Le péché originel d’Emmanuel Macron

La démagogie électorale a ceci de délicat qu’il faut bien faire le contraire de ce que l’on a promis au moment de gouverner, tout en affirmant solennellement que, pour une fois, « on fait ce qu’on a dit après avoir dit ce qu’on allait faire ». Ou alors on croit devoir mettre en œuvre les sottises que l’on a imprudemment annoncées pour se faire élire. Il faut alors ramer à la godille pour éviter les conséquences les plus graves, ce qui est une autre forme de tromperie, puisqu’on avait oublié de dire que les mesures étaient intenables ou pourries d’effets pervers.

 Une des habitudes les plus malsaines des écuries présidentielles françaises depuis 1974 est de rechercher des mesures qui répondent efficacement à la question de ce qu’ils imaginent être l’électeur lambda : « qu’est-ce que vous allez faire pour mon pouvoir d’achat et mon revenu » ?  Le clientélisme électoral est, parait-il, devenu la règle : l’électeur exigerait désormais qu’on l’achète. En tout cas, telle est l’image qu’en veulent donner les médias. La question n’est plus : comment allez-vous élever le pays, résoudre les grandes questions nationales et progresser sur le chemin du bien commun ?  Le nouveau genre impose ce questionnement fondamental : « Qu’allez-vous faire pour Moâââââ ? » Les livres qui font l’histoire des récentes élections présidentielles montrent bien que toutes les équipes, sans exception, étaient mobilisées sur exactement les mêmes hypothèses de « cadeaux au peuple ». Comme si le débat national se résumait à qui aurait le culot d’aller le plus loin dans la plus sombre des démagogies.

Puisqu’on parle de pouvoir d’achat, rappelons que le niveau moyen de revenu ne peut progresser que si le PIB progresse. Par conséquent, le vrai débat doit porter sur la croissance et les conditions à réunir pour qu’elle se produise. Si on ne part pas de là, on n’opère que des transferts soit de revenus soit de capitaux, entre générations (via la dette) ou entre groupes sociaux (via la fiscalité) ou en utilisant les deux moyens. Si l’on cherche à prendre à un groupe pour donner à l’autre, il faut généralement dévaloriser le groupe puni et survaloriser le groupe aidé. L’enflure dans un sens comme dans l’autre accuse tragiquement les divisions du pays. On voit la jambe dénoncer la main, la cuisse dénoncer la tête, le pied dénoncer le ventre etc. Ce spectacle pitoyable pousse à la « haine de l’autre » à la fois le spolié qui trouve la punition injuste et le bénéficiaire qui s’énerve à la pensée qu’on aurait encore pu en prendre plus aux autres pour le lui donner, puisqu’il est le bon et l’autre le mauvais, et cela d’autant plus que, rapidement, il devient incapable d’envisager de gagner lui-même ses moyens d’existence et entend pérenniser « ses » allocations.

La situation est aggravée en France parce que la dépense publique est supérieure à la valeur ajoutée des entreprises du secteur privé hors banque et entreprise individuelles et que la dette publique est grosso modo égale à deux fois cette valeur ajoutée. Mais oui, l’Etat français dépense plus que ce que produit ce qu’on appelle communément l’entreprise !  

Le Programme Commun de Gouvernement de Mitterrand et de ses affidés a arrêté brutalement le rattrapage du revenu médian des Américains par les Français. On est passé de 2/3 du revenu américain médian en 1980 à un tiers en 2016 ! Bravo à tous ! Depuis 2008, le revenu par tête baisse régulièrement en France en même temps que la dette par tête explose. Quant aux impôts, les hausses sauvages pratiquées par Hollande, après les premières hausses de Sarkozy, ont fait de la France le numéro 1 dans le monde pour la dépense publique et la fiscalité confiscatoire. On sait que la compétitivité française avait été détruite radicalement un peu plus tôt par le gouvernement Jospin avec notamment les 35 heures, même si de nombreuses bouches intéressées expliquent le contraire et si d’autres causes agissent dans le même sens comme l’énorme poids fiscal portant sur le travail et le capital qui handicape toute entreprise confrontée à la compétition extérieure et l’inadaptation structurelle de notre population active, frappée par l’effondrement de notre système scolaire, confiée à des gauchistes irresponsables, et encouragée au non travail et à l’assistanat par le goût de la réélection de députés indifférents au destin de la nation. 

On voit le résultat, comme annoncé mille fois sur ce blog : à la première poussée de croissance, le déficit du commerce extérieur français gonfle démesurément, … comme le nombre d’emplois non pourvus.

La sagesse programmatique impose certaines évidences :

-        Ce n’est pas l’impôt qu’il faut faire baisser, mais la demande de financement, donc le besoin.

-        Ce n’est pas à l’Etat de proposer des hausses de revenus mais à l’économie et pour cela il faut d’abord viser la compétitivité et le succès commercial dans une bonne conjoncture globale

Le jugement à porter sur les programmes des candidats était facile à établir, avec ces deux critères. On sait parfaitement ce qu’il faut faire, tant les livres et les rapports l’ont rabâché. Le seul qui allait réellement dans la bonne direction était François Fillon.  Le plus démagogique des programmes était celui d’Emmanuel Macron, avec deux mesures indécentes : l’exonération sélective de taxe d’habitation et la suppression des cotisations maladies des personnes ayant un travail. Dans les deux cas il s’agit d’un transfert, pas d’une suppression, puisque la matière financée ne fait l’objet d’aucun gain de productivité.  Le transfert, dans le cas d’espèce, s’est fait sur les retraités, la génération passée, et sur la dette, les générations futures.

Aucun domaine où se manifeste une demande de financement public n’a fait l’objet du moindre aménagement. On a bien vu que la dépense publique a continué de grimper en 2017 et qu’elle persistera dans cette direction en 2018.  Aucune des causes de sous-productivité du secteur industriel et commercial n’a fait l’objet de la moindre réforme. Le manque de compétitivité reste exactement le même.

Pour financer partiellement sa démagogie, le candidat Macron a choisi d’augmenter massivement la CSG, en présentant cette augmentation comme minime. On a vu les ralliés Darmanin et le Maire en remettre dans l’utilisation trompeuse d’une présentation en points plutôt qu’en pourcentage. Les retraités découvrent ce que nous ne cessons d’écrire sur ce blog : la hausse pour eux est de plus de 44%, pour la CSG déductible. Mais oui, plus de 44%. Pourquoi pas 100% !  Du coup le gouvernement est obligé de ramer pour expliquer que les retraités sont des privilégiés et qu’il est normal de les saquer au profit des gens qui travaillent. Cette normalité n’a rien d’évident puisque les retraités sont des gens qui ont travaillé en payant plein pot toutes les cotisations notamment pour la maladie (des autres, ce sont les retraités de leur époque de travail qui ont bénéficié de 80% de la dépense médicale) et des retraites (des autres, du fait qu’il s’agit d’un système de répartition).

A démagogue, démagogue et demi : voici l’opposition dans la surenchère sur la question du pouvoir d’achat. Ce sera « le sparadrap du Capitaine Haddock pendant toute sa mandature », explique Wauquier.  Du coup LREM cherche plus de démagogie encore, en reprenant une mesure injustifiable économiquement de Sarkozy : le déchargement des heures supplémentaires, avec un débat pour savoir s’il faut ou non ôter aussi l’impôt sur le revenu ! Quand on regarde froidement les choses, les retraités perdent de l’argent chaque année depuis qu’on a bloqué l’indexation sur les prix (et l’inflation s’accélère) alors que les salariés ont tous connus des hausses régulières de rémunérations avec un pic depuis deux ans et une nouvelle accélération en cours.  Nouvelle logique : ceux qui perdent du revenu doivent donner de l’argent à ceux qui en gagnent.

D’un point de vue strictement économique il vaudrait mieux supprimer les charges et les impositions sur le revenu des 10 premières heures de travail et réformer le système d’assistance des personnes en âge et état de travailler afin de garantir un revenu minimal uniquement à ceux qui auraient travaillé au moins ces 10 heures.

Le péché originel d’Emmanuel Macron est entièrement dans ces mesures démagogiques d’achat de votes qu’il n’arrivera jamais à justifier malgré toutes les contorsions des spécialistes de la communication politique charger de « construire une histoire ».

On dira, comme LREM : il « fallait faire ce qu’il faut » pour se mettre en position de « faire ce qu’il faut » pour « transformer » le pays. Un prix initial à payer en quelque sorte. Une « tradition » qui coûte tout de même entre 20 et 40 milliards d’euros aux Français à chaque élection. Le passage au quinquennat nous coûte cher !

Cette « transformation » se concrétisera-t-elle ?

La réforme du droit social a partiellement remis en cause la politique de Mitterrand et des socialistes qui ont « imposé les juges aux côtés du salariés et de lui seul ». Un juge ne pourra plus, 5 ou 10 ans après la liquidation d’une filiale, exiger qu’on réembauche les salariés pour un minuscule vice de forme. Des abus de ce type ne sont plus possibles. Dans les dizaines d’articles de la dernière loi se cachent de nombreuses mesures dont toute l’importance n’a pas été totalement appréciée.

Lisser des abus n’est tout de même pas une « transformation » fondamentale, même si c’est indispensable. La véritable révolution aurait été de dépénaliser le droit du travail. Si embaucher n’est pas criminel, licencier ne peut pas l’être.

La suppression partielle de l’ISF et la « flat tax » étaient de même des mesures inévitables : plus rien n’est possible dans un pays si le revenu du capital est frappé à 70% et si le taux de l’imposition globale peut atteindre 80% de façon fréquente et plus de 100% à l’occasion. Il fallait agir. Le gouvernement l’a compris mais a choisi une demi-mesure, fraction qui n’a pas de vraie justification. La distinction entre investissement productif et immobilier est totalement artificielle et ne résiste pas à un examen même superficiel.  Les porte-voix du président soulignent son courage politique d’encourir le bonnet infâmant pour les médias français de « Président des riches » et annonce qu’à terme on finira l’affaire mais qu’il fallait y aller prudemment et avoir ici aussi « une histoire à raconter » pour faire passer la première phase. On s’aperçoit que, dans le détail, les hauts fonctionnaires du Trésor ont souvent repris de la main gauche ce qu’ils avaient accordé de la main droite, comme le permet l’extrême complexité fiscale française.

Supprimer un abus fiscal destructeur est un acte qu’il faut saluer mais la « révolution » aurait été d’aller jusqu’au bout : supprimer totalement l’ISF qui est l’impôt le plus injuste, le plus sot et le plus contraire à l’intérêt national, puisqu’au final il est payé par la vente progressive du capital français à l’étranger. 

Avec le statut des cheminots, on entre dans le dur. Un tel statut empêcherait radicalement toute gestion équilibrée dans n’importe quel secteur où il serait imposé. Il a ruiné la SNCF, en interdisant d’ajuster les effectifs aux besoins. L’énorme sureffectif, porté pendant des décennies, a empêché de maintenir des services efficaces et d’investir de façon productive, tout en gonflant la dette dans des proportions ingérables. Tout le monde sait depuis le début qu’il faut revenir à un statut civil contractuel normal avec possibilités de licenciement si l’activité se réduit. Il faut liquider ce statut délétère et permettre une gestion normale de l’institution, avec mise au pas des syndicats trop puissants.  Pourquoi conserver un statut de cheminot aux employés administratifs et aux secrétaires du siège ? Depuis près de trente ans, certains propose la mise en faillite de la SNCF et la création d’un organisme nouveau fonctionnant sur des bases raisonnables. L’Europe ajoute l’idée de plusieurs opérateurs avec mise en concurrence. Les grèves de 1996 semblent paralyser tout le monde.

Pas Emmanuel macron qui prétend obtenir le renoncement au Statut des nouveaux embauchés contre la reprise de la dette par l’Etat. Où est la logique économique ? Où est même l’équité ? Pourquoi un conducteur de train de trente ans dans le nouveau cadre partirait-il à la retraite normale de 63 ans si la secrétaire de 25 recrutée deux ans avant le changement de régime peut partir à 57 ans ?  Quand on sait que deux ministres du gouvernement actuel ont eu des responsabilités majeures à la SNCF (qui leur a permis des rémunérations superbes et un cumul futur de retraite des plus coquets) sous la direction de l’incapable Guillaume Pepy, roi de la com’ gémissante et de rien d’autre, on peut s’attendre à des réformettes plus symboliques que réelles. Mais attendons. Avec Emmanuel Macron, c’est « la promesse de l’aube » qui compte. Mais la nuit a un peu tendance à durer.

L’abandon du projet de Notre Dame des Landes comme celui de la sélection par le hasard à l’université, et désormais celui du bac traditionnel multi-matières sont des mesures de renoncement. Pas de construction. 

On sait que le bac n’a plus de sens et que l’université ne sait pas gérer la masse. Les réformettes ne règlent aucune question de fond. On se faisait peur avec de faux symboles. On est passé outre. Très bien. On ne sait toujours pas gérer la masse à l’université et le bac n’a toujours aucun sens.

A Nantes, les possibilités d’extension du trafic dans l’aéroport actuel sont considérables. A San José, en Californie, on traite 30 millions de passagers sur une piste, trois fois le trafic actuel. L’abandon d’un nouvel aéroport aura peu de conséquences sur le transport aérien.  Le voisinage de l’aéroport ancien souffrira au lieu des grenouilles. Seules conséquences économiques :  les terres qui auraient été libérées pour l’urbanisation à Nantes valent un peu plus que celles de NDDL. Cette plus-value est perdue. Le manque à gagner est important. L’immobilier ira ailleurs, le nouveau résident paiera…en transport plus long.  

La hausse massive du coût de l’essence par aggravation des taxes, associée à une limitation drastique des vitesses sur le réseau secondaire n’avaient pas été annoncée. « Je fais ce que j’ai dis mais aussi ce que je n’ai pas dit ». Concrètement cela diminuera les importations de pétrole donc les déficits extérieurs qui sont si majestueux que cela se verra à peine. L’effet sur la pollution sera nul. Le coût de changement des panneaux sera important. Plus personne ne pourra plus doubler. Vive la circulation derrière camions ! La recette des contrôles routiers automatisés sera augmentée massivement comme on le fait par ailleurs pour les amendes de stationnement en ville.  S’attaquer à l’automobiliste ne peut pas être considéré comme une « révolution ». Même si la brutalité du traitement est exceptionnelle et commence à avoir des effets sur l’opinion car, là aussi, on se retrouve avec des hausses en taux gigantesques : jusqu’à 600% pour les amendes dans certaines villes !

S’attaquer aussi rudement à la mobilité (moins d’avions, moins de trains, moins de circulation automobile en province, moins de voitures dans les villes) n’indique pas un dynamisme nouveau. Plutôt une congélation.

S’attaquer aussi rudement aux retraités au seul bénéfice électoral de l’élu présidentiel et du Trésor Public, tout en laissant s’effondrer les naissances, et en ralentissant les actifs, n’est le symbole d’aucune révolution mais d’une liquidation, lente mais certaine.

Reste quatre ans à Emmanuel Macron pour faire mieux que cela et justifier les conditions discutables de sa prise du pouvoir, le péché originel d’Emmanuel Macron.

Espérons que l’on n’attend pas Godot.

Une erreur récurrente des écologistes

L’écologie est militante. Ce qui veut dire que la passion l’emporte assez régulièrement sur la raison. Les militants d’extrême-gauche, comme les mouches, savent changer d’âne. Ils ont abandonné la défense exaltée du marxisme-léninisme élémentaire pour se reporter sur l’écologie intempérante comme moyen de brasser les émotions et d’activer leurs dénonciations fondamentales du capitalisme, atténué en néolibéralisme ou encore en économisme, lorsqu’il faut faire sérieux à la télévision. Ce basculement partisan n’a pas arrangé la sérénité du discours écolo.

L’économie est désormais contestée radicalement au nom de l'écologie. Ne contribue-t-elle pas à la destruction de la planète ? Pour eux, il ne faut rien concéder aux casseurs économiques qui n’ont pas compris que le peuple pouvait vivre sur les stocks des riches et qu’il suffisait de le vouloir. Classique confusion entre les flux et les stocks. Si vous ne criez pas avec les loups, alors vous êtes coursé par la meute des croisés de la bien-pensance écologique.

La « criminalisation » de la croissance est tellement dans l’esprit des excités et des personnels politiques et en partie dans ceux des médias, qu’on sent que, pour certains, une opération « dénonce ton économiste » serait tout à fait opportune.

« E pur se muove » disait Galilée dans le dos de l’Inquisition. L’économie aussi. Elle présente ses lois avec un certain degré de certitude, même si cela défrise le nouveau clergé écologiste.

Nous avons déjà expliqué ici que l’idée cent fois répétée qu’une technique coûteuse et peu productive créerait beaucoup d’emplois était un contresens absolu. La cherté tue l’emploi. La productivité est la seule source d’enrichissement global. La loi est d’airain. La répétition inlassable de cette erreur, notamment dans les discours politiques ou dans les débats de la TNT, n’en fera jamais une vérité.

Une autre idée fausse très répandue dans les milieux alternatifs et les écologistes tendance ingénieur, est que la grande crise économique de 2008 et la stagnation que l’on constate depuis seraient dues au fait qu’en matière d’énergie on avait atteint « le pic » (le moment où la production ne peut que décliner) et que désormais, la corrélation entre croissance et énergie étant bien établie, la croissance ne serait plus possible. Nous avons à nous adapter à une décroissance automatique puisque les ressources rares disparaissent au fur et à mesure que nous les consommons et que nous avons déjà atteint pour certaines d’entre elles le point de non-retour : on n’en extraira pas plus et progressivement moins.

Nous avons appelé « crise » la situation qui voit depuis 1971 le monde baisser de taux de croissance chaque décennie, accumuler dettes et chômage, et survenue de graves récessions périodiques. L’explication n’est pas dans l’apparition de pics d'extraction de matières premières ni dans la montée des conséquences d’une pollution destructrice, mais principalement dans la destruction des règles collaboratives et stabilisatrices de Bretton Woods en 1971.

La crise de 2008 n’est en aucun cas explicable par l'écologie. Après dix années de digestion de ses effets, l’investissement et le commerce extérieur repartent. Nous atteignons désormais des rythmes de croissance globale de plus de 3,5 %, venant s’ajouter à la croissance acquise durant ces dix dernières années. D’ici à la prochaine récession, le monde aura probablement accumulé près de 20 % de croissance. Pic des matières premières ou pas.

Cela veut dire que la rareté croissante des ressources naturelles n’explique pas l'évolution de la conjoncture ni celle du cycle et n’empêche pas radicalement l’expansion économique. Il est intéressant de constater que personne ne se plaint de la croissance qui repart, partout saluée comme un bienfait. Elle était censée devenir impossible et indéfendable. Elle est possible et n’est pas condamnée.

Cela ne veut pas dire que la préoccupation écologiste n’est pas fortement légitime et que la croissance fondée sur une consommation sans frein de ressources non renouvelables ne pose pas problème.

Simplement, il ne faut pas se tromper de cible et d’explication. Une réforme du système monétaire international et du système de l’Euro est nécessaire, indépendamment de toute question écologique. De même les défauts structurels accumulés par la France et l’ineptie de ses politiques économiques depuis 1974, et aujourd’hui encore, tuent l’emploi et la richesse sans rien sauver du côté de la pollution.

La foi écologiste n’est pas une boussole économique. Une économie équilibrée est un bonus pour l’écologie.

Du transistor à la TNT et à Internet : histoire d’un abaissement médiatique consternant

Pendant des décennies, la TSF puis la naissante télévision ont été des institutions gaies et bienséantes, dont la vocation était, dans les informations, d’être la voix de la France et, dans le reste, l’occasion d’une occupation récréative mais sans vulgarité. Bien sûr, on privilégiait les images édifiantes et on fuyait les exaltations militantes. On considérait, en ces temps obscurs, que le livre et la presse écrite, avec les préaux d’écoles et la rue, étaient les lieux de la polémique, du conflit, des affrontements politiques, de la réflexion iconoclaste, des radicalités idéologiques. En un mot les médias audiovisuels étaient consensuels, exaltaient l’unité française (après l’Empire Français), les vertus et accessoirement le gouvernement légitime. Les présentateurs faisaient attention à leur tenue et à la langue, évitaient la grossièreté, proscrivaient les propos qui pouvaient choquer ou fâcher. L’audiovisuel était comme l’école : neutre et propre à exalter des vertus nationales affirmées et réaffirmées. Il lui fallait rester de bon aloi et acceptable pour le plus grand nombre.

On y fêtait les prix Cognac et ses mères de familles nombreuses méritantes. On exaltait les missions de la France, la grandeur de son histoire et le triomphe de ses industries. On se voulait distrayant et éducatif et, surtout, on se serait cru déshonoré de susciter des vices, des divisions et des haines. On y était élégamment bourgeois et respectueux, soucieux de la patrie et de la prospérité. L’institution était sympathique, sportive et porteuse d’une bonne humeur populaire qui se traduisait par des attroupements autour du poste lors du Tour de France, de la visite de la reine d’Angleterre ou des feuilletons du genre « famille Duraton ».

On peut faire le rapprochement avec les bandes dessinées pour enfants où le sexe était proscrit, l'héroïsme bien porté, la gaieté garantie. La jeunesse comptait et il fallait la protéger. Comme elle était susceptible d’entendre la radio et la télévision, on y étendait le souci de protection. Non pas que l’on accordât tant d’importance aux ligues de vertus, peu soutenues en général et d’influence quasi nulle, mais on ne voyait pas une nation forte sans une jeunesse de bonne qualité, vertueuse et prête à prendre la suite des anciens pour porter haut la flamme nationale.

Unir, plutôt que diviser ; élever plutôt qu’abaisser ; porter une image fière et belle plutôt que chanter des reniements ; donner à penser en commun plutôt qu’à se haïr les uns les autres ; tenir en respect « l'anti-France » plutôt que l’exalter.

L’audiovisuel poursuivait un chemin parallèle à celui de l’école dont la neutralité et la stricte élimination des déviances (homosexualité, communisme, drogue) supposaient également qu’on ne discute jamais de l’actualité, porteuse de divisions politiques considérées comme inappropriées et contraires à l’exercice de l’apprentissage des savoirs et de la vie en commun. La dérive des passions était enseignée à partir des histoires de l’antiquité, assez riche en catastrophes diverses pour couvrir tout le champ des querelles et des exactions possibles, mais neutralisées par les deux millénaires passés.

Aux parents de contrôler l’accès aux livres, aux journaux, à la politique, à la dureté de la vie.

Ce système de pensée, né avec la TSF, fut remis en question par l’apparition du visuel, beaucoup plus évocateur. La force émotionnelle de l’image est évidente. De même qu’on a vu longtemps la diligence dans la voiture, la réticence à céder aux facilités a persisté chez les opérateurs jusqu’au tournant de mai 1968. L'ancien système a alors été déchiqueté à pleines dents notamment par les chaînes de radios qui ont découvert en mai 1968 que le soutien en temps réel aux manifestants leur donnait un rôle et donc une importance et des recettes nouvelles. Il est vrai que le transistor avait permis la miniaturisation des postes de réception qui pouvaient désormais se mettre en poche. Le transistor sur les barricades ouvrait une nouvelle époque. Dix étudiants sur une barricade prenaient l’air, sur les ondes, si on ose dire, d’une révolution où un pays entier surgissait du pavé pour « exiger autre chose ». On n’allait plus seulement offrir à la nouvelle jeunesse embourgeoisée de la musique anglo-saxonne et yéyéisée. On allait leur fourbir toutes les passions, débrancher tous les interdits, soutenir toutes les minorités agissantes, casser tous les codes. L’audimat l’exigeait. Le jeunisme remplaçait la protection de la jeunesse, le goût des vices variés celui de la vertu collective et nationale. La grossièreté et le sexe allaitent suivre. Vive Coluche qui introduisit la grossièreté sans limite dans le comique ; Vive Ménie Grégoire et ses interviews sexuelles aussi nocturnes que débridées.

Il fallait en finir avec la bourgeoisie aseptisée. Il fallait laisser la place à la dénonciation sociale et faire chauffer la colle des divisions nationales. Le cinéma montrera le chemin pendant toutes les années soixante-dix et la presse de gauche fut prompte à soutenir des excès impardonnables comme le viol d’étudiantes lors des grèves sauvages de la sidérurgie lorraine, l’œil crevé d’un patron à Nantes, le kidnapping des passagers du France. La violence antipatron et les occupations d’usine devinrent des musts télévisuels et radiophoniques. La justice fonçait dans le « justicialisme » qui faisait du fort l’éternel coupable, nécessairement coupable. L’affaire du notaire de Bruay comme l’affaire Lip se voulaient la preuve qu’en matière de presse tout était possible pourvu que l’on frappât le bourgeois sous la ceinture ou dans l’estomac, c’était selon. Pas un film, pendant dix ans, sans que l’homme bourgeois, nanti et blanc ne fût montré comme un immonde salopard.

Après le sacre de Mitterrand, l’arrivée en masse de socialistes dans les radios et télés publiques, dont pas mal de trotskistes ayant lu Gramsci, puis leur établissement en profondeur pendant les 14 ans de son règne, aggrava le phénomène. Désacraliser par l’emploi d’images négatives devient une routine. L’épidémie de mises en prison préventive de patrons permit aux juges partisans d’informer d’une inculpation à l’heure du journal télévisé. L’abandon du secret de l’instruction par les juges militants devint systématique. Le recel de ce délit devint la base du journalisme.

Plus tard, la commercialisation et l’américanisation des médias audiovisuels deviennent frénétiques avec l'apparition des radios « libres » et encore plus tard des télévisions de la TNT et notamment des chaînes d’infos en continu. Les chaînes principales s’alignent rapidement sur les émissions les plus racoleuses et les plus « transgressives ». Un Thierry Ardisson et ses partenaires ringardisent le rejet des drogues et déculpabilisent la consommation de joints. Le sexe envahit le PAF.  Se répand alors la mode américaine du politiquement correct qui a déjà défiguré l’audiovisuel au Canada par contagion.

A la fin des années 70, avec la série Holocaust, le mouvement juif avait réussi à remettre au centre de la vie intellectuelle, politique et diplomatique, le sort particulièrement ignoble réservé par Hitler à la plupart des populations juives du continent européen. Il est vrai qu’après s’être lancé dans une guerre préventive, normalement interdite à l’ONU, Israël était passé au stade de l’annexion progressive de son voisinage et que la réaction arabe s’était traduite par des attentats sanglants un peu partout dans le monde et une hausse des coûts du pétrole qui mettait en danger la croissance universelle.

Les évènements de la Guerre de Quarante, désormais de plus en plus lointains, pouvaient être réinterprétés sans crainte de réactions trop vives. Là où l’on parlait de crimes nazis, et des drames de la déportation, sans distinguer les causes (rafles, faits de résistance, appartenance à des groupes réprouvés), on a évoqué la Shoah, génocide atroce et seul significatif. En 1950, personne ne pouvait évoquer les drames que sa famille avait subis en les présentant comme spéciaux et, en quelque sorte, d’une essence supérieure par rapport aux autres drames innombrables qui avaient frappé ses compatriotes. L’occupation a été une période très dure où on ne mangeait pas à sa faim et où les drames ont été généralisés. Un Français de 1950 aurait été très surpris d’entendre que les enfants martyrs d’Ysieux devaient avoir un traitement mémoriel différent des milliers d’enfants estropiés ou tués pendant les bombardements qui ont accompagné le déferlement allemand de 1940 ou le débarquement de 1944 et que l’on gomme entièrement les souffrances innombrables subies par les enfants en bas âge du fait des restrictions alimentaires et du vol des ressources par les forces hitlériennes. Ce n’était pas propre à la France. Lorsqu’après l’échec de Mussolini, Hitler a occupé les Grèce en 1942, il a confisqué l’intégralité des ressources alimentaires du pays pour les réserver aux troupes d’invasion de l’URSS. Les victimes se sont comptées par dizaines de milliers. Lorsqu’on va en Ukraine sur les lieux d’immenses massacres nazis, les monuments commémorent toutes les pertes civiles sans faire de distinction. Évidemment il est assez curieux de voir que le monument de BabiYar, à Kiev, où la quasi-totalité des victimes étaient juives, présente des grands blonds slaves en souffrance. Mais dans un pays où, pour une raison ou pour une autre près du quart de la population a trépassé entre 1917 et 1947, (famines génocidaires, répression communiste sauvage, victimes de guerres civiles, victimes de la grande guerre patriotique et de l’occupation, populations raflées et réduites en esclavages un peu partout en Europe par Hitler, morts de privation), l’idée qu’il y aurait de bonnes et de mauvaises victimes était intolérable.

Tout cela est balayé dans le monde médiatique et politique qui prévaut après 1981. La « jurisprudence de la Shoah » s’installe avec son cortège de réclamations victimaires, de culpabilisations globalisantes, de demandes d'indemnisation. L’imprescriptibilité règne. On va rechercher les complices d’Hitler partout. Le procès Papon est exemplaire. L’infamie est parmi nous et il faut s’en purger, même si les équations sont un peu sommaires : Papon = Pétain = Hitler = De Gaulle ; donc De Gaulle = Hitler ! La « réductio ad Hitlerum » devient systématique et le point Godwin traduit cette nouvelle réalité.

Le phénomène est alors imité partout. Les réclamations mémorielles viennent de tous les bords. La mort fait son entrée sur tous les fronts. Les Polonais, les Ukrainiens, les Arméniens font valoir leur droit de victimes de génocides, votent des lois interdisant la négation de leurs souffrances. Les pays accusés d’actes génocidaires se multiplient : La Russie est mise en cause par les Pays Baltes, la Pologne, l’Ukraine. La Turquie est mise en cause par les Arméniens.

En France, la réclamation victimaire à base d’arguments liés aux décès explose. Ce sont d’abord les homosexuels durement touchés par le Sida et qui rappellent qu’eux aussi ont été visés par Hitler. Act Up exige le même statut victimaire que les Juifs. Aujourd'hui ce sont toutes les professions fortement syndicalisées qui prétendent mourir des violences qu’on leur fait subir. Pas un jour sans qu’on évoque le suicide des paysans, des policiers, des employés des ex-entreprises publiques, des gardiens de prisons. Le mouvement féministe s’inscrit à son tour dans ce mouvement en mettant en avant le martyre des femmes battues et tuées par des maris violents. La France, vue dans l'objectif des médias, n'est plus qu'un immense mouroir où l'on gémit de partout. 

Internet et les « réseaux sociaux » selon l’expression consacrée changent encore la donne en libérant une parole purement émotionnelle et en permettant, sous anonymat, le déferlement d’injures, de calomnies et d’attaques ad hominem et ad libitum.

Face à toutes ces mutations la Presse écrite est ruinée, comme l’édition, et perd son rôle exclusif dans la bataille des idées et l’exaltation des passions. Elle perd le monopole de l’expertise à peu près dans tous les domaines. Elle sous-traite quasiment tout, en particulier l’analyse économique. Elle en vient à « commenter les commentaires » des réseaux sociaux !

Dans le magma audiovisuel, l’image et l’émotion font prime, le sondage et le témoignage devenant la grande facilité, avec… l’import de toute la production audiovisuelle américaine. La « marchandisation » est totale. Elle est anglo-saxonne. On ne traduit même plus les pubs qui envahissent les écrans, sans limite. Ne sont invités que ceux qui sont « en promo » (on dit : avoir une actualité). Les chaînes dites « d’information continue », en fait de dénonciations continuelles, font la chasse à l’audience en magnifiant les incidents. Les journalistes dits d’information et les services politiques deviennent respectivement des officiers et des officines du politiquement correct, et du pouvoir pourvu qu’il soit « de gauche ».

Une camarilla d’une cinquantaine de personnes, quasiment toute de gauche, tient l’information, dans des chaînes qui sont toutes tenues par des intérêts dépendant de l’Etat. On façonne la réalité montrée, en masquant, atténuant, enrobant, les faits malséants. On ne s’intéresse qu'à l’opinion, dont on se juge responsable. On prend outrageusement parti dans les querelles politiques du pays, toujours dans le sens des « forces du progrès » et de l’Enarchie qui gouverne.

Deux évènements majeurs ont montré l’intensité et l’ampleur de la manipulation de l’opinion.

La manifestation spontanée et gigantesque qui a vu les Parisiens se mobiliser après les assassinats ignobles de Charlie Hebdo a vu sons sens totalement trafiqué et modifié. Le mot-clé qui était au fond de tous les gosiers et de tous les cœurs était : « stop. Maintenant cela suffit on ne peut plus laisser faire. La repentance c’est bien ; l’auto conchiage, c’est parfait, mais, là, il faut montrer les dents. On ne joue plus ». Un mois plus tard, c’est à peine si on n’affirmait pas, dans les médias, qu’il s’agissait d’une mobilisation en faveur des musulmans immigrés, « premières victimes du terrorisme », ou d’un coup formidablement bien joué par le Président de la République, déjà totalement déconsidéré.

L’affaire Fillon et l’incroyable déballage médiatique qui l’a caractérisée, une chasse à l’homme de cinq mois, quotidienne, générale, hystérique, sans limite et sans frein, avec une imbrication totale du politique partisan, du juridique politisé, et du médiatique livré à la bacchanale, restera dans les mémoires et pas comme un souvenir glorieux.

Avec le temps, les contradictions s’accumulent. Alors que la liberté de la presse était la raison de la pléthore des chaînes audiovisuelles, on la voit se réduire de façon drastique. Alors que l’abandon du régime gentillet qui prévalait dans les années cinquante et soixante devait permettre une information plus large, plus honnête et plus approfondie, jamais elle n’a été plus rétrécie et monocorde. L’argent est partout et l’abaissement des programmes évidents. L’anglais est désormais la langue du Paf et notamment de toutes les promos musicales. On ne chante plus en français en France. On écoute des chaînes d’histoires où les intervenants français sont doublés et retraduits en français ! Les réclamations victimaires s'enchaînent mais aussi s’annulent. La communauté juive peut justement s’indigner que les crimes que subissent ses membres n’aient plus l’écho nécessaire. Les traitements infligés aux Palestiniens et les guerres à répétition du Moyen Orient ont tué l’intérêt compassionnel. Comme les attentats ont tué tout le monde, l’exclusivisme victimaire n’a plus d’audience, comme dans les années cinquante et pour les mêmes raisons. Le résultat est qu’on n’ose plus dénoncer ce qui devrait l’être : l’antisémitisme forcené et assumé des populations islamisées importées en masse. Ne sont-elles pas, elles aussi des victimes du vilain blanc colonial et maltraité socialement par la bourgeoisie égoïste et fascisante ?

Le PS a voulu s’appuyer sur les populations immigrées. Il est désormais mort (Moins de 3 % à la dernière élection partielle dans la circonscription de Chevènement !).

Notre milieu journalistique audiovisuel est désormais désorienté. À force d’escalades, il est arrivé dans un air raréfié où son système fonctionne à vide. Les minorités le contournent. On l’a vu avec l’affaire « dénoncetonporc », qui est d’abord un phénomène internet. Le soutien inconditionnel aux réclamations victimaires syndicales façon SUD et CGT devient vide de sens.

On doit gémir avec les matons qui violent la loi. Ah oui, mais qui a voulu qu’on laisse à des sauvages des libertés dangereuses à l’intérieur des prisons ? On doit gémir avec les employés des Ephad, en se cachant derrière les drames réels de la vieillesse des pensionnaires. Mais qui a promu les 35 heures et accepté un absentéisme totalement délirant, avec des coûts de structure également bien trop élevés ? Et qui a ruiné fiscalement les familles qui désormais n’ont plus les moyens de s’occuper de leurs vieux sans tomber dans la misère ?

Le syndicalisme a maintenant compris qu’il fallait constamment se laisser aller à l’outrance victimaire et exploiter les suicides et les horreurs. Les médias sont le porte-voix et l’amplificateur de ces outrances. M. Yann Moix se rend célèbre en jouant les Zola du siècle en dénonçant les violences policières dans le Calaisis, mais les migrants s'y entre-tuent et montrent qu’ils ont des armes, de l’argent et une violence extrême allant jusqu’au meurtre. Peut-on cacher les propos totalement ahurissants du logeur des tueurs de Daesh, ses propos sur la « femme qu’il défonçait et désarticulait » au moment des tueries, en même temps que la violence arabe vis-à-vis des femmes émerge progressivement du non-dit général ?

Les contradictions sont devenues telles, les non-dits tellement absurdes, la préoccupation du contrôle de l'opinion tellement artificielle, le manque de vraies informations et de justes explications si majestueux, que le magma audiovisuel prend l’allure d’une pieuvre sinistre qui ne sait plus sur quel tentacule justifier et financer sa survie.

« Levez-vous vite orages désirés », semble l’espérance unique. Quand la très commerciale matinale de RTL n’a plus rien à imaginer qu’à évoquer avec gourmandise que la conjonction des troubles artificiels et politisés dans les écoles et les universités, des actions syndicales dans les prisons, et des revendications syndicales dans les maisons de retraite publiques, peut enfin coaliser les « colères » pour mettre à bas le « Président des riches » ; Quand la très partisane Émission Politique sur Antenne 2 fait un sombre bide, avec comme invité Wauquier ; Quand Zemmour & Naulleau n’ont plus rien d’autre à inviter que M. Copé, qui a dit qu’il n’avait rien à dire sinon du mal dudit Wauquier, et qu’il s’ennuyait dans sa petite ville, et qu’un représentant caricatural des Insoumis qui a déversé ses invectives d’une façon totalement prévisible, alors on voit à quel point la distance s’est creusée entre le monde médiatique et les attentes de l’audience.

Cet effondrement a quelque chose de crépusculaire. On peut désormais se demander si le magma audiovisuel mercantile, sous domination américaine pour tout le culturel et le commercial, sous domination du n’importe quoi gauchardo-déboussolé, avec de fortes tensions entre clans, pour le reste, est utile à la France et aux Français.

La presse écrite, elle, est quasi morte et l’édition n’en est pas loin.

Nous le regrettons. Une presse écrite et audiovisuelle vivante, honnête et observatrice est absolument nécessaire à une nation dynamique.

Une prise de conscience est-elle « en marche » ? Le samedi où cet article a été écrit, M. Ardisson, en pleine heure de grande écoute, élevait le débat chez les « Terriens » grâce à ce constat de Mme Isabelle Mergault : « La levrette, c’est bien, parce qu’on n’a pas besoin de sourire ».

On peut se demander si ce n’est pas tout le système audiovisuel actuel qui prend les Français selon les angles de cette belle figure. Et, là aussi, ils n’ont pas tellement envie de sourire.

Hommage à Agnès Verdier Molinié

On peut apprécier ou non les travaux de l'Ifrap et les thèses soutenues par sa représentante dans les médias, Agnès Verdier Molinié. Mais il faut admirer sa résilience. Depuis qu'elle intervient à la télévision, elle est grossièrement coupée, on couvre sa voix, on l'insulte. Bref elle est la « libérale-prétexte » mise là comme punching ball et non comme véritable intervenante. Les journalistes sont tous complices. Elle est là pour l'apparence du dialogue mais pas pour s'exprimer. A force de présence, elle finit par se faire respecter un peu. Un peu. Si peu.

C'était très clair dans la dernière émission de Zemmour et Naulleau, où, après un exposé liminaire, elle n'a jamais pu finir une phrase. Au final son temps de parole est une fraction minime jusqu'au ridicule de celui de son opposant des Insoumis, qui a fait de la chaleur et aucune lumière.

Ce rôle de bouffon prend tout son relief lorsqu'on lit les commentaires sur la vidéo You tube de l'émission.

Extrait :

« Creach Monique

VERDIER MOLINIE EST IMMONDE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Vincent Bntd

C'est marrant, quand je revois la sorcière aux yeux verts (Verdié), je regrette le temps où on les brûlait

Ilwyn McLeod

IFRAP : labo d'idées libérales....mais comment gagne elle sa vie ??? en plus la Molinier a l'air bllinder de tunes.

Jim Sub

Si je pouvais la prendre par les cheveux la connasse de Verdier Molinier... cette idiote n'a jamais travaillé de ça vie et donne des leçon à ceux qui ont les mains dedans, Insupportable.

Vlad Dracula

quand on entend cette connasse on se dit que le temps ou ces gens seront au poteau et passés par les armes s'approche inexorablement. apres un horrible quinquennat Hollande, le mandat Macron promet d'être ignoble mais bon on avait prevenu, avec Macron on court a la catastrophe, on espere que les tocards qui ont ete capables de voter pour lui des le premier tour s abstiendront en 2022.

Nicolas Laine

expliquez moi pourquoi à chaque fois que LREM envoie qqun dans une émission politique c'est une pauvre conne à qi d'huitre qui raconte QUE de la merde ???

putain et elle ose sortir que les salariés des ephad sont des feignants

bordel mais quelle débile mentale

Amaury Nameche

Agnès Verdier-Molinié, cette femme est une putain de honte !!!!

Motrin37000

Verdier Molinier...

Issue du famille de viticulteur bordelais...Quand on sait ce qu'est le vignoble bordelais, on sait d'où elle vient.

Une petite bourgeoise, qui n'a jamais eu à gouter au travail véritable mais qui va expliquer aux gueux que nous sommes pourquoi

JackUHU

Encore cette péronnelle crasseuse du ciboulot d'Agnès Verdier-Molinié !!!! Oh comme je voudrais voir cette connasse de concours torcher des vieux dans un EHPAD, ça va lui apprendre la vie. »

Nous avons conservé l’orthographe.  Synthèse :

« Sorcière immonde blindée de tunes ; connasse à fusiller au poteau ; pauvre conne envoyée par Lrem  qui raconte que de la merde ; débile mentale qui est une putain de honte. »

Lorsque Thatcher est décédée, nous avions compté sur le WEB l’évolution des « Thatcher la salope ». Dans l’heure suivante, il y en avait plusieurs milliers et une semaine plus tard plusieurs centaines de milliers (aujourd'hui encore plus de 220.000).

Une femme qui exprime des idées non socialistes doit le savoir. Elle ne peut rien espérer qu’un flux d’injures immondes et de menaces de mort. "Exprimez-vous" sur lmes réseaux sociaux, dit l'animatrice !

Bravo à Agnès d’avoir décidé de résister et d’accepter de subir ce traitement pour qu’un filet minimum de faits exacts puisse percer dans les émissions systématiquement orientées dans les médias.  

Et méditons l’état du débat en France et l'illusion de ceux qui croient que la gauche journalistique et politique française est le sommet de l’intelligence éclairant le monde.

L’étrange année 2017

et nos meilleurs voeux pour 2018

L’année 2017 qui vient de se terminer restera dans les mémoires par l'ampleur des remises en cause dont son histoire regorge.

Pour la France, le lessivage politique qui a vu le triomphe d’un inconnu saugrenu et bavard, mais habile et nimbé par la chance, est un tremblement de terre. Les deux partis à vocation majoritaire et de gouvernement sont à terre. La « chasse au Fillon » a montré une classe médiatique totalement délirante et décalée, se saoulant d'invectives et de condamnations démesurées, alors même que la Presse était tombée dans quelques mains intéressées. Les « juges rouges » n’ont pas même hésité une seconde, une vraie seconde physique, à fausser les élections présidentielles. La fille Le Pen a explosé en vol lors d’un débat minable avec le futur président, racontant littéralement n’importe quoi. Le délire s’est saisi de la gauche extrémiste, sous la houlette d’un maniaco-dépressif porté sur l’outrance au milieu des applaudissements déjantés d’une partie de la classe médiatique.

Au final, les Français découvrent à quel point la présidence de François Hollande avait été minable et l’image de la France dégradée

Même si beaucoup sont bluffés par l’aplomb du nouveau président et son indéniable culot, les mêmes auxquels s’ajoutent d’autres, moins convaincus, ressentent la crainte latente que tout ce jeu médiatique soit du pipeau grec de premier choix avec beaucoup de désillusions à venir.

Ils le voient ramer à tenter de donner du sens aux promesses démagogiques qui ont scellé son élection : frappe fiscale contre les retraités, transfert des cotisations sociales des personnes au travail sur les retraités, transfert de la taxe d’habitation sur les contribuables déjà matraqués. Au total, même s’il a pris deux mesures inévitables car indispensables tant elles tuaient l’économie et la société française en réformant la taxation à 65 % des revenus du capital et l’ISF, on voit bien qu’il n’a pas été jusqu’au bout et qu’au final, la dépense publique n’est pas freinée, les effectifs publics accrus, leur temps de travail maintenu.

Ils le voient céder sur tout ce qui fait un peu de dissensions : l’unité du pays ? On cède aux Corses avant de céder aux autres régionalismes, ramenant la France peu ou prou aux « belles régions de l’ancien régime ». On cède aux écologistes sur Fessenheim et ND des landes. On cède sur le BAC et on accepte la destruction de toute exigence à l’école. On concède à tous les dénigreurs de la France. On bat sa coulpe sur tout. On dira : il fallait bien en finir avec des crises sans fin. Fessenheim, on s’en remettra. ND des Landes, les besoins n’étaient pas aussi nets que cela. Les Corses ? On s’en fout de la Corse. Le bac et la sélection à l’entrée de l’université ? On met fin à une forme de farce.

Ils le voient glorifier l’Europe, la CEDH, le fédéralisme européen, le « couple franco-allemand », tout en se montrant totalement incapable de donner une réalité au concept d'Europe qui protège, ni de mettre un frein aux empiétements de la Commission Européenne qui veut préempter les réformes institutionnelles fédéralistes pour devenir le seul vrai gouvernement de plein exercice dans l’union Européenne, le projet macronien d’élection du président européen au suffrage universel finissant de donner la supériorité démocratique d’apparence aux institutions supranationales. Cette perspective entraînera ipso facto une aggravation des tensions séparatistes régionalistes un peu partout en Europe, conformément aux objectifs américains de 1944, marqués par la volonté de dissoudre les grandes nations européennes.

Ils le voient employer le plus souvent l’anglais comme langue diplomatique et de communication internationale, réservant le français aux indigènes. Son gouvernement a d’ailleurs abandonné toute volonté de canaliser l’anglais dans les médias et la publicité. Les grands groupes internationaux ne font plus même l’effort d’adapter leurs campagnes publicitaires, désormais toutes en « globich ». La France se coule dans le moule de la mondialisation anglo-saxonne, en annonçant qu’elle est « back » au milieu des applaudissements des joyeux forumeurs de Davos à 25 000 euros la place. Alors que la place de la France, dans ce charivari mondialiste, est plutôt passée dans le « back of the class-room ».

2 017 aura vu la bascule de conjoncture, très molle depuis 2015, devenir plus visible, même si l’impact en France est plutôt plus faible qu'ailleurs et sans effet massif sur le chômage. Les derniers chiffres connus montrent une nouvelle dégradation pour le chômage de longue durée et une réduction infime et inférieure à 2016 des demandeurs d'emploi, avec, pour 6.6 millions de personnes inscrites à Pole Emploi, une baisse glorieuse de 1 pour mille, si on ne se trompe pas.

2 017 aura vu Daesh perdre une bataille. Mais l’Iran, le Hezbollah et le chiisme sortent confortés, en même temps que les régimes autoritaires se renforcent en Russie (où on interdit désormais d'honorer les victimes des génocides socialistes), en Turquie, en Corée et en Chine.

2 017 aura vu le Brexit devenir un souci majeur pour tout le monde.

2 017 aura vu Trump devenir un problème pour tout le monde, sans que l’on sache si ses comportements de cow-boys, unanimement critiqués, n’auront pas quelques conséquences indirectes favorables. L’exact inverse de la situation de Macron, dont la geste de bisounours est unanimement appréciée mais dont on peut craindre des conséquences directes et indirectes négatives.

2 017 aura vu le secteur bancaire traditionnel se convertir en auxiliaire du fisc et de Tracfin, en contrepartie d’un renflouement et d’une autorisation de taxation de la clientèle captive parfaitement inique.

2 017 aura vu la natalité française s’effondrer.

2 017 aura vu l’immigration et l’islamisme faire renaître l’extrême droite partout en Europe.

2 017 aura vu le retour de la violence radicale, la résolution d‘un conflit se faisant par la purification ethnique d’une région (Les Rohingyas de Birmanie).

2 017 aura vu le recul massif du multilatéralisme et de la coopération internationale organique.

2 017 aura été pour notre site une année d’explosion du lectorat avec plus de 200 000 consultations, le nombre cumulé de « lectures » étant à cet instant de 1 375 000.

Quelles sont les évolutions qu’il faudra suivre en 2018 ?

En 2018, il faudra vérifier que le désordre des esprits n’empêche pas les réformes indispensables du système monétaire international.

En 2018 il faudra être attentif à ce que les réformes nécessaires de la gouvernance économique en Europe ne contribuent pas à aggraver le centralisme bureaucratique et à faire éclater les nations.

En 2018, il faudra être sévère avec le gouvernement français s’il ne prend pas enfin, les mesures radicales de réduction des effectifs publics, s’il ne limite pas les privilèges indécents de la haute fonction publique, s’il ne restaure pas la liberté fondamentale de mener sa vie sans être constamment empêché et s’il ne prend pas les mesures indispensables en matière de natalité.

En 2 018 il faudra surveiller que la reprise qui va s'accélérer un temps ne débouche pas sur une crise de type de 2001-2002.

Bonne Année 2018 à tous ceux qui nous font l’amabilité de nous suivre.



En écoutant Louis Gallois

Louis GALLOIS, qui va fêter ses 74 ans, n’est pas seulement le titulaire des plus belles oreilles de toute la communauté des Énarques. Il en est aussi un des éléments les plus brillants. D’une famille militaire installée à Montauban par son père et issu de la bonne bourgeoisie juridique du sud-ouest par sa mère, il entre à HEC puis à l’ENA avant de devenir administrateur du Trésor. Il joue la carte socialiste, entre au PS et connaîtra le coup de booster provoqué par l’élection de F. Mitterrand, bien qu’il opte vite pour le clan Chevènementiste, le moins cynique et le plus pragmatique. Il devient Directeur de l’Industrie, un poste crucial en France, pour le carnet d’adresses qu’il fournit. Passant par toutes les cases du mécano industriel parapublic français, de la Snecma à Airbus et à la SNCF, il est devenu président du Conseil de Surveillance de Peugeot, désormais dans le giron du gouvernement et du capital Chinois.

Ses options socialistes n’ont eu que d’heureuses conséquences sur sa carrière qui a été autant soutenue par le PS que par Chirac, Juppé et Sarkozy pour s’épanouir à gauche avec Hollande et aujourd’hui Macron. L’Énarchie ne connaît pas les frontières politiques. Les étiquettes ne concernent que les électeurs qui veulent bien y croire. La haute administration affichée « de gauche » et socialiste est trans-politique. De ce point de vue-là, l'élection d’E. Macron a rendu officielle une connivence qui était factuelle depuis des décennies.

Toutes ces carrières sont menées ès qualités et jamais en fonction des résultats. La SNCF accumulera les retards qui sont aujourd’hui dénoncés. Airbus connaîtra les difficultés que l’on sait. La SNCM coulera corps et biens après Seafrance. Le fret de la SNCF s’effondrera, ainsi que la santé de la majorité des autres filiales. L’image de sérieux de Louis Gallois n’en sera pas une seconde affectée.

Son engagement précoce dans le syndicalisme, à la CFDT, lui permet une connivence assez grande avec les syndicats. La consigne gouvernementale donnée est toujours la même  : pas de vagues. Il saura ne jamais faire de vagues.

Mais pas d’énarchie réussie sans compassion. Louis Gallois va devenir à la fois un des PDG les mieux payés de France et le plus engagé dans les causes sociales, suivant l’exemple de Louis Schweitzer, qui lui aussi a cumulé son engagement à gauche avec la direction très rémunératrice de Renault avant de prendre la tête de la Halde. Les deux se sont d’ailleurs succédé à certains postes. Sa vocation compassionnelle, Louis Gallois l’exerce en prenant la tête de la FNARS, fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale, qui se signale ces derniers jours en refusant l’enregistrement des immigrés clandestins qui séjournent dans ses centres.

Louis Gallois est un homme affable et sympathique, ouvert et abordable ; il n’a pas du tout l’orgueil délirant d’un Haberer par exemple.

C’est un haut fonctionnaire qui a tenu récemment un rôle éminent dans la formulation de la politique économique générale, puisque le Rapport portant son nom a fixé en partie les règles du jeu économique des gouvernements Hollande et qu’il était de la commission d’experts chargés de proposer les réformes du secteur bancaire.

Alors qu’une reprise économique modeste mais certaine est en cours, il était intéressant de l'entendre exposer ses positions sur une question qui intéresse presque exclusivement les Français et les instances économiques animées par des Français : la prospérité supporte-t-elle l’inégalité ?

La conférence a été aimable et rapide. Le thème principal : même si nous nous plaçons hors de tout contexte moral, la croissance doit être inclusive et ne laisser personne le long du chemin. Plus la croissance est lente, plus il faut être égalitaire. L’expression de M. Macron sur les « premiers de cordée » est mal venue. La théorie du ruissellement qui veut que la richesse parte de ceux qui la créent pour cascader est fausse. Il faut que la rémunération les pauvres soit toujours associée à un travail même minime car les tâches utiles sont en nombre infini, si on les subventionne, donc les sorties Hamon et Dray sont ridicules. Par exemple on peut remettre en marche les mirabelliers non rentables de la région de Metz et faire des confitures puisque les alcooliers ne veulent pas qu’on touche à leurs droits de distillation. Dans le Sud on peut faire essarter la garrigue. Ce faisant on peut éviter le chômage total de longue durée et permettre aux personnes de garder leur image d’eux-mêmes, en dépit des difficultés. Pour le reste il faut avouer qu’on a été jusqu’au bout du bout en matière de baisse des charges sociales sur le SMIC et que pourtant l’emploi ne croît pas au rythme de la reprise parce que l’enseignement et la formation professionnelle sont défaillants. Il ne faut pas cependant se décourager car même dans les banlieues il y a des tâches de dynamisme, comme Uber l’a montré. En revanche l’inégalité qui a été signalée par des rapports de l’OCDE et le FMI limite la croissance. La France n’a jamais su s'adapter depuis la crise du pétrole à la mondialisation. Cela explique l’effondrement de nos campagnes et petites villes qui ne vivent plus guère dans de nombreuses parties de la France que de transferts. Même aux États-Unis, le revenu de la classe moyenne inférieure a diminué. Donc il faut réfléchir aux inégalités et travailler à les réduire. Vive l’impôt et la solidarité et "à titre personnel, conclut le conférencier, je suis pour un impôt plus important sur les successions". La richesse doit aller à ceux qui la produisent mais pas à leurs enfants.

C’est tout ? C’est tout.

C’est gentil, mais c’est tout.

Rappelons que Louis Gallois est ce qui se fait de mieux en matière d’élite nationale, en même temps que d’énarchie compassionnelle. On est loin des petits-maîtres cupides, souvent en ménage, qui font carrière entre les postes publics, parapublics et privés, tout en cumulant tous les prébendes et privilèges possibles et imaginables, sans aucun mérite autre que de faire partie des bonnes sectes et des bons clans, parfois avec un zeste de népotisme pour corser l’affaire. On est loin des mêmes qui portent leur socialisme en bandoulière pour masquer ou alimenter leur carriérisme et leur cupidité. La sincérité de Gallois ne saurait être mise en doute. Ce brave homme veut le bien public. Nul doute là-dessus.

Comment se fait-il qu’on sorte aussi totalement déconcerté d’une telle conférence ? Après tout un petit prêche de temps à autre ne peut pas faire de mal. Qui ne peut être d’accord sur le fait que la croissance doit profiter à tous et qu’il faut faire des efforts pour atteindre cet objectif qui ne va pas de soi ?

La première raison est terrifiante : même le gratin de l’élite la plus en prise sur la formation de la décision publique n’a rien compris à la crise qui s’est formée au tournant de 1971. Rien ! Rien du tout ! ILS NE COMPRENNENT RIEN !

La baisse tendancielle de la croissance chaque décennie depuis les années soixante-dix ? « L’effet d’une baisse générale de la productivité ». C’est tout ? C’est tout ! Mais pourquoi diable la productivité se serait mise à baisser tout d’un coup ? Mystère. L’économie aurait été saisie de langueur, une forme de dépression dont on ne saurait comprendre les ressorts et qui s’imposent à l’observateur comme au dirigeant.

L’effondrement du monde communiste et la libération soudaine de milliards d’êtres humains désireux de participer à la fête économique de « l’après-guère » ? Connais-pas !

La conjonction des deux phénomènes, avec l’apparition de déficits colossaux et d’excédents parallèles, marquant un déménagement trop rapide des moyens industriels vers les pays d’Asie et de l’est européen et l’apparition d’une économie baudruche fragile et explosive ? Sais pas !

Du coup tout devient obscur et on multiplie les contradictions.

L’effet de contagion de richesses à partir des pays riches vers les ex-pays pauvres, avec le double mouvement d’imitation et de substitution, a bien provoqué une réduction phénoménale des inégalités. Le revenu en Pologne a été multiplié par quatre chez les diplômés. Le salaire ouvrier qui était de 100 euros environ en Tchécoslovaquie est désormais de 500 euros en Tchéquie. En Chine un directeur informatique à Shanghai gagne l’équivalent de 5 000 dollars par mois, quand son homologue militaire des années quatre-vingt était à 80 dollars. La croissance massive dans ces pays a bien réduit massivement les inégalités. Le revenu médian en Pologne est revenu au tiers de celui des Français.

Cet effet de réduction des inégalités a bien eu un effet de bascule. L’occident industriel a perdu une grande partie de son industrie qui s’est concentrée notamment en Allemagne et au Japon, avant de migrer vers les Chine, les dragons asiatiques et en partie l’Inde. Et il explique pour une bonne part la baisse relative des revenus des classes moyennes aux États-Unis et en Europe. Ouvrir totalement les échanges lorsqu’il existait une telle différence de potentiel garantissait cette évolution.

Avoir mis en place un système monétaire qui a multiplié les dettes et les fait gonfler l’offre monétaire à des sommets historiques ne pouvait qu’aggraver les choses. Du coup, les salaires étant bloqués par la compétition des émergents, cette création monétaire a inondé les « actifs », faisant s’envoler les prix de l’immobilier et les cours de Bourse comme des valeurs refuges, et provoquant des crises périodiques gravissimes qui ont tout aggravé.

Pas besoin d’aller chercher plus loin la stagnation relative de l’investissement qui explique la perte de productivité., résultante plutôt que cause.

Si les « possédants » voient leurs actifs grimper en valeur du fait des déséquilibres majeurs du système financier international, vous obtenez mécaniquement une croissance de l’inégalité de fortune avec ceux qui n’ont pas d'épargne.

Les salariés des groupes qui se sont mondialisés et surtout leurs équipes dirigeantes, qui ont branché leur rémunération sur les cours de Bourse, ont vu leur revenu grimper à des sommets vertigineux alors que le salaire de base croissait beaucoup plus faiblement.

Ces inégalités auraient été bien moins grandes si la croissance mondiale n’avait pas été gâchée par les errements du système monétaire international, si les pays émergents avaient dû maintenir des balances extérieures équilibrées, ou moins déséquilibrées et si les crises périodiques avaient été moins graves.

Militer pour une réduction des inégalités revient donc d’abord à professer des réformes du système monétaire international sur une base plus équilibrée et plus coopérative.

Mais là, il n’y a plus un Énarque. Et adieu la vraie compassion.

Il ne sert à rien de constater que la croissance s’est concentrée dans les grandes villes et de retomber dans les sornettes du livre de Gravier sur Paris et le Désert Français. Ce qu’on y constate, c’est une croissance résiduelle et résistante. Si l’organisation mondiale précédente avait pu être corrigée à temps, on aurait constaté une croissance bien plus grande et une meilleure tenue de la « France périphérique » comme on dit maintenant et une moindre difficulté pour les classes moyennes.

Il ne sert à rien de constater que partout en Occident les classes moyennes inférieures ont souffert. Mises en concurrence directe avec le milliard de personnes qui dans le monde sont sorties de l’extrême pauvreté, sans aucun frein ni aucune frontière, il ne pouvait en aller autrement.

De même la création d’une monnaie unique sans mettre en place les conditions organisationnelles d’un tel système ne pouvait qu’accroître les déséquilibres et donc les inégalités. Si d’un côté l’Allemagne prend des mesures radicales de redressement de la productivité pendant que la France fait exactement l’inverse, on s’aperçoit vite des conséquences : une pleine santé économique du côté de l’effort et un désastre du côté de la démagogie.

Le plus grand paradoxe est que Louis gallois est bien obligé de constater que le pays qui s’en est le plus mal sorti est justement celui qui a décidé de devenir le plus lourdement imposé et qui s’est doté d’un quadrillage administratif d’une taille obscène, associé à une réglementation étouffante.

Il a bien vu les méfaits de la surimposition des capitalistes français puisqu’il dirige le conseil de surveillance d’une grande entreprise familiale dont l’actionnariat familial a été ruiné par l’impôt et qu’il a fallu faute de capitaux locaux, aller chercher du capital chinois pour relever l’entreprise, avec le secours de l’état, ce qui a permis à l’énarque Gallois de disposer d’un poste, disons, bien rémunéré, qu’il n’aurait peut-être pas pu envisager dans un autre contexte fiscal.

Ne parler des inégalités qu’à l’intérieur d’un pays, sans voir la réduction des inégalités entre pays est déjà une forme de myopie. Ne pas voir que le socialisme a été la source principale de la pauvreté et des énormes inégalités de revenu dans le monde et en France, est un aveuglement. Ne pas comprendre que les délires monétaires ont jeté les économies occidentales dans des phénomènes spéculatifs grotesques et qu’il faudrait peut-être commencer à réfléchir à quelques réformes, est une forme d’inconscience. Ne pas voir que la surfiscalité française n’a profité qu’à la classe des fonctionnaires et des hauts fonctionnaires en particulier, et venir donner des leçons de morale aux « riches » est un miracle d’obscurantisme intéressé, quand ce n’est pas du cynisme.

Le ménage Parly, énarques claniques qui n’ont jamais rien prouvé, ni rien fait de particulièrement méritant, a probablement accumulé entre 500 000 et un million d’Euros de revenu pendant près de 15 ans. Sans prendre le moindre risque. Le ménage Hidalgo, selon le Parisien, a réussi à accumuler de quoi acheter un appartement boulevard Raspail de 300 m2. Valeur : 4 à 4.5 millions d’euros. Ces couples s’affichent naturellement « vraiment socialistes ». Naturellement les personnes ne sont pas en cause. Seuls comptent ici les mécanismes qui ont permis d’accumuler des fortunes sans risques ni mérites particuliers. Pour ne s’en tenir qu’à F. Parly, elle est parachutée aux élections législatives qu’elle perd. Pas de conséquence : elle revient dans le giron public. Elle va faire fortune à Air France, en quasi-faillite permanente où elle touche jusqu’à 52 000 par moi. Son mari gère les participations de l’État, dont Air France ! Conflits d'intérêts ? Elle entre à la SNCF où sous sa direction financière les dettes s’accumulent à un niveau intenable. Une hésitation de carrière ? Pas du tout. La voilà à la tête de la division « voyageurs ». Un bref instant puisque la voilà Ministre des armées. On a moqué Fillon et son épouse. Mais en comparaison, ce sont des bricoleurs et ils n’avaient pas de parachute doré en cas d’échec politique.

Les hauts fonctionnaires ne peuvent plus comme naguère, prétendre qu’ils gagnent moins que dans le privé. Ils se sont gorgés d’argent et de sinécures, simplement par captation parce que l’Énarchie est parvenue à tenir et le politique et l'administratif., ce qui est une atteinte massive à la démocratie. De même que tout le monde sait que les trois grandes crises de 74, 93 et 2 008 ont été payés par le secteur privé, le haut secteur public ayant continué à se goberger comme si de rien n’était.

En 1970 la rémunération moyenne des fonctionnaires était inférieure à celle du privé. Elle est désormais très supérieure. De même pour les très autres rémunérations. Si on enlève les quelques entreprises du CAC 40 (où les hauts fonctionnaires sont souvent dans les conseils d’administration), les rémunérations de la haute fonction publique sont supérieures à celle des patrons, avec la particularité d’être constamment croissante et de correspondre à des fonctions sans risques.

Si on veut mener une politique de réduction des inégalités en France, il faut commencer par une réforme de la Constitution qui sépare la haute administration de la politique. On ne peut pas être élu dans une assemblée qui fixe vos conditions de rémunération et de travail.

La seconde condition est de sortir de la surfiscalité et de la suradministration, avec une réduction progressive mais massive des fonctions publiques et la suppression de statuts tellement privilégiés qu’ils font honte à ceux qui en profitent.

La troisième est de réformer le système monétaire international et le régime des échanges pour imposer qu’aucun pays n’accumule des milliers de milliards d’excédents ou de déficits.

Un chauffeur de taxi marocain expliquait ainsi la nervosité des jeunes au Maroc : quelques familles verrouillent tous les secteurs. Rien à faire pour créer son entreprise sans se heurter à ces familles. Un autre, iranien explique les désordres actuels par le verrouillage de l’économie par quelques clans d’imams qui ont fait fusiller des dizaines de propriétaire de PME pour capter leur business. Plus moyen de créer quoi que ce soit sans se heurter à ces abusifs violents. La France est entrée dans ce mécanisme de frustration générale où quelques dizaines de familles de hauts fonctionnaires verrouillent tous les postes importants et règnent en plus sur le gouvernement, avec un cynisme clanique sans limite. De plus en plus d’élèves de l’ENA se marient entre eux. On devient énarque de père et de mère en fils et en fille. Le népotisme remplace progressivement la méritocratie. Hollande se faisant une coquetterie de tenter de placer ses maîtresses aux principaux postes de l’État est-ce vraiment mieux que Weinstein ?

Le sociologue politique qui se penchera sur l’histoire de la France entre 1970 et 2020 verra que ce demi-siècle aura permis à une mini classe de hauts fonctionnaires de s’emparer de l’argent et du pouvoir sur fond de déréliction nationale presque totale.

Il faut mettre fin à cette dérive. L’élection d’Emmanuel Macron qui est le symbole même de cette capture antidémocratique n’en montre pas le chemin.

Un aspect du drame français : l'agriculture

La télévision permet parfois d’ouvrir une fenêtre sur les difficultés de fond de la société française. Lors de l’émission L’Angle Eco, de F. Lenglet, on présente une ferme en Ukraine dirigée par quatre paysans français, exploitants d’une très grande exploitation de Haute-Marne, si mon souvenir est exact.

Dans l’esprit de déréliction et de médiocrité qui baigne l’information et la politique française, l’idée que des paysans français aient pu réussir en Ukraine est une éclaircie.

J’étais sur place à Kiev, au début des années 2000, lors d’un congrès rassemblant une multitude de paysans français qui avaient fait le voyage pour étudier les possibilités locales. Déjà, à l’époque, tous plaisantaient qu’on ne pouvait plus rien faire en France, et que le salut était là où le socialisme avait enfin disparu et où les possibilités étaient donc immenses.

Pour avoir écrit un livre sur la grande famine génocidaire de 1932 en Ukraine, il se trouve que je connaissais bien l’histoire de ces campagnes. Avoir réussi à faire des terres noires de tchernoziom, parmi les plus riches du monde, une zone de famine où moururent des millions d’enfants, de femmes, d’hommes et… d’animaux, seuls le Socialisme Réalisé pouvait le faire. Ce crime immense est caché en France et la seule préoccupation des historiens officiels n’est certes pas d’en parler mais d’éviter la qualification de génocide, tout en expliquant que le drame, surjoué, a été provoqué par les paysans eux-mêmes. C’est le fameux syndrome de Léon Chaix : occulter, nier minimiser, s’exonérer. Dans tous les cas mentir pour sauver la cause et de pas laisser d’arguments aux vilains.

L’agriculture ukrainienne, ancien grenier à blé du monde, ne s’est jamais remise de ces crimes atroces prolongés sur des décennies. Rappelons qu’il y eut une première famine en 1916-2017, puis une seconde en 1932-1934, puis une troisième en 1947. Au total, selon les chiffrages entre 6 et 10 millions de morts sur une population de 25 millions de paysans. Seul, Mao Tse Dong réussit à faire mieux lors du Grand Bond en Avant. Toutes proportions gardées, c’est comme si un « Vrai socialisme vraiment de gauche » avait liquidé toute la Région Parisienne, pour apprendre à vivre aux Franciliens. Un rien qui ne mérite évidemment pas un commentaire, jamais, nulle part.

L’agriculture ukrainienne en est restée comme pétrifiée. L’Urss a importé du blé américain. À La chute du régime génocidaire socialiste, les terres ont été réparties., dans des conditions pas toujours très nettes. Les Chefaillons du Parti en ont profité un peu plus que les autres. Tout le monde s’est mis d’accord sur un principe. On ne règle pas la question de la propriété de la terre. On accorde simplement un droit d’exploitation. Impossible d’exploiter utilement ces parcelles. Les nouveaux ayant droit n’avaient ni les capitaux, ni le savoir, ni les débouchés, ni les surfaces, pour mener une exploitation rentable.

La seule solution : permettre la constitution d’énormes fermes louées à des étrangers. On aboutit à cette situation étrange : les étrangers exploitants en apportant tous les capitaux et les savoirs utiles ; les locaux touchent les royalties en ne faisant rien. Les Ukrainiens intelligents travailleurs et motivés, souvent venus des villes, deviennent les techniciens locaux nécessaires pour faire fonctionner l’ensemble. Des multinationales achètent le blé, comme avant 1914, où une société comme Dreyfus pouvait acheter toute une récolte annuelle ukrainienne.

Ce qui frappe, lors du reportage, c’est la liberté. Ces paysans sont libres. Enfin libres. Il s’agit ici des paysans français. Ils peuvent enfin réfléchir, agir, réagir seuls devant les nouvelles réalités humaines et techniques. Et cela marche.

La France ? C’est foutu la France. « D’ailleurs notre exploitation ukrainienne a dépassé maintenant de façon irrattrapable notre exploitation française qui s’effondre progressivement ». Le socialisme et l'étatisme délirant français ont réussi, sans assassinat, à obtenir les mêmes résultats que les Bolcheviks. Ils sont fortement aidés par les Écologistes qui sont parvenus à tout bloquer. La France qui était le grenier agricole de l'Europe de l'Ouest n’est plus la première puissance du secteur. Elle commence à être dépassée de partout, y compris par les Allemands qui ont des sols pauvres. La Hollande, l’Italie, l’Espagne lui taillent des croupières épatantes. La grande distribution étrangle ce qui reste. La mondialisation a bon dos. Les paysans et les politiques ont voulu un régime totalement cadenassé. Ils l’ont. Les juges ruinent les propriétaires non paysans. Il n’y a aucune vraie liberté nulle part dans le petit monde de l’agriculture. On vise bas. On subventionne. On empêche. On subventionne. On surréglemente. On subventionne. Les paysans se pendent. On subventionne. Tout le monde s'effondre au milieu des applaudissements des Jocrisse. On vous explique que les Énarques Chirac et Lemaire étaient « a-do-rés » par le monde agricole. Et on espère que l’Europe va payer.

Avez-vous écouté les radios ce matin ? Mille voix viennent vous expliquer qu’il est formidable que le projet d’aéroport nantais soit arrêté, mais que l’inquiétude se porte sur le phalanstère de trois ou quatre familles qui se sont installées sans droit sur des terres où se pratique une formidable agriculture d'avenir. Refaire le Larzac en permettant à de nouveaux Bové de ne pas élever de beaux veaux…

L'agriculture-socialo-misérabiliste alternative et illégale, voilà ce qui arrache des larmes à nos journalistes. Et surtout pas de répression. Si on ne peut plus squatter et menacer en France, même quand les électeurs ont tranché, où irait-on ? Élections pièges à cons ! Tout le monde sait cela par cœur, dans les salles de rédaction.

Laissons ces sornettes pour revenir à nos paysans. L’affaire est claire. Aucun enfant ne reprendra de terres en France. Trop de haine, trop de passions politiques, trop de réglementations, changeantes qui plus est, trop de personnes qui vous disent ce que vous devez faire, trop de menaces, trop de contraintes de tout genre, trop de fiscalités, une MSA à caractère « fasciste », trop de complexité. Aucune liberté.

Pour Notre Dame des Landes, la solution est toute trouvée. Distribuer gratuitement des lopins aux Zadistes. Qui, comme en Ukraine, les feront exploiter par de vrais paysans organisés. Rien de tel que de transformer un militant en rentier, pour qu’il se mette soudain à défendre sa rente avec encore plus d’énervement que son idéologie partisane passée !

Mais pour cela, il faudrait sortir du justicialisme, dans notre système judiciaire, de l’étatisme, du socialisme larvé, des prélèvements sociaux hystériques et de la fiscalité confiscatoire.

Ce n’est pas pour tout de suite. Il faut encore quelques degrés d’effondrement.

En attendant nous pouvons tirer une leçon très utile et si simple : l’importance de l’organisation.

En Ukraine nous avons vu un grenier à blé devenir une terre stérile avec une organisation désastreuse. Toutes les réformes ont été essayées. Elles ont toutes marché. À chaque fois elles ont été abandonnées car contredisant trop l’idéologie du régime. On change de système et voilà que cela repart.

En France nous sommes en train de saler nos champs avec une énergie bureaucratique et socialiste phénoménale qui nous expulse du marché agricole mondial, où nous reculons chaque année avec des frémissements de bonheur en pensant à tout ce que les Zadistes vont pouvoir faire pour nous.

Et nous arriverons à faire de cette terre de paysans un désert aussi stérile que la campagne ukrainienne soviétique.

Encore un effort !

Vous avez dit « expérimentation » ?

En régime d’Enarchie Compassionnelle, la réalité dépasse souvent l’affliction et les occasions de rire jaune sont plus que fréquentes. La dernière est offerte par ce concept typiquement énarchien : l’expérimentation. Fini l’Enarque arrogant décidant de tout du haut de se tour d’ivoire (l’ivoire n’est plus commercialisé) ! On allait voir ce qu’on allait voir. Un Enarque près du terrain, transformé par les techniques les plus modernes du management et adepte des analyses « top-down and back» allait certes  continuer à tout réglementer, mais toujours à la suite d’une « expérimentation ». Après « implémentation », des études « post mortem » seraient entreprises et tous les ajustements nécessaires effectués. Craché, juré. Il était temps de ne  plus « emmerder les Français ».   Les esprits chagrins en seraient pour leurs larmes. La calinothérapie médiatico-politique, en bref la propagande éhontée,  ne serait même plus nécessaire, tant la rationalité et l’efficacité des réglementations paraîtraient évidentes.  

Pensons à la loi sur les parkings réservés aux handicapés. Les résultats de cette politique sont connus de tous. 99%99 des places de parkings ne sont pas occupées par des handicapés, 99,99% du temps. C’est donc une mesure imbécile prise au nom des bons sentiments pour donner des friandises à quelques associations hargneuses et se donner une belle image compassionnelle. On peut toujours attendre qu’un dirigeant politique annonce une expérimentation pour voir l’effet de la disparition de la moitié de ces places ! « Si t’es pas content prend mon handicap ! »

Rappelons-nous également la loi sur le RSA qui devait suivre une expérimentation fouillée. Le RMI était une vache sacrée qu’on ne pouvait réformer qu’en introduisant une autre vache sacrée. Mais  on allait ex-pé-ri-men-ter. Les expériences ont eu lieu, qui, toutes, ont montré que les objectifs annoncés n’étaient pas tenus et que tout cela ne servait à rien. Ces expériences ne furent même pas menées à leur terme. Les conclusions ne furent pas publiées ou dans des arroyos non fréquentés du champ médiatique, la saumâtre réalité ne faisant que fuiter dans la presse. Le RSA fut mis en route malgré tout et n’a fait depuis l’objet d’aucune étude sérieuse. « Si t’es pas content prend mon chômage ! »

Ce n’était qu’une étape gâchée par le « sarkozysme », affirmèrent nos Enarques.

Sous Hollande, ils imposèrent donc l’expérimentation de  la limitation de la vitesse à 80 Km/h sur le réseau secondaire. La généralisation vient d’être décidée par le « courageux » (c’est lui qui le dit) Enarque, Philippe, sans que l’étude qui devait clore cette expérience ne soit publiée. Mais les médias ont répété en boucle que trois cent et parfois quatre cent morts seraient épargnés à la population française. Nous voici donc sauvés. « Si t’es pas content, va à Garches ! »

Mais en refusant de passer à 60km/h, on va tuer combien d’usagers des routes ? Encore un peu de courage, SVP !  Et pourquoi n’expérimenterions-nous pas la limitation à 55 km/h ?

Après avoir couvert de feux-rouges les rues parisiennes, la bienveillante Mme Hidalgo, inspectrice du travail de son état, le summum en matière de compassion, a annoncé qu’on allait ex-pé-ri-men-ter la suppression desdits aux carrefours et permettre la circulation pa-ci-fiée à double sens dans les sens interdits. Cette même Hidalgo a imposé l’usage de deux-roues motorisés à Paris qui a tué plus de Parisiens que la circulation automobile d’antan.  Chut ! La statistique est inconvenante et sera donc tenue secrète. De même le fait que la pollution n’a pas diminué du tout depuis que les Socialistes et les Verts ont pris le pouvoir à Paris.  On ne dit plus AirParif  mais AirPasvrai. « Si tu n’es pas content, suce ton pot d’échappement ! »

Par pitié, Mesdames et Messieurs les gouvernants, cesser de parler d’expérimentation. Privez-nous de toute liberté, de toute propriété, de tout revenu, de tout emploi, de tout moyen efficace de locomotion,  au nom de l’idéologie ou de l’esprit de corps. Mais au moins cessez de nous prendre, à ce point,  pour des imbéciles.

Les leçons des difficultés d’Uber

Le marché des opérations de particulier à particulier existe depuis le début de la Presse (comme la publicité, l’exploitation du sexe et les jeux concours bidons). Un medium met toujours en communication des individus. Organiser la rencontre de deux personnes qui peuvent interagir pour leur intérêt propre est un sport typiquement « médiatique ». Il a pris de l’ampleur avec  la radio, puis la télévision, puis Internet, puis le terminal portable. L’offre et la demande peuvent se confronter à une échelle inconnue jusqu’ici. La notion de « centrale de particuliers » a pris naturellement un essor considérable, un logiciel bien fait  permettant à un intermédiaire astucieux de trouver rapidement des milliers voire des millions de personnes intéressées. Le phénomène s’est développé d’autant plus que l’ubiquité d’Internet  et l’ambigüité des contrats permettaient d’échapper aux taxes et impôts, aux droits sociaux et aux législations contraignantes.

L’internet « disruptif », qui mettait en difficulté le commerce traditionnel, prétendait s’étendre en cassant tous les codes anciens et balayer des marchés entiers dans le monde des services à la personne. On a vu d’abord la destruction du droit d’auteur et la disparition du commerce traditionnel des œuvres musicales  et cinématographiques. Amazon était l’exemple dans le domaine de la distribution, mettant en cause des modèles bien établis comme celui des centres commerciaux. Ce modèle prétendait qu’on pouvait faire des pertes immenses tant que le nombre des clients croissait par millions. Facebook démontrait qu’on pouvait toucher des milliards de personnes, en cassant le marché de la publicité médiatique. Airb&b modifiait radicalement la location temporaire immobilière. Uber était annoncé comme la force qui allait tout changer dans celui des transports.

Et patatras, la fête commence à mal tourner. Non seulement Uber continue à consommer du capital à un rythme phénoménal, en perdant 50 cts à chaque euro de chiffre d’affaire (presqu’autant que la SNCF), mais le vide juridique et fiscal se comble progressivement. Le jugement de la Cour de Justice d’en faire une entreprise de transport comme les autres la soumet à la fiscalité et la réglementation du transport. Les chauffeurs deviennent des salariés. Les clients doivent payer les taxes. La répression pénale se met en place contre Uber, ses chauffeurs et aussi ses clients. L’avantage compétitif de la course Uber disparait s’il faut payer les charges sociales sur les chauffeurs, la TVA et respecter des règles de formation pour recruter les chauffeurs, et si les chauffeurs doivent être soumis à l’impôt sur le revenu, la CSG etc.

On sort toujours à son détriment de l’ambiguïté fiscale et réglementaire.  Internet a permis l’évasion fiscale et règlementaire à grande échelle, jusqu’à ce que les Etats se réveillent. Ce qu’ils font à leur rythme pachydermique. La disruption se retourne. L’avenir d’Uber n’est pas nécessairement compromis. Mais désormais la course au chiffre d’affaire est entravée et le sera de plus en plus dans les grands marchés solvables. La banalisation rendra le souci des pertes de plus en plus prégnant. Contrairement à Amazon, dont le modèle n’est pas uniquement fondé sur le contournement des lois et du fisc (encore que…), Uber manque de raisons fortes de s’étendre voire d’exister si ce niveau de pertes se maintient.  

Tous les pseudos penseurs et les gourous patentés qui faisaient de l’ « ubérification disruptive » de la société l’avenir du monde, en seront pour leurs frais. Ils se reconvertissent à toute vitesse dans le « big data » et l’intelligence artificielle, sans même se douter que l’IA a commencé son chemin dans les média dès les années soixante-dix (cinquante ans déjà) et a été la plus grande déception pour les investisseurs, même si l’ordinateur bat désormais l’homme aux échecs et aux dames.  Non pas que ces disciplines n’aient pas un énorme potentiel mais il est très difficile à faire naître et à développer. En tirer des prévisions à long terme est simplement impossible.

Rappelons qu’Internet a plus de quarante-cinq ans d’existence, associé à la norme TCP-IP,  et qu’il a explosé comme média commercial à partir des années 90 et l’introduction du World Wide WEB, il y a plus de 25 ans.

Quelle est la grande  leçon à tirer des mésaventures d’Uber ?

La première est l’immense dynamisme qui s’installe dès lors que le fisc et la réglementation ne sont pas présents. Dans les banlieues du nord de Paris, Uber a fourni plus d’emplois que toutes les autres industries réunies.  Il y existait un énorme potentiel d’emplois qui n’était pas exploité.  En France notamment, la fiscalité et la réglementation, qui empêchent pratiquement toutes les libertés et tout profit, stérilisent de façon inouïe le potentiel d’énergie, de travail et d’emplois qui est présent partout, y compris dans ce qu’on appelle les banlieues difficiles et les zones dites de non-droit.

