes avec une tendance à la croissance, alors que la natalité baisse et que le nombre de salariés du secteur privé marchand (hors secteur financier) ne dépasse pas 14 millions de personnes., alors même que le chiffre d'affaires de leur société dépend largement… de la dépense publique. Du coup nous sommes les recordmen des impôts, de la dépense publique par adulte et de la dette par habitant au travail, avc en prime le taux d'emploi le plus faible des pays développés.

Puisque le candidat offre le moyen de regarder là où il va agir, il est intéressant de vérifier s'il tape là où il le faut. C'est l'avantage et l'inconvénient de la transparence totale préalable.

Le résultat est plutôt mitigé.

La grande question : la pieuvre étatique étendant ses tentacules sur l'ensemble du champ des possibles, le programme présidentiel devient tentaculaire. Le poids du document traduit l'excès d'intervention d e l'Etat. Du coup le document hésite en permanence entre l'annonce qu'on va couper un tentacule et des détails infimes qui prouvent que de nouveaux tentacules sont en train de pousser. Est-ce bien à l'Etat et dans l'Etat au président de la république de s'occuper de promouvoir la technique des fichiers de type chaînes de blocs (Blockchain en anglais) ? Cela ressemble à une tentative de faire technophile et moderniste, mais cela n'a aucun sens. Est-ce bien d'annoncer qu'on va recadrer les missions de l'Etat dans le domaine de la culture tout en conservant les Frac ?

Les questions les plus graves sont mélangées avec les plus mièvres. On supprime tout statut pour les fonctionnaires territoriaux (radicalité extrême) et on ne touche pas au temps de travail des fonctionnaires, sinon en annonçant qu'on va les forcer à faire au moins la durée légale tout en généralisant les heures supplémentaires (qui ont toujours été une source d'abus phénoménaux dans l'Administration : voir ce qui se passait par exemple à Science-po et d'autres universités où de fausses heures supplémentaires étaient systématiquement utilisées pour tourner la loi).

La Quatrième république était la championne des" programmes de gouvernement" annoncés comme contraignants et (heureusement) trahis dès la première seconde. Tout programme détaillé présidentiel sera également trahi dès la première seconde pour une raison simple : c'est le Parlement qui décide ; les réactions du terrain comptent ; la conjoncture internationale et européenne est dirimante.

L'erreur de Bruno Lemaire est de faire en tant que candidat à la primaire, le travail qui devrait être, en permanence celui du Parti les Républicains. Le Président est celui de tous les Français, pas d'un seul parti. Il doit assurer la continuité des institutions et les relations extérieures tout en dirigeant l'armée. La fonction est régalienne, pas gestionnaire.

Il est totalement inutile de travailler avec un luxe de détail sur tous les sujets possibles d'une action de l'Etat. Même un catalogue de mesures démagogiques du genre "les cent mesures" ou "les 35 propositions" sont néfastes.

Les grandes orientations suffisent.

Elles ne sont pas si nombreuses :

- Restaurer un ratio actif/inactif soutenable. On ne peut plus avoir deux subventionnés pour un qui travaille. C'est clair comme de l'eau de roche. Les grands axes de solution ne sont pas difficiles à exposer.

- Séparer la sphère de la politique et celle de la haute administration, et restaurer l'homogénéité nécessaire des règles du jeu entre la sphère publique et la sphère privée. Restreindre le champ d'application de l'action publique et la simplifier dans les domaines conservés.

- Renforcer les pouvoir régaliens de l'Etat en particulier la sécurité interne et externe.

- Supprimer toutes les situations de grands abus (ouvriers du livre, dockers, intermittents du spectacle, statuts des cheminots, des gaziers et de l'EDF, destruction de l'école républicaine).

- Recréer un cadre fiscal et réglementaire rendant possible le développement de l'entreprise ; restaurer les conditions d'exercice du droit de propriété ; "déjudiciariser" l'essentiel de la relation entre salariés et entreprise, entre locataires et propriétaires…

- Clarifier les conditions du maintien en France de populations issues d'autres cultures et revendiquant le doit de maintenir leurs propres règles contre les règles de la République, pacifiquement par la provocation ou militairement par le terrorisme.

- Clarifier les objectifs à court et moyen termes de l'Union Européenne. Par exemple : exclure définitivement toute perspective pour la Commission d e devenir un futur gouvernement européen ; fixer les limites de l'Union.

- Clarifier les conditions d'exercices des trois libertés de mouvement des personnes, des capitaux et des produits au sein de l'Union. La Liberté se chérit mais les libertés s'organisent".

- Développer une diplomatie de la prospérité vers l'Europe de l'Euro mais aussi vers le monde nationalement et via les institutions européennes.

Aucun des candidats n'aura le temps de développer plus que ces dix thèmes et sur ces dix thèmes rien n'est dit qui prouve une vraie compréhension des difficultés et une vraie direction de manœuvre.

On voit que François Hollande n'a jamais abordé réellement aucun de ces sujets lors de la campagne 2012, entièrement conduite comme une lutte à mort contre Sarkozy "l'affreux jojo détestable responsable de tout, alors qu'il n'y a aucune crise" et un affichage débile de quelques dizaines de mesures calant le candidat "à gauche". Résultats : 5 ans d'évitement sur toutes les grandes questions qui se posent et une lutte dérisoire et coûteuse pour mettre en œuvre des solutions sans intérêt national fort. Et pour finir 15 % de satisfaits et le plus grand mépris qu'un président a réussi à rassembler sur son nom !

On voit que le pavé de Lemaire ne les aborde pas non plus avec la hauteur et la profondeur nécessaires.

Que reste-t-il de ces quatre kilos de propositions diverses ? Une opération de com' qui ne peut déboucher sur aucun dialogue. On ne va pas s'intéresser à la blockchain pendant les débats de la primaire où les candidats vont avoir en tout et pour tout moins d'un quart d'heure de parole.

Quand on est candidat à la Présidence de la République, on ne peut échapper à l'obligation de catalyser les passions et les tensions du pays, en les liant à des réponses claires et précises sur les grands enjeux nationaux. Se nouer autour du cou quatre kilos de tentacules vous fait ressembler plus à la Méduse qu'à un futur Président.

Le faux combat entre Keynes et Milton Friedman

Au fur et à mesure que la stagnation s'étend et se prolonge, les querelles s'aggravent entre spécialistes. Au point que certains livres parlent de négationnisme économique" et que d'autres vouent aux gémonies le "néolibéralisme" en des termes d'une violence toute soviétique.

Une bonne partie de la querelle oppose keynésien et partisan de Milton Friedman. Aucun de ces deux économistes ne doit être installé sur un piédestal ni voué aux gémonies. Ils ont apporté l'un et l'autre une vision qui a changé la manière de penser l'économie et l'action économique. Ils ont, chacun, encore des leçons à donner, mais sans doute pas celles qu'on a retenues jusqu'ici.

Le combat de Keynes est profondément inscrit dans l'avant-guerre. Ses deux thèmes de prédilection auront été d'éviter d'exiger des réparations exagérées aux vaincus, au terme de la guerre de 14, et d'éviter les politiques "contractionnistes", notamment celles qui exigeaient que l'on revienne à l'étalon or. Il ne voulait pas non plus de monnaie nationale ayant un rôle mondial dans le système monétaire international. Il a théorisé qu'en cas de crise, les marchés ne se réparaient pas spontanément et que la crise entraînait plus de crise. Il fallait d'une façon ou d'une autre éviter une contraction indéfinie de la "demande globale".

Le modèle Walraso-parétien est quant à lui le chef-d'œuvre théorique néoclassique qui, partant d'une situation éventuelle de déséquilibre, essaie de montrer que les marchés permettent spontanément de revenir à l'équilibre. Il a ceci de particulier qu'il fait de la monnaie un simple intermédiaire ne pesant pas réellement sur les échanges. Milton Friedman aura rappelé par tous ses écrits que ce n'est pas le cas et que la monnaie compte. Mais il a aussi théorisé que la monnaie était une marchandise comme les autres qui devaient se valoriser par le marché, même si les banques centrales avaient un rôle à jouer. Alors que Keynes ne voyait pas l'intérêt d'une fluctuation fréquente dans la valeur respective des monnaies, tout en en admettant la nécessité occasionnelle.

La coexistence de ces deux doctrines est délicate. La solution trouvée par les professeurs d'économie est, depuis les années soixante, de séparer tout à fait artificiellement la macroéconomie, qui rend hommage à Keynes et "donne le moyen de juguler les crises", et la microéconomie où c'est Walras qui triomphe, accompagnée depuis plus récemment par des développements regroupés autour du concept de "finance" ou "finance de marché".

Personne, même avec des équations sophistiquées, n'a réellement réussi à intégrer les deux raisonnements. Raymond Barre avait réussi dans son manuel à régler la question en créant un tome I pour la microéconomie et un tome II pour la macroéconomie. Que le lecteur se débrouille à faire le lien !

Le message keynésien a partiellement été entendu à Bretton Woods et après Bretton Woods. L'affaire des réparations a été expédiée dans les années cinquante selon les prescriptions keynésiennes (avec une extraordinaire compréhension vis-à-vis de l'Allemagne) ; tout le monde a considéré qu'il fallait faire attention à la demande globale. En revanche le système de Bretton Woods a totalement contredit Keynes. Le dollar est devenu la monnaie de référence, contre son avis. On n'a pas pénalisé, par des mécanismes automatiques, les gros déficits et les gros excédents même si on les a mis hors la loi dans les statuts du FMI. Ce système de changes fixes et ajustables, avec des aides multilatérales en cas de difficultés pour éviter le blocage des échanges internationaux supposait, pour durer, que les Etats-Unis fassent l'effort de rigueur pour maintenir la crédibilité du cours du dollar en or. La guerre froide, la course à l'espace et le programme interne aux Etats-Unis du parti démocrate, ont eu raison de leur sagesse et le système a explosé en 1971. Keynes avait raison. Il aurait bien mieux valu baser le système sur une unité de compte extérieure aux nations et mettre en place des mécanismes plus sévères pour éviter les grands déficits et les grands excédents.

Les Américains ne l'ont pas voulu parce qu'ils pensaient bénéficier du rôle mondial du dollar comme monnaie de réserve et de transaction internationale. En un mot : payant leurs déficits dans la monnaie qu'ils créaient, on pouvait y aller franco !

Le système des changes flottants n'avait jamais eu aucun théoricien. Ils n'étaient pas évoqués dans les manuels, sauf en quelques lignes, pour en montrer le caractère marginal et dangereux. On a alors fait monter en première ligne Milton Friedman qui avait eu la singularité d'en parler dans un écrit de jeunesse passé jusque-là totalement inaperçu et qui était devenu un grand connaisseur universitaire de l'histoire des monnaies. On a connu ce moment singulier où les décisions ayant été prises par le pays dominant contre la théorie pour son seul avantage apparent, on a popularisé une théorie marginale pour en faire le credo de référence du monde occidental.

L'idée de Milton Friedman était que la monnaie était un bien comme un autre et que sa valeur devait s'établir sur un marché. "Seul le marché sait quel est le bon prix d'une monnaie". Qu'un politique, un expert, un fonctionnaire, ou un collège quelconque s'arrogent le droit de fixer un cours de change est une prétention totalement inepte.

Cette vision arrangeait tout le monde dans la mesure où il n'y avait plus de choix, puisque la monnaie de référence depuis la guerre, le dollar, "flottait". En vérité, il s'effondrait et de 71 à 74 on a connu un chaos monétaire jamais vu. La panique nous voilà ! Le résultat fut la récession de 1973-1974. La baisse entraînant la perte de recettes des pays pétroliers, un cartel se mit en place qui prit des décisions radicales qui aggravèrent la situation. Il n'a pas fallu attendre longtemps pour constater que les théories de Milton Friedman ne marchaient pas. La FED entreprit, un temps de croire qu'il fallait suivre l'idée monétariste de Friedman sur l'émission de monnaie banque centrale. Les résultats furent pitoyables et on stoppa vite l'expérience.

Quant au reste de la doctrine de Milton Friedman, aucun des avantages théoriques des changes flottants (moins de réserves de changes, ajustements plus progressifs, moins de volatilité, meilleure allocation du capital mondial, etc.) ne se réalisa jamais. C'est exactement le contraire qui se produisit. On décréta que si la théorie ne marchait pas, c'était parce que le marché n'était pas parfait. Il fallait donc "perfectionner" les marchés. C'est ce qu'on fit dans les années quatre-vingt pour aboutir finalement… à la terrible crise de 92-93.

On a alors attribué cette crise "aux ordinateurs" puis à la guerre d'Irak et on a considéré que les marchés étaient encore trop corsetés. On a alors tout débridé. Pour aboutir à la faillite de LTCM et la crise de 98, pure crise des changes flottants, attribuées naturellement, puisqu'on ne voulait revenir sur l'idéologie justifiant les changes flottants, à des "cronies" des régimes émergents puis à des voyous dans la banque. C'était la crise de trop pour les théories de Friedman. Plus personne ne s'y référa dans la gestion courante des monnaies.

Les Etats-Unis ayant été sauvés par le privilège du dollar et les émissions terrifiantes de leur banque centrale, on considéra que tout était bien et on fit la théorie que les déficits américains croisés avec les excédents chinois étaient, avec Internet et la suppression des besoins de stocks grâce au "just in time", un nouveau paradigme de croissance perpétuelle sans cycle. Pour tomber dans la crise cyclique de 2001-2003 ! Greenspan ouvrit toutes les vannes, se rappelant le diagnostic de Milton Friedman sur l'ineptie de la gestion de la FED au début des années trente. Pour voir le système s'effondrer en 2008.

En même temps, les gouvernements constataient que les relances dites keynésiennes ne marchaient pas. Toutes les relances tentées depuis 71 ont échoué plus ou moins brutalement. La dernière, concertée autour du G20 a conduit à la stagnation et aux intérêts négatifs ! Elle n'a pas mieux réussi que la relance Chirac de 74 qui aboutit… au plan Barre.

En un mot les vulgates simplifiées des idées de Keynes ou de Milton Friedman ne peuvent plus conduire la réflexion sur les actions à mener. La référence à Keynes n'a plus de sens quand, dans certains pays, la dépense publique dépasse 100% de la valeur ajoutée des entreprises privées non financières et que la masse des dettes est à quatre fois la valeur ajoutée des entreprises privées. C'est le cas de la France. Milton Friedman n'a plus de pertinence quand les banques centrales peuvent créer 15 mille milliards de monnaies banque centrale en quelques mois. Le cumul de leurs deux influences, mixées dans les structures et les politiques économiques, a été la création d'une dette globale insoutenable et l'entrée de l'économie mondiale dans la stagnation de longue durée.

Les marchés étant incapables de digérer les dettes dans le cadre d'une économie baudruche dégonflée par un collapsus gravissime, il faut bien que les Etats s'en mêlent. Ils ont cru pouvoir le faire par l'intermédiaire des banques centrales et on voit le résultat. Ils ne peuvent plus le faire par le budget, compte tenu des taux d'endettement pharamineux qui prévalent. Relance budgétaire et monétarisme débridé sont dans l'impasse. Ce qui ne veut pas dire que Keynes et Friedman soient totalement périmés et inactuels.

La seule voie qui reste ouverte à l'économie mondiale est celle des réformes de structures.

 Il faut remettre en place un système monétaire international cohérent et rigoureux où les Etats garantissent la valeur d'échange de leur monnaie et où les normes déficits et excédents sont proscrits. Des mécanismes d'aides et de pénalités doivent être mis en place pour éviter que les corrections ne soient trop pénalisantes pour l'économie. Les soldes de balances extérieurs doivent être comptés en une monnaie de compte extranationale, gérée par une chambre internationale de compensation, avec centralisation les débits et les crédits, et pénalisation des gros excédents et des gros déficits. Aux Etats de se débrouiller pour tenir la valeur de leur monnaie, sachant que des dévaluations seront possibles de façon concertée. S'il faut contraindre certains flux, notamment de capitaux à court terme, et bien tant pis !

Cette solution marquerait sans doute un avantage pour Keynes qui a été très loin dans l'élaboration d'un schéma de ce genre et une défaite pour Milton Friedman puisque les changes flottants seraient supprimés. Mais, au sein des nouvelles institutions, le dégonflement progressif de la dépense publique là où elle a été trop loin devra de toute façon avoir lieu et rien n'empêchera la gestion économique microéconomique la plus libérale. Avantage à Friedman.

Cette orientation faciliterait la réduction des difficultés spécifiques de la zone Euro, bien cernées par Milton Friedman. Les pays excédentaires étant globalement pénalisés, la recherche par des pays comme l'Allemagne d'une compétitivité externe abusive n'aura plus d'intérêt. La stabilité globale des cours de change externes permettra à la zone Euro de travailler dans un environnement mondial plus stable. Et rien n'interdit d'appliquer les règles d'une chambre de compensation européenne pénalisant les grands excédents et les grands déficits internes.

Ce système impose la coopération étroite des pays sur une base paritaire. Cette coopération n'existe plus que sous une forme verbale et abâtardie depuis que les Etats Unis ont voulu garder les privilèges du dollar. Aboutir à un système pénalisant les gros excédents n'est pas facile. Il sera extrêmement difficile à faire gober aux pays ayant décidé d'accumuler d'énormes excédents (pays pétroliers ou pays comptant sur leur compétitivité extrême pour récupérer massivement des dollars).

On peut donc discuter de la faisabilité d'une telle réforme. C'est une affaire politique. On a vu à quel niveau de blocage et d'insignifiance on est arrivé au récent G20 en Chine.

Mais aucune autre voie de sortie de la crise n'existe. Délivrer de l'argent banque centrale "par hélicoptère" n'aura aucune conséquence durable, comme toutes les relances, parce que les échanges étant structurellement déséquilibrés, les déséquilibres s'aggraveront, rendant la situation rapidement intenable. Les taux négatifs n'auront qu'un temps.

Il n'est plus temps d'opposer Keynes et Milton Friedman.

Il faut créer d'urgence un système global, basé sur la coopération structurelle des Etats (et pas seulement verbale), la stabilité des taux de change et la proscription des grands déséquilibres (avec sanctions automatiques à la clé), en vue de permettre la meilleure croissance possible sans délires financiers et monétaires, et sans politiques "contractionnistes".

La politique étant de rendre possible ce qui est nécessaire, Messieurs les Politiques au travail !

Il est intéressant de noter qu'aussi bien en Europe qu'aux Etats-Unis où des élections se préparent, les candidats n'évoquent absolument jamais ces sujets qui sont absolument cruciaux pour mettre fin à la stagnation en cours.

Pour s'en tenir à l'actualité, le "Pavé Lemaire", contrat de législature présidentielle détaillé proposé par Bruno Lemaire, malgré son volume (près de mille pages) et son poids (proche de 4 kg), ne dit rien de ces questions. Pas une ligne, pas un mot. Rien. Il faut s'adapter et devenir compétitif pour concourir efficacement dans un système même si ce système est malade et provoque des crises terribles dont on ne se remet qu'extrêmement difficilement. Aucune "politique étrangère économique". La partie relative à la gestion de la zone Euro est très faible même s'il propose une nouvelle structure européenne de coordination, comme nous le proposons nous-mêmes, mais sans réels objectifs et sans politique étrangère. La question des déséquilibres internes est évoquée mais sans aucune suggestion pour y remédier.

Le Plan Fillon, qui est moins détaillé mais plus solide sur bien des aspects, ne propose pas, ou du moins pas encore, de "diplomatie économique européenne ou française".

Nicolas Sarkozy, le nez sur les sondages dont il espère qu'ils lui diront ce qu'il faut dire, n'évoque jamais ces questions et son atlantisme de principe lui fermerait la bouche de toute façon.

Alain Juppé ne semble avoir rien à dire du tout sur la question. Sa stratégie est quasi uniquement d'image, pas d'action.

Ne parlons ni de F. Hollande, ni du PS qui ont, l'un et l'autre, démontré par cinq années de vacuité totale que le trou rose de leurs réflexions économiques nationale, européenne et internationale était sans fond.

La comédie narcissique et éructative de Mélenchon ne fait pas une politique.

Marine Le Pen trouvera dans le livre de Stiglitz condamnant l'Euro une ample matière à soutenir ses thèses (la cupidité de l'auteur finit par aller complètement à l'encontre de ses options socialistes). En dépit de sa volonté d'adoucir son image dans la ouatine pour "casser le plafond de verre" de l'accès au pouvoir, sa politique en cas de victoire entraînera que les Français se retrouveront avec 60 euros par jour à sortir de leur banque et pas plus. À la grecque.

Le prochain Roosevelt capable de motiver le monde à changer d'ère et d'air en réformant de fond en comble le système de coopération mondiale dans le domaine économique et monétaire ne sortira pas des élections présidentielles françaises. Sauf surprise de dernière minute.

Lorsqu'on voit le néant de la campagne présidentielle américaine, on comprend que ni Trump ni Clinton ne sont capables des hauteurs de vue nécessaires.

Tout cela a commencé très mal et peut finir encore plus mal.

Pour les économistes cela devrait être l'occasion de sortir des faux débats et de se concentrer sur les vraies réponses. Il faut relire Keynes et Friedman, et il faut dépasser leurs messages respectifs, en prenant chez l'un comme chez l'autre les idées pertinentes et en laissant tomber ce qui n'a pas marché ou qui a été détourné de son sens originel. Et il faut que les économistes du monde entier comprennent que leur mission première est de comprendre pourquoi depuis 71 la croissance du revenu par tête s'est effondrée, partout, dans les mêmes proportions.

L'ONU, le FMI, la Banque mondiale l'OCDE, la BRI, les grandes banques centrales, le comité Nobel, la Commission Européenne, l'Eurogroupe, le G20 devraient s'unir pour proposer un grand symposium sur l'analyse de ces causes et les solutions. C'est leur rôle de penser et de panser le monde. Et cela commence par un diagnostic commun.

Ce ne sera pas un "Bretton-Woods", puisqu'aucune décision ne sera prise sur des projets préalablement ficelés, comme en juillet 1944. Mais c'est la seule solution pour sortir de l'impasse actuelle qui fait que les économistes officiels de chaque institution ont la bouche scellée par des considérations de carrière et qu'aucune piste globale capable de dépasser les réactions nationalistes étroites n'est tracée.

Puisqu'il est actuellement impossible de se réunir pour agir, qu'au moins on fédère les énergies mondiales pour comprendre.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

La tentation toxique de la pensée "animiste" en économie

La rentrée voit la sortie de nombreux livres économiques. Alors que tout le monde prétend que l'économie a été éjectée du débat par les attentats musulmans, les éditeurs pensent visiblement le contraire. Certains d'entre eux sont excellents, comme celui d'Henri Guaino dont nous donnerons une analyse dans un prochain billet. D'autres sont complètement nuls car habités par la passion politicienne au-delà de toute limite. D'autres enfin sont intéressants, bien écrits, finalement assez justes, mais exaspérants.

C'est le cas du livre de Lenglet. Excellent à plus d'un titre, ne serait-ce que celui de mettre les bons chiffres sur la table. Mais Il souffre comme plusieurs autres livres, et des centaines d'articles parus dans la presse, d'une tentation dévastatrice : donner une âme aux choses. L'explication des phénomènes ne s'articule plus par l'effet de bonnes ou mauvaises mesures, de tel ou tel phénomène ou enchaînement économique qu'il faut détecter et comprendre, mais par la volonté nocive d'une âme diabolique inscrite derrière les événements et qui impose sa loi. Appelons animisme économique cette volonté de trouver des diables obscurs et ectoplasmiques derrière tous les phénomènes déplorables qui se produisent.

En faisant de la "génération du baby boom" la cause de la crise française, en lui en prêtant et l'intention et la manœuvre de s'enrichir sur le dos de ses enfants, Lenglet chauffe les esprits mais n'explique rien. L'animisme économique suscite la chaleur mais pas la clarté. La solution sous-jacente est toujours la sanction d'un vilain ou d'une vilenie.

L'animisme économique a été longtemps le mode de fonctionnement de la gauche. Tous les faits néfastes constatés sont des faits voulus par des forces sociales embossées dans la République et qui la violent. Le dégueulis marxisant des théoriciens genre Frérot et Ollivier, les tueurs abrutis et fanatiques d'Action Directe, tendance lyonnaise, se retrouve à l'identique dans un livre grotesque, "Ce cauchemar qui n'en finit pas", commis par deux auteurs à peu près du même niveau et utilisant les mêmes procédés. . C'est l'Oligarchie, les suppôts du MEDEF, les agents de la CIA, la bourgeoisie fasciste et pétainiste, les adorateurs cachés d'Hitler, les néolibéraux impurs et "corrompus systèmiques", corrompus tout court ne suffisait pas, "saisis par le démon de l'illimitation" et "ivres du vertige subjectif de l'accumulation", qui ont pris des mesures abjectes qui ont provoqué le drame. Pour les deux auteurs, il n'y a pas de différence entre Daesh et le" bloc oligarchique néoliberal" (diminatif amusant : le BON). Le BON doit tuer tous les jours en cachette, en se contentant en public "de se nourrir de crises", "d'asservir la société", de nourrir des "monstres".  Toujours et encore. Il suffit d'écouter les discours de Nuit Debout pour constater que cette veine reste active. On est toujours en plein "complotisme" le plus débile.

Il a été également le mode de fonctionnement de l'Extrême Droite. C'est toujours la ploutocratie, franc-maçonne et la juiverie internationale, qui sont à la manœuvre. Cela dure depuis 150 ans.

Éric Zemmour n'échappe pas à ce travers : "c'est le patronat français qui a voulu sciemment importer des immigrés pour disposer d'une main-d’œuvre à bas prix", écrit-il. Mais quelle preuve concrète ? Qui l'a proposé ? Quand ? Comment ?

Voici donc, pour Lenglet, même si cela est dit de façon subliminale, une génération de salopards égoïstes désireux d'abuser de tout et reportant sciemment sur les générations futures les conséquences de leur impéritie intéressée : les baby boomers.

Si les jeunes, les femmes et les immigrés ont tant de mal à s'insérer dans la société, c'est parce que le trend de croissance est en baisse constante depuis 1971 et que les entrants en sont les premières victimes. Rien à voir avec les baby boomers. Tout à voir avec les mécanismes délétères qui ont provoqué ce retournement de croissance. Non les baby boomers n'ont pas "voulu" mettre leurs enfants au chômage !

L'animisme économique doit être durement dénoncé. Les invectives contre des puissances d'autant plus coupables qu'elles sont plus ectoplasmiques n'ont strictement aucun intérêt, sinon pour des combats polémiques. Elles ne peuvent servir aucune politique utile, sauf à considérer le défoulement gratuit comme une soupape de sécurité des sociétés. Dans un pays qui a fait de la pénitence son mode de fonctionnement moral depuis l'exécution de Marie-Antoinette et du Roi Louis, il faut constamment se couvrir la tête pour expier, dans la honte, des péchés d'autant plus graves que personne n'a eu le sentiment de les commettre.

En économie, les faits s'expliquent. Les décisions sont prises par des instances précises dirigées par des personnes dénommées et des groupes identifiés qui proposent des programmes. Constater les faits, les rendre intelligibles et relier les décisions à leurs effets, tels est le travail nécessaire.

Quand les Etats-Unis décident de faire sauter le système de Bretton Woods et d'en abandonner les modalités et les disciplines, on sait qui le fait et pourquoi. Lorsqu'aussitôt les crises s'aggravent et le trend de croissance s'inverse, les faits peuvent être reliés de façon précise à cette décision. Quand la gravité des crises provoque des réactions politiques qui portent au pouvoir des forces socialistes généralement minoritaires en France, on aboutit à la mise en œuvre de programmes délétères qui aggravent la situation. Ce n'est pas "la génération bénie des égoïstes" mais les socialistes qui mettent en œuvre le programme commun et ce sont les électeurs Français qui les chassent à la première occasion. La volonté de tuer la France comme puissance autonome historique a été prise par François Mitterrand, pervers narcissique et pourrisseur compulsif, heureux d'être le "dernier président de plein exercice de la France". Les erreurs de Maastricht doivent tout à Jacques Delors et aux milieux européistes qui le soutenaient. Il faut dire quelles furent leurs erreurs et pourquoi elles ont été faites. Il faut préciser les réformes qui seraient utiles aujourd'hui. C'est une facilité sémantique de parler des enfants du baby boom comme une entité homogène ayant une volonté propre.

Nous n'avons jamais aimé les concepts du type "préférence pour le chômage". Préférence de qui ? Décrite où ? Agissant avec quel levier ?

Bien sûr des conservatismes s'exercent ; des forces idéologiques désastreuses poussent dans des directions variées ; les paysétrangers ont des politiques étrangères qu'on subit ; des groupes prennent des pouvoirs et des groupuscules militants engagent des actions. Ils sont si variés qu'il est impossible d'en habiller une génération de façon homogène.

Ce n'est pas la "génération des baby boomers" qui a décidé de réduire le temps de travail et d'étouffer les relations sociales par une réglementation délirante mais Mitterrand puis Jospin. Rendons à César ce qui est à César. Ce n'est pas "la génération du Baby Boom" ou le CNPF qui a demandé le regroupement familial mais Giscard. Ce n'est pas l'Oligarchie qui, en France, a demandé qu'on mette en place une vision militante de la liberté financière totale des capitaux à court terme, mais Beregovoy et Delors. Ce n'est pas le Medef qui a voulu la libre circulation totale des capitaux dans l'Union Européenne et l'inondation monétaire allant jusqu'aux intérêts négatifs, mais ceux qui ont décidé des statuts de la BCE et ceux qui l'ont dirigée.

Finissons-en avec l'animisme en matière économique. Certaines décisions ont été des erreurs. Il faut dire pourquoi et comment elles ont gâché les chances économiques de la France. Henri Guaino a raison de faire l'inventaire des vulgates économiques, de leur trahison du message initial des grands penseurs économiques et de leur influence délétère. Une mentalité généralisée s'habillant de façon erronée des oripeaux d'une doctrine ou d'un groupe de doctrines peut jouer un rôle beaucoup plus important que la volonté explicite d'une personne ou d'un groupe. Le magma diffus des représentations mentales sur l'économie est une force active qui conditionne des milliers de décisions erronées, prises dans la bonne conscience de l'inconscience qui croit savoir.

Déchirer ces nuages qui collent au plafond des peuples est un vrai travail. Inculper devant le tribunal de l'histoire, sur des piloris d'autant plus odieux qu'ils sont plus branlants, des zombies dotés d'une volonté, vision animiste de l'économie,  est une mauvaise action et un péché contre l'esprit. Ce ne sont pas des diables obscurs qui créent les plus graves difficultés économiques mais des conceptions erronées largement partagées ou la lâche facilité qui consiste à ne plus penser avant d'agir.

Didier Dufau pour le Cercle des Économistes e-toile

Faut-il supprimer l'ENA ?

Il est intéressant de constater que des thèmes que nous illustrons depuis près de 20 ans maintenant, dans l’indifférence générale, commencent à susciter des réactions, du fait du constat du désastre général.   

Une exemple : Nous considérons qu’en France le triomphe de l’Enarchie Compassionnelle depuis 1974 est largement responsable de la dérive de nos finances publiques et de l’étouffement du secteur privé. Nous considérons qu’il est absolument crucial que la haute fonction publique ne puisse pas gouverner et qu’on refuse de mêler le pouvoir politique et le pouvoir administratif.  Pour cela plusieurs mesures sont nécessaires :

-          L’interdiction des doubles rémunérations publiques

-          L’interdiction de postuler à des mandats électifs qui fixent votre rémunération et vos conditions de carrière, lorsqu’on est personnel à statut

-          La suppression de certaines disposition du statut des fonctionnaires et notamment l’instauration d’une retraite fondée sur l’accumulation de points plutôt que sur un état statutaire.

Ces disposition éviteront  une capture de la vie politique allant parfois jusqu’au rang municipal et le blocage systématique de toute mesure visant à réduire et rendre moins couteuse les politiques publiques.

Faut-il pour autant supprimer l’ENA, comme l’exigeait déjà Edith Cresson et  le redemandent  des candidats à la primaire de la droite et du centre ?  Pourquoi donc ? Une grande école n’est pas en soi un problème. Les grands corps et leur mode de fonctionnement en sont un. L’accès aux grands corps devrait se faire après 10 ans de pratique professionnelle dans des filières actives de la fonction publique.  Nous avons également besoin en Europe et dans l’ensemble des institutions internationales  de fonctionnaires de qualité capables d’assumer les plus hautes fonctions.   Sélection et qualité de la formation sont absolument nécessaires et même attractivité.  Il faut continuer à séduire des élites républicaines désireuses de se porter aux plus hautes responsabilités administratives du pays.  Mais le politique est un autre domaine qui suit d’autres logiques et qui ne peut être mis sous tutelle par la haute fonction publique.

En finir avec l’énarchie compassionnelle, oui. En finir avec l’ENA, non ! Il faut dépasser les slogans simplistes pour toucher les modes profonds de fonctionnement.  Une des conséquences est qu’il faut une autre source de formation politique afin que les élus ne soient pas totalement dépassés par leur tâche.  Ce rôle est usuellement dévolu aux partis, aux associations et aux syndicats qui doivent mettre des jeunes pousses en situation de faire de la politique intelligente et intelligible. Ils ne jouent que très partiellement ce rôle en France parce qu’ils sont le plus souvent dirigés par des gens  qui ne veulent pas de cette ouverture.  Le résultat est le mélange d’apparatchiks nullissimes, pourris d’idéologie et d’énarques  pontifiants, pourris de certitudes étatistes, qui fait le fond de sauce de la politique française.

Les trois mesures proposées ne sont pas difficiles à mettre en œuvre. Elles ne coûtent absolument rien. Elles peuvent rapporter gros aussi bien en termes de démocratie réelle qu’en économie sur la dépense publique. On notera qu’elles ne sont ni de droite ni de gauche. Elles veillent simplement à éviter des abus et à promouvoir la juste représentation des intérêts  de la population.  Lorsque la dépense publique en France est à 1.300 milliards d’Euros et la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchands non financiers à 1.200, on peut tout de même admettre qu’il est temps de sauter le pas.

Candidats à la présidentielle, encore un effort !

Le libre-échange remis en cause ?

Le dernier pilier des certitudes de l’après-guerre est-il en train de s’effondrer ? La crise de 1929 avait prouvé que les mesures de limitations de la libre circulation des marchandises n’apportaient aucune solution et aggravaient la situation.

On voit aujourd’hui que Donald Trump n’hésite plus à rompre avec ce credo porté inlassablement  par la diplomatie américaine depuis le début des années quarante.  De nombreux mouvements politiques portent un message de restriction, à gauche comme à droite.  La protection de l’emploi national par des mesures de réduction ou de blocage devient un thème de campagne un peu partout.  

Faut-il ou non s’engager dans cette voie ?

Comprenons d’abord quelle est la source de ce mouvement d’opinion. La baisse tendancielle de la croissance depuis 1971 et l’entrée depuis 2008 dans une période de stagnation durable qui voit  le revenu par tête baisser dans de nombreux pays de façon continue, est cette source. La « classe moyenne » est en première ligne dans cette déréliction. C’est elle qui fait les élections. On ne peut pas prétendre diriger un pays contre la prospérité du plus grand nombre, malgré tous les discours écolo-récessionnistes.

Le problème est que, globalement, il est impossible d’engager un vrai débat sur les causes de cette spirale néfaste de longue durée.  Trop d’intérêts et d’habitudes pèsent sur les esprits.  La disparition des débats de fond dans la presse et leur extrême difficulté dans les médias  radio et telé-diffusés, conduit à une impasse de communication : en écoutant les experts qui servent le fond de jus intellectuel et économique  , on a toujours pris les bonnes mesures pour avoir une croissance rapide et les résultats vont dans le sens inverse. Surprise –surprise ! Alors, les unes après les autres, les bases du consensus s’effondrent dans la méfiance et la colère, mettant en cause des « élites coupables ».

Cette évolution navrante est totalement évitable. Quelle est l’erreur qui pèse sur le monde depuis 1971 ? On a fait disparaître des pratiques intergouvernementales l’obligation d’équilibrer les balances extérieures. Associé à un système de monnaies administratives flottantes, émises en masse prodigieuse, cet abus a fait passer l’économie en mode baudruche, avec des explosions successives de plus en plus graves.

La vérité économique élémentaire est qu’on ne peut avoir dans la durée des pays en fort excédent  et d’autres en fort déficit. Le recyclage des excédents et le financement des déficits  poussent à au gonflement de la dette globale qui finit par exploser.

Ce n’est pas le libre échange qui est en cause. Mais le libre-échange déséquilibré dans des proportions systémiques. Le commerce et la monnaie vont ensemble. Pas de bon commerce sans bon système monétaire. Croire que par une magie microéconomique toutes les situations de déséquilibres se résoudront automatiquement en laissant jouer les libertés économiques élémentaires, sans aucune harmonisation des conditions générales de l’activité n’est pas le fruit d’une réflexion économique sensée, basée sur les faits. Mais un acte de foi et il faut tordre la perception de la réalité pour le soutenir.

La première mesure à prendre à l’échelon de la planète est de revenir aux conditions organisationnelles qui permettent qu’aucun état ne se lance dans des politiques déséquilibrées. Sans être immédiatement sommé de revenir à un certain équilibre, avec une aide collective  pour éviter les trop gros coups de freins.

Evidemment, c’est politiquement difficile de dire aux Etats-Unis : le privilège (douteux) du dollar, c’est fini, comme  les déficits effarants qui l’accompagnent. Ce n’est pas plus aisé d’imposer aux Chinois et aux Allemands  un corset qui interdit les énormes excédents. De même les pays pétroliers ne pourront utiliser leur rente qu’en achat de marchandises et non en mouvement de capitaux.

Cette difficulté politique explique pourquoi le système dysfonctionnel  en place perdure, malgré les preuves répétées depuis 50 ans de sa nocivité.

Mais, il n’y a pas d’alternative comme disait Thatcher avec son TINA (There is no alternative).  Que les grands acteurs, victimes de leur propre impéritie, en viennent à proposer d’achever le malade plutôt que d’essayer de le soigner est tout de même un peu difficile à admettre.

La France qui a sombré dans le n’importe quoi de longue durée et qui en paie le prix amer, n’a plus aucune influence mondiale et a perdu les rênes de son destin.

Les instances mondiales, dans la dépendance américaine, sont silencieuses, ou poussent de si petits cris, qu’on ne peut les entendre.

L’Europe a mis en place un système absurde qui permet aux pays à excédents démesurés de maintenir leurs débiteurs la tête sous l’eau au détriment de l’ensemble.

Tout cela est anti économique à un niveau qui frôle le grotesque et ne peut se justifier.

Delenda est ! Donnez-nous un levier ! Si la raison pure ne suffit pas, que faire ?

Joseph Stiglitz et l’Euro

The Euro

How a Common Currency Threatens the Future of Europe

Joseph Stiglitz. Août 2016.  ISBN 978-0-393-25402-0. 448 pages

W. W. Norton & Company

Le monde actuel est ainsi fait qu’aucune thèse économique n’est plus considérée en Europe, et en particulier en France, que si elle est émise par un prix Nobel américain. Le traité de Maastricht date de 1992. La zone Euro a 16 ans d’existence. Il était temps que J. Stiglitz condescende à nous donner un avis sur ce système.

Comme cet avis est extrêmement négatif et qu’il consiste à dire que l’affaire était mal embarquée depuis le départ et qu’il n’y a aucun espoir que cela s’arrange, le débat européen va en être à nouveau ravivé dans le sens tragique.

La lecture du livre n’apporte exactement aucune nouveauté technique. Tout ce qui est écrit a déjà été dénoncé mille fois.  Le problème est que Stiglitz tient à nourrir une posture anti libérale et anti capitaliste. Le moteur de son ire est en vérité la Grèce et le traitement « infâme » qu’on lui a fait subir. Le risque était de faire du sous-Varoufakis, sans moto extravagante et  avec un air sérieux. On n’en est pas loin.

En voulant servir la gauche de la gauche, on tire un tapis rouge à Marine Le Pen qui va pouvoir utiliser ce livre comme base de son programme anti-euro en excipant de la caution d’un prix Nobel.

Sur le fond, l’auteur voit bien le vice particulier de la zone Euro : l’absence de mécanismes d’ajustements entre les pays membres. 

Nous ne cessons de le dénoncer nous-mêmes depuis… 1992. Considérer que deux règles d’endettement et de déficits publics par rapport au PIB suffiraient, était parfaitement ridicule. Tout le monde le savait. On espérait que la dynamique créée permettrait de forcer les évolutions nécessaires.   Les règles ont été rapidement dénoncées comme « idiotes ». Et les politiques suivies ont été si divergentes que « l’union » est devenue une caricature.

Que Stiglitz réaffirme ces idées de bon sens économique ne peut pas faire de mal, même si on ne l’a pas attendu  pour cela. Un quart de siècle de retard, c’est une bagatelle…

L’ennui est que le retard demeure dans les analyses de détail et dans les solutions.

Ce que ne voit pas Stiglitz, c’est que la crise globale a été le désordre majeur qui a déstabilisé l’Euro. Jusqu’en 2008, la zone Euro ne pose pas de difficultés majeures.  Bien sûr, une Allemagne qui se lance dans le plan Schroeder alors que la France met en place l’étouffement Jospin, sème les conditions d’un drame futur évident (dans le silence de presque tous). Bien sûr les conditions d’adhésion de la Grèce sont folkloriques. Bien sûr l’idée que toutes les différences de mentalités pourront être surmontées par des fonds structurels et la liberté totale des mouvements de capitaux, d’hommes et de marchandises,  n’est fondée sur aucune réelle théorie économique. Bien sûr on a mis le char avant les bœufs au grand risque que ces derniers le foulent aux pieds et le détruisent. Tout cela était du « wishful thinking » ou de la foi, comme on voudra. Mais l’Euro n’est pas la source de la crise de 2008 et les séquences ultérieures n’ont pas été déclenchées de l’intérieur.

Si l’Allemagne a mis en place le plan Schroeder, c’était dans une vision globale de sa compétitivité dans un système mondial fondé sur le désordre des monnaies et les énormes excédents ou déficits de balance de paiements.

Quand le système global explose, il expose les fragilités de la zone Euro. Et si les mesures prises pour sauver la zone ont été si drastiques, c’est à cause des défauts du système monétaire international et du poids des mouvements de capitaux flottants.

Les leçons de l’immédiat après-guerre, qui voulaient que l’on fuit définitivement les politiques déflationnistes, ont été perdues. Il serait tout de même juste de dire que l’effondrement financier global (12 à 15 mille milliards de pertes dans le système financier mondial) est LA cause principale de la pression déflationniste.  Les Etats ont repris  les pertes bancaires, augmenter massivement les impôts  et tenté de ramener leurs dépenses publiques  à des niveaux plus raisonnables pour faire face d’abord à ces pertes insensées. Si les taux des banques centrales sont négatifs, ce n’est peut être pas non plus sans rapport !

La gestion de la zone Euro est en mode panique parce que le monde est globalement en mode panique. Et quand on voit les résultats globaux, le taux de croissance par tête a tout autant fléchi aux Etats-Unis qu’en Europe.  

Pour ne pas avoir réellement compris les causes des crises successives depuis 2008, Stiglitz en est réduit à des conseils de destruction : mettez fin à la zone Euro. Prétendre gérer deux zones, au lieu d’une,  est le type même de la fausse solution. On ne voit pas qui aurait envie de faire zone commune  avec la France, le Portugal et la Grèce. Et en quoi les défauts d’ajustement au sein de chaque zone seraient-ils plus faciles à juguler dans une zone plus petite qu’au sein d’une zone plus grande ? En fait cette coupure priverait  l’Allemagne de tout espoir de remboursement de ses prêts sans donner aux autres les moyens de repartir.

La vraie solution est ailleurs.

-   Il faut prioritairement revenir à un système de changes collaboratifs dans le monde, avec responsabilité des Etats vis-à-vis de leurs balances commerciales et  financières.

-   Dans ce monde stabilisé, l’Euro se retrouverait en bien meilleure situation.

-   La gouvernance de la zone Euro doit être profondément remaniée en faisant apparaître un mécanisme de sanction automatique des grands déséquilibres, permettant d’alimenter un fonds d’ajustement des économies  et en créant un poste de Chancelier de la zone Euro dont le rôle serait  d’éviter les grands désajustements et de pousser t aux réajustements de la façon le moins déflationniste possible.

Au total Stiglitz propose un diagnostic éventé dans ce qu’il a de vraiment européen  et d’insuffisant dès lors qu’on inscrit l’Europe dans le tableau économique global.  La solution proposée est totalement lacunaire et ne conduirait qu’à des nouvelles secousses.

Un livre utile, en ce qu’il rappelle des critiques que l’on ne veut pas entendre depuis des lustres en Europe.

Un livre dangereux parce qu’il conduit à conforter des mouvements du type Front national et à proposer la destruction immédiate et automatique de l’organisation européenne.

L’Europe ferait mieux de trouver en elle-même à la fois les moyens de sa propre réforme et l’influence d’une réforme générale du système monétaire international.

Les Américains commenceraient-ils à réaliser que la crise existe ?

Comme les économistes officiels européens ont un bœuf sur la langue dès qu’il s’agit d’économie, tant leur soumission est totale aux oukases venant d’Outre-Atlantique, seule garantie pour eux d’avoir accès aux médias et aux postes internationaux, on en est réduit à guetter aux Etats-Unis les signes d’une remise en cause du « benign neglect » habituel sur les causes de la crise.

Jusqu’ici, à quelques rares exceptions que nous sommes permis de citer sur ce blog, la crise n’était pas à l’ordre du jour des Américains. Certes la récession de 2008-2009 a été douloureuse, mais c’était la faute des vilains. On allait les taxer voire les coffrer.  Après tout irait mieux. Le système était parfait. Mystérieux « at times » mais parfait. Liberté du commerce, liberté des mouvements financiers, puissance des marchés, tout était là pour juguler les vilains états dépensiers et permettre au monde de retrouver une vive croissance.  Quiconque lit la littérature économique américaine, a lu des tombereaux d’inepties de ce genre depuis quarante ans.

Et voilà que dans son édition du 8 août 2106 le New York Times découvre que depuis 1971, la croissance baisse continument et que nous en sommes à une phase de stagnation terrible qui a pris à revers toutes les prévisions économiques des "meilleurs experts". Il y a quelque chose de rafraîchissant dans cette candeur. Cela ne fait que quarante ans que le phénomène est enclenché et voici qu’on le découvre dans un grand média américain. Il est vrai que la Banque mondiale a produit un graphique (voir ci-dessous) tout ce qu’il y a de parlant ;  Nous essayons d’en publier du même genre depuis des lustres et c’est une des bases de notre livre « l’Etrange désastre »  dont l’objet n’’est rien d’autre que de donner les causes de ce mouvement de baisse de longue durée.

Autant dire qu’il était intéressant de lire l’article. Déception : rien sur les causes. L’auteur se contente de constater que « les récurrentes erreurs de prévision prouve que les experts n’ont pas compris ce qui n’allait pas ».   Les experts officiellement en place dans les instances sous domination américaine, sont certainement dans ce cas. Nous aurons la coquetterie de penser que le jugement ne vaut pas pour tous les économistes. Il est probable que Maurice Allais est un parfait inconnu pour notre journaliste fouineur.

Inutile de chercher dans l’article des pistes de recherche sur les causes de cette baisse de longue durée de la croissance.  L’auteur se contente de banalités sur la baisse de la productivité (automatique lorsque la croissance baisse et que la récession frappe) et du temps de travail. Internet ne serait pas porteur de création de richesses et d’emploi (c’est le thème à la mode).  Bref, c’est la faute à personne et le capitalisme est comme cela, une succession d’accès de croissance et de périodes de relâchement.

S’il avait fait commencer son graphique dix ans plus tôt, il aurait vu que l’inflexion s’est produite à une date bien précise. : 71-72. Il aurait peut-être eu la curiosité de se demander ce qui avait bien pu se passer qui pourrait expliquer l’inflexion constatée.  Et il serait tombé sur l’explication majeure : on a changé de système monétaire international et le nouveau, absurde et non coopératif, a créé une économie baudruche avec ses trois composantes, déséquilibres massifs alimentant des bulles financières à proportion, récessions aggravées, dettes immenses irrécouvrables. Il aurait alors constaté que l’explosion de 2008 n’a été suivie d’aucune mesure de correction mais simplement de mesures conservatoires, essentiellement portées par les banques centrales et les Etats,  qui, au prix de plus de 60.000 milliards de nouvelles dettes et d’un écrasement fiscal délirant, ont tenté de sauver ce qui pouvait l’être.

Ne demandons pas l’impossible. Le NYT vient de constater que le système s’étouffait dans la durée. D’ici quelques années, on en viendra sans doute à s’attaquer aux causes. Tous les débuts sont difficiles. Mais au moins, il y a un début.

Au XIXème siècle, quand une difficulté tenace bloquait la connaissance, on créait un prix pour stimuler les réflexions.  Pourquoi le FMI, ou le Congrès Américain, ou la Commission Européenne l’OCDE, ou l’Académie Française ne créerait pas un prix pour la meilleure réponse à la question : pourquoi le taux de croissance n’a cessé de baisser depuis 1971 ?  Si cela s’avère impossible, demandons au Comité  Nobel de changer les modalités de son prix d’économie. Au lieu de récompenser des américains politiquement correct en économie, façon Krugman ou Stiglitz qui n’ont ne strictement rien apporter à la science, qu’elle accorde son prix aux meilleures réponses aux questions clés qui se posent à l’économie moderne. Au moins il y aurait une réflexion sur les grandes tendances qui font difficulté et une vraie compétition pour y voir clair.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.



Michel Rocard : l’enterrement d’une illusion

Il est toujours délicat de commenter l’enterrement d’un homme politique. Derrière le politique pleurent des proches qui ont des raisons de s’affliger et qu’on aimerait laisser à leur chagrin. Mais derrière l’homme disparu demeure le sillage politique et, dans notre cas, un extraordinaire concert de pleureuses médiatiques, transcendant les clivages habituels, qui pousse à s’interroger : au-delà de la dépouille d’un homme politique, plutôt gai et assez sympathique, de type Turlupin, mais marginal, puis marginalisé, de quoi fête-t-on, en si grande pompes, les funérailles ?

En politique, on ne juge que des actes.

En 1958 la grande question était la décolonisation, avec une guerre en cours en Algérie. Mendès France avait raté la décolonisation en Indochine. En annonçant qu’il se donnait cent jours pour forcer un arrangement avec les communistes du Vietminh, il avait offert à Giap l’occasion d’infliger une défaite majeure à la France à Dien Bien Phu. Le rusé général concentra toutes ses forces sur un point d’appui français secondaire. La défaite fut terrible et la France négocia en situation de faiblesse. Le résultat fut le démarrage de… la guerre d’Algérie. Edgar Faure s’était bien mieux sorti de la question marocaine, en évoquant « l’indépendance dans l’interdépendance ». Puissance du verbe et de la contorsion. Mais le Maroc était un protectorat qui n’avait plus besoin de protecteur.  Guy Mollet et Robert Lacoste étaient confrontés à une difficulté bien plus grande. L’Algérie était un département français avec une population d’origine métropolitaine importante. Les soviétiques et leur affidés du PCF chauffaient les braises et alimentaient une trahison permanente, comme au temps du pacte germano-soviétique.

Il était impossible de sortir les mains propres d’une situation aussi difficile. La SFIO en était incapable. La Quatrième République, où le PC représentait entre 25 et 30% de l’électorat, ne l’était pas plus. La seule solution pour ceux qui croyaient en l’impérieuse nécessité de l’indépendance de l’Algérie (nous en étions) était de soutenir l’action du général de Gaulle. On savait, depuis Bayeux, qu’il souhaitait remettre tous les mandats coloniaux, dans l’ordre et le respect de la France, et depuis la guerre, qu’il avait, seul, le prestige et l’autorité nécessaires pour faire assumer à son camp  la séparation algérienne. 

La bonne solution, pour la décolonisation, c’était de Gaulle.   Naturellement le jeune Rocard fut contre. Pendant que son père faisait péter des bombes atomiques à Reggane, le centre atomique français au fin fond du Sahara algérien,  il portait, selon ses propres dires, des valises de billets au FLN. Même Jospin, qui était frappé du même tropisme d’engagement marxiste, tendance Trotsky, avait refusé la trahison. Il le dira lors de la sinistre affaire Boudarel, un traître communiste qui avait persécuté dans les camps Vietminh les soldats faméliques qu’Ho Chi Minh y faisait crever de faim et de mauvais traitements, jamais jugé et honteusement recyclé comme « spécialiste » de l’Asie à l’Université. On peut ne pas croire à cette affaire de porteur de valises. Michel Servet, le pseudo qu’il utilisait, jouait au dur avec un physique minuscule de Lou Ravi de la révolution, mais on voyait bien que ce fils de notable de la République s’engageait surtout dans la jactance. Pas question, comme Régis Debray, de finir à Camiri !

Dans cet exercice, il donna toute sa mesure au PSU, un groupuscule sans importance dont la doctrine première était le dépassement du capitalisme et du socialisme par l’autogestion « à la yougoslave ». Quiconque avait fait un saut en Yougoslavie savait à quoi s’en tenir : des peuples ruinés, hagards, violents, mangeant à peine à leur faim, habillés comme des clochards, sans espoir, démotivés dans le travail mais pas dans la haine de tout et de rien, prêts à en découdre avec la terre entière et surtout à fuir ce paradis autogestionnaire.  Elu représentant d’une conférence à Sc Po, je cherchais à organiser des rencontres avec tout le spectre des forces politiques du moment. Je contactais le PSU (dont Rocard-Servet n’était pas encore secrétaire général). On m’indiqua une conférence où un jeune prometteur allait faire un tabac. J’y allais. J’écoutais Rocard expliquer de sa voix incompréhensible de l’époque tout le bien qu’il pensait du modèle titiste. On disait, à l’époque, que son cerveau reptilien de droite empêchait son cerveau acquis de gauche de s’exprimer correctement. J’intervins pour témoigner de la misère, la colère, la violence rentrée que l’on trouvait en Yougoslavie. Le péremptoire affirma que l’autogestion à la française ne serait pas contaminé par les difficultés historiques qui avaient assaillis la Yougoslavie et qui, seules, expliquaient sa situation actuelle. Toujours cette vieille rengaine socialiste qui veut que tous les défauts du socialisme réalisé ailleurs n’apparaîtraient jamais en France. Pourquoi ? On ne savait pas. C’était à prendre ou à laisser. Je laissais, privant sans doute mes camarades d’une exposition féconde à une pensée politique transcendantale. Quarante ans plus tard je rencontrais fortuitement Rocard en Corse dans le meilleur restaurant de l’île. Il entamait les visites protocolaires liées à son prochain mariage avec la charmante Sylvie, une fille plutôt giscardienne mais très bien. Je lui rappelais notre débat sur l’autogestion. Il prit le souvenir avec la bonne humeur qui ne le quittait pas souvent et répondit : « Les Yougoslaves ont eu tort d’abandonner l’autogestion ». Il n’est pas sûr que ce fût de l’humour.  

Michel Rocard qui a toujours vécu la vie nationale, à chaque tournant majeur, comme sous son influence directe, s’est beaucoup vanté de son rôle en mai 68. En vérité, à cette date, il était déjà une vieille barbe. Il se retrouva avec Mendès-France à Charléty, croyant venu le moment du coup d’Etat. Hélas pour lui c’était déjà la fin de la récrée. Le général « factieux » et « venu au pouvoir sur un putsch » venait à nouveau de lui donner une leçon de démocratie.

Le PSU intégra le PS, comme tous les mouvements marginaux, notamment trotskistes, en minorité bavarde mais sans pouvoir. Le nouveau maître était un homme de droite à Francisque particulièrement cynique qui avait compris que son destin s’accomplirait en s’appuyant  sur le rassemblement des hommes de gauche bien décidés à grimper au cocotier du pouvoir. « Laissez-moi être président – je vous permettrais d’accéder au pouvoir et à la richesse ».

La ringardise et les dangers du programme Commun de la gauche était tel que personne de sérieux ne pouvait croire une seule seconde qu’il pourrait faire mieux que de casser la croissance durablement. Mitterrand s’en fichait. L’élection d’abord. La sériosité de Rocard l’emporta sur la totale docilité. Il regimba. Un tout petit peu. La question des nationalisations n’était pas de savoir si on volait 51% ou 100% du capital des entreprises nationalisées. Mais s’il était sérieux de se lancer dans un tel massacre industriel et financier. Que reste-t-il des nationalisations de 81 : rien !

Mitterrand s’offrit le luxe de « lever l’hypothèque » d’une mythique « deuxième gauche » lors de sa réélection contre Chirac. On allait voir ce qu’on allait voir. On ne vit rien du tout. La déception partout fut grande. La parole est une chose. Les actes, une autre. Le « Grand Pourrisseur » qui régnait en « Dieu » chassa le « Petit Mec » comme un valet. Réduire ses collaborateurs, épouse, amis et amies, à leur triste condition et un peu plus bas encore, était sa spécialité. Ce pervers narcissique aimait ces abaissements. Cela fit quelques morts dans son entourages et combien de blessés. Dont Rocard.

La bonne idée de lui-même qu’avait Rocard n’en fut pas le moins du monde affectée. Bien que la pire déroute électorale socialiste, en attendant la prochaine, fût la conséquence directe de sa gestion, il a toujours considéré qu’il avait été le « meilleur Premier Ministre de la Vème République ».

Les faits ne confirment pas cette autocélébration.  Les deux ans de gouvernement Chirac-Balladur, lors de la première cohabitation, avaient assaini la situation économique et la conjoncture mondiale entrait dans sa phase bouillonnante de croissance. Le cycle existe. Comme Jospin plus tard, Rocard a bénéficié d’une conjoncture mondiale incroyablement favorable sans y êtes pour quoi que ce soit. Que faut-il faire pendant ces périodes de vaches grasses qui voient les recettes fiscales prendre l’ascenseur pendant que l’économie prend l’escalier ? Evidemment assainir, réformer, guérir des plaies béantes dans les comptes publics. Les réformes douloureuses se font mieux quand la conjoncture est élevée. La dette se réduit mieux quand la croissance rapide est là. La dette était déjà préoccupante. Les retraites entraient dans une séquence intenable après la démagogie intenable de la retraite à soixante ans. L’investissement proprement français avaient été tué par la fiscalité excessive sur le capital. Il fallait, en souplesse, grâce à la bonne conjoncture, calmer le jeu fiscal, redonner du souffle à l’économie, dégonfler la dépense publique. Rocard va faire tout l’inverse. Il remet en marche l’ISF et crée la CSG. La pression fiscale, déjà mécaniquement aggravée par la croissance (si les impôts sont globalement progressifs, ils grimpent plus vite que la croissance surtout si elle est rapide : une croissance de 3.5% du PIB entraîne une croissance de 7% de l’impôt sur le revenu) est poussée à l’extrême. La dépense publique coule à tout va. Le RMI est à la fois un trou dans la coque du navire et un enfermement durable pour ses bénéficiaires. En acclimatant l’idée qu’on pouvait vivre aux crochets de la nation sans jamais travailler, Rocard a rendu le pire service au pays. Aujourd’hui 2 à 3 millions de familles et près de 7 millions de personnes sont ainsi enfermées dans une pauvreté subventionnée qui gâche leur vie possible tout en ruinant les comptes nationaux.  Lorsque la conjoncture se retournera avec la crise de 92-93, la France se retrouvera ruinée. Bérégovoy prendra la balle. Mais c’est Rocard qui avait chargé le pistolet.

La seule action réellement positive qui peut être mis à son actif est la paix en Calédonie. Mais, là encore, il oublie de dire que l’extrême fermeté montrée par Chirac avait ouvert la possibilité d’un dialogue plus serein en bloquant toute tentation de violence de la part des Kanaks. Sans ce préalable, il est probable que de violence en violence, la situation aurait évolué bien moins favorablement. La méthode Rocard se serait apparentée à la méthode Guy-Mollet-le-honni. Il est plus facile de panser des plaies que de bloquer à la source et par le dialogue  une rébellion qui se dynamise par ses propres crimes.

