Trump : une dénonciation raisonnable des énormes déséquilibres mondiaux ?

Non car il ne voit pas que les Etats-Unis en sont la cause...

Depuis 1997, date à laquelle nous avons commencé à nous exprimer en public, nous ne cessons de répéter : "attention à la colère des peuples". Reprenant le message de Maurice Allais et avant lui de Jacques Rueff, nous avons tenté d'avertir que les dysfonctionnements graves du système monétaire international et l'idéologie de l'ouverture maximale aux libertés économiques sans aucune organisation régulatrice, sinon quelques producteurs de règles marginalisés et sans importance pratique, menaient à une crise économique permanente et à la colère des peuples.

Nous avons défini la crise comme la conjonction de trois évolutions destructrices : la baisse du trend de croissance, la violence de plus en plus grande des crises périodiques et l'envolée de la dette. Nous avons condamnée la création d'une "économie baudruche" résultant du recyclage des énormes déficits et excédents extérieurs que les autorités mondiales ont laissé se perpétuer en dépit des statuts formels du FMI, article 1, et des nombreuses explications de la crise de 1929 basées sur le développement de tels déséquilibres.

Alors oui, les déficits monstrueux sont bien au cœur du problème économique mondial.

Lors que Trump "cuicuite" que ces déficits sont intolérables et met en cause l'Allemagne et la Chine, voire le Mexique et le monde entier, il touche un nerf à vif. Mais réaction inflammatoire n'est pas raison. Les excédents monstrueux sont la contrepartie des déficits américains monstrueux. Et il y a déficits monstrueux parce que le dollar est la monnaie du monde et que les Etats-Unis abusent de ce privilège depuis 1971. En faisant sombrer pour des raisons exclusivement politique et militaire les accords de Bretton Woods et en détachant le dollar de l'or, tout en annonçant que leur puissance leur permettrait une politique sans frein de "benign neglect", en bon français de négligence criminelle, ils sont les premiers responsables de  l'instauration d'un système qui ne tient pas compte des leçons de la crise des échanges mondiaux de 1918-1940 et qui ne pouvait que s'effondrer. 

Il appartenait aux pays européens et aux autres pays du monde de protester contre le système des changes flottants et des hyper déséquilibres. Ils ne l'ont pas fait. Pour les alliés des Etats-Unis, par soumission pure et simple. Cela a donné les accords de la Jamaïque source de toutes les difficultés ultérieures. Quant aux pays libérés du socialisme, le modèle allemand et japonais leur a paru le meilleur : construire leur croissance sur la captation de la production mondiale  en profitant de la pauvreté de leur travailleur, en accumulant les excédents  contrepartie des déficits américains.

Au lieu d'avoir cherché une croissance homothétique, on a pratiqué une croissance substitutive. L'Allemagne a totalement capté l'industrie mécanique en Europe et verrouillé une grande partie de ce secteur dans le monde entier. L'Inde et le Pakistan ont capté  des secteurs entiers du textile et du médicament.  Le Japon tient des secteurs industriels entiers, comme les motos, la photo et l'électronique grand public. La Chine est devenue l'atelier du monde. Cette politique a accru les déséquilibres et la vulnérabilité économique.

Les énormes excédents, alimentés par les énormes déficits américains, ont créé une liquidité effarante parce qu'il fallait bien faire quelque chose des dizaines de milliers de milliards de monnaie accumulée. La finance internationale les a recyclés dans les pays déficitaires provoquant une montée inexorable de la dette globale. Ne trouvant plus à s'employer dans la création de richesse, les dettes ont alimenté des "créations de valeurs" détachées de la production. Bien sûrs ces bulles ont toutes fini par éclater.

La situation de Trump est impossible. Il ne peut  dénoncer que les excédents des autres alors qu'ils sont jumeaux des déficits américains. Il ne peut en aucun cas envisager une réorganisation du système monétaire mondial  basé sur l'introduction des changes fixes et  l'interdiction des grands déficits autant que des grands excédents, avec création d'une monnaie de compte internationale différente du dollar.

Donc tout cela ne peut conduire qu'à des désordres et des discordes.

La réponse de l'Allemagne est parfaitement débile : "si nous avons des excédents, c'est à cause de la BCE et du change trop bas de l'Euro. Rien à voir avec nous". Mais pas un mot sur les excédents monstrueux de l'Allemagne au sein même de la zone Euro.

La révolte électorale des peuples occidentaux vivant en démocratie a eu comme conséquence de mettre à nu la cause principale de la crise : les énormes déficits et excédents croisés que l'on retrouve aussi bien dans la zone Euro que dans le monde. A ce jour cela n'a eu comme conséquence que des propos sur la responsabilité des autres de la part des Etats coupables, puissants, sûrs d'eux-mêmes et dominateurs.

Il est clair qu'on ne peut en sortir que par la création d'un système global qui pousse structurellement à l'équilibre des échanges, donc au retour de changes fixes mais ajustables avec une tension internationale pour agir dès que les déséquilibres se forment.

Il appartient au FMI de mettre en avant l'article 1 de ses statuts et de proposer les voies et moyens d'un retour à un système équilibré.

Il aurait été aussi nécessaire que la France porte la voix de la raison. Mais dans l'état où elle se trouve, probablement le plus navrant  de son histoire récente, elle préfère discuter des préférences sexuelles d'un certain Monsieur Macron, dresser des piloris médiatiques débiles, pousser l'exaspération de tous, trouver d'une extrême intelligence que l'on dise dans la même phrase que les robots ouvrant une période où le travail humain ne trouvera plus de rôle et qu'il faut distribuer un revenu universel et taxer les robots, c'est-à-dire supprimer la source de la production redistribuée, où les hauts fonctionnaires violent leur mission pour sauver leurs privilèges, où les juges violent le droit qu'ils sont chargés d'appliquer et où les policiers enfoncent mais par accident une matraque télescopique  dans le fondement des délinquants.

Jamais la France n'aura été plus inutile au monde, prolégomènes d'une sorti e de l'histoire aussi médiocre que ses dirigeants, ses journalistes, ses hauts fonctionnaires, ses enseignants d'université et que la mentalité publique  qui prévaut .

Jamais le monde aura été plus près du diagnostic de la crise et plus loin de la solution.

OMC : une erreur tragique de diagnostic

L'OMC a enfin donné les chiffres clé d'un désastre que nous annonçons depuis longtemps : la contraction de la croissance du commerce international qui perd son rôle de leader de la croissance mondiale :

- Le commerce international croîtra très faiblement (1.8 %) en 2016 moins vite que la croissance globale des PIB qui est elle-même très faible (entre 2 et 3 %). La croissance moyenne du commerce avait été de 6 % depuis la chute de l'URSS

- L'investissement transfrontalier a été multiplié par sept pendant la période pendant que le commerce n'était multiplié que par trois.

Ces indicateurs racontent toute l'histoire : l'économie "baudruche" est bien installée en 1990 et s'amplifie après avec des croissances de mouvements de capitaux sans rapport avec la production proprement dite. Elle a explosé en 2008.

Mais l'OMC va faire une erreur de diagnostic magistrale. Certes, l'effondrement de la croissance du commerce internationale est lié à la crise de 2007-2009, mais il est totalement faux d'affirmer qu'il s'agisse de la "première crise de la mondialisation".

La myopie est singulière.

Son premier inconvénient est d'éviter tout diagnostic de la crise de 2008. D'où serait venu cet accident ? Uniquement des "excès de la finance dérégulée". En catimini voilà revenir l'explication bécassine de la crise par les "subprimes". Rappelons que les subprimes, c'est 600 milliards de dollars d'en cours problématique dont 400 ont été peu ou prou récupéré, alors que le trou global était quelque part entre 12 mille et 15 mille milliards de dollars et qu'il a fallu le combler en faisant monter la dette globale des Etats à plus de 60 mille milliards de dollars (soixante fois le niveau de l’économie marchande française annuelle pour donner du corps à ces chiffres monstrueux).

La récession de la fin des années 2000 est de même cause et nature que celle du début des années quatre-vingt-dix et que celle du début des années soixante-dix. Les difficultés de la Chine sont de même cause et nature que celles du Japon après 92-93 et de l'Allemagne après 73-74.

La baisse tendancielle du trend se fait décennie après décennie depuis 1971, en même temps que la bulle de dettes enfle à proportion., avec des crises financières périodiques de plus en plus graves pour digérer les pertes financières des spéculations hors sol.

La situation actuelle est la queue d'une comète dont la tête est l'abandon des disciplines de Bretton Woods et le flottement généralisé des monnaies. En imposant au monde que des excédents et des déficits extérieurs monumentaux soient possibles, les Américains ont enclenché les mécanismes de double hélice de dettes décrite par Jacques Rueff avec une telle continuité et une telle ampleur qu'une récession majeure ne pouvait que se produire. Maurice Allais nous avait prévenus avec une grande précision et une parole prophétique : "ce qui doit arriver arrive".

Ce à quoi on assiste est l'effondrement du système des changes flottants. La liberté absolue des mouvements de capitaux, de marchandises et de personnes, sans gouvernement mondial ou sans actions coordonnée des Etats pour les canaliser est une erreur majeure qui se retourne contre ceux qui l'ont imposée au monde. Crise financière, crise migratoire et crise du commerce international nous rappellent une loi fondamentale : la liberté se chérit mais les libertés s'organisent.

Monnaie et commerce vont ensemble. Pas de bon commerce sans de bonnes monnaies. Unifier le système monétaire dans un schéma de devise dont la valeur est défendue par les Etats, avec des possibilités exceptionnelles de dévaluer par consentement mutuel, avec interdiction des grands excédents et des grands déficits, et interdiction des attaques spéculatives massives contre la valeur des monnaies, est la seule solution. Si cela implique un certain niveau de contrôle des flux financiers, pourquoi pas.

Les déplacements de population doivent être tout autant contrôlés. Si les prévisions des démographes sont justes, l'Afrique va devenir si peuplée qu'il faudra vers 2 050 que l'Europe accueille environ 400 millions de migrants maghrébins et africains. On ne peut pas laisser chaque Etat laisser sa démographie exploser tout en attendant des autres qu'ils supportent les conséquences. Chaque Etat doit être responsable de lui-même dans le cadre d'une responsabilité partagée et surveillée par tous. Comme pour les monnaies.

L'intégrisme des marchés, sous domination américaine, a conduit, comme tous les intégrismes, à dévaluer les principes sur lesquels ils se fondent. Il n'y a pas de marché monétaire sain. Le marché des capitaux est dans un état lamentable. Le marché des produits est à l'arrêt. le marché du travail est en lambeaux.

Le libéralisme n'est pas un djihad ! Mais une forme collaborative de créer de la richesse et de la liberté. Où et la liberté si, comme en France, des dizaines de milliers de citoyens sont obligées de payer les impôts en cédant leur capital après avoir donné tout leur revenu ? Où est la liberté quand le nombre de personnes payées par la collectivité est de deux fois le nombre de ceux qui travaillent ? Où est la liberté quand certains maires prétendent imposer la présence des immigrés "jusque sur le palier des riches". Où est la liberté quand la masse du peuple n'a plus d'espoir autre qu'un tirage de loto heureux ? Où est la liberté lorsque les élites d'un pays doivent s'expatrier pour faire leur vie, avec tout ce que cela implique de renoncement ? Et s'il n'y a plus de liberté, ni de propriété (cette liberté en dur) comment espérer la prospérité.

La bataille mondiale actuelle n'est pas celle de la finance et des subprimes. Mais le retour à un système monétaire et financier sain, coopératif et organisé, qui ramène la finance à l'investissement et non à la spéculation sur des bulles artificielles, qui ramènent les échanges à l'équilibre sans brider la hausse, qui interdisent les déficits et les excédents majeurs (dans le monde mais aussi dans la zone Euro), ainsi qu'une cogestion de la démographie. Un pays peut être contraint par la collectivité, pour le bien commun, à limiter ses déficits financiers, commerciaux et démographiques. Un pays peut être contraint par la collectivité, pour le bien commun, à restreindre ses excédents commerciaux, financiers et démographiques.

Tout l'enjeu de la décennie à venir est de trouver les bonnes modalités de cette organisation volontariste et collaborative, entre Etats réputés égaux en droit et souverains, des grands équilibres fondamentaux. Alors que la grande erreur collective, à l'instigation des Américains, une fois le système monétaire de Bretton Woods mis par terre, aura été de démanteler toute organisation concertée de canalisation des libertés et de tenter d'affaiblir les Etats autres que les Etats-Unis.

Le PIB : le pire indicateur de conjoncture (2)

Un des aspects fascinants de l'information, comme elle est pratiquée en France, est l'utilisation d'indicateurs imprécis et impossibles à interpréter convenablement. Lorsque les commentateurs se fient aux chiffres après la virgule, on quitte définitivement le domaine du bon sens pour celui du n'importe quoi.

Le PIB est l'exemple même de l'agrégat dangereux et qui doit être manipulé avec la plus extrême prudence. Quiconque a une petite expérience de l'exploitation des statistiques dans le temps sait que cet indicateur est un conglomérat de sous-ensembles dont les composants restent longtemps estimés. Avant que toutes les estimations se transforment en constats, il faut au moins deux ans. La variation d'estimation des composants peut aller jusqu'à 0,5 pointsparfois plus. Ce qui veut dire qu'une hausse de 0.1 % peut se transformer en baisse de 0.2 %, ou qu'une hausse de 1 % peut passer à 1.5 %.

Si l'Insee était sympathique, il produirait un comparatif mois par mois des estimations et des rectifications. Cela tuerait dans l'œuf toute tentative de tenir des propos définitifs sur des chiffres incertains qui n'indiquent même pas des tendances (on peut avoir des inversions ou des accélérations), sinon avec un sage retard de deux ans. Cela ouvre aussi la porte à des manipulations. L'INSEE étant peuplé de fonctionnaires "de gauche", en fait socialistes voire communistes, avec des pressions syndicales sur l'information (on se rappelle de l'affaire des trente cinq heures où les syndicats ont exigé le licenciement d'un analyste qui ne couvrait pas de louange la mesure), la sagesse est de ne lire les chiffres du PIB qu'avec deux ans de décalage et ne pas compter sur eux pour comprendre la conjoncture.

Autre considération : la conjoncture au sens strict ne concerne que le secteur marchand, puisque la dépense publique est budgétée chaque année et engagée pour des décennies. L'indicateur de conjoncture le plus avancé est le montant des commandes. ou mieux, comme nous l'avons déjà démontré sur ce site, le solde des clients en hausse de commande et des clients en baisse.

Cet indicateur est d'une fiabilité absolue. Il ne dépend pas du nombre de jours ouvrés par mois, qui posent de nombreuses difficultés de comparabilité dans le temps et qu'on corrige plus ou moins bien, ni de simples impressions. Un écart de deux à trois jours luvrés sur 20 jours, représente une variation importante, parfois de plus de 10 %. On se rend compte que les virgules dans ce cas-là n'ont pas grand sens.

Il faut bien se rendre compte qu'un indicateur basé sur un différentiel de commande est extrêmement sensible, c'est-à-dire que ses évolutions sont très fortes, donc visibles comme le nez au milieu de la figure. On peut passer d'un écart de clients en hausse par rapport aux clients en baisse de -20 à +10. Lorsqu’une inversion a lieu, on la voit bien et on la voit vite. Lorsqu'il y a accélération de la croissance on le voit aussi très bien. Dans le secteur de la mécanique on est passé début 97 d'un ratio de 40-60 à 60-40 en deux mois, marquant un surprenant retournement qui annonçait les très bons chiffres mondiaux des trois dernières années du siècle, en dépit de la crise dite faussement des "pays émergents" (il s'agissait d'une hausse maladive du dollar et des bourses américaines dans le système malade des changes flottants qui a asséché brutalement les marchés spéculatifs hors des Etats-Unis).

La conjoncture étant désormais, dans le secteur privé, entièrement internationalisée, la corrélation de l'indicateur avec ceux de l'étranger donnerait des résultats hyperfiables, rapides et faciles à interpréter. Mais il n'est pas tenu par l'Insee qui se contente de l'opinion des chefs d'entreprise, beaucoup moins fiable et qui ne tient pas bien compte des variations saisonnières. Eurostat est totalement défaillant.

L'interprétation des chiffres doit également se faire en comparant avec la phase du cycle.

Nous sommes dans l'accélération traditionnelle de fin de cycle décennal, avec une perspective de coup de frein d'ici 2018, net mais moins brutal qu'en 2008. Il est donc bon de faire des comparaisons avec les croissances de même nature. Les chiffres  actuels, un peu partout dans le monde développés, sont généralement inférieurs à 2,5 % n'ont rien à voir avec les hausses de 3.5 à 7 % des cycles précédents.

Nous sommes dans une reprise extrêmement lente, par rapport aux tendances habituelles à ce stade du cycle, plus lente et plus tardive en France qu'ailleurs.

En s'exaltant sur une variation d'estimation de 0.1 %, la presse fait ce qu'elle peut pour donner du sens à une information qui pour le moment n'en a pas vraiment. Rappelons qu'il suffit d'augmenter de 5 % les fonctionnaires dont la "production" est comptabilisée dans le PIB pour faire varier l'indice de plusieurs fractions de point !

La croissance, c'est facile : il suffit d'engager en masse des fonctionnaires. Le PIB monte. En même temps que la dette. Au final le retour aux réalités est terrible. Le chiffre du PIB doit toujours être corrigé de la variation de la dette globale.

Rappelons que les dépenses publiques continuent à croître en France, comme la dette. Le caractère effectif de la hausse de quelques fractions de points du PIB est donc impossible à analyser comme une amélioration franche, durable et saine de notre production.

Le coup de frein qui s'annonce et les redressements de comptes qui seront obligatoires après la gabegie électoraliste en cours, risquent de gommer ces hausses dès 2018. La décennie 2 010 sera pour la France une décennie de baisse globale du pouvoir d'achat, de destruction globale d'emploi et de stagnation économique. Peut-être allons-nous battre les années trente !

Nous entrons dans la parenthèse enchantée des périodes électorales où tout va mieux et va aller encore mieux. Nous le faisons les deux pieds dans les poubelles non ramassées, les grèves à répétition dans les secteurs protégés, le désordre général et les attentats.

 

En lisant Jacques de Larosière

« 50 ans de crises financières » est un titre accrocheur (Merci Odile Jacob !) mais parfaitement trompeur. Le lecteur s’attend à un ouvrage sinon technique (encore que…) du moins très précis sur les décisions fondamentales prises dans les cinquante dernières années qui ont conduit au désastre actuel. Jacques de Larosière n’est pas un simple observateur. Il a été au cœur du réacteur. Il était donc plus qu’important  d’avoir et son témoignage et son jugement sur ce qui a été défait de façon aussi inconséquente, avec des conséquences aussi dramatiques. Sa carrière couvre quasiment exactement la période qui a vu « La Crise » s’installer et devenir pratiquement insurmontable. Il n’a pas été simplement le compagnon du désastre mais un de ses acteurs majeurs.

Au lieu de cela, nous avons une courte et creuse autobiographie d’un personnage aussi parfaitement  lisse que pourrait l’être un prototype de haut fonctionnaire français ayant cumulé à la satisfaction générale tous les hautes fonctions nationales et internationales possibles. Une carrière si belle suscite le respect. Ce fut parfait ! Bravo !

Tous les poncifs du genre défilent avec distinction. L’épouse remarquable, les enfants superbes, les interlocuteurs délicieux, dont beaucoup deviennent des amis, les séparations émouvantes avec les employés-modèle à chaque départ d’une haute fonction. Et la pêche à la mouche ou au thon avec quelques grands de ce monde qui aurait pu valoir trois phrases amusantes à Pêche, Chasse et Nature.

L’ennui, c’est qu’on nous a annoncé des analyses perforantes sur les causes de 50 ans de crises financières. Et qu’on ne trouve pas dix pages dans tout le livre sur les questions clé que pose le passage de l’économie mondiale en mode baudruche jusqu’à son effondrement en 2007-2008. Allons, soyons généreux : 100 lignes dignes du titre. C’est peu.

Pour nous, la question centrale à laquelle nous cherchions une réponse sérieuse était la suivante : comment a-t-on pu signer les accords de la Jamaïque qui ont provoqué le désastre. C’est à partir ce moment que l’économie a basculé dans le n’importe quoi  et qu’a été institutionnalisé la baisse constante du trend, la montée de l’endettement global à des niveaux intenables et les crises périodiques de plus en plus sévères. Les accords signés à Kingston, c’est l’erreur absolue, le poison lent instillé dans les artères de l’économie mondiale,  la source de tous nos maux actuels, même si l’Europe a aggravé les choses avec l’organisation inepte de la zone Euro et la France ajouté ses propres délires fiscaux.

Qui était le « sherpa » chargé de préparer ces accords ? Jacques de Larosière ! Alors, qu’a-t-il à dire ?

« Le groupe des dix désireux de trouver une solution décida de s’en remettre à la France et aux Etats-Unis ». « Jeune directeur du Trésor depuis juin 1974, je fus chargé de la négociation côté français ».

A l’hôtel du Mont Washington, à Bretton Woods, en juillet 1944, la France n’était rien. Le rapport Istel et Alphand avait été écarté d’un revers de la main dès les premières phases préparatoires un an plus tôt et la délégation française  luttait pour faire reconnaître sa représentativité. Elle n’eût aucun poids, en dépit de l’envoi d’un éminent représentant du Trésor (déjà), et l’arrivée tardive de Pierre Mendès France.  Pour construire la prospérité, nous n’étions pas là. Pour la déconstruire, nous étions en tête de cordée !

« Mon interlocuteur était le banquier Ed Yeo, sous-secrétaire d’état au trésor […] une force de la nature animée d’une énergie débordante ».

C’est là une grande tradition tactique américaine. Ils envoient au front des pitbulls qui n’ont qu’un leitmotiv : ce qui est bon pour les Etats-Unis est bon pour le monde, et une seule consigne : vous ne signerez que ce qui peut passer au congrès. On est plus dans le diktat que dans la négociation.

Il aurait été intéressant de savoir ce que furent les grands thèmes de cette négociation, les affrontements éventuels sur  les objectifs et les moyens. On ne trouvera qu’une seule ligne : «  nous finîmes par trouver un accord   juste avant la réunion du Groupe des Dix qui se tînt à Rambouillet le 17 novembre 1975 ». Fermer le banc tout est dit. On est bien content.  

On sait que M. Giscard, fit un peu plus tard, à Kingston, au bord de la piscine  où se pressaient Gérald Ford et les autres grands dirigeants, une exposition de sa plastique en maillot de bain qui fut très commentée.  On est encore plus content.

Continuons de lire notre négociateur :

« Les Accords de la Jamaïque mettaient fin au régime des parités fixes, légalisaient le flottement et abolissaient le statut officiel de l’or. Néanmoins quelques signes étaient donnés où la France voulait voir la volonté d’une certaine discipline : - la politique devait s’exercer sous la « ferme surveillance » du FMI ; - Le retour à terme à un système de parité fixes mais ajustables était envisagé comme un objectif.

Mais force est de reconnaître que ces vœux restaient théoriques.

En regardant ces évènements avec le recul du temps, je ne me sens pas particulièrement fier des résultats de la négociation. La réalité était que le flottement était libre. L’illusion était que cette liberté pourrait être contrôlée et constituer un « système ». On a sous estimé à l’époque la portée de l’effondrement du système de Bretton Woods. On a vu à l’usage combien le flottement des monnaies a encouragé le laxisme budgétaire et monétaire dont les effets cumulés nous écrasent aujourd’hui. Comment imaginer qu’un tel régime de liberté incontrôlée puisse être compatible avec une coopération économique mondiale et avec la stabilité du système financier. Bien que trop rarement dénoncé, cette enchaînement de conséquences de la décision d’août 1971 est à mon sens à l’origine de nombre des déséquilibres structurels d’aujourd’hui  ».

C’est tout ? Oui c’est tout.

Il serait fort injuste de tenir rigueur au « jeune directeur du Trésor » d’avoir ainsi négocié le plus grand désastre économique depuis 1929.  Que faisait le Ministre des finances de l’époque ? Où était Jean-Pierre Fourcade, inspecteur des finances, ami de Giscard, la dernière coiffure en brosse de la République et l’heureux concepteur de Bison Futé, qui fera une longue et lucrative carrière comme sénateur maire inamovible dans l’ouest parisien ? Il a publié en 2015 des mémoires qui passèrent totalement inaperçues et qui ne disent rien sur le sujet. Que faisait Giscard, qui en définitive porte la responsabilité principale. Sous De gaulle  il naviguait en pleine ambiguïté. Il pouvait désormais parler en maître. Il n’a rien dit, rien fait ? Où étaient l’Europe  et les européistes ?

Les Etats-Unis ont imposé leur point de vue sans opposition autre que marginale, feutrée et pusillanime. On retrouvera le pitbull Yeo un peu plus tard pour torpiller une idée du FMI « tendant à créer un compte de substitution » où les dollars auraient été changés en DTS, évitant que l’accumulation des balances dollars générées par les déficits n’induise une création monétaire débridée.  « C’était peut être la dernière chance d’assainir le système monétaire international ».

La totale docilité des européens et plus généralement des pays de l’Alliance Atlantique vis-à-vis des Etats-Unis est une tragédie. Elle dure encore. Il est vrai qu’aucune belle carrière internationale ne serait possible sans être totalement soumis. Pour un fonctionnaire, habitué à servir le souverain, la soumission est en quelque sorte institutionnelle.  Le souverain décide, le fonctionnaire exécute. Lorsque, de plus, le souverain n’a plus de souveraineté, il s’exécute d’autant plus vite.

La mansuétude que l’on peut accorder au sherpa des accords de la Jamaïque n’est pas de mise quand on s’attache à l’action du directeur général du FMI qu’il fut peu après.

Le directeur du FMI est indépendant, extrêmement bien payé, et a le pouvoir de parler et d’agir. Bien sûr, il n’est que directeur et le conseil d‘administration est là. Mais tout de même. Le FMI a un rôle statutaire dans l’avertissement des grands de ce monde sur les dysfonctionnements économiques et monétaires. Le système des changes flottants ne marche pas, n’a jamais marché et ne marchera jamais. Il appartenait au FMI de surveiller les mouvements croisés liés aux déficits et aux excédents immenses, d’étudier leurs conséquences, et de prévenir le monde. Personne ne pouvait empêcher le directeur général de mobiliser ses économistes (les plus chers payés du monde) pour voir, comprendre, faire savoir et alerter. Rien de tout cela ne fut tenté. Jacques de Larosière indique qu’il écrivit à titre personnel quelques avertissements sur les conséquences néfastes de la montée de l’endettement.  On croit rêver. Lorsqu’on dirige une institution multilatérale extrêmement bien dotée et chargée d’alerter sur les risques économiques et monétaires mondiaux, on ne se contente pas d’écrire des « pamphlets » qui « n’eurent aucune influence ». Il est vrai que le bon Yeo invita notre auteur à pêcher en famille le « blue fish » à Cape Cod. Ce n’est pas parce qu’on est pêcheur qu’on n’est pas pécheur. Jacques Rueff avait tout dit sur le péché monétaire de l’Occident.

Il se trouve que Larosière est encore dans le coup d’un autre gros dysfonctionnement structurel : la création d’une zone euro sans organe de direction. Il signe le rapport Delors et s’en dédouane en précisant : « On a parfois reproché à ce rapport d’avoir esquivé la question de l’indispensable coordination économique entre membres de l’Union. En fait le document soulignait bien l’importance de cette coordination. Mais le comité avait été chargé de faire des recommandations sur les aspects monétaires de l’union et non sur son organisation économique ». Là aussi l’auteur explique en détail pourquoi la solution est très mauvaise et n’hésite pas à souligner tout le mal d’une solution qu’il a signée. Il s’en dédouane un peu facilement. Comme dans la négociation avec Yéo, on se contente de vague réserves dont on sait qu’elles ne sont là que pour faire beau car elles sont virtuelles. C’est bien d’écrire en 2016 qu’une zone monétaire unique impose une gestion macro économique différenciée et une coordination. Mais un peu tard !

Nous passerons sur le reste des missions qui ont été confiées à notre auteur, notamment à la Berd, où il nettoiera les écuries laissées un peu sales par J. Attali, à la Banque de France où il sera sévèrement accroché par la Justice dans l’affaire du Crédit Lyonnais comme responsable de la Commission bancaire et qui finira sa carrière en soutien de Michel Pébereau et de la banque universelle.

Pour nous l’importance de Jacques de Larosière ne tient pas à son action passée, mais à sa dénonciation hic et nunc des trois dysfonctionnements qui font l’objet de nos travaux et combats publics  depuis vingt ans :

-          Oui, la crise actuelle est due aux cinquante années de désordre monétaire provoqué par l’abandon des disciplines de bretton Woods. Il est bien qu’un des grands acteurs de l’action publique nationale et internationale le dise enfin haut et fort.

-          Oui un système de monnaie unique sans coordinateur est une absurdité dangereuse.

-          Oui un pays comme la France qui refuse toute réforme structurelle et s’enfonce dans l’hyper fiscalité et  le socialisme anti économique est mal parti.

On nous dit parfois que nous sommes seuls à nous battre sur des positions qui seraient étonnantes, hétérodoxes, marginales et peut être même saugrenues.

Si le récit historique contenu dans les micro-mémoires de Jacques de Larosière  est consternant, son diagnostic lui est pleinement valable et mérite d’être amplifié.

Les idées que nous défendons ne sont pas marginales. Elles forment le cœur d’un consensus qu’il est facile de constater dans les discussions privées et pratiquement impossible de faire admettre à des dirigeants lorsqu’ils sont aux affaires.

La vérité est qu’il n’y a pas d’alternative.

Oui il faut mettre fin au flottement des monnaies et à l’absence de système coopératif dans le domaine de la monnaie et de la finance internationale.

Oui il faut un Chancelier de la zone Euro, appuyé sur un dispositif démocratique fort et coordonnant tous les aspects de la vie économique et sociale conditionnant la valeur de la monnaie (et non un gouvernement économique de la zone euro).

Oui, il faut réformer de fond en comble le système économique et social français avant qu’il ne s’effondre définitivement.

Grâce soit rendue à Jacques de Larosière de souligner la pertinence de ces trois thèses.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile.

J. Peyrelevade : un éclair déchire le ciel bleu de l’Enarchie

Jean Peyrelevade publie « Journal d’un sauvetage » (Albin Michel - 6 mars 2016). Le livre fait l’effet d’une explosion d’Exocet sous la ligne de flottaison des « élites politico administratives », en un mot de l’Enarchie. Revenir, après un quart de siècle, sur les circonstances d’un sauvetage de banque finalement raté, était-il, en soi, indispensable ? Sans doute. L’occasion est rarissime de suivre de façon aussi précise et détaillée le fonctionnement de l’Etat Moloch alors que l’un de ses plus illustres serviteurs a conduit à la faillite un des fleurons de l’histoire mondiale de la banque (Le Crédit Lyonnais était avant la guerre de 14 le premier établissement bancaire mondial, mais oui !).

Il ne faut pas bouder son plaisir. Le livre se lit d’une traite. L’auteur a le talent d’écrire nettement et sans fatiguer le lecteur.  Il a sollicité et affiné  sa plume pour peindre des tableaux au vitriol de certains protagonistes de l’affaire. Règlement de comptes ? Un peu, heureusement, tant les excès ont été effarants.  Le déroulé implacable des évènements met en lumière les énormes dysfonctionnements d’un système où les mêmes hommes tiennent le politique, le législatif, l’administratif, la banque et indirectement, les médias.

Depuis 20 ans nous poursuivons le même combat contre ce que nous appelons l’Enarchie Compassionnelle. Nous essayons de donner mille exemples des effets malsains de ce système consanguin et anti démocratique, mais surtout source d’un gaspillage indécent. Le récit de Peyrelevade est, de ce point de vue, d’une limpidité telle qu’on n’imagine pas qu’il puisse rester une seule personne adepte d’un tel système après avoir fini la lecture.

La société des hauts fonctionnaires est un système féodal où il est impossible de mettre en cause qui que ce soit, et où aucune des institutions mises en place pour exercer des contrôles  ne fonctionne.  Les pires erreurs ne sont jamais sanctionnées. Inlassablement, les grandes affaires sous contrôle de l’Etat périclitent et jamais la moindre leçon n’en est tirée.

Il n’y a donc aucune raison pour que de nouveaux désastres ne viennent pas s’ajouter aux précédents. La faillite de Dexia est en effet pire que celle du Crazy Lyonnais. Les pertes abyssales d’Areva, les difficultés de l’ex EDF,  les pertes massives et  récurrentes de la SNCF, les villes mal gérées comme Paris ou Montpellier, les mille et uns abus commis sans vergogne avec l’argent public ont tous la même cause.

Un système où les hauts fonctionnaires cumulent tous les pouvoirs et où les sanctions ne viennent jamais ne peut pas se porter bien.  La complicité avec les syndicats s’installent aussitôt, au nom de la paix sociale et les coûts s’envolent après qu’on ait tout lâché en matière de congés payés, de recrutements, de temps de travail, d’avantages exorbitants, d’indiscipline non sanctionnée.  On place les proches et les copains. On multiplie les postes de hauts dirigeants bien rémunérés pour des tâches pas toujours très claires.  Les auditeurs ne peuvent rien dire : c’est la politique de l’Etat ! Les carrières n’ont plus de rapport avec l’efficacité dans l’accomplissement des missions. D’ailleurs il n’y a plus de réelles missions. On est. On ne fait pas.

Le récit de Peyrelevade est implacable. On ne peut pas réformer un tel système. Il faut le supprimer. C’est la raison pour laquelle nous nous époumonons à réclamer la séparation du politique et de l’administratif, de la banque et de l’Etat, de la presse et de la banque.

Jean Peyrelevade voulait prendre la tête d’un Crédit  Lyonnais privatisé après séparation des actifs douteux liés au passé. Le système français est tellement bridé, que lorsqu’on privatise, la capture du patrimoine national se fait entre oligarques indéboulonnables qui tiennent entre leurs mains pratiquement à vie tous les grands projets nationaux pour des lustres, et la presse quotidienne en prime. Pensons à Michel Pébereau à la BNP, qui est l’exemple parfait de la chose et des actes associés (comme le vidage du directeur du Monde, après un article documentée sur la « pieuvre Pébereau »). On peut malheureusement imaginer que si l’auteur du livre avait réussi à être son pendant au Crédit Lyonnais, il en serait encore le président et le livre n’aurait pas été publié.

Si Peyrelevade passe au rayon X (il a fait Polytechnique) l’establishment de l’Inspection des Finances, n’est-ce pas en partie parce qu’on lui a barré l’accès au Naos du Grand Temple ?   

D’autres faiblesses structurelles du raisonnement des élites financières, administratives et politiques sont révélées par ce livre, sans que l’auteur ne s’en rende compte.  Jean Peyrelevade ne connait pas la notion de cycles économiques et n’a pas analysé le type d’économie qui s’écroule en 93 en France.  Le système bancaire français à cette date est touché dans son ensemble par l’explosion de la bulle immobilière notamment dans les bureaux. Des dizaines de milliards ont été investis hors de toute raison  dans une bulle terrifiante. Partout dans le monde. Les pertes du Crédit Lyonnais ne sont pas seulement liées à la folie des grandeurs de Jean-Yves Haberer.  Son successeur,  une fois aux manettes,  sera confronté, sans qu’il l’anticipe, à une absence prolongée de résultats du fait de la crise du système global. Il se trompera dès le départ sur l’ampleur des pertes du passé et constamment sur celles de la gestion courante.

On touche là la grande faiblesse de nos responsables : ils n’ont pas compris les énormes dysfonctionnements de l’économie globale, basée sur les changes flottants et le recyclage d’énormes excédents. Peyrelevade comme les autres. Nous l’avions déjà constaté au moment où il souhaitait dialoguer sur le net, une expérience qu’il abandonnera presqu’aussitôt. Le livre, indirectement, nous le démontre à nouveau.

L’inconvénient de cette incompréhension est une concentration excessive sur les hommes et le schéma franco français. Le Lyonnais a sauté comme Lehman Brothers et comme bien d’autres, faute d’avoir compris qu’elles chevauchaient une baudruche explosive. L’inconscience les a tuées.

On voudrait être sûr que l’inconscience des causes globales de la crise puisse venir un jour au premier plan des réflexions des grands auteurs. Jean Peyrelevade a manqué le coche mais  a fait œuvre magistrale pour rendre manifeste l’incroyable perversité du système français de confiscation du pouvoir administratif, politique, bancaire et médiatique par une clique minuscule et ses conséquences dramatiques en terme de perte de démocratie et de gaspillage d’argent public. Grâce soit rendue à ce livre pour cette seule raison. On n’avait jamais été plus loin dans la démonstration.

Et que les Français comprennent enfin qu’il ne faut pas élire un Enarque à la présidence du pays. Adieu Hollande ! Adieu Juppé ! Sinon le système dysfonctionnel et inefficace dénoncé si précisément dans le livre perdurera indéfiniment.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Attention ! Ce qui doit arriver arrive.

Lors d'une récente conférence, un auditeur avait protesté violemment à un de nos commentaires : "les banques sont maintenant à nouveau solides. La crise financière est derrière nous. Dire le contraire est irresponsable et erronée". Telle était la critique virulente.

Nous venions d'affirmer que la perte latente de 12 mille milliards de dollars subie en 2007-2008 était loin d'être résorbée, étant entendu que le développement d'une dette nouvelle ouvrait à nouveau des perspectives douloureuses pour les organisations financières qui s'étaient engagées dans des opérations purement spéculatives. Faute de réforme du système monétaire et financier mondial en 2008, on allait à nouveau vers un krach bancaire et boursier qui serait moins grave en ampleur qu'en 2007-2008 mais malgré tout assez sévère.

Nous rappelions que les crises mondiales périodiques existent depuis longtemps, qu'elles commencent aux Etats-Unis et s'expliquent par des crédits aventureux qu'il faut bien résorber. Cette crise était à venir en 2016-2017. Les chutes brutales de prix, dans un environnement de crédits purement spéculatifs, étaient un signal fort que les banques allaient souffrir. Nous ne croyions pas que la chute verticale des prix du pétrole correspondait à un nouvel équilibre de l'offre et de la demande, propice à une croissance mondiale formidable, mais à l'effondrement d'une spéculation excessive identique à celui qui se produisait simultanément sur les marchés de toutes les matières premières. "L'alignement des planètes" n'était pas un mythe, mais l'effet bénéfique ne pouvait pas masquer que des forces telluriques étaient à l'œuvre dans les bilans des banques et sur les marchés de spéculation.

Nous ne sommes pas des catastrophistes adorant annoncer des horreurs ou se complaisant dans la critique acerbe pour le plaisir du défoulement. Simplement, nous pensons que les évènements ont des causes. Si elles sont ignorées, les mêmes effets sont à attendre des mêmes causes. Nous le disons depuis l'erreur fondamentale des premiers G.20 qui ont annoncé qu'on ne changerait absolument rien dans les principes et les modalités d'une organisation monétaire et financière qui venait de s'effondrer. Relance par la dette, transfert de la dette aux Etats et aux banques centrales, inondations de liquidités devaient permettre de passer le cap.

Huit ans après, l'ineptie de cette politique éclate à nouveau. De nombreuses banques sont au tapis comme la Deutsche Bank en Allemagne , Unicredito en Italie, Société Générale en France, sans parler de dizaines d'autres un peu partout.

Le discours ambiant est partout le même. Le monde a changé. il faut s'adapter et remettre en cause les modèles sociaux trop généreux ou trop rigides. Il faut faire baisser le coût du travail.

Or il n'y a strictement aucun rapport entre un taux d'intérêt négatif qui conduit une banque gavée depuis 2007 de crédits douteux à des opérations spéculatives aventurées ouvrant la voie à une jolie faillite  et le régime social des entreprises de production.

La finalité de l'économie reste évidemment de permettre une croissance globale de la prospérité et de garantir une amélioration des conditions de vie de tous.

L'organisation née à Bretton Woods avait aussi comme but de conforter la mise en place d'un "welfare state". L'analyse des travaux de cette conférence mythique montre que les congressistes avaient une trilogie en tête : ouverture libérale des marchés commerciaux ; cadre monétaire sain et empêchant les ajustements par la dépression ; cadre social garantissant une prospérité générale.

Depuis 71, le temps est à la destruction progressive des structures sociales, après avoir détruit le cadre monétaire sain.

Naturellement on ne peut considérer que "ruiner les riches" nationaux par l'impôt confiscatoire, en enrichissant les riches extranationaux, soit une politique sociale. Si les réformistes de la situation actuelle n'ont comme finalité qu'un libre échange débridée basée sur des circuits financiers déséquilibrés et des Etats tellement endettés qu'ils ne peuvent jouer leur rôle social, rien de bon ne sortira de la spirale de sottises consécutive. Nous l'avons écrit en 2008. Nous le répétons. La réforme doit porter d'abord et avant tout sur la gouvernance fautive du système monétaire et financier mondial, sur la correction de la rigidité coupable de la zone euro qui ne permet pas d'autre forme d'ajustement structurel que la déflation, et sur la correction des systèmes étatistes fondés sur la prédation fiscale et l'étouffement de la liberté contractuelle.

La campagne électorale française malheureusement, à droite comme à gauche, fait litière de toutes discussions sur la gouvernance mondiale et européenne. On se contente d'ajuster le modèle social français, dans l'hystérie fiscale à gauche, dans la promesse fiscale intenable à droite. Rien de bon ne peut sortir de ce schéma d'une débilité profonde.

Lorsque, dans une conférence de presse marquée par la complaisance des interviewers, le Président de la République Française, nerveux au point de dire parfois le contraire de ce qu'il entendait exprimer, se présente en réformateur acharné, et que sa dernière année de pouvoir sera consacrée à la baisse des charges sociales sur les salaires, on ne peut que lever les bras au ciel. Il n'y aura en fait aucune baisse mais un transfert sur d'autres que l'entreprise des charges en question qui demeurent inchangées voire aggravées faute d'une action réelle.

Les charges sociales financent la maladie, la retraite et le chômage. Toute la politique du gouvernement conduit à l'explosion de la dépense médicale dans le rationnement des soins. Le frein et l'accélérateur sont appuyés en même temps : gare aux dérapages ! Il n'y a  rien à espérer sur le front de la dépense-maladie avec la généralisation du tiers payant. Le chômage fait l'objet d'un traitement statistique qui aggrave simplement les coûts. On ne touche pas à l'âge de la retraite.  Résultats attendus : plus de dépenses, plus de pression fiscale, plus de dettes. Les entreprises, elles dépendent de la conjoncture mondiale qui s'abîme à toute vitesse, les derniers feux de la minuscule reprise de fin de cycle s'éteignant les uns après les autres.

Tout l'exercice est donc uniquement politicien et on aimerait qu'il ne soit que stérile. En fait il est catastrophique puisqu'il aggrave dette et fiscalité. Il ne débouche sur absolument rien d'utile. Le remaniement ministériel confirme cette vacuité avec l'intégration de personnalités lilliputiennes représentatives de chapelles ou d'un intérêt politicien minuscule en vue de la candidature nouvelle de François Hollande. On voit un président de conseil général réajustant sa majorité secouée par des dissensions de personnes et de clans et veillant à sa réélection. Pas un leader à la hauteur des enjeux français, européens et internationaux dans un moment dramatique.

Qui croit M. Ayrault, petit germaniste à la compétence professorale incertaine qui a montré sa dangereuse nullité comme premier ministre, capable d'une diplomatie économique de qualité ? Il n'est là qu'à but politicien, Hollande ne pouvant s'accommoder d'une fronde de ses propres amis. Comme il n'y a plus de diplomatie française, sur aucun terrain, voici donc un incapable à la tête d'un ministère régalien. On garde un président de conseil régional pour mener la guerre contre l'islamisme radical. Le choix de l'inconnu sinistre Urvoas, à la Justice, confirme que les Bretons sont aux commandes régaliennes de la France. Le bonnet rouge remplacera-t-il le bonnet phrygien ? Ne parlons pas des écolos en rupture de ban venus là pour la gloire de pouvoir dire plus tard qu'ils ont été une fois ministre. On a troqué la qualité contre le nombre. Minable.

Il est des moments de l'histoire de France où l'esprit du temps et les pouvoirs politiques sont tellement en décalage avec les nécessités qu'on ne peut envisager que le pire.

Nous y sommes.

Cercle des Economistes e-toile

Le Club Périclès et les « cent premiers jours »

Ces références aux Grecs du Vème siècle av. JC ont quelques choses de réconfortant. On en revient toujours à l’essentiel : les bonnes réformes sous le soleil brillant de la sagesse. Bien sûr, on ne peut les faire que dans la foulée d’un grand succès électoral. La fenêtre des cents jours où on peut agir est une de nos idées forces qui traversent le temps. A croire que la démocratie ne peut fonctionner que cent jours. Après ? On ne sait trop comment juguler les forces de rappel qui noient toute volonté d’agir.

Va donc pour ce club Périclès et regardons son programme de cent jours.

« Notre monde n’est plus celui de 1935 ». Toujours cette notion de mutation à la quelle il faut s’adapter.

« Il ne faut pas nous laisser imposer une parité monétaire qui serait préjudiciable au développement de son économie ».

« L’allégement des charges  pesant sur les entreprises, une plus grande flexibilité de l’emploi, permettront à notre appareil productif de se reconstituer ». « Il faut diminuer les prélèvements sociaux  dans un délai de 5 ans »

« Nous restaurerons la confiance ».

« Les travailleurs immigrés, sans être racistes ou xénophobes, posent un réel problème ». Plusieurs millions d’étrangers ont des cultures incompatibles « avec le fonds gaulois » et posent donc un problème d’intégration insoluble.

« Réduire le chômage, le nouveau gouvernement ne pourra se dérober à cette impérieuse exigence de l’opinion ». « Une chose est certaine aujourd’hui : il n’y a pas de réponse socialiste au chômage ». Dans les 100 jours il lui faut sinon obtenir des résultats  du moins accomplir des gestes significatifs ». Le premier est de « libérer l’économie ». Le second est de libérer l’immobilier « particulièrement frappé  par les décisions erronées du gouvernement socialiste ». Le troisième est l’apport de l’état au soutien de l’emploi. « Pendant trois ans il prend en charge pour toute création nette d’emplois une partie de la cotisation patronale ». En quatrième, il faut un choc de simplification. « L’industrie est freinée par l’étendue et la superposition des règlementations ». Il faut convier les partenaires  sociaux à une conférence sur « l’assouplissement des blocages à l’emploi ».

« Le temps est venu de réformer la formation professionnelle ». « L’apprentissage est la clef de l’emploi pour des dizaines de milliers de jeunes ».

« La crise économique s’est accompagnée d’un fort accroissement des prélèvements obligatoires ». « Ces taux sont parmi les plus forts des économies occidentales ». Le coût des syndicats de commune, des districts, des communautés urbaines  devra faire l’objet d’une surveillance particulière. « Pour être authentique le plafonnement des prélèvements obligatoires doit être assorti d’un plafonnement de la dette ». Il faut « mettre les collectivités locales devant leurs responsabilités ».

Les prélèvements opérés par l’imposition du revenu sont excessifs et quasiment abusifs. « Le prélèvement de l’Etat ne doit en aucun cas dépasser le montant laissé au contribuable ». Il faut supprimer l’impôt sur le capital et sur les plus value mobilière. Pour les plus values immobilières, un impôt de 10% pour les plus-values de moins de 10% est amplement suffisant. « Notre système fiscal est trop complexe et doit être simplifié ». 

« Les taxes locales doivent être perçues sur la valeur ajoutée », ce qui en fait une TVA sociale.

« Pas de déficits budgétaires : les baisses d’impôts seront gagées sur les baisses de dépenses publiques »

Il faut supprimer la garantie totale du petit risque. « Nous proposons de suppression de la garantie jusqu’à la frontière du tarif K.40 dans l’échelle des actes ».

 Les prestations familiales ont été la grande victime de la gestion socialiste. « Depuis la Libération aucun gouvernement n’avait pratiqué une politique aussi nettement anti familiale ». Nous proposons de rétablir sans aucune modulation les prestations familiales et le quotient familial. Les prestations seront simplement fiscalisées à l’Impôt sur le revenu. 

Toutes les allocations et aides sociales seront confiées au département et pas aux organismes paritaires de sécurité sociale.

Pour l’immigration, compte tenu des circonstances, est proposé :

«  Un moratoire d’un an sur l’accueil d’immigrés nouveaux ».

« Tout étranger chômeur depuis plus de trois mois est renvoyé chez lui ».

« Tout délinquant étranger est renvoyé chez lui sa peine purgée ».

« Tout est géré par le préfet et non les juges ».

La décentralisation doit être revue. « Les déboires de l’assemblée régionale corse montrent les risques ». Dans les régions « le recrutement de personnel s’effectue trop souvent sans rigueur ni méthode par la voie du copinage politique ». « Il faut éviter l’enflure du fait régional ».

Ce programme est beau comme l’antique. Il semble qu’à droite comme à gauche, on pense qu’il faille aller en ce sens.

L’ennui, c’est qu’il date de 1985 et qu’il est extrait du livre d’Yve Guéna « Les cent premier jours » (Albatros – sept 1985).

Comment expliquer que trente ans après presque jour pour jour, la vie politique se réduise à rabâcher les mêmes diagnostics et proposer les mêmes formules ?

On peut dire : c’est la faute des Français. A chaque alternance, ils imposent une coalition autour du Parti socialiste qui fiche par terre l’économie, l’immobilier, l’emploi, les allocations familiales, la sécurité et poussent aux sommets la pression fiscale et l’immigration. L’alternance d’après, il faut tout remettre en ordre pour faire face aux conséquences. 

On peut dire : c’est la faute des politiques de droite : ils ne font pas vraiment le travail  et sont incapables de liquider le socialisme en France. Chirac et le « ni-ni », succédant à Giscard le fiscaliste gouvernant au centre, puis Sarkozy-la-fausse-rupture, ont ancré l’idée qu’il n’y a rien à tirer d’une fausse droite qui toujours frémit avant de réformer, se contentant d’une minimum de demi mesures. D’où le concours à droite des mâles propos expliquant que cette fois-ci cela va être différent, avec un Bayrou qui dit exactement le contraire, un Bertrand et un Estrosi qui font exactement le contraire, un Raffarin qui « raffarine » dans la recherche de l’union sacrée sur des thèmes ciblés,  une NKM qui joue à « plus bobo que moi tu meurs ». 

On peut dire aussi : c’est la faute aux crises cycliques, qui s’aggravent à chaque fois. Nous n’avions pas encore réussi à nous remettre de la crise de 73, que la crise de 93 nous est tombée dessus. Et la crise de 2008-2009 a été la plus terrible de tous. L’endettement il est partout, pas seulement en France. La surfiscalité, elle, étreint presque tout le monde. Le chômage est haut partout. La droite déçoit parce que c’est elle qui, à chaque fois, a pris la crise sur le coin de la figure. La gauche ne revient pas parce que les Français le veulent mais parce qu’ils se vengent de la crise en sortant les sortants.  Maintenant que le monde est pratiquement à l’arrêt avec une croissance minable, nous faisons encore pire qu’avant parce que nous avons touché un gouvernement socialiste au mauvais moment et un président démago, même s’il s’emploie à briser toutes les icônes idéologiques de gauche.

Lorsqu’on relit le texte de 1986, on note tout de même quelques différences avec la situation d’aujourd’hui.

On craignait alors le « travailleur immigré » et on pensait pouvoir domestiquer les immigrés musulmans de la seconde génération. Maintenant on s’inquiète de la seule présence de 6 millions de musulmans considérés assez généralement comme non assimilables, abusifs, violents et dont l’idéologie est bpotentiellement incompatible avec notre République et ses principes, du fait du fanatisme et de la violence intrinsèques à la religion musulmane. Et,en plus, ces drôles de Français, après avoir sifflé l’équipe de France de football black blanc beur au Stade de France, tuent des Français par dizaines aux terrasses des bistros parisiens et dans des stades, des trains ou des salles de concert. 

On croyait encore à une France qui était indépendante, souveraine et capable d’agir. Mitterrand ne l’avait pas encore réduite à quia par le Traité de Maastricht et le marché unique. Le gouvernement des juges commençait mais n’avait pas encore atteint la forme qu’il a atteinte aujourd’hui.  Les pays de l’Est n’étaient pas encore sortis du « socialisme réalisé » et on ne craignait pas l’arrivée massive de Roms quémandeurs et loustics de la Mittel Europa avec la reconstitution de taudis et des trafics moyenâgeux, ni les délocalisations massives et la concurrence de centaines de millions de travailleurs pauvres d’Asie.

Des lots d’immigrants comme on les voit maintenant auraient laissé les Français de l’époque totalement incrédules.

La situation est donc plutôt étrange.

Pour la droite, s’amuser à réciter les nouveaux « cent jours », comme il y a trente ans, est-il crédible et même simplement audible ?

Pour la gauche, croire qu’un peu sérieux économique permettra de se faire réélire sans coups férir,  comme il y a trente ans, est-il imaginable ?

Les enjeux sont beaucoup plus lourds et les pouvoirs disponibles plus limités.

Nous ne saurions trop suggérer à chaque candidat de relire le livre d’Yves Guéna. Non pas pour prendre des idées. Elles sont toutes sur la table depuis des lustres. Mais pour comprendre à quel point la répétition d’une vision étriquée quasi identique à celle d’il y a trente ans est une impasse.  

Une impasse inquiétante.

Baltic index : Est-il significatif ?

On lit et on entend dans les milieux qui se croient au top de la compréhension du monde qu'il ne faut pas s'occuper du Baltic Dry Index qui ne serait pas significatif compte tenu des énormes investissements faits dans le domaine du chargement maritime, bien au delà des nécessités.

Les deux graphiques que nous donnons ci-dessous prouvent exactement le contraire. Bien sûr les indicesde prix sont plus volatils que les statistiques en volume, mais cette sensibilité ne les rend pas inutiles, bien au contraire.

Nous avions appuyé en partie en juin 2006 notre prévision qu'une crise gigantesque allait se produire justement en analysant d'une part l'énormité de la poussée des prix, absolument intenable et d'autre part sur la violence du retournement prévisible.

En début 2015, nous avions alerté que "l'alignement des planètes" qui générait à l'époque des espoirs infinis (certains écrivaient même que Hollande était un génie d'avoir prévu que la courbe du chômage allait s'inverser toute seule en 2015 lui offrant un trône pour cinq ans de plus !) était sans doute intéressant mais que l'atonie du commerce international était un signe inquiétant. Croisé avec d'autres indicateurs comme celui des prix marchands, cette évolution marquait que nous étions en plein dégonflement de l'activité de panique des Chinois qui avait animé le commerce international résiduel de ses actions de précaution vis à vis du dollar. La baisse du pétrole s'inscrivait non pas dans le cadre d'un surplus d'offre comme tous les analystes moutonniers l'affirmaient en s'appuyant sur le phénomène du schiste américain  mais d'abandon de la demande spéculative, comme pour l'ensemble des matières premières.

En un mot, 2015 était encore une année de résorption de la crise violente de 2008, dont le premier effet était, comme nous l'avons écrit dès la fin 2008, le blocage du commerce international. Les émergents n'ont connu de belles croissances post 2008 que parce que la Chine sécurisait son stock de dollar en achetant partout des vivres et des matières premières. Les Etats-Unis s'en sortaient mieux que les autres parcequ'ils payaient tout en dollars, leur monnaie émise ad libitum. L'Allemagne profitait à plein de la dévaluation de l'Euro et des déficits des autres pays de la zone euro. En un mot : le désordre post récession,  les défauts structurels du système monétaire mondial et de l'euro et la malgouvernance de certains pays clés, s'alliaient non pas pour séparer des pays vertueux et admirables  et des pays du Club Med et de l'indécence économique, mais pour générer des spasmes qu'il ne fallaient pas confondre avec des sursauts de l'économie.

Il semble en ce début d'année, que cette analyse ait été la bonne. Les spasmes continuent, avec des révisions constamment à la baisse de la croissance.

Sommes-nous entré dans la phase de récession "décennale" mondiale ? Rappelons qu'elle commence TOUJOURS par un choc boursier aux Etats-Unis. Le Dow Jones est à un niveau totalement surévalué et intenable, reflétant la trouille des investisseurs mondiaux et le repli dans la cour du château du seigneur. On y est pas tout à fait. Mais cela se rapproche.

Hélàs.

Et aucune réforme de quoi que ce soit n'est en vue. L'idée même que ces réformes soient nécessaires n'existe médiatiquement nulle part. Les deux seules réflexions en cours au FMI, qui trône sur ce désastre et manque totalement à ses devoirs, concernent le perfectionnement du système  : rendre le Yuan bien flottant, réussir le traité transatlantique sur plus de libre échange. Les Etats-Unis en restent à leur doxa : sanctionner les vilaines banques qui ont pu faire croire que le système était mauvais. Le Ru tente de sauver leur poumon financier qui respire les bulles comme d'autres la marijeanne.  Les Allemands profitent. L'Europe stagne dans la douleur et la morosité, à peine troublée par quelques farces et attrapes maghrébines, et l'aimantation des migrants. La France s'enfonce dans le chômage, les dettes et l'abaissement politicien de troisième ordre. 

Jamais le décalage entre la simple observation des faits et la réflexion publique, noationale, européenne et mondiale n'a été plus grand.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile

 



Neuf mois après « l’alignement des planètes »…

Neuf mois après « l’alignement des planètes », le miracle ne s’est toujours pas produit. Rappelons-nous : presque deux mois de propos hyper optimistes, dans tous les médias télévisés, radio diffusés ou écrits,  sur la reprise « mécanique » et obligatoire de la croissance forte en Europe et surtout en France ; de fines analyses sur le génie du Président Hollande qui pourrait très rapidement se vanter d’avoir enfin enrayer la hausse du chômage ; des affirmations péremptoires un peu partout autour de l’idée que « la crise était finie » et que tout était en place pour une croissance à nouveau soutenue. 

Les calculs les plus subtils démontraient qu’une baisse massive de l’Euro vis-à-vis du dollar et du Yuan restaurerait radicalement la compétitivité française, que la baisse tout aussi massive des taux d’intérêt  permettrait un boom de l’investissement, que la baisse des  cours du pétrole générerait du pouvoir d’achat et donc de la demande, et que, cerise sur le gâteau, l’Union Européenne, par l’intermédiaire d’un Plan Juncker mirifique allait se lancer dans des  investissements massifs.  Les entreprises et les ménages seraient à la fête pour la première fois depuis 2008. La « demande globale » serait confortée et une saine dynamique économique se mettrait en place.

La suite ? L’affaire a fait « pschitt ». Aucun des merveilleux effets de la conjonction des planètes ne s’est manifesté aux hauteurs annoncées dans les six mois suivants. Nous attendons les chiffres du  troisième trimestre qui devraient être meilleurs.  Mais personne n’espère rien de spectaculaire.

Comme toujours, personne ne s’est pressé de donner l’explication de ce flop.

L’explication n’est pas compliquée.  L’effondrement de la valeur de certains actifs, et particulièrement des matières premières, ne marquait pas le commencement de la fin de la crise, mais la suite d’un dégonflement inévitable, au fur et à mesure que l’économie baudruche finissait d’exploser.  L’indicateur principal était le commerce international. Nous avons souligné immédiatement qu’il était quasiment stationnaire et ne portait plus l’expansion.  La spéculation qui avait porté à des sommets intenables la valeur de certains actifs a été partiellement brisée.  La valeur de l’immobilier n’a pas cessé de baisser, partout et  beaucoup plus brutalement qu’il ne l’est dit dans les medias.  La sur-fiscalisation a partiellement bloqué les achats de précaution.

L’alignement des planètes était plus le syndrome d’une économie flapie que le signe d’une renaissance formidable.  Les banques centrales ont créé pour 13.000 milliards de dollars de monnaie pour compenser les 12.000 milliards de pertes sur « des engagements de rembourser »  intenables que nous avons signalés dès 2007. Ce n’était pas mouvement « pro actif » mais défensif pour éviter la mort des banques.  Cette création extravagante et les taux d’intérêts nuls qui en résultent n’ont pas pour but de relancer l’économie. Mais de permettre aux banques de se renflouer.  J’emprunte à taux zéro ; je prête aux Etats à quelques % de plus ; j’emploie mon bénéfice à amortir mes pertes.  Le processus est loin d’être terminé. Comme les législateurs ont « étouffé l’amplificateur »  monétaire en corsetant les banques, toute cette gymnastique n’a pas d’effets massifs sur l’économie réelle.  Comme la fiscalité, devenue partout agressive, prive d’argent les particuliers, la consommation ne suit pas.

Le sauvetage des banques par les banques centrales et les Etats, au prix d’un double endettement public (celui, visible, des Etats, celui moins visible, des banques centrales)  a poussé la fiscalité à des sommets en même temps qu’il provoquait  la stagnation.  

Une danse de Saint Guy frénétique s’est alors produite sur les marchés des changes, puis sur celui des  matières premières, dont le pétrole,  alors que la déflation touchait tous les marchés.  Le repli vers les Etats-Unis considéré comme plus sûrs dans la panique générale a provoqué, comme en 97-98, la hausse conjointe du dollar et de la bourse américaine et  l’effondrement dans les pays en voie de développement, comme on le voit en Chine, au Brésil, en Russie, sans réel bénéfice pour les autres pays développés (Europe, Japon, Corée etc.), à la différence de 97-98.

On vient d’assister à la correction de la correction.  Rien à voir avec un alignement positif des planètes.

Tout cela est totalement instable.

Pour la France, les derniers résultats produits par l’INSEE sont parfaitement clairs.  L’année 2014 a été pire sur tous les plans que 2013, que nous avions définie comme une année « Hollandilbilis ».  En dépit du virage annoncé après l’affaire des « bonnets rouges », une révolte provoquée par les mesures fiscales absurdes  (Manuel Valls a fini par le reconnaître cette semaine)  prises personnellement par Hollande, qui, paraît-il, se voulait un génie de la fiscalité avec des idées saugrenues mais  bien ancrées.  2015 ne pouvait qu’être dans la lignée de ses deux devancières, puisque rien de fondamental n’avait  changé.

Aujourd’hui, plus que jamais, il faut surveiller deux fronts économiques partiellement disjoints.

Celui de l’économie réelle reprend des couleurs, mais avec une lenteur remarquable.  Le commerce mondial des marchandises repart un peu, même si le phénomène est masqué par la baisse des mouvements de pétrole.

La préoccupation reste toujours aussi grande sur le front des 400% d’endettement qui pèsent  au dessus d’elle.  Certes les dettes ont été en partie « fixées » par l’action des banques centrales et des Etats. Mais sans croissance ni inflation, l’enveloppe ne se dégonfle pas ou très peu.  Croire que la baisse peut s’opérer par la fiscalité est un rêve qui tourne au cauchemar partout où l’on a essayé cette fausse solution.

Il faut revenir à des politiques concertées de croissance avec une inflation à deux ou trois pour cent.  Cela ne peut se faire qu’en stabilisant le front des monnaies, donc en interdisant les grands déficits et les excédents  symétriques, et en encadrant partiellement les mouvements de capitaux à court terme.  En Europe, si on ne veut pas mettre fin à l’Euro, il faut créer une entité de coordination qui gèrent les déséquilibres internes et externes de la zone.  Seule la concertation permettra de relancer de façon équilibrée et en une vingtaine d’années, on sera revenu à un taux d’endettement global entre 150 et 200%. 

Croire que chaque nation s’en tirera par des déflations compétitives et des hystéries fiscales est totalement absurde.  Oui, il y aura une certaine reprise en 2016 mais si faible qu’un nouvel effondrement localisé de la banquise de dettes  suffira à l’annihiler. Les énormes masses de liquidité n’ont plus d’emploi rationnel.  La fin de la monnaie gratuite aux Etats-Unis est constamment repoussée parce qu’on ne veut pas que le dollar monte plus.  Dans l’incertitude ainsi créée,  personne ne peut rien dire de l’évolution du cours dollar/euro.  Rien ne marche comme on voudrait dans un système de changes flottants.  La bourse américaine a atteint un sommet, comme d’ailleurs les bourses européennes, avant une belle correction.  Elles peuvent encore craquer un peu plus si la reprise demeure aussi faible. Les pays émergents sont dans le désordre le plus complet. Les prix de l’immobilier restent incertains.  Les matières premières sont dans les choux.  Les banques sont étranglées par les réglementations et toujours grevées de créances douteuses. Les engagements obligataires et les opérations « over the counter » deviennent hyper dangereuses.   Il n’y  pas de vraie baisse des prélèvements fiscaux.

La spéculation est dans l’impasse. Les Etats sont dans l’impasse. Les banques centrales sont dans l’impasse. 

En attendant le scénario le plus probable, si rien ne bouge, est une petite accélération de la croissance. Elle suggérera des propos enchantés  dans la presse,  surtout dans cette période de campagne électorale présidentielle en France. Elle sera  probablement suivie par un mini krach entre 2017 et 2018 qui affectera  plus la couche des actifs reliées aux dettes que l’activité elle-même, comme entre 2001 et 2003 et qui fera trembler l’Europe, sans doute une nouvelle fois par une crispation grecque.

On ne voit pas trop comment les banques centrales et les Etats pourront réagir efficacement.  Seul un changement du système monétaire international permettrait réellement d’en sortir.  S’il avait lieu immédiatement après le mini krach, les leçons de l’histoire économique des quarante dernières années étant enfin tirées, nous pourrions retrouver un terrain propice à une croissance plus rapide et à une reprise de l’emploi, les ressources quittant le domaine de la spéculation pour s’employer dans l’économie réelle.  Mais peut-on compter sur la pédagogie des crises pour briser des tabous intellectuels associés à des positions de pouvoir géopolitiques ? C’est tout l’enjeu des cinq prochaines années.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Parution du livre de Didier Dufau : L'étrange désastre - Le saccage de la prospérité

Le Cercle des Economistes  E-toile (CEE*) crée un département « édition",  avec pour vocation  l'édition de livres économiques susceptibles de faire avancer les solutions de sortie de crise et populariser  les propres thèmes développées par le cercle.  

Pour lancer cette activité, nous sommes heureux d’annoncer la parution à l'automne, du livre de Didier Dufau,  un intervenant que les lecteurs de ce blog connaissent bien :

Didier DUFAU

L’Etrange Désastre

Le saccage de la prospérité

Avec une préface de Gabriel Milesi.

300 Pages

Aux Editions du Cercle des Economistes e-toile.

ISBN 979-10-95148-00-5

Octobre 2015

 

En avance de publication, un pré-tirage  particulier a été réservé aux lecteurs de ce blog,  au prix spécial de 19.90 Euros + frais de port, soit 25 Euros pour la France. Pour obtenir le livre il suffit d'envoyer un chèque  libellé à l’ordre du Cercle des économistes e-toile,  à  l'adresse suivante :

Cercle des économistes E-toile

Attention Mme Sophie Delfyn

c/o La Maillière

4, Av. Jules Janin

75016 Paris.

N’omettez-pas de donner vos coordonnées d’adresse pour l’envoi.

Compte-tenu du petit nombre d’exemplaires réservés à cette filière,  seules les  premières demandes pourront être servies.

Un compte Facebook va être  ouvert pour recueillir vos commentaires,  auxquels nous attachons la plus grande importance.

Pour toute demande d’information à l'auteur,  écrire  à  l'adresse : ddufau@e-toile.fr

 

Le secrétaire général

E E-F



L'art de dépouiller le citoyen

L'interdiction des paiements en liquide est l'un des derniers clous qui restent à sceller sur le cercueil des libertés individuelles. Le complexe politico-fonctionnaro-bancaire qui a capté la vie publique et économique en France vient de l'enfoncer à nouveau de quelques centimètres. On ne pourra plus payer en liquide plus de 1 000 euros. La banque réclame la mesure depuis longtemps. Lorsqu'il n'y aura plus de liquide du tout et qu'il faudra passer exclusivement par des systèmes de paiements connectés, elle aura jugulé une des "fuites" qui l'empêche de récupérer aussitôt la monnaie de crédit qu'elle a émise. Porte-monnaie électronique et règlementation sont les deux mamelles du big-brother bancaire.

Le citoyen libre d'une république libre est d'abord une vache à lait de l'Etat moloch et l'esclave enchaîné du système bancaire, les deux institutions étant gérées par les mêmes. .

Il est probable que le plafond des sommes en liquide avec lesquelles on peut se promener en Europe sera ramené bientôt à moins de 5.000 Euros.

Voyagez léger avec un bout de plastique et prouver que vous êtes un citoyen totalement transparent tout en sauvant votre système bancaire !  

La législation a donné à la banque, déjà sous des gouvernements socialistes, des pouvoirs exorbitants. Vous ne pouvez solder une compte en banque…que dans un autre compte en banque. Un trou dans votre compte courant ? La banque peut casser n'importe lequel de vos comptes d'épargne sans même vous le dire. Vous voulez du liquide ? Il vous faudra une carte bancaire, car les guichets n'en distribuent plus. Et le montant que vous voudrez retirer sera limité à quelques centaines d'Euros. De toutes façons pour des sommes importantes, il faut commander, aller au siège, respecter les plafonds et… un transport par la Brinks, mon bon Monsieur. Quant aux placements, ne croyez pas que vous en soyez maître. Tous les dispositifs de placement sont désormais des constructions fiscales qui ont pour but de ramener l'épargne vers les objectifs et les caisses de l'Etat. Avec des taux d'impôts marginaux à 65.5%, vous n'avez plus aucun choix. La banque universelle qui peut faire à peu près ce qu'elle veut de votre épargne, y compris vous faire acheter ses propres actions, pour peu que vous lui ayez donné un mandat, (et comment y échapper ?), vit en symbiose totale avec l'Etat, et en conflit d'intérêt toléré avec ses clients. L'assurance-vie en est le plus merveilleux exemple. Question posée il y a quelques années à la banque :

- "Vous vous êtes désengagés de la Grèce ? Non, l'Etat nous a demandé de détenir un certain pourcentage d'obligations grecques".