Le malthusianisme intrinsèque à « l’Enarchie compassionnelle » qui ne survit que par l’impôt confiscatoire et la sur-réglementation, a des conséquences dramatiques sur l’emploi et le dynamisme de l’économie. Dès qu’une faille s’ouvre, la vie économique s’engouffre. Au lieu de s’emberlificoter dans des analyses internet foireuses et des prévisions aventurées, les journalistes devraient lancer leurs analyses dans cette réalité parfaitement claire « ici et maintenant » : la stérilisation du dynamisme,  par l’impôt et la réglementation, d’énormes possibilités latentes d’échanges et de travail. Et aussi d’intégration : comme le disaient les Otkazniks en URSS, le « socialismus », appuyé sur un culte de la violence issu de la révolution française de 1789, ne permet ni liberté, ni égalité et naturellement aucune fraternité.

C’est cette vérité fondamentale qui est à l’œuvre : bureaucratie et fiscalité (qui est une violence d’Etat)  ruinent la prospérité et interdisent toute liberté, toute égalité et toute fraternité.  Notamment en France, où l’extase macronienne fait oublier les hausses massives d’à peu près tout ce qui peut augmenter comme contraintes administratives, tarifs et taxes, « en même temps » qu’on étouffe les possibilités d’échanges de travail et de biens offertes par Internet dans le cadre de relations de particulier à particulier.

Quand les économistes anglo-saxons viennent à nos thèses

Nous ne recopions jamais d'articles de presse sur ce blog. Nous allons faire une exception avec cet article d'un économiste anglo-saxon qui montre que les mentalités et les analyses évoluent dans les milieux qui ont nié le plus longtemps et avec le plus d'acharnement les dysfonctionnements d'une économie internationale basée sur les changes flottants. Nos thèses cessent d'être totalement marginales et désormais, après quarante ans, arrivent dans le "mainstream".

Que 2018 voit d'autres progrès dans ce sens et bonne et heureuse année à tous nos lecteurs.

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Typically over the past 200 years, the international monetary systems that have governed the global economy have lasted between 25 to 35 years. The current system, which has been in operation since the end of Bretton Woods in 1971-73, is 44 years old. Reflecting its longevity and its construct, this system has outlived its usefulness. Replacing it with an international one, which restricts the role of money creation, would go a long way towards solving many of the world’s main political and economic challenges. The modus operandi of this current system is the primary reason we have such populist and divisive politics across much of the west. In particular, this system explains the gap between the “haves” and “have nots”, and it is the reason we have had a “debt supercycle”, subsequent financial crisis and 10 years of fiscal austerity. This current international monetary system is the first, other than during and immediately after periods of global war, that has operated in an unanchored liquidity environment. This, with the 1980s financial deregulation and subsequent three rounds of Basel rules, has enabled the biggest global debt build-up ever recorded in history. That debt is the primary reason for high house prices. The absence of housing supply, while true in localised parts of the west, is a false narrative. An analysis of the UK economy makes the point. Over the past 40 years, mortgage debt has increased eightfold in real terms while excess housing supply as a share of total housing stocks has been increasing, not decreasing, over the past 20 years. Similar growth in household indebtedness has also been experienced in Australia, Canada, Denmark and New Zealand, to name a few. With that, the prima facie role of the commercial banking sector has changed dramatically. In 1980 in the UK and much of the west, the mortgage loan book of the commercial banks was effectively zero. Today, mortgage debt accounts for between 40-75 per cent of the loan books of most western banking systems. The continual reduction in risk weightings for mortgages by successive rounds of Basel rules has, along with this current monetary system, facilitated that rapid growth in mortgage debt. Currently in the UK, for example, risk weightings on mortgage debt are running at about 13 per cent across the main commercial banks. That figure is similar in the Australian, Canadian and other banking systems. In contrast, risk weightings for corporate loans remain at 100 per cent. In effect, therefore, banks need to charge approximately eight times as much interest on a corporate loan to make the same return on capital. That skewed incentive to encourage mortgage lending (into unproductive assets) rather than lending into the corporate sector (into potentially productive assets) is one of the reasons for the poor productivity outcomes in the west. More importantly, the policy response to the indebtedness crisis has further undermined the productive potential of the UK and western economies as ultra-loose money forestalls the Schumpeterian forces of creative destruction. The Bank of International Settlement’s analysis of western zombie companies illustrates the point — zombies in this context are defined as businesses that are unable to cover their interest expense with their earnings before interest and taxes. It shows a trend of a rising share of zombies in the corporate base in the west since the early 2000s (the beginning of ultra-easy money). Breaking that down into an individual country analysis shows the trend is widespread across western and large emerging market economies. Indeed, Japan is the only exception — arguably illustrating that time is one healer of the debt deflationary forces faced by the west. A corporate base with a high share of zombies is a weakened corporate base with productivity growth therefore undermined. That then feeds into poor real wage growth and divisive politics. As such, a return to an anchored international monetary system, while painful en route, should bring about much more widespread real income growth and therefore wealth accumulation. It should, if properly designed, re-orient house prices back towards more normal long-term valuation levels, thereby improving affordability and, by anchoring liquidity provision, it should also bring about less asset price-intensive and more productivity-rich economic growth. With that, politics can once again become more inclusive and less divisive and extreme. Achieving this should be the primary goal of the G20 — or the very least that of the three major currency areas in the global economy (US, eurozone and China). While currently a speculative bubble, cryptocurrencies, if embraced in this new model, would have the potential to realise their true purpose.

Chris Watling, chief executive and chief market strategist at Longview Economics

“Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes.”

Lorsqu’en 1997, j’ai sorti cette citation de Bossuet sur le forum du Monde, elle n’était pas aussi connue qu’aujourd’hui, reprise qu’elle l’a été, par exemple, par Eric Zemmour. Il est amusant ou consternant, comme on voudra, de se rappeler qu’elle accompagnait une réflexion sur certains sujets qui sont aujourd’hui encore au cœur de l’actualité.

-          Le SMIC

Le SMIC est une machine à créer du chômage structurel. Il fallait rester dans la philosophie de SMIG par branche et décentralisée par bassin d’emplois. Pourquoi ? D’une part pour laisser ces discussions au dialogue entre patronat et syndicats salariés. En transférant la fixation des minima aux gouvernements, on privait de matière première le dialogue social et on se mettait entre les mains de la démagogie. Les démagogues du « coup de pouce » n’ont pas tardé à se manifester et le salaire a cessé d’être le prix d’équilibre du marché du travail. Cela d’autant plus qu’on n’a pas cessé de le « charger », avant de cesser les coups de pouces devant les conséquences, et de le « décharger » artificiellement, en transférant les charges à d’autres. Le coût de la vie n’est pas du tout le même en province et à Paris et dans les autres zones de haut revenu. La conjoncture varie. Il est tout à fait normal que les décisions soient prises à l’échelon le plus opérationnel où le contact avec la réalité est le plus net.

-          La retraite

Il fallait revenir le plus vite possible à la retraite à 65 ans puis la porter à 67 ans. Cela fait maintenant quarante ans qu’on tergiverse. En ruinant le pays et maintenant les retraités, soumis à la double peine CSG augmenté de 26 % et inflation qui remonte à 2 %. 28 % de baisse de revenu en une année ! Et ceux qui avaient investi dans la pierre pour compléter leur retraite seront massacrés. Bravo pour la justice sociale !

-          La gratuité de la sécu

Tout le monde devrait savoir que la fausse gratuité, en vérité la séparation entre les payeurs et les bénéficiaires, aboutit automatiquement à un déchaînement des dépenses qui devient vite intolérable. Il suffit de se remémorer « la gratuité du pain » édictée par Fidel Castro pour montrer que le socialisme c'était la fin de la faim. Au bout de trois jours, les paysans ont commencé à donner du pain à leur cochon et d’une façon générale la demande s’est envolée. Le gouvernement n’a plus pu payer. On a condamné à mort et exécuté quelques paysans et quels consommateurs abusifs, et on a mis fin au système. Ce type de gratuité a toujours le même effet : constriction du producteur et disparition de l’offre ; débordement de la consommation que le payeur public ne peut plus payer. Ajouter une organisation soviétique et vous mettez par terre le secteur où s’exerce la gratuité. Voici donc qu’il n’y a plus de médecins, qu’on attend des mois une visite chez les spécialistes, que les erreurs médicales deviennent légion, qu’on accouche à 40 km de chez soi, que tous les médicaments sont produits à l’étranger selon des normes qu’on préfère ne pas trop regarder de près (L’Inde et la Chine ont désormais le monopole des excipients et d’une bonne partie des molécules), alors que les populistes vomissent la mondialisation (sauf quand elle permet de retarder l’explosion de la sécu).

L’attaque de Juppé contre la partie sécu du plan Fillon a montré que toucher à cette vache sacrée avait des effets électoraux monstrueux. Alors laissons mourir en paix le remarquable système de soins mis en place depuis le XIXe siècle.

-          L’orthographe

Depuis mai 1968, elle est « fasciste » et le moyen de la « reproduction sociale » et « du gonflement des inégalités ». À peine 10 ans après 68, à l’Institut d’Etudes Politiques de paris, les maîtres de conférences et professeurs ont reçu une directive de la direction exigeant de ne plus tenir compte des fautes d’orthographe. Maintenant on ne veut plus de dissertation parce que les élèves n’ont pas été instruits de cette discipline. Il est vrai que les dernières que j’ai pu corriger présentaient des défauts incroyables : jusqu’à 50 fautes dans 8 pages ; pas de plan ; des fautes de français à n’en plus finir ; des mots à la place d’autres. Quand on se rappelle des règles « zéro pour 5 fautes », « pas de correction après la dixième faute », cela faisait bizarre.

Nous avions dit en 1997 que le système scolaire était dans une spirale descendante, les nuls engendrant de plus nuls encore dans le corps enseignant. Aujourd’hui la masse des « enseignants ignorants » veut mettre à l’index ceux qui ont de l’orthographe et qui sont un reproche quotidien ! On s’est effondré dans tous les classements. Et les demi-intellectuels (demi est plutôt emphatique) de gauche qui peuplent les médias continuent à chanter à tue-tête : « reproduction sociale » et « gonflement des inégalités » pour critiquer et empêcher toute mesure de redressement.

Sur ces quatre sujets la classe médiatique et les politiques ne veulent pas céder, alors que le gouffre s’est ouvert sous leurs pieds (chômage délirant, déficits abyssaux, déserts médicaux, ruine des retraites, dégringolade culturelle absolue et relative).

Tout était connu il y a vingt ans. Mais dès 68, il y a un demi-siècle, on savait quelles seraient les conséquences. Comme on savait que le déchaînement de la pornographie et de la libération sexuelle se retournerait contre les enfants et les femmes. Il y a eu Dutroux et la réaction contre la pédophilie. Désormais on « dénonce son porc » et on fait des reportages télévisés sur les « frotteurs du métro », en même temps que les suprémacistes musulmans dénoncent la société occidentale corrompue et fait sécession.

Mais oui, l’immense Bossuet, probablement le dernier grand maître de la langue française, qui savait dire en dix lignes ce qui prend un livre entier aujourd’hui, avait raison. Dieu rit peut-être. Pas nous !

Perseverare diabolicum !

Amen.

À propos du livre « Déflagration » de Patrick Stefanini

« Déflagration », chez Robert Laffont, dialogues entre Patrick Stefanini et Carole Barjon, est à ce jour le meilleur livre écrit sur le désastre présidentiel de 2017. Il devra être étudié par tous les étudiants en sciences politiques avec le plus grand soin tant il est honnête et précis. Stefanini est un Énarque, bien sûr, de la race des organisateurs doués. Il avait toujours tout réussi. Il se met au service de François Fillon, pour des raisons de projet, alors qu’il était proche de Juppé. Et voilà soudain la défaite, la vraie défaite, horrible et terrifiante, humiliante et irrattrapable, avec un risque réel de démembrement définitif de son camp politique. Après la « déflagration », ne reste qu’un champ de ruines. On comprend son envie de comprendre et aussi celle d’en tirer quelques leçons.

Il le fait avec humilité, s’associant à toutes les erreurs tactiques du candidat, sauf, naturellement, celles qui lui sont propres. Le portrait de François Fillon n’est pas à charge, même si des défauts apparaissent en filigrane du fait de certains comportements. Le premier est un manque d’empathie et de charisme de chef de bande. Ce n’est pas rédhibitoire pour diriger un pays, mais cela impose d’être d’une haute tenue morale et un exemple de tout sauf d’« hédonisme ». Un candidat à la présidentielle, tendance sombre et « larmes et sueurs », qui, la veille d’une campagne importante va à Capri s’amuser avec le président de Ferrari et qui se blesse en Vespa, cela pose problème. Ce n’est pas dit dans le livre mais nous l’avions ressenti à l’époque. Cette faille va s’agrandir jusqu’à déchirer la campagne et provoquer son échec, malgré un triomphe aux Primaires. Une attitude politique ne peut pas être constamment une posture.

Les Primaires furent-elles une mauvaise idée ? Non réponds Stefanini, car elles ont permis un travail de programmation qui n’avait jamais été fait à ce point jusque-là. Beaucoup de questions ont été brassées qui auparavant restaient dans les limbes tant que le parti n’était qu’une bataille de leadership menée en interne, les militants étant transformés en simple claque pour le plus malin. Bien sûr un travail de fond impose de faire apparaître des différences voire des conflits de ligne. Mais justement, il en résulte une clarification qui est de nature de solidifier ultérieurement celle qui sera appliquée à la présidence de la République en cas de succès. Fillon a gagné les primaires sur son programme autant que par sa maîtrise dans les débats télévisés. Juppé s’est tué avec son « identité heureuse », Sarkozy n’avait pas de programme, Le Maire avait un programme délirant dans l’ampleur des détails qu’il accumulait, NKM n’a su que froufrouter.

C’est l’engagement surprenant de plus de quatre millions de personnes sur ce programme et non sur la personnalité de François Fillon qui a fait le résultat des primaires et aussi la Manifestation du Trocadéro. Stefanini s’oppose radicalement et avec raison aux commentaires de la presse qui font du succès de F. Fillon le fruit de l’engagement des retraités ultra-catholiques du XVIe, que l’on retrouvera au Trocadéro. Bien sûr les Primaires ouvertes ne le sont jamais assez. Leur champ sociologique est nécessairement déformé par rapport à la diversité nationale. Mais elles indiquent un champ de force. Nous pensons, nous aussi, qu’il y avait là une vraie force, qui demeure, et qui explique que le report sur Macron des espoirs portés par Fillon ne s’est toujours pas fait.

C’est là que le politique rejoint l’économie. Oui le programme économique de Fillon était le meilleur. Il valait mieux augmenter la TVA que la CSG. On ne peut faire l’économie d’une augmentation du temps de travail et du retardement des départs en retraite. La dépense publique doit être jugulée. L’attitude grotesque qui consiste pour un candidat de chercher à séduire des catégories en poussant des mesures intolérables et démagogiques, a été évitée par le candidat Fillon. Il a refusé par exemple de remplir la case : « donner quelques choses aux classes populaires » en supprimant la taxe d’habitation, une idée qui sera récupérée par le clan Macron et dont on voit aujourd’hui toute la perversité. Plus généralement, faute de vouloir s'attaquer réellement à la dépense publique, le gouvernement annonce pour 2018 un record d’emprunts : près de 200 milliards d’euros. Faute de vouloir s'attaquer aux charges pesant sur les entreprises, le rebond de conjoncture se fait au prix d’un déficit extérieur abyssal.

Telle était la certitude des soutiens de F. Fillon, en dépit des défauts du candidat, jugés véniels par rapport à ces exigences nationales dirimantes. Et ils avaient raison.

L’auteur multiplie les analyses plus proprement politiques. Les élections primaires auraient dû être organisées plus tôt, au printemps, afin de permettre une réconciliation réussie après les tensions de l’affrontement de lignes et de personnes. Cette réconciliation doit être activement et sincèrement recherchée par le candidat élu. Les groupes parlementaires doivent être mis au pas pour éviter des interférences corporatistes qui troublent la campagne. Le programme du candidat doit être élargi et adapté pour séduire non plus seulement une frange partisane active mais la majorité du pays, mais sans reniements des forces essentielles qui se sont manifestées. Il faut associer toutes les forces politiques qui peuvent s’allier. Avec une vraie volonté et un complet entêtement. Il faut atteindre et mobiliser toutes les couches de la population et en particulier la jeunesse. Et il faut naturellement détruire le camp d’en face. Donc faire de la politique sans arrêt ni circonspection. Et mouiller la chemise, tout en cherchant le plus possible de nouer une vraie « coproduction » avec la population.

Et si votre candidat n’est pas élu, il ne faut pas jeter son programme aux orties et faire de la démagogie foraine pour sauver des sièges, pendant qu’une partie des élus retournent leur veste pour prendre des postes imprévus en urgence dans le camp d’en face.

En creux, vous avez toutes les erreurs faites entre décembre 2016 et mai 2017.

Naturellement, un candidat irréprochable serait optimal. Si cela existe. La politique n’est pas le monde des anges et on est toujours le diable de quelqu’un. Comme disait Edgar Faure, le métier politique est le seul « où l'acrobatie est de règle, le risque total, et où l’on est sûr de passer son temps à être injurié, calomnié, vilipendé, menacé, poursuivi et parfois condamné. Regardez De Gaulle, condamné à mort qui plus est par ses compatriotes et même gravement menacé pénalement par la justice anglaise, lors de l’affaire Dufour, parce qu’il gênait Churchill ! ». Enfant de chœur, s’abstenir !

On dira que l’économie n’est pas tout. Ce qui est vrai. Sauf que nous vivons depuis 1971 une descente progressive aux enfers économiques qui méritent tout de même d’être arrêtée et qu’il s’agit d’une des vraies priorités nationales. Ce qu’on peut critiquer dans la candidature de Fillon et plus généralement dans celle de la droite (pour ne rien dire des autres) c’est que les programmes ont largement fait l’économie d’un diagnostic de cette crise, et se sont contentés de regarder ce qui pouvait être envisagé en interne. « Après tout faisons déjà aussi bien que ceux qui font mieux dans le même contexte européen et international », tel est le mantra.

Pour nous, c’est une grave erreur. Il n’y a pas de cure sans diagnostic, on ne peut pas sortir de là. Si on soigne l’eczéma sans tenir compte du cancer, on ne va pas loin. L’échec Macron qui se dessine, si de gros changements ne sont pas opérés rapidement, sera la manifestation de cette règle.

On retrouve cette vérité de fond lorsqu’on regarde le dernier chapitre du livre : « Quel avenir pour la droite », la partie la moins convaincante.

« La droite a perdu la classe ouvrière et de façon générale l’électorat populaire […] frappé depuis deux générations de plein fouet par la mondialisation scandée par les crises successives de 1974, 1976, 1 992 et 2 008. Puis les classes moyennes hantées par le chômage et la perspective d’un déclassement ».

Cette explication globalisante et sans analyses pertinentes des mécanismes en œuvre est insuffisante et trompeuse. Elle laisse penser que notre seule chance est de s’adapter, coûte que coûte, sans même envisager une diplomatie de la prospérité. Nous sommes en total désaccord. « Les primaires ont déverrouillé le débat d’idées » dit justement Stefanini, mais pas assez. Il demeure encore de nombreux blocages qui sont ceux d’ailleurs de la classe énarchique qui se croit formée en économie mais qui est en fait totalement incapable d’affronter les problématiques monétaires européennes et mondiales.

Sur le reste, on est dans la pensée dominante, girondine en ce moment.

« C’est l’absence d’autonomie fiscale qui rend les collectivités territoriales moins responsables ». On se tapote le menton. Il suffit de voir ce qui se passe à Paris pour se rendre compte que le délire n’est pas lié à l’autonomie fiscale. Paris va vers 7 milliards de dettes. Ce sera une ville ruinée et gâchée, de façon totalement indépendante du système fiscal.

Sur l’immigration et la sécurité, l’auteur constate que l’on ne peut rien dans le lacis des contraintes juridiques qui sont les nôtres, du fait notamment des traités que nous avons signés. On propose de trancher des « nœuds gordiens », mais, en fait, on bricole.

Le social ramené au « revenu universel » de M. Gaspard Koenig, c’est un peu bref.

Que notre système scolaire « ne soit pas mieux de sa forme » est une évidence. Mais quelle différenciation avec le programme Blanquer ?

« Croire en l’Europe, ce n’est pas un raisonnement d’« Énarques crétins » pour citer l’anathème d’Emmanuel Todd ». Certes, certes ! Mais si Todd était le gourou de la nouvelle droite, cela se saurait. On n’avance pas beaucoup lorsqu’on affirme qu’on doit créer une Europe « en faveur des Européens » et « qu’on ne pourra le faire qu’avec les autres peuples européens ». « Le triomphe du principe de subsidiarité » est sans doute souhaitable, mais la subsidiarité est nulle part en Europe, sinon dans les mots. De même imaginer que l’Europe pourra limiter l’immigration par une « vigoureuse politique de co-développement » est parfaitement ridicule. C’est la Chine qui a pris la main sur des pays qui pour beaucoup sont en croissance extrêmement rapide, et qui n’attendent pas tellement de l’Europe pour que cela continue. La pression démographique ne sera pas contenue. Et si l’Afrique fait naître ce milliard d’enfants de plus qui est annoncé pour 2050, c’est 400 millions de migrants qui forceront les barrages de papier et de bonnes intentions en direction de l’Europe.

Si on en reste, là, alors oui, « Bonne chance ! », la formule finale du livre.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Économistes Étoile.

L’émotion passe à droite

Depuis la Commune, la grande émotion, celle qui traverse de façon fulgurante le peuple ou la population, comme on voudra, est à gauche. Les funérailles du Père Hugo, de Jaurès, de Schoelcher, de Jean Moulin, furent des moments d’unanimité nationale de gauche. On pourrait y ajouter l’hystérie intéressée du PC français lors de la mort de Staline.

Puis la capacité de la gauche à diviniser ses grands leaders s’est effilochée. Les funérailles de Mendès-France furent un effroyable bide, celles de Mitterrand surtout marquées par la multiplicité des compagnes affligées, la révélation d’un enfant de la main gauche et l’importance accordée au chien, descendu in extremis par un avion du Glam. Du mauvais Labiche. A l’étranger seul Allende, eut le droit à une commisération un peu partagée, moins due à sa personne qu’aux conditions de son décès. Mais par les courants de la seule gauche. Le petit cercueil d’enfant de Castro fit plutôt rire, dans sa course finale à travers le pays sur un médiocre camion. « Grâce au ciel, on lui a coupé le micro !» fut la réaction la plus partagée sur l’île de Cuba.

La mort de Diana a montré un glissement des sentiments. La cruauté de son destin, en dépit des errements de son comportement, a mobilisé les chaumières. Aucun message de gauche, dans une vie tournant à la mascarade « jet-set », mais, déjà, l'omniprésence des médias et du « show-biz », avec une magnifique prestation d’Elton John dans une église généralement habituée à des chœurs plus classiques.

En France, De Gaulle ayant choisi, après ce qu’il jugeait être une révocation populaire, après la fin dramatique pour une partie de la population française de la guerre d’Algérie et la tragicomédie de mai 1968, la simplicité d’un enterrement dans l’intimité de ses proches, on imaginait mal que qui que ce soit, à droite, puisse susciter une ferveur populaire. On devait se contenter de « Panthéonisations » politiquement correctes sans le moindre intérêt populaire.

Et voilà que, coup sur coup, deux personnalités que rien ne rattache à la gauche disparaissent soudainement, provoquant une émotion réelle qui culminera avec le grandiose défilé de la dépouille de « Johnny » sur les Champs-Elysées et la cérémonie réussie à la Madeleine, dont le frontispice était à peu près totalement recouvert par une photo christique du chanteur, œil doux et énorme croix sur la poitrine.

La gauche médiatique (celle qui reste, la gauche politique étant à la ramasse) réussit une fois de plus à se raccrocher aux branches lors des cérémonies mortuaires de Jean d’Ormesson. Selon elle, Il avait été un « vilain fasciste caricatural » dans sa jeunesse, mais il s’était constamment amélioré avec l’âge, au point de devenir un charmant parangon du charme littéraire Français. Le Jeune Macron lui offrit un crayon, gonflant sa popularité de cinq points, ce qui mesure l’attachement du pays à un écrivain aux yeux bleus et à la fausse candeur aristocratique, devenu, avec l’âge, une star médiatique. Et puis il aimait Aragon, l’homme qui souhaitait qu’une Guépéou française vienne purger sans pitié le sang national vicié de la bourgeoisie pourrie, en le faisant couler à grands flots, comme le Génial Staline en avait montré le magnifique exemple (quelques dizaines de millions de morts tout de même). Il ne pouvait donc pas être foncièrement mauvais.

La folle mobilisation populaire lors des funérailles de Jean-Philippe Smet, chanteur insubmersible d’origine belge, alias Johnny Halliday pour faire amerloque et enfourcher la mode américaine du rock ‘n’ roll, affaiblie en mouvement yé-yé en France, exilé fiscal, adepte d’une vie plutôt dissolue si on la juge selon des critères conventionnels, amateur de stupéfiants à l’occasion, néanmoins catholique ostentatoire et riche à millions, va laisser la gauche sans voix. Les yeux bleus comme d’Ormesson ? Peut-être !

L’Église catholique en pleine débine, n’hésita pas un instant à offrir la Madeleine, habituée à une clientèle moins sauvage, pour une opération de promotion comme elle n’aurait jamais cru l’opportunité possible. Deo Gratias ! Carole Bouquet délivrant ses intentions, avec guitare aux interstices, restera un moment catholique inoubliable, de même que la volonté exprimée par Lætitia d’agiter l’encensoir et pas seulement le goupillon, redonnant vie à une tradition oubliée depuis Vatican II. Même si la Harley Davidson trônant sur le parvis, et étonnamment éclairée par un rare rayon de soleil d’hiver, donnait à tout cela un air plutôt païen, renforcé par le fait que la marque était à peu près la seule représentée dans le cortège des 700 motocyclistes d’accompagnement. Une bonne promo n’attend pas.

Tout le gouvernement était là comme tous ceux qui voulaient être renforcés par un supplément d’âme médiatique et compassionnel. Le président Macron fut accueilli par des sifflets mais retourna l’audience. Il lui fallait atténuer l’accusation de « président des riches » par un bain populaire émouvant. Ce président gourou est visiblement habité. Après la Sorbonne, le Pnyx, le siège de la CEDH et les Invalides ce fut donc le parvis de la Madeleine. « Entre ici, Halliday, avec ton cortège de rockers, de bykers et de fans… ».

Pour une belle fête ce fut une belle fête. Tous ceux qui y participèrent vous le diront. La tradition catholique et le talent des gens de spectacle se sont conjugués de façon parfaite.

Et la gauche devint muette. Surtout quand la fête se termina dans un flot de dépenses à Saint Barth, le paradis des pauvres comme tous nous le savons.

On se rappela alors que les ouvriers et les classes populaires avaient déjà déserté depuis longtemps les partis de la gauche politique et que la tentative du cynique et excessif Mélenchon d’en rapatrier quelques morceaux par l’outrance verbale avait échoué lamentablement à l’automne. Insoumis… en terre ?

L’émotion n’est plus de gauche. L’espoir non plus. La bascule droitière est partout en Europe.

Quarante années de crise économique non résolue ont fait leur œuvre.

L’économie est partout, même où on ne l’attend pas.

La pauvreté et immigration de pauvreté

Le pourquoi du grand silence des économistes

Peut-on parler de la pauvreté et de l’immigration de pauvreté sans provoquer aussitôt des crispations idéologiques et partisanes majeures qui rendent toute réflexion partagée impossible ? C’est un de ces sujets qui vous amènent au point Godwin en un instant. Nous savons les risques d’incompréhension que nous prenons, à vouloir aborder ce thème.

Toute l'économie politique est basée sur la création de richesses : lorsque la richesse globale augmente, la pauvreté recule. On ne parle plus alors de pauvreté absolue mais seulement de pauvreté relative, par nature impossible à corriger, puisqu’elle glisse avec le taux de croissance par sa définition même. On est toujours le pauvre de quelqu’un. Lorsque des mesures politiques sont prises pour réduire la production globale, la pauvreté augmente. Réciproquement la création de richesses se produisant quelque part et pas ailleurs, provoque immédiatement une inégalité de la richesse par tête. On en a déduit presque partout depuis l’accélération de l’enrichissement économique des nations, c’est-à-dire depuis au moins 200 ans, qu’il fallait accepter cette inégalité quitte à la corriger pour ne laisser personne dans la misère. Ce qui a été fait pratiquement dans tous les pays développés, même si les modalités divergent.

Depuis la révolution française et surtout depuis Marx, certains ont considéré qu’il fallait liquider les classes possédantes pour permettre à la masse de quitter l’état de pauvreté, l’égalité étant le seul vecteur de la vraie richesse. L’URSS et les différentes républiques populaires ont tenté de mettre en œuvre cette idée. Avec les résultats que l’on sait : 100 à 150 millions de morts, des milliards de vies gâchées et un effondrement complet dans les années 1980, la Chine se convertissant à un capitalisme d’état, sous férule dictatoriale, et l’URSS disparaissant. L’Inde et l’Indonésie, qui végétaient en pratiquant une sorte de socialisme d’État mâtiné d’archaïsmes divers, ont également décidé de se lancer dans l’économie de marché.

En une trentaine d’années, 1 000 000 de personnes qui étaient maintenues dans la misère (moins de 55 euros par mois), sont sortis de l’extrême pauvreté dans les ex-Républiques Populaires et dans les pays qui suivaient les recettes soviétiques.

L’extrême pauvreté est encore très générale en Corée du Nord. L’immonde Mugabe, star de la gauche socialiste tiers-mondiste, a ruiné son pays et réduit son peuple à la misère. En Amérique du Sud, Chavez et Maduro ont ruiné un pays riche, le Venezuela, et ont réduit à la misère des centaines de milliers d’habitants.

On en conclura que le « socialisme réalisé » aura été un vecteur effroyable de misère et que la meilleure solution aura été d'en sortir, en espérant que les derniers pays victimes puissent le faire assez vite.

La misère est, sinon, essentiellement le fruit des guerres internes ou externes. En Europe, dans les zones de combat comme l’est de l’Ukraine ou le Kosovo, pseudo-État dirigé par des criminels sordides et avérés, la pauvreté s’est accrue, provoquant l’exode des Kosovars (ce qui est un comble pour des gens à qui on a attribué le pays d'une autre nation) et des tensions extrêmes sur les marges de la Russie.

En Afrique et au Moyen Orient, les deux sources de pauvreté généralisée ont été les guerres islamistes et les guerres tribales. Pour simplifier, tous ceux qui poussent à la guerre extérieure ou intérieure sont les responsables principaux de la pauvreté. Dès que l’on quitte le socialisme, le terrorisme et le bellicisme, la prospérité revient peu à peu.

Il est vrai que ces constats sont rarement faits dans la presse française, les journalistes considérant que, pour avoir les postes qui rapportent gros, il faut faire sa révérence aux thèses gauchistes les plus rétrogrades, syndrome d’un « complexe de gauche » qui n’a jamais été guéri en France. Cela pourrait n’être que ridicule. Malheureusement les idéologies violentes s'enchaînent : après le socialisme violent et criminel, voici, avec les mêmes procédés, l’islamisme violent et criminel où la barbarie insigne est assumée, avec les mêmes méthodes, parfois avec les mêmes suppôts, comme le montre l’exemple d’un Edwy Plenel qui a glissé du socialo-fascisme à l'islamo-fascisme avec la facilité du « Pied Rouge » trotskiste sûr de lui-même et dominateur.

Désormais la mouvance socialiste ne parle plus de pauvreté mais d’égalité. Le socialisme militant n’est plus une lutte contre la pauvreté (un thème qui a été laissé à l'Abbé Pierre et aux Restos du cœur) mais un combat contre les riches. Le nouveau Doriot, un certain Mélenchon, a hier encore hurlé à la mort des riches « dont la France n’a pas besoin », avec les accents de Staline dénonçant les Koulaks, avant d’en tuer une dizaine de millions. Et la presse s’extasie. Le pauvre Merluche (soumis à l’ISF tout de même) était, paraît-il, déprimé. Une larme de compassion, SVP, pour un cyclothymique bipolaire qui parle si bien. Le voilà requinqué d’avoir incité de la façon la plus outrancière à la haine sociale. La presse applaudit cette magnifique résurrection par l’abjection hystérique.

Pas les pauvres. Ils n’espèrent rien de notre Chavez national. Ils ont raison.

Est-ce que cela clôt la question ?

Certainement pas.

Une source indiscutable de la pauvreté est à chercher dans la violence des crises périodiques. Ces crises internes au capitalisme financier doivent être comprises, prévenues et jugulées. C’est une des vocations de blogs de chercher les causes et les solutions. Ce qu’a prouvé le socialisme « réalisé », c’est l’influence de l’organisation. Une organisation défectueuse crée de la pauvreté. Nous prétendons que les crises récentes ne sont pas « intrinsèques » ni « constitutives » du capitalisme financier, mais le résultat de défauts majeurs d'organisation, provoqués par des conceptions erronées, en général fille d’objectifs politiques d’où l’économie est en tout ou partie absente.

Dénoncer les dysfonctionnements et proposer des remèdes est, pour nous, le propre de la réflexion économique et la seule qui peut conduire à la réduction de la pauvreté et la misère là où elle demeure, tout en sachant qu’il s’agit d’une condition nécessaire mais pas suffisante.

En dehors de ces phénomènes globaux, il peut exister des modalités d’organisation de détail plus ou moins défavorable à la sortie de la pauvreté.

L’État, en France, ne sait pas gérer la pauvreté. Il se débarrasse de la question sur des associations par un arrosage financier qu’il répugne à contrôler, et en abandonnant la répression des attitudes anciennement dites « asociales ». La mairie de Paris loge désormais des clochards au milieu des HLM, ou dans des appartements de luxe rachetés à prix d’or, faisant deux victimes, les voisins et le clochard lui-même qui est en général totalement incapable de s’assumer dans un tel cadre. La carte de paiement qu’on leur donne est appelée par eux-mêmes : le « RSA-pinard ». Et ils campent devant les supérettes où ils viennent acheter leur boisson favorite.

On sait que près de 2 millions de jeunes traînent hors de toute activité ou scolaire ou de travail. Ces « disoccupati » sont à l’origine d’une délinquance dite « légère » mais qui n’est plus ni poursuivie ni sanctionnée. L’assistanat permet de maintenir ces groupes hors de la vraie pauvreté mais pas hors de la rue.

En Europe, la règle a été qu’il fallait traiter les Européens étrangers comme ses propres citoyens. L’élargissement de l’Union Européenne aux ex-pays socialistes de l’est du continent a provoqué un afflux de pauvres. Il y a six millions de Roms ou équivalents entre la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie et les pays voisins. Leur migration n’a pas cessé notamment depuis l’an 2000. En France le nombre de bidonvilles Rom croît régulièrement : 100, puis 200, puis 400 et plus de 500 aujourd'hui, avec près de 500 000 Roms. Il n’y a plus une boulangerie ou une supérette sans son mendiant Roms, en même temps que s’étalent sur les trottoirs les plus fréquentés des grandes villes des « familles » entières, alors que quêter avec enfants est strictement interdit. Lorsqu’un bidonville crée un abcès trop grave, on le détruit. Il se reconstruit un peu plus loin. Il y a plus de mendicité aujourd’hui à Paris qu’à Calcutta ! Au rythme actuel nous aurons 1 million de Roms en France dans 20 ans. L’Allemagne, la Suisse, l’Italie connaissent des situations comparables. Un tiers des populations Roms d’Europe centrale se sont déplacées vers les parties riches du continent. Dans un silence de plomb. Pas question d’évoquer cette migration forcenée pour ne pas être accusé de racisme et de promotion de nouvelles chambres à gaz. Chut !!! Les gouvernements Hongrois, Bulgares et Roumains sont aux anges. Ne restent au pays que les riches chefs de clans et gangs, dans des palais somptueux. Les subventions européennes peuvent être détournées à d’autres objets. Chut !!!

Dans le monde, l’ONU a déclaré que la natalité n’était pas de la responsabilité des États et qu’il appartenait aux migrations « souhaitables » de réduire les tensions qu’une surnatalité provoquait. On voit donc des États africains qui laissent se développer une natalité galopante qu’ils ne peuvent plus et ne veulent toujours pas maîtriser. On sait qu’en 2050, à ce rythme, l’Afrique aura 1 milliard d’enfants de plus et qu’environ 400 millions chercheront à sortir de la misère obligée en migrant vers l’Europe, qui, elle s’enfonce dans la dénatalité généralisée. Les dispositifs d’aide sociale ne peuvent absolument pas absorber un tel afflux. On a vu qu’en France, on était totalement incapable de régler correctement un afflux de 500 mille pauvres en vint ans. Et que les populations, partout en Europe, n’étaient pas d’accord pour ce « grand remplacement de population ». Le cas de l’Allemagne et les difficultés de Mme Marcel sont aussi clairs que les réactions « populistes » en France, en Pologne, en Hongrie, en Autriche, etc.

Le transfert de la misère dans un contexte où il est interdit d’interdire et où l’économie mondiale ne connaît plus de croissance rapide est un des grands enjeux du temps. D’autant plus en Europe qui croît encore moins que le reste du monde. D’autant plus en France qui est à la traîne du reste de l’Europe. On vient d’y connaître 8 années de baisse du revenu par tête, la montée du chômage à 4 ou 5 millions et le développement d’un groupe de 7 millions de personnes économiquement fragiles. L’afflux d’immigrants pauvres est évidemment très mal vécu. La pauvreté importée met à l’épreuve toutes les tentatives faites pour maîtriser la misère locale et crée évidemment une « dé civilisation » qui se voit tous les jours dans la rue et dans les déficits publics.

L’économie ne fait pas de différence entre les races, les religions et les nationalités. Un afflux de nouveaux entrants est toujours considéré par les économistes comme favorable dès lors que les entrants deviennent producteurs et épargnants et investisseurs et consommateurs. L’important est qu’ils travaillent. En économie, « plus on est de fous plus on rit », plus on est nombreux plus on échange, plus on est riche, lorsque l'augmentation de population est graduelle et son insertion organisée. L’erreur de Malthus, qui ne l’avait pas compris, est désormais bien assimilée. C’est sans doute ce qui explique la mise en accusation de « l’économisme » par des gens qui regrettent, comme Eric Zemmour, le grand remplacement, mais aussi par les écologistes qui voient dans la hausse de la consommation la mort de la Terre.

La démographie est la partie la plus riche en mythes de toute l’économie politique. Alfred Sauvy l’avait bien compris. On voit tous les jours s’étaler dans la presse l’idée que la productivité crée du chômage, que les solutions chères sont les meilleures car elles créent de l’emploi. La numérisation et les robots, avec l’intelligence artificielle, tueront l’emploi hurlent les imbéciles qui sont incapables de remarquer que les pays où le chômage est le moindre sont ceux qui ont le plus informatisé leurs processus et qui ont le plus grand nombre de robots.

Le problème n’est pas dans l’emploi détruit mais dans celui qui n’est pas créé. Un pays qui voit l’État confisquer 100 % de la valeur ajoutée des entreprises ne peut pas créer les emplois nouveaux nécessaires en nombre suffisant.

La France, contrairement à ce qu’on croit, est un pays sous-peuplé, n’en déplaise à tous les malthusiens qui croient que nous y sommes trop nombreux. L’exode rural et la dénatalité ont conduit en partie à la désertification de certaines zones mais surtout à cette réalité délicate : l’existant ne peut plus être financé, dans la mesure où le niveau de vie des intervenants fonctionnaires ou non doit être augmentée régulièrement.

C’est la raison principale du manque de rentabilité des trains régionaux, de la poste, des agences bancaires, des métiers médicaux, des commerces. À ces causes s’ajoutent naturellement des évolutions aggravantes : la Sécurité Sociale qui veut paupériser les généralistes et centraliser les spécialistes, le régime insupportable financièrement des cheminots, le grand commerce qui s’est installée dans les banlieues des villes moyennes, la hausse du coût du pétrole, les DDT ex DDE qui gâchent l’argent public en enlevant puis remettant les haies et en créant des ronds-points, l’organisation soviétique de la campagne avec les Modev et la ruine des propriétaires terriens, accélérée par les décisions de justice à sens unique, Les églises ferment faute de paroissiens mais aussi de vocations. L’écologie fascisante qui prône un immobilisme total et le blocage violent de tout équipement régional, joue également son rôle détestable pour conduire à la déréliction des villages et des provinces.

On comprend que tous les maires des petites villes et leur population veulent simplement vivre aux crochets de l’État. Si le nombre des fonctionnaires locaux et régionaux a explosé, c’est largement pour ces raisons. Ce qui n’a fait qu’aggraver les choses. Le goût pour la maison Sam’suffit a joué également son rôle. Le pays est mité de constructions qui imposent des déplacements en voiture et un approvisionnement hors des centres-villes. La population française est partiellement responsable de ses propres problèmes. Une des raisons du chômage de masse en France est l'impossibilité de recruter dans de nombreux villages de France, parce qu’il n’y a plus assez de naissances, que les jeunes sont partis et que l’immigration est absente. On a trop de jeunes immigrés dans les banlieues pas assez dans les provinces. L’imbécillité de la politique de Mme Hidalgo qui charge certains quartiers parisiens d’immigrés (35 % dans le 14e arrondissement de Paris par exemple), alors qu’il faudrait les envoyer dans les villes petites et moyennes françaises, est remarquable d’inconséquence.

Le Japon, qui est passé de la baisse de la natalité à la baisse de la population, étudie depuis plusieurs années les conséquences dramatiques sur l’impossibilité d'entretenir le bâti et les structures existantes. Il refuse toute immigration. Jusque quand ?

Concluons. Traiter les questions de pauvreté et d’immigration pauvre est comme passer une charrue dans un champ de mines. Comptons le nombre de faits évoqués dans ce simple message qui peuvent déclencher d’horribles polémiques.

-          Le meilleur moyen de sortir de la pauvreté est de sortir du socialisme

-          La transplantation de l’ensemble des Roms des pays centraux vers la France et les pays riches conduit à une forme de dé civilisation

-          La technologie n’est pas la cause du chômage

-          On manque de bras en France qui est dépeuplée dans la plus grande partie de son espace

-          La Sécu aggrave les choses en massacrant l’offre de soins

-          Le goût de la maison individuelle aggrave tout

-          La grande distribution est inévitable dans une France rurale dépeuplée.

-          Il faudrait plus d’immigrés en province dans les villes moyennes.

-          On n’en saura pas accueillir en Europe les 400 millions de nouveaux Africains.

-          La surfiscalité aggrave tout

-          Le système monétaire est dysfonctionnel

-          L’euro est un système également dysfonctionnel

-          …

Il y a là de quoi se faire assassiner vingt fois. Ou cent ou mille ! De tous les côtés. Aucun ménagement à attendre :

-          Des socialistes

-          Des Libéraux

-          De l’extrême gauche

-          Des Verts et assimilés

-          De l’extrême droite

-          Des racistes et xénophobes

-          Des féministes

-          Des anti racistes

-          Des européistes

-          De Zemmour

-          Des fonctionnaires

-          Des paysans

-          Des Américains

-          Du monde de la finance

-          Des Européistes

-          Des organisations syndicales

-          Des maîtres-penseurs

-          Des banquiers et des maîtres de la finance

-          De l’Inspection des finances

-          .

Cela finit par faire beaucoup.

Donc les économistes officiels ne peuvent que se taire. Et ils le font très bien. Le thème de la pauvreté est réservé au tiers-monde « ruiné par la globalisation » alors que c’est l’inverse. En France on s’étripe sur les inégalités par déciles ! Vive les études sur le microcrédit, les monnaies « citoyennes » et les initiatives microlocales d’autosuffisance et les toilettes sèches.

Donc les démographes ont déserté le terrain se contentant comme Le Bras d’alimenter le politiquement correct dominant en études malhonnêtes tant les partis pris sont prégnants.

Donc les politiques grattent les plaies sans chercher de vraies solutions.

Une honte intellectuelle et nationale, mais des blocages invincibles.

Réponse à une question sur la vocation de ce blog

Nous recevons cette question d’un des lecteurs de ce site. Elle nous paraît intéressante.

« Vous prétendez intervenir sur les sujets qui ne sont pas correctement traités dans les médias traditionnels, mais je ne vois pas réellement lesquels. En revanche je constate que certaines questions ne sont jamais évoquées sur votre site, comme la pauvreté et l’immigration ».

Il n'est pas très difficile de voir sur quels sujets nous intervenons souvent car nous pensons en effet qu’ils sont mal traités par la presse officielle et même l’édition.

Les trois thèmes principaux sont :

-          Les causes de la crise économique qui sévit depuis 1971

-          Les questions monétaires nationales et internationales

-          Les questions fiscales.

Nous avons alerté sur la survenue de la crise de septembre 2008 avant qu’elle ait eu lieu et avons inlassablement donné une explication des causes, explication qui n’a jamais été fournie par la Presse qui s’est contentée d’incriminer la finance folle et les « subprimes ».

La monnaie est une affaire considérée comme trop technique par la Presse pour être abordée au fond. Du coup les passions conduisent les camps politiques et leurs commentateurs à écrire n’importe quoi. La monnaie internationale, pour sa part, est une question totalement incomprise.

La France est le pays de la dette et de l’impôt. C’est dans ce domaine que le mensonge d’état est le plus constant et le plus grave. Il est vrai que nous sommes le premier pays emprunteur en Europe loin devant tous les autres et que nous nous flattons d’être le second pays le plus imposé au monde. En vérité nous sommes le premier car nous restituons moins à la population que notre concurrent, l’état confisquant pour lui-même une part très sensiblement supérieure (au moins 5 % de PIB, mais les chiffres ne sont jamais comparés).

Il est donc normal que nous évoquions en priorité ces sujets qui sont généralement traités de façon politicienne, niaiseuse ou carrément trompeuse.

Il est vrai que nous évoquons la question de la pauvreté sous l’angle de la prospérité générale, étant entendu qu’une perte de revenu moyen par tête entraîne nécessairement une hausse de la pauvreté. D’autre part, la création systématique de postes publics à bas rendement a pour conséquences d’éliminer des postes de travail dans le secteur privé, et d’aggraver la pauvreté par privation du pays d’emplois. Les politiques européennes déflationnistes sont également constamment dénoncées sur ce site avec leurs effets collatéraux sur la pauvreté et la « colère du peuple ».

Avons-nous une réflexion spécifique sur la pauvreté, en France, en Europe et dans le monde qui ne soit pas triviale et ne recouvre pas des analyses déjà mille fois faites ? C’est à voir. Jusqu’ici, le thème a été tellement ressassé qu’il ne nous paraissait pas mériter d’observations originales spécifiques. Appel est fait à nos membres.

L’immigration est également un thème constamment couvert dans la presse et dans le débat politique. Nous l’avons abordé souvent, mais sous l’angle de la démographie. Notre thèse est qu’il n’y a pas de prospérité possible dans le déclin démographique et la natalité en berne. La France se portait plutôt bien sur ce sujet jusqu’à la rupture imbécile provoquée par la politique de F. Hollande. Nous sommes entièrement du côté d’Alfred Sauvy. La France doit avoir une politique nataliste car elle est sous-peuplée. Sans doute faut-il travailler un peu plus sur ce blog la relation entre dépopulation rurale et la bérézina des services publics et privés dans les régions. Le manque de médecin, la prétendue fracture numérique, les difficultés de la couverture scolaire, la régression de la poste, en région est devenue un thème dominant de la dernière campagne électorale, avec une forte reprise par les « populistes » et les anciens pâtres pyrénéens.

Le point qui manque est la corrélation entre densité de population et service public, dans un monde où l’on souhaite améliorer le niveau de vie de ceux qui les servent. Les Français n’ont pas compris que leur pays, pour l'essentiel, est vide. Les Japonais constatent déjà qu’ils n’arrivent plus à payer les infrastructures existantes là où la baisse de la population a été la plus forte. Nous allons creuser cet aspect des choses largement méconnu. Quant à la destruction de la Capitale par des malfaisants, nous n’avons pas attendu le livre Notre Drame de Paris pour en parler.

Merci pour la question

 

Admin

 

"Plus cela change, plus c'est la même chose"

Deux mots sur l'état du pays.

A un moment où une sorte d’extase s’empare des médias français, il est intéressant de se poser quelques questions sur l’état réel du pays.

On connaît le livre de Robert Escarpit, le Littératron,  Flammarion, 1964, chef d’œuvre méconnu de la littérature politique dont l’actualité ne saurait être trop soulignée.

Un ordinateur est gorgé des phrases que les Français adorent entendre. On choisit un individu à peu près débile et on le présente à une élection. Il se contente de débiter les phrases creuses recombinées par l’ordinateur. Il est élu haut la main.

Toute ressemblance avec la campagne d’Emmanuel Macron et le vote massif pour les inconnus de LREM ne saurait être qu'accidentelle.

L’ère des bons sentiments intéressés, la bienveillance obligatoire, le politiquement correct, le ressassement médiatique des mêmes slogans jusqu’à l’indigestion par des journalistes-perroquets, le resserrement de la richesse autour des obligés du pouvoir, la confiscation du dit-pouvoir par la noblesse étatique, ont pris une extension telle qu’il est presqu’interdit aujourd’hui de ne pas chanter les louanges du jeune Dieu qu’un destin heureux a mis à la tête de la France en le nimbant d’une vertu essentielle, la Baraka. En deux coups de serre cuillère et en un coup de Trump, il a restauré l’image de la France, enchanté l’Europe, réglé la question du Liban et recréé une dynamique économique basée sur l’optimisme et la confiance, en dépit des croassements des Insoumis déprimés par l’effondrement des mobilisations syndicales abusives et de quelques retraités grognons échaudés par la hausse massive de la CSG.  

Quelle est réalité de la situation, telle qu’on peut la voir quand on s’affranchit de considérations politiques, des transports psychologiques et des manipulations médiatiques ?

Elle est d’abord dans le ralliement presque total au « macronisme » de toute la communauté politique fermée des hauts fonctionnaires. Celui d’Alain Juppé, après celui de son protégé, Philippe, clôt la série. Symétriquement, la diabolisation de l’Enarque Wauquier, qui a le mauvais goût de ne pas se rallier, va bon train. La France vit l’acmé de l’Enarchie Compassionnelle.

Cela veut dire des impôts. En masse. 26% d’augmentation de la CSG, ce n’est pas un grignotement. Mais un coup de massue. Une hausse minimisée comme d’habitude en ne parlant que de la hausse des taux sans parler des montants globaux concernés. Regarder ma main droite : 1.7%. Ne regarder pas ma main gauche, encore des dizaines de milliards de prélèvements de plus.  Et dans les municipalités, privées des recettes de la taxe d’habitation du plus grand nombre ? Hausse de 2% dans beaucoup d’entre elles « pour compenser ». 2% ? Non, bien sûr ! Cela c’est l’augmentation du taux. Mais quel est le taux qui s'accroît ainsi : ah il était à 14% ? 2/14 = 14,28% d’augmentation. Pour ceux qui conserveront l’impôt. Merci pour eux. Pas un mot de protestation. Les retraités concernés n’ont droit qu’au silence. Ils ne sont pas représentés. « Ce sont des privilégiés qui se sont gavés tout en tuant la planète et en endettant leur progéniture», énoncera doctement sur les antennes une jeune sotte de LREM particulièrement inspirée.  Qu’ils ne se plaignent pas !

Cela veut dire du chômage. En masse. L’Insee a donné les chiffres. Ils sont malheureusement sans complaisance. Depuis l’élection de Mitterrand, la France a perdu 2.8 millions d’emplois dans le secteur marchand, principalement dans l’industrie. Et a recruté 2.7 millions de fonctionnaires sans productivité. Les hauts fonctionnaires qui dirigent la France ont fait face aux crises internationales et aux mesures prises par les socialistes élus par réaction à ces crises, les deux tares majeures de l’époque pour la France, en recrutant des fonctionnaires et en taxant. Dans la pratique les faits sont plus graves que cela. Compte tenu de l’augmentation de la population, le manque à gagner en termes d’emplois privés se situe quelque part entre 5 et 10 millions. Comment s’étonner que nous ayons 7 millions de pauvres et 5 millions de chômeurs ? Les chiffres publiés sur le chômage du troisième trimestre montrent …une augmentation. Quant aux prélèvements, ils atteindront un record en 2017 et égaleront le niveau de la valeur ajoutée du secteur marchand non financier. 100% de prélèvements ! Et ne parlons pas de la dette qui a encore augmenté massivement.

Pour faire passer la pilule on recourt aux mêmes astuces qu’en 2012 : l’injure et la mise en accusations des « riches ». Pas un instant de répit sur tous les médias. Il faut détacher l’infâme étiquette que la gauche tente de coller sur le dos du Président-gourou : Président des riches ! Vous vous rendez compte !  Macron fait du Hollande sans vergogne.  Mais sans injurier nominalement tel ou tel. Sacré progrès ! Alors qu’une des causes du Brexit est l’indignation du gouvernement anglais devant la prétention des instances judiciaires européennes de l’empêcher de supprimer les droits civiques aux condamnés aux plus lourdes peines, on voit des députés LREM, sortis tout droit du Littératron, variante 2017, proposer de supprimer les droits civiques des fraudeurs fiscaux.  C’est qu’il ne s’agit pas de voleurs de pommes, M’sieurs-dames, mais des plus grands délinquants de l’époque.  Qu’on se le dise et qu’on lise les Panama’s papers !  

De tous les bords, lors de la campagne, les candidats, tous les candidats,  y compris Emmanuel Macron, ont répété qu’ils avaient compris que les Français étaient accablés de normes, de règles, d’obligations ruineuses ou étouffantes. A peine élus, le discours change. L’isolation des appartements ne sera plus seulement encouragée mais imposée, car « les propriétaires n’ont pas à faire subir des frais de chauffage exorbitants aux locataires », comme l’affirme sur tous les antennes une ancienne socialiste ralliée à LREM et bien décidée à améliorer l’image sociale du chef.  Satané propriétaire, « tu vas voir ta gueule à la récrée ». Quant à la bagnole, ce symbole infect du beauf petit bourgeois, nécessairement petit bourgeois, acharné à défendre son surmoi mécanique, fini le diesel. « N’espère pas revendre la voiture que tu as mis tant de temps à t’acheter ».  Retour au prolback à vélo, gapette et pinces de pantalon incluses, pendant que les bobos qui le peuvent rouleront en voiture électrique coûteuse. « Les jeunes ne sont pas attachés à la propriété mais à l’usage ». Fini l’esprit de propriété bourgeoise. On va pouvoir fêter dignement les 50 ans de mai 68 ! Mais quelqu’un possède bien ce dont on fait usage et il n’entend pas y perdre…

Le nouveau mal français, aux Editions de l’observatoire, par Sophie Coignard et  Romain Gubert, fait le même constat.  Entre les observations de Peyrefitte d’il y a près de 50 ans, et la réalité d’aujourd’hui, il n’y a eu ni prise de conscience ni changement. Les exemples s’accumulent chapitre après chapitres.  Des livres déprimants de ce type, les divers éditeurs en ont produit des milliers depuis Giscard. Pour rien. Ils ne servent à rien. Les élus, une fois en place, veulent avoir la paix avec leurs subordonnés. Alors ils lâchent tout et n’importe quoi. Ne pas compromettre la réélection ! Incapables d’agir sur quoi que ce soit, ils multiplient les petits avantages.  Le Point de cette semaine faisait le recensement des avantages grotesques accordés par des municipalités à leurs salariés. On y travaille peu et pas souvent, tout en bénéficiant de mille petits avantages et de quelques gros privilèges.

La seule solution envisageable, pour un politicien français, c’est d’arracher aux propriétaires et aux riches les conditions de sa réélection. Vive l’impôt ! Si on essaie de revenir à la normale : on prend aux pauvres. Il faut dire qu’ils n’ont jamais été aussi nombreux.  Pour le reste, rien ne compte. Plus rien ne marche en France. Tout le secteur public est à peu près effondré. Le j’menfoutisme est partout. Pas moyen d’espérer qu’un transport public fonctionne correctement. La banque est devenue un champ de ruines, pourri de formulaires et d’exactions contre le déposant.  Plus personne ne parvient à faire travailler correctement des salariés de plus en plus souvent étrangers, mal formés, sans éducation et rétifs. Les ascensoristes ne gèrent plus que des incidents. Les garagistes ne savent plus réparer les voitures. Les sociétés informatiques sont noyées sous les bogues. On vole et on agresse partout, généralement sans aucune sanction.  Les rues sont immondes. La compétence part à l’étranger. Une « décivilisation » s’est mise en place.

Et inlassablement le même cri retentit : « salauds de riches ; salauds de propriétaires ; vive l’impôt ; il faut savoir la société que l’on veut et nous voulons une antisociété ». La séquence budgétaire en France de septembre à décembre, est le moment à la fois le pire, tant l’espace médiatique est polluée par la propagande fiscaliste,  et le plus révélateur de ce que ce pays est devenu : un vagissement indigne, sur fond de déréliction économique désormais probablement irrattrapable. 

L’Enarchie Compassionnelle a ruiné le pays. Le triomphe de la manœuvre Macron lui permet de survivre en s’exaltant : jamais le pays n’est à ce point entre les mains des hauts fonctionnaires. Jamais la désinformation du grand public n’a été plus totale. Jamais la paralysie n’a été plus grande. Jamais les vrais problèmes n’ont été moins évoqués. Sous le joug des Enarques, la France « dénonce ses porcs » et accueille, les bras ouverts et la bouche close  les centaines de djihadistes de retour d’exactions et de crimes abjects en Syrie et en Irak.  Des victimes, parait-il ! Qui elles aussi dénoncent le porc.

L’Europe, à la suite du monde, connait une petite reprise. La France est incapable d’en profiter. Impossible de recruter malgré les millions de chômeurs. Impossible d’exporter. Et cela justifie de ne rien réformer sérieusement.  Alors les déficits se creuseront, alors que mécaniquement ils sont censés se réduire.

Pour finir, nous publions ci-dessous une photo qui résume parfaitement l’état de la France. Elle a été prise au musée Pompidou, dans le local des toilettes hommes. On y voit trois portes.  La première porte est celle qui donne accès aux toilettes des fonctionnaires, car en France, les fonctionnaires ont le droit à des toilettes spéciales, comme pour  les régimes de retraite.  Pas question de se mélanger, culotte baissée,  avec le vulgaire. Pas question d’attendre. La seconde porte concerne les handicapés. La compassion par les toilettes, il n’y a que cela de vrai. La troisième est destinée au vulgum (lotus) pecus. Mais les toilettes ne fonctionnent pas. Et cela fait plusieurs semaines que cela durent.  Et tout le monde s’en fout.

A quelle heure le musée Pompidou ouvre-t-il ses portes un samedi lors d’un grand Week-End où Paris est plein d’étrangers ?  A 11 heures. On suppose que l’on est en train de négocier 14 heures, avec une fermeture à 16 heures…

Rien ne presse. Si on ose dire. De toute façon, les musées se mettent en grève lors des périodes de pointes touristiques. Alors …

Ainsi va l’Enarchie Compassionnelle triomphante en France et ainsi meurt un grand pays.

Le « macronisme » sera-t-il une nouvelle perte de temps ?  L’automne 2017 en France ressemble un peu trop à l’automne 2012 pour qu’on ne s’inquiéte pas.  

« Plus cela change, plus c’est la même chose » énonçait doctement le Littératron.



Emmanuel Macron et la CEDH : hauteur nécessaire ou rafistolage ?

L’exaltation des grands principes et la fréquentation des lieux inspirés sont deux aspects  remarquables  de la méthode Macron.

Discours du Louvres, discours devant le Congrès,  dégagement européen  sur le Pnyx et à la Sorbonne,  méditation aujourd’hui à Strasbourg  sur le rôle de la CEDH, Emmanuel Macron confirme ce qui avait déjà marqué ses discours électoraux : un évangélisme  « inclusif » qui place son action dans un bain de bons sentiments  sur des sujets où les principes ne sont pas en cause mais les modalités plus que problématiques et de plus en plus mal vécues par les peuples.  

La presse a rendu compte de cette visite en soulignant uniquement que le Président avait été faire l’après-vente de sa loi sur la sécurité, censée éviter un état d’urgence permanent. L’explication est contredite par le discours d’accueil du président de la CEDH qui rappelle dans  son exorde que le nouveau président, à peine une semaine après son sacre, l’avait reçu pour envisager cette réception en grande pompe. 

Emmanuel Macron avait dans la tête depuis longtemps cette visite qui est une première, alors que la CEDH a été instituée il y a des lustres (67 ans). Pourquoi personne, dans aucun pays,  n’avait songé à la faire ? Pourquoi le Président français la fait-il et pourquoi maintenant ? Est-ce le début d’un rite ? Où est-ce un « coup  médiatique » ? Quel serait alors sa cible et son objet ?

La CEDH est dans le collimateur de certains observateurs pour plusieurs raisons :

-          Le référendum sur l’Europe organisé par Cameron au Royaume-Uni a largement posé la question du fondement démocratique des lois, si un quarteron de juges de la CEDH provenant pour l’essentiel de pays minuscules,  pouvait les remettre en cause. La condamnation par la CEDH  de la perte des droits civiques édictée de tout temps au Royaume uni pour tout condamné à de lourdes peines de prison a été un choc. Au nom de quoi quelques personnes étrangères peuvent-elles contredire ce que veut le souverain ? N’est-ce pas là instituer le gouvernement des juges ?

-          Les lois « sociétalistes » portant sur de nouveaux « droits à », notamment en matière de mariages homosexuels ou de procréation artificielle ou externalisée,  sont désormais systématiquement  renvoyées  aux juges des droits de l’homme si les lobbies concernés rencontrent une résistance nationale. A quel titre peuvent-ils trancher mieux que le souverain ?

-          Le « droit-de-l’hommisme » ou prétendu tel, soutenu par exemple par Eric Zemmour comme on l’a vu dans l’article précédent, ou Rioufol au Figaro, conduirait au grand remplacement et à la victoire de l’Islam, qui contredit tous les fondements de l’Europe. La CEDH par sa jurisprudence empêcherait toute action contre cette invasion barbare et abaisserait les défenses européennes  contre le terrorisme. La CEDH a en particulier jugé que le fait d’entrer dans un pays en violant les règles ne pouvait pas être un délit pénal. On ne peut donc prendre aucune mesure d’expulsion immédiate ou d’internement.  De même elle a condamné la France pour son contrôle des populations non sédentaires et en particulier le fameux carnet que les romanichels devaient faire signer à la gendarmerie la plus proche d’un nouveau lieu de séjour. Elle a jugé que la notion de vagabondage et sa sanction éventuelle devaient disparaître. Le regroupement familial est vu comme un droit élémentaire de l’homme. Etc.

Il est intéressant de noter que la CEDH n’est pas une institution de l’Union Européenne. Elle dépend de l’Union Européenne Occidentale et avait en vue de calmer les répressions soviétiques à l’est et les excès des régimes autoritaires à l’ouest. Progressivement elle a réussi à changer ses objectifs pour devenir le référent des droits de l’homme en tout domaine. Elle l’a fait dans le silence général des politiques comme des médias. Etouffant sous les réclamations les plus multiples, elle a du  filtrer l’avalanche de recours et concentrer ses décisions sur les grandes questions de principe. Elle souhaite devenir plus que cela et agir antérieurement à toute saisine. Cela va lui être accordé. Ce qui veut dire que les gouvernants, les juges constitutionnels et les chambres juridictionnelles les plus hautes pourront la consulter avant d’agir ou de juger eux-mêmes.

Ne sommes-nous pas là en plein « gouvernement des juges » ?

Dans le cas de la France, le Conseil Constitutionnel, par un « coup d’état » audacieux, s’est donné le pouvoir de juger de l’application des principes généraux du préambule de la constitution donc des droits de l’homme. C’est, à nouveau,  une instance de cassation des lois qu’elle juge contraires aux droits de l’homme. Mais au moins le souverain peut changer la constitution et bloquer la jurisprudence du CC. Ce qui n’est pas le cas pour la CEDH.

La Cour de Justice de l’Union Européenne est chargée de la bonne application des traités.  Dès l’arrêt du 14 mai 1974 dans l’affaire Nold, la Cour affirme que les droits fondamentaux sont partie intégrante des principes généraux du droit dont elle assure le respect.  Depuis le traité de Lisbonne, les droits de l’homme sont devenus un critère de cassation encore plus explicite auprès de la cour. Elle peut donc s’immiscer dans le processus législatif d’un pays pour juger qu’un texte n’est pas conforme aux principes qui fondent l’Union Européenne tels que définis dans les traités. Voilà un troisième larron chargé de définir la signification concrète des droits de l’homme. Elle peut donc juger qu’il est contraire aux traités et à ses principes, de renvoyer chez lui un Rom expatrié qui fait la manche  en ville tout en dormant dans les taudis innommables.  Où pourquoi pas qu’un djihadiste  né en Europe prisonnier en Syrie ne peut pas se voir interdire de revenir en Europe pour y être jugé…

 Comme on le voit, ce n’est pas tant la CEDH qui est en cause mais la multiplication d’instances  permettant d’installer un gouvernement des juges au dessus de pays européens déjà largement dépossédés de leur souveraineté concrète dans le cadre de l’Union Européenne.

Pour certains, cette multiplication conduit au « gouvernement des juges », à la perte de souveraineté des nations et leur soumission à des mouvements  de population qui altèrent leur identité et leur survie démocratique au nom d’un droit hors-sol et loin des réalités concrètes du terrain.

DAESH se moque assez de la CEDH, affirment-ils,  et l’islamisation de l’Europe et le passage à la Charia signifieraient sa disparition.  Le texte du Coran « dicté par Dieu lui-même via l’ange Gabriel »  est au dessus des Constitutions et des Cours.  

Ces thèses sont désormais portées publiquement par des journalistes ou des essayistes qui connaissent un certain succès malgré la répression médiatique et a trouvé un débouché politique non seulement au FN mais dans le discours d’innombrables petits candidats  lors des dernières présidentielles.

Il était donc légitime qu’Emmanuel  Macron, qui s’était fait récemment juge des atteintes au droit  européen commis par des pays de l’Est et notamment par  la Pologne, se saisisse de ces questions et pourquoi pas en se faisant recevoir au siège de la CEDH, puisque désormais, la question des droits de l’homme n’est plus seulement posée par la brutalité des pays communistes.  

Il aurait  été bon que les grands partis politiques s’expriment sur ces sujets qui sont, en fait, tabou chez eux depuis des lustres. Que le président réveille le débat et le fasse sortir du non-dit, pourquoi pas ?  

Le seul ennui est que le discours du Président Français ne pose aucun des problèmes évoqués.  Il place la France en Europe, et lui-même au sein des dirigeants européens, comme Le défenseur des droits de l’homme. On peut juger que la stature diplomatique de la France en est fortifiée et que celle du Président aussi.  On rejoint le discours sur le Phnyx et à la Sorbonne.  Le Président est un champion qui se place tout en haut des ambitions nobles en Europe et il pense sans doute que la force et la solennité des lieux où cette ambition est exaltée à répétition, l’aideront à être reconnu comme tel par ses pairs.

Pour cela il fallait naturellement balayer devant sa porte : l’état des prisons est une atteinte aux droits de l’homme constamment dénoncée par les instances européennes et la CEDH. Il doit donc s’incliner devant la nécessité de faire quelque chose et il annonce carrément qu’il va mettre moins de monde en prison... Retour aux propos de Madame Taubira sur la prison qui corrompt et entraîne à la récidive. Cette fois-ci dans le silence des médias et sans grognements simiesques dans le Landernau.

Au final, on voit mal quelles conséquences auront ces actes ainsi « posés », comme on dit maintenant chez les analystes et les sondeurs, sur la réelle question de la souveraineté et des conflits entre essentialisme juridique et nécessités immédiates de résoudre des difficultés de plus en plus graves.

Le « malaise démocratique » n’est en rien adouci. La contradiction entre « une Europe qui protège » et  une Europe « qui interdit de se protéger » n’est pas réduite.

Reste l’image. Elle est noble et sympathique, d’autant qu’elle a permis de rappeler tout ce que la CEDH doit à la France et que le français y est la langue officielle. On est loin du comportement  médiocre jusqu’au catastrophique de MM. Sarkozy et Hollande.

Mais au-delà de la posture, on fait quoi ? La cérémonie ne pourra pas être répétée. L’effet d’image va se dissiper en quelques mois, sans doute moins. A voir l’inexistante couverture médiatique, on peut se demander si, en France, l’évaporation  n’est pas déjà acquise.

La Justice est un des grands sujets : justicialisme et gouvernement des juges sont deux tares qui ont des impacts  lourds sur bien des aspects de la vie nationale, y compris dans le domaine de l’économie.

En sortant partiellement le droit social des griffes des juges, E. Macron a montré qu’il voyait les dangers. En exigeant la réforme du régime des travailleurs détachés, il sort partiellement  de la légalité européenne une mesure de liberté économique jugée pénalisante.  En projetant une réflexion sur la CEDH, il aborde l’immense difficulté du conflit entre individualisme libertaire et législation collective oppressante. La triple liberté de mouvements des marchandises et services, des capitaux et des personnes, est contestée aussi bien à gauche, qui s’affiche comme structurellement antilibérale, et à droite, qui croit à la répression des libertés quand elles tournent à la licence et détruisent la prospérité,  l’identité et la sécurité nationales.

Une catharsis française et européenne  est nécessaire. Est-elle dans les intentions  et dans le pouvoir d’Emmanuel Macron ? Ou enfile-t-il,  une nouvelle fois, une veste trop large pour lui, et s’engage-t-il dans une quête qui n’a pas vocation de finir autrement que dans des arbitrages minuscules qui ne changent pas grand-chose, mais qui, comme le paratonnerre, fait baisser le risque d’une situation  trop électrique ?

Le « mystère Macron » est savamment orchestré.  La population, sans être séduite,  « ne veut pas juger encore et attends de voir ». « Il est délicat de se lancer à ce stade dans des procès d’intention », car les intentions sont belles.  Evangélisme et angélisme sont deux doux moyens du silence des agneaux. Les mauvais esprits verront une ultime tentative de sauver par le haut l’Enarchie compassionnelle.  On enlève la poussière  là où elle commence à faire bouchon ; on soigne les plaies  comme si ce n’était qu’écorchures dignes d’un peu de pommade. Les bons esprits souligneront la beauté des intentions et du verbe, en rappelant  qu’on ne fait pas nécessairement de bonne politique avec de mauvais sentiments. Ils prétendront que ce n’est qu’en flattant l’Europe communautaire qu’on pourra la réviser ou qu’en flattant les juges internationaux qu’on pourra limiter « le gouvernement des juges ».

Saluons une hauteur de vue bienvenue ! Craignons un rafistolage sans lendemains.

Les Énarques compassionnels : de sacrés fortiches

On assiste, en ce moment, à une propagande hyperbolique soulignant que l’action des Énarques qui nous gouvernent « nous font passer dans une nouvelle ère » et que des problèmes anciens seront bientôt totalement résolus, comme le déficit de la Sécu (grâce à la hausse du prix de vente du tabac et à la suppression des allocations familiales aux riches !) et que contrairement à ce que prédisaient les grincheux, nous entrons dans l’ère de l’Europe qui protège (les détachements de salariés aux conditions du pays d’origine, se feront d’année en année et non plus tous les deux ans, ce qui ne change exactement rien : on fera deux contrats au lieu d’un !).

On serait donc passé une nouvelle fois de l’ombre à la lumière. Avant, ces propos outranciers jusqu’au ridicule étaient tenus par des hommes politiques un peu trop inspirés. Ils le sont toujours. Maintenant les journalistes flagorneurs ont pris le même pli. Ils chantent les louanges du nouveau Messie Interplanétaire sans qu’on les sollicite. L’affaire serait charmante si quelques réalités saumâtres ne venaient troubler ces marivaudages.

La pénurie de lait.

On a du mal à croire que la France des torrents de lait européens soit désormais privée de lait, de beurre et de fromage. Mais si, mais si ! On a même réussi cela ! Nos félicitations aux petits-maîtres en France comme en Europe qui nous ont concocté cette singularité.

La pénurie de médecins

Évidemment, lorsqu’on méprise et que l’on saque les médecins, ils finissent par disparaître. Le tiers payant est la goutte qui fait déborder le vase. Il est devenu absurde d’être médecin généraliste. Alors on voit les calicots fleurir partout, notamment en Bretagne : « on cherche médecin ; nombreux avantages ». Si on veut payer le médecin libéral moins que le plombier, comment croire que les vocations vont se multiplier ?  La gratuité, sur tout marché, conduit à la répression du producteur et la constriction du consommateur. La collectivisation des coûts de médecine et leur gestion soviétisée ont abouti à la disparition des généralistes. Nos félicitations aux petits-maîtres qui nous ont concocté cette particularité.

L’excès d’éoliennes

Tous les spécialistes savent que les éoliennes sont un désastre à multiples facettes. La technique n’est pas rentable. Le coût de la puissance installée est sans rapport avec la production utile, c’est-à-dire utilisable au moment où on en a besoin (on stocke très difficilement l’électricité). Le fait de l’acheter à tarif fixe subventionné, même quand on n’en a pas besoin, ruine le pays. Les paysages sont gâchés sans raison, comme la vie du voisinage. Tout le monde a compris en Europe qu’on ne peut guère dépasser la satisfaction de quelque pourcent des besoins. Avoir fait une loi imposant la construction de machines importées en quasi-totalité, et assurant des rentes de situations aux paysans, est une saumâtre imbécillité à laquelle il serait heureux de renoncer sans délais. Les escroqueries sur ce marché sont d’ailleurs la règle. Cela moraliserait l’ambiance.

On cite le cas du Danemark pour montrer un, pays qui a réussi sa « conversion au renouvelable ». L’exemple n’est pas significatif car toute l’énergie non éolienne provient des… pays voisins. Le pourcentage d’éolien dans la puissance installée, dans ce cas, n’a strictement aucun sens.

Le cycle du feu rouge à Paris

De 1960 à nos jours, on a vu fleurir à Paris des feux à tous les carrefours, puis au milieu des tronçons de boulevards et de rues. Un marché juteux, réservé aux mêmes qui touchaient une belle rente de situation et une pratique qui alimentait la rumeur de commissions aux édiles de la ville de Paris (ce que nous ne pouvons croire). Seulement voilà : on n’a plus le moindre endroit où coller un feu. Que faire pour ne pas perdre ce juteux machin ? Facile : il suffit de les désinstaller progressivement. Faire et défaire, c’est toujours faire. La Mairie d’Hidalgo, la foldingue inspectrice du travail devenue mairesse par une étrange faveur hollandaise, a compris le système et pris les décisions en conséquence.

Au passage notons que l’appartement de 300 m2 Bd Raspail de notre charmante immigrée espagnole de première génération témoigne qu’on peut gagner très gros en politique (à 15 000 euros du m2, on voit la belle pelote que représente un appartement de 300 m2) même quand on est un fonctionnaire de bas niveau, (mais le mari est un énarque) ; gageons qu’il n’y aura sur le palier ni immigrés, ni Roms, ni alcooliques dignes des Anneaux de Bicêtre,

Remplacer des taxes abusives par de nouveaux abus

Comme nous le savons tous, nous avons l’inspection des Finances la plus majestueuse et révérée en France. On nous l’envie dans le monde surtout lorsqu’il s’agit du sein immaculé des saints : le Trésor. Le malin Eckert, petit prof de maths de province voulait être ministre. Nommé (parce qu’il avait une grande gueule sur un corps épais et qu’il dégueulait avec énergie contre le capitalisme infâme) à la tête de la Commission des Finances de l’Assemblée, il y fit passer un amendement qui aujourd’hui coûte 10 milliards à l’État français. Nommé au budget où il a été silencieux comme une carpe pendant toute sa tenure, il n’a évidemment rien fait pour arrêter les frais au plus vite. Tous les Énarques du trésor se sont couchés à plat ventre comme des limandes. Ils se demandent seulement par quel nouvel abus on pourrait éviter de rembourser (ou comment faire payer le remboursement par quelques autres victimes). Les braves gens ! Dix milliards, c’est cinq années d’Impôt sur la fortune immobilière …

Les nouveaux malheurs de Sophie (chez nos bien-aimés dirigeants)

J’espère qu’un écrivain de talent racontera l’histoire étonnante de la très intéressante Nahed Ojjeh qui couvre toute la période de Mitterrand à nos jours. Fille du Général Tlass, un boucher syrien qui a commis quelques crimes contre l’humanité pour établir et maintenir le pouvoir des Assad, le responsable des services secrets du régime et à ce titre principal parrain de la Bekka, pour toutes sortes de trafics et notamment la drogue, la belle Nahed avait épousé Akkram Ojjeh, d’âge avancé, principal acteur dans le jeu des commissions entre la France et le Moyen-Orient sunnite. Lorsque l’Alzheimer frappa ce grand humaniste, l’épouse éplorée chercha à Paris, dans notre belle administration médicale, un éminent neurologue pour expliquer qu’il fallait lui confier désormais les rênes à elle, au détriment des autres ayant droit. Un don colossal de la part d’une de ses fondations et quelques suaves satisfactions données à un fonctionnaire médecin chercheur plus tard, l’affaire été réglée.

On vit une singulière coutume se répandre dans le tout-Paris. Lorsqu’un homme en vue se mettait à porter des chemises roses, on savait que la belle avait fait une nouvelle conquête. Certaines de ces personnalités des affaires, du journalisme ou de la politique ont été cités dans la presse comme ayant fait un bout de chemin. Rien que du premier choix, souvent énarque ou fonctionnaire mais pas seulement. Après le moment d’égarement, ont suivi hélas, dans bien des cas, des revers familiaux ou professionnels bien tristes. Merci pour le moment !

Nahed a toujours été une convive parfaite et ses salons ont été fréquentés pendant des lustres par tout ce qui compte à Paris. Elle a, par ses dons, honoré la France et pas seulement quelques Français, de sa fortune.

Seulement voilà : la Syrie est en guerre et le statut diplomatique de la belle, vivant à Paris en franchise de tout et notamment d’impôts, a disparu. La Dame a donc demandé la nationalité française. Un cas unique pour une milliardaire. Elle lui a été refusée, après quarante années de services rendus « de vivo et de argento ». Et voilà qu’on inculpe son frère comme intermédiaire dans l’affaire Daesh-Lafarge. Il est vrai que la famille Tlass était au carrefour de tous les intérêts croisés entre la France et la Syrie et possédait des parts de la filiale locale de Lafarge. Nahed est fâchée. Très fâchée. On le comprend. Tant d’assiduité en vain, c’est moche. Il paraît que Valls est à la source de ces difficultés. Que s’est-il passé ?

Souhaitons le meilleur à Nahed, car elle a beaucoup donné. Mais quel éclairage détonnant sur la vie des élites administrativo-médiatico-politiques qui nous dirigent et la facilité extrême avec laquelle ses membres se laissent, disons, séduire, voire griser.  Puis jettent au panier ce qu’ils ont adoré au temps où il y avait quelque chose à gagner.

En écoutant Éric Zemmour

Éric Zemmour a été invité par le Cercle Interalliés à discourir sur le bilan des six premiers mois de la mandature Macron. On connaît Éric Zemmour. Son exposé n’a, en rien, concerné la question posée mais le discours fut charpenté, ancré dans l’histoire, dans la continuité de ses combats et agrémenté non pas tellement d’humour mais de ce rire de crécelle qui est sa marque. L’idée directrice : Macron, c’est Louis Philippe, donc un objet politique déjà vu, dont les contradictions internes sont fortes et dont la vocation est de finir mal. Emmanuel Macron a réconcilié les « gagnants de la mondialisation » qui ignore les deux sous populations critiques : le périurbain malheureux, la banlieue islamiste irrédentiste. La réunification de la « bourgeoisie bohème » et de la « bourgeoisie bourrin » nous mène tout droit à la confrontation et finalement à la guerre ouverte. La « trahison des élites » mène la France à la disparition et au chaos. La seule mesure qu’aurait dû prendre Macron, c’est de mettre fin au regroupement familial cette erreur magistrale de Giscard, un « proto macroniste » qui avait à faire face aux forces communistes et gaullistes résiduelles, ce qui laissait de l’espoir. Comme ces deux forces ont disparu, le « vrai peuple » n’est plus représenté et « l’économisme » et « le droit-de -l'hommisme » règnent sans limite, avec la guerre civile comme perspective finale.

L’invitation d’un Éric Zemmour provoque souvent rejet ou au minimum quelques états d’âme. On se souvient de la chasse au Zemmour qui s’était organisée lorsque le succès de son livre sur le « suicide français » l’avait conduit à multiplier les conférences. Le prix Combourg qui lui avait été attribué a suscité, on s’en souvient, une hystérie dans les colonnes bien pensantes d’Ouest France et justifié la suppression de la participation de la ville de Combourg à l’organisation de ce prix dans la ville de naissance de Chateaubriand.

Inviter Éric Zemmour pouvait passer pour une provocation au Cercle Interallié. La salle était comble.

Pour nous, c’était heureux. Un lieu de débat est un lieu de débat. Un penseur réfléchi doit toujours être écouté. Les condamnations a priori sont absurdes. La France n’aime plus débattre. Sous la pression socialiste et celle du politiquement correct américain, elle se complaît dans la chasse à l’homme et l’érection de piloris, deux sports qui font vomir et qui signent la mort d’une certaine liberté de pensée en France.

Va donc pour le débat. Il n’a pas eu lieu au Cercle, les questions posées étant bien trop convenues. Pourquoi pas sur ce blog ?

Écouter Zemmour, c’est sentir monter en soi un sentiment rampant et constant de malaise. Analyser la source de ses sentiments n’est pas si facile. À la réflexion, on se rend compte que la dénonciation de « l’économisme » et du « droit-de -l'hommisme » est le nœud de l’affaire.

