J. Stiglitz et les causes de la Grande Récession

Nous poursuivons ici l'analyse des thèses du livre que le "prix Nobel" de l'économie vient de faire paraître (Le triomphe de la cupidité).

L'auteur n'oublie pas l'inévitable passage sur les subprimes, traitées en profondeur, mais aussi avec le souci de marquer des points dans son long combat idéologique  avec les purs libéraux. Ces derniers ayant beaucoup insisté sur le fait qu'il s'agit d'une politique d'état qui a dérapé, il tente d'annuler cet argument en montrant que tous les marchés hypothécaires ne sont pas aussi morbides que celui des Etats Unis et que ce sont les lobbies bancaires qui ont fait échouer toutes les législations qui auraient permis de mettre en œuvre des solutions plus profitables aux consommateurs qu'aux distributeurs de crédits. Il cite le système hypothécaire norvégien comme exemple à suivre. 

Cela aurait pu être le système des Etats unis. Interdire les taux variables, les solutions de prêts pochette surprise, les prêts à plus de 100%, la titrisation abusive, le transport de produits financiers incompréhensibles vers l'épargnant qui ne sait pas ce que les banquiers ont collé dans ses produits d'épargne, sont du ressort du politique et des institutions de contrôle.

Elles ont toutes failli parce que les intérêts de Wall Street et la consanguinité entre ses hauts dirigeants et ceux des institutions de contrôle, plus son lobbying massif, ont interdit toute réflexion indépendante et toute législation défensive du consommateur. Tout le monde a validé l'idée qu'il fallait laisser faire et que les "innovations" proposées étaient utiles et sans danger.  

Contrairement à la plupart des autres auteurs récents de livres sur la crise, il ne se contente pas d'une explication de la crise par l'abus des crédits dits "subprimes". Comme c'est notre thèse depuis le début, nous buvons du petit lait lorsqu'on rencontre les mêmes idées dans la prose d'un prix Nobel, même si c'est dix-huit mois plus tard,.  "L'universalité du problème indique qu'il y a des vices fondamentaux dans le système" écrit-il. Le style n'est pas terrible, il faut en convenir. "Y a un blème dans l'système" c'est au mieux un thème de rappeur déchaîné. Cela manque un peu de précision.

Et justement, le style révélant l'homme, on touche une limite du livre. L'auteur sent bien que l'organisation générale de l'économie est fautive quelque part, mais il a le plus grand mal à cerner l'endroit où cela pêche et à identifier le Deus ex machina. "Il ne s'agit ni d'une question d'individus corrompus ni d'erreurs spécifiques, ni de petits problèmes à résoudre ou de petits ajustements à opérer".  Evidemment cela met en pièce le titre du livre. Mettons qu'il s'agisse d'une accroche marketing dont les éditeurs sont seuls responsables !  J. Stiglitz ajoute : "Pour quelques observateurs c'était un cas d'école parfaitement prévisible et d'ailleurs prédit".  La raison : un niveau d'endettement intenable !  "Les prétendues innovations financières ont permis à la bulle de grossir d'avantage". Il met alors les CDS en première ligne des innovations fâcheuses et explique parfaitement comment ils ont permis de tromper les règles prudentielles, et autorisé un gonflement presque sans limite des bilans, tout en accélérant la contagion de la crise de la dette dès qu'elle a démarré. Le contribuable a été le payeur de dernier ressort pour éviter que tout explose.  

On reconnaîtra ici toutes les thèses que nous défendons depuis dix huit mois.


* Les subprimes ont joué leur rôle mais ne sont qu'un détail de la crise globale

* L'endettement intenable est la source principale de la crise : il avait atteint des niveaux totalement intenables et l'effondrement était prévisible.

* Nous l'avons d'ailleurs prévu : après avoir alerter sur le caractère intenable de la dette mondiale rapportée au PIB mondial, nous avons annoncé dès 2006 un récession sévère pour 2009-2010. Dès le blocage du marché interbancaire en juillet 2007 nous avons révisé cette annonce en prévoyant l'effondrement en septembre 2008 et le gros de la crise en 2009.

* Le 22 septembre 2008 nous publions deux articles :

- l'indispensable  explication technique de détail 
- Un tableau statistique qui dit tout

qui résument tout ce que Stiglitz démonte sur 200 pages en janvier 2010.

La grande faiblesse de J. Stiglitz est , qu'après avoir, avec raison, détaillé les mécanismes de la crise, il ne parvient pas à comprendre la source même de ce surendettement. C'est comme si au billard un physicien analysait parfaitement les trajectoires des boules et leur incapacité d'aller à l'endroit espéré sans voir la queue de billard qui a imprimé l'impulsion initiale.

Souvent il frôle la bonne explication, mais jamais il ne parvient à la saisir.

C'est particulièrement clair sur la question du cycle de 8-10 ans.  On sait que nous sommes des tenants de la théorie du cycle et que nous mettons l'accent avec insistance sur cette question fondamentale qui a été sortie à tort des préoccupations des économistes à partir des années 60. Elle donne des éléments critiques de prévision. Ses ressorts étant toujours principalement financiers, elle aide à observer ce qui se passe dans ce secteur critique de l'économie qui est malheureusement l'un des enfants quasiment abandonnés de la science économique moderne, les rares auteurs qui s'y consacrent cautionnant généralement les innovations financières  ou se contentant d'analyses purement rétrospectives et sans danger.   

J. Stiglitz voit bien qu'il se passe quelque chose dans ce domaine du cycle : il évoque les travaux de Kindelberger sur le cycle  et ses explications purement financières. Cela vient tard dans le livre (P. 384) et il n'en tire pas vraiment parti.