Quelques mois plus tard :

"- Qu'est-ce qui se passe avec mes obligations grecques ?

- Nous avons été obligés d'accepter une perte de moitié sur ces titres.

- Je vous avais bien dit de pas détenir des titres grecs

- Oui, mais c'est de l'assurance vie ; nous ne pouvons pas faire ce que nous voulons;

- Sortons de l'assurance vie.

- Je ne vous le conseille pas. C'est le seul produit sûr et défiscalisé, bla bla bla."

La défiscalisation est devenue le principe vendeur numéro un des banques, marquant la totale interdépendance du secteur bancaire et de l'Etat.

Les diverses lois sur la construction n'ont qu'un seul but : permettre aux politiques de présenter des bilans un tant soit peu honorables en matière de logements. En fait la défiscalisation conduit à monter des programmes de construction dans des endroits où il n'y a pas de demande et qui ne servent :

- qu'à engraisser les banques qui collectent l'épargne défiscalisée

- qu'à engraisser les grosses boîtes de construction qui bâtissent les projets

- qu'à fournir des statistiques aux politiques.

L'épargnant se retrouve avec des logements sans usage et sans rentabilité.

- "Madame la banque, vous m'avez fait tombé dans un piège à c…"

- "C'est pas grave, c'est défiscalisé".

Et il suffit d'une loi Duflot pour envoyer tout de même au tapis la construction neuve.

De toute façon vous n'êtes plus maître de vos biens immobiliers, dès lors qu'il ne s'agit pas de votre logement principal. Ne parlons de la propriété agricole ! Et pour votre logement ne croyez pas vous en sortir comme cela. D'abord, à vous toutes les législations normatives qui vous ponctionnent de partout. A vous le détecteur d'incendie qui se déclenche tout seul à tout propos et transforme votre immeuble en rossignol. A vous aussi le défibrillateur qui doit figurer dans un endroit ostensible à l'entrée de votre immeuble. A vous le dossier de cession qui avec tous les tests obligatoires finit par peser une tonne. Et gare aux préemptions.

Si vous êtes propriétaire de votre logement, les bons apôtres vous expliqueront que vous avez un avantage inouï par rapport à ceux qui paient un loyer et qu'il faut que vous payiez pour cette flagrante inégalité. ISF, taxe foncière, charges imposées, ne sont qu'un début. A quand la taxe compensatrice de l'avantage indu du propriétaire, Thénardier de lui-même par politiques et hauts fonctionnaires interposés ? L'incroyable privilège qui veut que vous bénéficier d'une "niche fiscale" en ne payant pas, dans votre impôt sur le revenu, la plus value éventuelle sur la revente de votre domicile, plus value le plus généralement fictive car ne tenant pas compte de l'inflation, ne durera que ce que dure les roses. Dans le vocable repris bêtement par les médias il s'agit d'une "dépense fiscale de l'Etat".

Nous allons perdre dans l'affaire grecque environ sept fois la contrevaleur de l'ISF annuel. S'il est admis qu'un pays peut se dégager de ses dettes simplement en demandant par referendum si la population veut ou non rembourser, il y a quelques soucis à se faire. A entendre les milliers de commentaires qui "sur les réseaux sociaux" encouragent la Grèce à faire défaut, sans que leurs auteurs aient même compris que c'est eux qui paieront, on réalise le degré de désinformation et de sottise qui règne aujourd'hui en France.

L'Europe du "soft power" où les grands Etats ont été stérilisés et empêchés,  s'avère totalement incapable de faire face à l'intérieur comme à l'extérieur aux agressions qui la menacent. Jamais la situation n'a été plus claire aujourd'hui.

- Elle ne peut rien contre la Russie qui attaque un pays de l'Europe centrale et s'empare d'une partie de son territoire,

- Elle ne peut rien contre la Grèce qui détruit la zone Euro de l'intérieur et se moque à peu près totalement de l'espèce de salmigondis de pouvoir qui s'appelle la Commission et l'Eurogroupe.

- Elle ne peut rien contre l'envahissement par des centaines de milliers de migrants non désirés.

- Elle ne peut rien contre l'envahissement juridique intéressé des Etats-Unis (voir les amendes colossales imposées aux banques européennes et l'invraisemblable Fatca). Et elle va céder sur ce point vital dans les traités transatlantiques : les sociétés américaines pourront se plaindre aux juges américains des difficultés éventuelles rencontrées en Europe. Les gouvernements passent sous tutelle du juge américain.  

- Elle ne peut rien contre le démantèlement des assiettes fiscales par les grands intervenants d'internet.

- Elle ne peut rien contre une barbarie basée sur l' "affirmative action"  et la "fierté retrouvée" d'une religion rétrograde et violente, animée par la tendance salafiste, en pleine croissance en France,  qui met à bas tous les principes européens durement acquis et commence à décapiter ses citoyens.

- Elle ne peut rien contre l'envahissement de produits qui ne respectent aucune des prescriptions qu'elle impose à ses producteurs.

- Elle ne peut rien contre les effets d'une économie internationale devenue baudruche à force de changes flottants non régulés et déficits et excédents croisés monstrueux. Sinon se taire et empêcher qu'on discute des mécanismes qui ont mené à la situation désastreuse actuelle.

- Elle ne peut rien mais empêche les Etats d'agir.

Ah ! Si ! Les Etats peuvent toujours augmenter les impôts et cadenasser les finances privées des citoyens.

Et en France, laisser les derniers duellistes présidentiels faire semblant de jouer à la démocratie médiatique, sous l'œil hagard de la population ;

Et en Grèce laisser Tsipras et Varoufakis faire semblant de jouer à la démocratie référendaire (jusqu'ici le referendum était "fasciste" à l'extrême gauche…), sous l'œil hagard de la population.

Et en Italie laisser Renzi se dépatouiller avec ses immigrés illégaux, sous l'œil hagard des arrivants.

On imagine où en serait si les grands Etats européens s'étaient dissous dans une nuée de petites régions avec un Eurogroupe de 100 membres ! Rien que pour dire non et expliquer pourquoi dans cette enceinte, il faudrait une semaine. Et la Grèce serait l'un des plus grands Etats membres…

En attendant quelque égaré fou d'islam tranche une tête française sur le sol français. Les Grecs découvrent le "corralito", avec le plaisir de pouvoir sortir quelques euros par jour de leur bancomat. M. Juncker pleure sur l'esprit européen perdu. Le commerce international est à l'arrêt. Les taux d'intérêt se cabrent. L'Euro s'affaiblit. La chômage qu'on annonçait en baisse probable grâce à "l'alignement des planètes", s'est encore accru : près de 630.000 chômeurs de plus depuis le début du quinquennat, plus que sous l'ensemble du quinquennat Sarkozy qui avait pris le choc du gros de la crise, alors que partout ailleurs la situation s'améliore.

Tout va bien.

Le Président de la République Française n'a rien à dire sur aucun de ces sujets dramatiques. Il voyage. Il mène campagne, l'œil vissé sur les sondages et près à toutes les opérations image qu'on voudra.

Dignité, Liberté et Prospérité sont au coin de la rue.

Et il n'y avait rien de plus urgent que de réduire l'emploi de la monnaie de papier par ce suspect permanent qu'est le citoyen.

Note de conjoncture

Que nous soyons dans la phase haute du cycle décennal, nous l'affirmons depuis un moment.  Le schéma conjoncturel se répète de cycle en cycle depuis 1972 avec une belle régularité: crise ; rebond avec contrechoc ; stagnation puis reprise lente et deux à trois ans de folie spéculative.

Ce que nous constatons aussi, c'est que le trend baisse de cycle en cycle, les récessions sont de plus en plus violentes  et les reprises sont de plus en plus lentes et artificielles, surtout dans les pays qui comme la France ont fait le choix de voler radicalement leurs citoyens.

Ce qui se passe ces derniers mois est l'exact reflet de cette analyse. La reprise est née comme d'habitude des Etats-Unis , a percolé vers les pays ouverts, comme la Grande Bretagne et commence à s'étendre.  Mais le rythme de la reprise est très faible, encore plus faible qu'en 2006-2007, dernière phase haute du cycle, et elle extrêmement artificielle.

Il suffit pour s'en convaincre de relever les faits suivants :

- Le Baltic Dry Index est à son plus bas historique. On peut discuter de la pertinence de cet indice, mais on ne peut nier qu'il confirme ce qu'on sait déjà : le commerce international ne tire plus la croissance.  La pseudo activité des dernières années était due à la volonté de la Chine de sécuriser son tas de dollar en achetant des biens "réels". Cela a fait marcher un temps les exportations de quelques fournisseurs de produits agricoles et de matières premières. Et cela s'est arrêté avec la hausse du dollar : plus besoin de précaution pour un petit moment. L'effondrement de tous les cours est due à cette raison majeure à la quelle s'ajoute l'abandon de la spéculation sur les matières premières par les banques d'investissement pour des raisons de supervision étatique américaine. 

- Les entreprises, y compris en France, ont fait le choix de privilégier leurs salariés et leurs actionnaires. Les rachats de titres en bourse  n'ont jamais été aussi hauts, pour doper les cours et faire marcher les stocks options. Les salaires augmentent plus vite que le PIB.  C'est très net en France où la hausse des impôts est telle que plus personne ne souhaite investir. Alors on soigne son pré carré, quand on est assez solide pour résister à la morosité générale.

- Les écarts de prévisions d'un mois sur l'autre montrent bien qu'il est absurde de se battre sur les virgules quand on cite des chiffres.  Une croissance annuelle inférieure à 1% est dans l'épaisseur du trait. Les "vrais" chiffres ne sont connus qu'avec environ deux ans de retard. Le temps de remplacer les estimations par les constats.  La dernière phase de haute conjoncture en France n'avait pas dépassé un taux de croissance de 3.5%. On peut craindre qu'on atteigne pas 2% ce cycle-ci.

- Que la reprise soit artificielle ne peut être nié. La dévaluation massive de l'Euro, de près de 20%, n'aura d'effet durable que si les autres ne dévaluent pas à leur tour. Les Etats-Unis commencent à réagir.  Les inondations monétaires ont des effets pervers, comme de relancer l'économie baudruche.  les taux d'intérêt très bas ne parviennent même pas à stimuler le bâtiment, sinistré en France. Le BTP entre en récession en France.  Quand le bâtiment et le BTP ne vont pas, rien ne va.

- De nombreux pays sont à l'agonie : la Turquie est au bord de la rupture. La Russie est dans les choux. L'Ukraine est morte. Le Maghreb a plus que du mal. Le Brésil ne repart pas.  La reprise au Japon n'est pas au rendez-vous du fait de l'atonie des échanges internationaux. L'économie américaine s'essouffle.Etc.

Le schéma le plus probable est qu'après le sursaut habituel de fin de cycle, les bulles spéculatives  accumulées exploseront à nouveau. Elles sont petites. La crise sera donc relativement faible. Avec probablement un effet important sur les bourses mais peu marqué sur les PIB.

A quelle date ? Entre 2016 et 2018. Il est peu probable que cela craque vraiment en 2015, sauf initiative politique imprévue.  En revanche  Il  va falloir regarder les signes à partir de 2016 !



Retour vers le futur : 1987 !

Tout le monde l’a oublié. En octobre 1987 un tourbillon monétaire et financier ravagea la finance mondiale.  L’épisode montrait clairement que le système monétaire et financier mis en place par les accords de la Jamaïque conduisait au désastre. L’économie baudruche  connaissait sa première explosion entièrement endogène.

La crise décennale qui avait frappé le monde quelques années auparavant était de mode mineur  par rapport à celle de 74, sauf aux Etats-Unis où Volcker avait décidé de casser l’inflation et sortir de la stagflation.  Avec succès.  L’excès de liquidité restait manifeste globalement avec une poussée de la dette globale mondiale.  Mais les économies avaient commencé à se rétablir sauf en France où la politique désastreuse de Mitterrand avait provoqué le chaos, avant qu’une première reprise en main ait lieu avec Fabius.

La cohabitation théorisée par Balladur et mise en œuvre par Chirac permettait la mise en place d’une stratégie de rupture qui allait marcher du point de vue strictement économique.

Toute ressemblance avec la situation de 2015 n’a rien de fortuite. La folie Hollande des deux premières années a conduit à un revirement à 180° mais pas à une rupture.  La posture est entièrement politicienne.  Et la droite est confrontée à l’obligation de mettre en forme  un programme de rénovation nationale sévère, comme elle l’état en 1986.

En 87, le recul sur le Plan Devaquet de rénovation des universités avait entraîné une resucée de désordres sociaux, façon Mai 68, les syndicats du secteur public tentant d’exploiter la faiblesse du gouvernement.  La cohabitation avait permis à F. Mitterrand de jeter autant d’huile que nécessaire sur les braises.  La situation était à la fois politiquement et socialement fort difficile. Et voilà qu’une crise financière gravissime frappait le monde.

Pourtant, à la réunion du FMI de septembre 1987, l’optimisme est général.

En France,  la politique suivie par Balladur avait permis :

-          De réduire les déficits en dépit de baisses d’impôts importantes comme la suppression de l’IGF (paradoxe pour les étatistes) . Le budget de 87 faisait apparaître un gain de 10 milliards de Francs par rapport aux prévisions !

-          De rétablir largement la compétitivité (par une dévaluation)

-          De relancer l’investissement qui croissait désormais plus vite  en France que chez ses voisins

-          De réduire l’inflation grâce à la suppression du contrôle des prix (nouveau paradoxe apparent pour les étatistes qui pensaient qu’ils allaient s’envoler).

-          De relancer le dynamisme de nombreux secteurs grâce aux dénationalisations.

La rupture avec le socialisme semblait bien marcher.

En même temps, Edouard Balladur constatait l’étroitesse de ses marges de manœuvres :

«  Nous ne pouvions relancer l’économie sous peine de creuser les déficits de toute nature et de mettre en péril la monnaie ; nous ne pouvions diminuer la demande intérieure pour stimuler les exportations, sous peine de ralentir la croissance  et d’aggraver le chômage ».  

En régime de changes flottants avec liberté absolue des mouvements de capitaux, les relances se heurtent immédiatement à une crise financière et budgétaire qui impose de se mettre debout sur les freins. L’expérience de 1974 avait été retenue.

La politique de libéralisation et de retour à la confiance permettait néanmoins de progresser.

C’est là qu’il est intéressant de relire Edouard Balladur  (Passion et longueur de temps chez Fayard -1989).

« Les partenaires de la France ne voulaient pas prendre au sérieux les dangers de la situation monétaire ; dès le début septembre, les taux d’intérêt avaient augmenté aux Etats-Unis comme en Allemagne. Cela risquait de détruite le fragile équilibre né des accords du Louvres conclus six mois plus tôt.  A Washington l’Allemagne refusa de s’engager à baisser ses taux, et les Américains à qui revenait la présidence de séance, firent en sorte que la question ne fut que brièvement évoquée, comme si elle avait été réglée directement entre les Allemands et eux. Constatant la vanité de mes efforts pour faire entrer dans les faits la concertation internationale décidée au Louvre, je déclarai à mes collègues qui si le Japon et l’Allemagne ne renonçaient pas à augmenter leurs taux d’intérêt, nos accords risquaient de voler en éclats. Je n’eus aucun succès ».

On peut déjà tirer deux conclusions :

-          Dans un système global de changes flottants qui est structurellement fondé sur la non coopération, tous les accords multilatéraux sont des farces qui ne résistent pas à la volonté de confrontation des intérêts nationaux chez les pays forts.  Le G.20 est aujourd’hui exactement  la confirmation de ce fait. Les conférences annoncées à grand fracas comme démontrant la coopération de tous sont au mieux des alibis. Le plus souvent des tromperies.  

-          La France, si elle est seule, est incapable de faire entendre sa voix. Le "programme commun de gouvernement" avait fait perdre à la France tout crédit. Même si tout le monde se félicitait du nouveau cours des choses, la réputation et l’influence de la France avaient été durablement ratiboisées.

L’annonce, le 15 octobre 87, d’un déficit extérieur américain en forte hausse  provoqua une hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis et la baisse brutale  corrélative de la bourse (100 points  en une seule journée, le 16 octobre).  Le Secrétaire d’Etat au trésor américain commença à invectiver l’Allemagne menaçant de ne plus appliquer les Accords du Louvre.   Le climat s’alourdit à tel point que la bourse perdit 10% à Londres, 7% à Francfort et 5% à Paris. Le 19 octobre Wall Street perd 22.6% en une séance, Tokyo 14.6%, 24% à Paris, 31% à Francfort et 20.3 à Londres.

Pire que le Vendredi noir qui avait ouvert la grande dépression de 1929.

Edouard Balladur commente : « Dans les affaires économiques et monétaires du monde, la France compte peu parce qu’elle s’est laissée aller trop longtemps. Elle aurait la possibilité de faire aussi bien que l’Allemagne, de peser le même poids. Elle en a les moyens. Rien ne justifie d’avantage à mes yeux l’effort de renforcement économique de notre pays : il y va de son audience internationale, de son avenir même ».

Les  inepties économiques de F. Hollande aujourd'hui ont justement cette conséquence : nous sommes un pays ridiculisé et incapable de parler haut dans le monde, même lorsque nous avons des arguments forts à faire valoir. 

« La France n’avait aucune responsabilité dans la crise alors qu’elle en subissait durement les conséquences ».  On retrouvera exactement cette même situation en 2008.

E. Balladur continue : « Il fallait désormais s’attacher à créer un véritable système monétaire international, avec ses automatismes, ses sanctions s’imposant à la volonté des Etats».

Il écrit ce que nous nous égosillons à dire sur ce blog depuis des lustres.  Contrairement à ce que beaucoup croit, les grands politiques ont été capables de voir et d’anticiper les réformes profondes à faire du système monétaire international.    Aujourd’hui ce n’est plus le cas. La nullité et l’inconscience règnent aussi bien du côté socialiste que du côté de la droite.  

Depuis  que ce blog est ouvert, nous essayons de mettre les faits de notre côté, en espérant un effet pédagogique de la crise. « Les faits sont les meilleurs éducateurs » affirme lui aussi Edouard Balladur.

On peut craindre qu’il ne soit, comme nous,  un peu optimiste.  « Je crois que nous vivons dans un monde  où l’idée que les monnaies doivent avoir entre elles des parités aussi stables que possible n’est toujours pas acceptée ».  Cette faillite intellectuelle est toujours là.  Le retour à un vrai système monétaire international  est partout un « non sujet ».

On a choisi, en 1987, le secret d’accords cachés entre banquiers centraux et gouvernement pour sortir du coup de chaud boursier. Mais sans analyse des causes. Les mesures prises seront une inondation monétaire qui, renforcera l’économie baudruche et permettra de faire gonfler les valeurs boursières.

Une fois encore, tout rapport avec la situation actuelle ne saurait être que fortuite...

« Cela montre l’infirmité  du système monétaire dans lequel nous vivons : il n’évite un mal que pour tomber dans un autre ».

A part Maurice Allais aucun économiste n’a tenté de donner du corps théorique à ce constat indiscutable.

En 1992 se déclarait la crise périodique décennale, variante dure, qui toucha durement l’Europe et la France en 1993. L’explosion de la baudruche monétaire n’avait pas été plus prévue alors qu’elle devenait évidente.

Les économistes anglo-saxons mirent le coup de chaud boursier sur le compte des ordinateurs, et la crise de 92 sur le dos de la guerre du Golfe. Evacuer les crises pour qu’elles ne passent que pour des effets « exogènes » a été le leitmotiv des économistes, des politiques et des journalistes. Seul Maurice Allais relèvera le flambeau à pas d’âge. Et il sera moqué puis vilipendé.

Ce que montre la situation actuelle, c’est que rien n’a réellement changé depuis 1987.

Nous avons vécu la crise du dollar de 1998, appelée faussement mais opportunément « crise des pays émergents et des cronies », ajoutant l’odieux au ridicule, suivi par la crise périodique « douce » du début des années 2000, corrigée à l’aide d’un gonflement de l’économie baudruche jamais vu.   

Puis à nouveau une crise financière liée à l’explosion d’une montagne de dettes,  précédant un écroulement économique d’ampleur historique.

Et les sots croient toujours que la reprise est là, l’incident clos et la nécessité de réformer le système monétaire  international  peu évidente.

Revenir à 1987 est bien un retour vers le futur.

Les Etats-Unis, L’Allemagne et, désormais, le Japon et la Chine, sont toujours dans une perspective de guerres des monnaies, quoi qu’il en coûte au monde et à eux-mêmes. 

La France, elle, s’est ridiculisée un peu plus avec le drame de la gestion purement électoraliste et politicienne du Président Hollande.  Ce n’est pas les deux heures de spectacle politicien lamentable qu’il vient de donner sur Canal + qui rassureront.

En se lançant à nouveau dans l’achat de vote le plus grossier, il a démontré l’abaissement, on peut le craindre, définitif du niveau politique en France.

La France ne peut même plus tenir de discours sur les grandes questions économiques du monde.

Mitterrand avait été un pourrisseur. Ses inconséquences, son narcissisme et son cynisme économique,  ajoutés à sa fuite en avant européenne, ont, d’une part, stoppé définitivement  le rattrapage du niveau de vie américain par les Français et, d'autre part, leur a fait perdre tous moyens d’action sur leur destin. Hollande n’est qu’un continuateur.

Les Français n’ont aucune idée de l’ampleur de ce qu’il faudrait faire pour sortir de ce piège mortel.

Il est vrai que le climat général est en France à l’optimise béat : il fait beau ! Un si joli ciel  bleu ne saurait annoncer des tourmentes. 

Pendant la montée des périls, François Hollande croit qu’il a toutes ses chances aux prochaines élections présidentielles et la droite discute d’un nouveau nom du parti leader de l’opposition.

L’histoire sera sévère !

Le bilan économique de 2014 s'affine

A l'automne 2013, après un an et demi de délire tous azimuts, de campagnes d'insultes menées de l'Elysée,  de hausses d'impôts délirantes, de mesures coercitives contre "la bourgeoisie honnie" et les vilains entrepreneurs, renards en liberté dans le poulailler socialiste, la politique socialisante de M. Hollande s'était fracassée sur la révolte des "bonnets rouges".  Et, toute honte bue,  il avait fallu rebrousser chemin. Le changement de politique fut annoncé lors des vœux le 31 décembre 2013 et concrétisé lors d'une conférence de presse psychédélique où un président surpris au lit avec une starlette et qui avait du "virer la légitime pas si légitime" hors du palais présidentiel,  sous anesthésique, relooké de frais avec une teinture noir corbeau et des lunettes de notaire , avait expliqué qu'il brisait les tabous socialistes pour se lancer dans une "politique de l'offre" basée sur l'accroissement de la fiscalité des ménages aisés au profit de la trésorerie des entreprises.

Un an plus tard, où en est-on ? Les chiffres sortent les uns après les autres.

Le taux de chômage dépasse les 10% (10.4% selon les derniers chiffres de l'Insee, un record), avec près de 200.000 chômeurs supplémentaires.  Alors que les pays les mieux gérés sont redescendus autour de 5%.

Les déficits publics n'ont pas été réduits et au contraire se sont aggravés avec un taux supérieur à 4% (alors qu'il fallait redescendre à 3% en …2013). L'Allemagne présente des excédents.

La dette atteint les 2.000 milliards d'euros, et les des dépenses publiques 1.000 milliards d'Euros environ,  alors que la valeur ajoutée des entreprises de plus de 1 personne du secteur non financier peine à dépasser 1.200 milliards.

Les prélèvements cumulés sur le pays atteignent 90 milliards supplémentaires en cumulés depuis l'arrivée des socialistes au pouvoir. L'Etat emprunte à peu près cette somme chaque année. Les Français sont donc punis fiscalement ici et maintenant. De plus  on aggrave la pression sur les générations futures.

L'immobilier a sombré dans la crise et la construction neuve est à son plus bas depuis des décennies grâce à des lois imbéciles (Pinel et Duflot).

Le revenu par tête a de nouveau baissé.  

Le nombre de résidents gagnant moins de 777 euros par mois a encore augmenté.

Qu'a donc fait cette présidence depuis 18 mois ? Rien, sinon des bavardages , de la comm'et des opérations politiciennes.

On a changé le gouvernement. M. Valls a remplacé l'insignifiant M. Ayrault qui n'aura laissé aucune trace.  M. Valls, minoritaire dans son parti, est en recherche perpétuelle d'une légitimité qu'il tente de conforter par des éclats politiciens et des mouvements de menton. On assiste donc peu après la formation de son premier gouvernement à une première crise qui voit l'exclusion de trois ministres frondeurs. Sans majorité certaine depuis qu'il a perdu l'appui des communistes et de l'extrême gauche, puis des écologistes, puis des frondeurs de son propres parti, il en vient à utiliser le 49.3 honni pour faire passer une loi sans importance mais censée marquer la nouvelle orientation sociale libérale du gouvernement.

Tout le monde a pu voir que cette loi dite "Macron" était d'une pauvreté absolue.  Son impact sur la croissance a pu être chiffrée à +0.1%. Un pas dans la bonne direction, certes, mais de type lilliputien. Elle va maintenant servir encore de fond de débat jusqu'à l'été.  Dans cette loi la seule mesure représentant une vraie rupture est l'autorisation théorique du transport interurbain en autocar. On verra ce qu'il en restera dans la pratique en 2016 et surtout 2017.  

En fait M. Hollande, comme dit le secrétaire du PS, M. Cambadelis, "fait de la politique".

Le canevas initial était d'assommer d'impôts les Français, surtout aisés, et de les priver le plus possible des prestations publiques, pour se débarrasser de la pression de Bruxelles, puis de lâcher la bride dans la seconde partie du quinquennat afin de se représenter,  aidé par des "achats de votes" massifs, le tout enveloppé  dans un brouillard "sociétaliste" et "républicain" , censé mettre dans la poche du président toutes les associations et "pacifier" la société.

Le fiasco est total.

La société est tellement apaisée qu'elle a choisi de faire du FN le parti majoritaire (les intentions de vote pour les prochaines élections évoquent le fait qu'un tiers des électeurs voteraient Le Pen, un taux historique), remettant radicalement en question un  multiculturalisme fondé sur le dénigrement national permanent et les revendications communautaristes qui la choque dans ses profondeurs.   Le PS a perdu la classe ouvrière. Parmi  les candidats aux prochaines élections dites départementales il n'y a pas un seul ouvrier sur les listes d'un parti qui était naguère la section française de l'internationale ouvrière.  Il faut dire qu'en France végètent des millions de personnes au dessous d'un revenu  mensuel de 1000 Euros et que l'emploi ouvrier disparait.

L'Europe et tellement apaisée par les enfumages successifs de l'ancien député de la Corrèze,  qu'elle somme la France d'agir enfin  par des mesures de réduction de la géométrie de l'Etat obèse et inefficace qui écrase le pays et l'empêche de se redresser.  Les pertes gigantesques d'Areva, près de 5 milliards tout de même,  soulignent un peu plus la déréliction des sociétés nationales, EDF faisant payer ses retraites abusives  aux salariés du secteur privé, la SNCF sombrant dans le n'importe quoi,  les organismes de transports publics régionaux étant des gouffres insondables pour des prestations dont l'intérêt n'est jamais évalué. Pour les Ministères, c'est encore pire. L'Education Nationale est en détresse aggravée. La Santé est un secteur en voie de dégringolade programmée. La justice est sinistrée depuis tellement longtemps qu'on ne voit même plus l'ampleur de la casse. La police est en plein désarroi et on tire à la Kalachnikov à Marseille quand le premier ministre y apparait.  L'armée, est trop sollicitée et fait de son mieux avec pratiquement des bouts de ficelles. Ne parlons plus de l'enseignement !

On ne s'indigne même pas que le Conseil de l'Europe s'occupe des fessées aux bambins, pendant que la Russie annexe  une partie de l'Ukraine dans des conditions abjectes de guerre civile.  Et on se gaussait  des idiots qui débattaient du sexe des anges pendant que les barbares étaient à leurs portes !

La position de la France en Europe a été réduite àune portion plus que congrue. Elle est marginalisée dans toutes ses institutions et ne pèsent plus, sauf lorsqu'on peut embarquer avec elle Mme Merkel. .

La défense de la culture française est partout battue en brèche dans le monde. La France elle-même cesse défendre en interne sa langue et sa culture.

Peut-on simplement imaginer un désastre pire ?

Qui aurait simplement osé croire qu'on en serait là au début 2015 ?  Sur la seule lancée des mesures fiscales prises 'ici aux élections présidentielles c'est à nouveau 90 à 100 milliards d'Euros qui vont être prélevés de force sur la nation par ce pouvoir dénaturé.  On attend 200 à 300.000 chômeurs de plus.  La dette dépassera les 10% du PIB.  Aucune réforme structurelle réelle n'est même envisagée.

Pendant ce temps là un président responsable de ce désastre  pavoise et pérore, tout heureux d'être là où il est  et où il n'aurait jamais du être, requinqué par des attentats qu'il n'a pas su éviter, triomphant sur les ruines fumantes  de l'économie du pays et tremblant d'espérance que la croissance des pays courageux et non conduits par des guignols, le sortira d'affaire et lui permettra de retenter  sa chance aux élections présidentielles. Il chante "la reprise est là" comme il l'a fait tous les ans depuis son élections. Il est vrai qu'elle est là : chez les autres !

Est-ce que les Français savent simplement l'effort qu'il faudra faire pour sortir de ce drame ? Auront-ils compris ce que coûtent l'élection de démagogues, incapables, impréparés et nocifs ? Ou choisiront-ils la surenchère dans ce domaine, avec le Front National ?

Une fois de plus, des erreurs économiques majeures, et on connait le triptyque que nous dénonçons comme responsable de la crise qui nous frappe, n'ont servi qu'à provoquer  des secousses politiques aggravantes, en donnant leur chance à des politiques démagogiques, égotistes et finalement parfaitement stupides. 

Les leçons de l'histoire ne sont jamais retenues.

En attendant les Français vont se venger aux prochaines élections départementales.

Nous avions dits que l'année 2015 serait constamment dans un aller et retour entre ressentiments et signaux optimistes.

Les attentats, l'élection de Syrisa et bientôt le triomphe électoral du FN , devenu premier parti de France,  marquent les effets du ressentiment.    

Les signes que le monde est entré dans les deux années de croissance accélérée de fin de cycle se multiplient. Mais la reprise est faible et  déséquilibrée dans le monde, encore plus faible dans la zone Euro et inexistante pour le moment  en France.  Le vent ne suffit pas à faire avancer le bateau, et encore moins dans la bonne direction. Il faut des voiles. On a cassé le mat et affalé les voiles en France. Le courant peut nous propulser et nous donner l'impression d'avancer, justifiant de  rien faire d'autres que des gestes électoralistes.

Le retour de bâton sera d'autant plus fort lorsque la crise décennale frappera, même si ce sera la variante "faible" qui s'annonce. Rappelons que la reprise qui a suivi 1968 a sombré dans la crise de 73-74 ; celle de la fin des années 80 dans les affres du programme commun, celle de la fin des années 80 dans la crise de 92-93, celle de la fin du siècle dans la crise de 2001-2002, celle des années 2005-2007 dans la crise en cours.  La dernière phase de reprise avait connu des taux de croissance ridicules en France.

Ce n'et pas parce que le cycle  a une phase haute qu'il ne faut pas réformer le système monétaire international, la gestion de la zone Euro et  la folie démagogique française.

Nous le disions en 1999, à ceux qui pensaient que le monde avait trouvé le chemin d'une croissance perpétuelle, que l'Euro était une promesse d'un avenir heureux et que la France jospinienne avait été dirigée par une "dream team".

Seize  ans après nous sommes obligés de le répéter à ceux qui pensent que l'organisation monétaire et financière  mondiale est juste parfaite, maintenant que la crise "d'exubérance" est surmontée,  que la BCE ,ne peut être l'organe de pilotage exclusif de la zone Euro, et qu'il suffit de rien faire en France pour que les problèmes se règlent par magie.

Décidément certaines leçons fondamentales  ne seront jamais tirées !

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Un chiffre à connaître...et à méditer

Les exportations de l’Allemagne en 2014 s'élèvent à  1134 milliards : à peu près le montant de la production française des entreprises de plus de une personne du secteur non financier.

L’Allemagne exporte la même valeur que ce la France produit et que l'Etat français dépense.

Quand la BCE finit de manger son chapeau allemand

La BCE vient de prendre la décision de fournir près de 1.100 milliards d'Euros de liquidités aux banques.

Cette décision stimule des commentaires plus ou moins ridicules dans les medias, en même temps qu'elle est totalement incompréhensible pour le citoyen de base.

Quelques rappels sont nécessaires.

Au départ de la crise on trouve une élévation, globale depuis 1971, du taux d'endettement dans les pays développés, jusqu'à dépasser 400%, un taux intenable.

La cause de gonflement est à chercher dans le phénomène de double pyramide de crédits rendu possible par le système des changes flottants et l'abandon de l'interdiction d'accumuler excédents et déficits de balances de paiements, dans un cadre de liberté quasi-totale des mouvements de capitaux.   

Cette mécanique funeste a fait passer progressivement l'économie mondiale dans un mode baudruche. Les crises décennales ont été progressivement plus violentes et le trend s'est ralenti jusqu'à être très faible.

Surtout, la baudruche a commencé à percer en 2007, avec le blocage du marché interbancaire puis a explosé en septembre 2008, avec la grande faillite de Lehman-Brothers.

Une perte potentielle de 10 à 12 mille milliards de dollars a alors frappé le système financier, mettant tout le système bancaire en état de faillite virtuelle.

Si aucun mécanisme compensateur n'avait été mis en place, la dépression aurait nécessairement suivi avec la perte de toute l'épargne financière mondiale et la faillite de la totalité des banques.

On sait que le G.20 a refusé de faire un vrai diagnostic de la crise, préférant l'imputer à des guignoleries (avidité soudaine des traders, mauvaises pratiques des agences de notations, règles comptables frelatées etc.).

Il aurait fallu revenir immédiatement (et si possible dès l'été 2007) à un système de changes fixes et coordonnés, et condamner radicalement tous déficits ou excédents excessifs. Et réformer  le système bancaire en isolant les banques de paiements, les banques de crédits, les banques d'affaires et les institutions de gestion de l'épargne. A cette occasion, il aurait fallu mettre sous tutelle voire nationaliser les banques les plus engagées dans des spéculations absurdes, en changeant les équipes dirigeantes.

On ne l'a pas fait, préférant mettre à la charge des contribuables, donc de l'activité, l'essentiel des dégâts, mais pas trop vite. On a retardé le plus possible le jour du jugement dernier. Le hanneton a commencé à pousser devant lui sa boule de crottin. Evidemment, il se fatigue. A chaque accès de faiblesse, la crise repart.

Les grandes banques centrales ont fait marcher la planche à billet et fourni de la liquidité en masse pour éviter un "credit-crunch" dévastateur. Du fait que le multiplicateur bancaire joue à la hausse comme à la baisse, le potentiel de restriction financière aurait pu atteindre 50 à 60.000 milliards de dollars.

Les banques centrales ont globalement créé près de 10.000 millions de liquidité banque centrale pour contrer ce mouvement.

La FED a presqu'atteint la moitié de ce nombre. La BCE n'est pas très loin derrière. Son émission de monnaie n'est pas du tout la première. Le bilan de la BCE est passé de 1.000 milliards à 2.500 fin 2012. Depuis nous en sommes à la seconde émission. Le bilan atteint 4.000 milliards fin 2014 et sera de plus de 5.000 milliards fin 2015, soit une hausse globale de près de 4.000 milliards. La seule nouveauté de l'émission actuelle  est purement juridique et concerne les actifs que la banque centrale accepte de refinancer.

Au total, les accroissements de liquidité des banques centrales atteindront plus de 12.000 milliards fin 2015. On retombe bien sur nos estimations des pertes faites dès 2008.

Pour les Français, l'intéressant est de comparer ce chiffre à la valeur ajoutée de ses entreprises de plus de 1 personne du secteur marchand commercial : 1.200 milliards en 2013.

La BCE créera cette année le même montant de liquidité que la production française privée non financière et non étatique. Elle avait déjà créé le double !

La nouveauté n'est donc pas économique mais seulement juridique. Il fallait faire tomber le dernier tabou : refinancer les dettes d'état. Le jugement de la cour de Karlsruhe a libéré le terrain.

Une décision à caractère juridique peut avoir un effet économique. Mais une création monétaire exceptionnelle a le même effet qu'elle soit basée sur le rachat d'actifs privés plus ou moins pourris ou sur de titres représentatifs d'une dette d'état. Un sou et un sou quelque soit son origine.

D'un point de vue juridique la décision de la BCE est une novation. Du point de vue économique ce n'est qu'une continuité.

En revanche, on voit comme l'organisation de la zone Euro était défectueuse. Une vision purement juridique ne permet pas de faire face aux situations économiques exceptionnelles. Tout faire reposer sur une banque centrale est également fautif.

On n'aurait pas du créer une zone Euro sans poste de chancelier de la zone avec des attributions permettant d'ajuster les économies internes et de s'adapter aux économies externes.

On donne à la BCE un rôle de gestion du change qui n'est pas dans ses attributions, alors que le change dépends de mille autres facteurs. On a aussi perdu énormément de temps.

Rappelons qu'au départ de la crise de l'Euro, lors de l'effondrement de la Grèce  et de l'attaque spéculative  sur les taux d'intérêts en Europe, il suffisait de 40 milliards d'euros pour passer le cap. On a préféré imposer à tous les pays du sud une déflation terrible avec une récession carabinée et un chômage de masse.  Et finalement on aura du créer ex nihilo 100 fois cette somme.

Il est bien prouvé que la crise est d'origine monétaire et liée directement aux défauts du système monétaire international et que l'organisation de la zone euro est imparfaite.

Comme dans les années trente, tous les grands pays auront finalement dévalué pour se retrouver Gros-Jean comme devant quelques années plus tard. Ces dévaluations successives, dans un monde de liberté des mouvements de capitaux,  auront entraîné des folies spéculatives et entravé l'économie réelle, sans apporté de vraie solution.

La décision de la BCE, connue de la BNS,  a forcé cette dernière à faire sauter son "peg" en urgence (son lien gérée entre Franc suisse et Euro) avant qu'un flux massif de capitaux vers le FCH ne l'entraîne dans des cabrioles dangereuses. Les imbéciles ont crié : "c'est bien la preuve qu'un peu de fixité est impossible. Vive les changes flottants". Les voilà, une fois de plus,  en adorateurs des causes de la crise ! En vérité aucune monnaie ne peut supporter que celle d'un partenaire commercial s'effondre. C'est la chute du Real brésilien qui a provoqué celle du Peso argentin. Et la chute du Real avait été rendue nécessaire par la brusque appréciation du dollar, elle-même liée à une double spéculation sur le dollar et les bourses américaines.

A partir du moment où le dollar avait dévalué, et la Livre britannique et le Yen Japonais, et le Rouble et le Won etc. l'Euro ne pouvait rester aussi haut.

Les mouvements récents ont mis par terre le Forex et tous les agents travaillant sur le marché monétaire. Les industries Suisse sont KO. Un désordre est toujours un désordre.

La Presse se demande si "cela va marcher", rappelant le succès américain, largement imputé au gaz de schiste, voire anglais, imputé à la place financière de Londres, mais aussi l'échec Japonais.

Cela marcherait si l'activité commerciale nationale et internationale repartait d'un bon pied. Les mesures prises depuis 8 ans n'ont pas principalement cette vocation. Comme nous l'avons vu, le but est de faire face à la perte de 12 mille milliards de dollars  encourue par l'économie baudruche. On a sauvé les banques artificiellement, en faisant intervenir les Etats. Maintenant on sauve les Etats qui sont à bout de souffle fiscal.

On évite un krach général. Mais on ne stimule rien. Les taux d'intérêt sont déjà extrêmement bas, presque trop bas pour une rationalité économique d'entreprise. Les entreprises ont besoin de demande globale. On ne peut leur restituer qu'en "rendant l'argent" aux consommateurs et en cessant de voler les entreprises et leurs propriétaires.

Au total, faute de vouloir réformer le système monétaire international, chaque sous-système est obligé de prendre des mesures d'urgence pour tenter de ne pas subir seul les effets de la crise et la crise perdure indéfiniment.

Une économie baudruche percée de toute part, avec des instances dépassées qui tentent de maintenir la quantité d'air de façon artificielle au lieu de colmater les brèches  n'est pas une organisation intelligente de l'économie internationale.

Il faut d'urgence que les pays du G.20 remette en place un système de changes fixes et ajustables, mettent fin à la liberté totale des mouvements de capitaux  et se mettent en position pour une croissance mondiale rapide, comme celle qui a vu l'endettement global d'après guerre passer de 400 à 200% en 20 ans, sous l'influence d'un système régulé qui interdisait grands déficits et gros excédents.

Il faut que la zone Euro achève sa mue en créant un poste de chancelier disposant des attributions nécessaires à l'ajustement en temps utile des différentes économie et à la gestion du paquet de dettes résiduelles. La BCE ne peut pas tout.

Il faut que la France sorte du socialisme fiscalo-étatiste antinational qu'elle est la seule à pratiquer à cette échelle et revienne dans les clous d'une économie équilibrée, après une réforme drastique de l'Etat et de ses dépendances.

Dans ces trois domaines, on joue la procrastination,  on évite, on tangente, on met la tête dans le sable, on enfume l'opinion, mais on est finalement obligé de plier. Trop peu et trop tard.

Résultat la crise est plus longue et plus coûteuse que nécessaire.

Regrettons une fois de plus que la terrible mais limpide leçon des faits ne soit pas entendue.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

2015 : pour qui sonne le glas ?

Dimanche dernier le glas a sonné. La France  directement atteinte en son tréfonds s'est réunie. Nous avons décidé de cesser tout commentaire pendant une semaine. Mais les grands deuils sont aussi la condition d'un sursaut si l'indignation et le chagrin n'interdisent pas l'action. Même si on n'a guère envie de revenir sur ce que fut la désastreuse année 2014, il importe d'en tirer quelques leçons.  

La question, en 2013, était de savoir si l'optimisme de commande des autorités était justifié alors que le budget de 2012 emmenait la France droit à l'échec économique. Nous avons eu la réponse  : une année Hollandibilis et horribilis se terminant par la révolte des Bonnets Rouges et l'annonce d'un changement important de politique. Le socialisme se transformait, au PS, en social-démocratie avec un siècle de retard ! Les augures intéressés avançaient que l'année 2014 serait enfin celle de la reprise. Les journalistes de cour accumulaient les sarcasmes contre les "déclinistes" et les spécialistes de la déprime nationale qui ne voyaient ni le monde, ni l'Europe et encore moins la France en grande forme. Fustiger les Cassandre est un marronnier qui refleurit chaque année à la période des vœux.  En début d'année, tout allait donc bien, Madame la Marquise. 2014 serait meilleur et la "boite à outils" mise en place par le chef des socialistes montrerait ses effets lumineux.

Seulement voilà : les faits sont têtus.

Le monde a encore connu, en 2014, une année désastreuse. Certes les Etats-Unis, appuyés sur une monnaie nationale qui est aussi la monnaie du monde (à plus de 80%) et un dynamisme pétrolier probablement temporaire mais indiscutable, sont repartis en croissance  et dans une moindre mesure la Grande Bretagne.

Au global, le commerce international est à l'arrêt, les flux financiers sont toujours déréglés et spéculatifs, et l'économie baudruche, percée de partout, et regonflée artificiellement par des injections gigantesques de monnaies banque-centrale n'est qu'une Montgolfière ballotée dans des cieux tourmentées.

Ce sera le cas tant qu'un nouveau système monétaire international ne sera pas mis en place.

L'exaltation juridique et nationaliste des Etats-Unis a conduit à la mise en œuvre de Fatca, une loi inique et grotesque qui a une conséquence imprévue : plus aucune banque mondiale ne veut ouvrir de comptes aux détenteurs de passeport américain. Les double-nationaux abandonnent leur nationalité américaine en dehors du pays. La volonté des Américains de faire croire que la crise est le fait de "méchants" les a conduit à infliger des amendes grotesques à des banques américaines mais aussi étrangères, portant sur des dizaines de milliards de dollars. Le système ne peut pas être mauvais, seulement les personnes ! En même temps, les entreprises américaines colonisaient le monde sans pratiquement payer d'impôts. Cette dualité intolérable est là pour durer. Elle n'a pas empêché la Chine de devancer les Etats-Unis, sur certains critères, comme première puissance économique mondiale. La faiblesse d'Obama, fait prix Nobel de la paix dès son premier jour de mandature pour lui rogner les dents et lui lier les mains, entraîne par ailleurs l'effondrement de la puissance  américaine, permet à Poutine d'annexer une partie de l'Ukraine et de créer la guerre civile dans l'est du pays, stimule la volonté des Japonais de retrouver leur puissance nucléaire et pousse le ressentiment musulman au delà de l'inhumanité absolue.  

Un désastre économique a toujours des conséquences politiques déplorables.

Du coup, le pétrole que les écologistes nous annonçaient à 200 $ le baril se retrouve à moins de 50, ruinant les pays rentiers dont la Russie et le Venezuela. L'Arabie Saoudite, alliée surprenante des écologistes les plus sectaires, expulse plusieurs millions de personnes "allogènes" et fait patiemment fermer toutes les exploitations pétrolières coûteuses de ses concurrents. Les imbéciles qui prétendaient que la crise du pétrole était simplement un fait de marché lié aux excédents temporaires de production, doivent constater que toutes les matières premières sont en repli avec parfois des baisses pires que celles du pétrole. C'est l'abandon radical de la spéculation sur les cours de matières premières, liées aux mesures de contrôle mises en place aux Etats-Unis qui est à la source du renversement total des perspectives. La manière dont la spéculation a été conduite par quelques fonds et grandes banques est, elle, clairement délictueuse.

La réaction judicaire américaine a donc des effets contradictoires : elle arrête des modalités de spéculations dévoyées, tout en empêchant les grandes réformes nécessaires !

Le désordre international est donc un peu plus profond en fin d'année 2014 qu'il n'était en fin 2013. Il suffit de constater ce qui se passe actuellement sur le front monétaire international pour constater des désordres que l'on peut qualifier d'inouïs. La BNS a tué les spéculateurs du Forex. L'Euro s'effondre comme de nombreuses monnaies alors que la BCE annonce qu'elle va faire exactement tout ce qui était jusque là interdit. Il ne restera rien du chapeau dont s'était affublé M. Trichet.   

L'Europe de la zone Euro, étranglée par ses politiques déflationnistes, asphyxie par contagion ses principaux clients. L'année 2014 aura été celle de la consolidation à un niveau très bas. Faute des institutions de gestion nécessaires à une zone de monnaie unique, l'illusion qu'une reprise serait possible uniquement par la grâce d'un président de la BCE non conformiste, s'est dissipée dans les nuées. Depuis huit ans, nous crions inlassablement qu'une Banque centrale est comme la psychanalyse, incapable de soigner quelques maux que ce soit, sinon ceux qu'elle a créés.  

L'Europe est à la traîne. Les élections européennes ont été un théâtre d'ombres, permettant aux pays les plus petits de s'arroger l'essentiel des places contre les piliers européens que sont la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni. L'idée Rooseveltienne d'une Europe lavette dont les nations puissantes auraient été noyées dans un lac de petites nations sans envergure et ficelées par une bureaucratie aux ordres, est désormais en place. Le choix comme président de la Commission d'un ancien chef du Luxembourg, état microbique dont le jeu est de s'enrichir en favorisant fiscalement les grandes multinationales étrangères et notamment américaines, est plus que significatif. Le risque de dissolution des grandes forces européennes a été aggravé par le referendum écossais, légal, et le referendum catalan, illégal. Si les grandes puissances historiques sont dissoutes dans des micros ensembles, elles n'auront plus aucun moyen de mettre en commun les ressources nécessaires à ne serait-ce que leur défense nationale.  L'Angleterre seule, sans l'Ecosse et le pays de Galles ne peut plus avoir d'armée significative.  L'Espagne sans la Catalogne et le pays basque non plus. Pas plus qu'une Italie coupée en deux. Ne parlons pas de la France, si l'Alsace, la Lorraine, la Bourgogne, la Corse, la Bretagne, la Savoie, la Normandie, le Jura, l'Auvergne, la Guyenne-Gascogne, le Pays basque, "l'Occitanie", la Picardie, les Flandres  et le Comtat-Venaissin venaient à acquérir leur autonomie. La dissolution de l'Europe en micro états de dimension vicinale est la mort de l'Europe tout court.

A l'occasion des élections européennes, le Parlement s'est permis un "coup d'Etat" (selon l'expression de VGE), liant le résultat du vote et la présidence de la Commission. Pourquoi se gêner ?  Quant aux résultats de ces élections en France, on l'a vu : après une campagne électorale creuse et même, pour l'essentiel, carrément inexistante, où les grands Partis se sont contentés d'ajouter quelques recalés du suffrage universel direct à leurs européistes qualifiés, le Front national a emporté la mise, sur fond d'abstention débilitante, entraînant une réaction de marginalisation de la France dans toutes les institutions. Ce qui veut dire que l'idéal européen est en lambeaux, et que la France a les pieds pris dans les déchets.

Quant à la France ! Commencée dans le vaudeville, l'année présidentielle a enchaîné sur des convulsions politiciennes grotesques, avec la disparition sans gloire du gouvernement Ayrault, puis une crise gouvernementale de l'équipe suivante, sans causes nationales sérieuses, aboutissant à l'éviction de deux ministres, dont le ministre de l'économie, parti aussitôt apprendre la gestion dans une école de management ! Le scénariste le plus délirant n'aurait pas osé imaginer une histoire aussi débile.

Comme chacun sait, l'histoire est tragique. Voici qu'un Français a été décapité dès son arrivée sur un sol arabe, sans aucune réaction du gouvernement et dans la foulée, des musulmans en folie foncent dans les foules françaises à Noël. Des centaines de musulmans nominalement français mais qui ne se considèrent pas comme tel, partent massacrer, violer, terroriser dans les pays où l'islamisme, enflammé par les conquêtes et exactions occidentales puis israéliennes depuis des décennies et nourri par la rente pétrolière, a été libéré par des Occidentaux malavisés des régimes forts qui le contenait.

F. Hollande qui pensait se faire une image de chef en envoyant ses troupes contre l'Islam à l'étranger se retrouve avec un second front intérieur, alors que, suivant les recommandations de Terranova, il avait fait du terreau musulman son électorat privilégié. A peine a-t-il recommencé à le courtiser en proposant l'élection des étrangers aux municipales que deux frères délinquants séduits par la violence illimitée islamiste et le surmoi qu'elle permet aux faibles d'esprit, entraînés au Yémen par Al Qaïda, mais qui sont représentatifs d'une forme d'irrédentisme musulman proprement national qui s'amplifie depuis des années, massacrent toute la rédaction d'un journal marginal mais sympathique et qu'un troisième tue à répétition aux portes de Paris de façon synchronisée. L'arrogance d'une fraction croissante des enfants d'immigrés musulmans vis-à-vis des "gaulois", leur volonté de ne pas s'assimiler, leur revendication identitaire et religieuse dans la cité, dans l'armée et dans l'entreprise, la provocation vestimentaire ou alimentaire permanente, le refus d'accepter le contenu républicain et national de l'enseignement public, la tendance à la délinquance de ses jeunes, le romantisme du combat armé sans règle humanitaire depuis la guerre de Yougoslavie, attisé par la conscience d'une domination démographique dans certains territoires de la République Française, créent les conditions d'une guerre civile larvée.  En nous embarquant dans des guerres religieuses au Moyen-Orient et en Afrique, nous n'avons fait qu'attiser un feu qui couve depuis des années.

On a accepté de changer l'enseignement de l'histoire et les règles de l'école pour ne pas fâcher les élèves musulmans, on a toléré que l'hymne national soit sifflé en masse au Stade de France, on a trouvé expédient de substituer aux Français dans les logements sociaux des millions d'étrangers n'attendant souvent de la France que des indemnités, on a chanté inlassablement aux Français qu'ils étaient des "beaufs" et des "salauds au sens sartrien du terme". La veille des assassinats politico-religieux des frères Bouaki, la télévision passait le film de Tavernier, "Coup de torchon", présentant les Français au temps des colonies comme des porcs bons à être saignés par un justicier pas très propre sur lui. "Français vous avez des devoirs vis-à-vis de ceux qui vous tuent, car vous avez péché". Déjà, le jour où des avions démolissaient les tours jumelles de New York, le fameux "11 septembre", un excité s'exaltait à condamner les Français sur France-Inter pour l'affaire de Sétif ! Rappelons qu'Hollande lui-même a tenu à stigmatiser, il y a moins d'un an, la répression d'une manifestation interdite du FLN de 1961, à une époque où les commissariats étaient protégés des exactions des Fellaghas par des guérites en béton. Les autorités n'avaient pas voulu laisser la rue et le haut du pavé au FLN. Pas plus qu'elles n'avaient voulu que l'OAS y fasse régner la terreur. Sans faiblesse et même sans pitié.

Nous voici avec un 7 janvier 2015, où les menaces contre la liberté d'expression et de pensée ont été mises à exécution par des musulmans dignes justement du FLN, de l'OAS ou d'Action Directe. Ce passage à l'acte ouvre une autre période de l'histoire française.

Sur le terrain économique, les cartes sont désormais étalées. La France finit l'année avec des déficits aggravés, des dettes aggravées, un chômage aggravé en nombre et en durée, des faillites record, une construction à des niveaux ridicules, des familles ruinées par les impôts, des jeunes, des patrons, des retraités et des entreprises en fuite vers l'étranger. La réponse est une loi poudre-aux-yeux promue par un certain Macron qui fait du tort aux professions que les socialistes n'aiment pas et qui n'a strictement aucun intérêt économique autre qu'anecdotique ou politicien, comme on voudra.

L'important, pour tout ce petit monde, est la stratégie politique présidentielle de M. Hollande qui n'intéresse pourtant que lui-même et ses clans mais qui doit s'imposer aux Français. Surtout pas de réformes sérieuses qui pourraient coaliser des masses ou des énervés disposant d'un pouvoir d'agitation. Alors on ne redéfinit pas à la baisse  les missions du moloch étatique : la fonction publique et toutes les mille-et-unes organisation publiques et parapubliques, c'est électoralement sacré. La SNCF s'effondre ? Tant pis. EDF et le CEA forment un Etat dans l'Etat de plus en plus nul et coûteux. On s'en fiche. Les intermittents du spectacle ? Le déficit de leur régime extravagant de financement par les autres de leur temps d'inactivité est sanctifié, sacralisé et "sanctuarisé" ! Mais oui, le Premier Ministre a parlé de sanctuaire. Les déficits démagogiques, c'est malsain mais c'est saint !  Alors qu'il ne s'agit que d'un abus délirant responsable du tiers des déficits de la branche chômage pour un nombre ridicule, mais en forte augmentation, de bénéficiaires. On se pince, mais tout cela est vrai.

"L'achat de vote" recommence. On rajoute aux impositions déraisonnables et spoliatrices, portant sur les réussites, l'impôt que l'on supprime à "9 millions de foyers" ! Raisonnable et républicain ?

On perfectionne les gratuités, notamment dans le domaine de la Santé, afin de rendre les situations vraiment inextricables, au prix d'une dérive bureaucratique de qualité soviétique . Il ne s'agit rien de moins que de supprimer les libertés médicales. Les médecins, qualifiés et utiles, devront demander, avant de lancer des traitements, l'autorisation préalable à des sous-fifres sous-qualifiés, planqués dans ces usines à incapables que sont les Agences Régionales de la Santé. Leur rémunération dépendra du bon vouloir de bureaucrates dont la compétence peut s'apprécier tous les jours, à la mesure de nos déficits et des désordres de plus en plus graves qui agitent le domaine. Une occasion de plus de rappeler que tout le secteur dit social est entre les mains de pseudos-cadres, marqués politiquement, sortis d'enseignements le plus souvent très faibles, ivres d'un pouvoir à peu près totalement incontrôlé, ayant acquis une presque totale indépendance et nourris par des prélèvements constamment croissants. Pour eux : "la crise connait pas". Le gouvernement Valls reflète assez bien cette sous-bureaucratie politisée, sans mérite et sans valeur, à qui on a laissé trop de pouvoir. Autant dire que l'année 2015 s'engage sous les meilleurs hospices !

La France est désormais plus qu'engagée dans le maelstrom du déclin. Son revenu par tête a encore baissé en 2014. Son rang économique aussi. Ce n'est pas le pseudo pacte de responsabilité qui changera quoi que ce soit. Ce dispositif est purement politicien et n'a pour but, malheureux mais évident, que de renvoyer sur les entreprises l'échec socialiste et lui permettre d'avoir quelque chose à dire pour faire réélire son chef. Quo non descendam ?

Voilà le monde largement à l'arrêt économiquement et sous la pression de musulmans fanatisés en armes sur plusieurs continents. Pendant que la France pleure 17 morts, Boko Haram vient d'en tuer 2.000, en rasant 16 villages, avec vieux, femmes et enfants, pratiquement sans un mot dans la presse française. L'Europe est en pleine dérive. La France renifle des effluves de guerre civile. Elle flirte avec la déréliction économique irrattrapable, avec un président requinqué par le sursaut d'unité nationale des Français et  qui frétille de bonheur déplacé de pouvoir s'exprimer sans être aussitôt sifflé. Après tout le massacre historique que l'on vient de connaître a été évité en Belgique et subi en France. Le succès de la police de doit pas grand-chose au Ministre de l'intérieur qui indiquait en été 2014 : "Ce n'est pas un délit de prôner le djihad" (RTL - 5 Août 2014), ni une garde des Sceaux, incapable d'assurer le suivi judiciaire de condamnés dangereux à qui elle cherchait à éviter une "prison qui empêche la réinsertion".   

Politique et économie sont liées. Lorsqu'on atrophie l'économie par idéologie et esprit politicien, on met aussi en cause la stabilité politique d'un pays. Et lorsqu'un pays pourrit par sa tête politique, son économie souffre aussitôt. Peron a mis l'Argentine par terre. Chavez a ruiné le Venezuela. Papadopoulos a abaissé la Grèce et aggravé ses tares traditionnelles. Castro a laminé Cuba. Mugabé a tué et affamé son peuple. Le FLN a fait de l'Algérie un pays intolérable que fuit sa jeunesse. L'Iran des Mollah est une infection. Poutine ruine la Russie.  

L'économie française se défait par la politique. L'échec économique défait la France. L'équipe que dirige M. Hollande, a prouvé en deux ans et demi qu'elle n'était pas au niveau des missions qui devraient être les siennes, et qu'elle n'a pas les moyens de sortir le pays de l'ornière dangereuse où il se retrouve.

L'unanimité des bons sentiments dans le chagrin et la pitié est une bonne chose, à laquelle nous nous sommes associés totalement. Les moments d'unité nationale sont trop rares pour les bouder.

Elle ne pourra pas longtemps faire oublier qu'aucun Français digne de ce nom ne peut  admettre que la France en général et son économie en particulier tombent si bas. Le drame de l'insurrection musulmane djihadiste qui s'enracine en France et risque de s'étendre et de s'aggraver encore, sur un terreau social dégradé, s'ajoute au drame que sont les résultats économiques de 2012, 2013 et 2014.

Puisse les Français comprendre dans leur tréfonds national que la vocation de la France n'est pas l'effondrement économique, la déréliction sociale, la dégénérescence du politique dans la démagogie clientéliste et la comm', la dissolution nationale dans une Europe croupion, et l'épuisement dans une variante larvée de " guerre des civilisations".

Un cycle historique qui a vu la France s'enfoncer si bas doit se refermer. Et un autre commencer. Il implique une autre vision de l'organisation mondiale, de la construction européenne et de que doit être la France.

L'échec économique global, l'échec européen et l'échec français ont tous les trois des causes précises. On ne peut en rester là.

Nous avons écouté le glas. Maintenant il faut entendre le tocsin !

 

PS : Nous donnons ci-dessous, comme chaque année, les résultats de la fréquentation de ce blog qui a dépassé 690.00  lectures cumulées de personnes différentes, soit une hausse de 190.000 en un an (grosso modo le nombre des chômeurs supplémentaires en France. Espérons qu'il n'y a pas de corrélation !).  Trois articles font leur apparition dans le palmarès des articles les plus lus. Ils touchent à l'essentiel et nous sommes heureux que leur importance soit ainsi reconnue. La question de l'organisation bancaire est centrale. "L'étrange nature du dépôt bancaire" est désormais un thème qui retient l'attention, bien que le chemin reste long vers les banques de paiements et les spécialisations bancaires que nous préconisons. Les observations de J. Rueff sur les doubles pyramides de crédit sont fondamentales pour comprendre la situation actuelle. Nous nous réjouissons de les populariser ici. Plus surprenant notre bulletin de conjoncture de juin 2008, annonçant clairement la crise, a fini par retenir l'intérêt des lecteurs avec 6 ans de retard. Nous avons ici prévu une crise dure et longue en temps voulu, malgré tous les propos des nigauds qui ne cessent de répéter que cette crise était imprévisible. L'important n'est pas la gloriole du "je vous l'avais bien dit" mais de comprendre les chemins de cette prévision et le diagnostic qu'elle sous-tend. Plus que jamais, nous persistons et signons :

- Il faut mettre fin aux changes flottants et recréer un système monétaire international coopératif.

- On ne peut pas gérer une zone de monnaie unique uniquement avec des normes. Il faut créer une chancellerie de la zone Euro distincte de la Commission de Bruxelles.

- L'asphyxie fiscale française est un désastre auquel il doit être mis fin.



Profil conjoncturel de la crise

Pour le conjoncturiste, la forme des entrées et des sorties de crise est un objet constant d'intérêt. La cyclicité de l'activité, basée pour l'essentiel sur les fluctuations du "crédit" au sens large et des crédits au sens particulier, est une donnée acquise de la science économique, avec son alternance quasi décennale de crises globales dures et molles. La manière dont le cycle se déroule, en revanche, est extrêmement variable.

On sait que, depuis l'abandon des disciplines et des coopérations associées aux accords de Bretton-Woods, les crises "décennales" (8 à 12 ans) sont de plus en plus violentes, surtout dans leur épisode dur. La crise du dollar de 73-74 a été moins forte que l'ajustement de 92-93 qui est lui-même moins fort que l'ajustement en cours.  La raison de cette violence constamment aggravée est connue : la masse de crédits aventurés est à chaque fois plus grosse, donc la correction est plus forte. Nous avons décrit comment la suralimentation permanente en crédits a fini par créer une économie financière baudruche largement déconnectée des réalités sous-jacentes de production et de consommation. Le placement ne cherche plus à se rembourser sur le flux de production mais sur une plus-value occasionnelle, le plus souvent autoentretenue, jusqu'à l'effondrement final. 

Lorsque la spirale ascendante se découvre dans une atmosphère sans oxygène économique, elle s'arrête puis s'effondre comme un cumulo-nimbus trop mûr, balayant tout sur son passage.

Avec un taux d'endettement global moyen de plus de 400%, un taux dément puisqu'il rend impossible de rembourser intérêts et principal, le monde est entrée en crise, dès 2007, sans moyen d'en sortir vite. Rappelons qu'à un taux moyen de 5% et une maturité moyenne de 5 ans, 400% de dettes par rapport au PIB se traduisent par 20% du PIB à trouver en intérêts  et 80% en remboursement de principal. Soit 100% du PIB. Réaliste ?  Les 12.000.000 milliards d'investissements sans contrepartie de rentabilité, majoritairement constitués de crédits sans espoirs de remboursement, signifiaient que tous les circuits économiques étaient artificiels et que le système bancaire global était en faillite.

Le système bancaire s'est effiloché en 2007 et a sauté en 2008, provoquant un effondrement de la production mondiale (entre 9 et 10%, ce qui est …le coût de la guerre de 1914 ou celui de la crise de 1929 en entier)  et l'arrêt de la croissance du commerce international ( qui a baissé de 12 à 15% en 2009, selon les chiffres que l'on possède, contradictoires sur les taux mais qui confirment l'ampleur du désastre).  

Depuis les années soixante, la vulgate économique veut qu'un cas de récession de ce type soit corrigé par des déficits publics sans retenue et l'inondation des marchés financiers par de la création monétaire.    

Cela a été fait de façon massive et concertée en 2009, provoquant un rebond rapide de l'activité au prix de la ruine des Etats, qui se sont retrouvés avec un monceau de dettes à porter. En vérité, on sait que les relances keynésiennes, en système de changes flottants, ne marchent pas. Il faut aussitôt rétropédaler pour ne pas partir dans le décor. La relance Chirac de 74 finira dans les mains du Professeur Barre, celle de Balladur dans le plan Juppé, celle de 2009 dans le traité "Merkosy".

Alors on a vu les "reprises" toujours annoncées, jamais réalisées,  s'évaporer doucement d'année en année, aboutissant à la stagnation quasi complète de 2014.

Le commerce international a été animé par la volonté de la Chine de se débarrasser de ses dollars contre des biens agricoles et des matières premières.  Ces soubresauts ont laissé croire que le cadavre bougeait encore. La vérité était plus prosaïque : le commerce a eu les reins cassés et n'a repris qu'à la marge, les financements internationaux ayant été quasiment arrêtés, les banques revenant précipitamment sous l'égide de leur banque centrale. La "renationalisation" des banques a eu raison d'une partie du commerce international.

La violence de la crise a mis en lumière les défauts de structure de la zone Euro qui n'a aucun organe de gestion et de coordination et dont l'instrument monétaire qu'est le change a été laissé (ou qui s'est saisie) à un organisme dont ce n'est pas la mission, la BCE.

Elle a mis à nu l'imbécillité des Etats qui s'étaient allé à bloquer leur production et à s'installer durablement dans la dette. La France, malthusienne et socialisante, en est le plus parfait exemple.

Ni l'Europe de l'Euro ni la France ne sont à l'origine de la crise mais on voit que leurs défauts de structures et/ou de politique leur font subir, dans la crise, une souffrance bien plus grande que les autres.

Pour la France les chiffres-clés sont accablants :

- 1.250 milliards d'euros de valeur ajoutée par les entreprises du secteur marchand non financier, à peine plus que la valeur d'il y a sept ans. Le revenu par tête lui a constamment baissé pendant 7 ans.   

- 1.200 milliards de dépenses publiques, soit pratiquement la même somme que la production  privée

- 2.000 milliards de dettes publiques.

- A peu près le double de dettes privées.  

- Les dettes du système financier, y compris notre quote-part des émissions de la BCE ne sont pas chiffrées. Mais là aussi les milliers de milliards d'Euros défilent.  

- 65% de charges sociales  sur les salaires.

- Un manque à employer de 7 à 10 millions de salariés dans le secteur marchand, détruit par un suremploi public proprement dément, et un surpoids déraisonnable de prélèvements obligatoires sur les salaires.

- 15 millions de retraités, 5 à 7 millions de chômeurs, 2 à 3 millions d'assistés presque complets, 5 à 6 millions de fonctionnaires ou d'employés à statut, au total près de 30 millions de personnes payées par les autres, qui sont eux à peine 16 millions de salariés.  

- Une imposition entre 65 et 1xx % sur le revenu des cadres et des entrepreneurs. Avec ce taux d'imposition, plus rien n'est possible, mais que faire les actifs doivent payer chacun au minimum deux personnes inactives.  

- Un système bancaire qui ne vit que sous perfusion (argent gratuit replacé pour reconstituer son capital détruit par les pertes). On est passer d'un multiplicateur de 8 à environ 5. Le "develeraging" continue. Pendant ce temps là les banques réduisent leur bilan et reconstituent leur capital.

- Un déficit commercial structurel, lié à une perte de compétitivité qui n'a cessé de s'aggraver depuis Jospin et surtout Hollande.

- Une économie de la construction sinistrée.

- L'investissement à l'arrêt dans tous ses secteurs (privés, entreprises, Etat et collectivités territoriales).

- Un climat de désespérance pour les jeunes qui ne pensent qu'à fuir (le "djihad" n'étant qu'un des modes de fuite).

Dans ce tableau sinistre, la phase "haute" du cycle existe. Mais comme dans les années trente, on ne la perçoit pas sauf dans les parties les plus dynamiques du monde. Qui se rappelle que 1936 et 37 étaient plutôt des années de reprise ? La crise de 1938 est passée inaperçue de la même façon : trop d'évènements politiques ont brouillé la vue.

Nous en sommes là. Une croissance très basse dans les pays et les zones monétaires  désarmées devant l'endettement, soit par les défauts de leur organisation monétaire soit par leurs délires de dépenses publiques, et un peu plus forte ailleurs, notamment aux Etats-Unis qui paient leurs dettes  dans leur monnaie. Des croissances déséquilibrées et chaotiques dans les pays dits "en développement".