Qui peut douter que les économies mondiales, européenne et française soient en crise depuis 1971 ? Nous avons-nous même théorisé cette crise, cherché ses causes, proposé des solutions. Pour Zemmour il n’y a pas de crise. Seulement une mondialisation qui a ses gagnants et ses perdants. Macron représente les gagnants et « l’économisme » est son idéologie qui veut qu’on s’adapte à l’extérieur et que l’on se soumette à l'altérité par la souffrance du peuple. En vérité tout le monde est victime de la crise sauf les économies libérées du communisme qui connaissent, sous une forme atténuée, les « miracles » économiques caractéristiques des Trente Glorieuses en Europe.

Il faut certainement éliminer les causes de dysfonctionnements qui prévalent dans l’organisation mondiale, dans celle de la zone euro et surtout dans la sottise économique française. L’économie est un sujet crucial. L’abandon des « zones périphériques » tient plus au fait que depuis 8 ans le revenu par tête baisse en France. Plus généralement les réactions populistes proviennent de cette carence économique et même la géopolitique est liée largement à la crise économique. L’explosion financière de 2008 est la cause immédiate des « printemps arabes » et des guerres qui ont suivi. L’élection de Trump provient également des effets de la crise aux États-Unis même., bien qu’ils soient moindres qu’ailleurs. La question économique est donc cruciale et les vaticinations sur « l’économisme » n’ont exactement aucun sens. Il faut sortir de la crise, pas de « l’économisme ».

Les critiques contre le « droit de l’hommisme » provoquent le même malaise. Les droits de l’homme sont un acquis démocratique fondamental et une dimension de l’identité française. Zemmour a indiqué hier soir qu’il ne se sentait pas démocrate. Bon à savoir, mais on peut répugner à le suivre sur ce terrain. Il est parfaitement exact que le gouvernement des juges pose problème, surtout quand ces juges sont des fonctionnaires internationaux totalement déracinés et coupés du peuple. La question du juge constitutionnel est posée en France et en Europe. On se souvient que le déclenchement de la révolte « Tory » contre l’Europe est né de la condamnation par la CEDH de la privation des droits civiques pour les condamnés à de longues peines. Cameron a accepté de reprendre à son compte le combat contre le justicialisme européen en prétendant rendre par la négociation le droit du peuple britannique à fixer les règles du droit pénal. La Cour de Justice Européenne, autres instances, s’est également arrogé le droit de dire ce qui est conforme aux « principes des traités européens ». Les Britanniques ont considéré qu’il fallait qu’ils retrouvent leur souveraineté en ces matières et qu’ils n’avaient pas à se soumettre à des oukases non démocratiques qui, dans le cas de-là CEDH, sont souvent le fait de représentants de pays minuscules. Savoir qu’un juge monténégrin, associé à un juge du Liechtenstein et adossé à un juge luxembourgeois peut contredire des règles que plusieurs siècles de démocratie, et de millions de votes citoyens ont fixées n’est pas un faux problème.

Mais les droits de l’homme ne sont pas en cause. La solution est à chercher dans l’organisation. En France le juge constitutionnel a beaucoup élargi ses compétences, dont le droit d’interpréter le préambule de la Constitution, mais le référendum peut surpasser ses décisions. Il existe une voie pour éviter la dictature des « sages ». Il n’y en a pas en Europe parce qu’il n’y a pas de recours contre les décisions des juges de la CEDH et de la CJE. Des réformes sont nécessaires. Les droits de l’homme, indispensables, ne sont ans en cause. En revanche il faut agir, pour redonner au peuple un droit final et souverain sur les règles constitutionnelles.

Au final, dénoncer « l’économisme » et le « droit de l'hommisme » ne mène à rien sinon à des réactions contre productives en empêchant toute action.

À écouter de vive voix Éric Zemmour, on se rend compte que son combat est ailleurs. Il ne veut pas de la submersion du pays par les Maghrébins et les Noirs. Le Medef est vu comme un importateur de main-d’œuvre. « L’économisme », c’est l’immigration. De même le « droit de l'hommisme », c’est l’interdiction d’interdire l’immigration et de réagir contre l’irrédentisme religieux musulman.

La solution des Birmans contre les Rohingyas serait-elle celle suggérée par Zemmour ? La question n’a pas été posée. Heureusement ! La réponse aurait pu heurter les âmes sensibles.

Du coup, on sort d’une conférence d’Éric Zemmour à la fois séduit par le courage, la culture, la qualité d’expression, d’un journaliste qui est mieux qu’un journaliste dès qu’il décortique et qu’il réassocie le présent et le futur, et déconfit de constater que tout cela se réduit, au final, à la volonté d'expulser les noirs et les Arabes avant qu’ils nous envahissent et nous soumettent totalement, sans aucune véritable solution ni sur le front économique ni sur le front institutionnel, sinon la suppression du regroupement familial.

Le racisme social hystérique, une dimension bien française

L'exemple utile de Médiapart et d'Edwy Plenel

Citation :

"Il y a une « haine des juifs en France ». C’est ce que disent les éditorialistes environ tous les six mois. Espérons qu’ils aient raison ! C’est tellement plus efficace que la haine de l’immigré ou la haine de « l’assisté » ! Peut-être que votre égal ou votre inférieur vous bouscule dans le métro ou vous a grillé la priorité à droite, mais c’est le juif qui détourne vos impôts, ferme vos industries et détruit peu à peu votre modèle social. Malheureusement, non content de dicter nos politiques, ils possèdent un monde médiatique qui favorise en nous le dégoût du semblable plutôt que la haine du puissant.

De nombreux intermédiaires, notables et autres amoureux de l’ordre établi, soumis et admiratifs, nous incitent à les encenser. Le juif a pourtant mille fois plus de pouvoir sur l’intégralité de votre vie que n’importe quel autre pékin moyen qui peut, à la limite, vous la pourrir pendant quelques heures. Voici pourquoi il est temps de rétablir à sa juste valeur un sentiment des plus respectables : détester les Juifs.

 Pourquoi les juifs posent problème ? À cause de leur tronche ? Non. À cause de leur mode de vie ? Un peu, si l’on considère ce que les 10 % des juifs polluent en voyages intercontinentaux et en grosses cylindrées. Mais c’est peu comparé au mode de production dévastateur dont ils sont les actionnaires et au pouvoir dont ils disposent. Car leur fortune, leurs privilèges ne sont rendus possibles que par la relative pauvreté de la majorité de la population, avec ou sans la crise. En outre, si leur argent leur servait uniquement à s’acheter des Jaguar, ça irait. Mais non, ça leur permet de contrôler la presse, de payer des lobbyistes, d’influencer les politiques nationales et européennes plus que n’importe quel citoyen. Ce qui leur permet en retour d’assurer leurs intérêts financiers lesquels nécessitent que nos salaires restent bas. C’est pourquoi il leur est utile de contrôler les politiques relatives à la législation du travail. Ce qui pose donc problème, c’est que les juifs sont plus puissants que vous et moi, qu’ils sont plus puissants que 90 % des électeurs de ce pays et de l’Union européenne, dans la même proportion."

Fin de citation.

Nous n'avons fait que remplacer le mot riche par le mot juif. Vous pouvez faire le même exercice avec les mots "arabes", "femmes", "musulmans", "noirs".  On voit apparaître aussitôt l'ignominie du propos. Bien sûr il ne faut pas comparer le sort abominable fait aux juifs par Hitler et ses sbires avec l'exécution fiscale des riches qui est exigée par Médiapart et tant de bouches à feu d'un socialisme violent pour qui la kalachnikov a été remplacée par la fiscalité confiscatoire. On ne meurt pas de l'ISF et de la surfiscalisation. Mais rappelons les massacres insensés commis par les socialismes violents, 150 millions de morts tout de même et des centaines de millions de vies gâchées. Ces massacres à caractère génocidaire ont été occultés, niés et minimisés et le sont encore. Il est interdit d'en parler et de les qualifier pour ce qu'ils sont. On a le droit de tuer les prétendus Koulaks (10 millions tout de même), les riches, l'oligarchie. Ce ne sont pas des meurtres mais une libération. Qu'on lise le texte de Médiapart qui est d'hier, pas de 1932. Il faut détester. La haine est légitime. Ce sont des voleurs.  Des pollueurs. Ils provoquent la misère.  En France pas de "richophobie". On peut leur faire tout subir aux riches et ils n'ont pas à se plaindre parce qu'ils sont riches. Et les procédés à la  Goebbels sont les bienvenus. Quelle différence entre le patron de Médiapart et Doriot  dans la méthode d'expression, dans l'appel à la haine et à la discrimination, à l'exaction ? Il est vrai que Doriot a commencé comme communiste militant comme Edwy Plenel et qu'il a juste changé de cibles prioritaires. 

Il y a une abjection socialiste en France, surtout chez les Trotskistes  qui croient que parcequ'ils ont été liquidés par Staline ils ont le droit de reprendre les crimes de masse initiés par Lénine et Trotsky qui sont les vrais pères de la terreur sociétique comme le dernier livre de Wolton le démontre. 

A quand une législation contre la haine sociale et aux appels à la détestation d'une partie des Français par une autre ?

Rappelons l'hypocrisie de tout ce petit monde.

M. Mélenchon est un super riche comme Edwy Plenel et il n'a pas hésité à tricher avec les règles d'emplois fictifs. Son adjointe chilienne est désormais riche de ses contrats médiatiques et ne paie pas ses impôts et cotisations. Mme Hidalgo s'offre un appartement de 300 m2 Bd Raspail à 15.000 euros du m2, sans clochards et sans immigrés sur son palier. "Otes-toi de là que je m'y mette" est le cri de guerre de tous ces Jocrisse. 

Curiosité tout de même  que ce pays où il est interdit de dire un mot désagréable sur quantités de groupes humains sous peine de poursuites pénales mais où la haine est légitime dès lors qu'elle porte sur le "riche" et le "bourgeois", alors qu'en France, même les pauvres relatifs sont riches comparés aux vrais pauvres des pays en difficultés et notamment des pays qui ont subi la dictature des socialistes violents. Rappelons que dans une campagne ukrainienne, le revenu d'une femme isolée est autour de 500 euros par an. Celui d'une retraitée de kolkhose, de 250. Oui, oui, par an ! Là sont les Sans-dents.

Pour les jeunes, ce conseil : constatez-bien ce qu'est un appel à la haine. Vous avez l'occasion de vivre ce qu'ont vécu au XXème siècle des centaines de millions de gens qui ont été appauvris ou massacrés. Méditez-bien cet appel direct à la haine :

"Voilà pourquoi il est temps de rétablir à sa juste valeur un sentiment éminement respectable : la haine du riche".

Et arrêtez de vomir quand vous le pourrez.

Médiapart : la "Radio Mille Collines" de l'Extrême-Gauche française, subventionnée par nos impôts. L'acteur direct d'une abjection bien française.

 

ppc Léon Chaix

Alerte rouge sur le Bitcoin

Une fois de plus, on voit fleurir les articles payés dans la presse sur le Bitcoin et sur le net apparaissent sur tous les sites recourrant à la publicité cette publicité mensongère qui veut qu'une femme de ménage ou un chauffeur de taxi ou n'importe qui a gagné un appartement ou n'importe quelle forme d'enrichissement miraculeux  grâce au Bitcoin.

Cette floraison de pubs payées signale que les spéculateurs détenteurs de Bitcoins sont décidés à s'alléger fortement et à vendre leur capital en bitcoins au plus haut à des imbéciles trompés par la publicité.  On peut se demander pourquoi des journaux comme le Figaro par exemple se font complices de cette odieuse escroquerie.

Le Bitcoin une fois de plus s'effondrera et les voyous referont leurs stocks à bas prix après avoir plumés des oies blanches qui croient au miracle.

La seule attitude honnête est de dénoncer ce trafic.

Alerte rouge sur le Bitcon : fuyez bonnes gens !

La diagonale du flou.

Réflexion sur la méthode Macron

Le livre Révolutions d’Emmanuel Macron était une terrible déception : pas une seule mesure concrète ; pas une aspérité ; l’exaltation des grands principes dans un unanimisme suspect ; l’audace dans les mots mais des concepts incertains. Le programme présidentiel qui a suivi était, lui, carrément démagogique avec deux mesures catégorielles fondamentales : la suppression de la taxe d’habitation et le transfert de revenus des retraités vers les salariés. Les premiers pas du président élu furent marqués par le goût des discours ambitieux jusqu’à la grandiloquence, mais ennuyeux par leur imprécision, émis sans grand élan et de façon souvent terne et répétitive dans des lieux trop grands pour ce niveau d’inspiration, du Louvres à Versailles, du Pnyx à la Sorbonne. Cela flottait un peu dans un costume trop grand.

La démarche en canard d’Emmanuel Macron commence à se fixer : Exaltation des grands principes ; baignade franche et joyeuse dans le politiquement correct ; mots forts mais d’interprétation contradictoire ; textes finaux finauds avec beaucoup de demi-mesures, voire de fractions encore plus petites mais accumulées qui donnent l’impression d’avoir fait des pas de géants du côté des principes même si les mesures effectives sont le plus souvent des mesurettes sans grandes conséquences.

Finaud est aussi le qualificatif qui vient lorsqu’on regarde la solution choisie pour revendre les Chantiers de l’Atlantique. On voulait un acheteur à 50/50 dans le capital auprès de l’État français. On prête un temps 1 % du capital aux Italiens pour satisfaire leur envie d’être des dirigeants effectifs, sans contraintes excessives. Cinq mois de contorsions pour cela !

Il s’applique de la même façon à toutes les lois ou ordonnances proposées.

La loi de moralisation est un exploit symbolique, puisqu’on a obtenu des députés des abandons de privilèges, ce qui n’est pas simple. Mais c’était des privilèges assez médiocres, comme le pouvoir d’embaucher des membres de sa famille et de distribuer un petit budget propre. Au total cela ne change pas grand-chose sinon de rendre l’engagement politique plus difficile pour les non-fonctionnaires. Les hauts fonctionnaires peuvent toujours accumuler des années de retraites sans aucun travail pendant tout le temps où ils se détachent d’eux-mêmes dans des instances politiques ou dans de grandes entreprises parapubliques, et cumulent au final les retraites, ce qui est l’aspect le plus choquant et le plus abusif de notre vie politique (Voir l’affaire Wauquier).

 

La réforme du Code du travail est un exploit symbolique puisqu’on revient partiellement sur la pénalisation des relations du travail. Mais le rapport avec la création d’emplois est inexistant. On supprime quelques risques de situations ubuesques dans les décisions prises par les juges du « mur des cons » mis bien imprudemment en position de faire n’importe quoi. Dans l’avalanche de mesures, certaines sont excellentes d’autres insignifiantes, comme dans la loi Macron 1, lorsque son auteur était Ministre de l’Économie. Mais au final, cela ne changera pas grand-chose (au fait qui a dressé le bilan de la loi Macron 1 ?). On ne demandera plus à Peugeot de recréer une filiale Vélos cinq ans après sa liquidation et on échappera à ces jugements du même tabac qui ont déshonoré la Justice. En attendant les frais de licenciement ont été augmentés de 25 % ! On achète chaque mesure par des versements au comptant. Comme le faisait Nicolas Sarkozy.

Le budget est de la même inspiration. Il est un exploit puisqu’on remet enfin en cause l’impôt le plus stupide et destructeur, l’ISF, tout en revenant sur le principe spoliateur de l’incorporation des revenus du capital et des plus-values dans le revenu imposable à l’IR. On sait que cela impliquait des impositions marginales colossales, jusqu’à 70 % dans certains cas et qu’avec l’ISF, en dépit du plafonnement, on pouvait dépasser 100 % d’imposition, ce qui était du vol pur et simple. Mais que de contreparties ! Les retraités voient leur CSG augmentée de 25 %. On augmente massivement la taxation du diesel. On maintient une taxation trop lourde du capital immobilier. On ne touche pas à l’État qui ne fait aucun effort et dont les déficits croissent. Comme Hollande, Macron frappe les dépenses qui ne dépendent pas directement de lui : celles des collectivités locales et de la Sécurité Sociale. Au total, on freine la hausse et c’est tout, et on augmente la dette d’État sans vergogne.

Toutes ces lois mettent fin à quelques abus manifestes. Mais il ne s’agit que de quelques arbres abattus dans une forêt dense. On nous dit : regarder la clairière : un peu de lumière, cela fait du bien ! Certes ! Mais ces petites coupes dans le taillis socialiste obscène qui étouffe le pays ne créent aucune dynamique certaine. Aucune des décisions lourdes qui auraient pu mettre en branle une dynamique naturelle n’a été prise. On l’admet en annonçant des prévisions à cinq ans qui se révéleront fausses naturellement, mais, même si on les prend pour leur valeur faciale, ne font apparaître qu’une réduction ridicule des taux de prélèvements monstrueux qui accablent la France et les Français.

E. Macron ne veut pas mettre en marche une contestation de masse. Alors il ne frappe que des corps intermédiaires ou des catégories qui ne manifestent que modérément, comme les retraités. Et il demande aux catégories dangereuses de compter les versements cash qu’il leur fait. Cette espèce de jeu de bonneteau n’aura de sens que si les vraies mesures sérieuses suivent à un moment ou à un autre. C’est aussi une des dimensions de la méthode Macron : ne faire que des fractions d’annonces en expliquant que plus tard le détail suivra. D’annonces partielles en demi-mesures, il garde une forme de suspense sur ce que sera réellement son action présidentielle.

On peut se demander si la méthode permet autre chose que d’écheniller les absurdités les plus flagrantes tout en servant les intérêts qui ont sponsorisé son Blitzkrieg présidentiel réussi. Car s’il faut à chaque fois payer cash pour des réformettes, on risque de revoir apparaître le syndrome Sarkozy : des réformes annoncées comme gigantesques et significatives qui, en fait, ont été acceptées contre des « compensations » qui coûtent plus cher que le système précédent. Beaucoup des moyens mis en œuvre sont « one shot » comme on dit dans l’ambiance managériale macronesque. Va-t-on par exemple à nouveau taxer les retraités pour calmer les mauvaises humeurs potentielles d’une catégorie électorale ?

D’autant que certains risques sont difficiles à apprécier : une remontée des taux serait terrible et aucune des mesures prises ne permet d’y faire face. Au contraire. L’accroissement des déficits de l’État, en dépit d’une conjoncture meilleure, est un signe inquiétant. On retrouve la méthode Rocard : profiter du fait que la fiscalité est progressive et que les recettes entrent plus vite que la croissance, quand il y en a une, et reporter indéfiniment les réformes lourdes tout en augmentant les impôts : diesel, CSG etc.

Les économies annoncées dans la dépense publique d’État, comme toujours avec E. Macron, restent entièrement secrètes. Impossible d’en avoir le détail et d’en mesurer la crédibilité. Ce sera précisé au fur et à mesure de l’exécution du budget !

Avance-t-on vraiment en chevauchant avec jactance la ligne pointillée de la diagonale du flou ? On prétend que seuls les esprits chagrins et bougons répondront négativement. Reste à savoir s’il s’agit seulement d’un hors-d’œuvre ou du plat de « résistances », comme dirait le sinistre Mélenchon, dans son bocal médiatique pour socialiste radicalisé (pour le style on dirait Doriot au moment où il voulait s’imposer à Sigmaringen).

L’ébranlement est réel mais il est si modeste et si précaire qu’il ne pourra être jugé positivement que si suite il y a et d’une autre ampleur. Ce n’est pas de Gaulle en 1958. Au moins revient-on, probablement sans retour, sur la catastrophe du « programme commun de gouvernement » qui a assommé le pays à partir de 1981. Nous rattrapions le niveau de vie par tête des Américains et nous n’en étions plus tellement éloignés. Ce mouvement heureux cessa dans l’instant. Aujourd’hui le revenu médian américain est autour de 45 000 euros par an et celui des Français autour de 15 000. Et nous venons d’aligner la neuvième baisse du revenu par tête depuis 2007, alors que, pour la seconde année consécutive, le nombre des naissances baisse également (une première depuis 1944). Le socialisme fiscal adoré des médias (voir le comportement d’une Léa Salamé face à Édouard Philippe hier à la télévision, acharnée à faire en faire le chef du gouvernement des riches, alors qu’elle gagne des dizaines de milliers d’euros à cracher dans la soupe sur une chaîne nationale) veut que la kalachnikov fiscale ait remplacé les crimes de sang et les génocides. L’Énarchie Compassionnelle de droite comme de gauche, n’a pas voulu s’opposer au mouvement qui favorisait les hautes fonctions publiques. Ensemble ils ont eu raison de la prospérité française.

 Au lieu de continuer à glisser vers le précipice dans la joie et l’exaltation, nos dirigeants Énarchiens, voyant le danger d’un effondrement, tentent, hyper modestement, de freiner la course à l’abîme. Les habituels démagogues de médias et des partis, à droite comme au centre et à gauche, les poussent à précipiter la chute. Ils résistent encore un peu. Et céderont sur les yachts et les belles voitures. On ne peut les en blâmer si cela contribue à sauver l’édifice mais il faut leur recommander un peu plus d’audace et un peu moins de soumission au socialisme verbal violent.

Au final il est juste de remarquer que ces toutes petites mesures ne sont pas à la hauteur des enjeux et qu’on ne s’est pas éloigné tellement de la « falaise grecque ».

Les Républicains : quelles orientations dans une France plus étatisée que jamais ?

J.-P. Robin dans le Figaro du jour s’inquiète : sommes-nous devenus un pays socialiste ? Nous avions nous-même traité ce thème en février 2013 quand l’échec de Hollande se dessinait déjà.

(http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2013/2/26/La-France--un-pays-socialiste-).

Rien n’a évidemment changé avec l’élection d’Emmanuel Macron. Sans doute pour une raison que ne voit pas entièrement l’excellent journaliste du Figaro dont l’article est parfaitement juste et significatif par ailleurs.

La tentation des hauts fonctionnaires de croire qu’ils feraient mieux que des citoyens élus date en effet d’avant-guerre et n’a cessé de prospérer de Pétain à la Quatrième, puis sous la Cinquième avec une accélération phénoménale au moment de la gestion Chirac-Giscard. C’est l’Énarchie Compassionnelle, comme nous l’appelons qui est la source de l’endettement et du « fiscalisme » qui appauvrit la société plus que le socialisme proprement dit. Il s’agit plus d’un étatisme que d’un socialisme.

Les hauts fonctionnaires ont édicté des systèmes pour les autres, tout en se concoctant des régimes particuliers. Ceux qui ont créé la sécurité sociale sous Pétain puis sous la quatrième (ce sont en effet les mêmes), n’ont jamais voulu subir ce qu’ils imposaient aux autres.

Lorsqu’on voit que Laurent Wauquier, qui vise la présidence des Républicains, n’a jamais travaillé plus de quelques mois au Conseil d’État et qu’il engrange des droits à la retraite qui se cumulent avec ceux qu’il obtient hors de l’administration, comme le firent Rocard, Jospin, Chirac, Juppé et tous les autres, on voit bien qu’il ne s’agit pas de socialisme mais de capture du domaine politique par une sous-classe de la haute fonction publique, avec en prime le contrôle des banques et indirectement des journaux.

C’est là qu’il faudrait porter le fer. La loi de moralité n’a évidemment rien changé à l’affaire : l’élection de M. Macron est tout entière dans un sursaut général des hauts fonctionnaires désireux de ne pas perdre l’emprise qu’ils ont réussi à obtenir sur la politique.

Le mélange des genres entre haute fonction publique et gestion politique, jusqu’aux plus petits niveaux locaux, est, plus que le socialisme, la cause de la poussée infernale de la dépense publique. À chaque récession, le graphique établi par M. Robin le montre bien, la relance s’est toujours faite par le secteur public qui n’a pratiquement jamais souffert des crises, le secteur privé se retrouvant seul à porter le fardeau. Si aujourd’hui la rémunération moyenne est plus forte dans le secteur public que dans le privé, cela tient naturellement à ce phénomène plus qu’au socialisme.

L’élection d’Emmanuel Macron s’est faite en éliminant le PS du jeu électoral. L’Énarchie Compassionnelle va donc continuer sans aucune vraie remise en cause de son pouvoir. Serait-il si difficile de décider qu’un fonctionnaire ne peut pas être élu dans une assemblée qui fixe ses conditions d’emploi, que toutes les retraites même publiques sont fondées sur des prestations consenties prorata-temporis des cotisations effectives et que nul ne peut disposer de plus d’une rémunération d’État ? Ce sont des mesures de pure équité.

Les Énarques qui ont pris le pouvoir veulent bien frapper le bas clergé administratif mais pas la haute fonction publique qui ne voit de salut que dans l’impôt, la réglementation et la dépense publique. Les pires exemples de mauvaise gestion ont été donnés par Giscard, Chirac, Rocard, et Hollande.

Cela n’empêche pas le socialisme d’avoir été très nocif en France mais il faut noter qu’il s’agit plus d’une attitude antibourgeoise que d’autre chose. Et cette attitude sévit aussi à droite. Il suffit de lire le dernier article d’un certain Peltier, des Républicains, fier d’être de droite, et qui considère que la droite s’est embourgeoisée et que c’est la raison de sa défaite. Toute la société s’est embourgeoisée et ajoutons qu’elle a vieilli. Le fascisme puis le national-socialisme ont déjà dans le passé chevauché ce thème : les petits vieux embourgeoisés empêchent le pays d’être vraiment volontaire et dynamique. En vérité ce jeune homme  veut arracher le « Compassionnel » à Macron et aux partis de gauche. Il n’a sans doute pas oublié que c’est la droite américaine qui a théorisé le fait qu’elle devait être compassionnelle, actant qu’on ne mobilise les masses que par les avantages qu’on annonce vouloir accorder. Comme Macron tient déjà le créneau et a montré une certaine virtuosité dans l’achat de votes, on ne voit pas trop en quoi ces thèmes peuvent servir Les Républicains.

L’anti bourgeoisisme primaire ne mène à rien. Pas plus que les mâles déclarations de Wauquier. On commence par : « La droite et la gauche sont des concepts dépassés ». On termine par : « Nous sommes résolument de droite, de la droite qui s’assume et qui est fière de ses valeurs ».

Dénoncer « l’économisme » est devenu à la mode mais cela ne rime à rien. La prospérité, l’emploi, le revenu, l’épargne, sont des questions clé. Les éliminer du débat sous prétexte qu’on ne tombe pas amoureux d’une statistique du PIB n’a aucun sens. L’histoire a montré que dès qu’on voulait mobiliser sur des questions autres, on agitait des « passions tristes ». Comme le fait de son côté Mélenchon, qui mériterait une cellule de déradicalisation. A-t-on réellement besoin d’un Mélenchon « de droite » ?

L’opposition non socialiste devrait s’attaquer aux vraies questions qui intéressent tous les Français et qui s’articulent autour de deux thèmes :

-          La nation, son identité, son indépendance, sa souveraineté, sa pyramide des âges et le vieillissement, son rôle dans le monde, les transmissions culturelles et politiques qu’elle organise, son organisation démocratique

-          La prospérité, sa création, sa transmission, sa défense, sa diplomatie et ses grands défis.

Si le seul thème important est de sanctionner les exilés fiscaux, la « droâte » ne regagnera aucun suffrage et elle sera constamment doublée sur ce thème par Mélenchon. Les postures moralisatrices n’ont strictement aucun effet électoral.

Le succès de Macron vient de ce qu’il a prétendu régler les grands problèmes de la France en s’appuyant et sur la droite et sur la gauche. Mais en vérité, il ne s’appuie que sur la haute fonction publique française, ses règles et ses préjugés.

La vraie ligne politique d’un parti d’opposition non socialiste serait d’une part de critiquer au coup par coup les atteintes à la population (CSG augmentée de 25 % pour les retraités « aisés »), les coups portés à la nation (européisme à tous crins), l’affaiblissement de la République liée à l’absence de réelle démocratie si ce sont les hauts fonctionnaires qui contrôlent tout, et d’autre part de souligner les lacunes qui deviennent évidentes malgré la propagande en matière de prospérité, avec des lubies dangereuses comme celles d’un Pisani-Ferry.

Une nation unie et dynamique digne de son histoire et réellement démocratique, avec une économie prospère et compétitive bénéficiant au plus grand nombre, luttant de plus contre les extrêmes radicalisés., cela devrait suffire comme objectifs d’un parti de gouvernement alternatif à l’étatisme européiste de LREM

« L’économisme » n’existe pas. Le socialisme n’existe plus comme mode d’organisation d’une nation prospère depuis la chute de l’URSS. Inutile de tuer des morts ou des fantômes. En revanche la capacité d’une nation à rester maîtresse de son destin et à continuer de prospérer est LE vrai problème du temps. L’économie n’est pas tout le champ de la politique. Tout le monde en conviendra. Mais ce n’est pas en faisant chauffer « les passions tristes » qu’on luttera contre l’hyper étatisme débilitant qui accable la France, contre le « contractionnisme » institutionnel européen, et contre les dégâts d’une « économie baudruche » alimentée par les déséquilibres commerciaux et financiers internationaux, dans un système non coopératif de changes flottants.

Pour les Républicains, le premier pas pour s’opposer à l’Énarchie Compassionnelle est sans doute de ne pas élire M. Wauquier tant qu’il n’aura pas démissionné de la fonction publique, le second étant d’écarter les tentations électoralistes et posturales qui se font jour.

Macron : prisonnier de son conseiller économique ?

En juillet nous avions écrit :

« Les débats qui n'ont pas eu lieu pendant la campagne commencent. Mieux vaut tard que jamais. On découvre que le programme Macron était de pure accroche électorale et que lui donner de la cohérence est impossible. L'électoralisme cynique et les nécessités nationales ne se marient jamais de façon évidente. Comme pour l'Union Soviétique pendant 75 ans, les médias n’ont jugé la République en Marche que sur ses intentions et jamais sur la réalité. La chute du mur avait découvert un désastre inouï. La chute dans les sondages découvre un vide programmatique inouï. »

Ce thème est repris par Erwann Seznec, dans le N° 049 de Causeur, qui dénonce un « stratège à la petite semaine ». Il en donne des exemples plutôt significatifs, notamment en soulignant les risques d’inconstitutionnalité de plusieurs mesures comme les transferts mal maîtrisés entre ce qui est du domaine de l’impôt et ce qui est du ressort de la cotisation sociale.

D’autres soulignent l’inexistence de LREM comme parti ayant une doctrine. Les membres de ce mouvement, même élus, ne savent absolument pas où on les emmène et sont totalement incapables de décrire les projets, encore moins de les expliquer et encore moins de les justifier. Quand on ne sait pas, on ne sait pas !

Le gouvernement ne revendique aucun schéma d’ensemble, sauf pour les ralliés de l’ex UMP à chanter la vertu démagogique des deux mesures électoralistes qui ont servi de ciment à la candidature Macron : le transfert autoritaire de revenu entre les retraités et les salariés en poste ; le transfert de la taxe d’habitation de 80 % des Français vers les Français payant l’impôt sur le revenu et la dette. Voir Bruno Le Maire et Darmanin faire la promotion, les larmes à l’œil, de ces deux mesures démagogiques doit effectivement faire grincer quelques dents dans leur parti.

On reste encore aujourd’hui, au moins en apparence, dans le même mouvement de démagogie électorale. Et ceux qui reliront Révolutions ne seront guère avancés. Le livre est absolument vide d’indications suffisantes pour comprendre où on veut mener le pays. Du coup les thèses complotistes prennent leur élan et stigmatisent « l’agenda caché » de différents diables secrets, comme la finance internationale ou quelques grands patrons intéressés.

Compte tenu du caractère très progressif des dévoilements et de la tendance naturelle d’Emmanuel Macron à proposer des textes foisonnants de centaines de mesures disparates, empêchant de juger la direction de l’ensemble (ce qui n’empêche nullement les opposants séduits par certaines d’entre elles de parler de « pas dans la bonne direction »), il est difficile de prétendre déceler quelques lignes directrices que ce soit. Le risque d’être aussitôt démenti un peu, beaucoup ou passionnément par une autre rafale de mesures contradictoires est trop grand. On avance à la godille, mais on avance ! Même si on ne va jamais loin.

Ces impressions doivent être relativisées. Comme tous les Énarques, Emmanuel Macron n’a aucune vision économique claire. Mais il a des conseillers et en particulier Jean Pisani-Ferry qui était jusqu’en janvier de cette année, Commissaire général de France Stratégie, le Commissariat général à la stratégie et à la prospective. Il était le membre de l’équipe électorale chargé du programme économique. Il a été récompensé en devenant le coordonnateur du « grand plan d’investissement de 50 milliards d’euros dans les domaines de la transition écologique, du développement, des compétences, de la santé, des transports, de l’agriculture et de la modernisation de l’État ». Le Premier Ministre l’a missionné « pour le concevoir et préparer son déploiement », une jolie sinécure de cinq ans au moins.

Jean Pisani représente, au même titre que Rocard ou Florence Parly, le succès des fonctionnaires « fils ou fille de » hauts fonctionnaires, pourvu qu’ils soient politiquement corrects, c’est-à-dire « de gauche », « étatistes » et « pro européens ». Ce népotisme féodal est la marque de l’Énarchie Compassionnelle. Naturellement on ne doit pas s’abaisser à se prétendre de purs socialistes. Le politiquement correct suffit. Pisani Ferry est donc directeur général du groupe Breughel, dirigée par J. P. Trichet : voilà la caution bruxelloise. Il a usiné sur le CICE, après avoir été avec Sautter et DSK : voilà la caution sociale libérale. Il symbolise à lui tout seul les accusations de recyclage de la haute fonction publique compromise avec Hollande dans les fourgons du Macronisme.

Emmanuel Macron l’a remisé du devant de la scène à la suite de la polémique sur les « loyers fictifs ». On sait qu’une partie des économistes fonctionnaires d’extrême gauche sont en faveur de l’idée que l’égalité exige que les possesseurs de leur appartement paient un impôt équivalent au loyer qu’ils ne paient plus à la suite de leur effort d’épargne. Cette folie à caractère communiste, est une des lubies de Jean Pisani-Ferry. Cette mesure qui tentait le futur président, a été si violemment reçue qu’il a fait rapidement machine arrière.

Cela n’empêche pas que Pisani-Ferry a réussi à imposer les deux mesures phares proposées par Emmanuel Macron :

-          Le transfert des retraités vers les salariés d’une partie de leur revenu.

-          La suppression du concept de cotisation au profit de l’impôt général pour le paiement des allocations sociales.

Il en fait aujourd’hui même la propagande dans le Journal du Dimanche. Le but, après avoir servi d’appâts électoraux, est désormais d’éviter que les mesures en faveur de la finance et de la flexibilité ne soient considérées comme des « cadeaux aux riches ». La préoccupation est typique des Enarques. Il est normal que la réduction de l’étouffement fiscal des « possédants » concerne d’abord cette catégorie et nul n’a besoin de trouver des compensations. Sauf pour les fonctionnaires étatistes et socialistes qui veulent trouver un moyen de verrouiller les débats. Sous Jospin où Pisani-Ferry avait de l’influence on a trouvé cette formule imbécile de la « prime d’activité ». On recommence. Même conseiller, même mesure.

Il faudrait garder en mémoire la fin de l’interview. « Je pense que Macron va choisir l’option de ne pas ramener au-dessous de 3 % les déficits et va proposer des réformes de l’Europe ». Cela avait été la formule de Mitterrand : fuite en avant européenne contre le n’importe quoi économique en interne. Le titre de l’article est drôle : Importons les succès allemands. À l’intérieur, concernant le modèle allemand : « Ce n’est pas le modèle pour nous ».

Le problème n'est pas que Macron n’ait pas de véritables perspectives économiques. C’est que son conseiller en a, mais ce sont les idées les idées qui ne marchent pas depuis Mitterrand et qui représentent uniquement l’approche des hauts fonctionnaires socialisants. Quand on s’appuie sur un conseiller qui a promu des erreurs majeures pendant 20 ans, on ne peut pas espérer beaucoup des « transformations » censées adapter notre pays au nouveau monde.

La lancinante question européenne

On peut justement critiquer l’opération de com’ menée sur le PNYX par Emmanuel Macron. Certains ont trouvé de mauvais goût de cautionner le gouvernement Tsipras, qui ruine consciencieusement les entrepreneurs et les PME familiales, tout en passant à la paille de fer la classe moyenne grecque qui est en train de disparaître corps et biens. Plaindre la malheureuse population grecque sans rien proposer pour la soulager a été considéré comme une moquerie par beaucoup de Grecs qui n’ont pas non plus aimé qu’on vienne avec des chefs d’entreprise chargés de faire leur marché à bas prix dans les ruines économiques de la Grèce. Venir sur la Pnyka, un lieu national sacré, pour faire l’apologie de l’Europe, alors qu’elle a très durement traité le pays, n’a pas été ressentie localement comme un hommage mais plutôt comme une profanation. Le lieu était celui du débat et la foule pouvait critiquer. Le Pnyx n’est pas le lieu des monologues. La symbolique était tentante mais fausse. Les médias grecs ont haussé les épaules comme d’ailleurs l’intégralité de la presse non française.

Le débat institutionnel européen est pourtant au cœur des préoccupations du moment, et notamment l’articulation entre les institutions de Bruxelles et les instances nécessaires pour faire sortir la zone euro de sa stagnation relative.

Le Président français a proposé une organisation spécifique à la zone Euro. Le président de la Commission a réfuté cette orientation et plaidé pour un renforcement des pouvoirs de l’organisme qu’il préside. Comme personne ne daigne débattre des fondements moraux et politiques des institutions de l’Union Européenne ni des raisons et modalités d’une gestion différente de la zone Euro, le conflit se réduit à une querelle d’attributions bureaucratiques particulièrement médiocre.

La conception qui a conduit à la création de la Commission est assez claire : chaque pays membre de la « communauté » renonçait à traiter les étrangers des autres membres du club différemment que ces citoyens et s’engageait à démanteler tous les dispositifs qui permettaient en fait de créer des barrières contre les autres. La Commission avait pour but de supprimer tous ces obstacles, d’abord en préparant les décisions nécessaires et ensuite en les faisant appliquer. Cette conception conduit la Commission à être à la fois un garde-chiourme et un promoteur. Mais ce sont les nations qui gèrent et finalement prennent les décisions.

On a donc vu la Commission rechercher avec attention tout ce qui pourrait être discriminant entre les nations de l’Union. Bien entendu, elle a été très loin dans le détail. Mais comment lui en faire le reproche puisqu’il s’agissait effectivement d’une traque et que le diable en ces affaires est justement dans les détails. Oui, il y a bien un disque pour stationnement automobile à la norme européenne, pour que les Européens puissent toujours répondre sans distinction d’origine aux demandes réglementaires locales. Oui, on a bien entendu ces derniers jours la Commission menacer de sanctions la France parce que les pâtres pyrénéens français tolèrent mal la destruction de milliers de brebis par des ours importés. Comme on le sait, les ours, comme les loups, ne reconnaissent pas les frontières. Il fallait donc une règle européenne vérifiée et sanctionnée par la bureaucratie bruxelloise.

La Commission est un gendarme mobilisé contre les États, dès lors que les règles sont violées. Que l’on ait voulu ajouter, pour faire beau, un Parlement élu de la même façon et le même jour par les populations des pays de l’Union, après tout pourquoi pas. Le poste de député européen est ennuyeux au possible. Car fixer la norme dans des tas de domaines techniques n’a rien de rigolo. C’est pour cela que les candidats sont presque toujours de type « alimentaires » ou des européistes fanatiques. Quand on sait comment se passent les débats et les votes à Luxembourg, on n’a pas trop envie de s’y investir, soyons clairs ! L’autre vocation de l’Assemblée est de permettre à des politiques de tous les pays membres de se connaître et d’échanger. Cela permet d’avoir quelques spécialistes des questions européennes. On aurait pu trouver d’autres moyens moins couteux.

Quelles sont les dérives du système ? La première est de dépasser le cadre des normes raisonnables et d'importance « régionale » pour s’enfoncer dans les microdétails en élargissant le champ d’action des ordonnances sans limite au prétexte que « tout est dans tout ». Oui un pays a le droit de fabriquer des fromages au lait cru, quoi qu’en pensent les autres. Oui le régime certaines chasses n’intéresse pas les autres pays. Une seconde dérive presque structurelle est la quasi-impossibilité de corriger les ordonnances. Il faut des années et des combats homériques pour changer une virgule. La troisième dérive est liée au monopole d’initiative de la commission. Si tous les ministres techniques de l’ensemble des pays de l’Union se sont mis d’accord pour une initiative commune, le Commissaire ad hoc peut empêcher toute discussion du projet. La Commission peut donc asphyxier des projets qui font l’unanimité : pourquoi ? Une dernière tentation nocive est d’outrepasser la mission de base, qui consiste à empêcher les règlements et lois nationalistes discriminatoires, et de vouloir unifier les législations. Comme tout est dans tout, il est facile, de « coups d’État en coups d’éclat »,  d’en venir à priver les Parlement nationaux de tout rôle, sinon la mise en conformité des lois nationales. L’unification générale des lois n’est pas un objectif de l’Union Européenne, sauf quand l’avantage est évident pour tout le monde, ce qui est rare.

Le système européen, si les abus que nous venons de citer étaient réglés, serait assez adapté à son objet : permettre à tout européen de contracter partout dans l’espace communautaire sans que son caractère « d’étranger » ne vienne se mettre en travers de ses projets. Cet objectif est une avancée formidable et recommandable. On le voit avec le Brexit, qui provoque déjà des attitudes hostiles et des interdictions de fait pour les continentaux en Grande Bretagne.

Une autre difficulté provient de la volonté de mettre en commun certaines politiques vues comme plus efficaces à l’échelon européen. Le nombre de ces politiques est remarquablement bas. La première est la politique agricole commune. Dans un premier temps, elle avait conduit à empiler des stocks invendables tout à fait remarquables, pour les liquider à bas prix sur le marché mondial, en cassant les agricultures locales des pays sous-développés. On conduit maintenant des politiques qui peuvent être contestées mais qui sont légitimement de la responsabilité européenne, car sinon les mesures discriminatoires peuvent venir très vite avec les agriculteurs. Méline rode toujours !

On aurait pu imaginer que cette politique commune soit gérée par un organisme ad hoc avec des moyens de contrôle démocratique spécifique. On a cru devoir l’attribuer à la Commission. Cela pousse malheureusement à l’idée d’un « gouvernement européen contrôlé par le Parlement européen, donc démocratique ». Du coup on constate une dépossession des États au profit du Président de-là Commission et de son commissaire qui devient le Tsar et peut n’en faire qu’à sa tête, alors qu’il n’est qu’un technocrate. La solution d’une agence agricole européenne est celle que nous aurions proposée.

Une autre politique commune s’applique à la concurrence. Elle est légitime, en ce sens que la proximité est grande entre concurrence libre et non faussée et non-discrimination.

De même, il est logique que les négociations portant sur les normes internationales en matière commerciale se fassent à l’échelon européen. Le pouvoir de négociation est évidemment plus fort. À condition qu’il soit exercé ! La suppression du tarif extérieur commun a été une grande erreur. On évoque la « naïveté » de la pratique bruxelloise. Quand on a pour rôle spécifique de négocier, on se lance dans des négociations et on se moque de savoir ce qu’en pensent les États avant la fin du processus quand plus rien ne peut être changé. Il est certainement important d’imposer de nouvelles règles de délégation qui permettent un meilleur suivi par les élus européens mais aussi par les gouvernements et les élus nationaux. Ici encore, on aurait pu imaginer que ces négociations soient menées par une instance ad hoc et non par la commission et raccorder aux autres difficultés internationales. Déconnecter le commerce et la finance internationale est une grave erreur.

La tension institutionnelle actuelle porte sur la nature de la Commission. Celle-ci se voit comme le gouvernement de l’Europe. Alors qu’elle n’est que le secrétariat de la conférence des chefs d’États et de gouvernement. Elle cherche constamment à renforcer ses pouvoirs et de fait, elle en vient en permanence à grignoter les légitimités politiques nationales, menant au clash entre souverainiste et européistes.

Les Européistes souhaitent donner plus d’apparence démocratique à la Commission qu’ils voient comme un gouvernement avec un premier ministre et un ministère élu par un Parlement. Élection au suffrage universel du président de la commission, scrutin de liste multinationale pour les députés, les suggestions ne manquent pas. Mais ces suggestions se heurtent au fait qu’on singe la démocratie plus qu’on ne l’organise, faute de peuple européen et de véritable critère européen de différenciation politique.

Le but de la Commission est de créer du consensus autour d’initiatives communes, pas de définir les options politiques clivantes et encore moins de choisir entre elles. C’est un secrétariat en même temps qu’un organe mandaté. Le président n’a pas besoin d’une onction transnationale. Il n’est là que pour coordonner et animer, pas pour trancher des options politiques qu’il imposerait aux autorités nationales en prétendant avoir une légitimité démocratique supérieure. Le départ des Britanniques s’explique certes par l’impossibilité de contenir des vagues migratoires considérées par leur nature et leur volume comme insupportables par les électeurs, mais aussi par le refus d’indiquer constamment lors de chaque projet qu’on vise un super gouvernement fédéral.

En voulant changer la nature actuelle de la Commission pour en faire un gouvernement fédéral, Juncker prend le risque d’une crispation anti-européenne encore plus forte que ce que l’on a vu dans les élections récentes. Rappelons qu’à chaque élection européenne on peut constater que les projets de la législature à venir sont constamment inconnus et que la critique des projets passés ne se fait pas. D’abord on ne parle pratiquement pas de la législation qui a été passée sauf au moment où elle entrera en vigueur souvent 10 ans plus tard, alors qu’on avait totalement oublié ces questions. Ce processus est déjà problématique s’agissant de normes. Il serait indécent s’il concernait des options politiques chaudes.

La véritable question aujourd’hui concerne la gouvernance économique de la zone Euro. On a le choix de gérer  l’Euro en s’appuyant sur la méthode européenne classique : la production de normes. L’ordo-économie européenne, qui suppose qu’on sanctionne le manquement à des règles acceptées par traité, est tout ce qu’on veut sauf flexible et se montre bien incapable de piloter la conjoncture. La crise de 2008 puis celle plus spécifique de 2011 ont démontré que la règle de 60 % d’endettement public et de 3 % au plus de déficit budgétaire, n’avait aucun caractère ni prophylaxique ni curatif. Tous ces interdits ont été bafoués par tous, nécessités faisant loi. Le retour à la norme sous peine de sanction a été dépressionnaire. La seule chose dont a été capable l’Europe a été de laisser l’agence chargée de la gestion de la monnaie commune, la BCE, débonder totalement la politique monétaire jusqu’à créer de milliers de milliards d’euros et de provoquer l’apparition de taux d'intérêt négatifs. La Commission a, elle, créer le « six pack » qui est un dispositif répressif, la seule chose qu’elle sait faire.

La vérité est toute simple : il n’y a pas de communauté si on permet à des pays d’aligner d’énormes déficits et à d’autres d’effroyables excédents. Ces déséquilibres croisés entraînent des phénomènes d’endettement croisés intenables et des opérations de rachat du capital productif des pays en déficits totalement contraire à l’intérêt de ces pays. L’Allemagne a financé des bulles phénoménales en Italie, en Espagne, au Portugal, tout en permettant à des pays sans ressources de financer des équipements t disproportionnés, comme l’aéroport d’Athènes qui possède, bien inutilement, la plus grande piste du monde !

Les énormes déséquilibres internes de la zone Europe ne permettent pas aux pays membres d’avoir un taux de change réaliste vis-à-vis du reste du monde. Si l’Allemagne possède à la fois un énorme excédent interne à la zone Euro et le même vis-à-vis du monde entier, le cours de change de l’Euro sera automatiquement intenable pour l’ensemble des pays en déficit.

Une monnaie unique gérée uniquement par une banque centrale, appuyée sur des contraintes imposées aux États, est une incongruité qui montre tous les jours sa malfaisance. Avoir permis que la France se lance avec Jospin dans une politique totalement malthusienne, avec les 35 heures, la pénalisation agressive des relations du travail et une fiscalité punitive et délirante, en dépit de la prise de conscience tardive due à Fabius, pendant que l’Allemagne faisait exactement l’inverse a fait sauter tous les verrous juridiques. La valeur de la monnaie ne dépend pas seulement des déficits budgétaires. La compétitivité d’un pays est fonction de toute la politique sociale et économique.

La zone Euro a montré son incapacité à réduire les déséquilibres internes qui au contraire se sont amplifiés avec une politique de répression tournée uniquement vers les pays en déficit, ralentissant encore plus la correction des effets de la crise mondiale de 2008.

Juncker dit : « C’est vrai. Allons vers un véritablement gouvernement fédéral avec des moyens élargis. Mais comme personne ne le veut, allons-y sans faire de vagues, par petits pas ». En gros : « Donnez-moi le pouvoir sur les États et après on verra. Comme le supranational prendra des décisions politiques sensibles, mon élection au suffrage universel fera taire ceux qui s’opposent à l'euro au nom de la démocratie ». Macron de son côté affirme que cette approche n’est pas la bonne et qu’il faut une agence spécifique, avec un contrôle démocratique spécifique. C’est la doctrine que nous avons proposée dans notre livre « l’étrange désastre » mais avec plusieurs différences.

Emmanuel Macron veut transférer d’énormes ressources budgétaires vers ce nouvel organisme, conscient que le rééquilibrage social des économies en déficit de compétitivité exige des aides budgétaires considérables, même s’il s’agit, dans son esprit, plus de capacité de prêter que de financer de la dépense courante. Il suit les recommandations de Mundell qui, lors de la création de la zone Euro, avait pourtant expliqué que la monnaie unique permettrait de rééquilibrer les divergences de productivité grâce à la liberté totale des mouvements de capitaux et de personnes. Devant l’échec de ses idées, il corrige sa pensée en ajoutant une gestion budgétaire centrale, identique à celle pratiquée par les États Nationaux pour gérer les écarts de croissance interne. La Grèce devient à l’Europe ce qu’est la Lozère à la France…

Rien de tout cela n’est raisonnable. Bien sûr cela plaît aux fédéralistes à tous crins qui voient, avec régal et exaltation, les États encore plus dépossédés, au risque d’un démantèlement ultérieur des efforts européens du fait des réactions électorales des peuples.

La solution la meilleure serait de s’appuyer sur quelques principes forts :

-          Il ne faut pas parler de pilotage mais de coordination.

-          Le coordinateur de la zone euro que nous appelons Chancelier de la zone euro pour éviter le terme connoté de Ministre des finances ne doit pas dépendre de la Commission et de son environnement administratif, au même titre que la BCE, qui vit son indépendance de la Commission sans que cet aspect de duplication institutionnelle ne gêne personne.

-          Il étudie en amont les politiques ayant un effet sur les équilibres internes et externes de la zone, et s’appuie sur une représentation démocratique issue des Parlements nationaux. Une forme de Sénat économique qui n’a pas d’élections propres mais qui est alimenté par des détachements des parlements nationaux.

-          Il coordonne l’action des différentes agences économiques européennes : Eurostat, le MEF, la BCE et dispose du monopole des relations économiques externes de la zone Euro, notamment en vue de réformer le système monétaire international. C’est lui qui représente les pays de la zone Euro au FMI.

-          Il faut créer un FMI européen chargé des questions de prévention et de cure des déséquilibres internes extrêmes de la zone, sans avoir à recourir au FMI dont la vocation n’est pas de s’ingérer dans les problèmes internes d’une zone monétaire. La base de ce fonds sera un mécanisme automatique de gestion des excédents de balance interne de capitaux. Comme nous l’avons expliqué dans trois articles avant l’été, les pays qui accumuleront des excédents seront automatiquement privés d’une partie d’entre eux qui seront gérés par le Fonds Monétaire Européens à des fins de rééquilibrage progressif. Ces appropriations auront deux effets : induire un changement de comportement des pays à forts excédents qui n’auront que des inconvénients à continuer dans cette voie, éviter les effets cumulatifs et prévenir les crises.

-          Si la commission veut conserver, pour l'ensemble des pays de l’union les surveillances actuelles, qu’elle le fasse. Cela n’aura plus aucune importance.

Les Européistes ne veulent pas entendre parler de cette solution et souhaitent uniquement profiter de la crise pour conforter la dépossession des États. Cette ambition entraînera de façon certaine l’explosion du projet européen.

La sagesse est de réparer ce qui ne marche pas et de progresser en conservant le pivot démocratique national et en laissant à la Commission que l’étude des initiatives de convergence des législations dans la mesure où des accords peuvent être obtenus entre autant d’États souverains.

Le projet Juncker est trop évidemment européiste ; le projet Macron est, comme d’habitude, enchanté dans les mots mais contradictoire dans les termes.

Il faut aller au-delà de ces deux projets.

Didier Dufau pour le cercle des économistes e-toile.

L'économie vue par des nuls. L'exemple de Libération.

Un jour le Général de Gaulle, constamment tancé par les donneurs de leçons du journal Le Monde, rencontre son directeur, Hubert Beuve Méry et le prend à part. Flatté, celui-ci tend l’oreille attentivement au discours de celui qu’il fait démolir à longueur de colonnes et entend : « Quand j’ai envie de rire, je lis Le Monde ».

Quand on a une envie de rire, aujourd’hui, il faut lire Libération. C’est le genre de journal où tout le contenu est connu d’avance et il suffit de lire le titre pour savoir quel pis de la vache socialo-bobo on va traire.

La livraison du 12 septembre se pique d’idées économiques. Voici donc un certain Breda expliquant que « des études économiques », en fait ses propres élucubrations, ont prouvé qu’il fallait des syndicats dans les sociétés « faisant beaucoup de profits » et que par conséquent la nouvelle loi Macron est néfaste. Soit. Reste à trouver les nombreuses PME françaises qui font « beaucoup de profits » et qui n’ont pas fait leur juste place à M. Martinez et à ses sbires.

Voici surtout une certaine Marinescu qui explique que la concurrence a diminué aux Etats-Unis et qu’il faut voir là la cause de la diminution de la croissance et de la création d’emplois. Pour conclure, de façon tellement surprenante, que « l’augmentation spectaculaire des profits aux Etats-Unis n’est pas le signe d’une économie dynamique et innovante. Bien au contraire ». Notre modèle social, bien à nous, est sûrement meilleur et tout le monde nous l’envie.

C’est ça Libé : des articles bidons qui disent le bien penser. On réentendra dans les dîners en ville ces paroles reprises avec l’air d’un sachant informé : les syndicats sont un bienfait ; Il faut plus de concurrence aux Etats-Unis, car les riches l’ont supprimée pour faire des super profits (en Europe, là on, ne sait pas). C’est prouvé par des études américaines.

Usuellement, nous ne commentons pas ces sottises orientées qui servent une clientèle et lui permettent de vivre dans la douce hébétude du « bobo conscientisé » généralement bien nourri et dans la sécurité de l’emploi, à qui on ne la fait pas.

Nous dérogeons à cette règle hygiéniste, parce que l’étude de Loecker et Eeckhout (NBER Working Paper No. 23687), cité dans l’article de Mme Marinescu, nous paraît l’exemple même d’une analyse qui inverse les causes et les conséquences et de conclusions qui partent assez largement dans le décor. Les Américains ne veulent pas remettre en cause les vraies causes du désastre économique provoqué par l’introduction des changes flottants et de la « globalisation ».  Les difficultés constatées en peuvent venir que de vilains qui font de vilaines choses. Les méga entreprises auraient acquis un « pouvoir de marché » qui leur permettrait de réduire les salaires et maximiser les profits au détriment de la collectivité tout entière.  J.K.Galbraith, après la crise de 1929, s’était laissé aller à des analyses de ce genre. C’est un marronnier qui revient après chaque récession.

Comme toujours, les prémisses sont exactes.  « Un ensemble de mauvaises dynamiques affecte l’économie américaine depuis plusieurs décennies : une stagnation des salaires des travailleurs peu qualifiés, une déformation du partage de la valeur ajoutée au détriment du travail, une hausse des inégalités, un moindre dynamisme du marché du travail, une baisse du taux d’activité, une faible croissance en l’absence de bulles, une faiblesse de l’investissement, etc. ». « Lorsqu’ils étudient les données relatives aux firmes américaines entre 1950 et 2014, ils constatent que le taux de marge était initialement stable (en fluctuant autour de 20 %), voire même avait tendance à décliner, avant de s’accroître entre 1980 et aujourd’hui, en passant de 18 % à 67 % ».

Merci au blogueur qui a parfaitement résumé le thème de l‘étude.

La question posée est de comprendre le pourquoi de ce phénomène en effet problématique. Notre explication est totalement différente. Nous avons théorisé dans notre livre « l’Etrange Désastre » l’apparition d’une économie baudruche provoquée par l’introduction des changes flottants en 1971. Nous avons montré chiffres en mains que les énormes excédents et les gigantesques déficits désormais permis par le nouveau système provoquait un détournement de l’argent de l’investissement productif vers la spéculation. Le mécanisme de ce détournement a été parfaitement expliqué par deux économistes français, J. Rueff et Maurice Allais. Il est parfaitement étalonné et on peut le voir à l’œuvre de façon presque caricaturale de 71 à nos jours.

Dans une économie baudruche, l’investissement utile est en concurrence permanente avec la spéculation sur les valeurs d’actifs. Pour que l’entreprise puisse trouver investisseur, il lui faut être compétitif contre des placements financiers spéculatifs qui peuvent vous rendre riche en quelques mois, avant explosion. Les entreprises ont perdu le pouvoir contre les marchés financiers. Il leur a fallu passer d’une logique de compte d'exploitation à une dynamique de haut de bilan. Sous la pression des investisseurs institutionnels, notamment les fonds de pension, l’argent n’a été disponible que si l’entreprise était capable de faire valoir des rentabilités aussi sympathiques que les fonds spéculatifs. C’est comme cela qu’on a vu de plus en plus d’entreprises contraintes de faire apparaître des rentabilités intenables à long terme. Pour cela, il n’y avait guère de possibilité : se concentrer sur le noyau dur des activités les plus rentables et tenter de devenir un leader mondial sur son créneau, en essayant de vaincre une concurrence féroce. Et faire monter le plus possible le cours de Bourse pour entrer dans la course à la spéculation. On a développé les stock-options pour cela.  

Il nous semble parfaitement erroné d’en déduire que les entreprises ont été conduites à ces actions par une tentative de réduire la concurrence. La lutte pour les financements dans une économie baudruche mondialisée est la vraie cause.

Il faut néanmoins remarquer que dans les entreprises de la nouvelle économie la tendance à la concentration du marché sur un vainqueur et un seul est évidente. Nous l’avons souligné dans un article paru dans le Figaro qui soulignait la nécessité d’une action antitrust dans ces domaines. Les marges de Google sont colossales, comme celles de Microsoft, ou IBM en son temps etc. Si le vainqueur « prend tout » et utilise à mort les possibilités de segmentation de la chaîne de valeur proposée par la mondialisation et les facilités de non-paiement d’impôt, son taux de marge s’élève très haut. De toute façon, pour les « start-up », la recherche des « barrières à l'entrée » et de rigueur ainsi que la spéculation sur les valeurs futures des actions.  La décision des Américains de laisser leurs entreprises innovantes conquérir le monde hors impôts a tout aggravé dans ce domaine.

L’analyse des résultats des élections qui ont vu le triomphe de Trump fait valoir que la concurrence acharnée des pays à bas salaire a bousculé le tissu industriel américain et provoqué la révolte de la classe moyenne. On ne peut pas affirmer dans la même phrase que la concurrence étrangère a été une cause des difficultés américaines et que les entreprises ont pris le pouvoir et réduit la concurrence.

Un peu de rigueur, S.V.P.

La seule solution est de sortir de l’économie baudruche, dont le caractère explosif est évident, et d’éviter les énormes déficits et excédents. Il faut pour cela revoir profondément l’organisation monétaire et commerciale internationale. Là est le chemin.

D’ores et déjà les rendements très bas de la spéculation ont provoqué un certain retour à l'investissement productif. Ce mouvement doit être accompagné.

La hausse globale du taux de marge aux Etats-Unis est le fruit d’une rétractation de l’activité autour des noyaux durs des entreprises leaders sur leur marché et de l’abandon de bien des productions aux pays à bas salaires.  La maîtrise du pouvoir de marché est un aspect dérivé et secondaire.

Une de fois de plus les économistes américains, sachant que toute discussion sur les changes et leur organisation est impossible, cherche dans les arroyos ce qu’ils ne veulent pas voir dans le grand fleuve. Et les bobos du village gaulois se croient obligés de répéter ces sornettes comme des perroquets quand cela va dans le sens de leurs préjugés.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile

Le désastre Hidalgo. Le livre "Notre Drame de Paris" est en dessous de la vérité

L'abaissement irrémédiable de l'ancienne "Ville Lumière"

Le livre d’Airy Routier et Nadia LeBrun, Notre-Drame de Paris, chez Albin-Michel, met, enfin, le doigt sur la déroute invraisemblable de la gestion municipale à Paris. Paris est la capitale d’un pays qui n’a tout de même eu un certain rayonnement. En arriver là où nous sommes tombés est proprement honteux et scandaleux.

Dans notre article du 12 février 2014 : « Un déclin programmé ? Paris : la mort lente », nous avions souligné l’absence totale de discussion sur l’avenir de Paris lors de la campagne des élections municipales. On savait que la politique dérisoire suivie par Delanoë serait amplifiée par celle que la faveur de M. Hollande, alors Président, mettait sans autre raison qu’une passion personnelle, sur le pavois. Il ne fallait pas le dire et surenchérir.

Du coup nous avons pris soin d’écrire à NKM pour la supplier de ne pas jouer à la « bobo de service de droite » et de ne pas foncer « cliché contre cliché ». L’UMP avait considéré qu’il fallait une femme pour combattre une femme et une femme écolo et socialo compatible. C’était déjà se couler dans le lit de l’adversaire. Une première erreur était d’avoir imité le PS en organisant des primaires. Elles avaient permis au jeune Pierre Yves Bournazel de tirer (déjà) contre son camp et de démolir la candidate de son parti ! Il le trahira à nouveau, pour Macron, peu après. C’est dur une carrière politique quand on n’est rien ! La campagne de NKM, malheureusement, sera nulle. Elle n’avait rien préparé. Le « cœur » décliné sous toutes ses formes, encore une concession au règne de la com’, n’était pas ce qu’attendaient les Parisiens. La « super bobo de droite » parut sucrée et ridicule. Le tout se terminera par un grotesque crêpage de chignons lors du « débat » avec Hidalgo, une spécialiste. Et un peu plus tard, par la violence d’un maire de banlieue contre NKM. Il lui balancera ses tracts à la figure et l’enverra un temps à l’hôpital. Il ne se remettait pas de l’arrivée d’Hidalgo au pouvoir... L’incident était révélateur : la haine était là, suscitée par la politique infâme et clivante de la Mairie de Paris !

La haine, nous l’avons retrouvée dans un bistrot du XIVe arrondissement il y a quelques jours, lorsque l’effarante décision prise en secret et exécutée durant l’été, de remplacer sur plusieurs kilomètres une voie sur berge d’entrée dans Paris par une double piste cycliste, provoquant des embouteillages inouïs, a été découverte par les Parisiens. « Comment veux-tu que la capitale française soit bien gérée par une immigrée espagnole inspectrice du travail, un immigré juif d'Europe centrale, un écolo psychopathe d’origine polonaise qui a un vélo dans le citron, un homosexuel communiste et un fils à papa de gauche dont le seul mérite est d’avoir mené une révolte étudiante » disait l’un. « Les socialistes viennent de prendre une br… aux élections législatives, ils ne représentent pas 6 % de l’électorat et ils continuent comme si de rien n’était à em… les Parisiens ». « Hidalgo se fait construire un palais personnel Boulevard Raspail ; sûr qu’elle ne mettra pas d’immigrés sur son palier ». « Ni de clochards alcooliques devant la porte de l’immeuble ». « Triste temps ». « Cela me rappelle l’occupation ».

Arrêtons là ! Ce genre de propos, on l’entend partout. Il fait le jeu d’Hidalgo et de sa secte qui sont trop heureux de dénoncer les racistes, les antisémites, les fachos, les bourges égoïstes, les Dupont- la-joie indécrottables, les pétainistes de seconde génération, etc. ad libitum. Cela ne fait pas avancer les débats. Mais cela signale la haine installée et chauffée à blanc par l’action municipale. Hidalgo n'est pas seulement clivante ; elle provoque et ses provocations alimentent la haine des Parisiens. Partout ailleurs, l’action municipale cherche à unir la population et en général l’intérêt municipal est relativement facile à rechercher et tout finit dans une certaine unanimité. Les grandes villes françaises essaient de forger du consensus et l’obtiennent généralement. Il fallait que l’équipe parisienne se démarque par le sectarisme.

Le livre de Routier met les pieds dans le plat. Et tout ce qui est dit est vrai et peut être vérifié sauf quelques détails sans importance comme le statut marital de l'adjoint communiste (une faute absolument énorme selon Libé !).

Oui, Hidalgo et ses sbires sont totalement indifférents à la transformation de Paris en porcherie. La saleté est partout. Les rats prolifèrent ainsi que les souris et la gale a bien fait son retour, avec également des maladies qu’on croyait disparues. De retour de Tokyo, l’auteur de ces lignes a eu un véritable « choc de saleté » en revenant à Montparnasse. La seule réponse d’Hidalgo : « les Parisiens sont des porcs qu’on va sanctionner ». Suivra une campagne d’affichage. Pour ne pas toucher aux employés qui font mal le travail de nettoyage.

Oui Hidalgo, suivant l’exemple de Delanoë, a bien multiplié les postes offerts au copinage et à la connivence. Tokyo : 12 millions d’habitants et 12 000 fonctionnaires municipaux. Paris : 2 millions d’habitants et 75 000 personnes rémunérées par la municipalité directement ou via des associations « amies ». Trente fois plus ! Une enquête américaine montre qu’en général une ville de 2 millions d’habitants finance 20 000 postes d’agents municipaux au maximum. Le quart de Paris !

Oui Hidalgo bloque Paris en traitant l’automobiliste en ennemi et l’automobile en diablerie qu’il faut supprimer. On ferme des voies. On rend impraticable ce qui reste accordé à la voiture. Le résultat : le développement anarchique des deux roues motorisés dangereux et polluant. Des livreurs et des automobilistes énervés qui ne respectent plus rien. Et une vie devenue intenable pour les Parisiens interdits de mobilité ou bloqués dans les embouteillages. Et la réaction des banlieusards qui ne peuvent plus se rendre facilement à leur bureau.

Oui Hidalgo utilise bien l'officine Airparif, bourrée de partisans Verts jusqu’à la gueule, comme un instrument non pas de vérité mais de propagande.

Oui Hidalgo est bien « en cheville » avec Unibail et quelques grandes fortunes qui ont besoin de la Ville de Paris et qui offrent à la fille d’immigrés l’impression de faire partie du grand monde.

Oui Hidalgo est prête à toutes les provocations pour paraître en faveur de toutes les actions politiquement correctes, ou considérées comme telles par la gauche germanopratine et gauchiste. Les immigrés, les Roms, les drogués, les clochards, les routards, les groupements homosexuels, les jeunes délinquants, les trotskistes, et l’extrême gauche culturelle, en même temps que les activistes internationaux contestataires ont tous les droits à Paris. On chasse les classes moyennes au profit de tout ce petit monde sans la moindre vergogne.

Oui Hidalgo a bien mis Paris sur la trajectoire d’un endettement phénoménal et impossible à rembourser, tout en poussant la fiscalité à des sommets imbéciles et intenables.

Oui Hidalgo est bien une favorite, placée là par la faveur du prince, et qui a atteint et dépassé depuis longtemps son niveau de compétence. Elle pourrait être, avec plusieurs des maires d’arrondissement, souvent de tout petit niveau, genre prof de gym, l’occasion d’écrire un chapitre entier sur le Principe de Peter.

Oui Hidalgo a bien cumulé les rémunérations publiques sans apparemment avoir fourni, dans le cas de l’inspection du travail, une activité connue. Pénélope Fillon est une enfant de chœur.

Oui Hidalgo ne raisonne qu’en termes de pouvoir, d’image et de communication, entourée d’une secte injurieuse et cupide.

Oui Hidalgo est bien incapable du moindre débat, de la moindre considération pour les Parisiens et de la moindre convivialité. Elle est devenue une virago inaccessible, méprisante, violente, clivante, haineuse et injurieuse. Sauf quand elle singe la grande dame auprès de MM Arnaud, Pinaud et Cie et quand elle minaude devant une presse complice (car soignée au petits oignons).

Oui Hidalgo est une catastrophe navrante qui détruit Paris et déclasse la Ville Lumière en vile poubelle dispendieuse et en sous banlieue, lui faisant perdre toute son attractivité.

C’est en résumé, ce qu’invite à penser le livre d’Airy Routier. Mais ce livre est en dessous de la vérité.

Nous allons ci-dessous lui ajouter un chapitre, tiré de l’actualité la plus récente et qui démontre bien les rouages, ruses et méthodes douteuses de la Mairie sous Hidalgo.

On dénonce les liens entre Hidalgo et Unibail, en s’appuyant sur l’affaire de la tour Triangle et les errements du Forum et de sa jaunasse canopée. On ne sait pas que Mme Hidalgo et Unibail se sont mis d’accord pour entreprendre un chantier colossal sur l’îlot Vandamme, à Montparnasse. Unibail possède un centre commercial qui a toujours vivoté et les murs d’un hôtel de 1 000 chambres qui n’est plus aux normes internationales depuis quelque temps. Le Centre de Conférence, créé en remplacement d’une patinoire et d’un bowling, est en sous-sol et peu attrayant. Unibail a donc légitimement pensé à rénover l’ensemble. Mais comment le faire sans se ruiner ? En obtenant la propriété de milliers de m2 nouveaux à construire, en bourrant le site. La plus-value immobilière compensera et au-delà les frais de la rénovation. À 12 000 euros le m2 du neuf, la multiplication par plusieurs milliers fait monter la plus-value globale à des montants coquets. Merci Mme Hidalgo qui a évidemment demandé en contrepartie la création de logements sociaux, ce qui lui permettra d’affirmer qu’elle tient ses objectifs tout en sachant que l’attribution des meilleurs de ces logements passera par des arcanes à peu près obscurs et qu’ils ne seront par perdus pour tout le monde.

Unibail en profite pour mettre en place un centre commercial sur deux niveaux avec 220 boutiques ! Soit ! Chacun sait que les grands centres commerciaux sont en totale perte de vitesse. Aux États-Unis, ils ferment les uns après les autres. Après tout ce sont les boutiquiers qui supporteront la casse. Unibail continue donc à multiplier les centres un peu partout. Le seul problème, c’est qu’il faut livrer les marchandises et recevoir les clients. Aucune étude d’impact n’a été faite. Les habitants n’auront qu’à supporter le choc. On leur a donc allègrement menti, cachant les solutions retenues en secret. La dissimulation est la caractéristique principale de la Maire de Paris. Les fourbes ont donc caché aux habitants ce qu’ils allaient faire. Pour au final percer une nouvelle entrée dans la rue du Ct Mouchotte, à côté de la sortie du parking Vinci. Comme le centre ne pourra pas traiter plus de 4 camions à l’heure, où donc attendra, à six heures du matin, la file d’attente des camions de livraisons ? Sous les fenêtres des habitants du 33 ! Pendant quatre heures, si les horaires sont respectés (ils ne le sont jamais), les résidants de l’immeuble Les Balcons de Montparnasse, le bien nommé, pourront contempler avec amour la noria de camions polluants et sonores, certains avec des climatiseurs bruyants. Partir au travail en voiture sera impossible, car la file bloquera la sortie du parking. Dormir après 6 heures également. Tout l’immeuble sera asphyxié par les vapeurs d’essence et la pollution des pots d’échappement des camions (des semis remorques sont au programme). La noria enserrera entièrement l’immeuble, et lui seul, cerné comme avec un lasso.

On a menti aux habitants de cet immeuble et à ses représentants. Non seulement il n’y a eu aucune concertation, mais les réponses aux questions posées de ci de là ont toujours été mensongères. Au point qu’à l’enquête publique la Mairie a diffusé des images du futur aménagement sans la trémie d’entrée des camions. Dans aucune réunion publique la nouvelle organisation n’a été montrée alors que des dizaines de « slides » ont été projetées pour "calmer les angoisses". Il fallait, pour savoir ce qui allait se passer, trouver dans l’immense dossier de l'enquête publique et du permis de construire, les 2 cm2 où une trace de la nouvelle entrée était signalée. Bien joué diront les cyniques. Un tel mépris des habitants fait malgré tout frémir. Ce sont des mœurs de voyous, pas d’édiles.

La SNCF pour sa part entend transformer également la gare Montparnasse en centre commercial. Le projet architectural est d’une pauvreté inouïe. Une boîte de sardines semble avoir été le modèle. Les graves difficultés que la gare cause aux riverains ne sont pas traitées. Cette gare cachée n’a pas de dépose connue du grand public. La dépose se fait donc de façon sauvage dans la rue du Ct Mouchotte, bloquant la rue et provoquant pollution et conflits sonores. On rajoute maintenant une zone de livraison pour la gare ! Les nouveaux magasins seront alimentés par la rue Mouchotte, aggravant la congestion provoquée par notamment les semis remorques de retour des voitures de location, les cars qui amènent les touristes dans les deux grands hôtels de la rue, et la sortie des parkings de la gare et du parking Vinci qui provoquent une noria permanente sur les trottoirs et dans la rue.

L’organisation d’une rue déjà surchargée à laquelle on rajoute autant de trafic client et fournisseur devient évidemment critique. La mairie organise donc une réunion publique pour « informer la population de ses projets ». Voici MM. Nadjovski et Missika, les deux porte-flingue d’Hidalgo devant une assemblée de riverains inquiets.

Missika, on le connaît : intelligent, cynique, provocateur. Depuis le temps que les projets de la mairie suscitent la haine, il a pris la tête et le style de l’emploi. « Rien à foutre et je dis le maximum de conneries qui n’engagent que ceux qui voudront y croire ». Nadjovski est visiblement un malade. Il est blanchâtre, l’œil vide, la moue méprisante. Le projet tombe : on supprime deux voies de circulation et on fait une autoroute à vélos. Une voix s’élève : « on ne va pas prendre le train, avec des bagages et sa famille, à vélos ». Rires dans l’assistance. L’œil de Nadjovski se voile. La haine emplit sa voix. « On imposera les circulations de vélos et on fermera le tunnel qui passe sous la gare Montparnasse pour y faire un garage à vélos ». Stupeur dans l’assistance. L’avenue du Maine débouche dans Paris par ce tunnel très emprunté. Ce sera un embouteillage infâme au croisement de la rue Mouchotte et de l’avenue du Maine. « On continuera à bloquer l’accès de la ville aux voitures en supprimant des voies de circulation sur l’avenue du Maine qui aura aussi son autoroute à vélos ». On croit rêver. Ce type est bien un autiste monomaniaque, cinglé, selon toute apparence. Devant les réactions houleuses de la foule, Missika rigole. Il a l’habitude. Un des « citoyens » pose la question qui tue : « si vous n’avez plus que deux voies de circulation, que fera-t-on quand les semi-remorques livreront leurs voitures de location. Ils viennent en général à quatre et bloquent déjà la rue ne laissant qu’un couloir étroit pour les bus, les cars, les camions. Missika rigole encore plus : « faux problème ! Les voitures de locations vont bientôt rentrer toutes seules au parking ! » Des cris s’élèvent dans la foule : « Vous vous moquez ! ». Missika rigole encore plus, de façon provocante. La séance est levée car il y aura « naturellement » d’autres réunions de « dialogue et d’échanges citoyens ». Toujours cette enflure des mots pour cacher qu’on impose de façon hystérique et fasciste des décisions débiles aux dits citoyens sans possibilité de changer quoi que ce soit. Parler de circulation « douce et apaisée » quand on bloque la circulation sur les trottoirs (coupés d’entrées et de sorties de voitures et de camions) et dans la rue, tout en empêchant les propriétaires de voitures particulières de sortir de chez eux, est un exercice tout en vice qui amuse la municipalité et ses principaux dirigeants. Et suscite la haine des habitants qui s’énervent d’être pris pour des imbéciles et des cobayes.

Résumons-nous ! Pour complaire à Unibail, son sponsor, Hidalgo lui permet de faire une opération qui transformera le quartier Plaisance en un enfer de camions et de clients motorisés, de compresseurs à emballages, de poubelles, alors que l’endroit est déjà surchargé par la gare de chemin de fer et les cars qui alimentent les nombreux hôtels existants, plus celui à venir. En prime on bloque la rue pour faire une autoroute à vélos alors que la pente du Mont Parnasse est forte et répugne au cycliste non doué d’une capacité certaine de montée en côte.

Ce magnifique projet touche un quartier et une rue qui a déjà eu beaucoup à souffrir des négligences et des politiques de la mairie.

Il existe une passerelle rue du Ct Mouchotte permettant de relier l’îlot Vandamme à la Gare et au Jardin de l’Atlantique. Lors de la campagne pour la mairie, les équipes du PS ont multiplié les affichages sauvages sur les glaces. Quand il a fallu les enlever, impossible : ce n'était pas verre mais du plastique et la colle avait réagi et s’était amalgamée. Décision de la mairie : enlever les « glaces ». Aux usagers de prendre la pluie et le vent ! Qu’on ne vienne pas dire que la Hidalgo n’est pas en cause : c’est elle qui présidait la Semea XV chargée de l’entretien de cette passerelle et elle aussi l’organisatrice du meeting dans le gymnase Mouchotte qui a été l’occasion de ce déchaînement de collages.

Cette passerelle est desservie par un ascenseur également sous la responsabilité de la même Hidalgo. Il est en panne depuis deux ans sans qu'aucun entretien ne soit prévu. Merci pour les piétons et les circulations « douces et citoyennes ».

La place de Catalogne dispose d’une fontaine unique à Paris, une des rares fontaines construites dans les 50 dernières années à Paris. L’ennui est qu’il faut l’entretenir. Pas question. Elle est donc à sec depuis des mois et laissée sans entretien ce qui permet le pullulement des rats et des souris (la surface de la fontaine est de plus de 60 m2 et ne manque pas de canalisations) !

Mme Hidalgo se moque d’entretenir les équipements dont elle a hérité et qui exigent des dépenses sans aucun avantage d’image pour elle. Que compte le mépris des 2 000 riverains ?

En revanche la municipalité a multiplié les parcs à motos et le stationnement sauvage est tellement envahissant et hideux, gâchant tout plaisir de passer à pied, que de temps à autre un maniaque fait flamber une centaine de motos laissant les lieux au format Raqqa.

Le trottoir est huileux et maculé. Il faut dire qu’on n'entretient pas la rue du Ct Mouchotte qui est marquée en permanence de traces d’urine, d’ordures, de papiers gras et de déjections diverses. Une réunion avec la prof de gym trotskiste qui joue le maire du XIVe au milieu de ce marécage ne semble pas l’avoir troublée. Ces gens, qui n’ont que le mot d’écologie dans la bouche, n’ont pas l’air de comprendre que l’urine et les crottes de chien ne font pas partie de la discipline.

Plus grave, la municipalité a décidé de loger des clochards irrécupérables dans les logements sociaux de la place de Catalogne, mélangés avec les populations aidées précédentes (du moins celles qui n’ont pas été expulsées). On imagine la coexistence sur le même palier. Ils s’agglutinent devant le G20 où ils viennent acheter bière et pinard. Parfois ils ont des chiens. Ils sont en général saouls et agressifs et lancent les chiens contre les passants qui protestent, surtout des habitants du 33 dont le hall est envahi régulièrement par des clochards éructant, vomissant et couchés dans le passage. Les striures d’urine qui maculent la rue viennent autant des hommes que des chiens. Merci Mme Hidalgo !

Ne parlons pas des Roms qui mettent des esclaves devant toutes les supérettes et envoient des nervis patibulaires pour les imposer.Il est vrai que cette partie du XIVe a été sélectionnée par Mme Hidalgo pour multiplier l’implantation de populations immigrées en provenance du Maghreb et d’Afrique noire. Le résultat peut se lire sur les prix du m2 : il a partout augmenté à Paris de plus de 4 % sauf dans ce quartier qui a désormais ses mosquées improvisées, accueillant des centaines de barbus en tenue moyenâgeuses.

Des « bandes de jeunes » « de couleur » s’en donnent désormais à cœur joie, rendant la vie des habitants intenables : envahissements de hall, interpellation dans la rue, tapage, bagarres, trafics en tout genre. Le quartier ne se distingue plus des banlieues les plus à l’abandon.

La délinquance est devenue un fait constant et grave. Le nombre des actes de violences s’est envolé comme les vols. Il devient de plus en plus difficile d'empêcher les pénétrations dans les immeubles. La Gardienne du 33 rue du Ct Mouchotte a été violemment agressée. La mésaventure arrivée à un élu Vert, frappé et dévalisé par trois voyous, devrait pourtant alerter la mairie sur le fait que ce qui croît n’est pas seulement « le sentiment d’insécurité ». Par an, on compte plus de 90.000 plaintes. Soit plusieurs centaines par jour ! Vive les circulations piétonnes citoyennes et apaisées !

Hidalgo renvoie toutes les responsabilités sur la Préfecture de police. Mais qui a imposé ces populations problématiques ? Qui refuse de créer une police municipale ? Le tout en injuriant les critiques ?

La triplette tragique Hidalgo-Missika-Nadjovski est bien responsable d’avoir pourri gravement et durablement la vie des habitants, d’avoir porté atteinte à la sécurité publique, d’avoir détérioré les équipements publics, d’avoir propulsé les rats et autres pestilences à des niveaux inconnus, d’avoir porté atteinte par tout moyen aux droits élémentaires de propriété, d’avoir réduit la valeur du parc de logements, réduit la mobilité et transformé le quartier Plaisance, dont le nom dit le charme passé, en sous-banlieue difficile.

Comme l’a écrit un des présidents de conseil syndicaux de la rue à Karine Petit, la prof de gym qui fait semblant d’être maire du quartier entre deux réunions de soutien aux « folles de mai » et autres gauchistes sud-américains, « le rôle des édiles municipaux n’est pas de pourrir la vie des habitants ».