Au contraire il commet des erreurs étonnantes. Il affirme par exemple que c'est la première fois qu'une crise américaine  secoue le monde entier. Et la crise de 73-74, alors, due exclusivement à l'abandon de la référence à l'or pour valoriser le dollar et aux méfaits jusqu'ici inconnus  des changes flottants voulus par les Etats-Unis  ?  Et la crise du début des années 80, qui touche le monde après que Volker ait décidé de casser l'inflation  née des déficits américains ? Et la crise de 91-93 qui part des Etats Unis puis touche le RU et la Hollande en 92 puis la France en 93 ?  Et la crise de 2001-2003 qui provient d'une hausse massive du dollar et des bourses américaines qui provoquent une bulle énorme qui s'effondre en entraînant toute l'économie mondiale ?  

Cette myopie se révèle aussi par le fait qu'il date le début des dérèglements au mandat de R. Reagan (le diable en personne avec la diablesse Thatcher en prime !), alors que tout se met en place à partir de 1971. (Lire notre article : sortir de la crise la crise de 1973-2010).

N'ayant aucune explication technique de la surgescence de la dette, il en revient à des explications comportementales et politiques. Il ne connait pas le mécanisme de la "double pyramide de crédits" détaillée par Jacques Rueff et reprise par Maurice Allais.

Comme c'est un bon observateur, il frôle souvent la vérité mais à chaque fois il s'en tient à l'analyse des effets sans trouver la cause. 

Il voit bien que les déficits et excédents jumeaux sino américains sont une anomalie intenable et que désormais il va falloir trouver un nouveau modèle des échanges internationaux.

Il voit bien que contrairement aux affirmations de Milton Friedman les changes flottants n'ont provoqué nulle part une diminution des réserves de change, mais exactement l'inverse. Il indique à juste raison que cela réduit la demande globale mondiale.

Il voit bien que les CDS et autres artifices financiers ont une dimension internationale et que ce risque empaqueté a joué un rôle fondamental dans la propagation de la crise.

J. Stiglitz nous rejoint pour affirmer que la première victime de la crise a été le commerce international , le principal moteur de la croissance depuis 1944 !Mais il ne voit pas  que ces évolutions sont l'enfant naturel des changes flottants :

* les variations incessantes des valeurs relatives des devises  imposent des réserves de change surdimensionnées 

* les mécanismes de couverture vis à vis des risques de changes viennent compliquer tous les contrats primaires sur les taux d'intérêts, les placements boursiers, les prêts internationaux, le financement du commerce mondial.  

Résultat : il ne parle jamais d'une réforme des changes flottants. Mettre en place une monnaie de réserve internationale en conservant les changes flottants, des banques centrales uniquement centrées sur l'inflation, des nations désarmées dans leur politique de plein emploi, ne sert strictement à rien. J. Stiglitz dit bien que " la question n'est pas de savoir si le monde va se retirer complètement du système de réserve fondé sur le dollar mais s'il va le faire de façon prudente et réfléchie". Mais lui même ne fournit pas d'explication sur  cette "façon prudente et réfléchie".

Il faut en effet revenir à la responsabilité des Etats sous la tutelle d'une organisation internationale fondée sur la parité des devoirs et des droits (fin des privilèges des Etats Unis et du Dollar). Il appartient aux Etats de défendre la parité de leur monnaie et les grands équilibres extérieurs de leur pays. Le FMI est là pour éviter les dérapages et rendre les corrections les moins lourdes possibles en cas de dérapage (alors qu'il fait exactement l'inverse en système de changes flottants).

Ce dont nous avons besoin  aujourd'hui ce sont des architectes pour bâtir ce nouvel ordre économique mondial basé sur le plein emploi et la croissance.

J. Stiglitz est parfait en dynamiteur de l'ordre ancien mais un peu faible sur la construction du monde nouveau.

Nous pensons qu'au Cercle des économistes nous déjà au stade de la reconstruction avec un diagnostic plus précis et des suggestions plus concrètes que ce que nous dit Stiglitz dans son analyse qui est une étape intéressante de la prise de conscience mondiale de ce qu'il faut faire mais qui malheureusement s'arrête brutalement au bord du  chemin.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Joseph E. Stiglitz et "Le triomphe de la cupidité"


Avec ce livre, "Le triomphe de la cupidité" (LLL -  les Liens qui libèrent - éditeurs - Février 2010) , nous avons l'analyse d'un des ténors actuels de l'économie.

Disons le tout de suite, ce n'est pas la "Théorie générale" de Keynes. Les politiques n'y trouveront pas ce changement de cadre intellectuel qui avait entraîné une refonte complète de la manière de voir le rôle de l'Etat dans la lutte contre les crises et pour la prospérité générale.  En revanche, l'esprit acéré de l'auteur et sa culture économique lui permettent de balayer des pans entiers de l'histoire économique récente et de trancher quelques débats.

Pour le Cercle des Economistes E-toile, c'est aussi l'occasion de confronter ses propres analyses publiques avec les réflexions d'un des rares prix Nobel  dont les honneurs ne sont pas totalement usurpés.

Ce premier article donnera un avis général sur le livre. Les deux suivant examineront ce qu'il faut penser de son explication de la crise et  des réformes à apporter au système bancaire, les deux questions qui font l'objet des développements les plus importants.


J. Stiglitz ne s'est pas totalement élevé au niveau des enjeux. Son livre souffre de quatre défauts chez lui traditionnels :

* Une certaine tendance au narcissisme.  L'auteur a une haute idée de lui-même, en même temps qu'il considère ses pairs comme des nains englués dans le "consensus de Washington". Il se met en scène parfois abusivement. Il prétend avoir prévu la crise. Ce n'est pas vrai. Il a critiqué inlassablement le système et il a été conforté par les évènements. Ce n'est pas exactement une prévision. N. Roubini qui manque certes d'une vision économique globale avait, lui, fait une prévision très précise  qui s'est révélée opérationnelle. J. Stiglitz s'est contenté de répéter ses philippiques permanentes depuis 20 ans contre Wall Street, la  FED et le FMI, sans donner une véritable analyse prévisionnelle : nature de la situation ; déroulement de la séquence ; intensité de la crise ; date de l'explosion etc. Sa petite déviation narcissique entrave son discours en le tordant vers le pamphlet répétitif. Admettons cependant que le conformisme ambiant et la force médiatique de certains acteurs imposent qu'on tape longtemps sur les mêmes sottises. Dans cet exercice J. Stiglitz est inlassable...