Cette croissance lente est encore là pour 2015 et sans doute 2016. La grande question est de savoir si les deux années suivantes verront en Europe, suivant les Etats Unis, une reprise plus franche s'installer. Depuis 2010, on annonce chaque année que les deux années suivantes verront une accélération de la croissance. Les analystes politiques du camp Hollande espèrent que la Baraka de leur leader est vraie et qu'une reprise perceptible sera là.

La presse s'extasie devant une quadruple conjonction "merveilleuse" :

- Pas d'inflation

- Des taux d'intérêt presque nul

- Un cours du pétrole en très forte baisse

- Un Euro dévalué.

Les augures font les calculs de croissance associés pour la France : 0.4% de PIB en plus pour le pétrole, 0.2% pour les taux d'intérêts, 0.5% pour l'Euro faible. Nous venons de recopier des chiffres lancés de droite et gauche dans la presse de ce dimanche. Conclusion : 1.5 à 2% de croissance en 2015 et le double en 2016. Hollande le chanceux va se présenter avec une formidable croissance aux prochaines présidentielles. Il était nulle part. Le revoici au pouvoir pour 7.5 années ! Et pourquoi réformer quoi que ce soit d'un peu consistant ? "Macronisons" avec des babioles et cela suffira bien !

On peut faire une analyse un peu différente :

- Les taux d'intérêt sont très bas du fait qu'il n'y a pas de demandes de prêts. L'absence de projets à financer et la réticence à le faire tant qu'on a pas remis les comptes à flot ne font pas des taux d'intérêts élevés.

- L'Euro est bas parce que M. Dragui l'a décidé, en inondant les marchés de liquidité, qui explique par ailleurs le point précédent.

- Le pétrole est en très forte baisse (près de 40% tout de même, libellé en dollar) parce que la demande est très faible et la spéculation morte. On insiste sur le gaz de schiste américain : mais en fait, il est en difficulté compte tenu de la chute des prix …

Pour la France, ces évolutions ne sont qu'à moitié des bonnes nouvelles. Les industries compétitives tirées par la croissance mondiale souffrent. Le demande interne reste en baisse. L'Etat continue à s'endetter sans faire d'efforts structuraux d'amaigrissement.  

Donc nous n'allons pas réellement profiter du rebond actuel. Il est réel mais médiocre. Pour les ménages la baisse du coût de l'essence est gommée par la hausse d'autres sources d'énergie. La demande n'en sera pas boostée. La compétitivité-devise n'aura qu'une toute petite conséquence sur l'appareil productif, qui travaille à 80% au sein de la zone Euro, même si la zone connaîtra un effet d'entraînement bénéfique. Les taux d'intérêt bas aurait... de l'intérêt s'il restait de l'épargne vraie  à investir. Mais tout est pris par les impôts. On ne trouve que la liquidité banque centrale, qui est replacée à la BCE !  Le bâtiment est au plus bas malgré des intérêts historiquement bas.

Nous voyons bien aujourd'hui que la poursuite des politiques menées dans le monde par le G.20, dans la zone Euro par Mme Merkel, et en France par les socialistes, ne conduit à aucune perspective.

Une fois de plus les trois grandes réformes à mener sont :

- A l'échelon international rebâtir un système monétaire sain et collaboratif avec parité des intervenants (égalité des droits et pas de monnaies nationales jouant un rôle international), responsabilisation des Etats vis-à-vis des taux de change (fixes mais ajustables par consensus) et fin des excédents et déficits massifs de balances extérieures.

- A l'échelon de la zone Euro, créer une structure démocratique de gestion communautaire de la monnaie et des ajustements intra européens. Ou mettre fin à l'Euro (ce qui n'est pas notre premier choix).

- En France, restructurer massivement le moloch étatique en réduisant et le nombre de ses missions et la taille de ses organes, remettre les Français au travail et réduire l'assistanat, et mettre en place un système fiscal équilibré et économiquement responsable.

On voit qu'aucune de ces mesures ne sont même envisagées.

On aura le profil conjoncturel associé : reprise molle globalement mais différenciée en fonction des situations particulières des Etats ; poids de la dette écrasant avec épisodes de paniques ; Europe s'ajustant par la dépression ; France enfermée dans sa fiscalité démente, son socialisme stérile, sa dépense publique effrénée et risquant, toujours plus, un gros collapsus.  

Quelle est la pire hypothèse ? C'est sans doute celle d'un scenario de type année 30. En 1938 une récession mondiale s'est déclenchée, largement ignorée par les commentateurs mais très bien signalée par Alfred Sauvy.  8 ans après le déclenchement de la crise, une seconde crise, plus légère mais réelle, s'est produite. Soit on considère que le coup de froid actuel est cette régression, soit et c'est notre avis, elle est encore devant nous quelque part entre 2015 et 2018.

Le graphique ci-dessous donne le schéma de cette hypothèse conjoncturelle. A ce stade ce n'est qu'une hypothèse. Mais il faudra guetter les signes pour voir si elle se confirme ou s'évapore dans le firmament des idées saugrenues. A ce stade nous croyons plutôt à ce scenario d'un petit choc réellement mondial d'ici à 2018, avec un retour des  risques sur la zone Euro.  Mais ce n'est qu'un pointillé qu'il va falloir surveiller.



L'état du monde en octobre 2014

Toutes les prévisions gouvernementales suivent, à peu près, le même cheminement : aujourd'hui, cela va mal, mais la reprise arrive l'année prochaine et dans deux ans ce sera magnifique. La reprise est toujours "au coin de la rue". Rien n'aurait donc changé depuis Hoover ? Lorsqu'on relit les analyses d'octobre 2013, on constate que l'année 2014 était annoncée comme un excellent cru économique et que l'année 2015 serait encore meilleure. Nous étions sceptiques.

Cet optimisme de circonstance s'est fracassé, comme d'habitude, sur des réalités plus puissantes que les vagues espoirs, plus ou moins honnêtes, de dirigeants déboussolés.

La difficulté de l'économie mondiale tient au fait qu'une masse de dettes délirante s'est accumulée en quarante ans, à un niveau tel que la production ne peut pas en assurer le remboursement et permet à peine le paiement des intérêts. Nous en sommes toujours, pour les pays de l'OCDE, à un taux de dettes globales situé quelque part entre 380 et 420% du PIB. Par rapport à la valeur ajoutée des entreprises de plus de une personne du secteur marchand non financier, le taux doit être plus proche de 800% que de 700%. Ce qui veut dire que les banques sont toujours virtuellement en faillite et que les détenteurs "d'actifs" sont dans l'angoisse permanente d'en perdre une partie plus ou moins conséquente.

Le mouvement naturel du commerce est entravé par cette situation d'enflure qui provoque des comportements de défense aussi bien des Etats que des banques, des entreprises et des particuliers. Qui dit défense dit contraction et repli. Les Etats ruinent leurs citoyens par l'impôt et/ou leurs entreprises par la contraction de la demande et des moyens d'investissement. Les entreprises restent infiniment prudentes, faute de marchés. Les énormes liquidités déversées sur les banques ne servent qu'à chercher les reliquats de plus-values ou les mini-bulles spéculatives que ce ruissellement peut engendrer.

L'examen du "Baltic dry index" montre un électroencéphalogramme commercial absolument plat, alors que les bourses ont grimpé un petit peu, en même temps que certains secteurs immobiliers comme en Irlande, à Berlin ou à Londres. Nous sommes toujours dans le type d'économie que nous avons qualifié de "baudruche", avec un ballon gonflé à l'hélium des banques centrales mais qui fuit de partout. Cette situation où tout le monde a le pied sur le frein pendant que les banques centrales appuient sur l'accélérateur est propice à tous les dérapages, surtout quand elles lâchent l'accélérateur. 

La volonté de la Chine de ne pas perdre trop sur son stock de dollars a animé, un temps, les marchés internationaux avec des achats de produits agricoles et de matières premières. La remontée du cours du dollar du fait de l'action de la BCE qui a fait fondre un peu l'Euro, a réduit cette pulsion. Alors tous les cours baissent. Déjà la menace d'une diminution du Quantitative Easing de la FED avait déréglé le marché des changes. Si le dollar remonte, les flux spéculatifs se réorientent. C'est la beauté des changes flottants avec refus de maîtrise des excédents et des déficits massifs de balances de paiements et liberté absolue des mouvements de capitaux. Les décisions ne sont plus corrélées aux productions et consommations mais à des spéculations massives sur des interprétations comportementales.

Le problème est que les Etats-Unis ne joueront pas le rôle qu'ils ont tenu à la fin des années 1990. Le retournement du change du dollar avait provoqué l'accélération de la spéculation sur les bourses américaines, confortée par la bulle sur le compartiment NTIC du Nasdaq,  et une spéculation sur le dollar lui-même, en même temps qu'une énorme création monétaire des banques d'affaires et commerciales, basée sur le recyclage des excédents Chinois et Allemands,  avait provoqué une flambée conjoncturelle très intense. Rien de tout cela n'est plus possible aujourd'hui. Les banques ont besoin de dégonfler leurs bilans et la consommation est asséchée par les impôts, notamment en France et plus généralement en Europe.

La chute des cours du pétrole prend acte du fait que la spéculation sur les cours n'a plus aucun rapport avec la consommation effective. Toutes les autres matières premières suivent le même chemin, sauf l'or qui frémit devant de nouveaux risques d'explosion de la zone Euro.

Alors, oui, nous sommes encore dans la phase "haute" du cycle, mais la hauteur en question est réduite par l'obligation générale de réduire les déficits publics et les en-cours bancaires. Le seul aspect positif est que la récession décennale devrait être modeste, la correction des excès de crédits se réduisant à la digestion d'erreurs spéculatives de petite amplitude. Sauf, naturellement si la baudruche perce massivement du fait de politiques trop gravement inconséquentes ou d'évènements extérieurs gravissimes. 

L'Afrique dont la croissance a été plutôt bonne du fait de l'arrivée massive de capitaux internationaux à bas prix et par les achats multiples de la Chine,  commence à tousser. L'Europe est toujours plus ou moins stagnante. Et les Etats-Unis, faute de marchés extérieurs, voient la reprise économique, réelle, s'étouffer lentement.  

Cette situation inquiète les grands maîtres de la spéculation internationale. Ils ont fini par conclure que les positions allemandes bloquaient tout le système et empêchaient de faire des affaires. Depuis juin 2014 les rumeurs signalent qu'ils vont provoquer une correction assez forte des marchés d'action, qui n'avaient pourtant grimpé en moyenne que d'une dizaine de pour cent en deux ans. Le but n'est pas très compliqué à comprendre :  provoquer la crainte d'une récession en l'Allemagne, où le système bancaire est très abimé, puis d'un nouveau Krach. Il fallait, pour que l'opération réussisse, que les indices cautionnent l'opération. On a attendu octobre pour la déclencher car tous les chiffres d'activités sont dans le rouge ou l'orange foncé et des aléas pèsent sur la fin de l'aide à la Grèce, et celle du Quantitative Easing de la FED. Les petites guerres en Europe, en Afrique  et en Orient ajoutent au climat. La baisse soudaine des bourses, amplifiée par les programmes informatisés, joue le rôle d'un avertissement. Tout est trop artificiel, trop lié aux banques centrales. Mais il faut que ces dernières ne renoncent pas à la création monétaire et que l'Allemagne cesse ses blocages.

Sans tomber dans le "complotisme", l'avenir nous révélera sans doute, comme d'habitude, que quelques dizaines de financiers se sont réunis dans un endroit sympa et discret en cette saison, comme Colorado Springs, pour réfléchir à l'avenir.

Ceux qui sont accrochés à la baudruche ne veulent pas d'un dégonflement cataclysmique. Ils pensent désormais qu'il faut que l'économie réelle reparte. Sans croissance, il est impossible de sortir de la situation. Ce en quoi ils n'ont pas tort.

L'expérience montre que le seul moyen d'obtenir une relance concertée qui ne sombre pas immédiatement dans les crises monétaires et financières est de recréer un système de changes fixes et défendus par des Etats conscients de leur responsabilité dans ce domaine. L'expérience des années 1944 à 71 montre qu'on peut, en même temps, faire baisser l'en cours de dettes global et créer une forte croissance.

Si on était dans un système de changes ajustables, le Yuan aurait été fortement réévalué, le Dollar dévalué, le DM fortement réévalué et le Franc fortement dévalué, mais de façon concertée, avec un fort accent mis sur la production et la productivité.  Une fois le nouvel équilibre institué, les entrepreneurs et les financiers auraient eu un horizon stable pour rechercher non pas une spéculation  artificielle sur une bulle monétaire ou immobilière quelconque mais des possibilités de flux de recettes liées à l'activité croissante.

L'action des banques centrales, associée à des traités intercontinentaux ne suffit pas, si on conserve un système de changes flottants avec irresponsabilité des Etats sur leurs excédents et déficits. "Nous sommes au bout des politiques monétaires", disent les banquiers centraux.

C'est le grand paradoxe de la situation actuelle. Les grands spéculateurs viennent de le faire savoir, avec leurs moyens : cela ne marche pas ; changez ! Mais pour que cela marche, il faut leur ôter un champ immense de la spéculation : les taux de changes et les taux d'intérêt. Et, de toutes façons, il faudra que l'endettement global redescende en dessous de 250%. Venant de 400 %, ce n'est pas simple et la crainte de la déflation ne sera jamais vaine dans les années à venir, comme depuis… 2007.

Face à cette évolution, l'Europe Unie est, comme toujours, ailleurs. Le gouvernement de nains qu'on appelle la Commission, conglomérat de représentants de pays minuscules, dirigée par un Luxembourgeois dont le pays vit de l'évasion fiscale, et sans programme connu, finit de jouer sa parodie de spectacle politique, dans son théâtre de démocratie factice.  Elle négocie en secret un accord transatlantique dont les peuples et même les gouvernements n'ont pas le droit de connaître les tenants et surtout les aboutissants.

La France de Hollande est la France de Hollande. Un immense cratère de démagogie dans laquelle la fortune historique de la France s'engloutit peu à peu. Ce minuscule président brise les tabous qui ne coûtent pas cher et permettent de durer, un peu, sur fond de ruine générale. Sa seule boussole est de tenir pour avoir une sortie un minimum honorable. Pour cela il ne faut pas que dans la rue se "coagulent les mécontentements" et que le flot d'emprunts coûte plus cher. C'est que la France doit emprunter chaque année 30% de la valeur ajoutée des entreprises non financières de plus de une personne, alors qu'on prélève chaque année, en impôts, la valeur de cette production ! Alors on aggrave encore les impôts mais sur ceux qui ne peuvent pas tenir la rue. Les familles, les "riches". On brûle la chandelle par les deux bouts. Ceux qui paient l'essentiel de l'impôt n'auront plus les mêmes droits que ceux qui en paient peu ou pas. Pour eux les services et prestations publiques seront "modulés", traduire : réduits ou supprimés ou rendus plus chers qu'aux autres,  en fonction du revenu brut. Mais pas du net !  Tous ceux qui connaissent la déclaration de revenu et d'ISF de la classe moyenne supérieure savent qu'elle doit puiser dans ses réserves pour payer l'impôt. Le net est souvent négatif. Cela ne les empêchera pas de payer plus cher pour les services de la Ville de Paris, dit Mme Hidalgo, maire très satisfaite d'elle-même et d'une gestion si dispendieuse que personne ne sait plus comment la financer. Boucler des budgets extravagants exige toujours plus de prélèvements. Il y a tant de mines prêtes à exploser que la situation n'est pas près de s'inverser (voir par exemple les incroyables dérives du grand auditorium de la Villette, impossible à rentabiliser et même à simplement occuper sauf à cannibaliser de façon mafieuse les autres enceintes, comme la Salle Pleyel).  

Entre panique et calcul politicien, la "France se suicide". Effectivement. C'est pour cela que les débats sur la consistance de ce qui faisait la force des Français et de la France est si vif. La ruse et la palinodie ont remplacé l'effort national concerté et partagé équitablement. Il suffirait d'une hausse à 4 ou 5% des taux d'intérêt pour qu'elle tombe dans le gouffre grec, et l'Europe à sa suite, provoquant un ressentiment mondial contre l'ineptie française, là où il y avait, naguère, envie et admiration.

Il ne manquerait plus que la Corse, le pays basque, la Bretagne, la Savoie, l'Alsace Lorraine, la Bourgogne, nos "possessions" extérieures, et le Comtat Venaissin, naturellement,  fassent sécession pour que nous ne soyons plus rien du tout.

Ce qui donne le ton de cet automne climatiquement doux, économiquement cruel et politiquement désastreux, c'est que les trois réformes indispensables, le retour à un système de monnaie fixes et de balances extérieures coordonnées, la construction d'un système européen respectueux des peuples et dont les ajustements économiques relatifs ne se font pas par la récession provoquée, la reconstruction d'une France dynamique et élitiste soulagée d'une fiscalité aberrante, ne connaissent strictement aucun progrès ni sur le plan théorique ni sur le plan pratique.

Qui peut s'étonner que sept ans après le démarrage de la phase chaude de la crise, avec le blocage en été 2007 du marché monétaire interbancaire global, le monde, l'Europe et la France en soient toujours, respectivement, à la stagnation, au blocage et à la nécrose ?

Didier Dufau pour les Cercle des Economistes E-toile.



Langue de bois à la BRI et économie-baudruche.

Nous aimons bien la Banque des Règlements internationaux qui a presque compris que l’économie mondiale fonçait dans le mur en 2007 et au premier semestre 2008, alors que le FMI s’enfonçait dans l’erreur, sous la tutelle nonchalante de DSK, entraînant la majorité des gouvernements dans la passivité morose.

L’ennui avec  les responsables de la BRI, est leur tradition de frôler l’essentiel sans jamais l’atteindre vraiment.

Le dernier rapport est de cette eau-là.  Il dénonce trois dangers qui sont réels.

Le premier est d’avoir peur de la finance et de retarder toute action visant à la mettre sous contrôle par peur des réactions sur les marchés.

Le second est pour les gouvernements d’espérer que l’argent presque gratuit des banques centrales leur permettra de retarder indéfiniment les réformes nécessaires, en maintenant un haut niveau de dettes publiques.

Le troisième est la surestimation du pouvoir des banques centrales et du potentiel naturel et automatique de sortie de crise.

Il signale que la seule solution est dans une collaboration très étroite et la prise de conscience que les relations économiques croisées des nations ont une extrême importance.

On reconnaîtra ici un certain nombre de nos thèmes préférés. Nous disons depuis longtemps que les banques centrales sont comme les psychanalystes : elles ne savent soigner que les maladies qu’elles ont créées. De même nous ne croyons pas à la bienveillante main invisible des marchés financiers et monétaires libres, en régime de changes flottants. Enfin nous développons l’idée que ce sont les énormes excédents et déficits croisés de balances extérieures qui ont provoqué la hausse du taux global d’endettement depuis le retournement de 1971-72.

Nous ne cessons d’affirmer que le G.20 a fait un pari pascalien en ne réformant rien du système monétaire international en 2008 et 2009. Et qu’il l’a perdu.

On ne sort pas de la queue de la comète récessive de 2008-2009 parce qu’aucune des mesures globales nécessaires n’a été prise.

Ce que le BRI n’ose pas dire, c’est que pour atteindre les trois objectifs qu’il se fixe il faut prendre une décision majeure : mettre fin aux changes flottants et réactiver les règles du traité de La Havane et du Statut du FMI,  qui interdisent les excédents et les déficits massifs de comptes extérieurs.

Si les Etats redeviennent responsables de la valeur externe de leur monnaie, alors ce ne sont plus les marchés qui s’en chargent. Et ils doivent être tenus en laisse. Le premier objectif est atteint.

Les grands équilibres macro-économiques n’ont jamais été de la responsabilité solitaire des banques centrales. Tous les moyens de l’Etat moderne doivent concourir à l’exercice. Un mix raisonnable entre politique monétaire, politique budgétaire et fiscale, et politique sociale doit être construit.

Le FMI redevient, dans un tel système, l’observateur naturel des déséquilibres croisés et doit y mettre fin.

Du coup la coopération internationale devient le mode de fonctionnement normal de l’économie monde.

Faute d’aller aussi loin qu’il serait nécessaire, la BRI passe pour un mauvais coucheur qui empêche les bonnes nations éprises de keynésianisme de créer de la monnaie et de la dette sans limite, seule solution pour redémarrer la croissance dans la joie et le bonheur pour toute une couche d’économistes de la facilité.

Nous proposons d’appeler « économies baudruches » les économies qui dépassent 300% de dettes globales par rapport au PIB. Dans de telles économies, rien ne se passe selon les théories valables pour des économies où on ne dépasse pas 100 à 150% d’endettement global.

Dans une économie-baudruche  les règles d’investissement habituelles ne fonctionnent pas. La raison en est simple : les gains de production (le compte d’exploitation) ne permettent pas de rembourser le principal et les intérêts. Par conséquent la dette qui est créée ne peut se justifier que de deux façons :

-          Par l’absence de tout espoir de remboursement : on crée de la dette perpétuelle par création monétaire

-          Par l’espoir d’une plus-value, ce qui suppose une bulle sur une classe quelconque d’actifs.

On comprend que tous ceux qui sont accrochés à des rémunérations d’Etat prêchent pour le financement monétaire de déficits publics de plus en plus monstrueux.

On comprend aussi que tous ceux qui ne peuvent espérer de gains sur crédits  que sur une plus-value d’actifs, poussent à un gonflement perpétuel de l’alimentation monétaire par les banques centrales.

Lorsqu’une récession cyclique « normale » touche une économie globale  non encore boursouflée, et organisée autour de changes fixes, ouvrir temporairement le déficit budgétaire et financer l’activité par la création monétaire est efficace.

Le faire dans un système de changes flottants où tous les mouvements de capitaux sont libres et les décisions portant sur les changes non coordonnées,  alors qu’on reste autour de 400% de dettes globales par rapport au PIB, comme dans le G7, ne conduit qu’à une fuite en avant sans fin avec des déséquilibres persistants.  Cela fait maintenant 7 ans qu’on a ouvert toutes les vannes. Sans autre effet que d’avoir stabilisé le taux de dettes global à son niveau le plus élevé tout en ayant mis les Etats sous oxygène fiscal pour ne pas être étouffés par des dettes qui continuent à croître.

L’économie réelle reste anémiée, asphyxiée par les dettes et la fiscalité. L’argent ne va pas vers la production. Seulement vers des potentiels de plus-values sur classe d’actifs sensibles à l’alimentation monétaire ou vers les Etats pour payer leurs dépenses courantes.

En indiquant que le maintien d’une politique de fuite en avant dans la dette et la dépense publique incontrôlée grâce à une  sur-alimentation en monnaie banque centrale, sans aucune vraie réforme,  ne conduit à rien de bon,  la BRI a raison et naturellement attire toutes les critiques des Martin Wolf, Krugman etc. qui voient de tout temps la solution miracle dans le déversement de milliers de milliards en  monnaie banque centrale dans les marchés et dans les budgets d’état.

Son tort est de ne pas aller jusqu’au bout du raisonnement : il faut mettre fin à la liberté absolue des mouvements de capitaux et la subordonner à la gestion ordonnée de changes fixes mais ajustables, avec interdiction des déficits et des excédents massifs de balances extérieures. A partir du moment où les Etats sont responsables de leurs comptes extérieurs, la fuite en avant dans les déficits n’est plus possible,  les gains de plus-value se réduisent, un horizon économique apparait qui permet d’envisager à nouveau des investissements et  une reflation coordonnée a une chance de fonctionner au service de l’activité et non pas de la spéculation.

La deuxième erreur de la BRI est de croire qu’il existe deux types de cycles différents : les cycles courts « commerciaux » de 8 ans et les cycles financiers » de 20 ans environ. En fait il n’y a qu’un mécanisme cyclique de 8 -10 ans avec des crises alternativement dures ou molles. Lorsque le souvenir d’une crise dure est dans la tête, les excès de crédit restent mesurés : la crise sera faible. Lorsqu’on a oublié ce qu’est une crise dure, et il faut 15 à 20 ans pour cela, soit l’apparition d’une génération ignorante aux commandes,  l’emballement des crédits devient extrême et le réajustement est important.  Cela fait plus de 200 ans que cela marche comme cela.

Les économistes et responsables de la BRI sont sur le bon chemin. Il faut qu’ils acceptent de faire un pas de plus en avant. On se souvient que dans le film « les aventuriers de l’arche perdue », l’accès au Graal supposait de marcher avec confiance sur une passerelle invisible.

Certains croient qu’abandonner les changes flottants  serait un saut dans le précipice.  Ce n’est pas le cas. Dès que le premier pas aura été fait, la passerelle s’illuminera et on sortira enfin de cette crise actuellement sans solution dans le cadre actuel.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile.

Le faux effondrement de la productivité

Toute personne qui s'attelle  à la tâche d'étudier les crises économiques périodiques constate  l'apparition récurrente de raisonnements stéréotypés. Ils refleurissent comme les marronniers. 

La fin du progrès de la productivité est une de ces lancinantes resucées.

En 1929, on expliquait que les chemins de fer, c'était fini et que l'automobile avec Ford avait atteint son Acmé. La mécanisation et l'électrification avaient fait leur effet et il était parfaitement normal que l'on entre dans une période de stagnation de longue durée aux Etats-Unis. La croissance, c'était fini.

Sautons en 1973-74 et donc à la "première grande crise depuis 1929". Là deux idées ont nourri les commentaires :

- La fin du pétrole et donc de la croissance. La projection des tendances était sans concession : tout s'arrêterait au plus tard en 1985. C'était la fin de l'aviation, du plastique et de l'automobile. Tous les gains avaient été trouvés dans l'agriculture. Il n'y avait rien à faire. La stagnation, au mieux,  était définitivement installée.

- L'informatique était désormais à saturation : tous les programmes nécessaires avaient été mis en œuvre dans les grands groupes. Il était même indispensable de cesser de former des informaticiens.

Allons maintenant à la crise de 93, la "seconde crise la plus grave depuis 1929". Là, c'était totalement clair. Le travail, c'était fini. Il n'y avait plus de boulot. Ce qui devait être informatisé et automatisé l'était. Ne restait plus qu'à réduire le temps de travail  et à s'adapter à une société sans croissance.

Voilà la crise de 2007-20xx, à nouveau "la pire crise depuis 1929" et ça y est : le progrès c'est fini ; la productivité, on est au bout ; le travail, y en a plus. Etc.   

Toutes ces réactions sont naturellement des foutaises.. La crise crée un climat qui pousse à extraire de la réalité des faits analysés à courte vue et qui n'ont pas de sens. La psychologie l'emporte sur la raison.

En 1929 plusieurs révolutions étaient en marche : le petit équipement électrique, la télévision, la radio et les communications en général, le pétrole et ses applications notamment pour l'aviation, le marché des produits d'hygiène etc.  Beaucoup des grands groupes mondiaux actuels datent des années trente. En France, l'Oreal, Publicis, les magasins à prix unique etc.

En 1974, l'informatique connait une révolution : le temps réel avec l'interaction entre un opérateur et un écran, puis les mini ordinateurs, puis les micro ordinateurs, puis les progiciels grands publics… Les tour opérateur naissent avec la révolution des avions gros porteurs et le tourisme de masse. La santé est à la veille de progrès décisifs à peu près dans tous les domaines. La grande distribution s'installe. Le pêche industrielle se généralise. Etc.

En 1993, l'informatique connait une nouvelle révolution. Les réseaux de PC avec interfaces graphiques multicolores s'établissent d'abord en local puis, grâce çà internet, ouverts sur le monde entier. L'interconnexion permet l'émergence de marchés inconnus jusqu'ici. Le téléphone devient portable. Les imprimantes couleur à bas prix se généralisent. D'énormes marchés mondiaux se mettent en place. La révolution du container change le transport maritime. Les grands groupes s'allègent des activités mineures pour atteindre la taille critique mondiale sur leur cœur de cible. L'organisation du travail change. L'aviation connait un boom sans précédent, le "bougisme" atteignant les populations du monde entier, aussi bien pour le tourisme que pour les voyages professionnels et les salons. Le luxe se mondialise. Tous les ex-pays communistes s'ouvrent.

Bref, à chaque fois , les jérémiades sur la fin du progrès, la fin de la productivité, la saturation des marchés et la disparition du travail se sont trouvées démenties dans des proportions …démentes.

En revanche la vraie cause des crises a toujours été évacuée plus ou moins brutalement. En 1929, la concentration d'un paquet de dettes effroyable en Europe et d'une richesse fortement accrue aux Etats Unis  a provoqué des déséquilibres  que la crise a résorbés dans la douleur. Déjà le monde ne savait pas que faire des milliards de dettes en papier monnaie. Ajoutons le prurit révolutionnaire socialiste qui a pourri totalement la situation politique. On aura les sinistres années trente.

En 1974 la gravité de la crise décennale est entièrement liée à un changement de système monétaire international désastreux, lui-même provoqué par le désir des Etats Unis et de ses alliés (volens nolens) de répondre aux défis de l'Union Soviétique sur terre et dans l'espace.

En 1993, le monde soviétique a cédé. Mais on ne sait toujours pas quoi faire d'un système monétaire qui génère de la dette a tout va, provoque des crises à répétition et aggrave les crises bancaires décennales tout en réduisant le trend.

En 2007, le système monétaire international explose, après avoir permis l'établissement de déficits et d'excédents monstrueux de balances extérieures et met l'économie mondiale à genoux.

La productivité est toujours le rapport entre production et population en âge de travailler ou au travail (il y a mille productivités !). Il est arithmétique que si la population augmente et le PIB ralentit ou baisse, la productivité s'effondre. Pendant les crises périodiques, les effectifs les moins productifs sont envoyés au chômage pour tenter de rétablir un niveau de productivité compétitif.  Mais pendant tout le temps du processus de réajustement l'entreprise se trouve avec une activité en baisse, des prix en baisse, des frais généraux disproportionnés.  La productivité globale (le CA par tête) baisse.  

Le monde a connu depuis l'écroulement communiste, l'arrivée de centaines de millions de producteurs sur le marché du travail. La mécanisation s'en est trouvée ralentie : il était plus rentable de rapprocher la production des producteurs disponibles (délocalisation), ou les producteurs disponibles des usines (immigration) . La productivité a beaucoup augmenté en Chine et dans les pays de l'est. Moins en Occident développé.

Rien de tout cela ne trahit une baisse du potentiel de productivité soit par hausse de valeur de la production soit par des économies de facteurs de production.  

Dans une économie de soufflé monétaire, où une couche de 300% de dettes flotte au dessus de 100% de PIB, toutes les relations de valeur sont faussées. La notion de productivité devient fuligineuse. Pour une banque, emprunter gratuitement à la BCE et replacer cet argent en finançant les Etats, plus cher, est d'une formidable productivité : il faut une poignée de personnes pour brasser des milliards d'euros. Mais elle n'a aucun sens économique réel. De même la hausse des prix des biens immobiliers n'apporte aucun gain de productivité : c'est toujours le même parc immobilier !      Dans le cas français où on a accablé de charges le travail marchand, tout en ouvrant l'économie à la concurrence mondiale, l'ajustement s'est fait en éliminant les postes à basse productivité dans l'entreprise tout en augmentant dramatiquement le nombre de fonctionnaires à hyper basse productivité. Alors on constate que seuls les postes à haute productivité existent dans l'entreprise privée du secteur marchand. Nous avons une excellente productivité privée en France. Mais 7 millions de français ne sont plus occupés, dont 5 millions au chômage.

Ce n'est pas le rythme de l'innovation qui baisse. Il n'y a aucune raison qu'il baisse. Dans dix ans ou quinze ans nous rirons des imbéciles qui croyaient l'emploi fini, l'innovation arrêtée, la productivité en berne. Comme on rit aujourd'hui des imbéciles de l'entre deux guerres, des prêtres écologistes qui annonçaient la fin du pétrole pour 85,  ou de Michel Rocard ou Rifkin  annonçant la fin de l'emploi juste avant que plusieurs centaines millions de travailleurs-travailleuses entrent dans le circuit de production mondial.

Surtout si on surmonte les vraies difficultés actuelles :

- Gestion du rattrapage des pays anciennement soumis au régime communiste (sans aucune productivité, sinon du côté des bourreaux).

- Réforme du système monétaire international

- Remise en place dans la zone Euro de mécanisme de croissance concertée

- Fin de la folie administrative et fiscale en France qui achève de détruire son système de production marchand.   

Seulement voilà : c'est plus facile pour les économistes officiels de gloser avec effets de manche sur la perte de productivité que de remettre en cause le système monétaire international, l'organisation de la zone euro et l'esprit de prédation fiscale  qui sévit en France depuis le septennat Giscard.  

Conjoncture mondiale flageolante

L'inquiétude que nous exprimions en décembre 2013 et en janvier 2014 sur l'état de la conjoncture, à contrecourant des propos très optimistes qui étaient répétés dans la presse et relayés par les politiques, était malheureusement fondée.

Il n'y aura pas eu de reprise générale mondiale au premier semestre. La croissance est partout plombée. Le stock de dettes douteuses est encore si élevée que les banques ne peuvent pas relayer la croissance. La perspective des stress tests "réalistes" en Europe pèse sur les comptes des banques. Les pénalités phénoménales imposées par le gouvernement américain plombent encore un peu plus la situation.

Le secteur financier a perdu en huit plus de 100.000 salariés à travers le monde. L'hémorragie continue.

Quelques pays ont tiré leur épingle du jeu du fait d'un certain besoin de renouvellement de l'équipement. Pour beaucoup, il s'agit d'un renouvellement de machines retardé par la crise. Après 8 ans d'immobilisme, il était impossible de conserver un parc de machines obsolètes. C'est le même mécanisme qui touche le parc des voitures. Il ne peut pas vieillir indéfiniment (sauf à Cuba !). Le commerce international reste bas. La reprise de 2013 était principalement due aux achats de précaution des détenteurs de dollars.

Les pays très exportateurs à natalité basse comme l'Allemagne et le Japon sont confrontés à des difficultés internes croissantes du fait du vieillissement de la population et désormais du risque de contraction démographique.

La rente pétrolière étrangle toujours l'économie mondiale, mais les bénéficiaires voient leurs revenus stagner.

Tous les facteurs qui militent contre la croissance, démographie, rentes abusives, paralysie bancaire, excès de dettes notamment publiques, ajustement par la dépression en Europe,  sont pleinement actifs.

Ils empêchent la phase haute du cycle de se matérialiser. Comme dans les années 2006-2008 en Europe, où cette phase a été très molle, mais cette fois- ci c'est le monde entier qui est frappé. On risque d'entrer dans la crise décennale après un épisode de "haute conjoncture" particulièrement médiocre. C'est ce qui s'était passé en 1938.

Crises périodiques et inégalités

Une des manières les plus anciennes et les plus fausses d'interpréter les crises périodiques est de penser qu'elles aient été provoquées par les inégalités de revenus.

Le raisonnement est toujours le même. Il part d'une forme ou d'une autre de la loi des débouchés de Say : le circuit économique de production secrète "normalement" le pouvoir d'achat nécessaire à sa consommation. S'il n'y a pas eu bouclage, c'est qu'il y a eu des fuites dans le circuit. La production ne peut plus s'écouler et on aboutit à une crise de "surproduction".

Toute la littérature sur les crises est pleine du mot surproduction jusqu'aux trente glorieuses.

Deux doctrines s'affrontaient alors :

- le malthusianisme implicite ou explicite qui expliquait qu'il fallait réduire la production jusqu'à ce que les prix remontent provoquant une nouvelle spirale haussière de la production. Cette pratique allait de pair avec le mot surproduction et paraissait "naturelle", surtout dans un monde dominée par l'agriculture. L'autre issue était l'aventure coloniale, censée apporter de nouveaux débouchés.

- le marxisme implicite ou explicite qui expliquait que la fuite provenait de la croissance des inégalités, structurelles dans le capitalisme,  source obligée d'une paupérisation absolue et relative du prolétariat.  La solution ne pouvait venir que de la redistribution des richesses.  

L'école malthusienne est aujourd'hui reprise par le mouvement écologiste  et les tenants de la décroissance. La crise est liée à une surconsommation frénétique qui nuit à la planète. Les "Trente Glorieuses" doivent être revues comme un crime contre l'humanité. L'Hubris d'une humanité aveuglée provoque des crises également démesurées. Revenons à la mesure et tout ira mieux.

L'école marxiste est reprise par les économistes socialistes de l'inégalité et de la fiscalité, qui examinent à la loupe les évolutions relatives des revenus et considèrent, que sauf guerres, la tendance à capter abusivement la richesse mondiale est structurelle et qu'il faut donc appliquer massivement des impositions punitives.

Jacques Attali va jusqu'à expliquer que le progrès technique est si rapide que désormais la richesse produite n'a plus le temps de "cascader" vers les classes laborieuses. Jospin a commis l'erreur d'écouter Fabius. Il aurait du augmenter les impôts plutôt que les réduire. Pick(pock)etty conclut une étude fouillée de l'évolution des avoirs sur plusieurs siècles par la nécessité d'un impôt sur le capital frénétique. Si on ne le fait pas, alors on se trouve dans la situation actuelle : panne de la consommation, sauf dette publique, et difficultés économiques récurrentes.

Ces doctrines sont étayées par des études d'ONG comme OXFAM qui publient des chiffres terrifiants sur la concentration de richesses.

Dans un cas comme dans l'autre, les solutions sont anti-productives. Qu'il y ait excès de revenus pour quelques uns ou excès de production, on en revient toujours à des formes de sanctions politiques provoquant des restrictions économiques.

Ces débats font obstacle à une véritable compréhension des mécanismes et donc à l'élaboration de solutions non pénalisantes.

Il est certain qu'une crise ne peut se produire que si la loi de Say est mise en défaut. Nous ne sommes pas des partisans farouches du modèle walraso parétien  qui suppose un équilibre, parfois troublé, mais qui se rétablit toujours si on laisse jouer les marchés sans entraves. Mais il est clair qu'il existe des circonstances où le circuit de production et de consommation est mis en péril.

De Copernic à Juglar, une lignée de penseurs ont constaté que les mécanismes de la monnaie et du crédit étaient  les  responsables majeurs des crises économiques.  Pour nous, ils ont parfaitement raison. La crise décennale est TOUJOURS provoquée par un excès de crédits  qu'il faut résorber d'une façon ou d'une autre.

Prenons la situation actuelle : l'endettement global est toujours autour de 400% du PIB en moyenne dans les pays de l'OCDE. Cela veut dire qu'au dessus de la couche de la production réelle (100%) flotte une super couche de 300% d'actifs financiers contreparties de l'endettement (ou du crédit, c'est la même chose).

Ce ne sont pas les 100% du bas qui font problème. Il n'y a aucune crise de surproduction. Mais les 300% du dessus.

Rappelons que si la maturité moyenne des emprunts est à 5 ans et le taux d'intérêt de 5%, un taux de 400% d'endettement par rapport au PIB implique que l'amortissement de la dette prenne 80% du PIB et les intérêts 20%. Il faudrait que toute la richesse produite serve à l'amortissement de la dette et au service des intérêts. Vous avez pensé : IMPOSSIBLE. Hé oui, c'est im-pos-si-ble.

La mousse de crédits, dès qu'on dépasse 200% du PIB, ne peut plus être amortie par le PIB. Par quoi alors ? Par la plus value sur actif, que l'on anticipe à tort ou à raison. Si la création monétaire permet de financer l'inflation des actifs, la plus value existera. Jusqu'au jour où les acteurs s'apercevront qu'ils ont fait pousser un monstre hors-sol et que le tout s'esclaffera dans un patatras désastreux.

Comme les pauvres n'ont pas d'épargne, la boursouflure des actifs concerne exclusivement les possédants.  La hausse de richesse est une pure apparence monétaire. Si vous possédez un appartement qui a triplé de valeur, vous avez toujours le même appartement. Un impôt sur le capital progressif vous ruine, c'est-à-dire vous force à vendre, car le revenu qui suit le PIB n'a pas évolué dans la même proportion.  La vente provoque une cascade  d'imposition sur les plus values monétaires. Au final vous vous retrouvez dans un appartement qui ne fait plus qu'une fraction  de la surface précédente, comme Françoise Hardy s'en est plainte chez Ruquier, provoquant force lazzis.

La grande question est donc de savoir comment peuvent se créer ces énormes bulles monétaires qui changent l'échelle des valeurs des actifs et qui, quand elles crèvent, viennent charger les flux  du PIB.

Notre explication : la bulle est provoquée par les changes flottants et l'abandon de l'obligation de maintenir les équilibres de balances de paiements et de balances commerciales. Il est bien certain que si la richesse part vers un pays qui replace les excédents dans le pays déficitaire, une double bulle de crédits s'amorce qui va faire monter indéfiniment le taux d'endettement global par rapport au PIB. Ensuite tout s'effondrera.

Il s'agit bien d'une rupture de la loi de Say : les biens entre pays structurellement déficitaires et excédentaires ne s'échangent plus contre des biens, ni le travail contre le travail. L'écart nourrit une enflure monétaire qui se retrouve dans toutes les classe d'actifs et accuse les différences monétaires de fortune entre riches pauvres.

La solution n'est évidemment pas de réduire la production ni de ponctionner les actifs réels, mais de faire progressivement dégonfler la liquidité abusive en mettant d'abord fin aux sources de déséquilibres.    

L'acte un n'est pas de mettre en œuvre un impôt sur le capital progressif et punitif, ni d'organiser la décroissance heureuse, mais de mettre fin aux déséquilibres de balances extérieures, et de résorber les excédents passés, ce qui ne peut se faire que par une doigt d'inflation et une forte croissance.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Mauvaises nouvelles (suite)

4,3% de déficit public par rapport àun PIB qui comporte une grosse partie de la dépense publique.

93% de dettes publiques par rapport au PIB.

11% de taux de chômage.

Aucune perspective sérieuse de redressement.

Sept ans après le blocage du marché interbancaire.

La fiscalité excessive, le  "sociétalisme" agressif, et le discours méprisant contre des boucs-émissaires ont eu raison du "socialisme municipal". 

La fracture entre ceux qui paient et ceux qui reçoivent est devenue béante et publique,  créant des risques sociaux et politiques également béants.

Faire du tort aux Français, qui perdent revenu, emploi, espoir  et à la France qui ne tient aucun engagement et  s'efface dans la compétition mondiale, quel beau résultat !

La bataille se déplace vers l'Europe, le Traité, les trois libertés de circulation des capitaux, des personnes et des marchandises.

Personne ne regarde la vraie cause :

Sans retour vers un système monétaire international coopératif, à base de stabilité des changes , aucune solution n'est possible.

7 ans sans réflexion mais avec des réflexes politiciens minables.

Un désastre international, européen, français.

Un désastre intellectuel avant d'être économique et politique.

 

Chomage : le pire est arrivé. Pourquoi ?

Comme prévu tous les indicateurs de 2013 qui nous arrivent sont catastrophiques. Celui du chômage tourne à la catastrophe incontrôlable.

461.380 chômeurs catégorie A de plus en deux ans.

2.000.000 de chômeurs de longue durée.

Durée au chomage : 555 jours.

Sorties du chômage en emploi : <50%

Près de 5 millions de chômeurs toutes catégories.

L'insee annonce un taux de chômage supérieur à 11% pour l'été 2014.

Nous finirons par avoir les taux d'emploi par classe d'âge. Ils seront catastrophiques. La France est parmi les pays industrialisés comparables le pays qui emploie la plus faible partie de sa population. 

Le blocage interbancaire s'est produit en juillet 2007. La crise ouverte s'est manifestée à la mi-septembre 2008.

La reprise artificielle de 2010 n'était pas durable et a conduit à une rechute sanglante. En système de change flottant les relances budgétaires et monétaires débouchent systèmatiquement sur des échecs :

- Relance Chirac après la crise de 73 aboutit au Plan Barre

- Relance Balladur après la crise de 92 aboutit au Plan Juppé

- Relance Fillon après la crise de 2008 aboutit au plan Fillon-Ayrault de 2012-2013.

A chaque fois on tape les 10% de taux de chômage, on fait grimper la dette et le taux de prélèvements explose.

A chaque fois les résultats sont plus graves : crise plus longue et plus profonde.

Ces crises ne sont pas innocentes : des millions de personnes au chômage, des dizaines de milliers d'entreprises au tapis, des dizaines de millions de personnes appauvries, en France.

Ne pas voir que ces phénomènes sont à analyser dans la longue durée, et non pas comme phénomènes de pure conjoncture est une grave erreur. Les gesticulations politiques sont un épiphénomène, même si, dans le cas Hollande, on ne comprend pas bien le prurit injurieux qui a marqué les premiers 18 mois de son mandat, pour aboutir à un revirement presque complet. 

Les graves quesstions économiques restent toujours :

- Pourquoi le trend est-il constamment ralenti ?

- Pourquoi les crises décennales sont-elles toujours plus violentes ?

- Pourquoi voudrait-on que cette évolution tragique change quand aucun dirigeant d'institutions nationales ou internationales ne cherchent à avancer d'explication de ces deux phénomènes ? 

Malgré tous le mépris affiché par certains sur la croissance et les relations à caractère économique d'une façon générale, la décroissance est un malheur certain qui touche des millions de foyers. Ces épreuves sont réelles pas virtuelles.On peut parler pour la France d'une tragédie nationale.

Rappelons que pour nous les trois causes de la situation sont :

- Pour le monde, un système monétaire défaillant qui permet des déficits et des excédents mosntrueux qui poussent à un gonflement démesuré de la dette globale ; la masse de ettes aventurées expliquent la sévérité des crises et la mollesse de laz croissance globale.

- Pour la zone Euro, un système de monnaie unique sans pilote ni cabine de pilotage est un non sens qui implique que tous les ajustements se fassent par la déflation et la récession.

- Pour la France, la préférence hystérique pour l'impôt et la dépense  pubique la rende plus vulnérable et provoque un chômage de masse et cette situation folle et incontrôlable d'un état qui consomme plus que ce que produisent les entreprises (de plus d'une peersonne et du secteur commercial) et qui a fini par créer une situation intolérable où la moitié de la population vit au crochet de l'autre et où la dette publique risque de dépasser rapidement 100%du PIB officiel et 200% de la valeur ajoutée des entreprises.

L' absence de toute réforme du système monétaire international, le renforcement de la gestion par la norme en Europe et la bouffée de folie fiscale supplémentaire française expliquent que la crise perdure et prend, pour la France, la forme d'une déchéance sociale aussi profonde.

Dépenses publiques : les cinq non-dits

On pourrait penser que tout a été dit et redit sur la dépense publique, son mode de formation, les méthodes pour la maîtriser et le champ d'application des réductions. Il n'en est rien. Si la dépense augmente sans cesse au point de représenter l'équivalent de la valeur ajoutée des entreprises, situation absurde et dangereuse s'il en est, qui pousse en permanence à une spoliation fiscale exacerbée et sans issue, c'est bien parce que son mode de formation n'est pas réellement compris. Pas de diagnostic sur les causes, pas de thérapeutique efficace.

Comme dans d'autres domaines, c'est à la source qu'il faut réduire les dérapages. Considérer que la démocratie pousse les élus au n'importe quoi et que la démagogie est la seule cause de toutes les glissades  n'est pas nécessairement faux, mais l'idée est peu opérationnelle. On ne voit pas ce qui changerait la psychologie des élus ! Le péché originel peut être aussi mis en cause. Mais que faire ?

Depuis le premier livre d'alerte de Bloch-Morhange (La révolte des contribuables la fiscalité sous Mitterrand, Editeur : ALBATROS; Le Figaro (1983)), des centaines d'ouvrages ont tenté de cerner les causes de la dérive des dépenses publiques et ont proposé des solutions. Tous sont excellents, parfaitement documentés, rationnels. Et pourtant rien n'y fait. Cela grimpe sans fin.

N'y aurait-il pas quelques mécanismes sournois dont l'action ne serait pas bien perçue (ou négligée) et qu'il conviendrait de bien comprendre pour les mieux maîtriser ?

Nous en voyons  cinq.

L'effet conjoint du  trend et de la progressivité

L'effet complémentaire  du cycle  

L'effet de la financiarisation outrancière

Le goût pour les fausses gratuités

La confusion du pouvoir politique et du pouvoir administratif

Faute de s'attaquer à ces cinq causes, si possible en même temps, on n'aboutit à rien, comme l'échec de la RGPP et de son succédané "hollandais", la MAP,  l'a montré. On sait que le Président de la République  actuel a réussi, depuis 2006, l'exploit d'exalter l'esprit d'économie, sans en mettre en œuvre aucune, malgré des objectifs sans cesse revus à la hausse. A la dernière conférence de presse c'est 50 milliards d'Euros d'économie sur la dépense publique à trouver …d'ici 2017, qui ont été jetés à la crédulité de l'opinion,  alors qu'ils avaient déjà été annoncés aux autorités européennes il y a plusieurs mois.

Rappelons qu'à fin 2017 la dépense publique cumulée depuis janvier 2014 aura été de l'ordre de 5.000 milliards. S'il s'agit d'éviter 50 milliards en cumulé, cela fait 1% d'économie. Si on parle en glissement,  on aboutit à 100 milliards, soit 2%.  Grandiose ! Et il faut parler de "véritable révolution", "d'effort jamais vu" ou de "retour du complexe de Zorro" pour arriver à une résultat aussi minable !

Examinons les forces favorables à l'expansion de la dépense publique que nous sous-estimons généralement dans le débat français.

La croissance à long terme, qu'on appelle le trend, est une réalité. Au dix-neuvième siècle la croissance était d'environ 1% par an. Au XXème siècle, en dépit des deux guerres et de la crise de 1929, on a été plus près de 3.5%, même si les résultats des études divergent en fonction du champ de l'observation choisi.  3.5% représente à peu près  un doublement de la richesse en 20 ans.  Cette réalité se télescope avec  un fait majeur, notamment en France : l'impôt est progressif. La conséquence est simple : la croissance implique automatiquement, sans aucune décision de personne, une croissance plus rapide des recettes fiscales. La part de la recette publique croit constamment dans le PIB. On peut s'interroger sur ce phénomène : une mesure dite "de justice fiscale", statique ou instantanée comme on voudra,  a-t-elle pour but de transférer toujours plus de richesses vers l'Etat ? 

Notons qu'il suffit qu'un seul impôt soit progressif pour que la masse globale des prélèvements le soit. En France, nous avons multiplié les impôts progressifs : l'Impôt sur le revenu est violemment progressif. L'ISF est fortement progressif. La TVA elle-même est progressive puisqu'une part croissante de la consommation change de catégorie avec le développement de la richesse globale. En un mot, la part des produits dits "de première nécessité" diminue constamment en fonction de la croissance. Le résultat est une imposition nettement progressive qui "prend l'ascenseur quand le PIB prend l'escalier". D'une année sur l'autre, le mouvement est presqu'imperceptible, mais dans la durée, la capture par l'Etat d'une part croissante de la richesse supplémentaire produite devient majeure.

Ce n'est pas propre à la France. Tous les pays à fiscalité progressive sont dans cette situation. Beaucoup ont compris qu'il fallait "rendre au contribuable" la sur-rente provoquée par la progressivité. Les ressources de l'Etat doivent être proportionnelles au PIB et non pas progressives. L'effet de la progressivité doit resté cantonné à un arbitrage fiscal entre riches et pauvres plutôt que d'alimenter perpétuellement en hausse le moloch étatique.     

Cette idée est totalement absente en France où on considère que toute plus value fiscale est bonne à dépenser. C'est même très commode de le faire puisqu'il n'y a pas à changer les taux d'imposition et que l'argent est rentré tout seul. La procédure budgétaire institutionnalise la prise en compte de la rente de progressivité puisqu'on définit arbitrairement un chiffre de croissance, généralement surévalué, qui implique une hausse plus rapide des recettes que la croissance du PIB, et qu'on ajuste les dépenses aux recettes.

La seule solution : constitutionnaliser le fait que la progressivité ne doit pas servir à accroître le revenu de l'Etat et que les excédents doivent être rendus sous une forme ou une autre. On notera que depuis que la réduction de la dépense publique est en débat, cette déviance de la progressivité n'est jamais évoquée et ne fait l'objet d'aucune suggestion dans aucun parti.

L'effet complémentaire du cycle est évident. Le trend n'est pas constant. La conjoncture connait des phases molles et des phases d'accélération brutale. Lors de ces dernières la progressivité joue à plein. On voit alors le rendement de l'IR dépasser 7%, comme sous Rocard, rythme d'un quasi doublement en dix ans (et pas 20 comme le PIB). Des flots d'argent coulent dans les caisses. La tradition française est, pour le gouvernement, de tout dépenser de la manne en question.  

Le phénomène a pris un tour tangible pour l'opinion avec l'affaire de la cagnotte, à la fin du siècle dernier : après le coup de massue fiscale de Juppé, les socialistes arrivés au pouvoir de façon impromptue à cause d'une erreur politique majeure de J. Chirac, aggravent sans raison la fiscalité. Le cumul des deux hausses entraînent un afflux massif d'argent lors de la phase haute de la conjoncture mondiale à partir de 1997. Au lieu de rendre la plus value fiscale aux Français, DSK annonce que le taux d'imposition baissera avec la croissance qui diluera la cagnotte, c'est-à-dire énonce une énorme sottise, puisque l'impôt est globalement progressif et s'accroit avec la croissance !  Dire n'importe quoi n'a pas entaché sa réputation de grand économiste !

Un dernier aspect, lui aussi sous-jacent, automatique et donc mal perçu par l'opinion est la conséquence d'une économie de plus en plus financiarisée. Comme on l'a mille fois dénoncé ici, la dette globale s'est envolée à partir de 1971 et s'est déconnectée du PIB "réel". Ce n'est plus la valeur ajoutée de l'activité qui a fait la richesse mais les plus values sur la valeur des actifs. Appelons cela les bulles financières. Compte tenu de l'extension des impositions portant sur le capital, les plus values et les transactions sur le capital, les plus values fiscales se sont envolées pendant les phases d'ébriété des marchés. C'est ainsi qu'à Paris le maire a disposé d'énormes ressources liées à l'immobilier qu'il a dépensé sans vergogne ("et je ne m'excuse pas" ! dira Delanoë). Ce ne sont même plus des impositions sur le PIB mais sur la mousse des excès financiers.  Il est évidemment aberrant de financer des dépenses régulières sur l'effet provisoire des bulles financières. D'autant que, lorsqu'elles éclatent, les moins values fiscales deviennent également somptueuses.

Trend, cycle et financiarisation ont pour conséquence obligatoire une hausse constante de la pression fiscale. L'Etat engrange dans les phases hautes et …refusent de limiter la dépense lors des phases basses. Il augmente les impôts pour maintenir la dépense, qui est devenu le revenu d'une partie de la population. C'est le fameux effet de cliquet ("ratchet effect" en anglais).

Ces trois mécanismes dont nous devons rappeler qu'ils sont pratiquement invisibles et peu présents dans les esprits, sont la base même de la croissance des prélèvements, alors que personne n'a pris réellement de décision, sinon celle de se laisser glisser quand tout va bien et de maintenir la dépense quand tout va mal.  

Ces trois mécanismes étant compris, on peut évoquer les deux autres qui sont plus directement associés à des intérêts particuliers qui s'opposent à l'intérêt général.

La perversion de la fausse gratuité est un énorme vecteur de difficulté fiscale.  Nous appelons fausse gratuité le fait de dissocier l'acte de consommation de l'acte de paiement. Il y a bien consommation, donc coût et destruction de biens, mais ce n'est pas celui qui en tire le plaisir ou rassasie tel ou tel besoin, qui paie. La conséquence d'un système de fausse gratuité est toujours un coût exorbitant pour la collectivité.

La gratuité du pain institué par Fidel Castro à Cuba, peu après sa prise de pouvoir, est tout à fait exemplaire des effets pervers multiformes de la gratuité.  Le socialisme se devait de supprimer la faim. Tout le monde aurait du pain. Le pays était assez riche pour fournir du pain à tout le monde. Donc le pain est devenu gratuit. Qu'est-ce qui s'est passé ? En moins de quelques mois on donnait du pain aux cochons.  L'Etat qui achetait les grains et payait la transformation s'est vu confronté à des besoins de financement toujours croissants. Il a donc taxé le grain et commencé à réprimer les paysans qui, aussitôt, cessèrent de produire. Bientôt on eut des masses de prisonniers et plus de pain. La famine n'était pas loin. Il fallut abandonner la "gratuité" du pain.

Il n'est pas difficile de voir ces mécanismes à l'œuvre avec notre sécurité sociale, la gratuité des transports etc. La santé et les transports ont en France pris une part démesurée  du PIB. Plus personne ne pense même arriver jamais à l'équilibre. Il n'est pas un jour où une bonne âme ne songe à exiger une nouvelle gratuité. On aboutit à des déficits incurables et à un régime presque policier qui décourage tout le monde. Lorsque Madame Touraine explique aux médecins qu'ils doivent gagner, après dix ans d'études, le quart du taux horaire d'un plombier, le phénomène devient évident. La gratuité encourage les consommateurs indélicats et décourage les producteurs. Il faut donc être extrêmement prudent avec la fausse gratuité. L'essentiel des difficultés actuelles de la France vient du caractère devenu quasiment incontrôlable des dépenses dont le paiement est collectivisé. Le mécanisme introduit un effet politique déplorable : une partie de la société devient débiteur de l'autre et chaque partie du corps social entre en conflit avec l'autre.  Il faut naturellement associer à la gratuité totale, les gratuités partielles qui font, par exemple,  que dans le même immeuble certains auront le même appartement à des coûts de location différents. Pas de meilleur système pour engendrer la haine sociale !

Autre mécanisme délétère de grande importance en France : la capture du pouvoir politique par le pouvoir administratif. Il faut évidemment empêcher que les fonctionnaires qui bénéficient de l'argent public, votent leur budget. D'une façon générale il faut empêcher que ceux qui touchent de l'argent de la République votent leur propre rémunération ou leur propre chiffre d'affaire ou la rémunération de leurs collaborateurs.  

Sinon, les lois de Parkinson s'appliquent sans limite. Nous avons donné sur ce blog l'exemple des Frac. Il suffit de voir l'évolution comparée du nombre des agriculteurs et des effectifs du Ministère de l'Agriculture pour comprendre que la loi de Parkinson est une loi d'airain. On peut aussi méditer sur certaines administrations provisoires comme l'Epad, un "machin" qui survit à la disparition de son objet depuis au moins trente ans.

Plus grave encore est l'extension à l'infini du champ d'application des œuvres de l'Administration. Nous avons décrit et condamné ici trop souvent "l'énarchie compassionnelle" pour ne pas avoir à insister. Si les hauts fonctionnaires veulent "arbitrer la société" parce que, seuls,  ils se considèrent comme dépositaires  de l'intérêt général, il n'y a bientôt plus un geste de la vie courante qui ne dépende pas de leur vigilance intéressée. Arbitrer, c'est arroser les conflits d'argent public et créer des postes de fonctionnaires pour tenir l'arrosoir.

Une des difficultés actuelles de la réduction de la dépense publique est qu'il faut à la fois réduire le champ de l'action publique et réduire le coût des acteurs dans chacun des champs. La haute fonction publique qui a mis la main sur le pays ne tient ni à réduire ses prérogatives ni à augmenter la productivité des services, sources d'ennuis syndicaux dommageables pour une carrière sympathique.

Si on ajoute les institutions internationales, l'Europe communautaire, la décentralisation, la pression vers plus d'effectifs et plus de missions devient un enchevêtrement impossible à démêler. On ne peut pas réduire le mille-feuilles administratif avec les personnes mêmes qui en profitent.

On voit bien que le Parlement français est actuellement pour l'essentiel constitué d'élus qui dépendent quasiment tous, pour leur carrière,  de la dépense publique. Ne parlons pas du gouvernement actuel qui est presque pire, de ce point de vue, que le gouvernement Jospin.

Lorsqu'on laisse la politique économique de la France entre les mains d'un professeur d'allemand,  (qui le parle comme une vache espagnole) qui n'a pratiquement pas exercé (heureusement !)  et d'un prof de maths, M. Eckert, qui n'est toujours pas revenu d'avoir eu un diplôme universitaire avant de se lancer dans la politique, on est sûr que cela va être glorieux et parfaitement utile à la société et aux entreprises…

On voit que les mesures à prendre ne sont pas simples et qu'elles ne pourront l'être qu'après des ajustements institutionnels profonds.

Les règles constitutionnelles suivantes sont à créer :

- Nul ne peut être élu dans une assemblée qui vote sa rémunération

- Nul ne peut toucher deux rémunérations de l'Etat ou d'institutions dépendant de l'état pour son financement.

- Les dépenses budgétaires ne peuvent excéder le budget de l'année précédente augmenté du taux de croissance constaté, sauf vote à la majorité de 66% des membres du Parlement, et pour un temps limité.

- Les bonis de recettes fiscales doivent être restitués aux Français et ne peuvent être utilisés pour accroître la dépense publique.

Une fois ce cadre mis en place les recettes détaillées dans les milliers de livres qui suggèrent des réduction de dépense auront une chance d'être mises en œuvre.

Certains diront : encore des mesures institutionnelles alors qu'il aurait suffi d'un peu de vertu associée à un peu de courage ! D'autres ajouterons : les marchés sont impitoyables avec les démagogues. Laissons les faire !

Soixante années d'expérience démontrent bien que si on ne rectifie pas les institutions, tout continuera comme avant, quelque soit la supervision des Commissaires européens et la puissance des marchés.   Ce qu'on appellera "réduction de la dépense" sera seulement une réduction des allocations publiques pour les populations sans pouvoir de nuisance politique. Alors que la priorité absolue et immédiate est de ramener de 25 à 20% du PIB le coût de l'appareil d'Etat, en restituant ces 5% à l'entreprise.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

Le blocage incompris du marché interbancaire Chinois

Le 8 mars 2009,  nous avions tenté de faire comprendre que la CHINE était plus un problème qu’une solution (voir   http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/3/8/Non-la-Chine-ne-nous-sauvera-pas-). A cette époque, dans le désarroi intellectuel général, certains commentateurs « autorisés » avaient repris les inepties de quelques analystes qui pensaient que les réserves chinoises allaient servir à relancer l’économie mondiale.  

Il y aura toujours, en toute époque, et à tout moment, de fins esprits pour croire que l’abondance de liquidité est la garantie d’une reprise rapide de l’activité. La Chine était gorgée de liquidités : la reprise serait là  et se ferait par-là ! En vérité, la Chine, après le Japon, après l’Allemagne, découvrait que l’accumulation d‘actifs en dollars la rendait vulnérable à des pertes abyssales. Elle allait donc gigoter dans tous les sens pour ne pas trop perdre, déstabilisant de nombreux marchés sans permettre de vraies reprises des échanges.

Il ne faut pas confondre panique et commerce.

Aujourd’hui les mêmes analystes restent sans voix : pourquoi le système bancaire chinois, gorgé de liquidité, est-il en grand danger ? Ils n’ont pas la clé d’interprétation d’un phénomène qu’ils ont pourtant devant les yeux depuis 2007, et qu’ils n’ont jamais voulu comprendre.

Alors ils développent les mêmes arguments que lors de la crise appelée à tort « des pays émergents ». On se souvient qu’à l’époque il était de bon ton de critiquer le « cronyism » supposé des systèmes financiers émergents. S’ils étaient en crise, c’était de leur faute et ils n’avaient qu’à mettre de l’ordre dans leur système. En fait la crise de 98 était une crise du dollar dans un environnement de changes flottants et de mouvements de capitaux à court terme totalement libres. Craignant l’Asie et surtout le Japon après le tremblement de terre de kobé, les spéculateurs étaient revenus en masse sur le dollar provoquant une double spéculation sur le dollar et sur la bourse américaine, notamment pour les valeurs technologiques. Rien à voir avec la gouvernance des banques des pays émergents qui seront VICTIMES dans cette affaire et traitées en voyous.

D’où la conclusion de l’article du Monde : « selon les analystes seules de vraies réformes structurelles du système bancaire…avec épuration des créances douteuses  et lutte contre la corruption, permettront d’éloigner vraiment le risque de crise ».

On a envie de demander à Marie Charrel, qui signe l’article, qui sont ces « analystes ».  On sait bien que ce sont les mêmes qu’en 1998 : les analystes des banques anglo-saxonnes en général et des banques américaines en particulier qui prêchent pour leur paroisse.

 

La crise actuelle en Chine est exactement du même type que la crise de 2007 dans les pays de l’OCDE. Le marché interbancaire s’est bloqué, comme en juillet 2007, au moment où les banques ont soudain compris que leurs partenaires étaient vulnérables et que tout prêt était en danger de ne jamais être remboursé. En 2007, après des mois d’incompréhension, la cause avait été trouvée : « ce sont les subprimes » !  Comme nous l’avons rabâché depuis, les « subprimes » ont joué le rôle d’allumettes mais la masse explosive venait d’ailleurs et était ailleurs.  

Notre thèse, reprenant les observations de Jacques Rueff, était que le blocage provenait de la double hélice de crédits qu’avaient permis le système des changes flottants, associés à la liberté totale des mouvements de capitaux.

Si un pays accumule des déficits colossaux, un autre pays accumule des excédents colossaux. Que faire de ces excédents ? La tentation est de les replacer dans le système bancaire du pays déficitaire. La nouvelle liquidité reçue génère une augmentation du crédit dans le pays déficitaire qui le devient de plus en plus. L’augmentation des actifs bancaires dans le pays excédentaire y permet le développement du crédit. L’endettement global ne cesse plus d’augmenter.

Pour les pays de l’OCDE, le taux d’endettement global est passé de moins de 200% à plus de 400%, créant une situation d’explosion, en dépit des purges périodiques provoquées par les crises décennales fortes (73-74, 92-93).

Regardons la réalité chinoise : le Monde du 24 décembre 2013, reprenant les informations du FMI,  la montre dans fard. « Les prêts classiques et les « crédits non traditionnels » s’élèvent aujourd’hui à 200% du PIB contre 130% en 2008 ». L’effet de la double hélice de crédits, en l’absence de toute réforme, continue à s’exercer. L’endettement américain a été soutenu par le « Quantitative Easing » aux Etats-Unis. La Banque de Chine  lâche 300 milliards de Yuan pour éviter le blocage du marché interbancaire Chinois. Le parallélisme est saisissant, même si les faits sont décalés du fait de l’administration stricte de la finance chinoise par les autorités.

La Chine confrontée à la fois aux risques de ses avoirs en dollars et aux effets de la création monétaire induite par les excédents est en difficulté.

Automatiquement en difficulté.

Il ne peut y avoir de surprise.

Les changes flottants sont un système nocif qui n’a jamais marché, ne marche pas et ne marchera jamais. C’est cela que la réflexion devrait commander d’écrire à Marie Charrel. Elle ne le fera pas. Elle tient à sa place. On peut la comprendre.

Mais quel désastre intellectuel !

Paul Krugman : brutale arrivée au "terminal des prétentieux" !

Alors que le mort de Lautner remet en pleine lumière la farce des "Tontons flingueurs", film dont le titre initial était "le terminal des prétentieux", il est amusant de porter son attention sur le combat de coqs qui oppose Paul Krugman et un certain Niall Ferguson.

Niall Ferguson est un historien anglais de l'économie, spécialisée dans la finance. Il a écrit un texte fort critique sur la politique économique d'Obama. Pauf Krugman qui au NYT représente la tendance keynésienne anti-"Republicains" l'a vertement remis à sa place. En retour, Ferguson a commis une étude au vitriol en reprenant "post mortem" tous les textes de Paul Krugman et prouvant qu'il avait annoncé n'importe quoi et concluant que, vu le florilège de sottises et d'erreurs, la voix de Krugman n'avait aucune autorité et ne devait pas être écoutée.

Pourquoi entrer dans cette querelle ?  La raison est simple : les difficultés proviennent principalement d'un système de changes flottants et de domination assumée du Dollar roi, et donc pour une large part des Etats-Unis. Essayez de percevoir dans le champ du débat anglo-saxon, les éléments d'une prise de conscience, est un exercice nécessaire, même si les résultats sont consternants.

Bien sûr nous n'avons rien à faire du débat droite-gauche,  façon locale : je suis démocrate assumé et keynésien, je supporte Obama ; J'ai une vision un peu plus responsable de l'économie, je suis plus pour une nouvelle  sagesse américaine en matière de déficits. Donc je suis Bushiste. Le débat droite gauche américain est aussi pauvre que le débat droite-gauche français. Savoir qui est le vilain canard ne peut séduire qu'un vilain canard qui veut se voir en gentil canard.

Une des vraies questions est celle de savoir si Paul Krugman a bien vu venir la crise de 2007 puis l'éclatement de 2008. La réponse est non. Comme Stiglitz, Krugman prétend avoir tout compris d'avance parce qu'il était critique vis-à-vis des politiques économique républicaines. "Comme j'étais contre, j'étais nécessairement dans le vrai puisqu'il y a eu la crise".

En vérité ni l'un ni l'autre n'a vu venir quoi que ce soit. Il aurait fallu pour cela qu'ils aient une clé d'interprétation et qu'ils aient essayé de l'introduire en temps utile, c'est-à-dire avant la crise,  dans les mécanismes du réel.