Hidalgo et ses sbires ont créé les conditions d’une haine tenace.

Il eût fallu s’élever un peu et faire appel aux meilleurs architectes et urbanistes pour tenter de régler par le haut le destin de la rue du Ct Mouchotte, au lieu de la détruire sans vergogne pour satisfaire Hidalgo et ses amis, les idées fixes d’un Vert délirant, et le clientélisme outrancier du PS.

Ces démocrates préféreront se défouler en criant au beauf, au raciste, à l’antisémite, au fasciste, à l’islamophobe, au bourgeois bourrin, à l'amoureux de sa bagnole, à la salope blonde en 4x4, etc. ad libitum. En espérant que les populations implantées les rééliront.

Paris est bien devenu la ville des rats. On préférait la ville lumière. Et comme le nôtre, des dizaines de quartiers pourraient ajouter leur chapitre au livre « Notre Drame de Paris », parfois avec des réalités encore pires.

Il faudra un jour se débarrasser de ces malfaisants. Les élections législatives ont fait une partie du boulot. Il faut le finir et vite. Car la rage de la défaite probable a poussé ces infects à accélérer encore leurs mesures délétères pour les rendre irréversibles tout en rêvant que les bénéfices d’image des jeux olympiques leur permettront de survivre aux désastres qu’ils ont créés.

Plan Macron : accords et désaccords

Nous avons connu plusieurs Macron. Le Macron ministre contestataire de la contestation interne du PS, tentant d’introduire un peu de réalisme dans l’enflure idéologique du PS. Le Macron de Révolutions, un livre vide et attrape tout qui ne pouvait que laisser sur sa faim le lecteur un peu attentif. Le Macron candidat avec un programme honteux d’électoralisme et s’appuyant sur une conjuration d’énarques. Le Macron élu, tenté par la posture. Le Macron tacticien politique, tentant la destruction totale des Républicains et du PS dans toutes les assemblées. Nous connaissons aujourd’hui le Macron de rentrée, qui, après un tassement sensible dans les sondages et un été à la godille, compte tenu du caractère contradictoire de son programme électoral, se replace au centre de l’échiquier politique en donnant les orientations détaillées de son mandat.

Que penser de ce nouvel avatar ?

« On ne fait pas les choses en cent jours ». D’accord ! Nous avons ici même dénoncé cette croyance idiote qu’un programme lourd devait être exécuté en trois mois dont deux d’été. Cette faribole qui date de Guéna en 1988 peut être écartée.

On a vu que le programme de « restauration de la confiance » ne proposait que des mesures propres à rendre impossible une carrière politique pour les non-fonctionnaires. Supprimer les cumuls, les emplois de proches, les attributions de subventions aux parlementaires, modifie certainement le paysage politique. La qualité du personnel politique en sera-t-elle améliorée ? On peut en douter. Seuls pourront faire carrière ceux qui ont de solides appuis financiers extérieurs ou qui peuvent continuer à travailler en valorisant leurs mandats.

La loi travail a abandonné ce qui faisait l’ineptie de la loi El Khomry : l'affirmation de principes clivants accompagnée de mesures dérisoires. On offre une loi mille feuilles, type première loi Macron, avec un flot de mesures, allant du nécessaire au marginal, avec peu d’effets réels à en attendre, mais qui détendent un peu le cadre pénal mis en place par le PS pour museler l’entreprise. On en revient à la négociation par branches avec quelques possibilités virtuelles de s’organiser dans l’entreprise. L’effet sur l’emploi sera infinitésimal. Mais on aura, un peu, débloqué « la machine à interdire sous peine de sanction » qui a été construite par Mitterrand, Rocard, Jospin et Hollande.

Le troisième trimestre aura donc été une démonstration qu’on pouvait faire bouger des petites choses qui n’avaient en fait pas trop d’importance mais dont l’effet à terme sera non seulement modeste mais parfois problématique. Les vraies réformes, celles qui auraient eu un impact fort, ont été ignorées.

Il fallait faire sauter les seuils afin de mettre fin à la tentation de ne jamais dépasser 50 personnes et dépénaliser les relations courantes du travail.

Il fallait interdire à un fonctionnaire de toucher deux rémunérations et d’être élu dans des instances qui gèrent sa rémunération.

Certains principes ont été affirmés qui sont inacceptables : on continue de surpénaliser les licenciements dès qu’une « minorité » est en cause. Les homosexuels, les femmes, les Juifs, deviennent des sur citoyens. Tous les contentieux vont donc tourner autour de ces caractéristiques. J’ai été licencié par ce que je suis juif ou arabe ou noir. J’ai été licenciée par ce que je suis une femme. Résultat : les entreprises vont éviter de les recruter. Et il faudra les « dénoncer » pour discrimination. Exactement comme pour le marché de la location d'appartement.

Macron a toujours cédé au politiquement correct et il persiste. « Pas d’ennemi du côté des minorités sociétales agressives ». Il se coule dans la tendance vertueuse venue des États-Unis en faveur des tous les affranchissements. Le Macronisme est un conformisme. Mais ce n’est plus l'Observatore Romano qui donne le la. On a changé de curé. La peur du qu'en-dira-t-on a changé de sujet pas de force de contrainte.

« Nous sommes un pays de conquête et il ne faut pas céder un pouce aux esprits chagrins ». Donc il ne faut pas écouter Monsieur de premier Ministre qui parle de « réparer la France ». Le Président en rajoute : « Nous sommes le seul pays qui n’a pas vaincu le chômage de masse ». Elle serait donc cassée et « incapable de se réformer » ? Voilà bien des concessions aux « déclinistes honnis » !

 Il faut comprendre la cause des difficultés pour les résoudre. Où est le diagnostic ? Macron ne fait jamais aucun diagnostic. Le « hourra football » a ses vertus comme la « hourra politique ». Qu’on nous permette de nous tapoter le menton.

« Nous sommes entrés dans une économie de l’innovation, de la compétence et du numérique ». Toute l’économie moderne depuis le début du XIXe est une économie de l’innovation et de la compétence (qui est l’art d'accommoder l’innovation). L’informatique, elle, est passée de la mécanographie dans les années cinquante, aux systèmes centraux dans les années soixante, au temps réel dans les années soixante-dix, à la micro-informatique dans les années quatre-vingt, à l’internet dans les années quatre-vingt-dix, à la jonction avec le monde du téléphone dans les années 2000. Cela veut dire que le numérique est là depuis… soixante-dix ans. Surjouer le « modernisme » en affirmant que tout a changé est de pure tactique politicienne. Si on doit changer, c’est surtout à cause de l’étouffement socialiste qui a bloqué l’économie française. Le fait qu’on ne dise plus programmeur mais codeur ne change rien à l’affaire.

« Je veux passer d’un système Bismarckien d’assurance sociale financée par des cotisations au modèle de solidarité par l’impôt ».

Au nom de quoi ? Cette approche détache totalement la dépense de son financement et ne permet plus aux réflexes individuels d’économies de jouer. Elle donne le sentiment qu’il suffira de demander plus « à l’autre » pour avoir plus d’avantage. Elle conduit donc au gâchis et à la haine sociale. C’est sur ce point doctrinal qui explique pas mal des mesures démagogiques de Macron qu’il faut réagir. Le premier point d’application est la taxe d'habitation. On la transfère sur la CSG, sur l’impôt sur le revenu, et sur la dette. Ce sera la même chose pour la maladie, la retraite, etc. On entre dans un système de type soviétique où plus aucune responsabilité individuelle n’est évoquée, puisque tout est apparemment gratuit et « qu’il s'agit de savoir quelle société on veut ».

Là nous touchons un vrai noyau dur et spécifique du Macronisme que personne n’a vraiment commenté. À notre avis il est désastreux. La vraie solution est celle des Suisses : faire sortir de l’entreprise tout ce qui dépend du citoyen et créer un lien étroit entre dépense et financement.

On ne peut pas imaginer divergence idéologique plus forte et désaccord plus profond.

« Une indemnisation plus forte du travail ». Curieuse phrase. Le travail doit donc être indemnisé, comme le non-travail. Cette vision est totalement folle. Que personne ne le relève est une curiosité. Cette philosophie politique nouvelle, unique au mode, justifie que l’on prenne leurs économies aux retraités, qui ne peuvent plus travailler, pour gonfler la feuille de paie de ceux qui travaillent. Une hausse de 25 % de la CSG y pourvoira. On va continuer comme cela ? À quel rythme ?

Une fois encore nous sommes totalement opposés à cette vision : la hausse des rémunérations du travail ne peut venir que d’une hausse de la productivité et d’une baisse des dépenses publiques financées par le revenu des citoyens y compris au travail. Ne faire aucune hausse de productivité, faute de réformes de structure, et transférer de l’impôt d’un groupe social à l’autre ne conduit à rien de positif, ni de durable.

La question sociale sera réglée par « l’accès et la formation », pense M. Macron. On retrouve le verbiage sur la croissance « inclusive ». D’accord pour démanteler le système de formation mis en place dans les années soixante-dix, encore une erreur de Giscard, qui n’a jamais servi à rien sinon à financer les associations patronales et syndicales. Mais bonjour les dégâts si seule la formation est la clé de l’emploi et l’emploi la seule solution à la misère.

« Un plan d’économie de 20 milliards est prévu en 2018 avec 10 milliards pour l’État, 7 sur la Sécurité sociale, et 3 sur les collectivités ».

Rappelons que la dépense publique en 2018 sera proche de 1 300 milliards. C’est un effort de 1 % sur un an qui sera obtenu surtout en retouchant les systèmes de subventions au logement, à l'emploi et à la santé.

Il n’y a aucune réforme lourde des structures ni de l’ampleur de l’action étatique. Les résultats seront sans doute différents de ceux annoncés, puisqu’on va compliquer la vie de ceux qui sont habitués aux systèmes d’aides actuels, qui vont hurler, sans réduire ce qui compte : l’extravagance du champ des politiques publiques et le nombre des étages administratifs.

En ne touchant pas aux fonctionnaires et à leur temps de travail, on ne fait que reporter sur les Français les efforts financiers d’économie.

Tout cela est très insuffisant.

François Bayrou, dans un rare éclair de lucidité, a bien vu que « les hauts fonctionnaires ont pris le pouvoir ». Ceux qui lisent ce blog savent que ce diagnostic est le nôtre. La France a subi un « pronunciamiento des hauts fonctionnaires ». L’Énarchie Compassionnelle triomphe.

Qu’en dit notre Président ? « Cette République a très bien fonctionné à une époque où les fonctionnaires devenaient ministres ». « J’ai voulu redonner de la dignité à la haute fonction publique ». « Ce sont les politiques qui décident des textes préparés par les hauts fonctionnaires ».

La prise du pouvoir par la haute fonction publique date de l’arrivée de Giscard et Chirac au sommet de l'Etat. Depuis tout a été de mal en pis. On ne savait pas que la dignité des hauts fonctionnaires fut à ce point malade. Naturellement si les politiques sont aussi des hauts fonctionnaires (Par exemple, Macron, Philippe et Le Maire) le travail des hauts fonctionnaires est validé par des hauts fonctionnaires. C.Q.F.D. !

Moins convaincant, on ne peut pas.

« L’Europe s’est spécialisée dans l'immixtion bureaucratique » alors que « L’Europe est le niveau approprié pour retrouver notre pleine souveraineté ». Il faut « un budget européen qui représente plusieurs points de PIB » Il sera « gagé progressivement par l’attribution d’une part de fiscalité nationale ».

La fuite en avant européiste est une idéologie. Pour la rendre possible et acceptable, Macron tire sur le plombier polonais.Il veut mettre des limites à l'idéologie de la concurrence totale en interne comme à l’extérieur, et croire que l’Europe ne sera plus seulement un espace où on ne prend pas de mesures discriminatoires contre les autres européens, mais aussi une zone où les règles fiscales et économiques seront unifiées.

Cela veut dire céder un peu plus le pouvoir à un gouvernement de Bruxelles travaillant en solo avec les députés de Strasbourg, les politiciens français devenant inaptes à changer le cours de quoi que ce soit.

Ce serait cela la « nouvelle souveraineté », une absence devenue totale de souveraineté (avec la perte de la monnaie, du droit, transféré aux cours européennes, des lois touchant le quotidien, de la diplomatie économique externe, et désormais du budget, partiellement transféré et sous tutelle pour le reste).

Tout cela est dans les limbes et devra être observé au fil du temps. Mais on doit déjà s’inquiéter : quand on règle les problèmes par des antiphrases, c’est mal parti. Le souverainisme français passant par Bruxelles est un concept qui reste à explorer.

À total le Macronisme est bien une doctrine : gratuité sociale financée totalement par l’impôt payé par une minorité, européisme débridé, maîtrise de la nation par les hauts fonctionnaires. Cela commence à être une pratique. La doctrine permet tous les opportunismes, pourvu qu’on respecte les vaches sacrées et le politiquement correct. Les partis politiques ont maintenant de quoi fixer leur réflexion.

La vraie question est de savoir si cette conception permet de sortir la France « cassée » de son itinéraire délétère. Nous verrons mais nous sommes très sceptiques. Réparer le doigt cassé d’un conducteur accidenté en train de mourir de traumatismes multiples et incarcéré dans sa voiture, est certes « un pas dans la bonne direction ». Est-ce que cela suffit ?

Le régime des travailleurs détachés : un psychodrame révélateur

Le 16 décembre 1996 a été édictée la directive des travailleurs détachés. C’était le début du forum du journal le Monde, encore sous Compuserve, un nom qui ne dit plus rien à personne, et la tonalité générale des commentaires, sur un forum dominé par les intervenants de gauche, était totalement négative. Admettre que l’on puisse travailler dans un pays sans suivre les lois sociales du pays leur paraissait un crime contre le progrès social et la preuve d’une dérive « néolibérale » des hauts fonctionnaires de Bruxelles.

La réaction était intéressante par ce qu’elle montrait de la mentalité de la gauche française et aussi du caractère étrange de la procédure des directives européennes. Proposées par la Commission et elle seule, les firectives étaient travaillées dans le silence médiatique et votées presque automatiquement par le Parlement, où les européistes étaient majoritairement élus, puisque notamment en France on choisissait les candidats dans les partis de gouvernement uniquement dans la frange la plus fédéraliste, et les gouvernements étaient bien obligés de suivre pour ne pas bloquer une procédure de plusieurs années. Les médias français se désintéressaient totalement de la procédure jusqu’au jour où, tout étant fini, on entendait des protestations enflammées en tout point de l’échiquier lorsqu’il fallait intégrer la Directive dans le droit national.

Rappelons que le 16 décembre 1996, le gouvernement Jospin tenait les manettes. Et voici que la gauche de forum lui reprochait d’avoir autorisé « une arme de destruction massive contre les droits sociaux ». Des propos que l’on retrouvera lors du vote de la directive Bolkestein sur la libéralisation des services « faits à l’étranger avec les règles sociales du pays d’origine ».

La droite de son côté, après la calamiteuse gestion des Énarques Chirac et Juppé, terminée comme on sait, n’avait absolument rien à dire sur le sujet.

Sic transit gloria gallica.

Alors que se posait de façon criante la question de l’organisation du marché unique imposé par Mitterrand, alors que l’effondrement du bloc socialiste de l’est de l’Europe créait une situation pour le moins nouvelle et complexe, compte tenu de l’énorme écart des salaires, les grands partis français n’avaient rien à dire et n’avaient absolument jamais discuté au fond la manière de faire face à cette situation très délicate.

Le Commission a été laissé seule à formuler ses solutions. Elle l’a fait comme elle sait le faire : non pas sur la base réaliste des rapports d’intérêts mais sur celle essentialiste des trois libertés fondamentales de circulation des biens, des personnes et des capitaux. Et adviennent que pourra !

Comme les principes ne se discutent pas, l’essentialisme européiste a triomphé dans le non-débat auprès des instances politiques et médiatiques. Ensuite, plus de débats possibles et seulement des grognements vains. Les européistes se sont contentés de crier à une victoire formidable du droit et des bons sentiments. Les autres ont gesticulé pour rien.

Et voilà comment 20 ans plus tard, on essaie de changer une directive qui a naturellement connu un grand succès mais qui, dans le cadre d’un chômage désastreux, a pris l’allure d’une provocation. La campagne électorale a montré que tous les candidats étaient pour un durcissement ou une suppression de la Directive ! L’essentialisme est incompatible avec les élections nationales. On découvre qu’il est presque impossible de modifier un directive. Il faut reprendre tout le processus , aboutir à une quasi-unanimité, alors que les règles mises en place ont créé des avantages acquis et des divergences marquées entre les pays signataires. Le seul argument des pays demandeurs est que  la directive pousse à des conséquences électorales « populistes ». Macron n’a guère d’autres arguments que de dire : c’est cela où un gouvernement populiste et antieuropéen sera élu au prochain coup en France ! C’est peu.

La vérité est si simple. Il y a toujours eu des accords de détachements entre les pays, même si les régimes sociaux étaient très différents. Les Algériens ont par exemple commandé à la Chine la construction de milliers de logements clefs en main, intégralement réalisés avec de la main d’œuvre chinoise. Quiconque a voyagé beaucoup sur les lignes orientales sait que depuis les années soixante- dix on y voit des cohortes d’hommes venant tous du même village aller vers des pays d’accueil temporaire pour y faire des travaux à bas prix. Des groupes d’Indiens, de Pakistanais, de Coréens, d’Indonésiens, ont ainsi rayonné pendant des décennies un peu partout et notamment dans les pays du Golfe.

La France, elle-même, a longtemps pratiqué le recours aux travailleurs temporaires maghrébins, dans l’industrie automobile, dans le bâtiment et dans l’agriculture, jusqu’à l’erreur magistrale de Giscard, qui, inquiet des conséquences électorales de la montée du chômage, a interrompu ces contrats et privilégié l’immigration permanente et le regroupement familial.

Une écluse vaut toujours beaucoup mieux qu’un mur ou une liberté totale.

Ajoutons, et c’est un des arguments que nous avions défendus à l’époque, qu’il est des situations où il est impossible de faire autrement que d’envoyer temporairement à l’étranger des techniciens aux conditions du pays d’origine. Si vous avez conçu un logiciel très performant et dominant sur un créneau donné, vous allez le vendre partout dans le monde et le soleil ne se couchera plus sur votre zone de chalandise. Nécessairement l’installation et la formation des utilisateurs se feront au moins tant que la masse de clientèle n’aura pas atteint un certain niveau, par vos techniciens. Ils seront détachés à vos conditions dans le cadre d’un contrat global où vous aurez défini votre prix accepté par l’autre partie contractante. Il est strictement impossible de l’empêcher et ce serait dommageable : si le client a investi c’est que c’est son intérêt et donc celui du pays importateur du service.

Dans le cadre européen il était parfaitement légitime de définir un cadre réglementaire libéral permettant que ces activités soient parfaitement légales et inattaquables. Sinon elles se seraient développées « au noir », ou elles auraient été réduites, ce qui aurait privé les économies de solutions utiles.

Dans le cas de la directive sur les travailleurs détachés comme sur celle sur les services (dite Bolkestein), la légitimité de l’élaboration d’un cadre commun est parfaitement compréhensible, et le principe de la conservation des conditions sociales du pays d’origine n’est pas attaquable.

Restent les modalités, dans un cadre où les écarts de niveau de vie et de compétences sont aussi extrêmes qu’entre l’ouest et l’est, le nord et le sud de l’Europe !

Dans le secteur informatique, il est vite apparu que le coût des logiciels par exemple français, ne permettait pas des ventes de masse au Portugal ou en Roumanie. La solution aurait été de recruter des informaticiens de ces pays, à leurs conditions d’origine, pour écrire à bas coûts des logiciels moins chers. Au passage, le mécanisme aurait permis d’équilibrer les comptes extérieurs de ces échanges. Mais là il fallait créer une filiale dans le pays le plus pauvre, ce qui impliquait des délais et des coûts. Pendant ce temps-là, les États-Unis acceptaient sans états d’âme de faire venir chez eux des programmeurs indiens et attaquaient les marchés européens…

Dans un système de liberté générale des échanges, seule la souplesse paie.

Il est évident que le gros du marché du travail détaché concerne les ouvriers et la main d’œuvre non qualifiée à faible productivité. Dès le début de l’année 1997 on a vu débarquer sur la Côte d’Azur des « jardiniers » anglais offrant leurs services sans charges sociales. Ils ont clairement déréglé le marché local et… permis à des tas de gens de faire des travaux qu’ils n’auraient pas fait autrement. Le marché de la rénovation d’appartement a bénéficié du même engouement pour des travailleurs deux fois moins chers que les artisans français. L’agriculture a également bénéficié des salariés moins coûteux. On ne voit que l'aspect « concurrence déloyale ». On ne voit pas que beaucoup des travaux faits ne l'auraient pas été autrement. Il ne faut pas non plus trop crier à la concurrence déloyale : beaucoup des travailleurs détachés sont utilisés par les artisans locaux les plus performants…

L’équipement des bateaux construits à Saint Nazaire repose, pour être compétitif, sur le recours massif aux emplois détachés. C’est cela ou la fermeture des chantiers.

La construction, accablée de règles contraignantes et absurdes, et en disette de candidats depuis des lustres, a évidemment usé et abusé des travailleurs détachés. Cela a permis le boom de la construction que l’on a connu, sans altérer la santé des artisans locaux, qui sont, aux endroits où la demande est forte, quasiment en manque permanent de professionnels compétents. Que l’on regarde ce qui se passe par exemple en Bretagne où le marché a surmonté la crise de 2008-2009 sans drame.

Revenir sur les deux directives est une orientation malthusienne et politicienne.

La France a répondu aux trois crises majeures (1 974, 1 993 et 2 009) en faisant venir au pouvoir des socialistes qui ont incroyablement bloqué les relations sociales, réduit le travail et accru les coûts. Ces mesures ont largement tué la compétitivité française, comme on le voit en ce moment même avec l'accroissement des déficits au moment où l'euro et le Monde connaient une petite reprise. Il est sûr que le problème des travailleurs détachés (comme celui du travail au noir, où celui de l'immigration clandestine) aurait été bien moins présent sans ces politiques désastreuses.

Il ne faut en aucun cas revenir sur le détachement d’accompagnement des grands et petits investissements. En aucun cas. C’est la condition de la survie de nos fournisseurs sur le marché intérieur comme extérieur dans l’environnement ouvert qui est le nôtre.

En revanche l’intérim de longue durée, massif et organisé, d’ouvriers étrangers à bas coûts par des entreprises ad hoc devrait être autorisé au coup par coup au sein de l’Europe comme il l’est sur une base bilatérale avec de nombreux pays.

La France aurait par exemple intérêt à passer des contrats de ce type pour les constructions associées aux jeux olympiques dont elle a obtenu l’organisation. Elle ne disposera pas des capacités nécessaires sur une base purement nationale, et s’agissant de travaux massifs et très concentrés dans le temps, aurait-elle pu rassembler de telles capacités, elle se serait retrouvée avec un chômage de masse à la fin des travaux.

Autant dire que la démarche Macron, d’inspiration purement politicienne (cela faisait plaisir aux électeurs d’entendre la condamnation des directives sur les travailleurs et les services détachés, notamment à gauche), se heurtera nécessairement à de vraies résistances parfaitement fondées. Les commentateurs de TNT n’y voient d'ailleurs qu’un enjeu politicien (l’Europe est-elle vraiment indéformable comme le disaient le FN et une myriade de petits candidats lors des récentes élections présidentielles).

Le débat de fond sur les vrais enjeux est, lui, toujours inexistant.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile

Lord Adair Turner : l’erreur comme un grand art politico social

Une forme aigüe de l'imposture économique

Adair Turner est probablement ce qu’on trouve au Royaume Uni de plus proche d’un Énarque Compassionnel français. Il est passé des postes publics aux postes privés et retour dans une belle chorégraphie, digne de nos meilleurs Inspecteurs des finances. Il a trempé dans tout et rien et cautionné toutes les imbécillités à la mode, un temps, avant de les dénoncer. Il restait à mettre tout cela dans un livre ce qu’il fit avec Between Debt and the Devil : Money, Credit, and Fixing Global Finance, Princeton University Press, 2015, 320 p. (ISBN 978-0691169644) qui a été traduit et publié en France sous le titre : « Reprendre le contrôle de la dette. Pour une réforme radicale du système financier » ; Édition de l’Atelier. (ISBN 2-7082-4513-6).

« Turner est Directeur général de la Confédération de l'industrie britannique (CBI) de 1995 à 1999. Dans ce rôle, il est l'un des principaux promoteurs de l'adhésion britannique à l'euro -- une position qu'il a avoué plus tard être erronée », écrit Wikipédia.

De 2000 à 2006 il est vice-président de Merrill Lynch pour l'Europe. Il est donc banquier au pire moment des folies bancaires. En vérité il a un poste politique et peu financier. Ce qui lui permettra de faire feu sur la finance en quittant le poste.

Plus tôt il avait été un fanatique de la taxe Tobin, une erreur majeure.

Plus tard il sera pour 5 ans président du FSA, la Financial Services Authority, qui supervise les marchés financiers, ce qui est bien normal pour un homme de Merrill Lynch.

C’est cette expérience qu’il monétise par des conférences et ce livre.

Une telle girouette est toujours dans le politiquement correct du moment et l'originalité de ses réflexions est exactement nulle. Son intérêt doit se chercher dans une capacité presque surhumaine à cumuler toutes les sottises que l’on a pu écrire sur la crise et ses solutions, alourdie par un art très particulier d’aller les chercher et dans les milieux anglo-saxons et dans le fond de sauce social-démocrate  européiste.

Anobli pour ce talent unique, il est le témoin presque emblématique de l’idiotie de l’époque.

Nous avions décidé de ne jamais traiter sur ce blog de cette noble figure pour ne pas aggraver votre tendance naturelle à la critique. Mais la couverture de cet ouvrage est telle dans les médias français qu’il faut bien faire un certain travail de correction.

Comme toujours on met en avant des chiffres exacts mais avec une interprétation fausse.

Citons : « dans les années 1990-2000 la dette privée augmentait de 15 % d’an. On croyait que cette augmentation était indispensable pour atteindre un tel niveau de croissance [5 %] ».

L’auteur ne comprend absolument rien à la cause de la hausse de la dette privée et accuse un « on » dont il ne donne aucune composante. À cette époque de très nombreuse voix se sont élevées pour contester les mécanismes qui poussaient à cette hausse indécente, dont celle de Maurice Allais qui a été particulièrement forte et précise. Ce sont les énormes excédents et déficits croisés de l’époque qui ont créé la bulle de crédits mais il est hors question ni de le voir, ni de le critiquer. Cela forcerait à aller trop loin dans la remise en cause des idées communes et ferait perdre tous les beaux postes publics, privés et parapublics.

Citons : « Les crédits ne financent pas les investissements productifs » Ils « alimentent la distribution de crédits immobiliers ». Là encore, c’est parfaitement exact. Nous avons théorisé cette forme d’économie, sous le nom d’« économie baudruche » car elle finance la recherche spéculative de gains en capital, donc des bulles alimentées par la création monétaire.

Au lieu de voir la vraie cause, l’auteur sombre dans le politiquement correct à trois balles en incriminant la montée des inégalités. On retrouve le keynésianisme pour enfant de chœur qui explique que les riches consomment moins que les pauvres et donc perdent les ressources rares dans des spéculations honteuses. Comme pour la « cupidité des banquiers », il semblerait que dame nature ait voulu que les riches entre 1990 et 2 000 se soient mis spontanément à investir comme des malades dans l'immobilier.

L’auteur manipule des « marqueurs » de gauche, nécessaires à sa crédibilité dans l’ambiance du moment, rejoignant Krugman et tous les keynésianistes américains. L’explication est totalement fausse. La France n’a pas connu d’amplification de l’écart de richesses entre riches et pauvres et l’immobilier est tout de même monté à des sommets. La plus grande crise immobilière a eu lieu avant : avec la spéculation mondiale sur les bureaux de 88 à 91, source de la gravité de la crise de 92-93. L’auteur de toute façon est incapable de couvrir la période 1 971 – 2 008. Les dettes créées n’ont, nulle part ailleurs qu’aux États-Unis, avec les subprimes garanties par l’État, servi à financer les achats des pauvres.

La création monétaire forcenée des banques centrales a fait baisser les taux d’intérêt si bas que tout le monde a cherché à emprunter, les plus gros emprunteurs étant les états et les fonds spéculatifs.

Citons : « Je vous défie de trouver une seule entreprise allemande ayant augmenté un tant soit peu ses plans d’investissement du fait de l'annonce de l’assouplissement quantitatif de la BCE ». « Si elle a un tant soit peu fonctionné c’est uniquement parce qu'elle permet de relâcher les politiques budgétaires ».

Ce que notre auteur oublie c’est que cette politique a eu pour but principal de sauver les banques (et les dépôts du grand public) confrontées à une perte globale supérieure à 10 mille milliards de dollars et les États sur endettés. On ne voit pas trop où a été le relâchement des politiques budgétaires. Demander aux Grecs.

Le sous-investissement a été la caractéristique principale de toute la période 1971-2016, et correspond à l'installation de l’économie baudruche par les accords de la Jamaïque.

Citons : « [les banques centrales] doivent financer les déficits de façon permanente en monétisant la dette des États. En clair en faisant marcher la place à billets ».

Eureka, j’ai trouvé ! Youpi, c’est facile ! Le Graal, j’ai trouvé le Graal ! Vive la planche à billets !

En revanche il faut contraindre les banques pour qu’elles ne prennent pas de risques insensés. On oublie d’expliquer pourquoi elles ne finançaient pas l’investissement ni pourquoi l’investissement ne serait pas risqué.

Tout cela est de la posture et n’a strictement aucun intérêt ni explicatif ni curatif. On fournit à tous les « marqueurs » idéologiques qu’ils attendent et on les présente « en même temps » comme tout bon haut fonctionnaire ambitieux, sans se soucier de rien, ni des explications ni des contradictions. Cela permet d’être édité, puisqu’on n’a aucun ennemi, et de briguer les postes les plus éminents, puisqu’on défend l’État, les petits pauvres et la facilité, tout en se flattant d’être « pro business ».

Et d’être fait Lord. Une pensée nulle servie par une sorte d’imposteur sympathique, à éviter absolument comme dirait le Canard Enchaîné !

Anniversaire du blocage financier de 2007 : toujours les mêmes erreurs

En dix ans aucun progrès dans la compréhension des mécanismes du désastre

On pourrait penser qu’avec le temps, la crise de 2008 aurait été comprise dans la totalité de ses dimensions et qu’on éviterait, 10 ans après le blocage du marché interbancaire dès l’été 2007, anticipant la récession globale, les mêmes fausses explications et les mêmes simplismes qui ont été la règle dans les instances officielles et, par contagion, dans la presse. Le côté amusant de l’affaire est de voir coexister un commentaire débile et sa réfutation sous forme graphique dans mille exemples publiés dans le même journal ou dans les diverses publications du jour. Comme si les chiffres étaient une décoration et qu’il n’importait pas de faire le lien entre l’histoire qu’ils racontent et le commentaire.

On ne veut accabler personne et surtout pas les journalistes : ils travaillent avec les interprétations fournies par les instances officielles, mais certains parviennent à un degré de représentation des erreurs ambiantes qui mérite d’être honoré.

Prenons par exemple, parmi plusieurs autres du même tabac, l’article de François Vidal dans Les Échos du 7 août.

Première erreur : la crise a été provoquée par « la bombe à fragmentation des subprimes américaines » (sic). Les subprimes, représentent 600 milliards de dollars de dettes difficiles à recouvrer. Au final, on trouvera 300 milliards de pertes. C’est grave. Coupable même, tant les risques associés aux mécanismes et aux pratiques de ce marché étaient visibles. Mais la perte globale internationale  est de 10 000 à 12 000 milliards de dollars. C’est ce désastre qui allait mettre les banques mondiales au tapis, pas les subprimes. Les subprimes ont joué le rôle de l’allumette. C’est bien ce marché qui a bloqué les relations interbancaires. Mais la bombe était ailleurs et c’est l’explosion de la bombe qui a fait mal. Si HBOS et Lloyds ont liquidé 67 000 salariés sur 135 000, ce n’est pas à cause des subprimes. Si RBS a fait de même (69 000 sur 135 000 également) ce n’est pas pour cela non plus. Si les banques centrales ont gonflé de 12 000 à 13 000 milliards de dollars leurs en-cours et proposé des intérêts négatifs sur une longue durée, du jamais vu historique, ce n’est pas pour couvrir 300 milliards de pertes, couvertes facilement  par le Trésor américain et les amendes internationales que les États-Unis ont imposées aux banques mondiales.

Deuxième d’erreur : « des progrès spectaculaires ont été faits pour domestiquer la planète finance ». N’ayant aucune idée des sources du délire financier qui s’est emparé de la planète en question, le commentateur ne peut que répéter des banalités faciles. Rappelons que la crise est associée aux énormes déficits américains et excédents croisés au Japon, en Chine et en Allemagne. Par le mécanisme de la double pyramide de crédits démontrés par Rueff et Allais, on sait que ces énormes flux financiers et monétaires ont provoqué l’apparition d’une économie baudruche où l’argent n’allait plus principalement aux investissements productifs mais à des spéculations sur des possibles gains en valeur. Le haut de bilan a remplacé le compte d'exploitation.  Et la spéculation généralisée s’est envolée à des sommets intenables. On a depuis essayé d’étouffer l’amplificateur bancaire qui a été la principale victime de l’explosion mais on n’a rien touché des causes. Aujourd’hui encore l’Allemagne la Chine et le Japon ont accumulé environ 1 000 milliards de dollars de bons du trésor américain.  Ces flux ont les mêmes conséquences. La planète finance n’est en rien domestiquée. Elle panse ses plaies et a le plus grand mal à purger ses pertes accumulées dont l’essentiel a été caché pendant des années. L’Europe a été trop loin dans la mise en place de règles constrictives dont les banques américaines se sont libérées très vite, ce qui leur a permis de revenir à une meilleure situation. La finance grise a repris une bonne partie de la spéculation faite par les banques de dépôts, les banques universelles et les banques d’affaires. L’auteur de l’article le souligne. Mais il ne voit pas que des bulles existent partout. Elles exploseront comme d'habitude. Le journal Les Échos le confirme lui-même dans la même édition en citant le fait que le Nickel a vu son cours augmenté de 18 % depuis juin. La preuve explicite que « la planète finance est domestiquée » !

Troisième erreur : « En Europe la création de l’union bancaire et la correction des déséquilibres de la zone euro ont renforcé la solidité du secteur ».

L’union bancaire n’a rien renforcé du tout. Les instances fédéralistes ont profité de la crise pour pousser leur avantage et imposer une réforme qui n’apporte rien de fondamental sinon plus de pouvoir européen et moins de responsabilités nationales. Quant aux déséquilibres de la zone Euro, il suffit de voir, en interne, les excédents de l’Allemagne, jamais plus importants (voir un de nos articles récents), pour vérifier qu’il n’y a eu aucune correction. En externe ce n’est pas mal non plus. Le déficit de la zone euro vis-à-vis de la Chine est 146 milliards d’euros en 2016 !

Quatrième erreur : « C’est toujours sur les épaules d’une poignée de banquiers centraux que repose le sort de la finance comme de l’économie mondiale ».

L’illusion que les marchés fonctionnent bien sous la houlette bénéfique des banques centrales est une des sottises du temps. Les équilibres macroéconomiques ne dépendent que marginalement des banquiers centraux. Ils sont de la responsabilité des États et des politiques économiques et sociales menées, ainsi que du cadre institutionnel global. Si ces politiques sont non coopératives (ou coopérative uniquement dans les mots) et poussent à de graves déséquilibres, et si les institutions n’imposent pas les comportements correctifs nécessaires, alors c’est l’économie dans son ensemble qui devient dysfonctionnelle. Le fait que les banquiers centraux soient à ce point sollicités montre bien que le système global est vicié et pas autre chose.

Rappelons un dernier chiffre : le déficit commercial des États-Unis vis-à-vis de la Chine est de 347 milliards de dollars en 2016. Cet afflux de dollars a mis en branle une bulle de crédits en Chine que tout le monde constate. Comme les dollars eux-mêmes sont replacés finalement aux États unis, ils y créent une bulle de création monétaire qui explique la hausse historique des bourses locales et la meilleure santé des institutions financières américaines, au prix de placements toujours aussi spéculatifs. La crainte commence à entourer à nouveau le dollar. Voici que l’Euro remonte. Merci pour les équilibres et l’action régulatrice des banques centrales.

À force de ne jamais faire les bons diagnostics, on finit par n’écrire que des bêtises sans rapport avec les réalités.

Consternant.

En relisant « La mondialisation heureuse » d’Alain Minc

Lorsque les mouches ont changé d’âne, après avoir compris qu’Alain Juppé était hors course et qu’il fallait se précipiter vers Emmanuel Macron, un des premiers migrants fut Alain Minc, légèrement décrié pour un amour de la mondialisation étrillé par la dépression de 2008-2009 et la stagnation qui s’en est ensuivie. La réaction « populiste » de droite comme de gauche exigeait d’ériger un rempart et vite.

Ce goût pour les Énarques politiciens est tout à fait étrange pour qui s’amusera à relire « La mondialisation heureuse », paru chez Plon en 1997, 20 ans déjà.

« La mondialisation impose sa dynamique : davantage de marché, des États sur le recul, ». Pas de chance une grave crise du système des changes flottants se déclenche peu après la parution du livre, appelée à tort « crise des pays émergents », alors que c’était une première explosion de l’économie baudruche qui affolée s’était repliée à toute vitesse vers le dollar, provoquant une réappréciation totale du rôle des marchés financiers dans moult pays et une première intervention massive des banques centrales, c’est-à-dire de l’État. La crise de 2001 et surtout la récession suivante allaient provoquer l'effondrement des marchés et le cadenassage de la finance par les États. Jamais l’emprise des États par la monnaie, la réglementation et les impôts n’a été plus sévère.

On pourrait récrire la phrase : « la dynamique détestable d’un système monétaire dysfonctionnel a provoqué le contrôle serré des marchés et une extension massive du rôle de l’état ».

Alain Minc poursuit : « L’avenir n’appartient ni aux emplois publics ni à la gestion administrée ni aux bureaucraties, ni aux mécanismes centralisés. Et nous seuls au monde à accroître le poids des emplois publics ». « Le pays unanime s'enorgueillit de son service public à la française, sans s’étonner de voir la SNCF crouler sous les dettes au moment même où la Bundesbahn va être privatisée ».

Cette remarque est, elle, parfaitement fondée. Malheureusement les Présidents Énarques Chirac et Hollande, aggraveront tout, le malheureux Sarkozy s’épuisant dans des demi-mesures d’apparence ou de détail. Entre un million et un million cinq cent mille emplois publics ou « quasi publics » pour reprendre la terminologie d’Alain Minc, seront créés dans les 20 années suivant la parution du livre. La France se retrouvera à 56 % du PIB de dépenses publiques (120 % de la valeur ajoutée du secteur marchand), un niveau de prélèvement fiscal communiste, et une dette irrécouvrable de 100 % du PIB pour la partie publique et 400 % pour la dette globale, avec 5 à 6 millions de chômeurs.

Quant à la SNCF, qui croule sous un statut des cheminots et des pratiques managériales qui interdisent tout espoir de productivité, sans parler de rentabilité, elle s’effondre sous la direction d’un dirigeant qui ne dirige rien (sa seule mission est d’éviter la grogne sociale, c’est-à-dire les grèves Juppé), multipliant les accidents, les retards, les abandons de lignes, le pourrissement du réseau francilien, et les dettes. L’incident du Week-End qui a vu une gare bloquée pendant quatre jours lors du moment de pointe des migrations vacancières est une forme de feu d’artifice dans le domaine de l'incompétence technique et de la faillite commerciale.

Du coup on ne comprend plus très bien les choix politiques d’Alain Minc. « Plus jamais d’Énarques » aurait dû être son slogan. En choisissant Emmanuel Macron, il a soutenu le pronunciamiento des hauts fonctionnaires et l’énarchie triomphante est partout. Mme Parly, Ministre de la guère (comme on dit dans les casernes), faisait carrière à la SNCF où elle a couvert de sa sagacité la dérive financière mortelle de la société publique. La ministre des transports a exactement le même profil, mélangeant l’engagement socialiste et les carrières à cheval entre haute fonction publique et entreprises nationales. On s'étonne du manque de réaction de l’une comme de l’autre devant les problèmes dramatiques que posent d’un côté le sur engagement de nos forces militaires et de l’autre la consternante panne de la gare Montparnasse, ainsi que de la réaction poussive et convenue d’un Edouard Philippe qui lui a virevolté entre le socialisme et sa variante juppéiste, des engagements bidon dans une entreprise publique et le carriérisme local.

Cet étonnement frappera d’étonnement ceux qui savent comment fonctionnent les hauts fonctionnaires.

Une des curiosités du temps, est qu’on juge le mouvement En Marche, comme naguère nos journalistes et universitaires jugeaient l’Union Soviétique : uniquement sur les intentions. Pendant 75 ans on a présenté en Occident l’univers soviétique sans tenir compte une seule seconde de la réalité. Les quelques rares voix qui disaient la vérité étaient immédiatement écartées comme « fascistes » ou « faisant le jeu des fascistes » ou « victime d’un anti communisme viscéral et primaire ». Après l’effondrement du régime monstrueux, on a dû constater à regret que c’était pire que le pire. Mais on rechigne à l’écrire. On aurait l’air trop stupide.

Pour En Marche, c’est la même chose. « Ils le feront… un jour ». Attendre avec la foi chevillée au corps, tel est le mantra. Faire confiance car cela va le faire, compte tenu du pouvoir politique obtenu des urnes et qui sera conforté bientôt au Sénat.

La réalité est moins glorieuse : la poursuite de la politique de F. Hollande, sans les cris d’orfraies de la gauche du PS. On rabote la dépense sans mesures de structure. On augmente massivement les impôts (+25 % sur la CSG). Pour le reste, il faut s’extasier sur la fin des emplois familiaux en politique.

À nouveau on explique que l’important est… l’explication. Il ne s’agit pas de discuter de mesures mais de mettre l’inaction gouvernementale « en perspective ». Le discours avant l’action, à la place de l’action.

En attendant Godot : c’est-à-dire une croissance importée de l’extérieur.

Alain Minc va pouvoir écrire un nouveau livre : « la Macronisation heureuse ».

Edmund Phelps : « La Prospérité de Masse » - Odile Jacob

Une pensée réellement originale et utile totalement étrangère en France

J’ai croisé pour la première fois les travaux d’Edmund Phelps à la fin des années soixante. La thèse de doctorat que je préparais concernait la prévision à long terme. Plus j’avançais dans ce travail, moins il m’apparaissait que cet exercice fut, sinon utile, du moins possible. Comme mon directeur de thèse vivait de la passion de l’époque pour le futur, les tensions grandissaient. Le travail universitaire est ainsi fait qu’il me fallait trouver des études extérieures corroborant les hypothèses désagréables que j’avais émises. Il n’y en avait pas. Sauf un texte d’un certain Edmund Phelps qui expliquait très justement que l’économie concurrentielle était fondée sur l’imagination et la rupture et que toute prévision longue n’avait strictement aucun sens, ce que la suite allait prouver au-delà de toute contestation. Cette référence entraîna le retrait immédiat de mon directeur de thèse, peu soucieux de travailler contre son gagne-pain. La connaissance n’est pas la seule mamelle de l’Université, ni l’objectivité et le courage intellectuel. La mode de la futurologie est passée depuis longtemps. RIP.

Edmund Phelps a, lui, continué à montrer une capacité à s’investir dans les grands problèmes économiques sans préjugés ni révérences excessives aux anciens. On reconnaît les grands maîtres à ce qu’ils s'attaquent aux grandes questions. Quel était le drame intellectuel de la science économique à la fin des années soixante ? Deux branches contradictoires de la discipline s’étaient développées en parallèle : la microéconomie et la macroéconomie. Pour simplifier, l'économie basée sur le modèle Pareto-Walrasien, et l’économie keynésienne fondée sur le jeu de variables globales. Les professeurs d’économie prudents, comme Raymond Barre en France ou Samuelson aux États-Unis, se sont contentés, dans leurs manuels, de faire coexister les deux mondes sans tenter de les réconcilier. Dans le premier tome de son manuel Barre explique que les crises ne sont pas possibles car les marchés réagissent pour « revenir à l’équilibre ». Dans le second il explique comment on jugule les crises… Edmund a essayé pour sa part de fusionner les deux mondes et de montrer comment on pouvait tenter de créer une explication microéconomique de la macro. On peut juger qu’il n’y a pas totalement réussi. Mais il a ouvert de nombreuses portes, et partiellement démonté les thèses keynésiennes. C’est cet effort qui lui a valu un prix Nobel mérité (ce qui est rare), car il a réellement influencé la manière de penser l’économie, tout du moins hors de France.

Son dernier livre, Prospérité de Masse, chez Odile Jacob, porte toujours la marque des grands. La question la plus importante du moment est bien la prospérité générale. La crise de 2008 et la stagnation qui a suivi ont frappé les esprits et les petits penseurs se sont tous lancés dans des explications abracabrantesques sur la fin d’un monde livré aux robots, aux codeurs et à Uber qui ne pouvaient que créer les conditions d’une régression misérabiliste.

Edmund Phelps considère à juste titre qu’il faut d’abord comprendre la nature exacte de la rupture totale avec le monde ancien qui s’est produite, selon lui, de façon différentielle, au XIXe siècle et qui a provoqué l’énorme croissance subséquente.

Il va le faire de façon plutôt iconoclaste par rapport aux grandes machineries historiques qui ont cours. Il n’hésite pas à contredire de nombreux grands auteurs comme Marx, Keynes mais aussi Schumpeter ou Max Weber, ce qui surprendra des lecteurs habitués à entendre des louanges constantes sur ces deux auteurs.

Le traducteur n’a pas dû s’amuser. L’auteur n’a pas la rigueur conceptuelle des grands philosophes et il a du mal à forger les mots qui vont avec ses concepts (et réciproquement). Ne donnons qu’un exemple, mais il y en a beaucoup d’autres : l’auteur distingue le capitalisme marchand et une économie « moderne » très différente qui s’est imposée dans quelques endroits privilégiés après elle. Il ne peut plus employer le mot capitalisme pour qualifier ce nouvel état, puisqu’il préexiste dans un état différent. D’où ce concept de « modernité » qui s’appuie sur un mot-valise et creux qui dessert son propos. Heureusement si l’esprit anglo-saxon ne porte pas aux rigueurs conceptuelles kantiennes, il n’interdit pas de se faire comprendre, même si c’est au prix de très nombreuses redites et de quelques abus de mots.

Décrire et expliquer les conditions de cette économie moderne voire « résolument moderne » est l’objet premier du livre. Démontrer que la force culturelle de cette économie est essentielle et qu’il faut la renforcer encore pour construire une prospérité de masse en est le second but. Constater que c’est le contraire qui a été fait depuis les années soixante aux États-Unis donne, pour l’auteur, l’explication de la stagnation actuelle.

Nous laissons au lecteur le soin de lire et de digérer ces analyses qui le surprendront tant les concepts sont loin de ce dont il a l’habitude. L’auteur cite beaucoup d’auteurs américains qui sont de parfaits inconnus en France. Il pratique un américanocentrisme typique des auteurs américains pour qui l'économie est d’abord celle des États-Unis

S’il prend soin de passer le cap de la surprise et de la nouveauté totale, le lecteur accédera à de très nombreuses idées intéressantes. Nous y attachons de l’importance parce qu’elles recoupent beaucoup des observations que nous faisons nous-mêmes, si on nous pardonne ce narcissisme déplacé. Inutile d’en faire l'inventaire exhaustif ici, mais comment ne pas comprendre que la ville, la démographie nombreuse, l’esprit critique, l’imagination, la volonté de réussir sa vie, le rejet des corporatismes d’état, le sens de l’avenir, la réflexion libre, le plaisir de l’action collective avec des résultats, le sentiment du bien commun, la « vie belle », le goût pour les fruits du succès, la fierté d’une innovation réussie, l’acceptation de voir des situations acquises se perdre, sont les moteurs indispensables du dynamisme économique. Comment ne pas accepter l’idée que le système économique le plus juste est celui qui permet au plus pauvre d’être le moins pauvre possible. La prospérité est le fruit d’une acceptation collective que l’innovation et la productivité permettront de faire mieux que le conservatisme et l’étatisme.

Comme nous, Edmund Phelps refuse les explications simplistes ou mécanistes. Non l’explosion économique des cent dernières années n’est pas principalement liée aux grandes inventions. La connaissance n’est pas seulement celle des sciences mais aussi l’expérience accumulée sur le terrain par des millions de personnes qui apprennent patiemment les mille et une règles essentielles à la maîtrise des domaines que l’imagination et le rêve ouvrent en permanence à l’esprit d’entreprise. Les grandes masses ne jouent pas le rôle qu’on affirme trop légèrement. L’accumulation de capital ne suffit pas à provoquer la prospérité. Le gonflement étatiste de la demande globale ne suffit pas à créer de la croissance etc. « L’Europe tuera son économie aussi longtemps qu’elle s’accrochera à sa conviction qu’une économie corporatiste peut produire une stabilité et une harmonie inaccessibles au capitalisme sans rien perdre de son dynamisme ». Edmund Phelps n’est pas favorable à ce que nous appelons « l’énarchie compassionnelle », dont le triomphe électoral récent en France nous laisse sceptique.

Trois évènements qui ne sont pas cités dans le livre viennent corroborer le caractère populaire de ce qu’il appelle l’économie d’innovation et de dynamisme, l’économie « moderne ».

Lors de la chute du mur les socialistes démocratiques de l’Europe de l’Est ont cru leur temps arrivé : le visage humain du socialisme allait séduire les foules énamourées. Toute la jeunesse s’est précipitée dans la joie de l’autonomie et du dynamisme personnel, cherchant les libertés d’agir en toute autonomie, loin des verbiages d’un état moralisateur. À Cuba, la possibilité d’avoir un tant soit peu d’autonomie loin des haut-parleurs de la propagande castriste a fait naître des milliers de micro-entreprises. En France, Huber a vu l'émergence d’une classe de fils d’immigrés sans diplômes heureux d’agir en toute autonomie. Le 9.3 s’est retrouvé avec de l’espoir.

La pulsion de l’autonomie, de la construction de soi-même, de l’imagination de son cadre professionnel, du travail intellectuel de maîtrise d’environnements nouveaux, offrant à l'esprit de nouveaux vecteurs d’application, là se trouve le cœur du dynamisme de l’économie prospère. A contrario : le « retour à l'obsession prémoderne du patrimoine, […] a poussé toute une génération à dédaigner la créativité, l’exploration et la découverte. Avec l’émergence d’une culture prémoderne et médiévale des droits acquis, de la suffisance, du conformisme et de la dépendance vis-à-vis du groupe, on a assisté à un déclin du vitalisme et du « faire » ».

Donc du dynamisme endogène.

Les idées d’un Phelps ne sont jamais présentes et encore moins discutées en France dans les médias qui se contentent de ressasser des idées pré calibrées et de juger en fonction de cases prédéfinies. Lire Phelps est un exercice contre la sclérose. Les imbéciles à œillères idéologiques le classeront stupidement dans les « libéraux » incoercibles, ce qu’il n’est pas. Phelps n’est pas Ayn Rand. Il n’hésite pas à contredire Von Mises et Hayek. Nos contempteurs, si jamais ils se commettaient à lire le livre, seraient étonnés du nombre d’institutions et de comportements, propres au capitalisme actuel, que l’auteur condamne. Il analyse de très nombreuses évolutions, notamment financières, qui vont dans le sens de l’étouffement du dynamisme, du renforcement des situations acquises, du refus des remises en cause progressistes des manières de faire.

Est-ce à dire qu’Edmund Phelps est totalement convaincant ? La grande faiblesse du livre est de ne pas prendre acte de la bascule du début des années soixante-dix. Il voit bien qu’il y a un avant et un après, mais il n’explique pas pourquoi. Il glose énormément sur les conséquences et les comportements qui ont renforcé les difficultés, mais il n’analyse pas les causes. Le système monétaire international est totalement absent de ses réflexions. Même s’il admet que certaines institutions sont dysfonctionnelles, il ne voit pas que les changes flottants et les déséquilibres monstrueux de balances de paiement sont à l’origine de pratiquement tous les maux de détails qu’il souligne. De même il laisse de côté totalement la question de l’énergie et celle de l’écologie et du développement durable.

Cela tient à son parti pris ancien d’expliquer le macroéconomique exclusivement par le microéconomique. Cette tentative a largement avorté sur un plan universitaire et théorique. Maintenir cet angle de vue inexact lui interdit l’analyse de grandes erreurs dommageables dont beaucoup sont la cause des phénomènes qu’il dénonce.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

La minirébellion de trois économistes bien en cour

Un des grands miracles d’Emmanuel Macron est d'avoir réussi à faire écrire des choses intelligentes à des économistes qui se contentaient jusqu'ici de faire valoir leur prudente officialité et d’avoir vu Le Monde les publier.

Philippe Aghion, Gilbert Cette, et Elie Cohen tancent le nouveau pouvoir dans un article du monde daté du 12 juillet 2017. Pour une fois, nous allons leur donner raison. Que disent-ils ? Ce que nous ne cessons de répéter depuis des lustres et qu’ils ont bien tardé à faire valoir.

Ils indiquent qu’il est souhaitable de mettre en œuvre immédiatement la réforme de l’ISF et de la taxation forfaitaire des rémunérations du capital. Ils pourraient ajouter qu’il est regrettable de ne pas avoir supprimé totalement cette imposition idéologique et antiéconomique. Ne chipotons pas. Les économistes de cour ont montré tellement de pudeur à dénoncer cette imposition du temps du socialisme au pouvoir et même de Sarkozy, qu’on ne peut que se félicite de cette évolution même partielle.

Ils soulignent que l’exonération de 80 % des assujettis à la taxe d’habitation « leur paraît plus discutable ». Très bien, mais qu’ils la discutent donc, ce qu’ils n’ont jamais fait pendant les 9 derniers mois ! Et qu’ils aillent plus loin : cette mesure est purement électoraliste et ne mérite pas d'être maintenue. En ne suggérant que de la reporter, le message est un peu court.

Ils reprennent cette vieille antienne que le coup de rabot uniforme passé sur l'ensemble des dépenses est une vieille technique pour gouvernement paresseux. Mieux vaudrait faire des réformes structurelles. Mais bien sûr, Messieurs ! Gentils à vous de penser à nous rappeler qu’on doit en effet songer à réduire les effectifs publics, redimensionner les politiques publiques, réduire les étages administratifs, ce que l’on chante sur tous les tons depuis au moins 1 997.

Les auteurs soulignent que la paupérisation du secteur public n’est pas la solution. Ils oublient un peu vite que le GVT est plus qu’une poire pour la soif et que dans certains secteurs les hausses de rémunérations ont été fortes, en particulier au Ministère des Finances. Ce sont les cadres moyens publics, pléthoriques, qui ont trinqué et qui vont continuer avec la hausse de la CSG. Ils oublient aussi que la productivité est faible et les temps de travail courts, avec des avantages exceptionnels.

Alors il serait honnête de dire qu’il faut réduire les effectifs mais aussi en augmenter le temps de travail et la productivité. Ce n’est pas une méthode de type RGPP où on demande aux fonctionnaires eux-mêmes d’écheniller leur process qui peut donner des résultats mais une commission de suppression des missions abusivement captées par la puissance publique. Il ne s’agit pas de réviser mais de supprimer des pans entiers d’interventions où l’État n’a rien à apporter sinon des prébendes et des postes.

Quant aux réductions d’étages administratifs, ne parler que du conseil départemental, dont les missions seraient par ailleurs maintenues, cela n’a pas de sens. Aujourd’hui nous sommes pour la suppression et du département et de la région, au profit d’une circonscription optimisant l’action régionale publique qui, à notre avis, correspond peu ou prou aux anciennes régions, d’avant le regroupement. Il s'agit de prendre acte qu’on n’en est plus au trajet à cheval et qu’on peut concentrer l’action en région sur moins de pôles que les départements actuels. Une division par trois ou quatre est raisonnable. Les énormes satrapies conçues comme des länder n’ont strictement aucun sens économique et présentent de graves dangers politiques et nationaux.

La procédure budgétaire régionale doit être également totalement revue. Il faut former la recette et permettre à l’autonomie de s’exercer à l’intérieur d’un volume accordé, des exceptions, pour des projets lourds, pouvant être accordés par une chambre spécialisée du Parlement.

C’est tout l’État qui doit être « reformaté » et probablement les ambitions européistes qui doivent être freinées.

Il est juste de souligner que trouver moins de 10 milliards d’euros d’économies dans un budget de 1 250 milliards, c’est gratter moins de 1 % des dépenses. On peut le faire facilement, pensent nos trois économistes. Ils ont raison. Ils pourraient aussi souligner que trouver 200 000 postes à supprimer dans une masse de près de 6 millions de personnes rétribuées par l’État est également un tout petit effort et que 500 000 n’étaient probablement pas un objectif si difficile à atteindre que cela. Pour notre part nous pensons qu’il faut défonctionnariser tout ce qui inférieur au sommet de la catégorie A et de viser la suppression en cinq ans de près d’un million de postes public, à 80 % dans les régions. F. Fillon voyait un peu petit.

La chute du PS a eu cet avantage que les économistes officiels peuvent maintenant affirmer ce qu’ils pensent sans se soucier trop de savoir si cela sera accepté par « la gauche » de châtiment, prompte à tacher l’image et briser la carrière des mauvais penseurs, qui régnait sur les esprits faibles ou prudents et dans maints médias.

Messieurs, encore un effort. Vous allez voir : Dans plein de domaines une pensée totalement libérée peut s’envoler vers le bien public d’une façon exceptionnellement positive.

Pris au piège de la démagogie

Dès les débuts de la campagne d’Emmanuel Macron nous avons souligné qu’il cherchait à être positif avec tout le monde, en accumulant les oxymores, et que sa volonté de répondre concrètement au consumérisme électoral constamment aiguillonné par la Presse l’avait conduit trop loin dans la voie de la démagogie et de l’achat de vote (http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2017/4/4/Prsidentielles-2017--Les-quatre-propositions-dmagogiques--les-plus-basses). Deux de ses promesses de campagnes figurent dans la liste des quatre mesures les plus déplorablement démagogiques de la campagne.

Le transfert intégral sur d’autres de 80 % de la taxe d’habitation n’a strictement aucune justification. Il est indéfendable, en morale démocratique, qu’un habitant ne contribue pas, à la mesure de ses moyens, au financement de sa collectivité de base qui apportent les services de proximité. Sinon on n’est plus un citoyen mais un parasite. C’est vraiment l’exigence minimum. Et il appartient au maire de la moduler et surtout d’éviter qu’elle ne soit trop élevée pour des services inutiles ou insuffisamment efficaces. Effectuer ce transfert pour 80 % de la population est une insulte crachée au visage et au portefeuille des 20 % autres, et à la conscience de 100 % des démocrates.

La hausse massive de la CSG, de 25 % sur les retraités, de 20 % pour les autres, est un coup de massue fiscal qui demanderait être justifié. À un moment où la conjoncture se tient enfin un minimum, et alors que le taux d’imposition est le plus haut du monde, on ne voit aucune raison de prélever à nouveau 20 milliards d’Euros sur les ménages. Cela n’a aucun sens.

S’il ne s’agit que de financer des cadeaux aux masses pour acheter le vote électoral, où est, à nouveau, la morale démocratique ?

Dire : « je donne du pouvoir d’achat aux salariés » est un abus de mot. Seule la croissance de l’économie et le retour au plein-emploi justifient la hausse globale des revenus. Les salariés du privé ont été les mieux servis, ces dernières années, du fait de la politique patronale qui a consisté à ne plus investir et à bunkériser l’activité existante, tout en acceptant des pertes irresponsables de compétitivité par une politique libérale de hausse des rémunérations. Voler l’argent des retraités dont le revenu net a constamment baissé depuis 8 ans pour en faire cadeau à d’autres, dont le revenu est en croissance, est un abus de pouvoir pur et simple. Christophe Barbier, qui joue au couteau sa place sur sa révérence et sa soumission totale au nouveau pouvoir, s’y est essayé inlassablement sur les chaînes de la TNT, et s'est ridiculisé à l’exercice. Quand il n’y a pas de bonnes raisons, sinon l'achat de votes, il n’y a pas de bonnes raisons. Inutile d’en chercher.

De voir s’échiner trois anciens membres du parti d’en face, ralliés sans vergogne à l’adversaire et empressés d’éliminer leurs camarades aux législatives (le propre du renégat), à tenter de trouver des justifications à ces mesures absurdes, sans même croire devoir démissionner du parti qui leur a permis de faire carrière, à quelque chose de passablement abaissant pour les Français, témoins obligés de cette farce abjecte.

Qu’ils ne parviennent pas à mettre en musique cette symphonie fiscale frelatée est plutôt réjouissant. Emmanuel Macron avait cru qu’en laissant la patate chaude aux ralliés de la dernière heure et aux traîtres de comédie, il pourrait s’en sortir sans se salir les mains. C’est raté. Il aura suffi que la vox populi fasse valoir qu’on en revenait à Hollande 2012, pour que parte de la coulisse un coup de pied occulte particulièrement ajusté et pour que « Jupiter » soit obligé de remettre les mains dans sa propre mélasse fiscalo-électorale.

Il le fait par une relance à pic totalement médiatique. Mais, comme dans le lit du Procuste, dès qu’il tire à droite, cela sort à gauche et réciproquement. Il n’y a rien à faire pour tirer partout « en même temps ». Comme dans les Westerns, on voit une jolie danse où les pieds se lèvent en cadence pour éviter les balles. Emmanuel Macron est le danseur, mais c’est lui qui a tiré les balles.

Espérons pour le pays qu’on ne passera pas trop vite du danseur au guignol. Quant aux Philippe et Lemaire, quel effondrement et quelle nouvelle honte !

L'économiste, la démographie, le planning familial et l'avortement

De quelques faits cruciaux sur lesquels il vaut mieux ne pas s'attarder

Tout le monde vous le dira : l'économisme est un vilain défaut et toujours juger d'une mesure par rapport à ses effets économiques est malséant.

Mais bon. Il fut bien que la réflexion économique se fasse, même en cachette. Alors pour ceux qui n'ont pas peur, regardons de sang froid quelques réalités.

L'introduction de l'avortement libre et remboursé par la sécurité social a entraîné des pertes démographique depuis 1976 qui ne font pas consensus mais qui se situent entre 5 et 6.5 millions de naissances.

L'excédent naturel des naissances sur les décès est passé de 300.000 à 200.000, Sur trente ans, une génération, cela représente mécaniquement un équivalent de 3 millions.

Le démantèlement partiel de la politique familiale a eu des effets immédiats puisque depuis deux ans, date du lancement des mesures les plus dures, la baisse des naissances, ignorée depuis la guerre, a commencé avec une baisse régulière du taux ce fécondité qui est passé rapidement de 2 à 1,93. On craint, à l'exemple d'autres pays que désormais il ne plonge.

La pilule a entraîné une épidémie de cancers du sein. Cette épidémie est terrifiante dans la classe d'âge 45-55 ans, avec pour les derniers chiffres près de 50% de victimes.Autrement dit, une femme sur deux développe un cancer du sein, dans cette tranche d'âge, avec une tendance à l'accélération.

Le divorce touche plus d'un cople sur deux en moyenne France entière et près de deux couples sur trois dans les grandes villes.

Le phénomène des femmes seules avec enfant, source de pauvreté de masse et d'assistanat est devenu extrêmement important. Il s'ajoute à l'immigration de familles sans hommes ou d'ont l'homme est parti.

La surconsomation du tabac et de l 'alcool par les femmes  a également rapproché la mortalité des hommes et des femmes. Bien que caché par la hausse de la durée de vie générale, cela représente une perte démographique conséquente et prélmaturéee pour les femmes.

La substitution de poluplation par l'immigration de masse a partiellement masqué les évolutions démographiques indigènes.

Les principales victimes de cette évolution sont d'abord les femmes,  les couples, les enfants et la nation.

L'économie souffre.

Jamais la structure de l'offre de l'emploi désiré n'a été plus en contradiction avec l'offre disponible. Savy n'avait encore rien vu !

Ces questions sont tabous en France. Il est interdit d'en parler. Il est interdit de mener des politiques correctives.

Au terme de la longue année électorale, il est notable qu'aucune de ces questions n'ait été soulevée et que les discours aussi bien du Président à Versailles ou de Philippe à l'Assemblée n'en font aucune mention alors qu'elles sont d'importance structurelles et à long termes.

Le malthusianisme a de belles années devant lui. Les conséquences sont et seront moins de travail et plus de chômage, plus de charges et moins de production. L'inverse de ce qu'il faudrait.

Mais chut !!!!

 

Deux lois bien intentionnées mais loin du compte : 1 – la pureté des Parlementaires

Le quinquennat du Président Macron s’ouvre sur deux lois présentées comme emblématiques : la purification des mœurs des députés et une nouvelle poussée de libéralisation du droit du travail. Elles sont présentées dans la presse comme deux lois enchanteresses qui vont tout changer. L’union des bonnes volontés de droite et de gauche va permettre de retrouver la confiance dans les hommes politiques et l’emploi va surgir comme une eau de source longtemps comprimée au milieu de nos déserts industriels.

Depuis l’origine, nous considérons ce blog comme un moyen de faire valoir des réflexions qui n’ont pas leur place dans la presse classique, qui propose un cadre prédéfini, en partie sclérosé, en partie acheté. Alors essayons quelques remarques sur ce que l’on connaît des deux lois proposées.

Apprécier la « loi de pureté » des Parlementaires demande de partir d’une sombre réalité : le député français n’a aucun rôle à jouer, sinon à valider les options de l’équipe au pouvoir. Le Parlement est croupion. Pour un salarié du privé, devenir député est une option impossible. On perd sa carrière et on se retrouve au chômage au premier revirement politique. Pour un entrepreneur ou un médecin libéral c’est également très difficile. Sans véritable statut de l’homme politique, la seule possibilité de se lancer dans cette activité est soit d’être une épouse sans travail qui a du temps libre et du goût pour la politique, soit d’être retraité, soit de faire une carrière en s’inscrivant dans une forme de professionnalisation (membre de parti, cumul des mandats, etc.), soit d’avoir un métier qui permet de cumuler les approches comme celui d’avocats. Quand les grandes familles avaient un rejeton un peu nul, mais sympathique on en faisait un homme politique et tout le monde s’y retrouvait. En vérité, seuls les hauts fonctionnaires et les enseignants sont à l’aise dans ce système qui leur permet de cumuler tous les avantages sans aucun risque. Cela explique que ces groupes soient surreprésentés massivement dans les instances élues.  

La question de la rémunération des députés ne peut être séparée de celle du financement de la politique. Dans beaucoup de partis il faut restituer une partie de son indemnité de mandat. Du coup les carrières individuelles politiques longues doivent être sponsorisées avec les moyens du bord. François Mitterrand avait ses bailleurs attitrés dont le premier était Eugène Schueller, le créateur de l’Oréal, solidarité de la Cagoule oblige, qui avait même fait de son poulain un directeur de Votre Beauté, pendant un moment de dèche électorale. Michel Rocard, le pur parmi les purs, s’est fait fournir ses matériels de campagne, lors de sa candidature présidentielle avortée, par Lorentz qui a mis Bull, dont il était le patron, à son service. Un parmi d’autres. Nicolas Sarkozy avait des contrats de « veille judiciaire » de la part de plusieurs grands groupes. Macron a ses sponsors. Plus vous êtes « présidentiable » plus vous êtes bancable. Plus vous avez d’amis et plus vous devez en avoir. Pour ceux qui ne sont pas bancables et qui n’ont pas une carrière de premier plan, les temps sont durs. La politique coûte cher et seul un ancrage local permet de s’en sortir dans la durée, accompagné de petites combines.

Tout cela n’a pas de réelle gravité. Les sommes sont modestes. La grande prévarication n’est pas au Parlement, mais dans les régions. Deferre fêtait publiquement l’élévation de sa fortune à chaque incrément d’un milliard. Les grandes villes se prêtent à des financements inattaquables, même quand ils sont abusifs. La plupart des grandes tables parisiennes sont subventionnées par les dîners et déjeuners de cadres de la Ville de Paris : les cartes bleues de la ville flambent en permanence. Les grosses cylindrées locales vivent pratiquement à l’œil, voyages touristiques inclus. Chaque grande ville gère des dizaines de sociétés d’économie mixte. Dans chacune d’entre elle il est possible de grappiller quelque chose, qui, à l'échelon de chaque entité paraît raisonnable, et dont le cumul est parfois phénoménal. Ici, vous disposez d’une voiture, là d’un chauffeur, plus loin d’un appartement de fonction dans un lieu de vacances en bord de mer et encore plus loin d’un autre appartement de fonction à la montagne (les centres aérés ont bon dos et il faut bien que le président puisse se loger sur place quand il vient présider !), ailleurs on fournit une secrétaire, ailleurs un bureau, ailleurs un garage, ailleurs une petite rémunération, de quelques centaines d’euros (pour trente sociétés, cela finit par faire un petit magot). Les sociétés d’économie mixte sont vraiment des bénédictions. Le grand commerce, les travaux routiers, les autorisations de permis de construire, les contrats de service, sont des sources de revenu importantes et régulières à l’échelon local. Il n’y a pas nécessité d’aller aussi loin que les Balkany (si on en croit les mises en examen), pour se faire une vie confortable.

En coupant le lien entre local et national et en réduisant le nombre de réélections, on limite effectivement les grandes tentations des élus nationaux. Mais le vrai désordre est à l’échelon local. Et là, rien ne bouge.

L’action politique nationale coûte cher et les hommes politiques de premier plan ne s’enrichissent pas. Que F. Fillon n’ait même pas réussi à finir une des plus belles carrières politiques en France avec plus d’un million d'Euros de patrimoine est plutôt la preuve d’une certaine austérité.

On en revient toujours à la même conclusion : seuls les fonctionnaires y trouvent leur compte. Ils peuvent pimenter leur carrière en politique sans prendre le moindre risque, faire quelques allers et retour juteux dans les entreprises liées à l’état, banques ou entreprises publiques, et cumuler toutes les retraites.

Une loi de moralisation dont les mesures phares seraient l’interdiction de cumuls, l’encadrement des attachés parlementaires et des vocations d’avocat avec en prime l’impossibilité d’être réélu plus de trois fois consécutivement serait une bonne blague.

Quels auraient pu être les axes d’une vraie réforme ?

D’abord édicter deux règles simples :

Nul ne peut toucher plus d’une rémunération publique.

Nul ne peut être élu dans une assemblée qui fixe les conditions de son emploi principal.

Aucun fonctionnaire ne pourrait être éligible au Parlement, comme c'est le cas pratiquement partout dans le monde et, notamment, au Parlement européen.

Ensuite, et là c’est prévu par Macron et ne peut être que recommandé, réduire le nombre des députés autour de 380 et des sénateurs autour de 220. Un parlement de 600 personnes pour une population de 66 millions d’âmes, paraît plus que raisonnable. Cela permettra non pas de faire des économies mais de payer bien les élus et effectivement leur donner des conditions d’action renforcées. Une circonscription électorale de 150 000 et 200 000 électeurs n’a strictement rien de choquant.

Enfin donner un rôle au Parlement

Il faudrait le diviser en cinq chambres.

- Chambre des affaires européenne et diplomatique

Pour discuter en même temps que les parlementaires européens des mesures en discussion dans le cadre européen.

Pour apprécier et contrôler l’action extérieure des organes diplomatiques français

- Chambre du contrôle de la dépense publiquAnalyse et Vote le budget

Dispose d’un large pouvoir d’investigation et peut exiger l’arrêt ou l réorientation de certaines dépenses déjà votées.

- Chambre du contrôle des collectivités locales et de l’équipemenDispose du pouvoir d’accorder dans certaines limites des crédits à des collectivités locales au-delà de normes annuelles impératives (à instituer).

Contrôle la politique des grands équipements nationaux.

- Chambre des lois

Étudie et vote les lois proposées par le gouvernement

- Chambre des affaires de sécurité intérieure et extérieure

Étudie toutes les politiques de sécurité

Supervise les armées

Contrôle la politique étrangère.

À l’intérieur de ces chambres, les parlementaires peuvent créer les commissions qu’ils veulent.

Actuellement rien de ce qui se passe en Europe n’est traité à l’Assemblée, sauf pour la mise dans le droit français des directives, c’est-à-dire trop tard et dans l'indifférence générale.

Actuellement les crédits votés sont hors des discussions parlementaires.

Actuellement rien de ce qui se fait en matière de grands équipements décidés par les collectivités territoriales ne vient à l’assemblée. De même les collectivités peuvent engager des dépenses somptuaires sans véritables contrôles et limites pourvu qu’elles les financent. L’impact sur l(endettement global du pays n’est pas apprécié.

Le gouvernement perdrait la tranquillité qui est la sienne sur les dépenses votées et sur son activité au sein du Conseil Européen. Les collectivités locales perdraient le pouvoir de faire n’importe quoi sans un accord de la représentation nationale dès lors que les budgets seraient conséquents.

Les députés seraient amenés à se construire une vraie compétence tout en ayant un rôle d’influence non pas sur la dépense mais sur l’empêchement de la dépense. Un département ministériel pourrait se trouver sur la sellette dans le cadre d’un examen multipartisan allant au fond des choses et non pas comme actuellement lors du vote rapide lors du budget des crédits nouveaux que le gouvernement exige. L’activité diplomatique dans un pays donné pourrait être revue de fond en comble. La justice et la police d’une zone quelconque pourraient être passées au crible. L’analyse détaillée de telle ou telle politique publique d’intérêt subalterne pourrait conduire à son démantèlement. On voit l’intérêt de ne pas avoir de fonctionnaires élus à l’assemblée. Le conflit d’intérêts serait immédiat.

Au passage on pourrait revenir sur le statut ridicule des fonctionnaires de l’Assemblée et du Sénat. Ils ne peuvent faire carrière que dans ces deux institutions ! Résultats : une armée mexicaine et un manque de renouvellement terrifiant. Là aussi, il faut remettre de la fluidité.

Les mesures prises ces dernières années pour tenter de redonner un peu de vie à l’Assemblée sont toutes problématiques :

Les questions au gouvernement sont un exercice pénible jusqu’au ridicule.

La coproduction législative est un mythe

Le budget à dépenser localement par chaque Député pousse automatiquement aux abus de dépenses et au clientélisme.

Le Parlement n’existe actuellement que dans la fronde.

Si on fait des parlementaires des élus hors sol sans autre fonction que ce qui existe actuellement, tout en les privant de ressources et en exigeant d’eux une pureté absolue, on ne trouvera bientôt plus que des fonctionnaires et des occasionnels opportunistes.

Les partis et les assemblées ont tout de même pour but essentiel de former de véritables hommes politiques capables de gouverner.

Si on en reste aux mesurettes actuelles, on aggravera le schéma caricatural actuel : l’énarchie compassionnelle dirige et des zombies font de la figuration plus ou moins intelligente. Le système Macron est la quintessence de cette évolution, avec des députés inconnus et sans expérience, à l’exception de quelque vieux chevaux de retour, et tous les postes clés tenus par les copains de promotion du président et du premier ministre, qui s’activent avec les hauts fonctionnaires des ministères.

Avec sa conséquence immédiate : un pays qui reste surfiscalisé au-delà de toutes limites acceptables, un gouvernement qui refuse de redimensionner autrement que dans les mots le champ d’action de l’État, et dont la seule mesure sérieuse est une hausse des impôts, une presse bananière qui illustre le communiqué.

Et une bande de marcheurs en sandalettes, ivres à l’Assemblée mais déprimés en région devant leur impuissance à participer à quoi que ce soit et qui se taisent, en commençant à s'inquiéter de la suite et notamment du jugement de la vox populi qui est de plus en plus tentée par les noms d’oiseaux depuis que la hausse des impôts est immédiate et le reste différé, sinon des lois d’apparence.

Au total les vrais risques sont ceux d’une déchéance démocratique, par capture de tous les pouvoirs par la Haute administration, par enracinement de la démagogie basée sur l’achat de votes périodique éhonté, et le vol aggravé des revenus et du capital des citoyens. En comparaison, les quelques « avancées » promises sont presqu’insignifiantes quand elles sont ponctuelles, et problématiques lorsqu’elles sont importantes, faute de s’inscrire dans un cadre  plus riche, mieux intentionné et plus rigoureux sur la représentativité des élus.  

 

Deux lois bien intentionnées mais loin du compte : 2 – la nouvelle loi sur le travail

La nouvelle loi travail est présentée comme le Saint Graal de l’emploi. On n’en connaît pas encore toutes les modalités, mais on sait qu’elle simplifiera la représentation syndicale dans les grands groupes, plafonnera les indemnités de licenciement et donnera aux entreprises la possibilité de créer leur propre droit social. Le tout doit permettre aux entreprises d’embaucher à nouveau. Pour beaucoup il s’agit d’une illusion, pour ne pas dire plus, c’est-à-dire une simple opération politique, liquidant l’épisode électoral. Pour les médias sous le charme, on touche enfin à l’essentiel.

Qu’en penser ?

30 années de direction d’entreprise et plus d’une centaine d’entreprises conseillées permettent de pousser la réflexion un peu plus loin que les plans de communication médiatique habituels.

Une entreprise est un organisme vivant qui cherche en permanence des marchés et des capacités d’y intervenir de façon rentable.

Si on ne comprend pas cela, on passe à côté de l’essentiel.

Celle que j’ai créée a changé trois fois de métier principal en 25 ans. Lors de sa vente, les dossiers historiques du personnel comptaient plus de deux cents noms. Alors que nous n’avons jamais dépassé 20 ingénieurs. Nous n’avons pas cessé de recruter et de former des jeunes qui après un temps d’expérience partaient ailleurs. Les difficultés de recrutement de personnel capable et formé ont été le principal frein à notre expansion. Nous n’avons procédé qu’à un seul licenciement. Autant dire qu’aucune des dispositions de la loi travail n’aurait eu le moindre impact sur notre activité.

Bien sûr, les lois Auroux, puis les salades jospiniennes, ont eu un impact. Il a fallu se doter de casiers métalliques hideux pour les salariés (qui avaient tous leur bureau privatif) et qui n’ont jamais servi. Un règlement intérieur a dû être affiché sur un mur, que personne n’a jamais lu. Il spécifiait que quiconque dirait « c’est mieux ailleurs » ou « ce n’est pas mon boulot » pourrait être licencié pour faute grave ! On a même fait, une fois, une élection. Après on a constaté la carence et on a pensé à autre chose. La médecine du travail était affreusement coûteuse et ne servait à rien. Il aurait suffi de payer une consultation à leur médecin de ville à chaque salarié. Au lieu de cela, chaque salarié perdait une demi-journée de travail et il fallait payer 20 fois le prix de la consultation normale. Nous n’avons d’ailleurs jamais eu le moindre malade, l’effectif étant jeune (en moyenne 30 ans). En 25 ans nous n’avons eu qu’une fois une visite de l’inspection du travail qui est resté trois minutes environ. Et un seul contrôle de l'Urssaf qui a relevé un oubli microbique et sans conséquence. Inutile de préciser que nous n’avons jamais eu un seul salarié au SMIC.

On pourrait donc affirmer que toutes les lois sociales aberrantes imaginées par les socialistes et les hauts fonctionnaires n’ont eu aucune conséquence et prétendre tout aussi bien que les réformes dans ce domaine n'auront aucun effet sur l’emploi : c’est la disposition de salariés compétents qui fait le chiffre d’affaires accompagné par les moyens d’investir pour aller au grand large. Au moins pour les sociétés d’ingénieurs travaillant sur des créneaux porteurs.

Ce ne serait pas exact. Les lois et règlements ont été si loin dans le détail, et si forts, qu’elles ont fini par empêcher de travailler.

-        Les 35 heures sont une contrainte impossible, dans un contexte de sous-effectif permanent et de croissance de l’activité

-        Dans une entreprise où les interventions se font partout en France et beaucoup à l’étranger, il est impossible d’intégrer totalement les temps de transports à partir du domicile du salarié dans le temps de travail et de calculer les heures supplémentaires de façon classique.

Donnons un exemple : il faut installer un système dans un pays du Maghreb. La mission couvre quatre jours comprenant le samedi et le dimanche (ouvert dans les pays arabes). En appliquant strictement toutes les règles, il faut que le salarié prenne quasiment six jours de récupération. Impossible !

-        Le recrutement d’un mauvais fer qui se révèle une horreur après sa période d’essai est une véritable catastrophe. Il se met en arrêt maladie de longue durée et vous ne pouvez le remplacer. Tout finit par du chantage et des coûts délirants.

-        Si votre entreprise a des difficultés, tout est fait pour ruiner les actionnaires. Tout argent mis dans l’entreprise doit être considéré comme perdu.

Alors se sont développées des stratégies putrides qui se sont retournées contre les salariés. Licenciements pour faute bidon se finissant par des « arrangements » (sur le dos des contribuables) ; dépôts de bilan devenus mode de gestion ; multiplication des stages de très longue durée et des contrats précaires, faux collaborateurs indépendants, etc.

Si vous ne vendez pas votre boîte, au moment de partir à la retraite, vous êtes proprement ruinés par sa dissolution. Etc. Etc. Etc.

Le plus grave : vous ne pouvez pas capitaliser vos gains et vous manquez en permanence de ressources de développement. La fiscalité est totalement folle. Les impôts locaux ont triplé en trente-cinq ans. La taxe sur les bureaux, exemple type d’une mesure malthusienne, a plus que triplé également grâce à Delanoë et Hidalgo, les fossoyeurs et pourrisseurs de la Capitale.  Les coûts de location de bureaux se sont envolés (doublement dans les dix dernières années). Chaque année, une ligne de charges de plus est arrivée sur le bulletin de salaire. Au départ, c’était une bande de 5 cm de haut et 21 cm de large. À la fin, c’était un bulletin A4 sur une page et demie. Merci les négociations à l’échelon de la branche.