* L'américano centrisme.  Nous avons quelques scrupules à insister sur ce point car l'auteur est sans doute l'économiste américain qui a le plus de connaissance du monde extérieur. Son livre reste centré sur l'opinion américaine à travers ce qui s'est passé aux Etats unis. L'avantage est une excellente description de l'histoire économique récente  des Etats Unis. L'inconvénient est une certaine fragilité  dans ses analyses de la situation globale.  Ce défaut se conjugue avec le précédent : J. Stiglitz s'est manifestement convaincu que puisque la crise était américaine, sa pensée, très critique des politiques suivies et donc assez marginalisée, allait pouvoir y devenir dominante. Cette ambition n'a pas d'intérêt pour l'observateur non américain. En revanche il est utile d'étudier si les critiques faites au système américain s'appliquent en Europe et particulièrement en France. C'est ce que nous ferons dans les deux articles suivants.

* L'insuffisance théorique en matière de système monétaire international.  Cette lacune est traditionnelle en économie où le champs des relations monétaires internationales est une jolie friche soigneusement non entretenue. Il faut attendre la page 365 pour voir enfin surgir du néant les questions monétaires internationales. Leur rôle crucial dans l'explication de la crise n'est pas compris. J. Stiglitz se contente d'une analyse très superficielle de la question des réserves monétaires internationales, en lançant des idées générales appuyées sur peu de véritables analyses.

* Le militantisme politique. J. Stiglitz se "pose en s'opposant" depuis bien des années. Il symbolise aux Etats-Unis une certaine forme de posture "de gauche" opposée à la politique de G. Bush, à celle de Milton Friedman et favorable à un tiers-mondisme certes très différent de sa variante marxiste française, mais plutôt rare aux Etats Unis.

Le titre de l'ouvrage révèle le moteur pamphlétaire qui anime l'auteur. La cupidité, c'est tout de même un peu faible comme explication de la crise. A bien des moments on sent une certaine outrance et la volonté de faire coller les faits à la posture à laquelle il se tient depuis longtemps et qui constitue son image dans les medias.

Ces défauts ne sont pas tels qu'ils fassent perdre tout intérêt aux démonstrations de J. Stiglitz.

Comme toujours avec lui, on sort à demi convaincu.

La bonne moitié vaut la peine.

Didier Dufau pour le cercle des économistes E-toile.

Quel nom donner à la crise économique en cours ?

Pour qu'un événement important prenne sa place dans l'histoire, il lui faut un nom. Quel nom donner à la crise qui s'est déclenchée avec le blocage du marché interbancaire en juillet 2007, s'est approfondie avec la faillite de Lehman Brothers à la mi septembre 2008 et a entraîné une vaste récession mondiale dans le monde entier en 2009 ?  On dira : attendons un peu : seul le recul historique permettra de vraiment fixer la nature de la crise et donc son nom.

Le besoin d'identification n'attend généralement pas. Les médias ont besoin d'un nom. Les économistes ont également besoin de comparer des périodes historiques de crise économique. Ne pas avoir de nom rend les choses pénibles. Le besoin est si pressant qu'en général un nom s'impose sans savoir qui l'a vraiment choisi. Et il est souvent mauvais. La tentation médiatique est d'associer une crise économique et un évènement extérieur que tout le monde se rappelle.

La crise de 1973-74 fut appeler "la crise du pétrole" puis "la première crise du pétrole", parce que la guerre israélo-arabe avait entraîné une réaction de pays producteurs de pétrole particulièrement virulente. En fait la crise avait commencé bien avant cette hausse et ne peut s'analyser de bonne foi aujourd'hui que comme la première crise du dollar flottant, la baisse extrême du dollar ayant, associée au prétexte de la guerre, justifié la hausse des prix du pétrole à des niveaux antiéconomiques qui ont profondément aggravé la situation.

 La crise de 1992-1993 fut associée à la guerre en Irak, comme d'habitude à tort, mais finalement ne reçut aucun nom qui soit resté dans les mémoires. Pourtant c'était la plus grosse récession depuis la guerre. Elle resta incomprise et innommée !  La crise de 98 fut appelée, totalement à tort, "la crise des pays émergents".  Le nom vint des Etats-Unis qui considérèrent de façon inique et malsaine  qu'elle était due à des régimes pourris de "cronies". En fait tout le monde voit aujourd'hui que c'était une crise des changes flottants et de la spéculation associée qui a vu, après une poussée spéculative excessive sur des marchés extérieurs, les capitaux flottants se rapatrier à toute vitesse vers les Etats Unis, entraînant la catastrophe  dans toutes les économies neuves qui avaient été dopées par un endettement excessif crée artificiellement par la spéculation financière internationale dans un environnement de changes flottants.  Certains l'avaient appeler un temps "la crise de Kobé", le tremblement de terre de Kobé ayant entraîné  la première crise de confiance (qui mit par terre les spéculations du trader fou de la Baring) qui se généralisera par la suite : toujours cette bonne vieille tendance à expliquer tout par un "fait de Dieu" :  accident, guerre, tremblement de terre, épidémie...

La crise démarrée par l'effondrement des valeurs boursières liées au NTIC, et qui se développa en une récession de moyenne importance fut  appelée "crise des NTIC" ou "crise des nouvelles technologies".  Ce ne sont évidemment pas les nouvelles technologies qui sont la cause de cette récession et  la récession ne fut pas que boursière.  Ce fut une vraie récession mondiale. On ne retînt que le plus spectaculaire, comme d'habitude.