Nous-mêmes avions fait l'effort de développer ces outils. Ils étaient basés sur deux constatations. La première était la réalité du cycle décennal. Depuis la révolution industrielle, un cycle de huit dix ans du crédit impose une succession des corrections légères et lourdes. La seconde était le mécanisme de double pyramide de crédit permis par les défauts du système monétaire international basé sur les changes flottants  et qui avait provoqué la montée du taux d'endettement global de moins de 200% à plus de 400% du PIB dans la totalité des pays de l'OCDE.

La superposition de ces deux analyses permettaient de voir que les crises périodiques étaient de plus en plus graves, alors que le trend s'affaiblissait continument. Cette clef d'interprétation  nous avait permis de contester l'idée de Maurice Allais que la crise de 97-98 était la grande crise qu'il craignait. Pour nous il s'agissait d'une simple crise des changes flottants, avec repli massif des capitaux flottants vers les Etats-Unis, laissant les pays émergents dans une grave crise de liquidité. Nous pensions que la crise décennale se déclencherait début 2000 et qu'elle serait plutôt "légère". Ce qui fut le cas.  Cette même clé d'interprétation nous a conduit a annoncer une crise très grave lors du quinquennat de Sarkozy, cette annonce étant faite publiquement sur le site du Monde (où une partie est encore lisible) et envoyée à M. Guaino et aux équipes du candidat. Sans réponse naturellement. Nous l'attendions pour 2009. A l'été 2007, nous avons compris que la crise du marché interbancaire impliquait un effondrement du système bancaire plus précoce et nous l'avons prévu pour septembre 2008 !

A partir du moment où les banques fonctionnaient sur un système de dettes pyramidales dépassant quatre fois la réalité de la production, en cas de blocage du marché interbancaire, qui avait été la base de nombreux refinancements spéculatifs, la crise décennale ne pouvait qu' être catastrophique. Nous avons annoncé une crise de type 1992-93 mais fortement aggravée par les en-cours monstrueux de dettes qui s'étaient accumulés depuis.     

On peut contester cette analyse. Certains économistes récusent la notion de cycle de huit dix ans. D'autres considèrent que les dettes sont toujours la contrepartie d'un actif et donc que leur niveau n'a pas d'importance. Nous croyons qu'ils ont tort et que notre clé d'interprétation fonctionne. C'est tout le débat de ce blog.

En revanche où sont les outils d'interprétation  de Paul Krugman ou de son contradicteur ?

Nulle part. C'est la raison pour laquelle ils n'ont rien prévus et rien compris. Ni l'un ni l'autre.

Ils s'envoient des horions idéologiques ou posturaux comme on voudra mais ne donne aucune clé, aucune explication, aucune solution.

Paul Krugman a expliqué qu'il fallait sauver la finance avec les deux leviers traditionnels : lâcher tout à la banque centrale, avec recapitalisation des banques ruinées ; utiliser la dépense publique et les déficits pour relancer l'économie.  Il l'a demandé sans nuance, justifiant des déficits publics qui sont devenus rapidement ingérables dans les pays faibles.  Il refuse tout plan d'austérité, considérant qu'en matière de déficit il n'y a aucune limite.

Paradoxalement, il pensait que la zone Euro allait immédiatement disparaître, reprenant les thèses de son ennemi Milton Friedmann.  Elle n'a pas disparu. Il donne aujourd'hui un satisfecit à la gestion Hollande pour n'avoir en rien réduit la dépense publique et pour avoir augmenté massivement les impôts. C'est une position purement idéologique. Il ne connait rien de la situation française, de la perte de compétitivité des entreprises, de la démoralisation fiscale du pays, de l'étouffement provoqué par les mesures haineuses de l'automne 2012.

Son adversaire relève ces contradictions et ces erreurs de jugements autant que de prévisions.

De toute façon, sans système de pensée précis avec un relais fort par l'observation des faits, les avis d'idéologues prisonniers de leurs postures n'ont strictement aucun intérêt.

Ce que marque cette querelle, c'est que les Etats-Unis ne disposent pas d'un corpus économique assez solide pour permettre à leurs universités de sortir des ghettos idéologiques sur lesquels elles prospèrent.

On en reste de toute façon à : "ce qui est bon pour les Etats-Unis est bon pour le monde et allez tous vous faire voir chez Plumeau pendant qu'on s'engueule entre Démocrates et républicains".  Un constat sinistre.  Presqu'aussi sinistre que la carence des économistes officiels français qui ne pensent qu'en terme marxiste de destruction du capitalisme par l'impôt, ou qu'en terme de  libéralisme folâtre qui évite toutes les questions difficiles.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile



Le FMI : pyromane devenu pompier ? Même pas !

Le FMI est une institution malade depuis la fin des accords de Bretton-Woods qui l'avaient instituée. Son rôle était de réguler les changes fixes en permettant à des pays dont la monnaie était attaquée de ne pas régler ses difficultés de paiements internationaux par la récession et la déflation, entraînant tous les autres dans ses problèmes. Ses statuts lui imposaient et lui imposent toujours de veiller à ce qu'aucun acteur international ne laisse filer ses déficits de façon astronomique ou accumule des excédents intolérables. 

Seulement voilà : les Etats-Unis ont un statut privilégié au FMI et ils ont un pouvoir de veto. Le dollar est devenu de facto la monnaie du monde avant de l'être de jure après les accords de la Jamaïque qui ont démantelé les dispositifs de coopération mis en place à Bretton-Woods.

Les Etats-Unis ont donc alimenté le monde en dollars, en creusant des déficits immenses. En contrepartie se sont créés des excédents immenses. Les déficits ont été comblés par la planche à billets aux Etats-Unis et par le replacement des excédents dans les banques américaines. Chaque goutte de déficit américain a donc permis une émission de crédit dans le pays créditeur et une émission de crédits dans le pays déficitaire. Cette double pyramide de crédits, sans frein depuis que les changes flottent, a fait passer la dette globale de moins de 200% à près de 400%  du PIB à peu près partout.

Il en est résulté des crises périodiques de plus en plus fortes et une baisse tendancielle du "trend", provoquant un chômage intense dans les pays développés et une dette publique considérable.

Jusqu'à la crise finale que nous connaissons.

Nous avons chiffré entre 8 et 16 mille milliards de dollars la perte à fin 2007 sur ces crédits de plus en plus artificiels car depuis longtemps déconnectés de l'économie de production.  Ce chiffre parait énorme. Il l'est par rapport au capital des banques. Le système bancaire mondial est virtuellement en faillite depuis 2006.  La crise a créé une nouvelle source de crédits défaillants ("non performants" en novlangue). On est passé d'un taux de 2 à 4% de crédits en difficulté à 8-12% selon les banques. Cela a créé une nouvelle bouffée de crédits défaillants.

Les Etats en ont absorbé une bonne partie. Le déficit budgétaire annuel américain a gonflé de 10.000 milliards de dollars. En six ans, les sommes ainsi cumulées représentent près de 40.000 milliards de dollars.  Le reste du monde, globalement, a généré à peu près les mêmes flux.

Une crise portant sur une dizaine de milliards de dollars a créé, par un multiplicateur tragique, dix fois la même somme en déficits variés financés par la planche à billets et la création de crédits ex-nihilo.

On demande aux peuples, dont aucun n'a été décisionnaire, de rembourser ces dizaines de milliers de milliards de dollars. Ils ne le peuvent pas.

Rétrospectivement, on voit l'absurdité de la politique conduite par le G.20, dont nous avions ici même dénoncé les dangers dès la première réunion en novembre 2008.

Il fallait sortir immédiatement du système des changes flottants avec liberté totale des mouvements de capitaux pour restaurer une coopération minimale autour de changes fixes mais ajustables, avec interdiction des déficits massifs et des excédents démesurés.

On ne l'a pas fait et nous sommes exactement au même point qu'en 2008, sauf que la déflation généralisée a conduit à des dommages considérables et aggravé les choses.

Cette décision devait être accompagnée par une ponction exceptionnelle et immédiate d'une partie des placements mondiaux. On sait que l'épargne mondiale placée est d'environ 250.000 milliards. Il fallait immédiatement éliminer 10.000 milliards de dollars de dettes perdues par prélèvement sur cette masse. Cela faisait une perte de 4%, parfaitement digeste.  Maintenant qu'on en est à 100.000 milliards, la solution est impraticable.

Pourquoi n'a-t-on pas effectué immédiatement cette ponction de 10.000 milliards de dollars ? Simplement parce que le gros de cette épargne est dans des mains où elle ne peut pas être facilement saisies. Les gros contributeurs auraient du être la Chine, les pays pétroliers, et les détenteurs de rentes de situation massives, notamment les propriétaires des plus grosses sociétés mondiales et les hyper milliardaires. Ils représentent à peu près 80%  de l'épargne mondiale.

On a préféré un gonflement massif des émissions monétaires et des déficits publics pour leur permettre de conserver en valeur nominale la valeur de leurs avoirs.

En Europe, et notamment en France, cela a conduit à une politique spoliatrice visant  les "petits riches" tout en envoyant des wagons de salariés au chômage.

Le FMI après des années d'errance intellectuelle, découvre, tout d'un coup, qu'après ne rien avoir compris à la crise, d'avoir raté toutes ses prévisions et d'avoir proposé des fausses solutions, il faut désormais faire porter le chapeau aux riches  grâce à un impôt important sur le capital. Comme les principaux  détenteurs de rentes sont à l'abri, cette suggestion revient à demander une aggravation de la taxation de ceux qui sont déjà surtaxés dans les pays où le fisc est fort.  C'est naturellement une fonctionnaire française du FMI qui fait cette recommandation...

Sans même évoquer les causes de la crise et le rôle du système international des changes.

Le FMI dans ce triste drame aura été défaillant avec une constance regrettable.

Le drame d'un organisme sans objet, et le FMI n'en a plus depuis 73, c'est que sa volonté de survivre en fait un dispositif pire qu'inutile : néfaste. Il est malheureux que ce soit des dames françaises qui en témoignent de la façon la plus criarde.

Soit on réforme le système monétaire international, soit on supprime le FMI !

Au moins on ne financera plus l'indigence.

 

Didier Dufau, pour le Cercle des économistes e-toile   

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Dettes : requête à l'Insee, à Eurostat et au FMI

Le document affiché en bas de billet est une infographie du Figaro dont la source est la Deutsche bank. 

Merci et bravo au Figaro de l'avoir publiée.

Il montre l'évolution de la dette globale pour les pays du G7 de 2003 à 2012.

Première constatation : ce que nous n'arrêtons pas d'affirmer est confirmé. La dette globale, qui était inférieure à 100% en 1971 a progressivement explosé ses plafonds pour passer les 100, 150, 200, 250, 300, 400% et atteindre comme il est montré, en moyenne près de 440% du PIB.

Lorsque j'écrivais ma thèse de doctorat, on estimait qu'une dette d'Etat inférieure à 20%, une dette des particuliers inférieure à 25%, avec une part prudente pour l'immobilier, et une dette des entreprises non financières (plus de deux personnes) variant entre 30 et 50%, dans des économies où la valeur ajoutée des entreprises représenterait près de 75% du PIB, était raisonnable. La seule ambiguïté portait sur la dette de l'institut d'émission. Fallait-il l'ajouter ou non, en tout ou en partie,  à la dette globale, l'émission de monnaie banque centrale étant, comptablement,  une dette collective mais pouvant être considérée, avec l'abandon des monnaies métalliques, comme un fonds de roulement "technique" que l'on pouvait neutraliser dans les décomptes des dettes effectives : nul n'était besoin de la rembourser ! 

On peut se demander pourquoi cette évolution du taux de dettes globales est passée pratiquement inaperçue pendant des décennies, alors qu'elle représente une véritable révolution intellectuelle et économique. J'ai déjà présenté ce calcul élémentaire :

Si la dette est de 400% du PIB , avec un taux de 5% et une maturité moyenne de 10 ans, pour simplifier les calculs, l'amortissement  est de 40% du PIB et le versement des taux d'intérêt de 20%. Il faudrait donc que l'économie sorte 60% du PIB pour faire fonctionner un tel système à partir de la valeur ajoutée. Ce qui est impossible. Les banquiers ont cru pouvoir détourner cette impossibilité en  se remboursant nominalement sur les plus values de biens. Un banquier se moque d'être remboursé à partir d'une plus value ou de la vente d'une immobilisation, plutôt que d'un flux de revenu. Pas l'économiste.

Ce que montre le graphique, c'est qu'en moyenne les pays du G7 ont grimpé dans la folie des dettes jusqu'à l'explosion et qu'il n'ont réussi qu'à stabiliser le taux de dettes. Le graphique, ne montre ni le transfert des dettes vers les Etats ni le transfert vers les banques centrales.

Nous sommes toujours dans la situation intenable que nous avons matérialisée par l'image du "hanneton qui s'épuise à pousser devant lui sa boule de crottin".

La situation est plus simple pour les pays greffés sur la monnaie mondiale, comme les Etats-Unis qui en fournit 90% et le Royaume-Uni qui la fait tourner. L'explication des gros bénéfices des grosses banques mondiales est entièrement dans le fait qu'elles se sont débarassées du gros de leurs dettes et qu'elles continuent à fixer leurs honoraires sur une fraction démente du PIB des nations. La situation est dramatique pour les pays de la zone Euro,  contraints par l'absurdité du système de Maastricht qui a supprimé les possibilités d'action monétaire nationale sans transférer les mêmes moyens à l'échelon supérieur.

La grande question est de comprendre comment une évolution aussi néfaste et aussi massive que le gonflement gigantesque du taux de dettes a pu passer inaperçu et pourquoi les quelques lueurs qui ont percé le mur des ténèbres ont été considérées, par presque tous les économistes, sauf Maurice Allais, comme sans conséquences.

Une réponse est l'inadéquation des statistiques. Sur ce site, nous poussons à intervalle régulier un large cri d'alarme statistique et demandons à l'INSEE et aux medias, de remédier à des lacunes phénoménales.

- Nous souhaitons des séries longues, sur 50 ans minimum et sur 100 ans si possible. Pourquoi ? Parceque les évolutions étant incrémentales, elles ne prennent leur pleine expression que sur de longues plages de temps.  L'existence d'un cycle de 8-10 ans ne peux échapper à qui prend en compte l'évolution de la valeur ajoutée des entreprises depuis 1900 ! 

- Sur la dette globale la situation se double d'un probléme de définition. Quiconque s'est penché ne serait que trois minutes sur la question se rend compte qu'il est quasiment impossible de se faire une opinion fondée sur des informations solides. Tous les chiffres disponibles sont incompatibles entre eux. Les études sont faites, comme dans le cas de celle du Figaro, sur des enquêtes particulières dont la méthodologe est incertaine. Comparer les chiffres annoncées  par les uns et les autres, genre enquête Mckinsey, est IM-POS-SIBLE !

Dans le cas de la zone Euro le problème se corse du fait des dettes de la BCE ? Comment les réaffecter aux nations composantes ?

Le trouble est caractérisé quand on lit l'opuscule de l'INSEE sur l'économie française. Pour la première fois, l'édition 2013 donne des indications sur la dette relativement au PIB, alors qu'auparavant on donnait des chiffres sur des bases différentes : par exemple la dette des particuliers était rapportée au revenu disponible, pas au PIB, rendant les regroupements pénibles. 

Si on s'en tient aux chiffres données (particulier, état, entreprise), on reste dans des plages de dettes "acceptables" dont le total dépasse à peine 200%. D'où vient alors l'écart de 200% avec le chiffre de 440%  de la Deutsche Bank ?

Nous transmettons donc la supplique suivante à l'Insee (et par extension à Eurostat et au FMI)  : fournissez-nous une série longue recomposée au moins depuis 1945, donnant, sur une base normalisée, l'évolution de la dette globale française (européenne et mondiale pour les autres institutions).

Devraient  figurer EN TETE et en ENORME dès le début de l'opus sur l'économie française de l'INSEE, l'évolution des courbes suivantes :

- Valeur ajoutée des entreprises de plus de 1 personnes (en montant et en en pourcentage)

- Montant de la dépense publique

- Montant des prélèvements

- Montant de la dette globale et de ses principales composantes.

- part de la population globale  au travail

- ratio salarié des entreprises privées (hors associations et finance)/population totale ;

Dans la seconde qui suivra la lecture de ces courbes, le lecteur comprendra :

- que la crise de 2007-201x et sa dureté étaient entièrement prévisibles : télescopage de la crise décennale avec un encours de dettes intenables. C'est le moyen qui nous a servi à les prévoir dès Pâques 2006.

- que la montée du chômage est entièrement corrélée à celle de la dépense publique, avec ses deux compagnons prélèvements et dettes.

La crise de 1929 a permis de gros progrès statistiques. Il faut que la crise en cours provoque les mêmes progrès accompagnés d'une meilleure diffusion publique.

L'INSEE, malgré les pesanteurs politico-syndicales qui pèsent sur ses équipes (et qui était devenue évidente quand les syndicats ont exigé le renvoi d'un analyste qui niait l'effet bénéfique sur l'emploi des 35 heures), n'est ni au service de l'Etat, ni au service de la classe des fonctionnaires, ni au service du "peuple de gauche" ou de ses servants. Il est au service des citoyens et son monopole a pour contrepartie une diffusion neutre,  éclairée et éclairante. 

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Le démon du bien

Le démon du bien

 

Depuis le début de la crise nous prétendons qu’elle n’est pas le fruit de l’action de « vilains » mais plutôt d’erreurs globales commises par des élites animées par la recherche d’un bien supérieur. La durée de la crise et l’absence de vraies solutions proviennent justement de ce caractère très particulier : personne ne veut renoncer au bien !

Cette situation rappelle l’Union soviétique et ses politiques agricoles. Le système ne marchait pas. Mais il était parfaitement conforme à la doctrine considérée comme « indépassable » du socialisme agraire.  A chaque début de famine ou de disette, on criait aux nécessaires réformes et on en lançait une. Qui marchait parfaitement. Allait-on la généraliser ? Non ! Aussitôt les défenseurs de la bonne pensée socialiste veillaient et  interdisaient la prolongation de la réforme.

Nous avons proposé une explication de la crise en trois éléments :

-          Le système des changes flottants a provoqué une baisse tendancielle de la croissance mondiale, aggravé l’ampleur des crises décennales et finalement explosé. Le mécanisme principal est la montée délirante et généralisée de l’endettement global, du fait des doubles pyramides de crédits permises par ce système monétaire particulier et jamais décrit en bien par la doctrine jusqu’à sa mise en œuvre de facto sous la pression intéressée des Etats-Unis.

-          L’organisation de l’Euro, fondée uniquement sur une norme, sans aucun organe de pilotage, est un système fragile incapable de faire face à une crise autrement que par des déflations.

-          L’hyperfiscalité française, constamment aggravée, a progressivement paralysé l’économie marchande qui  souffre d’un manque à employer de près de 10 millions de salariés, permis une hypertrophie délirante du secteur public  et créer une situation insoluble où les prélèvements excédent la valeur ajoutée des entreprises.

Il n’est pas difficile de comprendre que la France, baignée dans la mondialisation financière basée sur les changes flottants,  membre fondamental de  la zone euro en déshérence et noyée dans son propre vomi fiscal, ne peut pas s’en sortir facilement.

Le premier choc fiscal, dû à  Sarkozy, doublé par le délire fiscal et les injures sociales de Hollande,  ont aggravé la cause spécifiquement française de nos malheurs économiques. L’année 2012 a vu un recul global de PIB, la baisse du pouvoir d’achat (par tête et global), la spoliation des entrepreneurs et des épargnants pour obtenir au final plusieurs centaines de milliers de chômeurs de plus,  avec en vue le record de chômage à plus de 11%, de très nombreuses faillites,  le  blocage de l’immobilier, et…un déficit public et un endettement public  aggravé.

Dirigée par un fils de famille aigri contre la bourgeoise et l’extrême droite de son enfance, haut fonctionnaire qui n’a jamais travaillé, ni dans la fonction publique ni ailleurs, qui a fait une carrière d’apparatchik malin  mais méprisé par tous ceux qui l’ont approché du fait de sa méthode qui consiste à toujours donner raison au dernier interlocuteur et d’éviter à tout prix de se faire coincer par l’énonciation d’une idée quelconque,  la France économique  a été abandonnée aux vaticinations et improvisions d’un professeur d’allemand et d’un professeur de maths.  Ces excellences de préau d’école n’ayant jamais vu une entreprise de leur vie ne pouvaient que prendre des décisions déplorables. Elles l’ont fait avec une incompétence à la hauteur de leur engagement socialiste.

Bien sûr, dans un moment de dépression économique, il faut à tout prix réduire les frais généraux de la nation et conforter autant qu’on peut le tissu des entreprises. 

Comment faire quand la classe gouvernante depuis 1974, l’énarchie compassionnelle, promeut l’idée généreuse, bien que controuvée, selon laquelle  seul le haut fonctionnaire voit juste et qu’il est seul  désintéressé, qu’il doit arbitrer la société,  qu’il faut crier en permanence « vive l’impôt » et que la dépense publique est le seul bien collectif qu’il faut à tout prix protéger, et ses servants avec ? Seule la séparation de la politique et de la haute fonction publique permettrait d’en sortir.  Cela supposerait deux mesures constitutionnelles évidentes :

-          Nul ne peut recevoir deux rémunérations de l’état

-          Nul ne peut être membre d’une assemblée ou d’un exécutif qui fixe sa propre rémunération.

Seulement voilà, il faudrait s’attaquer à un « démon du bien », comme disait Henri de Montherlant.  Et ce démon  tient les institutions politiques, l’Etat, la banque, et … la presse.

L’Europe de l’Euro a elle aussi ses démons du bien.  Ils suggèrent que l’Europe c’est la paix, que seul l’abaissement des Etats la permettra, qu’il faut mettre fin à toutes les barrières, à toutes les frontières et que l’individu européen, enfin libéré des contraintes artificielles mis à son bonheur et à son action par  les nations, pourra montrer toute sa fécondité.

Les Européistes ont considéré qu’il fallait créer  l’Euro sur une base purement contractuelle.  Que les sinistres moignons d’Etat fassent ce qu’on leur demande, à savoir conserver leur déficit dans la limite de 3% du PIB et l’endettement public en deçà de 60% du PIB et tout irait bien.  Jusque-là les Etats avaient des armes conjoncturelles, taux de change, politique monétaire et financière.  Dans le cadre de la zone Euro ces pouvoirs sont supprimés. La BCE n’a qu’un rôle vis-à-vis des prix qui doivent rester en deçà de 2%. L’objectif statutaire est unique.  Que se passe-t-il en cas de crise conjoncturelle mondiale ? Silence.  Que se passe-t-il en cas de distorsions internes ?  Silence.  On a mis la charrue avant les bœufs. Les bœufs ont naturellement piétiné la charrue qui ne marche plus.

On change ? Non. L’approche juridique et l’option européenne de principe sont des démons puissants. Tout cela a été fait (ou défait comme on voudra) pour la paix et le bien commun. Cela ne marche pas ? Tant pis ! On ne revient pas sur d’aussi beaux principes.

La dernière classe de démons du bien se trouve aux manettes de l’organisation monétaire internationale. Seuls les polémistes à courte vue peuvent prétendre que l’organisation qui a été mise en place est le fruit pourri d’une malveillance organisée.  Empêcher les Etats de venir gêner voire empêcher des relations économiques mondialisées par des contraintes abusives est un objectif défendable et même souhaitable.  La liberté n’est pas une contre-valeur.  Faire en sorte que chaque individu à travers le monde puisse aller et venir librement, s’établir librement, contracter librement,  au civil comme au commercial, acheter et vendre librement,  ce n’est que reconnaître un droit naturel de l’homme au monde. 

Construire un tel monde n’est pas une œuvre vaine et démoniaque.

Le diable une fois de plus n’est pas dans l’objectif mais dans les modalités.  L’organisation monétaire est  contingente. Ses modalités doivent être d’abord efficaces.  Pour servir une même fin,  une organisation peut s’avérer meilleure ou pire qu’une autre. Chercher la meilleure n’est pas  un exercice indifférent.

En voulant construire un système de libertés concrètes sur une organisation non coopérative, le monde occidental s’est trompé. Malheureusement les tenants de cette politique non coopérative et déséquilibrée assimilent l’organisation qu’ils ont choisie et les objectifs poursuivis.  Jupiter aveugle ceux qu’il veut perdre.

Le résultat est qu’il est impossible de mettre en cause le système des changes flottants qui est la base du G.20 et de toutes les relations internationales. Essayez, pour voir, de faire passer un texte qui remette en cause les changes flottants dans un cénacle international, dans un média qui se veut sérieux,  ou même auprès d’un éditeur : impossible !  Le tabou est trop fort.

Système monétaire malfaisant, système de l’Euro absurde, hyperfiscalisme français aberrant sont autant de montagnes impossibles à gravir car gardées par des démons du bien.

La crise entrera dans sa septième année en juillet 2013. Sept ans de malheur. Il est temps de jeter le miroir cassé de nos bonnes intentions  détournées de leur véritable finalité!  Les changes flottants ne sont pas la condition du  libéralisme économique international. L’Européisme aventuré n’est pas la condition de la construction européenne.   Le socialisme bureaucratique n’est pas la condition du social.

Il faut vaincre le démon du bien qui est en nous, même si l’enfer, c’est les autres, comme disait Sartre, un spécialiste.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.  

Une poussée de lectures significative (2)

Nous avions fini l'année 2011 avec  une fréquentation record : 115.123  lectures cumulées, un doublement chaque année. 2012 a vu une véritable explosion du lectorat : 382.400 lectures à ce jour soit 267.277 lectures de plus en un an.  Merci à tous ceux qui nous encouragent de leur lecture. Ils nous laissent penser que ce blog n'est pas totalement inutile et permet, comme c'est notre objectif, de fournir une information complémentaire de celle des médias officiels.

L'explication de cette hausse importante tient probablement à l'élection présidentielle française. Beaucoup, à gauche comme à droite, ont voulu aller au delà des explications très partielles données par les candidats.  La campagne a eu pour principale caractéristique que les deux candidats ont tu la réalité économique du pays et ont caché leurs véritables intentions. Nos lecteurs ont cherché dans une source non officielle de quoi nourrir leurs réflexions et nous sommes heureux de leur avoir fourni quelques éléments d'appréciation. Dès que l'élection a été "pliée" la fréquentation du site a baissé revenant à un étiage plus "normal" (80 à100.000 lectures an tout de même !).  

La campagne a été largement une opération de diversion menée par les deux candidats avec des moyens proches et peu recommendables : cadeaux au peuple et dénonciation de boucs émissaires.

Comme nous l'avions écrit à chaud F. Hollande s'est bien égosillé à ne rien dire. Près de deux ans après le lancement de sa propre campagne, on ne sait toujours pas comment il prétend réduire la dépense publique aux niveaux requis par l'engagement d'un déficit à 3%.

Il est vrai que Nicolas sarkozy a été dans le même déni de parole. Toute l'année 2011 et le début 2012 n'ont été que des remises sur l'établi des lois de finances pour aggraver l'imposition, provoquant une vague de chômage intense.

Au total l'année 2012 aura été comme gommée du fait de l'élection présidentielle : il n'y a plus eu de recul jusqu'à l'élection. Et après l'élection la période d'euphorie suivie par le brusque retour aux réalités n'ont pas permis de réaliser ce qu'il se passait : une croissance extravagante du nombre des chômeurs dans toutes les catégories. 

Commencée dans la panique, la période a été nourrie d'augmentations d'impôts continuelles. La France n'a cessé de voir sa croissance baisser et son chômage augmenter jusqu'à ce que l'hystérie fiscale socialiste ne vienne bloquer l'économie toute entière. Ce choc fiscal extravagant et accompagné de propos haineux ne lui a pas permis de bénéficier de la détente provoquée par les prises de position de M. Draghi et le vote du traité budgétaire européen.

M. Hollande semble penser qu'il pourra  faire payer quasi totalement la crise aux classes aisées d'une part en les assomant d'impôts et d'autre part, on va bientôt le voir, en leur coupant toutes les allocations qui ne sont pas sous conditions de ressources.  En faisant bruler la chandelle par les deux bouts, il peut effectivement récupérer les milliards de revenus et d'épargne des familles jusqu'ici aisées.   Ce faisant, il casse toutes les solidarités mises en place à la Libération. La question est de savoir s'il ne bloque pas aussi pour longtemps toutes les perspectives  d'investissement et donc de croissance et d'emplois.

Les économistes socialistes n'ont cessé de lui répéter qu'en prenant "le superflu" aux riches, sans toucher au revenu des moins fortunés, il ne modifierait pas réellement la demande globale et donc limiterait les risques de récession.  En même temps ils savaient très bien que les mesures confiscatoires n'ont qu'un rôle marginal dans les recettes. On le voit bien avec la mesure de l'effet des annulations de recettes budgétaires associées aux décisions du Conseil Constitutionnel.

La vérité est qu'il ne pouvait échapper à une hausse généralisée des impôts et que tout le reste est de la com'. Les mesures confiscatoires "symboliques" n'ont comme but que de faire passer la pilule :"Bien sûr la pilule est amère mais voyez comme nous avons assomé les riches : soyez donc contents !".

La Com' est véritablement la maladie honteuse de la politique moderne. On ne cherche même plus à savoir quelle doit être la bonne solution pour régler un probléme. On cherche seulement la recette magique pour parer par la com' les conséquences des inconséquences. 

Le dernier truc suggéré à "moi je président", à part de rectifier la cravate par un double noeud, une mesure cruciale tant le débraillé présidentiel est une cause nationale de premier plan,  est de se muer en grand chef de la lutte contre le chômage. La route du chômage comme celle du fer, naguère, va être coupée. Nous sommes en pleine gesticulation.

Il est rarissime dans l'histoire économique qu'une courbe de chômage croissent pendant plus de cinq ans avant de s'inverser un temps soit peu.  M. Hollande se souvient de 1997 et la baisse imprévue du chômage que personne ne semblait voir venir.  Son pari repose sur une idée du cycle que nous défendons par ailleurs. Nous ne saurions la laisser totalement de côté. Il est parfaitement possible maintenant que le gros de la panique est passée qu'il y ait un redressement rapide des circuits financiers complètement  chamboulés par la peur.

Tout le monde se moque de l'objectif de 3% qui lui ne sera probablement pas atteint.

L'important est dans la baisse du taux d'endettement qui crédibilise une sortie non explosive de la crise de la zone Euro.Même si on en reste à un chiffre entre 3.5 et 4.0%, il n'y aura pas péril en la demeure.

La seule question reste de savoir si l'effet dépressif des mesures fiscales prises et du climat presque obscène qui a été créé par le "socialisme du symbole" permettra d'éviter une vraie récession. La procrastination et la passivité ne peuvent rien laisser espérer. Les mauvaises nouvelles risquent de s'enchaîner sur tous les fronts. Les communiquants l'ont bien compris. Des dizaines de projets de lois sont sur l'établi, nous fait-on comprendre. Tout dépendra de leur contenu. 

F. Hollande semble décider à ne toucher à aucun poste de fonctionnaires. Il n'y aura pas de "dégraissage". L'anomalie française du sureffectif public ne sera pas corrigée. On phosphore pour savoir comment réduire la dépense sans toucher aux effectifs. Il ne reste que la voie des prestations et des reversements. Les investissements publics sont déjà au plus bas aussi bien à l'échelon national qu'à celui des régions et des collectivités locales. Et il va bien falloir annoncer quelques grands projets pour faire croire au redémarrage de la croissance.Comme on l'a vu la suppression des allocations aux familles aisées ne suffira pas.

Alors ?

Alors il ne reste qu'à croiser la doigts et espérer une reprise de l'économie mondiale. La fin de la panique peut être l'occasion d'un redressement conjoncturel. Les liquidités, énormes, sont là et le coût de la thésaurisation n'est plus justifié par le risque. Des occasions peuvent être saisies à l'échelon international   et l'Allemagne peut relancer un peu. Bien sûr il reste un stock de dettes impressionnant. Mais le cantonnement a été à peu près fait et son dégonflement est une affaire de longueur de temps et de croissance organisée collectivement.

Il se peut que F. Hollande ait de la chance. Il criera à une "victoire" qui ne lui devra rien.

Il se peut aussi qu'un incident de parcours se produise qui mette en excergue la précarité de la situation française.  La crise de l'Euro est loin d'être finie et le choc fiscal asséné aux Français a été si rude qu'il peut avoir découragé profondément les investisseurs. Le poids d'une administration non reformatée et de dépenses non maîtrisées, associé à la ruine des possibilités d'investir des familles aisées,  à d'une conjoncture européenne capricieuse et à une conjoncture mondiale non maîtrisée, peut donner un coup de ciseau définitif dans les ambitions socialistes.

En juin 2013 le taux de prélèvement sera entre 46 et 47%. La dépense publique avoisinera les 57% du PIB. Les chômeurs catégories A seront malgré les mesures statistiques sur le chômage autour de 3.5 millions et le non emploi à près de 8 millions.  Le taux de dettes aura certes baissé mais peu. La fuite des cerveaux et des entrepreneurs sera à son maximum. La France sera alors sur le fil du rasoir. Il y a  peu de chances pour que 2013 ressemble à 1997.

Nous ne saurions trop conseiller à M. Hollande d'oublier ses hommes de communication pour se concentrer sur trois politiques : 

- Obtenir des pays des différents G.xx le retour à une concertation véritable basée sur la disparition des grands déséquilibres mondiaux. L'idéal serait d'obtenir une restauration des obligations monétaires grâce un arrangement de type Bretton Woods. Après tout F. Hollande a un temps déclaré qu'il y était favorable. A lui de trouver les voies et moyens de cette politique en s'appuyant si c'est possible sur Lagarde et le FMI. Il doit se souvenir que DSK avait mis à l'étude un retour aux changes fixes et ajustables basés sur une monnaie internationale non associée à une monnaie nationale.  Qu'il réactive ces travaux !

- Obtenir une relance interne de la Chine et de l'Allemagne,  tout en poussant au niveau de l'Euroland à la création d'un poste de chancellier économique  de la zone Euro avec de véritables pouvoirs de politique monétaire, budgétaire et sociale, orientée vers le plein emploi et pas seulement vers la stabilité des prix internes d'un échantillon de produits de consommation.

- Profiter des décisions du Conseil Constitutionnel pour se réconcilier avec les Français méritants qu'il a inutilement saqués et désignés à la vindicte fiscale et publique, même si ses communiquants, quand ils ne lui parlent pas de sa cravate, lui conseillent de garder au chaud des boucs émissaires pour les temps difficiles. Il y a du gras un peu partout dans l'économie subventionnée. Même s'il ne veut pas trop toucher aux postes de travail existants, qu'il évite au moins toute nouvelle embauche publique aussi bien dans les régions qu'à l'échelon de l'Etat français et de l'Europe. Qu'il supprime les 35 heures dans la fonction publique et laisse les partenaires sociaux définir les durées de travail entreprise par entreprise.  Qu'il passe la retraite à 65 ans  avec harmonisation des régimes  sur celui du privé. Qu'il supprime le système aberrant des intermittents du spectacle. Qu'il mette fin à mille abus, avant même de gratter l'os de l'Administration centrale. Qu'il réduise les étages du mille-feuilles administratif  et les spécialise.  Tout cela peut être fait sans hausse d'impôts et sans réduction d 'effectifs. Qu'au moins au sortir de 2013, des réformes fondamentales et réclamées à cor et à cri depuis des lustres soient fortement engagées !

S'il se contente d'astuces de communiquants, de faux semblants, de mesures dilatoires, de dénonciations de boucs émissaires, et d'une aggravation de l'agression fiscale, en gros s'il se contente de ce qu'il a fait en 2012, le désastre est au bout du chemin. 

Le pire n'est pas toujours le plus sage.

D'autant plus que, comme lui, nous pensons qu'il y a un bout du tunnel et qu'il est possible sinon à l'automne en 2013 du moins au printemps 2014.

Mais qu'il change ! Ici et maintenant !

Sinon gare à l'accident ! 

 

Didier Dufau pour le cercle des Economistes E-toile.



Deux mots à la revue Commentaire

La revue Commentaire est fort intéressante. Elle a son influence. Elle mérite d'être soutenue. Mais elle souffre d'un léger complexe : celui de l'officialité. On donne la parole a des auteurs "reconnus" et on ne prend aucun risque intellectuel. Le sérieux veut cela. Comme toujours, la méthode a des limites. Celle de produire des articles sinon insignifiants du moins largement à côté de la plaque chaude.

Prenons celui de M. Robert Barro. Ses "credentials" sont impeccables. Il est professeur à Harvard donc ipso facto "parmi les plus réputés du monde", même si personne n'en a jamais entendu parler.  Il est spécialiste de la croissance et des crises.  Là cela devient intéressant : il a du prévenir le monde qu'une crise mondiale allait survenir très tôt avant 2007 ou au moins début 2008.  Il a du en comprendre les mécanismes.

Naturellement il n'en est rien. M. Barro est un de ces professeurs rétrospectifs qui ne voient jamais rien venir mais qui commentent parfaitement quatre à cinq ans après les évènements qui l'ont surpris et que sa spécialité lui commandait de prévoir.

Donne-t-il  pour autant un diagnostic exact ? Même pas. Il en est resté à l'explication par les subprimes.  La crise de 2008 est un peu plus grave que la crise de 1992 parce qu'il y a eu la bulle des subprimes et des produits financiers complexes.  Cinq ans après,  quelle grande nouvelle !

Nous avions donné cette explication le lendemain même de la chute de Lehman-Brothers sur ce blog. Mais en précisant bien qu'il ne s'agissait que de l'allumette qui avait mis le feu.  Le combustible s'était accumulé en quantité désastreuse bien avant.  Et nous avions essayé de comprendre pourquoi et comment. En 2008, pas en 2012.

Toute cette explication des causes profondes est absente. Nous développions  à l'époque cette image : un énorme nuage orageux s'st accumulé au dessus de Paris. Il a explosé d'abord sur la tour Eiffel. Est-ce une crise de la Tour Eiffel ?  Non. L'important c'est le nuage. En l'occurrence le nuage de dettes qui s'était accumulé depuis 1971 par étape, l'endettement global passant de moins de 200% du PIB à près de 400 dans la majorité des grands pays industriels.

Parler de l'éclair qui a frappé la tour Eiffel, c'est-à-dire des subprimes et leur diffusion dans des véhicules financiers controuvés, n'est pas à proprement parler faux. C'est grossièrement insuffisant.  Et comme les banques en ont tiré les leçons, on n'a guère de suggestions à faire pour sortir de la crise.

En revanche, un professeur à Harvard  peut critiquer tout ce qui a été fait pour juguler la crise. Plans de relance et augmentation d'impôts ne permettent pas de sortir de la crise,  dit notre économiste. Il aurait mieux valu laisser Général Motors faire faillite. Les incitations marchent mais elles ont des effets pervers.  L'extension de la couverture chômage selon l'auteur se retourne contre les chômeurs qui restent beaucoup plus longtemps au chômage.  Bush est présenté comme un Obama, à l'opposé de Clinton et Reagan. Ce qui surprendra les lecteurs français. Ils ont l'un et l'autre multiplié les effectifs des administrations et lancé des plans grotesques. L'auteur cite notamment le plan Ethanol et la prime à la casse des voitures.  Le qualificatif employé pour ces actions est sévère, dans le propos lissé et conventionnel d'un professeur de Harvard : "débile".

En gros toutes les mesures de relance et  de protection sociale  se sont retournées contre leurs auteurs et leurs bénéficiaires.  

Dans cette ligne d'esprit il déclare que toutes les politiques de Quantitative Easing n'ont pas eu beaucoup d'impact. Le Trésor aurait pu intervenir sans que la FED ne le fasse.  De toute façon "les marchés financiers en savent plus que moi" et naturellement plus que les gouverneurs de la FED et le gouvernement.

L'auteur parle alors de la "crise des gouvernements".  La crise de l'Euro est vue comme une crise d'irresponsabilité budgétaire.  L'indiscipline est la source de la crise. Et il faut surtout éviter toute politique d'unification budgétaire car elle n'aura pour effet que d'attiser l'indiscipline.

Aux Etats-Unis la solution c'est de tailler dans Medicaid et Medicare. Et supprimer l'impôt sur les bénéfices des entreprises et l'impôt sur les successions. Mais il faut y instaurer une TVA.

L'auteur conclut que finalement il est pessimiste compte tenu que trop de politiques à effets pervers ont été menées mais que les marchés sont néanmoins optimistes. Wait and see.

Que tirer de cet article ? Pas grand-chose sur  le fond de la crise. A partir du moment où l'on considère que les marchés libres sont la seule solution et que la crise est due à un disfonctionnement bancaire limité et déjà corrigé, on ne peut conclure que dans une seule direction :  si la crise continue c'est la faute des Etats qui font l'inverse de ce qu'ils devraient.  N'aurait-on rien fait, nous serions déjà revenu dans le bonheur économique.

On est dans l'affirmation idéologique, pas dans l'économie d'observation.

Dressons un tableau de ce qui nous sépare de l'interprétation de Robert Barro :

Nous : la cause de la crise est le système monétaire international, ayant créé une double pyramide d'endettement, des déséquilibres massifs et explosifs, une complexité croissante  et une économie internationale casino.  Corolaire : les subprimes sont une allumette. Elle a mis le feu à une montagne de dettes qui ne pouvaient plus être remboursées. Solution primaire : changer le système monétaire international ; revenir à des garanties d'état sur la valeur des monnaies. Pronostic : mauvais car les causes n'étant pas comprises on ne prend pas les bonnes mesures.

Barro : crise d'exubérance des marchés notamment des subprimes qui s'est auto corrigée. Corolaire : pas d'intervention des Etats. Solution primaire : empêcher les banques centrales et les Etats de gâcher tout en créant de la monnaie de façon folle, en augmentant les impôts de façon folle, en solidarisant trop les budgets et les dettes. Laissons les mauvais faire faillite. Pronostic : mauvais car les Etats en font trop par les impôts et par les banques centrales.

Derrière ces différences fondamentales, nous nous rejoignons sur certains points :

- Les relances keynésiennes ne peuvent pas fonctionner en change flottant. Nous le savons depuis celle de Chirac en 74. Elles entraînent en fait des effets pervers qu'il faut immédiatement corriger à coup d'impôts et de plans de rigueur qui retardent la sortie de crise. On l'a vu en France dès 76, leçon répétée avec le Plan Juppé de 95 puis avec la folie fiscale en cours de Hollande.  Les crises se résorbent en partie toute seule et dans certains cas il est nécessaire de ne rien faire. Nous l'avions expliqué sur ce site au moment où de nombreuses voix s'élevaient pour relancer à tout va par le déficit public. On voit où on est.

- Il faut un amortisseur social en cas de crise mais il doit fonctionner ainsi : moins de ressources élevées mais pour un plus grand nombre de personnes.  L'histoire sociale récente en France a fait que le système d'indemnisation du chômage est extrêmement généreux, avec des rentes très élevées dans certains cas et fort longues. Le RSA qui a surtout servi à donner plus aux chômeurs de longue durée était totalement inopportun en pleine crise.  Il faut des allocations mais non pas basées sur l'idée qu'il faut prolonger les rémunérations habituelles pendant pratiquement deux ans, mais sur une idée forte de solidarité : on fait face à l'urgence en payant le nécessaire à ceux qui en ont besoin pendant leur période de chômage. Payer des allocations à vie et à tous ceux qui les demandent est ridicule. De même que payer des indemnités de 6.000 euros à des cadres qui de plus ont négociés leur départ avec leur employeurs et possèdent des biens par ailleurs est un véritable scandale.  L'indemnité chômage doit être un dispositif de sécurité pour les plus pauvres frappés momentanément par le chômage.  

- la solution de sortie de la crise de l'Euro par la mutualisation totale des ressources  avec une gestion centralisée et fédérale de transferts gigantesques est une folie.  

- On ne peut pas sortir d'une crise profonde en volant les "possédants". L'hyper fiscalité est un leurre. Sarkozy a commencé à aller en ce sens et Hollande a fait exploser le déconomètre. Ils n'ont fait que bloquer la reprise d'abord, l'interdire ensuite.

 - La discipline en matière de dépense des Etats est indispensable. La mise en place de programmes administratifs énormes et incontrôlables, ou la gestion par des normes intenables, sont également à proscrire.  Le plan Ethanol aux Etats Unis était stupide. Mais le plan européen pour les énergies renouvelable l'est tout autant. La meilleure preuve c'est que nous sommes obligés de revenir sur toutes les mesures prises (éoliennes, panneaux solaires, carburants agricoles  etc.).     

En revanche nous divergeons de façon forte et formelle sur d'autres points :

- Il était inévitable que les banques centrales tentent de juguler le "credit crunch" associé à l'évaporation d'une partie bien supérieure à la normale des créances bancaires. Sinon tout le système bancaire aurait explosé partout et les agents économiques auraient perdu instantanément toute leur épargne !  Ce mécanisme avait été à la base du drame de 1929.

- la crise de la zone Euro ne peut pas  être jugulée sans créer une instance de gestion de la zone euro (gestion de la monnaie, des changes, de la coordination budgétaire et sociale). Si on ne le fait pas, la zone explosera.  Profitons en pour dire que la solution de Noyer, Gouverneur de la Banque de France QUI CONSISTE SEULEMENT A RENFORCER DES NORMES, est injouable. Il ne reste plus qu'à subir des déflations provoquées qui sont terribles pour tout le monde.

Au total l'article choisi par la revue Commentaire est de peu d'intérêt car il ne va pas au fond des choses. L'a priori qui consiste toujours à chercher la vérité aux Etats-Unis est ridicule. Les économistes de Harvard ne sont en rien des lumières qui éclairent le monde.  Je suggère un peu de nationalisme sur ce sujet. La France a des choses à dire au monde et n'a pas constamment à se rouler aux pieds des Etats Unis.  Bien sûr ce qui a séduit c'est l'orientation libérale de l'auteur qui tranche avec le dirigisme inouï que l'on subit en France et les mille voix qui le supportent pur avoir leur place au soleil médiatique. 

Nous ne pouvons nous empêcher de penser qu'il  y a des questions plus graves à soulever et des solutions plus positives à faire valoir que celles évoquées dans l'article de ce Monsieur Barro. La crise doit être mieux comprise pour que des politiques meilleures soient conduites.  C'est à cela que la revue Commentaire devrait s'attaquer.

Conseil d'ami bien sûr.

PS : le texte mis au concours du jeu "de qui est-ce" page 1026 est de Furet.

 

Didier Dufau, pour le Cercle des économistes E-toile.  

Le cycle : mythe ou réalité ?

Il aura suffi que le Président hollande déclare que le cycle existe et qu’il permettra à un moment de son quinquennat une belle reprise pour que les analystes y aillent de leur raillerie contre une idée aussi saugrenue.

Le cycle existe. Nous avons abordé de nombreuses fois ce sujet sur ce site.  Un cycle des affaires quasi décennal existe depuis que l’économie est devenue une économie basée sur le crédit. Son moteur est l’oubliant optimisme qui se saisit des acteurs après quelques années de vaches grasses qui  laissent croire que le ciel bleu est pour toujours et que l’on peut investir en se fondant sur des tendances lourdes de croissance. Le crédit accompagne cet optimisme. Il dépasse sa cible. Un « crédit crunch » plus ou moins violent, qui est la phase de crise du cycle, s’ensuit. Il faut quelques années pour le digérer et le cycle repart.

Le cycle quasi décennal est un cycle du crédit et de l’optimisme. Maurice Allais assimile le taux d’intérêt à la fonction d’oubli : géniale intuition ! Elle explique que les retournements n’ont pas la même intensité : une crise dure suit une crise molle et inversement. Les excès sont modérés quand on a encore en tête les difficultés de la crise dure. Ils sont plus forts lorsque les excès ont été oubliés.

Pour s’en tenir aux derniers spasmes du cycle, on constate : crise dure en 73-74, crise molle au début des années 80, crise dure au début des années 90, crise molle au début des années 2000, crise dure depuis 2008-2009.

La crise commence toujours aux Etats-Unis, percole via les pays exportateurs et se généralisent notamment en France. La mondialisation a accéléré la séquence : les crises font le tour de la terre en moins de 2 à3 ans et ont tendance à devenir synchrones.

Pourquoi les économies repartent-elles ? Parce que même en cas de crise dure et générale il reste toujours un fond d’entreprises dynamiques, que pour beaucoup d’entre eux les agents sont d’abord paralysés par la crainte et qu’elle finit par diminuer supprimant les excès de précaution, et parce que les banques débarrassées du poids des dettes aventurées sont de nouveaux attirées par les nouveaux projets, qui eux ne manquent jamais, car l’innovation est incessante.

Cette mécanique est mondiale. On peut la suivre sans arrêt depuis le 18ième siècle.

Nier le cycle est un obscurantisme.

Il se trouve que beaucoup d’économistes ont abandonné l’étude du cycle parce qu’ils ont cru, dans le camp keynésien qu’il suffisait de contrôler la demande globale pour en éviter les effets, dans le camp monétariste, qu’il suffisait d’éviter le « crédit crunch » par une inondation en monnaie banque centrale. Les deux camps se sont réconciliés autour d’un concept vague de chocs « externes » auxquels il fallait faire face. Le débat est devenu celui de la résilience au choc, vue dans l’ampleur d’un secteur non concurrentiel dans le camp keynésien et dans la souplesse monétaire et les changes flottants dans le camp monétariste.

 

Les praticiens eux se voulaient pragmatiques : va pour la souplesse des changes flottants et l’émission de monnaie en cas de besoin d’un côté, et les dépenses publiques de l’autre. On savait juguler les crises. Inutile de s’embarrasser d’une notion de cycle.

Horreur : à partir de 1974 ce schéma ne fonctionne plus. La relance keynésienne de Chirac sombre dans les déficits extérieurs et budgétaires. Il faut y renoncer.  Rebelote en 92 où il faut mettre en 95 un plan fiscal tel qu’il provoque la récession de 96.  Rebelote en 2009 où le plan de relance aboutit à une crise budgétaire sévère et à un plan de rigueur qui entraîne à nouveau une récession.

Même les pratiques de Quantitative Easing monétariste échouent. Bien que les banques centrales ont, à chaque récession, émis plus de papier monnaie, leurs surenchères successives se soldent par des échecs.  

Le cycle s’en trouve aggravé. Comme chacun a pu le voir chaque crise décennale est plus aigue et chaque reprise plus spéculative et précaire, avec une baisse continue du trend.

On dira : il y a eu 1929 : la dépression est d’une autre nature que le cycle décennal. Nous sommes aujourd’hui, comme en 1929, non plus dans un cycle normal mais dans autre chose. On va parler de changement d’époque, de crise de civilisation, d’un monde nouveau en train d’éclore dans la douleur.

Pour un économiste ce charabia n’a pas de sens.

Même pendant la crise de 29 le cycle sous jacent existait. La reprise aura lieu en 1938 et passera largement inaperçue. Elle sera tuée en France par les erreurs de politique économique du Front Populaire et notamment les 40 heures.

La crise de 1929 est une crise de la dette due au fait que la guerre avait entraîné l’émission de masses de dettes hors du commun, que la richesse s’était concentrée aux Etats-Unis et qu’un système monétaire bancal a été institué. Le Gold Exchange Standard de l’époque avait l’effet de créer des doubles pyramides de crédits, concentrées largement aux Etats-Unis et qui y explosèrent gaiement.  Le reste de l’histoire est une mauvaise gestion de la crise provoquant son aggravation et sa longue durée par des politiques inadaptées.

La crise de 2009 est une crise de la dette due au fait que le système aventuré des changes flottants de monnaies administratives a provoqué une boule de dettes intolérables qui a fini par s’écrouler sur la tête des peuples. Le système n’a pas tué le cycle : il l’a aggravé. Aujourd’hui la profondeur et la durée de la crise sont liées au fait que les bonnes mesures n’ont pas été prises et que la procrastination ne paie pas.   Le cycle en lui-même n’en est pas affecté.

Il y a bien eu une reprise en France entre 2005 et 2008. Mais elle a été faible, principalement du fait du trop gros poids de l’économie publique, du poids fiscal intolérable et des blocages administratifs comme les 35 heures.

Il n’est que trop clair que la politique de déflation menée en Europe et d’hystérie fiscale menée en France peut étouffer tout espoir de reprise un peu net.  Nous sommes en récession à nouveau quatre ans après le pic psychologique de crise. Ce qui est indécent et aurait pu être évité.  Comme en 1996.  

 Ce qui est absurde, ce n’est pas de penser qu’il pourrait y avoir une reprise dans les quatre années à venir. Il devrait en y avoir une. Mais d’imaginer qu’elle se produira sans rien faire ou en l’étouffant.

Sarkozy a eu tort de ne pas écouter ceux qui comme nous l’avertissaient qu’il subirait une crise forte pendant son quinquennat. Hollande n’a pas tort de penser qu’une reprise pourrait bien être « round the corner ».  Après tout  tous les grands changements de majorités politiques ont eut lieu en synchronisation avec le cycle, du fait de la mort prématurée de George Pompidou. Crise de 74, le pouvoir quitte l’UNR pour les Giscardiens. Crise du début des années 80, le pouvoir passe aux socialistes mitterrandiens. Crise de 93, le pouvoir est repris par les Chiraquiens. Crise du début des années 2000 : échec de Jospin. Crise de 2009, Hollande arrache le pouvoir à Sarkozy.

Son erreur est de ne pas prendre les meilleures mesures pour que cette reprise soit nette et active. Il ne le fait pas en France où sa politique sinueuse ressemble à celle du sapeur camembert qui fait des trous pour boucher ceux qu’il vient de creuser et qui a démarré par un choc fiscal irrattrapable. Il ne le fait pas en Europe où l’absence d’institution spécialisée pour gérer l’économie de l’Eurozone est devenue criante, entraînant le maintien d’une gestion par la norme surveillée par un gendarme au lieu d’une politique  dynamique au jour le jour de la monnaie, des changes, des budgets et de l’amortissement de la dette globale de la zone.  Il ne le fait pas au G.20 où la voix de la France est nécessaire pour mettre fin au système non coopératif de monnaies administratives flottantes.

Il ne le fait pas. Comme nous l’avons déjà répété, cela ne veut pas dire qu’il ne le fera pas. Après tout il avait plaidé en 2008 pour un nouveau Bretton-Woods !

Les reniements électoraux récents vont dans le bon sens. Enfin ! Il en faut encore quelques uns pour se hisser à la hauteur de la situation. Mais pourquoi pas ?

S’il prend dès maintenant les bonnes options il pourra effectivement bénéficier de la reprise possible et même probable en 2014-2015 si le G.20 intervient dans le bon sens, c'est-à-dire celui de la réduction concertée des dettes dans le cadre d’une politique de stabilité monétaire et de croissance globale et si l’Europe choisit enfin une gestion active des en-cours financiers, de  la monnaie et des changes.

Ses erreurs initiales en France ne le mettent malheureusement pas en bonne posture pour parler à l’Europe et au monde. Il peut encore revenir sur les erreurs des six premiers mois. Mais peut-il réellement retrouver une crédibilité européenne et mondiale si la récession française dure et que tous les indicateurs virent au rouge du fait de sa lenteur à abandonner les mesures du « moi je candidat » pour celles exigées par la situation ?

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Un document explicite de mai 2007 : la crise était bien prévue !

Face à la prochaine récession
[re: ]

DidierDufau

 

01/05/2007 00:36

 

On sait qu’il existe un cycle économique qui entraîne en moyenne tous les dix ans une récession. Pour en rester à l’après guerre, ces crises se sont produites en 1952, 1963, 1974, 1982, 1993 et finalement 2002. L’histoire nous dit qu’une crise légère succède à une crise grave et réciproquement qu’une grave succède à une légère. Les récessions de 74 et 93 ont été très prononcées. Celle de notre début de siècle a été plutôt modérée. Le scénario historique est donc orienté vers une crise sévère entre 2009 et 2012.

Le nouveau président doit donc se préparer à affronter une récession majeure pendant son quinquennat.

Aucun des deux candidats n’en parle. Evidemment. On ne peut pas jouer les Cassandre en réclamant la confiance des électeurs.

 

==========

Ce texte a été récupéré dans les archives du forum du journal Le Monde où il peut être consulté.

 

Il démontre de la façon la plus claire que dès mai 2007, bien avant le blocage du marché interbancaire, il était possible de prévoir la récession de 2009.  Ce texte a été rédigé en même temps qu'un envoi était fait fait au bureau du candidat Sarkozy l'implorant de tenir compte de la crise à venir et de ne pas annoncer n'importe quoi en matière de croissance.

Indiquer que personne n'avait prévu la crise est donc inexact. Affirmer que les économistes officiels et notamment l'Insee et le FMI n'avaient pas prévu la crise serait plus juste.

Ce thème a été répété dans de nombreux messages dont seulement quelques rares ont été conservés. On trouve par exemple un peu plus tôt ce commentaire :

"C'est le scénario le plus probable. Et si ce phénomène n'est pas anticipé, cela aura des conséquences aussi en politique notamment sur la prochaine élection présidentielle".

Ou encore :

"Comme une récession est probable entre 2010 et 2011, Sarkozy président risque d'avoir à gérer une remontée du chômage au delà de 10%, deux fois au dessus de son objectif".

Rappelons que toutes ces prévisions datent du début 2007.

En septembre 2007 après analyse du blocage du marché interbancaire nous annoncions le départ de la crise violente pour septembre 2008 en pointant qu'elle serait plus sévère que la crise de 93 compte tenu de la masse de dettes accumulées et durerait plus longtemps.

Nous avons choisi d'intervenir sur un blog pour éviter les effacements d'archive. Par chance Le Monde a conservé certains messages relatifs à la période de l'élection présidentielle de 2007.  Dommage que les autres ont été effacés. Ils auraient permis de prouver de façon très objective que les trois défauts majeurs (défauts du système monétaire international conduisant à une montagne de dettes, système européen de l'Euro régressif, France noyée dans sa dépense publique) que nous dénonçons continument sur ce blog l'étaient déjà depuis...1997.

Il n'y a aucune surprise dans les évènements actuels. Les clés d'explication ont été élaborées depuis longtemps et ont été exposées en long et en large des dizaines de fois publiquement sans être constestées dans les quinze dernières années.

Faute que les instances officielles françaises, européennes, et internationales s'en soient saisies, nous sommes en cet été à la veille d'une nouvelle  récession,  avec la même impuissance à comprendre que la source de tous les maux est d'abord à chercher, pour le monde,  dans les dérèglements du système monétaire international qui a permis le gonflement d'une bulle d'endettement mondial phénoménale, maux dont personne ne parle et qui ne font même pas l'objet d'une analyse publique , encore moins d'une esquisse de solution,  pour l'Europe dans des défauts de structure et de gouvernance de l'Euroland  dont on n'a toujours pas compris l'importance et qui restent sans solution, pour la France dans une dérive de dépense publique ahurissante qui a cassé le marché du travail, ruiné l'industrie, endetté les Français fiscalisés au maximum, dont on voit que le gouvernement actuel n'a toujours pas pris la mesure.

La crise actuelle, à ses trois niveaux, est d'abord une crise intellectuelle et politique. Les politiques français s'avèrent incapables de comprendre ce qui détruit l'économie du pays et persistent dans des erreurs monstrueuses. Les politiques européens ne savent pas gérer le monstre qu'ils ont enfanté sans réellement y réfléchir. Le G.20 est incapable de revenir sur les idées et  les mécanismes qui sont responsables du désastre actuel.

 

 

 

 

 

Explosion du lectorat de ce blog : 336.000 lectures cumulées

Effet probable de la conjonction d'une crise dont on ne sort pas, faute d'avoir pris les mesures qui s'imposaient comme nous le répétons inlassablement, et d'une élection présidentielle désastreuse tant elle a été biaisée par l'électoralisme le plus cynique, le lectorat de ce site a littéralement explosé dans l'année écoulée.

Depuis sa création en juin 2008, le nombre de lectures cumulées des articles de ce blog a évolué comme suit :

- Juin 2008-Juin 2009 :                   11.300 lectures

- Juin 2009 - Juin 2010 : 35.000 lectures

- Juin 2010- Juin 2011 :                  81.800 lectures

- Juin 2011 - Juin 2012 :             336.800 lectures.

Les articles les plus lus ont connu entre 2000 et 4000 lectures. Chaque article a été lu en moyenne par presque mille internautes différents.

Au total près de 35.000 lecteurs différents ont lu au moins un article. Une centaine de lecteurs ont lu tous les articles. Sur cette seule année le site a connu plus de 255.000 lectures, dont 221.000 ont eu lieu au premier semestre 2012.

Marquée par de lourdes inquiétudes économiques, l'élection présidentielle a probablement exacerbé un besoin de comprendre hors des canaux habituels les explications qui n'étaient pas données dans la presse et les médias audiovisuels. Notre lectorat est retombé à ses étiages habituels dès la fin du premier tour, lorsque tout était joué.

Beaucoup ont désormais intégré que la blogosphère était une source d'expertise plus ouverte et moins manipulée que la presse. Les journaux sont sensibles à leur positionnement et à leur viabilité économique. Le conformisme et l'urgence y règnent en maîtresses  exigeantes. Ces défauts deviennent criants lors des périodes électorales.

L'inconvénient des élections, pour les rédacteurs d'un blog économique qui entend d'abord décrypter les phénomènes économiques constatés  sans se préoccuper des positionnements partisans, c'est que des observations libres peuvent être justement considérées comme partisanes. Compte tenu de l'importance prise par l'Etat dans l'économie, cette dernière peut pâtir de mauvaises politiques. Elles sont portées par des partis. Les critiquer peut naturellement froisser ceux des lecteurs qui les soutiennent par principe. Il va de soi que les programmes électoraux sont le plus souvent parfaitement cyniques. Il faut tout de même dire que l'on a atteint lors de ces élections un sommet dans le genre. Comment ne pas les dénoncer ?

Le plus grave reste l'inconscience. Lorsque, sur la durée, les gouvernements et la cohorte de leurs conseillers ne comprennent pas le pourquoi ni le comment d'une crise économique gravissime et que le milieu médiatique, en France entre quelques mains seulement, ne fournit pas à l'opinion publique les explications qui lui permettraient au moins de savoir où l'on va, un sentiment d'accablement et de colère vous envahit.

Pendant quatre ans nous avons fait la chronique de cette inconscience.

Qui se rappelle qu'au début de l'été 2008  le monde politico médiatique dans son ensemble considérait qu'il n'y aurait pas de crise et que de nombreux économistes officiels niaient qu'il puisse seulement y en avoir une, écartant d'un revers de la main tous les indices, alors que nous égosillions à dire que la crise était pour septembre et qu'elle serait très grave ?  Après avoir annoncé que la crise était localisée sur une toute petite partie de la finance américaine, ils ont affirmé que la crise était purement américaine, puis purement anglo-saxonne, puis purement immobilière, puis…

Puis rien. Par un changement totale de perspectives les mêmes ont alors déclaré que la crise était inévitable, que la zone Euro était une structure malade etc.  

Nous avons été le miroir, autant que les contempteurs,  de cette ineptie récurrente dominante dans les médias.  

Qui se rappelle qu'à l'automne 2008 et au premier semestre 2009 le nouveau G.20 ne se préoccupait que du bonus des "traders", des règles comptables bancaires, des "subprimes" et autres fariboles ?

Qui se rappelle que certains voulaient des plans de relance gigantesques sans avoir fait le diagnostic que la crise était déjà une crise de la dette et que l'accroissement de la dette globale et son transfert sur les états les mettraient en grand danger?

Qui se rappelle…

Ce blog n'aura été qu'une longue chronique d'un désastre annoncé. Après quatre années de mesures d'urgence, de tentatives de calmer des paniques au lieu de régler les problèmes de fond, des pays entiers vivent un enfer économique. La France prisonnière d'une dépense publique démente et d'un sous emploi massif sort de l'histoire par la petite porte. L'Euro est à deux doigts de éclatement du fait de ses défauts de structure qu'il était interdit de signaler dans la presse tant la pression européiste était forte, juste qu'au virement de bord à 180°. Le monde stagne alors que des déséquilibres phénoménaux se sont accumulées et que la puissance américaine interdit qu'on en discute au fond.

Pour faire apparaître un minimum de vérité, il faut vaincre toutes les bouches à feu qui crient en France "vive la dépense publique, vive l'impôt", c'est-à-dire tout le bloc de l'énarchie compassionnelle , en Europe "vive l'euro", "vive le plus d'Europe", c'est-à-dire toute l'influence européiste dominante dans les médias,   dans le monde "vive la liberté totale des mouvements de capitaux", "vive les changes flottants", c'est-à-dire la toute puissance américaine mobilisée autour du dollar et du triomphe de la finance anglo-saxonne.

C'est beaucoup. On peut même dire que la tâche est impossible.

La seule solution était de prendre l'histoire à témoin, de la mettre avec soi au service de la vérité. Les résultats économiques ne mentent pas. Les erreurs de diagnostics et les mesures improvisées à courte vue ont été le quotidien de ces quatre dernières années. On voit les résultats aujourd'hui :

- La rigueur sans espoir en France, avec en prime  la destruction fiscale de la classe de ses entrepreneurs sous les applaudissements des imbéciles,

- Le désastre de la zone Euro, engagée dans une spirale déflationniste dans fin, avec des fédéralistes à la manœuvre pour rendre l'affaire définitivement intolérable.

- La stagnation et la récession menaçante partout dans le monde faute d'avoir réformé le système monétaire international et mobilisé les Etats sur des objectifs communs, avec la persistance d'une vulgate économique intéressée et débile imposée par les Etats-Unis et les anglo-saxons en général. .   

Aujourd'hui le Cercle des économistes e-toile, comme annoncé, prend un peu de recul. Nos thèses sont connues. Elles ont, croyons nous, reçu une confirmation expérimentale pendant ces quatre années. Nos billets sur ce blog  vont s'espacer en même temps que nous allons chercher d'autres formes d'influence.

Nous remercions les centaines d'entre vous qui nous ont soutenu par la fidélité de leur lecture pendant ces quatre années.   

Nous espérons que ceux qui voudront se pencher sur ces quatre années désespérantes et chercheront à comprendre ce qui s'est passé trouveront dans nos billets des éléments de réflexions et des constats intéressants. Nous avons à plusieurs reprises essayé de traduire le sentiment public tel qu'il était perceptible à certains moments de cette longue crise. Ces sentiments sont fugaces et si rapidement oubliés qu'on n'imagine pas qu'ils aient été possibles. Oui, à un moment, les Français regardaient la crise comme on regarde un défilé d'un balcon : les yeux étaient écarquillés mais le spectacle ne les concernait pas vraiment. Aujourd'hui alors qu'ils sont étrillés fiscalement, que le chômage atteint à nouveau 10% d'une population ,active comptée au plus juste,  que leur épargne est par terre, que même les fonctionnaires vont subir dans leur pouvoir d'achat une érosion certaine,  le sentiment de la crise devient psychose. Ceux qui étudieront la crise dans les années prochaines ne pourront pas percevoir ces évolutions de l'air du temps. Nous en avons conservé quelques volutes.

Nous avons pris à partie un certain nombre de personnalités, non pas pour elles-mêmes, mais pour la pédagogie que pouvaient recéler leurs erreurs manifestes. Quand on expose on s'expose et quand on se trompe parfois de façon caricaturale le commentaire critique peut être un peu raide. Qu'ils sachent tous ici que ce sont les idées exprimées qui ont été critiquées et non pas leur personne, pour laquelle nous avons presque toujours la plus grande considération.

Merci enfin à ceux qui nous ont encouragés de leur commentaires parfois depuis les tout premiers articles.

Didier Dufau économiste en chef du cercle des économistes e-toile.



Les thèses du Pr. Antal Fekete

Singulière expérience que de retrouver dans un livre récent presque mot à mot les thèses que nous défendons inlassablement dans la blogosphère depuis 1996. Ce livre est "le retour au standard or" du Pr Antal Fekete.  

Il tient, comme nous, que les crises ont une source principale : des dérèglements monétaires.

Il signale, comme nous, que le début de la crise est la décision de Nixon de couper le cordon entre or et dollar, introduisant un cours forcé de la monnaie administrative sur sa zone  et des cours flottants entre les différentes monnaies administratives.

Il montre, comme nous, que le FMI a perdu progressivement tout son rôle statutaire.

Il critique comme nous la Doxa imposée aux Universitaires qui veulent enseigner et aux économistes de cour et de média. Il montre la quasi impossibilité de faire carrière sans soumission à cette doxa imposée par les banques et les Etats.  Il charge les économistes officiels d'être des taiseux intéressés quand ils ne sont pas "vendus" aux intérêts bancaires et étatiques.

Il est très clair sur le fait que la  crise qui s'est étendue depuis la chute de Lehman-Brothers n'est pas une crise des subprimes,  des règles comptables ou des bonus et qu'on n'a toujours pas pris la moindre mesure  correctrice utile ce qui explique la durée de la crise. Une thèse que nous serinons sans relâche et qui et une des vocations de ce blog.

Il démontre facilement, comme nous-mêmes,  que la production d'or aurait permis de garder le rythme d'une croissance équilibrée dans les 50 dernières années, sans les pénuries annoncées par les sectateurs de la monnaie administrative à cours forcé.  

Bref l'auteur est de ceux qui comme nous considèrent que nous sommes arrivés à une forme d'explosion du système de monnaies administratives, gérées par des gnomes,  et s'échangeant entre elles sur des marchés à cours flottants.

Bravo et merci !  On se sent moins seul. Peut-être ceux qui nous lisent auront moins l'impression que nos thèses sont trop personnelles et aventurées, malgré leur rigueur intellectuelle et leur adaptation aux faits . Des économistes regardant les faits et eux seuls arrivent aux mêmes conclusions, ce qui est plutôt réconfortant.