Finalement, Mitterrand flinguera Rocard en une rouerie, lorsqu’il se croira quelque chose à la tête du PS, en envoyant le missile Tapie dans sa nurserie. Rocard n’a jamais rien pesé.

Il était en phase avec une partie des Français qui ne voulaient plus d’Histoire ni d’histoires. Plus de volonté. L’altérité sacralisée en bandoulière. «Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». La France qui pleure est celle d’une génération de fils de petits bourgeois récemment enrichis par les trente glorieuses qui ont tenu à être fonctionnaires et à ne pas se salir les mains dans des  boulots de « prolbacs », qu’ils ont laissé sans pitié aux immigrés, en lisant Libé et en trouvant l’humour de Canal Plus sublime. La France qui gémit est celle qui ne voulait pas avoir les mains sales, ne pas diriger, tout en ayant le confort et les plaisirs du pouvoir et de la richesse, payés par les autres, tout en vilipendant les « négriers » cupides qui croyaient en l’entreprise. Pleure en bloc toute l’Enarchie Compassionnelle,  qui s’est épuisée à ruiner le bourgeois et à effacer la France,  tout en vivant des vies de rêve, sans risque, en brassant la moraline, mais sans avoir à souffrir des vœux pénitents du clergé traditionnel. Pleurent en bloc tous ceux qui ont cru que Hollande et Valls allaient faire une politique « à la Rocard », c‘est à dire qui serve le portefeuille de droite et le cœur de gauche. Pleurent en bloc les Gracques et tous ceux qui ont cru qu’il pouvait y avoir un « socialisme intelligent », magnifique oxymore, pourvu qu’il soit médiatisé par des hauts fonctionnaires.

Ceux-là comptent désormais sur Juppé, qui a souvent répété que le RMI et l’ISF étaient deux réformes que la droite aurait dû faire et qui a beaucoup fricoté ces derniers temps avec Rocard.  Nouveau paradoxe, car Juppé s’est tué à tenter de faire, en période de vaches maigres, les réformes indispensables que Rocard auraient dû faire en période de vaches grasses. L’Enarchie Compassionnelle tente de survivre. Elle n’a pas encore compris qu’il n’y a plus de place pour aucun socialisme, même délayé et défendu par la haute fonction publique,  dans la France déclinante et subvertie d’aujourd’hui.

Rien à faire : le « socialisme intelligent », c’est-à-dire qui n’étouffe pas peu ou prou la société et l’économie, n’a jamais existé et n’existe pas. Les trois expériences françaises (Mitterrand, Jospin, Hollande) l’ont assez prouvé. Ne parlons pas de Mugabe et de Chavez.

Sur la fin, Rocard s’était mis à accuser les dirigeants socialistes de tous les maux, pour sauver l’idée qu’il se faisait d’un socialisme qui ne soit pas intolérable. Il suffit de lire  ses dernières interviews, toutes impitoyables pour Hollande et la « sinistre » galerie des ténors du  socialisme « vraiment de gauche ». Ces attaques ad hominem  auront été son cri ultime d’impuissance. Imprécation n’est pas raison. La France n’est pas social-démocrate, comme J. Julliard, pendant catho du rocardiste protestant, le prétend, prenant ses rêves des années soixante pour la réalité.

Une génération s’évanouit.  Une pierre tombale de plus vient d’être posée sur cinquante ans d’illusion d’une partie du journalisme et du militantisme politiques de gauche français, dans un flot de fleurs de rhétorique fanées et de larmes de crocodile.

RIP.

La fin de la vision rooseveltienne du monde ?

Roosevelt avait une grande ambition : créer les conditions d’un monde meilleur d’où les guerres seraient bannies, où le droit remplacerait les exactions et les conflits entre  Etats nationalistes et autoritaires, où un système collaboratif basé sur la liberté dans les domaines monétaires et économiques empêcherait les crises. Le multilatéralisme serait la règle. Les Etats-Unis avaient raté le coche de la SDN. Ils se attraperaient avec l’ONU, la charte des droits universels, le FMI, la Banque mondiale, …

Une des conditions, dans l’esprit de l’équipe de Roosevelt, était de mettre à bas les « empires » européens et asiatiques, sources de conflits à répétition et de faire disparaître leurs colonies. L’Empire Britannique et l’Empire Français, bien qu’alliés aux Etats-Unis, devaient être dissous, l’Allemagne et le Japon étant définitivement déclassés dans un statut de nains politiques et diplomatiques qui ne leur laisserait que l’échappatoire de la sphère économique et commerciale. Le Plan Morgenthau initial, à l’initiative de son adjoint Harry White, était de renvoyer le clos germanique à une exploitation bucolique de ses ressources agricoles…

Bien sûr, il ne s’agissait pas de laisser les intérêts américains à l’encan. Les Etats-Unis deviendraient le leader du monde. Mais Ils assumeraient leurs responsabilités. Ce qu’ils feront  notamment contre l’URSS, vu comme le dernier « empire du mal », même s’il n’était pas considéré comme tel par nombre de collaborateurs de Roosevelt et était encore, Roosevelt vivant, un allié.

Ce plan était assez noble, et les Etats-Unis assez forts, pour qu’il s’impose longtemps encore après la mort de son géniteur.

Que deviendrait l’Europe ? L’objectif était d’aboutir à la création d’une union européenne fédérale faible, entre anciens empires démembrés à l’intérieur (décentralisation voir scission de régions) comme à l’extérieur (décolonisation), avec des bases militaires américaines partout. Jean Monnet, agent des Etats-Unis en Europe, sera chargé de mener à bien le projet et d’y amener les Européens. Il s’appuiera, partout en Europe,  sur la Démocratie Chrétienne et une partie des socialistes, avec le soutien financier et politique de la puissance américaine.

L’Empire britannique deviendra le Commonwealth. La France sera contrainte à une décolonisation totale. L’Allemagne divisée, sera occupée pour longtemps.

Restait à mettre en place le projet des Etats-Unis d’Europe, structure fédérale sur le modèle américain et alliée inconditionnelle des Etats-Unis…

Aujourd’hui, il ne reste en Europe que les reliquats nerveux d’anciens empires. En dépit de la réunification allemande, les grandes nations européennes d’antan sont édentées et subverties de l’intérieur comme de l’extérieur par les mouvements libres et massifs d’hommes, de marchandises et de capitaux. Les Etats-Unis sont la seule grande puissance.

Roosevelt aurait-il  gagné ?  

On peut se tapoter le menton. Surtout si on pose les deux questions clés : 

Question 1 : L’objectif du « projet européen » est-il toujours de créer l’Europe supranationale de Jean Monnet dans le cadre d’un fédéralisme mou et d’un régionalisme fort, chargé d’achever l’éclatement des anciennes grandes puissances européennes et les noyer dans une nuée de micro-états afin d’obtenir une soumission totale à l’impérium américain ?

Question 2. : Si la réponse à la question 1 est non, quel est l’objectif de l’Union Européenne ?

Evidemment des questions aussi directes ne sont jamais posées. Et les réponses ne sont jamais apportées. Si les dirigeants européens ne veulent pas s’embarrasser d’une vision explicite, exprimée, expliquée et assumée, le travail se fait en souterrain dans la conscience des peuples avec des « surprises démocratiques », en même temps que les attitudes des uns et des autres deviennent des contorsions de plus en plus paradoxales et que les organes européens se grippent les uns après les autres.

Considérons simplement ce qui se passe en ce moment même.

Le premier ministre britannique, Cameron, avait considéré qu’il fallait absolument exclure le Royaume-Uni du « toujours-plus » fédéral européen. Il a obtenu l’accord des autres pour ne pas souscrire aux clauses « d’approfondissement » vers plus de fédéralisme. L’honnête courtier des Etats-Unis en Europe, rôle qui le valorise dans sa relation « spéciale » avec les Etats-Unis, voulait bien continuer son chemin européen mais sans l’aboutissement fédéral qui était inscrit en pointillé (sans tapage médiatique de la part des négociateurs) dans la plupart des traités. Sacré paradoxe tout de même.

Les Britanniques, consultés par referendum, ont été plus loin : ils veulent rester ce qu’ils sont et quitter l’appareil institutionnel de l’Union Européenne. Du coup les Américains sont inquiets, d’abord parce qu’ils perdent un réseau d’influence au cœur même de l’Europe.  Le retour de flamme national des britanniques met à mal l’espérance rooseveltienne.  Kerry sera envoyé dans la minute en Allemagne pour vérifier si la soumission y restait totale, en dépit des effets moraux et politiques de sa réunification. Si l’Allemagne décidait de retrouver un rôle autonome, après le départ du RU de l’UE, l’impérium américain serait fortement endommagé. Il semble qu’il ait reçu tous les apaisements nécessaires.

 

Il ne faut pas oublier que le Brexit vient après le rejet du projet de « constitution européenne » par des nations fondatrices de la première Europe des 5 (La France et la Hollande ont dit non) et l’absolue volonté des anciens Pays de l’Est de ne pas se diluer à nouveau dans une structure fédérale. Ils veulent l’aide européenne et la souveraineté nationale, le beurre et l’argent du beurre, plus les beaux yeux de la fermière sous la forme de la sécurité de l’Otan vis-à-vis de leur ancien colonisateur. La domination soviétique y a toujours été vue comme une domination russe.  Poutine fait tout pour leur donner raison.

Certains partisans de l’Europe de Monnet et de Schumann regrettent finalement le traité de Lisbonne. En passant de la Communauté Européenne à l’Union Européenne, les peuples se sont retrouvés trop violement dans la lumière de l’élimination programmée et définitive de leur nation. Le Conseil Européen a finalement pris le rôle principal, remettant en cause les « coups d’état » (selon Giscard) successifs de la Commission et du Parlement Européen désireux de s’autoproclamer respectivement « gouvernement » et « assemblée législative » d’une union fédérale. 

Il est vrai qu’un Conseil Européen des chefs d’Etats et de Gouvernements, à 28 ou 27, est une structure difficile à faire vivre, qui met en valeur  le rôle des grandes puissances tout en énervant les petites, le tout s’accordant pour diminuer le rôle du Président de la Commission, lui-même tenté de se croire chef suprême du « gouvernement » fédéral  européen.

Juncker, qui poursuit les rêves de Delors et se veut le pivot de l’Union Européenne, se retrouve en conflit ouvert avec les chefs d’Etat. Mme Merkel qui ne voulait déjà pas de Barnier, ne supporte plus Juncker et ne se fait pas prier pour le faire savoir. Elle veut le mettre à la « retraite anticipée ».  Déjà, lors des discussions avec la Grèce, certains participants avaient demandé : « Que fait là le Président de la Commission ?». Ajoutons que la Slovaquie qui prend la tête de la présidence tournante des 28 entend « mettre fin aux tendances fédéralistes et restaurer la souveraineté des Etats ».

Tout le monde a compris que le Brexit mettait fin aux tractations pour un traité transatlantique et peut-être même au traité en fin de négociation avec le Canada. Le Brexit a donné un coup sévère à l’Atlantisme.

Du coup, on peut se demander ce qui reste de la grande pensée mondiale de Roosevelt.

L’organisation multilatérale économique mise en place à Bretton Woods a été détruite en 1971 par les Etats-Unis eux-mêmes qui pensaient qu’ils s’en sortiraient mieux avec un étalon dollar de fait dans un système de changes flottants. Ce système délirant s’est partiellement effondré en 2008 et personne n’a encore cherché à en rebâtir un meilleur.  

L’organisation fédéralo-européiste atlantiste initiée par Monnet est en train de s’effondrer à son tour. Le mouvement vers un système fédéral à l’américaine en Europe est arrêté. Partout le nationalisme ou ses formes dérivées repartent.

L’ONU tourne à vide, incapable de mettre un terme à la violence arabe stimulée par le ressentiment des défaites face à Tsahal et aux méthodes de l’occupation israélienne, et totalement dépassée par l’inflammation du monde musulman contre l’Occident. La conquête par la Russie de la Crimée et la guerre artificielle alimentée par Poutine en Ukraine laisse l’ONU impuissante. La Chine réarme, après que les Etats-Unis en ait fait bêtement l’usine du monde,  et conduit le Japon à chercher à se doter de l’arme atomique. Obama a eu le prix Nobel de la Paix avant même de prendre les rênes des Etats-Unis et il a largement désengagé les Etats-Unis de leurs responsabilités mondiales.

Le Royaume-Uni a quitté le vaisseau européen à la dérive après trop d’extensions et trop d’erreurs d’organisation. L’après-guerre est bien fini. L’ère rooseveltienne aussi.

Nous sommes dans un monde multilatéral à reconstruire, un système monétaire et financier international à reconstruire, une alliance occidentale à reconstruire, une Europe à reconstruire.

La guerre et la puissance américaine avaient permis  d’imposer des schémas multilatéraux globalement bénéfiques mais contenant des biais en faveur des Etats-Unis ou d’alliés privilégiés qui ont créé des faiblesses qui ont fini par les faire éclater un à un.

Un monde globalement en paix, malgré les quelques incendies qui demeurent, et globalement interconnecté,  peut-il se reconstruire sur une base multilatérale sans leader et sur un principe de parité et non plus de soumission ?

Dans cette nouvelle architecture à créer que doit et peut être le « projet européen » ?

Ne cherchez pas dans les programmes des candidats potentiels à l’élection présidentielle française ni dans les déclarations du Président français, du Premier Ministre ou du Ministre des Affaires Etrangères (si, si, il y en a un !).

L’état du monde ne permet pas d’affronter de face ces défis colossaux, dans le cadre de l’ONU, pratiquement complètement marginalisé.

Que faire ?

La priorité est de refonder la zone Euro. Elle ne peut pas fonctionner sur les bases actuelles et si on ne fait rien elle explosera entraînant de très fâcheuses conséquences. Rien n’est plus urgent que de créer un coordinateur des politiques économiques et sociales européennes, que nous appelons un chancelier de la zone euro, indépendant des structures de l’Union Européenne actuelle. Au sein de cette zone, il est indispensable qu’une chambre de compensation veille à l’équilibre des échanges et que les grands excédents comme les grands déficits soient sanctionnés. Les pénalités saisies sur les balances excédentaires permettront d’alléger la charge de redressement des pays déficitaires. Ce serait une sorte de plan Keynes sans la possibilité de dévaluer et avec une monnaie unique déjà en place.

 

La seconde priorité est de reconstruire un système monétaire international basé sur la responsabilité des Etats vis-à-vis de leurs grands équilibres. La seule vraie solution est un système de changes fixes  et ajustables et une organisation de surveillance et de coordination, qui, comme celle proposée pour la zone Euro, pénalise à la fois les pays à grands excédents et les pays déficitaires.

Dans les deux cas, l’obstacle principal n’est pas intellectuel ou technique. Il tient à l’omnipotence de l’Allemagne en Europe et des Etats-Unis dans le monde. S’ils veulent bloquer, alors la seule réponse est de tout bloquer. Vous ne voulez pas jouer le jeu collectif, ce dernier s’arrête. Et on attend.

Si ces deux restructurations sont faites, on y verra plus clair pour la suite. La nécessité d’équilibrer dans la durée les balances des paiements  réduira automatiquement la nuisance des certains mouvements de capitaux et de marchandises. Il n’est pas si difficile de rendre positifs les mouvements de personnes : libre circulation réservée aux nationaux en Europe ; reconduite à la frontière automatique avec demande de visa ultérieure pour les personnes se livrant à des trafics et à la mendicité (re pénalisée comme le vagabondage) ; renforcement des contrôles extérieurs à la zone ; impossibilité de bénéficier de la « gratuité de la vie » avant au moins cinq ans de contributions à l’économie du pays ; détachement de personnel à l’étranger dans des conditions plus précises ; réforme de la définition et des modalités du droit d’asile. Négociation collective éventuellement forte, avec les pays d’émigration systématique (l’Europe ne peut pas accueillir les 400 millions d’Africains en surnombre qui sont anticipés d’ici à 2050). .

La Commission ne doit plus se prendre pour le gouvernement de la future Europe fédérale subliminale. Elle ne doit avoir aucune influence sur la zone Euro qui ne concerne qu’une fraction de ses membres.  Elle doit être une structure légère chargée d’assister le Conseil Européen et non pas une structure lourde chargée d’étudier des lois dans pratiquement tous les domaines et de les faire appliquer. Le Parlement Européen devrait devenir un Conseil économique et social européen chargé d’étudier des questions européennes et de donner des avis.  Le  champ d’action de ces institutions européennes est purement économique : marché unique,  agriculture et aides structurelles hors zone Euro.

La Commission ne doit avoir aucun rôle spécifique ni aucune relation avec les régions, qui dépendent de leur état respectif.  

L’extension de la zone Euro sera retirée du pouvoir de la commission.  Les impétrants ne seront acceptés que s’ils entendent s’intégrer à la zone euro et feront l’objet d’une décision d’opportunité par le Conseil Européen et lui seul.

Les modalités d’associations de pays étrangers avec l’Europe Unie seront simplifiées et unifiées, au bénéfice de la zone. Elles seront  ajustées en fonction des intérêts de la zone Euro notamment en matière de stabilité monétaire globale et de traitement des déséquilibres commerciaux. Les pays ayant d’énormes excédents de balance de paiement avec la zone seront interdits d’investissement direct dans la zone Euro. 

Et on reprend la marche en avant, pas à pas.

Evidemment cette démarche met en cause quelques principes : liberté absolue et totale de tous les mouvements de capitaux, de personnes et de marchandises ou services ; abandon au moins temporaire de l’optique fédéraliste. Limitation du regroupement familial. Limitation du gouvernement des juges.

Mais c’est le seul moyen de redonner un pouvoir de décision aux dirigeants et de retrouver la confiance des peuples.

 Si on ne fait rien, en refusant de lever les ambiguïtés fédéralistes, en se détournement de réfléchir aux causes des crises financières extérieures à répétition, en refusant de voir que le plan « Merkozy », utile à court terme, ne mène à rien dans la durée, en s’interdisant de canaliser et d’organiser les libertés fondamentales,  gare à la prochaine crise décennale (qui arrive) et au caractère explosif des forces de désagrégation en mouvement.

L’ère rooseveltienne est morte, même si nominalement les institutions globales sont toujours là ainsi que l’esprit général de liberté. Elles sont devenues inefficaces parce qu’elles étaient déséquilibrées, ou parce qu’elles ont été vidées de leurs substance ou parce que l’esprit de collaboration a purement disparu sous l’effet des rapports de force.

Un énorme travail attend, en temps de paix et sans le soutien d’un hégémonisme, les hommes de bonne volonté pour retrouver le fil d’une vision positive de l’organisation de l’Europe et du monde, fil qui est actuellement emmêlé et en grande menace de se rompre.

France et Royaume-Uni : des situations similaires

Quiconque suit les affaires britanniques ne peut que constater la très considérable identité des difficultés qui assaillent les deux pays. En fait, les situations politiques, économiques et sociales sont similaires.

Le cœur de l'affaire est l'incapacité des politiques à expliquer le ralentissement permanent du trend de croissance et la gravité des crises périodiques qui touchent de plein fouet non pas seulement "le quotidien des gens", mais l'esprit public général. Aucun citoyen n'aime être confronté à un déclin, même relatif, de sa nation, sans comprendre pourquoi et sans que des réactions ne se fassent jour. Perdre sa foi en l'avenir et celui de ses enfants au milieu d'un discours toujours lénifiant qui explique que les mesures prises sont géniales et le cadre général créé est le meilleur possible, est insupportable.

Quelles que soient les politiques d'ajustement suivies, dont certaines n'ont pas de résultats comme en France, et d'autres en ont, mais au prix de contraintes nouvelles et fortes, la perte de confiance dans les "élites dirigeantes" est la même. Quand on perd confiance, on devient craintif et nerveux.

La politique tourne à l'aigre, avec comme toujours, des victimes expiatoires.

Charles Moore dans le très conservateur Daily Telegraph souligne que jamais le Royaume Uni n'a été confronté à autant de difficulté "sans jamais les traiter au fond". Le Royaume a subi la même crise qu'en France, pire même au départ du fait de sa place dans la finance mondiale. Comme en France personne ne s'est précipité pour expliquer pourquoi cette crise avait eu lieu ni comment on en prévenait le retour.

Le rôle des politiques n'est peut-être pas l'expertise mais ils doivent lui demander de se manifester. S'il n'y a aucune explication sérieuse, prise en charge par les hommes politiques avec une vision de ce qu'il faut faire, rien ne peut se passer bien. Tous les dossiers deviennent contentieux. L'hystérie s'installe.

Le référendum a vu se créer une situation d'hystérie au Royaume Uni, comme la France vit avec hystérie la loi El Khomry et les affaires de zadistes.

L'hystérie commence quand la raison faiblit.

Cameron n'a pas joué sa carrière et l'avenir de son régime à la roulette. Il a refusé de s'attaquer à la question centrale : pourquoi la crise de 2008 ; comment on en sort ; comment on évite d'y retomber. Du coup toutes les questions annexes se sont infectées. Comme la gangrène gagnait, il a eu recourt à des remèdes de chien, d'abord sur la question écossaise puis sur la question européenne. Il a gagné puis perdu. Tant va la cruche à l'eau…

Hollande a de la même façon refuser de prendre partir sur les causes réelles de la crise et les moyens de la traiter. D'abord il n'y avait pas de crise, simplement un terrible héritage ; ensuite on allait voir ce qu'on allait voir. Il en est à 12 % de satisfaits de son action et on démolit les hôpitaux dans la rue à coups de barre de fer , là où il se voyait en "pacificateur".

L'Union Européenne n'est pas la cause de la crise. Mais certains de ses dysfonctionnements en ont aggravé les effets et compliqué la solution.

La bonne politique, au Royaume Uni comme en France, était de partir sur une analyse objective de la situation économique et la recherche d'un diagnostic et de solution, marginalisant les autres préoccupations.

Sinon, compte tenu de la gravité des conséquences de l'effondrement de 2008, on ne pouvait aboutir qu'à ce que l'on voit : les gouvernants sont déjugés et la rue s'en donne à cœur joie.

La Général de Gaulle avait dit à l'école de guerre (de mémoire) : "dans une bataille, le chef doit avoir une idée claire de l'essentiel et y concentrer toutes ses forces de conception et d'exécution".

Quand le chef s'investit dans des batailles secondaires et laisse sans réponse les grandes questions stratégiques, la défaite est assurée.

Cameron, comme Hollande, se sont concentrés sur des aspects fantomatiques de la crise larvée qui conduit l'Occident à la stagnation, en attendant pire. La question de l'Union Européenne, comme celle de la préséance des sources de droits sociaux, sont des arroyos totalement secondaires. L'immigration et le"red tape" européen sont des irritants, (islamisme et terrorisme à part) mais n'ont pas d'effets réels sur la marche de l'économie.

Quand on combat dans les buissons pour ne pas avoir à affronter les dangers de la grande route, il ne faut pas se plaindre des conséquences.

Réformer le droit de grève en France

En démocratie, la grève est un droit dont la modulation est un exercice ouvert puisqu’Il n'y a pas de droit sans limite.

Ces limites concernent les motifs de grèves, les modalités de la grève et l'indemnisation des conséquences pour des tiers non concernés.

Que dans le cadre d'une entreprise privée, on permette une action collective basée sur la suspension du travail n'a rien de choquant. Ce droit de coalition existe depuis des décennies en France (1 864) et son fondement n'a pas à être justifié. Depuis que les économies sont ouvertes, ce droit a du mal à s'exercer dans les entreprises privées. La grève signifie, dans la compétition mondiale, la mort de l'entreprise quand elle est chargée, comme en France, d'une part très supérieure de la charge publique globale. Dans des PME, le cumul des droits individuels et collectifs de nuire à l'entreprise, s'ils sont mis en œuvre, n'aboutit pas à un renforcement du pouvoir de négociation des salariés mais à l'arrêt de l'exploitation. Le conflit ouvert ne peut plus s'ouvrir que sur une base individuelle (avec extorsion de fonds en utilisant les prud'hommes) ou, collectivement, en fin de vie de l'entreprise (en essayant d'arracher ce qui reste de richesses au moment de partir et en ruinant totalement l'entrepreneur).

Depuis les lois Auroux et les compléments Jospin, le droit de grève en PME ne s'exerce pratiquement pas, parce que l'entreprise est paradoxalement trop faible et le rapport de force trop en sa défaveur. Certains salariés cherchent à être protégés par un statut syndical mais l'aspect individuel domine. Provoquer la mort de l'entreprise n'est pas dans la tête des autres salariés.

En un mot, le fait d'avoir donné aux salariés des moyens de tuer leur entreprise, fragilisée dans le cadre de la mondialisation, a liquidé l'usage effectif du droit de grève dans tout un pan de l'industrie et du commerce.

Pour les grands groupes de tout temps privés, l'affaire est à peine différente. La direction est de plus en plus à l'étranger (merci l'ISF et la chasse aux patrons) et les délocalisations sont un risque prouvé. Là encore les conflits portent sur des filialisations avant vente ou des fermetures de site. Pas pour obtenir des avantages nouveaux dans le cadre de la vie courante de l'entreprise. Les très grands groupes font désormais l'essentiel de leurs bénéfices à l'étranger et ne craignent plus les grèves locales. On l'a vu avec les lois sur les 35 heures en fin de siècle dernier. On cède, on engrange quelques bénéfices d'opportunité, puis on vend. Les salariés sont passés directement des 35 heures au chômage. Céder puis partir, telle est désormais la règle des grands groupes. Ou imposer leurs règles.

La grève aujourd'hui est donc en France réservée aux monopoles publics, dont "la paix sociale" a été confiée au Parti Communiste à la Libération. L'énergie, le transport, la mécanique ainsi que le culturel, ont été laissés à la bonne grâce de la CGT, sous direction soviétique jusqu'en 1990. Il a fallu Jules Moch pour mater les grèves insurrectionnelles de 47. L'aspect purement politique de la grève, dans un contexte géopolitique gravissime, exigeait une réponse extrêmement ferme. L'industrie mécanique a quasiment disparu en France, du fait des exactions syndicales. Elle n'est plus qu'un souvenir, avec quelques PME survivantes, où le syndicalisme n'existe pratiquement plus. La Presse est en voie de disparition. La PQN parisienne a été tuée autant par les ouvriers du livre que par Internet. Elle ne survit que de la charité publique, du soutien conditionnel des banques et de l'argent de quelques milliardaires. Le "Culturel public" ne survit plus que par la menace permanente et dans une ambiance de chantage délétère. On ne peut plus parler de droit de grève mais d'actions qui visent à interdire toute remise en cause des régimes extravagants mis en place aux dépens des autres Français.

Après s'être essayée, en vain, à un retour à un syndicalisme à peu près normal, la CGT se voit menacée de marginalisation. Elle se lance aujourd'hui dans un combat qui n'a strictement aucun sens national ou syndical, puisque les secteurs où elle a du pouvoir ne sont pas concernés par les mesurettes de la loi El Khomry. Tout le monde a compris qu'il s'agit d'une opération électorale en vue des grandes élections syndicales imminentes et d'une intimidation visant non pas tant Hollande et le PS que les futurs réformateurs du pays. Pas un commentateur qui ne s'en donne à cœur joie dans les interviews des candidats à la primaire de la droite et du centre : "Le pays est à l'arrêt quand on propose des mesures minables qui ne changent rien ; imaginer ce qui va se passer lorsque vous allez proposer votre programme radical. Votre théorie des cent jours appuyée sur le légitimisme de l'élection volera en éclats. Ah ! Ah ! Ah !".

Une telle situation exige de redéfinir le droit de grève.

La négociation sociale et l'arme ultime de la grève sont absolument nécessaires. Mais les conditions d'exercice doivent être profondément revues.

Première règle : les droits collectif et individuel de nuire à l'entreprise impunément doivent être réformés en même temps. Ils forment un tout.

Seconde règle : la TPE, la PME, la grande entreprise peuvent ne pas avoir les mêmes règles.

Troisième règle : l'intervention de l'Etat doit être sur le cadre pas sur le détail du contenu des relations du travail. Le grain à moudre doit être laissé aux partenaires sociaux. Les actions globales d'inspiration électoraliste, sur le SMIC et le temps de travail ont été des catastrophes dont l'emploi et l'économie ne se remettent pas.

Quatrième règle : dans une économie entièrement ouverte, les conventions nationales et de branche sont en difficulté. Les conventions européennes et de branches européennes étant de facto impossibles, une solution "par le haut " est impossible. Il faut conserver une réglementation nationale et des accords de branches mais, qu'on le veuille ou non, les accords doivent pouvoir être modulés au sein de l'entreprise dans une certaine mesure par rapport à des règles nationales ou de branche. On n'a pas besoin d'une inversion des règles, mais de souplesses.

Cinquième règle : le juge ne doit avoir qu'un rôle exceptionnel et n'intervenir qu'en cas de violation manifeste des droits individuels et collectifs. Il faut lui enlever effectivement le droit de tuer une entreprise, soit en emprisonnant le patron sur des prétextes variés, soit en ruinant les finances de l'entreprise, soit en imposant des mesures impossibles (des milliers d'exemples de jugements imbéciles  existent). Il appartient au contrat individuel et à la convention collective éventuellement adaptée à l'entreprise, de fixer les règles.

Sixième règle : la grève est un conflit entre la direction de l'entreprise et son personnel. Toute motivation extérieure à ce cadre (grève politique, grève de solidarité, etc.) doit être interdite et engager la responsabilité des syndicats qui y appellent et des grévistes qui s'y livrent. La violence doit être interdite et le respect du droit au travail garanti.

Septième règle : la grève est interdite ou fortement contraintes dans le secteur de l'Administration et dans les monopoles publics confiés à des personnels à statuts en position de monopole. Le service public l'emporte sur le droit de coalition. Sinon on donne le pouvoir politique à des syndicats d'étrangler la République. Dans les secteurs d'importance stratégique, qui conditionnent le succès d'opérations d'ampleur nationale, les conditions de déclenchement et d'achèvement d'une grève doivent être extrêmement réglementées.

Huitième règle : l'occupation ou le blocage de bâtiments publics ou servant à l'exercice d'un service public est strictement interdite et la non application de la loi par l'exécutif ou les juges sanctionnée.

Il suffit d'analyser les règles au Royaume Uni, aux Etats-Unis, en Allemagne, au Japon, en Suisse, pour constater que ces principes y sont pratiquement tous appliqués, même si les formules sont un peu différentes à chaque fois.

Réformer le droit de grève en France n'est donc pas une fantaisie" fasciste" imposée par le grand capital ou autre diable convenu.

La situation française, liée d'abord aux conditions de la Libération qui ont imposé des accommodements ruineux avec les Communistes, puis aux délires soixante-huitards, puis aux étouffements socialistes sous Mauroy, Rocard et Jospin, est clairement anormale.

Un retour à ce qui est  la règle partout ou presque, dans les pays avec lesquels nous sommes en compétition économique totale, n'est pas une entreprise gratuite et secondaire. Elle ne débouchera sur aucune conséquence néfaste pour personne. Un abus n'est pas un droit. La suppression d'une anomalie n'est pas l'amputation d'une liberté.

Hollande et ses gouvernements n'étaient évidemment pas armés pour entreprendre les réformes nécessaires.

En revanche, il appartient à ceux qui ambitionnent de devenir Président et d'exercer de grands pouvoirs, lors du prochain quinquennat, d'avoir sur ces sujets une doctrine ferme, élaborée, exprimée, expliquée et si possible capable d'obtenir la compréhension du pays. La grande politique est de rendre possible ce qui est nécessaire. Cela suppose d'en exposer les principes dès maintenant et, s'agissant d'une condition fondamentale et préalable à toute action de redressement économique et social d'envergure, il faudra agir effectivement au plus près du succès électoral.

Malheureusement, c'est le grand silence dans les rangs des candidats.

Hommage à Raghuram Rajan

Raghuram Rajan, Raghu pour les intimes,  est gouverneur de la banque centrale de l’Inde (Reserve Bank of India). Il vint de refuser de faire un second mandat. Cela s’est passé un 18 juin et cela résonne comme un appel. Il n’a pas été démissionné pour incompétence. Au contraire, il a été probablement le meilleur gouverneur de banque centrale de ces dernières années.

Raghuram était l’ancien Economiste en chef du FMI et il savait exactement de quoi il parlait.

Sa compétence et son autorité économique, qui n’étaient pas seulement une image de com’, comme pour DSK,  lui ont permis de sortir l’Inde de trois de ses tares habituelles : une inflation trop forte, des déficits intérieurs et extérieurs exagérés et un cours erratique de la Roupie. Rappelons la période : la pire pour les relations financières et monétaires internationales. Rappelons aussi le résultat : la meilleure croissance mondiale, bien avant la Chine !

Mais voilà, Il avait compris que le système monétaire international, basé sur les changes flottants et le n’importe quoi, était fou et forçait une guerre des banques centrales ridicule et contreproductive. Il ne l’a jamais dit aussi clairement. Les banquiers centraux ne font pas cela. Mais la restriction était évidente.

Alors les pressions ont commencé pour l’éjecter.

Raghu s’était fait connaître dès 2005 pour un rapport prémonitoire qui prenait à contrepied les inepties propagées par « la triplette tragique », Robert Rubin, le politique, Alan Greenspan, l’énigmatique, et Larry Summers, le vociférant, et annonçait l’explosion de 2008.

 “Here was a telling moment in 2005, at a conference held to honor Greenspan’s tenure at the Fed. One brave attendee, Raghuram Rajan (of the University of Chicago, surprisingly), presented a paper warning that the financial system was taking on potentially dangerous levels of risk. He was mocked by almost all present — including, by the way, Larry Summers, who dismissed his warnings as “misguided.”

Larry Summers l’a même carrément insulté en le traitant de « Lubbit », un terme qui s’applique aux fofolles qui épousent une pensée sans substance par pur snobisme.

Raghu n’a jamais caché depuis les réserves que lui inspirait le fait qu’aucune réforme n’avait suivi l’effondrement. Il est l’un des rares économistes de qualité ayant eu le courage de dénoncer les défauts structurels de la mondialisation basée sur la fuite en avant monétaire. Son livre,  Fault Lines: How Hidden Fractures Still Threaten the World Economy?, publié en Août 2011, et qui n’a eu exactement aucun écho en France, démontrait très précisément que les explications par les « subprimes » et de gangstérisme financier manquaient un tantinet de profondeur.

 “Rajan shows how the individual choices that collectively brought about the economic meltdown--made by bankers, government officials, and ordinary homeowners--were rational responses to a flawed global financial order in which the incentives to take on risk are incredibly out of step with the dangers those risks pose”.

Il faut aller plus loin que la simple dénonciation d’individus déviants.  Les agents économiques sont rationnels même dans un système irrationnel. Le problème est dans les défauts du système, pas dans la mentalité des agents économiques.

Il a rappelé à de nombreuses reprises que, dans le système financier existant, il est impossible de connaître la valeur fondamentale des actifs. L’économie n’a donc plus de boussole. Les investisseurs deviennent des guêpes frappant contre une vitre.

Comme beaucoup d’économistes soucieux du tiers monde, Raghu croit beaucoup que l’inégalité croissante est largement responsable de la crise, aussi bien celle qui apparait au sein des pays émergents, que celle qui s’est installée aux Etats-Unis et celle qui persiste entre pays émergents et pays industrialisés. Voir sa conférence fondamentale : (https://www.youtube.com/watch?v=GW7wu3uyz9g).

Sans nier l’impact des inégalités,  nous-même mettons plutôt l’accent sur l’effet délétère des grands déficits et des grands excédents qui imposent le retour des excédents de balance des paiements sur le marché financier des Etats-Unis et la hausse consécutive des en-cours bancaires, provoquant l’apparition d’une économie baudruche et des crises de plus en plus graves. Il n’est pas nécessaire de partir des inégalités aux Etats-Unis pour comprendre qu’une nation qui paie ses déficits dans sa monnaie n’aura aucun frein à les accroître jusqu’à l’explosion finale.   Mais il n’a pas sous-estimé le rôle des bulles financières répétées ni les effets des grands excédents et des grands déficits.

Il a parfaitement démontré que les politiques d’exportations forcées avec des monnaies dévaluées et les super excédents entrainaient à terme une économie locale anémiée et un Etat asphyxié. Il a moins bien vu que le débiteur américain était aussi capable de ruiner périodiquement le créancier (Allemagne en 74, Japon en 1992, Chine, en ce moment même). Mais au moins il a produit ce qu’on attend d’un économiste : une explication basée sur des observations et des mécanismes et non sur des pétitions de principe et des postures.

Naturellement, les éléments de langage relatifs à l’exclusion de Raghu Rajan font valoir uniquement des querelles internes à la politique indienne et l’énervement du nouveau dirigeant indien, Narendra Modi, face à la volonté de la banque centrale de nettoyer les bilans des banques et de mettre fin aux prêts « politiques » , et sa réticence à baisser de façon irresponsable les taux d’intérêt.

Ces querelles existent. Mais derrière ce conflit, il reste l’hostilité des tenants de la mondialisation à l’américaine basée sur la suprématie du dollar et la violence extérieure de son droit pénal.  Elle a laissé Raghu sans soutien.

En dépit du « lip service » politiquement correct en faveur d’un tiers-mondiste sérieux et soucieux d’efficacité sociale, Raghu a fini par être un homme seul en dépit de la justesse de ses vues et l’efficacité de son action opérationnelle.

Dommage. Car il a prouvé que la réflexion économique n’était pas seulement américaine et qu’elle devait même s’écarter de la vulgate de sa propre école (Chicago).

Et hommage, pour avoir prouvé qu’il était nécessaire de regarder plus loin que le bout de son nez. Espérons qu’il pourra à terme devenir président de l’Inde en dépit des graves  passions qui divisent ce pays.

Ce serait un allié idéal pour une réforme du système monétaire international.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile.

Place de l'économie dans les élections présidentielles

Beaucoup de commentateurs dans la presse et dans la littérature de débats, se plaignent de la place prise par l'économie dans le débat public. Ils ont forgé le terme d'économisme pour définir ce qu'ils voient comme une maladie du débat démocratique. La vie est tellement plus "complexe et riche" que ce qu'en laisse voir l'économie…

Nous contestons ce triomphe de l'économisme.

Discutant récemment avec un ancien journaliste économique du Monde, il est clairement apparu que le journalisme économique a largement disparu de la presse quotidienne. Il y avait au Monde, naguère, de fortes plumes économiques. "Paul Fabra en savait autant que n'importe lequel de nos ministres des finances". Ce qui est exact. Si on regarde le Monde actuel, il n'y a plus aucun journaliste de cette culture économique. Au Figaro il reste JP Robin. Le Point conserve Delhommais. Et c'est tout. La télévision a fait monter Lenglet, qui porte une parole économique éclairée, mais sinon se contente d'invités.

En s'interrogeant sur cette évolution, le rôle néfaste du Cercle des Économistes, pas le Cercle des économistes e-toile, non, celui qui a pris le nom générique de façon un tant soit peu abusive, est vite apparu. Ce Cercle a réussi à imposer l'idée que seuls des universitaires à gros diplômes (au moins l'agrégation) avaient le droit de causer dans le poste ou d'écrire dans les colonnes. Du coup on a cessé de recruter des journalistes économiques de qualité dans la presse.

L'ennui, c'est que pour pouvoir pontifier dans la durée, Messieurs les professeurs ne pouvaient pas prendre de risques réels. Ils ont essentiellement conforté, rassuré, éteint les inquiétudes, etc. À nous les beaux et lucratifs "ménages" dans les banques, les médias, les conférences ad hoc etc. L'ennui, c'est qu'ils n'ont absolument rien vu venir d'une crise que certains d'entre eux ont niée jusqu'après qu'elle se soit déclenchée. Les économistes, dans l'esprit public, ont perdu toute crédibilité.

Alors les banques n'invitent plus d'économistes "officiels", généralement universitaires, lors de leurs raouts et si certains médias le font encore, personne ne les écoute.

La crise a presque liquidé les faux prêtres économiques de l'entre-soi universitaire.

D'une certaine façon, c'est bien. Un coup de balai nettoie toujours un peu.

L'ennui, c'est que plus personne ne croit plus que l'économie soit une science et qu'elle ait quelque chose à nous dire de notre avenir national. Alors que la stagnation du pouvoir d'achat alliée à la montée de la dette, des impôts et du chômage frappe durement les Français.

Les politiques sont spontanément très hésitants à parler d'économie. La plupart d'entre eux n'y comprennent rien. Aucun ne souhaite s'exprimer sur des sujets où il n'y a que des coups à prendre. Constatons qu'aucun d'entre eux n'a donné ne serait-ce qu'un début d'explication crédible de l'effondrement de 2008, ses mécanismes et les manières d'éviter que les mêmes causes provoquent les mêmes résultats désastreux.

Les Ministres des Finances sont en général des politiques (Barouin ou Lagarde pour Sarkozy ; Moscovici ou Sapin pour Hollande) dont les compétences économiques sont à peu près inexistantes. La politique est conduite par le Trésor, dans ce qui reste de responsabilité gouvernementale. Tout le reste se passe ailleurs.

L'Universitaire, qui avait pris une place abusive, étant déconsidéré, les médias vidés de journalistes compétents, la classe intellectuelle dans le rejet de "l'économisme" et la classe politique dans le refus d'exprimer et diagnostic et thérapeutique, faute de personnel compétent, on comprend que l'économie ne risque pas d'être traitée de façon convenable dans les élections qui s'annoncent.

Comme en 2002, 2007, 2 012 pour s'en tenir qu'à ce siècle. Avec les résultats que l'on voit.

Nous pardonnera-t-on de dire que c'est un drame national ?

Programme économique présidentiel et méthode associée

Pour justifier son départ de la filiale Réseau de la SNCF, son ancien dirigeant a déclaré propos du redressement de comptes affreusement dégradés : « Pour y parvenir, il faut 5 à 10 ans, Il faut que le président ait la visibilité nécessaire. Ce sont de lourds défis et d'une grande complexité ».

Il ne l'avait pas. Il est parti. Il a eu parfaitement raison.

Il est évident que plus les défis sont lourds et les défauts indurés, plus il faut mettre le temps avec soi pour surmonter les difficultés.

Les défis économiques qui attendent le prochain Président de la République Française sont de cette nature : une action dans la durée pour éliminer une à une les causes internes et externes des difficultés anciennes et parer leurs conséquences, tout en construisant une nation plus prospère et plus solide et en tentant de faire face aux coups de butoir venant de l'intérieur ou de l'extérieur qui ne manqueront pas de survenir.

Comme nous ne cessons de le dire, l'arrivée par vagues successives de grandes secousses économiques dues aux défauts du système monétaire international est notre plus grand défi. La position du gouverneur de la banque centrale indienne qui appelle ces derniers temps "à une forme de nouveau Bretton Woods", n'est pas différente de celle de Jacques de Larosière et de nombreux hauts fonctionnaires internationaux. La situation actuelle, imposée par les Etats-Unis, ne peut pas durer. La pression pour la réorganisation des relations économiques et financières mondiales va constamment monter. La stagnation actuelle ne peut pas durer éternellement et on voit bien que les Banques centrales seules n'y peuvent pas grand-chose. Il faut donc avoir un discours sur ce sujet et se préparer à une diplomatie longue et difficile, partiellement conflictuelle.

Le second défi est d'éliminer l'exception bureaucratique et fiscale française qui est la cause proprement nationale de nos difficultés. Là encore, seule une politique de longue haleine permettra de mener à bien des réformes peu amènes mais indispensables.

Nous ne sommes pas contre le fait que le cadre de ces réformes fasse l'objet d'une implémentation rapide en profitant de l'élan de l'élection. Mais penser que la politique de changement n'aura d'efficacité que dans les 100 premiers jours est la manifestation du "syndrome Guéna" que nous avons rappelé dans un billet précédent et qui nous paraît ridicule.

J. Attali va plus loin encore en expliquant que le nouveau président devra plus qu'aucun autre penser au long terme "sans se préoccuper de sa popularité et encore moins d'une éventuelle réélection". Ce côté sacrificiel est une posture, car elle manque totalement de réalisme. Elle suppose qu'une potion radicale a effet hyperrapide puisse être avalée par le pays avec suicide programmé du dirigeant qui l'a prescrite. C'est le syndrome Schroeder. On peut avoir une vision nettement plus calme.

Bien sûr il faut condamner les plans politiciens, façon Sarkozy ou Hollande, où tout le planning est construit exclusivement en fonction de la réélection et basé sur la "communication", "les éléments de langage" et l'analyse fiévreuse des sondages. Les stratégies exclusives de réélection sont condamnables, encore qu'on voit mal, les intérêts en jeu étant ce qu'ils sont, comment un homme politique, embarqué avec de grosses équipes, puisse s'en désintéresser totalement. L'important est de comprendre que la politique ne peut pas, dans la situation actuelle de la France, être un enchaînement d'opérations ciblées pour satisfaire des clientèles.

Il faut être clair sur l'intérêt général. Le faire comprendre n'est pas sans impact électoral. On n'est pas obligé d'être médiocre jusqu'à l'abjection.

Nous ne saurions trop conseiller de s'écarter du jeu qui consiste à dire : on va donner une raclée aux forces qui nous gênent dès qu'on sera arrivé au pouvoir et, ensuite, on gère les affaires courantes. Le but n'est pas de donner une raclée à qui que ce soit. Sinon on risque de ne pas être élu. Et si on l'est, c’est au moment de la réélection que le petit malin se verra pris à son propre jeu : il ne peut proposer que de continuer à gérer les affaires courantes. Si Sarkozy s'est retrouvé totalement éteint lors du débat de second tour de 2012, c'est parce qu'il n'avait plus rien à proposer. Ce serait le cas de Hollande s'il se représentait.

Il ne faut écouter ni les leçons d'outre-tombe d'Yves Guéna, ni les mauvais conseils d'Attali qui a copié la démarche dans un livre récent.

Bien sûr il faut agir par réforme constitutionnelle, référendum et ordonnances dans la foulée de l'élection, mais le but sera de fixer le cadre général d'une action qui devra se déployer dans la durée.

La réforme constitutionnelle doit avoir les buts suivants :

- Revenir sur des principes qui s'avèrent dangereux et qui ont été mis à tort dans la constitution, comme le principe de précaution ou l'indépendance totale des décisions des régions. Les décisions des régions entrent dans le champ de la politique nationale. La compétence universelle doit être supprimée. La compétence des régions s'exerce dans le cadre global de la procédure budgétaire nationale. Des normes peuvent être fixées nationalement pour éviter les taux d'imposition délirants, ou les recrutements excessifs.

- Fixer quelques normes fondamentales comme l'interdiction de se présenter à une élection qui fixe sa propre rémunération, l'impossibilité de cumuler plusieurs rémunérations de l'Etat, ou l'égalité de principe des régimes de sociaux, sans régimes séparés pour la fonction publique. De même, il doit être clair que des sanctions précises doivent frapper certains comportements des dirigeants de l'Etat, comme la félonie, atteinte exagérée aux droits fondamentaux d'un groupe de citoyens (exemple : taxer à 100 % et plus les revenus d'un citoyen en temps de paix), la forfaiture redéfinie comme la tentative d'utiliser les moyens délégués par la République pour viser des objectifs personnels ou de groupe, contraires aux intentions du législateur (par exemple le "justicialisme", dans le cas des juges), les restrictions au séjour, à l'accès à la nationalité, voire la déchéance de la nationalité, pour certains membres militants de communautés venues de l'étranger et installées récemment, en cas de comportements collectifs systématiques, importés de l'étranger et incompatibles avec le maintien des principes fondateurs de la communauté nationale.

- Redéfinir le nombre des députés et des sénateurs ; supprimer le Conseil Économique et Social et redessiner la carte des régions tout en supprimant les départements. Les attributions doivent être clarifiées. Le référendum doit pouvoir couvrir plus de thèmes qu'aujourd'hui.

- Rétablir le monopole du Conseil Constitutionnel dans l'interprétation des droits constitutionnels fondamentaux. Les traités ne doivent plus créer pas un droit supérieur à la volonté nationale. Le gouvernement de juges nommés dans des cours internationales doit cesser.

Il faut naturellement prendre immédiatement par ordonnance des lois d'organisation générale.

- Les ordonnances sur l'organisation de l'Etat doivent supprimer les statuts de niveau inférieur à la catégorie A, limiter les détachements et les mises à disposition, réformer le système de retraite (le niveau de la retraite devient indexer sur les droits acquis dans l'exercice d'une fonction et non par l'existence d'un statut) et empêcher la création d'associations dirigées par les fonctionnaires eux-mêmes ou leur parentèle pour s'octroyer des bénéfices en fraude des limitations légales. De même le contrôle de résultat (et pas seulement de légalité) des missions publiques ne doit pas être confié à l'administration mais à des audits extérieurs pouvant être commandés par l'exécutif ou le Parlement, dont les moyens d'investigation doivent être élargis et les moyens de saupoudrage d'argent limités. Il faut que le nombre des corps soit drastiquement réduit. Il en existe sans raison plusieurs centaines, lorsqu'il en faudrait moins d'une dizaine avec la possibilité de passage d'un silo administratif à l'autre sans difficulté. Pensons qu'un fonctionnaire du Sénat ou de l'Assemblée ne peut pas sortir de sa niche. Jamais ! On se retrouve avec deux armées mexicaines en sureffectif, surpayées, et sclérosées.

- Les règles du jeu syndical doivent être également refixées par une ordonnance précise, avec remise en cause partielle du paritarisme et encadrement strict du droit de grève (une grève ne doit avoir qu'un objet propre à l'entreprise et proportionné à ses ressources, sans remettre en cause un service public ou un intérêt national, et tout blocage externe ou interne doit être durement sanctionné). Il est à noter que ces règles élémentaires sont la règle générale de tous les pays démocratiques ou presque.

- Les cadres de la procédure budgétaire doivent être également totalement revus, aussi bien pour l'Etat que les régions et même les municipalités. La dépense doit être votée dans la continuité de l'évolution de l'économie d'une année sur l'autre, toute augmentation devant être gagée non pas sur une prévision mais sur un accroissement acquis du PIB l'année précédente. Les dérogations ne peuvent être votées qu'à une super-majorité ou par référendum. Pour les municipalités les demandes d'exception doivent être traitées par une commission spécialisée du conseil régional ; pour les régions par une commission spécialisée du Parlement national.

On le voit, ces réformes peuvent et doivent intervenir immédiatement, si elles ont été rédigées préalablement et présentées aux Français sans ambiguïté lors de la campagne, avec un lien très précis entre les mesures proposées et des abus constatés dans le passé immédiat. Il s'agit bien d'arrêter des dérives intenables dans l'état général du pays.

Elles fixent un cadre mais laisse un champ considérable à l'action quotidienne et aux grandes réformes qui demandent du temps et qui doivent être négociées dans la durée.

- Fiscalité du capital et recréation d'un milieu favorable à l'entreprenariat. Réduction drastique de la dépense publique. Gestion rigoureuse de la dette.

- Unification des allocations sociales et clarification des critères et des durées

- Réduction du champ de l'action publique (exemple : repasser au privé le soin des artistes non confirmés en supprimant les Frac ; supprimer le monopole de l'Insee dans la production des statistiques et leur interprétation ; restrictions des possibilités de concurrence du secteur privé par des agences publiques ou des organisations gouvernementales comme les DDE ; et mille autres réformes du même type).

C'est surtout en matière de "diplomatie de la prospérité" envers la zone Euro, l'Union européenne et le système monétaire international qu'il faut une action de longue durée. Des résultats immédiats sont ou impossibles ou possibles au prix de drames inutiles.

L'important, c'est de constamment préciser aux Français la cible à atteindre et la société que l'on veut créer.

Il faudra au moins vingt ans pour que la dette qui entrave l'économie soit éliminée, dix ans pour obtenir un nouvel ordre monétaire mondial satisfaisant, cinq ans pour créer un poste de chancelier de la zone euro, chargé de la coopération des politiques nationales. Mais il faudra moins de cinq ans pour rattraper une bonne partie le retard économique français, si on agit vite et fort.

Et on pourra alors convaincre le pays de l'importance de continuer dans la voie de la prospérité.

Le meilleur calcul politicien est d'envisager dans la durée une grande politique économique et sociale nationale, et une vraie diplomatie économique internationale.

La droite étouffée par la droite

Nous continuons notre examen des réactions engendrées par les programmes des candidats à la primaire de droite et du centre, cette fois-ci dans des journaux qui auraient pu paraître a priori favorables, mais qui continuent à croire qu’il faille tancer, avertir, montrer du droit et finalement interdire toute action un peu musclée pour sortir le pays de l’ornière.

Le Point a par exemple sorti de la naphtaline dorée un haut fonctionnaire quasi septuagénaire, typique de ce qui est tant dénoncé aujourd’hui   : la « pseudo élite » qui après un petit tour dans la fonction publique où elle a beaucoup montré son cœur à gauche, finit dans le privé le plus caricatural : la finance privée pour très, très, très riches.  Assis sur le veau d’or, il est amusant de fustiger la droite bornée  et ses prétentions au changement. C’est ainsi que Michel Cicurel tient à nous avertir dans Le Figaro du 27 mai, qu’aucune réforme sensible ne doit se faire « sans concertation préalable  avec les partenaires sociaux », qu’il est vain de toucher au droit du travail tant que la conjoncture ne sera pas meilleure, ni aux indemnités du chômage tant qu’il y aura des chômeurs, que l’objectif n’est pas l’essentiel mais la méthode et qu’il faut donner du temps au temps. Il faut surtout éviter la « purge drastique » et accepter l’aggravation des déficits. Pour résumer : les objectifs sont bons mais il ne faut rien faire sans accord préalable des syndicats et tant que la situation ne s’est pas améliorée.

Traduire : surtout ne faites rien qui pourrait secouer le tas d’or que nous avons à gérer. Après tout, nous avons toujours trouvé le moyen d’accommodements  sensés pour les très grosses fortunes françaises. L’important c’est que le pays reste calme. C’est toute la gestion Giscard (on noie le poisson)  et, en prime, toute la gestion Chirac (le Ni-Ni).

On a vu le résultat : recul permanent de la France sur tous les sujets ; chômage de masse ; endettement délirant…

Nous avons critiqué l’illusion des 100 jours, en rappelant l’histoire du livre programme de Guéna, il y a trente ans. Le « syndrome Guéna » est très prégnant dans tous les programmes des candidats à la primaire. Mais prétendre que ces programmes sont « libéraux » et qu’ils suggèrent de« mener toutes les réformes libérales  en cent jours »  est une caricature.

Ce qu’il faut faire en 100 jours, c’est mener les réformes de structure nécessaires pour casser le total immobilisme français et créer les possibilités d’une action. Ensuite il faudra probablement plus de dix ans pour sortir du marasme actuel. Attendre la sortie du marasme pour agir  pose aussitôt la question : pourquoi agir si on est sorti du marasme sans cette action ? Quelle meilleure recette pour ne rien faire  et s’enfoncer un peu plus ?

En revanche, comme nous ne cessons de le dire, il ne faut pas annoncer du sang et des larmes sans dessiner la situation visée et prouver la congruence des moyens. La réforme n’est pas une fin  plus ou moins mythique. Mais un moyen pour un résultat si possible appétissant.

Le Point, pour sa part, sort Alain Madelin de sa retraite politique, un septuagénaire qui lui aussi a quitté le débat public pour « faire de l’argent » dans la finance privée, avec un certain succès.  Les banalités fleurissent à nouveau :

« Nous ne subissons pas une crise ; nous vivons une mutation ». « Une telle mutation préfigure des décennies de progrès  comme jamais l’humanité n’en a connu ». Donc tout va bien. Il ne faut pas revenir sur les droits sociaux, pas mettre en œuvre la TVA sociale, pas toucher aux 35 heures autrement qu’à la marge, et surtout pas de purge. En revanche l’école gratuite sur internet va permettre de sortir les masses incultes du chômage. La légalisation de toutes les drogues règlera la question des trafics et de la délinquance. « Il ne s’agit pas de restaurer le passé mais de permettre au neuf d’émerger ». « Mes idées peuvent mobiliser une gauche moderne ».

En attendant il faut surtout réduire les impôts sur le capital, le revenu du capital et les plus values du capital, sans faire de vagues sociales et sans doute dans l’union des cœurs libéraux-sociaux et sociaux-libéraux.  Pour un ancien proche de l’OAS quel bouquet final !

Le mot clé : il n’y a pas de crise. Le libéralisme mondialisé est si bénéfique qu’il ne faut rien changer. Juste « s’adapter ». D’où viennent donc les crises qui balaient périodiquement le monde avec une force à chaque plus grande ? Silence. Il est vrai que naguère Madelin traitait d’imbéciles ceux qui pensaient que la création infinie de dollars par le biais des déficits américains et du recyclage des excédents des pays exportateurs, dans un cadre de changes flottants,  portaient le risque d’une crise globale très importante. L’explosion de 2007-2008 n’aura même pas suffi à lui déciller les yeux d’une millimètre.

Pour Madelin l’ennemi c’est donc Fillon, le promoteur de la TVA sociale, le contempteur du TSCG, le porteur de réformes qui cassent réellement le conformisme et l’attentisme.

Cicurel et Madelin, l’un comme l’autre plaident pour ne rien faire et,  derrière un paravent de modernité, pour faire baisser les impôts qui les intéressent (sur le capital, les intérêts du capital et les plus values). Pour le reste, inutile de secouer le pays.   Ils illustrent bien les raisons qui font de Juppé l’espoir des sondages à droite : une figure de noble présidentiable, un programme consensuel, des réformes molles et non provocantes, du bla-bla sympathique et on peut continuer à jouer ses petits jeux personnels dans le calme politique.

Que se passera-t-il si un nouveau tsunami financier vient balayer l’économie, comme en 1974, comme en 1993, comme en 2008, ou même une mini crise comme en 1982 ou  2001 ? Et si les conséquences font, à nouveau, revenir une gauche idéologique et démagogique qui aggrave tout ?

Puisqu’on vous dit qu’il n’y a pas de crises, seulement une mutation à laquelle il faut s’adapter en souplesse. Votre question ne se pose pas.

Comment dit-on « aveuglement intéressé » dans le petit monde des boursicoteurs ?

En attendant, on voit bien se dessiner la ligne de fracture principale à droite. 

D’un côté ceux qui veulent réellement sortir du schéma délétère qui nous a mis dans un trou profond où la plus grande part de la population se débat sans espoir. Seul une certaine radicalité permet d’espérer des résultats conséquents.

De l’autre, ceux qui pensent que « le pays est fragile » et qu’il ne faut agir qu’à la marge en desserrant subrepticement l’étau posé par les socialistes sur le cou des « très riches », mais bien se garder d’agiter des chiffons rouges devant les yeux des masses, tranquillisées par la belle figure romaine d’un président digne et droit dans ses bottes devenues bienveillantes, par un discours optimiste sur l’avenir radieux qui s’annonce et par l’absence de toutes réformes qui agiteraient les « forces sociales » (en un mot les syndicats et les fonctions publiques).

L’expérience Hollande démontre pourtant très bien qu’avec près de 15 millions de retraités, près de 6 millions de chômeurs, de près de 6 millions de fonctionnaires, avec  plus de 2 millions de personnes inactives subventionnées ne cherchant pas de travail et plus  de 2 millions de salariés d’associations presqu’entièrement accrochées aux subventions publiques, donc au total près de deux subventionnés pour un employé,  la seule procrastination  ne fonctionne pas.  La falaise grecque se profile de plus en plus près sur l’horizon.

Rappelons que le cours du pétrole a doublé en quelques mois, la FED va commencer à augmenter ses taux et que la BCE aura de plus en plus de mal à faire accepter que les vannes monétaires restent à ce point ouvertes.  Ajouter les menaces de Brexit, la montée du risque de mini récession mondiale, le risque en France d’un succès du FN, la guerre islamiste.  Mélanger le tout. Et se poser la question : L’immobilisme intéressé est-il réellement la seule solution ?  