Si on remonte un peu plus haut dans le temps on voit des conflits de dénomination assez gênants. La "crise de 1929" est maintenant généralement appelée "la grande dépression" alors que ce nom avait été donné à une période particulièrement difficile de la fin du 19ième siècle, à partir de 1975 jusqu'à pratiquement l'an 1900.

A l'idéal, les grandes crises devraient être nommées en fonction de leur cause principale, ne serait-ce que pour rappeler que les mêmes causes ont souvent les mêmes effets.  Quand ce sont les vraies causes. La terminologie de "seconde crise du pétrole" est tout aussi fausse que la première : il y eût bien une hausse massive des prix du pétrole, mais aucune crise mondiale d'importance en 1978 !   

Dans cet esprit, il faudrait dissocier les crises liées au cycle de 8-10 ans et les accidents qui ont leur logique propre et n'entraînent pas de récession mondiale généralisée. Pour s'en tenir au demi siècle passé, on trouve :

1974 : crise mondiale cyclique forte
1982-84 : crise mondiale cyclique faible
1993 : crise mondiale cyclique forte
2001-2002 : crise mondiale cyclique faible
2008-2009 : crise mondiale cyclique forte.


Et, dans ce schéma fort, se loge des crises particulières, généralement financières mais pas toujours :


- 1989 : crise boursière dite "des ordinateurs"
- 1996 (en France seulement) : crise liée au coup de massue fiscale d'Alain Juppé.  
- 1998 : crise du dollar et de la spéculation financière.

Les aspects structurels sont également importants. Depuis 1971 nous vivons dans un système de changes flottants et de monnaies totalement administratives.  Pratiquement toutes les crises citées ont une composante monétaire et financière forte.  La crise de 74 aurait du être appelée : "la première crise des changes flottants". Au moins on saurait qu'on est entré dans une nouvelle génération de crises pouvant se superposer au cycle.

Pour donner un nom à la crise actuelle, il faut également tenir un raisonnement économique.  Y-a-t-il eu une seule crise ou plusieurs crises emboîtées ? On voit bien le problème si on regarde les transes que traversent Wikipédia. La volonté de coller à l'actualité a entraîné la description de plusieurs crises : crise des subprimes, etc.
 
En fait, il n'y a qu'une seule crise. Nous avons déjà abordé, à chaud, cette question dans notre article "Une ou plusieurs crises".  

Alors comment l'appeler ? Joseph Stiglitz a proposé dans son dernier livre  (Le triomphe de la cupidité - LL Les liens qui libèrent, éditeurs- janvier 2010) de la nommer "La grande récession". Ce nom aura du succès dans la presse. Peut-être restera-t-il.

L'avantage de ce terme est qu'il règle justement la question de l'unicité ou de la multiplicité des crises. Il n'y a qu'une crise et Stiglitz le démontre très bien.

En fait, dans le détail,  il se trompe un peu. Comme d'habitude il ne convainc qu'à moitié. C'est son Karma !  Par exemple la première phrase de sa préface commence par : "Dans la Grande récession qui a commencé en 2008". En fait, s'il est vrai que la récession mondiale va s'établir en été 2008, la crise a commencé un an avant, en juillet 2007 avec le blocage du marché interbancaire qui va provoquer une vague de faillites bancaires pendant les douze mois suivants, le tout culminant avec le lâchage de Lehman brothers. Il l'admet un peu plus loin :  "J'ai regardé le monde glisser vers la crise en 2007".  Péché avoué est à demi pardonné.

Un autre point qui nous réjouit est qu'il signale avec raison que "l'universalité du problème indique qu'il y a des vices fondamentaux dans le système".  Il s'agit bien d'une crise du système global. Quel système ?  L'ennui des mots système et problème est qu'ils cachent la misère des raisonnements et la faiblesse du diagnostic. Ce sont des "mots valise". La phrase est sympa parce qu'elle marque bien qu'il ne s'agit pas d'un incident localisé. Elle est trop vague pour être utile.  Heureusement, la suite est plus précise : " La croissance reposait sur une montagne de dettes". Là nous sommes totalement d'accord ! C'est le fond de notre thèse.

L'inconvénient du livre, c'est que JAMAIS Stiglitz n'aborde  avec pertinence la question obligatoire du "comment". Comment cette dette a-t-elle été rendue possible ?  Là,  il dérive, comme d'habitude dans la poursuite de ses ennemis fantasmatiques personnels et on retombe dans le combat idéologique et le positionnement politique.

Stiglitz a un autre défaut : il n'a aucune vision du cycle de 8-10 ans, thèse commune avant guerre et que les économistes de sa génération a repoussé avec un pied négligent sous l'influence des keynésiens, très influents avec Samuelson et Hansen aux Etats Unis. Il mélange un peu tout : En citant l'étude de Luc Laeven et Fabian Valencis pour le FMI "systemic banking crisis : a new database" 2008, il dénombre 124 "crises" depuis 1970 ! Ce qui revient à ne plus rien distinguer du tout et à noyer le poisson.  Toutes les crises financières n'ont pas la même gravité et leur association avec une récession mondiale doit être pris en considération. Ne pas le faire revient à tout mélanger et à ne rien discerner, même si cela permet de faire un procès global à Wall Steet.  

En revanche nous buvons du petit lait quand il écrit : "La seule surprise de la crise économique, c'est qu'elle ait tant surpris. Pour quelques observateurs c'était un cas d'école tout à fait prévisible et d'ailleurs prévus".  Merci de le reconnaître !  Ce qu'il oublie de préciser c'est pourquoi elle était prévisible. Son idée est que la finance mondialisée et dérèglementée était un fruit pourri qui ne pouvait que tomber de l'arbre et faire chuter l'arbre avec lui. On est dans l'idéologie et la grande querelle, pas dans  la technique économique. Roubini était plus précis : certains prêts étaient tellement aventurés et atteignaient grâce à des techniques de dissémination du risque de tels volumes  que l'explosion serait aussi sévère qu'inévitable.  Au moins il savait ce qui se passait au sein des banques. Quelques économistes vexés de n'avoir rien vu venir se sont plaints d'avoir été laissés dans l'ignorance de ce qui se passait dans les fourneaux de la finance internationale et ont immédiatement exigés des fonds pour la création d'observatoires plus fins. On ne se refait pas ! La limite de l'analyse de Roubini est qu'elle est justement bien trop partielle. Il voit la paille mais pas la poutre.