Quels sont les points où l'auteur va plus loin que nous et ceux où nous divergeons ?

Sur le passé, l'auteur remarque que le 19ème siècle a été pendant tout le temps où l'or a continué à circuler librement nationalement et internationalement, un moment de croissance régulière globale de 5% l'an.  Certains calculs aboutissent plutôt à 3%. L'auteur oublie le cycle et les crises récurrentes qui étaient à l'époque particulièrement forte. On pouvait subir des reculs de PIB de 30 à 40% !  

Il attribue la responsabilité de la guerre de 14 aux mesures de 1909 sur le cours forcé/cours légal des principales monnaies. En fait c'est la crise de crédit terrible qui touche les Etats-Unis un peu avant qui expliquent les mesures prises et la guerre a des causes externes à la question monétaire. En revanche il voit juste lorsqu'il signale que la monnaie administrative à cours forcé a permis de maintenir la guerre totale pendant très longtemps, alors que faute d'or, elle se serait arrêtée plus tôt.   

Il analyse l'échec du retour à l'étalon or de la fin des années 20 par le refus de recréer un marché des créances obligataires  ou d'escompte rattaché à l'or. Cette décision aurait été  secrète. le but était de dégager les Etats de leur sujétion vis-à-vis de l'or. Les états ne voulaient pas que l'épargnant privilégie les créances privées remboursables en or pour fourguer son papier monnaie.  Du coup la licence de création de monnaies administratives a créé un emballement des dettes qui a fini par exploser en 29, alors que les dettes de guerre restaient énormes et généralement irrécouvrables. Nous sommes plus nuancés : la crise est directement liée au gold exchange standard et aux doubles pyramides de crédit qu'il a permis. Mais il était à peu près impossible de revenir à un pur étalon or, ce dernier ayant été capté par un seul pays, les Etats-Unis.  

Il est vrai qu'il défend le rôle des effets-or (titre à trois mois gagés sur l'or et pouvant se négocier internationalement)  avec des raisonnements très clairs et démontre qu'en l'absence de ce mécanisme de produits dérivés de l'or, un système d'étalon or ne peut pas fonctionner bien. L'auteur croit au rôle indispensable d'une chambre de compensation de créances-or à 90 jours, sur une base nationale et internationale.

A contrario le développement des effets-or permettait de financer les salaires et le plein emploi. L'auteur associe chômage structurel et monnaies papier à cours légal exclusif.  "L'évidente porte de sortie est la résurrection du Fonds des salaires qui permettrait la circulation spontanée des Effets réels qui ont été utilisés pour la dernière fois en 1914". "Un vrai effet-or pour être utile doit mûrir en un instrument financier supérieur. Sinon il ne circule pas. Par conséquents la réhabilitation des effets signifie la réhabilitation simultanée du standard-or les deux allant ensemble comme une main et un gant".

Sans nier le moins du monde la réalité de ce raisonnement, il convient de noter que les trente glorieuses ont été possibles sans ce mécanisme. Mais il y avait une certaine forme de rattachement général des monnaies à l'or, même si c'était via le dollar lui-même rattaché, et les changes étaient fixes même s'ils restaient ajustables. Bien sûr comme nous l'avons expliqué dans différents billets  ce système finira par exploser. Mais, corrigé, il nous semble devoir rester un bon système, sans nécessairement passer par un étalon-or pur et dur.

Antal Fekete défends aussi l'idée que les taux d'intérêt très bas sont destructeurs de l'emploi et de la prospérité. Nous avons-nous-mêmes défendu cette thèse contre Alan Greenspan dans les années 90 et au début des années 2000. Une sorte de croyance populaire assimile  taux très bas à prospérité. En vérité les taux très bas anéantissent le capital  qui disparait. Pourquoi conserver du capital stérile ? Les taux d'intérêts trop bas ne peuvent que financer des bulles qui explosent au final.    On répète dans les cours d'économie que la baisse du taux d'intérêt fait hausser les cours d'action.  Il suffit de constater aujourd'hui que les taux sont historiquement bas EN MEME TEMPS que les bourses sont au plancher ! Paradoxe ? Non, normalité.  Les taux d'intérêt trop bas poussent les banques à enflammer le marché des prêts donc des dettes pour se rattraper sur la quantité. Les risques augmentent. Ensuite elles réclament des taux de refinancement nul ou même négatif pour refinancer leur dette, ouvrant un cercle vicieux mortifère.

D'où cette phrase à donner à méditer aux étudiants en économie : "Le secteur financier a siphonné les capitaux des comptes de production". Puis  : "La crise bancaire actuelle est le résultat du nettoyage des capitaux du secteur financier, par le même processus qui a anéanti les capitaux du secteur de production".

Au passage l'auteur aborde une question que nous avons également traitée : la vente au plus bas de l'or de la France par Nicolas Sarkozy. Cette mesure incompréhensible et dommageable n'a, pour l'auteur, qu'une raison : complaire aux Etats-Unis décidés à éviter que le dollar se fracasse sur le mur de l'or. " En vendant le patrimoine de la France , Sarkozy s'est exposé comme le petit caniche du gouvernement américain".  Un peu plus tard il voudra imposer les "subprimes à la française" sur le modèle américain… RIP !     

Point intéressant, notre professeur attire l'attention sur les conséquences d'une augmentation de la dette au delà de 100% du PIB en système de changes flottants de monnaies administratives.  Alors qu'en régime d'étalon or un accroissement de 1% de la dette entraînait un accroissement de 3% du PIB, ce chiffre est devenu de plus en plus faible pour devenir négatif en 2006, précédent et annonçant la crise. Au fur et à mesure que la dette globale dépassait  250 puis 300 puis 350% du PIB l'ajout de dette entraînait progressivement non plus une croissance du PIB mais un recul !  

Rappelons que pour nous l'observation du gonflement de la dette globale a été le moyen le plus simple de prévoir la crise. "la production marginale de la dette est un tyran sans imagination"."Les débuts discrets de la dette irrécupérable se sont transformés en un édifice colossal".  

Finalement comme en sortir ? La solution du professeur Fekete est moins simpliste que le simple retour à l'étalon-or.  Elle consiste à permettre d'ajouter à la circulation monétaire papier une circulation de monnaie d'or et surtout de papier commercial rattaché à l'or.

C'est là une question  majeure : faut-il par exemple en Europe où les défauts de l'Euro sont patents et étouffent certains pays ajouter une autre monnaie de papier, l'Euro jouant dans ces pays  le rôle de réservoir de monnaie forte et tenant en quelque sorte le rôle de l'or ?  Ou faut-il carrément mettre l'Euro en concurrence avec l'or permettant à la fois d'assécher une partie de la dette grâce à l'or monétisé, d'augmenter la liquidité disponible et de rétablir la confiance dans les transactions ?

On reprochera à ce livre une tendance à voir des complots et à traiter de voleur une partie des élites monétaires. Mais il met sur la place publique des réflexions fondamentales et qui, de surcroît, corroborent sur beaucoup de points notre propre réflexion publique, même si elle diffère sur d'autres.

Nous ne saurions donc trop en recommander la lecture.  

 



Palmarès des incapables : deux mots à Franz Olivier Giesbert (FOG)

Alors que FOG annonce son retrait progressif d’une carrière réussie de commentateur politique, il ouvre ses « dernier carnets » de souvenirs et de commentaires qui a pour nous un intérêt particulier parce qu’il cherche à répondre à une question que nous avons-nous-mêmes abordée sur ce blog et qui n’est pas sans importance : comment en sommes-nous arrivés là et qui sont les gouvernements les plus responsables ?  

FOG fait partie de ces auteurs qui ont été surpris par la crise et ses conséquences. Il ne comprend pas comment on n’a pu se laisser aller à une pareille dette. Il découvre aussi que la zone « euro », cela ne peut pas marcher telle qu’elle est construite. Encore un effort et il réalisera que le système monétaire international est la source principale de nos maux et que le change flottant de monnaies administratives gérées par des gnomes vivant en symbiose avec un système bancaire cartelisée nous a conduit au drame. Et hop ce sera la retraite !

Pour des gens qui comme nous cherchons à faire prendre conscience depuis 15 ans des trois niveaux de faiblesse qui mettent la France en difficulté, la dépense publique éhontée et débridée de « l’énarchie compassionnelle », les défauts de gouvernance de la zone Euro et la catastrophe des changes flottants, traduisant l’abandon de toute coopération internationale en vue d’une croissance équilibrée et durable, il est toujours réjouissant de constater que ces idées finissent, la réalité aidant, par parvenir au cerveau de ceux qui tiennent l’information en France.

L’ami FOG voit bien que la campagne électorale présidentielle et législative  actuelle est à côté de la plaque et que les mesures proposées, notamment du côté de Hollande, sont contraires à l’intérêt national. Revenir sur les minuscules avancées du quinquennat de Nicolas Sarkozy en matière de retraite ou de réduction de dépense publique, et relancer la machine à dépenser dans le sens de la débauche, devient une sottise évidente même pour les journalistes politiques les plus enclins à enjoliver les grandes heures politiques de la vie nationale.

Une hirondelle ne fait pas le printemps. Soulignons cependant que dans la partie la moins sectaire de la presse (FOG est passé de la presse de gauche au Figaro et au Point, ce qui prouve une certaine ouverture d’esprit) commence à comprendre que le n’importe quoi des politiques, leur ignorance en matière d’économie ou leur mensonge quand ils ont quelques lueurs de la matière, posent à la France un problème quasiment vital.  C’est un début, hésitant et difficile, mais tous les débuts ne le sont-ils pas, hésitants et difficiles ?

On ne saurait trop conseiller aux autres commentateurs de s’engager sur le même chemin : constater l’inacceptable et dénoncer les politiques qui l’aggravent au moment où elles sont exposées avant même qu’elles ne soient  mises en œuvre.

Le péché mignon des commentateurs politiques qui veulent durer est de charger les politiciens qui partent  tout en se montrant immensément patients et tolérants avec ceux qui percent. Il ne faut jamais insulter l’avenir.   Il est aggravé par l’inclinaison idéologique : la tentation d’éliminer toute idée ou tout constat qui fait de l’ombre au camp que l’on a choisi de défendre est envahissante. Il ne s’agit pas nécessairement de l’idéologie de gauche ou de droite. Comment obtenir de M. Alain Duhamel, un autre diplodocus du commentaire politique,  autre chose qu’une défense « perinde ac cadaver » de l’Euro ?

L’information en France, c’est à peine vingt personnes, et sur ces vingt à peine deux ont des lumières en matière d’économie, ces lumières étant tamisées par des partis-pris et par les nécessités de survie commerciale des journaux et medias auxquels ils collaborent. 

Que l’un des plus libres d’entre eux commence à s’insurger contre certaines dérives au nom de l’intérêt général est  important.

Néanmoins nous formulerons quelques réserves sur le classement qu’il fait des ânes de la gestion passée.

FOG ne tient pas compte du cycle économique. Il compare des performances qui ne sont pas comparables : ce n’est pas la même chose d’être premier ministre pendant une phase haute du cycle où la croissance est intense et de gérer les effets d’une récession. FOG trouverait parfaitement injuste de comparer la vitesse d’un cycliste dans la montée du Tourmalet avec celle d’un autre dans la descente.   Comme il ne connait pas le cycle décennal, sa tendance est d’accabler ceux qui ont été au pouvoir pendant les phases de récession et d’encenser ceux qui l’ont été pendant les phases de croissance rapide.

Giscard et Chirac ont été totalement pris au dépourvu par la crise de 74 qu’ils n’ont pas comprise et leur politique de relance a été un échec total. Malgré le second choc pétrolier le gouvernement Barre a plutôt été servi par la conjoncture internationale. Le gouvernement Mauroy a fait exactement l’inverse de ce qu’il fallait faire avec le programme commun de la gauche, une catastrophe dont la France n’arrive pas à se remettre.  Rocard a été servi par une haute conjoncture inespérée comme plus tard Jospin. Bérogovoy, Balladur et Juppé ont été pris dans la nasse de la crise de 92-93 qui a été très dure, comme le sera d’abord le gouvernement Raffarin puis le gouvernement Fillon. En revanche  de Villepin sera aussi également par la conjoncture.

Comme nous l’avons écrit dans notre article de juillet 2008, cinq ans déjà,  sur « le palmarès des incapables »  http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/7/18/Economie-Franaise--le-palmars-des-incapables, ce sont les gouvernements ayant eu la chance d’une haute conjoncture qui pouvaient réformer. Compte tenu du caractère progressif des recettes fiscales, ils ont bénéficié de mannes financières extrêmement importantes.  Ils pouvaient agir sans trop frapper la population.   Jospin et surtout Rocard automatiquement sont les deux gouvernements qui ont le plus de responsabilités dans la non réforme des finances publiques et dans l’accablement qui frappe actuellement le pays.

FOG suit ses détestations plus que la logique économique  dans les jugements qu’il propose. Beregovoy et Balladur sont saqués alors qu’ils ont été confrontés à la pire crise depuis 1929 avant la crise actuelle. Certes Balladur  a laissé filer les rubans et les déficits pour des raisons électoralistes et de candidature présidentielle. Mais qui a fait autrement face à une récession qui paralyse toute envie de réforme et qui voit tous les « amortisseurs sociaux se mettre en place» ?  Toute récession importante amplifie la dette et les déficits de façon presqu’automatique. Les gouvernements ne peuvent avoir une politique pro-cyclique  dans ces phases de la conjoncture, en un mot ils ne peuvent pas aggraver la crise, on le voit bien aujourd’hui.  

Barre, Rocard et Villepin s’en sortent plutôt bien dans le jugement de Fog alors qu’ils ont été du bon côté de la conjoncture.

Mauroy est sauvé parce FOG l’aime bien et qu’il a résisté à Mitterrand qui voulait, soumis aux « visiteurs du soir », sortir du mécanisme de change européen.  Il a préparé ce qui deviendra l’Euro sous la pression de Mitterrand, et cautionné la politique structurellement déflationniste de JC Trichet d’abord en France puis en Europe. Pas de quoi pavoiser !

Les seules réformes utiles ont été faites par les gouvernements Barre, avec notamment la fin du contrôle des prix,  Chirac 2 avec la suppression de l’ISF, le redressement des finances publiques de la première cohabitation et le début des dénationalisations, et Fillon avec le début de la réforme des retraites. Tous les autres gouvernements ont mené des politiques de dépenses publiques éhontées, d’endettement catastrophique, de clientélisme électoral sans limite, d’abandon total de la souveraineté française et d’acceptation d’un système économique mondial totalement artificiel et dangereux basé sur les marchés et la finance plus que sur la production et la compétitivité.  

C’est peu. C’est très peu. C’est ce qui explique qu’il nous manque entre 5 et 10 millions d’emplois salariés, que les faibles (jeunes, vieux, femmes et immigrés) connaissent un sur-chômage, que notre dette publique soit démente et notre taux d’imposition aberrant, que l’état dépense la contre valeur exacte de la valeur ajoutée du secteur marchand et que nous sommes menacés gravement par les conséquences des incohérences de la zone Euro et des effets délétères des changes flottants.

Allons, Fog, encore un effort ! Quand on a pris la route de la vérité il faut la parcourir jusqu’au bout, même si on considère que sa carrière est au bout de son chemin.  

Monnaies et banques centrales

La monnaie s'invite enfin dans la campagne électorale française. Le président sortant, M. Nicolas Sarkozy, a lancé le thème de la réforme de la Banque centrale européenne (BCE) lors d'un discours le 15 avril 2012.

 

Il est vrai que la monnaie s'était invitée dans toutes les pages économiques des journaux de la semaine : nième effondrement boursier généralisé, nouveaux plans de "Quantitative Easing" (cad de création débridée de monnaie banque centrale) aux Etats-Unis, annonce d'un flottement de 1% du Yuan, surveillance du cours du Franc Suisse, testé par "les marchés", critique des pays du sud vis-à-vis de l'hégémonie malsaine du dollar.

 

L'actualité suggère de s'intéresser aux monnaies et aux banques centrales.

 

Il coexiste deux grandes conceptions de la monnaie, depuis l'abolition généralisée  des monnaies métalliques.

 

La première propose que l'on mette en place des "monnaies de confiance" multiples et largement décentralisées dans leur émission et sous la responsabilité pleine et entière de leur émetteur qui peuvent en cas d'erreurs disparaître. L'autre veut que la monnaie soit d'abord administrative, la question étant le mode d'administration.

Il existe dans la société d'échange capitaliste un besoin naturel de disposer d'un instrument qui permette de se procurer des biens et des services sans recourir au troc, de conserver de la valeur (cad du pouvoir d'achat), au moins un temps  et qui assure le moyen de se libérer de ses dettes notamment vis-à-vis des grands prédateurs étatiques.

Les économistes libéraux de la fin du XVIIIème et du XIXème ont glorifié essentiellement l'approche marchande de la monnaie.  En vérité la monnaie est née au 7ième siècle avant JC au confluent du sabre et du goupillon. Avant d'être un instrument d'échange commercial, la monnaie a été "le sang des Dieux" et "le nerf de la guerre". Le mort (voir la cérémonie mortuaire de l'obole sous la langue) et le prêtre, le soldat et la prostituée du temple, virent naître la monnaie bien avant les marchands.

Ils se sont rattrapés depuis.

La première théorie dispose qu'une monnaie ne fonctionne que si celui qui la reçoit croit qu'elle va lui permettre d'en faire quelque chose de valeur au moins équivalente à ce qu'il a cédé.  Toute monnaie est basée qu'on le veuille ou non sur un forme de confiance. Elle est toujours fiduciaire. La confiance est toujours modeste. On sait que le temps est mauvais maître en matière monétaire. Le risque que l'instrument ne serve plus ou perde de la valeur est latent.  On doit confier à des banques décentralisées le soin de fournir les instruments ad hoc sous la forme souhaitable. Cela peut être des billets, ou des comptes.

C'est la confiance des acteurs qui conduira  à  choisir la banque et les instruments de paiements qu'elle propose. Bien sûr le choix se portera sur une banque dont la signature est généralement admise. Une bonne concurrence et la peur de la perte de la confiance régulera l'ensemble.

Si plusieurs monnaies de banques circulent, se pose naturellement la question de leur valeur relative. Comment vont-elles se "compenser" ? Si la confiance est différenciée, il peut y avoir surcote ou décote sur la valeur réciproque des monnaies. J'accepte un virement sur la banque X mais pas à la valeur nominale proposée parce que ma monnaie à moi est plus sérieuse que la monnaie qu'on me propose.

On retrouve la théorie bien connue de Milton Friedman : la monnaie est une marchandise comme les autres. Comme toute marchandise elle a son prix.

Il appartient aux banquiers de réguler leur création monétaire en fonction des vrais besoins rentables. S'ils vont trop loin ils risquent deux tourments : la crise de liquidité (les anciens croyants changent leur préférence et veulent convertir leur monnaie de confiance), la crise de rentabilité (les pertes sur prêts mettent en cause la survie de l'entreprise si le capital n'est pas suffisant pour l'étaler). En fait les deux vont toujours ensemble.

L'ennui c'est qu'il y a un type d'acteur un peu particulier les Etats, toujours impécunieux et toujours à la recherche de ressources nouvelles. Leurs manipulations monétaires douteuses est à la source de la création de la science économique. Il fallait montrer que ces manipulations étaient sans objet.  La valeur réside dans la production pas dans l'instrument qui fluidifie les échanges.

Cette conception s'oppose radicalement à l'existence d'une banque centrale. C'est parce qu'il n'y a pas de filet de sécurité  que la monnaie est gérée sainement par les banques décentralisées. Et l'absence de banque centrale interdit à l'Etat de faire marcher "la planche à billets". Donnez moi une monnaie saine et je vous ferai de la bonne finance.

Ces idées se retrouvent encore aujourd'hui. Glen Paul aux Etats-Unis s'en fait souvent le propagandiste. Il poursuit une longue tradition aux Etats-Unis. L'hostilité à une banque centrale aux y était si forte qu'il a fallu créer la FED au début du 20ème siècle  sous un nom obscur et presque dans la clandestinité.

   

Un système de monnaies multiples, polycentrique,  sans banque centrale, dont la valeur réciproques seraient laissées au marché n'a jamais réellement existé dans les frontières d'une nation. A notre avis il est vain de croire qu'il puisse être mis en place jamais.  L'exemple du Canada (ou de l'Ecosse) souvent cité, revient en fait à un système de banque centrale privée.

 

La raison en est très simple : personne ne veut avoir à manipuler en permanence plusieurs monnaies. Une monnaie l'emporte rapidement sur les autres. L'institut qui le gère devient central dans le système économique et sa défaillance serait  "systémique" comme on dit aujourd'hui, en un mot inadmissible. Pour faire simple on ne peut le laisser faire faillite car alors tous les billets et tous les dépôts libellés perdent immédiatement leur valeur.

 

L'histoire a montré  que tout système bancaire a tendance à créer périodiquement trop de prêts et de dettes, donc trop de monnaie. Le cycle décennal y trouve sa cause principale.

 

Un système de monnaie décentralisée a tendance naturellement à se concentrer et à provoquer des crises. Les dégâts sont trop graves pour qu'on laisse ce genre de fonctionnement perdurer.

 

Au fur et à mesure des crises économiques on a constaté l'obligation  d'unifier l'unité de compte et de créer une monnaie unique permettant la gestion de la liquidité interbancaire  et de faire face à toute crise de liquidité.

 

La création de monnaie de dépôt était laissée libre et décentralisée mais une monnaie banque centrale était instituée, à qui l'émission sous forme de billets, liquidité ultime, était réservée.

 

Tous les systèmes monétaires actuels sont désormais construits sur ce modèle.

 

La banque centrale doit veiller à la stabilité et la sécurité du système monétaire : surveillance des banques ; contrôle de la liquidité et de la rentabilité ; contrôle de la quantité de monnaie en circulation.    

 

On est donc passé d'un système de monnaie de confiance à un autre purement administratif. La monnaie centrale a seule directement cours forcé et peut servir à tout aussi bien aux règlements entre particuliers et entreprises que les paiements de taxes à l'Etat.  Il n'est même plus nécessaire d'avoir confiance : l'usager n'a pas de choix.  Pour obtenir une meilleure traçabilité fiscale le fisc a reconnu et imposé l'usage de la monnaie de crédit émise par les banques. En contrepartie l'Etat a verrouillé largement le système bancaire.

 

Le système des banques de dépôts en France est resté constitué de quelques mastodontes gérés pour l'essentiel par des hauts commis de l'état.  Aucune ne pouvait faire faillite. On séparait clairement le domaine du spéculatif domaine de banques d'affaires qui pouvaient sombrer sans dommage, et le trivial, laissé aux grandes banques de dépôt.

 

Comment éviter que la banque centrale, démembrement de l'Etat, de jure ou de facto, ne fasse tourner honteusement la planche à billets pour ses besoins propres provoquant des comportements contre-productifs des agents économiques? 

 

Jusqu'en 1971, la réponse était simple : la contrainte de change pesait sur les banques centrales et les états. Certes l'étalon or était mort mais il subsistait une forme d'étalon de change or, où le dollar servait de monnaie internationale mais rattaché à l'or.  Chaque état étant responsable de son change, le trésor comme la banque centrale faisait en sorte de ne "pas faire plus de bêtises que les autres".  La tentation de créer de la monnaie banque centrale était contrebalancée par la crainte d'un dérèglement des changes, de l'inflation et du déficit extérieur, entraînant la défiance des marchés et donc des conséquences.

 

Mais voilà que les Etats-Unis commencent à se moquer du lien avec l'or, au point que les autres ne veulent plus accumuler des dollars et demandent le remboursement en or. Ils répondront en interdisant la conversion en or.

 

Le monde s'engouffre dans un système jamais vu : des monnaies administratives émises sans aucune contrainte.

 

On en revient sur une base internationale à la solution qui n'avait jamais marché sur une base nationale : des monnaies multiples dont le cours varie au jour le jour.  Dans ce cas là la monnaie dominante l'emporte. Le dollar l'emporta toujours géré avec la plus folle inconséquence par la banque centrale américaine.  

 

On cherchera à solidifier l'ensemble. On acceptera le flottement des monnaies en contrepartie de l'indépendance des banques centrales. Celles-ci ne devaient plus avoir pour autre boussole qu'une dégradation lente  d'un indicateur de prix.  Le lien avec l'Etat sera coupé. Seules les banques pourront prêter à l'Etat, si tant est que celui ci doive financer des déficits.

 

Lorsqu'on crée l'Euro pour des raisons qui restent encore largement à expliquer, (simple Hubris européolâtre d'un côté ou volonté de contrer le dollar de l'autre, volonté de domination allemande ou désir de l'empêcher), cette doctrine est gravée dans la pierre des traités.

 

La vérité éclatera assez vite : lors que les mouvements de capitaux sont libres  et la finance déchaînées, on assiste à un yoyo général des monnaies  qui transforme l'économie en immense casino. La création monétaire est partout et nulle part. Les changes ne régulent rien  et accroissent les variations. L'instabilité devient de règle. Les banques centrales ne peuvent plus individuellement contrôler la création monétaire : il est toujours possible de chercher de l'argent ailleurs.

 

Les banques ne peuvent pas créer seules la monnaie banque centrale  dont elles ont besoin pour multiplier les crédits mais peuvent moyennant un risque de change s'approvisionner partout dans le monde. Il faut simplement croire que les signatures qu'on échange ont la moindre valeur. Le collatéral prend le dessus. Mais on ne sait plus trop ce qu'il contient.

 

Le système devient instable. Les banques centrales sont constamment confrontées à des crises de liquidité des banques qu'elles surveillent, qui sont si grosses et si opaques qu'elles ne savent pas les contrôler.  Les banques centrales sont comme la psychanalyse : elles ne savent guérir que les maladies qu'elles créent.

 

Il suffit qu'à un seul endroit un délire de création monétaire s'installe et le risque de chaos financier s'installe. Les Etats-Unis ont décidé de jouer à fond la diplomatie du dollar. Sa création monétaire débridée est aggravée, amplifiée par la politique de la Chine et des pays à excédents commerciaux : ils replacent leurs excédents en dollars. Une double pyramide de dettes se crée automatiquement.

 

L'interconnexion des marchés financiers amplifie le mouvement : l'endettement global qui avait baissé jusqu'en 71 recommence à grimper. 150%,200%,250%,300%, bientôt 400%, 700%, 1400% pour certains pays.

 

La catastrophe finale peut arriver après que le trend ait été ralenti et les crises décennales aggravées.

 

Le système de monnaies administratives gérées par des banques centrales censées être indépendantes et  avec un objectif de stabilité des prix, avec des changes flottants sur des marchés totalement libres, a prouvé qu'il ne marche pas. Il n'a jamais marché. Il ne marchera jamais.

 

La fuite devant les monnaies est permanente. Personne ne sait plus ce sur quoi chaque  monnaie de dépôt repose. La défiance se porte sur toutes les banques. Le marché interbancaire se grippe.  La panique règne. Les Etats craignent pour le refinancement de leurs dettes, les banques craignent pour le refinancement de leurs crédits, les particulier cherche à fuir les risques sur les monnaies en allant vers des refuges instables, comme la pierre ou le Franc suisse.  L'urgence devant la méfiance devient la règle.

En fait il n'y a plus qu'une monnaie d'échange dont on cherche à se débarrasser au plus vite contre quelque chose de plus solide.  Sans confiance pas d'expansion du commerce, pas d'investissement.

 

L'urgence ponctuelle devient une urgence permanente et universelle.

 

Les pays qui disposent de leur banque centrale et d'un minimum  de surface peuvent tenir en respect leur créanciers : la banque fournira toujours autant de monnaies administratives qu'il sera nécessaire pour payer les intérêts des dettes régaliennes même si c'est théoriquement interdit. Tant pis pour le cours du change. Il se tiendra si tous les autres font pareils. On voit les marchés financiers triomphants alors qu'ils sont dans le plus total désarroi, les prêteurs ne sachant plus comment récupérer leur argent.  

 

La BCE prive les état de l'Euroland de cette menace. Alors voici les Etats membres pris au piège. Ils ne peuvent qu'augmenter les impôts, choisir la déflation et la rigueur.

 

Ils ont à financer le poids de leurs propres erreurs, celui de la récession et celui du sauvetage de leur secteur bancaire. Ils n'en peuvent plus. Dès que les taux d'intérêt montent ils sont asphyxiés.

 

Alors dit M. Sarkozy il faut que la BCE prête aux Etat, que les marchés sachent qu'ils auront toujours des euros nominaux en remboursement. Mais alors tout le système devient fou : car où serait les limites ?

 

Le modèle de banque centrale de 1973 est cohérent au moins en théorie avec un système de monnaies administratives dont le change fluctue.  Certes on a vu qu'il ne marchait pas. Mais supprimer la règle du jeu n'est un expédient qui se comprend quand on a la menace aux fesses d'une situation à la grecque mais qui n'a aucune rationalité à moyen et long terme.

 

C'est le système global de monnaies administratives à valeur externe dérivante qu'il faut changer.

 

Et il n'y a pas d'autres solutions que de revenir à une système de changes fixes reliés à une base de référence hors de portée des états individuels. L'obligation de tenir son cours de change et ses grands équilibres, pourvu qu'elle soit générale (les Etats-Unis étant tenu de s'y soumettre) suffit pour éviter les trop grand dérapages de crédit.

 

Dans une telle optique la banque centrale est un des organes (n'est qu'un des organes )  qui permettent , en convergence d'objectifs et en union de moyens, de tenir les engagements monétaires externes de la zone monétaire.  Son indépendance n'a plus tellement d'importance.  Elle peut même devenir contreproductive si les pouvoirs de politique économique sont employés de façon incohérente (on l'a vu en France peut avant 1936 où la banque de France faisait tourner la planche à billets pendant que le gouvernement tentait une …déflation).

 

Ce n'est pas du statut des banques centrales qu'il faut parler mais de la réforme du système monétaire international.

 

Des monnaies administratives flottantes gérées par des instituts d'émission dont le seul voyant est l'inflation des prix à la consommation des articles d'un index ne constituent pas une solution sérieuse.   

 

Cela ne marche pas, n'a jamais marché et ne marchera jamais.

 

Delenda est !

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Leçons sur l'évolution du PIB français sur 40 ans

Le Monde a produit une belle infographie donnant l'évolution du PIB depuis 1970. Nous conseillons depuis des années à l'INSEE, à Eurostats d'abord, et aux grands organes de la PQN, de produire et de publier des séries longues.

Ce sont les plus instructives.  Alors MERCI !

Que permet de voir ce beau graphique  ?

- Il existe un cycle quasi décennal : tous les huit-onze ans se produit une récession. Cela fait 200 ans que cela dure. Ce cycle très étudié à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème est aujourd'hui négligé, parfois même nié. C'est une grave erreur. Le cycle existe : vous l'avez sous les yeux !

- Dans ce cycle, il y a alternance d'une crise dure et d'une crise molle. 1992 et 2009 sont des récessions sévères. 1982 et 2001 sont des crises plus légères.  

- Si on avait pu surimposer la courbe des Etats-unis on la verrait exactement parallèle. Le cycle est mondial. Simplement la crise commence un peu plus tôt aux Etats-Unis et finit également plus tôt.

- Quant on regarde les taux de croissance moyen pour chaque décennies on voit que la décennie 80 baisse par rapport à la décennie 70 (qui était déjà en forte baisse par rapport à la décennies précédente), que la décennie 90 voit une croissance moyenne encore plus basse et c'est la même chose pour la première décennie du 21ème siècle.  Cela ne va pas s'arranger.

- Cycle à part nous sommes en décroissance de trend continue depuis 1971.

Depuis l'instauration des changes flottants le trend baisse et les crises s'aggravent ! Un fait qui mériterait d'être pris en compte par tous et qui ne l'est pas, notamment par les économistes américains qui du coup sont totalement à côté de la plaque. 

- Il n'y a eu que deux bonnes périodes de croissance pendant ces quarantes années :


    - celle qui correspond au gouvernement Rocard
    - celle qui correspond au gouvernement Jospin.

Les comparaisons internationales montreraient que ces périodes sont exactement les mêmes ailleurs. Elles correspondent à l'emballement de fin de cycle. qui prend toujours le caractère de bulle.

- Nous avons ajouté les taux de prélèvements. On les voit grimper presque continûment pour atteindre un sommet historique absurde en 1999.  C'est pratiquement 10 points de PIB qui a été piqué par l'Etat. Mais comme la dépense de l'état est partiellement comptée comme faisant partie du PIB, le tableau n'est pas totalement exact. En fait le taux de prélèvement par rapport à la veur ajoutée des entreprises du secteur marchand  est passé de 60% environ à 80% environ. Ce qui est colossal. Compte tenu que la dépense publique est plus de 10 points au dessus du taux de prélèvements, elle égale voire dépasse la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand !

- On voit que les récessions sont le moteur de la hausse des prélèvements. Le mécanisme est toujours le même : les gouvernements dépensent tout le surplus des périodes fastes et ensuite, le cliquet à la baisse des dépenses se met en place et on aggrave les impôts pour maintenir le financement des dépenses.  Les gouvernements  Rocazrd et Jospin, au lieu de freiner les dépenses massivement et de faire les grandes réformes qu'on ne peut faire qu'en période faste laissent filer  lorsqu'ils ne "réhabilitent" pas la dépense publique tout en aggravant les impôts.

- Ces erreurs conduiront au coup de massue fiscal de Juppé et à l'inexcusable cagnotte de 1999 avec un record de prélèvements que Fabius commencera à résorber.

- On voit que le septennat Giscard a été un septennant fiscal, aggravé par le Plan Barre.
 
- On voit que la croissance française ne s'est jamais totalement remise du programme commun de la gauche.  On ne retrouvera plus jamais les taux de croissance connus depuis 1945.

- On voit que le gouvernement Jospin n'a rien compris aux nécessités économiques.  Les 35 heures ont  cassé la reprise qui aurait du se produire entre 2005 et 2007. Les fers aux pieds la production française ne parvient pas à exploiter la période de croissance mondiale.  Elle perd inexorablement des parts de marché dans le commerce mondial.

- On aurait pu surimposer la courbe de la dette globale . On verrait le passage des 200%, puis des 300% et enfin des 400% avec à chaque fois le coup d'accélérateur des récessions décennales.  Cette courbe n'étant pas publiée personne ne la connait ni ne prend conscience qu'elle est tragique : elle marque que quelque chose va casser car le taux d'endettement global est intenable.

En fait la crise du marché bancaire de 2007 marque le début de la fin de la période de croissance (molle mais croissance tout de même) : la crise décennale arrive et fait sauter le nuage de dettes.  C'est aussi simple que cela.

Nous y sommes encore.

Il nous faut réduire les dépenses publiques, purger nos dettes, et revenir à un taux de prélèvements qui ne dépasse pas 35-37% du PIB en fonction de la conjoncture.

Une fois de plus nous félicitons le Monde de sa bonne initiative. Nous lui suggérons deux tableaux de même durée :

- l'emploi salarié rapporté à la population totale

- le taux d'endettement global (banques, particulierrs, état, entreprises) par rapport au PIB.

Ses lecteurs pourront lire les paroles de deux chansons économiques sinistres :

- la sortie de la France de l'emploi salarié (25% là où buien d'autre sont au dessus de 30%). Il manque environ 10 millions d'emplois salariés en France, fait entièrement correlé à la hausse des prélèvements.

- la montée du nuage de dettes qui vient de nous tomber sur la tête et le rôle du cycle dans ce mécanisme.

Ajouter des courbes portant sur nos principaux partenaires est également très instructif.

Observer les faits avant de les commenter est toujours mieux que ne pas les voir ou ne pas en parler ou dire n'importe quoi.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.    



Le spleen du hanneton fatigué de pousser sa boule de crottin

Nous avons toujours défendu ici que la crise que nous connaissons est une crise de  la dette.  La plupart des pays riches ont développé une dette globale qui représente un multiple excessif de leur PIB.  Nous avons montré qu'un pays qui s'est laissé glisser à porter une dette de plus de 200% de son PIB était dans une situation impossible.  Nous avons constaté que certains pays avait dépassé les 350, les 400 et même les 1000% de dettes par rapport à leur PIB.   Nous avons expliqué que cette évolution devait faire exploser  le système et elle l'a fait effectivement.

L'idée générale exprimée dans les médias a d'abord été qu'il s'agissait d'une crise limitée au secteur du bâtiment puis une crise limitée à l'Amérique qui ne traverserait pas l'océan,  puis une crise bancaire internationale liée aux produits toxiques,  et enfin on en est arrivé au constat de la réalité : il s'agit bien d'une crise de la dette.  Quatre ans  de perdus !

Malheureusement personne ne s'est enquis des mécanismes de cet énorme gonflement de la dette.  Nous avons nous-même proposé très vite un diagnostic très précis, lié au dysfonctionnement du système monétaire international.  Au contraire l'idée générale  véhiculée par les dirigeants et la presse aura été qu'il suffisait de revoir les bonus des traders et les règles de comptabilité, tout en mettant fin à certains contrats complexes de mathématiciens fous  pour que tout aille mieux.  Les banquiers n'avaient qu'à bien se tenir.

Le même manque de vision s'est attachée aux remèdes.  Les  états sont venus au secours des banques  en reprenant une partie de la dette,  car sinon le système bancaire entier entrait en catalepsie.  Et ils ont cru qu'en laissant glisser les déficits et en effectuant une relance concertée par les banques centrales tout se passerait bien.

Ils avaient oublié qu'en système de changes flottants les relances keynésiennes ne marchent pas.     D'autre part  il était certain que le double mouvement de récupération des dettes des banques et du creusement des déficits provoquerait automatiquement une hausse massive de leur propre endettement.  Pouvait-on règler une crise de dettes par un accroissement de dettes  en changeant de débiteurs ?  Nous l'avons écrit ici il y maintenant près de quatre ans : la réponse est non ! 

Tous les pays qui s'étaient laissés glisser sur la pente fatale des déficits publics permanents et massifs se sont retrouvés avec des dettes encore plus massives. La peur s'est installée partout.

A-t-on pris des mesures contre les causes de la crise ? Non. L'absence de diagnostic ajouté à la certitude "qu'on savait faire"  pour sortir d'une crise, a conduit à une passivité absolue.

Lorsque la dette globale s'est retrouvée ainsi  aggravée, on s'est posé la question de savoir ce qui fallait en faire.  On connait la solution retenue :imiter  le hanneton et pousser la boule de crottin devant soi inlassablement.

Reporter inlassablement le problème à plus tard était une facilité qui se donnait l'air de la responsabilité.

Nous-mêmes avons expliqué dès 2007 qu'il fallait restructurer le plus vite possible.  Restructurer ? On veut dire admettre la perte en partie et ne pas tout différer.  Et nous avions noté que le report des dettes n'avait de sens qui si une croissance forte  était organisée en solidarité des états.  Comme les relances ne fonctionnent pas en système de changes flottants, il fallait se réunir comme à Bretton Woods, recadrer les parités monétaires  de façon à éliminer les grands déséquilibres à la base du gonflement de la dette mondiale,  et mettre un gendarme permettant de s'assurer que les déséquilibres restaient bien sous contrôle.

Restructuration partielle de la dette , suppression des causes structurelles du gonflement de la dette mondiale,  fixation d'un cadre  monétaire mondial  raisonnable avec un cap de croissance visé collectivement , permettant des anticipations économiques rationelles pour les entreprises, étaient les trois axes de solution.

On n'en a suivi aucun.  Quatre ans après on se retrouve gros jean comme devant.  Les dettes d'état des pays les plus endettés ne peuvent plus être remboursées et elles s'aggravent. Les aides ponctuelles associées à des programmes déflationnistes n'aboutissent à rien.  Cameron provoque une récession en Grande Bretagne. Les créanciers de la Grèce provoque une récession en Grèce.   Aucune réforme n'ayant été faite, la peur s'installe et provoque des comportements récessifs qui minent les relations d'échange.  Les perspectives d'une reprise de la récession  s'accroissent.

Le hanneton est fatigué. La boule de crottin a grossi.  Et la dysentrie qui le mine n'a pas été soignée.

Les peuples s'impatientent, comme prévu. La sinistrose s'installe comme en 1929 avec le développement de systèmes de pensée entièrement négatifs.  Et les gouvernements comme à Londres à cette époque considérent qu'ils n'ont rien d'autre à faire que de se débrouiller comme ils le peuvent sans coopération.  C'est à dire que nous sommes  dans les conditions où une grande dépression peut s'installer.

Le cadre de la solution est bien le G.20. Mais le G.20 n'a pas été le fer de lance du diagnostic de la crise car le FMI n'a pas joué son rôle.  La réunion des ministres des finances du G.20 vient de se terminer par un échec.  La réunion de Cannes ne promet rien que la manifestation de l'égoïsme de fond des grands acteurs  sous halo d'unanimisme de façade.

Il n'y a toujours pas de diagnostic, donc pas de mesures adaptées qu'un consensus pourraient faire avancer.  On écope dans l'urgence.  C'est le sauve qui peut.

Rappelons qu'il y avait à peu près 10.000 milliards de dettes sans contrepartie permettant de la rembourser en 2007.  5.000 milliards de ces dettes ont été purement et simplement perdus.  Mais on a ajouté 10.000 milliards de dettes sans contrepartie de plus.  Nous avons donc en circulation  15.000 milliards de dettes ne correspondant à aucun rendement futur.  Ce qui veut dire en clair que le système bancaire mondial est en faillite car le capital des banques ne peut en aucun cas faire face à cette masse de pertes potentielles.

Comment faire ? 

D'abord il faut un diagnostic. Pas de médecine sans compréhension de la maladie.  Ce diagnostic doit être fait et acté internationalement.  Il  implique  la mise en cause du système monétaire international et l'accord sur des changements radicaux .

Ensuite il faut restructurer. A quel niveau ? Probablement autour de 5 000  milliards de dollars de dettes.   Enfin il faut éviter toute politique récessive et déflationniste. 

Un peu d'inflation mondiale permettra de réduire la dette globale de façon certes non indolore mais régulière.  

Depuis 2005 le rendement moyen des portefeuilles en Occident  a été de 1.7% soit la moitié de l'inflation.  Donc l'épargne a fondu régulièrement de près de 1.5% par an en moyenne.  Il faut à peu près doubler le taux de fonte pour qu'en dix ans on obtienne un dégraissage significatif de la dette.

Ce qui n'a pas été restructuré et ce qui n'aura pas fondu dans l'inflation, devra être remboursé par la croissance pour la moitié et repoussé pour une autre moitié.  Le hanneton poussera toujours une  boule de crottin mais elle restera proportionnée à ses forces.

On dira : vos ordres de grandeur sont grossiers. Ils le sont.   Mais il faut simplifier les grandes masses pour les rendre compréhensibles. Aux instituts statistiques de faire mieux s'ils le peuvent. Actuellement ils regardent ailleurs.  

Le plus navrant est que le mouvement des affaires est plutôt solide. Il est entravé et cassé par les mauvaises politiques suivies et la panique qui s'est installée partout.

Tant que la crise intellectuelle n'aura pas été surmontée alors la crise économique ne le sera pas.  Pensée zéro égale volonté zéro égale résultats désastreux.  Sinistrose et désorganisation internationale égalent panique et effondrement.

C'est un chemin sans issue. Si Cannes est un G.20 pour rien une fois de plus, tout risque d'être emporté.  Pensons à la Conférence de Londres  du 12 juin 1933. Là, déjà, les états ont décidé de se battre dans un chacun pour soi qui est devenu une désastre pour tous.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Retour vers le futur : 1935 ?

La tentation des comparaisons historiques plus ou moins bancales est toujours grande lors des crises un peu sévères. Quand l'avenir est incertain, on aime se raccrocher à quelque chose de familier même si le passé lointain est généralement plus fantasmé que connu.

On l'a bien vu hier soir dans un de ces débats télévisés où deux intervenants censés avoir des connaissances économiques solides se sont empoignés pour affirmer, pour l'un que la déflation était la raison de l'arrivée d'Hitler au pouvoir, pendant que, pour l'autre, c'était la déflation.

La minuscule affaire grecque, une perte sur crédit d'une centaine de milliards d'Euros (à rapprocher des quatre mille milliards d'Euros sur crédit perdus depuis fin 2006 dans le monde entier), fait renaître les pires fantasmes d'une montée prochaine du fascisme pour un camp, du socialisme violent pour l'autre.  Avènement d'un nouvel Hitler ou nouveau Front Populaire, tel serait le choix !

Il faut dire que les difficultés économiques stimulent les extrêmes. Mme Le Pen et M. Mélenchon tiennent désormais des discours  économiques que les tenants des principes qui nous gouvernent et qui nous ont mené là où nous sommes ne peuvent plus réellement juguler.

Dans ce maelström toutes les postures deviennent des contorsions. La droite libérale en vient à défendre les suggestions d'Attac, le mouvement post communiste bien connu. La gauche plaide pour l'austérité et la militarisation du redressement des jeunes délinquants.  Les keynésiens d'hier plaident pour une réduction drastique des déficits et de la dette. Les libéraux d'hier suggèrent qu'on pourrait nationaliser les banques, temporairement bien sûr.  Les européistes d'hier ne se souviennent plus très bien  pourquoi ils ont voulu l'acte unique et l'Euro.  Les souverainistes plaident pour un tarif extérieur commun renforcé. La BCE viole ses statuts tous les jours.

La crise a bousculé cul par-dessus tête les discours figés du politiquement correct d'avant.  L'Europe, c'était bien et cela ne se discutait pas. On pouvait l'étendre ad libitum : le mouvement d'élargissement se justifiait par le seul fait qu'il avait lieu.  L'Euro c'était bien et cela ne se discutait pas.  L'impôt: super ! La dette : pas grave ! Le désordre monétaire international  : la marque de la vitalité des marchés, à qui il aurait été stupide de s'opposer !

On s'aperçoit toujours de la fragilité des vulgates lorsque les populations s'affolent.  

Surtout quand on les laisse sans perspectives.

Mettons nous tout de même un instant dans la peau d'un chômeur qui a été licencié en 2008 et peine à retrouver un emploi trois ans plus tard, de parents dont les enfants ne trouvent pas à s'employer au sortir d'études immensément rallongées, d'accédants à la propriété à bout de ressources (ils se sont endettés pour trente ans !) à qui on a doublé la taxe foncière et fortement grossi la taxe d'habitation. A tous  on affirme : vous allez payer pour la Grèce ; vous allez payer pour sauver l'Euro et si on n'y arrive pas vous perdrez vos plans d'épargne ; vous allez payer parce que vous n'aviez pas assez payé encore alors que la France est au sommet des prélèvements.  Et à tous ces gens, une littérature pressée d'extraire le jus de la crise explique qu'ils n'ont encore rien vu, que le pire est devant eux.

Pas une explication des différentes crises qui nous frappent. Pas la moindre perspectives sérieuses de s'en sortir.  Et des élections en vue, partout, qui ont l'énorme inconvénient d'interdire la seule vertu utile en temps de crise : la constance.

Ce qui nous ramène à 1935.  La confusion la plus totale régnait comme aujourd'hui. La crise avait également quatre ans en France.  La reprise n'avait pas eu lieu. Les politiques fondées sur des a priori qui faisaient consensus ne marchaient pas.  La politique de déflation qui avait sa chance se trouvait confrontée aux perspectives d'élections perdantes. On allait sombrer dans le n'importe quoi et aggraver tout. La France sortirait des années trente en ayant perdu autant que pendant la Grande Guerre. Il lui faudra quarante ans pour se remettre avant d'oublier les leçons si durement apprises.   
   
Quant au monde ! Il a absolument tout oublié. On a voulu créer en 1971 un monde basé sur les relations de force entre les états, systèmes sociaux  contre système sociaux , politiques contre politiques, puissance économique contre puissance économique en supprimant toutes les écluses, tous les canaux, toutes les pompes aspirantes et refoulantes.  Les américains croyaient qu'ils gagneraient facilement. Les Allemands et les Japonais étaient sûrs d'eux.  Les nationaux communistes Han ont vu la faille et ont cru qu'ils pourraient manger l'économie du monde et assurer leur domination. Les pays pétroliers pensaient pouvoir s'en sortir sans problème grâce à la manne pétrolière.      

Les Français, eux, réglaient de vieilles querelles du dix-neuvième siècle, sans se rendre compte de rien.

Nous sommes au bout de ce chemin là.  On redécouvre qu'il n'y a pas de solution sans une coopération entre les états ; qu'on ne peut pas assumer des libertés économiques sans monnaie de référence et sans politique harmonisée des changes ; que la concurrence des systèmes ne fonctionnent qu'avec des pare-chocs et des écluses.

En sécurité routière on sait bien qu'un tank aussi blindé soit-il, n'est pas sûr, pas plus qu'un cerf volant allégé à l'extrême . Il faut  éviter les chocs et en cas de choc évacuer un maximum d'énergie pour protéger les passagers.

Eviter les chocs en économie mondialisée, c'est déjà éviter les systèmes instables comme les monnaies flottantes en organisant de surcroit l'irresponsabilité totale des gouvernements vis-à-vis des conséquences de cette instabilité.  Instabilité structurelle plus irresponsabilité structurelle, les deux mamelles du désastre économique.

En 1935 tous les pays ont voulu s'en sortir par eux mêmes, ayant désespéré de toute coopération internationale, tout en ouvrant la porte à leur démons intérieurs (communismes staliniens, socialismes divers , fascisme et national socialisme).  Aujourd'hui les démons intérieurs n'existent pas : il n'y a pas de grande idéologie en attente de s'imposer. Les socialismes nationaux ou autres ne sont plus dans les esprits ni les espoirs. Les nationalismes  flamboyants ont disparu au moins en Europe même si les égoïsmes et les petits calculs demeurent.

Ce qu'il faut donc craindre c'est d'abord le n'importe quoi spontanéiste né de la peur.

Car la solution existe.  

En 1935 il était impossible d'assurer la coopération internationale autour d'un projet commun. Hitler et Staline imposaient leur loi. Des professions de foi violentes courraient le monde  et elles étaient militantes.  Les grandes puissances imposaient leur loi à de nombreuses colonies et des nationalismes s'exacerbaient, comme celui des Japonais ivres de "lebensraum".

Rien de tout cela aujourd'hui : l'islamisme radical n'est pas mort mais il est sans influence mondiale et incapable de faire lever des masses ni de proposer un  système d'organisation un  minimum sexy.  L'islamo-nationalisme iranien est contraint par les révoltes qu'il est obligé de réprimer et son isolement international.  Les rebonds de nationalisme dans les pays de l'ex URSS ou sous sa domination n'ont pas d'importance cruciale. Il faut bien retrouver un peu de quant à soi.  Le nationalisme Han est le seul qui soit réellement dangereux. Mais il est totalement dépendant de la bonne volonté occidentale. Que la Chine soit exclue de la mondialisation et le système s'effondre ! Ce sera un nationalisme prudent.
Nous sommes donc dans une situation totalement différente de 1935. Il suffirait de sortir de la confusion pour que les voies d'un redressement général apparaissent ouvertes.

Comment faire ? Il n'y a qu'un seul chemin : le G.20 annonce que les états membres  coopèrent pour mettre fin aux causes du désastre économique en cours clairement identifiées et pour créer les conditions d'une croissance dans la coopération, seule capable de liquider l'accumulation des dettes constatées depuis 40 ans.

Les causes des désordres financiers et de l'accroissement global sont parfaitement connues : laxisme financier des uns  et mercantilismes divers dans un système de changes flottants de monnaies administratives où personne n'est responsable de ses équilibres extérieurs, alors que les mouvements financiers sont totalement libérés.

Une fois le système mondial stabilisé avec des changes fixes et ajustables, une instance internationale disposant de pouvoirs réels de régulation, une coopération explicite des nations , le sauvetage de la zone Euro devient un jeu d'enfants.  

Les états redeviennent responsables de leurs comptes extérieurs et de la valeur externe de leur monnaie, tout autant que de leurs équilibres intérieurs, le plein emploi étant un des équilibres majeurs dont on parle. Ils sont obligés de coopérer pour la croissance et l'amortissement des dettes monstrueuses accumulées par le système de double pyramide de crédits Rueff-Allais.

L'absence d'idéologies délétères permet de reprendre progressivement le chemin d'une mondialisation plus heureuse sans sombrer dans les expériences mortifères.  

En 1935, les auteurs ne voyaient plus d'avenir. On croyait à la fin du cycle d'expansion appelé révolution industrielle.  Le slogan n'était pas "no future" mis c'était dans les esprits. On sait ce qui est advenu : la plus grande mutation de toute l'histoire de l'humanité !  

Ne tombons pas dans ce travers. Il est parfaitement possible de préparer un avenir intéressant et progressiste pour l'humanité.

Mais il ne faut pas se tromper de chemin.

BDI-SP500 : le grand écart s'achève


Nous avions signalé dans plusieurs articles précédents l'écart croissant entre l'évolution de l'indice BDI et l'indice SP500.  Cet écart était surprenant car jamais il n'avait atteint une telle ampleur. Les deux indices se croisent et se recroisent depuis des lustres. Jamais ils ne s'étaient éloignés loin de l'autre à ce point.

Il y a deux explications possibles :

- La première voudrait que l'indice BDI ait perdu de sa pertinence pour signaler l'état du commerce mondial. La construction navale a été tellement active qu'elle a pris le caractère d'une bulle. Les tarifs de frêt en auraient été durablement déprimés.  Les difficultés de certains armateurs chinois, qui ont clairement surinvesti, seraient le témoignage de ces excès.  Le BDI n'étant plus corrélé à l'activité ne pouvait plus donner d'indication notamment pour la gestion boursière.

- La seconde serait plutôt de constater que les cours de bourse avaient flambé du fait  des politiques de "quantitative easing", sans rapport avec l'activité économique de fond.  Il fallait en déduire que le niveau des cours ne serait pas maintenable et qu'un jour ou l'autre une correction aurait lieu.  L'ennui c'est que la correction s'est faite attentdre longtemps. Mais elle prend ces derniers jours l'allure d'une déroute.

Le croisement des courbes est là. Mieux encore, l'indice BDI repart à la hausse certes faible mais à la hausse ce que corrobore des chiffres de croissance assez forts dans pas mal de secteurs commerciaux.  Obsédé par les évaluations de PIB dont nous avons déjà dit qu'elles étaient les pire indicateurs de conjoncture,  l'observation économique officielle aurait raté le fait que 2011 aurait plutôt été une année de commerce international plutôt poussif, les améliorations constatées étant plutôt le fruit des bricolages  étatiques que du mpouvement de fond des économies. Elle raterait le fait qu'il se reprend maintenant, ce qui serait une excellente chose.

Naturellement les évolutions nouvelles du BDI  étant faibles et naissantes il est très difficile de savoir s'il s'agit d'autre chose qu'un feu de paille qui sera vite éteint par les crises monétaires, budgétaires et financières qui s'enchaînent.

Pour notre part nous pensons que si les réformes structurelles nécessaires avaient été faites, nous serions à l'heure actuelle en phase de reprise importante de l'activité mondiale et à la veille d'une croissance par l'export plutôt soutenue.  Les facteurs de croissance sous jacents sont toujours là.  La croissance potentielle est trahie et corsetée par les désordres des politiques économiques et l'absence de réforme structurelle du système monétaire international. Mais elle est là.

Il n'est pas du tout exclu qu'on assite à une remontée parallèle du BDI et des indices boursiers dans les douze mois qui viennent si un accident  monétaire ou budgétaire ne vient pas tout gâcher, comme d'habitude. 

Si on entre en dépression en 2012 cela sera uniquement la faute de politiques économiques absurdes qui conduisent à maintenir des structures monétaires et financières  qui ne fonctionnent pas bien et qui conduisent à tuer tout espoir de reprise par la surimposition et la déflation.  Comme en 1929 on aura une dépression provoquée par la politique  et non  par l'économie.



Vérités premières et…erreurs secondes

L’avantage des crises violentes est qu’elles décillent en partie les yeux médiatiques et font tomber les inhibitions traditionnelles de la presse !

La crise de panique boursière et financière qui une nouvelle fois parcourt le monde permet ainsi à des idées considérées comme marginales ou contre le consensus de s’exprimer avec force.  L’ennui c’est que, le plus souvent, elles sont insuffisantes.  On passe d’un credo à un autre, d’une éructation à une autre et on ne réfléchit pas vraiment. Le résultat : pas de véritables perspectives.

Prouvons-le avec quelques exemples pris dans la presse rapportant des postures politiques et des propos d’économistes.  

Il est amusant que tout d’un coup les marginaux passent en première ligne. Alors qu’on n’a entendu personne du côté de l’UMP et du PS, la parole est aux Cassandre, ceux qui « l’avaient bien dit».

Dupont Aignan reprend ses antiennes habituelles : c’est la faute à l’Euro et à l’abandon absolu de toute défense vis-à-vis de la Chine.  Délocalisation et désinvestissement  sont provoquées  par la sous-évaluation de la monnaie de la Chine, « de 50% ».  On a compensé les pertes de croissance par l’endettement. Le pari était sans issue. Sans industrie pas de croissance. Sans croissance pas moyen de réduire la dette.   On est dans la nasse. Il faut se défendre contre la Chine et sortir de l’Euro. Le sauvetage de l’Euro, « c'est-à-dire des banques qui ont prêté follement à la Grèce, à l’Italie,  à l’Espagne et au Portugal » conduit à aggraver l’endettement de 45 milliards alors qu’il faudrait le réduire.  Ce n’est pas en réduisant les policiers, les enseignants et les infirmières  qu’on sortira du gouffre.  Les pays du sud de l’Europe doivent dévaluer pour retrouver le moteur de leur croissance.

La plupart de ces assertions sont justes.  Il manque simplement l’avant et l’après. L’avant : pourquoi diable sommes nous dans cette situation ? Un simple manque de vigilance occidentale vis-à-vis de la Chine ?  L’après : d’accord on dévalue partout et on « se défends » contre la Chine. Dévaluation et protectionnisme individuel des nations en cas de crise : on connait. Cela a donné la grande dépression des années trente.  Explosion de l’Euro ? Il faut dire qu’on ne peut le faire sans ruiner les créanciers des pays qui sortiront et dévalueront leurs monnaies massivement, car leur dette sera multipliée nominalement d’autant.  Et si les pays du Club Med dévaluent tous en masse, comment la France exportera-t-elle ?  Où en seront les deux moteurs de croissance : l’investissement et l’exportation ? Quant à la consommation !

Remarquons que la bonne partie de l’analyse met l’accent sur les aspects monétaires. Il n’y a pas de solution sans une gestion nouvelle des changes et de la création monétaire.  C’est là que ce jeune homme s’arrête. C’est là où on l’attend.

Marine Le Pen  tient à peu près le même langage. C’est la faute à la Chine et à l’Euro. Dévaluons et protégeons.  On retombe dans les mêmes analyses et le même travers : quid si les autres font pareils ?  Elle a ajouté hier un élément comique qu’il faut souligner : supprimons les accords de  Bretton-Woods ! Malgré ses efforts pour assoir sa crédibilité économique elle ne sait toujours pas que les accords de Bretton-Woods sont morts et enterrés depuis … 1971 et le refus des Etats-Unis de convertir leur monnaie en or.  Comme pour les analyses de Dupont-Aignan, on voit bien que les siennes se concentrent sur la question monétaire,  et que le sauve qui peut général ne peut rien donner dans cette matière. Il faut un nouvel ordre mondial dans les changes et les monnaies. Il faut donc un … nouveau Bretton-Woods ! CQFD !  L’économiste Marine doit encore grandir un peu.

Avec Mélenchon, on retrouve le même discours sur la vanité des réductions de  dépenses publiques, sur l’impossibilité de sortir de la crise sans la croissance mais s’ajoute deux mesures phares : l’imposition des « riches », massive comme il se doit,  et le financement direct des états par la planche à billets.  Il est vrai que le spectacle de banques qui se financent à presque rien et qui prêtent aux Etats qui les sauvent  à plusieurs fois le taux de la BCE a quelque chose de psychédélique facile à dénoncer.  Il faut à Mélenchon des « vilains »  et des prédations violentes.  La difficulté de ce langage « populiste » est qu’il esquive  les deux difficultés majeures de ce raisonnement. La première est que la BCE finance déjà directement les Etats en difficulté et que son bilan devient aussi beau « qu’un mur de chiottes de lycée de banlieue », comme l’a décrit récemment  et élégamment un économiste peu regardant sur l’euphémisme.  Et que la BCE exige des Etats qu’ils…la refinancent !  La seconde et que nous avons déjà l’imposition la plus forte de l’Euroland et une des plus forte du monde.  L’asphyxie fiscale est une des difficultés françaises.

On aimerait entendre les Verts. Ils sont totalement silencieux. Il est vrai que maintenant que le risque de décroissance est là,  c’est  rien moins que problématique. Applaudir  aujourd’hui serait mal vu.  Et la « Torquemada en jupons » qu’ils se sont choisie a les mêmes  connaissances  économiques que Marine le Pen, ce qui est peu dire.

On aimerait entendre le PS dont le candidat Hollande vient de se faire adouber par le journal le Point au nom de la « responsabilité » et de la « crédibilité économique ».  Mais ici encore c’est le silence.

On aimerait entendre l’UMP, de Copé à qui on voudra, mais là encore c’est le silence sinon une « opération image » du Ministre des Finances « rassurant l’opinion » sur la santé générale de la France, et une autre « opération image » du président Sarkozy  présidant une réunion exceptionnelle de crise avant de rejoindre le porte avion Charles de Gaulle. Il s’agit de montrer qu’on est sur le pont.   

En attendant les épargnants ont perdu 20% de leur avoir en action. On peut ne pas croire à l’effet Pigou mais on ne peut pas croire que cela n’aura pas quelques effets  surtout à un moment où la conjoncture s’avère totalement étale en France et dans le monde.  

Les politiques étant radicalement à côté de la situation, comme ils le sont depuis 40 ans et la crise de 1974, toujours pas surmontée, il est intéressant de se tourner vers les déclarations d’économistes.

Le Point fait parler les morts en l’occurrence Jacques Marseille, « qui l’avait bien dit ».  Avec Jacques Marseille nous avons tenu des discours parallèles pendant près de dix ans sur la folie de la dépense publique  et de l’endettement français.  Nous sommes donc parfaitement heureux que son discours, vilipendé, comme le fut le nôtre sur le site du forum du Monde, soit aujourd’hui reconnu.  Le journal est bien forcé d’admettre aujourd’hui qu’il n’y a pas eu de « rupture » avec Nicolas Sarkozy, question que nous avions posée dès juin 2006 (article : quelle rupture ?)  et que nous avons reprise sur ce site dans plusieurs textes, mais  sous une forme moins interrogative.  Il n’y a pas eu de rupture et le délire de dépense publique a continué presque sans infléchissement, les mesurettes prises étant totalement insuffisantes, qu’il s’agisse de la RGPP (réduite aux fonctions centrales)  ou du non remplacement d’un fonctionnaire d’état sur deux, dont le gain a été redistribué aux fonctionnaires pour 66%, et annulé par les créations d’emplois dans les autres secteurs protégés dans les collectivités locales et autres institutions dépendantes à 100% de l’état.

Le problème c’est qu’on ne réforme pas bien en période de décroissance et que la réduction massive des dépenses de l’état en phase de récession est un désastre annoncé.

Le journal le Point reprend le thème d’un de nos articles de ce blog (« qui a cassé le vase de Soissons ? ») en dressant le tableau de l’endettement français depuis 35 ans.  Mais il exploite mal cette question.  Première erreur, il ne fait pas démarrer la montée de la dette au bon moment : 1971.  Deuxièmement il ne remarque pas que la dette est toujours et d’abord la conséquence des récessions décennales.  

La dette commence avec Giscard et Chirac qui ne maîtrisent pas la crise de 74, s’enfle avec Mitterrand et Mauroy, avec la crise du début des années 80,  puis avec Bérégovoy et Balladur lors de la crise de 92-93, puis avec Chirac et Jospin lors de la crise du début des années 2000. Elle explose maintenant avec la récession de 2008-2009.

Il devrait donc y avoir une réflexion sur ces crises décennales et leur gravité constamment aggravée. Mais là : stop !  C’est la paralysie intellectuelle.  

De même qu’il devrait sauter aux yeux que les grands « criminels » sont les premiers ministres et les présidents qui ont laissé filer la dépense après la crise, lors de la phase de haute conjoncture : Rocard et Jospin sont ici en première ligne. Surtout Rocard. C’est à ce moment là qu’il fallait réduire la voilure et alléger le bateau.   Au contraire on a profité d’impôts alourdis et de recettes fiscales grimpant plus vite que la croissance pour dépenser à mort sans rien réformer, sinon dans le sens de l’aggravation des charges et du malthusianisme.

Résultat : toute cette information, indispensable, est largement perdue pour une bonne compréhension du passé et une politique  utile pour l’avenir. Le « Vous vous rendez compte Mme Michu » fait peut-être vendre des journaux mais n’apporte rien à la nation.  Et une fois de plus on se contente de la dette publique sans tenir compte des autres formes de dettes (particuliers, entreprises et banques) qui chantent également une belle chanson dont il importe de comprendre les paroles.

Le moment est venu de parler de Kenneth Rogoff.  Il annonce que la crise est d’une espèce différente, jamais vue  et conteste le terme de « grande récession » avancé par un de ses confrères (Stiglitz).  C’est  une fois de plus un des thèmes que nous avons traité (il y a trois ans !) dans ce blog.  Comme nous,  il arrive à cette idée qu’il s’agit d’abord et avant tout d’une crise de la dette.  Bravo ! Dommage qu’il n’en donne pas exactement la cause.

L’ami Rogoff s’était commis dans une erreur majestueuse en tant qu’économiste du FMI en déclarant que les crises périodiques étaient terminées et que désormais leur gravité était négligeable. Nous avions critiqué inlassablement cette bévue.  Il passe à l’excès  inverse.  Décidément il ne peut pas se résoudre à l’idée du cycle décennal.   Les crises décennales d’avant n’étaient pas graves et en voie de disparition, la crise décennale encours  est d’un genre nouveau.  Donc il n’a jamais eu tort ! CQFD !

C’est amusant. Est-ce vrai et surtout porteur de solution ?  La réponse est non. Parce que Rogoff ne comprend pas la situation qui exigerait de sa part une révolution copernicienne dont il est actuellement incapable.

Le phénomène des crises décennales (ou quasi décennales) est tellement ancré dans l’histoire économique de ces 200 dernières années (pour le moins) qu’il est parfaitement vain d’essayer de le nier.  Toutes ces crises ont en commun d’être « des crises de la dette ».  Un moment d’euphorie associé à la phase de croissance rapide de fin de cycle pousse les agents à aller trop loin dans les projets et l’endettement.  Jusqu’au moment où ils constatent qu’ils sont « un pont trop loin » et qu’il faut vite replier la voilure pour éviter la grosse mésaventure.

Le cycle décennal et un cycle du crédit et de l’endettement.  Affirmer que la crise actuelle est d’abord une crise de l’endettement n’en fait pas une crise différente. C’est la règle.

En revanche le contexte change.  Entre un moment de système monétaire bi métallique et une production majoritairement agricole,  un autre d’étalon or et de poussée des industries primaires, un autre de n’importe quoi monétaire après une guerre mondiale dévastatrice, avec une poussée de l’économie pétrolière,  un autre de Gold exchange standard et la poussée du tertiaire, une dernière avec comme toile de fond un système de changes flottants et de monnaies administratives, avec l’émergence d’une économie de l’information,  les différences sont nombreuses et sensibles.

L’analyse économique expérimentale doit à la fois observer les forces constantes qui agitent l’activité et les variations de contextes qui  provoquent des conséquences différentes.

Nous vivons depuis 1971 de facto et 1973  de jure dans un système de monnaies administratives  dont la majeure partie s’échange dans le cadre de  changes flottants sans aucune régulation internationale, l’ensemble des transactions financières ayant été libérées.  En même temps un libre échange de principe a été décrété.  Que constatons-nous ?  Les crises décennales n’ont cessé de s’aggraver  et le trend de croissance global de baisser !

La crise de 73-74 a été la « plus grave depuis 1929 ». Puis la crise de 92-93, plus grave que celle de 74,  a été à nouveau « la plus grave depuis 1929 ». La crise actuelle est à nouveau « la plus grave  depuis 1929 ».  Les crises décennales mineures (celle du début 80 et celle du début 2000) ont été également plus sensibles que celles qui les ont précédés (notamment celle de la fin des années 50 et du début des années soixante).

Il n’y a donc pas changement de nature mais aggravation. Pourquoi ? Parce que, dans le cadre monétaire et financier global nouveau,  les moyens des sorties de crise précédentes ont aggravé les conditions de la crise suivante.  La fuite en avant monétaire dans un système propice a permis de crises en crises le gonflement d’une dette mondiale insupportable jusqu’au point où maintenant les recettes de 73 et de 92  ou de 2000 cessent d’être opérantes.  Jacques Rueff avait parfaitement identifié le mécanisme de la double hélice de crédit et Maurice Allais clairement indiqué qu’on arrivait aux limites du système.

On a cru bien à tort à la toute puissance intellectuelle des économistes américains et on constate aujourd’hui qu’ils étaient nuls ou de parti pris pour le système.

Nous sommes dans un processus continu d’aggravation de crises récurrentes, pas dans la quatrième dimension économique.