Monnaie et commerce international : les deux règles fondamentales

 Le commerce international entre pays souverains n'est possible qu'en cas d'accord sur un moyen de paiement généralement reconnu. Le troc ou la compensation sont des systèmes difficiles et peu productifs. La question monétaire est donc fondamentale.

Il s'ensuit une première règle : on ne peut pas organiser le commerce international sans parler de système monétaire international ; on ne peut pas parler de système monétaire international sans parler de commerce. Lors de la conférence de Bretton Woods tout le monde avait compris que les deux sujets étaient liés et qu'il n'y avait pas d'échappatoire.

Il s'ensuit une seconde règle : les déséquilibres commerciaux entraînent automatiquement des déséquilibres monétaires et financiers. Les déséquilibres considérables et permanents ruinent l'économie. Le développement du commerce entre nations indépendantes n'est donc bénéfique dans la durée que si les grands équilibres sont maintenus également dans la durée, ou, a contrario, si les grands déséquilibres sont rapidement corrigés.

Une organisation du commerce mondial suppose donc une institution internationale qui constate les déséquilibres et entreprend de les faire corriger avec fermeté, même si des moyens sont mis en œuvre pour éviter des corrections trop brutales pénalisantes pour tout le monde.

L'objet fondamental de toute organisation économique plurinationale est donc de prévenir et de corriger les grands déséquilibres, quelles que soient les formes que peut prendre cette organisation. Une zone de monnaie unique est confrontée à cette exigence autant qu'un système de changes flottants ou un système de changes fixes et ajustables.

La grande difficulté actuelle tient tout entière dans le fait qu'aussi bien dans l'organisation mondiale que dans l'organisation européenne, on a oublié ces règles fondamentales. On a laissé se mettre en place des déséquilibres monstrueux sans aucuns mécanismes ni organes de correction.

C'est ainsi que l'Allemagne accumule constamment des excédents délirants dans la zone Euro  qui déséquilibrent totalement la gestion de la zone. Les Etats-Unis accumulent pour leur part constamment des déficits tout aussi délirants avec un peu partout des excédents miroirs.

Rien n'est fait pour corriger ces déséquilibres. RIEN DU TOUT ! L'idée même qu'il puisse en aller autrement paraît obscène à nos dirigeants et commentateurs officiels. Que chaque pays s'ajuste aux conséquences et se taise !

Ce qu'il faut comprendre, ce sont les conséquences des désajustements amples et de longues durées. Ce n'est pas bien difficile. Si un pays accumule d'énormes excédents monétaires parce que son économie, au cours de change donné, est structurellement plus productive, elle ne sait rien faire de cette monnaie en excédent sinon la replacer. Dans le pays en excédent les avoirs monétaires justifient une multiplication des crédits locaux. Dans le pays déficitaire où la ou les devises en excédent sont replacées, il y a entrée de trésorerie et poussée des crédits. C'est la fameuse double hélice des crédits dénoncée par Jacques Rueff. Ces crédits finissent par s'effondrer, provoquant des récessions, une baisse du trend, et un endettement accru par les mesures étatiques prises pour juguler la récession. Des petits déséquilibres entraînent des petites crises, des gros déséquilibres des grandes crises.

Au sein de la zone Euro, les excédents continuels et massifs de l'Allemagne ont fini par créer d'énormes boules de crédits sans cause notamment en Espagne, en Grèce, en Irlande, en Italie, au Portugal et en France. Ces crédits sont de purs gaspillages et ne sont pour l'essentiel plus remboursables. L'Allemagne se retrouve donc avec des créances irrécouvrables mais ne veut pas l'admettre. Il en est résulté une course à la contraction économique en Europe qui a fait grimper le chômage partout sauf en Allemagne qui tremble cependant d'avoir finalement à encaisser ses pertes.

Au sein du système monétaire international la situation est exactement la même. De déficits énormes en excédents gigantesques, on a créé une "économie baudruche" qui a finalement explosé en 2008 en laissant une ardoise d'environ 12 mille milliards de dollars de pertes sèche dans le système, qu'on ne parvient pas à éliminer en douceur. 57 000 milliards de dettes supplémentaires plus tard, et avec des intérêts négatifs, on ne sait toujours pas où on va.

Quels seraient les moyens de sortie ?

En Europe, la question est claire. Il faut une institution de coordination et une règle automatique : les pays en excédents doivent ou corriger leurs excédents ou payer au pot commun. Plus l'excédent est gros, plus il est âgé, plus la contribution au pot commun doit être forte. Idem pour un pays en déficit permanent ou chronique. Il peut être aidé, pour sortir de la crise en souplesse, mais sous conditions d'autant plus draconiennes que les déficits sont plus âgés et plus importants. On comprend que plus vite les mesures sont prises et moins graves sont les déséquilibres, plus faciles seront les ajustements.

La grande difficulté est qu'un pays en excédent se considère comme vertueux et fort. Il exige que ce soit les autres qui s'ajustent. Cette position est absurde même si elle est psychologiquement prégnante.

Dans un système de monnaies à taux de change fixes mais ajustables, la variation du change permet de régler rapidement les différences de compétitivité. Si on rend les décisions d'ajustements dépendantes d'une institution extérieure disposant d'une certaine autorité, notamment pour prévenir les déséquilibres et éviter les attitudes délétères de gouvernement cherchant des dévaluations à rythme accéléré, on obtient de bons résultats. En change fixe l'affaire est plus délicate puisqu'il n'y a guère que deux actions possibles, si possible concertées, pour sortir des déséquilibres : la déflation dans les pays en perte de compétitivité et symétriquement la relance et l'inflation dans le pays excédentaire. Ces politiques étant difficiles, la prévention devient fondamentale. La création de la zone Euro aurait dû être accompagnée de la création d'un organe de constat, de prévention et de coordination économique. Ce que nous appelons un chancelier de la zone Euro. On a préféré des règles juridiques absurdes et dont personne ne tient réellement compte. On s'ajuste donc par la déflation et la récession. On peut considérer cela comme une énorme défaillance intellectuelle, morale et politique.

Dans un système de monnaies flottantes, la situation est pire. Surtout si un pays, du fait de l'histoire et de sa puissance économique, a réussi à installer sa monnaie comme monnaie mondiale. Il n'y a alors plus aucun moyen d'obtenir de ce pays qu'il change quoi que ce soit à sa situation. Les ajustements ne se font pas. les bulles enflent et explosent périodiquement. De plus en plus gravement. Les pays en excédent, pays producteurs de pétrole, pays ayant décidé de croître par le dumping monétaire, vivent en permanence dans la crainte de voir leurs avoirs monétaires dévalués et les placements faits à l'extérieur perdre toute valeur. L'Allemagne à la fin des années soixante-dix, le Japon à la fin des années quatre-vingt, la Chine dès 2010 se sont retrouvées ainsi suspendus dans le néant. L'Allemagne a mis 25 ans à s'en remettre. Le Japon ne s'en est toujours pas remis. La Chine tremble.

Les clés d'un système international de commerce et de monnaie efficace sont parfaitement connues.

Tout pays en excédents doit rétablir ses comptes. Les replacements en capital doivent être interdits. Il faut qu'il dépense en achats de services et de marchandises suffisamment pour rééquilibrer ses comptes extérieurs. Il peut le faire en ajustant sa monnaie et/ou ses achats et ses ventes extérieurs. Tout pays en déficit doit réajuster sa monnaie ou remettre en ordre sa productivité.

Quel est le meilleur cadre pour obtenir ces résultats ? Les changes flottants ont montré que non seulement ils étaient incapables de provoquer les ajustements nécessaires mais qu'en plus ils compliquaient ou empêchaient la recherche de solution.

La meilleure solution est un système de changes fixes et ajustables avec des mécanismes automatiques de pénalisation des grands excédents et des grands déficits, une monnaie de compte extra-nationale et une organisation multilatérale indépendante des gouvernements, paritaire, et sans que personne n'y ait de droit de veto.

Il va de soi que dans une telle organisation internationale, le représentant de l'Europe serait le chancelier de la zone Euro. Son travail serait d'autant simplifié qu'il pourrait à la fois ajuster de façon interne les économies et participer aux ajustements externes. Un tel système implique que personne ne puisse plus "shorter "une monnaie et qu'une telle entreprise soit durement sanctionnée. Ce contrôle est désormais techniquement facile à mettre en œuvre. De même les mouvements de capitaux à court terme doivent pouvoir être limités autant que de besoin, surtout s'ils ne correspondent à aucun mouvement commercial.

On dira : et le passé ? Le passé ne doit pas être géré par les institutions chargées de gérer le courant mais faire l'objet d'un cantonnement global par d'autres instances.

C'est à cette nouvelle construction qu'il faut désormais s'attacher. Rien n'est plus urgent. Les conférences sur le commerce proprement dit ne peuvent se mettre en place avant que cette question cruciale ne soit tranchée.

Il n'y a pas de commerce sans monnaie saine  ni de monnaie saine sans commerce équilibré

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

PS : à souligner, le silence absolu de notre gouvernement et des futurs candidats à la présidentielle sur ces sujets absolument cruciaux "pour la vie quotidienne des Français" et surtout sur l'avenir de leurs enfants. .

France : les mots qui tuent l'action

On voit aujourd’hui se multiplier l’emploi de mots qui masquent, qui éludent, qui évitent, qui fuient. Face à nos difficultés extrêmes et récurrentes, voici les tenants de la « gouvernance », de la « méthode », de la « participation », de la « compliance » (un peu d’anglais ne nuit pas). Ces vocables baignent dans les adjectifs : compassionnel, bienveillant, consensuel.

Tout pour éviter l’emploi du mot DIRIGER.

Diriger, cela signifie avoir au moins une direction. L’objectif soit être identifié et qualifié. Les moyens d’arriver au but  sont à préciser et à évaluer. Ils doivent être congruents avec l’objectif.

Diriger demande de réfléchir puis de mobiliser et d’agir fermement jusqu’au résultat.

Le général de Gaulle a dirigé le pays. Sur tout sujet, il faisait d’abord table rase. Puis se construisait à force de consultations et  de réflexion, un diagnostic sur la situation courante, une réflexion sur celle qu’il faudrait viser et enfin une politique. Une politique commence par s’énoncer. Un dirigeant efficace construit, réunit et fonce. La parole est son arme. Mais il faut qu’elle soit chargée et que ceux qui doivent se mobiliser puissent y reconnaître une rationalité, une opportunité, et un espoir.

Personne ne souhaite se mobiliser en vain. Personne n’aime être contraint en vain.

Diriger contraint. En cas de guerre, la mort apparait qui est la contrainte suprême. Pour atteindre l’objectif il va bien falloir engager le combat contre ceux qui n’acceptent ni l’objectif ni les moyens, ou qui, en politique, veulent simplement la place ou des places.

La France est le fruit de nombreux combats et dont elle porte encore maintes cicatrices.  Elle porte en elle  l’avenir de nombreux sacrifices qui l’ont faite telle que les Français voulurent qu’elle soit.

En économie, diriger, c’est comprendre et prévoir. Si on ne comprend rien, on ne peut rien faire. Où en est, en France, le diagnostic de la crise terrible qui a frappé l’économie monde et par ricochet l’économie française ? Poser la question est y répondre : il n’y a pas de diagnostic public des causes de notre désastre économique national dont il est même recommandé de ne pas parler. « Si on parlait moins de crise, il n’y aurait pas de crise » répète inlassablement l’imbécile. Il n’y a pas de prévision. Où veut-on être dans 5 ans, dans dix ans et quels sont les obstacles à vaincre pour y parvenir ? Pas un mot. Non pas qu’on n’annonce pas le paradis sur terre pour le lendemain des élections. Mais quelles prises en compte réelles des tendances lourdes, des risques latents, des échéances probables ?

Nicolas Sarkozy annonce en 2007 que la confiance retrouvée permettra un accroissement formidable de la croissance et ne voit pas venir une crise majeure parfaitement évidente pour qui regarde.

François Hollande nie la crise en 2011 et explique que si cela va mal, c’est à cause de son adversaire. Qu’il soit chassé,  il se charge de « ré-enchanter la France ».  Avec les résultats que l’on voit.

La droite annonce qu’elle va être formidablement volontaire, mais entend ignorer qu’en 74, les bonnes intentions de Giscard, Chirac et Barre ont été  balayées par une crise venue d’ailleurs, que celles de Balladur puis Chirac et Juppé, le seront par la crise de 93, que Chirac, Raffarin et Villepin seront rattrapés par la crise de 2001-2002 et que Sarkozy et Fillon verront leurs espoirs anéantis par une nouveau tsunami.  La tradition du cycle veut qu’une crise internationale balaie le monde tous les huit-dix ans, avec une alternance de récessions fortes et de retours de flamme plus mous. On risque donc en 2017 et 2018 un retournement de ce genre. Qui le dit. Qui même y pense ?

Les socialistes, minoritaires dans le pays, ne parviennent au pouvoir que sur les décombres d’une crise décennale. Ils se pensent aussitôt autorisé à imposer un complément de régime socialiste basé sur la méfiance, la contrainte, la dépense publique et les impôts. Ils aggravent systématiquement les effets de la crise et la rende inextricable.  Le résultat est toujours  délétère.

La France ne se remettra jamais du « programme commun de la gauche » : le revenu par tête des Français rattrapait depuis la guerre celui des Américains. Terminé depuis 1981 !

La France avait retrouvé ses grands équilibres commerciaux. Jospin étouffe la compétitivité française qui repasse dans les déficits permanents en matière de commerce international au début de ce siècle, grâce à un jeu de mesures typiquement trotskiste (étouffement des relations du travail, réduction massive du temps de travail).  

La France, étrillée par la crise de 2008, aurait du retrouver une marche normale cinq ans après les mesures d’urgence. A force d’impôts spoliateurs et d’injures haineuses,  suivies d’un virage à 180%, mais tellement en dérapage que les roues n’accrochent pas la route, la situation est pire que jamais.

Cette alternance de crises globales et d’aggravations socialistes a ruiné la France dans les quarante dernières années.

Il faut aujourd’hui  mobiliser contre les causes des crises globales en proposant les bonnes solutions et en définissant les moyens d’aboutir aux révisions nécessaires.  Le silence est de plomb.

Le socialisme doit être éliminé des perspectives électorales normales, qui ne devraient rien d’une doctrine qui n’a partout que provoqué crime et ruines dans ses versions génocidaires  et appauvrissement et chômage dans ses versions basées sur la seule violence règlementaire et fiscale.  Il ne faut plus laisser croire à qui que ce soit que sa situation dépendra du vol du travail et de l’épargne d’autrui.  Les situations individuelles ne peuvent et ne doivent s’améliorer qu’à concurrence de la participation active à la prospérité générale.

La clé de l’avenir n’est pas dans « la gouvernance », « la participation », le « consensus », la « bienveillance », la « compassion », « la compliance », « le juridisme », « la norme », « la soumission au rapport de force », dans « le rêve général ».

Il est dans l’exercice du pouvoir par des DIRIGEANTS qui auront le courage d’expliquer les causes réelles des difficultés en cours, qui proposeront des solutions cohérentes et complètes en vue de les juguler et qui sauront définir un objectif clair à atteindre autour duquel le pays tout entier peut se mobiliser.

Bien sûr, avoir une politique effective est un exercice exigeant. Il faut comprendre. Il faut expliquer. Il faut rassembler. Il faut concentrer des énergies et des moyens vers un but et de nombreux objectifs intermédiaires en général difficiles à atteindre. C’est exigeant.

Tout le reste est postures ou impostures et la ruine définitive du pays à court terme. Nous sommes à deux doigts de la situation grecque de chaos politique, économique et social.

L’heure tourne.

Hollande : une sinistre fin de règne

Alors que nous vivons les consternants  soubresauts de la fin de règne du plus médiocre Président que la France s’est donnée depuis Deschanel,  il est à craindre que son histoire ne trouve guère d’autres lecteurs que des contempteurs indignés ou de navrants « malgré-nous ».

Quelle est la part, dans cet échec impitoyable, de la psychologie fâcheuse du petit malin et de l’inepte doctrine qu’il a choisi comme vecteur de fortune personnelle ?

La France pouvait-elle se trouver bien d’un Prince aussi tenté par l’orgueil déplacé de la transgression ?  Les Français pouvaient-ils espérer beaucoup des concessions  multipliées par électoralisme  à une idéologie funeste?

L’amour de la transgression n’est pas celui de la Patrie. Est-il une seule catégorie, vertueuse ou son contraire, qu’il n’ait pas voulu foudroyer  ou fourvoyer en la prenant à revers ?

Voici la mère chargée d’enfants à qui l’on refuse la solidité du mariage, institution que l’on vide de sens en l’ouvrant à qui ne peut pas avoir d’enfants naturels. Voici la maîtresse que l’on chasse ignominieusement, pour entrer en libertinage avec une autre dans les impasses casquée de la rue du Cirque.  Voici la fortune insultée et chassée, alors qu’on s’enrichit personnellement au-delà de tout espoir. Voici la pauvreté des « sans dents » accablée, et les faibles chassés de l’emploi, quand la parole du démagogue la flatte tous les jours.

Le pervers personnel ne fait que des victimes individuelles. Le Prince pervers trouble la nation toute entière.   Pauvre peuple français qui a signé par un vote déprimé la mise sous tutelle de son travail, de son intelligence et des fruits de son histoire.

Voici la transgression Najat Belkacem, symbole de la soumission à une altérité sans mérite, élevée à la direction d’un enseignement national dont le sens et les résultats ont été anéantis par le pédagogisme. Elle détruit impitoyablement 1.000 ans de grandeur de la pensée française et de haute tradition, c'est-à-dire de haute transmission.

Voici la transgression Hidalgo, vieille maîtresse d’origine étrangère devenue mairesse de Paris où, quêtant l’appui d’un Communiste en ignorant des mille génocides commis par la mouvance, elle entend pourrir la vie du bourgeois jusque sur son palier, tout en multipliant les fêtes et les dépenses qui n’intéressent qu’une poignée de ridicules.

Voici la transgression Taubira, guérillera franc-maçonne sur le retour, contemptrice un brin raciste du Blanc colonialiste et esclavagiste, qui fait de la sanction pénale non pas la juste prévention du crime mais son berceau.   

Voici la transgression  Duflot, médiocre diplômée en géographie qui voit le Japon dans l’hémisphère sud, qui ruine l’industrie de la construction en une seule loi inepte au nom d’une écologie dévoyée de tout sens, et la contre transgression Coste qui voit l’infortunée épouse d’un harceleur sexuel, soutenu par Hidalgo (que le monde est petit), devenir Ministre de la République par calcul politicien de douzième ordre.

Voici la transgression Valls, petit hidalgo  à mouvements de menton,  projeté d’un coup  Premier Ministre et la contre transgression Macron qui doit le tuer politiquement, comme naguère le sinistre Mitterrand, modèle insurpassable du cynisme politique,  avait lancé le flambeur Tapie saper pour toujours  les ambitions de l’esprit-faux  Rocard.

Voici la transgression de la déchéance de la nationalité, que l’habile crut devoir jeter à la colère des Français indignés par le plus grand massacre subi en temps de paix par une population innocente, et finalement abandonnée en rase campagne, sur fond de mépris général.

Voici la transgression El Khomry, à nouveau d’origine étrangère, chargée à son incompétence défendante, de porter un projet transgressif de tout ce qui fait le socialisme depuis 150 ans. Et une France livrée sans défense aux exactions de la CGT et de ses nervis, aux attaques des milices fascistes d’extrême gauche, et à mille excités que stimule la faiblesse de l’Etat  et qui finissent par tenter de tuer des policiers et par demander la pendaison sur le Pont d’Avignon « de tous les patrons ». Où sont les cellules de déradicalisation ?

Alors oui, la composante psychologique du président actuel de la France a entraîné le pays au bord de l’abîme.

On dira : cette transgression a tout de même permis le Pacte avec les entreprises et la restauration de leurs marges.  Pour un socialiste, ce n’était pas rien. Après tout il a fallu un premier secrétaire du Parti Communiste russe  pour mettre en l’air l’URSS. Pourquoi pas un ancien secrétaire du PS français pour restaurer la compétitivité des entreprises en prenant à contrepied les chants destructeurs de son propre camp ?

Certes, certes.

Mais, pour compenser cette mesure insuffisante,  combien de concessions dramatiques  à l’idéologie délétère qui, partout, a conduit les peuples à la ruine ou à la tragédie et qui rendent désormais presqu’impossible une sortie par le haut des terribles tourments économiques et financiers qui accablent le pays ? Nous sommes désormais les champions du monde du prélèvement obligatoire. Spoliation socialiste, tu tiens ta victoire.

Et de combien de mesures purement démagogiques, proches de l’achat de vote pur et simple, et dont l’effet destructeur est multiplié par l’état de détresse actuel de notre pays,  devrons- nous payer pour l’ambition délirante désormais déclarée d’un nouveau quinquennat ?

Il ne fallait à la France ni un esprit épris de lui-même, au point de faire de la transgression un mode « normal »  de gouvernement, ni un politicien manipulateur de chimères au point de livrer le pays aux plus ruineuses utopies, alors qu’il menaçait déjà de sombrer. Comment espérer quoi que ce soit de cinq années de plus d’un gouvernement tenu dans la double sujétion d’un caractère et d’une doctrine aussi problématiques ?

Les Français ont eu tort d’abandonner la France.  Ils ont mis sous le joug  et leur foi nationale et leur conscience historique. Ils sont devenus le jouet désarticulé d’une ambition individuelle médiocre et d’une idéologie morte.  Le démagogue parlait de « pacifier » le pays. On en est aux tentatives de meurtre de policiers, façon Jeanne d’Arc malgré la fermeture des pompes à essence.  On appelle à la pendaison « de tous les patrons » sur le pont d’Avignon.

Pour avoir stimuler la haine de tous contre tous, et celle de chacun contre chacun,

Pour avoir fait espérer à certains qu’ils pourraient gagner un peu en prenant tout à d’autres,

Pour n’avoir jamais esquissé les voies et moyens d’un avenir français, ni jamais pris un ferme parti sur aucun des sujets graves qui peuvent le saper,

François Hollande a fini de désespérer la population dont le choix actuel n’est plus qu’entre  la résignation morose, les révoltes mortifères et les expatriations ruineuses.  

Celui qui pensait tenir la jeunesse politisée, encadrée par son parti, et ne jamais fâcher vraiment la CGT et  les habituels maîtres chanteurs de la République, s’est pris une nouvelle fois les pieds dans une de ses manipulations électoralistes malsaines. Les voilà acharnés à ruiner l’ordre public et le reste de prospérité du pays pour le faire céder.   

La majorité silencieuse observe et subit, consternée. 

Elle pense : plus jamais çà !

Elle a raison.

Jean Tirole : un prix Nobel pour rien ?

Malheureux  Jean Tirole, sorti de ses études scientifiques pépères par la notoriété d’un prix international de renom, et sommé d’intervenir dans les débats politico-économiques pipés de l’intelligentsia médiatique française au minimum anti libérale et généralement marxiste (voire pre marxiste ou post marxiste, c’est selon),  dans les débats socialo-socialistes de l’Assemblée Nationale et dans les débats programmatiques de la droite en vue des élections présidentielles. 

En France, un économiste est par définition un ennemi du socialisme et de la gauche. Au pire, ce n’est qu’un suppôt du MEDEF. Au mieux un inconscient qui ne se rend pas compte qu’il véhicule une idéologie bourgeoise et qu’il doit d’abord s’excuser de ses lamentables préjugés.  La seule vérité admise est celle des luttes sociales et du rapport de forces avec les patrons.  « Si on avait écouté les économistes, on n’aurait aucune loi sociale et pas les congés payés ». Choisissez votre camp : vous êtes pro lutte : admis. Vous dites : « attention à ne pas étouffer l’économie avec des mesures qui ont des effets pervers » : vous êtes un « fasciste ».

Entrer dans un débat économique sur un forum ou une émission de radio télévision, exige d’abord de préciser « d’où vous parlez  ».  Faites-vous partie des bons ? Ou êtes-vous un « salaud » au sens sartrien du terme ?

Comme on sait, depuis 1968 et l’Odéon, que « les faits sont fascistes » et depuis Nuit Debout que le Rêve Général (et les pillages et destructions associés)  est la seule solution admise, un économiste qui prétend s’appuyer sur les faits pour tenter de définir des règles du jeu efficace en vue d’un objectif de prospérité générale doit faire l’objet prophylaxique et préventif  d’une « reductio ad hitlerum et petainum » incandescente.  

La France scolaire et universitaire est depuis très longtemps alignée sur ces thèmes socialistes et anti capitalistes. Lire les manuels d’économie français pour scolaire est une épreuve pénible : le pavé idéologique socialiste est en béton armé, soutenu par une cohorte « d’enseignants » en général incultes mais politiquement orientés. A l’Université, c’est pire. « L’économiste distingué », façon Leroy Beaulieu, a été remplacé par des minables sélectionnés sur critères principalement politiques.

A Sciences-po, depuis la fin des années 70, la librairie qui fait face à l’entrée de la rue Saint Guillaume n’affichait que des économistes de gauche contestataires du capitalisme.  L’institut à prétention économique rattaché à Science-po est un repère d’économistes dits « de gauche » surtout soucieux de montrer que l’économie publique est la seule vraie et que le capitalisme privé est une catastrophe. Les facultés sont en général peuplées d’économistes châtrés. Plus on monte dans le système, plus le cheptel des étudiants est de bas niveau ! En doctorat, il ne reste en général que les plus nuls et des étrangers, souvent africains (heureusement, ils relèvent le niveau d’ambition). Obtenir des postes dépends de la frénésie qu’on a mis à signer des pétitions de gauche, façon « les 1xx économistes en faveur des trente-cinq heures ». L’Université française, en économie, est la seule qui conserve des économistes marxistes purs et durs. Il est vrai que dans les années 60 et 70 certains professeurs ( ?!) sélectionnaient sur des critères purement idéologiques. Un certain Denis qui enseignait à Paris l’histoire de la pensée économique mettait 2 à qui répondait valeur utilité et 20 à qui répondait valeur travail,  sur toute question relative à la théorie de la valeur. Tout le monde le savait. Cela ne gênait personne. L’opportunisme prévalait chez les élèves. Surtout ceux qui voulaient rester dans l’enseignement.

Cela nous vaut, au mieux des Picketty et au pire des commissaires politiques autoproclamés du bien penser économique anticapitaliste. On ne dénombrera pas ici ces  « justiciers » qui ne pensent qu’en termes d’alternative économique. Cette tentation marxo-gaucharde basée sur le négationnisme économique et le pilori, est une des grands malheurs de l’enseignement et de l’information économique en France.  Toutes les sottises antiéconomiques proposées par les gouvernements de gauche sont encensées par ces esprits partisans. On voit où cela nous a mené.

Pour parler comme Eric Zemmour, la pensée dominante en France est antiéconomique. Les mauvais esprits sont éliminés. Qu’une chaîne comme BFM TV qui fait souvent intervenir des guignols du boursicotage, fasse accompagner Le Chypre de Chavagneux, en dit long sur l’état de soumission idéologique de la TNT.  

Et personne ne parle de mettre en place des cellules de dé-radicalisation pour ces faux prêtres…

Cela explique largement les postures gesticulatoires violentes des « étudiants conscientisés » qui détruisent chaque nuit un peu partout en France à la simple évocation du nom El Khomry.

Il faut ajouter que la science économique est une forme d’oxymore. Les sciences sociales malgré tous les efforts faits pour les rendre incompréhensibles par qui n’est pas matheux, ne sont pas des sciences exactes mais des chemins de réflexion basés sur des évolutions constatées et des mécanismes plus ou moins bien cernés. Les vulgates enseignées sont par définition des raccourcis dont il est facile de prouver que, pris à la lettre, ils ne correspondent pas à la réalité.

Cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas y avoir de réflexion économique sensée, mais qu’il n’y a pas de lois mécaniques comme en physique. Du coup la notion de prix Nobel, (oublions la querelle de nom pour celui d’économie), est sujette à plus de caution que dans le domaine des sciences exactes. Il n’y a pas de véritables « découvertes » en économie, dont l’obtention puisse être primée. Lorsqu’on prend la collection des travaux primés par le « Nobel » d’économie depuis qu’on a créé ce prix, on constate que le tamis du temps les a laissés tomber majoritairement dans la poubelle des insignifiances.  Le jury n’est pas absolument immunisé contre les options politiques. Krugman a été récompensé pour son activisme contre le Parti Républicain dans les colonnes du NYT, pas pour des travaux universitaires (parfaitement sans intérêt). On peut dire la même chose de Stiglitz qui est un esprit brillant mais généralement faux.  Ces deux polémistes sont d’ailleurs des coqueluches médiatiques et politiques en France. Avec l’inévitable et consternant Varoufakis.  On voit le niveau.

Dans un tel contexte le nouveau prix Nobel français, Jean Tirole, sommé de devenir une parole reconnue dans le débat économique français, ne pouvait pas être à la fête. On lui a fait écrire un livre qui n’a à peu près aucun intérêt, tellement il est consensuel et dilué. Mais même ce filet d’eau tiède  est vilipendé ou fait l’objet de récupérations politiques ridicules.

L’emploi du mot « consensus » en fait par exemple le parangon de toutes les vertus pour ceux qui veulent une forme d’union nationale ni de droite ni de gauche, disons centriste, pour sortir la France de ses problèmes.  Bientôt on lui fera dire qu’il est pour la proportionnelle !

Pouvait-il en être autrement ? Probablement pas.

Pour pouvoir avancer deux ou trois idées, au demeurant banales,  il est obligé à une prudence de loup et à s’excuser à chaque pas. L’interview par l’indispensable Chavagneux sur France Inter ce matin en était une fois de plus la preuve.  « Vous soutenez les thèses du Medef ». Sous entendu : vous êtes un agent de la réaction.  La disqualification sur une base purement idéologique marxiste a été la constante de l’émission. Et le pauvre essayait de montrer sa bonne volonté. Et plus il le faisait, plus il s’enfonçait dans le rien du tout.

Le débat économique en France est tout simplement interdit s’il risque de déstabiliser les forces idéologiques embossées dans les médias, dont la dominante est un magma informe de sous-intellectuels opportunistes.

Qu’importe les réalités ! Qu’importe la gravité de la situation ! Pour les idéologues politisés, les désastres sont toujours la faute d’un vilain. Choisissez votre vilain. On vous acceptera en néolibéral affichée ou en économiste atterré ou alternatif.  Pas en observateur neutre des faits  et encore moins en force d’explication des conséquences d’actions porteuses de catastrophes.

Il suffit de voir ce qui est arrivé à Maurice Allais pour comprendre que la moindre lueur de réalisme est impossible en France. Mais au moins il avait secoué la baraque. Et les faits lui ont donné raison. Ce qui donne de la force à son message même s’il est post mortem.

On ne peut guère conseiller à Jean Tirole le chemin du martyr.  Mais du coup on peut se demander si ce prix Nobel n’est pas un prix pour rien.

En lisant Jacques de Larosière

« 50 ans de crises financières » est un titre accrocheur (Merci Odile Jacob !) mais parfaitement trompeur. Le lecteur s’attend à un ouvrage sinon technique (encore que…) du moins très précis sur les décisions fondamentales prises dans les cinquante dernières années qui ont conduit au désastre actuel. Jacques de Larosière n’est pas un simple observateur. Il a été au cœur du réacteur. Il était donc plus qu’important  d’avoir et son témoignage et son jugement sur ce qui a été défait de façon aussi inconséquente, avec des conséquences aussi dramatiques. Sa carrière couvre quasiment exactement la période qui a vu « La Crise » s’installer et devenir pratiquement insurmontable. Il n’a pas été simplement le compagnon du désastre mais un de ses acteurs majeurs.

Au lieu de cela, nous avons une courte et creuse autobiographie d’un personnage aussi parfaitement  lisse que pourrait l’être un prototype de haut fonctionnaire français ayant cumulé à la satisfaction générale tous les hautes fonctions nationales et internationales possibles. Une carrière si belle suscite le respect. Ce fut parfait ! Bravo !

Tous les poncifs du genre défilent avec distinction. L’épouse remarquable, les enfants superbes, les interlocuteurs délicieux, dont beaucoup deviennent des amis, les séparations émouvantes avec les employés-modèle à chaque départ d’une haute fonction. Et la pêche à la mouche ou au thon avec quelques grands de ce monde qui aurait pu valoir trois phrases amusantes à Pêche, Chasse et Nature.

L’ennui, c’est qu’on nous a annoncé des analyses perforantes sur les causes de 50 ans de crises financières. Et qu’on ne trouve pas dix pages dans tout le livre sur les questions clé que pose le passage de l’économie mondiale en mode baudruche jusqu’à son effondrement en 2007-2008. Allons, soyons généreux : 100 lignes dignes du titre. C’est peu.

Pour nous, la question centrale à laquelle nous cherchions une réponse sérieuse était la suivante : comment a-t-on pu signer les accords de la Jamaïque qui ont provoqué le désastre. C’est à partir ce moment que l’économie a basculé dans le n’importe quoi  et qu’a été institutionnalisé la baisse constante du trend, la montée de l’endettement global à des niveaux intenables et les crises périodiques de plus en plus sévères. Les accords signés à Kingston, c’est l’erreur absolue, le poison lent instillé dans les artères de l’économie mondiale,  la source de tous nos maux actuels, même si l’Europe a aggravé les choses avec l’organisation inepte de la zone Euro et la France ajouté ses propres délires fiscaux.

Qui était le « sherpa » chargé de préparer ces accords ? Jacques de Larosière ! Alors, qu’a-t-il à dire ?

« Le groupe des dix désireux de trouver une solution décida de s’en remettre à la France et aux Etats-Unis ». « Jeune directeur du Trésor depuis juin 1974, je fus chargé de la négociation côté français ».

A l’hôtel du Mont Washington, à Bretton Woods, en juillet 1944, la France n’était rien. Le rapport Istel et Alphand avait été écarté d’un revers de la main dès les premières phases préparatoires un an plus tôt et la délégation française  luttait pour faire reconnaître sa représentativité. Elle n’eût aucun poids, en dépit de l’envoi d’un éminent représentant du Trésor (déjà), et l’arrivée tardive de Pierre Mendès France.  Pour construire la prospérité, nous n’étions pas là. Pour la déconstruire, nous étions en tête de cordée !

« Mon interlocuteur était le banquier Ed Yeo, sous-secrétaire d’état au trésor […] une force de la nature animée d’une énergie débordante ».

C’est là une grande tradition tactique américaine. Ils envoient au front des pitbulls qui n’ont qu’un leitmotiv : ce qui est bon pour les Etats-Unis est bon pour le monde, et une seule consigne : vous ne signerez que ce qui peut passer au congrès. On est plus dans le diktat que dans la négociation.

Il aurait été intéressant de savoir ce que furent les grands thèmes de cette négociation, les affrontements éventuels sur  les objectifs et les moyens. On ne trouvera qu’une seule ligne : «  nous finîmes par trouver un accord   juste avant la réunion du Groupe des Dix qui se tînt à Rambouillet le 17 novembre 1975 ». Fermer le banc tout est dit. On est bien content.  

On sait que M. Giscard, fit un peu plus tard, à Kingston, au bord de la piscine  où se pressaient Gérald Ford et les autres grands dirigeants, une exposition de sa plastique en maillot de bain qui fut très commentée.  On est encore plus content.

Continuons de lire notre négociateur :

« Les Accords de la Jamaïque mettaient fin au régime des parités fixes, légalisaient le flottement et abolissaient le statut officiel de l’or. Néanmoins quelques signes étaient donnés où la France voulait voir la volonté d’une certaine discipline : - la politique devait s’exercer sous la « ferme surveillance » du FMI ; - Le retour à terme à un système de parité fixes mais ajustables était envisagé comme un objectif.

Mais force est de reconnaître que ces vœux restaient théoriques.

En regardant ces évènements avec le recul du temps, je ne me sens pas particulièrement fier des résultats de la négociation. La réalité était que le flottement était libre. L’illusion était que cette liberté pourrait être contrôlée et constituer un « système ». On a sous estimé à l’époque la portée de l’effondrement du système de Bretton Woods. On a vu à l’usage combien le flottement des monnaies a encouragé le laxisme budgétaire et monétaire dont les effets cumulés nous écrasent aujourd’hui. Comment imaginer qu’un tel régime de liberté incontrôlée puisse être compatible avec une coopération économique mondiale et avec la stabilité du système financier. Bien que trop rarement dénoncé, cette enchaînement de conséquences de la décision d’août 1971 est à mon sens à l’origine de nombre des déséquilibres structurels d’aujourd’hui  ».

C’est tout ? Oui c’est tout.

Il serait fort injuste de tenir rigueur au « jeune directeur du Trésor » d’avoir ainsi négocié le plus grand désastre économique depuis 1929.  Que faisait le Ministre des finances de l’époque ? Où était Jean-Pierre Fourcade, inspecteur des finances, ami de Giscard, la dernière coiffure en brosse de la République et l’heureux concepteur de Bison Futé, qui fera une longue et lucrative carrière comme sénateur maire inamovible dans l’ouest parisien ? Il a publié en 2015 des mémoires qui passèrent totalement inaperçues et qui ne disent rien sur le sujet. Que faisait Giscard, qui en définitive porte la responsabilité principale. Sous De gaulle  il naviguait en pleine ambiguïté. Il pouvait désormais parler en maître. Il n’a rien dit, rien fait ? Où étaient l’Europe  et les européistes ?

Les Etats-Unis ont imposé leur point de vue sans opposition autre que marginale, feutrée et pusillanime. On retrouvera le pitbull Yeo un peu plus tard pour torpiller une idée du FMI « tendant à créer un compte de substitution » où les dollars auraient été changés en DTS, évitant que l’accumulation des balances dollars générées par les déficits n’induise une création monétaire débridée.  « C’était peut être la dernière chance d’assainir le système monétaire international ».

La totale docilité des européens et plus généralement des pays de l’Alliance Atlantique vis-à-vis des Etats-Unis est une tragédie. Elle dure encore. Il est vrai qu’aucune belle carrière internationale ne serait possible sans être totalement soumis. Pour un fonctionnaire, habitué à servir le souverain, la soumission est en quelque sorte institutionnelle.  Le souverain décide, le fonctionnaire exécute. Lorsque, de plus, le souverain n’a plus de souveraineté, il s’exécute d’autant plus vite.

La mansuétude que l’on peut accorder au sherpa des accords de la Jamaïque n’est pas de mise quand on s’attache à l’action du directeur général du FMI qu’il fut peu après.

Le directeur du FMI est indépendant, extrêmement bien payé, et a le pouvoir de parler et d’agir. Bien sûr, il n’est que directeur et le conseil d‘administration est là. Mais tout de même. Le FMI a un rôle statutaire dans l’avertissement des grands de ce monde sur les dysfonctionnements économiques et monétaires. Le système des changes flottants ne marche pas, n’a jamais marché et ne marchera jamais. Il appartenait au FMI de surveiller les mouvements croisés liés aux déficits et aux excédents immenses, d’étudier leurs conséquences, et de prévenir le monde. Personne ne pouvait empêcher le directeur général de mobiliser ses économistes (les plus chers payés du monde) pour voir, comprendre, faire savoir et alerter. Rien de tout cela ne fut tenté. Jacques de Larosière indique qu’il écrivit à titre personnel quelques avertissements sur les conséquences néfastes de la montée de l’endettement.  On croit rêver. Lorsqu’on dirige une institution multilatérale extrêmement bien dotée et chargée d’alerter sur les risques économiques et monétaires mondiaux, on ne se contente pas d’écrire des « pamphlets » qui « n’eurent aucune influence ». Il est vrai que le bon Yeo invita notre auteur à pêcher en famille le « blue fish » à Cape Cod. Ce n’est pas parce qu’on est pêcheur qu’on n’est pas pécheur. Jacques Rueff avait tout dit sur le péché monétaire de l’Occident.

Il se trouve que Larosière est encore dans le coup d’un autre gros dysfonctionnement structurel : la création d’une zone euro sans organe de direction. Il signe le rapport Delors et s’en dédouane en précisant : « On a parfois reproché à ce rapport d’avoir esquivé la question de l’indispensable coordination économique entre membres de l’Union. En fait le document soulignait bien l’importance de cette coordination. Mais le comité avait été chargé de faire des recommandations sur les aspects monétaires de l’union et non sur son organisation économique ». Là aussi l’auteur explique en détail pourquoi la solution est très mauvaise et n’hésite pas à souligner tout le mal d’une solution qu’il a signée. Il s’en dédouane un peu facilement. Comme dans la négociation avec Yéo, on se contente de vague réserves dont on sait qu’elles ne sont là que pour faire beau car elles sont virtuelles. C’est bien d’écrire en 2016 qu’une zone monétaire unique impose une gestion macro économique différenciée et une coordination. Mais un peu tard !

Nous passerons sur le reste des missions qui ont été confiées à notre auteur, notamment à la Berd, où il nettoiera les écuries laissées un peu sales par J. Attali, à la Banque de France où il sera sévèrement accroché par la Justice dans l’affaire du Crédit Lyonnais comme responsable de la Commission bancaire et qui finira sa carrière en soutien de Michel Pébereau et de la banque universelle.

Pour nous l’importance de Jacques de Larosière ne tient pas à son action passée, mais à sa dénonciation hic et nunc des trois dysfonctionnements qui font l’objet de nos travaux et combats publics  depuis vingt ans :

-          Oui, la crise actuelle est due aux cinquante années de désordre monétaire provoqué par l’abandon des disciplines de bretton Woods. Il est bien qu’un des grands acteurs de l’action publique nationale et internationale le dise enfin haut et fort.

-          Oui un système de monnaie unique sans coordinateur est une absurdité dangereuse.

-          Oui un pays comme la France qui refuse toute réforme structurelle et s’enfonce dans l’hyper fiscalité et  le socialisme anti économique est mal parti.

On nous dit parfois que nous sommes seuls à nous battre sur des positions qui seraient étonnantes, hétérodoxes, marginales et peut être même saugrenues.

Si le récit historique contenu dans les micro-mémoires de Jacques de Larosière  est consternant, son diagnostic lui est pleinement valable et mérite d’être amplifié.

Les idées que nous défendons ne sont pas marginales. Elles forment le cœur d’un consensus qu’il est facile de constater dans les discussions privées et pratiquement impossible de faire admettre à des dirigeants lorsqu’ils sont aux affaires.

La vérité est qu’il n’y a pas d’alternative.

Oui il faut mettre fin au flottement des monnaies et à l’absence de système coopératif dans le domaine de la monnaie et de la finance internationale.

Oui il faut un Chancelier de la zone Euro, appuyé sur un dispositif démocratique fort et coordonnant tous les aspects de la vie économique et sociale conditionnant la valeur de la monnaie (et non un gouvernement économique de la zone euro).

Oui, il faut réformer de fond en comble le système économique et social français avant qu’il ne s’effondre définitivement.

Grâce soit rendue à Jacques de Larosière de souligner la pertinence de ces trois thèses.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile.

J. Peyrelevade : un éclair déchire le ciel bleu de l’Enarchie

Jean Peyrelevade publie « Journal d’un sauvetage » (Albin Michel - 6 mars 2016). Le livre fait l’effet d’une explosion d’Exocet sous la ligne de flottaison des « élites politico administratives », en un mot de l’Enarchie. Revenir, après un quart de siècle, sur les circonstances d’un sauvetage de banque finalement raté, était-il, en soi, indispensable ? Sans doute. L’occasion est rarissime de suivre de façon aussi précise et détaillée le fonctionnement de l’Etat Moloch alors que l’un de ses plus illustres serviteurs a conduit à la faillite un des fleurons de l’histoire mondiale de la banque (Le Crédit Lyonnais était avant la guerre de 14 le premier établissement bancaire mondial, mais oui !).

Il ne faut pas bouder son plaisir. Le livre se lit d’une traite. L’auteur a le talent d’écrire nettement et sans fatiguer le lecteur.  Il a sollicité et affiné  sa plume pour peindre des tableaux au vitriol de certains protagonistes de l’affaire. Règlement de comptes ? Un peu, heureusement, tant les excès ont été effarants.  Le déroulé implacable des évènements met en lumière les énormes dysfonctionnements d’un système où les mêmes hommes tiennent le politique, le législatif, l’administratif, la banque et indirectement, les médias.

Depuis 20 ans nous poursuivons le même combat contre ce que nous appelons l’Enarchie Compassionnelle. Nous essayons de donner mille exemples des effets malsains de ce système consanguin et anti démocratique, mais surtout source d’un gaspillage indécent. Le récit de Peyrelevade est, de ce point de vue, d’une limpidité telle qu’on n’imagine pas qu’il puisse rester une seule personne adepte d’un tel système après avoir fini la lecture.

La société des hauts fonctionnaires est un système féodal où il est impossible de mettre en cause qui que ce soit, et où aucune des institutions mises en place pour exercer des contrôles  ne fonctionne.  Les pires erreurs ne sont jamais sanctionnées. Inlassablement, les grandes affaires sous contrôle de l’Etat périclitent et jamais la moindre leçon n’en est tirée.

Il n’y a donc aucune raison pour que de nouveaux désastres ne viennent pas s’ajouter aux précédents. La faillite de Dexia est en effet pire que celle du Crazy Lyonnais. Les pertes abyssales d’Areva, les difficultés de l’ex EDF,  les pertes massives et  récurrentes de la SNCF, les villes mal gérées comme Paris ou Montpellier, les mille et uns abus commis sans vergogne avec l’argent public ont tous la même cause.

Un système où les hauts fonctionnaires cumulent tous les pouvoirs et où les sanctions ne viennent jamais ne peut pas se porter bien.  La complicité avec les syndicats s’installent aussitôt, au nom de la paix sociale et les coûts s’envolent après qu’on ait tout lâché en matière de congés payés, de recrutements, de temps de travail, d’avantages exorbitants, d’indiscipline non sanctionnée.  On place les proches et les copains. On multiplie les postes de hauts dirigeants bien rémunérés pour des tâches pas toujours très claires.  Les auditeurs ne peuvent rien dire : c’est la politique de l’Etat ! Les carrières n’ont plus de rapport avec l’efficacité dans l’accomplissement des missions. D’ailleurs il n’y a plus de réelles missions. On est. On ne fait pas.

Le récit de Peyrelevade est implacable. On ne peut pas réformer un tel système. Il faut le supprimer. C’est la raison pour laquelle nous nous époumonons à réclamer la séparation du politique et de l’administratif, de la banque et de l’Etat, de la presse et de la banque.

Jean Peyrelevade voulait prendre la tête d’un Crédit  Lyonnais privatisé après séparation des actifs douteux liés au passé. Le système français est tellement bridé, que lorsqu’on privatise, la capture du patrimoine national se fait entre oligarques indéboulonnables qui tiennent entre leurs mains pratiquement à vie tous les grands projets nationaux pour des lustres, et la presse quotidienne en prime. Pensons à Michel Pébereau à la BNP, qui est l’exemple parfait de la chose et des actes associés (comme le vidage du directeur du Monde, après un article documentée sur la « pieuvre Pébereau »). On peut malheureusement imaginer que si l’auteur du livre avait réussi à être son pendant au Crédit Lyonnais, il en serait encore le président et le livre n’aurait pas été publié.

Si Peyrelevade passe au rayon X (il a fait Polytechnique) l’establishment de l’Inspection des Finances, n’est-ce pas en partie parce qu’on lui a barré l’accès au Naos du Grand Temple ?   

D’autres faiblesses structurelles du raisonnement des élites financières, administratives et politiques sont révélées par ce livre, sans que l’auteur ne s’en rende compte.  Jean Peyrelevade ne connait pas la notion de cycles économiques et n’a pas analysé le type d’économie qui s’écroule en 93 en France.  Le système bancaire français à cette date est touché dans son ensemble par l’explosion de la bulle immobilière notamment dans les bureaux. Des dizaines de milliards ont été investis hors de toute raison  dans une bulle terrifiante. Partout dans le monde. Les pertes du Crédit Lyonnais ne sont pas seulement liées à la folie des grandeurs de Jean-Yves Haberer.  Son successeur,  une fois aux manettes,  sera confronté, sans qu’il l’anticipe, à une absence prolongée de résultats du fait de la crise du système global. Il se trompera dès le départ sur l’ampleur des pertes du passé et constamment sur celles de la gestion courante.

On touche là la grande faiblesse de nos responsables : ils n’ont pas compris les énormes dysfonctionnements de l’économie globale, basée sur les changes flottants et le recyclage d’énormes excédents. Peyrelevade comme les autres. Nous l’avions déjà constaté au moment où il souhaitait dialoguer sur le net, une expérience qu’il abandonnera presqu’aussitôt. Le livre, indirectement, nous le démontre à nouveau.

L’inconvénient de cette incompréhension est une concentration excessive sur les hommes et le schéma franco français. Le Lyonnais a sauté comme Lehman Brothers et comme bien d’autres, faute d’avoir compris qu’elles chevauchaient une baudruche explosive. L’inconscience les a tuées.

On voudrait être sûr que l’inconscience des causes globales de la crise puisse venir un jour au premier plan des réflexions des grands auteurs. Jean Peyrelevade a manqué le coche mais  a fait œuvre magistrale pour rendre manifeste l’incroyable perversité du système français de confiscation du pouvoir administratif, politique, bancaire et médiatique par une clique minuscule et ses conséquences dramatiques en terme de perte de démocratie et de gaspillage d’argent public. Grâce soit rendue à ce livre pour cette seule raison. On n’avait jamais été plus loin dans la démonstration.

Et que les Français comprennent enfin qu’il ne faut pas élire un Enarque à la présidence du pays. Adieu Hollande ! Adieu Juppé ! Sinon le système dysfonctionnel et inefficace dénoncé si précisément dans le livre perdurera indéfiniment.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

France 1974-2015 : les leçons d'un désastre.

France 1974-2015 : les leçons d'un désastre.

Nous reprenons ici les intéressants calculs de DVD sur la période 1974-2015 qui devraient être affichés au fronton de toutes les mairies de France.

« « Évolution de la population française de 74 à aujourd'hui : Population totale : +12 millions ; Population active : +10 millions.

- Emploi total : +4.4 millions, dont

- Emplois agricoles : -1.4 millions

- Emplois marchands non agricoles : +2.6 millions, dont +2.3 millions de CDD, intérimaires et stagiaires

- Emplois non marchands : +3.2 millions, dont +0.9 millions de CDD, intérimaires et stagiaires

Chômeurs (toutes catégories) : +5.3 millions

Dépenses des administrations publiques en % de la valeur ajoutée du secteur marchand : de 59 % en 1974 à 93 % en 2015

Dette publique en % de la valeur ajoutée du secteur marchand : de 29 % en 1974 à 158 % en 2015

Un "étrange désastre", en effet, qui a consisté à fabriquer constamment pendant 40 ans des emplois publics (+2,1 m), des travailleurs précaires (+3,2 m) et des chômeurs (+5,3 m)"".

En quarante ans, la France a réussi à mettre au chômage ou dans la fonction publique l’essentiel de sa nouvelle population. Un échec économique impressionnant. En 1997 nous écrivions :

« Le gonflement absurde des effectifs publics s’est accompagné en France du délabrement de plus en plus complet des services publics. La justice est à genoux. L’Éducation nationale est en pleine déroute. Nos services diplomatiques extérieurs, notamment culturels, s’écroulent. Le secteur médical se clochardise et devient de plus en plus malthusien. La police n’arrive plus à faire face. Nos armées s’ajustent aux baisses de budget continuelles et ne fonctionnent qu’avec des bouts de ficelles ».

C’était juste avant le plein effet des 35 heures qui a tout aggravé et avant la récession de 2001. Lorsqu’on faisait ce constat, le forum du journal Le Monde s’animait de centaines de réponses injurieuses. Aujourd’hui, qui ose nier que nos services publics sont dans une extrême difficulté ? Nous avons simultanément encalminé notre secteur marchand et abîmé nos services publics, jusqu’au point où le revenu par tête baisse continuellement et que le bateau national tangue dangereusement.

L’explosion de l’économie baudruche internationale, en 2007-2008, a laminé un pays qui était préalablement en grave difficulté. Le désir de la nomenklatura publique française et européenne de sortir des conséquences de cette crise par la fuite en avant monétaire et surtout par l’impôt, alors que la France connaissait une fiscalité hors norme et hyperconcentrée, a fini le travail. La France est exsangue. Les « riches » sont partis. Le pays a explosé en groupes querelleurs. La déprime nationale est à son comble.

Évidemment, on peut toujours affirmer que ces propos sentent à plein nez le « déclinisme nauséabond », que la France est riche de toutes ses énergies et que la sortie de crise est « round the corner ». D’ailleurs, tout ne va-t-il pas mieux, en dépit des propos « irresponsables » du FMI qui souligne que les banques centrales sont presque au bout de leurs pouvoirs et que rien n’est réellement reparti de façon équilibrée et dynamique ?

Avant même d’en tirer des conséquences électorales pour 2017, la grande question, est : la faute à qui ?

Une première explication est d’en faire la faillite d’une génération, la génération des soixante-huitards.

Une seconde est d’affirmer que l’Enarchie compassionnelle qui s’est mise en place au début des années soixante-dix a consciencieusement ruiné le pays.

Une troisième est de remarquer que ce sont les crises à répétition qui ont fait le maximum de dégâts et que la réaction socialisante qui a suivi chaque récession a aggravé tout ce qui pouvait l’être.

Évidemment, on peut combiner les trois explications.

Parler d’une génération coupable est à la fois tentant et délicat. Cela revient à dire que les Français sont responsables, en tout cas une partie majoritaire d’entre eux. Que mai 1968, son gauchisme invétéré, sa dénonciation perpétuelle de la bourgeoisie, son refus des réalités, son mépris du « beauf » français réduits à la condition de vil collabo, de sale colonialiste, de persécuteur de juifs, d’esclavagiste récurrent, de raciste anti-noir, d’islamophobe, de xénophobe, sa détestation du capitalisme et de la consommation, n’aient pas été un cadre motivant de conquête économique, c’est plus que clair. L’idéologie dominante a été constamment marquée par la dénonciation de l’argent, de la réussite, de la connivence entre riches et pouvoir,… L’apparition du bobo urbain, friqué, fonctionnaire, apparatchik ou communiquant, ne marquait pas vraiment une ambition économique tournée vers l’activité marchande. Beaucoup d’autochtones français se sont tournés là où le système scolaire leur montrait le chemin : vers les emplois publics, laissant le travail artisanal et industriel aux populations immigrées. Pas de formation manuelle ni d’apprentissage pour nos enfants ! Tous des demi-intellectuels dans des postes protégés !

Le symbole de cette génération est sans doute le très brillant Michel Le Bris, pur exemple de la force ascensionnelle de l’ancienne école, qui, au sortir d’HEC se lance un temps dans la Cause du Peuple jusqu’à la case prison, renonce à une carrière d’écrivain et monte une petite affaire familiale sympathique (l’organisation du festival des « étonnants voyageurs ») mais avec une subvention de près d’un million d’euros chaque année. Il en est à faire du chantage à la ville de Saint Malo pour conserver ses subsides et le travail de sa fille. Lui qui dégoisait ad infinitum sur ces salauds d’héritiers, ces fils de bourgeois qui bénéficiaient honteusement des apports familiaux se retrouve en pater familias soucieux de l’avenir de son héritière de fille à la tête du festival en sécurisant par tout moyen les dotations d’argent public ! La révolution mène à tout.

Pour ceux qui ne sont pas dans les fonctions publiques et leurs bordures, combien, comme lui, vivent à cheval sur un cocktail de recettes privées (modestes) et de recettes publiques (massives) ? La régionalisation a été la source principale, avec le développement des organisations non gouvernementales et le culturel subventionné (merci Djack !), de l’emploi gris, semi-public et semi-privé. C’est plus de 2.5 millions d‘emplois qui ont été ainsi créés, entièrement entre les mains des politiques et dépendant des impôts. Sans parler des intermittents du spectacle !

Comment s’étonner que, sur un fond culturel de cette nature, les Français aient disparu de la bagarre pour les nouveaux marchés ? Les grands projets publics ont tous fini par un désastre, du plan calcul, au Concorde, de la téléphonie au nucléaire. Et il n’y a plus d’entreprises françaises dans la plupart des nouvelles technologies. Notre industrie a fondu en quarante ans. Nous étions de toutes les innovations : cinéma, aviation, publicité, pharmacie, grande distribution. En perdant l’électronique, l’informatique, le numérique après la mécanique et la chimie, nous nous sommes coupés du dynamisme des marchés de production.

« Les faits sont fascistes » déclamait un imbécile à l’Odéon en 68. Les Nuits Debout déclarent le « Rêve général », au milieu de violences aussi gratuites que répétées alors qu’on est en régime d’état d’urgence. L’Odéon est à nouveau occupé. Ce n’est pas une parenthèse qui s’ouvre, comme en 68, mais une parenthèse qui se ferme. Le communisme a disparu. Le trotskisme, dont la France était le dernier repaire, disparaît à son tour dans d’ultimes sursauts. Et il ne reste pas grand-chose du socialisme après la chute de l’URSS dans le monde et encore moins en France, après Jospin et Hollande.

Le repliement des « Français de souche » vers la sécurité et la tranquillité, encouragé par le système scolaire et les intellectuels subventionnés, tout en laissant le secteur du travail dur et exposé pour l’essentiel aux immigrés européens ou venus du monde entier, a indiscutablement pesé sociologiquement et politiquement. Le résultat a été un remplacement de population non seulement dans des banlieues au chômage et laissées à la délinquance, mais surtout dans le reliquat du système productif. La France qui travaille dans le privé est de plus en plus « colorée ». Inutile de chercher ailleurs les raisons de la montée d’un Front national nouvelle manière qui est à la recherche de la clientèle des « petits blancs du secteur public et parapublic » et des ouvriers prolétarisés de l’industrie auxquels l'immigration fait concurrence. La tentative, à gauche, de s’annexer l’immigration (voire Terra nova) avait les mêmes motivations sociologiques.

La droite a été prise au dépourvu par cette évolution qu'elle n'a ni vue ni comprise. Elle ne sait plus très bien où est sa clientèle électorale et hésite entre la tentative de reconquérir les électeurs du Front National (Sarkozy, Buisson, Vauquiez) ou celle des bobos (NKM, Juppé, Raffarin).

Dans les grands centres, l’entreprise vit en symbiose avec les immigrés de la seconde et troisième génération et, à l’extérieur, avec des marchés mondialisés. Elle est prise en ciseau entre la droite anti-immigration et la gauche anticapitaliste, avec en prime les contraintes d'un marché unique européen ouvert à tous les vents.

Mai 1968 a conduit à une impasse politique et sociologique totale, avec une économie marchande supposée triomphante mais en fait laissée à un quasi-abandon. Comme le dit un ancien Ministre des Affaires étrangères : « il serait temps de passer par une phase de lucidité ». Aussi horrible que l’idée peut sembler à une partie de la population, le redressement économique de la France passe par la réconciliation des Français issus d’un peuplement ancien avec les Français issus de l’immigration récente, et la réconciliation du système scolaire et culturel avec l’entreprise et le travail professionnel, tout en cantonnant les fonctionnaires au régalien. Ce n’est pas gagné, compte tenu du rejet général d’un islam redevenu revendicateur et violent, et du poids démesuré d’un secteur culturel, scolaire, universitaire, médiatique et politique intellectuellement et socialement aux abois mais soucieux de conserver ses sinécures de plus en plus violemment. La « déradicalisation » à opérer doit être tous azimuts.

C’est justement parce que la majorité des Français ne se reconnaît plus dans ces hystéries, que la rupture générationnelle des mentalités est en train de s’opérer. Mai 1968, c’est bien fini ! La demande de renouvellement des têtes illustre largement sur ce constat. « On ne recommence pas comme avant ; il faut d’autres têtes et d’autres mentalités au pouvoir ».