La crise est d'abord celle d'une accumulation mondiale d'un niveau de dettes privées et publiques intenables. Cette accumulation disproportionnée a une cause : la double pyramide de crédits de type Rueff-Allais.  Les techniques bancaires de diffusion du risque n'ont fait qu'amplifier un phénomène fondamental.  Les niveaux atteints étaient tels que tout devait éclater. Quand ? Lorsque le retournement du cycle se ferait. Il fallait donc guetter les signes du retournement conjoncturel global en même temps que l'évolution les bulles spécifiques.


Nous mêmes avons fixé le début de l'alerte au moment où les prix de l'immobilier ont baissé aux Etats Unis, à la fin 2006.  Compte tenu qu'on en était à la phase haute du cycle, le mouvement des affaires ne romprait pas immédiatement.  Nous avons simplement conclu que la rupture  aurait lieu plus tôt que ce que nous le pensions (notre prévision début 2006 était une récession en 2010).  Dès l'été 2007 nous avons annoncé une crise très sévère avec un basculement en septembre 2008 avec une année 2009 sinistre.  Notre bulletin de conjoncture du début de l'année 2007 conseillait de dénouer toutes les opérations immobilières au plus tôt et de ne plus investir en masse dans quelques projets que ce soit pour éviter d'être pris financièrement à la gorge lors de la crise.


Quand Stiglitz écrit : "la bulle de l'immobilier qui devait nécessairement éclater était le symptôme le plus évident de la "maladie de l'économie". Mais derrière ce symptôme il y avait des problèmes plus fondamentaux", il a raison. L'ennui c'est qu'il se réfugie encore dans le mot valise "problème".  Et quand il s'emploie de le préciser, il joue petit bras : la titrisation, symbole de la "dérèglementation"  n'est pas la cause fondamentale de la crise économique mondiale. Ce n'en est qu'un détail.  

Il redevient pertinent lorsqu'il met en cause la mise en réserve excessive de ressources monétaires par certains pays échaudés par la crise de 1998.  Mais là encore, il ne pèle pas l'oignon (c'est son expression !) suffisamment. Cette mise en réserve a quatre causes très différentes :

* les changes flottants
* le mercantilisme chinois
* le suivisme américain du Japon
* la rente pétrolière des pays producteurs.

La première est de loin la plus permanente et la plus importante. Contrairement aux affirmations de Milton Friedman les changes flottants n'ont pas entraîné la limitation des réserves, la stabilisation des devises et l'unification des taux d'intérêt. Cela a été tout le contraire.

Le constat, exact bien que peu original, de Stiglitz sur la montée des réserves aurait du le conduire à aller un pas plus loin dans la déconstruction du système des changes flottants. Il serait alors remonté à la crise de 74 etc. Il ne le fait pas.  Les considérations idéologiques, qui forment son identité, l'obligent à ne revenir qu'aux aspects politiques de la dérèglementation des années Reagan-Thatcher. Grave erreur  dans le réglage du microscope, ou du macroscope, comme on voudra.

La dérive idéologique de Stiglitz est particulièrement visible lorsqu'il en vient à parler des déséquilibres mondiaux : "Ce système où les pays pauvres prêtent aux riches  est très spécial".   L'accumulation de dollars est un effet direct des changes flottants avec une monnaie mondiale de facto, le dollar. Il faut des déficits américains mais aussi des créances de la part de tous les autres.  La monnaie est à la fois un actif et une dette, comme tous les crédits (actifs pour les uns, passifs pour les autres).  Le Japon vient de redevenir premier détenteur de la dette du trésor américain. Ce n'est pas spécialement un pays pauvre.  Et le recul de la Chine est principalement politique, pas économique.

On revient toujours à la même question lancinante : quel système économique mondial avons-nous créé en 1971 lorsque les monnaies sont devenues des monnaies administratives sans rapport avec une valeur intangible extérieure et qu'on a laissé flotter la principale monnaie du monde en lui  accordant des privilèges exceptionnels. Mais là Stiglitz est aux abonnés absents.

Revenons à notre propos initial : quel nom donner à la crise ?  La proposition de Stiglitz s'imposera sans doute, bien qu'elle ne soit pas analytique et préjuge que la crise actuelle ne va pas dégénérer  en dépression, ce qui n'est pas absolument certain bien que probable. Elle aurait le mérite d'éviter le mauvais vocable de "crise des subprimes" qui reviendrait à qualifier le tout par la partie.  

Le vrai nom devrait être : La grande crise d'endettement mondial de 2007-201x".  On voit bien aujourd'hui que la crise des banques est devenue la crise des états endettés. Le simple transfert de la dette du privé au public n'a pas réglé la crise globale.  La terminologie proposée ne préjuge pas de la suite.  Et elle aurait l'avantage de fixer l'attention sur les mécanismes de cet immense gonflement de dettes, sur les moyens d'y faire face et sur ce qu'il faut faire pour que cela ne recommence pas. .  

On peut toujours rêver.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

Le glas sonne pour le pari inepte de sauver la finance mondiale sans rien réformer .

On voit depuis quelques semaines une focalisation sur l'endettement des Etats. La spéculation en cours sur l'éclatement de l'Euro y contribue largement. Les contribuables sont également légèrement soucieux de connaître la manière dont les gouvernements vont se débarasser de déficits historiques.