La question est devenue systémique : le système mis en place en 1973 ne fonctionne plus et ne plus être sauvé en le conservant tel qu’il est.

Pascal Salin a parfaitement raison de signaler (dans un article récent  donné à la PQN) que la vulgate qui veut qu’il suffise de laisser filer les déficits et la création monétaire pour sortir de la crise est inefficace.  L’ennui c’est qu’il ne voit pas la responsabilité du contexte.  Il parle comme nous de « crise intellectuelle »  et de redéfinition d’un cadre global. Mais faute de critiquer le système monétaire des changes flottants (comment le pourrait-il, il est pour !) tout cela reste suspendu dans le  vide.

Autant dire qu’on ne peut compter ni sur les politiques ni sur les économistes de média pour nous sortir du marasme.  Tous ces discours, toutes ces prises de positions sont trop partielles et partiales pour avoir le moindre sens pratique.

On ne pourra pas sortir de la crise sans casser le cadre global dans lequel on fonctionne depuis 1971.  Il faudra nécessairement  conduire la sortie de crise par la coopération entre les états,  la suppression des causes de déséquilibres majeurs et la restauration d’une perspective de croissance.  

Oui il va falloir destituer le dollar de son rôle de réserve mondiale. Oui il va falloir arrêter la Chine dans sa politique mercantiliste de monnaie faible et de sur excédent de ses balances extérieures.   Oui il va falloir en revenir à un étalon monétaire extérieur aux nations. Oui il va falloir que les états qui se sont laissé aller sur le chemin de l’obésité intenable, avec dettes monstrueuses, développements monstrueux des emplois financés par la dépense publique,  impôts monstrueux,   prennent une nouvelle voie. Oui il va falloir dégonfler le système financier mondial et mieux le canaliser, après avoir restructuré les amoncellements de dettes irrécouvrables.

Oui, eh oui, il va falloir mettre fin au système des monnaies administratives laissées à l’appréciation de gnomes  plus ou moins bien inspirés.

Tout cela est politiquement lourd et économiquement sévère   Avoir tant tardé n’est pas à l’honneur des « élites mondialisées » et encore moins à celles des économistes qui se sont laissé prendre notamment à l’Europe à la douceur du commentaire ex post et au suivisme des économistes américains.

Mais qu’au moins aujourd’hui, au pied du mur, on comprenne et qu’on agisse enfin dans la bonne direction.

L’humanité a toujours un avenir économique.  Mais il faudrait peut être qu’elle montre qu’elle a toujours un cerveau !  Surtout maintenant que l’on sait qu’il n’est pas aux Etats-Unis !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.


Crise mondiale : trois ans de blog , 277 messages et 81.800 lectures après !

Cela fait exactement trois ans que le Cercle des économistes e-toile a ouvert ce blog pour faire entendre des analyses solides qui ne se retrouvent généralement pas dans le débat public, soit parcequ'elles sont réputées trop techniques, soit parce qu'elles ne correspondent pas à l'esprit du temps ou aux idées des puissances dominantes.

Exposer c'est s'exposer. Nous n'avons refusé aucun débat, aucune prise de position. Notre originalité c'est de l'avoir fait avant que l'histoire ne tranche les questions posées.

En juin 2008 la question était de savoir si nous allions vers "une crise". Nous avons répété que bien sûr nous y allions et qu'elle serait exceptionnellement sévère, tout en refusant de parler de retour à 1929 et à la dépression.  

Nous en avons donné le diagnostic dès avant que la chute de Lehman Brothers ne vienne déclencher la prise de conscience générale que nous n'échapperions décidemment pas à une récession  mondiale.

Nous ne lassons pas de le répéter car il n'est toujours pas compris ni exposé dans les grands médias ni lors des grandes réunions internationales.

La grande récession est à la fois une récession classique du cycle quasi décennal qui existe depuis plus de deux cent ans,  et la conséquence des défauts rédhibitoires  du système monétaire international des changes flottants, aggravés par les politiques détestables suivies d'une part par les Etats unis, dont la FED a pratiqué un "benign neglect" monétaire dramatique  et d'autre part  par des pays mercantilistes comme la Chine, le Japon et l'Allemagne.

Elle comporte donc un aspect cyclique dont l'étude n'est plus faite  depuis des lustres, tant la conviction abusive et illusoire s'est installée  qu'on avait trouvé le secret d'une croissance sans crise, un aspect institutionnel, le désordre monétaire international des changes flottants, et un aspect géopolitique, les pratiques inconsidérées des puissances.

Nous prétendons qu'un régime de monnaies administratives nationales ou régionales, dont les états ne sont pas responsables, et dont la valeur s'établit sur des marchés dérégulés de changes ne fonctionne pas. La théorie proposée par Milton Friedman s'est révélée désavouée par les faits.  Alan Greenspan après avoir beaucop fauté l'a finalement reconnu.  Rien ne marche comme la théorie le laissait entendre et au contraire les effets pervers se sont multipliés et ont manqué emporter l'édifice.

L'Europe qui a cru pouvoir établir une zone monétaire sur la force d'un simple traité et d'une banque centrale indépendante, dont l'objectif est exclusivement le niveau des prix,  s'est retrouvée structurellement  en défaut.  Sans une politique et sans doute des institutions centralisées aptes à prendre des décisions au jour le jour, dont celle d'émettre des emprunts collectifs en Euro, l'Euroland, dans un système de changes flottants est une institution fragile, vouée au sous emploi et aux tensions internes et externes.

On a bati l'Euro sur une théorie fausse et on essaie de colmater les brèches institutionnelles sans discuter la théorie sous-jacente.

On a admis d'échanger des biens et des services, de même que des produits financiers,  dans le cadre des changes flottants sur une  théorie fausse qui montrent tous les jours ses lacunes gravissimes.

Depuis 1971 ce système absurde va de crises en crises. Chaque crise est réglée  en créant les conditions d'une crise plus grave un peu plus tard. Vous aviez aimé 1974, vous avez eu 1993. Vous n'aviez pas encore digéré ni 74 ni 92 et vous avez eu 2009 !  A chaque fois la récession a été "la pire depuis 1929".

Et qu'avez-vous fait ? Rien.

Pas le moindre diagnostic, pas la moindre réforme de structure.  Les gouvernements ont géré l'urgence. Les déficits publics ont explosé. Les dettes qui avaient grossi de façon monstrueuses depuis trente ans  ont atteint un tel niveau du PIB   que partout, on ne sait plus comment s'en débarasser.

Les pays qui comme la France sont en déficit publics depuis 1974 , ont constamment augmenté impôts et dépenses publiques tout en chargeant la barque des emprunts,  et appartiennent à une zone monétaire  déflationniste  se retrouvent sans emplois, suradministrés  et surdendettés.  

Malheureusement la classe politique toute entière en France reste intoxiquée à la dépense publique ; ses medias crient sans arrêt : vive l'impôt. La justice est assimilée à la sanction des riches et des entrepreneurs.  Le désastre est assignés  à tort sur des fantômes vides de sens concret comme "l'étranger", "la compétition internationale" et "la mondialisation libérale".  Et on veut instituer un salaire maximum ! La "loi du maximum" devrait plutôt rappeler de vilains souvenirs en France !  

Faute d'avoir des idées claires et précises sur des défauts cruciaux et des processus délétères bien cernés, intellectuels et politiques se concentrent sur des débats idéologiques absolument fumeux et sans  pertinence.

Ce n'est guère mieux ailleurs.

Le G.20 et ses dépendances ont établi un diagnostic faux. La crise serait  le fait des banques. Donc on doit réformer les banques. On a insisté : c'est le marché des subprimes qui a mis le feu partout.  Mais a-t-on réformé le marché des subprimes aux Etats-Unis ? Pas du tout.  On donne des contraintes de capîtal aggravé aux banques en tentant d'en limiter la croissance.  Sus à la "grande banques systèmique".   Sus aux bonus des traders.

A-t-on remis en cause les monnaies adminsitratives errantes ?  Chut ! N'en parlez surtout pas.

A-t-on acté que les changes flottants sans concertation d'aucune sorte sinon des jeux de puissance délètères étaient désastreux et devaient être supprimés ? Chut ! N'en parlez surtout pas.

Pas un jour sans qu'un responsable n'évoque d'un air pénétré "la stabilité" financière si nécessaire. Mais il accepter sans bargouiner  des mouvements erratiques de change pilotés par des programmes informatiques   qui auto entretiennent l'instatibilité.

Pas un jour sans qu'un homme politique européen ne critique la valeur trop haute de l'Euro (tout en s'inquiétant de la fragilité de l'Euro, dire deux choses absolument contradictoires dans la même phrase ne semble inquiéter personne).  Mais pas un mot sur les changes flottants qui expliquent cette hausse.

Pas un jour sans qu'un homme politique européen n'affirme que le Yuan est sous évalué de façon grotesque, provoquant délocalisation et stagnation de l'emplopi et du revenu en Europe. Pas un seul qui critique réellement le mercantilisme chinois et qui s'étonne qu'on puisse pratiquer le mercantilisme et la monnaie administrée dans un pseudo système monétaire international de changes flottants.

Pas un jour sans qu'on s'étonne de la dette grecque et de son ampleur par rapport au PIB du pays. Mais en valeur relative elle est du même ordre ou inférieure à celle de pratiquement tous les autres pays industrialisés du monde (Japon, Etats Unis, etc.). Et en valeur relative elle est d'un montant ridicule.

On nous explique que par un effet papillon un pays qui représente un pouième de PIB mondial va mettre le sytème par terre, de même que par le même effet papillon le marché des subprimes américains, quelques pouièmes du marché immobilier mondial, avait déclenché la pire crise depuis 1929 !

Tant d'ignorance et de sottise finit par agacer.

La seule méthode pour sortir d'une crise mondiale de surdendettement (environ 2.000 milliards de crédits sont aujourd'hui gagés sur aucun retour suffisant pour payer principal et intérêt),  est la croissance, après avoir jugulé les causes du désastre.  C'est la croissance qui permettra d'amortir les pertes. C'est la croissance qui permettra de rétablir la rentabilité de certains projets.  Et il faudra bien ruiner partiellement les créanciers. L'euthanasie du créancier doit être douce et progressive.  La  croissance sera l'anti douleur.

Il n'y aura pas de décroissance  heureuse. Il n'y aura pas de solution par la déflation.

Il n'y a aura pas de solution durable sans revenir à la garantie par les états de la valeur extérieure de leur monnaie par rapport à un étalon international  et par des engagements fermes d'équilibres de balances commerciales.  

Des changes fixes et concertés, éventuellement modulables par accords conjoints, surveillés par un FMI rénové et retrouvant son rôle de Bretton Woods, mais épuré des anomalies de 1944 (le droit de veto américain, l'hypertrophie du rôle du dollar), la maîtrise des mouvements de capitaux à court terme, ces mesures seules et seulement ces mesures, permettront de faire face à la situation.

Dans la seconde où un tel système sera mis en place la peur cédera au calcul économique.  La reflation concertée des économies par les états, les banques centrales étant associées a mouvement et se voyant attribuées de nouvelles règles de gestion,  entraînera une croissance non pas sectorielle mais générale.

Malgré la contrainte éconologique qui existe mais qui doit être traitée sans malthusianisme, une nouvelle période de "trente glorieuses" s'ouvrira pendant laquelle les dettes des trente minables seront progressivement éliminées, comme le monde avait&éliminé en trente ans les dettes de la guerre de 40.

A un moment où l'Europe se déchire, où la France se défait, où les Etats Unis vascillent, où les pays émergents voudraient bien confirmer leur sortie de chrysalide, où la Chine abuse,  où les institutions internationales sont frappés par le discrédit et l'impuissance,  faute de diagnostic clair et de volonté d'assumer des solutions pertinentes ,   rien ne dit qu'on ne retombe pas sur une période troublée du style de l'entre deux guerre qui avait coûté le même prix à la France que la guerre de 14-18, rappelons le.

Ce n'est pas le scénario le plus probable. Il est même très facile à éviter.

Que l'ont sorte enfin de la sclérose intellectuelle qui fait taire les vraies causes de la crise et interdit de construire les solutions durables dont le monde a besoin !

Depuis trois ans la pédagogie tragique des réalités aurait du faire son oeuvre.  Combien de désastres faudra-t-il encore subir, combien de centaines de millions d'emplois gâchés, de centaines de millions de carrières brisées, de centaines de millions de pauvres  désespérés, pour que la cécité qui frappe nos élites fasse place à une minimum de courage, de compétence, de pertinence et de connaissances ?

Oui nous déclarons que le G.20 est composé de lâches et d'incapables qui ne voient pas plus loin que leurs idéologies, leurs espoirs nationalistes et leurs petits calculs géostratégiques.   Non Monsieur Sarkozy, il ne fallait pas en même temps parler d'un nouveau Bretton Woods et affirmer qu'il fallait garder le rôle du dollar et les changes flottants. Non Monsieur Obama, il ne fallait pas  prétendre que le flottement général des monnaies dont la monnaie chinoise règlerait la question de l'avenir des échanges financiers internationaux.  Non, Monsieur Hu Jintao  il ne fallait pas déclarer  que la Chine avait le droit d'accumuler des milliers de millards de dollards d'excédents monétaires sans les remettre en circulation dans les économies partenaires en les dépensant au lieu de les placer avec la trouille au ventre que ces trésors se dévaluent.  L'Europe pour sa part s'est tue. Elle se tait tout le temps et accepte d'être la 27ième roue du carosse, alors que tous les fédérolâtres expliquent que sans l'Europe notre voix ne serait pas  entendue !  

Oui nous déclarons que cette crise immense, déclarée sottement imprévisible, n'a pas fait l'objet du diagnostic qu'il convient et que de ce fait toutes les poilitiques lancées n'ont pas de pertinence ni même de sens commun .

Le monde s'engage dans le n'importe quoi  comme en 1974, comme en 1993.  Il espère un miracle. Il ne viendra pas.  

On peut craindre que dans trois ans on ne soit amené une nouvelle fois à le constater si ce blog dure jusque là.

En attendant merci à ceux qui ont eu le courage de ces 80.000 lectures qui nous honorent et qui nous obligent.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Dire non à la déflation

Depuis les décrets Laval nous savons en France que la déflation, "cela ne marche pas".  La phase d'hyper gonflement des dettes qui a marqué le passage aux changes flottants  à partir de 1973 est évidemment arrivée à son terme. Une page se tourne. L'inconscience, dans ce domaine n'est plus de mise.  La récession de 2009 a provoqué un surgonflement des dettes publiques qui a encore aggravé les choses.  Nous sommes devant une montagne de dettes dont il va bien falloir se débarrasser. Toute la question est de  le faire sans faire exploser ce qu'il reste du système. 

Notons d'abord que les dettes non gagées sur un flux de valeurs futures réelles se situent mondialement dans l'ordre de grandeur de 3.000 milliards de dollars, venant fin 2008 de 3.500 Md$.  On en a donc déjà éliminé une partie.  Et qu'on peut assez facilement en éliminer encore une bonne partie en mettant le temps de son côté. Le hanneton pousse sa boule de crottin devant lui mais elle se réduit progressivement.

L'important c'est qu'il y ait de la croissance. Donc qu'on évite à tout prix la déflation. Le prêchi-prêcha moralisateur  sur la vertu de la cigale qui doit se transfromer en fourmi est parfaitement ridicule. Valable pour les individus il est décalé pour les peuples.

Seule la croissance permettra de se débarrasser de la  pyramide de dettes qu'on a laissé gonfler pendant trente ans de désordres du système monétaire international.

La première urgence est de réformer le système monétaire international. La seconde de mettre le monde dans une perspective de croissance non spéculative.

L'affaire Grecque est le comble du ridicule. Tout le monde s'amuse à se faire peur. Mais quelques chiffres donneront la mesure du dérisoire de ce débat. En un an les réserves de changes de la Banque Centrale Suisse ont  grimpé de 150 milliards de FS.  Uniquement par panique. Les besoins de refinancement vraiement chauds de la Grèce sont de l'ordre de 50 milliards. Il suffirait que la BCS prête son excédent de devise à la Grèce pour qu'il n'y ait même plus de soupçon de crise. Et il lui resterait encore 100 milliards dont elle ne sait que faire.  En un an ses réserves ont perdu plus de 30 milliards. C'est à dire plus que la perte qu'elle pourrait envisager au pire sur les prêts à la Grèce !

Si on prend la Chine, c'est maintenant des chiffres 10 fois plus forts qu'on manipule.  Et les pertes de change de la Chine se comptent en centaine de milliards de dollars.

L'Europe elle-même pourrait résoudre l'affaire en trois secondes. Il suffirait d'émettre des bonds européens à bas taux. Evidément établir une zone monétaire sans la gouvernance qui va avec était une absurdité. Mais les solutions existent. 

Un article du FT nie cette réalité. Il évoque le dégoût des européens pour l'Europe. Le rejet serait social et moral.  En vérité les Européens sont lassés qu'on leur mente. Une europe passoire et zone d'ajustement des puissances extérieures dans la confusion totale et  maintenant la crise économiqe suivie d'une déflation organique, les désespèrent. C'est clair et c'est normal.

Mais ce n'est pas une fatalité.  Les désordres monétaires internationaux, l'erreur conceptuelle des changes flottants, la soumission de l'Europe aux Etats-Unis, le grégarisme de ses hommes politiques, la déréliction de sa presse, tombée si bas qu'on se demande comment elle pourra un jour remonter, sont des défaillances graves que les peuples ont raison de critiquer.

Il n'y a pas d'avenir dans la déflation, la surtaxation générale, les restrictions permanentes, la guerre ouverte des monnaies, la fin du libre échange, la destruction de l'Europe.Il n'y a pas de décroissance heureuse.  Chassons les bonimenteurs !

Il faut organiser une croissance mondiale équilibrée et durable. Cela suppose le retour aux changes fixes et la responsabilité des Etats sur la valeur externe de leur monnaie, un étalon international, des échanges équilibrés, la maîtrise des mouvements de capitaux à court terme, la fin du "day trading" et des cotations continues par ordinateur.

Malgré un système  déséquilibré par la surpuissance américaine et la primauté du dollar, les accords de Bretton Woods avaient permis les "trente glorieuses" et surtout l'élimination des dettes énormes de la guerre.

Aujourd'hui c'est le même mécanisme international qu'il faut mettre en place. Bien sûr la Chine, le Japon et la l'Allemagne devront partiellement abandonner leur mercantilisme. Bien sûr les Etats-Unis perdront l'avantage indu du dollar.  Bien sûr l'Europe devra régulariser sa gouvernance.

Mais trente nouvelles glorieuses  seront devant nous. Alors que nous nous dirigeons vers une grande dépression du type de celle qui a frappé la fin du XIXème siècle.

Il n'ya pas d'avenir dans la financiarisation  débridée d'un monde de monnaies administratives laissées à des gnômes ou à des Etats irresponsables.  Il n'y a pas d'avenir dans la déflation. 

Il existe un chemin. Mais aucune personalité politique d'envergure pour le  montrer.

C'est consternant.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Anatomie de la crise décennale, à la lumière des évènements récents.

Comme nous l'avons écrit dès la fin 2006 et répété ensuite, la crise de 2009  serait du type 74, ou 93, mais en plus grave. Il s'agit d'une crise décennale classique aggravée par les défauts du système monétaire international et la dérégulation financière en absence de toute référence fixe de la valeur des monnaies.

L'épisode qui s'est déroulé de septembre 2008 à nos jours  permet de préciser le schéma de la crise décennale, crise périodique dont la mécanique est souvent niée depuis la fin des années soixante et   dont la théorie n'est plus faite aujourd'hui alors qu'elle garde toute sa pertinence.

La physionomie d’une crise décennale est certes chaque fois  un peu différente. Le contexte économique global  finit par changer et le système, consciemment ou non,  tient toujours plus ou moins compte de l’expérience du passé. Mais le schéma sous-jacent est solide et constant.

La confiance disparait d’abord chez les opérateurs financiers et les boursicoteurs. Les bourses s’effondrent. Les banques s’inquiètent. A juste titre : des tensions se font jour partout.   Les refinancements deviennent difficiles. Des crédits jusqu’ici considérés comme sûrs apparaissent  aventurés. Les particuliers paniquent. La traditionnelle distinction entre crise bancaire de liquidité et de solvabilité perd toute signification : les deux se conjuguent.  Les banques restreignent violemment le crédit : le fameux «crédit crunch » a bien lieu.

Les entreprises désinvestissent brutalement, volontairement  ou non. L’embauche s’arrête. La consommation n’est pas atteinte au départ. En début de crise les consommateurs regardent un peu la crise comme un défilé au balcon : la crise, quelle crise ? Retraités et fonctionnaires se sentent peu concernés. La plupart des postes en entreprise sont solides ou considérés comme tels.  Le chômage monte plus par arrêt des embauches que par les licenciements. 

Les épargnants en revanche paniquent. Vont-ils pouvoir conserver leur avoir ? Le taux de possession d’actions baisse  immédiatement et rapidement.   La course à la liquidité s’emballe.

Arrive le moment de vérité : les entreprises fragiles craquent. Les autres prennent des mesures conservatoires souvent exagérées par rapport au nécessaire ou au contraire résistent de façon irréaliste : elles ont eu tant de mal à constituer des équipes solides ! Toutes voient leur trésorerie s’effondrer au moment où le système bancaire cesse de vouloir les aider. On se finance sur le marché obligataire loin des banques, devenues simples courtiers.  Quand on le peut, car toutes les entreprises ne le pourront pas, notamlment les PME.  Le  chômage explose, alimenté désormais à la fois  par le non recrutement et les licenciements.

L’Etat est toujours pris par surprise. La croissance rapide de la fin de cycle l’a gorgé de recettes et les dépenses vont bon train. Partout les administrations centrales ou locales se sont endettées pour profiter des taux bas de la période joyeuse finissante.  Et tout soudain la mécanique s’enraie. Les recettes baissent plus vite que le PIB : un système fiscal progressif accélère les recettes fiscales pendant la phase de croissance mais provoque une dégressivité symétrique quand la récession frappe  On verra le taux de prélèvements baisser. Les gouvernements s’empresseront de prétendre que c’est grâce à leur bonne gestion !  Alors qu’il s’agit d’un effet mécanique.  Les dépenses explosent car il faut indemniser et relancer.  Généralement on indemnise et on rlance trop depuis Keynes. Les déficits deviennent abyssaux.  L’endettement public  grimpe.

Les banques centrales depuis 1929 et Milton Friedmann savent qu’elles doivent faire marcher la machine à imprimer les billets. Elles créent de la liquidité à tout va en reprenant au départ  les meilleurs actifs des banques. Ensuite elles avalent un peu n’importe quoi. Elles y gagnent beaucoup d’argent ce qui surprend toujours. Pourtant, tout le monde sait que les docteurs gagnent toujours plus en temps d’épidémie.  L’inondation monétaire permet de sauver les banques et d’éviter les paniques de déposants. Au nom  de la sauvegarde des déposants on protège les banques et leurs dirigeants, cas classique où une minorité est sauvée abusivement au nom du groupe.

La part du PIB qui a disparu est partiellement compensée par ces mécanismes efficaces. Il est rare que la crise entraîne des baisses de PIB très importante comme au XIXème siècle.  Les prix à la consommation ne bougent pratiquement pas sauf dans des cas très particuliers. La bourse finit par rebondir. L’immobilier tremble sur ses bases mais ne lâche jamais complètement, sauf sur les créneaux les plus aventurés. 

La vie reprend. La crise aura duré deux ans. Il faudra près de 5 ans pour s’en remettre totalement.  Les faillites arrivent en général en fin de crise, à partir de la troisième année.  L’état augmente les impôts sans se rendre compte que la progressivité suffira à rétablir le niveau de recettes voulus. La pression fiscale devient rapidement insupportable ce qui pèse sur la reprise. Le coup de gourdin fiscal « Juppé » de 95 provoquera même une récession sui generis en France en 1996.  Les banques sont désorganisées pour un moment. En fait le système bancaire est en faillite mais personne ne tient à le savoir. Le temps et quelques restructurations permettront de voir venir.

Puis l’oubli fait son œuvre et l’industrieuse humanité, ses désirs et ses besoins, reprend son élan. Jusqu’à la crise suivante. Si la crise précédente a été forte elle sera plutôt douce. Si elle a été faible elle sera violente car les ajustements n’auront été faits qu’à la marge lors de la précédente purge et l’oubli, une des causes majeures du cycle, aura été plus complet.

La crise nouvelle s’annoncera par différents signes qui seront ignorés : l’industrie automobile commencera à proposer des modèles foldingues d’un luxe inouï ;  certains économistes  expliqueront que le cycle est désormais vaincu et qu’on a trouvé le chemin de la croissance perpétuelle ; les banquiers en arriveront à penser  qu’ils font un réel travail pour le bien de l’humanité, certains estimeront même qu’ils font « le travail de Dieu », ce qui expliquerait des bonus ridiculement élevés  ;  les grandes entreprises annonceront des taux de croissance intenables basés sur des plans sur la comète euphoriques. Zeus aveugle ceux qu’il veut perdre.  En vérité en fin de cycle de croissance  le système de crédit est en totale surchauffe et finance beaucoup plus la spéculation que l’investissement durable.  Le court terme emporte tout. Les « bulles » sont partout.

D’amusants coquins prétendront qu’elles ne peuvent qu’exploser. Personne ne les écoutera. Elles ne sont que le signe d’une vitalité économique intense et de l’existence de liquidités abondantes prêtes à se placer.  La crise venue on prétendra de toute façon qu’elle était imprévisible et on cherchera un bouc émissaire facile comme une guerre, une catastrophe naturelle, une fraude massive pour expliquer qu’on se soit à ce point trompé. Les économistes de cour, qui auront inlassablement expliqué que  le cycle n’existe plus,  seront pris une fois de plus à contrepied par le retournement. 
Peut-être la reine d’Angleterre les tancera de n’être que les commentateurs mal inspirés d’évènements qui ne sont pour eux que des pochettes surprises. 

C’est que l’épisode aura été sévère.

D'autres surpris de s'être retrouvés si bêtes au milieu d'évènements si peu anticipés jurent mais un peu tard qu'on ne les reprendra plus.  En général ils se mettent à annoncer pour les prochaines semaines, les prochains mois ou les prochaines années une crise colossale, un peu comme si une "vague scélérate" à caractère magique et en voie de formation secrète  avait enfin illuminée leur sagacité. Ils confondent les conséquences de la crise avec la crise elle-même qui en fait est derrière eux. Mais à leur tour "ils l'auront bien dit" si des erreurs économiques viennent compliquer la sortie de crise.

Depuis la fin des accords de Bretton Woods chaque crise décennale est plus grave et ses conséquences plus difficiles à maîtriser.  Kenneth Rogoff qui prétendait le contraire au FMI s'est trompé dans les proportions les plus délirantes.  Il pensait que les dérégulations financières, les marchés, les changes flottants avaient permis de vaincre le cycle. C'était le crédo de ses maîtres, Rubin, Greenspan et Summers.

La vraie question aujourd'hui n'est pas de nier le cycle. Il y aura toujours des cirses quasi décennales qui correspondent en fait à une donnée psychologique : l'oubli. Maurice Allais avait décrété que le taux d'oubli était équivalent au taux d'intérêt. L'intuition était géniale, même si elle reste aujourd'hui oubliée ou méprisée.

La science économique doit principalement comprendre pourquoi depuis 71 les crises s'aggravent et les sorties de crise sont plus difficiles et  plus aléatoires.  Nous-mêmes, au Cercle des économistes e-toile,  prétendons que la cause majeure est dans le système des monnaies administratives dérégulées que traduit  le système des changes flottants et la guerre des économies sans aucune procédure réelle de concertation efficace.  Ce système ne marche pas et a provoqué une baisse tendancielle de la croissance mondiale, avec des écarts de plus en plus massifs selon les distorsions de concurrence,  en même temps qu'une plus grande cyclicité.

Prisonnier de postures idéologiques  le débat économique public est inexistant sur ces questions cruciales.

Nous dirions bien" indignez vous !". Mais le slogan est pris. 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

FMI : un rapport d'une rare sévérité !

Personne en France ne semble avoir porté le moindre intérêt à un rapport indépendant portant sur la pertinence de l'action du FMI dans les années précédents la crise.


Ce rapport peut être lu en français ici :
http://www.ieo-imf.org/eval/complete/pdf/01102011/Crisis_Main_Report_FRENCH.pdf
Il est d'un extrême sévérité et rejoint les critiques que nous faisons inlassablement  et publiquement au FMI depuis 1996 et dont on trouvera  un exemple dans l'article paru sur ce blog en 2008 avant même la chute de Lehman Brothers (voir ici : . http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/7/22/Le-FMI--Formation-Manifestement-Inutile-, ou encore ici : http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/4/23/FMI--un-an-de-retard).
Rappelons rapidement nos critiques vis-à-vis du FMI telles que nous les exprimons de façon courante et comparons les à celles du rapport.

Nous disons :

- Le FMI a été créé dans le cadre des accords de Bretton Woods pour faire fonctionner un système de  changes fixes.  L'objectif visé est le plein emploi partout. Un pays qui a dérapé est remis en selle par le FMI en évitant des mesures trop déflationnistes.   Le passage aux changes flottants a privé le FMI de tout rôle organique.  L'objectif est désormais la stabilité des prix internes des grands émetteurs de monnaies. Les changes flottants pourvoiront au reste.  Ni les états ni le FMI n'ont  le moindre rôle à jouer. Bien sûr les objectifs anciens n'ont pas été gommés des textes. Dans la pratique on ne fait rien pour les atteindre.

- Privé de rôle, le FMI est une sous succursale du Département américain, pour opération au rabais vis-à-vis des pays en développement.  Les présidents sont des potiches qui démissionnent en général avant la fin de leur mandat et qui sont là en attendant des positions honorifiques plus flatteuses dans leur propres pays. Cela vaut naturellement pour DSK, le troisième du genre.

- Pour occuper l'énorme machinerie qui perd de l'argent à gros bouillon, on fait de la statistique, mais en employant des modèles keynésiens anciens qui n'ont pas de sens.  Résultats les prévisions sont généralement fausses lorsqu'il y a des ruptures et le FMI est incapable d'alerter sur la formation d'une crise.

- Dans le cas de la crise actuelle le FMI n'a rien vu venir et il a fallu un temps fou pour qu'il corrige ses estimations  et ses prévisions.  Il faudra attendre mi 2009 pour que la crise commencée en 2007 apparaisse sous ses couleurs réelles.

- Alors que de tout temps le rôle du FMI est de regarder avec soin les risques de changes et les questions financières internationales, toutes les innovations y compris les plus dangereuses ont été présentées comme formidables et aucun des risques énormes que faisait courir au monde le gonflement hystérique de la dette partout dans le monde  n'a été dénoncé.  

Le rapport dit :

-  Faiblesse analytique : pensée doctrinaire et autres postulats intellectuels; méthodes d’analyse/connaissances incomplètes.


La croyance se retrouve sur trois sujets critiques :  la foi dans l'auto régulation des marchés ; l'idée que les pays développés échapperaient désormais à toute crise, l'illusion techniciste que la complexité des méthodes confirmait leur valeur. "Les services du FMI étaient fondamentalement en accord avec l’opinion des autorités des États-Unis, du Royaume-Uni et d’autres pays avancés qui estimaient que leurs systèmes financiers étaient foncièrement sains et résistants." "Il s’agit-là peut-être d’un cas de mise sous tutelle intellectuelle".

Notre commentaire :

Tout ce bloc de sottises est en fait la doctrine qui justifie la fin des changes fixes et la bonté des changes flottants.  Pour les tenants de cette doctrine les pays développés avaient désormais réglé la question monétaire internationale. Grâce à la technicité financière, tous les risques étaient contrôlés. Et seul le libre marché donnerait la vérité des cours.  Le FMI adhérait aux changes flottants (bien que le système lui fasse perdre tout rôle). Point stop !   Et il s'agit à la fois d'une défaillance politique (le droit de veto donne aux idées américaines un privilège écrasant) et d'une défaillance intellectuelle (nous n'avons cesser de l'écrire).

Le rapport continue :

"Le lien entrel’analyse macroéconomique et celle du secteur financier restait insuffisante, bien que les séries d’évaluations réalisées depuis la crise asiatique aient mis l’accent sur la nécessité d’examiner les liens macrofinanciers dans le cadre de la surveillance du FMI. Ceci est révélateur de l’absence d’un cadre conceptuel adéquat pour l’analyse de ces liens chez les économistes en général, et de l’opinion répandue chez les économistes du FMI, selon laquelle les questions financières sont secondaires"

Notre commentaire : le rapport reprend l'un de nos dadas. L'absence de réflexion monétaire et financière dans l'analyse économique d'une façon générale est navrante. C'est ce qui avait conduit notre ami Didier Dufau a réécrire totalement l'article Monnaie sous Wikipédia  pour qu'au moins on ne dise pas dans une encyclopédie des bêtises ahurissantes.  Toute la théorie du cycle économique est fondée sur les causes monétaires. Sauf que depuis les années soixante les économistes ont cessé d'étudier le cycle  et que beaucoup prétendent qu'il n'existe pas.  Il est difficile d'observer quelque chose dont on nie l'existence.  

Le rapport cite avec délectation les propos inconscients du FMI  en 2007 et surtout en 2008. Rappelons que dès le début 2007 le marché interbancaire  était en train de se figer et qu'il se bloquera fin juillet 2007 ; que le marché immobilier s'était retourné dès le troisième trimestre 2006 et que les subprimes se retrouvaient à découvert par la baisse de prix  au premier semestre 2007 entraînant des dégagements massifs chez Goldman Sachs. A la mi 2008 la crise était clairement là avec des faillites de banques à répétition dès le début de l'année.

"Selon le FMI , les perspectives économiques mondiales étaient «parmi les plus favorables» depuis une décennie (Printemps 2004), qui devait être «l’une des plus fortes années de croissance», à moins que les événements ne prennent une tournure «catastrophique» (Automne 2004); «au coeur d’une trajectoire  extraordinairement porteuse» (Printemps 2006); et «forte» (Automne 2006); jusqu’au printemps 2007, lorsque le rapport prévoyait que «la croissance mondiale restera forte» et affirmait que les risques pour l’économie mondiale avaient fléchi depuis septembre 2006. Les déclarations publiques de hauts responsables du FMI  réitéraient ces messages; jusqu’en août 2007, la direction estimait que les perspectives économiques mondiales étaient«très bien orientées». Même à l’été 2008, la direction du FMI se montrait prématurément rassurante en estimant que «…les États-Unis avaient évité un atterrissage brutal» et que «le plus dur était passé». Entre temps, lors de la séance WEMD de juillet 2008, le message était que «les risques de débâcle financière s’étaient estompés»".


Rappelons que notre génie économique, DSK, est arrivé au FMI en 2007 et va donc participer à cette désinformation systématique qui va durer pratiquement jusqu'à mi 2009, une des raisons sans doute pour laquelle on ne fait pas beaucoup de publicité au rapport que nous commentons dans la presse française.  L'auréole de Saint DSK est pourtant particulièrement mitée ce qui explique en partie pourquoi il risque de ne pas être reconduit pour second mandat.  

On pourrait continuer à lire ainsi longtemps ce rapport hyper critique.  


Un des aspects politiques de l'affaire est que le FMI avait abandonné de fait tout examen bilatéral des politiques en cours aux Etats Unis. " Le FMI n’a pas réalisé de PESF pour les États-Unis, les autorités américaines n’y ayant pas consenti, malgré les demandes répétées". De même la zone Euro était considérée comme hors  la vue.


Les techniques financières les plus controuvées ont toujours eu grâce aux yeux du FMI, sous l'influence du trio Rubin, l'homme de Goldman Sachs, Greenspan le grand prêtre de l'arrosage monétaire  et Larry Summers l'aboyeur de service. .


Même pour les pays occidentaux partis dans des dérives folles, le FMI reste sourd et aveugle. Le cas de l'Islande est extravagant. Les banques de ce petit pays se lance dans une politique d'endettement avec effet de levier massif  afin de spéculer sur des actifs de plus en plus risqués. Les encours de dettes dépassent 1000% du PIB.   La moindre réflexion ferait frémir devant tant de folie. Pas au FMI  

«Heureusement, dans le cas de l’Islande et selon le constat de la mission de 2006 au titre de l’article IV, les comportements de couverture des risques, les bilans généralement sains  la gestion des actifs et des engagements ont rendu le système financier relativement robuste et résistant aux chocs»,  écrit le FMI qui ajoute : «Les perspectives à moyen terme de l’Islande restent enviables. Des marchés ouverts et souples, des institutions saines… ont permis à l’Islande de tirer parti des possibilités offertes par la mondialisation.»

On croit rêver.  En fait la conclusion est logique : les changes flottants et la spéculation moderne, avec ses garanties et autres  "hedging techniques" est parfaitement stable. Un petit pays dynamique peut tirer son épingle du jeu sans qu'on ait à s'inquiéter.  On doit même admirer.

Alors les Etats Unis, le Royaume Uni, l'Espagne, l'Irlande, …

Le FMI en vient même à faire la leçon aux pays "sages" comme le Canada qui refusent d'entrer dans la spirale.  Au nom de la "promotion de l'innovation" le FMI critique leur frilosité.

"Les conseils du FMI ont été concentrés sur les réformes axées sur le marché afin desurmonter les «entraves» structurelles dont certaines ont contribué à protéger ces pays des facteurs qui ont déclenché la crise".


Le FMI n'a pas seulement été aveugle. Il a poussé au crime.

Quelle est la principale lacune de ce rapport fort important au demeurant ?

Il s'attaque à l'écume des choses.  Oui l'organisation est cloisonnée et la bureaucratie du FMI sclérosée ; Oui les méthodes sont dépassées ;  Oui on ne laisse pas passer beaucoup d'air intellectuel dans les neurones de l'organisation ; oui on s'occupe trop des pays émergents sans regarder ce qui se passe dans les pays développés ; oui on est aveuglé par les doctrines de Wall Street et la puissance américaine en générale.

Ce n'est pas l'essentiel.  Comme nous cessons de le répéter, le FMI ne sert à rien en système de changes flottants et de liberté absolue des mouvements de capitaux.  La sclérose du FMI est venu uniquement du fait qu'il n'avait plus de rôle réel, plus de fonction organique.

Il a repris un rôle aujourd'hui parce que trop de pays sont à la limite de la rupture financière et qu'il fournit des fonds et des experts pour serrer la vis.  On lui demande aujourd'hui de ramener des idées pour éviter les déséquilibres majeurs.  On notera cependant qu'on le fait sans dire dans quel cadre global on se fonde.  

C'est toute l'ambiguïté du G.20. On ne veut pas doctrinalement s'écarter de la vulgate qui a mené à la catastrophe tout en tentant de prendre des demi  mesures de régulation pour contrer les principaux déséquilibres auxquels cette vulgate mène mécaniquement.

De ce point de vue  le rapport dénonce bien un aveuglement idéologique mais ne prononce pas non plus les mots qui fâchent.

Il faudra bien un jour que tous sortent du faux semblant.

Lewis Holden pour le Cercle des économistes E-toile.

Attention à l'impatience des peuples !

Une maladie non soignée se complique.  Faute d'un diagnostic clair et précis, la crise économique déclenchée en 2007 se développe indéfiniment avec ses phases d'accélération et ses périodes de rémission où l'on croit au miracle d'une guérison spontanée.

L'examen des "explications de la crise" telles qu'on peut les trouver sur le WEB montre que la très grande majorité des commentateurs n'a strictement rien compris, peu aidés par des "experts" qui se contredisent quand ils disent quelque chose.

L'idée dominante et presqu'exclusive est que la crise est due aux subprimes et que le monde paie les conséquences de la diffusion mondiale de "produits financiers pourris, emballés dans de la complexité et de la mathématique déviante.  C'est une idée facile, immédiatement compréhensible.  On a construit des millions de logements à crédit pour une clientèle inexistante. Les prêts ont été saucissonnés par la titrisation et  vendus aux épargnants du monde entier. L'ennui, c'est que tout cela était aventuré. On a les maisons et les dettes. L'ennui c'est que l'écart de valeur entre la masse du patrimoine ainsi créé et la masse de dette est considérable et  qu'il faut bien que quelqu'un paie la différence.

Les gouvernements ont donné du crédit à cette interprétation.  En France Mme Lagarde comme feu son ministre du budget ont toujours expliqué qu'il s'agissait d'une crise "américaine" que le monde subissait et en particulier la France, pays merveilleusement géré et qui subissait injustement l'effet des bêtises étrangères.

Le G.20 s'est concentré sur les responsabilités bancaires  sur le thème général : on vous renfloue avec l'argent des contribuables et  la monnaie de singe créée  par les banques centrales,  mais il va falloir  vous dresser un peu. On s'est focalisé sur les conditions d'activité des banques  comme si c'était des diables ayant créé  dans leurs antres maléfiques des  produits infects et dangereux.  Alors on a diabolisé les traders, tout en leur donnant des moyens décuplés de faire de l'argent facile entre des ressources devenues gratuites et des  possibilités de spéculations inchangées.

En vérité la crise des subprimes n'était qu'un élément du tableau général. Les quelques centaines de milliards  d'actifs concernés n'ont pas la quantum permettant d'expliquer la récession majeure qui a suivi. Les pertes ont été assez vite cantonnées et restructurées. C'est le gouvernement américains qui a pris l'essentiel du choc en sauvant AIG et les deux  organismes immobiliers particulièrement en cause, Fanny Mae et Freddy Mac.  Et pratiquement rien n'a été changé dans les conditions de fonctionnement du marché immobilier américain.

Si la crise avait été principalement celle des subprimes, on en serait sorti depuis longtemps.

Cette gigantesque erreur de diagnostic a conduit à  conserver le cadre structurel dangereux qui est la vraie cause de la crise : un système monétaire  mondial basé sur le sauve qui peut, les changes flottants, les relations non coopératives, avec une monnaie de réserve mondiale nationale dont l'émetteur ne se considère pas c omme responsable.

Nous l'avons dit et répété ici : sans une action concertée des états visant à remettre en place une système monétaire basé sur des changes fixes, où chaque état (ou zone monétaire)  est chargé de défendre la valeur externe de sa monnaie, il n'y a aucune solution à la crise. 

Seule une action concertée dans un tel cadre permet de réinflater l'économie mondiale, remettre la priorité sur les échanges, éviter les crises de spéculation et amortir intelligemment l'hyper dette qui s'est accumulée PARTOUT.  

Aujourd'hui le monde fait avec l'énorme masse de dettes ne correspondant à aucune réalité,  ce que le bousier fait avec sa boule de crottin. Il l'a roule devant lui indéfiniment. Mais le crottin continue à s'accumuler.   La valeur actuelle de l'ensemble des dettes mondiale est négative.  La croissance se dérobe sous les pieds à chaque fois qu'on tombe sur un trou plus ou moins caché sous un tissu d'apparences.

Aujourd'hui, au lieu de relancer globalement un système réparé  afin de créer les richesses nécessaires à combler les trous passés,  on demande aux peuples de souffrir et de prendre à leur compte les pertes accumulées.

Nous disons depuis le début : attention à l'impatience des peuples !  La crise de 1929 avait montré que la patience des peuples ne dépasse pas quatre à cinq ans.  Après, faute d'une vraie politique qui donne au moins l'espoir que cela ne recommencera pas, qu'on a compris et que l'on va dans le sens du progrès à nouveau , tout est possible. Et n'arrangera rien. 

Si après trois ans d'échec il reste un économiste en charge d'une responsabilité de conseil et un dirigeant pour croire que la crise est  due au marché immobilier américain, aux traders, et aux agences de notation,  il faut le pendre à un croc de boucher  ! De toute façon c'est comme cela que les peuples finiront par conclure.

Il n'y a aucun chemin de salut par la récession et la déflation.  Il n'ya aucune voie sans coopération internationale forte.

L'urgence aujourd'hui comme hier, après avoir perdu trois ans dans le n'importe quoi théorique et pratique, c'est de recréer un système monétaire mondial qui permet de recadrer  un plan de croissance internationale.  Il faut mettre en œuvre un système monétaire mondial dont la monnaie de référence n'est plus celle d'une nation négligente. Il faut rétablir les changes sur la base de parités réalistes. afin d'éliminer les immenses déséquilibres qui génèrent indéfiniment de la dette par les mécanismes bien connus des "doubles pyramides de crédits".  Et il faut conjointement  relancer l'économie mondiale.

C'est la seule voie,  la seule solution.  Avoir renvoyé sur les états les pertes bancaires et demandé  aux citoyens de payer,  sans rien changer aux causes de l'incendie, était la politique bien connue du sapeur Camembert.  Au moins lui bouchait un trou. Dans notre cas on laisse l'incendie continuer en demandant simplement que d'autres bâtiments soient envoyés dans la fournaise comme acte sacrificiel.  Le monde économique ressemble aujourd'hui à Carthage menacée par les Romains et qui brulaient ses enfants comme victimes expiatoires pour le Dieu Baal  en espérant qu'il finirait par envoyer la pluie  qui embourberait les agresseurs.  On sait comment cela a fini.

Messieurs les gouvernants du monde, attention à l'impatience des peuples.

Didier Dufau pour le Cercle des économsites E-toile.



Le futur discours inugural de Sarkozy au G.20

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes réunis à un moment très particulier de notre histoire récente. Depuis juillet 2007 et le blocage du marché interbancaire, le monde est en crise. Les troubles financiers ont culminé en septembre 2008 entraînant la plus grande récession depuis les évènements tragiques de 1929.  Les conséquences ont été dramatiques : des millions d'hommes ont été confrontés à un changement majeur de leurs conditions de vie. Les Etats sont désormais alourdis par des endettements colossaux  et ont perdu beaucoup de leur marge de manœuvre.  L'activité est basse et incertaine partout dans le monde et inquiétante dans les pays développés.   

Ce G.20 a fait preuve  dès qu'il a été réuni  après l'éclatement financier, du meilleur esprit de coopération. Tous ses membres ont parfaitement compris que sans coordination et sans esprit d'unité, la récession tournerait à la dépression. Nous avons évité à ce jour cette funeste évolution.  Mais rien n'est gagné. L'inquiétude est partout devant une reprise économique réelle qui ne vient pas. Des tensions peuvent être constatées partout et sur tous les fronts.

Notre mission aujourd'hui est d'éviter que la stagnation s'installe dans l'instabilité générale avec des risques évidents de crispation et de mesures à l'emporte pièce destructrices du fragile équilibre actuel.  C'est notre urgence d'aujourd'hui. En même temps, nous devons absolument éviter le retour d'une pareille crise et corriger tout ce qui est à la source du malheur qui nous frappe depuis maintenant trois longues années.

L'explication de la crise doit être au cœur de nos raisonnements.  Sans diagnostic exact pas de thérapeutique efficace, ni à court, ni à long terme.

Ce diagnostic peut-il être formulé avec un certain degré de certitude ? Heureusement oui. 

Le monde a essayé depuis 1971 et la destruction du système de Bretton Woods une formule d'organisation monétaire nouvelle, qui jamais dans l'histoire n'avait été essayée : les changes flottants avec une monnaie de réserve internationale appartenant à une nation particulière.

Dès l'instant où cette formule a été mise en place, les "trente glorieuses" de la croissance presque continue, se sont évaporées.  Les années 70 verront ce qu'on a appelé la stagflation, c'est-à-dire une inflation à deux chiffres avec une stagnation économique de longue durée et de très graves difficultés pour ne nombreux états.  Tout cela se terminera au début des années 80 par une récession provoquée afin de mettre fin à  la dérive des prix.

Les années 80 ne seront guerre meilleures. Certes, on constatera pendant deux trois ans une forte reprise économique mais elle débouchera sur une bulle financière et immobilière de grande ampleur  qui finira par exploser et entraînera la crise de 92-93 qui, déjà, était la plus violente depuis la crise de 1929.

La décennie 90 sera traversée de crises financières et monétaires violentes, dont la crise dite "des pays émergents" fut l'acte le plus représentatif.  Des politiques monétaires laxistes ont permis  alors de surmonter ces crises mais au prix de nouvelles bulles et d'une nouvelle récession internationale au début des années 2000.

A nouveau il a fallu ouvrir toutes les vannes de la création monétaire pour tenter de la  surmonter. Nous avons à peine eu le temps  de revenir à une certaine normalité que cette fois ci le système financier et monétaire mondial explosait.

Le système de monnaies administrative et de changes flottants que nous avons mis en place de façon un peu aventurée à partir 1971 n'a jamais fonctionné. Et après quatre décennies d'échec, on peut légitimement craindre qu'il ne fonctionne jamais.  

Il est vrai que l'abandon  des dispositions de l'accord de Bretton Woods n'a pas été provoqué par des considérations doctrinales. Les changes flottants n'étaient pas un système recommandé par la science économique unanime. La simple consultation des grands manuels d'économie de l'époque montre que l'hypothèse des changes flottants était à peine évoquée, jamais conseillée.  On se contentera donc des affirmations d'un seul auteur qui affirmera que ce système aurait de merveilleuses conséquences : diminution des réserves de changes et moindre stérilisation du capital ; répartition optimale des capitaux mondiaux ; convergence des taux d'intérêt,  absorption plus souple des chocs externes, stabilisation d es taux de changes.
    
Ces  prévisions apparaissent aujourd'hui comme des fariboles. Jamais les réserves de changes n'ont été aussi hautes dans tous les pays ; jamais les écarts de taux d'intérêt n'ont été plus importants ; jamais les capitaux ont été plus dévoyés qu'aujourd'hui dans des opérations purement spéculatives  au détriment de la création de richesses ;  jamais les changes n'ont été plus volatils.

Les changes flottants n'ont jamais produit les effets heureux annoncés. En revanche, que d'effets pervers !

La conjonction des changes flottants et d'une monnaie internationale de facto basée sur une monnaie nationale a entraîné l'apparition de mécanismes délétères qui ont sapé l'équilibre de l'économie mondiale.

Le phénomène le plus grave est celui de la double pyramide de crédit décrit par le grand économiste Jacques Rueff et confirmé par le prix Nobel d'économie Maurice Allais.  La monnaie dominante pour  être utilisée mondialement supposait des déficits extérieurs permanents de balance de paiement , dont le financement ne pouvait se faire que par des souscriptions venant  de pays excédentaires.  Un tourbillon s'est ainsi créé où les pays excédentaires recevaient  des avoirs contre lesquels ils battaient monnaie locale mais ces réserves étaient aussitôt replacées dans le pays émetteur où ils justifiaient une nouvelle création monétaire.  

Cette valse dangereuse a eu des conséquences mortifères :  la première est le gonflement partout de l'endettement. A la veille de la crise de 2007, l'endettement global dans la majorité des pays importants dépassait les 300% et pouvait atteindre de taux encore plus importants chez certains.  Il est évidemment impossible de gérer durablement des taux d'endettement pareils.

Le système financier a, au moins dans un premier temps, fortement bénéficié de ce gonflement gigantesque de l'endettement : c'est lui qui le sert !   On a vu les résultats du secteur s'envoler et avec lui le niveau des rémunérations de ses personnels qui est devenu rapidement  indécent.  En même temps les changes flottants ouvraient la possibilité d'une économie casino  d'une  complexité toujours croissante.  La spéculation et l'importance des aléas nouveaux  ont entraîné une imagination technique non maîtrisée avec la création de  contrats de plus en plus obscurs et dangereux.     

Plus on augmente les prêts, plus ceux-ci sont spéculatifs, moins ils n'ont de sens dans l'économie réelle.  On ne peut pas avoir un système financier qui prend l'ascenseur pendant que l'économie réelle prend l'escalier.

Tous ceux qui avaient observé et compris ces mécanismes, à la vérité tellement massifs qu'on se demande comment ils ont pu être ignoré par le plus grand nombre des observateurs,  ont annoncé que l'explosion arriverait et qu'elle serait terrifiante.

Si le marché interbancaire s'est bloqué c'est bien entendu parce que chaque  banques savait que ses consœurs étaient comme elle-même gorgées de prêts aventurés, complexes, à l'issue incontrôlable.  Du jour où le système bancaire fut miné par la méfiance il était voué à s'écrouler et il le fit en moins d'un an.

Le monde ne peux plus fonctionner sur la base des changes flottants et d'une monnaie internationale qui soit celle d'une seule nation, qui a  théorisé la négligence qu'elle affecte et qu'elle pratique des conséquences internationales.  Quarante ans d'échecs et de crises pour aboutir  finalement à  une explosion dévastatrice  jugulée à grand peine  ont tranché la question. Cela suffit ! Stop !

Bien sûr, "la tyrannie de l'existant" pousse en ce sens, on peut essayer de juguler les conséquences sans travailler sur les causes.

C'est ainsi qu'on peut essayer d'encadrer le système bancaire pour que les prêts ne gonflent pas dans la double spirale décrite par J. Rueff.  C'est essayer de mettre un couvercle sur un volcan en gênant les financements d'investissements utiles sans empêcher les financements spéculatifs inutiles.

C'est ainsi qu'on peut tenter de réduire le caractère spéculatif , complexe et obscur de la finance internationale.  Mais cette complexité est liée à la complexité intrinsèque d'un système où les monnaies valsent en permanence. et où pour chaque transaction il faut s'inquiéter de l'évolution d'un marché particulier et des monnaies impliquées dans la transaction.  La complexité est un produit dérivé des changes flottants.

C'est ainsi qu'on peut tenter de fixer des règles quantitatives pour éviter que les déséquilibres dans un sens où un autre 'ne dépassent pas une certaine proportion du PIB, par exemple 4%. Mais si on conserve une monnaie nationale comme monnaie internationale , la nation concernée sera en déficit de paiement permanent et  de grande ampleur à proportion de la croissance mondiale. On sait que la crise est au bout. 

Toutes ces mesures trouveraient leur pleine efficacité si on supprimait d'abord la cause des difficultés.  Mettre en place un système de change fixe attaché à une monnaie internationale qui ne soit pas en même temps  une monnaie nationale,   avec des disciplines de type du premier accord de Bretton Woods, mais cette fois ci effectivement  supervisées, voilà la vraie solution.

Dès qu'un pareil système sera mis en place nous verrons disparaître l'économie casino, la guerre des monnaies, le gonflement imbécile de l'endettement, la complexité des  produits financiers, les sur rémunérations du secteur financier et l'instabilité générale .

Aussitôt la coopération remplacera les différentes guerres commerciales et monétaires et aussitôt le plein emploi partout pourra être recherché collectivement.

Oui, le G.20 a une fonction essentielle  : permettre la coopération en vue du plein emploi. Partout. Croire qu'on pourra gagner durablement des emplois en les arrachant aux autres est une folie.  Croire qu'on peut installer durablement le monde dans un sous emploi chronique sans conséquences, une faute morale et intellectuelle. Il faut une croissance concertée avec une responsabilité des états  vis à vis des engagements internationaux.   Cela passe aujourd'hui  prioritairement par la réforme du système monétaire international.

En s'attachant dès aujourd'hui à cette tâche exaltante le G.20 enverra quelques signaux forts au monde.  Il prouvera qu'il a compris les causes de la crise actuelle. Il prouvera que la solution est à portée de la main. Il rétablira immédiatement la confiance tout en mettant fin aussitôt à la spéculation effrénée et mortifère que nous connaissons sur les monnaies.  

Notre responsabilité est grande. Exerçons là, pleinement, avec courage et lucidité, ici et maintenant !

pcc  Didier Dufau



Les paris sont ouverts

Non, nous n'allons pas évoquer le choix du nouveau gouvernement maius attirer l'attention sur une position intéressante des courbes respectives du BDI et du Stanard et Poo 500.

Jamais l'écart  d'évolution n'a été si grand. Le BDI stagne alors que la bourse grimpe sous l'effet du plan de "Quantitative Easing" de M. Bernanke. La planche à billets fume. La peur vis à) vis de la valeur des monnaies explose. Le bâtiment voit ses prix se redresser et les bourses reprennent du poil de la bête.

Mais on sait que Jamais le BDI et le SP 500 ne divergent longtemps. Il va donc y avoir une correction.

Soit c'est l'activité qui repart avec un temps de retard et nous allons voir le BDI "skyrocketing"  soit c'est la bourse qui va connaître un ressac soit les deux mouvements vont avoir lieu en même temps. 

Les paris sont ouverts.

 

 



Baltic dry index et lecture de la conjoncture

Nous avons toujours été ici des avocats de la lecture du Baltic dry index pour comprendre vite ce qui se passait à l'échelon mondial. Ce n'est certes pas un instrument de prévision mais il donne des tendances qui lorsqu'on les examinent avec le recul  s'avèrent très significatives.

Qu'on examine le tableau donné ci dessous produit par Investment tools. com, la providence des économistes indépendants.

 

On voit parfaitement :

- l'effondrement vertical du commerce mondial à partir de fin juillet 2008, avant même la chute de Lehman Brothers.

- lla stabilisation à un niveau bas du début 2009.

- la reprise due aux reconstitutions de stocks et aux plans de relance du printemps 2009 qui s'effrite pendant l'été.

- le très bon automne 2009 lié aux plans de relances, notamment en Chine

- le très mauvais premier trimestre 2010

- la bonne surprise du second trimestre 2010 qui s'épuise en juin.

- la stagnation actuelle à un niveau décevant qui explique les inquiétudes générales sur l'avenir. 

 

On voit bien que les reprises ont été purement et simplement techniques ou artificielles. Le commerce international n'a pas retrouvé un vrai moteur et de vrais courants. 

Les Etats ne sont plus en état d'envoyer des plans de reprise importants. Si les Etats Unis le font ils font provoquer une telle baisse du dollar que le système risque de s'effondrer et que l'inflation pour le coup risque de réellement menacer. L'angoisse monétaire bloque la conjoncture mondiale.

On ne sortira pas de la crise sans stabilisation immédiate des monnaies et sans supprimer la panique destructrice qui règne depuis 2007 sur les marchés moéntaires et financiers. 

 

Sinon le profil en L que le BDI index nous montre a quelquies chances de durer encore, sans préjuger d'un retour de la récession.

 

Didier Dufau popur le Cercle des économistes e-toile.

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Bilan du gouvernement Fillon (2)

Nous avons examiné la politique suivie à l'aune des promesses initiales. La Grance récession est survenue, remettant tout en cause et offrant un défi  considérable. Peut-on juger la politique qui a été suivie pour le relever ?

Lorsqu'une catastrophe frappe, on demande aux autorités d'une part de faire face à l'urgence et d'autre part de se mettre en position de ne jamais plus subir, si possible, sinon des évènements du même genre mais des conséquences aussi fâcheuses.

Paradoxalement, si le gouvernement a été totalement inconscient de la crise jusqu'au début de l'été 2008, les remontées vers la tête de l'état du drame qui commençait à se jouer dans les banques se sont multipliées à partir de ce moment là.  On a vu les principales banques vendre en masse leur titre dans les comptes qu'elles géraient pour les particuliers dans l'espoir de tenir leur cours qui commençaient à dégringoler.

L'hystérie qui avait frappé les marchés mondiaux de capitaux au premier semestre se retournait à toute vitesse d'autant plus qu'en Europe la BCE avait remonté ses taux (une mesure qui restera dans l'histoire comme l'exemple du plus manifeste contre temps). La BCE avait cru qu'il y avait une simple effervescence spéculative alors qu'il s'agissait d'un épisode de plus du tremblement de l'immense masse de dettes accumulées partout par les mécanismes pervers du système monétaire international actuel et les réponses délirantes d'Alan Greenspan et de Bernanke.  Il n'y avait pas liquidités en trop en Europe qu'il aurait fallu freiner, mais un glissement de terrain. La panique devant la monnaie n'avait jamais été aussi haute depuis les premières faillites bancaires du début 2008. Les banques trouvaient de moins en moins à se refinancer. La BCE a encore compliqué le processus.

Aux Etats-Unis le processus d'effondrement des "subprimes" commencé fin 2006 avaient conduit les banques américaines à se débarrasser d'une partie de leur engagement sur l'étranger. On avait vu ainsi les Landesbank allemandes gorgées de capital par le gouvernement à la suite de leur changement de statut en acheter des paquets colossaux. Mais tous les gestionnaires de fortunes en Europe s'en sont également gavés pour tenir leur rang : les trésoreries "dynamiques" gagnaient en apparence plus sans qu'on sache de quel risque se nourrissait ce plus.  En 2008 la question était de savoir qui avait le mistigri. Le marché interbancaire était à sec, ravagé par la méfiance.

Dès juillet 2008 cela craque de partout. La consternation s'installe dans les conseils d'administration des banques. Puis la peur. La peur du gros krach commence à devenir palpable malgré la moiteur de l'été dès la mi août et gonflera pendant la première semaine de septembre.  

Jusque là le gouvernement français a été totalement inconscient de ce qui se passait. Son "agenda", comme disent les américains,  en début de mandat, n'était pas nourri de ce genre de considérations et d'observations. Le Président Sarkozy était en plein dans sa politique de réconciliation avec les Etats Unis et se préoccupait surtout d'être invité par les Bush ; il passait ses vacances aux Etats Unis. Ou et quand aurait-il pu prendre la stature du commandeur pour dénoncer la catastrophe financière qui arrivait et demander d'urgence des mesures correctrices et préventives ? Il ne savait même pas que la crise décennale usuelle frappait à la porte. Le ciel économique était bleu et le soleil brillait.  

Du côté des éminences conseillant le premier ministre ce n'était pas mieux. Pris dans une floraison de réforme poussées souvent à l'emporte pièce, concentrés sur le budget depuis juin, les conseillers du gouvernement ne regardaient pas spécialement du côté des banques et ne nourrissaient aucune inquiétudes économiques fondamentales. Les banques d'ailleurs leur mentaient en cœur. Alors que la crise des "subprimes" commençaient à mordre très sérieusement dans leurs comptes et que de nombreux prêts paraissaient de plus en plus aventurés, elles prétendaient toutes être totalement indemnes ou si peu touchées que cela ne méritait même pas qu'on en parle.  Les Américains, les Espagnols, les Irlandais et les Islandais, d'accord, ils étaient mal partis avec tout leur immobilier. Les Anglais peut-être un peu. Mais pas nous les banques françaises, voyons !

Personne, strictement personne, ne raisonnait en masse globale de crédits et ne voulaient voir que cette montagne instable était en train de glisser.  On croyait à une crise technique limitée avec "découplage" du reste du monde.  Le FMI se montrait particulièrement grotesque dans cet exercice de fausse explication. Pendant tout l'été la tension monte dans les banques et commence à filtrer vers le gouvernement. Certains hauts responsables bancaires commencent à confier leur inquiétude "sur ce qui se passe aux Etats unis". Pas question de laisser penser qu'en France cela tangue.  Les banques françaises qui se sont engagées dans des opérations excessivement dangereuses pour grossir vite et entrer dans des marchés qu'elles ne connaissaient pas,  sont violemment frappées par ce qui se passe aux Etats unis, à l'instar d'UBS en Suisse qui ne peut plus cacher ses misères : Natixis, Dexia, etc..

Mais rien ne bouge dans le programme du gouvernement. Les souris dansent sur un volcan. Qu'on se le rappelle : toute l'affaire du moment, c'était le Grenelle de l'environnement. La loupe médiatique était sur le réchauffement médiatique, les voyages de M. Borloo au Groenland, les vacances écologiques de M. Hulot. La vertu écologiste suintait de partout. Les plans sur la comète prenaient une ampleur rarement vue.

Gouverner c'est prévoir. Sur ce plan le gouvernement Fillon a entièrement failli.  De même que le candidat Sarkozy n'avait pas compris qu'il subirait une crise en plein milieu de son mandat, de même aucune des instances gouvernementales n'a perçu que le jour J était arrivé. La faillite de  la Northern Rock, un an auparavant, menaçait maintenant tout le monde, partout.

Et Lehman Brothers explosa en plein vol.

En un jour ce fut une panique générale. Tout le système bancaire mondial était menacé et l'ampleur de la menace globale n'était même pas vue  : on croyait toujours a un effet dérivé des subprimes. On ne voyait pas que c'était un glissement global de la mondiale pyramide des dettes qui démarrait.  Cela suffisait malgré tout à laisser prévoir le pire. Dans son discours de Toulon  quelques jours après le Krach,  le président Sarkozy décrivait bien les choses :
"Une crise de confiance sans précédent ébranle l’économie mondiale. De grandes institutionsfinancières sont menacées, des millions de petits épargnants dans le monde qui ont placé leurséconomies à la Bourse voient jour après jour fondre leur patrimoine, des millions de retraités qui ont cotisé à des fonds de pension craignent pour leurs retraites, des millions de foyers modestes sont mis en difficulté par la hausse des prix. Comme partout dans le monde, les Français ont peur pour leurs économies, pour leur emploi, pour leur pouvoir d’achat".

Une partie de la réalité avait fini par percer dans l'esprit des plus hauts dirigeants français. Elle était si grave que l'idée même de la farder n'était plus de mise.  Au moins les réflexes de survie de N. Sarkozy ont évité qu'il ne tergiverse.  Il a vu vite qu'il fallait parler haut et fort et si possible ensemble.

Il faut dire que le tableau international à cette date était pitoyable.

Paulson, le responsable de la politique américaine, était complètement dépassé par les évènements.  Il avait laissé Lehman s'effondrer sans même se rendre compte que dans la seconde il mettait en faillite AIG.  

La faillite d'AIG pour la France signifiait l'effondrement des plus grandes banques françaises qui étaient gorgées de CDS dont AIG était la contrepartie. Le gouvernement français n'avait plus la maîtrise de rien. Tout dépendait désormais de la BCE, de la FED et du gouvernement américain.

Les Européens continentaux étaient totalement pris par surprise. La chancelière allemande a cru un temps que son pays n'était pas touché. La réalité n'a pas tardé à la rattraper.   Quand tout le monde fut bien convaincu qu'il fallait rassurer les particuliers pour éviter des ruées bancaires, une organisation collective fut mise en place.

Tout reposait sur le sauvetage d'AIG. Si AIG tombait le monde entier perdait son architecture bancaire ! Il s'agissait de centaine de milliards de dollars avec des effets induits multiplicateurs.  Quelque soit les reproches faits à Paulson,  le fait d'avoir tenu sur ce point a évité d'ôter une ancre essentielle à l'avenir du système. Personne n'avait dénoncé, sinon la BRI (BIS), le gonflement inouï de ces contrats dans les quatre années précédentes. L'explosion de ce sous système aurait emporté tout.

Sans cet acte crucial aucune des politiques mises en œuvre en Europe n'aurait pu fonctionner.  Avec lui, le cadre de réponse international mis en place, beaucoup sous la stimulation du gouvernement français, s'avéra suffisant pour éviter une panique générale. Quelques ruées eurent lieu dont celle qui emporta Northern Rock mais dans l'ensemble les particuliers cessèrent assez rapidement de vouloir sortir leur encaisse des banques.

Le reste de la politique gouvernementale ne fut pas, après cela, particulièrement original. Gérer un effondrement de conjoncture ne demande pas finalement beaucoup de mesures particulières. On soutient quelques secteurs critiques ; les banques, l'automobile, le bâtiment.  Pour le reste on laisse jouer les amortisseurs sociaux.  Le plus dur est d'arrêter les bêtises en train de se faire. Il y a une inertie d'environ 9 mois avant que tous les acteurs comprennent que le temps des cerises est passé.

Bien décidé à suivre une politique de juste milieu, où on ne casse rien par un comportement paniquard ou aventuré, le gouvernement Fillon fera une relance modérée, et aucune réforme. Aucun discours sérieux ne sera tenu pour éclairer les Français sur les causes de ce drame économique : on affirmera qu'il vient des Etats Unis ; que c'est la faute des banques, des polytechniciens de la finance, des bonus des traders, des agences de notation inconsciente, de la comptabilité. La question du plan de relance sera le seul point un peu discuté : fallait-il le faire ? Si oui à quelle hauteur ? La question de l'endettement futur du pays ne fut pas posé.  Finalement ce plan repris un certain de projets dans les tiroirs et servit surtout de paravent politique.  La France ne pouvait pas s'endetter plus longtemps à marche forcée !

Deux  ans plus tard, on se retrouvait avec un déficit public de près de 8% : du jamais vu même près la crise de 92-93. Et l'inquiétude sur l'Euro provoqua un retour de bâton sévère qui allait pousser le gouvernement à des mesures drastiques d'économie

Aurait-il été possible de faire mieux ?

A partir du moment où on n'avait rien vu venir de la récession décennale et du risque associé au monceau de dettes accumulées dans le monde, représentant plusieurs fois la valeur du PIB global, il n'y avait guère qu'à fermer les écoutilles et à voir venir. C'est ce qui a été fait. Les banques qui depuis le Front populaire puis  Pétain sont une excroissance de l'Etat avec lequel elles vivent en consanguinité ont été sauvées, au nom de la protection du déposant et de l'épargnant.  

Aucune réforme n'a été faite sinon sur des faux semblants commodes comme les rémunérations variables. On a sacrifié deux boucs émissaires, les présidents de la Société générale et du Crédit agricole, qui n'en reviennent toujours pas d'avoir été jeté ainsi hors de leur fromage. Un conseiller bien en cours a pris la tête d'un regroupement bancaire. Bref on est dans la petite manip et non dans la grande politique.