Évidemment, les tenants de l’ancien mode de pensée dominant ne lâcheront pas le morceau aussi facilement. On le voit avec le questionnaire qui fait la joie actuelle des médias : les Français croient à la lutte des classes ! Marx est de nouveau populaire en France ! Le succès du libre de Picketty sur le capital est un autre symbole de cette renaissance marxiste. Les mêmes sondages montrent que les Français sont heureux dans la même proportion dans leur entreprise. Contradiction ? Carlos Ghosn, le double PDG de Nissan et Renault se verse un double salaire : il est aussitôt qualifié d'« indécent », comme les revenus des joueurs de football et autres triomphateurs de l'économie du spectacle et de la publicité. Le thème de l’inégalité qui monte est commenté inlassablement, avec illustration des caprices des super-riches etc. On attise la haine sociale avec un plaisir évident. La lutte des classes veut dire qu’il va falloir singulariser un ennemi de classe et le réduire à quia. « Les salauds au sens sartrien du terme » vont bientôt être de retour.

En France la seule inégalité qui monte est celle entre les chômeurs et les Français protégés par une rente publique. Les riches sont partis ou ont été appauvris. Le rendement des hautes tranches du revenu est en baisse de plus 40 % depuis 2012. La classe ouvrière, elle, a fondu. La lutte des classes n’est plus entre patrons et salariés. La compétition entre les populations pauvres du monde qui émergent au développement et les producteurs mieux pourvus de l’Occident, elle, est en pleine effervescence.

Considérer que l’avenir de la France qui s’est mise dans un corner économique largement de son fait et des mentalités devenues dominantes, est de stimuler l’affrontement entre ce qui reste d’entrepreneurs et de salariés, est le genre de folie collective qui fait douter de l’avenir du pays.

On ne saurait minimiser l’impact de la psychologue collective et des évolutions sociologiques sur l'état du pays. Il nous semble cependant que d’autres facteurs ont joué de façon plus directe.

L’explication par la « défaillance des élites » est celle qui tient le haut du pavé médiatique. Elle évite de se poser les questions que nous venons de rappeler. Se défouler sur un bouc émissaire est agréable, surtout quand on ne définit jamais « les élites » ni la nature de leur trahison, ce qui est bien pratique.

L’Enarchie Compassionnelle, comme nous préférons appeler la classe dirigeante française, s’est mise en place en France à partir de 1974 avec l’arrivée de Giscard et de Chirac aux commandes. Elle ne l’a plus jamais quittée depuis, en dépit de l’élection de F. Mitterrand en 1981 et de N. Sarkozy en 2007. Elle règne par la fusion entre le domaine de l’administration et celui de la politique. Les fonctionnaires ont conquis la sphère démocratique et votent les lois qui les concernent. Les hauts fonctionnaires ont un pouvoir total parce qu’il n’est plus contraint par les dirigeants politiques censés représenter l'ensemble du pays : ce sont globalement les mêmes. Le haut fonctionnaire en France se croit dirigeant politique de droit divin, parce qu’il n’est pas vulgairement intéressé comme les vils mercantis. Il se croit chargé "d’arbitrer la société ". Il en est résulté un interventionnisme pointilleux dans toutes les relations civiles, avec volonté d’empêcher le fort et de valoriser le faible tout en arrosant les conflits de subventions et de réglementations tatillonnes. Pour cela, il fallait des impôts encore des impôts et toujours des impôts. Après quarante de ce régime la France étouffe sous les réglementations et les Français sont étranglés par une fiscalité invasive, généralisée, complexe et spoliatrice. Préférence pour le chômage, soumission aux syndicats, accompagnement de tous les « politiquement corrects » voilà quel est l’oxygène de la haute fonction publique depuis le club Jean Moulin.

La soumission aux Etats-Unis et à l’Union européenne est une obligation intégrée par la haute fonction publique, quelles que soient les conséquences. De nombreux postes bien rémunérés et défiscalisés sont à la clef. Se heurter à la toute-puissance américaine et ne pas crier Europe, Europe, Europe comme un cabri ne peuvent que ruiner les plus belles espérances. Fuir les grandes responsabilités et les concéder à l'étranger est la garantie de ne pas être pris dans un détestable maelström. Il y a une fainéantise et une fuite devant les responsabilités proverbiales au sein de la haute fonction publique, qui se sent des droits mais aucuns devoirs.

La politique ayant permis de drainer beaucoup d’argent, surtout depuis la régionalisation, cumuler politique et carrière administrative est à la fois rémunérateur, valorisant et sans aucun risque. Comme la haute fonction publique coiffe les grandes entreprises et la banque, elle tient aussi les médias. La majorité des médias chantent donc en permanence la gloire de notre fonction publique "que le monde nous envie" et masque allègrement le déchet productif et social que cette domination sociale implique.

Devant le désastre devenu patent de nos résultats économiques, le climat change. Pas un jour sans la dénonciation des élites administratives et politiques françaises. On la retrouve aussi bien dans le livre sur le redressement du Crédit Lyonnais, le dernier exemplaire de Marianne, moult articles dans Le Monde et le Figaro. Les Français croient toujours que les Hauts fonctionnaires sont les mieux formés aux affaires publiques et tout candidat « de la société civile » (traduisez : non-fonctionnaire), part avec un immense handicap. Les élections présidentielles de 1917 sont bien parties pour voir s’affronter le FN de Marine Le Pen sous influence de l’énarque Philippot, les Républicains représentés par l’énarque Juppé, le symbole même de l’espèce, et le PS toujours avec l’énarque Hollande à sa tête.

Le bavardage anti-élite est juste un défoulement. Bien que la séparation de la haute fonction publique et de la politique soit absolument indispensable, pour restaurer une nation souveraine, une société prospère et des individus plus libres et plus autonomes, ce changement radical est encore largement illusoire. Le verrou et solide.

Il n’en reste pas moins que la responsabilité de l’énarchie compassionnelle dans l’état de la France est majeure. Les remèdes sont faciles : deux articles dans la Constitution.

- N nul ne peut être élu dans une assemblée qui décide de ses conditions d’emploi ;

- Nul ne peut recevoir deux rémunérations de l’Etat.

Vous réservez un statut aux seuls fonctionnaires de catégorie A et vous fusionnez la pléthore des sous statuts actuels pour permettre la plus grande fluidité dans les carrières. Les reins de l’Enarchie compassionnelle seront brisés en un instant. Et cela ne sera que justice.

Reste une dernière cause : les crises à répétition et de plus en plus grave, avec baisse tendancielle de la croissance et montée d’un endettement global catastrophique. Pour nous, c’est le vecteur majeur de la déréliction française. Les crises ont poussé les Français à rechercher en masse la sécurité du secteur public, et la garantie de l’argent public, quitte à sacrifier les faibles (immigrés, jeunes, vieux et femmes). On a abouti au taux d’emploi quasiment le plus faible du monde développé. Un rapport récent illustre bien cet aspect délirant de la situation française que nous dénonçons continûment depuis près de 30 ans maintenant. Il aura fallu attendre ce temps et un organisme international, pour que le fait surgisse enfin dans le débat (et disparaisse en 15 minutes). Rappelons qu’il manque 5 à 10 millions d’emplois dans le secteur marchand français : un handicap intolérable !

Après chaque crise la pression fiscale a monté, sans jamais vraiment baisser pendant les phases de haute conjoncture. Le phénomène n’a pas empêché le développement d’une dette publique insoutenable et d’une dette privée irrécupérable.

Surtout la gravité croissante des crises a permis aux socialistes d'exploiter les mécontentements et de prendre le pouvoir. Ils ont tout aggravé à chaque fois. Le Programme Commun de Gouvernement socialo communiste, une singularité qui fait encore rire dans les cours d'économie politique partout dans le monde sauf en France, a bloqué définitivement le rattrapage en cours à ce moment-là du niveau de vie américain par les Français. Les folies Rocard ont ruiné l'économie et l’Etat. Celles de Jospin ont tué la compétitivité française. Les folies fiscales de début de mandat de Hollande ont aggravé la situation jusqu'à la limite de l'irréversibilité. La France a besoin de sortir définitivement du socialisme, mais elle ne pourra le faire que si le capitalisme international est profondément réformé pour éviter les crises à répétition qui l’aident à venir au pouvoir bien que le socialisme soit fondamentalement minoritaire.

Abandon de la mentalité soixante-huitarde, séparation du politique et de la haute administration, réforme du système monétaire international et de la gouvernance de la zone Euro, sont les conditions pour que les quarante ans qui viennent soient l’occasion d’un réel redressement. Toucher les mentalités, les structures et la gouvernance est un effort surhumain. La probabilité est plutôt que la France continue sa sortie de l’histoire, dans le dolorisme amer et les faux-semblants. Ou sombre carrément dans le chaos.

L’exemple des pays arabes, du Venezuela, de la Grèce, du Zimbabwe, de l'Espagne, montre qu’un peuple qui lâche prise tombe extrêmement bas. En cas d’effondrement, la situation devient paradoxale : ceux qui auront tenté de se protéger dans le giron de l’argent public seront les victimes les plus touchées. Quand il n’y a plus d’argent, il n’y a plus de secteur public. C’est toute la cohorte des cultureux subventionnés, des fonctionnaires, des employés des associations qui trinqueront les premiers. Et le plus gravement. Et avec toute leur parentèle.

Le fond du défi français est d’arriver à convaincre ces groupes qu’ils sont tellement menacés qu’ils ont intérêt à changer de cap, même s’il leur en coûte un doigt. La stratégie de Hollande-Macron est de les convaincre que les concessions au privé permettront de les sauver et que, sans elle, ils sauteront. Mais que le PS est leur ami et que nul ne veillera plus à leur avenir. Une fusion avec Juppé et NKM les réjouirait. On « changerait pour que rien ne change ». La « recomposition » politique en France est une idée qui séduit la base sociologique qui a cherché le salut sous l’égide de l’argent public.

Les nécessités exigeraient plutôt que les Français admettent que le socialisme est minoritaire en France (moins de 20 % des suffrages, toutes tendances confondues) et qu’il convient de s’en débarrasser définitivement, tout en visant à court terme de faire aussi bien que les meilleurs et à moyen terme d’obtenir les réformes nécessaires en Europe et dans la sphère économique internationale. Cela suppose que le FN ne l’emporte pas sur la droite ou qu’il mette beaucoup d’eau dans son vin raciste pour permettre une convergence de son poids politique avec celui de la droite dite classique. Un certain chemin a été fait sur cette voie. Mais on est loin du compte.

L’idée d’un redressement possible grâce à une vraie politique de rupture, menée par la seule droite dite " de gouvernement", est actuellement incarnée par François Fillon. Certains pensent qu’il lui manque et le gabarit caractériel et les gros bataillons. C’est surtout l’ampleur de son message qu’il lui faut corriger. Il ne peut pas se contenter d’un diagnostic national étriqué. Il faut qu’il porte une vision plus forte aussi bien des causes de l’effondrement français dans les quarante dernières années que des dimensions internationales des réformes à faire.

En tout cas, il est clair que le vrai thème des élections à venir sera celui de l’avenir de la France : que voulons-nous être dans 40 ans ? Sachant que pendant les quarante ans passés nous nous sommes effondrés. La prolongation des tendances du passé nous conduit effectivement à un suicide national caractérisé.

Il ne faut surtout pas revivre les élections de 2012 qui ont été aux limites de la médiocrité et de l’inconscience, avec des pointes d’abjection démagogique parfaitement hideuses. Une partie des forces politiques se battront pour que rien ne bouge : ce sera l’option Juppé Bayrou NKM Valls et Macron, pour simplifier, axé sur la défense du secteur protégé public et parapublic. Une autre, autour de Fillon ou de Lemaire, marquerait qu’on saute dans une nouvelle pratique, appuyée sur une meilleure compréhension sociologique et avec un cap économique solide à l’intérieur et réformateur à l’extérieur.

Il est rare qu’une élection soit réellement décisive. Vu l’échec monstrueux des quarante dernières années, il faudrait que celles de 2017 le soient et dans un sens qui  permette au pays de sortir des rails suicidaires qui le mènentt à l’abîme depuis quarante ans.

Crise : un meilleur diagnostic officiel ? Enfin ?

L’essentiel de notre analyse, telle que nous l’avons développée depuis 1997 sur le forum du Monde puis sur ce blog et enfin dans notre livre « l’Etrange Désastre »  est basée sur l’inversion de la courbe de l’endettement global depuis 1971-72.  Cette courbe en U est pour nous le phénomène  le plus important de l’histoire économique contemporaine, celui dont l’explication conditionne fondamentalement la solidité des réponses aux questions devenues dramatiques que pose l’avenir économique du monde.

Ce phénomène a été aussi massif qu’il est passé, de longues décennies, totalement inaperçu. Nous considérons qu’il est l’élément fondamental de ce qu’on appelle « la crise » que nous définissons comme la conjonction de trois faits reliés entre eux :

-          La poussée d’un endettement délirant de moins en moins accordé avec la production

-          La baisse tendancielle de la croissance

-          L’aggravation des crises périodiques notamment dans leur épisode dur.  

C’est parce que le taux d’endettement global par rapport au PIB a atteint, courant 2007, 400% en moyenne,  niveau de la fin de la guerre de 40,  que le système financier global s’est effondré, avec d’abord un blocage du marché interbancaire en été 2007, puis une suite de faillites bancaires culminant avec  l’effondrement de Lehman Brothers en septembre 2008.

Sans explication réellement scientifique de « la crise », impossible d’en sortir autrement que par des expédients à court terme. Notre livre l’Etrange Désastre avait comme unique objet cette explication de fond, en évacuant les simplismes du genre « c’est la faute aux subprimes » ou « c’est la faute au pétrole ».

Nous avons conclu que la cause majeure du retournement de la courbe de la dette globale était le renoncement aux  disciplines de Bretton Woods  et l’acceptation d’énormes déficits et d’énormes excédents dont le recyclage faisait automatiquement monter l’endettement global jusqu’au point où une baudruche financière, sans rapport avec la production, gonflait inlassablement jusqu’à l’éclatement inévitable.

Le doute n’étant pas permis sur les causes, restait à comprendre pourquoi le diagnostic n’était pas fait, en tout cas officiellement,  et aucune réforme entreprise portant sur les mécanismes précis de la crise.

L’explication que nous avons avancée était la suivante : l’occultation du débat n’était pas liée à un quelconque conflit d’idéologies économiques, l’affrontement théorique entre keynésiens et néolibéraux étant largement artificiel et sans intérêt.  Les postures ne sont pas des analyses. Aucune personne sérieuse ne peut conjecturer que la Théorie générale soit un ouvrage scientifique parfait ni que la tentative d’expliquer le tout par la partie, le macroéconomique par le microéconomique,  ait abouti à quoi que ce soit de sérieux. Quant à Milton Friedmann, que nous aimons beaucoup par ailleurs, il suffit d’observer la réalité pour constater que toutes ses prédictions sur les changes flottants se sont révélées fausses.  Les changes flottants, c’est comme le socialisme : cela n’a jamais marché, cela ne marche pas et cela ne marchera jamais.

Si on écarte les postures et les faux débats, il ne reste qu’une vérité désagréable mais  « incontournable » comme on dit aujourd’hui : les Etats-Unis ont imposé un système désastreux et non coopératif parce qu’ils ont considéré qu’il était à leur avantage et permettait mieux d’atteindre leurs objectifs de puissance.

La crise a une origine politique ou géopolitique, comme on voudra. Elle est désagréable et dangereuse à dénoncer. Déplaisante parce que l’anti américanisme primaire existe et que personne de sérieux ne souhaite s’inscrire dans ce délire.  Dangereuse parce que l’énoncé public et officiel d’une telle dénonciation peut vous valoir de possibles ennuis de carrière et d’accès aux médias.   De toute façon, l’opinion publique ne veut rien entendre des questions monétaires compliquées.  L’étalon or est une option ringardisée.  « Alors quoi ? Qu’on nous fiche la paix ».

La vraie responsabilité intellectuelle se situe au FMI et à l’OCDE. Mais ces deux institutions sont sous influence. Aucune des deux ne peut dire ouvertement : « Messieurs les Américains,  le système non coopératif que vous avez imposé est une horreur qu’il faut abandonner et d’abord dans votre propre intérêt car vous voyez bien que, vous aussi, vous vous remettez très difficilement de la crise. Votre propre société est de plus en plus rétive aux conséquences comme le montre la campagne présidentielle actuelle. Vous n’avez plus de réel horizon et votre poids international baisse».

L’OCDE a refusé net d’expliquer la crise. Le choix a été d’illustrer des symptômes sans jamais en chercher des causes.  Les évènements surviennent  on ne sait pas trop pourquoi. Les agents commencent à avoir des comportements dangereux, sans qu’on décrive le moteur de ces déviances.  La mise en cause du système monétaire y est strictement impossible et vaudrait au malheureux aventurier qui passerait outre un parcours peu appétissant.

Le FMI est exactement dans la même situation. On aurait pu penser que DSK avait le poids pour peser dans le débat. Il avait visiblement d’autres chats à fouetter.  Ensuite, le choix à la tête du FMI d’une femme parlant anglais, mais sans connaissance économique, semblait garantir une certaine docilité.

Bref on en est réduit depuis 2007 à guetter les étincelles et les lueurs d’analyse qui marqueraient un début de prise de conscience et de prise de parole, sur les causes réelles de la crise et son mécanisme.

Sœur Anne ne vois-tu pas venir au loin une certaine convergence avec nos analyses ?

Et bien si !

Le dernier rapport du FMI alerte sur les perspectives mauvaises de l’économie à court et moyen terme et présente la fameuse courbe en U de l’endettement avec sa montée catastrophique vers des sommets intenables qui rendent une  reprise forte quasiment impossible dans la durée. Le graphique aurait pu être en première page de l’Etrange Désastre.

La dette passe enfin en tête des préoccupations du FMI (après que des auteurs américains s’en soient préalablement inquiétés, comme nous l’avons récemment relevé. Il fallait cela !). Avec deux faiblesses insignes :

-          Le FMI ne parle que de la dette des Etats. Mais la dette privée est quatre fois plus importante. Et la dette publique a largement été gonflée par transfert de dettes privées pour sauver le système bancaire mondial. La dette globale n’est d’ailleurs pas un concept intellectuellement maîtrisée, transcrit dans la statistique à travers le monde ; ce travail, comme nous cessons de le répéter dans ce blog, est le rôle du FMI et il ne joue pas. Du moins pas encore.

-          Le FMI ne cherche pas à analyser le renversement de la courbe au début des années 70.  

L’affichage de la courbe porte en lui-même une pression vers une explication officielle. Nous avons la nôtre. Nous attendons la leur.

Autre signe de convergence, l’apparition dans les commentaires de presse, d’analyses proches de ce que nous rabâchons dans le désert depuis la crise sévère de 92-93.

Eric Zemmour rend compte du livre de Jean-François Gayraud dans la livraison du 14 avril 2016 du Figaro. On y parle de guerres économiques qui « saccagent ». On signale que les désordres ont commencé « avec la décision de Nixon de sortir des accords de Bretton Woods ». On dénonce une fuite de la théorie économique dans la « mathématisation et la complexification ». On critique le « maillage serré de hauts fonctionnaires, politiciens, lobbyistes échangeant information et postes qui, à Washington et à Bruxelles et même à Paris, garantit la prééminence de la banque ». On signale que le masque de cette domination est « la liberté ». Zemmour pointe que « si la finance peut asservir les Etats, c’est parce qu’elle bénéficie du soutien de la force militaire américaine qui terrifie les plus farouches ».  « Notre ennemi serait les Etats-Unis d’Amérique ». On croirait notre texte, presqu’au mot à mot. Bien qu’Odile Jacob ait eu entre ses mains notre manuscrit dès 2014, nous ne crierons certainement pas au plagiat. Bien au contraire, nous sommes heureux de cette convergence et que des idées que nous défendons depuis des lustres commencent à émerger dans l’édition et les commentaires de la presse, même si les raisonnements économiques sous-jacents manquent cruellement dans le cas cité. L’auteur n’est visiblement pas économiste.

Retenons seulement qu’en une seule journée on a vu enfin s’afficher une analyse du FMI montrant la grande bascule de la dette et un commentaire soulignant le caractère politique des causes de cette bascule.

Il ne reste plus aux officiels qu’à approfondir la réflexion et tenter de comprendre comment on peut sortir de ce piège. Et il faut que les institutions françaises, européennes et internationales ad hoc parviennent à nourrir un projet cohérent de sortie de crise basé sur une réflexion sur les causes et non sur des expédients.

Il a fallu huit ans pour que, de-ci de-là, certains officiels mettent prudemment un pied en dehors du cocon des simplismes. Combien en faudra-t-il encore pour sortir des expédients et en venir à une vraie analyse partagée des causes et, immédiatement après, aux réformes nécessaires ?  

Eric le Boucher (Les Echos samedi 16 avril 2016) écrit en commentant un texte de France Stratégie qui a souligné l’effondrement de la croissance : « cet effondrement est sans explication ». « Ou plutôt avec pléthore d’explications contradictoires ».  En vérité les économistes officiels en France ne souhaitent pas aller au-delà de petits constats sans danger ou démagogiques, parce qu’ils se souviennent du traitement innommable réservé à Maurice Allais qui lui, avait été à l’essentiel et annoncé l’explosion du système monétaire et international : « ce qui doit arriver arrive ».  Qu’on ne dise pas que les mécanismes de la crise n’ont pas été analysés. Ils sont clairs depuis 20 ans. En tout cas pour ceux qui ont étudié les causes de la crise mondiale de 92-93. Nous-mêmes n’avons fait qu’amplifier et actualiser cette analyse. Mais, cher Eric, pourquoi ne pas prendre le risque de vous en faire l’écho dans Les Echos ?  Après tout, le journalisme c’est de dire avant les autres ce que tout le monde viendra à constater un peu plus tard…  

Encore un effort !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile



Retour sur le chômage structurel en France

La loi El Khomri et les déchaînements qu'elle provoque sont fort instructifs. Nous redonnons ci-dessous l'article de fond sur le pourquoi du chômage structurel de la France, écrit en 2012, juste après l'arrivée de F. Hollande au pouvoir. Il n'y rien à en retirer.

Devant la catastrophe provoquée par sa politique initiale, qui aggravait tout, Hollande a compris qu'il fallait rebrousser chemin. On verra dans les débats actuels beaucoup de références aux idées exprimées dans l'article. Mais il n'a aucune légitimité ni majorité pour mener une politique exactement inverse à celle qu'il avait annoncée.

Nous avions conclu de façon désabusée :

"Nous allons donc consolider le non-emploi en France, sur fond de crise aggravée. Certains croient que la pyramide des âges, marquée par le vieillissement de la population, va nous sauver. Moins de candidats à l'activité, donc plus de chances de trouver du boulot pour ceux qui restent ! C'est exactement l'inverse. Sauvy l'a parfaitement démontré.

Le chômage structurel va donc encore croître et embellir, désagrégeant le tissu social".

Trois ans et demi après, nous y sommes en plein et les syndicats socialistes ainsi que toutes les mouvances "vraiment socialistes"  sont vent debout contre le moignon de réforme proposé par leur chef.

Pour ceux que le chômage structurel intéresse et accessoirement pour les candidats au remplacement de Hollande à la tête de l'Etat, nous nous devons de renvoyer à une lecture complémentaire : celle du livre de Bernard Zimmern "A tout fonctionnaire son chômeur", chez Odilon Media et notamment à sa quatrième partie "La classe dominante" (ISBN 2 84213 027 S). Le livre a été écrit il y a presque 20 ans. Il n'a pas pris une ride. Nous mettons en graphique joint le tableau de l'annexe 8 qui montre la corrélation directe entre effectif de la fonction publique et chômage.

Bernard Zimmern montre qu'un emploi de fonctionnaire de plus créé un chômeur de plus. Ce ratio était un mantra de Raymond Barre dans les années 70. En vérité, avec la crise, et compte tenu du vieillissement de la population française, nous avons déterminé dans notre livre L'étrange désastre, qu'on en était arrivé à un ratio plus près de 2 chômeurs de plus pour une création de poste de fonctionnaires.

La grande question est finalement la suivante : pourquoi les prises de conscience ne sont que si partielles et n'aboutissent finalement à rien ? Nous avons notre réponse "L'Enarchie Compassionnelle", un système oligarchique qui empêche toute réforme et qui dépasse de loin la question socialiste (le socialisme est mort avec la chute de l'URSS et la conversion au capitalisme de la Chine). Bernard Zimmern fait exactement la même analyse avec d'autres mots. Il décrit l'omnipotence d'une nouvelle classe dominante qui appuie son pouvoir sur l'absence de contrôle, le secret et la maîtrise des médias. Il propose de sortir de la bureaucratie oligarchique avec trois séries d'action : réapprendre à la fonction publique à vivre en démocratie, ce qui suppose d'en reprendre le contrôle, et de dégager toute l'activité économique de l'emprise de l'Etat.

Le drame psycho politique socialiste actuel montre qu'il est IMPOSSIBLE de faire conduire une telle politique par des hauts fonctionnaires. Dans la livraison du Point de cette semaine, Franz Olivier Giesbert se livre à une déclaration d'amour totalement débridée à Alain Juppé. S'il avait voulu montrer la dépendance absolue de la presse, même en apparence critique vis-à-vis de l'Enarchie, il n'aurait pas pu faire mieux.

Pour assoir son pouvoir l'Enarchie a besoin de dominer les esprits par la propagande et l'intox. La presse est dans un tel état financier qu'elle ne peut que jouer le jeu. Elle ne survit que par l'argent public. L'esclave lèche constamment la botte du maître. C'est vrai dans la presse écrite, mais plus encore dans les médias radiophoniques et télévisés. Pratiquement toutes les sociétés de presse sont possédées par des milliardaires dépendant directement de l'Etat ou par l'Etat lui-même directement ou indirectement. On peut se moquer de l'Ukraine ou de la Russie.

Il est vrai que les medias ont besoin de l'émotion pour vendre. L'émotion conduit à la l'indignation et appelle l'action de l'Etat. Il suffit d'entendre les sujets serinés dans les radios ce matin même : scandale de non-dénonciation de pédophilie à Lyon, scandale de la retenue d'une enfant envoyée sans droit en France, scandale de la brutalité policière, scandale des armées qui violent en Centrafrique, scandale de la mal Bouffe et de son Héro décédé, scandale des abattoirs, scandales…Avec toujours la même antienne : que fait l'Etat ! Vite plus d'argent, vite plus de réglementations, vite, plus de sanctions

"L'une des grandes fibres qu'aiment à faire jouer les médias : la compassion", écrit Zimmern. Mais oui. C'est pour cela que cette association "classe dominante de fonctionnaire - presse compassionnelle" nous a suggéré le vocable d'Enarchie Compassionnelle. Les journalistes sont presque tous à gauche (et même pour la "vraie gauche") et la presse presque en totalité pour "plus d'Etat", avec glorification permanente de notre glorieux système social français qui est si fragile qu'on ne doit pas y toucher sinon il va s'effondrer.

L'échec de la microtentative de l'énarque Hollande et de ses compagnons de la promotion Voltaire, pour atténuer l'effet d'étouffement de l'économie des mesures qu'eux-mêmes et leurs congénères ont prises et surtout essayer de faire perdurer un système qu'ils dominent, dont ils veulent garder les privilèges insensés et dont ils ont compris qu'il était en train de sombrer, démontre qu'il ne faut pas élire à la tête du pays un nouvel Énarque.

La cote sondagière de Juppé est totalement artificielle. Toute la presse est pour Juppé et matraque qu'il est seul "en position". L'esclave a besoin d'un nouveau maître qui ne mettra pas fin aux subventions et continuera à assurer sa survie. Les instituts de sondage vivent du pouvoir et seulement du pouvoir. Qu'on relise dans le dernier livre du Maître du Puy du Fou, les lignes consacrées à son traitement médiatique et à la manière dont sa cote a évolué dans les sondages. Tout est lumineux dans ces lignes.

Pour l'observateur un peu attentif, il existe un signe de l'aplatissement général de la presse devant l'énarque Juppé, nouvel espoir de l'oligarchie et futur garant des ressources de la presse.

Lorsqu'un journaliste connu s'attaquera aux conditions dans lesquelles Alain Juppé, à l'instar de ses commensaux, a obtenu le niveau de retraite qui est le sien ainsi qu'aux conditions de son revenu et de sa fortune, alors on pourra dire que quelque chose a changé en France.

Qu'on réduise la question à celle-ci : combien de temps Alain Juppé a-t-il travaillé dans son corps administratif. Sa retraite a-t-elle été versée prorata temporis des droits économiques acquis, ou à 100% statutaire ? Combien d'autres retraites cumule-il ? Que seront sa fortune et son revenu à la fin de son mandat présidentiel éventuel ? Est-ce que cette privilégiature est justifiable et doit être conservée ?

Si Juppé est haut dans les sondages ce n'est que parce que les mouches ont changé d'âne et que l'énorme cohorte des fonctionnaires a remis son destin entre ses mains plutôt que dans celle de Hollande et que les médias se chargent de l'avant vente, comme ils se chargeront, un temps de l'après vente. Un temps parce que les conséquences sur le chômage seront telles, faute de mise au pas radicale de l'oligarchie, que l'émotion de la presse sera sollicitée et qu'il faudra promouvoir un autre Juppé.

Et le chômage dans tout cela ? La presse comme l'énarchie compassionnelle s'en moque éperdument.

18 ans après le livre de Zimmern rien n'a changé, sinon une hausse majeure de la précarisation et du chômage qui est au maximum historique. On attend encore 20 ans ?

Ou on casse ce système suicidaire ?

 Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

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Le Chômage structurel en France

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2012/6/2/Le-chmage-structurel-en-France

Il existe en France un chômage structurel important qui a commencé à s'installer à partir de 1968 et qui a atteint aujourd'hui des proportions gigantesques.

Si on regarde le cycle économique de 8-10 ans, on s'aperçoit que désormais, en phase haute, on ne parvient pas à descendre au-dessous de 7 % de chômage (définis en termes officiels). En phase de récession on monte à 10 %. En un mot les taux de croissance les meilleurs ne permettent pas de baisser de plus de trois points le chômage. Les catégories au chômage sont toujours les mêmes : les faibles (jeunes, vieux, immigrés, femmes).

Autre regard sur la même réalité, le nombre de salariés dans l'économie française se situe entre 15 et 16 millions selon les statistiques et les définitions. Pour une population de 65 millions d'habitants nous devrions, aux taux usuels rencontrés dans les pays comparables, en avoir entre 22 et 27 millions. Il nous manque donc structurellement entre 5 et 10 millions d'emplois salariés.

Dernier regard sur la même réalité, on constate qu'il y a en France environ 7 millions de personnes en âge de travailler qui vivent en général dans la pauvreté aux marges du système, le plus souvent aux crochets de l'état.

Cette situation est évidemment dramatique et explique en partie le poids de la dépense publique, de la dette, des déficits extérieurs, etc.

Quelles sont les explications possibles de ce chômage structurel ?

1. La préférence pour le non-travail et le travail public

- La préférence pour le non-travail

Bien que l'habituelle compassion explique que le chômage est toujours subi, il est tout à fait clair que la décision de travailler ou non est largement rationalisée par les ménages concernés. On l'a vu avec l'échec du RSA. Différentes populations préfèrent une vie certes modeste mais sans travail, plutôt que les risques et peines d'une situation où l'on travaille sans gagner plus et en perdant divers avantages. On évoque des ménages étrangers qui viennent pour les allocations diverses : ils gagnent généralement plus à ne rien faire en France qu'à travailler dans leur pays. Mais la majorité des ménages qui font ce calcul sont bien français. Une des catégories les plus importantes est formée par les femmes isolées avec enfants qui s'installent dans une vie presque entièrement subventionnée sans chercher de travail sinon au noir.

À l'autre bout de l'échelle on trouve des ménages qui font le choix temporaire de la non-activité en profitant des allocations reçues. Il est devenu très rentable en France de se faire licencier avec des fortes indemnités, qui jusque récemment n'étaient même pas considérées comme des revenus dont non soumises à impôt. On voit donc des cadres même supérieurs, même surdiplômés, même dans des âges de pleine activité, se mettre en année sabbatique payée par les indemnités pour une voire deux années.

- La préférence pour l'emploi public

C'est devenu depuis la crise de 74 la tare française. L'essentiel des gros bataillons de l'université cherche son salut dans l'emploi public. Le clientélisme régional et le népotisme jouent dans le même sens dans les provinces. Le député, le conseiller général, le conseiller régional, le maire sont devenus les pourvoyeurs d'emplois locaux où l'on travaille peu pour des rémunérations plus que sérieuses. On sait qu'à Paris les fonctionnaires travaillent environ un jour ouvrable sur deux et qu'on peut se poser des questions sur la réalité de ce travail. Quand on est 50 000 à faire un travail qui n'exigerait pas plus de 15 000 emplois, on ne se foule pas trop. Mais le jardinier municipal de Toulouse n'est pas non plus cassé par un travail excessif. Surtout quand la chasse est ouverte ou quand il faut aller aux champignons.

Cette préférence est symbolisée par le nombre des candidats, et leur niveau, qui concourent aux examens pour certains postes publics. L'ampleur des candidatures pour être postier, avec de nombreux bac +4 ou 5, en témoigne. On forme jusqu'à 25 ans et à grands frais des gens dont l'aspiration est de porter des lettres de boîte en boîte. Du temps de "jour de fête", c'était l'idiot du village qu'on mettait à ce travail par compassion. Maintenant à moins d'une maîtrise de psychologie, il n'y a rien à faire pour avoir le poste !

Une règle de pouce veut qu'un emploi public tue deux emplois privés. Il faut évidemment le financer et qui paie sinon in fine le système non public ? Le secteur public ne se nourrit pas en autarcie.

Le résultat est connu : nous avons un secteur public totalement disproportionné qui consomme une part déraisonnable de nos ressources. La régionalisation a de plus permis un empilement de doublons administratifs sans limite. Près de deux millions d'emplois publics ont été créés depuis 1974 quand on tient compte des postes dans les associations directement subventionnées par les politiques. En même temps l'emploi marchand a quasi stagné.

 

2. Le SMIC et la surfiscalité

- Le SMIC et les coups de pouce

Nous renvoyons aux autres articles que nous avons écrits sur ce blog sur la question du SMIC. Un salaire minimum n'est pas en soi une catastrophe. S'il a pour but la protection contre certaines formes de prédations, il est même indispensable. La France avait mis en place, sous l'influence de la droite, un salaire minimum garanti, qui était indexé sur l'inflation et régionalisé. Ce système ne posait pas de problème. En maintenant un avantage de compétitivité il favorisait la décentralisation. Et l'abus restait sous contrôle avec une borne suivant l'inflation. Ce filet de sécurité n'était pas le plus important. Ce sont les accords de branche qui fixaient, en fonction des réalités du terrain, les salaires minima professionnels qui étaient réajustés par négociation en cas d'accord général des parties prenantes.

Le drame viendra du changement de philosophie : le salaire minimum ne devait plus être simplement une sécurité mais un moyen de politique de revenu et un élément majeur de l'énarchie compassionnelle et de la démagogie politique avec les célèbres "coups de pouces". La droite, car c'est toujours la droite qui a été à la manœuvre dans ces affaires, a alors pris toute une série de mesures dramatiques pour l'emploi. L'indexation n'a plus été faite sur les prix mais sur la croissance. Le salaire minimal est devenu national. Chaque élection a été l'occasion d'un cadeau national aux salariés. Du coup près du tiers des salariés du privé se sont retrouvés au SMIC ! Toute la hiérarchie des salaires s'est trouvée écrasée. Les conventions collectives se sont trouvées déclassées, les salaires conventionnels traînant très loin en dessous des valeurs du SMIC. Le dialogue social sur les salaires a disparu. "Tous smicards", tel était le slogan vécu par les salariés.

L'ennui c'est que le salaire étant l'assiette de très forts prélèvements, le salaire net du smicard était accompagné d'un coût du même montant en charges. Le "double fiscal du salarié français" coûtait aussi cher que le travailleur.

Pour le politique c'était tout bénéfice : il passait pour un gentil et "achetait" le vote des petits salariés. Dans le même temps il réduisait les déficits de la sécurité sociale et engrangeait des ressources fiscales.

Le coup de ciseau sur l'emploi était phénoménal. Pendant trente ans, jusqu'à la détaxation partielle des bas salaires, cette machine à créer du chômage structurel a fonctionné à plein régime.

 

- L'hyper fiscalité

Nous venons de voir que l'emploi salarié était, de tradition en France, surtaxé. La France ruinée par la guerre ne pouvait prélever que sur la richesse en train de se faire. Elle a pris l'argent à la source : sur l'entreprise.

Tant que le prélèvement global est resté à 30-35 % du PIB, l'effet sur l'emploi n'était pas trop grave. Mais nous sommes passés après le septennat fiscal de Giscard et après le programme commun de gouvernement socialo communiste à 45 % du PIB. L'énormité de ce prélèvement, compte tenu de sa concentration sur l'entreprise et l'entrepreneur, a rendu impossible toute politique de développement économique et réduit comme une peau de chagrin les capacités d'emplois nouveaux.

Compte tenu de son coût le poste de travail devait désormais être fabuleusement productif pour se justifier.

Et l'entrepreneur avait de moins en moins de ressources disponibles pour son entreprise.

Le capitalisme français était devenu un capitalisme sans capitaux et sans emploi. Inutile d'aller très loin pour comprendre pourquoi il manque 5 à 10 millions d'emplois salariés en France et que nous n'avons pas de Mittelstand à l'allemande, un réseau serré de grosses PME de 500 à 5 000 emplois. Et oublions les PME exportatrices.

 

5. La surprotection de l'emploi salarié et les 35 heures

Une des curiosités françaises est le goût pour le salarié, objet de toutes les tendresses alors que le travailleur indépendant est laissé à la dureté des conditions. L'idée, grotesque, que le salarié est dans une situation de domination et doit grâce à la puissance publique se dégager de ce servage par des mesures outrancières de protection a fait des ravages. Au lieu que l'entreprise soit un lieu de contrat libre, entre un employeur disposant temporairement d'un emploi possible et d'un employé désireux de le satisfaire pour la durée possible, c'est devenu un enfer où tout engagement vaudrait à vie sauf indemnisation délirante, étant bien entendu que le salarié aurait toujours raison et ne pourrait pas être réellement commandé, sous peine de risquer la prison pour harcèlement moral.  

La situation est d'autant plus grotesque que l'emploi est concentré pour les raisons dites plus haut sur la qualification, seule condition de la compétitivité, et que le drame des entrepreneurs a toujours été et reste de trouver des collaborateurs compétents et motivés, alors que les talents ont tendance à sauter d'une entreprise à l'autre. La mondialisation a aggravé le phénomène, la compétition pour les talents devenant mondiale.

Un chef d'entreprise aujourd'hui n'est pas un garde-chiourme s'appuyant sur des porions pour exercer d'abusives pressions sur de malheureux esclaves. Il remet sans arrêt sur le métier la composition d'une équipe gagnante sur des marchés en hyperconcurrence.

Les tracasseries administratives et sociales sans limites qui accablent l'entreprise ont eu immédiatement un effet pervers : la fin des CDI ! Les contrats à durée indéterminée ont rétréci au profit des solutions temporaires : CDD, intérim, faux stagiaires, travail au noir etc.

Quand l'emploi est laissé à l'appréciation des fonctionnaires-juges, il n'y a plus de politique de l'emploi, mais un sauve-qui-peut général.

Du coup on retrouve à la marge des conditions d'exploitation exécrables, l'absence d'emplois conduisant les candidats au travail à accepter l'inacceptable. Qui ne connaît des stagiaires (le stage est devenu obligatoire dans le cursus universitaire, fournissant une masse de candidats) travaillant 12 heures par jours et sollicités sous peine d'exclusion de venir travailler gratuitement la nuit, le samedi, le dimanche et les jours fériés ? Certaines entreprises ont ainsi créé des parcs à stagiaires corvéables à merci faisant du travail à bas prix à la place d'emplois normaux. Quel progrès ! Ne parlons pas des parcs à intérimaires etc.

Sur les 35 heures, mesure dramatique et dont nous ne cessons de payer le prix, nous ne reviendrons pas ici. Tout est dit et connu.

Encore bravo à tous ceux qui ont conduit ses politiques ! Le non-emploi a gagné : le manque à gagner en création d'emplois se compte par millions, pas par dizaines. Mais les manques à gagner ne se voient pas et sont donc hors du champ médiatique et politique.

 

4. Les conséquences d'une mondialisation sans écluses

L'ouverture totale à la concurrence des pays à bas salaire qui a été le credo invincible des européistes depuis 1973 a été particulièrement problématique pour la France dont la fiscalité pesait majoritairement sur les entreprises. Elle s'est retrouvée sans possibilité de combattre à armes égales avec les autres.

Ajoutons les contraintes d'un Euro globalement flottant et néanmoins globalement surévalué et le drame de l'emploi français est noué.

Il nous reste un quarteron d'entreprises internationales qui font l'essentiel de leurs bénéfices à l'étranger, avec des rémunérations folles pour leurs dirigeants. Et une cohorte éparse d'entreprises étranglées, globalement sans trésorerie, avec des taux de marges très faibles, harassées par les normes, les contraintes, les réglementations, les surprotections, dont les propriétaires sont accablés d'impôts qui les forcent à vendre leurs biens et à ne pas investir, alors que la crise les ruine et que le crédit devient impossible.

Alors les usines ferment les unes après les autres. Le patrimoine français passe aux mains de l'étranger.

Le Français, né malin applaudit des deux mains et crie vive l'impôt ! non à l'entreprise privée ! vive l'état ! vive les postes de fonctionnaires !

La France, elle, crève.

 

Peut-on hiérarchiser les causes du non-emploi massif que connaît la France avec ce manque à gagner colossal de 5 à 10 millions d'emplois marchands ?

On l'a vu. Toutes ces causes se combinent pour créer un chômage structurel que même la croissance ne pourrait entamer sérieusement.

Pour le réduire il faudrait donc frapper tous azimuts et simultanément.

- Il faut revenir à une notion de salaire minimum de protection négocié par branche et hors des pattes des énarques qui nous gouvernent. La politique salariale doit être laissée à la libre négociation entre les partenaires sociaux sans intervention de l'état.

- Il faut revenir à une notion de l'emploi très simple : l'entreprise ne doit que le salaire du salarié tant qu'elle peut l'employer. Les indemnités de licenciement, qui sont une aide sociale au reclassement, doivent être fixées nationalement à trois mois indépendamment de toute autre considération. Si l'entreprise veut aller plus loin pour finaliser une sorte de "golden hello" propre à fidéliser les talents qu'elle emploie, c'est son choix et cela doit rester à la libre appréciation des parties.   

- Il faut indemniser le chômage de façon temporaire et non pas pérenniser les aides permanentes au non-emploi.

- Il faut transférer sur la consommation l'essentiel des charges qui pèsent sur l'emploi

- Il faut réduire la part du secteur non marchand dans l'emploi et donc impôts et dettes.

- Il faut revenir aux quarante heures, ne pas hésiter pour une retraite par points à 67 ans et laisser le reste aux discussions au sein de l'entreprise.

- Il faut un tarif extérieur commun intelligent aux frontières de l'Europe

- Il faut un Euro compétitif.

- Il faut réduire massivement l'état (central et région) et les institutions de sécurité sociale. Faisons baisser les besoins de financement public qui capturent l'essentiel des ressources du pays et le forcent à vendre ses actifs à l'étranger.

- Il faut arrêter la gestion par des normes absurdes qui, comme dans le cas de la poule pondeuse, conduise à casser l'emploi pour rien de sérieux.

Diverses mesures ont été dans le bon sens ces dix dernières années. Mais il y en a eu si peu et si timides !

Le nouveau gouvernement arrête toutes les mesures timides prises par le gouvernement précédent ou en prend leur contre-pied (retour sur la retraite à 62 ans, fin de la RGPP, recrutement massif dans l'éducation nationale etc.). On accélère la décentralisation. On reparle des coups de pouces "raisonnables" au SMIC. On se lance dans des "ratonnades fiscales" contre les "riches".

Personne n'a honte.

Nous allons donc consolider le non-emploi en France, sur fond de crise aggravée. Certains croient que la pyramide des âges, marquée par le vieillissement de la population, va nous sauver. Moins de candidats à l'activité, donc plus de chances de trouver du boulot pour ceux qui restent ! C'est exactement l'inverse. Sauvy l'a parfaitement démontré.

Le chômage structurel va donc encore croître et embellir, désagrégeant le tissu social.

 



La sortie de crise n'est pas pour tout de suite

"Une trentaine de représentants de haut niveau de pays membres et non-membres du G20 planchent sur les défis que représente la finance internationale à Paris, ce jeudi", annonce le Figaro.

Il y aura du beau monde. Le ministre des Finances britannique ou encore le gouverneur de la Banque centrale chinoise Xiaochuan Zhou… Au total plus d'une trentaine de représentants de pays membres et non-membres du G20 (qui regroupe les vingt principales économies développées et émergentes), ainsi que les principales organisations internationales comme le Fonds monétaire international (FMI)".

Depuis l'abandon des disciplines mises en place à Bretton Woods en juillet 1944, les réunions d'experts n'ont jamais cessé. Elles sont même ritualisées. Réunion des gouverneurs de banque centrale, réunion de Ministres des Finances, réunion des chefs de gouvernement, réunion des chefs d'Etat, aucun niveau n'est épargné par la réunionite. Depuis 1971, il y en a eu des centaines. Et pendant ce temps-là les trois grands malheurs économiques constitutifs de la crise se sont approfondis :

- Baisse décennale continue du trend mondial

- Gravité aggravée des crises périodiques

- Inversion de la courbe de l'endettement global jusqu'à ce qu'elle atteigne des sommets impossibles à maintenir sans drame.

Le nombre de ces réunions comme leur inefficacité est un des phénomènes les plus intéressants et préoccupants de la mondialisation. Il marque que l'appel rituel à un "nouveau Bretton Woods" n'a aujourd'hui plus de sens. C'est Bretton Woods tous les matins !

Quel est le nœud du problème ?

On a déconstruit en 1971 un système de coopération organique pour finalement bâtir en 1976, à Kingston, en Jamaïque, un non-système, traduisant un rapport de force géopolitique et masqué par une ritournelle de progrès basé sur les trois libertés du commerce, des mouvements de capitaux et des mouvements de personnes. À chaque déboire, on rappelle le mantra et on cherche aller encore plus loin dans la déconstruction de tout l'encadrement qui permettrait à ces trois libertés de s'exercer sans drame. Avec, à chaque fois des résultats contraires aux objectifs affichés.

Le monde diplomatique, en matière économique, vit dans une double soumission. Soumission aux Etats-Unis et à ses dépendances comme la Commission de Bruxelles. Soumission à l'idéologie dérivée qui veut que les libertés ne doivent pas être organisées, sinon au profit du plus fort.

Le système mis en place est structurellement non coopératif et la réunionite ne cherche qu'à masquer ce fait en évoquant sans cesse et la nécessité de la coopération et celle de ne jamais mettre en place une canalisation des désordres provoqués par cette coopération purement verbale sur fond de guerre des monnaies.

En matière de développement économique international, il n'y a pas de main invisible heureuse guidant les marchés comme l'Esprit Saint et permettant l'optimisation globale des ressources et des investissements.

On n'est pas en face d'individus mais d’États qui désormais ont en main l'essentiel des ressources. Les monnaies ne sont plus des biens tangibles extérieurs aux Etats mais des abstractions gérées par des administrations.

Les Etats ont des objectifs. Les superpuissances, des objectifs géostratégiques mondiaux. La destruction des accords de Bretton Woods a permis aux Etats Unis de gagner la guerre froide contre l'URSS. "Ce n'est pas Philippe qui a gagné la guerre mais l'or de Philippe" dit-on d'une guerre contemporaine de la création des monnaies. La monnaie est historiquement l'enfant bâtard du sabre et du goupillon. Bretton Woods avait été une tentative partielle de sortir de cette logique en disant aux Etats : vous n'êtes pas seuls au monde et votre monnaie est aussi notre problème. Elle doit être sortie de l'arsenal des conflits entre Etats.

Les monnaies ont été mises au râtelier et la surveillance du râtelier accordée au FMI.

Ce qui s'est passé en 1971, c'est tout simplement l'ouverture du râtelier et l'autorisation donnée à chacun de faire ce qu'il pouvait faire des armes. Et que le meilleur gagne.

Comme on ne pouvait pas le dire comme cela, on a baigné le retour à la non-coopération structurelle dans un pathos hyperlibéral faisant fi du fait que les libertés s'organisent, surtout lorsqu'elles concernent des mouvements transnationaux. Une des conséquences a été l'affaiblissement structurel du FMI et la montée en puissance des banques centrales dont on sait qu'elles sont en fait impuissantes à arbitrer des conflits géostratégiques. Comme nous le répétons sans cesse, les banques centrales ne savent régler, comme les psychanalystes, que les problèmes qu'elles ont elles-mêmes créés. Elles sont un faux-semblant et on voit bien qu'elles ne peuvent que s'engager dans une politique d'expédients de plus en plus contraires aux principes affichés. L'échec du G.20 est également significatif. Son seul résultat a été de mettre au pas la place financière Suisse et d'imposer Fatca à tous, un objectif de la puissance américaine, avec en prime des sanctions délirantes contre les banques européennes, qui sont désormais hors courses dans les grandes opérations de la finance mondiale. En imposant par la force la loi américaine à tout utilisateur du dollar, le gouvernement des Etats unis a levé le masque. "Le dollar est notre monnaie et votre problème" disait Connally, un secrétaire d'Etat américain des années soixante-dix. Nous n'en sommes plus là. Le message subliminal actuel est :" Notre monnaie est notre instrument de puissance internationale et nous voulons vous y soumettre. Notre crainte est le Yuan. Le dollar va nous permettre de mener la guerre contre la Chine. Il nous faut un traité transatlantique pour avoir les mains libres en Extrême Orient. Nous le négocions avec nos féaux à la Commission".

Face à cette brutalité, les réactions ouvertes  sont inexistantes en Europe, devenue un mouton bêlant et qui n'a pas réagi à Fatca, qui s'est soumise humblement face aux exactions contre les banques européennes, et qui négocie le dos courbé le traité transatlantique.

L'Allemagne et le Japon sont des nations soumises au diktat américain sans même la moindre discussion.

On a lu dans le Monde un article d'une douceur angélique du gouverneur de la banque centrale de l'Inde pour évoquer l'idée que peut-être un peu plus de coopération serait nécessaire.

Seule la Chine résiste et on a vu à Shanghaï, comme on le verra aujourd'hui, que certains se cachent derrière la Chine pour tout de même faire un peu changer les choses. 

La réunion d'aujourd'hui sera comme d'habitude un hymne aux masques idéologiques de la domination américaine sans aucune perspective de coopération structurelle. On grattouillera aux marges en regrettant que rien ne marche comme prévu mais sans oser affronter les Etats-Unis bille en tête. Comme ces derniers n'ont pas voulu qu'on les gratouille en profitant de la résistance chinoise, ils n'ont envoyé qu'un sous fifre à la réunion parisienne.

Il ne sera pas facile de faire le bilan de la réunion : il n'y aura pas de communiqué. On saura si le grenouillage de Paris a eu des conséquences lors de la prochaine réunion des chefs d'Etats à Hangzhou, en septembre. les petites manoeuvres ne font pas les grandes décisions.

"Il n'y a pas d'alternative" : il ne peut pas y avoir de collaboration dans un système structurellement non coopératif. Il ne peut pas y avoir de projet commun dans un système de soumission globale, d'échappatoires idéologiques hypocrites ou de petites manoeuvres de couloir. Il ne peut pas y avoir de retour à la prospérité sans explication des causes de la crise sévère qui perturbe le monde depuis 2007.

Nous voyons bien que l'analyse des causes est un exercice quasiment interdit. Le FMI, l'OCDE, le G.20 se sont bien gardés de faire l'exercice. Les Etats se sont tus. Les Etats-Unis ont dit : "voyez, nous,  nous y arrivons ; c'est vous les nuls, quand vous n'êtes pas des gangsters". Et ils ont maintenant sur le dos Trump et Sanders. Le complexe militaro-financiaro-industriel n'a plus la cote. Les citoyens américains ont bien compris qu'ils étaient un simple enjeu de pouvoir et que la politique menée avait certes des avantages pour certains chez eux, mais que les gros bataillons ne s'y retrouvaient pas.

La France est représentée par l'Énarque Sapin, ami du président énarque Hollande, qui, tous deux, ont intégré au plus profond d'eux-mêmes qu'ils n'avaient aucune prise sur rien, sinon leur carrière, et qu'il fallait filer doux en silence, surtout après avoir mis le pays par terre par impéritie militante. La France est dans un tel état qu'elle ne peut plus avoir de diplomatie économique. Le seul mot de France évoque encore aujourd'hui à l'étranger les impôts à 75 % et les 35 heures. Nous sommes un repoussoir ridicule. La réunion aura lieu au milieu de grèves absurdes, vu l'état actuel du pays, avec cette dimension comique des fédérations socialistes de parents d'élèves (dominées à 100 % par des socialistes fonctionnaires), prétendant accompagner leurs doux adolescents menés par la FIDL (dominée à 100 % par des mouvances socialistes d'adultes fonctionnaires ou espérant le devenir) dans la révolte contre des mesures qui ne concernent pas les fonctionnaires.

Ces grèves ont d'ailleurs un sens très précis : "nous allons perdre les élections de 2017 mais nous vous prévenons : le troisième tour "social" vous empêchera d'agir. Comme d'habitude, en dépit de vos postures de Matamor". L'emploi dans tout cela est un prétexte. Avis aux virils candidats aux primaires "de droite et du centre", ou aux candidates virilisées par "une greffe de c…", comme le dit la fofolle NKM, candidate à tout et à rien, dont le dernier livre est absolument vide de la moindre étincelle de réflexion sur les sujets majeurs que nous évoquons ici, comme tous ceux de ses concurrents à l'exception de celui de Fillon qui a compris que l'emprise américaine allait désormais trop loin mais qui n'a pas encore défini une vraie alternative.

En cette veille du premier avril, le poisson est déjà de sortie. Et sa tête montre de vilains signes de putréfaction.

La mondialisation-soumission, et son échec économique de longue durée, l'Europe soumise et ouverte à tout vent, avec son échec économique de moyenne durée, et la France du n'importe quoi qui n'a plus prise sur rien, et recule constamment sur le front économique depuis l'alignement giscardien à la Jamaïque puis les mesures d'étouffement prises par la coalition socialo communiste de 81, aggravées par Jospin puis Hollande, ne forment pas un joli spectacle.

Nous ne sommes pas près de sortir de "la crise" née en 1971.

Economie, primaires de la droite et élections présidentielles

Marcel Gaucher explique qu’il faut sortir de l’économisme et de l’énorme pression que cette doctrine impose.

Les Echos, en contrepoint affirme que les élections présidentielles se feront sur la question de l’économie.

Les deux ont tort.

L’économisme ne règne pas en France mais le socialisme moralisateur avec une dépense publique exorbitante, des dettes exorbitantes et un chômage d’une masse exorbitante. Si l’économisme régnait, il y aurait une trace de raisonnement économique. On la cherche. En revanche on ne compte plus les mesures vexatoires purement socialistes qui cherchent à priver de liberté les citoyens « riches », comme « la mixité sur le palier » de madame Hidalgo qui fait que la ville préempte à prix d’or, avec le produit d’impôts d’ampleur inégalée,  des appartements dans des immeubles cossus et y installe des familles africaines, arrivées en fraude  avec 14 enfants, sur le même palier que celui d’un dirigeant d’entreprise ayant payé cher pour vivre dans un milieu à sa convenance et non dans un faubourg de Ouagoudougou. Il est vrai que cette politique est menée à Paris sous contrôle socialiste par un communiste dont la doctrine est de faire payer par les riches la corde avec laquelle on va les pendre.  A Moscou, dans les bonnes années socialistes,  on pratiquait la mixité dans le même appartement. Encore un effort !

Les candidats aux primaires de la droite et du centre axent totalement leur campagne  sur la nouveauté alléguée « du monde qui se révèle » et la nécessité de ne pas se laisser influencer par la rue pour mettre en place les réformes adaptatives nécessaires. Mais on cherchera en vain une trace d’explication économique solide et on trouvera plus de postures et d’affirmations de virilité réformatrice que de raisonnements sur des faits observés sans passion.

Tout le monde sait que l’opinion française se cristallise  autour de deux réactions aussi fortes qu’instinctives. « Non aux impôts » ; « non à l’Islam ». Les « attentats » fiscaux de 2011 et de 2012, et les attentats islamistes abominables de 2015 sont les deux mamelles politiques de la France de 2016. Les cris mille fois répétés dans les médias, comme chez Ruquier dans On n’est pas couché,   de « vive les impôts » (des riches) et de « non à l’islamophobie » ont désormais un peu de mal à être entendus.

Ajoutons la dimension d’immédiateté propre aux réactions politiques, et on voit bien que les campagnes électorales vont se perdre dans les solutions radicales à ultra court-terme. Baisser « massivement » les impôts, « tout de suite » ; mettre au pas « impitoyablement » nos Molenbeek français, « sans attendre ».

Ce climat offre au Front National un boulevard, lui qui lie toutes les problématiques en une seule : immigration égale dettes, dépenses publiques, impôts, abaissement des valeurs nationales, délinquance et terrorisme.

 

 

L’offuscation de l’intelligence risque d’être la conséquence électorale la plus grave. Nous avons dit ici combien les différentes campagnes des élections de 2012 avaient été regrettables et même pitoyables. Les prochaines risquent d’être bien pires.

Les trois grandes libertés sont au cœur des difficultés. Les débats en sont rendus compliqués.

La liberté des mouvements de personnes se heurte aux migrations de masse et aux contradictions insurmontables des politiques de natalité. Si la population du  Nigéria dépasse celle de la Chine, en 2050, on ne voit pas à quel titre l’Europe devrait absorber les centaines de millions de migrants que cette politique implique.  Si certains pays du Maghreb ont l’ambition d’utiliser « le ventre des femmes musulmanes » pour envahir l’espace européen, nouvelle terre d’islam, on ne voit pas trop les arguments qui justifieraient que les pays européens cèdent à cette volonté.

La liberté des mouvements de marchandises entraine automatiquement une pression des pays à bas salaires sur les pays à hauts salaires, surtout si la compétition est inégale du fait d’une exigence différente en matière de normes de production. Le libre échange est nécessaire et positif entre pays qui équilibrent leurs échanges. Mais les énormes déséquilibres commerciaux sont-ils acceptables ?

La liberté des mouvements de capitaux est sans doute un des moyens de « l’affectation optimale des investissements ». Sauf si ces investissements sont purement financiers et alimentent les bulles moutonnières et endogènes d’une économie baudruche.

Si la liberté est un principe essentiel, les libertés s’organisent. Les débats fondamentaux du moment se doivent de porter sur l’organisation des libertés. Ils sont difficiles et sensibles. Il y a un gouffre entre les libertés individuelles et les libertés collectives. Ce qui est simple, à l’échelon individuel, devient nettement moins commode à gérer lorsqu’on change d’échelle.

Une nation n’a plus de politique si elle est totalement ouverte et si les mouvements venus de l’extérieur peuvent s’exercer sans limite avec des effets quantitatifs démesurés. Affirmer qu’il faut simplement s’adapter à ces pressions ne fait pas un discours politique audible. La culpabilisation des citoyens ne mène à rien. 

Les enjeux électoraux devraient tous être centrés autour des trois grandes difficultés de gouvernance.

Gouvernance française : pourquoi faisons-nous moins bien que les autres ?

Gouvernance européenne : pourquoi l’Europe fait-elle moins bien que les autres ?