Pour l'économiste l'endettement public n'est qu'une composante de l'endettement global et c'est l'endettement global qui a une influence déterminante.

Tout le monde sait qu'en matière d'inondation il faut d'abord regarder l'état des sols : sont-ils secs ou gorgés d'eau  ? Ensuite on regarde les précipitations nouvelles et la fonte des neiges.  L'eau retenue dans les barrages publics est importante mais n'est pas tout.

La crise actuelle est une crise de l'endettement global provoqué par la double pyramide de crédits générée par le système de change flottant.  Cet endettement global a fini par s'effondrer sur la tête des marchés financiers. Les banques ont été les premières victimes, le marché interbancaire se bloquant quasiment totalement puis les marchés financiers liés à l'immobilier puis tout le système financier.

Les Etats ont repris une bonne part des dettes pour sauver les banques et le système financier dans son ensemble ; les banques centrales ont fait de même et créé de la monnaie ex nihilo  comme jamais pour compenser les effets du credit crunch.

Et ils se sont dit : avec nos plans de relance, la crise est finie. Nous sommes formidables ! Cela marche !  Et ils se sont  pressés de de rien réformer sauf des broutilles qui leur permettaient de faire semblant d'agir ou de renforcer leur puissance d'état. 

Comme nous l'avons écrit il y a maintenant près de 17 mois, le transfert de dettes des particuliers à l'état ne change rien à l'état de l'endettement global. Comme il n'y  eu aucune restructuration fondamentale de la dette et que le système financier reste totalement incontrôlé, dans un système où l'épargne flottante, dirigée par quelques centres de spéculation, peut balayer le monde sans que rien ne résiste, au lieu de voir les ressources se concentrer sur la création de richesses, on a vu un regain de spéculation sur les monnaies et les taux d'intérêts, visant carrément  cette fois-ci  des Etats.

La bouée de sauvetage étatique menacée,  laissant le monde sans défense  devant le risque de dépression si l'attaque "réussit".

Nous pouvons relire sans hésitation ce que nous disions en septembre 2008.

Il fallait, disions-nous,  restructurer immédiatement  la dette et la cantonner tout en réorganisant totalement le système bancaire et financier mondial pour redonner aux Etats la responsabilité de l'action en faveur de la croissance et de l'emploi.

Croire que les marchés financiers consolidés par la dette des Etats allaient faire le travail était inepte.

Il fallait, immédiatement rétablir un système cohérent de changes fixes dont les Etats auraient la responsabilité pour permettre de redonner un horizon aux vrais investisseurs : ceux qui créent de la richesse et non des plus values temporaires sur des marchés flottants. Il fallait redonner un horizon, très différent, au commerce international, en réévaluant très fortement le Yuan, et en dévaluant du pourcentage nécessaire le Dollar. Il fallait fournir une perspective de réduction des déficits américains et des excédents chinois et japonais.

Seul ce combat pour la reprise des marchés de biens réels pouvait fournir les ressources nécessaires au désendettement global.  Que ceux que cette question intéresse relise notre article :

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/4/3/G20--un-pari-trs-dangereux

"Le pari très  dangereux" a foiré, comme il était évident qu'il le ferait. 

Alors on va faire le gros dos. On va essayer de "calmer les marchés financiers".  La politique de la patience pleine de sang froid pour ne rien casser en laissant tout filer et en ne réformant rien  n'a mené qu'à différer les difficultés.

On a perdu un an et de demi et le temps ne se rattrape jamais.

 

Didier Dufau pour le cercle des économistes e-toile.

 

 

 

Dix huit mois de récession vus au travers du Baltic Dry Index

L'un des apports méthodologiques de la crise aura été le succès du Baltic Dry Index, inconnu de tous et qui a soudain pris un  certain relief. Pour avoir été le premier groupe d'économistes à attirer l'attention sur cet indice, nous en sommes évidemment très heureux. Avec un  peu de recul, que nous a-t-il appris ?

* La première leçon est à chercher dans le déclenchement précoce de l'effondrement vertical de l'indice. Le retournement se produit en juin-juillet 2008. Pas en octobre. Les contrats commerciaux internationaux s'arrêtent à la suite de la flambée "incompréhensible" des trafics relatifs aux grains et denrées alimentaires du premier semestre 2008. La bulle spéculative correspondant à une fuite devant la monnaie éclate fin juin. Le commerce international se bloque. Rien à voir avec les subprimes.

* La seconde leçon est la chute verticale de l'indice qui perd près de 90% de sa valeur en quelques semaines. Du jamais vu. On sait que la crise sera sévère.

* La troisième leçon est la plus visible et la moins exploitée : c'est le commerce international qui s'effondre. Un mode de fonctionnement non durable de l'économie mondiale disparait. Un pilier se désagrège. Au lieu de s'attacher à cet aspect fondamental, l'opinion et les medias se concentrent sur les subprimes et les défauts de comportement de certains banquiers. Cette myopie évite de regarder l'essentiel : l'économie mondialisée basée sur le gonflement indéfini de l'endettement global, des échanges déséquilibrés et les gains spéculatifs à court terme ne fonctionne plus. Les courants commerciaux et financiers internationaux se bloquent.

* La quatrième leçon est l'indication sur la nature de la reprise. L'indice talonne en février 2009, huit mois après le début de la chute, et marque une reprise très timide. La vraie reprise a lieu à la fin du printemps mais elle s'épuise très. Une nouvelle bouffée a lieu à l'automne et s'épuise presque aussitôt.  En ce début d'année 2010 le trafic est très mou. Il correspond à un fonctionnement réduit des usines et aux cahots de la spéculation.