Aucune des réformes indispensables à court terme, notamment la fin de la banque universelle et la mise en place d'une politique de séparation des grandes classes de banque et de responsabilité, n'a été mise en place, ni même esquissée. Le lobby bancaire est trop induré dans l'Etat pour qu'on puisse  espérer quoi que ce soit dans ce domaine. Le gouvernement Fillon fera valoir qu'on ne réforme pas en pleine tempête.  Comme on ne réforme pas non plus un système qui marche, il est clairement jamais le temps en France de réfléchir à des structures bancaires moins oligopolistiques où quelques hauts fonctionnaires se gavent avec le filet de sécurité de l'état derrière eux, tout en grugeant d'importance le déposant et l'épargnant.  Le secteur en est à nous expliquer que le système bancaire français est magnifique et n'a coûté rien et à personne. Alors qu'il vit entièrement en perfusion depuis deux ans et qu'il serait mort sans ces artifices.  

Pour le reste l'Etat s'est appliqué à tenter de faire conserver le maximum d'effectif dans les entreprises par des mécanismes d'aides au maintien dans l'emploi. Cet effort a été totalement contrebalancé par les décisions de licenciements immédiats et massifs pris dès l'automne par de nombreuses entreprises, la reconstitution des stocks se faisant par des heures supplémentaires consenties à des équipes réduites.

Le résultat global est ce qu'on constate :

* un taux de chômage près de 10%, contenu grâce en partie au départ en retraite de nombreux Français ; du coup c'est le système de retraite qui est menacé et il a bien fallu agir.
* une endettement massif et jamais vu depuis la guerre qui va peser pendant des années sur la croissance.
* la confirmation de l'écart de croissance avec l'Allemagne.
* un retour de balancier fiscal qui n'est qu'à ses débuts alors que la France est en tête pour les impôts et la dépenses publiques.
* la part de la France a reculé sur le marché mondial.

En même temps certaines faiblesses européennes ont été mises à nu. A force de mettre la charrue devant les bœufs, les bœufs ont fini par piétiner la charrette !

Une France vieillie s'est calfeutrée dans les déficits et l'absence de réelles réformes de fond, dans un système global désastreux et un système européen en danger. Tout cela sent la charentaise et l'effacement, malgré les gesticulations sur la scène internationale.

Imaginons simplement que la campagne présidentielle se soit construite autour de la nécessité de sortir  la France, l'Europe et le monde des vices qui les empêchent de fonctionner correctement.

Imaginons un président qui aurait tenu un discours d'une extrême fermeté sur les défectuosités gravissimes du système monétaire international et les risques pesant de son fait sur le monde et qui aurait décidé de mettre son économie en défense face à la crise à venir en engageant des réformes réellement fortes : suppression des 35 heures, suppression de l'ISF dans sa forme débilitante actuelle, retraite à 65 ans, blocage des délires régionaux et municipaux, réforme des banques, réduction massive des dépenses dès 2007 et en 2008, transfert d'une partie de la fiscalité des entreprises sur la consommation.  

Imaginons un président remettant en cause une banque centrale européenne fonctionnant sans coordination économique et sans objectif de croissance, plutôt que de refaire un traité constitutionnel européen au rabais.  

Imaginons un président avec déjà deux de réformes lourdes derrière lui  aussi bien sur la dépense publique d'Etat que sur les dépenses régionales et locales !

Imaginons un président avec déjà une réforme des retraites acquise en 2008 et valable pour 50 ans !  

Imaginons un président qui n,'aurait pas fait toutes les erreurs passées en revue dans la première partie de cet article.

Quelle aurait été sa force en septembre 2008 ! Quel serait son poids dans les réunions monétaires internationales ! Quel serait son poids en Europe !  On n'en serait pas à 8%  de déficit public  avec un endettement cumulatif de près de 100% du PIB. On n'en serait pas à 10% de chômage ! On n'aurait pas reculé à ce point dans l'économie mondiale.  

Le chef du gouvernement pourrait se prévaloir d'avoir agi, agi, agi. Il fallait un de Gaulle et un Debré, recréant un cadre français et européen durablement différent et prenant à partie le monde sur certains sujets graves.

Le premier des ministres pourrait alors se prévaloir d'avoir construit l'avenir avec fermeté et précision, à l'ombre d'un grand président.

Au lieu de cela, François Fillon risque de rester comme le second d'un trublion qui n'avait rien vu venir et qui s'est écartelé dans toutes les directions sans creuser profondément un sillon dans un axe précis, à la chasse aux modes et aux opportunités politiciennes. Certes il conservera l'image du calme qui dans la tempête aura gardé un cap sage et prudent  tout en modérant  et canalisant les Cieux.  Mais cette image de sagesse ne risque-t-elle pas de passer avec le temps pour un certain manque de caractère, d'imagination, de combativité  et ne lui reprochera-t-on pas d'avoir été le collaborateur plutôt passif d'une entreprise présidentielle manquant de réalisme et de pertinence ?    

Le quinquennat de J. Chirac avait mal fini, sur une accusation assez largement vraie de passivité générale. J.P. Raffarin n'avait pas démérité mais dans un champ de vision tellement étroit qu'il en paraissait dérisoire, à l'exception du début de réforme des retraites de F. Fillon. D. de Villepin n'avait pas convaincu avec des réformes micro-partielles, à la va comme je te pousse,  plus faites pour montrer qu'on faisait quelque chose que pour réellement changer les choses. Le CPE a été le symbole de cette orientation matamore et superficielle, agitant les principes mais pas la réalité, l'exact contraire de ce qu'il faut faire.   

Le quinquennat de N. Sarkozy est réellement à un tournant.  Il n'aura à présenter à  l'automne 2010 comme bilan d'ensemble qu'une réforme partielle et à courte échéance des retraites par répartition. Il lui faudra quelque chose d'autrement consistant à montrer pour se trouver en position sinon de force au moins de combat en 2012.

Remplacer Fillon par un Juppé façon 1996  est la certitude de l'échec. Ne rien faire, façon Mitterrand sur la fin, englué dans la maladie et le nini,  ou comme Chirac soignant sa sortie comme "brave type", est aussi une garantie d'éviction.

Alors ?

Faut-il spéculer simplement sur l'idée qu'on parera une nouvelle catastrophe socialiste  ? Ou faut-il se mettre en position d'avoir un vrai bilan ?

Même si le temps perdu ne se rattrape jamais, c'est la seconde position qui est la bonne. Reste à lui donner du contenu. Ce n'est pas si difficile que cela.   

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.



Paul Krugman invente le keynésianisme ascensionnel "no limit"

Personne n'a très bien compris ce qui a valu à Paul Krugman son prix Nobel ou ce qui en tient lieu, faute d'une œuvre théorique particulièrement remarquable.

Les mauvaises langues disent que sa longue critique de George Bush dans le NYT est la seule justification de cette distinction qui parait d'autant plus étrange que, malgré son flot de critiques acerbes,  P. Krugman est de ces experts médiatiques qui n'ont pas vu venir la crise et qui ont le plus grand mal à en faire l'analyse.

Le résultat est une course de rattrapage qui conduit à la surenchère dans le keynésianisme débridé,  désormais vis à vis de l'Administration Obama elle-même (horresco referens !). 

Voici donc que notre auteur compare la situation de 2010 à celle de 1938  et propose pour en sortir qu'on ne refasse pas les erreurs du passé et qu'on n'hésite pas à s'endetter aux hauteurs astronomiques qui permirent de financer la guerre de 40. En temps de paix !

Alors que la situation de l'endettement des Etats-Unis, dont plus personne ne sait dire s'il se situe au dessus de 400% ou de 600% du PIB, est littéralement du jamais vu en temps de paix, il faudrait encore surenchérir.  Finançons par la planche à billets la paix comme nous avons financé la guerre et tout ira mieux. "La crise peut être vaincue", dit notre auteur. Au prix d'un aventurisme qu'il faudrait admirer.

Paul Krugman ne comprend pas ce qui est arrivé au monde en général et aux Etats-Unis en particulier. Il raisonne comme si l'économie avait été soumise à un choc externe si violent (dont on se garde bien de proposer un scénario)  qu'il devait conduire à la dépression et qu'il suffit d'éviter les grandes erreurs de 29 pour conjurer le malheur. 

La Doxa depuis les années 60 est que la crise de 29 en elle même, n'était pas dramatique et qu'il eut suffi de prendre les bonnes décisions pour éviter les tourments de la dépression. Milton Friedman avait pointé les erreurs de la FED qui avait contracté l'offre de monnaie, accélérant le "credit crunch" : depuis Greenspan on lâche les vannes monétaires à tout va à chaque ralentissement. Keynes avait souligné que la trappe monétaire rendait cette politique de toute façon inefficace : l'investissement public devait venir en support de la "demande globale".  

On a donc laissé filer les déficits publics et conçu des "plans de relance".

Divers économistes ont souligné les erreurs du New Deal mais aussi que la récession de 1938 avaient été partiellement provoquée par l'arrêt du soutien de la conjoncture. On entend donc des voix soutenant que les plans de relance seront nécessaires tant que la récession ne sera pas vaincue.

Mais personne n'avait proposé d'entrer en temps de paix  dans une économie de guerre avec ses endettements pharamineux.  

Le gros défaut de bien des économistes universitaires est de toujours lire l'actualité avec l'œil dans le rétroviseur (c'est très rassurant). Bien sûr il faut retenir les leçons de l'histoire.

Mais il faut aussi regarder les réalités du moment.

Nous sommes de facto depuis 1971, de jure depuis 1973, dans un système de changes flottants et d'ouverture totale des mouvements de capitaux à court et à long terme qui est totalement différent de ce qu'on a connu précédemment et qui implique d'une part de comprendre les mécanismes propres de ce système et aussi la manière dont il remet en cause les pratiques et les idées précédentes.

Il n'y a aucune base qui permette de justifier l'efficacité du keynésianisme en système de changes flottants. Au contraire depuis 1974 on sait que cela ne marche pas comme avant. Alors un keynésianisme fou sera-t-il la solution ? Il faudrait au moins entrer dans le détail. Citer la guerre de 40 ne suffit pas.

La crise actuelle est la crise d'un endettement colossal et mondial alimenté par le mécanisme de la double pyramide de crédits et permis par les changes flottants et le rôle du dollar comme monnaie de réserve.

Evoquer la relance massive de l'endettement à des niveaux de guerre sans attaquer au fond les difficultés du système monétaire et ses conséquences est indéfendable.  Quand on n'a rien compris on ne lance pas dans des suggestions folles sur la seule foi d'une comparaison historique biaiseuse.

Car elle est biaiseuse. Si Krugman avait la patience d'étudier les cycles économiques décennaux, il s'apercevrait que la crise de 1938 est mondiale et qu'elle a frappé partout, chacun s'attachant à donner une explication "nationale" parfaitement controuvée. Krugman relève des mesures spécifiquement américaines comme Alfred Sauvy avait pointé du doigts quelques mesures irréfléchies du Front Populaire (et notamment les 40 heures). Les deux visions sont trop courtes.

On ne peut pas comparer la situation de 1938, pratiquement dix ans après le déclenchement de la crise, et celle de 2010, deux ans après le début de la récession. Le tout à 80 ans de distance !

Oublions la théorie économique. Visiblement P. Krugman a voulu encourager Obama à prendre  des mesures fortes de relance. Elles sont certainement nécessaires. Mais elles sont loin d'être suffisantes et P. Krugman commet l'erreur, générale chez les économistes qui tiennent le haut du pavé aux Etats Unis, de ne pas regarder avec assez de précision la question du système monétaire international.

Et il n'est pas sûr qu'il soit très pédagogique de proposer des bonnes mesures avec de mauvaises raisons.   

Lewis Holden pour le Cercle des Economistes E-toile

Les mécanismes de la dette à plus de 300% du pib (fin)

Qu'elle serait l'inconvénient de revenir à un système régulé des changes avec une monnaie de réserve mondiale indépendante d'un pays national ? Les Etats Unis se trouvent-ils si flambants  aujourd'hui ?  Et la Chine ? Elle tremble de tous ses membres devant son tas de dollars qui risque de lui claquer dans les doigts.  L'économie casino était elle aussi belle que cela ?  Bien sûr les financiers ont gagné des sommes gigantesques mais au prix de la ruine du secteur bancaire qui sans le secours des Etats serait aussi radicale que définitive.  Bien sûr les Etats unis ont financé leur déficits monstrueux sans avoir à faire le moindre effort pour les réduire. Mais au prix d'une crise dont ils sont loin d'être sortis et dont ils ne sortiront pas seuls.  Le "moteur américain" n'existe plus. Il était entièrement alimenté par la dette. Et la dette aujourd'hui, mon bon Monsieur !

Le seul vrai risque est de croire qu'une fois de plus après un temps de difficultés tout va reprendre comme avant, avec des accords Bâle III, IV ou XIX, des restrictions de bonus  et un petit coup de trique sur les agences de notations. La pyramide de dettes est encore là, même si on la "roll over" avec ténacité . Les mécanismes dangereux aussi. Tout peut encore exploser.  Si l'Euro disparait  nous aurons le fameux effondrement des monnaies européennes non plus voulu mais de facto.  Et bonjour l'effondrement des dettes donc des créances partout où elles sont. Le nouveau "crédit crunch" sera encore pire que celui que nous venons de vivre. 

On ne peut pas aujourd'hui penser la dette sans penser le système monétaire international.   C'est là qu'il fallait agir il y a trois ans, quand le marché interbancaire s'est bloqué. C'est là qu'il fallait agir en septembre 2008, quand le système bancaire a explosé. C'est là qu'il fallait agir quand les états sont arrivés en première ligne avec leurs dettes intolérables.  C'est là qu'il faut agir aujourd'hui.

Pendant que les dirigeants mondiaux, repliés sur eux mêmes et leurs petits calculs,  font perdre son temps au monde entier, les peuples souffrent. Ils ne seront patients qu'un temps. Craignons l'impatience des peuples.  C'est un risque bien plus grand que celui d'une réforme du système monétaire international.

Comment des économies mondiales majeures peuvent-elles s'endetter au delà de 300% du PIB ?

L'épisode de crise  économique sévère que nous vivons depuis le blocage du marché interbancaire en juillet 2007 et surtout l'effondrement bancaire de septembre 2008, présente une caractéristique originale : la dette globale des premières économies mondiales a soudain dépassé les 300% de leur PIB.  

De tels taux sont intenables. On peut faire toutes les hypothèses que l'on veut sur le taux d'intérêt moyen comme sur la maturité moyenne de la dette, on trouve toujours pour l'amortissement du principal et le paiement des intérêts un prélèvement sur le PIB intolérable.  Si on prend un taux d'intérêt moyen de 3% et une maturité moyenne de 9 ans, deux hypothèses très favorables, un endettement de 270% du PIB exigera une prise sur la richesse produit annuellement de 30%  pour l'amortissement et de 7.1% pour l'intérêt. Si on pousse la dette à 360% du PIB avec un taux d'intérêt de 5%, avec une maturité de 5 ans, les chiffres passent respectivement à  72% et 18% soit 90% de la richesse produite !

Les chiffres différent selon les sources. Les chiffres donnés par McKinsey et cités dans l'Economist sont plus bas que ceux du FMI. On voit la dette du Japon à près de 450% du PIB.  Celles de la Grande Bretagne, de la Corée, de la Suisse et de l'Espagne au dessus de 300%. Celles des Etats Unis, de l'Italie et de la France  un peu au dessous de 300%. En fait on sait que le FMI a calculé la dette américaine à près de 360% du PIB des Etats Unis en 2008.

Notons au passage que ce chiffre critique de l'endettement global d'un pays n'est pas une statistique facile à obtenir et ne fait pas partie des indicateurs généralement suivis. Ce qui est une très grave erreur et une lacune que nous invitons Eurostat et l'Insee à corriger d'urgence, en donnant la maturité moyenne et le taux d'intérêt moyen.  Cet index a une importance critique. Faute de l'avoir suivi avec soin au cours des années la plupart des économistes n'ont pas vu venir la crise.

Un simple calcul, nous l'avons vu, permet de conclure que dès qu'on dépasse 150 à 200% on entre dans une situation intenable dans la durée.  On parle de ratios de dettes pour les banques, il faut étendre ce concept aux économies.

Quand s'est donc produit le gonflement (inouï en temps de paix) des dettes globales ? La situation commence à s'aggraver après la rupture des accords de Bretton-Woods. Une accélération majeure se produit après la crise boursière de 1987   et le relâchement général de la création monétaire à l'arrivée de Alan Greenspan à la tête de la FED. La crise de 92-93 donne un coup de fouet à l'endettement  : celle de 2001-2002 l'aggrave. Pendant des mois la FED pratique des taux d'intérêt négatifs. Et tout le système s'emballe en 2006 et 2007 jusqu'aux  premiers accidents de juillet 2007. La phrase que l'on entend dans les milieux spécialisés : "un blocage de ce genre du marché interbancaire cela ne s'était jamais vu". On vient d'entrer en terra incognita.

Pourquoi les marchés interbancaires se bloquent-ils ? Essentiellement parce que le remboursement de la dette n'est plus possible. La seule technique pour faire face à cette dette monstrueuse c'est le "roll-over". On refinance indéfiniment la dette.  Le refinancement devient difficile pour nombre de banques dès que la FED remonte ses taux directeurs. Toute la pyramide de dettes vacille, entraînant les banques dans le développement à toute vitesse des CDS et de la titrisation. On se débarrasse d'une partie de la dette menaçante sur des tiers : épargnant, gestionnaire de trésorerie, assurance...

Mais les marchés de dérivés titrisés se bloquent bientôt. La méfiance s'installe partout. Les banques les plus fragiles, celles qui ont cru devoir essayer de rattraper les "gros" commencent à fléchir puis les banques de l'immobilier. La panique s'installe bientôt. Des ruées ruinent certaines banques sauvées par les Etats.  Jusqu'à l'effondrement final.  Rien ne pouvait empêcher que ce scénario se produise.

Le grossissement indécent de la finance ne se mesure pas seulement par l'en cours de dette. La part du secteur financier  dans les bénéfices globaux s'envolent au détriment des autres secteurs. Le secteur financier recrute en masse et verse des rémunérations chaque années plus faramineuses depuis ... 1975. Ce ne sont ni un accès subit de cupidité, ni des pratiques déloyales des banques, qui expliquent ces largesses. Les gains sont là parce que le secteur financier prélève une part constamment plus grosse du PIB, à proportion du gonflement de ses bilans.  Les agences de notations, les contrats alambiqués, l'emploi des mathématiques et la rémunération sans limite  des directeurs de banques  jouent un rôle secondaire. Le levier de ces gains est dans l'accroissement indéfinie (pensait-on) de la dette. Les servants d'une dette de 300% du PIB sont aux premières loges pour confisquer l'essentiel des gains de PIB. Et le font. Toutes les enquêtes montrent notamment aux Etats-Unis (en France, on a des pudeurs...) que la part prélevée par le secteur financier est devenue excessive  dès la fin des années 70 et hégémoniques dès la fin des années 90.

L'accroissement indéfini de la dette est bien le cancer qui depuis le début des années 70 a attaqué l'ensemble de l'économie mondiale et, de crise en crise, a fini par créer la plus forte récession depuis 1929.  Lorsqu'on dit : un cycle se termine, on veut dire : il est impossible que les quarante années que l'on vient de vivre se perpétuent sur le modèle absurde et voué à l'explosion  qui s'est installé après 71.

Quel est donc le virus qui a provoqué cette cancérisation par la dette ?

On peut résoudre cette énigme comme toujours en l'abordant par ses composantes. L'endettement global est composé de quatre parties qui ne vivent pas selon les mêmes règles.

Prenons les entreprises. A-t-on vu une augmentation massive de l'endettement des entreprises depuis 1971 ? Pas vraiment. En fonction des taux d'intérêt et des modes, les entreprises se financent plutôt par le recours aux actionnaires, ou au marché obligataire ou au crédit bancaire.  On sait parfaitement que l'endettement devient rapidement un problème si son ratio avec le capital devient excessif.  Les trésoriers savent qu'il faut emprunter lors que les taux d'intérêts sont au dessous du rendement interne des capitaux investis. Ou lorsque les épargnants ont été douchés par une crise boursière. Mais que dès que le taux d'endettement s'élèvent au dessus de 50% de l'actif, les banquiers deviennent nerveux. Alors on ne voit les taux d'endettement s'envoler qu'en fin de cycle, dans les deux-trois ans euphoriques qui précédent les récessions décennales. Dans la phase qui suit, la contraction est immédiate et souvent sévère.  On retrouve ce mécanisme d'entraînement entre 1998 et 1991, puis de 2005 à 2008, avec les contractions violentes subséquentes. Ce n'est pas l'endettement des entreprises non financières qui est à la source du gonflement global de l'endettement.

Prenons maintenant les particuliers. L'endettement des particuliers est directement lié au niveau des taux d'intérêt et de la propension à prêter des institutions financières. C'est vrai à l'évidence pour le financement de l'immobilier qui, de plus, à son cycle propre  sur 15- 20 ans.  Déprimé à la suite du renversement du début des années 70, il renait à partir du milieu  des années 80 et s'emballe avec les taux bas qui suivent la crise du débat des années 90. On croit que la crise de 2001 va assécher la rivière. Pas du tout : les taux négatifs de Greenspan  relance la machine. Compte tenu du poids dans un budget du logement, l'enflure de la dette des particuliers dans le total de la dette est progressivement plus visible. En 2008, elle représente pratiquement 100% du PIB avec de fortes disparités (l'Espagne, la Grande Bretagne, comme certains pays de l'Est fraîchement arrivés dans l'économie mondiale  sont plus touchés, de même que les Etats unis via les subprimes).

Suivons maintenant la dette des Etats.  Elle est directement liée au financement des déficits budgétaires. Il va de soi que des taux d'intérêt bas stimule les possibilités d'emprunter à bon compte et donc de soulager le besoin d'augmenter les impôts. Mais le cœur du mécanisme est ailleurs. Comment la France a-t-elle fait pour passer d'une situation assainie de ses finances publiques au sortir du septennat raccourci de Gorges Pompidou, malgré les folies de mai 1968, au désastre actuel ?

La première raison du gonflement de la dette, celle que tout le monde évoque, est naturellement la tendance des dirigeants à dépenser toujours plus pour complaire à leur électorat. En France, le développement de "l'énarchie compassionnelle, sorte de compromis historique entre la haute fonction publique et des formes larvées de socialisme, a été une force permanente derrière le gonflement injustifié des effectifs de fonctionnaires  et la mise en place de systèmes de subventions perpétuellement en besoin de financements complémentaires. La pression sur les recettes a été permanente. Le grignotage insidieux finit, au bout de trente ou quarante ans, par représenter des masses financières colossales.  La dépense publique qui représentait 35% du PIB à la fin des années 60 est ainsi passée à plus de 55%.  

A raisonner ainsi on perd l'essentiel. Après tout, si ces dépenses avaient été financées par l'impôt, il n'y aurait pas dettes. Tout le monde peut constater qu'il y a eu une hausse fabuleuse de la pression fiscale en même temps qu'un gonflement déraisonnable de la dette. Il faut donc creuser un peu plus.

Le mécanisme fondamental qui est à l'œuvre est tout simple : l'impôt est progressif. Le seul fait du trend de croissance provoque automatiquement un accroissement de la pression fiscale. Il va de soi que comme tous les chiffres économiques critiques, la propension marginale des impôts à croitre avec la croissance n'est pas rendue publique. C'est le principal moyen des états pour vider les poches de leurs concitoyens sans qu'ils en aient conscience. Les états voient donc spontanément la part de leurs recettes dans le PIB augmenter s'ils ne contrarient pas le mouvement d'une façon ou d'une autre. En France où l'amour pour l'impôt (des autres) est un fait culturel fort, personne n'a jamais songé, à gauche mais aussi à droite, à faire apparaître le phénomène et à le corriger. La progressivité de l'impôt est peut être un élément de justice fiscale mais n'a jamais été prévue pour accroître indéfiniment la part de l'état dans le PIB.

Le phénomène est aggravé par le cycle économique de 8-10 ans. Pendant la phase de croissance rapide les recettes "prennent l'ascenseur"  pendant que le PIB "monte l'escalier".  La pression fiscale augmente rapidement mais personne ne le voit ni se plaint parce que le revenu général est en hausse.  Lors du retournement de conjoncture, le mécanisme joue dans l'autre sens. L'état perd plus que le PIB ne se réduit. Mais ses dépenses sont devenues "structurelles" et il ne peut augmenter les impôts à proportion des besoins. La dette enfle. Le cliquet à la baisse des dépenses publiques est un phénomène trop connu pour qu'on insiste plus. Il suffit de regarder ce qui se passe avec la préparation du budget 2011 pour se rendre compte de la force de résistance des subventionnés.

L'histoire de la dette récente de la France est entièrement écrite par les récessions successives de 74; 1982, 1993, 2001 et 2009. A chaque fois le gouvernement laisse filer la dette que ce soit Chirac, Mauroy, Béregovoy puis Balladur, Jospin puis Raffarin et aujourd'hui Fillon.  

On dira : vos mécanismes sont permanents. Qu'est ce que la période récente a de particulier ? Pourquoi est-ce que partout la dette publique a dépassé les 100% du PIB ?

Lors qu'on observe les courbes on voit en effet qu'avant 1971, le taux d'endettement des états baissent continûment. La guerre est un facteur d'endettement certain. Il faudra du temps pour amortir le coût de la reconstruction suivant la guerre de 40.  Mais la croissance est forte  et le cycle peu marqué pendant tout le temps du plein fonctionnement du système de Bretton Woods. Les recettes sont donc extrêmement abondantes pendant toute cette période ce qui permet un désendettement massif notamment des économies d'Europe occidentale.

L'ennui c'est que les trente glorieuses s'arrêtent avec l'introduction des changes flottants. La croissance (le trend mondial) est freiné de presque 0.5% et les crises  décennales deviennent de plus en plus sérieuses. Chaque crise cyclique (74,  93  et la crise en cours) est  "la plus violente depuis 1929".  Les gouvernements se retrouvent avec une moindre croissance structurelle de leurs recettes et des effets cliquets beaucoup plus violents. Partout les dettes s'envolent dans la foulée des ralentissements et des récessions.  

Simultanément sous l'influence d'Alan Greenspan, des flots de monnaies sont créés à chaque récession. Les taux d'intérêt sont historiquement bas. Les Etats insouciants comme la France y voient une aubaine. Vive la dépense publique, Vive l'impôt et Vive la dette ! On commence à s'inquiéter uniquement lorsque les taux d'intérêts à verser représentent la totalité de la valeur de l'impôt sur le revenu ! Sinon les malheureux qui du bout des lèvres appellent à un peu de restrictions se voient interpeller : dites-nous où vous trouvez vos économies : sur les enseignants et les infirmières ? Il est interdit non seulement de réduire la dépense publique mais même de l'envisager sans être aussitôt taxer d'être un "salaud" au sens sartrien du terme.

D'autres sont plus raisonnables. Des réformes profondes permettent de casser la spirale de hausse des prélèvements, de la dette et des dépenses publiques, en Australie, au Canada, en Hollande, dans certains pays nordiques. La Grande Bretagne après le coup d'arrêt Thatchérien, commet l'erreur avec Tony Blair de gaspiller progressivement les bénéfices engrangés. Le New Labor après avoir concédé que jamais il ne reviendrait au temps du "brownisme" étouffant de l'ancien labour, réhabilite progressivement la dépense publique notamment dans les hôpitaux et le système scolaire.

L'histoire de la dette publique est-elle dite ?  Non. Une autre force essentielle de l'accroissement de la dette publique est dans les sauvetages à répétition du système financier. Et pour le comprendre il faut maintenant s'intéresser au secteur des banques et autres institutions financières.

Jusqu'à l'explosion du système de Bretton Woods et au passage aux changes flottants, le secteur financier et notamment bancaire compte pour presque rien dans l'endettement global des pays. Compte tenu de l'inflation rampante lors des trente glorieuses, les dépôts sont constamment rognés. Les prêteurs ne sont pas à la fête.  Les banques non plus. Tenues pour responsables de la crise de 1929, elles sont corsetées dans une législation contraignante.  On gagne péniblement sa vie dans les banques de dépôts sur des crédits à l'industrie  et on fait très attention aux crédits aux particuliers. La monnaie est régulée par les banques centrales nationales et la discipline de Bretton-Woods impose de "ne pas faire plus de bêtises que les autres". Les bilans des banques sont sous contrôle.  Les Etats se financent en cas d'urgence par la création monétaire, provoquant de l'inflation mais évitant le gonflement de dettes publiques permanentes.  

Tout change avec la disparition des contraintes de Bretton-Woods. Il n'y a plus de système monétaire international. La contrainte des changes disparait. Que l'imbécile qui s'est fait prendre avec une monnaie qui s'effondre pleure tout seul dans son coin. Simultanément sous la pression idéologique de Milton Friedman on supprime tous les obstacles à la circulation financière et la majorité des barrières douanières : ce sont "les marchés" qui fixeront tout : le taux d'intérêt et la valeur respective des monnaies. Il fait bien prendre conscience de ce qui s'est passé : on a supprimé le cadre de coopération internationale des états et laissé aux seules forces individuelles des marchés le soin de trouver les chemins d'ajustements nécessaires.

Tout est biaisé dans le nouveau "non système" qui s'implante. D'abord, contrairement aux apparences, il n'y a pas de forces intellectuelles directrices derrière les nouvelles règles. Les Etats Unis ont déclaré une forme de chacun pour soi et tous pour l'Amérique tout en laissant les autres faire ce qu'ils veulent. Les pays serfs comme le Japon et l'Allemagne sont priés de faire gonfler la valeur externe de leur monnaie. Les autres ? Qu'ils se débrouillent !   Bien sûr, la nature ayant horreur du vide, on fera semblant de s'appuyer sur une doctrine économique solide. A nous Milton Friedman ! Or rien ne marche comme Friedman l'a écrit. La liberté économique transcontinentale  devait permettre aux financiers d'envoyer les capitaux là où ils sont le plus rentables, attisant la croissance. Pas de chance : le trend mondial baisse ! On devait avoir une convergence des taux d'intérêt : jamais on a vu autant de "spreads". Les devises devaient se stabiliser : elles grandes devises varient entre elles du simple au double !

En même temps on assigne aux banques centrales le soin de gérer des monnaies devenues à 100% administratives tout en leur assignant un seul objectif : pas d'inflation ! Le résultat sera risible : évalué en or le dollar et avec lui les principales monnaies perdra 98% de sa valeur entre 71 et 2010. L'once d'or passe de 35 à 1250 dollars !

Dès le milieu des années 70 le rôle des banques change. La variabilité des monnaies offrent des possibilités de spéculation phénoménales. D'énormes masses financières peuvent se déplacer à travers le monde. Les banques mettent un peu de temps à comprendre les nouvelles possibilités. Mais dès 77-78 on voit les salles de marché grossir à marche forcée. Spéculer sur des différences de taux et  de changes devient une source de profits démesurés. Il suffit pour cela d'accroitre le levier. Les banques commencent à devenir des emprunteuses. On crée de la dette pour pouvoir spéculer à court terme. Lorsque la spéculation ramène du 100% par an pour un intérêt de quelques pour cent, pourquoi se priver ?   

Nous voilà au cœur du système : une banque n'a pas les moyens seule de créer de la dette. Le multiplicateur de crédits ne fonctionne qu'à partir d'un apport initial de liquidité. Où se trouve la source de cette création nette de liquidité ?

Cette question est toujours très mal comprise et donne lieu à toute sorte de fantasmagories. Pourtant les aspects techniques ne sont pas très compliqués. Dans notre système de monnaie totalement administrative l'apport de monnaie est toujours le fait des banques centrales. Les banques centrales créent de la monnaie selon plusieurs schémas :  soit parce que les devises qui remontent dans ses comptes sont abondantes, soit parce qu'elle accepte de gonfler son bilan de dettes bancaires en plus grand nombre. Ou de dette d'état quand cela n'est pas interdit.  

Dans un système non régulé de n'importe quoi  structurel en matière de change chaque pays est soumis aux conséquences des décisions de la banque centrale du voisin. S'il resserre sa politique monétaire rien n'interdit à un agent d'aller chercher des capitaux ailleurs.  Bien sûr il ya le risque de change.  Mais on a des polytechniciens de la finance pour régler ces menus soucis.

La clef du système se trouvera nécessairement dans la gestion du pays qui a l'importance économique la plus grande. Si en plus il a imposé sa monnaie comme monnaie de réserve, l'importance de la politique suivie  par les autorités de ce pays devient cruciale. Si celles-ci se déclarent en faveur d'une doctrine de "benign neglect", tout est en place pour une catastrophe majeure.  

Les Etats-Unis n'ont pas voulu se contraindre pour sauver Bretton Woods. Ils ne vont pas plus se contraindre après que la flottaison du dollar a été décidée.  Le mécanisme de la double pyramide de crédits décrit par J. Rueff et quelques autres prend soudain l'allure d'un tourbillon incessant. Les déficits américains créent inlassablement de la monnaie dans les pays exportateurs qui la replace aux Etats unis. La spirale gonfle et se termine comme toujours en tornade. Où se constate le gonflement? Evidemment au sein des bilans des institutions financières. Dès 1985 l'endettement des banques représentent près de 50% du PIB des Etats Unis, contre  environ 20% en 1971.   Plus il monte, plus le risque global d'une rupture grossit. La première grosse explosion se produit en 92-93. L'ensemble du système bancaire explose et est virtuellement en faillite !  Il est sauvé par une inondation de création de monnaie et un nouveau gonflement de l'endettement des banques.  

C'est là qu'il faut regarder la situation du Japon. Dix ans avant c'était le grand gagnant de la mondialisation. Mais le voilà avec un système bancaire moribond que l'état doit sauver. En système de change flottant, les fonds courent vers les pays à fortes exportations dont la monnaie est solide. Le Yen s'est envolé. Pour faire face à cette hausse, qui asphyxiait le pays, les autorités n'ont pas su quoi faire. Entre carry trade plus ou moins aventuré, investissement des réserves dans des placements étrangers calamiteux, gonflement de bulles diverses notamment immobilières,  la crise de 92-93 allait avoir des effets dévastateurs.  L'état ne trouvera d'autre moyen que de venir au secours des banques pour éviter la spoliation totale des déposants et la ruine des entreprises.  En un mot le Japon a connu avec 20 ans d'avance ce qui est aujourd'hui le lot commun.  Le Japon est aujourd'hui à 450%  d'endettement par rapport à son PIB !  La Grande Bretagne qui a voulu jouer le deus ex machina derrière toute cette folie financière alimentée par les déficits américains et la politique monétaire foldingue de Greenspan se retrouve avec une dette globale de près de 400%. Ne parlons pas de l'Islande !

Les taux d'endettement étatique les plus monstrueux ne proviennent pas  "des enseignants et des infirmières" mais des conséquences d'un système monétaire et financier fondé sur les changes flottants et une monnaie internationale...nationale utilisée sans frein ni complexe.

Lorsque l'on dit : la crise actuelle vient indiscutablement des Etats-Unis, c'est vrai. mais c'était tout aussi vrai de la crise de 74 et de celle de 92-93.

Lorsque nous écrivions il y a deux ans que la crise faisait peur parce que les recettes frelatées de Greenspan ne pouvait plus s'appliquer, nous ne faisions que constater que le système mis en place de facto en 1971 était arrivé à son terme. La création de dettes nouvelles n'étaient tout simplement plus possible. Le système bancaire était au plafond.  Les états aussi.

La malédiction  des changes flottants et d'une monnaie mondiale à l'abandon avait fini par déclencher une des pires crises de la dette de toute l'histoire économique et en temps de paix !

La seule solution pour en sortir n'est pas principalement dans la refonte des banques, bien que la restructuration de la dette l'impose de toute façon. Mais dans le retour à un système organisé des changes et de la responsabilité des Etats dans la valeur externe de leur monnaie. Tout le monde convient que le Yuan est grossièrement sous dévalué et entraine des conséquences désastreuses pour les économies concurrentes.  Mais comment imposer une gestion des devises  sans système international contraignant. Si les Etats-Unis ne veulent pas se contraindre, pourquoi la Chine le ferait-elle ? Les Etats unis ont imposé un jeu de puissance. Comment se plaindre que d'autres s'y essaient aussi ?

L'Europe structurellement impuissante fait semblant de croire que les changes flottants, les banques centrales indépendantes chargées exclusivement de l'inflation, la liberté totale des mouvements de capitaux, est doctrinalement satisfaisante. Pratiquement elle signe son retrait du monde. Sa croissance est infime et menacée. En même temps que son système monétaire et bancaire est à deux doigts de l'implosion.    

La solution, la seule solution, est parfaitement connue.  les Etats ne peuvent commercer dans la liberté presque totale du commerce et des capitaux, que s'ils s'entendent sur un cadre monétaire et de changes où chaque pays a des responsabilités et peut être contraint à les respecter. Jamais les Etats Unis n'auraient du être autorisés à accumuler pendant des décennies des déficits absurdes.  Jamais la Chine n'aurait du être autorisée à pratiquer un mercantilisme aussi caricatural. Jamais le Japon n'aurait du être enfermé dans un système qui a tué" son système bancaire et malgré cela porté le Yen à des sommets injustifiables.  

La folie des endettements monstrueux que l'on constate est le fruit pourri mais inévitable du système des changes flottants et du dollar monnaie de réserve mondiale. Il faut donc renoncer à ce système.

La crise sévère que nous traversons aurait du être le levain de ce changement fondamental. C'est un système où tout le monde est perdant.  La dernière réunion du G.20 est calamiteuse parce qu'elle prouve qu'on en est toujours au chacun pour soi tout en faisant semblant de maintenir des libertés économiques dans un cadre tellement biaiseux qu'elles ne peuvent avoir aucun effet bénéfique de long terme.  

Il appartenait à l'Europe de dire stop. Elle pouvait le faire en laissant filer l'Euro tellement bas que les Etats Unis auraient pris peur. Et en augmentant de 200 à 300% le coût des importations  en provenance de Chine et des pays pratiquant le dumping monétaire en instituant une système non pas de taxes douanières (les traités ne le permettent pas et nous sommes totalement ligotés)  mais de béquilles monétaires visant à rééquilibrer les balances extérieures mutuelles.    

La simple menace aurait suffit pour être entendue. La Chine privée du marché américain et européen serait extrêmement mal. les Etats unis confrontées à une Europe compétitive seraient encore plus mal, à l'agonie.  

Qu'elle serait l'inconvénient de revenir à un système régulé des changes avec une monnaie de réserve mondiale indépendante d'un pays national ? Les Etats Unis se trouvent-ils si flambants  aujourd'hui ?  Et la Chine ? Elle tremble de tous ses membres devant son tas de dollars qui risque

Le Baltic index en très forte baisse

Après deux mois de trafic soutenu, témoignant de la bonne activité générale  dans le monde, et notamment en France où la conjoncture s'est redressée dans nombre de secteurs, particulièrement la mécanique,  en avril et mai, on entre mal dans l'été. Le recul et violent et laisse présager un troisième trimestre difficile.  Depuis l'hiver 209, on assiste à des bouffées de reprise plus ou moin forte mais aucune tendance n'est réellement établie. Le nouvel étouffement du marché interbancaire associé à la find es plans de relance et à la  perspective de plans de redressement drastiques un peu partout, laisse envisager une reprise de la récession sur la fin d'année, balayant toutes les perspectives de croissance effriolante dont parlent les petits bleus budgétaires. 



Le cycle immobilier dans le cycle général : une force fondamentale.

Nous sommes, au cercle des économistes e-toile, favorables à l'idée que les cycles existent et que leur observation est critique pour une bonne administration des affaires du monde. 

Depuis les années 70 les théories du cycle ont été pratiquement abandonnées. Puisque Keynes avait donné la solution pour éviter les récessions, l'idée s'est installée que les crises résiduelles étaient toujours dues  à des chocs externes.

C'est ainsi que la crise de 1974 est devenue la crise du pétrole, celle de 92 la crise de la guerre en Irak, celle du début des années 2000 la conséquences des attentats contre les tours jumelles de New York etc.  

La réalité est toute autre. La simple observation montre qu'il existe depuis au moins deux cent ans un cycle des affaires de 8-10 ans, avec une récession plus grave tous les 18-20 ans, une crise grave succédant à une récession molle.

Pour s'en tenir aux dernières décennies :

1973-1974    : crise grave

1982-1983    : crise molle

1992-1993    : crise grave

2000-2002    : crise molle

2008-2010    : crise grave.

On se souvient que ce schéma avait été nié par le FMI (Kenneth Rogoff) qui avait décrété à la fin des années 90 que les crises économiques étaient de plus en plus faibles, stimulant l'idée qui s'était répandue comme une trainée de poudre que nos économies ne risquaient plus les cycles et qu'une croissance permanente était à venir. On voit ce qu'il en est.

Le caractère cyclique de l'activité permet d'anticiper les récessions sans avoir à entrer dans les détails techniques. Les signes avant coureur sont faciles à percevoir. Nous n'avons eu aucun mérite à annoncer dès la fin 2006 que la bascule de coinjoncture aurait lieu en 2008 avec un pic de la récession en 2009-2010 et qu'elle serait sévère.

Les économistes qui expliquent qu'ils ne pouvaient pas savoir ce qui se tramait au sein même des banques et du système financier et s'exonèrent ainsi de leur inconscience de la crise montante sont des nigauds.La crise actuelle n'est pas fondamentalement un crise des comportements bancaires. C'est une phase classique du cycle décennal, dans sa version dure, mais aggravée par des défauts structuraux du système monétaire international et des réactions inappropriées des banques centrales, notamment de la FED.

L'avantage de la crise est qu'elle stimule à nouveau les réflexions sur le cycle. Nous signalons ici une étude récente qui recoupe parfaitement nos propres analyses.  Rappelons qu'une des explications de la sur-gravité du cycle tous les deux crises que nous avons donnée depuis que nous écrivons publiquement sur ce sujet (1997) est le cycle du bâtiment (ou de l'immobilier comme on voudra). 

1974 marque un coup d'arrêt brutal du marché immobilier : pour la, première fois les gens s'interrogent sur la possibilité d'une baisse prolongée des prix, inconcevable jusque là depuis la guerre. 1992 est principalement une crise de l'immobilier d'entreprise qui était devenu totalement fou. Sur la fin on achetait un immeuble le matin pour le revendre avec plus value le soir même ! La crise actuelle a une dimension immobilière évidente.

L'article de Fred E. Foldvary, The Business Cycle: A Geo-Austrian synthesis,http://www.foldvary.net/works/geoaus.html, donnera à ceux que cela intéresse un coup de projecteur intéressant sur cette question. On y trouve une description très précise du cycle de 18 ans (deux fois le cycle de 8-10 ans) qui caractérise bien ce qui se passe depuis deux cent ans dans le domaine de la construction. L'expression "quand le bâtiment va tout va" n'est pas née par hasard.

Ce cycle peut être contrarié ou aggravé par les politiques gouvernementales ou celles des banques centrales. L'école autrichienne depuis les années 20 et la grande inflation, est particulièrement sensible aux défaillances des banques centrales.  D'autres pourront mettre l'accent sur les débordements des gouvernements : les subprimes sont d'essence politique !

Mais il est là, le cycle immobilier. Fondamentalement.

Il faut éviter naturellement d'en conclure que les politiques n'ont pas d'importance et que les institutions économiques sont indifférentes. Les erreurs de politique économique sont fréquentes et certaines institutions sont dramatiques. L'organisation soviétique de l'agriculture ou les changes flottants sont des exemples typiques d'institutions qui ne marchent pas et ne marcheront jamais !

C'est bien le rôle des économistes de partir des faits et d'en tenir compte. Oui ils ont bien vocation à prévenir des risques de récession. Oui ils ont bien à dénoncer les politiques dangereuses. Oui ils ont bien à éclairer l'opinion sur le danger de certaines institutions créées par idéologie ou par ignorance et qui ont une influence néfaste.

Nous croyons être dans notre rôle en attirant l'attention constamment sur la réalité du cycle et sur la nécessité d'accepter cette réalité et d'en tenir compte. Chacun voit que l'on ne le fait pas et qu'on se contente de la recherche de boucs émissaires faciles dans un débordement de moraline tapageuse.

Nous croyons être dans notre rôle en avertissant les Français que "l'énarchie compassionnelle" qui nous gouverne depuis 1974 a étouffé le pays par le niveau de ses dépenses publiques et de ses impôts.  Chacun voit que le "vive l'impôt" reste le mot d'ordre à gauche et "vive les taxes" le mot d'ordre à droite.Alors que la dépense publique dépasse la valeur ajoutée des entreprises et que même en prenant tout le revenu des Français on n'arriverait pas à payer nos dépenses et à rembourser nos dettes !

Nous croyons être dans notre rôle en condamnant inlassablement  le non-système que sont les changes flottants, une aberration qui a coûté des points de croissance pendant quarante ans et nous a fait passé des trente glorieuses à on ne sait trop quoi.

De meilleures politiques et de meilleures institutions n'empêcheront pas les forces souterraines à la base des cycles de s'exercer. L'intelligence est de s'adapter et d'en limiter les effets néfastes.  Et de faire en sorte qu'on n'aboutisse pas  à 1929 ni à...2010.

Nous sommes ou inconscients ou outrecuidants mais nous croyons que c'est possible.

 

Didier Dufau pour le Cerle des économistes e-toile.

Les deux erreurs majeures du gouvernement Jospin

Alors que Lionel Jospin publie ses mémoires, avec ce titre plus que révélateur (Lionel parle de Jospin (sic)) de la schizophrénie  et des affres très protestantes du personnage, que penser de la politique économique qui fut celle de son gouvernement ?

Une fois de plus il faut se placer dans le cycle économique. Jospin arrive au moment de la phase haute du cycle. Et il ne s'en rend pas compte. Pendant tout 97 nous nous égosillons sur le site du Monde.fr pour signaler que l'emploi est en pleine expansion et que partout dans le monde les courbes économiques se redressent.  L'ombre portée de la récession de 93, la première depuis la guerre,  est si forte que personne ne veut y croire. C'est l'époque où l'énarque Seguin parle du Godot de l'emploi qu'on attendrait en vain, alors qu'il se manifeste déjà avec une grande force démonstrative.  C'est l'époque où l'énarque Rocard préface le livre ridicule de Rifkin qui prétend que c'est la "fin de l'emploi". Eternel décalage entre la réalité et l'hystérésis des sentiments.

Cette myopie, encouragée par un enveloppement idéologique particulièrement brumeux dans le camp qui est le sien, est la cause de deux erreurs absolument délirantes qui disqualifient radicalement son expérience de chef de gouvernement.

* Il ne voit pas que la croissance a sa conséquence habituelle : compte tenu de la progressivité globale du système fiscal les recettes augmentent plus vite que le PIB !  L'incroyable coup de massue fiscal de l'énarque Juppé est considéré comme insuffisant alors qu'il était déjà surdimensionné. On aboutira à l'affaire dite "de la cagnotte"  qui parait secondaire alors qu'elle est fondamentale. Nous en sommes arrivés à de tels taux de prélèvements que la conjonction d'une haute conjoncture internationale et d'une aggravation des impôts a des conséquences immédiates et terribles : l'Etat dépense tout sans se rendre compte qu'il étouffe le pays. Lors de la récession suivante, non prévue elle non plus par Jospin et qui le frappe avant la fin de son quinquennat,  l'étranglement fiscal du pays sera total. Seul Fabius, pour des raisons électorales, verra le danger. Mais il était trop ,tard. Et le choix de réduire la TVA sera une grave erreur. C'est pendant le gouvernement Jospin que le taux de prélèvement atteindra son sommet historique.

* Ne voyant pas la reprise très forte de l'emploi partout dans le monde, il se trompe, ici encore lourdement, de politique du travail. Il multiplie les emplois administratifs précaires, contribuent à stériliser une part notable des réserves de productivité française et il bloque pour l'avenir la croissance avec les 35 heures. La manière presque fasciste avec laquelle l'affaire des 35 heures est menée est révélatrice de l'état de la gauche. Le socialisme est mort. Il n'y a plus de programme. On n'a plus d'idée, alors on choisit en urgence avant une élection un gadget qui peut plaire aux masses, un "cadeau au peuple", et lorsque la surprise d'une élection donne le pouvoir on passe outre à tous les avertissements pour mettre en œuvre la promesse honteuse de façon autoritaire. Les 35 heures sont un nœud coulant autour du cou de l'économie française. Qu'on  ne dise pas que les conséquences ont été une surprise. Nous n'avons cessé de batailler contre cette chimère d'un présupposé idéologique et d'une manœuvre électoraliste démagogique.   La mesure est mise en place d'une façon très progressive qui fait qu'elle ne fera sentir ses pleins effets qu'à partir de 2000, c'est à dire à l'arrivée de la phase de récession du cycle.  La France ne parviendra pas à sortir de la crise de 2001-2003 : "la haute conjoncture de 2005,6 et 7"verra des taux de croissance infimes.

Accessoirement, mais pour donner sa pleine mesure sociale, Jospin, très trotskiste dans ses appréciations, considère qu'il doit mettre la force de l'Etat au service des "faibles" contre les "vilains capitalistes". Le droit social devient une jungle. Tout est bloqué.  Adapter le tissu économique aux nouvelles réalités devient ou impossible ou tellement coûteux que personne ne veut plus se risquer à l'investissement.

Au total le gouvernement Jospin bénéficiant d'une conjoncture internationale jamais vue depuis 1974 écrase le pays d'impôts à contretemps, laisse filer la dépense publique d'une façon telle qu'il aggrave l'endettement de mille milliards de Francs, crée un chômage structurel phénoménal, bloque l'investissement productif et étouffe pour longtemps l'économie et les relations sociales.

Il s'agit bien d'un désastre. Mais qui n'est pas perçu à la hauteur de ce qu'il est parce que Lionel Jospin a exercé sa gestion au meilleur moment de la conjoncture. 

Alors c'est bien beau de toujours se présenter comme "un grand honnête homme" qui aurait fait une politique "digne".  Jospin est un ignorant un peu trop torturé par sa prédestination et ses nombreuses contradictions (révolutionnaire mais énarque, trotskiste mais secrétaire général du PS, modeste mais candidat à la présidence de la République, honnête mais menteur pour sa tranquillité, socialiste mais ne détestant pas les facilités de l'argent, aimant les intellectuelles mais à peu incapable de parler un français correct etc.), qui a mené une politique suicidaire pour la France.

Est-ce que cela aurait pu être pire ?

Oui, assurément.  Notamment si DSK avait pu se maintenir au pouvoir. Heureusement ses turpitudes dans les milieux de l'assurance des étudiants, tondus ras par des voyous sans aucun scrupule, l'ont écarté du pouvoir, permettant, trop tard mais tout de même, une certaine correction de trajectoire. Les juges comme dans l'affaire Dray ont considéré qu'on pouvait piller la jeunesse sans conséquences pénales. Mais au moins ont ils permis  un temps qu'un changement d'homme génère une réorientation utile de la politique.  De même on créditera Jospin d'une certain réserve dans l'expansion des dépenses des administrations centrales. Les débordements les pires concerneront les collectivités locales (qu'on ne cherche pas à brider), le monde associatif subventionné (les copains et les coquins) et la sécurité sociale, où aucune réforme n'est engagée malgré l'urgence.

Au total Jospin a fait perdre son temps à la France tout en l'enfonçant dans l'endettement et le chômage structurel, alors qu'il bénéficiait d'une période hyper favorable pour résoudre à l'intérieur certains des problèmes structuraux provoqués par "l'énarchie compassionnelle" et le socialisme mitterrandien et à l'extérieur pour faire prendre conscience des dangers du système monétaire et financier international basé sur les changes flottants. On ne peut pas en même temps faire rire de sa ringardise dans les congrès socialistes internationaux et avoir un poids économique quelconque dans les instances économiques mondiales. 

Il est un des symboles de l'effondrement intellectuel français, dont les élites sont désormais incapables de se porter à la hauteur des enjeux nationaux et internationaux. 

Monsieur Jospin vous vous considérez dans l'article donné ce dimanche au JDD, comme un protestant ayant su gardé toute sa dignité et son quant-à-soi. Votre troisième place à l'élection présidentielle de 2002 aurait du vous prévenir contre cette forme de narcissisme extrême. Votre échec tient entièrement au fait que les Français dans leurs tréfonds ont parfaitement compris que vous avez gâché les quelques chances de la France qu'il aurait fallu à tout pris sauvegarder.

Votre pas de danse avec Chirac marque la fin de l'imposture de l'énarchie compassionnelle, lancée par le couple Giscard - Chirac en 1974,  qui a vu des hauts fonctionnaires s'emparer du pouvoir en croyant qu'ils sauraient apaiser la société  par leur arbitrage alors qu'ils n'ont fait que la châtrer. Vous êtes le dernier maillon d'une chaîne délétère qui a vu la France sortir de l'histoire faute d'avoir tiré toutes les conséquences du renversement des équilibres mondiaux qui se sont produits en 1974.

Vos mémoires, comme celles de J. Chirac, sont le témoin du chemin de croix qu'a suivi la France sans nécessité aucune.

Vraiment pas de quoi pavoiser !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile



La controverse Pierre-Antoine Delhommais-MichelRocard


La controverse qui anime ces derniers temps le petit monde des média nous intéresse car elle touche un sujet que nous avons abordé ici de multiples fois.

Pour ceux  à qui peut échapperce genre de guéguerres picrocholines, rappelons que dans un article très exact, Pierre-Antoine considérait que  "M. Rocard serait bien inspiré de relire Montesquieu, qui, dans De l'esprit des lois, s'en prenait à ceux qui "ont cru qu'il était bon qu'un Etat dût à lui-même et qui ont pensé que cela multipliait les richesses"". Et il ajoutait : "Rocard ..., qui il est vrai avaient pratiqué avec brio l'art du déficit quand ils occupaient leur poste".

M. Michel Rocard ,n'a pas apprécié. Il est vrai qu'à plusieurs reprises il a expliqué au monde ébahi qu'il avait été "le meilleur premier ministre" depuis longtemps et probablement dans son esprit toujours. Se voir rabaisser à un simple flambeur public  à crédit l'a heurté au plus profond de son ego, qui, comme chacun le sait, n'est pas mince. Il a donc vertement répliqué.  

"Je suis nommé le 10 mai 1988. Le budget de cette année a été arrêté par le gouvernement et la majorité précédente avec un déficit de 135 milliards de francs. Je l'exécute au milliard près. Je fais adopter pour 1989 un budget au déficit de 115 milliards, puis pour 1990 un budget au déficit de 100 milliards, tous deux exécutés au milliard près. Je fais adopter le budget pour 1991 avec un déficit de 90 milliards. Je quitte mes fonctions en mai, ce dernier budget sera exécuté avec un déficit majoré de près de 4 milliards. La récession de 1992 commençait en effet à se faire sentir fin 1991.Ref 2

La querelle ne peut être vidé que si on fait intervenir plusieurs notions cruciales qui ont le malheure de ne jamais être développées publiquement.

La première c'est que le cycle économique de 8 - 10 ans existe.

La seconde est que l'impôt est globalement progressif.

Cela veut dire qu'en phase de haute conjoncture (en général les 3 ou 4 dernières années du cycle) les recettes fiscales augmentent plus vite que le PIB. En revanche les périodes de vaches maigres, souvent les trois premières années du cycle, voient les recettes fiscales attaquées.

La qualité de la gestion des finances d'un pays  n'est pas la même en début et en fin de cycle : dans le premier cas il est nécessaire de laisser filer les déficits et dans le second il faut profiter de la croissance pour revenir à l'équilibre.     

M. Michel Rocard a eu la chance insigne de devenir premier ministre pendant une phase de forte croissance. Il fallait donc anticiper la récession prochaine et pratiquer une ascèse budgétaire telle que le budget repasse au positif et permette de dégager des excédents utilisables pendant la phase difficile à venir.

Il nous explique lui même qu'il n'en a rien fait. Alors qu'il a bénéficié d'une croissance extrêmement forte des recettes fiscales, il s'est contenté de freiner l'ampleur du déficit en utilisant pratiquement tout l'excédent fourni par la croissance pour des dépenses nouvelles. Ce fut une attitude irresponsable et même criminelle. Dans bien d'autres pays occidentaux, la période a été utilisée pour revenir à des budgets excédentaires.  

M. Michel Rocard aurait le droit de se vanter s'il avait conduit une politique faisant apparaître un excèdent de 90 milliards en 89, de 115 en 90 et de 135 en 91. En amassant  près de 300 milliards de Francs d'excédent, il aurait bien mérité de la Nation. Mais pas en accumulant 300 milliards de Francs de dettes nouvelles en pleine croissance !

Le plus incroyable, c'est qu'il ne réalise même pas l'inconvenance de sa défense !

Nous avions déjà fait cette remarque il y a bien des mois dans notre article  sur le plamarès des incapables.

Le pire est que cette période de forte croissance a été employée à créer le RMI, dont toute la discussion sur la transformation en RSA a montré qu'il s'agissait finalement d'une trappe à pauvreté inacceptable à réformer d'urgence, donc à créer un nouveau trou dans la coque des finances publiques, tout en créant un nouvel impôt, la CSG dont la montée  en puissance explique celle du taux de prélèvement et le passage de la France en tête de la spoliation fiscale de ses citoyens.

La gestion de Michel Rocard a été détestable et nous l'avons mis en tête du palmarès des pires premiers ministres pour cette raison.

On verra le même phénomène se reproduire à la fin du cycle suivant, où le gouvernement Jospin accroitra la dette cumulée de 1000 milliards de Frances pendant la meilleure phase de conjoncture mondiale depuis les trente glorieuses, tout en bloquant l'économie avec les trente cinq heures et la législation sur les licenciements.

Ce qui est vrai pour la nation toute entière  se retrouve à l'échelon régional. On a vu le Maire socialiste de Paris, M. Delanoë, se gaver de 400.000.000 d'Euros de recettes inopinées dues à la flambée des prix immobiliers, les dépenser intégralement et dès la récession venue déclencher les hausses d'impôts les plus phénoménales jamais vues à Paris, aggravant la situation des parisiens déjà durement touchés par la crise et contribuant à la hausse des prélèvements globaux, à l'instar de tous ces collègues dans les régions, les départements et les villes.

M. Rocard a donc entièrement tort dans cette controverse.

M. Pierre Antoine Delhommais verrait sa cause mieux servie s'il voulait bien populariser dans sa chronique le fait qu'il y a un cycle et que la progressivité globale de l'impôt implique qu'en période de vache grasse on crée de l'excédent budgétaire pour permettre des déficits supportables dans la période de vaches maigres. Le budget doit être contra cyclique sans accroissement perpétuel de la dette. Cette règle de base devrait être affiché à l'entrée du Sénat et de l'Assemblée nationale. Et au fronton de Matignon.

Je lui rappellerai que notre premier article sur le sujet date de septembre 1997 et qu'il a été publié sur le forum du journal... le Monde. Treize ans déjà.

Allons, encore un effort !

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile

copie à delhommais@lemonde.fr

Références

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/7/18/Economie-Franaise--le-palmars-des-incapables

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/11/28/j-emprunte-donc-je-suis-par-pierre-antoine-delhommais_1273508_3232.html

http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2009/12/12/michel-rocard-nous-repond_1279850_3208.html

 

Pourquoi la France ne résiste pas si mal

En matière d’activité la France résiste mieux à la récession que bien des pays, comme l’Allemagne, l’Irlande,  le Royaume Uni et même les Etats Unis.  La baisse du PIB constatée, même si les réévaluations proposées pour 2009  ne se concrétisent pas, est inférieure à celle de bien des pays industrialisés.


La raison en est triple :


-    La part du secteur marchand dans l’économie globale est plus faible que partout ailleurs.  Près de 30% de la population active travaille sur recettes ou financements publics, et leur rémunération et leur emploi ne dépendent pas directement et immédiatement de la conjoncture.


-    Il y a eu pendant quelques mois baisse des prix et donc accroissement du pouvoir d’achat.  Une telle assertion ferait rire toute ménagère : il est de tradition que les hausses de pouvoir d’achat par la baisse des prix ne sont  JAMAIS ressenties. Elles n’en sont pas moins là.


-    La baisse des prélèvements obligatoires. Le taux a baissé en 2008 de façon sensible. Certains diront : c’est le programme de baisse  d’impôts du gouvernement. Ce n’est pas la raison principale : la vérité est que lors que le PIB croit le taux de prélèvement s’accroit mécaniquement plus vite (l’impôt est globalement progressif) et qu’il décroit tout aussi mécaniquement lorsque le PIB régresse.  Le Ministre du budget a indiqué que le déficit de l’Etat s’expliquait pour 75% à cause de la crise et 25% du fait des déséquilibres hors crise de la structure des recettes et des dépenses.  Cette proportion vaut sans doute à peu près  dans l’effet « baisse du taux de prélèvements ».


L’inconvénient de ces avantages est la montée de l’endettement « structurel » et des déficits extérieurs.

Lorsqu’il faudra rétablir nos échanges et commencer à rembourser les emprunts l’effet sur la croissance sera lourd et nous condamnera à une sortie de crise retardée, une croissance très molle et une durée de stagnation plus longue.
D’autant que les trois avantages vont cesser progressivement de jouer :


-    Le secteur public étant peut susceptible de gain de productivité majeurs, il ne sera pas un moteur de sortie de crise.
-    L’inflation va reprendre.
-    La hausse des prélèvements obligatoires aussi.


Il y aura pression sur la demande globale à la baisse, en même temps qu’une baisse de la propension à produire plus.


On verra alors une France à la traîne par rapport aux autres. C’est ce qui s’est passé notamment entre 2005 et 2008 où nos taux de croissance ont été presque ridicules. 

Dans le cycle économique la France oscille moins mais son trend est plus plat que les autres.  L’avantage est certain lors de la phase de récession du cycle mais pas véritablement  enthousiasmante le reste du temps.

Grand écart

Le graphique ci dessous raconte une drôle d'histoire. On voit que la Baltic Dry index qui donne le prix du transport international chute depuis plus d'un mois après avoir repris des couleurs et qu'il se situe dans des zones extrêmement basses. Alors que les bourses explosent dans une hausse totalement décalée.

En général c'est la bourse qui suit le BDI, pas l'inverse. Ce qui annonce une forte correction boursière quelque part cet été.

Aucune réforme n'ayant été faite de rien, il est normal qu'un système financier pervers reprenne les affaires là où il les avait laissés et que la spéculation effrénée reprenne en amplifiant les quelques bonnes nouvelles du début de l'été.

Le chômage talonne aux Etats-unis ; les exportations allemandes repartent assez vigoureusement. La consommation ne fléchit pas dans la majeure partie du monde.

Cela ressemble vraiment à ce qui s'est passé lors de la crise de 2001-2003. Au lieu de voir repartir une croissance mondiale équilibrée la conjoncture n'a été que l'agglomération des bulles diverses qui ont fini par exploser.

On est reparti sur cette route cahotique. Le mieux qu'on puisse imaginer c'est une courbe en W. Une reprise brève à laquelle succédera presqu'aussitôt une rechute assez grave avant peut être de repartir pour de bon.

LH pour le Cercle des economistes E-toile.

 

 



Reprise par l’ Asie ?


Dans la torpeur d’un été orageux la nouvelle fait sensation : la fin de la récession est là et la reprise se fait en Asie.
La suite confirmera la réalité de ce redémarrage. En attendant on peut faire quelques remarques :
-    Les statistiques chinoises de PIB ont ceci de particulier qu’elles sont en général des plus douteuses. La Chine est un état totalitaire qui dirige son information. La captation de l’industrie occidentale fait l’objet d’un plan organisé qui a été largement orchestré par la propagande :  « Elle est inévitable » ; « venez vite avant que vous soyez balayé » ; "les chinois sont des commerçants dans l’âme et ils vont tout maîtriser : travaillez avec eux ou périssez" », …
-    L’Allemagne est le principal fournisseur de machines à la Chine. Ses exportations n’ont pas reprises dans la proportion de la croissance indiquée par la Chine.
-    Le Baltic index stagne à un niveau bas ce qui n’indique aucune réelle reprise significative du commerce international.
Les chiffres indiqués laissent entendre qu’une croissance endogène serait en cours qui fertiliserait uniquement le bassin proche, ce qui supposerait que la Chine importe plus qu’elle n’exporte. Or elle accumule à nouveau des réserves importantes. Sachant que la demande extérieure est faible,  on entre dans des contradictions insolubles sauf à imaginer un afflux de capitaux internationaux en Chine pour nourrir une bulle boursière ou immobilière. Ou dans l’attente d’une revalorisation du Yuan.
Tout cela est profondément étrange.  Et probablement malsain.
Wait and see !

L’INSEE avoue (enfin) « une erreur de prévision »

On sait l’intérêt que nous portons sur ce site aux questions de statistiques économiques et de prévisions. Nous y avons déjà consacré de nombreux articles :

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/4/23/FMI--un-an-de-retard

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/4/12/Lettre-ouverte--lINSEE

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/12/8/Les-certitudes-dans-la-crise-mondiale--1--Labsence-de-prvisions-srieuses

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/8/22/Le-PIB-le-Pauvre-Indicateur--Biais--de-la-conjoncture

C’est évidemment une question centrale pour ceux qui comme nous essayons de raisonner sur les chiffres pour essayer de découvrir des tendances  et annoncer à temps certaines ruptures et qui nous retrouvons souvent en contradiction majeure avec les prévisions officielles et en crise de crédibilité avec nos interlocuteurs qui refusent par exemple de passer nos avertissements en excipant que les instances officielles ne pensent pas comme nous et que leur rôle n’est pas  de favoriser les élucubrations.

Nous nous sommes heurtés au moins quatre fois à ce genre de réactions :

          En 1997 lorsque nous affirmions que l’emploi était en pleine expansion alors que tout le monde annonçait « la fin du travail »  et que le gouvernement Jospin se lançait dans l’erreur majeure des trente cinq heures

          En 1999 lorsque nous annoncions le début de la crise décennale pour la mi 2000 aux Etats unis et 18 mois plus tard en France et accessoirement lorsque nous critiquions l’idée de la croissance perpétuelle sans crise grâce à internet et l’économie de l’information sans stock

          En 2003 lorsque nous écrivions que Greenspan se trompait et qu’on sortait pour la seconde fois d’une crise en créant les conditions d’une crise subséquente plus grave

          Depuis début 2006 date à laquelle nous n’avons cessé d’avertir qu’une crise sévère était en préparation  et dont nous avons constamment précisé la date du retournement et sa gravité.

On voit qu’il ne s’agit pas d’un plaisir de Cassandre : l’annonce d’une reprise forte de l’emploi était plutôt sympathique !

L’Insee reconnait une erreur de prévision  dans son dernier Bulletin de Conjoncture (http://www.insee.fr/fr/indicateurs/analys_conj/archives/mars2009_ve.pdf ) :

« Au quatrième trimestre 2008, le PIB s’est contracté de 1,2 % (cf. graphique 1), ce qui représente un écart de -0,4 point par rapport à notre dernière prévision (-0,8 % dans la Note de conjoncture de décembre).Cette erreur de prévision est imputable principalement à la très forte contraction de la production manufacturière au quatrième trimestre qui a été sous-estimée (-7,6 % contre -4,0 % anticipé) ».

 

Cette reconnaissance est bienvenue. D’autant que le même bulletin avertit que les modèles de prévisions utilisés sont peu adaptés aux circonstances exceptionnelles que nous traversons. Ce qui annonce d’autres prévisions très incertaines.

Cette prudence ne doit pas nous empêcher de remarquer que l’erreur n’a pas seulement concerné le dernier trimestre.  Avec les dernières révisions, l’Insee admet que la France est en récession depuis pratiquement un an, comme nous n’avons cessé de la dire.  Et pendant un an on a vu le gouvernement nier ou minimiser la crise en s’appuyant sur ces prévisions fausses.  On se souvient du débat ridicule de septembre 2008 où Mme Lagarde expliquait qu’il n’y avait pas de récession en France qui faisait mieux que tout le monde (comme le nuage de Tchernobyl, la crise épousait nos frontières sans les pénétrer)  et le débat budgétaire psychédélique mené par M. Woerth sur des bases sottes au point d’être irresponsables.

La question de base est que le modèle utilisé pour la prévision est entièrement basé sur des estimations elles mêmes fruit d’une estimation économétrique de tendance. En gros on estime que ce qui est  va perdurer sauf évidence d’un élément contraire chiffrable.  Résultat : les chiffres de l’Insee, comme ceux d’Eurostat ou du FMI ont constamment couru derrière la réalité parfois avec un retard effrayant.  

Il n’y a pas de véritable RAISONNEMENT sur la conjoncture. Donc on ne prévoit pas les ruptures. Les conjoncturistes de l’INSEE (et c’est encore pire pour ceux de la Banque de France) n’ont pas d’outils intellectuels pour anticiper les ruptures. Dans tous les textes que nous avons envoyés aux uns et aux autres  nous avons toujours annoncé la crise en essayant de rester le moins technique possible sachant que cette technique aurait été aussitôt ou incomprise ou rejetée comme non pertinente compte tenu des manières de penser en cour (cad de l’absence de toute pensée remplacée par des modèles).   Notre alerte était toujours basée sur deux thèmes faciles et n’entraînant pas trop de réserves a priori : attention le cycle existe  et on va nécessairement vers un retournement ; attention les déséquilibres financiers sont tels qu’ils ne peuvent conduire qu’à la catastrophe.  Avec cela en tête il était facile de collecter les signes précurseurs du retournement (par exemple fin 2006 le retournement du marché de la construction immobilière aux Etats unis) ou de la crise financière (par exemple le blocage de l’été 2007 sur les subprimes et les différentes faillites bancaires successives).  Il était relativement aisé de prévoir que la crise serait très forte, au moins aussi forte que celle de 93 ou 74.  Pendant toute le premier semestre 2008 les journaux n’ont cessé de bruisser des avertissements d’une crise sévère. De nombreux journaux ont posé la question : va-t-on vers une récession rapide voire une crise de 1929 ?  Nous avons répondu à certains de ces questionnements. Toujours en annonçant une crise sévère.