Gouvernance mondiale : pourquoi, depuis quarante ans, le trend baisse-t-il, les crises périodiques s’aggravent-elle et le taux de dettes global s’est-il partout inversé jusqu’à atteindre les niveaux intenables qui ont entraîné la rupture de 2008 ?  

Pour être équilibré un programme électoral doit comporter deux piliers économiques :

-          Une action interne pour remettre le pays d’aplomb

-          Une « diplomatie de la prospérité », en Europe et dans le monde, pour éviter que la nation soit périodiquement ravagée par des crises gravissimes venues de l’extérieur.

La grande erreur des candidats actuels, putatifs ou réels, aux primaires de la droite et du centre, est d’escamoter complètement le second volet. Il est vrai qu’il est vain d’espérer peser à l’extérieur si le pays ne retrouve pas son allant, comme François Hollande le prouve tous les jours. Il est tout aussi vain de croire qu’un redressement unilatéral ne sera pas balayé, un jour ou l’autre, par un autre épisode de tsunami économique venu de l’extérieur, si on ne procède pas à des changements profonds de l’organisation économique mondiale. Giscard et Chirac n’avaient pas que de mauvaises idées. Ils ont été balayés par la crise de 74. Balladur avait une vision solide de ce qu’il fallait faire : il a été balayé par la crise de 92-93. Sarkozy et Fillon n’avaient pas un mauvais programme ; Il a été balayé par la crise de 2008-20xx.

A chaque fois, ce sont les conséquences du ressentiment né de la crise qui ont fait venir les socialistes au pouvoir, au sein de coalitions hétéroclites, alors qu’ils sont minoritaires dans le pays, quasiment structurellement. La France n’est pas socialiste et il n’y a pas de « peuple de gauche ».  A chaque passage,  les socialistes ont aggravé tout en étouffant plus étroitement les relations économiques et en poussant au maximum les dépenses publiques, la dette et les impôts, même dans les périodes de vaches grasses offertes par la conjoncture (comme Rocard et Jospin), quitte, à la veille des élections, à tenter de rebrousser partiellement chemin pour ne pas les perdre.

Les socialistes, qui ont poussé avec J. Delors, à la création de l’Euro appuyé sur une politique de libertés économiques absolument sans entraves,  ont baissé un tout petit peu les impôts en 2001 et déchargé l’entreprise du fardeau des allocations familiales ces dernières années. La mouvance peut affirmer qu’elle a été plus audacieuse que la droite. Mais les socialistes sont pris dans des contradictions insurmontables : soumission à l’Europe fédéraliste elle-même soumise aux Etats-Unis ; absence totale de volonté d’organiser les libertés ; abandon du terrain social ;  violence fiscale contre les entrepreneurs et « les possédants » ; immigration sans limite ; priorité théorisée donnée à l’altérité ;  président et ministres au dessous des qualités nécessaires pour gouverner. 

La droite, de son côté, ne comprend pas qu’elle doit lutter sur deux fronts : les conséquences internes du socialisme et les conséquences des crises venues de l’extérieur.

Juppé ne croit pas nécessaire de développer de véritables idées, mais seulement sa stature. Il se veut compatible avec Rocard et la droite de la gauche. Il est « droit dans les charentaises » de F. Bayrou. Cet unanimisme exclut qu’il prenne des options programmatiques fortes. Il moque ceux qui promettent « des larmes et du sang », en oubliant que le sang et les larmes, c’est « ici et maintenant ». Il n’aucune idée d’une « diplomatie de la prospérité ». Il ne veut pas s’aliéner les européistes ni les tenants de la mondialisation heureuse. Et il ne va pas s’attaquer bille en tête aux « forces sociales »  qui lui avaient valu une défaite en rase campagne en 96. Il n’est pas sûr qu’il résiste à une campagne contre François Hollande. Lorsque le challenger est trop proche du sortant, la prime va au sortant.

Sarkozy ne sait pas s’il pourra se présenter et jusqu’ici ne capitalise que sur des mesures ciblées par ses communicants sur le cœur de l’électorat : baisse immédiate et massive des impôts et attitude anti-migrants. « L’achat de votes » façon Hollande ne séduira pas.  Et il a déjà perdu une fois contre ce dernier notamment au cours d’un débat où il a été inexistant.

Lemaire et NKM capitalisent sur le fait qu’ils sont ou jeune ou femme. C’est bien court.

Copé est plus brûlé que Jeanne d’Arc ne le fut à Rouen. Et il passe pour Cauchon.

Reste Fillon qui a développé un programme sérieux de redressement interne et qui a esquissé un début de commencement de diplomatie de la prospérité en  refusant le traité transatlantique.

Beaucoup pensent qu’il n’a pas le charisme, l’énergie et la rouerie d’un chef de bande inoxydable. Il est ignoré par la presse qui se concentre sur les favoris des sondages dont on sait qu’ils dépendent directement de l’investissement qu’on fait dans l’exercice (Cf le livre de Villiers).

Pour le moment, c’est le seul qui soit moins engagé dans le chemin de la com’ que sur celui des idées fortes. Il est probable qu’il sera, après les débats télévisés, au second tour des primaires face à Juppé, surtout si Sarkozy est empêché, ce qui est désormais probable.

Cette confrontation dictera la suite des élections présidentielles et la politique des dix ans à venir. Celui qui pourra dessiner un avenir à dix ans convaincant, avec une méthode pour le construire, gagnera.  Cet avenir à dix ans exigera une action dans la durée. Pas seulement dans les 100 premiers jours (le syndrome Guéna). Il faut donc doser les réformes fondamentales à prendre vite et bien, sans esprit de recul, et l’action ultérieure, qui doit être le fruit d’une mécanique démocratique et sociale riche et continue.  Celui qui exigera qu’on s’adapte dans la douleur sans jamais laisser entrevoir d’issue positive à ce masochisme sera rejeté. Gagnera celui qui démontrera que l’étatisme et le « fiscalisme » insensé de l’ « Enarchie compassionnelle » est une des causes internes de nos problèmes et prouvera qu’il saura y mettre fin. Perdra celui qui sera l’homme d’une fonction publique aux effectifs déraisonnables et  bénéficiant d’une organisation protégée ruineuse, distincte du reste de la population.

François Hollande a lié sa candidature à la baisse du chômage. Nul doute que le chômage soit nominalement le sujet prioritaire préféré des politiques (car ils savent que la question de l’islam et de l’impôt sont les deux seules qui animent vraiment les Français et qu’elles sont dangereuses). Il est regrettable que l’annexe 8 de l’excellent livre de Bernard Zimmern : « A tout fonctionnaire son chômeur »  ne soit pas inscrite au programme de tous les candidats aux primaires. Elle montre une corrélation parfaite entre l’excès de personnels à statuts et  l’excès de chômage.  Le livre date de 98.  Cette corrélation reste entièrement valable aujourd’hui. Elle est même encore plus certaine.   

On peut tout de même exiger du pays que la confrontation finale ne se résume pas à l’affrontement d’un énarque de gauche qui a tout raté récemment mais qui croit à sa « baraka », avec un énarque de droite qui a tout raté il y a vingt ans mais qui croit à sa « stature ».

Les Français rejettent clairement un second duel entre Hollande et Sarkozy. Il devrait également rejeter une confrontation entre l’énarque Hollande et l’énarque Juppé. Cela ne veut pas dire que l’on souhaite que cela se termine par un débat d’images entre Nicolas Hulot et Nathalie Kosciusko-Morizet !

La politique de la chaleur et du casting doit faire place, quelque temps , à celle des lumières et des actions réfléchies et déterminées.

Expédients

La Banque Centrale Européennes prend des mesures "non conventionnelles" nouvelles. Tous les bons esprits essaient avec plus ou moins de subtilité, de décrypter les mesures prises par le sphinx monétaire, sans trop s'interroger sur le saugrenu de la situation : pourquoi aurions-nous donc besoin d'un sphinx monétaire ? M. Draghi, président de la BCE, après avoir voulu dévaluer l'Euro pour des raisons de compétitivité européenne défaillante, chercherait maintenant à relancer l'activité bancaire en payant les banques pour qu'elles prêtent. L'activité suivra. Toujours en noyant son projet dans la litote et le non dit puisque l'objet social de la BCE est de maintenir la valeur de la monnaie et donc de contrôler l'inflation. Bref, les médias tentent d'expliquer les modalités d'un viol répété et constamment aggravé des principes gravés dans le marbre du traité de Maastricht. On avait le "vol de l'Aigle", nous avons "le viol du sphinx". La règle était formidable. La violation de la règle encore plus formidable.

Pourquoi ne pas se contenter d'avouer vérité et de dévoiler la réalité ?  La perte globale mondiale générée par l'éclatement de "l'économie baudruche" en 2007 et 2008 est d'environ 12 000 milliards d'euros. Pour donner du sens à ce nombre, il suffit de rappeler que la valeur ajoutée des entreprises françaises non financières de plus de une personne en France est d'un peu plus de 1 200 milliards. En un mot, notre merveilleux système monétaire international, de dérèglements en sauvetages façon pompier pyromane, a réussi à créer une perte égale à 10 fois la production française !

L'essentiel de la perte étant logé dans les banques, et le capital de celles-ci ne permettant pas d'absorber ces pertes, il a fallu sauver les banques par une série d'expédients. Les Etats et l'impôt ont été sollicités. Mais cela ne pouvait pas suffire. On a protégé les banques de mille façons, la dernière en imposant que toutes les transactions passent par les banques, avec le but avouer de faire disparaître la monnaie de poche. L'essentiel a tout de même été de donner du temps aux banques pour qu'elles puissent progressivement éliminer les pertes latentes des portefeuilles de prêts.

Comme nous l'avons dit il y a bien longtemps, on a adopté la technique du hanneton qui pousse sa boule de crottin devant lui. L'animal fatigue parfois. Il faut l'aider un peu plus à chaque faiblesse. La BCE intervient pour permettre de faire rouler encore un peu la boule de dettes à chaque fois qu'une incertitude grave vient toucher les banques. L'effondrement du cours des banques exigeait une réaction. Elle vient de se produire.

L'absence d'inflation rend l'opération d'élimination de la perte latente bancaire longue et aléatoire. Mais comment générer de l'inflation lorsque la perte latente pousse à une déflation phénoménale ?

Oui la BCE permet aux banques de faire des gains financiers sans cause réelle. Oui la BCE permet aux Etats de vivre malgré le poids démesuré d'une dette d'état qui s'est substituée en partie à la dette des banques. Oui la BCE entraîne la finance dans une zone inconnue où une part croissante de la dette porte des intérêts négatifs, c'est-à-dire subventionne l'emprunteur avec de l'argent banque centrale créé à partir de rien.

Aucune de ces mesures n'a de justification dans la théorie économique, ni ne correspond à aucun texte, ni ne répond à aucun des principes qui avaient conduit à la création du système de l'Euro.

Le but : survivre sans changer le système ; Maintenir un système de monnaie unique dans un monde de changes flottants ; Conserver la liberté absolue des mouvements de capitaux, de personnes et de marchandises sans rien organiser ni canaliser.

D'expédients en expédients jusqu'à la victoire finale !

Tout sauf s'interroger sur la perversité du système des changes flottants et la mauvaise gouvernance de la zone Euro.

Les Etats européens n'ont plus de responsabilité du tout dans l'efficience économique, sinon d'adapter les citoyens à la nouvelle donne. Les politiciens n'ont plus qu'un seul jeu : se faire réélire ou élire en finassant. François Hollande pratique ouvertement l'achat de vote. On le voit aujourd'hui même avec l'annonce de l'abandon du gel des rémunérations des fonctionnaires. La discussion porte sur le bon moment de la distribution, afin d'optimiser le gain électoral. Une hausse tout de suite pour créer l'ambiance puis une autre juste avant les élections pour amplifier le "feel good" électoral des fonctionnaires. Mais quand ? En octobre ou en janvier ? Dilemme fondamental ! En contrepartie, il faut faire semblant d'obéir à l'injonction bruxelloise de "réformer le marché du travail", qui, il est vrai, a été totalement étouffé en trois fois par les socialistes : mesures Auroux ; mesures Jospin-DSK-Aubry et mesures Ayrault. Mais l'injonction vaut pour tous les pays européens, avec comme objectif avoué de faire diminuer le coût salarial pour retrouver de la compétitivité mondiale, alors que la zone est… excédentaire ! Comprenne qui pourra.

La France est devenue un théâtre d'ombres. Plus d'intelligence. Plus d'intérêt général. Conserver des places et aider à survivre des systèmes bancals, voilà toute l'ambition. La presse prend bien garde à ne pas effrayer le Prince qui lui permet de survivre grâce à des subventions exorbitantes pourvu qu'elle ne dise rien qui fâche vraiment.

Il n'y a plus de réflexion économique publique. Il n'y a plus de politique économique de production. La science économique est à l'encan. Les mêmes économistes médiatiques qui n'avaient pas prévu la crise et même qui avaient nié qu'elle puisse survenir, expliquent que la déflation vient de "l'ubérisation" de la société. Quand on compare l'effet d'UBER aux 10 000 milliards de pertes latentes qui font stagner l'activité depuis 2007 malgré mille expédients, il y aurait de quoi mourir de rire.

Le pire : personne ne rit.

Il est vrai que plus personne ne pense.

 

Deux mots à Bruno Lemaire

Personne ne s'imposant sans discussion à droite, des élections primaires ouvertes ont été organisées, avec un nombre considérable de candidats. Du coup, l'électeur de droite est obligé de s'interroger sur les programmes et les personnes. S'agit-il d'une candidature réelle, ou d'une occasion de notoriété, ou d'un espoir de place dans le futur gouvernement ? La logique de la candidature est-elle programmatique ou l'occasion d'affirmer une image personnelle ou des thèses que l'on considère comme négligées ?

Bruno Le Maire s'est "posé en s'opposant" à N. Sarkozy lors de l'élection à la tête de l'UMP et il a obtenu un bon score. Il a prouvé dans l'exercice sa capacité à manœuvrer vite et à s'investir sans arrière-pensée. L'homme sait mouiller sa chemise. Il est réactif. Son discours n'est pas vide.

Avec la parution de son dernier livre "Ne vous résignez pas !" chez Albin Michel, il permet d'y voir un peu plus clair dans son projet.

Le livre est un appel et il ne manque pas de souffle, même si les contempteurs du candidat affirmeront que l'on brasse surtout de l'air. Contrairement à N. Sarkozy qui voulait faire une "rupture" et qui finalement ne l'a pas faite, contrairement à F. Fillon qui veut "faire", ce qu'il n'a pas pu mettre en œuvre du fait de la crise et parce que Sarkozy était aux commandes, Bruno LeMaire veut un coup de torchon générationnel. Il compte fermer le cycle détestable ouvert en 1968 et qui a vu l'alternance entre une droite partiellement de gauche et une gauche partiellement de droite, le système s'effondrant progressivement dans le n'importe quoi avec des dettes obscènes, des dépenses publiques incontrôlables, des impôts punitifs, et des abus partout, sur fond de dissolution de l'idée nationale. Il ne veut pas pardonner à ceux qui sont partiellement responsables de cette impéritie.

Il faut une grande lessive. Adieu Juppé, le complice du Ni-Ni chiraquien ; adieu Fillon, qui n'a pas osé s'opposer à Sarkozy ; adieu Sarkozy qui n'a pas osé faire la rupture. Place aux jeunes, donc place à lui, qui est le seul en situation de mener ce mouvement de rajeunissement, du fait qu'il a donné des gages de sa cohérence en démissionnant de la fonction publique, qu'il a eu des responsabilités ministérielles importantes et qu'il est le seul à avoir montré de réelles prédispositions politiques (NKM ayant sombré lors des Municipales parisiennes). Bruno Le Renouveau n'hésite pas à lâcher des formules assassines contre ses concurrents. Il brûle réellement ses vaisseaux.

Un tel engagement suppose une campagne qui vise moins l'aspect programmatique que de convaincre qu'il est l'homme d'un tel renversement. L'émotion est largement mise au service de cette démonstration. Bruno Lemaire incorpore sans réserve à son discours tous les interlocuteurs qu'il a pu rencontrer, et montre qu'il porte la croix de toutes les confidences qu'on lui a faite sur le désastre général qu'est devenue la situation française. Il utilise l'émotion à répétition. À notre avis un peu trop.

Le projet est clair : la France est un grand pays à qui on a fait perdre de l'intérieur et de l'extérieur tout ce qui faisait sa valeur. Le train de l'histoire, piloté par des nuls, a fait dérailler une belle nation qui doit restaurer tout ce qui a fait sa force. Français, on vous a engagé dans trop d'impasses ; redevenez vous-mêmes et chassez l'anti-France ; renoncer à la démagogie, à l'étatisme, au socialisme, au gauchisme attardé et retrouvez la force singulière a fait la réputation de la France dans le monde "Moi-même, je ne flancherai pas sur ce chemin". Voilà l'engagement.

Le problème de tous les chants en faveur du retour à la grandeur nationale, ce sont les paroles. L'air est connu et facile à fredonner. Fixer les paroles est plus difficile.

La plus grosse difficulté est, comme pour les autres candidats, que Bruno Lemaire n'explique pas la crise économique, ignore dans ses textes et propos les sources internationales du mal et donc ne peut pas prétendre les juguler. La "crise" n'est pas née en France. Elle n'est pas propre à la France. On voit en ce moment même aux Etats-Unis que les classes dites "moyennes" se révoltent aussi là-bas. Sur tout cela, Bruno Lemaire ne dit rien dans son livre. Comme pour les autres candidats, l'idée force est que la France doit s'adapter. D'autres pays l'ont fait et se trouvent mieux que la France. Alors faisons l'effort. Brisons les résistances politiques, étatiques, syndicales, et allons-y gaiement dans l'adaptation au monde du XXIe siècle.

Nous n'aimons pas ce discours. La modernité n'est pas, en soi, une valeur. Si l'organisation générale est mauvaise, pourquoi s'y adapter plutôt que réparer l'organisation fautive ? Et où en serons-nous une fois "l'adaptation" faite ? C'est le drame de tous ceux qui refusent d'avoir un diagnostic de la crise ou qui pensent que les causes étrangères de la crise sont hors de portée. "Ne théorisons pas notre impuissance et contentons-nous de faire au mieux dans la situation telle qu'elle est. De toute façon on peut faire mieux que ce que nous faisons actuellement. Restons dans notre pré carré et agissons sur les manettes à notre portée". Ce n'est pas dit comme cela ; ou on reste dans le non-dit. Mais voilà bien la démarche.

Nous-mêmes, au Cercle des Economistes e-toile, nous la récusons. Et appelons les tenants de cette ligne, y compris Bruno Lemaire, à regarder au-delà de cette ligne Maginot intellectuelle. Si la cause principale de la baisse du trend, de l'inversion de la courbe de l'endettement global et de la violence nouvelle des crises périodiques est à chercher dans les défauts du système monétaire international, alors il faut le dire et agir pour corriger le cours des choses. François Fillon s'est, sur la pointe des pieds, lancé sur ce terrain en refusant le traité transatlantique et indiquant que la dictature du dollar était intolérable. Pourquoi Bruno Lemaire n'a-t-il aucun discours en la matière ?

Sur la question de l'Union Européenne, il a pu vérifier concrètement qu'elle ne marche pas. Il propose de mettre fin à Schengen qui nous fait perdre toute maîtrise des flux migratoires et entraîne une dé-civilisation. L'Euro doit voir sa gestion modifiée. Il faut un coordinateur des politiques, qu'il nomme secrétaire général de la zone Euro et pas un gouvernement de la zone Euro. Il exercera à Strasbourg. Sinon arrêtons l’Euro. Nous retrouvons nos propres thèses : un "chancelier" de la zone Euro chargé de la coordination, appuyé sur des représentations spécialisées des parlements nationaux, le tout sis à Paris. Notre projet est plus complet. Mais c'est la même inspiration. Alors bravo !

La réduction de l'emprise de l'Etat et, automatiquement, la réforme des fonctions publiques, forment un bloc important du programme Lemaire. Il est classique. Étant haut fonctionnaire lui-même, la crédibilité de sa volonté est plus grande que celle des autres, notamment de celle de Juppé : il s'est appliqué à lui-même les règles qu'il veut étendre à tous. Avec lui, ce que nous appelons l'Enarchie Compassionnelle sera cassée. Réduction du nombre de postes d'élus, à tous les niveaux, réduction massive du nombre de fonctionnaires, alignement des règles de retraites, contractualisation de préférence à la mise sous statuts exorbitants des règles de la Sécurité Sociale, réduction effective du mille feuilles, suppression des doublons partout où ils ont fleuri, toute la gamme des mesures bien connues est présente dans le programme. Il va même plus loin que nous sur un sujet : la suppression totale du statut des fonctionnaires territoriaux, alors que nous préférerions conserver les règles de la fonction publique pour les hauts postes.

Pour l'économie, les recettes sont classiques. Desserrer les freins fiscaux, et défaire le carcan qui étrangle la relation entre entreprise et salarié, propriétaire et locataire, producteur et consommateur…

La crédibilité de ce programme économique et social tient tout entier à la réponse à la question : pourquoi en est-on arrivé là ? On peut avoir deux approches :

- C'est la faute "au socialisme". Il faut sortir la France du socialisme et vaincre durablement les socialistes. Si la bataille politique est gagnée, alors tout suivra.

- Si la droite a été jusqu'ici si faible dans la correction des abus idéologiques socialistes, ce n'est pas faute de volonté mais du rapport de force nécessaire. La résistance des Français, habitués à la défense des "avantages acquis" et des privilèges, devenus accros aux droits et allocations dans une approche de plus en plus clientéliste de la politique, et bien organisés pour bloquer toute réforme, est la principale cause de l'impuissance de la droite. Comme dit Giscard "si la jeunesse descend dans la rue, on est obligé de céder". On voit aujourd'hui la rue scolaire et étudiante se mobiliser contre "la précarité", alors même que le PS, au pouvoir, est le parti qui pilote habituellement les organisations syndicales scolaires et étudiantes, et qu'on pensait qu'il avait, jusqu'ici, le pouvoir d'étouffer les mouvements (comme on l'a vu dans l'affaire Léonarda).

La tactique des candidats de droite est d'affirmer que l'élection présidentielle emportera tout si on agit dans les 100 premiers jours. Nous avons montré en citant le livre de Guéna, décédé ce jour même, dans un article précédent, que cet espoir n'a jamais été justifié dans le passé. Référendum et ordonnances dès juin 2017 peuvent-ils forcer les Français à l'abandon de certains réflexes de défense des avantages acquis ? La crainte d'une potion sauvage peut faire perdre les élections. Rappelons la réélection de Mitterrand qui a été une catastrophe pour le pays mais qui tient entièrement au conservatisme des Français. Hollande pratique la "triangulation" pour prouver "qu'il fait ce qui est socialement possible dans la concertation". Le but est de mettre en cause le "jusqu'au-boutisme fascisant d'une droite impitoyable" et de faire valider la méthode réformiste douce de l'habile Hollande. On voudrait être sûr que les adversaires de F. Hollande ont une vraie réflexion tactique pour éviter de tomber dans ce piège Sur le fond on attend d'eux un peu plus que des slogans à l'emporte-pièce. Il faut une vision sociologique et historique forte, et un minimum de maillage du terrain. Marine Le Pen rode qui s'appuie également et entièrement sur le conservatisme des Français.

Là où Bruno Lemaire possède une vraie originalité, c'est dans le domaine de l'éducation et de la culture. La partie de son livre consacrée à ces questions est un hymne. Il a toutes les qualités requises pour porter un message fort ; plus que d'autres. Notons toutefois qu'il s'agit d'un message conservateur : maintenir et cesser de déconstruire. Toute l'Education Nationale est mobilisée pour fabriquer des demi-intellectuels visant des postes publics ou semi-publics, avec, malgré tout, une certaine capacité à dégager des élites, que les socialistes du domaine ont tendance à réduire. Elle ne parvient pas à régler la question de la masse. Des dizaines de milliers d'enfants sortent depuis toujours du système sans aucune formation utilisable. Jusqu'à mai 1968, l'affaire était claire : la masse s'arrêtait au brevet avec malgré tout une formation minimale solide (orthographe, calcul, etc.) ; une élite de 80 à 100 mille personnes allait jusqu'au Bac. Une super-élite d'un dizaine de milliers de personnes passaient les grands diplômes. Giscard a voulu casser cette sélection sociale avec le collège unique. Puis tout est parti à vau l'eau, avec cet objectif de Jospin de 80 % d'une classe d'âge au bac, quitte à vider le bac de sa substance. Changer le cours des choses aujourd'hui ne peut pas consister seulement à dire : "je reforme des filières d'élite et je lance le reste vers l'apprentissage" ! L'affaire est tout de même un peu plus compliquée que cela. Le drame de la droite est qu'elle ne tient aucun discours cohérent et compréhensible sur cette question centrale.

Au final, la force de Bruno Lemaire est bien dans l'idée que seule peut agir une génération nouvelle balayant les hésitations du passé, et refusant radicalement l'état lamentable dans lequel se trouve le pays. Sa faiblesse tient moins à son manque de charisme, une accusation répétée ad nauseam par les commentateurs politiques et les humoristes, ni à sa jeunesse, qu'à la faiblesse opérationnelle de l'indignation. Bruno Lemaire est indigné. Il n'a pas tort de l'être. Nous le sommes tous. Mais l'indignation ne suffit pas. Pour devenir efficace, l'indignation doit s'appuyer sur la raison et le rapport de force. Le diagnostic des difficultés récurrentes du pays est encore trop pauvre. On ne peut pas agir en excluant de son discours les causes principales de "la crise" et en ne proposant rien. Le rapport de force social est une autre question difficile. On ne gouverne pas seulement pendant 100 jours en fonction de l'élan électoral. Il faut mettre le temps avec soi pour convaincre et construire sur des bases acceptées.

Ces réflexions valent pour l'ensemble des candidatures de droite, mais très particulièrement pour celle de Bruno Lemaire, tant il a souhaité mettre l'émotion au centre de sa démarche.

Sa crédibilité personnelle n'étant pas encore tout à fait suffisante pour gouverner et donner le coup de balai générationnel qu'il espère, on peut craindre que sa candidature affaiblisse ceux qui dans son camp, sont en situation de gagner et qu'il entend écarter du pouvoir en raison  de leur responsabilité alléguée dans la situation désastreuse qu'il dénonce. En cas d'échec, il risque d'être marginalisé, l'imprécateur se retrouvant contraint à regarder "les mauvais" tenter de sortir du pays des difficultés qui l'accable. L'exemple de Bayrou, contempteur solitaire du système et candidat perpétuel sur le thème "ils sont nuls avec moi cela sera mieux", devrait l'éclairer.

Les réalités nationales, européennes et internationales sont compliquées. L'évolution des technologies est réelle et pose de nombreux défis. Les Français sont chahutés et meurtris par des évolutions qu'ils ne souhaitaient pas et sur lesquelles on n'a pas demandé leur avis, médias et politiques s'accordant à leur expliquer qu'elles étaient formidables et qu'il fallait s'y adapter. Le Front National a réussi à capitaliser sur ces rancœurs et arrive aux portes du pouvoirs. Il a plus de crédibilité que les politiques issus des partis de gouvernement pour tenir un discours genre "coup de balais".

Ce qu'on entend un peu partout laisse penser que les Français veulent un président décidé et responsable capable de sortir le pays de l'impasse, en tenant compte de ce qu'ils sont, de ce qu'ils ont et de ce à quoi ils tiennent. Sans laisser de place à l'aventurisme , à l'esprit partisan et à l'exaltation narcissique soutenue par la communication. Hollande est partiellement sur ce créneau, en affirmant qu'il conduit, cahin-caha, l'aggiornamento d'une gauche dont le socialisme a prouvé qu'il ne marchait pas, mais qui a des relais puissants dans la société et peut encore contrer toute politique de droite. Il y a fort à craindre, pour ceux qui veulent l'éjecter du pouvoir qu'une simple posture de coup de balai générationnel ne suffise pas. Il vaudrait mieux expliquer pourquoi cette politique n'a pas marché et ce qu'il faut faire, sans drame, pour réellement sortir le pays du marasme.  

Quelques aspects cachés de l'indemnisation du chômage

Le débat politique sur l'indemnisation du chômage est totalement bloqué dans les clichés depuis des lustres. Il le reste en dépit des protestations d'énergie, d'audace et de courage de tous les candidats aux prochaines élections présidentielles.

 Pour la gauche, le chômeur est toujours un salarié privé de sa vie professionnelle par un vilain capitaliste qui a voulu encore accumuler plus de profits. Donc, il est une victime et celui qui l'a licencié quasiment un "salaud", au sens sartrien du terme, qu'il s'agit d'entraver et de sanctionner. La rémunération du chômeur doit être la plus élevée possible et sa durée aussi longue que nécessaire. Baisser le montant, ou la durée, de l'indemnisation est une exaction planifiée contre les pauvres.

Pour la droite, c'est exactement la même chose. M. Bertrand n'a fait que répéter cela à la télévision ce dimanche 28 février 2016. Le précédent quinquennat n'avait pas touché aux indemnités ni à leur durée de versement. Au contraire,  la réforme du RSA a eu pour principale conséquence la création d'un impôt nouveau sur le revenu du capital pour améliorer l'indemnisation, alors que les besoins explosaient.

Il n'y a pas de différence entre la droite et la gauche de gouvernement.

Les quelque six millions d'allocataires n'ont donc jamais été mieux indemnisés et plus longtemps que maintenant. Le système est le plus généreux du monde. Les obligations du chômeur sont de pure forme (remplir une fiche de situation et prouver, de temps à autre, qu'on s'agite pour retrouver du travail, tout du moins jusqu'à 5x ans). Curieusement, comme les chiffres récemment publiés le montrent, le régime est équilibré et ses pertes viennent uniquement des versements faits à Pôle Emploi, le système public totalement inefficace et effroyablement coûteux de "gestion" des chômeurs.

Les cotisations chômage sont très fortes en France. Elles viennent aggraver les charges salariales, donc le manque de compétitivité et donc le chômage. Le serpent se mord la queue. On en est alors venu à dégrever les charges sur certains emplois, ce qui revient à faire payer le chômage par la dette sociale et/ou l'impôt, ce qui réduit la demande globale etc. Le serpent se remord la queue.

Le système est remarquablement contradictoire. Il est impossible à réorganiser sans contrainte extérieure forte. On l'a vu en Grèce : quand l'argent emprunté a manqué, le chômeur s'est retrouvé seul avec sa vraie misère. L'explosion des systèmes mal foutus fait toujours beaucoup de mal aux pauvres.

Les candidats aux candidatures présidentielles se tortillent pour sortir de cette équation à zéro solution. Oublions les propositions qui consistent à sortir les chômeurs de leur statut en les envoyant en stages bidons, en emplois plus ou moins fictifs, au service civil et militaire, ou en formation bidon etc. Oublions également les vaticinations contre les faux chômeurs qu'une répression accrue permettrait de débusquer.

La question de l'emploi ne concerne pas seulement les chômeurs, mais aussi ceux qui pourraient travailler et qui ne le font pas pour différentes raisons, ou qui ne peuvent pas travailler officiellement pour des raisons légales, comme les réfugiés, certains SDF européens et les immigrés clandestins ou ceux qui n'ont pas droit à l'indemnité parce qu'ils sont en fin de droit ou qu'ils n'ont pas encore travaillé, donc n'ont pas acquis des droits au chômage.

Mettons en exergue quelques anomalies délirantes. Un fonctionnaire qui a une garantie de l'emploi paie pour le chômage des autres mais pas son patron : deux anomalies en une seule. Les frontaliers paient des cotisations chômage à l'étranger mais touchent le chômage en France ! Cette réalité méconnue a été publiée dans la presse la semaine dernière et il s'agit de sommes vertigineuses. Aucune réaction du gouvernement. On reste frappé qu'aucun programme n'offre de s'attaquer ne serait-ce qu'aux situations absurdes. Comme si l'absurde était normal par le seul fait qu'il existe.

En matière d'emploi tout reste figé dans la posture et les faux-semblants.

Est-il possible d'affirmer une politique économiquement sensée et pas simplement "réactionnelle" dans ce domaine ardu de l'indemnisation du chômage ?

Une condition préalable est ne pas voir le chômeur comme une victime mais comme un agent économique conscient qui sait faire ses calculs, même si ces derniers sont parfois à courte vue.

Quelques exemples montreront pourquoi ce changement de point de vue est nécessaire.

L'énorme majorité des jeunes Français cherchent à se faire employer dans les différents services publics. Ils savent que s'ils y parviennent, la question du chômage est réglée pour eux et qu'ils auront certes une vie restreinte en capacité d'évolution et de pouvoir d'achat, mais que le travail sera modeste, les loisirs importants et la protection syndicale forte. On peut même faire de la politique et espérer les forts revenus qui lui sont aujourd'hui associés. Cette aimantation est dramatique pour le marché de l'emploi privé qui devrait être la norme. L'emploi industriel, comme celui du secteur du bâtiment, est laissé de plus en plus aux nouveaux arrivants. La fuite devant l'apprentissage vient autant de la préférence massive pour les petits postes dans les trois fonctions publiques que du mépris de l'Éducation Nationale pour cette activité trop près des entreprises.

Une des priorités nationale est de casser cette aimantation. La solution est simple : réserver le statut de fonctionnaire protégé à la catégorie A et contractualiser tous les autres postes. l’Etat serait obligé de payer les cotisations patronales sur ces postes professionnels en même temps que les salariés seraient au régime général. Les recettes disponibles pour le chômage seraient fortement accrues, facilitant bien des évolutions, comme notamment la baisse des cotisations dans le domaine marchand non protégé. L’Etat perd son avantage dans la compétition pour les salariés puisqu'il est obligé de payer comme les autres et non pas moins que les autres. L'alignement des systèmes de retraite est l'autre moyen de supprimer cette funeste aimantation.

Il deviendra à nouveau, pour les familles, rationnel de s'intéresser à autre chose qu'aux petites filières demi-intellectuelles alimentant les trois fonctions publiques. L'apprentissage reprendra sa valeur. L'emploi privé aussi, ce qui réduira cette véritable anomalie qui est l'impossibilité de recruter des salariés de qualité et bien formés pour les petites entreprises à potentiel de croissance.

Ceux qui connaissent des économies étrangères comme celle de la Suisse ou de l'Allemagne se rendent compte immédiatement de l'anomalie française qu'est la préférence nationale pour l'emploi protégé public. Ceux qui observent ce qui se passe en Grèce ou dans le sud de l'Italie, savent que certaines populations ont fait un choix encore plus radical et plus intenable en faveur de l'emploi public subventionné. Nous avons la Corse. C'est pas mal non plus.

Il doit redevenir rationnel de penser en France que c'est l'emploi professionnel (public ou privé, les conditions seront les mêmes) qui doit être la priorité. Actuellement il est rationnel de viser l'emploi public. Cela déforme tout.

 L'emploi est d'abord un calcul. Les calculs individuels, quand ils se consolident, ont des conséquences majeures. La France a recruté depuis trente ans près de 3 millions de personnes dans les postes subventionnés par l'argent public et créé six millions de chômeurs. Un emploi public = deux chômeurs. La loi est d'airain. Le PS a gagné politiquement depuis trente ans parce qu'il était le principal pourvoyeur d'emplois publics nouveaux. Ce clientélisme a payé électoralement. Tant que le nombre des chômeurs était gérable. Il s'effondre parce que ce mécanisme est désormais impossible du fait des déficits, de la dette et de la surimposition générale avec les résultats que l'on sait sur le nombre de chômeurs.

Rappelons une réalité que personne ne souligne jamais : nous avons le taux d'emploi salarié privé quasiment le plus bas du monde d'économie comparable. Si nous avions les taux de salariat des pays comme l'Allemagne, l'Angleterre ou les Etats-Unis, nous aurions 25-27 millions de salariés privés et non 16 millions ! Un écart structurel de près de 10 millions tout de même.

On voit qu'on est loin des polémiques sur l'indemnisation stricto sensu. Mais la réalité est telle que ces considérations sont un préalable obligatoire à toute étude d'indemnisation. Pas de politique contre le chômage tant qu'on ne supprime pas le statut de la fonction publique pour tous les fonctionnaires actuels qui n'ont pas la catégorie A et une partie de ceux qui l'ont. Certains voudraient supprimer le statut du fonctionnaire territorial. Nous sommes d'accord pour le conserver pour les très hauts postes, ne serait-ce que pour imposer le recours au concours pour recruter. Le clientélisme est agaçant pour les postes de jardinier. Mais il serait désastreux pour les hauts postes administratifs régionaux.

Donnons maintenant quelques exemples qui montrent que le régime d'indemnisation peut entraîner des comportements rationnels favorisant le chômage.

Lorsque Giscard et Chirac ont annoncé une indemnisation de deux ans à 90 % du dernier salaire des salariés licenciés, on a vu des choses étranges. Certains cadres supérieurs jeunes ont demandé qu'on les licencie "économique". C'était pour eux une décision parfaitement rationnelle. J'ai déjà  cité dans un article de ce blog  le cas d'un ingénieur en chef d'une société de conseils américaine qui exigeait ce licenciement et ne comprenait pas qu'on le lui refuse. Il avait calculé que son revenu augmentait (d'environ 10 %) compte tenu de l'arrêt de certains prélèvements ; il n'avait plus à payer son loyer parisien, car il comptait s'installer pendant deux ans dans la maison de vacances de ses parents à La Baule, tout en, s'inscrivant en doctorat à l'Université de Nantes. Il ferait le moniteur de voile en été et de ski en hiver. Sa femme ne travaillait pas. Tout dans tout, le revenu du ménage augmenterait de près de moitié pendant deux ans et sans travailler. Il pensait, à juste titre pouvoir retrouver un emploi sans difficulté avec ses qualifications professionnelles acquises et son nouveau statut universitaire. Il ne comprenait absolument pas pourquoi on lui répondait "non". C'était du déni de droit.

Leçon : il ne faut jamais offrir un cadre d'indemnisation durablement garanti permettant des calculs économiques rationnellement en faveur du chômage indemnisé.

On dira : votre exemple est un peu vieux. Donnons-en de plus récents.

Deux cadres supérieurs travaillent dans un fleuron de l'industrie cosmétique française. Ils s'aiment d'amour tendre et veulent après leur mariage mettre un enfant au monde dans les meilleures conditions. L'entreprise a pour politique de décimer régulièrement son portefeuille de jeunes cadres dynamiques, pour ne garder que les meilleurs. Elle indemnise généreusement les partants. Nos tourtereaux savent qu'ils pourront bénéficier d'une indemnité très forte : près de deux années de salaires. Ils regardent maintenant le régime indemnitaire du chômage et constatent qu'ils peuvent pratiquement passer trois ans avec une indemnité au plafond et que ce plafond est élevé : près de 6 000 euros par mois.

Le calcul est vite fait. Ils louent pour deux ans leur appartement à Paris et emménagent dans ce cas aussi dans la maison de vacances sise dans une île magnifique de la Méditerranée. Le bébé a été très heureux pendant deux ans, merci ! Et nos glorieux parents ont retrouvé sans difficulté chacun un emploi de direction le temps venu. Que ce bel effort ait été financé à hauteur de 200 000 euros d'argent public ne les a pas troublé : "on paie tellement d'impôts en France. Il faut se défendre et voir les choses comme elles sont".

Leçon : il ne faut utiliser les indemnités publiques qu'après épuisement des indemnités privées (sur la base d'une indemnité mensuelle de 54 % du dernier salaire, deux ans de salaires d'indemnités privées pourraient financer quasiment quatre ans au chômage avant que l'argent public ne soit sollicité). Il faut également plafonner les indemnités par ménage. Si ces mesures avaient été prises, nos tourtereaux auraient probablement choisi de faire carrière. Au total le gain net pour les fonds d'indemnisation du chômage aurait été solide.

On trouve ce genre de calcul dans l'ensemble de la chaîne d'indemnisation, avec des niveaux de dépenses publiques différents selon l'ambition des calculs individuels. L'échec du RSA est venu entièrement d'une mauvaise compréhension des calculs rationnels des rmistes. Ceux qui, au prix d'une grande ténacité, avaient réussi à cumuler tous les avantages du chômeur et trouvaient leur situation acceptable, n'entreprirent surtout pas d'entrer dans le nouveau statut. Les expérimentations l'avaient prouvé de façon très claire.

Autre exemple : des maires de stations balnéaires ont créé des "villages de femmes isolées avec enfants" pour conserver leur école et leurs services municipaux. Le cumul des aides municipales, départementales, régionales et nationales, permet à ces familles de vivre assez confortablement sans travailler officiellement, tout en ayant le toit et le couvert, les soins, et l'enseignement,  offerts. Inutile de dire qu'il ne faut pas trop vérifier le caractère "isolé" desdites femmes, ni la réalité de leur patrimoine ni le travail au noir. La fraude arrive très vite. Tout le monde est complice. Ajouter quelques hommes en invalidité permanente grâce aux bons soins de l'équipe médicale locale, et vous vous retrouverez en… Corse !

Autre cas classique, le commerçant qui recrute un parent le temps d'accumuler les droits au chômage et qui le licencie immédiatement après pendant tout le temps de l'indemnisation. Et on recommence. Aujourd'hui beaucoup de jeunes prennent un emploi pour quelques mois afin de pouvoir ensuite se retrouver au chômage pendant un temps, subventionné par Pôle Emploi.  Demandez à tous les gestionnaires de fast food ! Evidemment il faut parvenir à se faire virer. Ambiance garantie dans la boîte.

Évidemment le cas le plus flagrant d'un calcul collectif portant sur l'exploitation des indemnités du chômage est celui des intermittents du spectacle. Si on est passé en trente ans de 10 000 employés sous ce statut à plus de 200 000, ce n'est évidemment pas du fait de l'extension de l'industrie du spectacle. Le calcul conjoint du salarié et de l'employeur est rapide et sans ambiguïté. "Il faudrait être un imbécile pour ne pas en profiter".

On est loin dans tous ces cas, du pauvre salarié qui se retrouve malgré lui au chômage, à un âge élevé, sans grande qualification, dans un marché du travail atone.

L'indemnisation du chômage est un art tout d'exécution. Pour éviter que son coût ne devienne intolérable, il faut obligatoirement bloquer les calculs rationnels qui en font, pour un temps,  un moyen de revenu  suffisant.

Pour cela il faut rendre clair que l'emploi professionnel privé est quasiment la seule voie de l'emploi "normal" et que la décision d'être chômeur ne doit pas être un choix rationnel, et encore moins comme actuellement, avec la dernière loi Macron, le fruit d'un pacte négocié avec le patron.

L'entreprise qui licencie prend en charge le temps normal de retour à l'emploi qui devait être entre trois et six mois selon l'âge. Si le salarié n'a pu retrouver du travail dans cette période et peut prouver qu'il a tout tenté pour en retrouver un, il peut prétendre à une allocation de solidarité temporaire de retour à l'emploi. Elle n'est pas garantie. Il faut réellement avoir prouvé qu'on a tout fait pour revenir dans l'emploi. Elle peut être renouvelée mais dans des conditions de moins en moins favorables, par tranche de trois mois.

L'idée n'est pas de priver d'un secours légitime celui qui subit un licenciement. Mais d'éviter que certains construisent un plan de vie, momentané ou non, sur l'argent des autres.

On notera que nous n'avons pas parlé de formation. La question de la formation n'est posée que du fait de la préférence du système scolaire officiel pour la formation pour l'emploi administratif de demi-intellectuels. Comme la formation professionnelle actuelle est cannibalisée par les partenaires sociaux pour tout sauf la formation des chômeurs et que pôle emploi est pratiquement incapable de proposer une formation réellement qualifiante, ergoter sur la formation des chômeurs est au mieux, une licence poétique. Beaucoup de cadres fort bien formés sont au chômage.

De même, nous n'avons pas évoqué la question du plafonnement et de la contractualisation du mode de calcul de la prime de licenciement. Bien sûr, il est très dommageable qu'une entreprise ne sache pas au départ combien lui coûtera un licenciement éventuel et les contrats précaires sont naturellement l'effet non voulu des hyper-protections accumulées depuis les années 1970. Il faut néanmoins admettre que les situations sont très différentes. Un groupe prospère à capitaux étrangers qui liquide une entreprise ou un département rentable pour transférer tout ou partie de l'activité française à l'étranger, doit faire intervenir dans sa décision le coût des dés-économies externes que sa décision provoque et, notamment pour les très grands licenciements, être amené à payer très cher l'indemnisation de ces "externalités". Faciliter ces opérations est absurde. Dans bien des cas, le pays d'accueil finance des économies externes pour faciliter l'installation. Imposer la compensation du préjudice causé permet d'éviter ces violations grossières de concurrence. Même dans les contrats individuels, on peut imaginer bien des situations où le licenciement prématuré pourrait être "anormal", par exemple lié à la volonté de décapiter l'équipe d'un concurrent. Le juge doit donc garder un regard sur le licenciement "anormal" tant par son ampleur que par ses motivations. Les entreprises dynamiques qui recrutent des cadres et sélectionnent les meilleurs au bout de quelques années, comme on l'a vu dans un de nos exemples, ne doivent pas bénéficier de la complicité de la loi pour mettre en œuvre, à bas coût, son système d'épuration.

En revanche on peut fixer les règles d'une indemnité forfaitaire progressive "normale" pour les particuliers, les artisans et les PME-PMI de moins de 200 personnes.

Quand on regarde les programmes des candidats déclarés en matière d'indemnisation, on est frappé par l'absence de parler vrai, remplacé par des postures, par le manque de pertinence caché derrière des slogans ou par des options si générales qu'on ne peut savoir précisément ce qui changerait.

Une équipe présidentielle devrait pouvoir présenter non pas des idées générales mais des projets de lois, y compris les décrets d'application. On sort de l'ambiguïté à son désavantage dit le démagogue. La clarté sert le réformateur exigeant. Quand on passe cinq ans dans l'opposition, on a tout de même le temps, sur les questions clé de faire ce travail et de l'adapter continûment. Naturellement ce texte fera une fois élu l'objet d'un débat parlementaire. Mais au moins on saurait où on va.

Tout reste à faire.

Avis aux bons candidats !

L’inaction : une maladie française ?

De nombreux articles  publiés ces dernières semaines insistent lourdement sur le fait que la haute fonction publique française a mis la main sur l’Etat, ce qui est normal, mais surtout sur la politique, ce qui ne l’est pas.

Le nouveau livre de Sophie Coignard et Romain Gubert , « Ca tiendra bien jusqu’en 2017 », Albin Michel, vient ajouter une touche de scandale à cette réalité en démontrant avec force exemples  que l’ensemble de ce petit monde mêlant administration et politique  n’a qu’une ambition : durer, sans jamais résoudre quelque problème que ce soit, mais surtout en lâchant tout à la rue de peur de perdre le pouvoir et les privilèges qui vont avec.  Surtout pas de vagues !

Cela fait longtemps (1977) que nous avons théorisé le règne de la haute fonction publique sur le pays sous le concept d’Enarchie Compassionnelle.  En fait nous résistons à cette idéologie depuis que  le Club Jean Moulin, à la fin des années 60,  avait conduit à l’extase les tenants de cette oligarchie publique malvenue et sans fondement. Elle prétendait à tout, y compris à redéfinir l’entreprise privée.  Nous avons souligné à plusieurs reprises que « Pour une réforme de l’entreprise » de François Bloch-Lainé était devenu, pour tout lecteur d’aujourd’hui, un objet de franche hilarité.  Le mouvement, purement intellectuel  dans les années soixante est devenu une réalité politique prégnante avec l’arrivée du couple Giscard-Chirac, pour s’épanouir sans limite  à partir des présidences Mitterrand.

Notre nouveau gouvernement socialiste reste une  illustration impeccable de ce mouvement. Au-delà de l’esprit médiocrement politicien, dénoncé partout pour son caractère caricatural, ce remaniement  est l’exemple même d’une opération politicienne montée par un énarque pour se faire réélire en se souciant comme de l’an quarante des besoins du pays.  Les commentaires vachards qu’il suscite  s’attardent, et c’est nouveau, sur l’ineptie de nommer des fonctionnaires sans carrure à des postes qui exigeraient des expériences civiles approfondies.

On peut naturellement  s’insurger contre un gouvernement où les affaires étrangères sont tenues par un prof d’allemand n’ayant pas prouvé de grandes capacités comme premier ministre, que l’Europe soit entre les mains de l’inexistant Harlem Désir,  que le Travail soit revenu à une personne n’ayant jamais travaillé et l’Education a une franco-marocaine dont les prouesses universitaires restent à découvrir.

Mais c’est la nomination au Ministère de la culture qui souligne le plus les déviations dénoncées. La charmante française d’origine coréenne qui en était le ministre n’avait aucune qualification particulière pour le poste.  Celle qui lui succède a les mêmes (dons musicaux en moins). Mais ce sont des haut-fonctionnaires politisés et des femmes utiles dans la parité gouvernementale. On leur a soufflé leur texte : flatter, soudoyer et surtout pas de vagues. Le niveau zéro de la culture !

Au global, tout le monde est d’accord  sur le diagnostic : il faut mettre fin à cette tartufferie qui tourne à l’aigre, le pays n’étant plus gouverné. 

Le bât blesse, au moment de l’action.  Là, le vide s’installe en maître exigeant.  Chut ! Ne rien proposer. Absolument rien. Pourtant, si on veut vient tirer les conclusions pratiques que l’analyse pertinente suggère, les pistes d’action ne manquent pas.

Nous sommes en phase de révision constitutionnelle. Suggérons à nos constituants d’ajouter  deux très courts articles :

-          « Nul ne peut être élu dans une assemblée qui décide de sa rémunération et de ses conditions d’emploi ».

-          « Nul ne peut recevoir deux rémunérations de l’Etat ».

Cela nettoierait un peu notre démocratie de sa principale tendance à l’oligarchie.

Une seconde mesure serait de supprimer le statut de fonctionnaire pour tous les postes «professionnels », ne gardant cette garantie particulière que pour une partie de la catégorie A. Pourquoi une partie ? Parce que par exemples il n’est pas besoin d’être fonctionnaire de catégorie A pour diriger une crèche.  Il faut écheniller la catégorie A.

 D’autres pays ont contractualisé les intervenants du secteur public sans drame.  L’avantage : on peut restructurer, réduire, adapter, reconfigurer. Bref, on peut faire ce qu’il faut sans entrer dans des bagarres impossibles qui se terminent toujours sur le dos des contribuables. Exemple : ce qui se passe avec la fusion des Régions où on va aligner tous les salaires sur la région la plus généreuse et supprimer aucun poste malgré les doublons.

On peut aller plus loin en rendant plus mobile ce qui restera de fonction publique protégée.  L’administration est une suite de silos absolument étanches. Essayez, si vous êtes fonctionnaire à l’Assemblée d’obtenir un poste équivalent au Sénat ! Du coup on a deux armées mexicaines incroyablement coûteuses,  parfaitement pléthoriques et  sclérosées.

C’est vrai partout, dans l’Etat.

Si on est timide, et que c’est encore trop, on peut tout de même envisager quelques réformes minimes mais qui mettraient un peu de fluidité dans les rouages. Par exemple, on ne pourrait devenir titulaire à la Cour des Comptes ou au Conseil d’Etat qu’au mérite, après 15 ans de vie administrative réussie. 

Trop encore ?

Alors  supprimons les mises à disposition. Cette facilité interdit toute comptabilité analytique.  Les fonctionnaires doivent signer des contrats de travail par unité de gestion. Lorsqu’ils sortent d’une unité pour aller dans une autre, on fait un nouveau contrat.  Il faut naturellement mettre fin à cette horreur qu’est la « mutation », ce qui suppose que la profession de  fonctionnaire ne soit plus un état  basé sur un rattachement statutaire, mais une capacité personnelle vérifiée susceptible d’emploi là où cette capacité est nécessaire n’importe où dans la fonction publique.

Si le capacitaire est momentanément sans affectation, il est géré par une entité chargée du placement public. Il peut faire un tour dans le privé tant qu’il veut et revenir ultérieurement.

Il est amusant que l’on songe à simplifier les relations entre entreprise et salariés mais que personne ne veuille toucher au seul endroit où les blocages sont la règle et la souplesse l’exception.

Il est redoutable de constater qu’à aucun endroit de l’échiquier politique, et dans aucune colonne de la Presse, ces mesures, « congruentes » avec les accusations portées, ne soient même envisagées.

Au contraire on voit la  droite, soucieuse de « renverser la table »,  bien partie pour mettre à sa tête un haut fonctionnaire qui a symbolisé le ni-ni chiraquien et un étatisme sans limite, en un mot tout ce que  l’Enarchie Compassionnelle a de plus contreproductif.  En y ajoutant la finesse politique qui a fait venir Jospin au pouvoir d’Etat et Delanoë puis Hidalgo au pouvoir à Paris. Alain Juppé est, de plus,  le seul à avoir perdu lors des dernières élections régionales.  Les Français sont curieux, tout de même.

Faire rentrer la Haute Administration dans sa bouteille devrait être un des enjeux des prochaines élections présidentielles.  Précisons  que nous sommes POUR une haute fonction publique de qualité et n’avons strictement rien contre l’ENA. Nous ne l’aurions jamais envoyée à Strasbourg.  Mais chacun à sa place.

En France, les constats sont généralement bons voire excellents ; les explications lacunaires voire inexistantes ; le passage à l’acte, inenvisageable.

Attention ! Ce qui doit arriver arrive.

Lors d'une récente conférence, un auditeur avait protesté violemment à un de nos commentaires : "les banques sont maintenant à nouveau solides. La crise financière est derrière nous. Dire le contraire est irresponsable et erronée". Telle était la critique virulente.

Nous venions d'affirmer que la perte latente de 12 mille milliards de dollars subie en 2007-2008 était loin d'être résorbée, étant entendu que le développement d'une dette nouvelle ouvrait à nouveau des perspectives douloureuses pour les organisations financières qui s'étaient engagées dans des opérations purement spéculatives. Faute de réforme du système monétaire et financier mondial en 2008, on allait à nouveau vers un krach bancaire et boursier qui serait moins grave en ampleur qu'en 2007-2008 mais malgré tout assez sévère.

Nous rappelions que les crises mondiales périodiques existent depuis longtemps, qu'elles commencent aux Etats-Unis et s'expliquent par des crédits aventureux qu'il faut bien résorber. Cette crise était à venir en 2016-2017. Les chutes brutales de prix, dans un environnement de crédits purement spéculatifs, étaient un signal fort que les banques allaient souffrir. Nous ne croyions pas que la chute verticale des prix du pétrole correspondait à un nouvel équilibre de l'offre et de la demande, propice à une croissance mondiale formidable, mais à l'effondrement d'une spéculation excessive identique à celui qui se produisait simultanément sur les marchés de toutes les matières premières. "L'alignement des planètes" n'était pas un mythe, mais l'effet bénéfique ne pouvait pas masquer que des forces telluriques étaient à l'œuvre dans les bilans des banques et sur les marchés de spéculation.

Nous ne sommes pas des catastrophistes adorant annoncer des horreurs ou se complaisant dans la critique acerbe pour le plaisir du défoulement. Simplement, nous pensons que les évènements ont des causes. Si elles sont ignorées, les mêmes effets sont à attendre des mêmes causes. Nous le disons depuis l'erreur fondamentale des premiers G.20 qui ont annoncé qu'on ne changerait absolument rien dans les principes et les modalités d'une organisation monétaire et financière qui venait de s'effondrer. Relance par la dette, transfert de la dette aux Etats et aux banques centrales, inondations de liquidités devaient permettre de passer le cap.

Huit ans après, l'ineptie de cette politique éclate à nouveau. De nombreuses banques sont au tapis comme la Deutsche Bank en Allemagne , Unicredito en Italie, Société Générale en France, sans parler de dizaines d'autres un peu partout.

Le discours ambiant est partout le même. Le monde a changé. il faut s'adapter et remettre en cause les modèles sociaux trop généreux ou trop rigides. Il faut faire baisser le coût du travail.

Or il n'y a strictement aucun rapport entre un taux d'intérêt négatif qui conduit une banque gavée depuis 2007 de crédits douteux à des opérations spéculatives aventurées ouvrant la voie à une jolie faillite  et le régime social des entreprises de production.

La finalité de l'économie reste évidemment de permettre une croissance globale de la prospérité et de garantir une amélioration des conditions de vie de tous.

L'organisation née à Bretton Woods avait aussi comme but de conforter la mise en place d'un "welfare state". L'analyse des travaux de cette conférence mythique montre que les congressistes avaient une trilogie en tête : ouverture libérale des marchés commerciaux ; cadre monétaire sain et empêchant les ajustements par la dépression ; cadre social garantissant une prospérité générale.

Depuis 71, le temps est à la destruction progressive des structures sociales, après avoir détruit le cadre monétaire sain.

Naturellement on ne peut considérer que "ruiner les riches" nationaux par l'impôt confiscatoire, en enrichissant les riches extranationaux, soit une politique sociale. Si les réformistes de la situation actuelle n'ont comme finalité qu'un libre échange débridée basée sur des circuits financiers déséquilibrés et des Etats tellement endettés qu'ils ne peuvent jouer leur rôle social, rien de bon ne sortira de la spirale de sottises consécutive. Nous l'avons écrit en 2008. Nous le répétons. La réforme doit porter d'abord et avant tout sur la gouvernance fautive du système monétaire et financier mondial, sur la correction de la rigidité coupable de la zone euro qui ne permet pas d'autre forme d'ajustement structurel que la déflation, et sur la correction des systèmes étatistes fondés sur la prédation fiscale et l'étouffement de la liberté contractuelle.

La campagne électorale française malheureusement, à droite comme à gauche, fait litière de toutes discussions sur la gouvernance mondiale et européenne. On se contente d'ajuster le modèle social français, dans l'hystérie fiscale à gauche, dans la promesse fiscale intenable à droite. Rien de bon ne peut sortir de ce schéma d'une débilité profonde.

Lorsque, dans une conférence de presse marquée par la complaisance des interviewers, le Président de la République Française, nerveux au point de dire parfois le contraire de ce qu'il entendait exprimer, se présente en réformateur acharné, et que sa dernière année de pouvoir sera consacrée à la baisse des charges sociales sur les salaires, on ne peut que lever les bras au ciel. Il n'y aura en fait aucune baisse mais un transfert sur d'autres que l'entreprise des charges en question qui demeurent inchangées voire aggravées faute d'une action réelle.

Les charges sociales financent la maladie, la retraite et le chômage. Toute la politique du gouvernement conduit à l'explosion de la dépense médicale dans le rationnement des soins. Le frein et l'accélérateur sont appuyés en même temps : gare aux dérapages ! Il n'y a  rien à espérer sur le front de la dépense-maladie avec la généralisation du tiers payant. Le chômage fait l'objet d'un traitement statistique qui aggrave simplement les coûts. On ne touche pas à l'âge de la retraite.  Résultats attendus : plus de dépenses, plus de pression fiscale, plus de dettes. Les entreprises, elles dépendent de la conjoncture mondiale qui s'abîme à toute vitesse, les derniers feux de la minuscule reprise de fin de cycle s'éteignant les uns après les autres.

Tout l'exercice est donc uniquement politicien et on aimerait qu'il ne soit que stérile. En fait il est catastrophique puisqu'il aggrave dette et fiscalité. Il ne débouche sur absolument rien d'utile. Le remaniement ministériel confirme cette vacuité avec l'intégration de personnalités lilliputiennes représentatives de chapelles ou d'un intérêt politicien minuscule en vue de la candidature nouvelle de François Hollande. On voit un président de conseil général réajustant sa majorité secouée par des dissensions de personnes et de clans et veillant à sa réélection. Pas un leader à la hauteur des enjeux français, européens et internationaux dans un moment dramatique.