* La cinquième leçon est comparative. Los de la crise de 2001-2002, les trafics commerciaux avaient été déjà fortement ralentis : l'affaire Enron, la spéculation sur le pétrole et les matériaux stratégiques qui s'était effondrée avait provoqué une stagnation de moyenne durée. Les containers  en avaient pris un coup. Ainsi que le commerce des grains et autres denrées alimentaires. Mais l'activité d'échanges de biens finis et semis finis n'avaient pas cessé, tirés par la croissance du Bric.   D'une certaine façon la crise actuelle est plus brutale mais moins longue que celle de 2001-2002, avec le retour à un niveau de prix des affrètements plus solide et plus rapide.  Mais cela ne correspond pas à une continuation des flux habituels et plus à l'effet des plans de relance.

Est-ce que le BDI permet de faire des prévisions sur 2010 ?  Certainement pas. Il a surtout pour intérêt de "prévoir le présent". On entre dans l'année 2010 sur un rythme très faible. Les courants commerciaux n'ont pas été rétablis. Les déséquilibres infernaux demeurent et devront bien  être contrariés d'une façon ou d'une autre. La réaction de relance des Etats ne pourra pas être aussi forte bien longtemps. On a utilisé un fusil à un coup. On entre dans une zone de turbulence forte où tout reste possible d'une reprise tranquille et constante à une dépression et des actions désordonnées des Etats confrontés à des situations sociales intolérables.

Tout est centré sur la machine infernale des changes flottants et des déficits abyssaux qu'ils permettent. L'intolérance à un Yuan grossièrement dévalué et à des créations monétaires américaines sans limites générés par des déficits extérieurs eux-mêmes sans limites ne peut que croître.

On n'a voulu faire aucune réforme. Les changes flottants sont toujours un mot tabou. Les conséquences de ce système malsain continueront à se faire sentir. Cette fois il n'y aura plus de marges de manœuvre. Le système bancaire a vu le coût de portage de ses dettes réduit et ses facilités de gains spéculatifs accrues. Mais les dettes irrécouvrables sont là et le stock augmente du fait de la crise. Certains Etats sont au bout du rouleau.  Les entreprises qui vivent sur leurs réserves ou sur les obligations qu'elles ont souscrites pour se substituer aux emprunts bancaires et aux rentrées commerciales vont être progressivement plus mal. On sait qu'en général le pic du chômage et des faillites arrivent deux ans après le déclenchement de la crise ouverte. 2010 et 2011 vont donc être des années de très haut chômage et de destruction d'entreprises partout dans le monde, en même temps que les Etats seront asphyxiés.

Lors de la crise de 92-93, la plus proche de la crise actuelle, l'emploi et l'investissement ne sont repartis qu'en 1997.  La situation sera la même, au mieux, pour cette récession-ci.

Beaucoup va dépendre de la patience des peuples.

Le gouverneur de la BCE, M. Trichet, croit à un scénario peu probable : on garde les changes flottants, des banques centrales uniquement focalisées sur l'inflation et le sauvetage des banques, et on se moque de tous les déséquilibres internationaux.  Et on crie Confiance ! Confiance ! Confiance ! comme un cabri.  Les Etats épongent les dégâts financiers et sociaux. Et la reprise viendra qui financera tout cela.

C'est le scénario de 1993 et de 2001. Est-il encore jouable ? On dit jamais deux sans trois, mais aussi une fois cela passe, deux fois cela lasse et trois fois bonjour les dégâts !

Notre petit doigt d'économistes inquiets nous dit que quelque chose devra bien céder quelque part. N'avoir fait aucune réforme et avoir acheté l'arrêt de la crise globale à grands frais est une chose.  Sortir spontanément  du marasme en est une autre.

2010 et 2011 seront des années intéressantes. Rappelons-nous qu'après 1929, les années de transformation de la crise en désastre international furent 32 et 33. 

Mieux vaudrait que les bonnes réformes soient entreprises immédiatement. Il faut supprimer le système des changes flottants et revenir à une croissance forte, concertée et équilibrée, sous la responsabilité des Etats, dans un cadre multilatéral réformé dans le sens de l'égalité des droits et des devoirs, et imposant que les déséquilibres excessifs soient drastiquement réduits.   

Didier Dufau pour le Cercle des économsites E-toile.

Martin Hirsch et le RSA : un bien étrange "succès"

Le 1er décembre 2009, le Figaro a la bonne idée de donner à Martin Hirsch, sur cinq colonnes et quasiment une page entière, l'occasion de faire le point sur le fonctionnement du RSA, voté à l'été 2008 et  lancé en juillet 2009.

Vous imaginez sans doute que le Haut Commissaire est un peu gêné aux entournures.  Il avait annoncé des chiffres de retour à l'emploi extrêmement faibles compte tenu des sommes engagées, avec création d'une imposition nouvelle sur les revenus de l'épargne des Français, mais la crise était venue. Et on se doutait bien que même ces résultats minimes n'auraient pas été atteints.  Avoir ajouté un nouveau trou dans le tonneau des Danaïdes  pouvait rendre notre Haut commissaire un peu déprimé.

Pas du tout.  Ce qu'il nous annonce, c'est un grandiose triomphe.

Vous pensez avoir mal lu. Alors vous vous penchez fébrilement sur l'article pour trouver la trace des centaines de milliers de retours à l'emploi promis et du dégonflement du nombre de malheureux au RMI. Avoir réussi à obtenir de tels résultats en pleine récession, alors là, oui, ce serait un immense triomphe.

Mais de retours à l'emploi, on ne trouve nulle trace.  Au contraire, là où on avait 1.300.000 Rmistes, on trouve désormais 1.26 million de RSA "socle" et 370.000 RSA "activité",  soit 300.000 allocataires de plus. Et on ne nous cache pas que le désastre continu : 30.000 demandes de RSA sont enregistrées chaque semaine.  Au 31 décembre 2009, nous serons donc à 400 ou 500.000 allocataires de plus.