Le FMI comme l’INSEE ont été totalement imperméables à ces avertissements et ont perduré dans l’application bestiale d’estimations irréalistes nourrissant des théories aussi absurdes que celles du découplage.  Faute de théorie et avec juste en main des outils statistiques de répétition du passé, les conjoncturistes officiels ont été totalement incapables de donner des indications sur ce qui se passait et encore moins sur ce qui allait se passer.

La statistique économique sans pensée économique n’est que ruine de l’âme.

Du coup il n’y a pas eu de politique économique. Pendant la campagne présidentielle nous n’avons cessé d’alerter le camp Sarkozy sur le fait qu’il devait anticiper un récession pendant le futur mandat présidentiel et le camp Ségolène de l’irréalisme et même la bêtise qu’il y avait à faire financer des dépenses somptuaires par une croissance qui ne serait pas là !  Compte tenu des prévisions officielles  qui ne disaient rien de tel, nos affirmations sont passées (au mieux) pour des calculs politiques  de mauvais aloi.

Ce n’est qu’aujourd’hui, soit avec un an de retard, que les autorités sont en face d’un bilan réaliste de ce qu’a été l’économie depuis le début 2007. Et il est clair que le gouvernement a été totalement dépassé par les évènements et que sa politique a été totalement déphasée, tout comme celle de la BCE qui rappelons le imaginait un scénario de reprise de l’inflation pour le second semestre 2008 et avait augmenté ses taux d’intervention en pleine crise de liquidité des banques (qui durait depuis un an).

 Les erreurs de statistiques sont l’amère  progéniture de l’absence de théories économiques. Il n’est pas difficile de prévoir qu’un endettement qui va atteindre 400% du PIB va s’effondrer. Il faut simplement regarder cette réalité en face,  la considérer comme pertinente et fouiller la réalité bancaire pour voir où les fissures se font jour. Quand la crise de liquidité sur le marché interbancaire s’est produite, il est à peu près certain qu’aucun des statisticiens ou « économistes » de l’INSEE n’avait la moindre idée du marché des subprimes et de son développement, pas plus que celui des CDO et des CDS. Il y a eu depuis un rattrapage à marche forcée qui fait qu’une analyse du phénomène est proposée dans le même bulletin de conjoncture près de deux ans après les faits !  Bonjour la capacité d’anticipation…

Il est vrai que l’économie bancaire est le secteur le plus mal traité de l’économie et celui des finances internationales le plus mal traité de l’économie bancaire.  Comme l’information diffusée par les banques est en général totalement fabriquée, le cumul d’un traitement hésitant de statistiques fausses par des statisticiens privé

Le Baltic Index devient célèbre !

Cet indice totalement ignoré des media depuis toujours devient célèbre. Tant mieux.  Cela prouve que désormais tout le monde a compris que le front essentiel était celui du commerce international et qu'il était à l'arrêt. Que l'on cesse d'être obnubilé par les subprimes est une bonne chose.

Encore faut-il l'interpréter à bon escient. Avant et après le G.20 les médias se sont pris d'une envie brusque d'aller à la recherche de tous les signes avant coureur d'une reprise espérée. Fabriquer de la confiance, après tout pourquoi pas ?  Mais point trop s'en faut.

Voici donc que ce matin sur RTL le préposé aux bonnes nouvelles vient triompher : "ça y est  ! Cela repart ! La preuve le Baltic index !

Il suffit de regarder la courbe pour constater que non seulement il ne repart pas mais  que le minuscule progrès constaté en février s'est dissipé.

Le Baltic index est hypersensible. Il évolue par bonds.  Le jour où la reprise sera là il passera à 5-6000 en quelques semaines.

Actuellement il se traîne dans les ténèbres. Et depuis la guerre de quarante il n'est jamais resté si longtemps aussi bas. On entre en effet dans le 8ième mois de stagnation au plus bas et il est entré dans la spirale descendante depuis plus longtemps encore.

Cela prouve simplement que le commerce international  ne sait plus où il est.  La cascade des mutations de change désoriente tous les marchés. Crédit reste mort. L'effondrement des courants de capitaux qui correspondaient à près de 100 fois les courants commerciaux  a eu raison de tout le système. Partout les bâteaux s'accumulent aux entrées des ports et ce n'est pas en attente de déchargement mais d'un chargement. 

Lorsque tous les chiffres sortiront on verra que le premir trimestre a été terrible avec des baisses de PIB jamais enregistrées si intenses depuis des lustres. En attendant les correctifs. Car toutes les statistiques rapides contiennent des estimations dont on peut être sûr qu'elles seront corrigées à la baisse. Il n'y a malheureusement aucune chance que le second trimestre 2009 soit beaucoup meilleur.

La crise américaine a commencé en 2007. Deux ans déjà. C'est plus long qu'en 1929, en 74, en 81, en 92, en 2001 ! Il serait "normal" qu'on en voit le bout bientôt.  Et la joie mauvaise d'avoir prédit le pire et de continuer à le faire n'est pas une motivation de ce site.

Mais l'important est de voir la réalité en face et de ne pas dire n'importe quoi. Cette crise est spécialement grave et peut avoir des rebondissements terribles.

Il vaut mieux la comprendre et agir en conséquence et ne pas recommencer les erreurs des années 30.

Rappelons qu'en France les erreurs de droite et de gauche dans la gestion de la crise de  1929 ont coûté au pays aussi cher que la guerre de 1914 !  Et que c'est la France qui s'en est le moins bien sortie.

On ne peut être saisi que d'une honte rétrospective.

Alors observons juste et comprenons bien pour réagir le  mieux possible.



Bulletin semestriel de conjoncture – Premier semestre 2009.

 
Comme nous l’avons annoncé dès 2006, l’année 2009 sera une année de récession  globale, notamment en France.  Pour la première fois l’Insee rejoint nos prévisions mais avec encore un effet de frein : les chiffres pour 2008 seront probablement révisés.  

De combien le PIB se contractera en 2009 ? Probablement la baisse sera autour de 2%,  chiffre jamais vu depuis les années 30.  Compte tenu de la part gigantesque du secteur public en France, cela veut dire une restriction très forte dans le secteur marchand provoquant une rapide montée du chômage et des faillites, bien que ce soit surtout en 2010, 2011 que ces chiffres augmenteront vraiment.  

Le fort désendettement en cours continuera malgré le très bas coût de l’argent. Il mettra en difficulté toutes les entreprises endettées et les institutions financières.  Les épargnants perdront encore beaucoup d’argent.

Tous les secteurs seront concernés sans aucune exception.  Le fait apparaitra avec les premiers bilans du premier trimestre 2009 qui aggraveront la sinistrose et l’abstention des investisseurs.

Des dangers exceptionnels planent par ailleurs sur la planète. La multiplication des dévaluations compétitives  est le principal. 

Les Etats-Unis continuent une politique purement individualiste de sortie de crise en se moquant totalement de la valeur extérieure du dollar. Les nouveaux créanciers en dollars risquent d’y perdre beaucoup. Ils seront moins disposés que les Allemands et les Japonais, alliés fidèles des américains, à en supporter seuls le coût. 

Le Royaume Uni a commencé une politique de dévaluation massive qui va continuer.  La Russie est également sur le même chemin. La Chine a déjà dévalué deux fois.  De plus en plus de petites monnaies  seront dans une situation désastreuse. 

Le commerce international s’en trouvera totalement chamboulé.  L’Europe n’acceptera pas d’entrer dans une phase de déflation des prix et des salaires pour sauvegarder ses parts de marché.  De très gros dangers proviennent du front des monnaies dans un système de changes flottants qui permet à la fois toutes les manipulations  et aucun ajustement automatique d’équilibrage.

Un tel désordre monétaire dans des sphères économiques désormais très fortement imbriquées est lourd de menaces systémiques et politiques. L’impatience des opinions et des Etats commencera à se manifester et provoquera nécessairement une réaction des politiques.

Les difficultés des très grandes entreprises cotées empêcheront toute reprise de la bourse, les investisseurs craignant de mauvaises surprises en série avec des possibilités de grandes faillites. Il faudrait pour qu’une reprise ait lieu que les mesures de relance gouvernementale  marquent une reprise des ventes et de la rentabilité.  Compte tenu des baisses de la demande de plus de 20% dans de nombreux secteurs, l’action des gouvernements parait totalement insuffisante pour atteindre ces résultats.  

L’imbrication des économies rend de toute façon un plan purement national sans efficacité. 

Il est probable que la multiplication de l’émission de dollars (à un taux d’intérêt négatif !) et l’accumulation des déficits publics partout provoquent des craintes sur la valeur à venir des monnaies et un certain déplacement de l’épargne liquide vers l’or.  

Un commerce international au point mort,  des investissements très ralentis,  une épargne fortement  atteinte par la baisse des marchés, une formation de capital brut arrêtée, un système financier fragilisé et au bord de la rupture, des Etats au bord de la faillite, rien dans la situation que l’on observe à la veille de 2009 ne conduit à l’optimisme.

Si le cartel du pétrole parvient à répéter une opération de type 1974 de hausse massive du prix du pétrole moyennant des restrictions sévères de production, la situation globale en sera durablement aggravée. 

Reste la possibilité d’une gestion internationale de la crise mieux concertée avec la mise en œuvre de réformes de structure comme la suppression des changes flottants,  l’apurement concerté d’un certain nombre de dettes irrécupérables, et la mise en place d’un système monétaire mondial  obligeant tous les Etats au respect de certaines disciplines et provoquant une reprise concertée des affaires.   

On a bien le droit de rêver !

20 Décembre 2008
Cercle des économistes e-toile.

Maurice Allais : prophète de malheur ou Nobel de l’économie à redécouvrir ?

Le français Maurice Allais est notre seul prix Nobel d’économie. 

Pendant des années il a bataillé contre le système de crédit  et de change qui prévaut encore aujourd’hui dans le Monde. 

A plusieurs reprises il a voulu démontrer qu’une crise de 1929 était imminente. Il l’a fait en 1987 puis en 1997. La fameuse crise ne s’est pas déclenchée à ce moment là mais elle vient de le faire en cette année 2008.  

L’intérêt revient vers les thèses de Maurice Allais qui est désormais très âgé et ne s’exprime plus en débat public, après avoir été traité par la presse comme, disons, un original frôlant le sectaire.

Lors de la parution de son dernier livre, le Monde publiera en particulier un article méprisant contre lequel  je me suis opposé sur le forum du Monde.fr.

Le problème avec les thèses de Maurice Allais c’est qu’elles remettent à ce point en cause les pratiques existantes qu’elles sont inassimilables par la société des commentateurs.  

Résumons-les en quelques mots.

La monnaie devrait être pilotée par les autorités et non par les banques. 

La licence donnée aux banques de créer monnaie en transformant les dépôts en crédits et les crédits en monnaie crée une instabilité chronique qui est à la source de toutes les crises économiques récentes et notamment celle de 1929. Les banques créent de la monnaie non pas pour fournir l’économie mais pour spéculer.  Elles fabriquent des bulles qui sont tellement éloignées de l’économie réelle qu’elles finissent toujours par éclater.  La mondialisation des marchés  expliquent que les bulles soient de plus en plus grosses.  L’allocation des richesses est faussée. La mauvaise monnaie se mélange à la vraie épargne. 

Les changes flottants ajoutent à la confusion, car ils permettent des déficits de balance de paiement colossaux qui sont source de création de monnaie et d’ouverture de crédits  dans une spirale infernale.

L’inflation en allégeant la charge de remboursement de crédits pousse à la roue. Les politiques des gouvernements en cas de crise qui consistent toujours à rendre moins coûteux pour les faux monnayeurs le refinancement de leurs erreurs aggravent tout. 

Au bout d’un moment, tout l’édifice ne peut que s’effondrer. Cela s’est passé en 1929 et cela menace de se produire aujourd’hui à tout moment.

Les solutions proposées sont radicales. 

Les dépôts ne doivent pas être transformés en crédits par les banques.  Et voilà toute l’activité des banques de dépôts par terre !

Les déposants qui veulent investir doivent le faire dans des instruments ad hoc comportant le risque que l’on voudra. L’important c’est que les banques ne créent pas de monnaie, privilège des autorités monétaires et  que les prêts des banques soient toujours d’un terme inférieur à leurs ressources.  Des ressources à court terme ne doivent pas financer des  engagements à long terme. 

Afin que l’inflation ne crée pas de distorsions dans l’allocation des ressources, les intérêts doivent être indexés sur les prix et il faut évidemment des changes fixes pour ne pas introduire de ruptures désastreuses dans les anticipations.

Ce système est parfaitement cohérent et rigoureux. Seule l’épargne finance l’économie. L’épargne liquide est protégée. Le  revenu du prêteur est protégé de l’inflation. C’est lui qui choisit ses risques  en acceptant tel ou tel placement. L’allocation des ressources est optimisée. Elle va nécessairement aux besoins réels et la spéculation devient quasiment impossible.

Ce discours sera totalement rejeté. La raison en est simple : toute la banque est une industrie de la « transformation » qui permet aux bas de laine d’aller dans l’économie.

Certes des prêts longs sont financés par des dépôts courts, mais sauf panique, ces dépôts sont en fait une ressource longue.  Les tenants du système, c'est-à-dire le monde entier, considère que cet aspect n’est même plus à discuter sauf à retourner à l’âge des cavernes.

Le même raisonnement est fait pour les changes flottants : les attaques concertées contre une monnaie sont des opérations toujours gagnantes et le marché sait mieux que les Etats les cours à pratiquer.  C’est la théorie de Milton Friedman. 

Tous les économistes modernes ont une peur bleue de s’attaquer à Milton Friedman et  de passer pour un vieux schnock qui n’a rien compris.

En un mot Maurice Allais s’attaque à plusieurs piliers incontestés de la société moderne et dont la disparition est jugée quasi unanimement  comme  une aventure et probablement une voie vers la stagnation.   

La réaction commune est : d’accord les piliers en questions sont un peu mouvants et potentiellement dangereux mais les politiques prudentielles mises en œuvre par les banques elles mêmes et par les Etats suffisent à conjurer les risques les plus grands. Certes il y aura des crises bancaires, ou monétaires mais elles n’auront pas de conséquences graves à long terme.  Utiliser la voiture au lieu du vélo pour un voyage est plus dangereux mais on arrive en général tout de même plus vite. 

Et nous savons désormais éviter les crises de type 1929 !

On voit bien aujourd’hui que cette pensée commune est en difficulté.  Jamais les déficits américains n’ont été jugulés ouvrant la porte à des créations monétaires folles.  Faute d’autorités au dessus des Etats-Unis, l’impuissance est totale.  

Milton Friedman n’a jamais voulu voir que les changes flottants sont en faits déstabilisants et provoquent la chute globale du système monétaire.  En 35 ans les principales monnaies ont perdu 95% de leur valeur.  

La régulation des flots de crédits et de la création monétaire  est impossible en cas de formation de bulles.  Personne ne peut refroidir le gonflement des risques.  Quand on s’y risque la bulle est si grosse  qu’elle explose.  

On ne sait pas distinguer un prêt industriel et un prêt pour une spéculation. Dans tous les cas le prêt est fondé sur une espérance de gain plus ou moins fantaisiste.  

Les politiques prudentielles ne concernent pas jusqu’ici le hors bilan qui s’est développé de façon exponentielle et les hedge funds qui travaillent hors règles et hors impôts dans des paradis fiscaux.

Le grand défaut de Maurice Allais c’est évidemment de n’avoir jamais chiffré les conséquences des mesures qu’il propose en termes de croissance et de prospérité. 

Tout le monde a vu ce qui était démoli (et que tout le monde utilise). Personne n’a vu réellement ce qui était concrètement proposé.

Cet excellent esprit a alors été relégué dans une sorte de ghetto par la pensée « politiquement correcte » et cela d’autant plus qu’il s’est lancé dans une guerre contre le libre échange qui est un autre pilier du politiquement correct actuel.  

D’où l’article odieux du Monde significatif de la réaction decette pensée unique contre Maurice Allais, et sa conclusion ironique : « Nous sommes désormais avertis !».

Aujourd’hui le politiquement correct s’affole et dénonce « l’argent facile », « les banquiers irresponsables », « les traders fous », « les outils techniques trop sophistiqués », « le détournement de l’épargne vers la spéculation au lieu de l’industrie », « les lacunes des  agences de notation » etc. 

Mais personne ne s’insurge contre la généralisation du crédit à toutes les couches de population, même les plus économiquement faibles (le droit au crédit) et la montée de l’endettement global, contre la mobilisation des dépôts bancaires pour construire des pyramides de crédits et créer de la monnaie presque sans limite,  contre les changes flottants et les déséquilibres majeurs de la principale économie du monde. 

On ne veut pas toucher au tronc de notre arbre économique en croyant que seules les branches ont bourgeonné de façon excessive.  

Alors que la faiblesse est dans le tronc lui-même, sinon les déposants n’auraient pas si peur pour leur avoir.  

Que conclure ? Le Cercle des Economistes E-toile adhère à une grande partie du raisonnement de Maurice Allais.  Il faut en effet garder sous contrôle l’inflation, revenir sur les changes flottants et l’exception américaine, conserver la main sur la création monétaire.

Faut-il aller jusqu’à interdire toute  « transformation »  bancaire ? Nous ne le pensons pas.  

Les changes flottants et la crise mondiale actuelle : une question fondamentale !

Beaucoup ne comprennent pas le lien entre la crise actuelle et les changes flottants.  Ce petit memo est pour eux.
Jusqu’en 1971 nous avons vécu sous les règles des accords de Bretton-Woods : les changes étaient fixes et ajustables après négociation.  Le FMI observait les politiques des Etats pour éviter qu’ils ne créent trop de déséquilibres extérieurs.  En cas de crise il intervenait pour éviter que des politiques trop restrictives dans les pays en faute ne fassent tâche d’huile.  Ce système correspond à ce qu’on a appelé « les trente glorieuses », de 44 à 74.  
Les Etats-Unis avaient un rôle disproportionné : le dollar devenait la monnaie de référence ; les Etats-Unis seuls disposaient d’un droit de veto au FMI.  D’autres solutions avaient été abordées lors de la conférence comme la proposition de John Maynard Keynes d’un Bancor, monnaie non nationale de référence et, compte tenu des rapports de force de l’époque, abandonnées.
Le Dollar était défini par rapport à l’or. C’était un « Gold Exchange Standard», une monnaie de substitution de l’or mais « qui valait de l’or ».  Il était dangereux de donner à un seul pays la responsabilité de la monnaie mondiale, même si son économie était la première du monde (surtout en 44 après les pertes de la guerre en Europe et en Asie).  Mais la référence par rapport à un élément extérieur apportait des garanties.
L’ennui c’est  qu’à partir de 1958 les Etats-Unis ne souhaitent plus s’occuper de la valeur de leur monnaie. Les déficits s’accumulent aggravés par la guerre du Vietnam et la course à l’espace.  Cette création monétaire permanente entraîne une hausse de l’inflation  chez les partenaires principaux des Etats-Unis, notamment l’Allemagne.   Les Etats-Unis deviennent une source d’inflation monétaire gigantesque.  Les Allemands traumatisés par l’hyper inflation des années 20 cassent le protocole de Bretton Woods : ils ne veulent plus créer des DM en contrepartie des dollars en excédent.  Les demandes de remboursements en or s’organisent et Fort Knox commence à se vider.
Les Etats-Unis ne peuvent pas l’admettre. Ils cessent d’assurer la convertibilité du Dollar en or.  Techniquement  le système de Bretton Woods est mort. Le FMI ne sert plus à rien. Les monnaies se mettent de facto « à flotter ».
L’ennui des changes flottants, c’est qu’ils flottent.  Ils ne sont pas équilibrants mais déséquilibrants, un peu comme une passerelle en caoutchouc.  Les amplitudes sont très fortes.  L’avantage pour les Etats-Unis est qu’ils commercent dans leur propre monnaie. L’instabilité des changes ne les touchent pas en apparence directement : un dollar est toujours un dollar.  Ils laissent donc filer tous les déficits sans trop se préoccuper du reste du monde. On appellera cette politique : le Benign neglect.
Les inondations monétaires entrainent les inondations de crédits et des décalages de plus en plus forts entre les mouvements financiers et l’économie réelle avec de brusques retours à la réalité.  La crise de 1974 est très dure ; la plus dure depuis la guerre.  Le dollar ne vaut plus que 3.75 F au lieu des 5-6 habituels. Les pétroliers voient leurs recettes chuter. Ils réagissent violemment. Ce sera  la hausse massive des prix du pétrole avec ses conséquences.
Pour sortir de la crise de 74 les gouvernements ouvrent partout les vannes du crédit et inondent un peu plus la planète.  Ce sera la « stagflation » ! Jusqu’à ce que les  gouvernements autres que les Etats-Unis s’aperçoivent qu’en changes flottants les relances keynésiennes ne marchent pas.  Elles provoquent aussitôt le désordre sur le marché des changes et l’attaque des monnaies « faibles ».  Toutes les tentatives de  stabilisation des monnaies échouent. On se rappelle des difficultés de M. Giscard d’Estaing avec son « serpent monétaire ».  Les gouvernements ont perdu la main sur leur conjoncture.
Les changes flottants vont provoquer une série continue de crises monétaires : crises des crédits aux pays d’Afrique dans les années 70 ; pendant les années 80 : crise des junks bonds ; crises monétaires au Mexique  et dans divers autres pays émergents ; crise des programmes informatiques boursiers de 87 et 89 ; Puis : crise générale de 91-93 ; crise dite des pays émergents en 98 avec les faillites de Baring et plus tard Enron ; crise des NTIC au début des années 2000  et crise actuelle des subprimes.
Pendant trente ans le Dollar fait le yoyo avec des variations du simple au double de sa valeur contre les principales monnaies et perd 97% de sa valeur en or !
Inutile de chercher ailleurs la source de l’instabilité financière générale qui a pesé  sur la croissance des trente dernières années.
Certains diront : tout cela est un peu trop global et on ne voit pas le lien entre le système des changes flottants et la crise des « subprimes ».  C’est pourtant tout simple. Les gouvernements n’ont plus trop à se préoccuper de la valeur de leur monnaie : elle est décidée par les « marchés financiers ».  En Europe l’Euro est abandonné à la seule BCE.  Comment faire face à l’instabilité foncière du système ?
Par les instruments financiers de couverture, c'est-à-dire par des produits financiers complexes. L’énorme développement des techniques d’arbitrage provient de l’ouverture d’opportunités innombrables d’arbitrage.  Si quelque part un flux financier en monnaie x se traite  à un taux y et ailleurs un autre en monnaie z à un taux t, je peux faire un arbitrage facile si le taux de change des monnaies  est d’une proportion différente.  Les flux financiers d’arbitrages prennent donc une ampleur gigantesque et n’ont plus grand-chose à voir avec les biens échangés entre les pays.
Les banques sont les principales gagnantes dans ce jeu et interdiront qu’on  ne revienne jamais à des changes fixes qui tueraient ces mouvements radicalement.  D’autant que les commerçants doivent couvrir en permanence leurs opérations, une source de produits faciles et perpétuels.   
L’inconvénient est la montée de complexité.  Tous les marchés sont interconnectés : marchés monétaires, marchés d’actions, marché d’obligations, marchés de « futures » , marchés de « commodities »…  les techniques de produits dérivés permettent de tout mélanger.
L’épargnant qui cherche un placement sûr en trésorerie se voit proposé en Franc Suisse des parts de sicav contenant des produits dérivés provenant de partout.  Et notamment des CDO en dollars.  Plus personne ne sait ce que contiennent  les produits financiers et comment les liens s’effectuent entre touts les pays, toutes les monnaies, tous les marchés.  Le calcul du risque devient impossible.  Un flux de trésorerie  correspondant à des remboursements escomptés sur le marché des crédits hypothécaires à risques aux Etats-Unis  est adossé à une différence de cours de monnaies qui elle-même est adossée à  une différence de taux en extrême orient, qui elle-même est adossée  à une variation climatique (Enron vendait des produits dérivés assis sur la météo !).
On accuse la complexité des modèles mathématiques sans voir  qu’ils correspondent à la complexité d’une économie mondialisée en changes flottants.   L’organisme qui a fait en Corée un prêt en dollar à une collectivité locale n’a pas les dollars. L’emprunteur se dépêche d’ailleurs de se débarrasser des dollars s’il les voit jamais.  Et pendant 10 ou 20 ans il va falloir faire son affaire des taux de changes qui peuvent varier du simple au double !  Qui peut croire que cela soit simple ?
Les produits dérivés complexes ont été créés pour faire face à la complexité et ont eu l’inconvénient avec le temps, de la cacher. Mais le vrai problème est la complexité sous jacente.
Le cumul de déficits américains gigantesques permis par les changes flottants  et de la complexité des outils financiers imposés par les changes flottants  fait un cocktail détonnant.  A chaque crise depuis 1974 les solutions ont été d’aggraver un peu plus les inondations financières comme le drogué augmente ses doses. Jusqu’à ce la fuite devant les monnaies s’enclenche et entraîne une perte de confiance généralisée et la paralysie bancaire,  plus aucune banque n’étant très sûr de ses actifs.
Maurice Allais qui a été un des rares contempteurs (avec le cercle des Economistes e-toile) de ce système pervers a écrit : « ce qui doit arriver arrive ». La crise de type 29 qu’il entrevoyait ne s’est pas produite en 86 comme il l’a cru (suite à l’affaire mexicaine), ni en  98 (suite à la crise dite des pays émergents). Elle est là !
Sans doute comprendra-t-on un peu mieux pourquoi la crise actuelle ne peut se résoudre comme nous le clamons inlassablement  sans la disparition du système des changes flottants. Oui il faut un « Bretton Woods » mais pour redéfinir le système monétaire international sur une base beaucoup plus stable et  solide en abandonnant le flottement des monnaies, pas pour faire la causette.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Qui aura le courage de la vérité ?

Pendant que le château de cartes bancaire s’effondre,  aucun diagnostic sérieux n’est donné par quiconque, la majorité des commentateurs du milieu politico administratif et journalistique se contentant d’évoquer la « cupidité » des banquiers et l’insuffisance des contrôles.


Rappelons que la source du problème est la succession d’inondations monétaires organisées par les Etats-Unis pour se sortir de crises récurrentes aggravées par les déficits gigantesques  qu’ont permis le système aberrant des changes flottants.
Les banques se sont retrouvées confrontées à des taux d’intérêt si bas (et même un temps négatifs) qu’il leur a bien fallu trouver des moyens de gagner de l’argent.  Quand l’argent ne vaut rien l’emprunter est un bienfait facile à obtenir.  Ce ne sont pas les demandeurs de crédit qui manquent.   On emprunte pour des besoins lourds. L’immobilier des particuliers est en première ligne, surtout quand il a longtemps stagné.
Les banquiers ont donc prêté en masse à une clientèle soudain abondante mais progressivement  moins sûre. Et ils ont utilisés les produits dérivés hors bilan pour pouvoir accroitre encore leurs en cours de prêts afin d'atteindre les niveaux de revenus indispensables.   C’est là que les risques ont été accumulés.  Cette soudaine pression sur le marché immobilier a fait déraper les prix qui se sont accrus puis envolés.  La bulle a entretenu la bulle.  Jusqu’à l’inévitable explosion lors du non moins évitable retournement cyclique de la conjoncture qui se produit tous les 6-10 ans.


La vraie réforme est celle d’un système monétaire international qui permet de laisser flotter les monnaies et concrètement a autorisé les Etats-Unis du fait du rôle mondial du dollar a accumulé les déficits sans drames apparents pendant des lustres.  Si le monde avait disposé d’un système monétaire normal et équilibré, où chaque pays  aurait eu les mêmes droits et devoirs,  les inondations monétaires associées aux déficits américains n’auraient pas pu se produire et leurs conséquences auraient été évitées.


A partir de là les autres mesures se déduisent sans difficulté :
-    Des taux d’intérêt trop bas, c'est-à-dire durablement sous le taux de croissance moyen, sont toxiques.
-    Le seul contrôle que l’on peut faire en cas de bulle est  quantitatif : si un marché double ou triple par rapport à son niveau moyen, il faut restreindre la quantité de crédit disponible pour ce marché.  C’est très difficile à faire en cas d’abondance illimitée du crédit et la politique doit être menée de front partout dans le monde. Mieux vaut monter rapidement les taux d'intérêt. Mais des avertissements peuvent servir.
-    Il ne peut y avoir de crédit basé sur la seule valeur du bien acheté par ce crédit : la solvabilité de l’emprunteur  doit être contrôlée.

Le reste est du détail.

On voit donc que la crise actuelle aurait pu être facilement évitée. Ce n’est pas « une crise du capitalisme », ou « du néolibéralisme financier ».  C’est une crise de la super puissance américaine qui ne veut pas accepter d’être « primus inter pares » dans l’organisation mondiale de l’économie.  C’est une crise du système monétaire international.  C’est une crise du contrôle global quantitatif des excès de crédit. C’est une crise du surendettement organisé des ménages.

Il faut pour l’expliquer et défendre les solutions qui s’imposent un courage politique formidable :

- S’opposer à  « l’exception américaine » indue, sans passer pour anti américain de principe.

- Exiger une réforme du système monétaire international dans le sens de changes fixes et ajustables avec un gendarme des déséquilibres excessifs, sans passer pour un nostalgique de l'étalon or.

- Proposer un pilotage global de l’activité de crédit, dans le cadre national et international,  pour refroidir en dû temps les dérapages massifs sans tomber dans la gestion administrée des banques.

- Pousser des législations permettant de limiter le surendettement des ménages sans empêcher l'indispensable accès au crédit.

- Restreindre les opérations hors bilan sans compromettre la nécessaire innoation technique.  l

Autant dire que le politicien qui se sentira suffisamment armé pour s’opposer à ces faux semblants  n’est pas né.

Crise financière et crise mondiale : rien n’est joué !


On sait que les banques de dépôt peuvent être victimes d’une panique.  On a inventé les banques centrales pour y faire face. Si les déposants demandent en masse leur remboursement, il suffit de se tourner vers la banque centrale  qui assure la liquidité du marché.  Au bout d’un certain temps la confiance revient, les déposants remettent  en banque leurs liquidités, les banques remboursent les avances  que leur avait consenti la banque centrale.  Tout cela marche très bien.  D’un point de vue comptable l’opération s’analyse comme une substitution de dettes au passif du bilan.  Le compte d’exploitation n’est pas touché sinon par les frais encourus pour le secours de la banque centrale.


Quelle est maintenant la banque de dernier ressort pour les banques d’affaires ?  Les déposants ne sont pas un problème.  La question de la  liquidité se pose lorsque des investissements ne rendent pas exactement ce qu’ils devraient  et que les emprunts  souscrits pour financer  les placements ne peuvent plus être remboursés.    La banque concernée doit se refinancer.  Comment peut-elle le faire ? Elle peut augmenter son capital, s’il y a des volontaires ; elle peut se faire absorber par une autre banque, si elle en trouve une ; elle peut emprunter à d’autres banques si quelqu’un  veut  du papier proposé. Si  la réputation de la banque est atteinte et que la spéculation joue contre elle   toutes les voies de recours se bouchent. Il ne reste plus que la faillite.
A moins que la banque centrale accepte de prendre le papier commercial d’une valeur équivoque pour refinancer la banque atteinte.  Mais on est alors dans une situation très différente d’une banque de dépôt. La fin de la panique  ne fera rien revenir vers la banque aidée.  D’un point de vue comptable  on n’a pas substitué des lignes dans le passif mais on a pris en charge des pertes.  Ce n’est pas à la banque centrale de financer des pertes et lui faire jouer ce rôle ne pouvait être que très provisoire.


Après la faillite acceptée de Bear Stearns, c’est près de 100 banques qui ont suivi aux Etats-Unis malgré les injections massives de la banque centrale qui se gavait de papier de plus en plus douteux.
Cette situation ne pouvait plus durer.


C’est pour cela que  l’Etat donc le contribuable devait être mis à contribution.  Comme l’avait déjà montré l’affaire du Crédit Lyonnais avec la création du CDR pour « cantonner les actifs pourris » et sauvegarder la partie banque de dépôt.


Le Federal Reserve Board avait été créée après la crise de 1909 pour servir de banque de dernier ressort à l’échelle des Etats-Unis. Il était illusoire de croire que ses injections massives permettraient de sauver un système financier mondialisé se livrant massivement à des opérations spéculatives et négociant des produits hyper complexes dans le contexte mouvant des changes flottants, même si le cœur du système était à Wall Street.  


C’est le contribuable américain qui devra le faire mais il ne suffira pas : les pertes seront absorbées  plus généralement par l’économie-monde.


Tout cela porte leçon :
-    Il n’y a pas de banque de dernier ressort pour les banques d’affaires.
-    Une banque de dernier ressort mondiale n’aurait eu aucun rôle utile (Pas de Mondial Reserve Board !).
-    Le contrôle de l’activité des banques d’affaire et des sociétés d’assurances  ne peut être le fait des banques centrales mais directement de l’Etat
-    Mais il n’y a pas d’Etat mondial
-    Il y a donc un trou dans le système économique mondial.
-    C’est par ce trou que la crise s’est engouffrée
-    La solution « nationale » américaine  permettra d’éviter un effondrement du système financier mais ne suffira pas à fortifier  la situation économique globale.
-    En dépit des mesures prises actuellement le mistigri va continuer à courir le monde via « l’économie réelle ». Les pertes vont être diffusées partout par mille canaux (changes, inflations, faillites, …).
-    Le monde va donc voir s’aggraver le retournement du cycle.
-    Toute la question est de savoir s’il va y avoir des blocages nationaux avec retour à des pratiques protectionnistes.   
-    On constatera alors l’extrême nocivité du système incontrôlable des changes flottants. On risque de voir se propager des mesures d’isolement monétaire et d’inconvertibilité des monnaies.
-    Et là, sans nouveau Bretton-Woods et sans remise en cause des changes flottants,  on risque bien une crise de type 1929 !


Rien n’est joué. 

Didier Dufau

PS : Le dessin, excellent, est de Chappatte pour le Temps (Genève)

Le PIB, le Pauvre Indicateur Biaisé de la conjoncture

Par convention on déclare une économie en récession lorsque le PIB a décliné deux mois de suite. Depuis la guerre de 40 la France n'a connu qu'une seule récession ainsi définie, en 1993. L'ennui, c'est que cet indicateur est le pire lorsqu'il s'agit de connaître l'état de la conjoncture. Pourquoi ?

D'abord parce qu'il comporte toute la « production » du secteur public qui est calculée en fonction du coût des agents qui croit constamment. Si vous augmentez les fonctionnaires, le PIB s'accroit. Une charge devient un produit grâce au miracle de la statistique. Or la production du secteur public est particulièrement forte en France (autour de 25% contre environ 20% en moyenne dans l'union Européenne). En augmentant de 6% les coûts du secteur public en 1993, le gouvernement avait ainsi donné 1, 5% de croissance en plus au PIB alors que globalement il avait baissé. C'est dire combien la récession avait été forte dans le secteur marchand !

La seconde raison est purement technique : la valeur publiée du PIB est pendant au moins deux ans constituée de composants estimés et non pas constatés. On commence à avoir une vision relativement correcte du PIB pratiquement un an après la fin de l'année concernée. Et cela bouge encore pendant près d'un an. Compte tenu des erreurs ou incertitudes d'estimation on attache une valeur excessive aux chiffres de croissance ou de décroissance donnés trimestriellement. Elles sont fausses d'au moins 1%.

On comprendra que discuter d'un demi-point de PIB n'a dès lors pas grand sens. Quand on sait que la Banque de France annonce 0.1% de croissance du PIB au dernier trimestre, on voit que tout cela est de la poésie, pas de l'économie.

Il existe un excellent indice pour suivre la conjoncture en temps réel, un indice facile à calculer et qui ne trompe absolument jamais. C'est la proportion d'entreprises ayant reçu des commandes en croissance dans le secteur de la mécanique dans le mois précédent. Dans la phase haute de conjoncture l'indice monte jusqu'à 85% ; il baisse autour de 40% lors des récessions. Il suffit de tenir compte de 20.000 entreprises pour avoir une tendance fiable, soit les résultats d'une demi-douzaine de grossistes du secteur. L'informatique permettrait d'avoir les chiffres le 5 du mois suivant.

Nous l'utilisons depuis 20 ans avec 2000 entreprises, avec une fiabilité absolue. En 1997 nous avions annoncé la reprise alors que tout le monde politique parlait avec Rifkin de la « fin du travail » (Rocard) et de l'ineptie d'attendre « le Godot de l'emploi » (Seguin) et que le gouvernement Jospin justifiait les 35 heures par l'inertie structurelle du marché de l'emploi. Cet indice permet donc de savoir ce qui se passe là où l'erreur collective est de règle. On perçoit dans les médias la récession comme la reprise avec près d'un an de retard.

Notre indice a commencé à baisser fin 2006 et il est passé sous les 50% en juillet 2008. Nous sommes donc en récession et affirmer le contraire est une grossière contrevérité. Il est vrai que l'action psychologique fait partie de la panoplie anti-récession. Les propos de Mme Lagarde et de M. Fillon ne dérogent pas à la règle.

L'intensité de la crise apparaîtra à fin décembre : on verra alors si on descend sous les 40% chiffre qui serait le signe d'une crise de forte amplitude.

Récession économique : une ou plusieurs crises ?

Depuis 2006, la presse se fait l'écho des difficultés économiques successives sans jamais faire le lien entre elles.

Il y a d'abord eu un sérieux à coup boursier au printemps 2006. Puis la crise dite des « subprimes » a commencé à occuper l'opinion avec le blocage du marché des crédits interbancaires à partir de l'été 2007.

On a ensuite signalé l'apparition de récessions sur certains marchés immobiliers notamment aux Etats-Unis et au RU. On s'est aperçu ensuite que les prix des biens durables et des matières premières connaissaient une flambée formidable.

Le krach du dollar a alors mobilisé l'attention. Le retour de l'inflation sur les produits agricoles d'abord puis sur pratiquement tout le reste a inquiété le monde.

Les signes d'une récession généralisée sont maintenant en première page.

Les éditorialistes habituels de la presse quotidienne française, relayés par les perroquets des différents médias provinciaux et radiotélévisés, s'exclament : « ce qui inquiète c'est la conjonction de crises différentes ! ».

Il ne vient à personne l'idée que ces crises soient les épisodes divers d'une même séquence : le retournement du cycle de huit dix ans qui se manifeste avec la plus belle régularité depuis au moins deux siècles !

Bien sûr chaque épisode de ce type est légèrement différent du précédent : comme en matière militaire on gagne toujours la guerre d'avant ! La crise démarre toujours là où on ne l'attend pas vraiment et dépends souvent des conditions de la précédente sortie de crise.

Le ralentissement de 2001-2003 avait été traité par des mesures radicales des autorités des Etats-Unis : effondrement du dollar et de la monnaie chinoise qui est alignée de facto avec le dollar (en dépit de modestes réajustements récents), et inondation monétaire. Les taux d'intérêt réels sont devenus négatifs. Ce système a eu plusieurs conséquences :

- L'Europe a été squeezée et ne connaîtra qu'une croissance ralentie. La France étant particulièrement gênée par son immense embarras fiscal ne connaîtra qu'une croissance très faible avec une hausse d'à peine 5% du pouvoir d'achat des salariés sur l'ensemble du cycle. Un très mauvais résultat. - Les Etats Unis et la Chine sont entrés en résonance l'un achetant tout ce qu'on voulait et l'autre fournissant à concurrence, tout en accumulant de vertigineuses quantités de dollars. - Le système bancaire s'est retrouvé en difficulté, l'argent peu cher l'entraînant à chercher des profits en accumulant les risques.

La reprise de l'activité et son accélération en fin de période, une constante du cycle, allaient entraîner des conséquences fâcheuses :

- Les mauvais crédits s'accumulant, notamment dans le secteur immobilier, les bilans bancaires se sont fragilisés et ont fini par casser. - Le délire de création monétaire par les déficits américains a fini par provoquer une fuite devant la monnaie, les investisseurs cherchant dans une sorte de sauve-qui-peut leur salut dans l'achat de biens réels et de matières premières. - Le cumul de cette fuite avec les effets de la croissance a poussé vertigineusement les prix sur ces marchés. - La bulle immobilière est la fille naturelle des intérêts bas et de la fuite devant la monnaie. - Les énormes balances accumulées par les pays exportateurs de matières premières ont eu du mal à se replacer, maintenant les taux d'intérêt très bas et leur fuite devant le dollar a fait plonger un peu plus le billet vert. - L'inflation monétaire s'est alors traduite par une hausse de tous les cours de matières agricoles puis de l'indice général des prix.

On est alors entré dans la phase classique de retournement du cycle : - Retournement de la bourse - Éclatement d'une crise des crédits aventurés - Éclatement des différents bulles spéculatives - Récession sur les marchés fragiles (publicité, voyages, conseils, presse, ...) - Plongeon du commerce international - Crise de confiance des investisseurs et des consommateurs - Ralentissement général.

On voit bien que toutes les « crises » sont étroitement corrélées entre elles et ne sont que les épisodes divers d'un même phénomène.

C'est parce que le Cercle des Economistes E-toile s'est spécialisé depuis longtemps dans l'étude du cycle décennal qu'il a pu à chaque étape correctement analyser la situation et faire des scénarios qui se sont tous révélés exacts.

- Détection dès juin 2006 que la crise serait plus rapprochée que d'habitude et frapperait à plein en 2008-2009, au lieu de 2009-2010 comme annoncé en 2002, avec annonce d'une grave pression à la baisse sur le dollar. - Article sur le forum du Monde .FR en juin 2006 au départ de la campagne présidentielle française indiquant que M. Sarkozy prenait des risques idiots en annonçant qu'il augmenterait la croissance française alors qu'une récession occuperait la moitié de son quinquennat ! - Annonce fin 2006 d'une fuite manifeste devant la monnaie contrariant le mécanisme stabilisateur des prix associé à l'ouverture totale de l'industrie mondiale à la Chine (que nous avions décrit en 1999). - Déclaration dès juin 2007 du risque sur les marchés de crédit et annonce de l'explosion prochaine de toutes les bulles. - Contestation fin 2007 de l'idée idiote du « découplement conjoncturel de l'Europe » - Contestation en juin 2008 de l'idée d'une sortie de crise par les « moteurs » indiens et chinois. - Contestation début juillet 2008 de l'idée d'une hausse massive des cours du pétrole (quand les medias l'annonçaient inéluctablement à 200 $ le bari)l, sur la base qu'une récession entraîne nécessairement une baisse de la demande ! - Constatation depuis que tous les annonces faites sont confirmées par le développement des évènements économiques. Notre règle est de donner les scénarios auxquels nous croyons à l'avance.

Rien de plus agaçant que la rétro explication triomphante à laquelle se livrent les quatre ou cinq économistes en cours dans les médias. Rien de plus pénible que de constater qu'aucun organe de la PQN ne veut prendre le risque de la vérité.

Frappé de nullité économique chronique ces médias ne pensent qu'à éviter tout risque mais, privés du moindre cadre théorique et de toute aide réelle des économistes professionnels, ces grands taiseux, ils ne font que suivre au jour le jour les évènements en butant régulièrement sur une réalité qui contredit inlassablement leurs « analyses », comme la guêpe frappe la vitre.

Le moment de vérité

Le moment de vérité arrive en général au plus profond de l’été juste avant que les Ministres ne s’éparpillent. Les annonces se font en langage codé : il s’agit toujours de courage, de lucidité, de haute tenue morale.  La matière elle, est des plus prosaïques.  On annonce que non seulement on renonce à toutes ses promesses électorales en matière de baisse d’impôts mais qu’en plus les taxations vont aller bon train.

Faute de l’avoir prévu, le Président Sarkozy et son premier ministre prennent  de plein fouet le retournement décennal du cycle.  On annonce une politique de ni-ni : ni hausse d’impôts ni baisse. En fait on ajoute deux nouveaux impôts, l’un sur les Mutuelles de santé l’autre sur les bénéfices de la participation. On doit en être à douze taxes nouvelles depuis un an.  Comme on a laissé le taux de prélèvement se gonfler pendant un an, il est impossible de le baisser maintenant que la crise est là. Les recettes menacent de flancher : taxons donc ; taxons encore ; taxons toujours.

Cela ne suffira évidemment pas.  La récession plombe toutes les recettes : l’IS, l’IR et aussi la TVA malgré l’inflation.  La hausse des taux d’intérêt mange le budget. Le plafonnement de l’ISF n’apporte plus le surcroit de recettes habituel. Les recettes liées à l’activité immobilière et au tourisme sont atteintes.  On va donc vers un exercice 2009 déficitaire avec renforcement de la dette, montée du chômage, déficits sociaux,  etc.  Alors qu’on est au summum de ce qui est autorisé par les conventions européennes en matière d’endettement.  Faute qu’aucune des mesures prises jusqu’ici ait un véritable impact sur la dépense publique (au contraire on multiplie les gestes en faveur de catégories touchées par la hausse du pétrole ou non, comme les médecins)  il faudra bien à nouveau prévoir des hausses de prélèvements.

Adieu le 1% de croissance en plus sur la durée du quinquennat, adieu la disparition de l’anomalie fiscale française (100 milliards d’Euros de dépenses en trop par rapport à la moyenne) : vive l’impôt.  Et bientôt  la CSG ou la TVA  seront sollicitées pour fournir l’appoint.

Adieu aussi la « rupture ».  On en est revenu au schéma habituel : on réforme peu ou pas pendant la période de croissance tout en engrangeant les sur-recettes de la progressivité ; puis on augmente les impôts après le retournement pour éviter que la baisse des recettes  ne provoque trop de remises en cause. On en sort meurtri et avec une croissance du revenu par tête décalée en baisse par rapport aux autres.

M. Sarkozy, Mme Lagarde, M. Borloo sont des avocats. M. Fillon est un homme politique de profession, comme Mme Bachelot.   Leurs connaissances économiques sont nulles. Ils ne peuvent ni anticiper, ni comprendre, ni élaborer une stratégie.  Ils réagissent à la petite semaine sur une base purement politique.  M. Borloo pleure son « mauvais » budget c’est à dire « pas en hausse ».  Mme Lagarde répète comme un perroquet ce que lui soufflent les énarques de son cabinet.  M. Sarkozy cherche à dévier le mauvais effet des hausses d’impôt derrière des rideaux de fumée assez grossiers.  M. Fillon se lamente.

Où en seront-ils fin 2009 ? Et surtout lors de l’élaboration du budget 2010 ?  On risque de voir à nouveau une réponse politique du genre : élimination de Fillon, bouc émissaire désigné.  Mais où seront passées les chances de la France ?

La crise impossible à prévoir : trop drôle et trop facile M. Yves de Kerdrel !

Le Figaro du mercredi 16 juillet a deux particularités.  L’une est la page particulière qui fête la place de numéro 1 de l’information  sur Internet attribuée au Figaro.fr. L’autre est l’éditorial d’Yves de Kerdrel  intitulé « la quadrature du cercle » dans laquelle on trouve cette phrase comique :

« Qui pouvait dire il y a un an que le monde entier basculerait sinon dans la crise sinon dans le ralentissement ?  … Personne bien sûr».

C’est facile M. Kerdrel. La réponse est : le Cercle des Economistes E-toile qui a annoncé le retournement    dès 2006 et  a précisé le scénario dans des termes qui correspondent exactement à ce qui s’est passé  pendant toute l’année 2007 et le premier semestre 2008. Ces informations ont fait l’objet de dizaines de publications sur Internet. Des courriers en ce sens ont été envoyés à fin de publication au Figaro, comme à d’autres organes de la PQN,  qui les a tous ignorés.

Notre Economiste en Chef, Didier Dufau, a même  écrit un avertissement à M. Sarkozy pendant la campagne électoral  pour lui dire de faire attention  car il subirait nécessairement une récession pendant le quinquennat.  Il l’a reproduit dans un de ses billets sur le Forum du Monde.  La conclusion de M. Kerdrel « Il serait donc très injuste de formuler le moindre grief à l’égard de ce gouvernement »  prend de ce fait une allure franchement ridicule.

Comment faire pour ALERTER l’opinion publique lorsque les media principaux font un barrage total  à des démonstrations claires et nettes  qui annoncent les choses avec toute la précision nécessaire ? Pourquoi les journalistes des grands medias sont ils à ce point frileux qu’ils ne recherchent d’information qu’auprès « d’autorités » qui ont avec le perroquet en commun de répéter ce que tout le monde répète.  

Comment se fait-il qu’ils n’ont aucune confiance dans leur propre capacité d’analyse et qu’ils REFUSENT de lire et de comprendre des démonstrations qui n’ont rien d’arbitraires ou de complexes.

Une fois l’erreur faite, on se dédouane à bon compte en affirmant que « personne ne pouvait prévoir ».  

Tout cela est d’autant plus drôle que c’est la seconde fois. Le retournement de 2000-2003 a été annoncé exactement dans les mêmes conditions. Dès 1997, la mi-2000 était vue comme date de bascule. Dès 1998, il était précisé que la France serait touchée un peu plus tard sur 2002 principalement.  En 1999 nous avons donné la prévision exacte du retournement boursier, une prévision très alarmiste sur la chute inéluctable du dollar, tout en indiquant qu’il n’ya aurait pas d’inflation sur les biens de consommation mais une hausse des marchés de biens durables.  

De même que Jospin et ses ministres ne s’étaient pas rendu-compte que 1997 marquait l’entrée dans une phase de forte croissance avec reprise à terme de l’emploi, se laissant aller à l’illustre imbécillité des 35 heures, de même  de Villepin ne s’est pas rendu compte que son gouvernement bénéficiait déjà d’un haut de conjoncture  et qu’il était superfétatoire de se lancer dans l’idiotie du CPE, dénoncée dès le premier jour par nos soins.

Nous n’écrivons pas cela pour la gloriole malsaine du « je vous l’avais bien dit » mais pour  signaler  cette étrange anomalie qui  empêche la vérité de circuler librement dans la presse.  Toutes nos annonces de scénarios conjoncturels  ont été faites PUBLIQUEMENT et BIEN AVANT les faits.  C’est un risque que ne prennent jamais les économistes de cour, spécialistes du commentaire rétrospectif.

Nous ne faisons jamais de « prévisions » : nous expliquons des mécanismes et détaillons des scénarios.  Nous n’employons jamais d’arguments d’autorité. Nous soumettons à la réflexion de tous des observations que notre groupe d’économistes s’accordent à penser significatives.  Nous ne craignons pas l’erreur : toute évolution imprévue force à une réflexion meilleure et à une remise en cause utile.  

Prisonniers de la querelle « gauche contre droite »,  les journalistes se rangent dans des camps et n’expriment que ce qu’ils croient acceptables pour leur camp. C’est idiot.  Les trente-cinq heures sont aussi sottes qu’elles soient défendues par Pierre Jules ou Paul. De même l’analyse conjoncturelle n’a pas de dimension politique partisane.  

Comme toujours la presse fait « de la chaleur » là où on aimerait qu’elle fasse « de la lumière ».

Maintenant que vous connaissez Internet au Figaro, M. De Kerdrel, informez-vous de façon un peu plus large.  Rien que sur ce site vous trouverez une dizaine d’idées vraies JAMAIS EXPRIMEES par la presse quotidienne.  Et n’écrivez plus jamais : « personne n’a dit et ne  pouvait dire » sans un petit coup de périscope  sur les sites de réflexions indépendants des pouvoirs et de l’establishment.

Voici, pour donner un exemple  le » « post » passé sur le forum du Monde le 1er Mai 2007

http://forums.lemonde.fr/perl/showthreaded.pl?Cat=&Board=polfran&Number=2266286&page=&view=&sb=&vc=1#Post2266286

Face à la prochaine récession
[re: ]

DidierDufau

01/05/2007 00:36

 

On sait qu’il existe un cycle économique qui entraîne en moyenne tous les dix ans une récession. Pour en rester à l’après guerre, ces crises se sont produites en 1952, 1963, 1974, 1982, 1993 et finalement 2002. L’histoire nous dit qu’une crise légère succède à une crise grave et réciproquement qu’une grave succède à une légère. Les récessions de 74 et 93 ont été très prononcées. Celle de notre début de siècle a été plutôt modérée. Le scénario historique est donc orienté vers une crise sévère entre 2009 et 2012.

 

Deux agents-secrets du fisc : la croissance et le cycle. Première partie : la croissance

Nous entrons dans la phase de préparation  du budget 2009 qui sera marqué par l’installation  du pays dans la partie récessive du cycle économique de 8-10 ans.  A cette occasion  il est intéressant de détailler quelques mécanismes  fondamentaux de notre société qui  sont en général totalement inconnus des « citoyens » et superbement ignorés par les médias.

En France le système fiscal global est « progressif ».  C'est-à-dire qu’en période de croissance, le taux d’augmentation  des impôts est supérieur à celui du PIB.  On comprend très bien le mécanisme de la progressivité en observant l’impôt sur le revenu : on voit que l’impôt n’augmente pas de façon  proportionnelle avec le revenu mais bien plus vite.  Les premiers 100 F ne paient pas d’impôt  et sur la dernière tranche, on va atteindre quasiment un prélèvement de  50%.    La progressivité ne concerne pas seulement l’Impôt sur le revenu. L’ISF est très fortement progressif.  La TVA est aussi progressive : l’existence de taux différents selon la nature des produits  et le déplacement de la consommation vers les produits plus taxés du fait de la croissance implique une croissance des recettes  de TVA plus rapide que celle du PIB.   La création de taxes spécifiques sur les produits nouveaux les plus demandés aggravent  évidemment les choses.  On l’a vu avec l’automobile, vache à lait fiscale inouïe, et aujourd’hui avec le téléphone portable et l’informatique familiale, support d’un nombre de taxes constamment plus nombreuses.

La bonne question est la suivante : est-il normal qu’un mécanisme dit « de justice sociale »  se transforme à l’échelon de la nation toute entière en système de transfert vers l’Etat d’une part croissante du revenu national ? 

Rassurez- vous, vous ne la verrez jamais posée par la presse ou par les politiques. Chut !

Les esprits précis diront : d’accord, ce détournement existe, mais  il faut le quantifier et il n’est peut être  pas aussi important que vous le laissez penser.  Le problème est que « l’élasticité du prélèvement fiscal en fonction de la croissance » n’est pas une donnée  publiée par l’INSEE ! On est donc obligé de s’en tenir aux observations les plus globales. Tous les pays qui ont une part de progressivité dans leur fiscalité vont vu leur taux de prélèvement  croître. Au point qu’après la longue période de croissance de l’après guerre, pratiquement tous les pays se sont trouvés à partir de 1974 avec des taux de prélèvements étouffants, atteignant 40 à 46% du PIB !  Mécaniquement,  sans que personne ne l’ait formellement  décidé.  Le résultat a été des réactions comme le Reaganisme aux Etats Unis,  le Thatchérisme au RU, la réaction antifiscale au Canada, le retournement de la politique fiscale des pays nordiques  etc.   Au-delà des considérations politiques,  ces pays ont compris qu’il fallait restituer aux citoyens le trop perçu fiscal né de la progressivité de l’impôt, sinon ce mécanisme pervers et silencieux aurait tué leur économie.

Un pays ne l’a pas compris, la France, où le « vive l’impôt » a remplacé le « cocorico » habituel et dont les pouvoirs publics continuent  à exploiter le filon de la progressivité dans l’ignorance générale des citoyens et l’insouciance des médias.  On a vu (lire dans ce blog  le billet : «taux de prélèvement, une formidable performance »)  que contrairement au discours dominant  le taux de prélèvement a AUGEMENTE ces dernières années,  alors qu’on ne parle que de cadeaux fiscaux.

On constatera que la préparation du budget, en ce moment même, INTEGRE l’accaparement de la plus-value de la progressivité de façon systématique. Par quel moyen ?  Simplement  en considérant comme « normale »  la recette calculée en fonction du taux de croissance.  On discutera dans la presse le plus ou moins grand réalisme du taux choisi mais on ne contestera pas le choix de cet indicateur qui est doublement biaiseux : on prend en effet souvent  un taux trop élevé ; la prévision de recettes  tient compte de la plus value de la progressivité.

La procédure normale  devrait être la suivante : on prévoit un taux de croissance de l’économie ; on l’applique aux recettes  et aux dépenses. 

Si le taux de croissance est supérieur, et a donc fourni mécaniquement des recettes supplémentaires, plus que proportionnelles on restitue ces recettes aux contribuables.   Actuellement la presse et le monde politique « se félicitent de la bonne performance fiscale de l’économie  qui permettra de réduire notre dette excessive», adoptant de façon inconsciente la position des hauts fonctionnaires de la DGI. Il est vrai que depuis Marx on n’ignore plus que le dominant sait faire chanter sa chanson au dominé…

Notre inconscience collective (mais tout le monde n’est pas ignorant…) nous met dans la situation tellement intelligente du serpent qui se mange la queue.

Nous verrons dans un second billet, que ce mécanisme fondamental  est aggravé par les effets du cycle.

Pour le Cercles des économistes e-toile, Didier dufau

Pourquoi la crise actuelle fait-elle si peur ?

Les observateurs ne veulent pas reconnaître la réalité du cycle. Alors ils sont constamment à la recherche de mini explications qui jamais ne permettent de comprendre la situation.

La crise était celle  des  subprimes .  Bon ! Après quelques mesures techniques et une importante restructuration bancaire, on la croyait finie. La voilà qui repart. Ce ne sont plus les subprimes qui sont en cause mais l’ensemble des crédits.  

La crise était celle « de l’immobilier américain ».  Puis de l’immobilier des  « pays du boom immobilier », l’Espagne, l’Irlande et le RU . Maintenant c’est l’immobilier du monde entier.

La crise était celle des « prix pétroliers ». Une pénurie locale de pétrole liée à l’expansion de la Chine et de l’Inde déséquilibrait la planète.  Maintenant l’inflation est générale et porte sur tous les biens.

Alors on affirme : la gravité de la crise provient de la conjonction (probablement magique) des trois crises  car elles se renforcent l’une l’autre.

La vérité est bien plus simple : nous entrons dans la phase récessionniste du cycle. Comme d’habitude ce sont les crédits aventurés  qui sont les premiers touchés, avec le risque, si la récession s’approfondit, de voir l’ensemble de la pyramide des crédits s’effondrer. Comme d’habitude la croissance a mis sous tension tous les principaux marchés mondiaux de biens dont la production ne suit pas la croissance.  En période d’inflation monétaire, cela s’accompagne d’une inflation des prix à la consommation.

Devons nous nous rassurer en nous disant : après tout c’est le processus habituel ? 

Non !

Pourquoi ?

Parce que nous sommes en système de changes flottants avec un pays, les Etats-Unis , qui poursuit des politiques absolument folles depuis des décennies  dans le domaine de la monnaie et des changes.  Elle a provoqué  une dévaluation de fait de 97% des principales monnaies du monde en 30 ans  et une fuite généralisée devant les monnaies.  On a inondé les marchés de capitaux qui ont conduit à des politiques de prêts dangereuses, les taux d’intérêt étant souvent NEGATIFS.   Des surchauffes artificielles comme en Chine ont été créées de toute pièce.

Comment avait-on réglé exactement les mêmes problèmes lors des dernières récessions : en laissant filer le dollar et en ouvrant encore plus les vannes du crédit.  On arrive à l’ultime  contradiction de cette formule : inonder pour traiter une inondation ? Effondrer le dollar pour lutter contre la fuite devant les monnaies ? Il ne faut pas être grand clerc pour concevoir que c’est absurde.

On le fait tout de même. Mais on a peur.  Que devient un système bancaire quand la monnaie n’inspire plus confiance et quand on a prêté à n’importe qui n’importe quelle somme dans n’importe quelle condition ?  Que deviennent les marchés de biens durables quand la peur sur les monnaies  y conduit à des spéculations  insensées ? Que devient la bourse quand tous les secteurs entent en dérive ?  Que deviendra le commerce international si le dollar recommence à s’effondrer ?

La phase désagréable du cycle est  aggravée par les politiques absurdes qui sont poursuivies depuis trop longtemps dans un cadre monétaire international explosé.  Il est normal d’être inquiet.

 Nous disions en fin d’année 2007 : « regardez le cours du pétrole et du dollar plutôt que le bilan des subprimes !  Là est la clé de la conjoncture ».  Nous répétons aujourd’hui : la conjonction du retournement cyclique et du pourrissement des institutions financières et monétaires internationales  créent une situation explosive.

On ne peut en sortir qu’en RECONSTRUISANT  le système monétaire international. Et en s’accordant sur d’autres schémas de développement que la capture de l’industrie mondiale par la Chine et symétriquement  de la consommation par les Etats-Unis,    en faisant fondre le couple monétaire dollar-Yuan.  Espérons que la leçon sera comprise avant qu’une crise majeure force la réforme au prix de grandes souffrances dans le monde entier.  Il faut mettre fin au système des changes flottants, au dumping chinois et à la folie financière des Etats-Unis.

Un nouveau « Bretton-Woods » est nécessaire. Maintenant. Pas dans dix ans.

Cercle des economistes e-toile (CCE): bulletin de conjoncture, second semestre 2008

Dès juillet 2006 nous avons alerté sur le scénario suivant :

-          Crise aux Etats-Unis à partir de 2007 avec amplification en 2008

-          Crise au Royaume Unis et dans les pays d’économie similaire en 2008 avec aggravation évidente au second semestre.

-          Crise en France à partir du troisième trimestre 2008 avec plein effet en 2009.

Nous avions conseillé :

-          De fuir le dollar

-          De fuir l’immobilier et boucler toutes les opérations de ventes immobilières avant le fin 2007

-          De protéger ses actifs boursiers.

-          De commencer à se dégager des salles des ventes dès la mi 2008 en France.

En juillet 2007, lorsque la crise dite « des surprimes » s’est déclenchée nous avons indiqué qu’elle était le premier acte du retournement du cycle, qu’elle indiquait une ampleur particulièrement forte, et qu’il fallait accélérer les mesures protectrices.  Nous soulignions que le mécanisme qui maintenait les prix bas malgré une inflation monétaire sans précédent (dont nous avions fait la  théorie les premiers en 1999) ne serait plus opérant, et que nous allions être confrontés à une « fuite internationale devant la monnaie ».  

En janvier 2008 nous avons alerté qu’il n’y aurait  pas de « découplage »  entre les Etas Unis, l’Europe  et les pays émergent, contrairement à de nombreuses interventions en ce sens dans la Presse. Nous disions que « comme toujours » la séquence serait : Etats-Unis et pays très intégrés dans le commerce intérieur,  Royaume Uni l’année d’après  avec une partie des pays d’Europe puis la France et  les pays dynamiques d’extrême orient. 

En ce mois de juillet nous ne pouvons que confirmer le bon déroulement de ce scénario classique.  L’Irlande,  le Danemark, l’Espagne entrent doucement en récession.  Le ralentissement est net en Allemagne malgré les beaux discours sur le « succès allemand ».  De nombreux pays hors d’Europe commencent à souffrir de façon évidente notamment le Japon.  L’Inde et la Chine commencent à être touchées de façon de plus en plus perceptible.

Sectoriellement nous renouvelons notre bulletin d’alerte sur les banques, les assurances, le transport aérien,  les sociétés de services informatiques qui viennent rejoindre les secteurs déjà signalés depuis deux ans (la publicité, les media, le tourisme, l’immobilier).

Le prochain trimestre va être marqué par les inévitables mauvaises surprises qui apparaissent toujours en été.  Mais ce qui compte, c’est la très mauvaise orientation générale de la conjoncture pour les 18 mois à venir qui va entraîner dans la tourmente le secteur de la mécanique  et celui du commerce de détail après celui du commerce de gros,.

Le scénario classique : baisse des recrutements puis de l’emploi, hausse corrélative du chômage, baisse des rendements fiscaux, baisse des investissements productifs,  ralentissement et baisses de chiffres d’affaires, montée des déficits publics,  montée des faillites s’enclenche désormais de façon visible en France  et sera la toile de fond permanente pendant au moins deux ans.  Contrairement à l’habitude ce refroidissement général  ne s’accompagnera pas d’une stabilisation des prix. L’inflation des prix à la consommation restera importante sans être dévastatrices.

Le ralentissement économique d’ensemble aura des conséquences sur les marchés.  Sauf accident monétaire ou financier  grave (toujours possible, jamais totalement prévisible), certains facteurs haussiers sur les cours des matières premières et des « biens réels » vont cesser de jouer à plein.  Il faudra guetter les signes avant coureurs de retournement, bien que l’économétrie suggère un retournement en 2009 plutôt qu’en 2008.

Eléments macroéconomiques pour la France : second semestre

-          Inflation : plus forte

-          PIB : ralentissement marqué (mais ne sera connu qu’en septembre 2009)

-          Importations : fortes mais ralentissement

-          Exportations : récession

-          Déficits extérieurs : accrus

-          Déficits budgétaires : accrus

-          Déficits sociaux : accrus

-          Chômage : hausse.

-          Consommation : maintien

-          Investissements productifs : baisse

-          Cours Euro/Dollar : imprévisible

-          Cours matières premières et biens « réels »: première tendance au retournement sauf accident monétaire ou politique.  

Crise économique : les quatre erreurs à éviter

 

Crise économique : quatre erreurs à éviter

Didier Dufau*

 

Première erreur : ignorer que le cycle économique existe. Le cycle de 8-10 ans se déroule depuis deux cent ans avec une régularité stupéfiante. Voici les années de crise économique en France  : 1810, 1818, 1825, 1830, 1837, 1847, 1857, 1867, 1882, 1891, 1907, Guerre de 14, 1921, 1929-31, guerre de 40, 1952, 1963, 1974, 1983, 1974, 1993,2002. Comment être surpris par le retournement en cours qui prendra son plein effet en France en 2009 ?  Les politiques n’aiment pas trop l’idée qu’ils ne sont pas tout puissants et super efficaces depuis Keynes. La conséquence est une insouciance généralisée qui explique qu’en France comme en Europe les décisions sont prises à rebours des nécessités du cycle et en aggravent les conséquences. Depuis la dernière guerre mondiales les retournements commencent aux Etats Unis, suivent dans les pays exportateurs et se terminent en Europe continentale. Si la France et une partie de l’Europe n’est pas encore aussi touchée que les Etats-Unis ce n’est pas l’effet d’un découplage mais seulement d’un décalage de phase habituel. L’expérience montre également qu’une crise sévère suit un ralentissement moins sensible. La crise de 2009 sera plutôt du type de celles de 74 et de 93, c'est-à-dire assez sévère.

Deuxième erreur: croire qu’il s’agit d’une crise technique bancaire cantonnée à la distribution de titres adossés à des crédits hypothécaires. Bien sûr, cette difficulté existe, mais les  sommes mises en jeu ne sont pas telles qu’elles puissent expliquer la crise telle qu’on la voit aujourd’hui. Elle est un symptôme plus qu’une cause.  Ce ne sont pas les remous de ce marché particulier qui expliquent le désarroi des responsables. Ce ne sont pas les mesures techniques prises pour en éviter les conséquences immédiates qui mettront fin au retournement de conjoncture.

Troisième erreur : oublier que depuis 1971 et l’abandon du système de Bretton-Woods nous vivons une crise permanente du dollar. L’once d’or valait trente-cinq dollars en 71, elle en vaut mille aujourd’hui. La dévaluation du dollar a été de près de 97% !  Les fluctuations très amples qui ont affecté cette monnaie ne doit pas nous tromper. L’absence de système monétaire international organisé a produit non pas des « changes flottants » mais des « changes fondants ». L’illusion d’optique est de croire que les prix montent : en fait c’est le référentiel monétaire qui s’effondre provoquant une fuite caractérisée devant la monnaie. Si on retient ce fait majeur, jamais porté à l’attention du public, on voit que la méthode qui consiste à inonder le monde de monnaie pour soigner une inondation de crédits est pour le moins saugrenue.  La meilleure preuve : les marchés paniquent à chaque chute nouvelle du dollar et à chaque explosion du cours de l’or ou du pétrole. Ils savent bien que là se trouve le nœud du problème. La bulle immobilière n’était qu’une conséquence de la fuite devant les monnaies fondantes aggravées par les politiques monétaires des Etats-Unis. Pas une cause.

Quatrième erreur : croire que les banques centrales peuvent enrayer seules le retournement de la conjoncture. La stabilisation des marchés et le retour de la confiance passe par une réforme du système monétaire international, la stabilisation des changes et une action concertée de relance de l’économie mondiale. Aucun pays d’Europe n’acceptera de perdre son industrie simplement parce que  les  Etats-Unis et la Chine souhaitent laissent filer leur monnaie à des profondeurs abyssales.  L’enjeu est le maintien du libre échange. Cette digue doit absolument résister.

On voit qu’on est loin des « subprimes ». Une conférence internationale  de type Bretton Woods s’impose. Vite !  

Le blog du cercle des économistes e-toile

Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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