Qui croit M. Ayrault, petit germaniste à la compétence professorale incertaine qui a montré sa dangereuse nullité comme premier ministre, capable d'une diplomatie économique de qualité ? Il n'est là qu'à but politicien, Hollande ne pouvant s'accommoder d'une fronde de ses propres amis. Comme il n'y a plus de diplomatie française, sur aucun terrain, voici donc un incapable à la tête d'un ministère régalien. On garde un président de conseil régional pour mener la guerre contre l'islamisme radical. Le choix de l'inconnu sinistre Urvoas, à la Justice, confirme que les Bretons sont aux commandes régaliennes de la France. Le bonnet rouge remplacera-t-il le bonnet phrygien ? Ne parlons pas des écolos en rupture de ban venus là pour la gloire de pouvoir dire plus tard qu'ils ont été une fois ministre. On a troqué la qualité contre le nombre. Minable.

Il est des moments de l'histoire de France où l'esprit du temps et les pouvoirs politiques sont tellement en décalage avec les nécessités qu'on ne peut envisager que le pire.

Nous y sommes.

Cercle des Economistes e-toile

Hollande et Sarkozy entre pathos et achat de vote

Le passage de Nicolas Sarkozy pendant plusieurs heures à la télévision, ponctuant son opération "grand retour", montre une fois de plus les dérives de notre système médiatique et politique.

Le passage au quinquennat a vu s'exacerber des tendances latentes. Les candidats sont de plus en plus obligés de faire du rase-mottes. Ils ont de moins en moins de recul sur les grandes questions. Ils sont amenés à ne travailler que leur image dans l'opinion et à satisfaire des catégories. Ce qui pousse à "l'achat de vote" par des mesures simples et fortes susceptibles d'accrocher le chaland.

Nicolas Sarkozy comme François Hollande sont symboliques de cette évolution désastreuse.

Nous avons souligné sur ce site que la dernière élection présidentielle marquait une régression phénoménale des mœurs politiques qui n'annonçait rien de bon. La situation politique actuelle ne fait que confirmer que la prochaine risque d'être au mieux du même niveau.

Claude Allègre, plus sage dans son âge que dans sa jeunesse, avait justement prophétisé que François Hollande ferait à la France ce qu'il avait fait au PS : mélanger les fils de façon si embrouillée que tout le monde deviendrait fou. Nous y sommes. Les petits croient pouvoir se faufiler plus facilement que les autres entre les nœuds. Il avait également diagnostiqué chez Nicolas Sarkozy un complexe de Zorro qui le conduisait à faire n'importe quoi pourvu qu'il puisse dire : "Moi seul l'ai fait". Bravo pour l'analyse prophétique !

Tout pousse les candidats à une vision narcissique et électoraliste de l'intérêt national. Elle se manifeste dans le travers permanent du pathos et de la mesure catégorielle démagogique forte. Tous les gourous de la communication ne cessent de le répéter. Lors d'un exercice de com', les gens ne retiennent qu'une impression et une idée. Une seule. Ces spin's doctors poussent donc leur client à l'étalage d'un pathos permettant de créer un sentiment favorable (brave type, sympa) et à la simplification du message, calibré pour être brutalement utilitaire.

Hollande commence l'année en proposant de sortir des statistiques 500 000 chômeurs qui l'empêchent de se représenter, avec de l'argent que la France n'a pas. Achat de vote à crédit. Il gracie largement une femme jalouse qui a tué dans le dos son mari volage après l'avoir piégé. Pathos. L'affaire Léonarda avait déjà donné le ton. On a besoin des lobbies féministes pour être réélu.

Sarkozy commence sa campagne dans le pathos d'un livre confession, et d'une émission qui sera une fuite continuelle dans la sentimentalité la plus mièvre. Mais le cœur du message est utilitaire : Je rendrai, dans les cent jours, 25 des milliards prélevés dans la chair de ma clientèle. Achat de vote. À crédit comme le relève à juste titre F. Lenglet.

La prochaine élection verra nécessairement ces travers s'aggraver si les deux candidats sont deux anciens présidents ayant également échoué. Le pathos et l'achat de vote risquent d'atteindre des sommets jamais vus.

Il est intéressant de noter que l'Europe et le Monde n'auront tenu aucune place dans l'émission de reconquête d'image de Nicolas Sarkozy. La crise est largement venue de l'extérieur. Il faut donc un diagnostic de la crise et une diplomatie de la prospérité, pourriez-vous penser. Pas un mot. L'Europe est clairement malade. On fait quoi ? Pas un mot.

On ne parle dans les deux camps que de la compétitivité à obtenir par la baisse des charges. Les "charges" seraient un simple abus commis par des vilains. On peut donc les supprimer d'un trait de plume, sans se préoccuper de ce qu'elles financent. Ce qui revient à renvoyer sur l'impôt et la dette des garanties sur lesquelles on ne s'étale pas et qu'on ne rabattra qu'à la marge.

On ne parle dans les deux camps que de chocs ou de contre-chocs. Le tout dans la frénésie des "cent premiers jours", dont on a vu dans un précédent billet qu'elle ne date pas d'hier, en citant l'exemple de 1986.

Sur fond de fatigue. Fatigue des deux duellistes, manifeste physiquement une fois encore pour Sarkozy lors de l'émission. Il y a quelque chose de fané dans le regard de Sarkozy qui n'était déjà que l'ombre de lui-même lors du débat avec Hollande en 2012. Il y a quelque chose de mort dans le regard de Hollande depuis des attentats uniques dans l'histoire du pays.

Fatigue du pays qui constate que tout se dégrade et que rien de solide ne sera fait pour revenir à une situation plus saine. Partout, des Français de tout âge et de plus en plus nombreux s'enfoncent sans espoir dans la difficulté, en même temps que les villes commencent à porter les stigmates d'un recul général de la "civilisation", et que les campagnes tombent dans la désespérance.

Décidément, l'opération médiatique "Sarkozy le retour", en même temps que l'embrouillamini ridicule sur une révision constitutionnelle hollandaise, politicienne et sans intérêt, démontre de façon limpide qu'il faut sortir rapidement de la querelle malsaine entre Hollande et Sarkozy.

La page doit être tournée et vite.

Le pathos et l'achat de vote sont déplacés face à la gravité de la situation nationale.

Il faut laisser une chance au débat sur les solutions de fond.

Enfin !

La France, entre blocage et utopies.

La marque des grandes périodes de stagnation est la montée des utopies et le verrouillage des situations acquises. Blocages et songes grandioses se mêlent pour créer un sentiment contradictoire de résistance et de changement.

La Sécurité Sociale en France est un immense échec. Au lieu de permettre l'émergence de solutions responsabilisantes et décentralisées sur chacun des grands risques, avec un foisonnement de solutions en concurrence mettant le citoyen au centre des décisions, les Hauts Fonctionnaires français ont imposé depuis Pétain la construction d'un Moloch technocratique fonctionnarisé qui a défini tout le secteur social comme relevant du service public, donc d'eux-mêmes, qui étouffe la société et l'emmène droit dans le mur.

On oublie souvent que la Sécurité Sociale n'est pas née du Conseil National de la Résistance, mais du régime de Pétain. Comme pour la banque, l'idée de manœuvre, basée sur le "fascio", était d'assurer la domestication du privé par l'Etat. La modalité, dans un cas comme dans l'autre, se fondait sur l'idée que le pion avait des obligations ou plus exactement des sujétions, et que l'Etat concédait à des intermédiaires sous tutelles des monopoles pourvu qu'ils admettent la tutelle la plus complète de l'Etat donc des Hauts Fonctionnaires.

Réduire les libertés et la responsabilité individuelle a été pour l'Enarchie Compassionnelle une constante qui a transcendé tous les régimes et qui prend aujourd'hui des dimensions anti républicaines que l'on peut considérer comme gravissimes, même si le public ne s'en rend pas compte, tant l'information est biaisée.

De brefs cris d'horreur s'entendent lors de chaque étouffement. Ils ne sont relayés par personne. Le message lénifiant du Leviathan, bassiné par une presse sous tutelle financière, finit par créer un cocon qui étouffe toute contestation. Un exemple tout récent ? Les gardiens d'immeuble étaient libres de s'assurer comme ils l'entendaient. Ils choisissaient leur mutuelle, la nature et l'ampleur de leurs garanties, ainsi que les coûts afférents. C'était leur affaire. Intolérable pour la haute fonction publique. Le domaine social est leur monopole et il importe d'empêcher la liberté de choix. Une loi nouvelle, a donc imposé aux syndics de prendre une assurance obligatoire pour leurs salariés. Et là, scandale : les prestations étaient déconnectées totalement des désirs individuels, moins intéressants et plus chers. On aboutissait souvent à des résultats totalement saugrenus : le revenu net de l'assujetti baissait, sa couverture également, et en plus il lui fallait prendre une assurance complémentaire pour des prestations qui n'étaient pas couvertes. Mieux encore, le système coûtait plus cher pour les copropriétaires : salauds d'employeurs !

On a donc réglé bureaucratiquement un problème qui n'existait pas, en favorisant des activités stériles pour un coût supérieur pour la collectivité. Le moteur de cette folie : l'idée qu'un système unifié et universel, totalement maquereauté par des intermédiaires sous tutelle est la seule solution. Quiconque dit le contraire est un "salaud" au sens sartrien du terme et probablement un "fasciste", tant la Reductio ad Hitlerum fonctionne en France, alors que la mesure est typiquement "fasciste" au sens originel du terme.

Les secteurs de la banque et de l'assurance sociale sont donc les deux modèles du développement en fascio en France, l'un dominé par l'Inspection des Finances et l'autre par les Conseillers d'Etat ou ceux de la Cour des comptes.

Le blocage fasciste, au sens propre, de ces deux secteurs, est couvert moralement par une conception disons extensive de la notion de service public et de protection de l'épargne pour l'un ou de la santé pour l'autre. Il dérive l'un et l'autre vers l'absence complète de vrais choix des assujettis, et une taxation constamment aggravée, entraînant les secteurs dans une spirale mortifère.

On a souvent étudié sur ce blog l'évolution du secteur bancaire. Ceux qui suivent ce blog savent que notre premier article concernait la sécurité sociale : "sécurité sociale : la réforme impossible".

Les Français ont compris que l'organisation bancaire française était un déni d'à peu près tous les principes républicains, et qu'elle était en risque majeure d'explosion avec perte de la totalité des comptes bancaires, assurance vie comprise.

Ils sont loin d'être aussi familiers avec les dérives "fascisantes" de la sécurité sociale. L'affaire n'a rien à voir avec une quelconque division droite -gauche. Le drame du RSI, l'intégration dans la sécurité sociale du régime des travailleurs indépendants, a été concocté par deux conseillers d'Etat de droite, députés UMP :  Dutreil et Bas. Sarkozy a cru un moment qu'il allait être le glorieux créateur d'une quatrième branche de la sécurité sociale. L'absence de moyens l'a fait reculer.

La sécurité sociale est devenue un enfer bureaucratique, une machine à créer du chômage de masse et une usine à dégrader la qualité des soins et la liberté des citoyens. Mais elle est sanctifiée et donc aspire à être sanctuarisée.

Le système étant à bout de souffle et prêt à exploser, il est intéressant de voir se développer diverses utopies destinées à le remplacer. On aurait tort de les rejeter du pied avec mépris ou nonchalance parce qu'elle nous projette dans un monde totalement nouveau. On aurait également tort de se défouler des difficultés actuelles en se réfugiant dans la seule utopie.

Une idée intéressante mais fort délicate à manier, est celle du revenu universel garanti, connu sous de multiples appellations et couvrant des réalités souvent très différentes, mais dont le principe est toujours le même : les multiples allocations disparaissent au profit d'une allocation unique indiscriminée. À charge pour les individus de faire leur choix. En rester là, ou faire plus et mieux en travaillant.

La force du concept tient à la fois à la responsabilisation des citoyens et à la facilité de la distribution. Finis les centaines de milliers d'emplois dans le contrôle et la distribution d'aides multiples et diversifiées. Fini le paritarisme. Fini la pression sur le salaire net. L'allocation universelle est donnée à tous et financée par l'impôt. Elle ne pèse plus sur l'entreprise. Finies les cotisations salariales et patronales. Adieu aux organismes de sécurité sociale. Adieu les contrôles et les investigations quasi policières des Urssaf. Le citoyen sera tenu de s'assurer. À lui de déterminer son assureur et le détail de ses prestations. Fini le tiers payant. Fini la gratuité universelle.

Chacun fait ce qu'il veut sachant qu'au pire, il sera au revenu universel garanti.

Il est amusant et facile de faire des projections en se basant sur les dépenses réelles constatées, puis de construire des systèmes plus ou moins affriolants.

L'exercice a au moins l'intérêt de s'éjecter loin de la dictature de l'existant. Surtout il permet de refonder bien des choses sur des principes alors que les institutions du moment dérivent de plus en plus vers le n'importe quoi opportuniste, du fait de l'emballement des résultats désastreux et intenables.

Il est bon que la pensée s'ébroue même au risque de l'utopie. L'Union Soviétique a eu bien du mal à sortir du soviétisme faute d'avoir caressé ce que pourrait être la transition vers un système capitaliste.

En revanche il faut garder un œil sur les dégâts que pourrait causer l'utopie si elle venait à conduire à des réformes trop rapides.

Le revenu universel garanti pose structurellement la question de son champ d'application et de la protection de cet espace. Qu'on l'imagine à 750 euros par mois ou à 2 500, il faut tout de même se rappeler que des centaines de millions de ménages ne vivent actuellement que sur la base d'un revenu disponible mensuel inférieur à 150 euros. Vive les frontières ! Sans protection, l'appel d'air serait phénoménal. Les Suisses ont instauré un système d "achat de sa bourgeoisie" pour mettre un frein à l'accès aux bénéfices variés de la sécurité sociale. On offrant une créance universelle à tous les citoyens du monde sur sa propre richesse, un pays qui institue le revenu universel garanti se met en grand danger.

L'autre grande question est la validité de l'hypothèse que, garanti à vie, le citoyen contribuera à la production. Vivre pauvrement en ne faisant rien, sachant que beaucoup de satisfactions nouvelles peuvent arriver par lnternet, sous forme de jeu, de vidéo attractive, de partage avec des "amis" et que le capital acquis permet à des enfants de familles peu nombreuses de se loger à bon compte, n'est pas sans attrait.

Quiconque a un peu de bouteille sait à quel point l'esprit humain peut profiter des cadres subventionnés et les détourner à son profit.

Nous avons déjà raconté ici comment dès le lendemain du passage de la loi Chirac sur l'indemnité chômage de deux ans à 90 %, les ingénieurs en chefs d'une grande société de conseil américaine sont venus réclamer  leur licenciement économique, et dès le lendemain du passage de la loi sur les indemnités de licenciement négociés, il y a quelques années, un couple de cadres supérieurs d'une société française en haut du CAC 40 a décidé de réclamer des indemnités de départ négociées importantes (près de 150 000 euros) et s'est mis en situation de toucher près de 12 000 euros par mois, tout en s'installant confortablement dans une jolie petite île méditerranéenne où la famille avait une maison "pour bien élever notre enfant pendant deux ans". Près de 500 000 euros payés par les autres sans travailler : formidable. Ils sont très fiers de leur bon tour fait à la société.

Comme la banque qui est à la fois malade et fondée sur le viol permanent des principes qui l'ont fondée, la sécurité sociale a été totalement subvertie et doit à nouveau être totalement refondée sur des principes nouveaux et clairs. Continuer sur la voie du "fascio" anti démocratique et piloté par l'Enarchie compassionnelle mène directement au désastre.

Mais il faut casser les blocages sans passer par l'étape utopie.

L'action du Cercle des Économistes E-toile en 2016

Les premiers intervenants de ce qui allait devenir le Cercle des économistes e-toile, ont commencé à s'exprimer avec l'arrivée des forums en 1997. Ils se sont rencontrés autour de quelques débats phares du moment et se sont trouvé d'accord sur les réponses :

- Que penser de la pétition des 1xx économistes en faveur des 35 heures ? Le plus grand mal.

- Comment s'explique la crise argentine ? Une nouvelle crise des changes flottants

- Pourquoi le délire de création monétaire ne se traduit pas dans les prix ? L'ouverture à la Chine et aux ex-pays de l'est ne permet pas d'augmenter les prix. Tout va dans l'immobilier et dans les bourses.

- Maurice Allais a-t-il raison d'annoncer une crise de 1929 renouvelée ? Oui. Mais elle n'a pas lieu maintenant. La grande crise viendra lors du futur épisode dur des crises décennales soit en 2009-2010

- Est-il vrai que la fin du travail est écrite dans le marbre des innovations techniques ? Non. Rifkin et son préfacier Rocard ont tort. Le monde créera d'ailleurs aussitôt plusieurs centaines de millions d'emplois.

- Les marchés financiers sont-ils réellement le vecteur de la bonne régulation des politiques économiques ? Non. Ils sont tenus par quelques grands intervenants et la spéculation amplifie tous les déséquilibres.

- Pourquoi le Japon sombre-t-il ? L'effondrement du dollar a ruiné l'épargne accumulée en dollar au moment des grands excédents.

- Existe-t-il une nouvelle économie dont les crises périodiques seraient définitivement bannies ? Sottise. Ce ne sont pas les stocks qui font les crises, contrairement aux facilités du cours de Samuelson mais les crédits bancaires en excès.

- L'Euro présente-t-il un danger et lequel ? Oui. On ne sait pas gérer les désajustements de productivité autrement que par la déflation. L'Euro stimule le laxisme. le cocktail est explosif. Un système de monnaie unique est contradictoire avec un système global de monnaies flottantes.

- Vivra-t-on le bug de l'an 2000. Non. C'est de la foutaise. Réécrire des fichiers du fait de changement de formats de données est la base de la programmation évolutive.

 - L'abandon des disciplines de balances de paiement notamment par la Chine et les Etats-Unis est-il bénéfique pour la prospérité ? Non. Les déficits sont recyclés et font monter le taux des dettes globales.

- L'abandon de toutes restrictions bancaires annonce-t-il un monde meilleur ? Non. L'excès de crédit crée un excès de dépôts et réciproquement. Sans contrôle on va vers le n'importe quoi généralisé.

- L'étouffement de type marxiste et trotskiste des relations entre patrons et ouvriers, propriétaires et locataires, clients et entreprises, mène-t-il à un mieux ? Ces cadenas portent en eux l'étouffement de l'économie tout entière.

- La décentralisation et le gonflement des effectifs régionaux sont-ils une bonne chose ? Une catastrophe. Il y a création nette d'emplois sans productivité..

- À quoi tient le gonflement indéfini de la dette globale ? Aux excédents et aux déficits monstrueux de certains pays qui impliquent recyclage monétaire permanent et un gonflement absurde des crédits.

- La crise de 98 est-elle "la crise des pays émergents" ? Non une crise du dollar flottant.

Sur toutes ces questions nous avons remis en cause les explications dominantes qui nous paraissaient totalement fausses. Quand on en trouvait. Les analyses que nous jugions les plus intéressantes étaient en général TOTALEMENT absentes des médias.

Quand on se penche à nouveau sur ces analyses de 1997 à 2000, il nous semble qu'elles ont toutes été validées par les faits. La suite a levé les doutes possibles sur leur pertinence.

On voit cette semaine même la question des 35 heures rebondir alors que les méfaits de la mesure ne sont même plus en discussion depuis l'effondrement relatif des échanges entre Allemagne et France depuis 2000.

L'étouffement trotskiste des relations sociales est également remis à l'ordre du jour du fait de ces méfaits. Mais les sottises de même inspiration de Mme Duflot dans le logement ne datent pas de très longtemps. Certains vivent encore sur l'idée qu'il faut tuer le renard libre dans le poulailler bunkerisé.

Personne dans les partis de droite et de gauche ne remet en cause de façon concrète le système monétaire international ni les mécanismes dépressionnistes de la zone euro.

On voit refleurir toutes les théories absurdes sur la fin du travail, à peu près aussi intelligentes que les théories récentes sur le pétrole à $600 le baril.

Bref le caractère manifeste des faits et de leur explication n'a qu'une influence modeste sur les esprits, tant est forte la prégnance des habitudes, des idéologies et des intérêts. Et de l'ignorance.

À partir de 2006, la montée vers la grande récession mondiale, l'étouffement de la France par le "ni ni", et le dérèglement progressif de la zone euro, après l'échec du référendum constitutionnel, offraient des axes nouveaux d'analyse, surtout dans la perspective des élections présidentielles de 2007.

Pour la première fois nous sommes intervenus directement auprès des candidats par écrit ou par lettre ouverte.

Nous paraissait dément le fait que la grosse crise arrivait sans que personne ne semble s'en rendre compte. Nous ne nous sommes pas beaucoup préoccupés du programme de Mme Royal, tant cette candidature était vouée à l'échec dès le départ. Le terrible affaiblissement du pays du fait de la politique DSK-Jospin nous paraissait de toute façon exclure une option socialiste à ce moment.

Le dépouillement du programme Bayrou montrait une vacuité étonnante. Sur tous les sujets, la réponse était la même : ils sont nuls ; quand ce sera nous, on saura faire parce que nous sommes les bons. Faire quoi ? Mystère. Le retour de la proportionnelle dans un régime présidentiel devait permettre à lui tout seul de mettre les meilleurs au boulot de façon unie et tout irait bien. Ce faux programme reste le leitmotiv de cette mini-mouvance.

Le programme de "rupture" de Nicolas Sarkozy était, lui, grevé d'une illusion dramatique : il ne prévoyait pas la récession qui allait gâcher la fête et les belles paroles annonçant une hausse phénoménale de la prospérité grâce à la libération des énergies. Nous l'avons, lui et ses équipes, lourdement averti de cette illusion dangereuse. Sans réponse, nous avons publié une lettre ouverte. Des fractions de ce texte ont longtemps été disponibles sur le forum du Monde. Absolument personne ne voulait voir venir la crise et personne n'envisageait qu'elle puisse avoir la moindre ampleur. La rupture annoncée par Sarkozy n'a jamais eu lieu, Sarkozy préférant préparer sa réélection plutôt que d'appliquer un réel programme de redressement. Une suite continuelle de demi-mesures, avec autant de concessions à la gauche pour se ménager un exercice électoral au centre la fois suivante, ne fait pas une politique. Surtout quand tout s'effondre et qu'il faut se précipiter les mains vides dans les jupes de Mme Merkel.

L'expérience était intéressante du fait de l'inconscience. générale initiale et aussi du détournement des institutions par des candidats en fait peu dignes de la fonction. La jouissance personnelle et l'absence à peu près totale de souci des mesures efficaces et des diagnostics utiles sont les deux mamelles de la présidence de 5 ans.

Nous avons ouvert ce blog parce que les forums disparaissaient, et surtout leurs archives. Ce qui ne permettait plus de mettre avec soi les analyses passées et leur débouché ultérieur. Il est important d'annoncer des conséquences et de vérifier si elles sont bien celles prévues. Pour simplement faire avancer la pertinence et évidemment pas la gloriole d'avoir eu raison avant les autres.

Les 450 articles publiés de 2008 à 2012, n'ont eu pour but que d'annoncer la crise et de l'expliquer tout en jugeant les politiques menées pour sortir de la récession. À chaque fois que nous avons annoncé en détail les conséquences le plus souvent mauvaises de mesures prises sans rapport avec un bon diagnostic de la situation, elles ont été confirmées par les faits ultérieurs.

Et nous sommes arrivés aux élections présidentielles de 2012. Elles ont été un exercice politicien assez abject. Non, le mot n'est pas trop fort. Nous lavons dénoncé violemment la dérive en son temps. Elles ne préparaient rien de bon et nous eûmes le pire. Comme Sarkozy, Hollande n'a dirigé qu'en fonction d'une stratégie de jouissance personnelle et de réélection sans aucun intérêt pour le pays.

Les élections actuelles ont un nouvel intérêt, tant on a touché le fond. Le monde des changes en folie avec des récessions partout alors qu'on devait connaître une formidable croissance ; une Europe de l'Euro étouffée par la liberté absolue des mouvements de personnes et incapables de contrôler la liberté totale de mouvements de capitaux. Une France totalement encalminée dans le chômage, la dépense publique, les impôts et la dette, incapable de la moindre réforme, sauf dans les mots.

Les médias s'intéressent uniquement aux chances de l'actuel et de l'ancien président, alors que leur réélection n'aurait aucun sens national. Ils ont tellement fait l'inverse de ce qu'ils avaient dit que tous les autres jurent de tenir leurs engagements, même les plus durs qui supposent des affrontements durs avec des maîtres chanteurs embossés depuis longtemps dans la République. En vérité aucune vraie direction ne se dégage. Parce qu'un langage de vérité est un obstacle majeur à l'élection.

Oui, il va falloir revenir sur la gratuité totale du petit risque, un gaspillage phénoménal. Qui en parle ? Personne. Si on ne le fait pas la possibilité de contenir la dépense par le simple rationnement de l'offre sera la mort de la médecine.

Oui, il va falloir revenir sur le statut des fonctionnaires hors catégorie A. Tous les professionnels doivent devenir des contractuels. Qui le dit ?

Oui, il va falloir réduire le champ d'action de l'action publique. Qui dit où l'Etat cessera d'intervenir et comment ?

Oui, il va falloir fixer un système unifié d'aides provisoires, diversifiées mais plafonnées pour les personnes en difficulté. Afin d'éviter les cumuls d'aides enchevêtrées et leur conservation ad vitam aeternam une fois obtenues. Guichet unique et panoplie d'aides temporaires, avec une distribution sous contrôle direct des élus régionaux et publicité des aides. On ne parle que d'un revenu garanti d'existence ouvert au monde entier !

Oui, il va falloir mettre en place un système d'aide aux personnes licenciées qui ne soient pas une véritable incitation à se mettre au chômage. Le licenciement négocié actuel signifie que l'Etat assume la conséquence du choix volontaire du salarié et de son entreprise de le faire cracher au bassinet. Avec trois ans de subventions et un an d'indemnité, cela fait quatre ans sans travailler et sans pertes de revenus. Franchement, est-ce raisonnable de ne pas exercer son droit au chômage ?

Oui, il va falloir toucher au GVT pour les fonctionnaires. Plus de glissement automatique des salaires mais des mesures individuelles, comme partout dans le privé. Aie !

Oui, il va falloir liquider des abus flagrants : intermittents au statut fou, EDF GDF, contrôleurs aériens, régimes spéciaux de retraite, dockers, ouvriers du livre. Qui en a envie, vraiment, sur chacune des cases de l'échiquier politique ?

Oui, il va falloir changer le statut de la haute fonction publique pour que la retraite soit comptée prorata temporis et non plus comme élément de statut. Qui le propose ?

Oui il va falloir interdire à la fonction publique de se faire élire dans des assemblées qui gèrent leur rémunération et conditions de travail. Qui l'annonce ?

Oui il va falloir interdire les cumuls de rémunération dans le secteur public. Qui en parle ?

Etc.

Sans une vision globale des problèmes qui nous accablent, impossible de faire autre chose que de lister des mesures impopulaires que l'on se sait incapable de mettre en œuvre.

Et que faire de la dette ? Là c'est le grand silence. Elle n'est tenable que si les taux d'intérêt sont négatifs comme actuellement. Donc nous dépendons des autres. Quelle est notre politique économique internationale ? Elle n'est définie nulle part, par personne.

On espère simplement que Draghi voudra bien continuer.

Quelles réformes de la zone Euro ? Silence. Quelles réformes du système monétaire international ? Silence.

L'observateur voit arriver la crise décennale "molle" qui suit les récessions dures. Elle mérite d'être annoncée et comprise. L'idée même que ce genre de chose existe semble totalement étrangère aux instituts de conjoncture qui tremblent devant les "cygnes noirs" et ne voit pas le rythme régulier des marées économiques.

Les questions internationales de fond seront éliminées du match des prétendants, comme il l'est généralement des médias qui mettent surtout en valeur les émotions provoquées par tels ou tels événements, sans jamais les expliquer. On croit décrypter alors qu'on glose.

Alors oui nous cherchons à influencer le débat présidentiel, dans sa composante économique. Non, nous ne croyons pas à une alternative "de gauche". On ne peut pas "perfectionner le socialisme" sur fond de diminution du revenu par tête de longue durée et d'affaiblissement de la natalité. Sinon on enfonce un peu plus le pays dans une situation inextricable. Nous ne croyons pas non plus à une alternative de droite qui serait simplement une potion à faire ingurgiter aux pauvres, aux fonctionnaires et aux étrangers.

Il faut une vraie politique économique et sociale, complète, qui dit les causes des difficultés, les remèdes que l'on cherche à apporter, la méthode que l'on va suivre, le bénéfice que l'on espère en tirer, dont le premier est de retrouver une parole crédible en Europe et dans le monde pour faire bouger les gouvernances qui doivent changer.

Il serait totalement faux de croire qu'une politique de redressement tenace et sévère soit si dure que cela à supporter. Travailler 40 heures avec 5 semaines de congés payés n'a rien d'indécent. Supprimer tous les systèmes abusifs pour revenir à la norme est de simple justice. Avoir une aide temporaire, plafonnée et dégressive en cas de perte d'emplois ou de difficulté sociale temporaire a été de règle en France et l'est partout ailleurs. Faire en sorte qu'un Inspecteur des finances ne touche pas une retraite pleine en revenant au bercail cinq jours avant son départ en retraite même s'il n'a travaillé que quelques années dans son poste, ne provoquera aucun drame. économique. Payer une partie des soins pour les rhumes et maladies légères est à la portée des citoyens d'un pays aussi riche que la France. Renoncer à un remboursement à 100 % du petit risque n'a rien d'antisocial quitte à traiter par exceptions les cas particuliers. Supprimer des pans entiers d'actions publiques dévoyées, comme les Frac, n'a aucune importance nationale. Fiscaliser le revenu du directeur du FMI et des agents expatriés ne serait que justice. Etc.

En jouant sur les mesures de fond et les mesures temporaires il est parfaitement possible de revenir à une situation d'excédent budgétaire primaire. Certes on ne fera baisser l'endettement public que très lentement. Mais la direction sera bonne.

Les expériences étrangères montrent que pratiquement tout le monde a été capable de revenir autour de 5 à 6 % de taux de chômage. On peut le faire sans grande difficulté technique.

En revanche on a besoin des autres pour éviter encore une crise financière dure, encore une déstabilisation d e tous les marchés financiers, encore une guerre des changes. Il est impératif d'imposer que les pays excédentaires, soit résorbent leurs excédents volontairement, soit paient une taxe de péréquation sur leurs ventes déséquilibrées à l'étranger.

Il faut être clair : les Allemands doivent payer une taxe européenne à la zone Euro de 10 % à 50 % sur leurs excédents vis-à-vis des autres pays de la zone Euro. Ces sommes serviront au désendettement global. De même il faut interdire aux pays pétroliers excédentaires les opérations en capital chez nous. ils doivent équilibrer leurs recettes avec des achats de produits et de services. Pas en réemployant les sommes pour acheter notre patrimoine. C'est vrai aussi de la Chine.

Si ces actions peuvent être mises en place de façon concertée en commençant par la zone Euro, nous pouvons retrouver une phase de croissance longue. De 45 à 71 nous sommes passés d'un endettement de 400 % à 75-100 % en moyenne en Europe. Le chemin est donc déjà connu. Il suffit de suivre la piste.

Comme nous ne cessons de le répéter, nous ne croyons pas à la notion de "monde nouveau" auquel il faudrait nécessairement s'adapter, pas plus que nous croyons à la catastrophe imminente qui doit mettre fin à "l'anthropocène" dans les dix ans. Nous croyons à un environnement économique malade du fait de mauvaises structures et de mauvaises pratiques. Quand Nicolas Baverez affirme que les Français "doivent rompre avec le déni et présenter des projets ambitieux placés sous le signe de la thérapie de chox", il a raison. Quand il ajoute : "seule à même de remettre la France en mouvement , non pour une chimérique remontée du temps vers le rêve des trente glorieuses, mais afin d'épouser la marche du XXIe siècle" , il tue son discours. Supposer que les Trente Glorieuses ont été une exception et sont désormais chimériques montre qu'on en a pas compris les ressorts. Annoncer qu'il faut s'adapter à un monde qui sera nécessairement glauque tue tout espoir. Ajoutons qu'il est regrettable que Le Point ait cru bon de confier à Valérie Giscard le soin de faire la leçon aux candidats. On a déjà listé ici la somme invraisemblable d'erreurs qu'il a faites pendant son septennat dont la pire est d'avoir signé les accords de la Jamaïque. C'est gentil de constater que l'Education nationale est par terre. Mais qui a fait la réforme Haby ? Que la France est surfiscalisée. Mais qui a commencé ? Un homme qui n'a jamais connu le travail privé nous recommande de lire un livre de haut fonctionnaire, Jean Serisé, auteur de la "serisette", bien oubliée aujourd'hui, qui était le prototype même du délire bureaucratique. De qui se moque-t-on ?

Si nous rappelons que le système des changes fixes et ajustables, accompagnés de diverses mesures d'aides et de coopérations, a permis de mettre en place la sécurité sociale en Europe, malgré mille défauts et insuffisances, ce n'est pas par nostalgie du passé. Une bonne gouvernance dans de bonnes structures est la clé d'une société qui progresse socialement, ce qui est le but principal.

Cette nouvelle organisation ne sera pas l'organisation passée qui a disparu pour de bonnes raisons. Il faut créer un cadre de prospérité internationale sur des bases qui tiennent compte non pas d'une "mutation" de l'ordre des choses venant d'on ne sait où et qui nous serait tombé dessus sans que nous l'ayons vraiment voulu, mais de ce que l'on veut obtenir en s'appuyant sur des mécanismes bien connus. Des dysfonctionnements existent qui sont parfaitement compréhensibles et que l'on peut corriger.

Le "roman" politique construit autour du "changement", mais sans le risque, grâce à l'élection d'intelligents modernistes qui seraient capables de dompter les mutations, est une fantaisie de communicants ou un rêve de technocrate ivre de lui-même.

Bien sûr, l'économie n'est pas toute la politique. Notre pays être choisi comme ennemi à notre corps défendant par des puissances qui nous imposent des combats dont on se serait passé. La défense du corps social contre les agressions internes ou externes de toute nature est l'essence même du politique. Une politique de paix est nécessaire pour que l'économie prospère. La prospérité n'est pas garantie par la paix. Elle doit se construire. Dans un monde que l'on a voulu interconnecté, elle se construit à plusieurs. L'action publique doit donc associer aux efforts d'efficacité interne une diplomatie de la prospérité.

Définir les voies et moyens de cette diplomatie de la prospérité est un des thèmes qui sera récurrent sur ce blog pendant l'année 2016. Car c'est là où le vide intellectuel du débat public est le plus abyssal.

Cercle des économistes e-toile.

Que faire du privilège EDF-GDF du 1% ?

A l'époque de l'emprunt Pinay,  le gouvernement avait considéré que le "cadeau" fait aux épargnants souscripteurs de l'emprunt devait être accompagné d'une mesure symétrique vis-à-vis de la CGT. C'est comme cela qu'est né le 1% donné aimablement aux œuvres sociales de la CGT à EDF. Un achat de la paix sociale comme les politiques aiment en faire.

La suite du cadeau aux épargnants sera fort coûteuse pour le budget national et finira par tuer l'idée qu'il fallait "sucrer" les emprunts de douceurs excessives. L'emprunt amorti, l'avantage disparût pour les investisseurs.

Il eût été logique que par symétrie le 1% EDF disparaisse. " Horresco referens" ! La paix sociale à l'EDF-GDF vaut bien tous les reniements.

Pourtant, l'avantage, déjà disproportionné au départ, est devenu scandaleux sous le poids la hausse considérable du prix de l'énergie.

Pourquoi était-il disproportionné ? Parce que le 1% est un impôt sur les pauvres directement  au profit des salariés riches. Toujours pour des raisons de paix sociale et de possibilités de chantage, les salaires EDF et les avantages annexes (logement etc.) sont très élevés à EDF, quasiment les meilleurs possibles si on excepte la Banque de France

L'EDF vient d'annoncer une  baisse de 9.000  postes de travail en même temps qu'une hausse de ses tarifs.  Le corollaire est le resserrement des bénéficiaires du 1% et une augmentation de leur rente.  Cet avantage n'a aucune justification. Des esprits chagrins pourraient  même parler d'extorsion de fonds au profit d'une minorité. Même la plus socialiste des belles âmes serait bien en peine de justifier qu'on taxe les pauvres au profit des riches par le chantage au bon fonctionnement des centrales électriques.

Au moins EDF produit-il quelque chose. GDF ne produit rien. Les gaziers n'ont même pas l'excuse d'un effort redoutable de production, avec ses sujétions.

Ajoutons que les autres avantages ne sont pas minces :

- Des tarifs électriques quasiment gratuits (90% de remise).

- Les 32 heures pour une grande partie de l'effectif.

- Un départ à la retraite entre 55 et 57 ans (dans les faits 4.5 ans d'avance sur les autres) basé sur le salaire des 6 derniers mois avec une taxe spéciale la CTA  qui rapporte en moyenne 100.000 euros par salarié

- Une hausse des salaires souvent  supérieure d'environ 1% à celles  autres salaires.

On sait depuis longtemps que la gestion des œuvres sociales d'EDF a été pour le moins problématique, pour ne pas dire pénale.

Quelles sont les solutions ? On peut imaginer que la suppression pure et simple d'une injustice aussi criante  ne serait pas jugée convenable. Les Français adorent les privilèges depuis la nuit du 4 Août.  Peut-être peut-on tout de même suggérer deux mesures :

- Le plafonnement de l'avantage à sa valeur actuelle par tête, avec une formule de dépérissement progressif jusqu'à revenir à la moyenne des dotations du Comité d'entreprise des  grandes entreprises.

- Sa taxation d'une part à la CSG (15.5%) et à l'IRPP forfaitisé par exemple à 29,5%, soit un prélèvement total de 45% somme tout généreux par rapport aux excès fiscaux que nous connaissent les travailleurs indépendants.

En contrepartie, la recette fiscale serait affectée pendant tout le processus  à des baisses  sensibles bien que temporaires du coût de l'énergie pour les familles nombreuses  les moins bien pourvues.

Notons au passage que le cours de l'action EDF a légèrement baissé depuis 2011 :  il a été divisé par trois.

Tout cela est d'une beauté démocratique et d'une efficacité économique presque parfaite.

Statistiques du site

L'année 2015 devait être une année où on ne parlerait pas trop d'économie, d'abord parceque les Français sont las de "la crise", ernsuite parceque l'année devait être celle de la reprise générale grâce à "l'alignement des planètes", enfin parceque le calendrier électoral faclisait l'attention sur les questions locales. L'actualité a de plus été marquée par la campagne d'attentats menés par le fanatisme musulman, en début comme en fin d'année.  La question des migrants a achevé de porter l'attention loin de l'économie. En revanche le retour très politique de la question de la dette grecque a porté les regards vers la situation de la zone Euro. L'illusion que 2015 serait l'année de la reprise en France a fini par s'évaporer complètement en fin d'année, avec des résultats déplorables en terme d'emploi et de dette.

L'année 2015 aura été une fois de plus une année de confirmation des trois maladies du monde que nous dénonçons depuis l'ouverture de ce blog.

- La gouvernance mondiale de l'économie, basée sur les changes flottants et les attitudes non collaboratives entre nations, sans obligations d'aucune sorte sinon de participer à des réunions où on chante les beautés de la coopération sans la pratiquer, a une nouvelle montrer sa perversité. Soigner la dette par la dette ne conduit qu'à des effondrements supplémentaires de banquise de dettes. Les déséquilibres monstrueux de balances de paiements et les spéculations qu'ils permettent finissent toujours par des rectifications sanglantes.

- La zone euro est minée par son organisation inepte. L'Europe elle, est ravagée par son soucis d'abaisser les Etats en poussant les régions, son parlement qui n'a aucun sens pratique, son juridisme étroit, façon puceau mystique, sa soumission aux Etats-Unis, et les défauts insurmontables de son organisation depuis l'élargissement massif post effondrement de l'URSS.  Le soft power a montré ses limites en Ukraine. Schengen était une absurdité qui explose à la figure de tous.

- Le prurit fiscal français a encore fait des ravages liquidant tout espoir d'investissement et de croissance réelle et sérieuse. La démagogie qui règne en maîtresse exigeante à l'Elysées a fait de l'achat de vote la boussole unique de ce gouvernement. Le Président, ayant cru malin de lier sa candidature à la baisse même artificielle des chiffres du chômage, se voit obligé de monter une formidable usine à gaz pour sortir 500.000 personnes des statistiques. Une honte jamais vue, du moins à ce niveau là. L'absence de tout scrupule semble sa marque de fabrique. Un gouvernement de médiocres apparatchiks finit de se ridiculiser.

Sur tous les sujets qui nous intéresse directement, la situation s'est aggravée. Il est intéressant que les articles les plus lus sur ce site se concentrent désormais sur l'explicaton de la crise et la question de la monnaie.

La monnaie est bien au coeur de tous les phénomènes désastreux que nous vivons. Il est sympathique de voir que ce point perce de plus en plus au moins dans la blogosphère. Reste à le voir naître dans la consience des décideurs. C'est loin d'être le cas.

Au moment où se prépare les programmes électoraux présidentiels, on voit qu'aucun ne présente la moindre esquisse d'une "diplomatie de la prospérité". La France ne peut plus s'en sortir seule, même si les politiques peuvent laisser croire qu'ils sont tout puissants. Les crises sont mondiales et aggravées par des structures régionales fautives. Sans vision dans ces deux domaines, on fait semblant.

Mettre l'accent sur ce point sera un de nos travaux d'Hercule en 2016.

Bonne année à tous



Sus aux « contractionnistes » !

Ceux qui s’intéressent un peu à l’histoire économique contemporaine (ils sont très peu nombreux, surtout dans les sphères décisionnaires) se rappellent qu’en juillet 1944,  parmi les délégations présentes à la conférence de Bretton-Woods pour fixer le cadre d’un retour à la prospérité générale, la fureur s’employait contre les « contractionnistes ». Le  « contractionnisme », tel était l’ennemi.   Il imposait des restrictions aux échanges, une déflation plus ou moins sévère, des manipulations de changes, dans un esprit de sauve-qui-peut général. Donc non ! Vraiment non !

La guerre de 1914 ayant marginalisé les étalons monétaires métalliques au profit d’une monnaie de papier imprimable sans limite, le commerce international était à la merci de tous les excès, de tous les malthusianismes, de tous les à-coups nationalistes dans le domaine des monnaies. Avec comme conséquence une crise générale et durable.

Du temps de l’étalon-or, l’or restait stable et les prix locaux étaient tenus de s’ajuster, éventuellement à la baisse.  Les déflations liées à ce système étaient violentes et provoquaient des récessions sévères, en général accompagnées de mouvements de révolte populaire. La croissance globale était de ce fait assez faible : environ 1% l’an sur l’ensemble du XIXème siècle. Bien sûr, les banquiers, notamment à Londres, s’empressaient pour limiter la casse. Des opérations en capitaux permettaient de limiter les besoins d’ajustement par la déflation. 

Certains ont cru après la guerre de 14-18 qu’on pouvait d’une-part revenir à l’étalon or et d’autre-part, le faire par la baisse des prix. Sauf que la création monétaire et les dettes avaient été tellement fortes et les déséquilibres poussés à tel point, que ces politiques n’aboutirent à rien sinon à la crise de 1929. 

Keynes et sa Théorie Générale signèrent un changement de vision. Puisqu’on en était maintenant arrivé à un système généralisé de « fiat money » (c'est-à-dire une monnaie qu’on pouvait multiplier à l’infini pratiquement sans frais), tenter de rétablir sa compétitivité par la déflation était contre-productif. Il fallait inventer autre chose et surtout faire la chasse aux « contractionnistes » qui amputaient la « demande globale » et provoquaient une spirale de dépression. 

Les Accords de Bretton Woods signèrent la victoire de ces idées, même si le plan White l’emporta sur le plan Keynes. L’idée de Keynes étaient de créer une véritable banque mondiale qui, manipulant une monnaie elle-mêmemondiale, le Bancor,  spécifique et réservée à la compensation inter-états, permettrait d’éviter qu’un pays en manque de devises soit obligé, pour rétablir ses comptes extérieurs, de se lancer dans des restrictions qui pousseraient tout le monde dans la crise. Un tel système n’était viable que s’il n’y avait pas de trop grands excédents et de trop grands déficits et si les monnaies nationales restaient en ligne avec la monnaie mondiale, réévaluations et dévaluations restant possibles mais dans des limites raisonnables et avec l’accord de tous. L’or était, dans ce système, totalement démonétisé (une obsession de Keynes). Un organisme supranational se chargerait de vérifier que l’aide ne tourne pas à la licence.  L’idée de White était de créer un « fonds » où la monnaie internationale serait l’Unitas, bientôt remplacé par le dollar, aussi solide que l’or. Les possibilités de création monétaire par le fonds seraient réduites.  L’or continuerait à jouer un rôle. Mais les règles du jeu seraient les mêmes : pas de déficits ou d’excédents majeurs ; monnaies stables dont la valeur externe serait de la responsabilité des Etats ; changements de parités possibles mais dans certaines limites, avec l’accord de tous et un gendarme évitant les abus.

Ce système a tenu jusqu’en 1971 et accompagné les « Trente Glorieuses ». Les contractionnistes avaient perdu et les expansionnistes gagné.

Il a explosé en 1971 du fait que l’imperium américain a décidé de s’affranchir de ses responsabilités monétaires particulières. La dissymétrie du système de Bretton-Woods était son défaut majeur. La multilatéralité entre égaux  était la vraie solution, comme Keynes l’avait vu. La monnaie d’un Etat ne doit pas être la monnaie du monde.

L’explosion de 1971 a eu deux conséquences organisationnelles en apparence totalement opposées et en vérité quasi similaires dans leurs effets néfastes.

Le monde est passé aux changes flottants, c'est-à-dire à un étalon dollar flottant sans plus aucune organisation des soldes de balances de paiements. Chacun faisait ce qu’il voulait et on verrait bien ce que les « marchés » diraient. Pour cela il fallait des marchés. Alors on a libéré totalement les mouvements de capitaux à court terme. On obtint un retournement de la courbe de l’endettement global qui, à 400% du PIB en 44 était repassée sous les 200% en 1971 et qui montera à nouveau à 400% en 2006 provoquant la crise que l’on sait. L’Allemagne, le Japon, la Chine furent autorisés à accumuler des excédents démentiels, source de replacements et de création monétaire globale. L’économie baudruche était née, avec ses explosions périodiques et le retour des « contractionnistes » pour y faire face, comme en 1929.  

L’Europe elle, qui voulait mieux solidariser ses monnaies dans le cadre de l’UEM décidée en 1969, fut abasourdie par le passage aux changes flottants. D’expériences malheureuses en expériences malheureuses, elle se décida pour une monnaie plurinationale unique, l’Euro.  Mais les traités ne précisèrent en rien les obligations des Etats membres en termes de balance des paiements intra européenne. Le seul moyen pour ajuster les économies déficitaires restait la récession et la déflation. On pensait qu’il suffirait de libérer totalement les mouvements de marchandises, de capitaux et de personnes, pour que les ajustements se fassent spontanément. Douce illusion !

Tenants des changes flottants et de la monnaie unique s’accordaient pour que la liberté totale des mouvements de capitaux, de personnes et de marchandises soient le ferment des ajustements. Que les défaillants se débrouillent et se remettent dans le jeu par la contraction de leur économie.

Les Contractionnistes ont donc gagné dans chacun des deux systèmes.

Ce qui est un contresens historique et une honte, une erreur intellectuelle et morale.

Dans les pays où contractionnisme et socialisme se sont mêlés, comme en France, la situation est devenue inextricable. L’économie a été mangée de l’intérieur par la démagogie redistributive et se retrouve déficitaire vis-à-vis de l’extérieur avec des effets dépressionnaires permanents. Revenir à la prospérité dans de telles conditions est quasiment impossible. 

La seule issue est d’obtenir la réforme des deux organisations internationales défaillantes :

-          Dans le cadre global, retour aux changes fixes et ajustables par consensus, ainsi qu’à la responsabilité des états vis-à-vis de la valeur externe de leur monnaie et de leurs excédents et déficits,.

-          Mise en place d’un mécanisme de compensation des excédents et des déficits, piloté par un « chancelier de la zone euro », au sein de l’Eurozone, avec prévention des désajustements et pilotage globalement expansionniste des retours à l’équilibre.

Alors et alors seulement sera-t-il possible de sortir sans trop de casse la France de l’impasse où elle s’est fourrée, en partie toute seule et en partie parce qu’elle y a été conduite par des systèmes extérieurs dangereux.

Idéologie socialiste résiduelle, tradition judéo chrétienne de charité et énarchie compassionnelle sont des attitudes pleines de bons sentiments. Mais elles  se sont lié à la démagogie électorale pour pousser au-delà du raisonnable la dépense publique et elles ont fini par stériliser les ressources productives vitales de la France. Manger et boire sont les moyens de la vie mais on creuse sa tombe avec ses dents et l’excès de boissons mène à la déchéance. La France doit entrer en cure de désintoxication.  Il faut déconstruire en douceur un système de transferts  excessifs, et réduire les abus de subventions et d’allocations qui ruinent la France, pour reconstruire un outil de production efficace. En Europe et dans le monde, il importe de rendre possible des systèmes monétaires compatibles avec des ajustements non «contractionnistes».

Une action qui demande, en interne, à la fois du doigté dans le dosage des redéploiements de ressources afin que les ajustements se produisent sans drame social, et, à l’extérieur une compétence, un sens diplomatique et une force de conviction peu commune.  

Voilà ce que serait un vrai programme économique et social présidentiel, si, un jour, nous consentons à élire des présidents dignes de ce nom et si les partis renoncent à penser qu’en créant un « marais » de micro factions à l’Assemblée nationale par la proportionnelle, on aboutirait mieux aux « compromis » nécessaires. Une politique réussie n’a pas besoin de compromis. Le consensus ne viendra que beaucoup plus tard quand la réussite sera là. Le pavois présidentiel ne doit pas être le but ultime du narcissisme politique de médiocres astucieux, mais le lieu où s’impulse les actions déterminantes pour l’avenir du pays, en s’appuyant sur l’accord de fond des Français et la réflexion des élus. Il ne faut pas parler de rupture radicale mais de guérison progressive. Desserrer les baillons règlementaires et fiscaux en redéployant mieux les ressources rares générées par les Français, n’est pas un acte de casse sociale mais d’oxygénation et de sauvetage de notre modèle social. Empêcher les inondations n’interdit pas d’irriguer : c’est même la condition de l’irrigation.

Pour réussir un tel projet économique, le prochain président idéal devrait être, en même temps, un leader affirmé, capable de fixer le cap que nous venons d’esquisser, un chef d’orchestre attentif, capable de mener à l’unisson une équipe convaincue,  et une personnalité d’une influence suffisante pour infléchir la politique européenne et internationale dans un sens positif.  

On imagine bien que les candidats-nains  s’accorderont pour exclure l’économie des thèmes fondamentaux de la campagne présidentielle. Les candidats nécessaires s’élèveront à la hauteur des enjeux économiques.

Utinam…

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

2015 : une nouvelle année « Hollandibilis ».

Eric Zemmour signe un billet dans le Figaro Magazine où il se réjouit que la question « qui sommes-nous ?» remplace celle de « combien gagnons-nous ?». « Les questions économiques avaient imposé leur diktat au politique transformant les politiques en administrateurs et en hommes de spectacle ».

On ne voit pas trop pourquoi l’économie aurait transformé les hommes politiques en « guignols de l’info ».  L’évolution des médias suffit seule à expliquer cette mutation. On ne voit surtout pas pourquoi l’urgence économique se serait tout à coup évanouie.

La vérité est que les politiques évacuent systématiquement l’économie du champ électoral.Les deux dernières élections présidentielles en témoignent. Nicolas Sarkozy ne voulait pas voir venir la crise et annonçait des croissances mirobolantes grâce à son « américanisme », un peu comme le facteur Tati faisait des tournées « à l’américaine » dans Jours de Fête. François Hollande expliquait la crise par les erreurs de son prédécesseur, ce pelé et ce galeux, et entendait revenir en deux coups de cuillères à pot à la prospérité française en sanctionnant la finance, en faisant payer les riches et en ne signant pas « tel quel »le traité Merkozy.  Il est clair que les élections prochaines verront une nouvelle fois les réalités économiques évacuées du débat public.  Sauf pour Eric Zemmour qui prétend que « tous ces grands esprits entendent qu’on parle à nouveau du chômage d’économie, de fiscalité ».

L’année 2015 signe une défaite nouvelle pour François Hollande sur à peu près tous les aspects de l’intérêt national mais surtout sur le front économique. Ceux qui pensaient que l’année Horribilis de 2013 aurait servi de leçon en sont pour leurs frais. Nous avons eu 2014 puis 2015, une nouvelle année Hollandibilis, en dépit de tous les espoirs, soulignés à grands coups de trompettes médiatiques, que suscitaient le passage à une politique de l’offre et « l’alignement des planètes » (dévaluation de l’euro, baisse des prix du pétrole, baisse des taux d’intérêt, plan d’investissement européen…).Tous les indicateurs économiques marquent des aggravations : déficits extérieurs, dépenses publiques, prélèvements, emploi marchand, dettes, chômage, prix, construction etc. La déflation, crainte en début d’année, s’est installée, avec encore une baisse des prix pour le dernier mois connu.

Le candidat puis président  Hollande l’avait annoncé sans vergogne : « Je distribuerai en fin de mandat ».  Il débite désormais son chapelet de mesures électoralistes. Inlassablement, il accumule les gracieusetés payées par les autres. Il le fait en restant totalement indifférent à l’état courant de l’économie. Il le fait avec un mépris total des conséquences à moyen et long termes. On ne voit pas très bien où Zemmour a vu Hollande en « administrateur ». Alors que l’économie stagne, il cadre sa réélection par des mesures démagogiques ciblées prévues longuement à l’avance et qui aggraveront tout. 

La généralisation du tiers payant est la mort de la médecine libérale, puisqu’elle fait des médecins des otages absolus des décisions de rémunération déléguées à la Sécurité sociale, organisme bureaucratique dirigée par les syndicats, incapable de se réformer et ruinée, qui se moque totalement du niveau de vie des médecins tant qu’il n’est pas en dessous du plus faible des salaires du plus mal classé de leurs apparatchiks. On les prive même de leur liberté d’appréciation en matière médicale en les subordonnant à des instances administratives régionales meublées d’incompétents (c’est pour cela qu’ils ont choisi ce métier). Leur paupérisation est programmée. Qu’importe que désormais les queues et les délais s’allongent partout en France et qu’on parle désormais de déserts médicaux. La gratuité, c'est-à-dire le paiement par les autres, entraîne toujours la répression des producteurs, la surveillance des consommateurs, la ruine des financeurs, et la raréfaction des produits et services.    

La réduction autoritaire et le blocage des loyers imposés par la loi imbécile d’une certaine Duflot, qui pense que sa nullité agressive lui vaut mérite et la pousse vers les sommets de l’Etat,  aura les mêmes conséquences à terme que les lois de 1948 : la raréfaction des logements à louer ; l’aggravation du mal logement ; des tensions partout. Associées à des surtaxations extravagantes, les mesures annexes de la loi imposent de nouvelles règles extrêmement coûteuses, qui ont provoqué la chute des mises en chantier. Alors on a aggravé la violence contre les propriétaires. On parlait de freiner l’activisme idéologique des lobbies malthusiens en matière de normes coûteuses, voilà que le mois de janvier voit mille règlementations se mettre en place qui font flamber le coût des copropriétés : Collectivisation des mutuelles de santé avec une hausse des coûts importantes pour tout le monde, (employeurs comme salariés), au seul profit des assureurs, devenus des assistants du Trésor ; paperasserie et obligations nouvelles des syndics qui font flamber les honoraires ; obligations médicales diverses, comme la pose en pleine vue de défibrillateurs dans les porches...   Ici encore on pare les conséquences à court terme en prenant des mesures radicales comme une hausse prévue par Mme Hidalgo de 100% de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires (alors qu’elle avait annoncé qu’elle n’augmenterait pas les impôts !) ou les projets de taxe d’habitation sur les maisons non habitées. Bien relire la phrase : on taxe un habitant même quand il n’existe pas.  Les socialistes traversent toutes les logiques et mettent à bas tous les principes pour faire face aux conséquences de l’imprévision des conséquences de leurs propres décisions, en aggravant tout. C’était la « logique » folle de l’Union Soviétique, où chaque nouvelle décision, imposé par les conséquences des précédentes,  violait tous les principes et faisait de la vie quotidienne un enfer délirant.

La « gratuité de la vie » est un grand must socialiste. « A chacun selon mes besoins électoraux » est le leitmotiv. Après l’extension des allocations aux 18-25 ans, voici qu’on subventionne les petits salaires. La rémunération n’est plus fonction de l’utilité sociale du poste mais de l’idée que se fait le Président de ses besoins électoraux. Ce n’est plus l’économie qui, par son progrès, fait grimper les rémunérations ni le mérite des uns et des autres. On emprunte ou on taxe pour redistribuer non plus aux personnes vulnérables ou empêchées, ce qui est l’essence même de la sécurité sociale, mais pour faire grimper artificiellement la rémunération de certaines catégories électoralement nombreuses. On a compris que les « coups de pouces au Smic » ruinaient les entreprises et l’emploi. Alors on donne directement de l’argent public sans impacter de façon trop visible l’entreprise. Cet argent est néanmoins pris quelque part. Soit sur les générations futures, par l’emprunt qu’il faudra bien rembourser un jour, au moins payer les intérêts ; soit sur les « riches » qui sont déjà tondus à zéro et qui, en net après impôts, gagnent désormais souvent moins que les nouveaux « damnés de la terre ».  Les « riches » fuient ou cessent d’investir. Mais qu’importe. Personne n’osera plus toucher à ces allocations qui, comme la prime de Noël, la prime de rentrée, ou autres libéralités démagogiques, verront des réclamations éternellement à la hausse que les politiciens professionnels se feront un plaisir de satisfaire dans l’espérance de quelques voix de plus. L’achat de vote est désormais bien installé dans les mœurs.

En France plus des deux tiers des résidents de plus de 18 ans attendent des autres leurs revenus et le financement de leurs frais de santé.  Rappelons tout de même les chiffres : 15 millions de retraités en 2016 plus 6 millions de chômeurs, plus 2 millions de personnes ne travaillant pas et vivant d’allocations, soit tout de même  23 millions de personnes ne travaillant pas du tout. Ajoutons presque 6 millions de fonctionnaires et près de 2 millions d’employés des associations financées par l’argent public, qui dépendent pour tout leur revenu de l’Etat et maintenant 6 millions de « salariés pauvres » pour une parti. A ces 14 millions de personnes il faut ajouter la paysannerie avec ses 30.000 euros de subventions par exploitation, et mille métiers subventionnés de milles façons. Quarante millions de Français adultes en tout ou partie accrochés à la mangeoire publique. Raisonnable ?  

Tout cela payé par 200.000 à 1 million de personnes encore un peu prospères ?

Cette France quasi totalement socialisée où le revenu par tête baisse continûment, où l’emploi marchand est aujourd’hui à 15, 848 millions de salariés, soit le même chiffre qu’en 2001 et le tiers du nombre des personnes inactives qui vivent de redistribution, où tous les problèmes s’aggravent, où plus rien ne marche vraiment (c’est de plus en plus le « n’importe quoi généralisé » du fait de l’impossibilité de disposer d’une force de travail compétente, motivée et organisable), où la rue est devenue un égout, cette France s’enfonce inexorablement, gangrénée par une démagogie (et non par l’esprit gestionnaire, Monsieur Eric Zemmour) tellement cynique qu’elle s’assume comme telle en rigolant et qu’elle touche en cascade tous les échelons de l’Etat.