Il faut donc trouver des créneaux très rentables pour pouvoir embaucher. Qui sont rares. Si vous atteignez les seuils sociaux les contraintes de tout genre deviennent telles que vous rusez pour ne pas les subir. Vous finissez par cacher tout bénéfice et distribuer des avantages en nature faciles à dissimuler. En fait, faute d’hommes formés et de ressources, vous laissez passer des opportunités et cédez le champ à l’étranger.

Pour les PME, on voit bien ce qu’il faut faire. Admettre que le contrat de travail ne concerne que la relation dans l’entreprise (pas le contenu des vacances, pas les transports, et autres fariboles). Revenir à la liberté contractuelle dans les relations avec les salariés. Comme dans certains pays qui ont fait une vraie révolution, laisser le champ des relations salariales hors du champ législatif. Baisser les coûts de structures (immobiliers et taxes locales). Former un plus grand nombre de cadres et de techniciens compétents. Réduire les charges d’état et de sécurité sociale qui pèsent sur l’entreprise. Dépénaliser la fin de vie d’une entreprise ou d’une activité. Empêcher les dérives des salariés pourris qui tentent par tous les moyens d’exploiter le système et d’escroquer les employeurs et les organismes sociaux. Aligner le niveau de charge et d’impôt sur la moyenne européenne serait un plus, en sortant le plus possible de l’entreprise ce qui n’est pas de son ressort direct (maladie, etc.).

À l’heure actuelle, ce qui est le plus bloquant pour l’emploi est l’absence de personnel compétent, motivé et en nombre suffisant. S’ajoutent la paperasserie, la surfiscalité et l’absence de liberté contractuelle.

On voit que les esquisses que l’on connaît de la loi travail n’auront aucun effet pour les PME. On ne baisse aucune charge. L’énorme accroissement sélectif de la CSG, la moitié en une seule fois du coup de massue fiscal de Hollande, va casser une partie de la demande. Une hausse de la TVA aurait au moins permis de rétablir un peu de compétitivité extérieure et de financement par l’étranger de certaines de nos dépenses. Mais l’équipe Macron savait que la TVA était vue comme un impôt sur les pauvres et l’achat de vote aurait moins efficace qu’une hausse des impôts sur les retraités, couplés à une baisse des cotisations sur les salariés. Mais l’intérêt n’était qu’étroitement électoral.

La négociation dans l’entreprise de règles dérogatoires ne sera possible que dans des conditions très difficiles à réunir et elle ne portera pas sur l’essentiel. Le plafonnement des indemnités n’aura qu’un effet très restreint puisqu’on ne change aucune loi et que le licenciement est toujours une faute ouvrant droit à indemnisation.

L’effet sur l’emploi sera nul. Nos Énarques le savent et espèrent dans la reprise importée de la croissance. Comme Hollande. Le début de quinquennat est une réplique du précédent.

Ne parlons pas des grands groupes. On sait comment ils fonctionnent : comme des administrations. Sauf que lorsque la situation devient impossible, ils restructurent et se déploient autrement, ce que ne font jamais les entreprises nationales ni l’Administration. Les grandes entreprises avaient profité des 35 heures et des allégements de charges pour revenir sur bien des petits aménagements grignotés au fur et à mesure du temps par les syndicats. Et après la crise de 2001, elles ont restructuré, en cédant des parties entières, sous-traitées internationalement ou délocalisées.

Les arrangements prévus leur simplifieront la vie, leur permettront de licencier plus facilement et ne changeront rien de fondamental.

Pour les banques, où le Président a fait une rapide fortune et qui sont soumises à la Taxe sur les salaires, on baisse fortement cet impôt. Certains y verront un renvoi d’ascenseur. Tant mieux pour les bénéficiaires mais cela n’a effectivement aucun intérêt national, la réduction de l’effectif des banques étant inscrit dans le marbre des évolutions technologiques et des excès passés. On aurait pu choisir d’autres priorités.

Quant à la baisse d’impôts sur les bénéfices, envisagée pour un futur incertain, elle bénéficiera surtout aux investisseurs étrangers qui possèdent désormais plus de 50 % du capital des entreprises françaises et facilitera les stock-options. La belle affaire.

Rien de tout cela ne parait à la hauteur des enjeux.

Qu’attendre de plus d’un collège de hauts fonctionnaires, dont la majorité a fait carrière entre la fonction publique, la politique et les entreprises nationalisées ou pseudo-privées et vivant en symbiose avec l’État (cf. Philippe, Parly, Borne...) généralement en faisant une révérence au socialisme ?  À l’ENA, on n’oublie pas de se servir. Rappelons que la dernière directrice de l’école s’est vue attribuer 400 000 euros de prime de départ à la retraite, dans le silence de l’entre-soi. Pourquoi se gêner ? Servir l’intérêt général est plus difficile et exigeant.

Cette privilégiature publique politisée n’a strictement aucune idée des difficultés et des contraintes d’entreprises captives qu’ils ont toujours considérées comme des vaches à lait sans pouvoir de négociation et à merci.

Elle a pensé à gagner l’élection par des annonces et à récompenser quelques affidés. Cela ne fait pas une politique active de libération du dynamisme des PME françaises.

Pour le reste, que les entrepreneurs se débrouillent. Croire qu’ils vont, soudain, touchées par la grâce, se mettre à recruter comme des malades en criant « Hosanna je suis sauvé », est proprement méprisant pour l’intelligence des Français et injurieux pour les entrepreneurs.

Nous n’avons pas encore atteint le retournement de la phase de haute conjoncture de fin de cycle. Des recrutements peuvent continuer. Quelques apparences pourront être sauvées.

Pas plus tard que le retournement probable du climat international des affaires, dont quelques signes se font jour, notamment aux États-Unis. Alors on verra que rien de fondamental n’a changé et que la force économique du pays continue de partir à vau l’eau, cornaqué par des hauts-fonctionnaires politiquement surpuissants mais économiquement atrophiés, qui auraient mieux fait de rester dans le giron de l’Administration.

Alors qu’on sait parfaitement ce qu’il faut faire.

Enarchie : le sinistre retour aux vieilles habitudes

Le Macron de première génération, révolté par les blocages du gouvernement socialiste auquel il participait, était intéressant. Sur de nombreux sujets, il rejoignait nos critiques incessantes. Perte de compétitivité liée aux 35 heures ; découragement de l’investissement par l’ISF ; excès de protection des salariés permettant aux plus malhonnêtes de ruiner les PME ; excès du nombre de fonctionnaires ; excès d’impôts ; excès de parlementaires ; excès de dépenses publiques ; surréglementations pénalisantes ; blocages de la loi Duflot ; etc.

Le second Macron, l’auteur du livre Révolution, commençait à l’être moins. Le livre était incantatoire, moralisateur, attrape tout, tenté par l’oxymore à chaque paragraphe et ne proposait plus rien de vraiment concret et d’important. On sentait une volonté de « dépasser le clivage gauche-droite pour que sautent les blocages qui nous nuisent tant et depuis si longtemps », mais rien de radical n’était dit sur les actions concrètes à mener.

Le troisième Macron, le candidat à programme, s’avérait un vil démagogue, pratiquant l’achat de vote sans vergogne (http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2017/3/2/Que-penser-du-programme-Macron- …). Il s’agissait de dire à chacun ce qu’il voulait entendre et de laisser croire à tous que ce serait bon pour le pays. On ne supprimait plus l’ISF, on ne supprimait plus les 35 heures. On distribuait l’argent des uns aux autres en fonction de leur poids électoral présumé. Pas une aspérité. Sur tous les sujets qui fâchent, RSI défaillant, pérennité du CICE, heures supplémentaires défiscalisées, la réponse était toujours : oui, oui, oui. Et encore oui.

Monsieur OUI et sa Youpee attitude, ont gagné. De peu. Il s’en est fallu que du déplacement de 2.5 % des votes de droite.

Marquées par une abstention jamais vue (et porteuse de graves inquiétudes), les élections législatives ont vu ce léger ébranlement se traduire en un glissement gigantesque du terrain politique, sans aucun débat, sur aucun sujet, les retournements de veste suffisant à nourrir les gazettes. Avec l’adhésion de 12 % des inscrits, l’Énarque Macron, après avoir trahi son mentor énarque, est Président de la République et dispose d’une chambre jaune, mais sans mystère, pléthorique et malléable. Au nom de la morale on voit l’Assemblée Nationale présidée par un renégat, discutant avec un Premier Ministre énarque renégat, d’un budget présenté par un Ministre des Finances énarque renégat, alors que tout le pouvoir est concentré à l’Élysée qui est devenu, comme jamais, un terrain de jeu de l’Énarchie. « Il y a des Énarques partout », remarque un « visiteur du soir » à l’ancienne mode. Normal, puisque la victoire a été obtenue à la suite d’un pronunciamiento d’Énarques dévoyés.

Comme Giscard, un ex-jeune Énarque adepte du changement dans la continuité, le nouveau Président « fait de la communication ». Un peu de prestance comme Giscard et d’abus, comme Giscard, mais bien plus vite. On n’a pas encore les airs d’accordéon et l’invitation faite aux éboueurs, mais on sent que cela vient. On a déjà le président en sportif, sur les quais, façon Poutine, mais sans les pectoraux. Giscard avait invité son premier ministre à Brégançon avec son prof de tennis (qu’il omettait de payer tout en exigeant de lui fournir à chaque leçon des balles neuves). Macron s’invite à Versailles un jour avant le discours d’investiture du Premier Ministre dont la volte politique disgracieuse et opportuniste ne lui permet plus de se plaindre des couleuvres qu’on sera amené à lui faire avaler à répétition. Nemo auditur suam propram turpitudinem allegans.

On entend de façon subliminale ce beau discours à Édouard Philippe :

-        « Cause toujours mon lapin à ton troupeau de communiants, menés à l’Assemblée par mon copain disqualifié Ferrand, mutualiste tendance « poulettes et cupidité ». C’est moi, Macron, qui a désormais toutes les clés, tous les pouvoirs. Mesure ta chance : les retraites, dont on n’a jamais parlé pendant la campagne électorale sombrent dans le déficit ? Pas une remarque dans la presse. Le chômage qu’on disait maîtrisé, monte à 6 600 000, mesuré par les inscriptions à Pôle emploi. Un record historique : pas un mot négatif dans la presse. Les comptes publics étaient totalement dévoyés dans leur présentation, comme l’affirmait le candidat Fillon. Confirmation : 9 milliards de chutes la première année, 18 milliards la seconde. Pas la moindre réaction dans la presse. Ces idiots commentent ma photo photoshopée et pourrie de symboles de gamin. Et bientôt mon fanion présidentiel ou la dernière tenue de Brizitte. C’est ta chance. Laisse-moi faire et obéit ».

On retrouve la même technique employée par tous les démagogues depuis des lustres en France : les promesses n’engagent que ceux qui y croient et la belle excuse fonctionne toujours : « les circonstances me conduisent à différer car mes prédécesseurs m’ont laissé un terrain miné et moi je suis un type bien et responsable. Je ne vais pas faire n’importe quoi, je veux dire, appliquer mon programme ». Comme disait Edgar Faure : « Le contexte nuit aux textes cons ». Il aurait pu ajouter à la Audiard : « C’est comme cela qu’on les reconnaît ».

Alors qu’on se souvient des rodomontades des candidats aux deux primaires : l’important c’est de dire avant ce qu’on va faire et de tenir après. « Les vilains démagogues façon Hollande et Sarkozy qui ont fait le contraire de ce qu’ils ont promis, c’est fini ! », disait-on.

Voici donc le premier ministre brandissant un prétendu sens des responsabilités pour reporter en bloc tout ou presque du programme électoral du candidat Macron, sauf les mesures franchement démagogiques qui ne coûtent rien aux hauts fonctionnaires, comme « donner du pouvoir d’achat aux salariés avec l’argent des indépendants et des retraités » et qui aideront à faire passer la pilule.

On va donc faire voter des lois poudre aux yeux comme celle sur la moralisation de la vie publique, comme si la démagogie et le retournement de veste étaient des attitudes morales (tous les auteurs de coups d’État prétendent à la pureté retrouvée), et celle sur le droit du travail, dont on prétend qu’elle libérera l’emploi, alors qu’elle est totalement insignifiante et ne concerne que les grands groupes, qui de toute façon ont un régime fiscal dérogatoire et peuvent délocaliser à volonté (et bientôt pour moins cher).

Comme Hollande, comme Chirac, comme Giscard, comme tous les énarques, Macron cède aux « sociétalisme » qui valorisent l’image « moderniste » et réformatrice, et ne coûte en apparence rien à l’État. Toutes les revendications immigrationnistes, multiculturalistes, homosexuelles portées par des minorités agissantes reviennent au premier plan. Pour les revendications européistes, il va falloir la jouer fine. Le départ des britanniques et diverses dérives conduisent la Commission à réclamer un impôt européen massif (on parle de démarrer à 80-100 milliards avec un doublement en cinq ans). Le triomphe du « sympathique Macron » au dernier conseil européen n’a été perçu que par la presse française. Elle n’a pas voulu s’étendre sur son premier grand échec : sa demande de modification de la directive emploi détaché a été platement éconduite. Même triomphe que Hollande dans sa renégociation du traité Merkozy ! Le goût pour les normes coûteuses et excessives devait être maîtrisé. On maintient des interdictions qui vont au-delà des normes européennes (en important des produits qui ne les appliquent pas). On découvre, sans réagir, que 4.5 milliards d’euros, non financés, devront être dépensés par les collectivités locales pour se mettre aux normes de chauffage. Les fonctionnaires arbitrent la société pour le bien commun et coûte que coûte. Qu’on se le dise !

Tout continue comme avant. Impôts, dépenses, normes, contraintes, soumission à l’Europe, armes rendues devant les groupuscules : du Hollande 2012 pur jus.  

On ne fera aucune des réformes de fond qui auraient un véritable effet sur les causes des difficultés françaises et dont aucun aspect n’a été débattu depuis décembre 2016 pendant la campagne électorale.

Le Macron de l’été 2017 est le même que le conseiller de Hollande de l’été 2012, avec le même système : pour commencer, un coup de matraque fiscale ciblée (ici avec la CSG, augmentée de plus de 12 %), tout en faisant de la com’. Pour le reste on bloque tout, notamment les dépenses d’investissement, on pose, on jacte et on laisse la piétaille En Marche piétiner comme les soldats d’opérette qui chantent « en avant, c’est nous l’avenir » en restant sur place.

Le Français est né malin, comme chacun sait. Il jure mais un peu tard qu’on ne l’y reprendra plus ! C’est promis, la prochaine fois il votera pour le candidat le plus sérieux qui a un vrai programme de rupture et qui ne se laisse pas aller à la démagogie.

Si l’Énarchie le veut bien et si M. Mélenchon ne casse pas les urnes.

En attendant : Wet and sea.

L'équilibre des retraites privées retardé de 20 ans

Le retour des réalités sauvages

« L’équilibre des retraites repoussées de 20 ans ». Il n’aura pas fallu deux jours pour que la réalité, tranquillement cassée sous le tapis depuis tant de mois, fasse sa réapparition. Ce n'est pas rien de repousser de 20 ans l’équilibre d’un système qui devrait être systématiquement équilibré (c’est le propre des systèmes de répartition). Naturellement, ces informations ne tiennent pas compte des retraitées publiques payées par l’impôt et pour lesquelles aucune provision n’a jamais été faite, et dont l’engagement n’est jamais compté dans les dettes. Si la fusion des régimes de retraites être mise en œuvre, l’équilibre des comptes devrait être renvoyé quelque part entre 2 100 et 2 150.

Pleurons le destin des retraités privés français qui vont voir leur CSG croître de 12 à 15 %, en même temps que l’inflation, qui repart, va éliminer près de 2 % de leur pouvoir d'achat.

La bonne solution aurait été, naturellement, d’imposer la retraite pour tous à 65 ans avec 45 ans de cotisation pour disposer du taux plein. De même il fallait supprimer l’ineptie de la pénibilité.

Dans le même temps les premières indications montrent que les comptes publics de 2017 seront profondément dégradés et les engagements européens de la France non tenus à nouveau. La seule solution ayant des résultats à court et à moyen termes est de monter le temps de travail des fonctionnaires et agents publics aux valeurs constatées dans le privé, sans augmentation de rémunération, en, commençant à freiner durement les dépenses de personnel, en réduisant le champ de l’action de l’État et en bloquant largement les recrutements.

Le nouveau gouvernement a annoncé qu’il ne ferait pas de collectif budgétaire comptant sur la hausse massive de la CSG et des meilleurs rendements de la CSG et de la TVA grâce à la reprise légère qui se confirme.

Quiconque ouvre les yeux voit que l’inaction actuelle est une non politique.

Tout cela ressemble farouchement aux premiers pas de M. Hollande : compter sur la reprise et la hausse des impôts et ne faire aucune réforme qui fâcherait la haute et basse fonctions publiques.

La procrastination commence en même temps que le retour aux réalités.

Le "macronisme" vu d'un pays voisin

La réserve montrée vis-à-vis du phénomène Macron nous a valu un certain nombre de critiques. Nous avons demandé Sylvain Dieudonné que nos lecteurs historiques connaissent bien, d’utiliser sa neutralité belge pour proposer un point de vue dégagé des passions proprement françaises.

 

La France ne manque pas de bons analystes politiques et nul doute que le phénomène Macron, qui a balayé le champ politique français avec une belle intensité, offrira à leur talent un champ de travail pour de longues années. Pour les Européens membres de l’Union, les questions de politique intérieure des autres pays membres ne sont pas déterminantes. Le niveau économique extrêmement bas de la France pose en revanche un problème collectif. Il n’y a aucun doute que de nouvelles difficultés françaises feront disparaître l’Euro et provoqueront une sorte de tsunami également mais moins agréable.

De ce point de vue l’approche « macronienne », fourmillante et ambiguë, discursive et posturale, séductrice jusqu’à l’enflure marketing, tout en prétendant aller au fond des choses, pose une difficulté. Les difficultés sont des rocs. François Hollande a vu ses discours initiaux se déchiqueter sur des maux plus forts que les mots.

Il est intéressant d’isoler ces écueils qui sont autant de défis incertains compte tenu du flou dans la bonne volonté générale qui s’est exprimée.

Premier défi : Macron est vu comme le produit d’une caste, la bourgeoisie d’État, qui s’est associée à la haute bourgeoisie de la finance et des affaires, qui détient le pouvoir médiatique en partage avec l’État. Il doit nécessairement s’en distancier pour ne pas paraître rapidement comme un factotum. La prise de distance sera-t-elle d’apparence ou non ? Telle est la question. On peut attendre Macron à quelques virages :

-          Va-t-il décloisonner la haute fonction publique et la séparer étroitement du politique ? Les grands corps sont trop nombreux, surannés, trop figés sur les classements de fin d’études et dotés de privilèges extravagants, dont le vulgaire n’a même pas idée. Va-t-il réformer ?

-          Va-t-il réduire le champ de l’action publique et son intensité qui sont excessifs en France et réduire réellement les effectifs des fonctions publiques ? Une baisse de 2 % en 5 ans est évidemment d’une très grande modestie. Mais peut-on faire même aussi peu sans allonger le temps de travail des fonctionnaires ?

-          Va-t-il réduire les incroyables subventions publiques accordées à la presse et aux journalistes ou continuer à arroser le secteur en favorisant la poignée de dirigeants qui tient le secteur privé tout en réduisant les ambitions déraisonnables et les partis pris d’un secteur public bouffi et constamment en expansion ?

Sur tous ces sujets le nouveau Président a commenté, tournicoté, envisagé des pistes, slalomant entre les piquets en accumulant les oxymores, liés par des « en même temps » qui font sa réputation dialectique. Va-t-on, comme pour le droit du travail vers des demi-mesures où on ne prend aucune option de clarté idéologique mais seulement des arbitrages « pragmatiques » qui ne changent pas grand-chose ?

On dira : ces questions sont certes des écueils mais on peut les traiter comme des bancs de sable, où on s’enlise durablement.

Second défi : le courage fiscal. La folie des hauts fonctionnaires, et en particulier dans la variante socialiste, est d’avoir poussé les prélèvements à des niveaux intenables et de l’avoir uniquement concentrée sur la fraction aisée de la population. Macron a aggravé les choses en proposant des mesures démagogiques d’achat de vote, alourdissant violemment la CSG, sans effet sur la compétitivité des entreprises. L’exonération de la taxe d'habitation, autre mesure sans aucun intérêt économique et destructeur d’unité nationale, n’a qu’un objectif électoral mais va déstabiliser beaucoup de choses. Avoir renoncé à supprimer l’ISF est une autre marque de lâcheté électoraliste.

Macron peut encore violer ses promesses. Ce serait bien. Il ne le fera probablement pas. Les conséquences seront nécessairement funestes.

Compte tenu de la dégradation des comptes publics en dépit de la petite reprise actuelle, qui fait rentrer de la TVA et de la CSG, les marges sont inexistantes. La crainte est que l’on continue la méthode « hollandaise » : étrangler là où on peut et où on a un prétexte de le faire, sans faire aucune réforme de fond.

Les Enarques français sont les rois de la défausse. Ils savent renvoyer sur les autres les difficultés du pays, qu’ils les aient créées ou non.

Troisième défi : l’influence internationale. On voit généralement le nouveau chef de l'Etat bien armé dans cet aspect du combat pour la prospérité. Mais comme le Cercle ne cesse de le dire, nous vivons dans un double désastre :

-          Le système de changes flottants et de déséquilibres systématiques imposés par les États-Unis depuis 1971

-          L’organisation de la zone Euro que nous jugeons depuis l’origine comme dysfonctionnelle.

Sur ces deux plans Emmanuel Macron n’a rien analysé, rien proposé. C’est le silence total. Et que se passera-t-il en cas de crise ?

On demande aux Français de la confiance. Mais comme pour François Hollande, on ne voit rien de déterminant dans le programme du nouveau Président et la seule carte que l’on joue est l’espérance d’une reprise mondiale durable. Pour beaucoup, le programme Macron, c’est Hollande moins les Frondeurs, un social-libéralisme sans véritables marqueurs de changement où l’on noie le poisson avec beaucoup d’eau tiède... Surtout pas d’aspérités !

Emmanuel Macron a obtenu un chèque en blanc, avec une cohorte de « marcheurs » qui sur tous les sujets précis n’ont aucune réponse claire et partagée. « On verra. Faites confiance. La bonne volonté par-delà les clivages entre gauche et droite, est bien là ».

Que peut dire l’observateur étranger à un pays ami qui en appelle ainsi à la foi dans un messie ?

Rien d’autre que « wait and see ».

 

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes e-toile.

Échec de l’économisme ou échec de l’économie ?

Dès la fin des années cinquante, marquées par l’exceptionnel enrichissement de ce qu’on appellera « les trente glorieuses », des voix se sont élevées pour expliquer que cette richesse n’était pas un vrai bien mais une aliénation, non pas un progrès mais une illusion. L’individu devenait solitaire dans la foule. Le dépouillement était de toute façon une valeur chrétienne fondamentale. La jouissance était un péché de gourmandise. Les religieux ont les premiers « sonné le tocsin » contre les méfaits du matérialisme. Les philosophes ont pris le relais. Dès la moitié des années soixante, on se piquait chez beaucoup d’entre eux de promouvoir le non-travail, le temps libre. On pouvait enfin accéder, grâce à l’automatisation (on ne disait pas encore : aux robots), à l’idéal grec : philosopher sans rien faire, sans l’ennui moral de l’esclavage. Les philosophes sont devenus de plus en plus critiques à mesure qu’ils étaient concurrencés par les sociologues. L’ennui était leur marxisme « méthodologique » qui leur a fait dire de multiples sottises et les a conduits à soutenir un système d’aliénation totale pour libérer l’humanité d’une aliénation supposée par la consommation.

L’économiste est devenu une espèce de galeux idéologique pour les tenants des religions, des idéologies, des idées et du primat du politique. Il est vrai qu’aux États-Unis, la croyance des économistes qu’ils avaient enfin trouvée leur pierre philosophale, la croissance indéfinie sans crise, les avait encouragés à pousser la discipline dans les universités et à obtenir des recrutements massifs dans l’administration dès le début des années soixante. Les autres pays suivirent et imitèrent. La place des économistes comme celle des sociologues grandit massivement dans les médias et la discussion politique.

Cinquante ans plus tard, il est curieux de constater qu’un nouveau mot est apparu dans les pays développés : l’économisme, forme de maladie sociale et intellectuelle grave, au même moment où l’effondrement du socialisme voyait des milliards d’humains se précipiter vers la consommation, sans tenir compte le moins du monde des idéalistes qui avaient mené le combat contre l’horreur communiste et qui croyaient à un socialisme à visage humain. La sauvegarde de la terre, ambition de droite dans les années d’avant-guerre, est devenue dès le début des années soixante-dix une ambition de gauche. L’écologie a décrété que l’économie était une maladie grave qui tuait la nature nourricière et que les Trente Glorieuses étaient en fait un génocide des espèces vivantes et, ses tenants, des criminels.

Nous en sommes là avec le retour des guerres de religions, la condamnation ontologique de l’individualisme, le refus du progrès, la condamnation de l’abomination des marques, et la désarticulation des clivages politiques traditionnels.

En France, la victoire surprenante d’un des candidats, Emmanuel Macron, avec effondrement des partis de gouvernement traditionnels depuis 1944, la gauche, le centre et la droite dites républicaines, provoque une montée d’adrénaline chez tous ceux qui considèrent l’économie, c’est-à-dire la prospérité matérielle, comme une tare.

Le Figaro Magazine a cru devoir ouvrir avec eux le procès de « l’économisme », succédané honteux d’une vraie religion, supposé animer les forces politiques balayées par le soudain tsunami, mais aussi le jeune vainqueur, ce qui paraît inacceptable à MM. Patrick Buisson et Marcel Gauchet. On le conjure d’abjurer cette funeste hérésie.

Pour eux tout le monde a tort dans cette affaire, les anciens comme les modernes.

Certes, affirme Buisson, le nouveau chef « a parfaitement analysé le vide émotionnel et imaginaire que la disparition de la figure du roi a creusé dans l’inconscient des Français ». « Accomplir des gestes et des rites qui ne vous appartiennent pas, qui viennent de plus loin que soi, permet de s’inscrire dans une continuité historique et d’affirmer une permanence qui transcende sa propre personne ». Voilà pour le satisfecit. Mais « Emmanuel Macron apparaît comme « la figure emblématique de cette nouvelle classe dominante qui aspire à substituer à tous ceux qui aspirent à un salut hors de l’économie […]». C’est très mal parce qu’« un système où l’économie commande l’organisation de la société est incapable de produire du sens ». Revoilà Mounier et sa « dissolution de la personne dans la matière ».

La droite a perdu pour ne pas avoir compris qu’il fallait en fait recréer un grand mouvement conservateur enraciné et enracinant, « subordonnant la matière à l’esprit », qui permettrait « de mettre fin à l’abaissement du politique au niveau de la gouvernance économique ».

Pour Marcel Gaucher le grand virage s’opère en 1974, « une rupture économique et sociale mais aussi anthropologique comparable à celle de 1 492 ». Wall Street et la City ont pris le manche dans la foulée de la hausse des prix du pétrole. Depuis « l’économie et la technocratie règnent en maîtres ». L’atomisation de la société autonomise les individus, désormais irréductibles à une classe. Privées de l’Église et du Parti communiste « les sociétés européennes seraient désormais confrontées à un malaise existentiel profond ».

En un mot l’homme nouveau du nouveau monde dominé par l’économisme, est désormais seul et désenchanté. Du coup il en vient à voter, dans l’extase, pour le vide macronien.

Bien entendu, notre résumé est réducteur. Les réflexions de nos deux auteurs sont souvent riches et intéressantes. Mais nous ressentons un profond désaccord sur un point : ce ne sont pas les économistes et leur religion supposée que serait l’économisme qui sont au cœur des mouvements constatés.

La grande mutation ne date pas comme le dit Gauchet de 1974 mais de 1971 où, pour des raisons impériales, les États-Unis prennent à contre-pied toutes les doctrines économiques du moment pour instituer un système de changes flottants et de domination économique violente. Il s’agit d’une voie de fait qui aboutira à une baisse tendancielle de la croissance, à l’aggravation des crises périodiques et à la montée de l’endettement, ce que nous appelons une économie baudruche, indéfendable en doctrine. Les économistes n’ont pas triomphé dans l’affaire : ils se sont couchés, car ils n’avaient aucun moyen de s’opposer sans risque de carrière ou par médiocrité. Seuls des économistes comme Sauvy, Allais, Rueff ont, en France, sauvé l’honneur de la profession, en montrant les vices inhérents au nouveau système vicieux mis en place. On n’a pas constaté le triomphe de l’économisme mais celui des rapports de force politiques.

Le succès du jeune Macron n’a rien à voir avec l’économie. Le coup d’État qui vient de réussir est comme nous l’avons démontré dans plusieurs articles, un pronunciamiento de la haute fonction publique, qui domine l’état, la société politique, les médias et la finance. Il n’y a rien de solide du point de vue économique dans le programme Macron. Les premières mesures sont fiscales et démagogiques. La dérégulation du travail est un leurre qui permet de satisfaire Bruxelles et qui n’aura dans les formes envisagées qu’un impact minime sur l’économie. De la même façon que les plans « Macron » précédents n’ont pas eu le moindre effet significatif.

Il est évident qu’un comportement un peu plus digne que les exploits de « Bidochon et Foutriquet », qui ont abaissé largement la fonction présidentielle, est bienvenu et apprécié de tous. Mais cela ne suffit pas.

L’économie est malade. Son organisation internationale et européenne est fautive. Elle restera inchangée. On ne constate pas un échec de l’économisme mais un état semi-comateux de l’économie. Le ras-le-bol des électeurs provient de la baisse constante de la croissance depuis 1971 et des conséquences sur l’emploi des explosions de dettes et des crises conjoncturelles résultantes. Ils croient naïvement, et ce n’est qu’en cela qu’on peut parler d’économisme, que leur malheur provient des partis qui ont alterné au pouvoir depuis 1971. On leur dit qu’en dépassant les vieux clivages « on » va pouvoir « faire les réformes nécessaires » et ils radotent « laissons leur une chance ».

Les malheurs du monde proviennent d’un défaut majeur d’organisation du système monétaire international qui n’est pas compris ni même cité, encore moins attaqué. La cause est politique. Le système de monnaie unique européen est également grevé de défauts structurels majeurs qui ne sont pas plus compris du plus grand nombre que traités. La cause est politique. La stupidité française du tout impôt qui a conduit à des dépenses publiques supérieures en valeur à la valeur ajoutée du secteur marchand, est une maladie politique, totalement antiéconomique.

La vérité de la situation devient plus claire :

-        Les Français sont las des impôts et des querelles idéologiques autour des solutions qui permettraient de sortir de la baisse continuelle du revenu par tête. Ils ont perdu confiance, après 40 ans d’incapacité à sortir du trou, dans les partis dits de gouvernements. Ils ont pu être trompés assez facilement par un nouveau venu qui a prétendu qu’on pouvait s’unir au-delà des divisions habituelles pour trouver des solutions efficaces, en vérité apolitiques. Ils l’ont été d’autant plus facilement que la manipulation médiatique a été gigantesque, dans un système où les médias ont perdu toute autonomie et où il n’y a qu’une poignée de décideurs vivant dans la dépendance de l’État.

-        Ce n’est pas l’économisme qui rend malade la société mais l’économie qui est malade des décisions désastreuses prises par les politiques pour des objectifs politiques.

Aujourd’hui la réflexion politique a comme toujours son autonomie par rapport à l’économie. Mais l’économie n’a pas d’autonomie par rapport au politique.

Entre ceux qui ne veulent plus de croissance pour sauver la terre et l’humanité, alors que 7 milliards d’humains veulent consommer et avoir enfin plus qu’une vie de misère et de survie, les stratégies de puissance des grands États, qui n’ont pas renoncé à leur surmoi géostratégique, l’irresponsabilité des pays qui laissent s’envoler la croissance de leur population et donc alimentent une émigration de masse déstabilisatrice, les stratégies d’entreprises mondialisées qui parviennent à échapper au droit commun et à imposer des comportements consuméristes désastreux, tout en échappant aux impôts, l’affaiblissement des États voulus par les bureaucrates de Bruxelles et les européistes militants, la dérive de la dictature des juges, les politiques et les électeurs sont totalement perdus.

L’ennui, dans le cas de la France et de l’élection du jeune Macron, c’est qu’il n’y a strictement rien, dans le programme confus et trompeur du dit, qui laisse planer le moindre espoir. La soumission à l’Europe supranationale paraît totale. Les nouvelles libertés données aux grandes entreprises multinationales et à elles seules, de dépecer le droit social, l’augmentation massive des impôts, sauf pour la finance et ses produits et la démagogie éhontée de l’achat de vote, n’annoncent rien de fondamentalement positifs. Il n’y a rien d’économique là-dedans, sinon du cynisme politique accompagné de licences microéconomiques et sectorielles pour des intérêts particuliers.

N’accusons pas les économistes ni l’économie d’un état de fait entièrement politique. Les pronunciamientos militaires ou de hauts fonctionnaires ont ceci de commun que l’économie n’en forme jamais la substance même si elle apparaît dans la tromperie des discours.

Disons-le nettement et à Marcel Gauchet et à Patrick Buisson : l’économie est malade. Elle ne l’est pas de l’économisme mais des jeux politiques, idéologiques et géostratégiques qui ont entraîné la mise en place d’organisations économiques défectueuses.

Statistiques : éviter le fétichisme autour des chiffres annoncés dans la presse

Assurer l'autonomie de l'INSEE

Un des aspects les plus crispants de la discussion économique publique est cette double difficulté d’interprétation des statistiques :

-          Peu de gens connaissent la manière dont elles sont conçues et beaucoup font donc des contresens parfois gigantesques dans l'interprétation des chiffres publiés.

-          Les chiffres sont en général des estimations qui s’affinent progressivement et au final la chanson n’est pas toujours la même, même si l’air ressemble. La politisation de l’INSEE laisse toujours planer le doute sur la manipulation des chiffres. Le changement de mode de calcul permet souvent de brouiller un peu plus les pistes, même s’il est bien intentionné. Du coup, entre prévisions, prévisions corrigées, estimations, estimations corrigées et calculs définitifs, on constate des différences parfois très considérables.

Méconnaissance et incertitudes comptables rendent donc l’interprétation des statistiques publiques, dans la sphère médiatique et politique, particulièrement hasardeuse et parfois trompeuse.

L’INSEE vient de donner les chiffres définitifs et les estimations de l’évolution du PIB depuis… 2 014.

Cela veut dire que depuis 3 ans nous vivions avec des chiffres provisoires sur la valeur de l’indicateur essentiel de la vie économique.

Jusqu’ici, le gouvernement socialiste se vantait d’une croissance en pleine accélération : 0.8 en 2014 et 1.2 en 2015. En vérité, la croissance était atone à 1 %., avec une montée infime à 1.1 % en 2016. Alors que la reprise était partout sensible danse monde, la France montrait un électroencéphalogramme absolument plat, totalement atypique par rapport aux autres sorties de récession depuis 1945. On se souvient qu’à quatre reprises, les annonces faites étaient : une année en reprise avec accélération l’année suivante. Ce discours optimiste a été systématiquement démenti par les faits. Mais il a bercé la nation, pendant qu’on la lessivait fiscalement, ce qui était le principal.

La période en cours, est en matière de conjoncture, une phase haute du cycle équivalente aux années 1988-1991, 1997-2000, 2006-2007. La seule différence est dans la faiblesse des taux de croissance, notamment en Europe et surtout en France, asphyxiée par la pression fiscale.

Après une accélération finale, la suite est, en général, une contraction de la croissance. La précédente ayant été très forte, celle à venir serait modérée. Après une phase de stagnation aussi importante, il est impossible qu’il y ait un énorme krach. Les bourses risquent évidemment une correction assez forte. Mais l’activité elle-même ne devrait connaître qu’un ralentissement pas une véritable récession, les bulles spéculatives qui exploseront étant pour l’essentiel purement financières et monétaires et n’ayant que peu de corrélations avec le crédit aux entreprises. Ces dernières ont très peu investi, préférant accumuler du cash et racheter leurs actions pour maintenir les cours (et la valeur des stock-options).

La conjoncture française, qui suit la conjoncture mondiale avec un effet retard et une décote, s’améliore très doucement mais va être étouffée par la hausse massive de la CSG exigée par Macron, une erreur colossale. Bien sûr le Trésor a fait que la CSG soit un impôt complexe et largement incompréhensible. Mais si on s’en tient à l’essentiel, l’Inspecteur des finances Macron veut faire passer le taux de 15.5 à 17.2 %, soit une hausse de 11 % environ (sous réserve des modalités de détail), avec un taux marginal de prélèvement de près de 67 %. Il aurait été mille fois plus sage de laisser tranquille la CSG et d’augmenter la TVA, avec un impact sur le prix de marchandises importées relativement faible, et une petite amélioration de la compétitivité prix de l’économie française. Cela aurait un poil dopé nos exportations et aurait permis de réduire notre déficit commercial.

L’effet de la CSG sera extrêmement négatif sur la demande, les fonctionnaires et les retraités étant les plus frappés, en même temps que tous les investisseurs qui se retrouveront avec des rentabilités marginales, après inflation, négatives !

Rappelons que la CSG frappe le revenu disponible net-net et que l’impôt sur le revenu frappe la part saisie par la CSG. La CSG est un « impôt sur l’impôt », le summum de la prédation du Trésor, la merveilleuse trouvaille de l’Inspection des finances en majesté. Le revenu net-net est celui qui reste une fois payé les impôts et les frais fixes de logement. Pour beaucoup des ménages concernés, la hausse prévue aura un impact de plus de 10 % sur le revenu disponible. Pour quelques dizaines de milliers d’entre eux, la perte sera supérieure (parfois très supérieure) à 20 %.

Il s’agit bien d’un nouvel écrasement fiscal, qui sera masqué par des exonérations pour les « faibles revenus », la démagogie habituelle. Ajouté à la hausse de l’inflation (dont on ne tient pas compte avec la CSG), les effets sur le revenu disponible seront majeurs, surtout pour les retraités. De cela, pas un mot dans la presse.

Que l’Enarchie ait choisi de porter à des taux confiscatoires un impôt qui taxe du revenu déjà taxé et du faux revenu lié à l’inflation, ne choque absolument personne. Comme on ne fera aucune correction du champ déraisonnable de « l’action publique » (le terrain de jeu des énarques), comme on ne veut pas toucher au temps de travail d’une administration pléthorique, et comme la petite reprise de croissance va faire jouer la progressivité globale de l’impôt, on va vers un nouveau début de quinquennat fiscalement aggravé. Macron n’a rien compris aux excès des deux premières années du quinquennat Hollande où il était le principal conseiller économique et où il a cautionné une augmentation démentielle de la pression fiscale. Le but est toujours le même : augmenter les impôts au début pour faire un geste électoral pour la réélection. Plus cela change, plus c’est la même chose !

Au total, on voit que la presse ne permet pas au pays de se faire une véritable idée de ce qui se passe. Les chiffres du PIB ne sont ni compris ni mis en perspective intelligemment et on a vu qu’ils ont servi à tromper le pays en vue des élections. On voit aussi que la présentation des hausses d’impôts en point et non pas en vrai pourcentage (pour la CSG 1.7 au lieu de 11 %), est une nouvelle tromperie.

Pour éviter ces dérives, il n’y a qu’une solution : sortir l’Insee du périmètre gouvernemental et en faire une institution autonome rattachée au Parlement ; rendre toutes les statistiques accessibles gratuitement aux institutions universitaires d’économie et à toutes les institutions privées d’analyse de la conjoncture ; faire en sorte que les tableaux de bord publiés et les documents genre « l’économie Française » puissent voir leur contenu discuté publiquement afin de faire ressortir les vraies informations utiles et pas seulement ce qui arrange l’Inspection des Finances.

L’idéal serait de prévoir des sessions de formation à l'interprétation des chiffres pour les journalistes (notamment de télévision) afin qu’ils évitent de servir le communiqué comme des porte-voix débiles et asservis, alors même qu’ils se piquent de faire du « décryptage » (alors qu’il s’agit le plus souvent d’une simple désinformation).

Une merveille de pronunciamiento !

L’Enarchie Compassionnelle, un instant menacée, conserve et étend son pouvoir

Chaque époque génère son élite, c’est-à-dire une sélection des meilleurs pour diriger le pays. Jusqu’à ce que cette élite apparaisse pour ce qu’elle devient toujours : une caste cherchant à maintenir et étendre ses privilèges. Il faut une révolte forte ou une catastrophe pour remettre périodiquement le jeu à zéro.

Lors de la Fronde, l'élite venait du clergé qui sélectionnait les meilleures têtes dans des séminaires qui étaient le summum de la formation. Nous eûmes Richelieu et Mazarin. L’armée a également été longtemps une pépinière de grands esprits. Napoléon, Lyautey, De Gaulle sont exemplaires d’une élite polyvalente sortie de leur spécialité d’origine. En Thaïlande, aujourd’hui même, l’armée est l’école des élites du pays. En Chine, le Parti joue le même rôle, à l’instar de tous les pays socialistes qui ont généré ainsi leur propre nomenklatura, jusqu’au jour où…

En France, la République est construite sur la sélection ouverte à tous d’un enseignement dérivé de celui de l’Église catholique et longtemps remarquable. Dans le domaine militaire, dans celui des ingénieurs et dans celui des gestionnaires, la course aux grands emplois est conditionnée par une réussite scolaire initiale dans des disciplines de l’esprit.

Rien de cela n’est choquant. Que l’État dégage une élite dont il a besoin est difficilement critiquable.

Il arrive malheureusement que cette élite ne reste pas à sa place et se substitue au souverain. Lorsque Louis XIV affirme « l’État c’est moi », il vire sans ménagement le haut clergé du pouvoir et le remet à sa place, en même temps que les Princes et la noblesse frondeuse. Cela ne se passe pas toujours aussi bien. Lorsqu’il faut retourner à la banalité des jours, la Caste vaincue a tendance à se rebiffer voire se révolter. Dans les pays où l’élite est militaire, le pronunciamiento est la règle. On a vu en Turquie les élites militaires refuser de s’incliner devant les nouvelles élites politico-religieuses. En Russie, le KGB, un instant remis en cause dans son hégémonie, a repris le pouvoir avec Poutine, sachant que l’élite du pays a été formée pendant des décennies par le KGB qui gérait tout, de la police à l’économie, de la diplomatie à l’agriculture, du tourisme à la politique culturelle.

Dans le cas de la France, une partie des Hauts Fonctionnaires considère depuis la défaite de mai 1940 que les députés issus du suffrage universel n’ont pas tout à fait le niveau qu’il faudrait. Ils ont entrepris, à leur propre compte, une réflexion sur ce que devrait être la France et considéré que l'élection était un « piège à cons » qu’il fallait circonvenir. Leur idée : seul le haut fonctionnaire a une vision dégagée de toute considération intéressée et mesquine. De plus il est formé sur toutes les questions régaliennes ou autres. Et lui seul. En dépit de beaux succès sous Pétain (la sécurité sociale, l’encadrement des métiers) et pendant la Quatrième République (avec l’arrivée au poste de Président du Conseil d’inspecteurs des finances jeunes et brillants comme Felix Gaillard et Bourges Maunoury), ce n’est qu’à partir de 1974 et l’accès au pouvoir de Giscard et de Chirac, deux énarques jeunes et ambitieux, que l’Enarchie s’est réellement mise en place, avec comme idéologie « l’arbitrage de la société ». L’Énarque croit pouvoir arbitrer entre le patron et le salarié et dépasser la querelle socialiste, arbitrer entre pauvres et riches, et se saisir du message christique, entre vieux et jeunes, entre hommes et femmes, entre sexualité normale et sexualité déviante, entre piétons et automobilistes, etc.

On retrouve dans cette idée d’arbitrage toute la pensée de Macron : « personne n’a totalement tort, personne n’a totalement raison, il faut arbitrer avec raison et je suis là pour cela ». Le « macronisme » n’est qu’un avatar de la doctrine compassionnelle de l’Enarchie triomphante : les Enarques sont là pour arbitrer les tensions et naturellement tout cela se fait par l’épandage d’argent collecté en masse par l’impôt.

Au nom de l’intérêt général, dont elle serait seule porteuse, la haute fonction publique a colonisé l’État, ce qui était normal mais aussi toutes les institutions politiques, ce qui ne l’était pas.

Dès le Club Jean Moulin on entend dire que la division entre droite et gauche n’est pas opérationnelle. Dès les années quatre-vingt on entend les discours de brillants Inspecteurs des finances qui prétendent que le déclinisme est une absurdité.

Le mantra de Macron n’est pas une nouveauté mais l’affirmation sans complexe d’un discours de haut fonctionnaire tenu depuis des lustres pratiquement tel quel et que l’on connaît aujourd’hui sous le vocable de « cercle de raison » popularisé par Alain Minc (major de l’ENA) et Bernard Attali (énarque et major de l’École polytechnique).

Il n’y a évidemment aucune différence, sinon de sobres nuances, entre une énarchie compassionnelle de droite et une énarchie compassionnelle de gauche. Fabius a hésité entre la droite et la gauche un bon moment. Il n’est pas le seul. La compatibilité de Macron et de Hollande, ou de Macron et du Philippe maire du Havre, ou de Copé avec Moscovici, ou de Dutreil avec Guigou, ou de Rocard avec qui on voudra, est totale.

Ayant colonisé et la droite et la gauche, la politique suivie et par les Enarques de droite et par ceux de gauche s’est trouvée fort constante.

L’ennui est que la confiscation des revenus et du capital de la « société civile » s’est aggravée pendant quarante ans avec au bout du chemin un sous-investissement massif, la fuite des capitaux, l’exil des riches et des jeunes, un chômage de masse, des déficits homériques et des dettes abyssales.

Amusant, le vocabulaire de l’Enarchie triomphante reprise par les médias asservis ! « Société civile », qu’est-ce que cela veut-il bien dire ? En dehors des armées toute la société est civile. Ah oui mais voilà : il y a la caste, la haute fonction publique et le reste. Selon qu’elle est hostile ou non à la Caste, ce sera « la société civile » ou une masse de « populistes ». De même tout ce qui n’a pas encore été taxé est « une dépense fiscale », c’est-à-dire une concession révocable à la première occasion.

La situation catastrophique du pays ne pouvait rester sans conséquences. À gauche, le compassionnel énarchique s’est vu contesté du fait de la montée massive du chômage et des mesures de plus en plus dures contre les pauvres, mélangés avec une énorme vague de pauvreté importée. À droite la fiscalité abusive et le déclin de l’industrie ont conduit aux mêmes réactions. Dégagez les Enarques !

Cela a failli réussir. Si François Fillon passait, les effectifs publics auraient été sabrés et les statuts de la haute fonction publique simplifiés et rapprochés de la multitude. De même, Mélenchon représentait une alternative hors Enarchie, inscrite dans la révolte de la base. Il fallait casser le risque d’une union des Frondeurs et des Insoumis, et empêcher Fillon d'accéder au pouvoir par tout moyen. Le candidat naturel était Juppé. Mais cela ne faisait pas les affaires des Enarques de gauche qui venaient de gouverner pendant 5 ans. On se ralliera donc en bloc dès la fin des primaires à l’opération Macron.

Un quarteron d’Enarques montera le piège contre Fillon, en trahissant au passage tous les devoirs de confidentialité de leurs charges. L’effondrement trop rapide du médiocre Hamon a failli prendre tout le monde de court, Mélenchon siphonnant l’électorat de gauche avec une belle voracité. Il a fallu s‘allier avec Bayrou.

Aujourd’hui tout est net et clair. L’Enarchie a gagné. Un président énarque et un premier ministre énarque, comme Giscard-Chirac, comme Chirac-Juppé, Comme Chirac-Jospin, comme Chirac-De Villepin, alors que Hollande avait dû composer avec le PS et ses petits diplômés. Un Secrétaire général de l’Elysée énarque. Un Ministre des finances et de l’économie énarque. Les utilités sont bien cadrées par des Enarques. Tout est tenu et bien tenu. La presse aux ordres n’a plus qu’à chanter la chanson dont les paroles lui seront aimablement fournies. On a vu que l’apparition d’une presse totalement soumise et chantant la gloire du Divin Emmanuel avec une unanimité et une ampleur jamais vue, est une des marques du temps et des difficultés de la démocratie française.

La révolution « macronienne » était en fait une contre-révolution pour éviter la perte du pouvoir de la Haute Administration et sa remise en cause organique. Le pronunciamiento a réussi. Le nouveau héraut de la secte est un peu plus glamour que le président sortant, pitoyable prisonnier de lui-même autant que des dissidents de gauche du PS, devenus maîtres d’un parti mort.

« Emmanuel » (on l’appelle par son prénom comme « Ségolène », ce qui en dit aussi long que les centaines de premières pages de magazine) s’est débarrassé et de la droite souverainiste et de la gauche frondeuse. Il reprend l’habitude des castings, avec « prises de guerre », qui ne sont que des prises de guère et ne donne à moudre que de l'extase médiatique sans intérêt.

Tout le monde il est beau, tout le monde il doit être content et même ravi.

L’élection tronquée a permis de mettre sous le tapis les cris de « ça suffit » qui s’étaient élevés après les attentats contre Charlie Hebdo, après la folie fiscale des deux premières années de gestion par Hollande, après les atteintes permanentes contre la propriété, avec la perte de pouvoir d’achat généralisée, avec l’effondrement de l’emploi, avec la perte de souveraineté et les sujétions constantes, avec l’effritement des libertés, …

Ce succès heureux est présenté désormais comme la volonté du peuple de plus d’Europe fédérale, de plus de renoncements bienveillants, de moins de réticence devant les dégâts des libertés sans frein de circulation des hommes, des capitaux et des produits, de plus de complaisance vis-à-vis des prélèvements, de moins de rejet des « avancées sociétales ». Seuls les « radicalisés », comme diraient Alain Juppé, ne seraient pas bouleversés d’humanité au spectacle d’une jeunesse triomphante et intelligente qui va tout résoudre dans la fraternité et les images positives.

Le sondage Elabe du jour, un institut qui a été le fer de lance de l’opération médiatique pro Macron, devrait faire réfléchir. Le Président et la Premier Ministre ont une cote de confiance minable, en fait la plus basse depuis le début de la Cinquième République. Bien sûr, le savoir-faire est autre que celui du prédécesseur.  Le nouveau Président fait peu de fautes, ne serait-ce que parce qu’il a vu toutes celles qui ne fallait pas faire.  L’onction de la victoire et de la jeunesse jouera son rôle.

Mais le gouvernement nouveau est de pur affichage et noué de combinaisons politiciennes électoralistes à très court terme. Il faut gagner les prochaines élections législatives. L’énorme canon médiatique est braqué à nouveau sur l’électeur : il faut donner une majorité massive à notre phénomène, que le monde entier nous envie. Ensuite les députés inexpérimentés seront aux ordres et les ministres d’affichage strictement encadrés par la haute fonction publique.

Nous sommes sommés de nous réjouir. Après tout, même un haut fonctionnaire peut être compétent dans la sphère politique ! C’est ce qu’on dit des militaires en Algérie après chaque élection, bidon, qui voit le pouvoir militaire maintenir son emprise sur les institutions et la richesse du pays !

Mais on sait déjà que le champ de l’action publique ne sera pas modifié, que les impôts ne baisseront pratiquement pas, que la soumission à l’Europe et aux Etats-Unis sera totale, et qu’au bout du chemin la vraie menace ne sera pas Mme Le Pen, qui a montré sa nullité, mais l’extrême gauche. Il suffira d’une crise mondiale même légère, et on peut s’attendre à un épisode de moyenne importance dans les 6-18 mois, et d’une hausse des taux d’intérêt, pour que le contre-choc se produise.

Il risque d’être violent. C’est là qu’on pourra juger des capacités de notre nouveau Président. L’Enarchie compassionnelle et sa médiacratie associée risquent alors d’apparaître dans toute la splendeur de ce qu’elles sont : une certaine forme d'évanouissement de la démocratie véritable et une capture illégitime du pouvoir.

Espérons que non. Le pire n’est jamais certain. En attendant, bravo l’artiste ! Cette prise de pouvoir aura été une merveille de pronunciamiento réussi !

Les impôts - Histoire d'une folie française de Jean Marc Daniel

60 ans de matraquage fiscal - Tallandier

Cette histoire des impôts en France durant les dernières soixante années est un passage obligé pour qui veut comprendre l’état de déliquescence du pays. Comment un peuple qui a fait la Révolution pour des raisons principalement fiscales (Les Etats Généraux avaient été convoqués pour augmenter les prélèvements) a-t-il pu, en si peu de temps, accepter que la prédation publique passe de 31% à 45%  du PIB ?  

Cette folie, car il s’agit bien d’une folie comme le titre le suggère et pas seulement pour attirer le chaland, est une des dimensions fondamentales de l’effondrement français. On sait que la stagnation multiséculaire de la Chine provient d’un taux de prélèvement confiscatoire de près de 50% mis en œuvre sans faiblesse par une armée de fonctionnaires. La disparition de la France des radars économiques, avec en prime fuite des capitaux et des Français aisés, et l’achat majoritaire du capital français par des étrangers moins taxés, est une des aberrations  les plus phénoménales de son histoire. Comment en est-on arrivé à un point où tous les histrions des chaînes de télévision publiques, riches à millions, crient tous les jours « Vive l’Impôt » à destination d’un peuple qui n’en peut plus des exactions de l’Etat contre ses biens (avec en prime l’acceptation du squat, la dépénalisation massive du vol  et les  atteintes répétées au droit de propriété) ? Comment se fait-il qu’un pays qui a connu autant d’alternances politiques ait pu continûment s’enfoncer dans ce piège mortel ?

Jean marc Daniel a produit un livre informé et d’une lecture plutôt agréable, compte tenu du sujet.C’est une narration qui n’oublie rien d’important.On y voit des figures particulièrement épouvantables et d’abord celle de Giscard qui aura pendant près de 20 ans enfermé la France dans une taxation délirante. Il a réussi à contourner les réticences du Général de Gaulle qui voulait que l’on ne dépasse pas 35%. Il y a un avant et un après Giscard. C’est lui qui a tout encadré, tout verrouillé.  La TVA et l’impôt sur les plus values sont son œuvre. Plus aucun flux n’échappe aux prédations étatiques. Cela finira en 1981 dans le mépris public de l’homme aux diamants de Bokassa. Non pas que l’affaire eut été d’importance. Mais qui eût pu croire  que les tondus du giscardisme eussent pu pardonner à ce fat et à cet obsédé fiscal, connu pour avoir balancé personnellement des contrôles fiscaux aux personnes qu’ils avaient pu envier ou craindre, des richesses abusives ? C’est le premier d’une liste de Présidents de la République  Française rejetés pour leur agressivité fiscale, le dernier en date étant François Hollande. Le choix des Français de sanctionner les effets des trois grandes récessions (73-74, 92-93, 2008-2009) en confiant les rênes du pouvoir aux socialistes, n’a rien arrangé. Ils ont apporté d’abord la taxation des stocks et pas seulement des flux, puis l’idée d’un transfert direct  et sans vergogne de l’argent des uns dans la poches des autres.  L’impôt ne servait plus à couvrir les besoins régaliens mais à assurer des gratuités intenables, dont la gratuité de la vie à tout âge pour tout individu venant à se trouver sur le territoire. Michel Rocard, avec le rétablissement de l’ISF, l’instauration de la CSG, en même temps que du concept d’une allocation à vie sans réelle contrepartie, est le prototype du foldingue fiscal encensé par les imbéciles. La figure d’Alain Juppé s’impose immédiatement après avec le déplafonnement de l’ISF et son refus de le supprimer, accompagnant la hausse massive de bien des impôts. Il faudra attendre ensuite le sinistre François Hollande et ses idées personnelles sur la fiscalité. Les délires de ses deux premiers budgets resteront dans l’histoire comme la marque d’une hystérie incontrôlable.  

Lauré et Giscard, Rocard, Juppé, Hollande : l’énarchie est d’abord une prédation fiscale. L’Assemblée Nationale  ne devrait pas être composée majoritairement de personnes dont la rémunération et le cadre de vie dépendent des impôts qu’ils votent, à l’initiative de présidents issus de la haute administration !   

En mettant en œuvre la décentralisation, l’énarchie a ouvert un champ nouveau d’emplois publics ; l’Europe a été une nouvelle aubaine. L’emploi associatif, moins cher que l’emploi public, a permis d’étendre le domaine financé par l’Etat.  Tout cela représente des millions d’emplois à productivité très faible, financés par des impôts sur les emplois à productivité forte et créant le double de chômeurs depuis 1974 : 3 millions d’emplois créés  financés par l’Etat ; 6 millions de chômeurs, indemnisés par la dépense publique. Merci l’Enarchie !

Si la narration de J.M. Daniel est sans faute, elle souffre sans doute d’un manque d’explications analytiques.

La notion de prélèvements est beaucoup plus trompeuse qu’il ne le dit. Nous rappelons toujours la parabole de l’esquimau lors que nous abordons ces sujets. Un esquimau sur la banquise pêche un poisson. PIB compté par l’Insee de la banquise : 1 poisson. Un type avec un fusil prend le poisson en disant : je te protège des ours blancs. La même Insee dit : production (de sécurité) de l’Etat : 1 poisson. PIB total : 2 poissons. Taux de prélèvements : ½ = 50%.  On se rend compte qu’un taux de 44 ou 45%, que nous vivons grâce à Hollande,  est une quasi-prédation totale de l’économie marchande. Il suffit de prendre les valeurs absolues de la valeur ajoutée du secteur marchand et des dépenses publiques  pour comprendre le problème : environ 1.250 milliards d’euros pour la dépense (probablement nettement plus en 2017) et 1.200 milliards d’euros pour la valeur ajoutée marchande. En France, l’Etat dépense plus que ce que le secteur privé marchand ne produit !

De même il oublie un phénomène fondamental : si la fiscalité est globalement progressive, le trend de croissance conduit automatiquement à une aggravation de la pression fiscale. Les pays agressivement  progressifs dans leur fiscalité ont connu cette mésaventure : plusieurs décennies de croissance rapide ont conduit à l’étouffement fiscal du pays et il a fallu rétropédaler avec force.  La Suède, le Canada, le Royaume uni, la Nouvelle Zélande ont su stopper cette folie et faire machine arrière.

Le rôle des trois grandes récessions est aussi dirimant : C’est à la suite de chacune d’entre elle que les gouvernements se sont retrouvés dans d’énormes déficits qu’ils ont cherché à compenser d’abord et presqu’exclusivement par l’impôt. Les grands coupables sont ceux des gouvernants qui, en période de vaches grasses et de haute conjoncture internationale, ont fait le pari d’aggraver encore la fiscalité, alors que la progressivité s’appliquant à des impôts aggravés, les recettes prenaient l’ascenseur quand la production prenait l’escalier ! Rocard et Jospin, et dans une moindre mesure Hollande, seront les principaux criminels, Rocard étant largement le roi de cette triplette tragique.

Bien sûr, tout le monde a compris qu’on était allé beaucoup trop loin en matière fiscale. Comme nous l’avons démontré ici à de multiple reprise, des milliers de Français paient plus de 100% de leur revenu en impôts ce qui est une violation du pacte républicain. Comme J. P. Robin, au Figaro, le rappelait récemment, la fortune des Français installés à l’étranger est désormais très supérieure à la fortune des Français restés au pays !

L’étouffement fiscal est tel que depuis la crise de 92 et la montée à des hauteurs insupportables du chômage, beaucoup de voix considèrent qu’il faut mettre fin à l’exception française qui a mis l’essentiel des prélèvements sous forme de charges salariales. Mais au niveau de prédation atteint, cela signifie une fiscalité coercitive sur les particuliers et la fin du consentement à l’impôt.

La démagogie électoraliste fait qu’on achète le vote des masses électorales par des mesures ciblées. L’Enarchie qui voyait ses positions de plus en plus vulnérables, a décidé de réagir en portant sur le pavois Emmanuel Macron, après avoir piégé François Fillon qui menaçait directement son pouvoir.  On sait que les deux mesures du président désormais élu sont la suppression de la Taxe d’habitation pour 80% des citoyens, (52% des dits ne paient pas l’impôts sur le revenu, 90% ne paient pas l’ISF)  et la hausse de 1.7% de la CSG pour donner un supplément de rémunération aux actifs du secteur privé, tout en faisant passer le taux marginal d’imposition à près de 70% !

Bientôt il y aura deux France : celles qui paient quasiment tous les impôts et prélèvements et qui n’a droit à rien (car on veut, en plus, lui faire payer les services gratuits pour les autres), et les autres Smicards et RMISTES, ou intermittents du travail.  

Jean Marc Daniel remarque justement  que la signification de l’impôt est perdue. La discussion fiscale se traduit désormais en terme électoral par : arrachons notre train de vie dans le portefeuille des autres, tant qu'il y reste aulque chose.   

Il rappelle que toutes les institutions internationales mondiales comme le FMI ou européenne comme l’OCDE ou la Commission pressent la France de faire la seule réforme utile : baisser massivement la dépense publique.  Comme cettl'annoncer a été liquidé électoralement en moins de deux.

Il y a désormais 16 millions de retraités, près de 6 millions de chômeurs, près de 6 millions de fonctionnaires, deux millions de personnes qui vivent de la charité publique et des allocations sans même chercher du travail, quelques centaines de milliers de malades et d’handicapés…

30 millions de vies accrochées aux impôts pour 15 millions de salariés du secteur privé ! Equation insoluble !  Il faut désormais ajouter ceux qui, au travail,  reçoivent un complément de rémunérations versé directement par l’Etat (prime pour l’emploi etc.) !

Le coup d’état des Enarques qui vient de propulser à la Présidence un Inspecteur des Finances, ne permet pas d’envisager une baisse de la frénésie fiscale, sauf pour les rémunérations de la haute finance. On parle désormais ouvertement d’un nouvel impôt européen et d’un nouvel impôt destiné aux collectivités locales  (après la suppression de la taxe d’habitation pour 80% des citoyens). Le principe de la taxation identique pour les revenus du travail et du capital n’est pas remis en cause, pas plus que la surtaxation de l’immobilier qui fait perdre tout intérêt à l’investissement locatif et pénalise les familles nombreuses.  L’enflure sans limite des dépenses médicales « gratuites » dans un contexte de vieillissement accéléré de la population n’est pas près de s’arrêter après la crise de nerf nationale autour des annonces de François Fillon sur la Sécurité Sociale. Qu’importe qu’il n’y ait plus de médecins ni de production nationale de médicament, et que le parc hospitalier public se clochardise de plus en plus.

L’annonce d’une baisse de 120 milliards d’euros  par le mouvement En marche, à la Saint Glinglin, est un enfumage. L’Enarchie n’a pas voulu qu’on touche aux effectifs publics qu’elle dirige en propre, ni à son statut. Elle ne prendra que des mesures cosmétiques qui ne remettent pas en cause ses privilèges tout en essayant d’éviter de tuer la bête qui la nourrit. C’est une stratégie parasitaire logique.

Cette caste énarchique et la folie fiscale française qu’elle organise depuis 60 ans, sont bien une des causes essentielles de la déchéance française.

Cela va durer.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

 

Jean Marc Daniel - Les Impôts- Histoire d’une folie française. Soixante ans de matraquage fiscal -  Taillandier - ISBM  979-10-210-2055-9

Premier bilan des présidentielles

Au terme de ces élections présidentielles.  J.P. Chevènement, à gauche,  et,  à droite, H. Guaino dressent un constat de carence.  

L'un et l'autre considèrent qu'il aurait fallu partir d'une analyse globale de l'état du monde et spéciale de l'état européen avant d'annoncer une proposition pour la France, ce qui est logique tant est grande l'imbrication de la France dans les processus mondiaux de mouvements de personnes, de capitaux et de marchandises.  L’analyse n’a pas été faite.  Du moins, on n’a pas présenté aux Français  ni les menaces ni les opportunités qui auraient pu expliquer un programme d’action construit et cohérent.

La campagne d’entre les deux tours a été uniquement une campagne d’image basée sur l’émotion : La France « patriote » contre les vilains  étrangers, d’un côté ; La France « anti fasciste » de l’autre, mobilisée contre les vilains antisémites et les vilains xénophobes. M. Macron a été élu par défaut, les carences de Mme Le Pen étant devenues criantes pendant le débat,  et l’ayant exclue de l’espoir même de l’élection. Il s’est contenté de crier : « Hou la vilaine », d’un côté et : « Vive l’Europe, vive la mondialisation, vive tout et tous,  et youpi nous y arriverons ! » de l’autre.  Mais il n’a pas propos é aucune analyse de la situation mondiale, aucune réflexion sur la situation européenne, aucune solution concrète d’importance (mais un flot de micro mesures), seulement des intentions, d’autant moins attaquables qu’elles étaient plus floues. On est certes « en marche » mais surtout en lévitation.

Il va de soi que dès que le nouveau président devra sortir de l’ambiguïté, les difficultés s’accumuleront.  On le voit déjà sur l’Europe. Il veut une Europe « protectrice » avec un Small Business Act à l’européenne, qui réserve aux entreprises européennes les marchés publics. Juncker répond platement non. Macron ne veut pas faire de collectif budgétaire. Moscovici répond : « les objectifs sur lesquels la France s’est engagée sont tenables ». Sous entendu : faites ce qu’il faut pour cela même si Sapin et Eckert ont plombé les comptes avant de partir. Se faire adouber par les militants au son de l’Hymne à la Joie  et jouer les Kennedy la main sur le cœur pendant l’hymne national, joué en second, est une chose. Convaincre les Européens de changer de cap en est une autre.  Il n’a jamais dit comment il s’y prendrait.  Mme Merkel considère que les Allemands seront compétitifs en toutes circonstances, donc la notion de « protection » lui est non seulement étrangère mais odieuse. On peut tenter de lui tenir tête en affirmant : « méditez les résultats : le rejet de l’Europe et de l’Allemagne est là. Ne jouez pas avec le feu électoral ». La démarche est à la fois humiliante et inefficace : « les Français tiennent à leur épargne et ne veulent pas sortir de l’Euro. Appliquez les traités et cela ira bien comme cela », répliquera Merkel.

Certes le nouveau président  va essayer de faire passer par ordonnance une loi Macron 3 directement inspirée par Bruxelles pour preuve de sa bonne volonté européenne.  Outre qu’il n’est pas sûr d’avoir une majorité pour cela, rien ne laisse penser que cela suffira pour fléchir qui que ce soit en Europe.

Sans doute le projet était d’être élu et de régner plus que de diriger.  Après tout s’il ne trouve pas d’assemblée pour soutenir sa politique,  il aura une excuse de n’avoir rien fait de son programme.

Mais même s’il la trouve, faute d’une évaluation réaliste du rapport des forces, rien ne dit que l’action puisse déboucher. 

Chevènement et Guaino pourront affirmer qu’ils l’avaient bien dit. Leur faiblesse commune : ils veulent absolument voir dans les formes actuelles du capitalisme et la fracture entre pays pauvres et pays riches la source principale des difficultés. Ce diagnostic  est en grande partie faux, comme nous avons essayé de le prouver dans vingt articles sur ce blog. Il les met dans l’incapacité de proposer une véritable alternative.

Leur idée commune est, qu’en Europe, le rattrapage des anciens pays de l'Est se fait par abandon de la classe moyenne des pays riches. Dans le monde, le rattrapage de la Chine, de l'Inde et de quelques autres,  se fait par la désindustrialisation générale de l'Occident. Partout, l'"uberification" de l'économie entraînerait des conséquences de masses sur les "exclus", la modernité ne s'installant que dans les grandes villes.

L’un et l’autre ne voient aucune solution réelle dans la liberté totale des mouvements de personnes, de capitaux et de marchandises, mais ont la même difficulté à définir ce qu’il faudrait faire.  Ce refus d’installer des libertés fondamentales dans des cadres non nationaux, où les Etats sont en guerre plus ou moins larvée les uns contre les autres, ne fournit aucune clé sur la nature des restrictions à mettre en place ni sur leurs effets potentiels.  Avec l’un comme avec l’autre, on voit la critique et on voit l’espoir : ne plus sombrer dans les politiques « contractionnistes » coûteuses en emplois.  Mais on ne voit pas les moyens.

En vérité les rattrapages des pays libérés du socialisme auraient pu et du se faire par croissance homothétique et non substitutive, ce qui aurait été possible en imposant le respect des équilibres de balances de paiements.  Ce que ne voient ni les tenants du nouveau président ni leurs contempteurs  peut se résumer ainsi :

-          L’Europe est coupable parce que son organisation économique renforce des déséquilibres internes et externes intenables

-          Le système mondial est coupable parce qu’il installe une « économie baudruche », instable et explosive, basée sur les déséquilibres immenses et destructeurs qui n’enrichissent que quelques gagnants (pourvu qu’ils soient sauvés périodiquement par les Etats).

-          La France est coupable parce qu’elle a réagi aux crises par l’installation d’un socialisme fiscal destructeur, l’exaltation de la dépense et de l’emploi  publics, la destruction des relations du travail et un « sociétalisme » à la fois individualiste et multiculturel, importé des Etats-Unis, destructeur des solidarités nationales élémentaires et de la liberté d’expression.  

Les solutions sont à la fois globales et ponctuelles. Les dysfonctionnements globaux et européens peuvent être corrigés par une meilleure organisation et un autre état d’esprit, basé sur la coopération.  Les difficultés liées à l’exercice non contrôlée de libertés peuvent être réglées par des mesures ad hoc et ponctuelles, mais qui ne remettent pas le principe même des libertés individuelles.

Ce qu’on aurait  aimé entendre des candidats à la présidentielle et désormais de ceux aux législatives, c’est justement cela :

-          Que la crise n’est pas structurelle mais liée à des défauts que l’on peut corriger, aussi bien en Europe que dans le monde.

-          Que la France peut faire mieux que de sombrer dans le multiculturalisme, le « sociétalisme », l’étatisme, le socialisme fiscal et le « politiquement correct » à l’américaine.  

-          Que les excès ponctuels peuvent être jugulés par des mesures au moins transitoires.

-          Que la bonne séquence est : redressement français, puis correction européenne puis correction mondiale.

-          Que cette politique, même avec sa dimension diplomatique délicate, est parfaitement jouable.

Cela aurait mieux valu que de dépasser le point Godwin en trente secondes et de s’envoyer à la figure Oradour sur Glane, d’un côté, et, de l’autre, l’hypothèse d’une « psychopathie pédérastique refoulée d’un gamin violé adolescent par un prof disposant de l’autorité »,  psychopathie dont les conséquences comportementales seraient hyper dangereuses. Ce type de campagne fait frémir sur le niveau politique où sont descendus les Français sous l’effet  de la « crise », de l’effondrement vulgaire des médias (la médiocratosphère bananière), des mauvais coups politiciens et des impostures diverses.   

On peut craindre que le solde de la campagne présidentielle, les Législatives, n’apportent que de la confusion supplémentaire et aucune vraie espérance.

L’Euro : le mistigri de la campagne présidentielle

Qui l’eût cru ? La campagne a basculé sur une question technique monétaire. Tous les commentateurs et les hommes politiques l’avaient répété à l’envi : marre de l’économie et de l’économisme. On n’élit pas un roi républicain sur une question ménagère. Surtout ne pas parler du quinquennat désastreux, notamment ses deux premières années, de F. Hollande. Déplorer le chômage à chaudes larmes, surtout quand il augmente de plusieurs dizaines de milliers d’unités la semaine décisive de la campagne. Mais s’élever au-dessus de ces tristes contingences. Oublier aussi la dette !

Et voilà que M. Dupont Aignan rejoint Mme Le Pen et qu’il demande qu’on revienne sur la sortie de l’Euro, article pivot du plan de la candidate pour sortir du marasme. Il est vrai que les Français (les journalistes disent : les retraités, cela fait plus jeunes, car on sait que la jeunesse n’a peur de rien) avaient la crainte de l’exemple grec : la BCE perdant confiance dans les banques françaises et ne les alimentant, après une fuite des capitaux hors de France, qu’à hauteur de quelques dizaines d’euros par jour et par déposants.

Il fallait donc que la candidate s’explique sur les méfaits de l’euro et les moyens de les juguler sans sortir de l’euro tout en en sortant. Un chewing-gum politique et économique assez difficile à mâcher en public qui a naturellement fait la joie de son adversaire qui, lui, pouvait, selon sa technique de positivité européenne assumée, s’exonérer de toute réflexion sur le sujet.

On a vu le résultat lors de la crise d'épilepsie mutuelle qu’on a appelé « débat », entre les deux candidats sélectionnés lors du premier tour de l’élection censément présidentielle.

Le plus consternant tient tout entier dans le fait que cette question est effectivement fondamentale et que l’indigence des deux clowns tristes dont on parle n’a pas permis qu’on l’aborde comme il aurait fallu.

L’organisation de la zone Euro est effectivement dysfonctionnelle. Elle doit être absolument corrigée si on ne veut pas que tout explose un jour ou l’autre au détriment de tous. Le fonctionnement actuel pèse effectivement lourdement sur la situation économique de la France.

L’indigence du débat et la malignité des combattants n’ont pas permis de comprendre pourquoi ni d’envisager les options qui s’offraient. Le nihilisme du combat de rue l’a emporté sur une réflexion qui est très nécessaire et qui va se révéler pendant les années qui viennent une des clés d’analyse des difficultés qui s’annoncent.

Mme Le Pen a raison : l’Euro pose problème. M. Macron aurait été bien venu de le reconnaître. Elle n’a pas su dire pourquoi. Il n’a pas cru devoir dire pourquoi. La méconnaissance et la tactique politicienne ont étouffé la vérité.

Le traité de Maastricht a mis la charrue avant les bœufs, et les bœufs ont démoli la charrue. Créer une monnaie unique avec comme seul garde-fou deux règles ne concernant que les États (3 % de déficit et 60 % de dette publique par rapport au PIB) était se lancer dans un pari impossible. Le faire alors que le système mondial est fondé sur les changes flottants et l’absence de coopération institutionnelle en matière d’échange et de monnaie, était un autre pari. Ces deux paris ont été perdus.

Le système mondial s’est étouffé en 2007 et a sauté en 2008. La crise européenne a suivi, avec pour conséquence le traité « Merkozy », toujours en activité et une ambiance déflationniste pesante jusqu’à l’insupportable, avec une extension drastique du contrôle européen sur les systèmes bancaires et les budgets. Il est clair que pour beaucoup de pays, la double peine est sévère : perte de souveraineté et perte de prospérité, sous la férule de la Commission Européenne et de la BCE.

Il n’y a qu’Emmanuel Macron pour feindre de croire que tout cela n’a pas d’importance et que « l’euro nous protège ». On sait que sa solution est un nouveau saut dans le fédéralisme absolu. Créer un gouvernement véritablement européen avec un budget européen et une répartition des mannes par le Parlement européen vers les régions des anciens états souverains européens, voilà la solution. C’est celle des milieux européistes et de certains groupes de pression dominants dans les sphères dirigeantes. Ceux qui ont créé l’Euro avec le traité de Maastricht le savaient bien : on créait un truc bancal mais il permettrait de détruire finalement la résistance des nations en rendant nécessaire un nouveau pas dans l’intégration politique. Ce calcul a été vu et dénoncé. L’affaire s’est jouée à peu. Dès 2005, les peuples ont commencé à dire NON, notamment celui de la France qui a refusé la pseudo-constitution européenne.

L’Euro est donc une affaire d’abord politique avant d’être économique. C’était le levier pour aller vers le fédéralisme européen alors que personne n’en voulait vraiment.

Mais c’est aussi une réalité économique particulièrement vicieuse. Une monnaie unique pluri nationale ne peut fonctionner que si les économies restent en équilibre chacune vis-à-vis de l’autre. Dans des régimes où les États ont pris une place déraisonnable de la dépense, la microéconomie ne donne aucune garantie que cette harmonie se produira ou se maintiendra, même si les États renoncent aux gros déficits budgétaires et à l’endettement massif. Supprimer tous les obstacles à la libre circulation des personnes, des produits et des capitaux ne pouvait suffire. Le croire est d’une grande naïveté. Refuser d’organiser ces trois libertés et sanctionner toutes les tentatives partielles en ce sens ne pouvait qu’aggraver la situation : « non seulement cela ne marche pas mais on ne peut rien faire ». Défaillance et impuissance sont les mamelles de la colère des peuples.

La question était déjà rendue difficile par l’intégration dans l’Union de pays soumis au joug socialiste pendant des décennies et en très gros retard économique. Elle st devenue insoluble dès le départ quand on a vu les deux États principaux, L’Allemagne et la France, choisir deux voies totalement incompatibles. Le plan Jospin d’étouffement des relations sociales et de passage aux trente-cinq heures était rigoureusement contradictoire avec le plan Schroeder de compétitivité renforcée.

Le résultat n’a pas tardé : il n’y a eu aucune convergence des économies et le développement d’un excédent phénoménal en Allemagne et d’un déficit phénoménal en France.

Lorsqu’un pays est victime d’une attaque mercantiliste après avoir étouffé son économie par des mesures politiciennes démagogiques et déplorables, les conséquences sont évidentes :

-          Des centaines de milliards de capitaux sont aspirées hors du pays déficitaire et le plongent dans la déflation et la dette. Donc dans les pressions salariales, le sous-investissement, et le chômage.

-          Des centaines de milliards aboutissent dans les caisses du pays mercantiliste qui ne sait rien en faire en local puisqu’il est déjà sur compétitif. Alors il le prête, et se lance dans des spéculations dangereuses. Au premier revers conjoncturel ces banques se trouvent très mal. Le système bancaire allemand est en ruine. Réciproquement les pays emprunteurs se trouvent dans l’impossibilité de rembourser. Voir le cas Grec.

Les pays en faillite sont obligés de se retourner vers le pays dominant pour quémander « une petite seconde M. le bourreau ». Il y met des conditions. Et on a le traité Merkozy et une ambiance contractionnisme délétère.

Bien sûr les banquiers, façon Macron, peuvent faire des produits gigantesques en faisant circuler les excédents vers les pays déficitaires, et en jouant sur les peurs qui provoquent des mouvements de capitaux moutonniers et finalement captifs.

Affirmer qu’on va faire ce qu’il faut en interne comme dans le plan Fillon et dans une moindre mesure dans le plan Macron laisse entendre que la solution est toujours dans le pays déficitaire. Ce qui est faux.

La vraie solution est de rétablir les équilibres. Cela ne peut se faire qu’à deux conditions :

-          Des mécanismes institutionnels qui poussent à la convergence

-          Une gestion commune de la convergence qui ne dépend ni des trois libertés ni des deux seules conditions de gestion publique du traité de Maastricht.

Il appartenait aux deux candidats de s’appuyer sur ces deux réalités.

Emmanuel Macron n’en a rien fait pour masquer son tropisme européiste. Sortir d’une certaine ambiguïté aurait été dangereux pour son élection.

Marine le Pen n’avait pas la compétence pour comprendre et exprimer clairement les alternatives.

Le silence est désormais retombé sur la question de l’Euro. Et pourtant elle continue de se poser et pèsera lourd dans les prochaines années. M. Trump a décidé d'attaquer l’Allemagne sur ses excédents en s’appuyant sur la législation TFTEA passée par Obama. L’Allemagne se cache derrière l’Euro. La situation est intenable au sein même du camp occidental. Quant à la France elle n’atteindra pas 8 millions de chômeurs sans casse politique définitive. Et rien ne dit que dans les 18 mois qui viennent il n’y aura pas un nouveau ressac économique international.

L’Euro et ses dysfonctionnements sont un sparadrap collant dont on ne se débarrassera pas comme cela.

Sottise et dissimulation ne sont pas une solution. Une fois de plus : attention à la colère des peuples.

Didier Dufau pour le Cercle des Économistes E-toile

Un débat présidentiel ? Vraiment ?

Les vraies causes de l'asthénie française

et leur ignorance par les candidats

Alors que la campagne électorale française pour la présidence de la République entre dans sa phase hystérique, il n’est pas mauvais de rappeler les causes de l’asthénie française et la distance abyssale qui sépare les programmes des candidats des réalités qui comptent. La complexité est plus apparente que réelle dans le diagnostic, la difficulté se trouvant dans la capacité de bâtir une solution qui échappe largement au cadre national. Il est normal dans ces conditions que les arguments de campagne fuient devant un constat qui les présenterait largement comme des impuissants. Il l’est moins, en revanche, que les mesures proposées, tournent le dos aux nécessités, pour se contenter d’un électoralisme débilitant ou pour s’assurer le service de lobbies qui les servent par intérêt.

Le cœur du réacteur est le fait désormais acté et illustré par le FMI que depuis 1971 le taux de croissance n’a cessé de décroître au point que, de crises gravissimes en crises gravissimes, l’ensemble du monde en soit arrivé à une quasi-stagnation. Notre explication du phénomène, tel que présenté dans notre livre, L’Étrange Désastre, met en avant le rôle de l’abandon des disciplines de Bretton Woods, l’acceptation de phénomènes de domination avec les énormes déficits et excédents qui les accompagnent, le tout aggravé par l’instabilité créée par les changes flottants. La mondialisation déséquilibrée et spéculative n’assure plus que l’échange se fasse travail contra travail. Les conséquences sur la structure et le niveau de l’emploi sont désastreuses en même temps que s’installe une « économie baudruche » explosive, qui ne sert qu’une minorité d’intérêts installés aux carrefours des mouvements financiers.

La solution n’est pas compliquée en principe mais difficile diplomatiquement : il faut sanctionner les grands déficits et les grands excédents et le plus possible stabiliser les monnaies et les changes. Le moyen le plus léger est de créer une sanction automatique de ces grands déséquilibres, à charge pour les États de les maîtriser, tout en respectant au mieux les règles nécessaires de la microéconomie et le bienfait des échanges.