En fait les politiciens français ne « gèrent » plus rien, parce que la France qu’ils dirigent se ridiculise tous les jours par ses résultats économiques grotesques, parce qu’elle ne pense plus rien, parce qu’elle n’est en pointe sur aucun débat économique, sur aucune querelle d’organisation.

Les prix baissent. Nous sommes donc en déflation, malgré les immenses inondations monétaires de Mario Draghi. Pourquoi ? Silence. L’Allemagne empoche de fabuleux excédents. Tout le monde sait que dans une zone de monnaie unique si un pays accumule des excédents massifs, surtout si la zone est globalement excédentaire, alors des pays doivent avoir des balances hyper déficitaires qui poussent à la déflation. Peut-être quelqu’un, dans ce gouvernement de « gestionnaires » pourrait rappeler que les excédents massifs sont interdits par les statuts du FMI et devraient l’être par ceux de l’Eurozone. Pas un mot. C’est la Commission Européenne qui s’inquiète dans la plus totale impuissance. Où est la France ?

La conjoncture mondiale est partout extrêmement difficile. La valse des monnaies est permanente. Tout est déréglé. En dehors des Etats-Unis et de l’Allemagne, plus quelques pays africains, la crise est partout. La panique est partout. Le FMI finit par corriger ses perspectives de croissance mirobolantes… à la baisse.  2016 sera une année « décevante ».  Quel plan d’action ? Quelles propositions de la France ? Quelles propositions du FMI ? Les énormes quantités de monnaies créées par les banques centrales ont réanimé les spéculations, ce qui a profité aux  Etats-Unis, qui paient leurs dettes dans leur monnaie. La hausse des intérêts aux Etats-Unis risquent de polariser un peu plus les flux de capitaux flottants, au détriment de tous. Après que l’élan de la petite reprise des affaires exportée par les Etats-Unis  se sera évanoui, le risque d’un à-coup conjoncturel de moyenne importance entre juillet 2016 et juillet 2018 devient fort. Qu’elle est la stratégie de la France ?

Bien sûr, on trouve dans l’opposition, notamment du côté de François Fillon, des gens qui pensent économie et redressement.

Ils ont bien compris qu’il fallait agir sur les grandes masses vivant de subventions qui coulent la France. Ils picoreront dans la longue liste des « mesures indispensables » :

-          Réduire le nombre des retraités par une hausse importante de l’âge du départ à la retraite et un alignement de tous les régimes sur celui des salariés du privé. Et probablement baisser le niveau des retraites.

-          Réduire le nombre des chômeurs en créant un cadre répulsif pour ceux qui veulent profiter du chômage sans véritablement chercher un emploi.  Des allocations temporaires, dégressives et plafonnées sont la seule solution.

-          Réduire le nombre des fonctionnaires et leur coût. Ce qui suppose des mesures très dures : baisse autoritaire des salaires de tous ceux qui ont eu des croissances de salaire supérieures à la croissance moyenne dans les deux dernières années, suppression du statut de fonctionnaire pour toutes les catégories inférieures à la catégorie A. Plafond d’emplois administratifs dans les régions en fonction des effectifs administrés. Réduction autoritaire des niveaux d’interventions. Suspension du GVT, qui fait croître automatiquement la masse salariale privée. Non indemnisation de l’absentéisme excessif…

-          Réduire les transferts sociaux qui sont les plus élevés du monde, notamment en mettant fin à des politiques aussi coûteuses que celle de la mixité sociale où l’on préempte des logements extrêmement coûteux pour y mettre des Roms, des clochards  et des réfugiés, ou des copains, ou encore  mettre fin au système des intermittents du spectacle, parmi mille autres mesures.  

-          Supprimer la gratuité du petit risque pour concentrer les paiements mutualisés sur les traitements lourds.

-          Revenir sur la subventionnite qui fait que pratiquement tous les secteurs économiques sont accompagnés de subventions publiques : culture, transports, agriculture, journalisme, …

-          Interdire les subventions aux associations de complaisance et réduire au strict nécessaire les financements associatifs inefficaces (exemples : supprimer les Frac ; réorienter la formation professionnelle, etc.).

-          - …

Une telle politique est nécessaire mais elle extrêmement dure et touchera nécessairement des personnes et des entreprises qui vivent en symbiose avec l’impôt dans le contexte fiscal et subventionnaire actuel. On a réduit l’enveloppe des ressources allouées aux collectivités locales : on a mis en faillite bien des entreprises des travaux publics ! La grille des emplois résiduels a tellement été tordue par les subventions et les effets fiscaux qu’un redéploiement des effectifs devra s’effectuer en cas de réduction des subventions. Il prendra du temps. Exactement comme en Union Soviétique quand le système s’est effondré. Autant dire qu’une telle action de redressement est politiquement impossible, s’il n’y a pas de croissance globale, en Europe et dans le monde.

La France doit donc avoir une « diplomatie de la prospérité » et abandonner son suivisme exonératoire et râleur actuel. On n’en trouve aucune trace dans les programmes électoraux d’aucun des postulants aux prochaines élections présidentielle. F. Hollande ne peut pas développer une telle diplomatie du fait de sa démagogie ridicule sur le front économique intérieur et de sa dépendance sur le front des actions militaires extérieures (on ne sait même pas fabriquer en  nombre suffisant les bombes qu’on envoie sur la Syrie !).

L’accumulation des années « Hollandibilis » rend inexorable à plus ou moins long terme un collapsus de type grec. Mais un redressement brutal sans croissance extérieure imposerait une souffrance importante au pays, souffrance vaine si les dysfonctionnements de la zone Euro et du système monétaire international, causes de la crise, ne sont pas traités. Mais souffrance moindre que celle qu’imposerait aux plus faibles un effondrement économique de type grec. Rappelons que si l’Etat se trouve sans ressources, tous les subventionnés se retrouveront sur le carreau. En même temps que les services publics essentiels.

Alors ?

François Hollande a fait le pari que l’Europe ne saurait accepter la chute de la France, qui effondrerait tout l’édifice européen. Jusqu’ici il n’a pas eu tort : Mario Draghi fournit l’argent de l’insouciance. On évite toutes les réformes de structures et on pratique un « achat de vote » forcené avec l’argent emprunté. La frénésie fiscale ciblée et quelques rabotages de dépenses  permettent de tenir les déficits dans des limites finançables au coût actuel du crédit. Mais le moyen terme est ignoré, comme le long terme. La vulnérabilité est constamment aggravée. Au moindre redressement des taux d’intérêt, l’Etat français sera étranglé.

Il fallait profiter des taux très bas pour commencer à casser la machine à subventionner. On fait l’inverse depuis 2012. Obtenir de l’Europe et du G.20 une politique progressive de sortie des erreurs de structures qui ont provoqué le collapsus de 2008 dans le monde et la crise spécifique européenne à partir de 2011, était une vraie nécessité. Le silence est assourdissant.

Sans crise majeure il faudra attendre les élections présidentielles de 2017 pour prendre un virage économique sérieux, ce qui promet dix huit mois de quasi stagnation. Le coût du quinquennat de François Hollande aura été désastreux.

Les Vœux du Président de la République ont été ce que pouvait craindre Eric Zemmour : on a évité de parler de la France et de son identité, c’est vrai. On a félicité les Français, comme la nounou félicite la petite Lulu d’avoir bien mangé sa soupe. Et on a parlé « gestion ».

Mais, une fois de plus, tout était « bidon » : de la soupe de politicien manipulateur ivre des conseils de ses « spin doctors ».   Le candidat Hollande a annoncé qu’il obtiendrait une baisse des statistiques du chômage lui permettant de se représenter en mettant 500.000 chômeurs en formation, des centaines de milliers d’autres dans le  Service civil, et des centaines de milliers d’autres en apprentissage (que la gauche a rendu quasiment impossible en France). A aucun moment il n’a dit ni le coût ni l’origine des fonds ni le mode d’organisation. Sa seule obsession est électoraliste. Son seul moyen, des financements publics pour des emplois artificiels et  précaires. Sans absolument rien réformer.

L’économie réelle, celle où l’on créé de la vraie richesse, de vrais emplois, de vraie carrières, a été encore une fois éliminée du discours politique. Ne parlons pas d’une action extérieure économique.

La France disparait des écrans radars de l’économie, en même temps que l’économie disparaît des radars des medias. Les seuls commentaires que les medias diffusent se concentrent sur la question grotesque  de savoir si le président sortant qui trône sur ce désastre a augmenté ou non ses chances de gagner les prochaines élections présidentielles en tchatchant dans le poste et en mimant l’air du chef de guerre.   A croire que les journalistes ont fini par se convaincre que plus aucune réforme économique n’était possible en France : elle toucherait trop de monde. En parler toucherait trop d’auditeurs et tuerait l’audimat. Faudra-t-il en passer, après l’effondrement inévitable, par une période de 10 à 20 ans de galères pour revenir à un semblant de prospérité et de lucidité publique ?

Non M. Zemmour, il n’y a jamais eu de « diktat de l’économie ». Les palinodies politiciennes n’ont jamais fait une politique économique. Nous sommes dans une forme de désert intellectuel et politique tout azimut. Le vrai devoir n’est pas tant de se plaindre que l’économie impose ses urgences, que de constater qu’il n’y a aucun plan économique sérieux, ni en France, ni en Europe ni même dans le monde, alors qu’il y a urgence. Chacun va à la catastrophe en sifflotant. Comme disait Maurice Allais : « ce qui doit arriver arrive ».  S’il y a « suicide français », c’est d’abord par l’économie qu’il se commet. S’il y a dislocation de l’Europe, c’est d’abord par l’économie qu’elle se produit. Et si le monde n’est plus coopératif, c’est fondamentalement parce qu’on a aboli toutes les structures obligatoires de coopération économique.

Bonne année 2016 !

Deux leçons perdues des accords de Bretton-Woods

Il faut relire les minutes de la conférence de Bretton-Woods qui en juillet 1944 tenta de fixer les règles du jeu économique de l’après-guerre, sous la bienveillante férule américaine.

Quelles étaient les deux idées clés que tous les participants avaient en tête et qui ne faisaient aucune discussion, à la lueur des difficultés de l’Entre-deux-guerres.

La première était que le commerce ne pouvait aller sans la monnaie. Pas de prospérité sans bonne monnaie disaient les premiers économistes ; pas de prospérité internationale du commerce  sans un bon système international de paiement pensaient tous les délégués à la conférence de l’été 44.  

Aujourd’hui, les deux mondes sont disjoints. La monnaie est l’affaire des Trésors nationaux et des banques centrales. Le commerce est l’affaire de conférences et de traités gérés par d’autres entités.  

Cette disjonction est coupable. Aujourd’hui on négocie un traité transatlantique sans même se rendre compte que le commerce international a littéralement implosé en 2008 du fait des défauts du système monétaire international. Dans l’esprit des participants à Bretton-Woods cette attitude serait incompréhensible. L’expérience de 2008 nous démontre à nouveau qu’il faudrait associer un tel traité à une refondation du système monétaire puisque ce dernier a été la cause de la ruine récente du commerce international.  

La seconde idée clé est qu’il fallait proscrire les grands déficits et les grands excédents, cause des difficultés des deux décennies précédentes. On comprend facilement pourquoi : un gros déficit implique un replacement des monnaies reçues en excédent, tout en justifiant une hausse des crédits internes ; la double pyramide des crédits s’autoalimente jusqu’à l’explosion finale. Les plans proposés allaient très loin dans le sens de la pénalisation et des excédents et des déficits.

Ce n’était pas si facile à faire admettre aux pays excédentaires : l’excédent est vécu comme une vertu et la marque d’une supériorité, alors que l’excédent est en fait la prevue d’une valeur sous-évaluée de la devise du pays en excédent constant. Les Etats Unis se voyaient alors comme structurellement excédentaires, et refusaient jusqu’à l’idée d’être pénalisés. Les pays en déficit considéraient que la pénalisation de leurs déficits cumulerait leurs charges.

Tout le monde se mit d’accord sur un système qui interdisait les grands déficits et les grands excédents, qui permettait aux pays déficitaires de revenir dans les clous par une dévaluation contrôlée, mais n’imposait pas grand-chose aux pays excédentaires.  En même temps les Accords firent de la monnaie américaine le pivot du système, ce qui était une grave erreur. Cette dissymétrie finira par faire exploser le système de Bretton Woods.

Si on reprenait aujourd’hui un travail de concorde internationale autour du commerce et de la monnaie sur la base de la philosophie de 1944, on traiterait en même temps des balances commerciales et des balances de paiements, en même temps des ouvertures commerciales et de la stabilité du système monétaire, et on créerait un système qui interdise totalement les doubles pyramides de crédits.  

Un tel système aurait du être envisagé après la crise de 92-93. Le recul était suffisant pour bien mettre en lumière la croissance de l’endettement global par la double hélice de crédits alimentée par les déficits et les excédents majeurs, son effet sur la croissance et la gravité des crises périodiques de crédit. L’Allemagne dès 74 et le Japon, 20 ans plus tard, avaient vu leur encaisse accumulée ruinée.

Si les Etats-unis avaient compris à ce moment là que les conditions politiques d’un retour à un système monétaire organisé étaient réunies, et qu’il était indispensable à un moment où des centaines de millions de travailleurs potentiels sortaient de la géhenne communiste, nous n’en serions pas là.   Il était plus qu’indispensable que la Chine et les pays du bloc soviétique ne profitent pas de l’abîme des salaires entre eux et les pays non ruinés par le communisme pour accumuler des excédents de balance de paiement hors de proportion et accélèrent le mouvement de la double hélice de crédits d’une façon incontrôlable.

L’obligation de respecter certains maxima d’excédents aurait bridé l’excès sans empêcher l’essentiel.  Et si la Chine n’avait pas souhaité respecter ces limites, des droits de douanes auraient fait l’affaire. Les tenants des changes flottants ont totalement contredit leur doctrine : ils ont accepté que le Yuan soit fixé administrativement à la valeur du dollar, tout en ouvrant toutes les vannes des mouvements de marchandises et de capitaux. Ils affirment vingt cinq ans plus tard et une crise gigantesque sur les bras, que le Yuan va bientôt flotter comme toutes les monnaies et que cela va être parfait, niant toute l’expérience accumulée avec l’Allemagne et le Japon.

La seule vraie solution est de remettre au goût du jour les deux seules vérités économiques de base  que l’on a oublié depuis Bretton Woods. Les Etats doivent être responsables de l’équilibre de leurs balances commerciale et financière.  Des échanges de marchandises déséquilibrés, avec des monnaies déconnectée et rendues folles par les spéculations des capitaux flottants,  doivent être proscrits. Ce sont les seules idées utiles à la reconstruction d’un monde prospère. Croire qu’en accélérant encore toutes les ouvertures  économiques, dans un monde où les Etats ne sont plus responsables de rien, mais contrôlent tout, et suivent des politiques divergentes et non collaboratives,  tout en contraignant lourdement le système bancaire, afin d’étouffer l’amplificateur de crédits,  est une absurdité qui se paie d’un chômage massif et d’une stagnation générale sur fond de tensions belliqueuses en interne comme en externe.

Il faut remplacer le « consensus de Washington » par un « consensus de Bretton Woods », avec évidemment les modernisations et les améliorations permises par  la compréhension des difficultés cumulées depuis la guerre. Faute de l’avoir fait au bon moment, on eût la faillite de LTCM, la crise des pays émergents, la récession du début des années 2000, la rechute de 2003, la crise des subprimes puis l’explosion du système en 2008. Il n’a pas fallu 15 ans pour que toutes les illusions s’évaporent. Malheureusement les idées forces qui ont mené au désastre n’ont pas été remises en cause.  

Depuis on vit entre urgence et panique dans les mesures d’exceptions, en violant tous les jours la doxa, tout en ne changeant rien au système idéologique et organisationnel qui a créé la crise.

Il serait peut-être temps de sortir des conceptions fausses qui sous-tendent depuis 1973 une organisation clairement dysfonctionnelle et qui a mené au désastre.

C’est la période des vœux !

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

La banque de dépôt en pleine tourmente

La bancarisation, c'est-à-dire la généralisation du compte chèque en banque, est une innovation finalement très récente. En France la massification a lieu au début des années soixante. l’Etat français, toujours dirigiste, et où les hauts fonctionnaires dominent la banque (les banques de dépôts sont nationalisées), fera tout pour accélérer le phénomène, d'une part pour garder sous la main les avoirs liquides des Français et les convoyer vers le financement des besoins publics, d'autre part pour surveiller les transactions et faciliter le contrôle fiscal. La nationalisation a conduit à créer des oligopoles bancaires puissants. Une poignée de banques voient plus des deux tiers du revenu défiler dans leurs comptes chaque fin de mois. Sans que les électeurs français s'en rendent vraiment compte, on les a forcés à utiliser des comptes bancaires, en donnant aux banques un pouvoir coercitif délirant sur les déposants.

Avant la massification bancaire, le pacte entre le déposant et la banque était simple.

"Tu mets à ma disposition ta trésorerie gratuitement. Je l'utilise à ma convenance, tout en m'engageant à te la rendre à la première demande. En contrepartie tout est gratuit. Je fais mon affaire de la sécurité des fonds confiés (plus besoin de coffres et de bas de laine sous le matelas) ; J'assure à ta demande tous les paiements, par chèque et virement ; je mets à ta disposition des points de fourniture de liquidité un peu partout, gratuit sur le territoire national. Mon avantage en tant que banque : j'accède à une trésorerie récurrente à un coût inférieur au taux d'emprunt du marché monétaire. La marge que je fais sur mes activités de prêts gagés sur cette trésorerie me permet d'assurer la gratuité".

Pour simplifier, la justification, pour le déposant qui perd et la propriété et le fructus de son avoir en contrepartie d'une créance sur la banque ne portant aucun intérêt, est la gratuité des services bancaires courants.

Ce pacte est désormais complètement démoli. La banque dite de dépôt a conservé les privilèges extravagant de disposer du bien d'autrui à sa guise sans rémunération, mais de surcroît, elle a obtenu de l'Etat de mettre fin à la gratuité des services de paiements qu'elle assurait gratuitement précédemment.

On a d'abord vu la quasi-totalité des opérations bancaires devenir payantes, à l'exception du chèque, malgré un lobbying permanent, et tout soudain, on y a ajouté une disposition scandaleuse : la possibilité d'imposer une commission de tenue de compte. Le compte bancaire est rendu obligatoire par la loi, et on y associe une rente pour la banque à sa seule discrétion. Ce qui revient à rendre obligatoire une taxation sur ces avoirs liquides, un énième impôt sur le capital, cette fois-ci portant sur tout le monde y compris les moins fortunés. Oui, le forfait de tenue de comptes est aussi un impôt sur les pauvres.

La mesure est d'autant plus scandaleuse que les banques dites de dépôts ont été déspécialisées. On leur a permis toutes les opérations bancaires, y compris les plus risquées. on a déjà vu sur ce blog que cette déspécialisation, dans l'ambiance pétainiste d'organisation du "fascio" bancaire depuis l'Etat Français, a permis le développement ahurissant de tous les conflits d'intérêts au profit de la banque. Et une prise de risque de plus en plus grande, mettant en danger l'obligation des banques de restituer l'argent sur simple demande.

Il est vrai qu'on ne peut plus vider un compte que dans un autre compte ; il faut une carte bancaire pour sortir du liquide et les montants sont plafonnés. Les banques font souscrire une carte de paiement payante pour que vous puissiez accéder à une fraction de votre avoir ! Il faut hurler et attendre pour obtenir une carte gratuite. Vous ne pouvez plus transporter des sommes en liquides importantes, ni payer en liquide des achats importants. On a supprimé quasiment en France l'usage des coupures de 500 euros. Haro sur les billets "de banque".

Le fascio des banques tente par tous les moyens d'éviter l'usage du chèque, la dernière opération gratuite. Le télépaiement par terminal, fixe ou mobile, est le seul favorisé.

Au final, il ne restera comme opération sur les comptes bancaires que des virements électroniques dont le coût marginal est très faible.

Le coût de gestion des comptes bancaires est donc de moins en moins cher au moment où il devient entièrement payant. La gestion de compte (conservation, comptabilité des opérations, opérations d'encaissement et de paiement) devient une simple activité de service rémunérée et un centre de profit.

Pourquoi conserver à la banque le droit d'utiliser les fonds à sa guise et de récupérer le fructus des liquidités du déposant ? On ajoute un second centre de profit au second, tout en sachant que ce second poste de profit fait courir un risque aux fonds déposés. Ce risque et d'autant plus grand aujourd'hui que les accords récents sur le transfert de la surveillance des banques "systémiques" à la BCE se sont accompagné de la fin de la garantie d'Etat des dépôts. Rappelons que cette garantie d'Etat a permis, aux Etats-Unis en 1934, de mettre fin à la cascade des faillites de banques qui régénérait la crise économique de mois en mois. La création du FDIC (Federal Déposit Insurance Company) a arrêté la course sans fin dans l'abîme de la déflation.

Nous sommes donc en pleine contradiction.

L’Etat impose aux citoyens le compte bancaire et conforte toutes les exigences du fascio bancaire pour limiter et même interdire l'emploi de billets. Il transfère intégralement le fructus de la liquidité nationale aux banques tout en mettant fin à la gratuité. Il permet aux banques de spéculer à tout va, dans le monde entier. Et il supprime la garantie des dépôts ! Il a même fait mieux, puisque depuis 1973, merci Giscard, le Trésor public ne peut emprunter qu'auprès des banques.

Avec le QE mis en place par la BCE, les banques européennes empruntent gratuitement et prêtent avec intérêt au trésor. Le seigneuriage, privilège d'Etat, a été transféré aux banques, qui font un profit facile : il faut un gestionnaire et un comptable pour emprunter à la BCE à prêter à l'Etat. Qui dit que certains secteurs bancaires ne sont pas productifs !

Les banques ont donc réussi :

- à avoir le beurre et l'argent du beurre sur les opérations avec les citoyens

- à avoir tout le beurre sur les opérations avec l'Etat.

En prime, elles sont en faillite virtuelle, car l'endettement global est tellement supérieur à la production (dans un rapport de 1 à 4) fait que la valeur affichée des "actifs" contrepartie des crédits est largement imaginaire et dépends uniquement des injections de liquidité de la banque centrale.

Huit ans après le déclenchement de la crise (le blocage du système interbancaire en France en juillet 2007), la BCE est contrainte de relancer son QE, car la banquise de dettes est telle qu'elle continue de s'effondrer en provoquant une pression déflationniste catastrophique.

Juncker, le Président de l'Union Européenne (et non de la zone Euro) a déclaré vouloir prendre l'initiative d'une nouvelle garantie européenne des dépôts bancaires. Il a bien compris que l'accord précédent sur la centralisation du contrôle à la BCE était bancal, chose que nous ne cessons de dire sur ce blog.

Au total les contradictions internes, comme diraient les marxistes orthodoxes, se sont amplifiées à des niveaux inconnus jusqu'ici, pour aboutir au viol de tous les pactes antérieurs et à une situation ubuesque.

Il devient indispensable de mettre de l'ordre dans tout ce bazar, non pas en fonction des intérêts des lobbys, et notamment du fascio bancaire français, mais de la rationalité économique globale.

Trois mesures s'imposent immédiatement.

1. Il faut reconnaître l'autonomie de la gestion des comptes de liquidité. Le concept de banque de paiement que nous portons depuis des lustres, doit entrer dans les faits. Une banque de paiement est une société de services qui assure la tenue de compte et les services de paiement associés, en contrepartie d'une rémunération spécifique. Le déposant reste propriétaire des fonds déposés. S'il veut faire prospérer sa liquidité, il la prête explicitement à des banques de crédit, ou tout organisme de collecte de fonds à investir. La banque de dépôt, ce machin bizarre et dangereux, disparaît, au profit de deux types de banques distincts : la banque de paiement et la banque de crédit. Les gains de productivité permis par la numérisation des transferts bancaires, sont transférés aux clients via une concurrence saine. Les dépôts sont sécurisés, puisque non placés à la discrétion des banques. Il n'y a donc pas de garantie d'état à prévoir.

2. Les banques de crédit doivent être distinguées des banques d'investissement. L'argent servant à des opérations risquées doit être collecté dans des conditions spécifiques. Seules les banques de crédit sont bénéficiaires de la réassurance de la banque centrale.

3. Le seigneuriage doit être restitué à l'Etat.

Dans un tel cadre la logique des opérations est claire et leur dynamique est assurée.

Les banques de paiements étant des sociétés de services peuvent se globaliser sans difficulté, sous réserve des règles d'une concurrence sévèrement contrôlées. Le progrès technique peut jouer à plein.

L'activité de crédit peut se spécialiser et d'organiser dans la sécurité. On peut facilement vérifier que les prêts longs sont associés à des financements longs. On limitera ainsi une dangereuse transformation d'épargne courte en prêts longs.

L’Etat, fortement endetté, bénéficie du seigneuriage pour se désendetter sans frais abusifs.

En même temps on liquide, en France, le fascio bancaire voulu par Pétain et le fascisme français sous botte nazie.

On sort d'un n'importe quoi organisationnel et moral, aggravé par la crise, la mondialisation, l'évolution technologique, et les contradictions institutionnelles entre zone Euro et Union Européenne.

Didier Dufau pour le Cercle des Économistes E-toile

Les économistes américains découvrent (enfin) les méfaits de la dette massive

Le phénomène économique mondial le plus important des quarante dernières années est l'inversion de la courbe de la dette globale à partir de 1971. Alors que la dette globale, supérieure à 400% du PIB  dans la majorité des pays occidentaux en 1944, était redescendue en 26 ans à moins de 200%, l'abandon des disciplines de Bretton-Woods, les changes flottants, et l'arrêt de la condamnation des grands déficits et des grands excédents, contrairement aux statuts du FMI  et au traité de la Havane,  ont provoqué une remontée constante jusqu'à dépasser en moyenne les 400% à nouveau partout dans les pays de l'OCDE en 2006.

C'est le thème principal de mon livre, L'Etrange Désastre, écrit justement parce que ce phénomène était non seulement passé inaperçu mais pire encore n'avait jamais été expliqué par les spécialistes. Il est facile de calculer qu'un taux de dettes de 400% est intenable. Avec une maturité de 5 ans et un taux d'intérêt plus frais de 5%, il faut 100% du PIB pour payer les intérêts et amortir la dette ! Cette réalité explique le blocage du marché interbancaire de l'été 2007 puis la série d'explosions bancaires de 2008, culminant en septembre avec la faillite de Lehman Brothers.

La source de ce désastre est la volonté américaine de pratiquer une négligence offensive dans la gestion du dollar, mis au service des intérêts militaires et économiques américains, considérés comme de l'intérêt général pour le monde occidental et à ce titre jamais contestés. Le mécanisme est la double hélice de crédits, décrit par Jacques Rueff, générée par le recyclage des excédents massifs des pays exportateurs.

L'idéologie véhiculée sur ce sujet des changes flottants, nous l'avons vu dans un récent article, rend la discussion impossible. Mais le système des changes flottants n'est pas la seule idée, intéressée et fausse, imprimée dans les esprits. Sans sombrer dans un marxisme méthodologique de pacotille, il est bien clair que les phénomènes de domination produisent une vulgate indiscutée, à caractère de crédo, qu'il serait malséant de discuter.

Une idée dérivée du "benign neglect" (que nous traduisons "par négligence offensante et offensive"), est la bonté intrinsèque de la dette. La dette ne serait pas grave parce qu'elle a des contreparties. Nous avons vu dans plusieurs articles que la valeur de ces contreparties est incertaine si elle n'est pas assurée sur un flux de valeur associée à une production attendue. La valeur actuelle des rendements attendus de l'investissement donne l'estimation d'un capital. S'il n'y a aucun flux futur, il n'y a pas de stock !

En s'écartant de toute notion de valeur actuelle de rendements futurs, la marque du passage de l'économie en mode baudruche, les contreparties d'une dette qui dépasse 200% du PIB n'existent plus. La dette devient une charge intolérable pour l'économie réelle et ses acteurs. On le voit en Grèce, en Europe et dans bien des pays aujourd'hui. La France est au balcon, sur ce sujet explosif.

Non seulement la dette doit avoir un coût, pour éviter son bourgeonnement mais elle doit être contenue dans des limites strictes, et la nature des financements doit faire l'objet de réflexions différentes. Le crédit à la consommation est extrêmement dangereux puisque l'intérêt n'est pas financé par une valeur ajoutée nouvelle mais par une hypothétique croissance. De même le crédit immobilier doit être contenu dans certaines limites parce que lui aussi au final  ponctionne ses intérêts sur une éventuelle croissance. Les investissements d'entreprises doivent pour leur part trouver leur équilibre entre la "transformation", utiliser des emprunts courts pour financer des emprunts longs, la dette bancaire, les obligations et le capital.

Toutes ces règles dominaient les esprits jusqu'en 1970 dans tous les cours d'économie générale et d'économie bancaire.

Le bourgeonnement de la "finance" et son envahissement de la sphère économique, a fait naître un nouveau réflexe conditionné : toute nouvelle dette est bonne pour l'économie et l'investissement. Si les marchés financiers deviennent "parfaits" au sens de la théorie de la concurrence, les ajustements se feront dans la plus parfaite fluidité, à l'émerveillement des masses. Dans la pratique on a vu que tous les marchés de taux et de devises étaient frelatés, car tenus par très peu d'intervenants et faussés (ou manipulés "pour leur bien") par des banques centrales ne considérant plus qu'elles devaient faire attention à leur propre création de monnaie.  Ben Bernanke a été choisi pour diriger la FED parce qu'il avait théorisé que les banques centrales pouvaient, à elles-seules, faire sortir l'économie de toute récession.

Huit ans après l'explosion en vol du système, commence à se produire l'inévitable reflux intellectuel.

Le livre de Bernanke traduit sa déception : non, les banques centrales ne peuvent pas tirer, seules, l'économie d'une récession grave. Comme nous le disons depuis toujours : une banque centrale est comme un psychanalyste. Elle ne peut guérir que les maladies qu'elle a elle-même provoquées. (Mémoires de crise - Ben S. Bernanke -Seuil - 640 pages - 28.00 € TTC)

Celui d'Adair Turner , (Between Debt and the Devil, Money, Credit, and Fixing Global Finance, Princeton University Press) , met un deuxième clou dans le cercueil. Non la dette n'est pas nécessaire à l'investissement si elle échappe à certaines limites. Au-delà, elle devient "satanique".

La question de la fausse perfection des marchés monétaires et financiers internationaux est déjà tranchée par de nombreux livres depuis plusieurs années.

Il ne reste qu'un dernier tabou : les changes flottants. C'est celui que nous avons tenté de dynamiter dans notre livre. C'est le tabou qui est derrière les trois autres : des dettes massives ; interventions délirantes des banques centrales ; marchés financiers et monétaires "non performants".

Au passage notons que le FMI en est toujours à lever tous les obstacles aux changes flottants et  à la perfection des marchés financiers, en proposant de taxer à mort le capital. Nous lui suggérons de tirer parti des livres qui paraissent aux Etats-Unis, donc de la maison du maître des lieux, et de changer simplement de cible.  Le dernier livre suggère que c'est en taxant la dette qu'on mettra fin à l'économie baudruche, pas le capital.

Pour le moment on s'est contenté… de la rendre presque gratuite ! Le transfert de la dette aux Etats rend cette solution indispensable. Mais si la contrepartie est la taxation massive du capital, la solution est vaine à moyen terme. On le voit bien en France avec les dernières mesures prises par le gouvernement en matière de logements. La loi stupide acceptée pour des raisons politiciennes par le faiblissime Hollande, proposée par une parfaite imbécile aux dents longues et aux pensées courtes, (une certaine Duflot), qui devait propulser la construction de logements aux plus hauts sommets, a effondré le marché. Loyers diminués de façon autoritaire de 20 à 40%, mesures vexatoires diverses contre les propriétaires et les intermédiaires, frais nouveaux ruineux, aveuglements divers (le loyer imposé est le même dans le même bâtiment entre un rez-de-chaussée et un appartement en étage avec vue, ensoleillement etc.), dans un contexte de fiscalité spoliatrice des "possédants" (des propriétaires en langage courant), ont ruiné le marché. La crise du logement ne cesse de s'aggraver dans un contexte de baisse du revenu par tête. Que propose le gouvernement : encore plus de dettes privées subventionnées par le recours à plus de dettes et d'impôts publics ! Rappelons que le prêt à taux zéro est financé par l'impôt immédiat (ou futur : la dette). On croit en France qu'un marché se redresse par le double jeu de l'impôt sur les investisseurs et de la subvention à l'acheteur pour qu'il s'endette). Aucune théorie économique ne justifiera jamais de tels délires.

Rappelons que la France détient en même temps le record mondial de la subvention au logement, et le record tout aussi mondial de l'imposition de l'immobilier. Et qu'elle est la merveilleuse vitrine de la crise du logement perpétuelle. D'erreurs en erreurs jusqu'à l'effondrement final ?

Alors que, lentement, le cadre conceptuel absurde qui a ruiné la prospérité occidentale commence à basculer, même aux Etats-Unis, le Français né malin, s'enfonce dans toutes les erreurs balisées, au prix du saccage de toutes les libertés et du droit de propriété. Du sous-chavez à prétention technocratique, exalté mais unanime.

Pas un média n'a fait entendre une voix discordante sur cette amplification de l'appel à la dette subventionnée. Pas un parti d'opposition n'a moufté. L'impôt ciblé sur les riches, c'est bien. La subvention et la dette aidée, c'est très bien. Embrassons-nous, Folamour !

L'affaire du dopage de l'économie par des produits illicites n'a pas encore été découverte ! Le plus drôle c'est que la France se dope…pour perdre !

Consternant.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile

Suzeraineté américaine et mentalités

Un des aspects qui désarçonne l’observateur de nos  pratiques contemporaines est  la permanence et la virulence d’un  travers de notre système médiatique : privilégier la chaleur à la lumière ; préférer l’émotion à la raison. Les pulsions idéologiques, l’exaltation des purulences, le jeu des politiques, l’omniprésence des comiques, l’abaissement de la culture devant la téléréalité, les stratégies de communication, l’obligation de l’audience, du tirage et de la publicité, entraînent le débat utile dans des annexes enfouies profondément sous les poubelles de l’effervescence. 

Ce brouillard émotionnel cache une réalité encore moins drôle. Les idées qui gouvernent le monde concernent une camarilla d’experts et d’hommes d’influence ou de pouvoir à qui la puissance américaine suggère un conformisme absolu.  Comment l’influence américaine peut-elle  ainsi s’imposer ? En ne permettant la nomination  que des personnes « contrôlables » dans les instances internationales qu’ils dominent et qui dominent le monde. Impossible, au FMI, de proposer des analyses non conformes. Impossible, à la Commission européenne, largement dans la main des américains, de nommer, sauf marginalement, des individus « incontrôlables ».  Les carrières, les honneurs, ne peuvent s’envisager que dans la suave admission de tous les crédos imposés. Inutile d’espérer être admis dans les clubs et comités internationaux  avec des idées saugrenues et dangereuses. Les « imposés » ont évincé « le libre », diraient les patineurs.

Tout ce petit monde (à peine mille personnes), en fait,  ne pense pas. Il admet. Il comprend. Il suit. Il applique. Il déroule. Il décline. Et chacun ne pense qu’à son intérêt personnel dans un système où il a réussi et où il vivra très confortablement pourvu qu’il ne transgresse rien.

Dans cette atmosphère de soumission, ce n’est pas l’idée dangereuse que l’on craint, simplement l’idée. Répéter un credo avec l’air convaincu est tout ce qu’on demande. Ou même ne rien dire et sourire, parce qu’on est heureux d’être là.   La soumission soviétique était exactement du même ordre, bien que plus grincheuse. Elle a conduit à l’explosion du système.   Lorsqu’un téméraire « irresponsable » a déclaré qu’il fallait penser et dire la vérité, pravda et perestroïka, la farce qu’était devenu un système totalement inefficace, injuste et délabré, après avoir été criminel et génocidaire,  a explosé à la figure de tous, dirigés et dirigeants. La consomption fut totale.

Le soft power américain n’est pas fondé sur la violence. L’hérétique se heurtera partout à des cloisons de verres. Transparentes mais infranchissables. On lui permettra simplement de faire de la chaleur, et de se faire de l’argent en condamnant le système de façon plus ou moins hystérique, façon Stiglitz ou Krugman. Comme il s’agit de chaleur, ce n’est pas grave.  Qu’elle soit socialiste ou populiste, la chaleur ne fait pas peur au suzerain. C’est la soupape de sécurité du système. Laissons ces enfants se défouler. On tient tous les leviers. Qu’ils amusent la galerie.

Attention, en revanche, à ceux qui viendraient à casser la belle mécanique de la soumission à des idées intéressées et fausses par l’emploi de la raison bien appliquée à l’observation. On veut bien qu’ils basculent dans la chaleur mais, surtout,  qu’ils n’entraînent pas de remises en cause fondées et susceptibles de forcer des changements du  système !

Hitler disait : « Je n’ai pas besoin de maréchaux intelligents. Des exécutants fanatiques et efficaces suffisent», au moment même où les défauts de conception de sa stratégie militaire détruisaient son armée. 

Staline, lui, a détruit l’Armée Rouge, avant même l’invasion nazie, preuve sans doute de la supériorité du marxisme sur le national-socialisme.

Quand on ne pense plus la réalité, sinon par réflexe, la réalité prend sa revanche.

La soumission occidentale n’exige pas de maître officiel ou de policier de la pensée. L’oppressante censure vient d’un esprit du temps insufflé au plus grand nombre, plus que d’actions infâmes de policiers cachés de la pensée malsaine. Il suffit que la personne « en situation » se soit convaincu qu’elle a plus à perdre qu’à gagner à violer ce qui apparaît comme un consensus ambiant, d’où que vienne ce consensus.

Nous avons souvent fait référence à l’impossibilité de penser « offensive » en France, dans les années trente, même au tréfonds des armées. L’idée était bannie. Pas d’Hitler, pas de Staline, derrière ce bannissement. Un simple consensus latent, relayé par les pouvoirs, politiques, médiatiques et militaires, né des horreurs de la guerre. « Le feu tue » ; « Plus jamais çà » ; « Défensive, défensive, défensive ».

Quand la pensée se congèle et baigne dans l’émotionnel, elle devient inattaquable. Le briseur de consensus devient un « salaud », même pas au sens sartrien du terme.

On le voit aujourd’hui avec l’écologie militante qui voit dans les trente glorieuses un « génocide contre la terre » et dans les partisans de la croissance un fou dangereux qu’il faudrait interner au plus vite.  Dépassée la Shoah !

En Union soviétique nous eûmes le social-traître polymorphe ; en Allemagne le traître au HerrenVolk et au Führer ! En France, on élimina en douceur dans les années trente tous ceux qui pensaient offensive. Pas de promotion ; pas d’éditeur ; pas de chaire ; pas de relais médiatique.  Qui est donc ce « on » ? Tout le monde et personne. La hiérarchie militaire avait élaboré une doctrine. Impossible de promouvoir un « insoumis », quoiqu’on pense de la doctrine en question. Les politiques ne voulaient pas entendre le mot même d’offensive. Les médias avaient une population à servir qui voulait la paix, la paix, la paix.

Dans le monde actuel, où tout se passe à des échelons supranationaux, la mécanique est la même qu’en France dans les années trente. Depuis Keynes l’or est une vieille relique. Penser le système monétaire international sur des bases autres que les changes flottants est  « fétichiste » et émotionnellement inconcevable. « Seriez-vous totalement ringard ? ». « On n’en est plus là depuis longtemps ! » ; « Vous ne voulez tout de même pas défendre ces vieilles lunes ? » ;  « On a beaucoup évolué sur ce sujet depuis quarante ans. Vous datez ». Il se peut que les profits ne cascadent plus du riche vers le pauvre, comme le défend une idée à la mode, mais les faux semblants oui. Les masses ont intégré à leur tour le message subliminal global : les changes flottants sont une partie définitive du monde nouveau où nous nous trouvons. Il faut s’adapter au monde nouveau, pas le questionner. Pour être chic et « in », il faut montrer qu’on a bien absorbé le nouveau code de pensée.

Faire une conférence sur ce sujet  suppose d’infinie précaution oratoire dans les débuts pour ne pas braquer aussitôt le Pavlov qui règne en maître dans les esprits qui se croient « au parfum ». Commencer doucement par l’examen de la réalité ; passer aux mécanismes ; remonter légèrement vers les institutions. Quand il est acquis que les changes flottants sont à la base des dérèglements constatés, bien préciser qu’il ne faut « naturellement » pas revenir à l’étalon-or. Bien montrer que l’ancien système de Bretton-Woods était vicié à la base. Finir sur la pointe des pieds en prouvant que le système actuel ne peut plus durer et qu’il y a nouvelle organisation à inventer.

Ouf ! Vous n’avez pas fait fondre l’iceberg mais vous l’avez contourné et, derrière, le champ est libre pour un peu de créativité.

Mais vous y êtes tout seul.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Deux illusions tenaces

La France souffre de deux maladies tenaces : l’excès de dettes et l’excès d’impôts. Le témoin d’un excès de dettes est leur caractère irrécouvrable qui impose de les transférer le plus possible vers l’Etat, à charge pour lui de les amortir par l’impôt, où vers la banque centrale, à charge pour elle d’en diminuer radicalement le coût de portage ; celui d’un excès d’impôts, la faiblesse des investissements et la fuite des foyers aisés vers des cieux plus hospitaliers ou moins prédateurs comme on voudra.

Les deux excès se conjuguent. L’excès de dettes pousse à l’impôt. L’excès d’impôts pousse à plus de dettes.

On trouve aujourd’hui encore, malgré l’évidence des difficultés, de nombreux commentateurs ou auteurs qui poussent allègrement à l’impôt et à la dette.

La justification de ces positions n’est pas toujours très élaborée. « Vive l’impôt » est un signe de ralliement pour la gauche et la maladie particulière de l’Enarchie compassionnelle de droite (pensons à Giscard et à Juppé). La dette se justifie souvent par le faible taux des intérêts. La création monétaire paraissant gratuite, certains aiment à répéter qu’il faut dépenser à mort en imposant les riches, en ne craignant pas de s’endetter et en finançant l’état par a création monétaire.

Derrière ces simplismes on trouve en trame de fond deux raisonnements qui sont également controuvés.

Lors que les taux de dettes ont commencé à dépasser 400% des PIB locaux, pour s’élever parfois à des niveaux encore plus stratosphériques, des voix se sont élevées : en s’écartant ainsi du PIB de la nation hôte, les banques créent un risque systémique gravissime, puisqu’in fine, ce sont les Etats qui garantissent la parole des banques nationales et leur crédit. Dans la pratique, on demande aux peuples de payer pour la faillite des banques.  La réponse des adeptes de la mondialisation financières a été constante. Ce fut celle du FMI. Les crédits sont garantis par les actifs financés. Derrière la dette, il y a des usines, des productions, des gains attendus. Ces actifs sont mondiaux. C’est aux banques et aux mécanismes de hedging qu’il revient de stabiliser l’ensemble. Donc les banques en Islande peuvent dépasser 1000% d’encours bancaire puis que ce n’est pas le PIB local qui garantit les prêts mais l’économie monde et ses « actifs ».

On a vu ces illusions s’évaporer en 2007-2008. Aux Etats maintenant de payer les pots cassés. Demandez aux Grecs.

A-t-on pour autant abandonner l’idée que les prêts sont d’abord assurés par ce qu’ils financent ? Pas du tout. L’Europe a essayé de dégager les Etats de leurs responsabilités. On force les banques à mettre en face de leurs prêts des capitaux d’autant plus élevés que le risque est plus grand. On régente le tout de façon tatillonne. Et on indique qu’en cas de problèmes ce sont les déposants et les obligataires qui paieront les dégâts. Ce qui revient à dire : les actifs que vous financez sont votre seule garantie. Maintenant vous pouvez financer ce que vous voulez, partout dans le monde, avec de l’argent provenant d’où vous voulez. Les Etats réduisent vos capacités de prêts et ne viendront plus à votre secours. Mais la mondialisation heureuse peut continuer. Les américains, eux ont été un petit poil plus narquois : ils ont imposé que la finance mondialisée soit dominée par leurs banques et leur monnaie ! Dans la pratique, on a constaté une rétractation de l’activité des banques vers leur marché national. La déglobalisation bancaire est un fait. Et les étouffements administratifs ne garantissent rien du tout, sinon une inefficacité globale du secteur. Du fait de l’application de règles différentes un peu partout et de l’impérialisme juridique américain, cette inefficacité se double de distorsions de concurrence.

Nous pensons qu’au-delà de ces réserves, il est impossible de ne pas prévoir que les crédits globaux et autres « obligations de payer » ne soient pas maintenus dans des limites strictes par rapport au PIB. Nous considérons comme une faute inexpiable de n’avoir pas vu que le retournement du taux de dette/PIB, qui baissait continument depuis 44 a dépassé 200 puis 250, puis 300 puis 400% entre 71 et 2007. Comme on l’a souvent répété sur ce blog, une maturité moyenne des prêts de 5 ans avec un taux d’intérêt + frais de 5%, implique que l’amortissement de la dette et le paiement des intérêts  prennent 100% du PIB. Ce qui est naturellement impossible.  L’approche micro économique, prêt par prêt ou classe de prêts par classe de prêts, n’apporte aucune garantie. Et si le système pète, inévitablement si les taux dépassent 300%-400%, la perte des dépôts entraîne immédiatement une crise de type 1929.

On doit donc prévoir un contingentement global des en-cours de prêts. Comme il n’existe aucun organe global pour le faire, on en revient aux approches nationales. L’illusion micro-économique en matière de prêts est d’une extrême gravité. L’illusion qu’une approche par classe de prêts empêchera toute  difficulté est un péché contre l’esprit.

On retrouvera le mécanisme mental avec les mêmes conséquences dans le domaine fiscal.  Récemment encore lors d’un débat sur la TNT un économiste, au nom imprononçable mais au style catégorique, dégoisait cette fausse règle : la dépense publique ce sont des équipements collectifs et du bien social ; la contrepartie étant solide et indispensable, nous ne devons pas craindre qu’elle soit élevée. Inutile de dire que les équipements publics sont importants, comme le lien social. Mais ici aussi intervient le quantum par rapport à la production.

De même que le système de prêts lorsque les encours dépassent plusieurs fois la valeur du PIB n’est plus garanti par les flux de production  et ne concerne plus que des opérations spéculatives, de même lors que la dépense publique dépasse 35 à 40% de la production, il n’y a plus de contreparties tenables. On entre dans le gaspillage de ressources rares au détriment de l’économie. Comme nos lecteurs le savent nous avons l’habitude de faire le rapprochement des prélèvements et de la dépense publique de la valeur ajoutée des entreprises de plus de une personne du secteur non financier, ce qu’on appelle communément « les entreprises ».   On sait qu’en 2014 non seulement la dépense publique mais les aussi désormais les prélèvements ont dépassé la valeur ajoutée par les entreprises. Les Français ne disposent plus que de ce qui est redistribué ou emprunté, avec une baisse constante du revenu par tête depuis 2008.

Raisonner sur la dépense publique en oubliant de regarder le rapport avec le niveau de production est aussi sot que de penser la dette sans établir de rapport avec la production.  

La curiosité du moment est qu’on ne trouve personne dans les médias pour faire ces remarques élémentaires. Baigner dans un système mental qui fait l’unanimité de son clan ou de ses pairs est un grand danger. La lumière ne pénètre plus. Et casser le bloc mental congelé qui empêche d’accueillir la réalité est une tâche surhumaine.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile  

Neuf mois après « l’alignement des planètes »…

Neuf mois après « l’alignement des planètes », le miracle ne s’est toujours pas produit. Rappelons-nous : presque deux mois de propos hyper optimistes, dans tous les médias télévisés, radio diffusés ou écrits,  sur la reprise « mécanique » et obligatoire de la croissance forte en Europe et surtout en France ; de fines analyses sur le génie du Président Hollande qui pourrait très rapidement se vanter d’avoir enfin enrayer la hausse du chômage ; des affirmations péremptoires un peu partout autour de l’idée que « la crise était finie » et que tout était en place pour une croissance à nouveau soutenue. 

Les calculs les plus subtils démontraient qu’une baisse massive de l’Euro vis-à-vis du dollar et du Yuan restaurerait radicalement la compétitivité française, que la baisse tout aussi massive des taux d’intérêt  permettrait un boom de l’investissement, que la baisse des  cours du pétrole générerait du pouvoir d’achat et donc de la demande, et que, cerise sur le gâteau, l’Union Européenne, par l’intermédiaire d’un Plan Juncker mirifique allait se lancer dans des  investissements massifs.  Les entreprises et les ménages seraient à la fête pour la première fois depuis 2008. La « demande globale » serait confortée et une saine dynamique économique se mettrait en place.

La suite ? L’affaire a fait « pschitt ». Aucun des merveilleux effets de la conjonction des planètes ne s’est manifesté aux hauteurs annoncées dans les six mois suivants. Nous attendons les chiffres du  troisième trimestre qui devraient être meilleurs.  Mais personne n’espère rien de spectaculaire.

Comme toujours, personne ne s’est pressé de donner l’explication de ce flop.

L’explication n’est pas compliquée.  L’effondrement de la valeur de certains actifs, et particulièrement des matières premières, ne marquait pas le commencement de la fin de la crise, mais la suite d’un dégonflement inévitable, au fur et à mesure que l’économie baudruche finissait d’exploser.  L’indicateur principal était le commerce international. Nous avons souligné immédiatement qu’il était quasiment stationnaire et ne portait plus l’expansion.  La spéculation qui avait porté à des sommets intenables la valeur de certains actifs a été partiellement brisée.  La valeur de l’immobilier n’a pas cessé de baisser, partout et  beaucoup plus brutalement qu’il ne l’est dit dans les medias.  La sur-fiscalisation a partiellement bloqué les achats de précaution.

L’alignement des planètes était plus le syndrome d’une économie flapie que le signe d’une renaissance formidable.  Les banques centrales ont créé pour 13.000 milliards de dollars de monnaie pour compenser les 12.000 milliards de pertes sur « des engagements de rembourser »  intenables que nous avons signalés dès 2007. Ce n’était pas mouvement « pro actif » mais défensif pour éviter la mort des banques.  Cette création extravagante et les taux d’intérêts nuls qui en résultent n’ont pas pour but de relancer l’économie. Mais de permettre aux banques de se renflouer.  J’emprunte à taux zéro ; je prête aux Etats à quelques % de plus ; j’emploie mon bénéfice à amortir mes pertes.  Le processus est loin d’être terminé. Comme les législateurs ont « étouffé l’amplificateur »  monétaire en corsetant les banques, toute cette gymnastique n’a pas d’effets massifs sur l’économie réelle.  Comme la fiscalité, devenue partout agressive, prive d’argent les particuliers, la consommation ne suit pas.

Le sauvetage des banques par les banques centrales et les Etats, au prix d’un double endettement public (celui, visible, des Etats, celui moins visible, des banques centrales)  a poussé la fiscalité à des sommets en même temps qu’il provoquait  la stagnation.  

Une danse de Saint Guy frénétique s’est alors produite sur les marchés des changes, puis sur celui des  matières premières, dont le pétrole,  alors que la déflation touchait tous les marchés.  Le repli vers les Etats-Unis considéré comme plus sûrs dans la panique générale a provoqué, comme en 97-98, la hausse conjointe du dollar et de la bourse américaine et  l’effondrement dans les pays en voie de développement, comme on le voit en Chine, au Brésil, en Russie, sans réel bénéfice pour les autres pays développés (Europe, Japon, Corée etc.), à la différence de 97-98.

On vient d’assister à la correction de la correction.  Rien à voir avec un alignement positif des planètes.

Tout cela est totalement instable.

Pour la France, les derniers résultats produits par l’INSEE sont parfaitement clairs.  L’année 2014 a été pire sur tous les plans que 2013, que nous avions définie comme une année « Hollandilbilis ».  En dépit du virage annoncé après l’affaire des « bonnets rouges », une révolte provoquée par les mesures fiscales absurdes  (Manuel Valls a fini par le reconnaître cette semaine)  prises personnellement par Hollande, qui, paraît-il, se voulait un génie de la fiscalité avec des idées saugrenues mais  bien ancrées.  2015 ne pouvait qu’être dans la lignée de ses deux devancières, puisque rien de fondamental n’avait  changé.

Aujourd’hui, plus que jamais, il faut surveiller deux fronts économiques partiellement disjoints.

Celui de l’économie réelle reprend des couleurs, mais avec une lenteur remarquable.  Le commerce mondial des marchandises repart un peu, même si le phénomène est masqué par la baisse des mouvements de pétrole.

La préoccupation reste toujours aussi grande sur le front des 400% d’endettement qui pèsent  au dessus d’elle.  Certes les dettes ont été en partie « fixées » par l’action des banques centrales et des Etats. Mais sans croissance ni inflation, l’enveloppe ne se dégonfle pas ou très peu.  Croire que la baisse peut s’opérer par la fiscalité est un rêve qui tourne au cauchemar partout où l’on a essayé cette fausse solution.

Il faut revenir à des politiques concertées de croissance avec une inflation à deux ou trois pour cent.  Cela ne peut se faire qu’en stabilisant le front des monnaies, donc en interdisant les grands déficits et les excédents  symétriques, et en encadrant partiellement les mouvements de capitaux à court terme.  En Europe, si on ne veut pas mettre fin à l’Euro, il faut créer une entité de coordination qui gèrent les déséquilibres internes et externes de la zone.  Seule la concertation permettra de relancer de façon équilibrée et en une vingtaine d’années, on sera revenu à un taux d’endettement global entre 150 et 200%. 

Croire que chaque nation s’en tirera par des déflations compétitives et des hystéries fiscales est totalement absurde.  Oui, il y aura une certaine reprise en 2016 mais si faible qu’un nouvel effondrement localisé de la banquise de dettes  suffira à l’annihiler. Les énormes masses de liquidité n’ont plus d’emploi rationnel.  La fin de la monnaie gratuite aux Etats-Unis est constamment repoussée parce qu’on ne veut pas que le dollar monte plus.  Dans l’incertitude ainsi créée,  personne ne peut rien dire de l’évolution du cours dollar/euro.  Rien ne marche comme on voudrait dans un système de changes flottants.  La bourse américaine a atteint un sommet, comme d’ailleurs les bourses européennes, avant une belle correction.  Elles peuvent encore craquer un peu plus si la reprise demeure aussi faible. Les pays émergents sont dans le désordre le plus complet. Les prix de l’immobilier restent incertains.  Les matières premières sont dans les choux.  Les banques sont étranglées par les réglementations et toujours grevées de créances douteuses. Les engagements obligataires et les opérations « over the counter » deviennent hyper dangereuses.   Il n’y  pas de vraie baisse des prélèvements fiscaux.

La spéculation est dans l’impasse. Les Etats sont dans l’impasse. Les banques centrales sont dans l’impasse. 

En attendant le scénario le plus probable, si rien ne bouge, est une petite accélération de la croissance. Elle suggérera des propos enchantés  dans la presse,  surtout dans cette période de campagne électorale présidentielle en France. Elle sera  probablement suivie par un mini krach entre 2017 et 2018 qui affectera  plus la couche des actifs reliées aux dettes que l’activité elle-même, comme entre 2001 et 2003 et qui fera trembler l’Europe, sans doute une nouvelle fois par une crispation grecque.

On ne voit pas trop comment les banques centrales et les Etats pourront réagir efficacement.  Seul un changement du système monétaire international permettrait réellement d’en sortir.  S’il avait lieu immédiatement après le mini krach, les leçons de l’histoire économique des quarante dernières années étant enfin tirées, nous pourrions retrouver un terrain propice à une croissance plus rapide et à une reprise de l’emploi, les ressources quittant le domaine de la spéculation pour s’employer dans l’économie réelle.  Mais peut-on compter sur la pédagogie des crises pour briser des tabous intellectuels associés à des positions de pouvoir géopolitiques ? C’est tout l’enjeu des cinq prochaines années.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

L'émission Zemmour & Naulleau en grand danger

L'émission de Zemmour et Naulleau, sur Paris Première,  prend un mauvais tour. La nouvelle charte graphique de l'émission est très laide. le rythme des séquences est inconfortable pour le spectateur qui n'a pas le temps de véritablement s'installer dans un débat. Le choix des invités est tellement convenu, avec des personnalités tellement "vues  à la télé" qu'on sait à l'avance tout ce qu'elles vont dire. Pire encore, l'originalité des critiques, principalement celles de Zemmour, s'est perdue depuis que ses thèmes de prédilection sont au centre même du discours médiatique.  L'apport d'une présentatrice chargée de cadencer l'émission est quasi nul. Sa présence a réduit le rôle de Naulleau qui était jusqu'ici le "modérateur" de l'émission à une prestation incertaine, parfois fantomatique. 

En un mot la spontanéité, la vérité incongrue mais tenace, la fraîcheur, ont déserté l'émission, alors que la présence d'un comique, certes sympathique mais que l'on voit et entend désormais partout, apparait décalée.

Rien n'était plus frappant lors de l'émission du 28 octobre 2015.

Inviter Pierre Larroutourou pour la nième fois ne pouvait que se terminer en désastre. Cet agitateur a la spécialité de "faire de la chaleur" et jamais aucune lumière. Il chauffe l'émotion comme un prédicateur et empêche tout le monde de parler. Impossible de finir une phrase quand il est là. Et les âneries s'enchaînent avec véhémence. Croire que cette véhémence et cette grossièreté servent "le dynamisme du débat" est une grave erreur.   La charmante directrice de l'Ifrap a été interdite de finir une phrase ou un raisonnement pendant tout le temps du "débat" qui n'a strictement rien produit d'utile, sinon qu'Agnès Verdier-Molinié préfère cette situation d'oratrice châtrée à pas d'apparition du tout,  et que Hollande a eu bien tort d'inviter son contradicteur qui n'a pas cessé de l'insulter pendant l'émission.

L'autre invité était l'ineffable et increvable président du Modem, ce parti politique qui ne comporte que deux membres et ne vit que par la télévision. François Bayrou est le prototype même du politicien à dents de Rastignac qui n'a strictement rien à dire et dont tout le programme se résume à "Moi Je". Il n'est pas le seul, mais dans le cas du Béarnais, cela commence à se voir beaucoup.

Déjà en 2007, lors de la campagne présidentielle, nous avions essayé de décrypter le programme du Modem. Sur tous les chapitres sans exception, le schéma était le même : "le PS et l'UMP sont incapables de résoudre le problème ; mais moi j'y arriverai". Pourquoi ? "Parce que moi et mes gens nous sommes formidables". "Mais avec quelles mesures précises ?". "Nous aviserons car nous sommes les meilleurs". M. Bayrou fustige mais ne propose rien sinon de revenir à la Quatrième République, mais en conservant l'élection présidentielle au suffrage universel qui est son seul objectif réel. Une fois qu'il sera là, il se fait fort de monter des gouvernements d'alliances entre factions pour le meilleur bien du pays.

Impossible d'en tirer la moindre mesure concrète, puisque la politique naîtra de "compromis utiles". Dénonciation des autres, dénonciation de la situation, intolérable, nécessairement intolérable, et …rien. "Chassez les vilains, cassez les grands partis par la proportionnelle, élisez-moi comme président  et vous verrez comme nous sommes formidables".

Voici donc François Bayrou annonçant son soutien "sans faille" à M. Juppé. Avec dès le départ une contradiction gigantesque.

- Quelle est la question la prioritaire, celle où vous pensez devoir faire porter tout de suite l'essentiel de votre action ?

- L'éducation nationale.

- Monsieur Juppé vient de publier un livre sur ce sujet.

- Je suis totalement opposé aux préconisations de ce livre. Il faut faire exactement le contraire.

Voilà donc le soutien sans faille en désaccord immédiat et irréconciliable sur la question nationale la plus grave.

On se souvient que Mme Virginie Calmels avait déclaré lors de l'émission "On n'est pas couché" qu'elle soutenait Alain Juppé pour "rajeunir la politique française". Ce qui avait bien fait rire.