Pour une nation donnée, le défi est d’importance : elle n’a en général pas le quantum d’action nécessaire pour provoquer les changements nécessaires. Il lui faut s’engager dans une « diplomatie de la prospérité » dont elle n’a ni l’habitude ni les certitudes intellectuelles, les dirigeants ne comprenant généralement pas « de quoi on cause » et n’étant pas servis par des économistes le plus souvent rendus serviles par les besoins de leurs carrières officielles, ou perdus dans leurs appartenances idéologiques. La crédibilité de l’action internationale d’une nation est corrélée à sa performance économique et sociale, à sa vitalité intellectuelle et sa maîtrise des grands sujets du temps. Il lui faut aussi avoir des alliés et une tradition d’influence. Autant dire qu’une nation qui est totalement dans les choux n’a aucun rôle utile à jouer. Et si ses structures, ses dirigeants, son président, n’a aucune idée directrice pertinente, la carence est totale.

La Communauté Économique Européenne n’a pas su réagir utilement au défi de l’explosion des Accords de Bretton Woods. Dès la fin des années soixante, elle a envisagé qu’une Union Économique et Monétaire lui permettrait de résister aux désordres que créait la volonté américaine de dominer le monde par l’emploi déraisonnable du dollar et une pratique non collaborative. D’échecs en échecs, elle a fini par se rallier à l’idée d’une monnaie unique, mais sans créer les conditions d’organisation nécessaires à son bon fonctionnement. Soumise aux conséquences des crises globales, elle a fini par sombrer dans le « contractionnisme » délirant, dénoncé inlassablement lors de la conférence de Bretton Woods comme le contraire absolu de ce qu’il fallait faire. Le résultat se lit dans le chômage de masse dans une partie de l’Europe et l’énormité des déséquilibres internes de la zone. De facto, l’organisation de l’Union Européenne, surtout depuis son élargissement qui pose des difficultés décisionnelles insurmontables, et celle la zone Euro, totalement dysfonctionnelle, exigent des corrections profondes et rapides qui là encore se heurtent aux difficultés intrinsèques d’une diplomatie.

Naturellement si le pays qui cherche à mener cette diplomatie n’a aucune vision de ce qu’il faut faire et se trouve dans le trente-sixième dessous, faute d’avoir essayé de gérer au mieux la situation, ses chances de se faire entendre sont quasi nulles.

Pour nous, la solution est exactement la même qu’à l’échelon mondial : il faut proscrire les grands excédents et les grands déficits, et rendre la sanction de leur apparition quasi automatique afin que les états concernés prennent spontanément les décisions d’ajustement nécessaires. Il est indispensable que les principes d’une solution mondiale et ceux d’une solution européenne soient exactement les mêmes. On ne peut pas, pour un économiste, défendre un concept différent pour le tout et la partie. Cette incohérence est mortelle pour la crédibilité. Il faut donc aboutir de façon urgente à des mécanismes européens automatiques de sanction des grands déficits et des grands excédents, afin de mettre fin à des exercices déflationnistes destructeurs et sans issue, tout en respectant les libertés économiques fondamentales.

La France pour sa part a réagi de la façon la plus stupide au choc de l'explosion des Accords coopératifs de Bretton Woods. À chaque récession elle a fait venir au pouvoir des socialistes qui ont aggravé les conséquences de la crise en étouffant l’économie et ruinant l’État et les Français. Le désastre du Programme Commun de Gouvernement rendu possible par la victoire du pervers narcissique Mitterrand, un pourrisseur impénitent, a fait décrocher la France qui rattrapait les États-Unis depuis 1950. La crise de 92-93 a fait venir Jospin qui a étouffé les relations sociales tout en asphyxiant l’économie avec les trente-cinq heures. La crise de 2008-2009 a fait venir le sinistre gouvernement Hollande qui a poussé l’incompétence jusqu’à des sommets de l’hystérie fiscale et détruit toutes les capacités d’investissement privées nationales, vendant les entreprises françaises à l’encan et faisant fuir des centaines de milliers de familles. Le rétropédalage final n’a fait que détruire son assise électorale sans permettre un vrai et durable redressement.

Du coup quelles sont les chances d’un pays ainsi maltraité de se redresser et de conduire une diplomatie de la prospérité ?

Les résultats sont tellement déplorables avec en prime une baisse de la natalité qui nous ramène aux années trente, que la révolte gronde et se traduit à la fois par l’émergence du Mélenchonisme et la dynamique du Front national, deux mouvements antimondialisation et antieuropéen.

Les trois libertés de circulation des personnes, des capitaux et des produits sont remises en cause radicalement faut d’avoir été organisée de façon appropriée et faute d’avoir corrigé à temps les dysfonctionnements globaux et européens.

Mme Le Pen n’a aucun avis sur lesdits dysfonctionnements. Elle fait simplement chauffer les mauvais sentiments mais sans débouchés pratiques autres que son succès électoral. Elle capitalise dans tous les milieux touchés par le chômage, la perte d’identité nationale, les impôts confiscatoires, le surendettement, et la peur du déclassement ou son expérience. Cela fait du monde. Son défi est de faire apparaître une cohérence économique et diplomatique pour parvenir aux 50 %. Le propos de son électorat et plutôt d’affirmer aux autorités nationales, européennes et mondiales que cela suffit comme cela et qu’ils ne marchent plus dans la combine. En faisant courir un frisson dans le dos des dirigeants européens et de la petite élite qui les sert, il espère qu’ils changent et prennent en compte leur révolte. C’est d’ailleurs le seul rôle positif de Mélenchon et Le Pen. L’avertissement sans frais avant le vrai chaos.

M. Macron, lui incarne le rejet d’un affrontement droite gauche qui depuis 1971 n’a conduit qu’à des surenchères, des concessions aux radicaux et à l’impossibilité de solutions raisonnables. Mais le vide intersidéral de son discours commence à faire tache.

- Il n’a produit aucun diagnostic de la situation

- Il chante, voir hurle, façon cabrette, vive l’Europe, vive la Mondialisation, vive la Finance, vive tout et tous, et surtout vive moi. Ce qui est tout de même un peu court.

- Il n’a élaboré aucune grande orientation de solution et donne l'impressionne « couvrir » tous les défauts de la mondialisation financière et du contractionnisme européen, avec des changements tellement marginaux qu’ils ne peuvent pas rassurer ceux qui voient leur déclassement, celui de leur village, de leur région et de leur pays.

Son programme est un mélange de reprises de toutes les démagogies du passé (comme la détaxation des heures supplémentaires et l’extension de la gratuité des soins) avec quelques achats de votes nouveaux (l’exonération e 80 % de payeurs de la taxe d’habitation, le transfert de l’argent des retraités aux travailleurs), baignant dans un discours évaporé, et coulant de bons sentiments. Tel quel il n’a aucune chance de changer la situation française et ne peut que l’aggraver, sauf pour une toute petite minorité dont il est le factotum empressé et intéressé.

Il n’a défini aucun élément d’une diplomatie de la prospérité.

Il a compris qu’il pouvait être élu sans tout cela.

Sans doute a-t-il également compris qu’un Président de la République, aussi gavé de pouvoirs soit-il, n’a pas celui de changer réellement les choses et que le destin individuel est un objectif plus abordable que celui de la nation, de l'Europe et du monde. Et qu’il durera au baratin avec l’aide des médias.

Est-il temps pour lui et dans la seconde phase de la campagne puis dans le cadre des élections législatives de faire l’effort d’insérer les vrais problèmes et les vraies solutions dans son projet ? Et en a-t-il la volonté, alors que cela ne semble pas nécessaire au succès de sa petite aventure personnelle ?

Présidentielles : un vote modéré, mais...

Les risques plus prégnants que les chances

Une fois retombée les scories passionnelles de la campagne, le tableau que révèlent les résultats est celui d’une France majoritairement modérée, dont toute la façade ouest traditionnellement chrétienne-démocrate a glissé du socialisme au centrisme, et dont l’Est est un peu perdu entre des influences contradictoires mais plutôt droitières. L’immigration est passée avec armes et bagages chez Mélenchon.

Les Français ont mis fin aux alternances UMP-PS, qui devenaient de plus en plus caricaturales, l’UMP se calquant sur le Front national et le PS sur son extrême gauche et finissant totalement divisés en internes en clans farouches, les primaires éliminant les chefs « naturels » et achevant de diviser leur camp.

Les partis de gouvernements sont devenus des gouvernements partis.

Ils espèrent se reconstituer aux législatives. Pour le PS, la division est insurmontable. Pour les Républicains, on peut craindre que le fait de battre sa coulpe sans dignité sur la personne de François Fillon, vae victis, n’entraîne pas les effets de mobilisation escomptés. Mme Dati, Mme Morano, M. Woerth, M. Estrosi, M. Apparu, M. Wauquiez ou M. Fenech, qui étalent leurs sentiments d’aigre contemption, n’ont très exactement aucun attrait électoral pour personne. Au PS comme à LR, on joue dans la cour des petits qui croient qu’ils ont de l’importance. Les seconds canifs se prennent pour les premiers couteaux.

L’énorme couverture médiatique offerte aux petits candidats n’a servi qu’à mesurer l’inanité de leur campagne. M. Dupont Aignan voulait se faire rembourser ses frais de campagne. C’est raté. Il voulait faire battre Fillon, c’est gagné. Amère victoire.

La remise en cause de l’Europe n’a pas fonctionné en dépit d’une majorité de candidats anti européen. Ce clivage n’a pas été déterminant même si l’attrait européen est désormais plus que fané. Les Français n’ont pas voulu ajouter une crise européenne à leurs malheurs. Ils ont bien fait.

Ils n’ont pas voulu d’une crise institutionnelle. Ils sont attachés à la Ve République et veulent croire que les partis modérés sauront s’entendre pour faire face aux différents enjeux, en se concentrant plus sur les solutions que sur ce qui les divise.

Pour le reste, tout est à craindre.

Certaines options programmatiques de M. Macron sont franchement détestables.

Il fallait laisser en paix la CSG et augmenter la TVA.

Il fallait supprimer totalement l’ISF.

Il faudrait renoncer à l’exonération de 80 % des ménages de la taxe d’habitation.

Il faudrait abandonner l’idée des heures supplémentaires détaxées et déchargées.

Vouloir creuser le gouffre entre une France qui majoritairement ne paie pas d’impôts ni de charges et une France accablée d’impôts est sans doute bon pour le résultat électoral mais il s’agit d’une démagogie primaire qui a depuis longtemps des conséquences déplorables et cela continuera. Privilégier les fortunes mobilières assises sur les bulles et les montages financiers et fiscaux est la garantie que les réformes financières de fond ne seront pas faites.

Ces mesures qui rappellent le début calamiteux du mandat de M. Hollande ne peuvent pas être positives. Elles finiront de faire fuir totalement les classes aisées qui sont au cœur de plusieurs mécanismes utiles au pays : attractivité, dynamisme, créativité, joie de la réussite, initiatives culturelles non publiques, vitalité associative, force des efforts caritatifs…

Une des difficultés du système constitutionnel français, basé sur une hyperpuissance, sans doute déraisonnable du président, est l'émergence de travers graves dans l’exercice du pouvoir gouvernemental :

-          La tendance au bavardage plutôt qu’à l’action

-          Le poids excessif donné à la communication et aux médias dont on a vu qu’ils jouaient leur rôle propre, c’est-à-dire sale, dans la vie politique. S’il s’agit uniquement de gérer de l’image, les idées n’ont plus d’importance.

-          L’hyper-législation émotionnelle avec des textes trop nombreux, trop longs, trop mal rédigés et le plus souvent inapplicables.

-          L’évacuation de tous les sujets qui demandent des diagnostics lourds et difficiles pour un court termine déplorable.

-          L’anéantissement de la justice au profit de campagnes douteuses lancées par des forces presque toujours abusives.

-          Le poids démesuré de la haute fonction publique qui entend régenter un pays qui dépense de plus en plus.

-          Les coups d’éclats à l’extérieur et l’inaction à l’intérieur

C’est comme cela que depuis 40 ans on évacue la question fondamentale de la baisse constante de la croissance et de la poussée de la dette et du chômage.

C’est comme cela qu’on évacue constamment la réflexion sur les principes mêmes qui doivent diriger la construction de l’espace européen, notamment depuis la libération des anciens Pays de l’Est soviétiques.

C’est comme cela qu’on refuse depuis toujours de régler au fond la question d’une immigration islamique intolérante et de l’«affirmative action » arrogante des minorités arabes devenues majorités dans certains quartiers.

C’est comme cela qu’on refuse de voir l’acculturation croissante des Français du fait de l’emprise du show-business anglo-saxon.

Dans tous ces domaines une solution efficace exigerait une longue et lourde concertation avant toute décision. La tendance est de préférer les coups non préparés et les reculades précipitées, avec pour contre coup des élections ratées et pourries par la montée des extrêmes.

On aurait aimé que la catharsis présidentielle que représente cette élection permette d’avancer sur ces sujets cruciaux. Certains aspects du succès de l’épopée électorale d’Emmanuel Macron vont dans la bonne direction.

Malheureusement plusieurs facteurs jouent en sens inverse.

-          La personnalité du jeune président, son ambiguïté conjugale, son goût pour les discours creux, poussent au renforcement du bavardage incertain

-          Le goût pour l’hyper fiscalité contre les petits « possédants » et les retraités au profit des fortunes mondialisées, est fondamentalement malsain,

-          Le « complot des énarques », qui a permis sa victoire, garantit une France suradministrée qui ne se débarrassera pas de son trop-plein de fonctionnaires et de réglementation

-          L’ampleur des soutiens occultes à sa campagne en fait un président obligé de lobbies puissants.

Le pire, en fait, est sans doute le déséquilibre de la constitution française. Sa qualité est de donner un chef au pays et de fixer une ligne politique générale. Mais les contre-pouvoirs et les obligations de préparer, de confronter, de polir, d’amodier, de rendre convenables les mesures prises sont trop faibles. Espérer en une cohabitation est absurde.

Il y a un absolutisme du néant et du superficiel dans la constitution voulue par le Général de Gaulle dont il n’avait certainement pas mesuré l’incidence. La démocratie d’écuries présidentielles est aussi rapidement une république d’incurie gouvernementale.

L’absolutisme présidentiel, avec évacuation partielle du pouvoir vers l’Europe et les régions, peut-il aboutir au redressement national dans un contexte de succès électoral basé sur la démagogie de l’achat de vote mâtiné par le sentiment qu’un peu de modération serait souhaitable ?

On est sorti heureusement d’une course à l’échalote entre droite et gauche de gouvernement sur fond d’impuissance générale, qu’aurait caractérisé un nouvel affrontement Sarkozy-Hollande, pour entrer dans une zone de flou et de brouillard parcourue de courts-circuits donnant une impression d’éclairs.

La situation présente le double risque du n’importe quoi tous azimuts, et du règne occulte de certains lobbies. Et la chance d’une obligation de recherche d’accords de fond pour pouvoir gouverner un peu sérieusement.

Malheureusement le risque est plus fort que la chance. On peut penser que seul le passage à un véritable système présidentiel où les pouvoirs du président seraient équilibrés structurellement par ceux d’un véritable Parlement, puisse aider à surmonter cette triste réalité.

On risque donc de constater à nouveau « le contraste entre l’immensité du pouvoir d’un homme qui a tous les moyens d’agir et une pseudo-communication d’esquive, d’éloge intarissable de soi-même, de reconstruction rétrospective de la réalité, de mise au pas, de revanche et de réprimandes », comme le remarquait, il y a près de trente ans, J. F. Revel. Contraste qui a été porté au plus haut par François Hollande.

On verra dès les premiers six mois si Emmanuel Macron glisse avec dilection sur ce toboggan. La fête à la Rotonde marque un début de dérapage.

Les Français ont voulu croire dans une période sinistre que « tout le monde il est beau tout le monde il est gentil ». Seulement voilà : l’organisation économique mondiale est dysfonctionnelle ; l’organisation européenne l’est aussi ; et la guerre islamiste est en cours. Si une nouvelle crise mondiale frappe, si l’Europe se bloque et si les attentats repartent de plus belle, on ne voit rien, dans le programme et les équipes de M. Macron, qui permette de faire face.

Présidentielles 2017 : Les quatre propositions démagogiques les plus basses

La démagogie est la maladie honteuse de la démocratie. Le démagogue veut acheter le vote d’une majorité d’électeurs avec l’argent des autres qu’il doit abaisser dans l’opinion pour faire accepter leur rôle de victime expiatoire.  Le démagogue est toujours abject : il projette vers le bas et le processus électoral et l’électeur.  La démarche démagogique revient toujours à nuire à un bouc émissaire en laissant croire que les autres s’en trouveront bien, alors qu’il n’y a aucune chance que cela marche. Mais on aura gagné, ce qui, pour ces gens là, est l’essentiel. Le cynisme est toujours le compagnon du démagogue. La malfaisance, elle,  est toujours au bout du chemin.

Dans les pays socialistes violents, le mensonge et la violence étaient obligatoires. C’était le seul moyen de calmer les envies de révolte « des masses » devant une misère constante et sans espoir.  On tuait ou emprisonnait  quelques cadres  du régime pour montrer qu’on avait le nez propre et qu’on faisait la chasse aux vilains profiteurs. En France, le mensonge éclate dans les trois  mois qui suivent l’élection avec une chute vertigineuse et définitive dans les sondages, mais la violence fiscale reste. Et les résultats désastreux.

Il est donc nécessaire de dénoncer la démagogie et dans le cas présent de distinguer les quatre plus graves manifestations de cette pratique honteuse et porteuse de lendemains sinistres.

  1. A tout seigneur tout honneur : le Front national se refuse à proposer quoi que ce soit de sérieux tant qu’on n’a pas pris de mesures contres les immigrés. Croire qu’on peut financer le renouveau « patriotique » en se servant sur les immigrés est une chimère autant qu’une saleté que l’on tartine sur la tête de boucs émissaires.  La démagogie va ici jusqu’au refus de penser.
  2. L’idée  d’Emmanuel Macron d’exonérer 80% de la population de la taxe d’habitation est de l’achat de vote pur et simple. Il est parfaitement normal que la population dans son ensemble contribue aux charges locales de proximité. Affirmer que seul 20% de la population doive le faire est indigne. Pourquoi pas 10 ou 5%. Comme les 80% sont la majorité électorale, cela veut dire qu’elle peut imposer aux autres des dépenses sans fin sans même se rendre compte du caractère ingérable de la situation. La mesure est inconstitutionnelle puisque chacun doit contribuer « à proportion de ses ressources ».  Créer une république censitaire à l’envers est la certitude d’aller vers le chaos, ne serait-ce qu’avec les effets de seuil : le passage dans la catégorie des 20%, dont on se demande comment elle sera calculée,  entraînera une perte de niveau de vie ahurissante dont on cherchera inlassablement à se prémunir.
  3. La suggestion, par le même Macron,  que la hausse des rémunérations des salariés ne sera pas obtenue par un progrès de la production mais par la taxation des retraités est également de l’achat de vote.  La spoliation fiscale ciblée n’a pas pour but de concourir aux charges de la nation mais de donner de l’argent à des masses électorales pour arracher leur vote. L’idée qui consiste à augmenter de 1.7% la CSG sur les 40% de retraités les plus aisées afin de donner quelques centaines d’euros à chaque salarié  est tout aussi inconstitutionnelle que la précédente. On ne contribue plus « à proportion de ses ressources » à des charges collectives. Comme précédemment les 40% les plus riches sont totalement arbitraires. Pourquoi pas les 20, les 10, les 5% ? Le calcul est infaisable dans la durée. Les effets de seuils sont les mêmes. Le mensonge est d’affirmer qu’1.7%,  ce n’est presque rien. En vérité, les ménages concernés paient déjà l’impôt et ont de frais fixes d’existence, ne serait-ce que les frais de logement. Tous ceux qui connaissent les ressources nettes-nettes des ménages retraités savent qu’une grande partie d’entre eux sont obligés depuis  2008 à puiser dans leur épargne pour boucler leurs fins de mois. Il leur faut souvent vendre ce qu’ils avaient mis une vie à acquérir.  La taxation nouvelle va aggraver ce phénomène tout en privant de 15 à 30% de leur revenu disponible les 20% les moins exposés.  Le tout alors qu’on tient en France à un régime de retraites  par répartition financé par les actifs. La mesure revient donc à baisser le prélèvement sur les salariés pour diminuer les ressources des retraités. Incohérence et injustice sont toujours au rendez vous de la démagogie et de terribles difficultés en vue pour les victimes expiatoires retraitées qui n’ont aucun moyen de s’en sortir sinon fuir dans des pays qui exonèrent les retraités comme le Portugal.
  4. Le revenu universel pour tous sans conditions est également le genre de folies démagogiques qui ne peuvent aboutir qu’au désastre,  dans la mesure où l’incitation à la production disparaît, ce qui laisse le financement de l’affaire aux imbéciles qui croiront utiles de travailler pour les autres, et qu’on  aggrave le système en proposant de l’appliquer à quiconque viendrait à se trouver sur le territoire « national » et notamment l’ensemble des migrants du tiers monde, pour qui le montant envisagé représente 5 à 6 fois ce qu’ils peuvent espérer gagner en travaillant chez eux, s’ils trouvent du travail.

Le monde dominant de la finance mondialisée, de la haute fonction publique, des médias sous dépendance d’intérêts privés ou de leurs banquiers,  veut un second tour entre Mme Le Pen et M. Macron, garantissant la victoire de ce dernier, fut-ce que prix d’une crise morale et institutionnelle. Il est à noter que trois sur quatre des pires propositions démagogiques  sont le fait de ces deux candidats.  Indépendamment des méthodes employées pour aboutir à ce second tour,  qui marquent à jamais ces élections d’un signe de bassesse indélébile, et a déshonoré un quarteron de hauts fonctionnaires et une partie de la presse,  l’ampleur de la démagogie  est telle qu’elle pose la question de la survie de la France comme puissance mondiale, comme nation unie, comme démocratie réelle  et  comme foyer actif de prospérité économique générale.  

En 2012 nous avions déjà dénoncé la nullité de la campagne électorale et le risque de son résultat.

Une analyse brève du scrutin présidentiel français

Cela a fini par le mépris généralisé contre un Président qui n’a même pas pu se représenter en fin de mandat, avec un bilan national exaltant : 5.5 millions de chômeurs, 2 150 milliards de dettes, 2 millions d’adolescents à la rue, 7 à 9 millions de pauvres.  Et cela sans crise économique extérieure.

Jusqu’où descendrons-nous, sachant qu’on risque pour bientôt une nouvelle crise générale ?

Brice Teinturier et les noirs reflets de la démocratie française.

Anatomie du désengagement politique des Français

Brice Teinturier est bien connu pour ses passages sur la TNT où il commente la vie politique à la lumière des sondages.  Il fait paraître un livre qu’on n’attendait pas et qui frappe dur dans un secteur peu médité par les politologues : le repli désenchanté d’une partie importante et croissante de l’électorat qui trahit une « crise de la démocratie ».  La revendication de la reconnaissance du bulletin blanc est une des traductions  de cette volonté active de ne plus élire. Ce n’est plus le slogan « élections piège à c… ». Mais selon l’auteur : « Plus rien à faire, plus rien à foutre ». Le livre s’arrête fin 2016 et l’auteur doit regretter qu’il ne couvre pas les trois derniers mois  qui a fait monter le phénomène à une hauteur astronomique avec le risque d’une élection présidentielle peu significative. Il est probable que le président nouveau sera élu avec une adhésion personnelle de moins de 15% des inscrits.

L’auteur constate l’apparition d’une classe de Français qui ont accepté de céder à la défiance radicale, au mépris et à la colère, au point de se désengager totalement du processus électoral. Les primaires, malgré le fort score de la variante à droite, aura été un échec « qui ne change rien au malaise démocratique ». S’il avait connu la suite au moment d’écrire son livre,  il est probable que ce n’est pas le mot « malaise » qu’il aurait employé. La France électorale est nerveusement à plat, alors que le monde politique, médiatique et judiciaire est entré dans une phase d’hystérie maladive et sinistre qui lui vole l’élection présidentielle.

Au lieu d’être le moment où les Français choisissent une ligne politique pour cinq ans et les objectifs et moyens d’une action collective, le déchaînement de l’ignominie bien au-delà des habituelles nécessités de la catharsis politicienne nationale,  l’élection est devenue un égout à ciel ouvert. Les électeurs consternés se pincent le nez et refusent le spectacle. Ce n’est pas qu’ils n’ont « rien à faire » de ces outrances. Ils sont simplement choqués jusqu’à la moelle.      

Pour l’essentiel, l’extravagance sordide et dangereuse de cette situation trouverait sa cause  dans la double crise « du résultat » et de « la vacuité », dans un contexte marqué par l’effondrement du monde médiatique.  

La dénonciation  des deux crises du résultat et de la vacuité, avec tentative d’y suppléer, est une des missions de ce blog. La question nous intéresse.

La crise du résultat est tout entière dans le déni d’explication de ce que nous appelons La Crise : une baisse continue du trend de croissance depuis 1971, avec une aggravation du poids de la dette globale et des crises périodiques de plus en plus graves. Les crises extérieures ont, en France, fait venir régulièrement au pouvoir des gouvernements socialistes qui ont aggravé les choses tout en trahissant leurs promesses abusives.  Au final, la France est gravement frappée par le chômage et la partie qui ne l’est pas sommée de partir pour ne pas être ruinée par les impôts. Une situation ubuesque qui désespère le pays et qui justifie en effet son mépris des élites administratives et politiques, devenues identiques,  depuis la prise du pouvoir par l’Enarchie Compassionnelle. L’Europe, vue comme une solution magique, s’est développée contre l’avis du peuple, et justifie des politiques de coercition et de déflation dont le monde croyait s’être débarrassé en 1944.

L’auteur, naturellement, ne donne aucune explication de la crise du résultat. Il se contente d’en mesurer les conséquences.  Ce qui fait la jointure avec la seconde crise : celle du sens, qu’il nomme « crise de la vacuité ».

Nous l’avons illustrée ici à de nombreuses reprises (Voir par exemple : http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2016/1/8/C-dans-lair--lart-de-commenter-sans-jamais-expliquer)  .

L’auteur en donne une double explication :

-          Une première, globale, que n’aurait pas désavouée Eric Zemmour, sur le consumérisme débridée qui entraîne le citoyen consommateur dans la bassesse commerciale et la perte de valeur et de transcendance.   

-          Une seconde, spécifique, qui est l’effondrement du monde médiatique dans le néant vulgaire.

La crise médiatique est bien analysée. La sondagite, admet-il, peut être malsaine et manipulée. La religion du buzz conduit à l’hypertrophie de l’émotion et du n’importe quoi, pour attirer une part d’audience dans un PAF désarticulé où personne ne parvient plus à disposer d’une part réellement significative et rentable.  La « juniorisation » trahit « une industrie où les gains de productivité ne sont pas à la hauteur de la baisse des prix ».  Les outrances conduisent à la « délégitimation » de tous et de tout. Et en particulier des politiques, qui sont devenus des objets de dérision et d’attaques grossières dans une sorte de défoulement facile justifié par la « crise du résultat ». Pas besoin d’écouter longtemps les médias pour constater qu’au fur et à mesure qu’ils n’expliquent plus rien les « journalistes »  et les animateurs d’émission se transforment en Savonarole au petit pied et en moralistes de pacotille.

Pourquoi se lancer dans un travail de fond qui ennuie quand on peut se contenter de quelques injures et de quelques propos démagogiques encadrés par des applaudissements provoqués pour se donner la stature de chevalier du bien ?

Le monde politique ne sait pas comment se dégager de cette tourbe. On voit donc s’épanouir  des herbes politiques fofolles qui croissent un temps sur la bonne volonté des gogos. Et qui pourrissent aussi vite qu’elles ont poussé.

Comme souvent, l’analyse, dans ce livre,  est meilleure que les propositions.  Comment éviter que le citoyen écœuré ne se désengage totalement devant la malhonnêteté, l’insignifiance et la malfaisance d’une vie médiatico-politique à ce point déjetée ? Les quelques esquisses de participation citoyenne évoquées sont tellement loin du quantum de changement qui serait nécessaire, qu’on peut craindre qu’elles ne conduisent qu’à plus d’accablement encore.

La vérité profonde est que la capacité de faire, en France, est totalement inhibée par les dysfonctionnements du système global et de la zone Euro, que la France, faute de souveraineté, ne sait plus dégager de véritables élites,  que la capture du monde politique par la haute fonction publique, qui tient par ailleurs la finance et les médias, crée un blocage qui tourne maintenant au pronunciamiento,   que les solidarités nationales ont été dissoutes par une immigration excessive et se sont perverties en confiscation fiscale, que le politiquement correct a fini par tuer la liberté d’expression, que le vieillissement est tragique,  que nous assistons à l’évacuation de la génération-68 à bout de souffle, que le marxisme léninisme qui avait infesté l’université et l’école se meurt dans les convulsions et que plus personne n’a confiance en l’avenir.

L’image la plus précise de la France est celle des clochards bunueliens de Viridiana qui se masturbent  en picolant dans des robes de mariées : le sordide de la dérision et du désordre  de la part de déclassés.   

Oui, les élections actuelles sont sordides.  Sordides, les manœuvres du Président sortant empêché de se représenter par sa propre médiocrité, ses mensonges et ses échecs. Sordide l’hystérie médiatico-judiciaire qui empêche le déroulement serein de la campagne électorale. Sordide le pronunciamiento des énarques de toute obédience qui ne veulent pas perdre un pouvoir abusif et qui se retrouvent tous derrière un inspecteur des finances astucieux et qui joue délicieusement de la flûte.

Le tableau noir mordoré  dressé par Brice Teinturier, malheureusement, n’est qu’un tout petit bout de la toile à la Breughel qu’est devenue la scène politique, économique, sociale, judiciaire et médiatique française.

Requiescat in Pace ?  « Plus rien à faire, plus rien à foutre » ?

Jamais !  

Le coût délirant des erreurs monétaires

Pour le prouver, inutile de remonter trop loin dans le temps, encore qu’une grande part de l’histoire mondiale depuis l’antiquité soit déformée par les questions monétaires.

Le XXe siècle est suffisamment éclairant pour prouver le rôle de la monnaie non pas comme voile , comme l’ont assuré les classiques et néoclassiques, mais comme  ferment des drames de  l’économie et de l’histoire.

La guerre de 14-18 a entraîné le développement massif des monnaies fiduciaires d’État, avec une concentration de l’or aux États-Unis. Que faire de cette création monétaire aussi artificielle que gigantesque ? Par habitude de pensée, la majorité des pays ont voulu revenir à l’étalon-or. La fixation d’un taux de la Livre en or irréaliste a plongé le Royaume-Uni dans des affres économiques déplorables. C’est une des grandes erreurs de Churchill. Le coût pour les Britanniques a été fort lourd. La volonté des États-Unis de ne pas faire jouer les mécanismes de l’étalon-or, a provoqué des troubles qui ont fini par la crise de 1929, crise de pure spéculation. Les erreurs des banques centrales ont fait de cette crise une terrible dépression. La réponse malheureuse des gouvernements français du début des années trente a provoqué une déflation coûteuse qui a amené le Front Populaire puis l’effondrement de 1940. L’Allemagne a voulu résister aux « réparations » en faisant fondre sa monnaie. Mal lui en a pris. Elle sera ruinée durablement par une hyperinflation modèle du genre qui fera venir Hitler et, à peine dix ans plus tard, la destruction de plusieurs générations de jeunes allemands et d’une large partie du pays historique.

La réforme de Bretton Woods était excellente à de nombreux points de vue mais elle comportait un défaut majeur : elle faisait d’une monnaie nationale le pivot du système.Le systèmel ne pouvait survivre que si les États-Unis menaient une politique financière raisonnable et la maintenaient dans la durée. Ils choisirent le « benign neglect », ce qui peut se traduire, à ce niveau de responsabilité par « l’indifférence criminelle ». Ils dévaluèrent le dollar par rapport à l’or en 71 (nous en sommes à 96 % de dévaluation aujourd’hui) et imposèrent les changes flottants à Kingston. On connaît le résultat : ce que nous appelons « La Crise » : baisse tendancielle continue du trend, dettes en hausse fulgurante, sévérité des crises périodiques. Le monde a dû encaisser trois crises gravissimes et une multitude d’autres épisodes parfois tragiques. L’économie baudruche a fini par exploser en 2008 provoquant des ravages politiques à la mesure des dégâts, notamment dans les pays développés.

Ce à quoi on assiste aujourd’hui, c‘est aux effets tragiques du non-système monétaire imposé en 1976 à Kingston par les États-Unis.

Les États-Unis se considéraient victimes des empires européens sous Roosevelt et ont entrepris de les casser. Ils se sont vus à nouveau comme des victimes en été 1971. Et ils ont cassé ce qu'ils avaient eux-mêmes créé : les Accords de Bretton Woods. Maintenant qu’ils voient que la compétition sous régime de changes flottants ne tourne pas à leur total avant, ils veulent encore casser le système des échanges, cette fois-ci en s’attaquant au libre-échange qui était leur mantra depuis les années trente.

Le G20 a été l’occasion officielle de l’affirmer au monde. On pourrait l’appeler le : « G20 % à vous imposer ». Mieux encore, les États-Unis commencent à s’en prendre au FMI. Déjà sous DSK, les fantaisies du chef du FMI avaient été extrêmement mal vues. Il ne s’agit pas ici de ses performances hôtelières mais de l’engagement hors de toute légalité du FMI dans les affaires intérieures de la zone Euro. Aujourd’hui, un certain Bill Huizenza, illustre inconnu, parlementaire au Capitole, dénonce l’aide du FMI à l’Europe et menace de clore le financement américain de l’institution s’il n’a pas gain de cause.

Le FMI qui par dépendance quasi-totale et soumission aux États-Unis a accepté tous les viols de ses statuts, se voit récompenser par des menaces et un chantage financier explicite.

Le concept de « commerce juste », avec coup de gourdin à la clef est le même que celui d’utilisation juste du dollar qui a valu des milliards de dollars d’amende à la plupart des grandes banques européennes, et cette "juste" conséquence que tous les grands financements internationaux échappent désormais aux banques non européennes.

Nous avons souligné que le TFTEA, la base législative qui permet au gouvernement américain d’agir, est la pierre angulaire de cette invraisemblable action de force. Dans l'indifférence générale il faut bien le dire. La loi n’a pas été prise par Trump mais Obama.

Les changes flottants et la création d’une finance internationale dérégulée, au seul profit des grandes multinationales américaines, ont fini par détruire totalement l’œuvre de Roosevelt. Ne faisons pas de ce grand président un total altruiste. Malgré tout il avait des valeurs et un certain degré d’altruisme. Le multilatéralisme n’aurait pas eu ce développement sans lui. Il n’en reste plus rien.

La violence de l’attaque américaine met en porte à faux tous les gouvernements  favorables aux États-Unis. L’Allemagne et le Japon qui vivent dans la soumission depuis 1944 se retrouvent floués une nouvelle fois. Pour l’Allemagne il lui est même impossible de réévaluer sa monnaie. Les fédéralistes européens, longtemps soutenus par les États-Unis désireux de casser les empires européens, sont également fort mal. Ils risquent d’apparaître pour ce qu'ils sont : de simples auxiliaires de la finance américaine.

Les désordres monétaires prennent une fois de plus leur rançon. Faute d’avoir réformé à temps la gestion de la zone Euro, et l’avoir laissé à la connivence de la Banque Centrale Européenne, dirigée par un Goldman Sachs, les méfaits du système, qui sont  les mêmes que ceux des changes flottants, l’apparition de déséquilibres internes gigantesques et maîtrisables sans déflation forcenée, l’Europe risque de se trouver attaquée de l’extérieur et de l’intérieur. Beau résultat !

Décidément oui, la monnaie compte. Mais il ne faut pas compter sur elle quand on organise mal sa création, son investissement, son change et son emploi par la puissance publique.

Le seul espoir d’éviter cette séquence mortifère aurait une réaction conjointe du G20, du FMI, de la BRI et de l’OCDE, en 2008 et 2009. Il fallait revenir d’urgence à un système coopératif d’échanges, interdisant effectivement les grands déficits et les grands excédents, stabilisant les monnaies, encadrant l’activité bancaire, le tout basé sur les changes fixes et une unité de compte internationale indépendante d’une monnaie nationale.

Peut-on le faire à chaud aujourd’hui et pire encore demain, lorsque le bâton américain aura commencé à casser des dos et marqué de façon honteusement indélébile l’incroyable sujétion générale aux diktats américains ? Ce qu’on risque c’est l’achèvement de la dislocation du commerce mondial, déjà bien avancé, l’explosion de la zone Euro et le retour à des guerres de change et de commerce.

La France, qui a choisi une sorte de suicide national, en se laissant couler dans le béton socialiste et fiscal, risque elle-même la dislocation.

Bravo à nos « élites » politiques et administratives.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

L’organisation de l’Europe, clé du débat présidentiel ?

Plusieurs lignes de fracture traversent les élections présidentielles délirantes de 2017 en France.

La question institutionnelle est posée : faut-il, ou non, revenir sur le système majoritaire mis en place en 1958 et restaurer une forme, nouvelle ou non, de régime des partis, à la façon des Troisième et Quatrième Républiques ? Un président fort, au-dessus d’un grouillement de partis issus de la proportionnelle, serait-il en position de faire dégager les majorités d’idée pour traiter les questions de bien commun ? Ou appartient-il à la Nation de définir une ligne politique claire dont un président élu au suffrage universel devra assumer le succès ou l’échec ?

Emmanuel Macron a donné un débouché électoral à cette question institutionnelle. Le pays doit la trancher au premier tour : on continue avec la cinquième République et le système majoritaire ou on change de régime politique.

Notre position personnelle est qu’il faut qu’une ligne politique claire soit tranchée par le pays et appliquée dans les circonstances très difficiles qu’il traverse. Par conséquent, il ne faut pas ajouter une difficulté politicienne et institutionnelle à nos malheurs.

Au cas où le pays trancherait en ce sens au premier tour, la ligne politique à trancher au second serait celle de l’Europe.

Le Brexit a montré qu’un peuple peut décider de revenir au système national traditionnel, généralisé depuis le XIXe siècle. La France veut-elle de ce retour ? L’option du saut fédéraliste étant totalement hors de propos dans l’état actuel de l’opinion et de la situation en Europe, et le statu quo n’étant pas acceptable compte tenu des résultats sécuritaires, économiques et sociaux calamiteux, la seule voie alternative au Frexit est la double réforme de l’Union Européenne et de l’Euro.

Autant le flot d’imprécations sur l’Europe impressionne par son ampleur et sa vigueur, autant les idées de réformes sont quasiment inexistantes dans le débat actuel.

Le problème d’une réforme, c’est qu’elle implique à tout le moins un diagnostic de ce qui va et ne va pas, l’élaboration d’un plan d’action et l’appréciation des chances de sa mise en œuvre. Ces trois questions fondamentales sont traitées de façon si sommaire que le péremptoire a remplacé l’intelligent.

Premier constat : la situation de la France est à ce point mauvaise que nous n’avons aucun intérêt à subir les troubles d’une sortie de l’Euro et de l’Europe. La minuscule embellie conjoncturelle actuelle s’accompagne d’une croissance correspondante de nos déficits extérieurs et de celui de la balance des paiements. Le ressac en cas de crise monétaire sera réellement difficile à supporter pour l’économie française. Tous les scénarios mènent à une perte en capital phénoménale, en plus d’une récession soignée, réduisant le revenu. La France ne s’est jamais vraiment remise de la crise de 74. Autant ne pas penser au temps qu’il faudra pour qu’elle digère un tel coup dans l’état où elle est.

Second constat : les autorités françaises n’auront aucune influence extérieure tant qu’elles n’auront pas fait aboutir un effort maximum de redressement économique. À ce jour, seul le plan Fillon offre une chance raisonnable de faire bouger les lignes favorablement et suffisamment.

Faut-il, tant que la France a la tête sous l’eau, s’abstenir de définir une vision d’évolution à moyen et à long terme ? Ou faut-il contrer les voix qui poussent à la destruction par un projet positif crédible ?

L’idée fondatrice de l’Europe institutionnelle est que chacun des pays de l’Union accepte de considérer les citoyens des pays unis comme les leurs. « Je ne te crains pas ! Et je m’engage à tout faire pour que tu n’aies rien à craindre de moi ». Ils disposent exactement des mêmes droits, en dehors du droit de vote souverain, que les citoyens autochtones. Le second volet, de la même inspiration, est que les États s’abstiennent de toute mesure nationale visant à obtenir un avantage sur le dos des autres. Le troisième volet crée un « extérieur », avec les citoyens duquel les relations sont un peu ou beaucoup plus compliquées en fonction du pays concerné.

La Commission avait essentiellement pour but de mettre en œuvre non pas un moignon de gouvernement fédéral, ni un processus d’unification détaillée, mais l’élimination des obstacles artificiels mis par chaque État pour se protéger des autres et la proposition de politiques harmonisées à chaque fois qu’on pouvait espérer des effets bénéfiques sérieux. On a cru devoir créer un Parlement européen pour donner une vague caution démocratique à l’affaire. Ce n’était pas nécessaire et coûte beaucoup pour un bénéfice démocratique quasiment nul.

Même s’il est d’usage de dauber sur le champ beaucoup trop étendu des directives, avec un souci du détail qui tient plus de la nécessité d’employer une fonction publique pléthorique que de respecter les règles de la subsidiarité, ce travail de bénédictin n’a pas de vrais inconvénients, tant qu’il ne sert pas une volonté d’abaisser les institutions nationales et d’affirmer des pouvoirs politiques excessifs et qu’il ne gonfle pas le « mille-feuilles » administratif.

Cette philosophie générale ne posait pas trop de difficulté dans l’Europe des six. L’ouverture à tout le continent, après la chute de l’URSS, doublée d’une ouverture aux migrations non souhaitées en provenance d’Afrique, du Moyen orient et d’Asie a augmenté les facteurs de craintes. La défiance se cristallise sur quelques sujets précis.

-          Des minorités habituées à vivre de mendicité et de trafics ont vu s’ouvrir l’accès à des pays riches et ont entrepris d’y installer leur emprise. Voir un mendiant devant chaque épicerie ou boulangerie et la création de centaines de bidonvilles hideux aux portes des grandes villes n’est pas du goût de tout le monde.

-          Des populations jeunes et appauvries par des décennies de « socialisme réalisé » dans les pays de l’Est ont cherché du travail partout où ils l’ont pu. La directive Bolkenstein a donné à ce flux une dimension étrange : on pouvait quasiment s’abstenir des règles salariales du pays de destination.

-          Les pays musulmans d’Europe, que ce soit le Kosovo dirigé par d’anciens responsables de trafics parfaitement ignobles, ou la Bosnie Herzégovine, voire même la Bulgarie ne sont pas souhaités au sein de l’Europe pas plus que la Turquie. La crainte est partout présente que la machine à étendre l’Union puisse conduire à des ouvertures non désirées par une majorité des populations.

-          Mme Merkel a accepté l’arrivée de centaines de milliers de migrants qui ont libre accès aux autres pays, au moment même où l’irrédentisme musulman et la violence de ses luttes internes provoquent un solide haut-le-cœur

Il est certain qu’il faut faire tomber la défiance, sinon, tout le projet européen peut être emporté.

-          L’Europe doit unifier sa politique d’immigration extérieure et faire respecter son territoire. Si un pays accepte pour des raisons diverses des étrangers sur son sol, il doit être clair qu’il appartient au pays de premier accueil de s’en débrouiller et qu’ils ne doivent pas avoir accès à l’ensemble des autres pays. L’Europe a les moyens d’imposer à tous les pays émetteurs de migrants qu’ils récupèrent leurs nationaux en cas de rejet de leurs demandes.

-          La question des transhumances internes de populations pauvres ne cherchant qu’à survivre par la mendicité et l’exploitation des droits sociaux doit être explicitement posée. La législation sur le vagabondage, la mendicité, le squat,  et la migration illégale ne doit pas être laissée entre les mains de la CEDH ou de la CJUE.

-          Que l’on accompagne la vente d’un équipement ou d’un logiciel en faisant travailler des personnels aux conditions sociales du fournisseur n’a pas d’inconvénient. Si la directive Bolkenstein s’était contentée de cela, il n’y aurait pas de difficulté. Mais on ne peut pas laisser venir des légions de travailleurs sur des projets aux conditions des pays d’origine, sauf cas particuliers avec accord préalable explicite des autorités du pays d’accueil.

Exclure la perspective fédéraliste, au profit d’une Europe des nations, dont le centre serait le Conseil et non la Commission, avec un plan simple et clair sur les questions précédentes seraient de nature à réduire de beaucoup les défiances actuelles. Renoncer pour un temps à toute extension serait sage.

La question de l’Euro est autrement plus difficile. Il est clair que la création d’une monnaie unique sur la base d’un traité ne prévoyant que des restrictions normatives globales et aucun organe de gestion, alors que les politiques nationales restaient libres dans presque tous les domaines, a été une grave erreur que les pays membres ont payée cher.

L’idée fausse sous-jacente était que si on laissait s’exercer les trois grandes libertés (échanges de biens et de service, liberté des mouvements de personnes, liberté des mouvements de capitaux), tout en neutralisant les folies budgétaires possibles, l’économie s’unifierait et que la croissance serait optimale.

La réalité a été tout autre. Les déséquilibres entre les pays n’ont pas cessé de s’aggraver au lieu de se réduire, avec des taux d’inflation différents, des écarts de taux d’intérêt, des taux de chômage anormaux, la crise globale venant donner un grand coup de butoir dans l’ensemble et obligeant la BCE à mettre en œuvre des mesures désespérées de création monétaire forcenée alors que des corsets étaient appliqués aux pays les plus en difficulté. Les déséquilibres de balances de paiement ont provoqué une double hélice de crédits dommageable de 2000 à 2008, complétant la bulle globale. Le tout a explosé en 2008-2009. Le « contractionnisme » budgétaire consécutif aux traités a ruiné la croissance pour longtemps dans plusieurs parties de la zone.

Ces réalités sont inacceptables. Il était aberrant de laisser par exemple la France sombrer dans le non-travail avec les mesures Jospin, DSK, Aubry, tout en laissant l’Allemagne mettre en œuvre le plan Schroeder.

Certains proposent un Ministère des finances européen. Nous préférons un Coordinateur européen de l’ensemble des politiques qui concourent à la stabilité des balances commerciales et de paiement, et la création d’un mécanisme automatique de retour à l’équilibre des balances des paiements, par prélèvement automatique sur les balances trop excédentaires et sanctions automatiques pour les pays trop déficitaires.

Le coordinateur piloterait trois structures légères, la BCE, le fonds de stabilisation européen et un centre de coordination des politiques, en liaison avec les parlements nationaux. Tout cela serait hors du champ de la commission et du Parlement européen. De toute façon la pression de Trump sur les excédents allemands et les inquiétudes des Allemands sur le réemploi en achat de capital allemand des excédents chinois créent une situation intenable dans la durée. Il faut donc profiter de ces circonstances pour proposer une réorientation générale de la gestion des soldes de balances de paiement au sein de la zone Euro et le faire de façon congruente avec une réforme du système monétaire international. Nous appelons cela une « diplomatie de la prospérité ». Si les candidats se montrent trop flous, et ne prouvent pas qu’ils comprennent ce qui ne marche pas dans le mode de gestion actuel de la zone Euro, alors gare à l’électorat.

Les questions liées à l'évasion d’assiette fiscale provoquée par certains membres de la zone et les questions de sécurité collective, à la suite d’une part des pressions de l’Otan sous domination américaine, et d’autre part l’injustice de voir la France payer seule pour des mesures extérieures de lutte contre Daesh, peuvent également faire l’objet d’une réclamation politique.

Actuellement, on est loin du compte. Si c’est François Fillon qui arrive au second tour, comme nous l’espérons, il ne peut pas se contenter des grandes lignes floues qu’il trace actuellement, donnant certes un ton, mais sans vraiment entrer dans le dur. Si, c’est Emmanuel Macron, dont l’entourage est entièrement constitué de fédérolâtres européistes, on peut craindre que sa « youpi attitude » ne mène à rien d’autre qu’une explosion électorale anti-européenne.

Non au gouvernement des juges !

Extrait du Figaro : « À quelques semaines de la présidentielle française, la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a rendu un arrêt qui pourrait faire couler beaucoup d'encre. Selon ses juges, «Une entreprise peut interdire dans son règlement intérieur le port visible de signes religieux, politiques et philosophiques afin de conserver sa neutralité». La juridiction devait se prononcer sur deux affaires, l'une française, l'autre belge, portant sur le port du foulard islamique en entreprise. Avant de trancher sur ces cas très sensibles, les Cours de cassation respectives des deux pays avaient demandé à la juridiction bruxelloise de préciser son interprétation de la directive de 2000 sur l'égalité de traitement en matière d'emploi et de travail. L'arrêt de la CJUE harmonisera les pratiques des employeurs vis-à-vis du port de signes religieux dans toute l'Union européenne. Il pourrait au passage, potentiellement, modifier l'esprit des textes français qui reposent aujourd'hui sur un fragile équilibre. »

Aucune réflexion critique n’a accompagné la parution de ce jugement.  A un moment où la construction européenne est gravement remise en cause (notons qu’il n’y a pas moins de 5 candidats éligibles à la présidentielle française  qui en conteste tout ou partie), ce jugement témoigne d’une forme de « coup d’Etat institutionnel » de la part de nombreux juges.

Le but de la Cour de Justice est d’éviter les discriminations au travail entre européens pas d’interpréter à sa façon les droits de l’homme et du citoyen. La nature du droit religieux au sein des entreprises est une affaire nationale et ne peut en aucun cas affecter ni la libre circulation, ni les droits des étrangers européens membres de l’Union désireux de s’installer en France.  

Un étranger doit se plier aux lois et mœurs du pays où il convoite de s’installer. A lui de s’informer avant. A partir du moment où la règle n’est pas ouvertement destinée à interdire un accès à un autre européen, elle ne peut pas faire l’objet d’un jugement européen. Sinon, la perte du pouvoir législatif national est totale.

Si le jugement avait imposé la monstration des signes religieux, la perte de souveraineté serait immédiatement et largement perçue.

La CJUE  mêle son activisme à celui de la Cour européenne des droits de l’homme, qui, initialement devait tempérer les excès de l’URSS et s’attaquer aux violations graves des droits de l’homme. Elle a elle aussi décidé de se transformer en conseil constitutionnel et se mêle de trancher des cas de principes qui appartiennent au souverain et non pas à un aréopage de juges qui ne représentent qu’eux-mêmes, tant les hyper-micro-états y sont dominants.   

On se souvient que David Cameron avait violemment réagi à un arrêt de la CEDH concernant les droits civiques des délinquants lourdement sanctionnés. En France la condamnation à 70 euros d’un quidam qui avait insulté le Président de la République  a été sanctionnée par la CEDH !

 

En France même, le préambule de la Constitution indique seulement les grandes lignes d’un droit de l’homme qui doit être précisé dans ses modalités par le législatif ou le constituant. Le Conseil Constitutionnel, par un coup d’état, s’est institué lui-même juge des élégances.

Tout étant dans tout et réciproquement, les trois cours se mêlent de trancher de questions mineures ou non mais dévolues au législatif.

La souveraineté législative nationale perd dès lors toute signification.

L’objectif de la construction européenne n’était pas d’uniformiser le droit et les pratiques mais d’éviter les mesures hostiles à ses voisins de la part d’un membre de l’Union.

Il est à noter que ce sont les juges français de la Cour de Cassation qui ont demandé un avis. Les apparences sont donc sauves. Ils auraient aussi bien pu demander à la CEDH. Il n’est d’ailleurs pas sûr qu’un musulman un peu entreprenant ne soumette un règlement intérieur qu’il juge offensant pour sa religion à la CEDH ou au Conseil Constitutionnel. Tout cela devient ridicule.

Il ne faut pas de gouvernement des juges et le grignotage des institutions diverses doit être empêché. Le Parlement Européen doit être également freiné dans ses élans unificateurs.

Sinon, il arrivera ce dont les élections présidentielles françaises commencent à témoigner : le rejet de tout le projet européen et finalement son abandon.  

Deux mots à Charles Gave sur son rapport prônant la destruction de l’euro

Charles Gave et Romain Métivet ont réalisé une étude sur la destruction de l’Europe par l’Euro, pour le compte de leur Institut des libertés. Il stimule quelques réflexions que nous avons mises en face des thèmes du résumé publié en première page.

* L’Euro est un échec et une aberration économique qui accentue les déséquilibres entre économies hétérogènes.

Le constat est immanquable. Il y a bien eu divergences et elles ont été accrues par les mesures prises pour tenter de réduire les dérives budgétaires de certains pays. À partir du moment où la dévaluation n’est plus possible, il est clair que l’ajustement devient une difficulté. Le rapport n’envisage pas une des possibilités : mettre en place des règles, des dispositifs et des institutions qui permettent de pousser à la convergence. Pour notre part, nous considérons que cette direction-là offre encore de nombreuses possibilités inexplorées qui vaudraient mieux que la destruction de la zone Euro.

* Une monnaie sans nation n’est historiquement pas viable.

L’or a été une monnaie sans nation pendant des millénaires. La question se pose pour les monnaies administratives (Fiat monnaie). On ne sait toujours pas comment les gérer sur une base multinationale. La question a été posée à Bretton Woods avec une solution bancale qui a explosé politiquement en 1971. En fait, on improvise depuis 1914. Mais une solution est possible.

* Le saut fédéral est politiquement impossible et serait économiquement inefficace.

Sans doute. Mais on peut trouver des solutions collaboratives efficaces sans aller jusqu’au fédéralisme.

  1. L’Allemagne ne peut pas payer pour l’Euro car cela coûterait plus que le plan Marshall.

L’argument est plus polémique qu’économique. Ce ne sont pas les stocks qui comptent mais les flux. Mieux organisés les flux peuvent se réorienter très rapidement. La question d’organisation l’emporte sur l’assertion fracassante.

* Une dissolution est préférable à une sortie unilatérale.

Sans aucun doute. Mais il faut bien expliquer les conséquences prévisibles. Et le rapport ne le fait pas.

* Le retour de la monnaie nationale permettrait de financer l’ajustement, comme au Canada et en Suède.

L’ajustement en Suède et au Canada s’est fait après la terrible crise de 92-93, en réduisant très fortement la dépense publique, aussi bien du côté des dépenses sociales que de celui des effectifs publics. Il a été favorisé par la croissance exceptionnelle des années 1996-2000, spécialement riche en emplois et en recettes. La hausse massive du dollar a permis un ajustement plus facile. Mais ce n’est pas la politique monétaire qui a permis de sortir principalement du gouffre.

* Les réformes structurelles restent nécessaires pour rétablir les finances publiques et accroître la productivité.

Ce sont elles qui ont réussi en Suède et au Canada dans un contexte conjoncture très particulier qui n’est plus là. Elles sont non seulement nécessaires mais primordiales. Cela vaut naturellement pour la France. Reste à trouver la méthode en l’absence de véritable croissance conjoncturelle et alors que le risque d’une minirécession se précise.

Surtout, le rapport évite soigneusement de se pencher sur la vraie grande question : pourquoi depuis 1971, les récessions sont-elles toujours plus graves, la croissance voit-elle son taux baisser et la dette s’envoler ? En ne regardant qu’un sous-système, effectivement dysfonctionnel, mais qui peut être corrigé si le système global l’est aussi, et si les réformes nécessaires se font au-dessous, à l’échelon national, il se prive d’une clé d’interprétation capitale et surtout d’un levier pour comprendre et agir.

La destruction de la zone Euro ne réglera rien en elle-même et risque même de compliquer une évolution plus favorable.

Le moral des Français en 2017

L'économie d'une nation n'est pas seulement la résultante de forces économiques agissant dans un cadre institutionnel plus ou moins approprié. Elle dépend aussi des humeurs politiques et du moral de la nation en tant qu'ensemble politique et économique. On parle d'économie politique, l'économie pure étant un support intellectuel mais pas un instrument d'analyse complète de la réalité. Le moral, c'est la force qui, bien orientée, pousse à l'optimisme et à l'action. Démoraliser un pays, c'est le désorienter au point que, ne sachant pas où il va, et se heurtant partout à d'insaisissables obstacles, il cède à tous les vents mauvais de l'histoire.

Cette évidence a conduit à la mise en place d'enquêtes d'opinion des entrepreneurs, autour du concept de confiance, et plus largement à des études généralement confiées aux services secrets sur le moral global de la nation.

Voici ce que pourrait être ce genre d'étude sur le moral des Français en 2017.

Depuis la chute de l'URSS, peu de gens croient qu'il existe encore des foyers de subversion en France. Ils considèrent que le ressort est cassé et que tous les mouvements "révolutionnaires" sont désormais morts ou totalement déliquescents.

Ils se trompent. Mai 1968 a vu l'autonomisation du révolutionnarisme par rapport à l'URSS et c'était 20 ans avant la chute de l'URSS. Fondée sur le refus du monde "bourgeois" considéré comme intrinsèquement pourri, sur la condamnation du capitalisme, vu comme une force d'asservissement du prolétariat, la revendication révolutionnaire autonome, généralement portée par des mouvements trotskistes ou anarchistes, l'idéologie révolutionnaire qui souhaite depuis Babeuf faire capoter la société bourgeoise honnie, n'avait aucune raison d'être arrêtée par la chute de l'URSS qui était vue, de tout temps, dans cette mouvance, comme une déviation criminelle de petits-bourgeois fascisants profitant de l'arriération de la Russie.

La vraie rupture est venue de l'échec des mouvements armés dans la décennie 70. L'action directe est désormais exclue. Ce n'est pas une exclusion de principe mais d'opportunité. Il ne reste donc plus qu'une seule voie d'action : la subversion de la société bourgeoise afin que, vidée de toute substance et résistance, elle tombe comme un fruit blet.

La mouvance, dans toutes ses composantes, compte entre 5 000 et 10 000 adeptes ou anciens adeptes en France dont près de la moitié est active. Elle a des relais à travers le monde sous des formes très variées, dans des organismes pénétrés par entrisme. Elle dispose d'une doctrine d'action peaufinée par près de 150 ans d'écrits et de pratique.

Les techniques de pénétration, d'influence et de subversion pratiquée par l'Union Soviétique, depuis son lancement par Münzenberg, un génie de l'agit-prop, perfectionnées et pratiquées pendant soixante-dix ans, ont créé un terreau meuble. Elles n'ont pas été perdues par tout le monde.

L'idée de manœuvre est de s'attaquer aux maillons faibles de la société et de la subvertir de telle façon que la société perde toute capacité de réaction. Une émission récente sur Lénine a montré parfaitement comment les noyaux d'activistes subversifs peuvent faire basculer des situations qu'ils n'ont même pas créées.

Au milieu des années soixante-dix, les activistes révolutionnaires se sont scindés en trois groupes.

- Les partisans du retrait qui sont partis ailleurs soutenir d'autres combats (Voir par exemple Beni Levy de la Gauche Prolétarienne, converti dans le judaïsme fondamentaliste), ou qui ont essayé de faire fortune dans les affaires, ou qui se sont installés dans des carrières universitaires avec la volonté de défendre des thèses particulières mais sans envie ni programme de subversion. On les retrouve dans des travaux de démoralisation des Français, comme un récent livre d'histoire collectif qui conchie l'histoire de France, ou les travaux d'une géographe qui réduit la France à néant, et les mille et sociologues ou démographes qui débinent la France en permanence.

- Les partisans de la voie parlementaire qui ont intégré les rangs des partis, et en très grand nombre le PS. Voir par exemple Dray, Meyer, Jospin, etc.

- Les activistes non repentis qui ont considéré que là où ils étaient, ils pouvaient utiliser les moyens à disposition pour pourrir la République, mettre en œuvre les techniques de démoralisation du pays et permettre un jour ou l'autre une forme ou une autre de révolution. On les retrouve un peu partout dans la fonction publique, la magistrature, l'édition, le cinéma, les mouvements pseudo-écolos violents, les "gangs antifa" et le journalisme ou la présentation d'émission de télé, dans les partis mais masqués.

Ce dernier groupe ne s'est jamais "rangé des voitures". Au contraire ses membres ont trouvé dans la crise de l'économie et l'affaissement des relations sociales qui en est résulté des moyens d'action multipliés.

Leur cible est toujours la même depuis Münzenberg et Gramscy : les ventres mous de la démocratie.

- l'armée

- Les élèves des lycées et collèges

- Les immigrés clandestins

-. La presse.

- La justice

 

Les ouvriers comptaient naguère mais plus maintenant, compte tenu de la désindustrialisation du pays. L'immigré clandestin a remplacé le prolétaire de naguère. Terra Nova en a fait une théorie.

 

On sait peu que J. Chirac a été obligé de mettre fin à la conscription pour bloquer la tentative (menée par Edwy Plenel et quelques autres) de syndicaliser le contingent et de le manipuler. Dans l'état d'esprit de 68, le contingent était une proie facile.

- Les élèves des lycées et collèges ont été noyautés et il est assez facile de faire marcher les scolaires en utilisant de pseudo" émotions" et la simple envie de monôme. On a vu l'action des meneurs lors de l'affaire Léonarda et elle reprend ces derniers jours. Les parents n'aiment pas qu'on frappe leur enfant.

- Pour les immigrés clandestins, il suffit de suivre les provocations du Dal pour comprendre la méthode. L'émotion est, là aussi, le levier qui permet d'actionner la provocation puis la soumission.

- La presse est vulnérable car on la sait payée depuis très longtemps. Elle est à peu près totalement noyautée, ce qui explique l'incroyable chasse à cours actuelle contre Fillon basée sur de simples soupçons d'un pseudo-délit sans importance et monté en mayonnaise.

Le pire secteur gangrené est naturellement à chercher dans le système judiciaire. Il fallait éliminer les juges style Jean Royer, c'est-à-dire répressifs pour les délits dits du "petit peuple" et orienter la justice vers la condamnation du bourgeois et des élites politiques ou économiques.

La première manifestation de leur emprise a été l'arrivée du "justicialisme" dans les prétoires. Cette doctrine infâme considère que ce ne sont pas les faits, les circonstances et la loi qui déterminent le jugement mais l'identité et la condition des mis en cause, la loi pouvant être bafouée sans vergogne. On connaît la rengaine : le faible doit toujours l'emporter sur le fort quelles que soient les circonstances. La femme a raison contre l'homme, le salarié contre le patron, le piéton contre l'automobiliste, le locataire contre le propriétaire etc.

La seconde a été le refus de reconnaître comme vol le pillage des magasins en libre-service, réputé "intégré dans les marges".

La troisième a été le refus de condamner des excès syndicaux (comme le piratage du paquebot France, piratage condamné pendant longtemps à …la pendaison !) et de toute forme de viol de la propriété dite "bourgeoise.", comme le squat.

La quatrième a été de refuser de condamner l'entrée clandestine dans le pays, le vagabondage et la mendicité organisée avec ou sans enfants, avec ou sans infirmes.

Ce refus de poursuivre et de condamner certaines catégories de délinquants, tout en donnant raison à des catégories contre d'autres, s'est accompagné d'une volonté de condamner le bourgeois, suspecté d'être un "délinquant en col blanc" natif et bien pire que le "voleur de pomme".

On a donc arrêté et parfois mis en prison pour de longues semaines des centaines de patrons ou cadres supérieurs au prétexte d'accidents du travail qui naturellement créent une légitime émotion. L'ignominie sous-jacente a été de faire cesser le lien entre les faits et le comportement des inquiétés. Dans une société du bâtiment, un jeune cadre est nommé à Paris le vendredi. Il fête sa promotion, signe les délégations et le lundi se présente à l'agence de province où il est désormais directeur. À peine arrivé, il est embarqué par la police et envoyé en détention provisoire par un juge rouge. Un ouvrier, qui n'avait respecté aucune des consignes de sécurité, était venu travailler de son propre chef sur un chantier le dimanche, pour refaire une tâche qu'il avait ratée. Il était tombé de l'échafaudage et s'était tué. Drame tragique mais dans lequel le malheureux nouveau directeur n'avait exactement aucune responsabilité et pour des travaux dont il n'avait même pas connaissance. Le lien entre le dommage et lui était inexistant, une des conditions traditionnelles dans tous les droits de monde depuis l'antiquité pour inculper. Le type même d'inculpation "ès qualités" qui pose toujours problème là où croit devoir l'appliquer.

À partir de cette floraison d'inculpations fantaisistes, naturellement cachée derrière la nécessité de mettre un frein aux accidents du travail, la procédure pénale a été enseignée dans les écoles de commerce. Toutes les opérations dangereuses ont été confiées à des sociétés sous-traitantes, souvent fantômes, afin de protéger les dirigeants des grands groupes.

C'est l'époque où pratiquement tous les films français présentent le dirigeant privé comme un voyou acoquiné avec des politiques soumis et achetés. Toute une législation est mise en place par Mitterrand pour rendre impossible l'autorité dans l'entreprise. Les prud'hommes commencent à piller sans vergogne les ressources des entreprises. L'entreprise étant systématiquement mise en difficulté même dans les cas les plus explicites de mauvais comportements d'un salarié, la peur de recruter s'empare de l'économie française. L'intérim et les CDD explosent. En même temps la justice refuse ou de poursuivre ou de condamner des attentats physiques contre les cadres supérieurs. Un arrêt célèbre à Nantes explique qu'il était normal qu'un gréviste crève un œil de cadre vu son juste mécontentement. L'idée que la "violence de situation" explique des "violences de fait" est typiquement une mesure de subversion qui remet en cause tout l'ordre social.  À Nancy on ne condamnera pas le viol de deux étrangères lors des émeutes liées à la fermeture de certains sites de production d’acier. La "juste colère sociale" justifie l'absolution qui crée un sentiment de dissolution totale de la société et une démoralisation fondamentale. Si les femmes peuvent être violées impunément, alors il n'y a plus de société, ni de sécurité, ni de justice. À Calais, la Justice refusera d'instruire sérieusement le probable assassinat d'un contrôleur de gestion qui en savait trop, retrouvé avec une blessure à la tête au fond d'un bassin, alléguant un possible suicide. Il ne fallait pas, semble-t-il, mettre en colère les syndicats.

Contre les propriétaires, on prend parti pour les titulaires de faux contrats de location, et on refuse l'expulsion de squatters qui se sont installés en fraude dans un appartement. Les propriétaires cessent de louer, provoquant une pénurie de logements.

La démoralisation du pays est confirmée par la condamnation des victimes et non des criminels dès lors qu'il arrive des ennuis au délinquant. L'affaire Legras est significative. Un voleur est tué par un commerçant las de voir sa boutique pillée à répétition et d'avoir été physiquement menacé et frappé à plusieurs reprises. Il est emprisonné. Des cas encore plus grotesques ne parviennent pas aux oreilles du grand public. Une femme dispose dans sa propriété d'une piscine. En son absence elle est utilisée et vandalisée par une bande de jeunes délinquants connus pour des larcins continuels dans les villas de cette ville de vacances. Une loi somme, à la même époque, les propriétaires de protéger leur piscine pour éviter les noyades. La propriétaire confie à une entreprise le soin de réparer la piscine devenue fuyarde et d'entamer les travaux de sécurisation. La piscine est vidée. La bande entre de nuit dans la propriété et entend sauter dans l'eau. L'un de ses membres plonge dans la piscine sans voir, de nuit, qu'elle était vide et se tue. La propriétaire, absente des lieux est arrêtée à son domicile au prétexte qu'elle aurait fait exprès de vider la piscine…

Les exemples pourraient être multipliés. Il n'y a plus aucun respect pour la propriété privée. La subversion l'a emporté par l'entrisme d'extrême gauche pratiqué au sein de la justice, en complicité avec les politiques gauchistes et le secteur culturel complice.

La destruction de la société civile en faveur du délinquant ou du malfaisant ne suffisait pas. Il fallait s'attaquer à la démocratie. On a vu une offensive des juges dits "rouges", contre les édiles, devenus responsables de tout, puis contre les hommes politiques de second rang, puis contre les ministres, les préfets, et suprême bonheur les Présidents de la République.

L'action des juges rouges se fait sentir aussi bien au siège, par des jugements disons surprenants, et surtout par les juges du parquet. Tant que les cours d'appel étaient constituées de juges normaux, les errements étaient cassés. Mais la pénétration des cours d'appel a changé la donne. Maintenant, les avocats savent qu'il faut viser uniquement la cassation tant les cours d'appels sont contaminées. Et lorsque la cour de cassation le sera à son tour, il n'y aura plus de justice en France.

Quant aux juges d'instruction, ils disposent de tellement de pouvoir qu'ils peuvent faire à peu près tout ce qu'ils veulent et d'autant plus facilement qu'ils réussissent à se constituer en meute. Un très petit nombre de juges peut faire des dégâts colossaux. La méthode est connue :

- Violation systématique du secret de l'instruction considéré comme une entrave bourgeoise à la vérité

- Thèmes d'inculpation outranciers et choisis pour leur caractère déshonorant. Poursuite sur des délits flous comme l'abus de bien social, ou le détournement d'argent public, la faillite par moyens ruineux, etc.

- Moyens d'investigation sans limite non plus pour prouver un délit mais pour en trouver un possible même ténu.

- Refus d'instruire et de tenir compte.

- Utilisation du calendrier, de la mise en examen, de la mise en prison préventive…

 

La syndicalisation, sous le contrôle de petits groupes subversifs, a été évitée de justesse dans l'armée et non dans la justice. On a vu, avec le Mur des Cons, ce que les juges "rouges" pensaient des victimes et des justiciables. Quand des gens chargés de défendre la société injurient ses membres et manifestent leur mépris collectif contre des victimes ou des cibles sociales ou politiques, il n'y a évidemment plus de justice. Surtout quand ce syndicat a table ouverte dans les médias publics.

Ce qui vient de se passer avec le Parquet financier et la nomination du juge Tournaire, dont la tête de Savonarole fanatique devrait être publiée plus souvent dans les médias, pour l'édification des masses, est l'étape supérieure de la subversion. C'est la République qui a été punaisée sur le Mur des Cons. Des centaines de parlementaires font travailler un membre de leur famille. Un seul est attaqué. Si tous l'étaient, à partir d'une loi des suspects décrétés par Mediapart, les In rocks et le Canard Enchaîné, que resterait-il de la République ?

La France est désormais un pays ruiné et subverti où il n'est plus possible de posséder, d'agir ou de parler. Tout pouvoir est vilipendé. Toute entreprise est entravée. Sa population est remplacée par des immigrants non souhaités ; son école est quasiment morte ; son économie est durablement affaiblie ; sa langue est à l'encan ; sa "culture" n'est plus qu'un vaste dégueulis gauchiste (Py, Ribes, Tavernier, Mouchkine, Arditi…) subventionné ; sa presse n'existe plus, coincée entre des patrons milliardaires (dont l'argent est de plus en plus à l'étranger) et une camarilla de pseudos journalistes qui ne peuvent faire carrière qu'en épousant des thèses gauchistes. L'obligation dans une carrière de passer par les médias publics, tenus totalement depuis Mitterrand par la gauche culturelle extrémiste, entraîne une soumission à la meute. Le rachat par des financiers étranges et amis du pouvoir socialiste qui leur offrent leur pouvoir contre réciprocité, de chaînes de télévision et de journaux, rappellent fâcheusement le règne des Oligarques dans les ex pays de l'EST. Quant à la justice, on voit qu'elle est, désormais, dans certaines de ses parties, quasiment aux mains d'une poignée de justiciers gauchistes militants.

En France, personne ne peut plus sortir des griffes démoralisantes qui l'enserrent. Depuis dix ans le leitmotiv, partout dans la société, est "on marche sur la tête". Marcher sur la tête est l'objectif même de la subversion.

Les opportunistes qui, comme Hollande ou Macron, veulent le poste de président par pur narcissisme et sans aucune envie de ne rien faire de précis, sinon de régner un temps et de bénéficier à vie de beaux privilèges, sont obligés de se soumettre. La droite, elle est interdite de pouvoir, tous les moyens d'état pouvant être mis en marche contre elle par les militants infiltrés alliés avec des politiciens sans scrupule dont les intérêts sont purement électoraux.

Hollande a été sans cesse sous la pression des gangs de délinquants politiques qui tiennent la zone d'aménagement du futur aéroport de Nantes et tout autre lieu où un investissement public d'importance est prévu. La démocratie locale est empêchée. La guerre civile froide engagée par la CGT contre la loi El Khomry a été l'occasion pour des bandes armées de faire des destructions ravageuses et sans limites. L'instrumentalisation des banlieues a montré son pouvoir. L'école est constamment sous la pression des grèves politiques de scolaires encadrés par des agitateurs professionnels. Le « culturel » est tenu par les intermittents du spectacle et les gauchistes militants qui règnent sans partage "une sébile dans une main et une grenade dans une autre", façon Rufin, l'exemple même du gauchiste démagogue travaillant sur l'émotion.

Les subversifs ont eu la peau du socialisme dit démocratique, en même temps qu'ils tentent d'empêcher la droite de revenir à jamais aux manettes.

Jamais le trouble n'a été plus grand dans le pays qui ne se reconnaît ni dans sa presse, ni dans son école, ni dans sa justice, ni dans son économie, ni dans son État. Ce trouble n'est pas spontané. Il provient largement des quelques milliers de subversifs qui ont décidé d'une action directe dans leur environnement et investi tous les secteurs fragiles de la société.

Il n'y a pas de complot, pas de cellule dirigeante, pas de mafias organisées. Simplement des cellules cancéreuses qui pullulent, se rejoignent, se gênent, se confrontent, parfois s'annihilent, mais qui créent le climat nauséabond dans lequel les forces militantes incertaines et les bons sentiments irréfléchis peuvent être manipulés et orientés, dans les partis et hors les partis, dans les médias et dans la jungle internet, dans l'État et dans l'illégalité la plus totale. La dénaturation de toutes les institutions (le mariage, la prison, les frontières, la nationalité, la propriété…) est le fait à la fois de l'action de subversion et de l'orientation forcée des programmes politiques de gauche. On a vu que la résistance de la mouvance sociale-démocrate a été liquidée avec la non-représentation de Hollande et l'élimination de Valls. Le corps social s'étiole et sombre. La société disparaît. La décomposition avance.

Des forces de résistances existent. L'offensive islamiste a réveillé les consciences et fait apparaître des limites. L'explosion de la délinquance syndicale a provoqué une réaction judiciaire : les cégétistes qui ont molesté un dirigeant d'Air France ont été un peu embêtés. la droite empêchée d'élection présidentielle dénonce maintenant de façon ouverte la subversion d'une partie des juges. La combustion des policiers ne plaît pas trop au pays.

Mais tout le monde voit qu'elles sont très faibles isolées, sans suite. Et qu'il est relativement facile de les contrer.

L'effondrement du communisme a paradoxalement permis à la subversion anarchiste révolutionnaire ou marxiste léniniste et trotskiste de gagner du terrain car le risque d'être considéré comme une 5ème colonne de l'URSS a disparu. La politique du pire l'a emporté sur la gestion raisonnable de la société avec au bout du chemin, la volonté de faire gagner Le Pen pour susciter un mouvement antifasciste de masse qui peut ouvrir le champ à une nouvelle expérience de socialisme anticapitaliste violent.

Rappelons ce qu'a été l'action de démoralisation des pays occidentaux qui forme le terreau de la subversion actuelle, en relisant le témoignage essentiel de Yuri Bezmenov, ex-agent du KGB, qui en a averti l'Ouest dès 1985 :

Le bloc socialo-communiste :

• a sciemment mis en œuvre une politique globale de manipulation de l’opinion et des élites au niveau mondial.

• a conditionné les écoliers et étudiants occidentaux aux idéaux socialistes sur au moins trois générations. Cette tâche représentait selon lui 85 % de l’activité du KGB.

* a systématiquement recruté tous les faiseurs d’opinion à l’ouest pour l'influencer, dans le but de déstabiliser le monde non-communiste.

* a conditionné et “dé-moralisé” (perte des valeurs) des pans entiers de la société, devenus les “idiots utiles” du socialisme.

D'où ce commentaire un peu actualisé d'un spécialiste : Cette action permanente et gigantesque permet bien de comprendre pourquoi, en 2017, nous devons encore composer avec une gauche lunaire, pourquoi autant de profs formatés continuent de saper des générations d’écoliers, collégiens, étudiants etc. et pourquoi la lutte contre le socialisme marxiste, malgré toutes les preuves de sa nocivité, est toujours à l’ordre du jour.

En fait les communistes n'ont bien réussi qu'en Amérique du Sud, aux États-Unis et en Europe, avec le cas particulier de la France qui a été très contaminée du fait de son amour de la violence depuis la révolution française et de la glorification des exactions de la Commune. L'Afrique et l'Asie ont été très rétives.

Contrairement à ce qu'on croit, la France n'en a donc pas fini avec le socialisme anti-démocratique et violent.

Dans ces conditions on ne peut que regretter l'inertie mise à sortir de la crise économique provoquée par des institutions internationales et européennes dysfonctionnelles. Il faut se méfier de la colère du peuple d'abord et avant tout parce qu'elle donne du grain à moudre aux activistes des "avant-gardes" menant des combats d'arrière-garde, en pariant sur le pourrissement judiciaire, culturel, national, politique, économique et social du pays.

Ceux qui ont cru qu'on pourrait contourner le problème par l'Europe et la mondialisation, qui rend impuissante les politiques nationales et "les masses", n'ont fait qu'aggraver le problème. Ils sont désormais l'objet d'une accusation qui devient crédible de noyautage et de subversion comme la mouvance socialiste par les subversifs aux mêmes, ce qui doit les amuser.

Entre la démoralisation du peuple de gauche par l'Europe et la mondialisation, et celle du peuple de droite par les mouvances révolutionnaires marxistes, trotskistes, anarchistes, ou léninistes, doublées par un extrémisme criminel musulman, on comprend que le moral des Français ne soit pas au plus haut ces derniers temps.

 

Que penser du programme Macron ?

Commentaires rapides sur les mesures présentées dans le JDD

Moralisation de la vie publique et institutions :

- interdiction pour les parlementaires d'exercer des activités de conseil.

Si on veut définir des incompatibilités d'activité, il faut en priorité supprimer la possibilité pour un fonctionnaire d'être élu dans une assemblée qui fixe sa rémunération et ses conditions d'emploi et interdire de recevoir deux rémunérations de l'Etat. I

- fiscalisation de l'intégralité de la rémunération des parlementaires, notamment l'IRFM (indemnité représentative de frais de mandat). 

Démagogique. On ne fiscalise pas des frais mais des recettes. En revanche d'accord pour fiscaliser les revenus des parlementaires sans avantages particuliers.

- fin du régime spécial de retraite des parlementaires.

En effet toutes les retraites doivent être calculées prorata temporis. C'est vrai aussi pour la haute fonction publique.

- interdiction pour les parlementaires d'employer des proches ou des membres de leur famille. Un parlementaire sur cinq emploie un membre de sa famille.

La nature juridique de cette mesure est étrange puisqu'elle postule une inégalité devant l'emploi et une responsabilité collective de fraude. Ce pourrait être retoqué par le Conseil Constitutionnel. Mesure purement opportuniste. La politique a un coût. On ne peut pas le réduire à zéro. Mieux vaudrait donner des moyens institutionnels aux parlementaires pour faire leur travail. Comme aux Etats Unis ou en Suède.

- suppression au moins un quart des départements (au minimum 25 donc), là où ils peuvent être rapprochés de l’une de nos grandes métropoles.

Demi mesure incohérente. Où on supprime les régions, ou on supprime les départements. La vrai question est d'éviter les chevauchements de compétences et d'encadrer les dépenses des institutions qu'on conserve.

Globalement le Plan Macron sur ce chapitre  est très faible :

- Il ne traite pas du statut de l'élu et du coût de la politique.

- Il ne réduit pas le nombre excessif de parlementaires, interdisant de les rémunérer mieux et de leur affecter des moyens d'investigations plus importants.

- L'impact global est nul.

Sur le travail :

- organisation "de la vie économique et sociale au niveau de la branche et de l'entreprise". Les 35 heures pourront être assouplies par des "accords négociés majoritaires". - rétablir les allègements de cotisations sur les heures supplémentaires.

Il était tout à fait inutile d'inverser la hiérarchie des normes sociales. Il permettre plus de souplesse dans des" intervalles de normes"  négociés branche par branche et en effet supprimer l'emprise asphyxiante de l'Etat. Il faut réduire l'intervention du juge en cas de licenciement.

- instauration d'un bonus/malus pour les entreprises abusant des CDD courts.

Les CDD étant une réponse à la judiciarisation des relations sociales, une pénalité fiscale ne règle rien et envenime la situation.

- création d'un système universel d'assurance-chômage financé par l'impôt et piloté par l'Etat, ouvert aux entrepreneurs, aux agriculteurs, aux indépendants, aux professions libérales, ainsi qu'aux salariés qui démissionnent, dans la limite d'une fois tous les cinq ans. Dans ce cadre, suppression de la part salariale des cotisations chômage, en plus de la cotisation maladie, grâce à une hausse de la CSG d'1,7 point.

Autant il est légitime de faire financer la maladie (hors maladie professionnelle et accident du travail) par l'ensemble de la population et non plus par l'entreprise, autant il est totalement anormal de faire financer le chômage par les gens qui ne travaillent pas. Le faire par la CSG est la pire solution puisqu'elle revient à aggraver encore le taux marginal d'imposition qui pourra se rapprocher de 70%. Hollande revient Macron est petit bras !

Les frais de maladie sont déduits de l'impôt sur les sociétés. Le transfert sur des revenus déjà taxés permet de récupérer le l'IS en plus de la CSG. Augmentation hypocrite de la pression fiscale.

- hausse de la prime d'activité de 50%.

Achat de vote. Il faut supprimer la prime d'activité telle qu' elle est conçue et refonder l'ensemble des aides à la personne. 

- suspension du versement des allocations chômage après le refus de plus de deux offres d'emploi "décent", pour un salaire qui "n'est pas inférieur de plus de 20-25%" à l'ancien poste.

Fausse solution. la notion de décence n'existe pas. Solution injuste et inapplicable telle qu'annoncée. La décision de la personne ne doit pas être contrainte par une proposition d'offre. En revanche les allocations doivent être dégressives et les très hautes indemnités plafonnées. Il est absurde de payer à 6.000 euros par mois deux années de congés sabbatiques à des cadres supérieurs qui ont décidés de quitter leur employeur, avec en plus une forte indemnité transactionnelle.

- aides à la mobilité pour les chômeurs.

Bla bla bla. Risque des créer comme pour les transports médicaux une inflation de coût terrifiante.

- plan d'investissement de 50 milliards d'euros dont 15 milliards pour la formation des chômeurs et jeunes sans qualification.

La vraie question est de supprimer le système actuel de formation continue des adultes et de concentrer les budgets sur les personnels à reconvertir.

- création d'un système universel de retraite. En clair, Macron veut supprimer l'ensemble des régimes spéciaux,

Oui dans le principe mais attention aux modalités. La vraie question est le transfert des secteurs publics dans la sécurité sociale générale . Il faudrait alors que l'état verse des cotisations patronales.  Merci de nous dire où on prend l'argent !

- pérennisation du CICE (Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi) sous forme d'allègement de charges pérenne.

Abus de mot. Les allègements de charges sont un leurre puisqu'il s'agit simplement de transfert de charge. La question est sur quoi se fait le transfert. La seule solution est de limiter la dépense financée par les cotisations Et certaines cotisations ne sont pas transférables, comme les cotisations à la retraite.

- baisse de l'impôt sur les sociétés de 33,3 à 25% pour rejoindre la moyenne européenne.

OK mais qui paie ou sur quoi rogne-t-on ?

- transformation de l'ISF en "Impôt sur la fortune immobilière" (le patrimoine financier et en actions ne sera plus assujetti).

Mesure inique et sans efficacité. Il faut purement et simplement supprimer l'ISF qui est un impôt destructeur. la bourse est un secteur dangereux. Mettre de l'argent en bourse ne signifie pas automatiquement plus d'investissement. Macron a décidé de taxer à 30% les flux d'assurance-vie. le risque est dans la souscription des emprunts d'Etat surtout si les taux augmentent ce qui sera le cas et sera aggravé par le déplacement des capitaux. En fait on joue avec les repoussoirs fiscaux. Cela ne fera pas bouger d'un iota la production qui n'investit pas pour d'autre raison que le financement.  

Globalement le plan Macron manque  de cohérence et d'impact.

Sur l'éducation :

- autonomie pour les écoles "en termes de recrutement" au niveau pédagogique. Cette mesure, portée habituellement par la droite, doit permettre aux établissements de s'adapter à leur territoire.

Il faut que le directeur soit responsable de la qualité de l'équipe enseignante donc puisse recruter et licencier, en liaison avec un conseil. Parler seulement de pédagogie est un évitement.  

- prime de 3.000 euros net par an pour les enseignants en zone prioritaire Rep+.

Achat de vote. Revient à dire que l'immigration doit être mieux servie que les Français nationaux.

- dans ces zones, division par deux du nombre d'élèves en CP-CE1 pour qu'il n'y ait pas plus de 12 élèves par enseignant.

Ridicule. Tous ceux qui ont connu des classes de 50 élèves et plus dans les années cinquante savent que la réduction à ce niveau là n'a pas de sens.

- création de 4.000 à 5.000 postes d'enseignants.

Qui paie.

- rétablissement des classes bi-langues.

Effet d'annonce.

- le baccalauréat ne comportera que quatre matières. Le reste des matières seront soumises au contrôle continu.

Sans importance. la bac est une institution morte.

- rétablissement des études dirigées "partout", en mobilisant "les enseignants, des retraités volontaires et des étudiants". "Dans le parcours de tous les étudiants de France, il y aura ainsi un trimestre dédié à cette activité".

Le but des étudiants n'est pas de faire le répétiteur pour qui que ce soit mais de passer des examens difficiles. Les répétiteurs doivent être payés par les parents. Seul le secours aux décrocheurs volontaire doit faire l'objet d'une action publique particulière.

- interdiction de l'usage des téléphones portables dans l'enceinte des collèges et des écoles primaires.

En classe oui, mais sinon pourquoi ?

Impact global : nul.

Pour le pouvoir d'achat :

- exonération en trois ans de la taxe d'habitation pour 80% des foyers, pour un coût global de 10 milliards d'euros

Démagogie et achat de vote. Qui paie ? Crée un effet de seuil terrifiant qui nourrira la trappe à chômeur si le fait de travailler un peu sérieusement vous conduit à payer les taxes. Enorme injustice sur le seuil créateur d'énormes frustrations sociales. Tous les Français doivent payer une taxe d'habitation. Tous. Car tous bénéficie des dépenses publiques locales. la modulation oui ; l'exonération non. Et les budgets municipaux doivent être encadrés.

- revalorisation de 100 euros par mois de l'allocation adulte handicapé et du minimum vieillesse

Démagogie et achat de vote. Les revalorisations ne doivent pas dépendre de l'élection présidentielle mais de l'accroissement des richesses. Si le revenu par tête baisse il n'y a strictement aucune raison d'augmenter l'allocation en question. Il baisse depuis 2009.

Sur la sécurité :

- création d'une "police de sécurité quotidienne".

Bidon en l'état du droit. On n'arrête plus la petite délinquance. Le problème est d'abord judiciaire et accessoirement policier.

- création de deux nouvelles écoles de police. L'une de 1.000 places, l'autre de 500, pour la formation initiale et continue des agents.

Peut-être. N'est pas du niveau présidentiel.

- création de 10.000 postes de policiers et gendarmes.

Qui paie ? Largement un faux problème. Il faut revoir l'organisation, les temps de travail  et l'équipement. Si on laisse un délinquant récidiver inlassablement cela ne sert à rien de l'arrêter et de multiplier les agents.

- recréation d'un vrai renseignement territorial.

Blabla.

- création d'un état-major centralisé du renseignement rapportant directement au Conseil de défense auprès du président de la République.

Ce n'est pas l'Etat major qu'il faut fusionner mais les corps.

- création de centres pénitentiaires ad hoc pour les "foreign fighters". Et donc notamment pour les personnes revenant de Syrie.

Les Zadistes étrangers sont-il des foreign fighters ? Les français qui ont pris les armes contre la France doivent être tués là où ils l'ont fait, privés de leur nationalité, interdits de retour ou emprisonnés à vie.

- renforcement de la coopération européenne en matière de sécurité, création de 5.000 postes de policiers aux frontières au niveau de l'UE.

Macron règle toujours tout par des créations de postes de fonctionnaires. Qui paie ?

Sur l'environnement : 

- 15 milliards d'euros du plan d'investissement consacrés à la transition écologique.

Etatisme sans efficacité du fait des règles européennes.  

- réduction de moitié du nombre de jours de pic de pollution atmosphérique, grâce au remplacement des véhicules anciens via la création d'une prime de 1.000 euros pour l'achat d'un véhicule moins polluant, neuf ou d'occasion.

La Macronette ?

- rénovation d'un million de logements mal isolés.

Qui paie ? .

- d'ici 2022, 50% des aliments des cantines scolaires ou d'entreprises devront être bio, écologiques ou issus des circuits courts.

Mesure de sous secrétaire d'état à la population civile pas de président de la république.

- réduction à 50% de "la part du nucléaire dans (la) production d'énergie".

Arbitraire. Qui paie ?

Mais aussi...

- création d'un versement social unique (APL, RSA...)

Mais alors il faut supprimer la prime d'activité et les allocations chômage pour intégrer le tout. Quel est le montant ? .

- prise en charge à 100% des lunettes et prothèses auditives et dentaires d'ici 2022

Qui paie ?

- système à points pour l'attribution des logements sociaux

L'attribution des logements sociaux est une attribution des collectivités locales pas du président de la republique.

- Pass culture d'un montant de 500 euros pour chaque Français de 18 ans

Assistanat. Qui paie ?

- examen des demandes d'asile en moins de 6 mois, recours compris

Très bien mais si les pays d'origine ne veulent pas de retour et si les immigrés cachent leur identité ?

Au total :

- Macron veut favoriser la richesse qui se créé dans le monde de la finance. Il ne peut rien pour l'emploi puisque celui-ci dépends de la compétitivité des entreprises et qu'il n'y a aucune mesure en ces sens dans le plan cité.

- Le financement se fait sur l'épargnant, le propriétaire et le retraité. Merci pour eux.

- La dépense est partout aggravée.

- Demi mesures et mesures démagogiques forment l'essentiel du reste.

Ce plan n'a AUCUNE CHANCE de sortir la France de ses difficultés. Il n'y a aucune vraie réforme de structure. Aucun élément de diplomatie de la prospérité vis-à-vis de l'Europe et de l'organisation générale du commerce et des paiements internationaux.

C'est la simple continuation de la politique de Hollande dont on a vu l'échec. Alors que le candidat manque encore plus de soutien parlementaire. Il ne dit d'ailleurs rien sur les ministres qu'il recrutera : Belkacem et Taubira seront-elles sur la liste ? Il proposait 100 milliards d'économie sur la dépense publique. Après l'accord avec Bayrou on en est à 60 milliards. Après d'autres ralliements, on sera à 20. Et si l'élection réussit, face à la CGT ce sera zéro.

Programme de petit malin, comme Hollande, pas de véritable élan de renaissance. S'il est élu en profitant de l'opération que ses amis énarques ont mis au point en volant des documents détenus par des fonctionnaires du Trésor et en les communiquant aux juges et au Canard Enchaîné, son audience et crédit seront nuls.

Au total, pas de crédit, pas de soutien parlementaire et pas de programme convaincant. Le vide de son livre nommé par antiphrase "révolution" laissait craindre ce manque de vigueur. Il reste encore un peu de temps pour densifier un peu cette esquisse. La situation de la France exige des réformes autrement radicales.

Mais la France est la grande absence des discours de Macron qui préfère privilégier l'Europe, les indépendantistes de tout poil, et les minorités tout en niant au pays une culture particulière tout en expliquant que la France a commis des crimes contre l'humanité dans un pays où les militaires au pouvoir ont un lourd passé dans ce domaine.

On aurait espéré mieux.  

Pire que le CETA, le TFTEA

Les Etats-Unis veulent se substituer aux institutions multilatérales

On a vu que la traité commercial avec la Canada a poursuivi son chemin européen dans le dos des gouvernements et des peuples, pour être avalisé par le Parlement Européen. Rappelons que lors des élections européennes aucun des candidats n’a exposé de programme. On a voté pour des étiquettes. Etiquettes sans véritable sens, puisque le Parlement Européen cherche une certaine unanimité gauche-droite. Aucun des candidats élus ne s’est présenté en chantant « vive le CETA ». Ou quoi que ce soit d’autre. A droite, ils ont dit : « Je suis de droite et très européen, c’est pour cela qu’on m’a choisi comme candidat ». A gauche ils ont dit : « Je suis de gauche et très européen ». Idem pour les différentes nuances de centristes, toute fédéralistes. Jamais la moindre question sur le programme.

Rappelons que M. Hollande s’est opposé au CETA ainsi que toute la gauche auto-présentée comme « vraiment de gauche » ainsi que la droite de Fillon à Mme Le Pen. Le seul candidat aux prochaines élections présidentielles françaises  qui a souscrit au CETA sans même savoir ce que contenait le traité est M. Macron, qui a annoncé un soutien inconditionnel à l’Europe et à l’Euro avec des cris éraillés que d’aucun, naguère, aurait comparé à ceux du plus scabreux des cabris.

Il est intéressant de constater l’inexistence pendant ce processus de tout article ou émission dans les médias français, qui, de fait, ne couvrent pas le travail des institutions européennes.  Au moment où le CETA était discuté, une émission publique comme C’est dans l’air a traité 18 fois sur 20, sur le mode chasse à l’homme, le dossier de Mme Pénélope Fillon et jamais du CETA, comme si cela n’avait aucune importance.  Il faut dire qu’aucun des grands rapports économiques qui sont tombés récemment n’ont fait l’objet de la moindre analyse un peu poussée.

Il semble que pour les journalistes français, à quelques exceptions près, la question la plus importante soit aujourd’hui d’apprécier les effets électoraux de l’alliance phénoménale celée par un inconnu nommé Jadot et un ancien ministre, de toute petit envergure,  démissionnaire d’un gouvernement Hollande, ou de peser les risques et avantages électoraux, pour M. Macron, du ralliement d’un vieux ouistiti de la politique politicienne dont l’actif électoral est d’avoir pulvérisé façon puzzle les formations politiques qu’il était parvenu à diriger. Jouer au petit cheval électoral est sans conteste plus amusant que s’attaquer aux questions nationales et internationales les plus graves. 

C’est sans doute pour cela que personne en France ne connait la Section  701 du Trade Facilitation and Trade Enforcement Act de 2015. Le TFTEA est sans toute la législation américaine la plus significative de l’effondrement du monde rooseveltien mis en place à la fin de la guerre de quarante. Il annonce Trump avant Trump. Si vous en parlez, sans préciser les dates, vous constaterez que interlocuteurs ont tous la même réaction : « Ce Trump quel sale type, il est en train de tout casser ».  L’ennui est qu’il s’agit d’une loi Obama. La seule nouveauté est l’annonce par Trump qu’il va s’appuyer sur ses dispositions pour attaquer les pays avec qui les Etats-Unis ont un  déficit afin de pouvoir les soumettre à des sanctions diverses.

Il est à noter qu’aucun organe de presse français, ni aucun média radio diffusé ou télévisés n’ont jamais parlé de ce texte, en dépit de son caractère totalement abusif, nationaliste et hystérique. Seul Le Temps aura eu la bonne idée de soulever ce lièvre, parce que la Suisse se retrouve aujourd’hui dans le collimateur. 

Que dit donc ce TFTEA ?

La loi prévoit des outils  de reporting et de monitoring qui permettent de mesurer et de sanctionner les pays qui pratiquent une politique de change que les Etats-Unis considèrent  comme nuisibles aux intérêts américains. En fait, compte tenu du caractère structurellement déficitaire des comptes extérieurs américains, la seule question qui est examinée est la sous-évaluation alléguée de certaines monnaies. Le but est de forcer le « partenaire » en excédent à prendre lui-même des mesures visant à brider son excédent vis-à-vis des Etats-Unis. 

Les pays qui ne se soumettent pas peuvent faire l’objet plusieurs types de  sanctions :

-       Arrêt des financements américains

-       Arrêt des achats dans le pays

-       Action auprès du FMI

-       Blocage des négociations commerciales tant que la question monétaire n’est pas réglée 

Un conseil de neuf membres est chargé de faire des observations en fonction des statistiques et des faits relevés.

Ce texte a été voté définitivement le 24 février 2016 et donc a force de loi depuis un an exactement.

 

Ce texte en apparence peu problématique pose deux questions fondamentales :

-       Il appartient normalement au FMI de surveiller les relations monétaires internationales. Pourquoi faut-il qu’un pays particulier double son action ?

-       Les statuts du FMI condamnent et les gros déficits et les gros excédents. Pourquoi a-t-on toléré qu’ils enflent pendant quarante cinq ans et pourquoi les Etats-Unis ne parlent-ils que des pays en excédent ?

Même si le texte fait sa génuflexion devant les règles du  FMI, il montre que les Etats-Unis  sont prêts à imposer leur propre interprétation et veulent pouvoir agir de leur propre chef en dehors de tout contexte multinational. C’est une violation totale de l’esprit du monde voulu par Roosevelt à la fin de la seconde guerre mondiale. Le multilatéralisme est remplacé par l’analyse et l’action unilatérales des Etats-Unis.

Les Etats-Unis ne retiennent des statuts du FMI qu’une seule face : les gros excédents vis-à-vis d’eux. Mais ils laissent de côtés les gros déficits. Or les gros excédents et les gros déficits vont ensemble et ils sont le fruit à la fois de décisions dans le pays excédentaire et dans les pays déficitaires. Une politique équilibrée est d’agir sur les deux côtés à la fois. La loi viole les statuts du FMI tout en faisant semblant de les appliquer. Plus hypocrite, on ne peut pas !

C’était au FMI d’agir. Il en a les moyens. Mais depuis l’abandon des accords de Bretton Woods, après la voie de fait commise par les américains qui ont refusé d’honorer leur engagement de conversion en or des créances internationales en dollar, ce qui s’appelle un défaut, les changes flottants sont censés fixer le cours des devises. En vérité le marché des devises est totalement entre les mains d’un très petit nombre d’opérateurs comme quelques scandales récents l’ont montré, et la flottaison créée une instabilité artificielle.

Si les résultats ne sont pas conformes aux intérêts américains, c’est, pour les Etats- Unis, qu’un pays voyou trouble le libre jeu du marché. Tout cela est une fable puisque le dollar est la monnaie du monde et finance les transactions internationales. Il faut donc un déficit américain pour fournir la liquidité internationale. Ce défaut est structurel et non lié à l’action de vilains à sanctionner.

Les Américains se croient suffisamment forts pour avoir le beurre et l’argent du beurre : la monnaie internationale qui leur permet de financer leur déficit dans leur monnaie ; l’obligation pour les autres de corriger inlassablement la contrepartie de ce laxisme abusif. De même qu’ils se savaient assez forts pour imposer au monde le non remboursement en or de leurs dettes. Au passage, si un pays quittant l’euro proposait de rembourser sa dette internationale dans sa monnaie nationale, ce serait faire exactement comme les Américains en 1971. 

Conformément à la loi les autorités américaines viennent de produire leur première revue du comportement de leurs « partenaires ». On peut le lire à l’adresse ci-dessous.

 https://www.treasury.gov/resource-center/international/exchange-rate-policies/Documents/2016-10-14%20%28Fall%202016%20FX%20Report%29%20FINAL.PDF

Plusieurs pays ont été ciblés dont la Suisse et l’Allemagne. On sait que Schaüble, le ministre des finances allemand,  a déjà répondu au rapport en expliquant que le change de l’Euro lui échappait complètement. La BCE est indépendante, n’est-ce pas ?  La Suisse, elle,  déjà lourdement sanctionnée à plusieurs titres par le gouvernement américain, s’inquiète sérieusement.

Très clairement une guerre est en cours qui vise à imposer aux partenaires créditeurs des Etats-Unis d’accroître de facto leurs importations américaines.

Plus grave, les Américains se flattent d’avoir imposé leurs vues aussi bien au FMI, que dans les différents G, G7, G8, G20, ainsi que lors de la discussion de plusieurs traités comme le Traité Transatlantique.

Nous considérons cette soumission à la puissance américaine comme choquante et  inacceptable.

 

La bonne réaction devrait être la suivante :

 

-       Nulle monnaie nationale ne peut être la monnaie de facto du monde, car sinon les déficits deviennent automatiques

-       Les changes flottants ne fonctionnent pas et ont permis d’énormes excédents et d’énormes déficits conjoints, en violation des statuts du FMI. L’idée que les marchés donnent une image pure et vraie des changes est totalement fausse et le sera toujours quand une banque centrale peut émettre un montant de monnaie supérieur au PIB d’un pays et que l’Etat collecte plus ou moins la moitié du PIB.

-       L’effort doit venir également des pays en déficits et de ceux en excédents

-       Il faut recréer un système monétaire basé sur les changes fixes et un mécanisme automatique de sanction des grands excédents et des grands déficits. Par exemple 15% de l’excédent serait prélevé par le FMI et 10% des déficits. Les sommes collectées serviraient à alimenter un fonds de stabilisation permettant de vaincre toute spéculation.  

-       Ce même mécanisme doit être instauré au sein de la zone Euro : avec une pénalisation un peu plus forte compte tenu de la difficulté des ajustements (on ne peut plus dévaluer).  Des pénalités de 30% pour les gros excédents et 15% pour les pays avec de gros déficits seraient raisonnables.

En attendant, il faut cesser de passer tout accord commercial tant que l’objectif monétaire n’est pas atteint. C’est pour cela que l’affaire du CETA est grave. La France et l’Europe n’ont rien fait rien dit et cette soumission a empêché que la question monétaire soit posée.

Les Etats Unis ne peuvent pas dire que l’Europe n’a pas le droit de lier monnaie et commerce : leur propre texte institue cette règle !

Il y a bien là une voie de sortie de la crise.

Personne dans les médias français n’en parlera. Je ne suis même pas sûr que, dans les allées des pouvoirs européens, il existe une seule personne sensibilisée à cette problématique. Ignorance et soumission sont les tétons de la France et les mamelles de l’Europe.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

La tragique actualité d'Alfred Sauvy

Il est probable que plus personne ne connaisse Alfred Sauvy. Socialiste, il n’en croyait pas moins aux vertus de la rationalité. Très vite, il avait été confronté aux erreurs monstrueuses d’analyse économique de ses amis, reprises en chœur par le gros du peuple et de leurs dirigeants. Mythologie de notre temps – Paris 1965 : Payot est son essai le plus abouti. Tout dirigeant et tout citoyen souhaitant comprendre un minimum les phénomènes économiques devraient le connaître par cœur. Les mythes économiques ont ceci de commun avec le chiendent qu’ils repoussent inlassablement si on ne les arrache pas avec énergie. Et plus personne ne le fait. Le délire qu’est devenue l’élection présidentielle s’accompagne d’une floraison d’erreurs grotesques mais généralement admises. Tout le savoir et toute l’énergie que la crise de 1929 avait permis d’accumuler pour éviter les drames économiques semblent perdus.

D’un côté, les grandes institutions, prises à revers par les décisions américaines de l’été 1971, totalement contraires à leurs statuts, se sont trouvé une religion de substitution dans le culte des trois libertés de mouvement (produits et services, personnes, capitaux) et s'emploient à les promouvoir sans en canaliser aucune et sans tenir compte des réactions des peuples devant les conséquences (crises financières à répétition, endettement colossal, perte de croissance, identités nationales malmenées, démocratie vidée de son sens). De l’autre, les peuples ont perdu confiance et se laissent aller à toutes les erreurs, encouragés par des démagogues de tout poil, dont le point commun est une ignorance économique abyssale ou une parfaite malhonnêteté intellectuelle.

Alors, il est bon de relire Sauvy, comme cela, en cachette, comme on lisait jadis des livres licencieux dans les petits endroits, car s’afficher avec de tels écrits ne peut être considéré aujourd’hui que comme la preuve de multiples péchés. Chut !!!

Faisons quelques incursions dans la licence en citant quelques phrases de L’économie du diable Calmann-Levy, 1976, au titre si merveilleusement précurseur. L’auteur avait 78 ans. Comme Maurice Allais, il a vu dans son grand âge que l’on avait perdu le contact avec la réalité et qu’on en revenait bêtement à tous les drames qui avaient stimulé sa révolte intellectuelle et sa vie de travail après la crise de 1929.

« Comment a-t-on pu tomber si bas dans la non-connaissance ? S’agit-il de la peur de l’opinion, de la crainte de plus en plus vive d’être traités de technocrate. Il ne semble pas ; la sincérité jointe à l’impuissance joue un grand rôle dans cette attitude ».

Peut-on écrire une phrase plus actuelle. L’impuissance devant les trois grandes composantes de la Crise, la perte de croissance, les crises périodiques dévastatrices, et la montée d’une dette délirante, et leurs résultats, le chômage de masse, la fiscalité sans limite et la baisse du revenu par tête, est le moteur principal des dérèglements politiques et médiatiques que l’on constate aujourd’hui. L’argument populaire le plus général en faveur des Le Pen est qu’on ne les a pas essayés et que tous les autres ont échoué. La Youpi politique de Macron est l’autre versant du même sentiment d’impuissance.

-        Vous aimez le blanc ? Youpi !

-        Vous aimez le noir ? Youpi !

-        Mais, attendez, le noir n’est pas le blanc ! Que voulez-vous ?

-        Il faut que le noir aime et respecte le blanc et que le blanc aime et respecte le noir. On transcende et Youpi !

Et cela sur tout sujet. La transcendance, dans ce cas, est la fille adultérine de l’impuissance.

Si Alfred Sauvy avait pu voir à quel niveau de non-connaissance on est tombé, il considérerait que les erreurs de la période de son livre étaient des bluettes !

Écoutons-le encore :

« Poussée par l'opinion, par les syndicats et par l’ignorance générale, et malheureusement par des experts, la politique dévie dans le sens de la pauvreté ».

Nous en sommes à environ dix millions de pauvres trente ans après. L’économie du diable est bien installée. Les syndicats ont donné leur pleine mesure en 2016. Les experts, on en a étudié quelques-uns sur ce blog, sont toujours plus nombreux à pérorer dans l’insignifiance et dans la recherche d’honneurs médiatiques garantis par la conformité à l’erreur commune ou l’évitement des sujets qui fâchent. Quant à la politique, il suffit de lire les propos d’un Hamon, pour constater que la pauvreté généralisée est son mantra.

« La soumission générale au visible et au superficiel, dans une époque scientifique qui entend partout pénétrer le fond des choses, atteint ici une intensité exceptionnelle ».

Qui peut nier que le mot soumission est la clé de l’époque en France ? Avec le « complotisme », il forme le couple tragique qui danse en tourbillon dans les médias nouveaux comme désormais dans les anciens.

Quand, dans la même phrase, un candidat explique que les robots créent désormais la richesse et qu’il faut la redistribuer par la force de l’Etat et non plus par les exigences du travail, tout en expliquant qu’un impôt contre les robots est indispensable, que personne ne parte d’un rire homérique et qu’au contraire, des éditorialistes s’extasient devant la promotion d’un penseur poly cosmique du niveau Ceaucescu au moins, démontre qu’en matière « d'intensité exceptionnelle » le bon Alfred n’avait pas encore tout vu.

Quand inlassablement, d’abord dans les camps écologiques et maintenant à peu près partout, on soutient que les solutions sans productivité sont les meilleures car elles garantissent la création d’emplois nombreux, et que pas une seule voix autorisée ne s’élève pour crier sa honte devant tant de sottise, le bon Alfred n’aurait même pas pu l’imaginer.

« L’extrême sensibilité de l’opinion au fléau du chômage crée les conditions d’un bourgeonnement d’illusions. Mythologie, croyance, dogmes malins sont une seconde nature. La réalité n’est pas simplement éloignée des apparences, elle est à l’opposé », écrit Sauvy qui ajoute : « L’erreur durcit en dogme ». Qui pourrait le nier aujourd’hui ?

La mythologie se voit, selon Sauvy, dans trois aphorismes jamais contestés que tous considèrent comme allant de soi :

-        Le chômage est un phénomène nouveau nourri par l’industrie (on dirait aujourd’hui, nourri par la mondialisation)

-        Il est alimenté par le progrès technique qui remplace l’homme par la machine (on dirait aujourd’hui : « par les robots, le numérique et Uber »)

-        « Le nombre d’emplois existant sur le territoire est limité et a même tendance à diminuer. Tout au plus reste-t-il le même grâce à la création de postes de fonctionnaires et la production d’armement ».

Conclusion : « Dans ces conditions, tout accroissement de la population est défavorable ». Le malthusianisme devient le fondement de la vie politique. La réduction des aides familiales ces dernières années et la baisse corrélative des naissances sont un des marqueurs de la politique de M. Hollande. Mais aussi de l’époque. Sauvy avait tout vu.

Autre constat fondamental qui reste d’une actualité évidente :

« Toute somme, privée ou publique, consacrée à payer des improductifs paraît réduire le chômage, alors qu’elle l'entretient au comptant et l’augmente à terme proche ». Rappelons que Sauvy est socialiste ! Mais il est sérieux. L’improductivité n’a JAMAIS créé de l’emploi. Au contraire elle a TOUJOURS créé du chômage. Qu’on analyse sous cette lumière la proposition de revenu universel sans travailler !

Le livre consacre des réflexions sur les économistes publics : fuite devant l’analyse de la réalité ; tendance à l’échappement dans la mathématique ; contradictions permanentes pour complaire à l’opinion et ne pas trop risquer dans des propositions certes vraies mais contraires à ce que les donneurs de mission attendent. D’où ce constat terrible : « L’impuissance des économistes s’accentue constamment ». Les économistes sont devenus en 2017, pour l'opinion publique, comme les ordres mendiants naguère, « innombrables et inutiles à la foi ». Tout était écrit dès 1976 !

Sur mille autres sujets actuels, Alfred Sauvy développe des idées qui aujourd’hui, en France, ne peuvent même pas être exprimées :

-        « Quelle que soit la durée moyenne du travail l’égalité n’est pas recommandable ni dans le temps, ni entre les branches. Toute rigidité est cause de chômage. Si aucune soupape ne fonctionne, l’équilibre se fait par le chômage ».

-        Le service militaire est une cause de chômage car il stérilise des classes d’âge qui ne peuvent plus produire. Comme les emplois s’échangent contre des emplois, la perte économique est immédiate et s'aggrave des coûts de fonctionnement (les coûts ne créent pas d'emplois s’ils ne créent pas de produits). Autant pour ceux qui défendent le service civil comme une manière de régler le chômage des jeunes.

-        L’auteur dénonce déjà la « tragédie des impôts locaux ». En 76, ces impôts avaient déjà été multipliés par quasiment cinq en francs constants en 18 ans. La tendance ne s’est pas inversée dans les quarante années suivantes. Au contraire on a constaté une véritable explosion des dépenses, des recrutements et des prélèvements. La régionalisation a été une source de croissance démente des budgets improductifs. Sauvy démontre aisément que cette évolution est antisociale et la source d’une hausse massive du chômage. Quel économiste officiel reprend aujourd’hui ses démonstrations et alerte inlassablement sur ces dérives alors que tout était écrit ? L’hyper chômage actuel est largement l'enfant de la décentralisation et de la poussée des dépenses des collectivités locales. « Placés devant les faits, les plus soucieux du bien public hésitent à admettre une vérité aussi dure ». D’où ces inlassables discours sur le caractère heureux de la création de fonctionnaires en région « pour faire face au chômage » et la véritable révolte contre les propositions de F. Fillon proposant de s'attaquer enfin sérieusement à cette cause majeure de chômage.

Le message principal de Sauvy a toujours été l’inadaptation entre structure d’emploi souhaitée et structure d’emploi offerte, et surtout le malthusianisme dans sa définition réduite : l’étouffement démographique et le vieillissement de la population. « Quant aux générations creuses qui naissent en ce moment (1 976) elles seront accablées de lourdes charges de vieillesse et ne trouveront ni les ressources ni les ressorts pour reconstituer une jeunesse. Le cycle du vieillissement sera, dès lors implacable ».

Quarante ans après, nous y sommes en plein. Comme disait Maurice Allais « ce qui doit arriver arrive ».

Rueff, Sauvy, Allais, ces grandes voix ont toutes expliqué une fraction de notre désastre. Elles sont certes des voix du passé et accessoirement de polytechniciens (aujourd’hui honnis comme membres des élites mondialisées). Il est à noter que tous les trois ont fait, en leur temps, des choix non naturels pour leurs corps en choisissant de s'attaquer à la crise de 1929 qui pour eux étaient le scandale majeur de leur temps et à l’économie qui était encore moins une science qu’aujourd’hui. Tout n’est pas à retenir dans leurs réflexions. Mais on y trouve, quand on les relit tous, de quoi comprendre tout, ou presque, de nos délires contemporains et de leurs conséquences.

Trump : une dénonciation raisonnable des énormes déséquilibres mondiaux ?

Non car il ne voit pas que les Etats-Unis en sont la cause...

Depuis 1997, date à laquelle nous avons commencé à nous exprimer en public, nous ne cessons de répéter : "attention à la colère des peuples". Reprenant le message de Maurice Allais et avant lui de Jacques Rueff, nous avons tenté d'avertir que les dysfonctionnements graves du système monétaire international et l'idéologie de l'ouverture maximale aux libertés économiques sans aucune organisation régulatrice, sinon quelques producteurs de règles marginalisés et sans importance pratique, menaient à une crise économique permanente et à la colère des peuples.

Nous avons défini la crise comme la conjonction de trois évolutions destructrices : la baisse du trend de croissance, la violence de plus en plus grande des crises périodiques et l'envolée de la dette. Nous avons condamnée la création d'une "économie baudruche" résultant du recyclage des énormes déficits et excédents extérieurs que les autorités mondiales ont laissé se perpétuer en dépit des statuts formels du FMI, article 1, et des nombreuses explications de la crise de 1929 basées sur le développement de tels déséquilibres.

Alors oui, les déficits monstrueux sont bien au cœur du problème économique mondial.

Lors que Trump "cuicuite" que ces déficits sont intolérables et met en cause l'Allemagne et la Chine, voire le Mexique et le monde entier, il touche un nerf à vif. Mais réaction inflammatoire n'est pas raison. Les excédents monstrueux sont la contrepartie des déficits américains monstrueux. Et il y a déficits monstrueux parce que le dollar est la monnaie du monde et que les Etats-Unis abusent de ce privilège depuis 1971. En faisant sombrer pour des raisons exclusivement politique et militaire les accords de Bretton Woods et en détachant le dollar de l'or, tout en annonçant que leur puissance leur permettrait une politique sans frein de "benign neglect", en bon français de négligence criminelle, ils sont les premiers responsables de  l'instauration d'un système qui ne tient pas compte des leçons de la crise des échanges mondiaux de 1918-1940 et qui ne pouvait que s'effondrer. 

Il appartenait aux pays européens et aux autres pays du monde de protester contre le système des changes flottants et des hyper déséquilibres. Ils ne l'ont pas fait. Pour les alliés des Etats-Unis, par soumission pure et simple. Cela a donné les accords de la Jamaïque source de toutes les difficultés ultérieures. Quant aux pays libérés du socialisme, le modèle allemand et japonais leur a paru le meilleur : construire leur croissance sur la captation de la production mondiale  en profitant de la pauvreté de leur travailleur, en accumulant les excédents  contrepartie des déficits américains.

Au lieu d'avoir cherché une croissance homothétique, on a pratiqué une croissance substitutive. L'Allemagne a totalement capté l'industrie mécanique en Europe et verrouillé une grande partie de ce secteur dans le monde entier. L'Inde et le Pakistan ont capté  des secteurs entiers du textile et du médicament.  Le Japon tient des secteurs industriels entiers, comme les motos, la photo et l'électronique grand public. La Chine est devenue l'atelier du monde. Cette politique a accru les déséquilibres et la vulnérabilité économique.

Les énormes excédents, alimentés par les énormes déficits américains, ont créé une liquidité effarante parce qu'il fallait bien faire quelque chose des dizaines de milliers de milliards de monnaie accumulée. La finance internationale les a recyclés dans les pays déficitaires provoquant une montée inexorable de la dette globale. Ne trouvant plus à s'employer dans la création de richesse, les dettes ont alimenté des "créations de valeurs" détachées de la production. Bien sûrs ces bulles ont toutes fini par éclater.

La situation de Trump est impossible. Il ne peut  dénoncer que les excédents des autres alors qu'ils sont jumeaux des déficits américains. Il ne peut en aucun cas envisager une réorganisation du système monétaire mondial  basé sur l'introduction des changes fixes et  l'interdiction des grands déficits autant que des grands excédents, avec création d'une monnaie de compte internationale différente du dollar.

Donc tout cela ne peut conduire qu'à des désordres et des discordes.

La réponse de l'Allemagne est parfaitement débile : "si nous avons des excédents, c'est à cause de la BCE et du change trop bas de l'Euro. Rien à voir avec nous". Mais pas un mot sur les excédents monstrueux de l'Allemagne au sein même de la zone Euro.

La révolte électorale des peuples occidentaux vivant en démocratie a eu comme conséquence de mettre à nu la cause principale de la crise : les énormes déficits et excédents croisés que l'on retrouve aussi bien dans la zone Euro que dans le monde. A ce jour cela n'a eu comme conséquence que des propos sur la responsabilité des autres de la part des Etats coupables, puissants, sûrs d'eux-mêmes et dominateurs.

Il est clair qu'on ne peut en sortir que par la création d'un système global qui pousse structurellement à l'équilibre des échanges, donc au retour de changes fixes mais ajustables avec une tension internationale pour agir dès que les déséquilibres se forment.

Il appartient au FMI de mettre en avant l'article 1 de ses statuts et de proposer les voies et moyens d'un retour à un système équilibré.

Il aurait été aussi nécessaire que la France porte la voix de la raison. Mais dans l'état où elle se trouve, probablement le plus navrant  de son histoire récente, elle préfère discuter des préférences sexuelles d'un certain Monsieur Macron, dresser des piloris médiatiques débiles, pousser l'exaspération de tous, trouver d'une extrême intelligence que l'on dise dans la même phrase que les robots ouvrant une période où le travail humain ne trouvera plus de rôle et qu'il faut distribuer un revenu universel et taxer les robots, c'est-à-dire supprimer la source de la production redistribuée, où les hauts fonctionnaires violent leur mission pour sauver leurs privilèges, où les juges violent le droit qu'ils sont chargés d'appliquer et où les policiers enfoncent mais par accident une matraque télescopique  dans le fondement des délinquants.

Jamais la France n'aura été plus inutile au monde, prolégomènes d'une sorti e de l'histoire aussi médiocre que ses dirigeants, ses journalistes, ses hauts fonctionnaires, ses enseignants d'université et que la mentalité publique  qui prévaut .

Jamais le monde aura été plus près du diagnostic de la crise et plus loin de la solution.

Des chiffres catastrophiques

Le risque est désormais l'effondrement


 

 

 

L'Enarchie contre la République

Affaire Fillon : un coup d'Etat ?

Depuis des lustres nous luttons contre cette déviation française que nous appelons l'Enarchie Compassionnelle.

Nous considérons que la capture du politique par la haute administration a introduit un biais anti démocratique qui est à l'origine de l'extension sans fin de la sphère publique, de la dépense publique, de l'impôt et de la dette. Pour éviter que cela ne continue ainsi, nous avons proposé de tout temps deux mesures radicales :

- l'interdiction d'être élu dans une assemblée qui fixe votre rémunération et conditions d'emploi.

- l'interdiction de recevoir deux rémunérations de l'Etat.

L'Enarchie a vu sa domination aggravée par son emprise sur la sphère bancaire. Les médias sont devenus directement la proie de l'Etat, avec une expansion sans fin de son champ (voir la création de la télé France-info juste au moment de la campagne présidentielle avec des journalistes intégralement marqués à gauche. Les médias restant sont devenus la proie des banques, donc, indirectement, des hauts fonctionnaires. Le CSA est présidé par un ami de promotion à l'ENA du Président de la République. Du coup l'Enarchie s'est instituée en système de tutelle pratiquement complet. La pensée, l'investissement, le revenu et le patrimoine des Français sont entièrement contrôlés par la Haute Administration française.

Cela nous a valu depuis Giscard, une suite ininterrompue de premiers ministres et de président provenant de l'ENA. Chacun a la liste en tête. N'y revenons pas.

La novation tout à fait extraordinaire que révèle l'affaire Fillon, est la cristallisation de l'inquiétude de l'Enarchie devant la défiance populaire et sa volonté de maintenir son pouvoir coûte que coûte au mépris de tout respect démocratique. L'Enarchie montre soudain et explicitement un caractère factieux.

Cette conclusion s'impose inexorablement quand on analyse l'origine, la nature et le sens de l'attaque politique menée contre François Fillon.

Il n'y a plus guère de doute sur l'origine de l'opération. On se souvient qu'au début du quinquennat de M. Hollande, un certain nombre d'attaques ad hominem avaient été préparées dans le bureau même de M. Hollande. Un article de Franz Olivier Giesbert  avait été très explicite sur cette dérive jamais vue. Jusque là, le pouvoir laissait jouer des officines et ne se mêlait pas de piloter en direct des attaques personnelles. A cette époque le conseiller du Président était M. Macron. On a vu avec l'affaire Jouyet, déjà montée contre Fillon, que l'habitude était invétérée. L'Enarque Jouyet a accepté de mentir sur ordre de l'Enarque Hollande, déjà pour casser politiquement Fillon.

L'information sur les rémunérations versées par les députés, dans le cadre d'une procédure légale de financement de leur action politique, est entièrement connue du Trésor qui sait tout depuis l'origine de la loi qui l'a instituée. Par convention tacite cette information est considérée comme confidentielle, afin d'assurer la séparation des pouvoirs. La politique coûte cher. Le Parlement a des droits et ses membres disposent de mécanismes pour couvrir leurs frais de représentation et d'action politique. L'exécutif, normalement, n'a pas à interférer dans le travail du législatif. Les députés et les sénateurs ont la liberté d'employer comme ils le jugent bon les budgets alloués.  Sauf acte pénal phénoménal, la Justice, toujours au nom de la séparation des pouvoirs ne cherche pas à connaître de l'action politique des parlementaires.

Seul le Président de la République pouvait couvrir le viol de cette règle républicaine. La règle elle-même est plutôt normale. Rappelons le, l'action politique a un coût. En revanche si tous les députés sont menacés de divulgation de leur mode d'organisation par les hauts fonctionnaires politisés du Trésor, la République en prend un coup. L'équipe Hollande-Macron a violé une règle importante  et a forcé la collaboration de l'administration des finances et notamment celle d'agents du Trésor.

L'Enarque François Hollande a donc monté avec l'Enarque Emmanuel Macron, et son ami et collègue de promotion l'Enarque Gaspard  Gantzer  un dossier constitutif du viol du secret parlementaire de facto imposé par la séparation des pouvoirs, à partir des informations fournies  par l'Enarque Thomas Cazenave en liaison avec les hauts fonctionnaires du Trésor. Le Mardi 9 Janvier, Gaspard GANTZER a remis le dossier au Canard Enchaîné. Un certain nombre de journalistes ont été mis dans la confidence ainsi que des juges socialistes nommés par Mme Taubira au Parquet financier. Pour donner plus d'importance au dossier, le Canard Enchaîné avait été envoyé préalablement sur la piste de la propriété de François Fillon afin d'accréditer l'image d'un satrape richissime vivant au château. Des journalistes de France Inter avaient été pareillement sollicités pour monter un relais avilissant autour de cette information. C'est ainsi qu'on entendit une "humoriste" belge expliquer que "la révolution n'avait pas assez tué" et qu'il restait encore des Ci-devants à raccourcir. Une énorme campagne de presse a été enclenchée par ailleurs, tous azimuts.

Cette campagne ne sert que la candidature d'Emmanuel Macron, qui, dans l'affaire, avilit son action. En marche, d'accord, mais pas de cette sinueuse façon. Nous avons toujours pensé que la candidature Macron était préparée depuis longtemps par  F. Hollande, avec deux débouchés possibles :  rabattre les centristes vers Hollande s'il pouvait tenter sa candidature ou permettre aux Hollandais de conserver le pouvoir via la candidature Macron dans le cas contraire.

Il n'y a donc aucune interrogation sur la source de l'opération, son bénéficiaire et ses acteurs.

Il n'y en a guère plus sur la nature de l'opération qui a été menée.

L'équipe Fillon a jugé qu'il s'agissait d'un coup d'Etat. Le mot est fort. Mais il n'est pas totalement inadapté. Violer le principe de séparation des pouvoirs, d'autonomie et de responsabilités des parlementaires peut être légitimement considéré comme une atteinte aux principes de la République. C'est l'équivalent d'un pronunciamiento militaire, version civile. La forfaiture des fonctionnaires du Trésor  qui ont accepté de jouer le jeu de la transmission d'informations confidentielles est du même ordre que celle de colonels félons mettant leur troupe à la disposition d'une junte. L'énormité des relais dans les banques liées au pouvoir et aux journaux sous dépendance bancaire directe, démontre que cette opération a été conçue d'entrée de jeu comme une mobilisation de toute la haute fonction publique et de ses affidés dépendants. De même qu'on avait vu toute une presse relayer les injures initiées dans le bureau de François Hollande contre Bernard Arnaud puis Depardieu, les mêmes ont remis le couvert puissance 100. L'immensité des ramifications du coup, son caractère totalement contraire à la démocratie, s'agissant d'empêcher le déroulement normal d'une élection présidentielle,  et le dévoiement d'une partie importante du saint des saints de la haute fonction publique,  font de cette attaque  un acte d'une gravité extrême de nature de porter un coup très dur au pays et à son caractère démocratique.

Maintenant qu'on sait qui a conçu ce coup et quelle est sa nature, il devient facile d'analyser les objectifs sous-jacents de l'opération.

L'Enarchie compassionnelle était en danger. L'effondrement national qui a vu la France sombrer dans à peu près tous les domaines a conduit à l'élimination des Enarques des partis à chaque fois que le peuple a pu s'exprimer. A droite, Copé et Juppé ont été sèchement renvoyés à l'automne. Le choix de Hamon marque la fin de la primauté énarchienne au PS. Il est intéressant de noter que dans les deux camps, ce sont des attachés parlementaires sortis du rang avec des diplômes modestes (droit pour Fillon, Histoire pour Hamon). qui l'ont emporté. L'Enarque Huchon a été éliminée lors des régionales à Paris.

Le mouvement anti élite est largement la conséquence du mépris et du ressentiment nourris par les Français vis-à-vis des privilèges de la fonction publique et de son élargissement sans limite, sa morgue, ses dettes et sa fiscalité. Les pertes qu'ont dû  rembourser les contribuables touchent tous les secteurs publics et la banque. L'Enarchie a pillé l'usager et le contribuable au-delà de toute raison.

La candidature de François Fillon représentait un danger mortel pour l'Enarchie : convergence obligée des systèmes sociaux avec le système général, réduction massive des missions publiques, sabrage des effectifs de fonctionnaires et surtout, affront innommable, l'annonce qu'on toucherait à l'organisation des corps de l'Etat, inutilement nombreux et fractionnés.

François Fillon n'est pas devenu l'homme à abattre principalement pour des raisons politiques ordinaires, mais parce qu'il annonçait la fin du régime anormal de capture de la démocratie française par les hauts fonctionnaires devenus féroces ponctionnaires.

Le "coup" tenté par Hollande et Macron, est toute proportion gardée, de même nature que celui qui a frappé Erdogan en Turquie. Les militaires turcs n'ont pas accepté de voir leur domination définitivement enterrée. Les hauts fonctionnaires français n'acceptent pas de perdre le pouvoir politique en France.

S'ils réussissent, c'est la mort définitive de la France comme pays libre, démocratique et créatif  qui s'annonce. L'étranglement fiscal du pays continuera pour faire vivre quelque temps le monstre bureaucratique français et les privilèges extravagants des fonctionnaires. On verra une fuite hors de France de toute la bourgeoisie créative qui le peut et le développement incontrôlable du chômage que les hauts fonctionnaires tenteront d'inactiver politiquement par des lâchers d'argent indécents.

Le programme d'Emmanuel Macron correspond très exactement aux objectifs du "golpe". Avec lui  l'énarchie restera au pouvoir. Aucune réforme des différentes bureaucratie n'aura lieu. Le champ de l'Etat ne sera pas réduit. Il faudra simplement sauver les apparences.

Le pacte passé avec la Banque et de très grandes fortunes (voir la position d'un Cicurel, qui préfère un arrangement fiscal dans le silence des cabinets et pas de réformes qui troublent l'ambiance) veut que Macron fasse les quelques réformes nécessaires pour éliminer ce qui pénalise les très gros intérêts transnationaux. On se financera sur les retraités, sur le capital immobilier et sur le vol de l'assurance vie. Ce qui s'annonce  pour les classes moyennes et supérieures, pour les retraités, pour les propriétaires immobiliers, est catastrophique. Crève le pays pourvu que la haute fonction publique reste intouchée et alliée avec le grand capital international source de reclassements ultimes fructueux.

On ne saurait trop conseiller à François Fillon de résister et de tout mettre en œuvre pour parer le coup sans fioritures et bien le comprendre pour en dénoncer la vraie nature auprès des électeurs.

Il a commencé à réagir hier. Il devrait aller plus loin et  assumer :

- que la politique a un coût et que les moyens légaux mis à disposition  sont de la seule responsabilité des parlementaires.

- que la séparation des pouvoirs est indispensable.

- qu'une forfaiture a été commise par des fonctionnaires du Trésor dont la responsabilité sera recherchée.

- que François Hollande a une fois de plus montré son goût pour la transgression  mais que c'est désormais la démocratie qu'il transgresse

- que Macron est l'agent de la réaction des énarques politiques en voie d'élimination du jeu démocratique

- que sa mission est de permettre la restauration de l'énarchie et que son programme est de faire payer cette ignominie anti démocratique  par les retraités et par les propriétaires immobiliers.

- que le résultat sera la mort de la France en tant que pays libre et indépendant. 

Au-delà de sa personne, c'est la démocratie qui est en cause. Il en est devenue le défenseur, volens nolens. La "youpi  démagogie" de Macron qui lui fait crier comme un cabri Vive l'Europe, Vive les régions, Vive les indépendantistes corses, bretons, ou basques,  Vive les musulmans et le muticulturalisme, Vive l'émiettement parlementaire, Vive la proportionnelle, Vive tout , est un piège électoral grossier.

Il n'y a pas d'avenir pour la France avec Macron et l'Enarchie compassionnelle restaurée au pouvoir. De même que le général de Gaulle a eu raison de mettre fin au pronunciamiento militaire de Salan, Challe, Zeller et Jouhaux , il faut que le Peuple Français mette fin au coup de force réactionnaire de l'Enarchie.

Mais qui aurait cru la haute fonction publique politisée du côté socialiste capable d'un prononciamento ? Et avec des moyens aussi détournés et sordides ? Et qui aurait cru qu'autant de journalistes, dans autant de media, ne soient plus que des aboyeurs heureux de leur laisse et frétillant dans l'ignominie au service des petits maîtres qui les nourrissent ?

Il y a bien un suicide français.

PS : quelques articles évoquant l'Enarchie Compassionnelle

 

Le dernier livre de l'IFRAP : "Ce que doit faire le (prochain) président" (25 janvier 2017 13:46)
Faut-il supprimer l'ENA ? (3 septembre 2016 15:35)
Michel Rocard : l’enterrement d’une illusion (12 juillet 2016 10:58)
J. Peyrelevade : un éclair déchire le ciel bleu de l’Enarchie (10 mai 2016 11:08)
France 1974-2015 : les leçons d'un désastre. (2 mai 2016 10:51)
Retour sur le chômage structurel en France (2 avril 2016 12:24)
Economie, primaires de la droite et élections présidentielles (29 mars 2016 11:47)
Deux mots à Bruno Lemaire (4 mars 2016 12:59)
L’inaction : une maladie française ? (26 février 2016 09:26)
La France, entre blocage et utopies. (3 février 2016 19:19)
Deux illusions tenaces (1 novembre 2015 18:39)
En relisant les mémoires de J. Chirac (5 août 2015 17:05)
L'étrange malédiction de Valéry Giscard d'Estaing (30 mai 2015 09:54)
Xavier Fontanet : « Pourquoi pas nous ? » (23 septembre 2014 13:49)
Economie Française : le palmarès des incapables (18 juillet 2008 16:32)

Le livre de J. Généreux : la DéCONnomie

L'injure comme substitut à la réflexion économique ?

Le livre de J. Généreux aurait pu ne pas être inintéressant. Son mérite aurait pu être de donner à réfléchir sur ce que nous-mêmes appelons "la crise", définie comme un ensemble de trois phénomènes fondamentaux : la baisse de la croissance ; la montée constante de l'endettement et la gravité des crises décennales.

Le but du livren'est malheureusement pas de donner à comprendre. L'objet unique est de désosser les habitudes de pensées, les phrases type, les conceptions communes qui amènent à accepter le capitalisme. On n'est plus dans l'analyse économique mais plutôt dans le "comment se débarrasser des idées qui rendent tolérable pour le plus grand nombre un système intolérable". Cet a priori de combat idéologique marqué finit par tuer la bonne volonté du lecteur tant les concepts et les faits sont sollicités. L'auteur fait feu de tout bois et produit une chaleur qui n'échauffera que la haine des convaincus.

À chaque fois qu'une évolution est détectée, un phénomène entre-aperçu, on se dit : ça y est ! Il va donner une explication. Et non. Tout s'enchaîne sans raison ou avec des phrases chevilles qui n'apportent aucune lumière.

Donnons juste un exemple qui nous intéresse particulièrement. L'ère des trente glorieuses s'arrête. C'est vrai. Nous ne sommes plus en forte croissance en France comme dans la majorité pays développés, depuis longtemps. Pourquoi ? L'explication fuse : "parce que le modèle économique sous-jacent s'épuise". C'est tout ? C'est tout ! Comme souvent dans les récits d'histoire économique, les faits flottent comme les yeux dans le bouillon. L'animisme économique, cette tentation qui veut que les objets, les organisations et les systèmes aient une âme dont les états seraient la base du développement historique, est une déviation risible. Nous ne cessons de le dire et nous ne le cesserons pas. La notion de système qui s'épuise comme un rameur fatigué par sa course, cela ne correspond à rien. Cette approche conduit à définir des intentionnalités, qui sont évidemment aussi floues que collectives, donc politiques, que l'on ne peut contrer que par d'autres intentionnalités construites par le rassemblement des masses. On connaît bien la suite : Nuit Debout contre les Vilains et le Capitalisme. Sans aucune solution naturellement sinon la déconstruction du langage de l'ennemi.

Le refus de l'observation des mécanismes de détail, de leur explication minutieuse et de l'examen des corrections possibles conduit automatiquement aux approximations, au" complotisme", à l'animisme et à toutes les nuances du marxisme méthodologique.

Oui le système de Bretton Woods avait un gros défaut, très bien cité, mais pas explicité, par l'auteur : mettre une monnaie nationale comme pivot d'un système monétaire mondial suppose qu'il n'y ait pas de "benign neglect" de la part de son émetteur. Si le bénéficiaire du privilège monétaire se lance dans une course folle à la dépense, la valeur du pivot s'érode et les comportements de défiance apparaissent. Les Etats-Unis ont donc été sous pression en 70-71, jusqu'à faire sauter le système. Favorable à une dépense publique sans limite notre auteur ne peut pas avouer que ce laxisme est la cause de la fin des Accords.

Une fois que le système a sauté, il est clair qu'il a emporté les Trente Glorieuses avec lui. Mais il faut expliquer pourquoi et comment. La question de fond est l'impact du système monétaire sur l'économie, les jugements à porter sur le système non coopératif des changes flottants, dans un monde où les Etats sont les principaux agents économiques, les réformes à faire et les moyens de les obtenir.

Seulement voilà : l'auteur ne veut pas expliquer le désastre par les défauts du système monétaire international dont la correction impliquerait un simple réformisme.

Il faut démolir le capitalisme de façon intrinsèque, car il est toujours mauvais, malgré "l'illusion" des trente glorieuses. Le capitalisme est revenu dans son lit normal et c'est une diablerie normale. Il faut donc que les masses s'y mettent ! Les Trente Glorieuses étaient un accident de l'histoire. L'École libérale autrichienne de Hayek ? Rien qu'une bande de nullards. Le capitalisme est sauvage par nature. Le "néo" management est devenu une technique pour pousser tout le monde au suicide. Il a réussi comme un diable à sortir de la boîte et montre son vrai visage. Etc. On connaît !

Au lieu de traiter précisément de défauts majeurs, on attaque le mal à la racine capitaliste. Le contrat d'entreprise en lui-même est une horreur car il assimile l'entreprise, entité économique, aux propriétaires, beurk, qui ont rassemblé les moyens de la créer et de la développer et qui ne devraient pas avoir le droit à la parole. Le salariat, beurk, est une horreur aggravée du fait du néomanagement qui est le pendant du néolibéralisme. Bref le loup et le renard se sont ligués pour faire suer le burnous. C'est comme cela. Et ils ont pris le pouvoir en contournant les Etats et en imposant leur vocabulaire à des médias achetés. Quant à l'Europe des marchands n'en parlons pas.

Ce genre de livre agace. Les faits désastreux sont bien là. Il faut les observer, les analyser, les expliquer. Le jugement péremptoire à base idéologique et l'injure sont acceptables dans des manuels de combat pour groupuscules. Mais il n'apporte rien à la communauté des non croyants.

Le résultat de cette dérive bavochonne est qu'on n'a évidemment aucune solution au bout du chemin sinon un retour triomphal du keynésianisme militant et de la dépense publique sans limite. La dette ? Connais pas ! La compétitivité ? Une hystérie néolibérale imposée par les "marchéistes" ! La surfiscalité ? Quelle surfiscalité ? Tout ce qui a été arraché aux riches doit être conservé puis encore alourdi.

Le résultat : aucun diagnostic technique précis sur des aspects essentiels comme l'organisation du système monétaire international : aucune analyse par exemple du système des changes flottants et de ses conséquences. Donc aucune vraie réforme et surtout aucune diplomatie économique : on sait pourtant que la révolution dans un seul pays, cela ne marche pas.

Le constat des faits lamentables, indispensable, est gâché car détourné de solutions intelligentes et collectives pour un galimatias socialo marxiste militant qui ne conduit à aucune solution. Le dernier chapitre, qui devrait s'ouvrir sur de nouvelles perspectives et de nouvelles actions, ne propose rien sinon d'essayer de nous expliquer pourquoi les intelligents sont "des cons dans la dérive sectaire" et réciproquement.

On retrouve la stupide opposition, en France, entre économistes keynésiens et libéraux, la haine absurde qui les sépare, le révolutionnarisme de professeurs qui vivent de l'argent public et suivent une carrière sans danger, et le franco centrisme de combats de coqs idéologiques. C'est à rapprocher du livre de Cahuc contre les terroristes de gauche qui empêchent toute réflexion économique un peu soucieuse des faits et veulent une soumission collective à l'idéologie, l'engagement primant la science.

Généreux a écrit un bréviaire et, en Savonarole, l'injure vient en prime. Ceux qui ne sont pas d'accord sont des C… Le titre l'annonce, le texte le confirme. L'injure est l'argument des faibles. Le livre rejoint un autre bréviaire du même genre : "Un cauchemar qui n'en finit pas", de deux "philosophes" communistes, qui proposent, avec Toni Negri (on est sauvé), de "parier sur le communisme élémentaire de la multitude". J. Généreux devraient se méfier, car ils ont choisi aussi de se débarrasser des économistes soi-disant experts qu'ils verraient bien "en esclave de la communauté" comme au temps des Grecs classiques.

Quel triste spectacle donne la France des économistes officiels avec ses Patrick Artus ou les Jacques Généreux qui pensent que leurs opposants sont des nuls et des c…

Ces batailles de caniveau empêchent de voir et de comprendre, donc d'agir utilement pour le bien commun, qui n'est ni dans le maintien d'une économie baudruche ni dans la "dictature communiste de la multitude élémentaire".

PS Quelques remarques :

- L'épargne est par définition strictement égale à l'investissement. Il s'agit d'une identité, comme la dette et la créance. La production non vendue est soit détruite dans le processus de formation d'un bien d'équipement soit envoyée dans les stocks. Donc tous les raisonnements pseudo-keynésiens sur l'épargne qui dépasse l'investissement ou l'inverse sont totalement vides de sens. En revanche, un entrepreneur qui voit ses stocks s'accumuler réduit sa production… en même temps que le consommateur se retire du marché et stocke sa monnaie. Et l'épargne reste toujours égale à l'investissement.

- L'auteur retombe dans le contresens sur les zones monétaires optimales. Il n'a rien compris à la thèse de Mundell. Comme Eric Zemmour.

- L'auteur s'indigne que les professeurs d'économie nommés ne sont que, pour une poignée, "hétérodoxes". Qui est chargé de donner les brevets d'hétérodoxie dans une université ? Va-t-on instaurer la sélection par le délit d'opinion ?

Le dernier livre de l'IFRAP : "Ce que doit faire le (prochain) président"

Un livre à lire et à compléter

On connaît Agnès Verdier-Molinié qui a réussi à s'imposer dans le paysage audiovisuel français, ce qui, sur ses thèses, est un exploit et directrice de l'Ifrap, institut créé par Bernard Zimmern en 1985, dynamique et créatif polytechnicien et auteur qui restera pour son ouvrage clé : À tout fonctionnaire son chômeur.

Oui, elle a bien du mérite quand on voit le traitement qui lui est réservé sur les médias sociaux socialistes. Deux légères citations :

"On n'en peut plus de cette femme au "sourire" ironique, cassante, méprisante qui crache sur ceux qui la font vivre, nous. Odieuse ! Pourquoi Yves Calvi l'invite-t-il aussi souvent alors que, d'avance, nous savons qu'elle ne fera que cracher son venin".

"Lobbyiste ultralibérale, je ne vois pas ce que cette virago vient faire dans une émission du service public qu'elle hait tant. Verdier-Molinier est une idéologue camouflée en soi-disant experte économiste".

"Je ne connais pas cette personne, mais après les "pleurs" (signal de surchauffe) vient en moi l'agacement (je suis polie !). Insupportable de voir cette "journaliste" coiffée de ce sourire amusé / méprisant en arrière-plan de l'intervenant ! Insupportable !!! Merci au cadreur ! Impossible de rester impassible devant ce sourire dédaigneux, moqueur…"

"Ultralibéralisme et réaction font souvent bon ménage. En présentant Agnès Verdier-Molinié comme une experte et en ne l’interrogeant que sur les thématiques qui constituent son fonds de commerce (impôts, syndicats, fonctionnaires, etc.), les médias contribuent à dissimuler que les marottes des libéraux ne poussent pas dans le ciel des idées. Elles servent les intérêts des dominants qui, s’ils veulent librement s’enrichir, ont tout intérêt au maintien de l’ordre social. Elles s’accordent, en outre, parfaitement avec un point de vue ultraconservateur qui voit la main de dieu derrière le libre jeu du marché."

Pour une certaine gauche, le seul fait de s'exprimer sur "le services public" doit être strictement réservé à la gauche pro étatiste et toute autre proposition est indécente.

Pauvre Agnès, traitée de virago pour ne pas avoir viré à gauche, avec des commentaires sur son physique, qui semblent être une pratique normale dans ce petit monde.

Pas de discussion : élimination par la meute hurlante. Voilà le niveau du débat socialiste depuis que la doctrine est morte au champ de déshonneur des massacres et des génocides socialistes et que le socialisme de gouvernement a prouvé qu'il ne produisait que de la misère et des chômeurs. Il faut simplement se réchauffer à l'idée qu'on est quand même les bons et que les autres sont des vilains. Des suppôts du grand capital, qui ne pensent qu'à aliéner les pauvres et ruiner les travailleurs pour accumuler des profits indécents, tout en étant "fille de ", catho rétrograde etc.

Depuis que le socialisme a subverti la gauche et qu'il s'est effondré dans le sang des massacres et les larmes du chômage de masse, il a chassé et Voltaire et la bonne foi, et l'observation, pour devenir une religion de la haine de l'autre cultivé entre soi dans l'injure permanente.

Le livre d'Agnès Verdier-Molinier est pour eux une sorte d'insulte : Le livre est bourré de faits.

Des faits lourds, solidement plantés dans le désastre français. Comme on ne veut pas les voir il faut tuer l'observateur qui a l'audace de les monter du doigt. Fuir la réalité à tout prix. Parce qu'il ne faut pas désespérer Billancourt. Où il n'y a plus un seul ouvrier.

Alors nous disons : il faut lire ce livre en entier et avec soin. Car tout ce qu'on y trouve est vrai et trace un dessin d'un France en plein naufrage bureaucratique et démagogique dont le destin, au train actuel est de se fracasser sur la falaise grecque.

le champ d'analyse de l'Ifrap est restreint : l'abus commis en permanence par le système politico-administratif. Mais les conséquences sont plus générales :

- l'effondrement régalien que nous dénonçons depuis des lustres

- une organisation spéciale abusive pour des fonctionnaires qui ont capté le politique et qui ont organisé deux sociétés, la leur, et celle des autres, avec des règles et des institutions totalement différentes. Chômage, rémunération basse et aléatoire, conditions de vie difficile, retraites incertaines pour ceux qui vivent au feu de la concurrence internationale. Garantie d'emploi à vie ; avantages de retraites, de logements, privilèges nombreux, revenu indépendant des crises, pour les autres. Cette organisation duale forgée sous Pétain et aggravée à la Libération, sous la pression et des communistes et des hauts fonctionnaires, a coupé radicalement la France en deux.

- fausse gratuité distribuée par la bureaucratie qui ruine consciencieusement tout le monde.

- hyperfiscalité démentielle.

- effondrement de l'économie et de la création.

Conseillons à ceux qui veulentse rendre compte de ce dernier point, d'aller au salon de Villepinte : pas un Français. Que des Italiens, des Espagnols, des Allemands, des Nordiques. Il en se passe plus rien en France. Toutes les entreprises ont été étouffées ou les créateurs sont partis ailleurs. Un seul mot, lancinant : "il ne se passe plus rien en France".

Parmi les causes de l'effondrement français, l'étatisme incontrôlé de l' "Enarchie compassionnelle" tient une place effarante. Macron en est le dernier représentant, qui fuit comme les autres toute réalité, inventant la "youpi politique" pour faire perdurer cet abus.

Le livre tend un miroir aux Français, à leurs élus, à leurs fonctionnaires. Et montre de façon imparable qu'on peut faire mieux, pour beaucoup moins cher, avec beaucoup moins de monde.

L'avantage de l'Ifrap est la solidité des études Tout ce qui est écrit est vrai et frappé du coin du bon sens. Évidemment l'idée d'un programme clé en main pour les élus est un peu provocatrice. La politique est l'art de rendre possible ce qui est nécessaire. Ce n'est pas si simple.

L'ensemble des maux français ne se retrouvent pas dans le livre. La bureaucratie, la captation par les hauts fonctionnaires, les blocages syndicaux et les dérives des élus locaux sont une chose. Le "red tape", comme disent les Anglo-Saxons, est un thème qui séduit toujours parce qu'il renvoie à des responsabilités bien délimitées. Gare à la tentation du bouc émissaire. On peut certes faire mieux, d'abord en faisant moins sciemment mal et en faisant aussi autrement. La recherche d'une meilleure performance est légitime. Mais il ne faut pas perdre le bébé dans l'eau du bain versée.

Une grande part des maux que connaît le France est importée. Les deux systèmes dysfonctionnels que sont le système monétaire international et la gestion de l'Euro pèsent d'un poids massif. Une partie de la dérive administrative française, provient de la nécessité d'en juguler les effets.

C'est ce que nous répétons à l'équipe Fillon. Il faut une diplomatie de la prospérité. Et sur ces sujets il n'y a aucune ligne, dans le livre de la belle Agnès au sourire de Joconde, sur ce que doit faire le (prochain) président.

Un livre à lire,…et à compléter.

Guy Sorman : "J'aurais voulu être français"

Un livre nécessaire

Le dernier livre de Guy Sorman est un régal. C'est le plus français de tous ses livres.

En deux sens :

- parce qu'il s'adresse à tous ceux qui ont l'ambition d'être à la hauteur de la meilleure idée de ce que peut signifier "être français".

- parce qu'il n'y a pas de genre plus français que ces Lettres Persanes à l'envers.

Bien sûr, on peut considérer le livre au premier degré, en le centrant sur le mal-être des immigrés juifs d'Europe centrale de la seconde génération. À ce titre il forme un témoignage d'une rare qualité, sans jérémiades ni ethnocentrisme abusif.

L'autre manière est de constater que nous sommes tous devenus peu ou prou des juifs errants.

À titre personnel, la filière paternelle est entièrement marquée par le tourment des cadets de Gascogne, envoyés sans ménagement chercher fortune ailleurs par le droit d'aînesse et le malthusianisme local. Quant à la filière maternelle, elle devînt française quand, après la chute de Napoléon, la conscription de jeunes suisses dans les armées françaises devient impossible. La "capitulation" prévoyait que la Suisse fournisse 16 000 jeunes gens aux Armées françaises, ce qui était de nature à faire baisser la pression démographique dans un pays où les terres étaient pauvres. Le jeune Rodolphe a dû quitter son Argovie natale à coups de pied dans le train et traverser le Jura en sabots (et en hiver) pour se retrouver dans une terre de vignes, un peu semblable à Schinznacht dorf, microbique enclave vinicole au milieu des industries de la région d'Aarau.

Les deux familles avaient en commun de n'avoir aucune possession terrienne et de ne compter que sur des activités de service pour vivre. En 1815, l'une comme l'autre tenaient un bistro local apprécié, mais peu susceptible de faire vivre les cadets.

Mon grand-père maternel, fils de tonnelier, se retrouvera agrégé de mathématiques et ancien de l'École Normale Supérieure, une école dont on peut sortir quand on ne la confond pas avec Science-po !

Mon grand-père paternel, qui avait choisi Arras avant la guerre parce que sa femme avait dû sortir du train en urgence à cet endroit là pour accoucher, puis Amiens parce que la guerre avait rasé sa maison d'Arras, verra son fils devenir  Architecte Grand Prix de Rome. Il aura à reconstruire Amiens dévasté par la seconde guerre mondiale, la maison familiale étant une fois de plus détruite !

Il est dans la nature des choses que les errants prennent l'ascenseur social par l'école. Et qu'ils cherchent à être encore plus français que les autres. Ce qu'ils ne trouvent pas dans la terre, ils le cherchent dans l'idée.

L'histoire de Guy Sorman me touche et devrait toucher tous les Français, car elle est exactement le reflet de cette démarche. Rien à voir naturellement avec un surmoi identitaire et un nationalisme ombrageux. Patriote, oui. Les deux grands-pères cités seront blessés dans les deux mois de la déclaration de guerre de 14. L'un, le gascon, sera transféré en Suisse comme grand gazé, sa femme échouant avec ses derniers sous à la gare d'Annecy et frappant à la première porte pour trouver des secours. Un bon samaritain lui ouvrit non seulement sa porte,  et nourrit et hébergea  toute la troupe mais la transporta à la frontière suisse. Des Justes, il y en a eu de tout temps et de toutes circonstances en France. L'autre grand-père finit par mourir des blessures subies moins de dix ans après la guerre. Il était encore Suisse ! Sa fille renoncera aussitôt à sa nationalité suisse en hommage à son sacrifice.

Oui, l'histoire candide de Guy Sorman est d'une certaine façon celle de tout Français qui se respecte. On peut croire suffisamment à la France pour tenter d'être à sa hauteur dans la vie. Et déplorer voire dénoncer les abandons, les lâchetés, la bêtise crasse des renoncements quand justement la vie économique, politique, intellectuelle et sociale dérive dans le n'importe quoi.

Une des dimensions de l'esprit français est l'ironie critique.

Guy Sorman de ce point de vue est plus français que nature. Il n'a pas peur. Lorsqu'il dit que Sartre est une fausse gloire et une imposture anti française, en un mot un salaud (sans doute au sens sartrien du terme) il a parfaitement raison. Et cela réconforte de constater qu'un intellectuel ne se soumet pas à l'inévitable cagoterie qui entoure finalement un complice subjectif et objectif des pires génocides et crimes contre l'humanité. Les quelques commentaires peu flatteurs de Guy Sorman peuvent être complétés. Vivant à Montparnasse depuis plus de soixante ans , j'ai mes propres anecdotes. Un jour, rue Delambre je découvre que le marcheur devant moi est Jean Paul Sartre et soudain il bifurque vers l'entrée du cinéma porno qui prospérait à cette époque. Les films X avaient cessé d'avoir un scénario et étaient devenus depuis longtemps des compilations de scènes pornographiques sonorisées façon hurlement de plaisir à jet continu. Je lui emboîtais le pas et entrait derrière lui, non sans avoir demandé à la vendeuse si le client précédent était un habitué. Elle pose son tricot et lève les yeux au ciel : "un véritable obsédé". De fait, notre philosophe enlève son imper mastic et se place au premier rang juste sous l'écran. Voyant de moins en moins bien, il avait besoin d'être très près pour décoder les formes qui s'y agitaient sans grande originalité mais avec force cris d'extase. Arrêtons là cette description qui pourrait devenir scabreuse. L'existentialisme dans sa forme ultime avait trouvé son dernier domaine.

Belmondo raconte qu'il volait dans la rue les bouteilles de lait de Sartre et de la Grande Sarteuse et qu'il a cessé dès qu'il a compris de qui il s'agissait. Ce respect était bien superfétatoire." L'argent qui corrompt" coulait en effet plus abondamment que le lait apporté au petit matin.

Guy Sorman évoque son long passage comme Maître de Conférences à Sciences Po. Pour avoir partagé cette activité pendant plus de vingt ans, je suis heureux une fois de plus qu'un esprit libre soit capable d'un peu de distance vis-à-vis de la manière dont l'économie y était enseignée. Il cite un dialogue avec Raymond Barre qui lui disait qu'il ne connaissait rien aux mathématiques et qui espérait que la mode en finisse par disparaître. J'avais moi-même eu, mais en tant qu'élève, un accrochage dans l'amphi Boutmy avec le Maître. Puisqu'il sollicitait des questions, je demandais comment il faisait la liaison entre le premier tome de son manuel qui parlait de la microéconomie et de l'impossibilité des crises selon le modèle walraso-parétien, et le second tome consacré au keynésianisme et à l'élimination des crises. Très honnêtement je ne comprenais pas la soudure entre ces deux approches incompatibles. En professeur consciencieux le gros Raymond avait classé toutes les doctrines existantes aux fins d'exposition mais omis de donner le moyen de les réconcilier. Sa réaction avait été un peu tonitruante, du genre : "vous être un petit malin qui voulait faire rire vos  camarades". Mais la question était sincère et la réconciliation, au passage, n'a toujours pas été faite, malgré de gros efforts,  entre micro et macroéconomie.

Guy Sorman rappelle que l'enseignement à Science-po, en matière d'économie n'avait strictement rien de scientifique : il s'agissait simplement d'expliquer que les fonctionnaires devaient intervenir et de dire comment. Le grand manitou était Bloch Lainé dont "pour une réforme de l'entreprise" est aujourd'hui une occasion de rigolade intense et sans limite. Malheureusement la déviation soulignée par l'auteur n'a pas cessé. L'OFCE qui dépend de Science-po est encore aujourd'hui une chapelle anti libérale et interventionniste et s'exprime comme une organisation de partisans lorsqu'elle envoie ses sbires expliquer que la dépense publique, c'est bien, les impôts c'est nécessaire, la politique de Hollande, c'est merveilleux etc.

L'agrément de la promenade à laquelle Guy Sorman nous invite à l'accompagner, est qu'elle active des tas de souvenirs qui confortent ses analyses.

Il a bien noté que les Américains utilisent la France pour s'autocritiquer eux-mêmes et que la France qu'ils envisagent est totalement mythique. C'est une forme de Lettres Persanes à l'américaine. En prenant la nationalité américaine en sus de la française, Guy Sorman en profite pour écrire ses propres Lettres persanes aux Français.

Oui être français est un effort. Le découragement vient souvent au spectacle que la France peut parfois donner. Je ne souhaitais pas parler des primaires de la gauche, mais sollicitée de donner l'avis des Canadiens sur ce qui se passe en France, Mme Bombardier, invitée par la revue de Presse sur Paris Première, a du renoncer à toute réponse. Le dérisoire est tel que tout le monde s'en fiche, voilà ce qui signifiait le haussement d'épaules, accablé, de cette amusante intellectuelle de la Belle Province. Quand c'est nul, c'est nul. Et affligeant.

Justement être français, c'est faire en sorte que le monde ne s'en foute pas, de la France. Et pour cela il faut donner les coups de balais qui sont nécessaires. Merci Guy Sorman de cette leçon tout en pointillé, comme sans y toucher. N'est vraiment français que celui qui veut être français et ne se décourage pas devant les chausse-trapes semées inlassablement sur son chemin.

Être français n' est certes pas un djihad… mais surement  une ambition.

Didier Dufau

Le livre est paru chez Grasset.

En écoutant Patrick Artus.

Patrick Artus partage avec Jacques Généreux cette idée particulière que pratiquement tous les économistes sont des ânes, surtout ceux qui les accusent de ne pas être toujours raisonnables. Dans le cas de notre conférencier sa ténacité à ne pas prévoir la crise de 2008, à nier les risques associés aux subprimes, puis à vouloir croire que la crise était déjà finie au second trimestre 2008, avait laissé une trace bigarrée sur l'image de sa compétence et de son désintéressement (la banque qui l'emploie ayant évidemment salement trempé dans la finance dangereuse). Il était intéressant de voir si plus de réflexion et de modestie avaient justifié le maintien de sa large sollicitation comme commentateur de l'économie. La réponse a été rapide et claire. L'immodestie et la morgue demeurent inaltérées et la pertinence est toujours aussi aléatoire.

Passons sur l'attitude. À la lueur du Brexit et de l'élection de Trump et de quelques autres candidats au comportement saugrenu, la question était de savoir si la mondialisation avait changé et changerait encore.

La réponse exposée est toute simple : la mondialisation n'a changé qu'à la marge et ne changera pas. Pour l'Euro, il est clair qu'on ne peut pas en sortir. Ce serait une catastrophe même pour l'Allemagne qui verrait ses créances dévaluées et qui devrait donc baisser le niveau de ses retraites. Quant aux échanges internationaux, on peut juste noter qu'une partie de la politique de fragmentation de la chaîne de valeur était modestement remise en cause avec la volonté, exemple Michelin, de faire en sorte que la production se rapproche des débouchés.

Quant au trouble de la classe moyenne dans les pays occidentaux, il ne vient pas de la mondialisation condamnée abusivement mais du progrès technique qui, inéluctablement réduit les métiers intermédiaires et l'encadrement au profit d'une bipolarisation intenable entre une poignée d'inclus et une masse de petits boulots prolétarisés. Tout cela pour finir par un éloge, sans soutien politique, de M. Benoît Hamon, pour avoir posé la bonne question : faut-il couper la relation entre travail et niveau de vie ?

Patrick Artus n'est pas un mauvais orateur. Il est tellement sûr de lui qu'on le suit avec une certaine confiance. Néanmoins, le malaise s'est installé et s'est aggravé tout le temps du discours jusqu'à une forme d'exaspération finale.

Pourquoi ? Parce que la démonstration omettait l'essentiel. Il y a bien eu une explosion en 2008. Elle a eu des conséquences gigantesques. Le drame pointait bien un système global dysfonctionnel. Pas un mot. Pour Patrick Artus, avant c'était bien et pas dangereux et maintenant c'est fini, on est à nouveau dans la normalité. Ce qui est vrai du monde l'est aussi pour l'Euro. "Je ne dirais pas que ce fut une bonne idée, mais on ne peut pas en sortir". Là encore aucune analyse des aspects dysfonctionnels, seulement un peu d'ironie sur les "populistes". Il est vrai que les "sachants" officiels, ces derniers temps, ont prouvé leur capacité de prévoir et de prévenir… On peut détester le discours anti-élite, mais tant de morgue vis-à-vis de ceux qui s'interrogent sur les défauts, donc sur les solutions, montre qu’une partie des "élites mondialisées et mondialistes" est dans l'aveuglement total.

La gêne croissante pendant toute la conférence sera alimentée justement par le sentiment qu'on ne traitait pas les vrais sujets et qu'on évitait les questions qui fâchent, accumulant les banalités sans danger ou les observations superficielles.

En refusant sciemment ou non, par intérêt professionnel bien compris ou non, de voir les causes profondes des désordres, des économistes comme Patrick Artus se condamnent à n'être que des commentateurs approximatifs. Les événements arrivent. On ne sait pas ni pourquoi ni si c'est bien ou mal, ni si c'est à corriger ou à encourager. Ils flottent dans le firmament du commentaire comme les yeux dans le potage. C'est comme cela, puisque je vous le dis. Et ceux qui s'agitent autour des conséquences sont des grotesques. Point final.

Cette absence totale de diagnostic conduit inéluctablement au commentaire impuissant. Du coup l'économiste ne sert plus à rien et l'économie paraît une science sans objet ni prescription.

Dire que cette conférence fut une déception est peu dire. L'intérêt d'économistes de ce genre est quasi nul et même contre-productif. On peut se tromper, ne pas voir arriver une crise, ne pas en comprendre les ressorts, ne rien comprendre de la suite. D'accord. Mais alors on remet la main à la pâte et on ne ressort de son bureau qu'avec des analyses précises de son échec et des suggestions de correction. Et on n'explique pas que les autres économistes sont des nuls.

*

*  *

Juste un commentaire sur une des questions posées lors de cet exposé : L'emploi "intermédiaire" est-il condamné ?

On connaît cette thèse qui est ressassée un peu partout. Le nouveau capitalisme, pour la première fois de son histoire, produirait un progrès éliminant l'emploi et, dans l'emploi, la source de stabilité qu'était le "middle management ". Le sujet de l'exposé étant l'évolution de la mondialisation, la responsabilité de cette dernière était-elle en cause ou l'affaire était-elle irréversible ?

La réponse du conférencier : oui le middle management est condamné et ce n'est pas du fait de la mondialisation, mais du progrès technique. L'assertion n'est fondée sur aucun argument. L'auteur étant favorable à la mondialisation, il suffisait de la laver d'autorité de tout opprobre.

L'ennui, c'est que cela ne tient pas la route. Creusons un peu.

Lorsqu’on regarde les créations de postes dans tous les pays gagnants de la mondialisation, on a vu se développer une énorme classe moyenne (des dizaines de millions de personnes) avec l'apparition d'une classe de cadres et de professionnels qualifiés en tout point identique à ce qu'on trouvait dans les pays occidentaux. Quand on crée des milliers d'entreprises il faut automatiquement de l'encadrement et des techniciens qualifiés et la hausse du niveau de vie s'est faite justement dans ce segment. Le plus drôle, c'est qu'à un autre moment de son intervention, Artus en convient. Il trouve que l'inégalité est consubstantielle au développement et touche tous ceux qui vont s'élever en participant à la création économique et pas seulement le 0.1 % de la population qui détient les nouvelles entreprises.

Le progrès technique ne peut pas avoir deux faces : destructeurs de métiers d'encadrement ici, créateur ailleurs. Cela n'a pas de sens.

La mondialisation dans la forme qu'elle a prise a donc bien eu un rôle dans l'élimination partielle de l'emploi intermédiaire dans les pays développés.

Du coup tombe à plat tout le discours malthusien habituel sur le progrès économique qui ne serait plus riche en emplois, les robots, Uber etc. Les canuts lyonnais avec nous ! Cette vision peut être vigoureusement contestée. Comme on l'a vu, il est inepte de proposer une explication qui vaut en deçà des Pyrénées et pas au-delà. Si l'emploi a disparu dans les pays développés avec les conséquences sur les classes moyennes, ce n'est pas dû principalement aux technologies. Les robots ne fonctionnent que si des ingénieurs et des techniciens sont là pour les concevoir, les mettre en œuvre efficacement et les maintenir. Tous ces postes sont qualifiés. De même le succès de l'économie collaborative n'est réel que lorsque la législation sociale ne l'a pas rattrapée. Dès l'instant où les locations défiscalisées disparaissent et que l'organisateur du collaboratif devient employeur, il ne reste plus grand-chose du côté disruptif de ces innovations.