Il n'y a pas que le Modem à choisir l'oxymore comme programme électoral.

Comme l'a très bien remarqué Naulleau, un éclair dans la grisaille : "Vous soutenez Juppé comme la corde le pendu" ; "des amis comme vous, c'est pire que des ennemis". Si Juppé ne parvient à gagner les primaires, Bayrou se présentera aussitôt, au risque une fois de plus de faire passer François Hollande.

Évidemment, il n'a aucune ambition personnelle. Pouah ! Pas de cette vilenie. Il se sacrifie simplement pour porter son message indispensable que personne, à part lui, ne porte. On a vu qu'il n'y a pas de message. Il paraît qu'il faut rire et que le cynisme en politique est la base de tout et qu'il n'y a qu'à laisser faire. On ne cède plus à "l'insistance de ses amis". Il est vrai que les amis de M. Bayrou, on les cherche. On les trouve parfois dans le bureau de M. Hollande, comme le rallié Benhamias. Désormais on se présente aux élections parce qu'on est seul à porter un message fantastique même s'il est subliminal. C'était déjà l'argument de Mme Morano.

En attendant, il a tenté de populariser une idée qui, pour le coup, est totalement fausse. Quelle est-elle ? "

- La France est seule responsable de ses malheurs et peut s'en sortir toute seule comme une grande (si je suis élu président) .

Belle posture, virile et tout. Mais qu'elle est le diagnostic sous-jacent  des malheurs qui nous frappent ?

L'effondrement global de l'économie baudruche et du système financier mondial n’est pas dû principalement à la France. La crise est bien venue de l'extérieur. Donc la solution ne peut venir au moins pour cette partie, que de l'extérieur par application du principe de la symétrie des causes et des effets.

L'Euro a certainement facilité la débauche des certains états membres de la zone Euro dans l'économie baudruche internationale mais n'est pas la cause majeure de la crise financière. En revanche, elle a terriblement compliqué la réaction à la crise, provoquant une catastrophe dans le sud de la zone et entraînant tout le monde dans une fiscalisation aberrante. Les instances de la zone ont été obligées de violer tous leurs principes pour tenter d'en sortir. Commentaire de M. Bayrou ? Rien. Si : "L’Europe nous protège". Il y a du cabri chez cet éleveur de chevaux.

On a vu que le programme de la France qui-peut-tout-toute-seule est inexprimé.

L'émission de Zemmour et Naulleau n'a donc servi qu'à "des opérations image", sans aucun contenu réel derrière.

Si le but de l'émission n'est que de promotion, d'autres le font mieux et plus agréablement.

Conseillons à ces Messieurs  de ne pas chercher absolument l'audience du "prime time", qui a déjà rendu inaudible la télévision jusqu'à 22 h 30. Le but de l'émission ne doit pas être de proposer un spectacle avec chaleur, émotion, sottise propriatoire, com' outrancière. Mais un moment d'intelligence et de décryptage.

En tout cas, c'est comme cela qu'on l'aimait. Et pour cela qu'on l'écoutait. À plusieurs reprises Éric Zemmour a dit : on en parlera tout à l'heure. Et on n'a parlé de rien.

Attention, Messieurs. Votre émission est en grand danger. C'est tout de suite qu'il faut réagir.

Pour une diplomatie de la prospérité !

Jean-David Levitte est sans aucun doute le sommet de la crème de la crème de nos élites diplomatiques, françaises et européennes. "Diplomator" est son surnom qui marque bien l'admiration légitime que le milieu accorde à ses talents.

Les anciens de l'INSEAD l'ont invité ce matin pour un petit déjeuner-débat qui s'est révélé à l'image de l'invité : exceptionnel.

Exceptionnel, l'exposé brillantissime sur l'évolution des grands axes géopolitiques depuis quatre décennies, marquée par des novations majeures tous les dix ans. Le grand tournant est daté de l'arrivée de Khomenei aux affaires en Iran, accompagnée du second choc pétrolier et de la décision de la Chine de se lancer dans l'ouverture capitaliste. La situation diplomatique figée par la guerre froide se remet en mouvement. D'événements en événements (Chute de l'Union Soviétique et guerre en Irak, destruction des Twin Towers et guerre en Afghanistan), on se retrouve aujourd'hui avec une série de fragmentations, dont l'Asie mineure est le meilleur exemple mais qui touche aussi l'Afrique et surtout l'Europe.

Exceptionnelle, l'analyse de "l'échec dangereux" de la politique de Poutine qui est obligé d'intervenir en Syrie pour masquer son échec en Ukraine. Fils d'un père juif de la région russe d'Ekaterinbourg, devenue la ville ukrainienne de Dniepropetrovsk, Monsieur l'Ambassadeur a quelque raison de suivre les affaires locales avec attention. En proposant l'idée que c'est Poutine et son agression qui ont créé le sentiment national ukrainien, il pousse sans doute le bouchon un peu loin. Les massacres staliniens (Holodomor) avaient fait beaucoup et le nationalisme Ukrainien ne date pas d'aujourd'hui, même si la Crimée est Russe ("mais réclamée de façon un peu cavalière…") et qu'il y a en effet trois parties bien distinctes en Ukraine. Il fait de l'échec de la politique russe la source possible d'un nouvel embrasement. Il considère que le soft-power européen, si souvent décrié (notamment par nous-mêmes), a bien fonctionné. L'Union Européenne est généreusement réhabilitée avec une vision du nouveau traité entre l'Europe et les Etats-Unis plus que positive, même dans ses aspects d'arbitrages privés, qui nourrissent de violents débats dans la blogosphère et sur les réseaux sociaux. La raison : si les normes ne sont pas construites entre l'Europe et les Etats-Unis, elles le seront par l'Asie.

Exceptionnellement bien présentés, les efforts de la Chine pour réaffirmer sa suzeraineté sur tous ses voisins, tout en ne cherchant jamais à aller trop loin.

Où se niche le sentiment sinon de malaise du moins d'inachevé qui nimbe ce grand exposé ? Il est toujours difficile de bien cerner un sentiment diffus. Cela vous grattouille et cela vous chatouille sans qu'on parvienne trop à comprendre ce qui cloche. Jusqu'à ce que la lumière se fasse. Cet exposé ne comprend aucune analyse de l'évolution économique depuis quarante ans ! La diplomatie reste exclusivement géopolitique, façon Talleyrand, et ne s'intéresse pas au bain économique global.

Nous posons la question : "Depuis quarante ans chaque décennie voit la croissance ralentir, les crises périodiques devenir plus sauvages, la dette augmenter jusqu'à devenir intolérable, Pourtant le discours diplomatique sur ces sujets est inexistant. Ne devrait-on pas donner une dimension économique à la diplomatie, avoir aussi, en France et en Europe une diplomatie de la prospérité ? Nous n'avons pas de vision des causes de la crise, pas de diagnostic, pas de "guidelines" qui pourraient être le support d'une action diplomatique continue envers les gouvernances internationales dysfonctionnelles. Est-ce normal dans une période de mondialisation où nous dépendons des autres de plus en plus étroitement ? "

Le discours, limpide jusqu'ici, se fait hésitant et même incertain. "C'est à la France de s'adapter et elle ne l'a pas fait et ne le fait toujours pas". Pourtant ce n'est pas en France que la crise est née et pris son envol. On a pris en pleine figure l'explosion de la sphère financière internationale pilotée par les pays anglo-saxons. Certes on n'avait rien fait pour s'y préparer, mais les causes du saccage de la prospérité ne sont pas en France. Il serait donc logique d'élaborer une action diplomatique vis-à-vis des acteurs et des actions qui nous nuisent. Visiblement la nécessité et les contours d'une telle action sont totalement étrangers aux préoccupations diplomatiques françaises et européennes. Jean-David Levitte se contente de citer quelques pointures françaises qui sont au cœur de discussions réussies, comme la fin du secret bancaire ou la fiscalisation des multinationales. Sinon, c'est peut-être le destin de l'économie d'avoir atteint une sorte de sommet. Et puis tout semble aller mieux. Les banques ont été sauvées. Le Grexit a été évité. "La reprise est là en Allemagne, en Angleterre, aux Etats-Unis, même si la classe moyenne ne cesse de perdre du pouvoir d'achat". Dans la salle on entend quelques affirmations du type : "la crise est finie !" ; "Quelle crise ?" ; "La reprise est là !".

L'économie n'a toujours pas trouvé sa place dans la diplomatie. Une carrière diplomatique réussie suppose qu'on ne s'attaque pas à des sujets qui fâchent : une zone euro dysfonctionnelle qui a ruiné certains de ses membres ; un système monétaire international dysfonctionnel qui explique l'essentiel des grandes crises politiques qui se sont enchaînées et qui ont été si bien décrites par l'orateur.

Pas de Khomenei sans l'émancipation de l'Opep et l'arrivée d'une manne pétrolière démesurée. Pas de chute de l'URSS sans la rupture de croissance des années 73-89. Pas de changement de la politique chinoise si on ne comprend pas que les Tigres et Dragons étaient en train de dépasser la Chine en puissance économique et financière. Pas de crise actuelle en Chine si on ne comprend que l'accumulation d'actifs en dollars a été excessive et que comme au Japon après 92-93, le risque était de voir s'évaporer dans le néant des milliers de milliards de dollars de créances. Les révolutions dites du printemps arabe sont toutes les fruits de la misère consécutive à l'effondrement bancaire de 2008.

La trame de tous les événements qui marquent l'évolution géopolitique des quarante dernières années est liée aux défauts structurels du soubassement économique international et notamment à ceux du système monétaire international. De façon inextricable.

La diplomatie n'en a cure. Il n'y a pas de dimension économique de la diplomatie, analysée dans un discours construit et portée par une politique explicite. L'économiea été évacuée vers les banques centrales et les institutions financières internationales, ensemble hors les murs de la politique et de la diplomatie, sauf sur des sujets étroits et moralement indiscutables, comme la lutte contre l'argent noir ou l'évasion fiscale.

Le Général de Gaulle est le dernier président français à avoir élaboré une doctrine économique et monétaire internationale et pris le soin de l'exprimer.

Depuis les présidences françaises sont taiseuses. Les erreurs économiques massives commises en France ont fait perdre de toute façon toute crédibilité aux gouvernants français.

C'est pour cela que notre diplomatie économique est muette.

Il nous faut une "diplomatie de la prospérité" qui s'attaque aux systèmes internationaux dysfonctionnels. Le suivisme morose ne rime à rien sinon à l'effacement de la France en particulier et de l'Europe en général, dans une déréliction globale.

Diplomator doit être aussi Economator.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Économistes e-toile

Une pétition déshonorante

Comme nous l'avons souvent écrit, lorsque des économistes se groupent en meute pour signer une pétition ou un article,  il s'agit toujours d'une erreur ou d'une opération médiocre. Si l'affaire était intelligente et utile, il n'y aurait pas nécessité de se grouper. Mille interventions individuelles permettraient de faire apparaître la bonté de la mesure ou de l'analyse. Chacun se ruerait pour prendre part à la gloire d'une réflexion pertinente.

Voici donc à nouveau 150 "économistes" qui se lance dans une opération de signature médiatisée. Avant même de lire la pétition, on sait qu'elle va être nulle. Leurs prédécesseurs s'étaient mobilisés pour les 35 heures, avec les résultats que l'on sait. Et aucun d'entre eux ne va crier sur les toits qu'il est l'un des signataires de cette proclamation triomphante de bêtise politicienne et idéologique déplorable.

Nulle, elle l'est en effet mais pire encore, elle est nauséeuse. Il s'agit purement et simplement d'une attaque ad hominem. On ne veut pas d'un homme à la tête de la Banque de France. Le malheureux a été, un temps, dans l'équipe de direction de la BNP. Alors haro sur le sagouin au nom des grands principes !

Ces méthodes sont détestables et détruisent le peu de crédit qui entoure les économistes "officiels".  Le gouvernement a persisté dans ses choix et écarté d'un pied méprisant ce petit crachat collectif. Il a eu raison.

Non pas que la consanguinité qui existe entre administration et banque ne soit pas un problème ; non pas que l'esprit de "fascio" pétainiste qui baigne l'organisation bancaire française ne soit pas condamnable ; non pas que la banque universelle ne soit pas le lieu de tous les conflits d'intérêts. Les énarques inspecteurs des finances règnent sur un petit monde entièrement cartellisé, cautionné par l'Etat (et la poche des contribuables)  et où les erreurs, les manquements à l'éthique ou les catastrophes financières ne perturbent aucune carrière.

On passe des cabinets ministériels à des postes de haute fonction publique ; de la tête des hautes administrations vers celles des hautes banques, on passe de contrôlé à contrôleur. Avec un peu de talent on arrivera à la tête d'institution internationale. Pour cela il faut un pedigree impeccable. La nomination récente anticipe sur la nécessité à terme de remettre un français à la tête de la BCE. On prépare le cheval.

Tout cela se passe entre vingt énarques qui coiffent la politique et l'administration, donc la banque et l'essentiel des médias, totalement entre les mains des banques.

Alors les roquets peuvent aboyer, cela n'a pas d'importance.

Que les 150 économistes utilisent l'argent que leur donne généreusement l'Etat, directement ou indirectement, pour analyser les défaut de la banque universelle, pour établir le lien entre le système bancaire actuel et l'économie baudruche qui a explosé en 2008 ! Qu'il regarde la gestion de la zone euro et qu'ils en dénoncent les dysfonctionnements ! Qu'ils agissent pour séparer la haute fonction publique de la sphère politique ! Qu'ils analysent les défauts du système monétaire international !

Tout reste à faire dans ces domaines.

C'est certes plus difficile que de se déshonorer dans des opérations médiatiques menées contre des personnes.

Mais cela rehausserait l'image d'une profession qui a perdu avec la crise l'essentiel de son crédit, faute de l'avoir prédite, prévenue et au moins expliquée. Ne parlons pas de chemin de sortie de crise. Là les 150 économistes pétitionnaires baissent le nez et prennent bien garde aux tâches. Une carrière de minables plutôt que le risque de la pensée et l'observation juste. Bien au chaud dans la meute.

Détestable !

"FAIRE", le livre programme de François Fillon , dans la conjoncture politique actuelle.

La campagne pour les élections présidentielles est désormais lancée.

À gauche, l'affaire est classée : François Hollande se représentera. On peut le regretter, compte tenu du bilan navrant de son quinquennat raté qui a abouti à la désagrégation à peu près totale de sa majorité présidentielle (alors qu'il est considéré comme un formidable tacticien dans la politique politicienne), et une contre-performance nationale regrettable. Une gestion purement électoraliste et narcissique n'est pas ce qu’il faut à la France et continuer comme cela pendant cinq nouvelles années n'a pas de sens pour la nation. Valls est trop associé à ce bilan pour pouvoir jouer une carte utile. Et quel serait son programme ? Il n'osera pas en affirmer un différent des esquisses hollandaises. Macron est rejeté par les socialistes et on n'ose même pas le montrer aux militants. La situation est bloquée à gauche, même si Martine Aubry semble vouloir faire ticket pour les présidentielles avec François Hollande. Le président socialiste peut encore changer les règles électorales pour obtenir une assemblée nationale éparpillée par la proportionnelle intégrale qui rendrait la droite de gouvernement impuissante. Les différentes droites et centres iraient à la bataille sous leur couleur. On voit le décor : le FN à 25 %, les droites à 22 %, les centres à 18 %, le PS à 17 %, les extrêmes gauches à 10 % et les différents Verts à 9 %. Avec à la clé des combinaisons façon quatrième République et un gouvernement de fausse union nationale entre centristes, PS et quelques transfuges verts et Républicains. Se lancer dans un tel barnum à un an à peine avant les élections présidentielles paraît tout de même un peu abracadabrantesque. François Hollande préférera faire la réforme électorale avant, en se réservant de dissoudre après. Il est plus simple de se présenter comme un candidat socialiste du centre qui protège tout en faisant avancer des réformes "que même la droite n'aurait pas su faire", mais dans la douceur. Avec un coup de pouce de la conjoncture, qu'il anticipe, il pense que cela peut passer. On aurait alors un ministère Aubry-Bayrou ou l'inverse.  

A droite, le poids politicien joue en faveur de Nicolas Sarkozy. Il tient l'appareil ; il sait manœuvrer ; il manie les sondages et les études politiques avec maestria ; les militants l'apprécient. Mais il n'a pas de programme et ne peut pas en avoir. Son quinquennat annonçait une rupture qu'il n'a pas faite cherchant surtout, par des arbitrages et des débauchages, à se placer au centre gauche pour se faire réélire et paniquant lorsqu'il est devenu clair que cette stratégie ne marcherait pas. La campagne de 2012 prendra alors le tour pitoyable que l'on a vu. Que peut-il annoncer aujourd'hui ? Qu'il a changé et qu'il va faire un vrai programme de droite ? De mea culpa en mea culpa peut-il faire oublier sa stratégie purement politicienne de 2007 à 2012, presque identique à celle de Hollande et pour les mêmes raisons ? Peut-il donner un sens national à un second mandat ? À notre avis, non.

Il aurait dû s'écarter après son départ forcé, comme Blair le fit au Royaume Uni, et laisser la place au meilleur du moment, François Fillon. Il a préféré interdire tout débat sur le bilan du quinquennat, qualifiant de traître et vilipendant tout malheureux cherchant à faire valoir certaines remises en cause. Il s'est mis à envoyer aux peuples des "cartes postales" et à organiser un retour en fanfare, se présentant en sauveur d'un parti qu'il a lui-même fait exploser en faisant "tuer" Fillon par François Copé dans des conditions scandaleuses. Il prétend avoir réparé ce qu'il a, en fait, lui-même cassé. Les Français croient que des dirigeants sans scrupule mais efficaces pour soigner leur carrière politique, seront plus résistants aux pressions du monde. Ils sont indifférents à la morale publique dans ces affaires. Soit.

Il a réussi à briser la dynamique Fillon, mais il s'est pris dans la figure, en ricochet, la montée dans l'opinion de Juppé. Cette soudaine réhabilitation n'a qu'une interprétation : le rejet de Sarkozy dans une bonne partie de l'électorat.

Juppé est-il l'homme ne la situation ? Objectivement non. Il faut à la France un président qui dispose du potentiel de deux mandats pour réellement redresser le pays. Juppé a dix ans de trop pour cela. Et il faut une volonté de porter des réformes lourdes. Juppé a commis trop d'erreurs majeures : il a déplafonné l'ISF et encenser une mesure fiscale qu'il regrettait de ne pas avoir mis en place lui-même ; il parle de le supprimer. Où est la cohérence ? Il s'est montré et se montre en permanence avec Rocard et Bayrou, qui n'ont rien montré lorsqu'ils étaient au pouvoir et ne représentent plus qu'eux-mêmes. La campagne montrera qu'il n'a pas le fond nécessaire pour conduire une grande politique. La dissolution Chirac, c'était lui, ce qui montre un sens politique, disons, imparfait. Finalement il a baissé pavillon devant les grévistes en 93. Droit dans ses bottes mais en mode recul. Il ne représente rien de l'avenir : ni un programme énergique de redressement, ni un programme d'adaptation au monde nouveau. Rien. Il a rassuré l'opinion au moment où les autres dirigeants de droite se battaient comme des gorets. Mais cela ne suffit pas. Les Français l'utilisent pour décourager Sarkozy dont ils ne veulent pas. Cela ne fait pas un vrai candidat. Son livre sur l'éducation est tellement tombé à plat qu'on en a mal pour lui.

Si ce n'est ni Juppé, ni Sarkozy, alors qui ? Il n'en reste qu'un : François Fillon. Lemaire est un peu vert, Lagarde encore insignifiante, NKM trop fofolle et marquée par sa défaite, hélas méritée, face à Hidalgo.

On dira qu'on peut envisager des binômes : Fillon, avec Lemaire comme premier ministre ; Juppé avec Fillon ou Lemaire comme premier ministre, Fillon avec Mme Lagarde comme premier Ministre etc.

Le fond du problème est tout de même de disposer d'un moteur et d'un conducteur. Le seul vrai moteur actuellement chez les Républicains, c'est Fillon.

Le livre qu'il vient de publier le prouve. C'est un excellent livre. Il montre que c'est Sarkozy qui a constamment cherché une voie moyenne acceptable pour la gauche, et a poussé aux demi-mesures. Il n'a pas démissionné par légitimisme : le président est le seul élu par l'ensemble des Français. C'est lui qui doit assumer la responsabilité du résultat. Ayant été élu par l'ensemble des Français, personne dans son camp n'avait le droit de l'empêcher d'agir. L'important était d'aller dans la bonne direction et de faire face à la catastrophe de la crise sans ajouter de la crise politique à un désastre économique. La position de Fillon est acceptable. Grâce lui soit rendue de ne pas avoir joué, comme naguère Jacques Chirac, la défaite de son camp pour maintenir vivante ses ambitions. En montrant que lui-même avait une stratégie plus ambitieuse et en la proposant aujourd'hui, il démontre qu'il est dans la continuité de Sarkozy mais avec un élan dans la rupture et dans la cohérence supérieure, et sans les travers psychologiques. C'est jouable, même si beaucoup de Français préfèrent les flambeurs irresponsables.

Toutes les mesures proposées dans le livre sont frappées au coin du bon sens et ont pratiquement toutes été défendues par les intervenants de ce blog. Alors bravo !

Nous ne constatons que deux manques.

Fillon ne parle pas de l'évolution nécessaire de la politique judiciaire. Le gouvernement des juges, via la CEDH ou par le justicialisme en interne, est une menace qui interdit toute volonté nationale un peu ferme. Le jugement Murano qui justifie qu'on puisse traiter à répétition de "connes" des opposantes politiques, pourvu qu'on le fasse très souvent et en croyant être drôle, s'ajoute au "mur des cons" de sinistre mémoire. Les libertés sont menacées et la licence est encouragée. Est-ce bien le rôle de la justice ? Et le droit national n'est plus souverain, contesté de l'intérieur et de l'extérieur par les instances européennes. L'impérialisme du droit américain vient encore aggraver les choses. Le droit national ne peut être ni soumis à l'extérieur ni subverti de l'intérieur par des juges politisés et félons. Il faut dénoncer et interdire le justicialisme. Il faut remettre le contrôle de constitutionnalité dans des mains républicaines françaises. La CEDH doit être réformée, comme le demande à juste titre Cameron. Comme en Allemagne notre cour suprême ne doit rien avoir au-dessus d'elle. Sinon, c'est la paralysie politique. On ne peut pas se dispenser d'un volet judiciaire dans le programme électoral d'un parti de gouvernement soucieux de l'indépendance nationale et de la démocratie.

Autre lacune du livre, François Fillon ne parle pas de la cause principale de la crise : le système monétaire international défectueux qui a provoqué la montée de la dette, la baisse du trend, l'aggravation des crises cycliques et finalement l'explosion du système.

Ce sont des sujets jugés compliqués et électoralement sans influence et qui ne seront sûrement pas apportés au débat présidentiel par les autres candidats. Alors pourquoi s'en préoccuper ? On comprend bien la prudence du candidat. Mais ce sont des sujets cruciaux s'il faut rétablir un certain "triomphe de la volonté" et on peut contester qu'ils n'auront pas d'influence sur l'élection. Celui qui donnera un diagnostic de la crise gagnera de la crédibilité car du coup il peut parler de la sortie de crise. N'évoquer que du sang et des larmes ne suffit pas. Sarkozy a été largement battu pour ne pas avoir porté un diagnostic sur une crise qu'il n'avait pas prévue, malgré les avertissements, et pour ne pas avoir présenté un plan de sortie de crise.

Il faut avoir une vision de la crise, une explication de ses causes majeures, un plan pour y faire face. Si la cause principale est dans les défauts du système monétaire international, il faut le faire savoir et militer pour des recettes de modernisation et de réforme. Si la gouvernance de la Zone Euro est en cause dans les difficultés actuelles de la zone, il faut aussi le dire et présenter un schéma de sortie des ornières ainsi dénoncées.

Si François Fillon pense que la France seule, pourvu qu'elle fasse les efforts qui s'imposent, pourra s'en sortir seule, il se trompe.

La France a besoin de se réformer, c'est vrai, mais il lui faut aussi une Europe qui dispose d'une politique d'ajustement interne et externe (pour nous, portée par un chancelier de la zone Euro, coordinateur et non un fuligineux "gouvernement économique") et l'Europe a besoin de la stabilité des changes dans un système de type Bretton Woods rénové qui évite les déficits et les excédents monstrueux, et assure une certaine stabilité concertée des monnaies.

Porter ce message ferait du bien à François Fillon. Car elle l'élèverait au-dessus de la tourbe de la politique politicienne pour aller au cœur du réacteur nucléaire de la crise. Cela lui permettrait également de se démarquer de la gestion de 2007, en donnant du corps à l'idée que son expérience lui a fait prendre la pleine conscience de ce qu'il faut faire désormais et que c'est son expérience qui lui permet de travailler dans les trois dimensions critiques : le monde, l'Europe et la France.

Prochain livre suggéré : "Que l'Europe s'éveille !" Dire qu'il veut une Europe européenne sans autres éléments programmatique, comme dans son livre actuel, ne suffit pas. Et pour le suivant proposons : "Agir pour la stabilité mondiale".

François Fillon est considéré par tous les journalistes comme perdu et ringardisé par sa querelle avec Sarkozy et Copé. Il se traîne dans les sondages.

Il aurait tort de se décourager.

Il a encore de la marge pour doper son programme et le rendre conforme aux nécessités nationales. Et il se peut qu'il parvienne même à ne pas décourager ses soutiens les plus militants, donnant des satisfactions à Boishue. Suggérons qu'il aille même jusqu'à les encourager !

Les autres, à droite n'ont pas de marge programmatique. En exigeant un "socle commun" Sarkozy se cache derrière son doigt. Il fait une double erreur, alors qu'il croit la jouer subtil : il montre qu'il n'a pas la volonté d'avoir un programme propre, décisif et clair ; il laisse penser qu'il se contentera de manœuvres politiciennes secondaires. Dans les deux cas, il se déconsidère. Dès que le couple Juppé-Bayrou projettera son ombre sur le mur de l'espoir français, sans vrai programme (Bayrou n'en a jamais eu ; Juppé non plus), alors que Sarkozy disparaîtra dans les fournaises judiciaires qu'il a lui-même allumées, l'heure Fillon sonnera. En s'alliant avec Lemaire, il peut même gagner la primaire.

Mais il faut que le programme soit complet et qu'il aille à l'essentiel.

S'il n'y a pas d'espoir de sortie de crise ni une volonté ancrée dans des analyses solides, il n'a pas d'élection possible, ni même souhaitable.

En Grèce : La victoire électorale de Tsipras

Les Grecs vont dans les îles pour voter. La société est largement restée clanique, bien que la moitié de la population soit concentrée à Athènes et au Pirée. Cette journée-ci est particulière : le pays élit un nouveau parlement, à la demande de Tsipras qui souhaite une nouvelle majorité, ajoutant une nouvelle palinodie démocratique à toutes celles qui ont marqué les derniers mois. À Athènes, seules les affiches de Tsipras et de son parti sont visibles. Elles sont omniprésentes. Où est donc passée l'opposition, présentée comme faisant jeu égal dans les sondages ? "Ils n'ont plus d'argent et ne peuvent plus payer d'affiches", dit la rumeur. Et Tsipras qui avait perdu le premier face-à-face contre l'opposition a gagné le second. Sondage exprès dans les taxis : Tsipras est un baratineur. "Bla bla bla", le geste illustre la parole, avec un doigt qui bat sur les lèvres. Mais Il va être réélu : "On s'en fiche. De toute façon on se fiche de tout, ici. Depuis que nos comptes en banque ont été bloqués, on sait que le chantage européen est invincible. Une fois de plus, nous sommes à merci". Il est vrai que l'histoire moderne de la Grèce ne manque pas de situations analogues. Le pays a-t-il jamais été totalement indépendant ni même simplement autonome ?

À Athènes, la ville est triste. Les restaurants du Pirée sont quasi vides. La nouvelle architecture des restaurants a fait perdre tout charme à l'endroit. Seuls quelques restaurants réputés pour leurs prix bas sont fréquentés. La sublissime terrasse de l'Hôtel d'Angleterre témoigne de la crise : il reste quelques places libres, un Week-End. L'autre attraction hôtelière, l'hôtel Hilton ressemble à un Titanic abandonné. Les bords de la piscine étaient le lieu de rencontre du tout Athènes et la terrasse du dernier étage  le rendez-vous de la jeunesse dorée. L'hôtel est sinon mort aujourd'hui, au moins sinistré. Les commerces souffrent partout dans la ville avec un nombre affligeant de magasins fermés, offrant des alignements de rideaux de fer tagués et souillés de mille manières.

En revanche la ville affiche bravement les énormes investissements qu'elle a faits depuis deux décennies. Un aéroport Venizelos dont la piste est la plus longue du monde, indispensable caractéristique, bien sûr. La gestion a été confiée à une société allemande. Elle doit près d'un milliard d'euros de taxes à l'Etat grec. Elle refuse de payer tant que les dettes allemandes ne seront pas remboursées… Une magnifique autoroute ignorée des Grecs, qui évitent les péages. Un musée disproportionné. Des équipements colossaux, nécessaires aux Jeux Olympiques, inoccupés et laissés à l'abandon car trop chers à entretenir.

Dans les îles, rien ne semble avoir réellement changé. Sauf l'ambiance, qui a disparu. Les restaurants sont vides. Les boutiques sont vides. Il est vrai que c'est la fin de saison, mais avec tous ces électeurs d'un jour, on aurait pu penser à plus d'agitation. Le tourisme du quatrième âge ne s'est jamais aussi bien porté. Mais les cheveux blancs ne font pas une ambiance. La hausse du dollar a fait revenir quelques Américains. Des détails frappent. Les prix sont très élevés pour les touristes. Chacun cherche encore à tirer le maximum de ceux qui sont venus en croyant à la bonne affaire.

Le gérant de la paillote unique qui équipe cette crique magnifique, qui a gardé tout son cachet, se perd dans la contemplation d'une feuille d'impôts. 1 250 euros à payer poux le mois d'août. C'est la première conséquence de l'accord avec les créanciers de l'été. Sous les parasols, trois clients, alors qu'il fait un temps resplendissant. La recette de la journée pour un dimanche : 75 euros. Ils sont trois sur l'affaire. La discussion est facile :

- "Nous ne sommes pour rien dans les excès de l'Etat. Nous n'avons rien demandé à personne. Et voilà qu'on nous ruine".

- "1 250 euros, ce n'est pas la mort, pour le mois le plus actif de l'année".

- " Nous payons déjà une redevance pour exploiter les lieux qui est très élevée. Notre saison est très courte. Ce qu'on nous prend aujourd'hui, c'est ce qui nous permet de passer l'hiver, où il ne se passe rien".

- "Que faites-vous en hiver ?"

- "Seulement des petits boulots d'entretien de villas, et on s'occupe de nos arpents agricoles familiaux, quelques chèvres, quelques ruches et trois dizaines d'oliviers. Et de notre petit potager. Dans les îles, depuis toujours, on vit, mais chichement. L'essentiel vient du continent. Avec ces taxes, on ne pourra plus payer. il va falloir s'expatrier en hiver, mais pour aller où et faire quoi ?"

- "Les élections ?"

- "Tout le monde s'en moque. Ils feront tous la même politique et elle ne sera pas grecque".

L'île a changé. Une route magnifique en fait le tour, payée par les fonds européens. Les voitures sont interdites, sauf les taxis et quelques utilitaires. Quarante kilomètres compliqués, en bord de mer, parfaitement asphaltés, sur une belle largeur de 6 à 8 mètres. Pour les deux roues. Le paradis du cycliste. Difficile financièrement à entretenir. Elle commence à s'abîmer au rythme des orages, sauvages dans la région. Quand vous faites le tour de l'île vous croisez un ou deux camions autorisés, une dizaine de deux roues et une paire de taxis. Parlons-en de ces taxis. Ils sont six et désormais surveillés de façon sévère. Ils vous fourrent le ticket de reçu dans la main ostensiblement. Pas question de se faire prendre à ne pas donner de ticket. Et de perdre son business. La répression a commencé avec l'accroissement des taxations.

Les résultats électoraux s'égrènent. Tsipras est en avance, puis largement en tête , puis finalement grand vainqueur. Les Grecs ne peuvent plus voter pour la droite et la gauche traditionnelles. Ils ne se sentent en rien responsables des décisions qui ont été prises au sommet pendant des années et qu'on leur demande de financer avec leur prospérité et leur vie. Tsipras ne fait plus peur. La sortie de l'Euro paniquait le pays. Il a cédé. "OK ! Il n'avait pas le choix". La droite ne craint pas Tsipras. Elle croit dur comme fer que sa présence a été décidée en haut lieu, c'est-à-dire par les nouvelles puissances tutélaires alliées aux grands intérêts économiques grecques. Ils préfèrent que la potion soit administrée par l'extrême gauche. Cela évitera les grèves et les insurrections. La gauche ne craint pas plus Tsipras. Laissons le faire. On verra bien. On n'en attend exactement rien, dans le pays, ni à droite ni à gauche.

Personne ne comprend pourquoi les banques sont en faillite et encore moins l'injustice de prélèvements fiscaux qui provoquent une descente aux enfers du revenu disponible.

La France ? On s'en désole. On l'admirait. Plus maintenant. Elle est devenue une nouvelle Grèce dirigée par des médiocres, aussi médiocres que les politiciens grecs, c'est dire. Louis XIV, Napoléon et le Général de Gaulle, toute cette grandeur est finie. Elle a été colonisée par des vagues migratoires africaines et des vagues de sous-culture politiquement correctes anglo-saxonnes. Sa voix est voilée et n'éructe que ce que la paternelle Amérique lui permet de dire. Elle ne dit plus rien à personne et à peine à elle-même. On l'admirait. On la plaint. "Nous les Grecs, on a connu cela aussi ; c'est votre tour".

Et voilà que des masses d'Arabes et d'Africains débarquent de partout dans les îles grecques proches de la Turquie, par dizaines de milliers. On les rapatrie à Athènes. Par dizaines de milliers. Et seulement une fraction quitte le pays vers la Macédoine et les autres chemins vers l'Allemagne ou la Suède. Que va-t-on faire des autres ? Les Albanais, ils volaient, ils violaient, mais au moins ils étaient travailleurs. Schengen nous a valu les Roms qui montrent maintenant leurs escarres dans tous les lieux touristiques. Et voilà un nouveau déferlement, alors que nous sommes ruinés.

"Ce monde est devenu fou. On marche sur la tête. Que vont devenir nos enfants ?"

Les Grecs ne se sentent ni responsables ni coupables. Tout cela est passé au-dessus de leur tête. Mais pas au-dessus de leur porte-monnaie.

Allons, va pour Tsipras ! Au point où on en est…

Une émission stupide et malhonnête sur Arte

L'un des supplices récurrents de notre société moderne est l'émission répétée, dans les médias, d'erreurs gigantesques, de fausses évidences, de raisonnements fondés sur rien d'autre que l'émotion ou d'affirmations dictées par des postures idéologiques invétérées.

On peut cumuler : les postures idéologiques s'appuient sur l'émotion et les fausses évidences avec peu de considération pour les réalités. Lorsqu'on demande d'analyser des faits uniquement à des partisans, on est même certain de récolter ce type de bruit de fond détestable.

On attend des médias, en économie, qu'ils confrontent, qu'ils cherchent des mécanismes, qu'ils fassent entrevoir des enchaînements, en les dégageant de la gangue de la nullité, de la méconnaissance ou des influences. Chercher uniquement l'audience par l'émotion  ou créer des tribunaux d'opinion, est un exercice déplorable.

Prenons un exemple tout chaud.

Une émission d'Arte était consacrée, dans la soirée du 15 septembre 2015, à la dette. Quels intervenants français ? Karine Berger, socialiste PS, tendance excitée, Bernard Maris, socialiste RIP, tendance Charlie. Sur un sujet fondamental et compliqué, on appelle deux "personnalités" socialistes, l'une péronnelle péremptoire, l'autre bavochon chwingommant, et toutes deux "anticapitalistes" à tout crin. Les deux membres de l'Ehess sollicités n'ont fait que de la figuration inintelligente en émettant vite fait bien fait des banalités affligeantes.

Automatiquement, et il faut insister sur le caractère automatique, l'émission aura comme thèse récurrente qu'un prétendu abandon par l'Etat de la monnaie a conduit à ce que les Etats deviennent la proie des financiers. La dette est provoquée par les banksters. Les banques peuvent créer de l'argent. Elles le font sans limite et sans raison. Dans le bon vieux temps on emprisonnait les créanciers. Qu'on recommence ! Vive le Moyen-Age ! Renationalisons et tout ira bien !

Le départ était prometteur : le reportage part avec justesse de l'abandon des accords de Bretton Woods comme source indiscutable de l'inversion de la courbe de la dette mondiale. Mais aussitôt, première lacune, on ne parle que de la dette des états. La notion de dette globale ne sera jamais explicitée ni même citée. Le rapprochement sera fait avec le PIB mais sans expliquer le contenu du PIB. Pas question de faire apparaître le niveau de la dépense publique par rapport à la valeur ajoutée du secteur marchand commercial. Seconde erreur, on ne fait aucune liaison entre ce qui est abandonné des disciplines de Bretton Woods et la hausse de la dette.  C'est une création spontanée. Les banques se mettent à faire n'importe quoi comme cela. Et voilà, c'est arrivé ! Les mécanismes ? On sait pas. Ah si : on a dénationalisé les banques !  En France les banques de dépôts principales étaient nationalisées depuis la guerre et ne seront dénationalisées qu'à partir de la moitié des années 80. En 81, tout le système bancaire a été nationalisé à 100% par Mitterrand. Le reportage ne parlera pas du Crazy Lyonnais et son endettement imbécile, alors que la banque était publique. Dans le reste du monde libre, les banques étaient déjà libres depuis longtemps, avec des exceptions comme les landesbanken en Allemagne qui seront désétatisées dans le cadre de l'arrivée de l'Euro, comme les banques françaises. L'émission constate  une renverse de la dette au début des années 70 qu'elle explique par ce qui s'est passé 15 à 20 ans plus tard. Comprenne qui pourra. Pauvre téléspectateur !

L'effondrement du système bancaire, et la grande crise qui a suivi, sont, une fois de plus expliqués, par les subprimes, marque d'une folie bancaire dominant les Etats, le "système" cherchant à se sauver en prêtant à de nouvelles victimes, pauvres si possible.

Encore deux erreurs :

- la création des subprimes est une opération socialiste montée par les démocrates, sous Clinton, en 96, et contrôlée par des organismes semi publics ou publics, comme Fanny Mae et Freddy Mac. Rien à voir avec un marché de prêts conforme aux canons libéraux.

- la boule mondiale de crédits sans flux d'amortissement était de 12.000 milliards de dollars en 2007. Les subprimes non performantes ne dépassaient pas 600 milliards dont finalement 300 milliards seront récupérés. Les subprimes ont été l'amorce qui a fait sauter la bombe. Pas la bombe elle-même.

Au final, la réalisatrice, Laure Delesalle, a fait passer le message qu'il fallait nationaliser le crédit tout en expliquant que la crise était due à un système de crédits…créés par l'état à des fins sociales ! "Laure Delesalle attache autant d’importance à l’esthétique et à la mise en image qu’à la qualité du message, la rigueur et la clarté du contenu scientifique", fait-elle savoir. Elle parait croire que la clarté et la rigueur proviennent spontanément du choix de personnalités de gauche ou de professeurs retraités de l'Ehess. Ne comprenant pas elle-même de quoi elle parle (elle a fait l'école Camondo, ce qui est très bien mais assez loin de la discipline traitée), on imagine qu'elle a cru choisir des personnalités indiscutables sans nécessairement savoir que le casting était vicié ; Ou alors elle a retenu ceux qui allaient dans le sens de ses sentiments et affections politiques. Là, c'est l'émission qui a dérapé.

Il ne reste qu'une émission qui n'a rien appris aux téléspectateurs et qui n'a pas permis de comprendre quoi que ce soit. Elle n'a ajouté que de la confusion. Les promoteurs de ce genre d'émission ne se rendent pas compte du mépris qu'ils génèrent non seulement chez ceux qui ont quelques connaissances mais aussi dans la masse des spectateurs qui sortent de là sans avoir le sentiment d'avoir compris quoi que ce soit, mais qui ont eu la forte impression qu'on les a pris pour des imbéciles… Sauf la poignée de militants qui sont contents de retrouver leurs préjugés, avec de belles images.

On aimerait un peu plus d'exigence du côté d'Arte.

Maintenant, on est bien d'accord que ce n'est pas gentil de s'attaquer aux saltimbanques. La faute initiale est dans l'absence d'une offre d'explication intelligente du côté des universitaires. La défaillance y est aussi navrante que durable.

Ce n'est pas vrai qu'en France :! Il suffit de citer le commentaire lumineux  d'un certain Cédric Tille, professeur de finance à l'EHEID de Genève : "«Les marchés vont redécouvrir ce qui était normal jusqu’à l’éclatement de la crise financière en 2008, l’importance des fondamentaux macroéconomiques».

L'éclatement de la bulle financière en été 2007 (et non pas 2008, la faillite de Lehman Brothers n'a été que le prolongement du blocage du marché interbancaire), alors que l'endettement global dépassait partout 400% , est bien la preuve qu'on avait totalement oublié l'importance des fondamentaux macroéconomiques ! Comment rembourser principal et intérêt à ce niveau de dettes ? Toute l'histoire de 1971 à 2007 est celle de l'oubli de plus en plus total des fondamentaux économiques ! En fait la "finance" comme discipline, s'est établie sur cet oubli. Avant on parlait d'économie.

Quand les professeurs émettent de pareilles âneries, les saltimbanques ont peu de chance d'échapper à la sottise ambiance. Mais ils peuvent éviter les partis pris politiques.  

Parution du livre de Didier Dufau : L'étrange désastre - Le saccage de la prospérité

Le Cercle des Economistes  E-toile (CEE*) crée un département « édition",  avec pour vocation  l'édition de livres économiques susceptibles de faire avancer les solutions de sortie de crise et populariser  les propres thèmes développées par le cercle.  

Pour lancer cette activité, nous sommes heureux d’annoncer la parution à l'automne, du livre de Didier Dufau,  un intervenant que les lecteurs de ce blog connaissent bien :

Didier DUFAU

L’Etrange Désastre

Le saccage de la prospérité

Avec une préface de Gabriel Milesi.

300 Pages

Aux Editions du Cercle des Economistes e-toile.

ISBN 979-10-95148-00-5

Octobre 2015

 

En avance de publication, un pré-tirage  particulier a été réservé aux lecteurs de ce blog,  au prix spécial de 19.90 Euros + frais de port, soit 25 Euros pour la France. Pour obtenir le livre il suffit d'envoyer un chèque  libellé à l’ordre du Cercle des économistes e-toile,  à  l'adresse suivante :

Cercle des économistes E-toile

Attention Mme Sophie Delfyn

c/o La Maillière

4, Av. Jules Janin

75016 Paris.

N’omettez-pas de donner vos coordonnées d’adresse pour l’envoi.

Compte-tenu du petit nombre d’exemplaires réservés à cette filière,  seules les  premières demandes pourront être servies.

Un compte Facebook va être  ouvert pour recueillir vos commentaires,  auxquels nous attachons la plus grande importance.

Pour toute demande d’information à l'auteur,  écrire  à  l'adresse : ddufau@e-toile.fr

 

Le secrétaire général

E E-F



La fonctionnarisation de la France depuis 1973 : une fausse solution.

La montée de la fonctionnarisation est-elle une conséquence obligatoire de la défaillance progressive du système économique occidental depuis 1971 ?

D'abord, il y a bien eu une relative défaillance du système économique puisque la croissance n'a cessé de  baisser durant les quatre décennies suivantes, avec des crises périodiques de plus en plus violentes et la montée d'un endettement global intolérable.

La question est de savoir quelle est la cause de cette contre performance. C'est la seule vraie grande question économique du moment.

Face au ralentissement, dans un pays dont l'économie se féminisait et avec une population vieillissante, la demande de protection a été très forte, depuis 1973. Les concours de recrutement de postiers ont vu affluer les bac plus 5 dès les années 80. La volonté d'une masse de petits diplômés de l'enseignement supérieur d'aller se caser notamment dans les administrations locales a été considérable, aggravée par l'esprit anti capitaliste des années 70.

La réponse politique, tous partis confondus, a été de satisfaire cette demande.

Si l'économie n'était pas entrée dans cette spirale désastreuse la demande de postes protégés dans l'administration aurait-elle été plus faible et l'offre moins généreuse ? Probablement. Une pression  socialisante exclusivement politique aurait-elle suffi à aller jusqu'à ces niveaux ?  Probablement pas.

Mais cela peut se discuter.

Il  y a eu, en France, convergence puis  confusion du politique et de l'administratif avec l'émergence de l'énarchie compassionnelle (Giscard, Chirac puis la suite après la crise de 73, alors que mai 68 avait délégitimé la production, la consommation, la croissance, l'entreprise, le travail etc.

S'agit-il d'une révolution par la tête,  les élites administratives coupées des réalités économiques  capturant le pouvoir politique de leur propre mouvement  ? Il est sûr que le mouvement Jean Moulin allait ouvertement dans cette direction et c'était pendant les "Trente Glorieuses".  Quand Chirac théorise dans une note à Giscard, en 1974,  que l'important n'est pas de réduire le champ de l'administration et qu'il est d'éviter les mouvements de rue, il réagit avec son instinct politique. Le peuple a peur. Il ne faut pas le traumatiser. Il faut le rassurer. Il veut de la sécurité et de l'administratif protégé. On va lui en donner.  Il se voit en "travailliste à la française" et la droite lui donne le pouvoir. Tout cela va prendre avec Mitterrand des proportions grotesques. N'oublions pas que son affiche électorale montre un village niché dans son vallon. Il sera réélu, simplement sur une perspective de ni ni. C'est-à-dire de passivité tranquille. Le peuple n'a pas été trahi. Il a été écouté. Il voulait de la sécurité, des postes de fonctionnaires et que  l'impôt sur ceux qui travaillent paye  tout cela.

Cela a accusé la réduction de la croissance française déjà entraîné par la baisse de la croissance mondiale.  Un magnifique exemple de cercle vicieux que Chirac, devenu  président , n'a pas voulu casser ,  après la crise de  92-93, pas plus que Sarkozy et encore moins Hollande.  

Les hauts fonctionnaires français de gauche comme de droite ont été débordés par l'évolution qui a saisi le monde après 1978 : ouvrir le monde aux diverses libertés de contracter , de circuler, de s'établir,  pour relancer les échanges et la croissance, généralement considérée comme  cassée en partie par la rente pétrolière. Et ils ont fini par se mettre en tête du mouvement, notamment via l'Europe. Ce faisant,  ils ont abandonné toutes les protections économiques et mis les ouvriers français sous le feu du prolétariat mondial. 

C'est la cause principale de l'échec final de Mitterrand, du suicide de Bérégovoy,  de la victoire surprise de Jospin et de les défaite surprise, du non au referendum, de l'appel et du renvoi de Sarkozy,…

Le problème, c'est que les contradictions sont maintenant au sommet et pratiquement insurmontables. 5.5 millions de chômeurs et 5.5 millions de fonctionnaires, 2 à 3 millions de personnes à la gamelle qui ne travaillent pas, , 14.5  millions de retraités, la baisse du revenu par tête continue depuis 2008, le remplacement  de la population native par des populations allogènes ayant leurs propres mœurs et religions, et revendiquant désormais le haut du pavé, un prélèvement sur la nation qui égale la production de richesses par le secteur privé, la destruction des fortunes et l'exode de milliers de foyers, pendant qu'on en fait venir des dizaines de milliers de l'étranger pauvres,  témoignent d’une situation désormais impossible.

Les socialistes sont par terre et se cherchent une voie de survie par un retour en arrière terrifiant : Corbyn, Podemos, Syrisa... C'est : mort à l'Euro, mort aux économistes, mort au capitalisme. Mais qui garnira la gamelle ? La saisie des biens des riches ? On vient de voir que cela ne marche pas.

La droite est par terre. L'organisation générale des échanges et du système monétaire international est défectueuse et elle est incapable d'en mesurer ni les causes ni les efforts nécessaires pour en sortir. Et elle doit politiquement servir la demande de précaution du pays.

Les élections de 2012 avaient montré un combat d'incapables et d'impuissants, compensant leur incapacité et leur impuissance par des fuites en avant dans la démagogie et l'ignominie. Le plus malinb et le plus vicieux a gagné et a aussitôt provoqué une aggravation odieuse de la situation avant de changer de direction à 180°. Personne ne croit au discours d'un Juppé ou d'un Sarkozy.  Personne n’écoute plus les fariboles de Hollande.

Juppé paraît plus propre sur lui et plus rassurant que Sarkozy et Hollande réunis. Il tient la corde car il rassure un pays qui a toujours et encore besoin d’être rassuré. Fillon ne décolle pas car le parti de la pétoche nationale ne veut pas de changements radicaux. Encore quelques minutes M. le Bourreau !

Les Français se défoulent sur les élites parce qu'ils savent bien que c'est le peuple français lui-même qui s'est lancé dans cette fuite nécrosante dans la sécurité aux frais d'autrui. Et qu’ils en ont honte.

Les socialistes sont désormais hors course. On sait qu'ils ne protègent plus rien et que si cela continue ainsi  les fonctionnaires français vont subir le coup de rabot grec : licenciement et baisse drastique de revenu.

La droite n'a pas  de légitimité faute d’avoir  expliqué pourquoi le trend est abîmé depuis 40 ans, pourquoi les crises sont de plus en plus graves, pourquoi le niveau de dettes est aussi insoutenable, partout dans le monde.  On ne peut pas être "pro business" et ne pas expliquer pourquoi la forme d'organisation actuelle de l’économie ne marche pas.

Les opérations de com' et de dénonciations politiques ne suffisent pas.

Le peuple français est encore malléable, car il veut s'en sortir. Mais il veut une perspective donc des explications et un chemin de sortie de crise un peu balisé. On ne pourra le faire sortir de ses réflexes de peur que par l'entraînement de la raison et une force prospective crédible.

Le drame de la droite et de la gauche française est que ces deux tendances sont également impuissantes et ne tiennent aucun discours autre que du calibrage électoraliste dommageable. Les imbéciles militant dans chaque camp croient que la solution viendra de ce que la droite sera "vraiment de droite" et la gauche "vraiment de gauche".  Braiements de gauche et braiements de droite n'ont en fait aucune importance. Les exaltations partisanes d'incapables et d'abrutis n'intéressent plus les Français.

Ils veulent désormais des solutions, et pas simplement des impôts, des souffrances et des contraintes.

L’ennui,  c’est qu’il n’y a pas de solutions sans contraintes.  Les fonctionnaires sont maintenant à peu de temps de subir une triple amputation :

-          La séparation entre sphère politique et sphère de la haute fonction publique  sera  bientôt inévitable.  

-          La disparition des statuts de fonctionnaires au dessous de la catégorie A est da              ns les tuyaux

-          La fin de la retraite statutaire remplacée par une retraite par point, et alignée sur les règles du privé ne pourra pas être différée très longtemps. .

En dix ans les effectifs de fonctionnaires  doivent être dégonflés de près d’un million. On peut le faire doucement et sans dommage trop grave.  Sinon ce sera le collapsus à la grecque.  Quand un état ne peut pas payer, il ne peut pas payer.  Les fonctionnaires sont les premières victimes.  L'horloge tourne.

La reconversion  sera acceptée si l’économie privée redevient prospère.  Ce qui suppose que l’on mette fin au saccage de la prospérité que l’on constate depuis quarante ans.  Sans un discours clair sur les causes de la déréliction progressive de l’économie occidentale, sur les remèdes  et sur les modifications à apporter à une série d’institutions internationales, les promoteurs d’une politique claire de suppression des béquilles sur lesquelles les Français s’appuient ne peuvent pas gagner  d'élections.

Il faut faire arriver à comprendre que le mouvement plus que le blocage, que l'offensive et le dynamisme, plus que la défensive hargneuse, que la prise de responsabilité  plus que la demande de protection, sont les moyens d'une nouvelle sécurité sociale. 

Convaincre un petit gros coincé dans une paroi raide et qui ne sait plus ni avancer ni reculer, que son salut passe par la reprise de la grimpée vers le haut, en mobilisant tout ce qui lui reste d'agilité et de force, est difficile.

Il  n'y a personne pour lui lancer une corde. S'il laisse la nuit arriver, il tombera.

Trois chiffres

La Suisse compte 186.000 fonctionnaires et s'inquiéte car le nombre a beaucoup augmenté depuis 20 ans. La population est un peu au dessus de 8.000.000 d'habitants. Pour 66.000.000, cela ferait 1.500.000 fonctionnaires.

La Grèce a 800.000 fonctionnaires pour 11.000.000 d'habitants, ce qui ferait pour 66.000.000, 4.800.000 de fonctionnaires. Tout le monde et M. Hollande en premier, a reconnu que ce chiffre était grotesque et la marque d'un pays qui s'était gavé de postes publics sur le dos des autres.

La France a 66.000.000 d'habitants et 5.500.000 fonctionnaires.

Fiscalité politicienne et Constitution

La déclaration des droits de l'homme et du citoyen, telle qu'elle est annexée en préambule de la Constitution actuelle n'est pas très claire sur la question des contributions. Les citoyens contribuent "à raison de leurs facultés".

La constitution de 1789 était plus explicite  en indiquant qu'ils contribuaient "à proportion". La proportionnalité a cédé le pas à la progressivité, voici la raison de cette raison.

En fait, "à raison" veut dire, selon les meilleurs dictionnaires,  "à proportion"… Sémantique quand tu nous tiens !

La pratique fiscale, ces dernières années, s'est engagée dans certaines impasses qui frôlent l'inconstitutionnalité et en tout cas nie l'esprit républicain.

Jusqu'à Pompidou, la règle des augmentations d'impôts et des efforts fiscaux étaient proches de l'esprit de la Constitution : en cas de besoin on demandait un effort à tous et on tenait compte de la situation de chacun pour sortir des difficultés. Le pays mobilise tous ses citoyens, à raison de ses facultés.

Après les septennats fiscaux de Giscard et Mitterrand, qui ont vu une augmentation de près de 40% de la pression fiscale, la crise de 1993 va provoquer une première sortie de l'épure démocratique avec Alain Juppé qui déplafonne l'ISF et envoie automatiquement quelques dizaines de milliers d'assujettis au delà des 100% d'impôts sur le revenu. On n'est plus dans la contribution mais le vol du capital, normalement interdit par la Constitution (toute captation du capital doit être justement indemnisée). C'est ensuite Jospin qui fait valoir un curieux argument : si on baisse l'impôt sur le revenu, la baisse doit aussi toucher ceux qui ne paient pas l'impôt sur le revenu ! Il n'y a plus de corrélation entre la hausse des impôts et la baisse. On peut augmenter l'impôt sur le revenu sans toucher ceux qui ne le paient pas, mais pas l'inverse. On invente également l'impôt sur l'impôt et la non prise en compte de l'inflation dans les assiettes fiscales, ce qui revient à imposer un revenu fictif.

Avec Hollande, l'idée que les augmentations d'impôts ne doivent pas être payées par tous mais seulement par "les riches" arrive dans le décor antidémocratique de l'énarchie compassionnelle. L'idée qu'on dût contribuer "à raison" disparaît. La ségrégation fiscale ou apartheid fiscal comme on voudra, apparait dans la pratique. Symétriquement la baisse fiscale ne doit pas concerner tous les citoyens mais seulement une sélection.

Normalement une baisse fiscale devrait concerner les 20 millions de ménages contributeurs, à raison de leurs facultés.

Non : on va en choisir environ la moitié pour faire nombre mais en écartant les riches honnis, c'est-à-dire les 20% de ménages qui paient 70% des impôts.  

Ces mauvaises manières démagogiques s'ajoutent à une autre réalité : l'exclusion de prestations de ceux qui les paient. Depuis le déplafonnement des assiettes de sécurité sociale on faisait payer "aux riches" des sommes disproportionnées pour les services rendus mais au moins ils y avaient droit. Un cadre supérieur paye par exemple jusqu'à 1000 fois les quelques remboursements maladie dont il bénéficie, du fait de la suppression du plafonnement. Maintenant des services deviennent payants pour les heureux contributeurs exclus de la gratuité anciennement générale ou de prestations anciennement universelles. Pour bien brûler la chandelle par les deux bouts, on va même proposer de faire payer plus cher les mêmes services en fonction du revenu…brut naturellement. Le riche va payer le prix fort l'entrée d'un enfant à l'université tout en ayant un revenu net devenu très faible voire négatif.

L'égalité devant l'impôt et les prestations universelles sont des principes constitutionnels désormais à bas. Les principes ont été remplacés par le clientélisme politicien le plus abject et l'électoralisme de bas étage. La justice fiscale a fait place au justicialisme fiscal, ce qui n'est pas exactement la même chose.  

M. Hollande pratique à l'échelon national les principes de ses gestions municipale et départementale. On hausse massivement les impôts après les élections ; on lâche quelques miettes aux masses électorales et à elles seulement, les deux budgets précédant les élections.

Il n'aura jamais réussi à entrer dans le costume d'un président de la république.

Voir la presse, la semaine où les Français qui le paient sont saignés à blanc par un Impôt sur le revenu totalement délirant, compte tenu des autres impositions, emboucher les trompettes de la "baisse d'impôts" c'est-à-dire participer à une manipulation de l'opinion d'une grossièreté inimaginable, donnera aux journalistes une légère indication sur les causes de la perte de confiance qu'ils subissent dans l'esprit des Français.

Leur devoir aurait été de rappeler que le choix de la date  des "annonces présidentielles" en fait une simple opération de com' de la plus basse espèce, à l'heure où ils signent le solde de leur IR,  tout en signalant que les règles de la Constitution sont piétinées.

En ne cherchant qu'à être des perroquets de la com' présidentielle, ils aggraveront encore les malheurs de la presse française. Quant à Hollande, malgré ce qu'il espère, la haine qui entoure ses palinodies fiscales de minable politicien l'empêchera d'être au second tour. Les socialistes soviétiques pensaient que les exactions ciblées contre des boucs émissaires suffisaient à leur attacher les habitants. Les socialistes chinois le croient toujours. Ainsi qu'Hollande, qui a plusieurs reprises a lancé lui-même des attaques ad hominem quand il a cru que cela le servirait (voir l'affaire Depardieu) et qui croit qu'il doit son élection à l'annonce des "75%".  "Une fois abject, toujours abject" affirme le dicton. La règle n'a pas d'exception. Mais maintenant les Français savent. Quant à Juppé, il va lui falloir drôlement polir son programme s'il veut se dégager de la gangue fiscale où il est englué. Une chose est de paraître plus digne qu'un Sarkozy. Une autre est de croire que les Français sont totalement oublieux.

Les changes à nouveau en folie.

L'idée centrale qui fonde l'essentiel des thèses de ce blog n'est pas difficile à comprendre : les grands déséquilibres de balances commerciales et de paiements, dans un monde où les Etats ont pris une part de lion dans l'économie et où la monnaie est imprimée à volonté par les dits Etats et n'obtient son pouvoir libératoire que par les Etats, provoquent des crises financières d'autant plus difficiles à maîtriser que les déséquilibres sont plus grands.

Tout système qui limite le plus structurellement possible les grands déséquilibres est bon. Ceux qui les aggravent sont mauvais.

Le système des changes flottants mis en place, par force, lorsque les Etats-Unis ont voulu se débarrasser des contraintes des Accords de Bretton-Woods, qui pourtant étaient déjà déséquilibrés en leur faveur, ne marche pas, n'a jamais marché et ne marchera jamais.

Le système de monnaie unique, si rien n'est fait pour ajuster les déséquilibres internes, ne marche pas, n'a jamais marché