Il se trouve que The Economist de la semaine publie un article très fouillé sur les perspectives de l'industrie. Les graphiques publiés démontrent exactement l'inverse des assertions de Patrick Artus : l'industrie représente une partie stable de l'économie chez les émergents et s'effondre dans le monde développé. Si le progrès technique frappait d'anorexie l'emploi, on le verrait aussi bien chez les émergents que chez les développés. Donc, une fois de plus, la mondialisation est en cause.

La vraie analyse est que le développement des pays émergents ne s'est pas fait selon un modèle reproductif ou homothétique mais substitutif., ce qui n'a été possible que parce qu'on avait abandonné toutes les règles sacralisées dans le statut du FMI, article 1, à savoir qu'on n'accepte pas les gros déficits et les gigantesques excédents.

Si dans les pays développés le sous-emploi s'est installé, il a frappé tout le monde, cadre ou pas cadre, middle management comme ouvriers. En Pologne la catégorie qui s'est le plus rapidement enrichie est justement celle des techniciens supérieurs et des cadres intermédiaires. Les salaires qui étaient une fraction minime de ceux des Français sont maintenant à 80 % du salaire français, à parité de pouvoir d'achat !

Si l'emploi s'est congelé dans les pays développés, c'est d'abord parce qu'il y a eu un énorme transfert d'investissement hors de ces pays et surtout parce que l'économie financière mondialisée est devenue baudruche avec une part spéculative délirante. Du coup les capitaux n'ont pas été canalisés vers la production mais la recherche spéculative de "valeur monétaire", en même temps que les récessions successives ont provoqué des chocs durables sur les investissements et l'emploi. L'énormité de la dette a conduit également à un freinage des investissements dans la production de biens et de services.

Par conséquent, une mondialisation fondée sur les changes flottants, à un moment où le dégel communiste a mis brutalement sur le marché de l'emploi des centaines de millions de travailleurs potentiels, ainsi que les déficits et les excédents de balances de paiement délirants qui en ont résulté, sont LA cause majeure de l'effondrement de l'emploi des classes moyennes dans les pays développés et de la réaction politique que cela provoque.

Patrick Artus répond que l'investissement n'a jamais été aussi élevé aux Etats-Unis ces derniers temps. C'est vrai et on peut même ajouter que les exportations chinoises se sont effondrées., forçant les Chinois à utiliser les réserves non plus pour importer mais pour acheter du capital à l'étranger, ce que regrette, à juste titre, notre conférencier qui voit là une source d'accumulation capitalistique qui ferait que la Chine posséderait à terme le capitalisme mondial. Si on regrette l'effet, il faut incriminer la cause. Et là P. Artus reste sec.

Avec des taux à zéro et des placements financiers sans rentabilité, il est normal que l'investissement reparte. Il le fait dans la pierre (bulle) mais aussi dans la production. Et il reste en partie en Occident parce que désormais tout le monde dans les milieux patronaux a pris conscience que le risque politique devenait potentiellement destructeur de l'industrie et du commerce. L'expérience a également montré que la dispersion logistique, dans un système de flux tendu, avait un coût exorbitant. Si un composant est en difficulté toute la chaîne est arrêtée. Les bruits de botte sont l'ennemi de la dispersion industrielle. Lorsque le tsunami a détruit une partie du Japon proche de certaines centrales atomiques, des milliers de produits dépendants de la fabrication de composants logés dans le coin ont cessé d'être produits, provoquant des manques à gagner phénoménaux.

La crise de 2008 a rebattu les cartes et continue de le faire. Aux comportements de panique ont succédé des comportements de précaution. Aux comportements politiques d'acceptation ont succédé des volontés de rupture.

Il est indispensable de repenser et la mondialisation et la gestion de l'Euro. Le progrès technique dans cette affaire n'est pas en cause. Mais l'organisation, ses principes, ses modalités.

Le rôle des économistes est d'éclairer les voies et moyens de ces évolutions indispensables. Pas de conforter l'existant en glosant de façon morose sur ceux qui prônent un certain nombre de changements indispensables.

La mondialisation non coopérative et déséquilibrée est une supernova qui a explosé. Il est inutile d'en chanter les vertus. Elle est mortellement touchée et les spasmes actuels n'ont rien de rassurants si on ne fait rien pour lui donner un débouché différent.

La gestion de la zone Euro ne peut plus rester en l'état. Il est absurde de prôner le statu quo.

Là sont les vrais territoires de l'économie en 2017.

Un petit exercice d'économie amusante

En guise de vœux de fin d’année, voici un petit exercice pour étudiant en économie, dont les économistes, professionnels ou amateurs, pourront éventuellement faire leur miel. Il est intitulé : Le problème des trois libertés.

Sur une terre nouvellement découverte existent deux groupes, ethniquement profondément différents, longtemps hostiles. L’un qui comporte environ deux milliards d’individus a été victime d’un régime totalitaire qui l’a maintenu dans une grande misère. L’autre qui comporte  cent millions d’âmes a réussi par des efforts constants à disposer d’un niveau de vie 15 fois supérieur.

Par un hasard de l’histoire le régime totalitaire est presque tombé. Les dirigeants des deux grands groupes se sont réunis sous l’égide d’un organisme nouvellement créé,  le Formidable Moyen d’Initiative, qui a réussi à mettre d’accord les dirigeants des deux blocs.

L’accord s’est formé autour des concepts suivants :

-          Le change  des monnaies entre les deux pôles sera entièrement libre et la convertibilité assurée coûte que coûte.

-          La liberté de circulation des personnes sera garantie de façon absolue dans les deux sens.

-          La liberté des mouvements de capitaux sera garantie.

-          La liberté des mouvements de marchandises et de services ne fera l’objet d’aucune limitation.

L’accord, signé, doit entrer en vigueur le premier janvier 2017.

Questions :

  1. Décrivez ce qui va se passer en 2017 dans les deux pays (coefficient 1)
  2. Le résultat en fin d’année sera-t-il optimum ?  (coefficient 10)
  3. L’idéologie des trois libertés sortira-t-elle renforcée de l’expérience ? (Coefficient 100).

Vous avez quatre heures.  Les trois meilleures copies vaudront à leur auteur un séjour de 10 ans subventionné par le Formidable Moyen d’Initiative sur cette nouvelle terre pour lui-même et une personne de son choix.  

 

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Bonne année à tous dans notre meilleur des mondes.

Quand l'Allemagne s'inquiète pour son Mittelstand…

Un des inconvénients majeurs des grands déséquilibres de balances extérieures et le caractère nécessairement nocif du réemploi des excédents. Le pays étant en excédent majeur, l'avantage structurel qu'il détient au niveau de change donné rend non rentable l'achat de biens de consommation à l'extérieur, sauf pour constituer des stocks de précaution. Il ne reste alors que deux choix : acheter du capital à l'étranger ou replacer les devises dans les pays émetteurs ou dans les pays où la devise a librement cours.

On a vu que les replacements de devises entraînaient ipso facto une double hélice de crédits qui faisait grimper l'endettement mondial et provoquait des crises périodiques de plus en plus graves.

L'autre conséquence défavorable est l'achat du capital des pays étrangers. La Chine en accumulant des milliers de milliards d'excédents peut acheter ce qu'elle veut où elle veut. Elle colonise l'Afrique et réinvestit ses excédents massivement en Amérique latine ; elle tente de constituer des monopoles sur les terres rares ; elle rachète des grands crus français ;

L'Allemagne, en énorme excédent vis-à-vis du reste de l'Europe, a racheté un nombre impressionnant d'entreprises françaises, notamment dans le secteur informatique, en même temps qu'elle gâchait ses excédents dans l'immobilier de bord de mer.

Depuis peu le Chine rachète des perles du Mittelstand allemand, notamment dans la fabrication de robots. Contrairement à ce que tout le monde dit, le Mittelstand est dans une situation plutôt difficile du fait de la stagnation européenne, là où sont en majorité ses clients. Les petites entreprises du nord de l'Italie, base du "miracle italien", connaissent une situation analogue, en bien pire. Les mêmes mécanismes jouent partout. Il n'y a pas d'îlot magique en économie.

Du coup les milliers de milliards de dollars chinois commencent à racler sérieusement le Mittelstand. Les autorités allemandes deviennent nerveuses. Elles n'ont pas l'habitude. Comme quoi un pays à gros excédents peut devenir une proie pour des pays-continents qui ont encore plus d'excédents !

En France qui n'a pas de Mittelstand du fait d'une fiscalité confiscatoire sur l'entreprise et l'entrepreneur, la Chine s'empare de grosses entreprises : Club Med, Peugeot etc. Et là personne ne proteste.

Il est parfaitement choquant et anti économique de laisser son capital entre les mains de nations qui ont des excédents majeurs de balance de paiements. Rappelons que le principe de l'équilibre des comptes extérieurs figure explicitement dans les statuts du FMI.

Il est indispensable que l'Allemagne comprenne qu'elle ne peut pas continuer à avoir des excédents aussi majeurs en Europe, puisqu'elle fait subir aux autres pays européens les dommages dont elle se plaint.

La zone Euro impose sauf à exploser à plus ou moins court terme des échanges équilibrés. La réforme de l'organisation de la zone Euro, indispensable, doit se faire sur ces bases.

Il importe que le FMI lise ses statuts et en impose le respect à ses membres. Il faut de toute façon réforme le système monétaire international. Le cœur de la réforme sera de créer des mécanismes automatiques d'élimination des excédents et des déficits conjoints.

Nous sommes ici au cœur des réformes à faire en Europe et dans le monde. Il faut cesser d'être nerveux. Et se mettre autour d'une table pour récréer un système sérieux.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile

Une hystérie bien française : la santé gratuite !

Il se trouve que le premier message publié sur ce blog concernait la sécurité sociale (Sécurité sociale : la réforme impossible - http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/6/26/Scurit-sociale--la-rforme-impossible). Il est amusant d'en recopier ici le début :

"La France est un pays incorrigible : il est impossible d’y débattre. De rien. Et surtout pas des réformes nécessaires".

"Le dernier exemple nous est fourni par le « scandale » de la proposition de réforme des remboursements de médicaments nécessités par les maladies au long cours. Un dirigeant de la sécurité sociale vient expliquer la réflexion qui est la sienne : les maladies de longues durées coûtent de plus en plus cher et sont responsables de l’essentiel e la dérive des dépenses. Impossible donc de revenir à un équilibre des comptes sans revoir les politiques actuelles.

Il distingue deux types d’affections : les affections graves qui utilisent des médications lourdes dont il faut absolument maintenir la couverture à 100 %. Les affections moins graves pour lesquelles il existe des médicaments plus légers et moins chers mais qui concernent des cohortes très nombreuses (près de 4 millions de personnes).

Il suggère alors qu’on arbitre en faveur des médications lourdes en réduisant à 35 % le remboursement par la SS des autres sachant que les mutuelles pourraient couvrir les médicaments de moindre importance. Il fait sa proposition dans le cadre d’un colloque et il semble utile que des débats puissent avoir lieu sur des sujets de ce genre.

D’autant plus que sa suggestion est plus que raisonnable : elle s’inscrit dans un mouvement de pensée qui dit que les « consommations » ne peuvent pas faire l'objet d'une assurance, valable pour les "accidents de santé", catégorie où entrent sans discussion les maladies lourdes. La gratuité des consommations conduit à un niveau de dépenses insupportable. Donnons un exemple : un diabétique léger va se voir prescrire deux comprimés par jour de Metformine faiblement dosée. Ce n’est pas une molécule chère. En même temps il doit réduire ses aliments gras et sucrés. Globalement entre médicaments et aliments, le budget global est pratiquement le même. Pourquoi ne pas réduire le support de la nation à une part de 35 % sur le médicament ?

Le débat est légitime. Va-t-il s’ouvrir ? Non ! Tous les médias se mettent à rugir le même message : le gouvernement a l’intention de ne plus rembourser les médicaments des maladies longues comme le cancer et le sida ! On tend les micros aux Ministres qui répondent tous : "de quoi s’agit-il "? Puis « Il n’y a pas de projet en ce sens ». Les députés fulminent. À gauche, le même prêchi-prêcha inlassable ressert à nouveau : la droite s’attaque aux pauvres et malades en plus. Ils sont rejoints par des députés de la majorité : il est scandaleux qu’une mesure pareille puisse être prise dans notre dos ! Le tohu-bohu augmente, excellent pour l’audience des émissions polémiques de la TNT. Le gouvernement souligne que jamais une telle décision ne sera prise par ses soins. Le silence retombe.

Il aura été impossible de débattre d’une mesure sans doute raisonnable et même nécessaire."

Huit ans plus tard, Alain Juppé en grand danger de perdre de façon humiliante la primaire de la droite et du centre dont il était le grand favori des médias et de la gauche, dégaine le Mistigri : Mon concurrent veut en finir avec le remboursement des soins pour les pauvres. Ce coup de pied de l'âne, ne grandit pas son auteur. Même s'il n'est pas le seul à droite, depuis mai 1968, à refuser les réformes pour éviter les réactions de la gauche médiatique, syndicale et politique. .

Dans un article concernant Madelin et Cicurel, nous écrivions sur ce blog :

"On voit bien se dessiner la ligne de fracture principale à droite. D’un côté ceux qui veulent réellement sortir du schéma délétère qui nous a mis dans un trou profond où la plus grande part de la population se débat sans espoir. Seule une certaine radicalité permet d’espérer des résultats conséquents. De l’autre, ceux qui pensent que « le pays est fragile » et qu’il ne faut agir qu’à la marge en desserrant subrepticement l’étau posé par les socialistes sur le cou des « très riches », mais bien se garder d’agiter des chiffons rouges devant les yeux des masses, tranquillisées par la belle figure romaine d’un président digne et droit dans ses bottes devenues bienveillantes, par un discours optimiste sur l’avenir radieux qui s’annonce et par l’absence de toutes réformes qui agiteraient les « forces sociales » (en un mot les syndicats et les fonctions publiques).

Il existe bien une droite prudente qui veut qu'on n'agite pas de muleta devant les yeux du bon peuple quitte une fois au pouvoir à faire en cachette quelques réformes utiles à la population vraiment très fortunée.

Alain Juppé a déclenché une nouvelle hystérie avec exactement les mêmes ingrédients :

- Personne ne sait exactement les mesures proposées par le candidat Fillon : elles n'ont jamais été abordées au fond lors des débats. On n'argumente pas. On condamne a priori.

- Le mensonge est le même qu'il y a huit ans : le gouvernement ne remboursera plus les médicaments contre le sida et le cancer. Le plan Fillon non plus ne propose rien de tel…

- L'ensemble des médias va à la curée en même temps et Le tohu-bohu est excellent pour les chaînes de la TNT.

– La gauche qui parle de forfaiture sociale et qui vomit sur "une droite qui s'attaque aux pauvres, malades en plus".

- Ils sont rejoints par une partie de la droite et du centre

La seule nouveauté est à chercher dans les maux de ventre de Mme Le Pen, dont la fleur bleue semble inefficace comme tisane digestive en cas de crise de foie.

Il s'agit bien d'une hystérie, car sinon pourquoi ne pas débattre ? On attend de François Fillon qu'il cède et que le débat se referme au plus vite. Et que le silence retombe. Ce serait une grave erreur. La réforme structurelle des conditions de gestion de la maladie en France est absolument nécessaire. Vitale même. Sauf à contredire tout le chemin parcouru pendant la primaire, François Fillon ne doit pas céder, même s'il touche un nerf à vif dans l'électorat français.

Déjà il y a six ans nous écrivions :

20 février 2010

" Il faut se méfier comme la peste des gratuités. Elles ne sont pas inscrites dans le patrimoine génétique de l'économie mais plutôt dans celui des démagogues. Au nom de la gratuité s'est créée en France une situation intenable dont on aura le plus grand mal à sortir. Il faudrait que les politiques se réveillent et évitent de s'embarquer trop lourdement dans l'idée que la gratuité est l'esprit du temps et qu'il faut lui accorder des espaces nouveaux. La gauche doit faire extrêmement attention : la pratique du "cadeau électoral au peuple visible et valorisant" qu'elle a pratiqué sous Rocard puis Jospin (puis Hollande N.D.L.R.) était une erreur dramatique. Il apparaît dans certains travaux que "le thème de la gratuité est le vrai clivage postmoderne entre droite et gauche". Ce n'est pas vrai : la droite politique aime tout autant la distribution d'avantages démagogiques que la gauche. L'importance de la dette a été en France aggravée par l'extension à l'infini des gratuités publiques collectivement très coûteuses. Elles rendent la sortie de récession plus que problématique. La France n'échappera pas à un grand débat sur la gratuité."

Oui le grand débat sur la gratuité, le mode de couverture du risque de maladie et l'organisation de la médecine doit s'ouvrir. Pierre Antoine Delhommais souligne dans la dernière livraison du Point que la France est devenue la championne mondiale de la dépense sociale et qu'elle est le seul pays qui fait supporter aux générations futures le paiement des soins de la génération actuelle, en les payant par la dette. Il ne précise pas que ce sont les effectifs de la fonction publique hospitalière qui ont le plus augmenté ni que la CSG en étant affecté au social a été l'occasion d'une immense gabegie en même temps que d'une hausse massive de la pression fiscale globale.

L'organisation du secteur public de la santé est de type soviétique. Il ne s'agit pas d'adjectif qualificatif. Mais d'un constat organique. La bureaucratie y est de plus en plus forte ; la prise de responsabilité des praticiens de moins en moins possible. Lorsque François Fillon explique qu'il y a de plus en plus de bureaucrates et de moins en moins de médecins, il a parfaitement raison. Les bureaucrates raisonnent comme des bureaucrates. On l'a vu avec Mme Bachelot et sa gestion ahurissante du risque hypothétique d'un virus asiatique. L'affaire s'est finie avec quelques milliards de pertes. On le voit tous les jours avec l'organisation des Agences régionales de santé. Ces "machins bureaucratiques" se sont vu attribuer des pouvoirs gigantesques dans la gestion des hôpitaux privés et publics et se sont auto saisi de la surveillance des parcours de soins, dépossédant un peu plus les médecins qui doivent rendent des comptes de leurs actes à des bureaucrates en général embusqué dans les ARS parce qu'ils sont de parfaits incapables. Soigner est difficile, surtout s'il faut guérir le malade. Emmerder le médecin traitant en toute irresponsabilité est tout de même plus confortable.

Ce sont ces imbéciles, (oui les ARS sont peuplés d'imbéciles et d'incapables, il n'y a aucune réserve à avoir sur ce sujet ; ce sont les malfaisants du système, comme les fonctionnaires du Gosplan étaient les malfaisants de l'économie soviétique) qui ont fixé des normes intenables, concentré la médecine dans d'énormes Kombinats, provoqué la gabegie des transports gratuits vers ces Kombinats, essayé de créer un "service public fonctionnarisé du transport médical (qui a provoqué le blocage de Paris et des grandes villes par les chauffeurs de taxi et les ambulanciers privés) etc.

Beaucoup de livres récents ont porté témoignage de la folie administrative qui règne à l'hôpital public, en même temps que les cliniques privées étaient asphyxiées. Personnellement j'ai été témoin de plusieurs incidents très révélateurs.

Hospitalisé dans un service, il arriva que le nombre requis d'infirmières présentes n'était plus atteint. Le règlement est le règlement : il faut fermer le service "pour des raisons de sécurité". L'idée de recruter temporairement une infirmière libérale ? Pas question, les syndicats ne le voudront jamais. Que faire des malades ? Les transporter en ambulances dans des services respectant les normes ! Mais tout de même, les médecins au courant des traitements ne vont pas se déplacer ! La rupture de soin va être dommageable. "Rien à cirer" dit l'ARS locale à la direction de l'hôpital. La solution fut trouvée par un chef de service malin : il fit occuper les lits vides par des malades en fin de vie dont le ratio administratif d'infirmières n'était apparemment pas le même. Et hop ! Vive la bureaucratie.

L'autre incident concerne l'AME. Couché dans une salle d'urgence en attendant qu'un lit se libère, j'entends une voix qui explique à la personne attendant dans la stalle mitoyenne, séparée par un simple rideau, comment s'y prendre pour bénéficier de l'AME quand on n'y a pas droit. La jeune femme ivoirienne venait d'arriver de Roissy. Accidentée quelques mois plutôt, elle avait perdu la rate et des complications étaient survenues qu'il fallait traiter. Les traitements en Côte d'Ivoire étaient efficaces mais coûteux. En France cela pouvait être gratuit. La voix explique donc à la gente malade comment se faire rembourser gratuitement : ce qu'il faut dire ; ce qu'il ne faut pas dire etc. Il était le représentant d'un réseau qui se chargeait moyennant finances "au noir" de faire venir tous les malades africains en France pour traitement, dans la mesure où ils ont assez d'argent pour payer l'avion et le service. Au petit matin, la donzelle a répété son boniment. La personne qui l'a recueilli n'était pas dupe. Mais que faire. Je lui ai demandé par curiosité le budget prévu pour lesdits traitements : 37 000 euros (deux opérations lourdes par des équipes nombreuses et des dizaines de jours d'hospitalisation à 1 000 euros l'une !) et le nombre de cas de ce genre : pas plus de deux ou trois par semaine (c'était en 2002 !). Allez, on est bien content pour notre charmante malade et pour les autres.

Le troisième incident vécu n'a pas été médical mais concerne l'informatisation des hôpitaux. Ma première intervention dans ce domaine date de la fin des années soixante-dix ! J'ai pu voir de près comment se prenaient les décisions d'informatisation et comment elles s'exécutaient. Tous les défauts de la bureaucratie se retrouvent concentrés en bouquet : querelles de chapelles ; intervention d'intérêts à peine cachés (des structures intermédiaires montées par des épouses, par exemple), désir de fabriquer des cathédrales monstrueuses, au lieu de fixer des normes d'interconnexion, budgets gigantesques et incontrôlables, erreurs de conception, retards continuels, incapacité à constituer les fichiers historiques, choix techniques aventurés, exigences saugrenues (imprimer en rouge les comptes débiteurs, la mode :" on veut des Mac, c'est plus ergonomique", même si les outils de développements sont insuffisants…) L'informatisation du domaine de la santé est un Titanic qui malheureusement n'a pas coulé à la première traversée. Le cimetière des éléphants blancs est gigantesque.

Dernier exemple : la découverte un beau jour que ma propre secrétaire de direction allait deux fois par semaine chez le médecin, alors qu'elle était intelligente, jeune et en parfaite santé. Interrogée sur cette curieuse pratique, la réponse fusa : "c'est gratuit ; j'y ai droit ; et je veux à tout prix éviter d'être malade". Imparable.

Inutile de dire que les 35 heures, le tiers payant total et le matraquage des médecins et des chirurgiens libéraux, le numerus clausus, la désorganisation des urgences, l'arrivée de population islamisée violente, refusant certains types de soins, et toutes les mesures à l'avenant ont fini par avoir des conséquences extrêmement nocives : baisse du niveau d'expertise, par le recours à des étrangers n'ayant pas suivi les mêmes études que les Français, délais d'attente considérables pour certains actes, pénurie de médicaments, déserts médicaux ; maladies nosocomiales, hôpitaux disproportionnés et sous staffés, énormes citadelles à soins amiantées,

Tout cela représente des dizaines de milliards de gaspillages qu'on a cru contrôler en rationnant les soins, en encadrant les médecins, ou en chargeant la mule de dettes et de prélèvements sans fin et jamais suffisants. Au point qu'aujourd'hui les mutuelles remboursent de plus en plus mal. Les dentistes savent bien que leur clientèle y réfléchit désormais à plusieurs fois avant de s'engager dans un implant et que beaucoup vont voir dans les Pays de l'Est ou au Maroc où les prix sont moins chers.Et la SS paie ! Merci pour nos bons docteurs étrangers. Le tourisme médical se porte bien, subventionné par la sécurité sociale.

M. Fillon, il ne faut pas vous laisser impressionner. Si vous cédez, vous céderez sur tout. Il faut être ferme et clair. Le but est de sauver un système de santé menacé. Lorsque la Grèce est tombée en faillite, les hôpitaux ont cessé d'être approvisionnés en médicaments ; les draps ont cessé d'être lavé ; les cantines n'étaient plus approvisionnées ; certains personnels hospitaliers ont cessé d'être payés ; les retraités du secteur médical ont vu leur retraite réduite de plus de moitié !

Il faut reconstruire un système efficace et juste, qui n'entraîne pas la Nation par le fonds du fait de sa gabegie financière. Il faut expliquer et le pourquoi et le comment avant l'élection. L'hystérie retombera. Et vous pourrez agir.

Macron : une anguille à la sauce hollandaise ?

La candidature Macron est importante. Elle l'est sur un plan purement politique. Elle a cassé ce qui reste du modem et marginalisé le dernier survivant de la classe politique des années quatre-vingt : François Bayrou. Elle a probablement cassé la dynamique d'unité socialiste que le Manuel Valls voulait construire autour de sa personne. Elle aurait fait beaucoup de mal à Juppé s'il n'avait été éliminé aussi radicalement aux Primaires de la droite et du centre. Elle l'est également sur le plan économique puisque la restauration d'un moteur économique puissant est au centre de son discours, ce qui rejoint la démarche de François Fillon. Venant directement du premier cercle du président sortant, qui a porté et la loi Macron et la loi El Khomry, cela met un coin terrible au sein du PS. Valls paraît jouer petit bras et les frondeurs ne peuvent que sentir une indicible force répulsive.

La candidature Macron est également habile. Il a réussi à faire passer un message d'enthousiasme. Son livre révolution est absolument vide. Mais on aurait tort de le juger sur sa vacuité programmatique. Il n'a pour but que d'affirmer des enthousiasmes (l'entreprise, l'Europe, les nouvelles technologies, …) et de balayer des miasmes (le socialisme ringard, la droite ringarde, le syndicalisme ringard, …), la ringardise étant associée à un passéisme dégénéré. Le but est de plaire aux femmes et à la jeunesse, tout en ouvrant les bras à l'immigration, à l'Europe et au Monde. Le but est de caler François Fillon dans le camp des tristounets en attendant d'en faire un croque-mitaine.

Ce genre d'exploit médiatique n'est pas si rare que cela. C'est au fond ce qu'avait réussi à faire un temps François Bayrou. L'ennui de ce genre d'approche, c'est sa vulnérabilité dès qu'on entre dans le dur des programmes. En 2007 Bayrou était au sommet de sa forme et comptait comme Macron actuellement sur une cote située entre 15 et 19 % des intentions de vote. Sur tous les grands sujets la réponse était la même : ce sera bien parce que ce sera moi aux commandes et que j'irai chercher les meilleurs. Au final, cela n'a pas suffi.

Macron a senti le danger et décidé de donner des éléments de programme qu'au compte-gouttes lâchant élément par élément, comme on pèle un oignon odorant. Suffisamment pour épicer le discours, mais en évitant de faire pleurer.

Ce qu'il a divulgué hier dans sa première grande réunion comme candidat démontre qu'on a toujours tort de sortir de l'ambiguïté, la grande maxime du Mitterrandisme, reprise par François Hollande. Il y a beaucoup et probablement trop de hollandisme dans le programme Macron. Comme Hollande, il évite de s'attaquer de front aux grands tabous. On ne touchera pas aux trente-cinq heures ; on ne touchera pas aux fonctionnaires ; on ne touchera pas à la sécurité sociale ; on n'augmentera pas la TVA "qui frappe les plus faibles". Bref, on rassure tout le monde. Il y aura plein de boucliers partout. le changement sans changement, il n'y a que cela de vrai. "On va faire confiance aux Français, déconcentrer à mort, décentraliser pleinement (à moi Bretons et Corses) ; on va faire confiance à l'Europe". Revoici le langage du grand écart : la proximité champêtre plus les directives européennes. Une contradiction ? Quelle contradiction ? Et le gouvernement français, il fait quoi au milieu de ce déchaînement d'énergie au dessus et au dessous ?

Mais Monsieur, c'est très simple : il distribue. On va redonner de l'argent aux actifs en supprimant une grande part des charges salariales qui seront renvoyées sur …les retraités. Oh pas tous : les 40 % les plus riches. Allez hop ! À ces salauds de retraités aisés qui votent de toute façon à droite, on va piquer 1.7 % de leur revenu. C'est quoi 1.7 ? Presque rien. De quoi ils se plaignent ? Toujours les mêmes ces riches qui ne veulent pas sauver la France en se faisant égorger fiscalement. Et ceux-là, ils ne pourront pas s'exiler. Dans la pratique cela veut dire que le taux marginal d'imposition va passer de 65.5 à 67.2 %. Encore un effort et on sera au 75 % hollandais. Et cette mesure ne pèse en aucun cas sur l'entreprise triomphe Macron-les-beaux-yeux-bleus-ni-degauche-ni-de-droite. Pour les retraités la pilule sera amère : l'inflation repart. On pense qu'elle dépassera 2 % en 2017 et il n'y a plus d'indexation. Ils vont perdre 4 % sur la totalité de leur revenu mais 8 à 10 % sur le disponible : et oui, les fameux retraités aisés sont déjà souvent taxés à plus de 50 %. Si on tient compte des charges fixes de logement, l'impact sera plutôt autour de 20 %. Mais cela,  on ne poussera pas l'honnêteté jusqu'à l'avouer.

Les premières mesures annoncées (comme on les comprend à travers un discours, mais elles seront peut-être explicitées par écrit) n'auront aucun effet sur les entreprises, ce ne sont pas elles qui paient les charges salariales. Elles ne facilitent pas la compétitivité (comme la TVA sociale). Elles n'augmenteront pas la demande globale (on en fait un simple transfert d'une catégorie sociale à une autre). Et on recommence à séparer les bons Français corvéables à merci qui sont chargés de payer le vote d'un candidat. Hollande, nous voilà !

Comme Hollande on est pour tout ce qui est pour contre tout ce qui est contre, dans le verbiage de l'enthousiasme, on contourne tous les nœuds gordiens qui se dénoueront tout seuls, on ne touche à personne sauf à une partie de la population "aisée" corvéable à merci et qui aurait bien tort de crier à l'injustice.

On revient à la démarche de Hollande. Évitements divers, refus de traiter les sujets qui fâchent, et achat de vote démagogique. Sans aucun résultat à attendre sinon un méchant retour de bâton en moins de deux ans.

En fait cela donne de la marge à François Fillon qui n'aura qu'un mot à dire : qu'est-ce que ce programme change et en quoi peut-il sortir le pays de l'ornière où il se trouve. Tout le monde il est gentil tout le monde il est beau c'était en 1968. Faire du socialo-hollando-centrisme soixante-huitard n'est pas ce qu'on attendait du jeune Emmanuel Macron.Mais quand on est haut fonctionnaire et banquier d'affaire on ne peut pas s'attendre à ce qu'on casse la baraque. L'important est la conservation de l'Administration et la préservation des affaires réservées aux 100 milliardaires qui comptent vraiment pour les choses sérieuses et dont une partie finance sa campagne. Ceux-là veulent d'abord la paix sociale. L'avilissement national ne compte pas. La symbiose entre haute fonction publique et affairistes mondialisés doit perdurer. Et qu'on ratisse les retraités moyennement aisés (40 % du total tout de même) les gêne moins qu'une manif un peu rude de la CGT.

Voici que Mélenchon a du grain à moudre.

Décidément non. Cette approche Macron n'est pas la bonne pour la France, même s'il faut attendre que toutes les mesures qu'il propose sortent de la boîte pour en juger définitivement. Elle ne permet pas de détourner le Titanic français de sa course folle vers la falaise grecque. Seulement de détourner l'attention.

Dommage.



Qui doit créer la monnaie ?

Le système bancaire mondial  est en faillite virtuelle depuis 2006. Il a inévitablement craqué en 2008. Les pertes latentes accumulées lors des décennies précédentes avaient  atteint plus de dix  mille milliards de dollars, un gros multiple du capital des banques. Les constater aurait été équivalent à accepter la perte de tous les dépôts dans les banques occidentales. Pour éviter ce scénario catastrophe, on sait que la solution retenue a été de créer de la monnaie banque centrale à tout va (16 mille milliards de dollars), de créer plus de 60 mille milliards de dettes nouvelles à taux presque nuls,  de transférer une partie du fardeau aux Etats et aux contribuables, et de rechercher, sans trop de succès,  un peu d’inflation pour limer progressivement le bloc  de dettes, sans que les porteurs ne se sentent trop floués. La création monétaire des banques centrales a été telle que les taux sont devenus négatifs, et que les banques ont répercuté sauvagement sur le déposant, sous forme de taxe, l’usage d’un compte courant par ailleurs imposé par la puissance publique.  En même temps on a cherché à encadrer, en l’étouffant, les activités bancaires, à l’aide de deux techniques : des législations de plus en plus contraignantes et une obligation de couverture en capital des différents marchés de prêts bancaires.

Le plus significatif, dans ce désordre, est l’absolu dédain pour les causes réelles de l’écroulement bancaire, mis simplement à charge des traders et de leur goût prétendument nouveau pour le lucre.  Du coup, des  contradictions monstrueuses  se sont fait jour entre une doctrine économique basée sur le libéralisme et des pratiques absolument liberticides :

-          Obligation de payer en monnaie de banque pour que le fisc puisse tracer toutes les transactions.  Cette obligation d’utiliser les banques pour le moindre règlement et pour stocker sa monnaie est une violence d’état, pas un choix des usagers.

-          Droit des Etats à voler une partie des dépôts, c'est-à-dire de la monnaie conservée de façon forcée dans les banques

-          Limites nombreuses à ce qu’on peut faire de son épargne liquide.

-          Droit accordé aux banques de taxer ad libitum les déposants

-          Canalisation fiscale vers des placements finalement à merci des Etats et gérés par les banques avec risque de spoliation fiscale.

-          Interventions dans la liberté contractuelle et les règles de rémunérations

-          …

Au nom d’un libéralisme de façade, on a créé un système totalement anti-libéral.

On prétendait, en mettant sur le pavois les idées de Milton Friedmann,  que la monnaie était « une marchandise comme les autres » dont la valeur devait s’établir sur des marchés, et voilà que l’Etat ou ses succursales, multiplie les voies de fait contre les usagers de la monnaie.

Naturellement la crise dure. On ne peut pas faire sans conséquences d’aussi grands écarts entre idéologie affichée et réalité, entre motivation légale des institutions et pratiques contraires, entre les faits et les causes.

Les peuples ainsi maltraités au profit de la survie des banques, et accessoirement de leurs dépôts, se rebiffent contre l’idée dominante qui a laissé le système bancaire créer inlassablement une monnaie aventurée dans le financement du néant, sous la supervision borgne des banques centrales. 

Le balancier part dans l’autre sens. Le pouvoir de création monétaire des banques est soudain à l’encan démocratique.

Un rapport signé par un parlementaire islandais du Parti du progrès, Frosti Sigurjonsson, préconise d’enlever aux banques le pouvoir de créer de la monnaie. Une votation suisse pour une « monnaie pleine » suit  avec  succès la procédure, en ayant obtenu plus de 100.000 signatures. Il y a aura vote en 2018.  Le débat sur le rôle des banques centrales et la « distribution d’argent au peuple par hélicoptère » va dans le même sens et rejoint la polémique sur la règle imposée en 1973 qui interdit  aux banques centrales de financer directement les Etats.

Du coup,  on ressort les propos d’économistes qui, très nombreux au cours de ces trois cent dernières années, ont eu la tentation de priver la banque du droit de création de monnaie laissant le seigneuriage  au profit des Etats. De Ricardo à Maurice Allais, ils sont extrêmement nombreux.  Il est vrai que depuis longtemps on associe avec raison le cycle décennal à la purge périodique des excès de crédits bancaires. En soulignant que les pertes colossales  provoquées par  la crise de 2008 ont largement  le fruit d’une création monétaire débridée des banques, on réactive automatiquement le débat sur « qui doit créer de la monnaie ? ». Le FMI a curieusement contribué à échauffer les esprits en publiant l’étude de Jaromir Benes et Michael Kumhof : The Chicago Plan Revisited (Retour sur le plan Chicago) qui discute les  propositions d’Irving Fisher qui vont dans ce sens qu’il avait formulé dans les années trente,  à la suite de la faillite en chaîne de milliers de banques.   (http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.imf.org%2Fexternal%2Fpubs%2Fft%2Fwp%2F2012%2Fwp12202.pdf)

La question est tout de même assez technique et, il faut l’avouer sans fausse pudeur démocratique,  assez largement au dessus des moyens de tous ceux qui n’ont pas longuement étudié la question. Le grand public est néanmoins appelé à la trancher. On peut le craindre car le sujet contient d’excellentes perspectives démagogiques :

-          Les banques sont mal aimées

-          L’idée que de l’argent gratuit pourrait se retrouver dans la poche de tous sans rien faire est tentante.

-          Le tout peut s’enrober dans une idée simple du bien commun opposé aux vilains profiteurs

-          Toute critique de ces merveilleuses mesures  peut être écartée d’un revers de la main comme achetée par le système financier et portée par des « complices » des banques.

Le terrain est meuble pour semer des graines de passion et obtenir une jolie mobilisation. Des centaines de milliers de personnes ne comprenant pas toutes les arcanes du sujet peuvent se trouver séduites par un grand coup de pied dans la fourmilière et « arrive que pourra, au moins on se sera défoulé ».  C’est un peu le même mode d’agrégation de réflexes « anti-système » que l’on retrouve dans l’idéologie qui veut que les monnaies locales soient parfaites et les monnaies d’Etat mauvaises, ou qui laisse croire que la taxation des opérations financières aboutirait, en trois minutes, à sortir le monde de la pauvreté, des difficultés écologiques, et des grandes épidémies.

L’initiative marche aussi bien en Islande où le système bancaire, croyant appuyer sa création monétaire extravagante sur des actifs mondialisés considérés comme réels, s’est effondré du fait de la faiblesse des « collatéraux », provoquant des pertes que la place ne pouvait couvrir (elles étaient de plusieurs fois le PIB marchand Islandais) et la Suisse où des pertes considérables ont été subies par UBS et le Crédit Suisse plusieurs fois supérieurs également au PIB suisse mais où les traditions bancaires et les pétromonarchies pouvaient aider à faire face sans trop inquiéter le citoyen suisse.

 

Voici donc la castration des banques devenue un thème politique et un levier pour les activistes  qui cherchent à dresser  les « masses conscientisées » contre la « globalisation néolibérale ».

L’occasion nous est donnée de rappeler les thèses développées ici depuis 8 ans :

-          Les banques ne créent de monnaie que de façon contrainte. Elles sont plutôt des amplificateurs de liquidité. La monnaie qu’elles créent devrait être gagée sur la croissance de revenu provoquée par l’investissement productif. Elles sont constamment sous la menace d’une demande de conversion de comptes-courants en monnaie banque centrale et elles doivent donc conserver un portefeuille de prêts négociables et escomptables. Si les banques se sont mises à battre monnaie de façon délirante, la raison en est à chercher dans les sources primaires de liquidité et principalement les retours de balances de paiements excédentaires dans le système bancaire des pays déficitaires.  Si on laisse d’énormes excédents et d’énormes déficits se produire, le pays excédentaire ne peut plus investir les gains de devises en interne (il est déjà hyper compétitif), et la devise étrangère se stérilise. Alors il la replace dans le pays où elle a cours. C’est ainsi que l’Allemagne puis le Japon puis la Chine ont créé des hélices doubles de crédits avec les pays déficitaires de contrepartie, surtout les Etats-Unis. Elles ont provoqué les crises de 73-74, 92-93 et 2008-2009. L’afflux de liquidité n’ayant plus de rapport avec la production, les banques ont financé massivement des faux-espoirs de plus values.  Les banques ont été le principal vecteur des pyramides de crédits, mais les énormes déséquilibres de balances de paiement sont la vraie cause des crises successives. Il faut donc mettre fin à un système qui permet de tels déséquilibres, si l’on veut agir sur la cause primordiale et pas l’amplificateur.

-          Le concept de banque universelle, dont la gestion se fait en symbiose avec l’Etat est un désastre, même si ce modèle est le chouchou préféré des banquiers et des hauts fonctionnaires français. Nous considérons que la banque de paiement doit être distinguée de la banque de crédit, qui doit elle-même être distinguée de la banque d’investissement. Les ressources des banques de crédit et d’investissement doivent limiter la « transformation », afin que des crédits à court terme ne viennent pas financer des investissements à long terme.

-          La banque de paiement est une société de service. Elle assure la conservation de la monnaie et organise ses mouvements. Le progrès technique et la concurrence doivent permettre de faire baisser le coût de garde et le coût de transaction. Naturellement, l’usager paie pour le service et la fausse gratuité du compte chèque disparait. Si le déposant (qui fait du coup un vrai dépôt) veut conserver son encaisse liquide, il le laisse en compte courant, où il est inaccessible : la banque n’en prend pas possession.  Il est d’usage de considérer que le coût de la partie gestion de compte pour l’usager est actuellement masqué car pris en compte partiellement par le banquier.  L’informatisation a changé la donne : la partie paiement et conservation voit ses coûts baisser de façon étonnante. La banque doit faire face à de nouveaux concurrents tous les jours sur ce segment. Le mouvement est donc clair vers une autonomisation de la fonction « tenue de compte et paiement ». Si les banques de paiements sont des sociétés de service, on ne voir guère d’inconvénients à ce que des réseaux de géants mondialisés se constituent, avec une capacité d’amortir les investissements techniques sur une grande échelle, baissant encore le coût facturé au déposant. L’important est d’éviter les monopoles.

-          Les banques de crédit fonctionneront à partir d’argent emprunté sur le marché monétaire. Les banques spécialisées dans des marchés particuliers dont les durées de prêts seront ajustées. Elles pourront également escompter auprès de la banque centrale un portefeuille de prêts afin d’obtenir une liquidité nouvelle non préexistante dans le système. Comme les marchés de devises sont interconnectés, elles pourront acheter des liquidités en excédent  à l’étranger et convertir les devises pour couvrir leur besoin de liquidité. Mais comme les grands excédents et déficits seront bannis et que nous considérons que les changes fixes et ajustables sont le seul moyen d’éviter les trop gros déséquilibres, le risque d’une abondance excessive de liquidité est impossible. 

-          L’ensemble du système que nous proposons évite les paniques bancaires,  sauf vol direct des dépôts dans les banques de paiement par un état spoliateur et vorace, ce qui parait inconcevable car parfaitement inutile. Il limite les crises périodiques en évitant partiellement les effets d’emballement.

-          Son risque est de faciliter la thésaurisation. Mais on voit que ce risque existe déjà.   

-          Pour une croissance de trois à quatre pour cent par an, il ne faut pas une création monétaire gigantesque. Si les encaisses désirées restent stables, le refinancement monétaire des investissements financés à découvert par les banques augmentera au rythme de la croissance.

-          Reste la question des financements de l’Etat. Utiliser les banques centrales pour alimenter directement le trésor n’est pas une solution, sauf pour le financement d’investissement que seul l’Etat peut faire et dont il est certain qu’ils créeront directement ou indirectement du revenu. Cela devrait rester interdit, en temps ordinaire pour le financement de l’impasse primaire. Le risque, sinon, est de créer une inflation incontrôlable.  Pour les investissements publics longs, il n’est pas absurde que les Etats s’endettent prioritairement auprès de la banque centrale, sous réserve de règles prudentielles extrêmement sévères. Il n’est par exemple, pas question que l’on finance une hausse des salaires des fonctionnaires de l’éducation nationale sous prétexte que l’investissement dans les hommes est un investissement productif.

-          La question des circonstances exceptionnelles, des dépressions lourdes, des collapsus, comme dans les années 1930 ou les années 2010 est évidemment différente. Là, presque tous les moyens sont bons. L’important est de ne pas se mettre dans de telles situations. La seule solution est dans un bon système monétaire international, basé sur les changes fixes, la responsabilité des Etats vis-à-vis du change, et l’interdiction ou la pénalisation des gros déficits et des gros excédents.

Est-ce à une procédure référendaire qui faut confier l’ensemble de ces questions ou à une conférence internationale ? La seconde solution serait sans doute la meilleure. Mais un nouveau Bretton Woods est-il simplement possible ? Peut-être des votations peuvent-elles en créer les conditions. Mais il est difficile de faire face à la complexité par des simplismes, encore que de toute éternité on sait qu’il faut parfois trancher les nœuds gordiens avec plus de violence que de réflexion.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile.


Changer la "globalisation" ?

L'explosion en plein vol de l'économie baudruche qui a gonflé inlassablement à partir de l'abandon des disciplines de Bretton Woods en 1971 a eu comme première conséquence, que nous n'avons cessé de souligner dès 2008 et qui a été totalement sous-estimée par les commentateurs, l'arrêt des financements internationaux, chaque banque cherchant son salut dans son pré carré national et ses autorités de tutelles. L'arrêt de l'énorme spéculation sur les matières premières internationales, y compris le pétrole, associé au repli des banques, a désorganisé les flux commerciaux usuels.

Comme souvent, les mentalités ont été en retard sur les faits. On demande de partout une "pause dans la globalisation" alors qu'elle est largement arrêtée depuis plusieurs années !

Tout le monde n'a pas été aveugle :

"Le ralentissement prononcé de la globalisation est en partie conjoncturel, lié aux effets de la crise, ainsi qu’au ralentissement de l’économie chinoise". « Il est aussi le résultat de la multiplication des barrières aux échanges et du protectionnisme ainsi que des limites atteintes par la baisse des coûts du transport », ajoute Thomas Held, auteur d’un article annonçant en 2012 que « la déglobalisation a commencé ».

La campagne réussie de Donald Trump, venant après le Brexit, met à mal une autre vue conventionnelle : la "mondialisation néolibérale" aurait été une exigence des "Anglo-saxons". Pour une bonne partie des observateurs dans les médias ou les institutions officielles, "l'horreur de la globalisation" est née de l'élection de Thatcher et Reagan. Et on nous annonce une "horreur de la déglobalisation" associée à l'élection du "monstre" Trump…

Du coup, voilà qu'on demande de partout une "nouvelle globalisation". En France et à gauche, c'est Picketty qui s'y colle dans un article du Monde.

Pour lui il ne faut pas revenir au temps des replis, identitaires et économiques, mais lier les négociations multilatérales commerciales avec "des objectifs plus élevés". Le commerce : pouah ! Mais, puisqu'il en faut, assujettissons à son développement des objectifs dignes d'une humanité supérieure. Dans son esprit, la lutte contre le réchauffement climatique et les inégalités.

Il se trouve que nous-mêmes proposons depuis très longtemps de lier l'ouverture des échanges internationaux à une  autre réforme : celle du système monétaire international. La solution est logique : un achat est toujours constitué d'un mouvement de monnaie et d'un mouvement de marchandise. On ne peut pas s'intéresser à un seul pan de la transaction, en imaginant que la monnaie est un "voile", une huile de graissage, permettant de faciliter les échanges. Si les échanges sont très déséquilibrés cela veut dire que des stocks d'excédents monétaires se forment et on sait très bien, notamment depuis Rueff, qu'ils provoquent des doubles hélices de crédits et poussent l'économie mondiale dans le fameux mode baudruche que nous avons connu pendant quarante ans, avec explosion finale. On doit donc associer le développement des échanges internationaux avec des institutions et des règles qui permettent la stabilité relative des changes, l'absence de spéculation désordonnée sur les monnaies, et l'atténuation des déséquilibres des échanges. Oui, CETA et TAFTA auraient dû être associés à une refonte du système monétaire international.

Pour Picketty, obsédé par le contenu de l'assiette du voisin, ces questions ne se posent pas. Les inégalités sont le problème fondamental. Mais voilà, la globalisation a provoqué  une réduction des inégalités :

« La globalisation a fortement réduit la pauvreté dans le monde et accru le niveau de vie dans tous les pays ouverts aux échanges, en particulier en Suisse. C’est elle qui a permis d’atteindre les objectifs de développement des Nations unies », renchérit Martin Eichler, chef économiste de BAK Basel.

Il est très difficile, pour un socialiste, de constater que les Républiques Socialistes de l'Est et de l'Orient avaient réduit leurs peuples à la misère de masse. Lorsque ces régimes sont tombés, comme l'URSS, ou se sont profondément réorganisés, comme la Chine et l'Inde, un énorme écart est apparu entre les niveaux de vie occidentaux et ceux de ces pays. Une femme vivant à la campagne en Ukraine ne gagnait pas plus de 100 euros par mois ; une paysanne collectivisée chinoise pas plus de 50. La fin des guérillas communistes dans les pays pauvres d'Afrique et d'Amérique du sud, a également permis une reprise de la prospérité. On a donc assisté à un rattrapage économique dans toutes ces nations qui s'est traduit globalement par une réduction massive de la pauvreté et des inégalités. Il faut vivre dans une bulle obsessionnelle pour ne pas voir que la globalisation est, historiquement, une baisse massive des inégalités mondiales  et que ce rattrapage a eu pour conséquence des difficultés certaines pour les secteurs ouvriers occidentaux, mis en concurrence avec des pauvres bien décidés à rattraper leur niveau de revenu et de consommation. On peut analyser en partie le rejet de la mondialisation dans les pays développés comme une révolte des classes moyennes mises en concurrence avec les parties plus pauvres du monde. Si on n'avait pas connu 75 ans de socialisme, le besoin de rattrapage aurait été moindre et les tensions en Occident moins sensibles. C'est malheureusement le genre de constat , en dépit de l'énormité de son évidence, qui ne peut pas être simplement imaginé par un socialiste marxisant.

Non M. Picketty la question de la mondialisation n'est pas la création d'immenses inégalités, puisque ce sont les immenses inégalités imposées par le socialisme violent qui s'estompent avec la globalisation !

Quant au réchauffement climatique, il tient à tellement de comportements qui n'ont rien à voir avec les échanges commerciaux, qu'on ne voit pas ce qu'ils devraient faire dans une négociation commerciale. On retrouve là la tentation permanente des ONG de l'ONU de faire de la morale avec des instruments qui n'ont rien à voir. On l'avait déjà constaté avec la taxe Tobin, sujet technique, transformé, avec mauvaise foi, en instrument de financement de toute une série d'objectifs d'abord sociaux puis écologiques. Dans sa dernière formulation elle devrait permettre de financer la transition énergétique des pays du sud. Sortir le monde de la pauvreté d'un claquement de doigt n'est plus à la mode !

La COB 21 a démontré que des conférences internationales ad hoc avaient leur efficacité. Pourquoi détourner d'autres négociations pour traiter des mêmes questions ? Lorsqu’on parle d'échanges de produits, il est vrai que les normes de production interviennent, qu'elles soient de santé publique ou sociales (travail des enfants par exemple). Mais les négociations actuelles entre Occidentaux concernent essentiellement le secteur des services qui n'a aucune influence climatique avérée. Quant à la Chine, la question actuelle est de savoir s'il faut lui reconnaître le statut d'économie de marché, avec des conséquences de compétition aggravée et dans le système actuel, un risque aggravé de déséquilibres massifs. L'écologie n'a pas sa place dans cette discussion. En revanche les énormes excédents chinois, leur formation et leur emploi, ainsi que le choix de la monnaie internationale à utiliser en Europe pour échanger avec la Chine, sont des thèmes de discussions aussi majeurs que totalement mis à l'écart. Là est le scandale.

Il faut associer la relance de l'économie internationale à une refonte profonde du système monétaire international, avec condamnation effective des gros excédents et des gros déficits. Mais, décidément non. Il ne faut pas fourvoyer les discussions sur le commerce international et la globalisation des échanges dans des discussions qui ressortissent d'un autre registre.

Si on avait, dès le changement de stratégie économique de la Chine, imposé un contrôle de l'équilibre des échanges commerciaux et évité les énormes déficits américains et leurs excédents symétriques en Chine, la Chine aurait cru un peu moins vite et en contrôlant mieux sa pollution et les classes moyennes américaines auraient moins souffert, avec un dérapage moindre des inégalités de rémunérations. Les classes moyennes européennes aussi. Ce qui vaut pour la Chine vaut aussi pour tous les pays à rattrapage.

Réformer le système monétaire va donc dans le sens d'une moindre pollution et de moindres inégalités dans les pays développés. C'est à cette bataille-là que Picketty devrait se joindre, car là est le chemin.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile

Les charges sociales dans la tourmente des élections présidentielles

Il y a dans toute élection une part de défoulement. Une élection est une soupape, pas seulement le choix d'une ligne politique. Et parfois, le défoulement vaut ligne politique, comme on le voit trop souvent ces derniers temps.

La question devient épineuse lorsqu'un pays doit faire face, comme en France, à l'obligation de réformes de structures complexes, socialement sensibles mais indispensables. Prenons par exemple le cas du défaut majeur de la structure fiscale française qui est d'accabler la production au point de lui faire perdre toute compétitivité. Après guerre, la France était ruinée et n'avait plus d'épargne. On a chargé l'entreprise de financer des politiques publiques parce qu'il n'y avait peu d'autres ressources disponibles. Ceci était tolérable tant que l'épargne nationale n'avait pas été reconstituée et tant que l'ouverture commerciale et financière au monde n'avait pas été réalisée. D'autant plus que les mesures prises à la Libération sur le chômage et les retraites n'avaient pas de conséquences immédiates : nous étions en phase de plein-emploi et les retraites, ce serait pour bien plus tard. Les maladies n'exigeaient pas les traitements coûteux que l'on connaît aujourd'hui. Les salaires, dans les hôpitaux, étaient bas, très bas.

Ce système s'est trouvé en décalage avec l'ouverture généralisée des marchés et après 25 ans de rattrapage de prospérité. Dès les années soixante-dix la question était posée d'un changement majeur des assiettes fiscales concentrées sur l'entreprise.

Le rôle des politiques est de" rendre possible ce qui est nécessaire". Il leur appartenait, à cette époque, de mettre en branle et de conduire à terme l'élimination des financements de circonstance. Le but de ces redéploiements était et reste un bénéfice pour tous, pas une réduction de droits pour les uns ni un cadeau pour d'autres. Giscard a bien compris la nécessité de généraliser la TVA mais il a vu l'affaire comme un supplément de recettes permettant de calmer les conséquences de mai 1968 et pas du tout comme une occasion de soulager la production. L'arrivée de Mitterrand et le délire fiscal socialiste qui en est résulté ont bloqué pour une génération les évolutions nécessaires avec comme résultat une hausse continue du chômage.

Le travail reste donc à faire presque entièrement.

Comment insérer des préoccupations de reclassement fiscal majeur dans le processus électoral, notamment présidentiel ?

On a vu que les gouvernements nommés par M. Hollande, qui n'avait rien abordé de ces questions lors de sa campagne électorale, ont tenté une première réforme, l'élimination progressive du financement partiel de la politique familiale par l'entreprise. Compte tenu des faiblesses du Président le résultat a été le blocage du pays et l'effondrement de sa cote à 4 % d'opinions positives ! Les programmes des candidats à la primaire de droite ont, sur ce sujet, des velléités, mais ils sont grevés d'une part par le goût des postures du côté de certains d'entre eux et celui des simplifications stupides du côté des journalistes, l'électorat étant lui-même incapable de se saisir de la complexité des questions posées, faute d'information préalable. Allons au fond des choses ! Faut-il réformer les charges sociales pesant sur l'entreprise, sachant qu'il s'agit essentiellement de transferts d'assiettes, et peut-on le faire de façon bénéfique et consensuelle ?

Il existe trois types principaux de charges sociales sur les entreprises :

- Des charges contributives dont la nature et le montant sont fonction du salaire brut reçu et directement liée à la personne. C'est le cas de la retraite, de l'assurance chômage et des régimes complémentaires de santé.

- Des charges distributives qui n'ont qu'un but : alimenter un pot commun de ressources dans lequel les institutions publiques plongent pour financer des politiques publiques.

- Des assurances liées à l'activité de l'entreprise elle-même, comme la couverture des accidents du travail.

Dans le premier cas, il s'agit de cotisations ou de primes, dans le second d'impôts dont l'assiette est basée sur une partie de la valeur ajoutée de l'entreprise et payée par elle, sans rapport direct avec ses activités, dans le troisième de frais de gestion qui ne sont pas concernés par les réformes car très normalement du ressort de l'entreprise.

Seules les charges distributives ont vocation à être renvoyées sur d'autres formes d'imposition. On peut parfaitement prétendre que c'est l'ensemble des revenus des Français qui doit financer les libéralités en matière d'allocations familiales et de maladie (à l'exception des maladies professionnelles et des accidents du travail). On peut même ajouter la formation en alternance. En France l'éducation est gratuite sauf pour l'apprentissage, ce qui est pour le moins anormal (et anti social). On n'a pas demandé à l'entreprise de financer l'éducation nationale. Alors pourquoi la famille, la construction, la maladie ou l'apprentissage ?

La cohérence voudrait que ces politiques publiques soient financées par l'impôt général et pas spécifiquement par l'entreprise.

Rappelons qu'en 2016, les cotisations concernées étaient sur le salaire brut :

- 0,30 % pour la contribution solidarité autonomie ;
- 12,84 % pour l'assurance maladie depuis le 1er janvier 2016. Elle plafonnait à 12,80 % depuis 1992 ;
- 5,25 % pour les allocations familiales ;
- 0,10 % pour l'aide au logement. Avec les charges liées à l'apprentissage et d'autres charges du même type, on arrive à la louche à environ 20 % de la masse salariale brute.

Compte tenu que celle-ci est d'environ 60 % de la valeur ajoutée en moyenne, si on devait tout transférer, on aboutirait, à la très grosse louche, à une réduction d'environ 12 %.

Ces coûts n'entreraient plus dans le prix de revient et cela permettrait une meilleure compétitivité à l'export. Les charges sont actuellement payées par l'entreprise dès que le salaire est versé. S'il s'agit d'une dépense d'investissement, un impôt est prélevé même si cet investissement n'a pas encore été productif. S'il échoue, la perte s'en trouve aggravée d'autant. Dans toutes les autres formes de prélèvement, l'imposition se fait sur un gain effectivement réalisé. On ne taxe plus un revenu potentiel mais un revenu réel. La mesure est donc logique et favorable aux investissements.

Vers quel autre impôt doit-on transférer ces charges ? Il s'agit bien de transfert et pas de suppression puisque les besoins qu'elles financent ne sont pas supprimés, dans aucun des programmes.

Il n'en existe que trois : l'IR, la CSG et la TVA.

Les bénéficiaires étant les résidents, il serait logique que l'IR et la CSG soient sollicités.

Néanmoins, la TVA a l'avantage de faire payer une partie de ces cotisations lors d'achats de produits étrangers et donc favorise la compétitivité. Le chômage de longue durée et les coûts de reconversion de bassin pouvant être partiellement associés à la concurrence étrangère, qui par ailleurs bénéficie au consommateur, solliciter la TVA n'est pas absurde.

La bonne solution serait sans doute d'affecter la moitié du transfert à la TVA. Mais il y a de quoi débattre sur ce pourcentage.

Pour ne pas écraser les ménages, cela suppose qu'on réduise massivement la dépense publique générale. Il faut associer une réduction de dépense d'au moins 50 milliards d'Euros à cette réforme pour qu'elle soit simplement supportable dans l'ambiance fiscale actuelle.

Quelles seraient les conséquences d'une telle réforme ?

Les entreprises, notamment celles de main-d’œuvre, recouvreront des marges considérables et pourront soit ajuster leurs prix pour être plus compétitifs, soit choisir d'investir, soit donneront une meilleure rémunération (elle-même imposée, réduisant la perte fiscale) aux acteurs. Les artisans et les auto entrepreneurs n'auront plus à payer autant de frais fixes étouffants. L'emploi à domicile sera facilité. L’assistance à la vieillesse impotente également.

On peut espérer des conséquences de long terme favorables à l'emploi, la balance commerciale et l'investissement, et donc également à la recette fiscale.

Peut-on prouver ces bienfaits et les estimer ? Non, avec les méthodes d'évaluation actuelles. Basées sur des modèles macroéconomiques qui n'utilisent que des masses consolidées, tout transfert de charge montre une conséquence nulle, par construction. On n'y tient aucun compte des effets comportementaux à l'échelon du particulier ou de l'entreprise, ni des échanges internationaux. La réduction de la dépense publique y est vue comme une baisse de la demande globale avec des effets déplorables sur l'emploi (le revenu non prélevé étant grevé d'une épargne d'autant plus importante que la réduction de financement porte plus sur les riches !).

Plus ennuyeux encore, l'entreprise baignant dans un système global, il se peut que les événements extérieurs gomment les résultats.

Associée à une hausse du temps de travail et une dévaluation de la monnaie, dans une conjoncture porteuse, la réforme peut produire des résultats spectaculaires. Mise en œuvre en pleine stagnation ou de récession, elle n'aura aucun effet conjoncturel. À l’inverse, l'effet sur les prix de la mutation d'une partie de l'assiette vers la TVA sera quasi nul dans une conjoncture comme celle qui prévaut aujourd'hui. Une fois la réforme installée, les prix ne seront plus influencés.

Inutile d'attendre d'une réforme structurelle une relance conjoncturelle. Les bénéfices ne seront pas immédiats. La mise en œuvre dépendra du climat général des affaires. Les deux dernières périodes très favorables ont été celles des gouvernements Rocard et Jospin qui ont bénéficié tous les deux d'une conjoncture internationale incroyablement porteuse. Malheureusement le premier a aggravé de façon effroyable la dépense publique et la fiscalité, et l'autre a étouffé durablement les entreprises par la réduction autoritaire du temps de travail et la judiciarisation excessive des relations du travail.

L'expérience malheureuse conduite par M. Hollande prouve que "donner et retenir ne vaut". Le transfert partiel des charges familiales, avec réduction ciblée des allocations familiales, après avoir injurié les patrons, tenté de leur appliquer des mesures fiscales vexatoires et pris mille mesures anti-business, dans une conjoncture molle et avec des modalités d'une absurde complexité, n'a pas prouvé que le transfert était une mauvaise chose, au contraire, mais a confirmé qu'on ne pouvait pas mener des politiques contradictoires en même temps, surtout quand une partie de cette politique n'a jamais été annoncée ni même préparée par une concertation ouverte et construite, et qu'on l'abîme en prenant en parallèle des mesures de principe, comme l'inversion des bases du droit du travail, qui n'étaient absolument pas nécessaires pour mener à bien la réforme et qui ont joué le rôle de chiffons rouges.

Le nouveau président devra donc aller plus loin dans cette direction, tout en sachant que l'échec précédent grève lourdement la bonne volonté des parties prenantes, et que ces mesures ne seront pas à elles seules constitutives d'un "choc de confiance", sauf si la conjoncture globale s'y prête, ce qui est loin d'être prouvée. L'expérience allemande montre que le plan du début 2000 n'a commencé à porter des fruits qu'à partir de l'entrée de la conjoncture mondiale dans la phase de croissance ébouriffée qui a précédé l'effondrement de 2008. Ensuite, les bienfaits de la réforme ont rendu la sortie de crise plus facile.

L'autre mesure structurelle caressée par les politiques est la suppression "totale" des charges sociales sur les bas salaires, présentée comme une panacée en matière d'emploi. Qu'en penser ?

Pour les prestations individualisées et basées sur la cotisation, on ne voit pas le sens d'une exonération. En matière de retraite on acquiert des droits, le plus généralement, selon son nombre d'années de cotisation et leur montant. La réforme de structure ici est de supprimer tous les régimes spéciaux et de mettre en œuvre, pour la retraite de base, un système unique par point, chacun étant libre de son système complémentaire (individuel ou collectif). Quelle est la justification de faire supporter à la collectivité, par l'impôt, les privilèges accordés à une catégorie qui n'arrive pas à autofinancer son privilège ? Ce qui est vrai pour la retraite des cheminots l'est tout autant que pour le chômage des intermittents du spectacle. Mais même dans le cas général, on ne voit pas pourquoi le financement de droits individuels à la retraite de millions de salariés au SMIC devrait être mis sur le dos des autres. La retraite est un dispositif de prévoyance pas un exercice de solidarité. Cette dernière doit s'exercer et s'exerce effectivement par d'autres moyens.

Pour cette partie des charges, nous serions plutôt favorables à supprimer la notion de cotisation patronale pour une notion de salaire différé. Cela permettrait de remettre un peu de logique dans les discussions sur ce sujet. Si on veut augmenter le salaire net autrement qu'en augmentant le salaire brut, il devient évident que le départ à la retraite doit être plus tardif, qu'on doit être moins généreux avec certaines formes de chômage etc. Il faut arbitrer entre le disponible actuel et le disponible futur. Plus la décision se rapproche de la personne concernée et moins l'impôt des autres est concerné, mieux le système s'équilibre. On dira : que devient le paritarisme ? Autre chose…

Moins on laissera les syndicats salariaux et patronaux gérer de politiques publiques, le mieux tout le monde se portera. En revanche il ne faut plus les priver des négociations sur les salaires, les conditions de travail, la durée du travail. On ne voit pas pourquoi ils devraient s'immiscer dans la gestion de la maladie, de la construction, de la politique familiale. En revanche on leur a retiré de facto la discussion de branches sur les minimas salariaux et c'était une grande erreur. Qu'on leur rende ce pouvoir. Revenons aux salaires minima par branche et par région discutés par les partenaires sociaux. Et pourquoi pas, en-effet, une plus grande liberté dans l'entreprise pour les modalités.

Il serait bon que tout le monde s'accorde à trouver totalement indécent que les politiques, lors d'élections nationales, jonglent avec les salaires minima et les exonérations de cotisation.

En matière de charges sociales, il faut construire un système rationnel de longue durée, favorable à l'emploi et à la compétitivité. L'adjectif rationnel est ici le mot-clé. Le "court terme" et la démagogie politicienne n'ont pas de sens dans ces affaires.

Le rôle des politiques, et donc des programmes électoraux notamment présidentiels, est de fixer les grands principes. Plutôt que de rester dans le vague ou d'aller trop loin dans des détails, les candidats devraient énoncer les principes rationnels de la politique fiscale à conduire. Faire comprendre la nécessité de supprimer le financement d'un certain nombre de politiques publiques par l'entreprise n'a rien de particulièrement difficile. Définir ces politiques publiques et montrer sur quelles autres assiettes, moins dommageables, on peut asseoir les financements n'est guère plus compliqué. La division droite gauche est en fait sans signification sur ce dossier, comme le sont les fausses divergences des candidats à la "primaire de la droite et du centre".

Ajoutons que ces plans particuliers doivent s'insérer dans un système global lui-même construit pour une croissance pérenne et que les réformes nationales ne peuvent prendre leur efficacité que si on supprime les dysfonctionnements de la zone Euro et du système monétaire international.

Malheureusement, en France, il n'existe plus d'agora où le débat d'idées puisse avoir lieu, sous l'égide de la raison et non des passions partisanes malsaines agitées par des démagogues. Où sont les lieux où peuvent se forger les concepts utiles, les approches consensuelles, les débats qui pacifient ? Le résultat est qu'on finit par demander dans l'urgence des rapports à des experts incertains qui débouchent sur des mesures à l'emporte-pièce non comprises par le pays et déchiquetées par les médias et les partenaires sociaux.

Regrettons-le.

Attention à la colère des peuples !

Depuis huit ans déjà nous supplions les grands dirigeants occidentaux de faire" attention à la colère des peuples". Le "benign neglect" n'est pas seulement dans l'attitude américaine vis-à-vis du dollar. Il l'est aussi dans l'attitude des "élites gouvernementales" et leur support dans les médias vis-à-vis des classes populaires et des nouveaux entrants sur le marché du travail, pas seulement en Occident. Le retard colossal de niveau de vie accumulé par les pays ex-socialistes a créé une telle différence de coût avec l'Occident capitaliste et libéral, qu'il était tentant de l'exploiter. Mais cela ne pouvait pas faire au détriment des masses dans les pays industrialisés. Il fallait que le rattrapage nécessaire se fasse par imitation, pas par substitution. Dans la pratique, cela signifiait qu'il fallait limiter les très grands excédents dans les pays en rattrapage et les très grands déficits dans les pays plus riches.

Malheureusement l'abandon des disciplines de Bretton Woods n'offrait plus aucune garantie de ce côté-là. Bien au contraire. Les conséquences ont été désastreuses. Il était impossible que quarante années de réduction du taux de croissance, jusqu'à la stagnation actuelle, d'aggravation des crises périodiques et de montée ahurissante de la dette, jusqu'à l'asphyxie actuelle, n'aient pas de conséquences. L'explosion de 2008 a eu des conséquences fatales un peu partout. Les "printemps arabes" en ont été une première conséquence. La montée des mouvements anti-système en Europe une seconde manifestation. La réaction russe a été ce que l'on a vu : une fuite en avant dans la violence pour faire oublier l'effondrement économique.

Toutes ces ruptures portaient leçon : il fallait vite comprendre les ressorts de la crise et les juguler. On a rien fait, sinon bricoler des règles bancaires tout à fait secondaires.

L'importance que nous avons accordée aux mouvements de l'opinion en France, à droite, avec Zemmour, Buisson, Finkielkraut, à gauche avec la montée d'une gauche anti-système, traduisait le sentiment qu'un glissement tectonique était en train de se produire. Le principe des trois libertés de circulation des hommes, des capitaux et des marchandises était en train d'être rejeté, non pas dans les médias et des milieux politiques installés, mais au cœur même des populations.

L'élection de Trump a causé la mort brutale de deux composantes fondamentales de notre ordre politico-économique :

- Le monde rooseveltien d'après guerre est mourant

- Un certain politiquement correct est mort.

La curiosité est de constater que le couperet est venu du monde anglo-saxon qui était le promoteur principal du monde rooseveltien, les autres pays se contentant de suivre, si on fait exception de la réaction islamique commencée avec Khomeiny en Iran dès la fin des années soixante-dix, prolongée avec Al Qaeda et qui nous donnes aujourd'hui aussi bien la Turquie d'Erdogan que Daesh.

La première attaque contre la vision de Roosevelt est venue de la guerre froide : en dépit des très nombreux dirigeants américains qui avaient des risettes à Staline en le croyant accessible aux droits de l'homme, il a bien fallu exclure le monde socialiste soviétique de l'idée occidentale d'une société libre et coopérative. Mais pas totalement. L'ONU est restée un lieu de dialogue multilatéral. L'effondrement de l'URSS et le ralliement de la Chine offraient depuis 1990 le moyen de réunifier le rêve de Roosevelt d'un monde uni dans la prospérité et l'exercice des libertés fondamentales. Cela ne pouvait pas passer par le seul consensus de Washington.

La seconde attaque est venue des Etats-Unis eux-mêmes qui ont fait sauter, comme nous l'avons dit, les accords de Bretton Woods et entraîné le monde dans le système fou des changes flottants et des monnaies non coopératives. La destruction du système monétaire international a conduit les institutions internationales construites à Bretton Woods à perdurer dans leur être en se concentrant sur la mondialisation libérale. Alors que le libre-échange était le pendant du versant monétaire, il est devenu une forme de religion obligée qui devait tout balayer des anciennes souverainetés, si possible au profit des Américains et de leurs entreprises. L'ennui, c'est que l'ouverture commerciale sans contrepartie monétaire solide ne mène qu'au désordre. En croyant bénéficier du privilège d'un étalon dollar de fait, les Etats-Unis ont creusé tous leurs déficits et créé des excédents symétriques dévastateurs. Du coup la classe moyenne américaine a été exposée et les déséquilibres financiers et monétaires majeurs ont conduit, certes, à des profits historiques pour les très grands groupes mondialisés, mais au détriment de la classe moyenne américaine et aussi des finances américaines puisque les profits taxables restaient à l'étranger.

Du coup, c'est tout le système de Roosevelt qui est tombé par terre. La coopération libre mais organisée sombre. Au lieu de corriger les erreurs de 1971, on se raidit et c'est tout l'Occident et ses alliés, comme le Japon qui se tirent une balle dans le pied. On ne voit pas comment un homme comme Trump pourrait accepter qu'on crée un système monétaire mondial stable et paritaire. En revanche il pourrait militer fortement pour la fin des grands excédents commerciaux en Allemagne, en Chine, au Japon, dans les pays du Golfe etc. Un premier pas.

Quant au "politiquement correct sociétaliste", qui se double dans des pays comme la France d'un "politiquement correct socialiste", il se trouve décontenancé. La liberté de circulation des hommes est rejetée si elle se traduit par l'effondrement culturel du pays, l'irrédentisme d'immigrés aux religions farouchement anti-occidentales, allant jusqu'aux attentats de masse, l'afflux de Roms reconstituant un ordre mendiant dans des pays où cette engeance avait disparu depuis longtemps, les atteintes permanentes aux libertés concrètes comme au mode de vie depuis que certains veulent imposer "les pauvres" "jusque sur les paliers des riches". Sommées de toute part d'être bon avec l'altérité et d'en subir tous les effets indésirables, alors que la croissance est à l'arrêt et le niveau de vie en baisse, les classes populaires, confrontées directement à la concurrence immigrée et à la substitution de population, se rebiffent, comme les classes aisées dont le revenu est sapé par l'Etat, le mode de vie altéré et l'épargne en grand danger.

Le milieu intellectuel de gauche se trouve pris totalement à contre-pied : il a perdu le peuple et le capital. Il suffit de lire un Krugman aux Etats-Unis pour se rendre compte du désarroi qui frappe tous ceux qui avaient une bonne conscience "de gauche". Un curé sans fidèles est rarement à la fête. C'est le malheur des médias, dominés par la gauche, payés par l'Etat et la pub d'une société de consommation honnie, qui avaient cru qu'ils pourraient exercer un magistère moral sur le populo et qui se retrouvent méprisés et pris à revers lors de toutes les élections.

Quelles sont les chances que cet effondrement permette une reconstruction associative du monde, respectueuse du cœur des peuples, alors qu'il n'y a plus de leadership, plus de puissance dominante clairvoyante et bien intentionnée ?

Faudra-t-il attendre une destruction totale avant de pouvoir reconstruire ?

Peut-on commencer à recoudre dans le chaos politique, diplomatique et économique actuel ?

En tout cas, l'élection de Trump, après le Brexit, marque le fait que la France et l'Europe devront avoir une politique propre et se constituer en puissance et pas seulement en rat crevé au fil de l'eau. Le pire scénario serait l'explosion de l'Euro et l'arrivée d'un parti du type FN aux manettes en France.

Il va bien falloir calmer la colère des peuples avant l'effondrement définitif.

La grande valse des tabous économiques

Certains se sont étonnés de la place que nous accordons ici aux « attitudes », notamment celles dont  la presse témoigne. On attendrait d’un blog économique, semble-t-il, une technicité éloignée de telles fantaisies. Justement, ce blog a été construit pour traiter de questions qui n’étaient pas posées ou mal posées dans les médias où triomphent, malheureusement trop souvent, des erreurs intéressées mais faciles, ressassées mécaniquement.

Ce qu’on appelle l’opinion publique est important en économie, et surtout en France où le poids idéologique est très fort et la concentration de la presse à la frontière de l’asphyxie de la démocratie qui exige un minimum de diversité et de débats. Les livres récents, commentés ici, montrent combien l’économie a du mal à s’extirper de la frénésie castratrice des gardes rouges et des gardes noirs.  Le rachat de toute la presse, y compris sur internet,  par des nababs cherchant exclusivement  à conforter leur maintien dans les allées du pouvoir ne peut pas ne pas avoir de conséquences aggravantes.  

Les grandes questions économiques mondiales, européennes et françaises ont un mal fou à s’insérer dans le carcan des idéologies ou des stratégies de pouvoir. Le monde de l’édition et de la presse écrite, radiodiffusée et télévisée est tellement cadenassé que les faux consensus naissent de l’auto censure autant que des ordres donnés.

Sur tous les grands sujets qui conditionnent les politiques économiques, la dictature du médiatiquement correct éditorialiste est particulièrement étouffante.  Il faut savoir qu’en France ce qui se dit, s’écrit, se publie,  voire ce qui s’enseigne, est sous la coupe d’à peine cinquante personnes vivant en connivence.

Ce qu’on appelle l’information est un roman vaseux construit par des scénaristes prudents et dépendants. La dynamite, ce sont, en général, les faits et les élections. Le terrain n’a plus guère le choix : son avis ne comptera que dans la mesure où il rejettera massivement la pâtée dont on le gave. Et même là, le bloc médiatico-politique fera tout pour obtenir un second vote conforme aux intérêts de la sorte d’oligarchie qui fabrique l’opinion publique. Quant aux faits, on voit que leur pédagogie met du temps à provoquer les prises de conscience nécessaires. Les « éléments de langage » des « médiacrates », appuyés sur l’énarchie compassionnelle d’un côté,  et la complaisance aux gros intérêts de l’autre, le tout enrobé dans l’européisme et l’atlantisme, avec un zeste de social-sociétalisme, ont longtemps empêché toute observation vraie et tout débat utile permettant de « décoder » les phénomènes économiques.

Le côté intéressant de la période est dans les fractures qui commencent à entamer ce bloc. Huit années  de régression sociale, de vol fiscal et de stagnation économique, suivant quarante années de délires bancaires et financiers, et de mondialisation déséquilibrée, ont fini par obtenir leur dû. Les tabous sont à la dérive. Les faux consensus s’étiolent. Le vide organisé pour des raisons d’asepsie nationale, populaire, économique et sociale ne parvient plus à se maintenir.

L’abaissement des nations voulue par Roosevelt et intégré dans le projet européen de dissolution des anciens empires européens, a  conduit à la révolte des peuples qui recherchent à nouveau un minimum d’emprise sur leur destin.

La libre circulation des hommes, des biens et des capitaux qui est à la fois la religion et le modus operandi  des institutions internationales hors sol démocratique est désormais rejetée violemment. L’affaire du CETA qui voit l’Europe des fonctionnaires internationaux  chercher inlassablement à baisser toutes les frontières, en annonçant des gains phénoménaux qui ne se matérialisent jamais, est tout de même instructive.  La CEDH est contestée dans la vocation qu’elle s’est elle-même attribuée de former la règle en matière d’interprétation des droits de l’homme.  La voici qui interdit de sanctionner l’insulte à Président de la république, qui prétend définir les droits électoraux des prisonniers condamnés à de longues peines, qui refuse que l’on sanctionne le vagabondage et l’immigration illégale, qui s’engage à fond en faveur des Roms en interdisant que l’on sanctionne la mendicité organisée, pourvu qu’elle ait une apparence familiale, qui interdit le contrôle des romanichels sans domicile fixe qui , du coup, ne peuvent plus être recherchés en cas de délits prouvés.  Voici donc cinq gus, généralement issus de faux pays comme le Lichtenstein, Andorre, Monaco, Saint Marin, Malte, Chypre  ou la Moldavie, voire de démocraties aussi indiscutables que l’Azerbaïdjan, l’Albanie ou la Bosnie, capables de dire la loi aux millions de citoyens de grandes nations démocratiques, jusque sur des questions comme la GPA ou la PMA , qui, à notre connaissance, n’ont rien à voir avec la sanction des grands crimes contre la démocratie qui sont à la base de la création de la CEDH, dont le rôle initial était de civiliser l’URSS. Le protocole 16 en cours de discussion ira encore plus loin : les autorités juridiques nationales pourront (bientôt : devront)  demander  l’avis de la CEDH avant de prendre la moindre décision.  Son rôle normatif au dessus du Conseil constitutionnel, qui s’était lui-même autoproclamé juge suprême des droits de l’homme  serait ainsi avalisé.. L’abandon de la souveraineté juridique et politique sur les questions les plus graves du droit s’effectue par grignotage insidieux. Tout cela se fait dans le silence des médias et hors du champ de la politique

Seulement voilà : les dettes abyssales, les systèmes bancaires en faillite sauvés en rançonnant les usagers, les impôts confiscatoires, le chômage de masse, l’envahissement par des immigrés non souhaités, la délinquance non poursuivie, non sanctionnée lorsqu’elle l’est, laissée en liberté quand la sanction a été prise,  la perte de l’industrie, la régression sociale subie, font exploser les verrous médiatiques.

Au nom de la création d’une zone européenne sur le modèle américain et totalement inféodée à son maître, dont le seul but est de permettre à des multinationales d’asseoir leur pouvoir sur le monde, en s’affranchissant de toutes contraintes, on a créé un véritable enfer économique et social et engendré le dépérissement de la démocratie.  Et il faudrait ne pas le dire ?

Comment comprendre les succès d’un Zemmour, d’un Onfray, d’un Finkielkraut  sans constater qu’il brise une forme d’omerta subie ? Comment comprendre la contestation des partis socialistes par des excités, sans voir qu’il est tout de même difficile à gauche d’admettre une telle soumission ? Comment comprendre la percée des « populistes » un peu partout  en Europe, sans voir l’abandon des populations « périphériques »  et les effluves de décivilisation qui s’élèvent des trottoirs envahis par des hordes  peu soucieuses de s’adapter aux règles du pays de passage ou de subvention ?

Alors la valse des tabous a commencé, d’autant plus débridée que même le peuple américain s’y met, qui découvre que des multinationales basées dans des paradis fiscaux ne représentent pas la forme ultime de l’efficacité sociale et économique et que l’ouverture totale à la Chine et au Mexique a certes enrichi les entreprises à succès de la mondialisation, mais  a ruiné la classe moyenne. 

Sur un mode mineur, regardons la page 15 du Figaro daté du lundi 30 octobre 2016. On y trouve un premier article qui évoque « le retour en grâce de la politique budgétaire » et un second qui s’alarme de la « souffrance de la libre circulation ».

Un petit retour historique s’impose pour comprendre le caractère révolutionnaire du premier. A partir de l’abandon des accords de Bretton Woods, imposé brutalement par Washington, par pur intérêt national, on a considéré qu’un étalon dollar de fait serait une bonne chose, chaque pays abandonnant sa politique financière et monétaire au profit « des marchés ». Du coup les banques centrales se sont trouvées en première ligne au détriment des trésors publics. De fait, les relances budgétaires ont cessé immédiatement de fonctionner comme l’échec de Giscard et Chirac l’a montré en France dès 1975.  Il appartenait aux banques centrales indépendantes de gérer les merveilleux marchés idéalement libres et non faussés