Catastrophe ? Pas du tout ! A lire notre Haut Commissaire, c'est un formidable succès.  Rendez vous compte : "Le RSA a atteint le quart de sa cible en quatre mois". Quelle cible ? Le retour à l'emploi ? Mais non : le but n'est pas l'emploi  mais que les intéressés touchent bien leurs nouvelles allocations.  Et la "montée en charge" est  excellente.  On assiste à "une nette progression des bénéficiaires  de 4.4% entre juin et septembre".  Ce qui est encore plus formidable c'est que qu'on a réussi à dépenser au rythme annuel de 1.2 milliards d'auros pour le seul RSA activité (20% des bénéficiaires).  Et qu'on va pouvoir financer une prime de Noël !

L'avenir s'annonce radieux. M. Martin Hirsch  : "on va étendre la clientèle du RSA à de nouvelles couches de la population", les moins de 25 ans, les bénéficiaires de l'Allocation spéciale de solidarité.   La croissance va donc être très satisfaisante. Bien sûr il faudra une légère augmentation des impôts en 2011. La nouvelle imposition est là pour cela : on va augmenter "légèrement" les taux. Comme pour la CSG, partie de 2% et maintenant avec le RDS à plus de 10%, la taxation des revenus de l'épargne va grimper progressivement.  Mais Martin Hirsch suggère que les assujettis se doivent d'être contents : il n'a pas réclamé de hausse  pour 2010.

Certains esprits rétrogrades pourraient s'exclamer : nous sommes en pleine inversion des valeurs !  Un désastre est habillé en triomphe. Le but d'une allocation de retour à l'emploi est le retour à l'emploi.  Il n'y en a pas et au contraire on se vante d'une croissance du désastre.

Que ces idiots se calment. Nous vivons dans un système d'énarchie compassionelle. Pour un haut fonctionnaire énarque, l'important est le succès des formules administratives qu'il crée, indépendamment de leur objet.  Plus il y aura de bénéficiaires du RSA plus M. Hirsch sera content. Et plus il faudra augmenter les impôts pour financer le dispositif plus  M. Hirsch s'extasiera sur son incomensurable succès.

L'application de ces sompteux principes depuis 1974 a fait que la France en âge de travailler est pour l'essentiel  au RSA, en formation bidon,  au chômage, au SMIC, en stage, ou en train de  courir de petits boulots en petits boulots via l'intérim.  Quand elle ne cherche pas des compléments dans les milles "défenses" des trafics et travaux au noir.  

Nous avons de formidables taux d'inactivité pour les jeunes, les vieux, les femmes, les immigrés réguliers.

Nous sommes au sommet des taux de prélèvements sociaux et la dette est dans la stratosphère.

Jamais nous n'avons pu depuis 1974 exécuter en équilibre une loi de finances.  

Tous nos services publics sont dans la plus profonde détresse. L'école laisse sortir des centaines de milliers de jeunes sans aucune qualification.  Le taux de disponibilité de nos avions militaires est si bas que personne ne sait vraiment quand une opération décidée aura lieu. Nos centres culturels à l'étranger disparaissent.  L'insécurité repart à la hausse, à des niveaux déjà très élevés.  Nos enfants n'ont d'espoir que dans une carrière hors de France, qui s'est figée dans la stagnation.

Et pour couronner le tout voici que nos énarques bien aimés, comme Alain Juppé,  cet homme politique de droite réjoui par l'ISF, le RMI et maintenant le RSA, et qui reste celui qui a le plus augmenté les impôts en temps de paix de toute l'histoire nationale, évoque les délices nécessaires d'une décroissance volontaire.

Allons, vite, créons un poste de Haut Commissaire à la Décroissance Heureuse.  Qui se réjouira comme son homologue aux "Solidarités Actives"  des triomphes de son activité quand le PIB baissera encore plus que prévu.

Ajoutons un Haut Commissaire à l'Ecologie Punitive, et nous serons enfin ce que nous aspirons à être : un peuple né malin et qui le prouve tous les jours.

Deux chiffres clé

chart gold

- L'once d'or a atteint 1180 dollars  lors des cotations d'hier (24 novembre 2009). Depuis que le dollar flotte (1971), il a perdu 97% de sa valeur exprimée en or.  On parle de "changes flottants" ; on devrait parler de changes fondants !

Question : est-ce qu'un système monétaire international qui suppose la dévaluation continue et massive de sa monnaie pivot est un bon système ?

Question subsidiaire : avez-vous entendu qui que ce soit demander un abandon du sysème des changes flottants qui depuis le début ne marche pas ?

- Le Baltic dry index s'est violemment redressé après des mois de stagnation. L'écart impossible entre le SP500  et le BDI ne pouvait perdurer. L'intéressant est que le SP500 a simplement stagné et que le BDI lui a grimpé pour le rejoindre.

Cela signifie qu'il y a une reprise du commerce international. Mais ce n'est plus le commerce international qui tire la croissance globale mais les politiques d'hyper relance de chaque état et la spéculation sur les ressources essentielles.  Les liquidités délivrées en abandance ont commencé par s'investir en bourse puis désormais sur les matières premières.  Mais il y a dans ces mouvements à nouveau comme début 2008 une fuite devant les monnaies et particulièrement le dollar.

Dans cette reprise les aspects monétaires sont déterminants. 

C'est une reprise fragile et menacée par l'instabilité générale du système.

L'économie mondiale tourne toujours à une fraction de ses capacités, ce qui imposera de nouvelles faillites et de nouveaux licenciemments.

L'impatience des peuples peut générer à tout moment des désordres qui aggraveront les choses. Et un accident sur le front de la finance ou des monnaies peut toujours survenir.

La sortie de crise ressemble plutôt à celle de 2003, mais sans réserve de manoeuvre.  Une collection de bulles au milieu de la crainte générale ne fait pas une reprise solide.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

 

 

 

L’évidence s’impose : le G.20 n’a pas fait les réformes nécessaires

En économie les faits sont têtus et ceux qui les ignorent sont systématiquement rattrapés par leurs erreurs d’interprétation et de politique.

Le Cercle des Economistes E-toile, après avoir parfaitement prévu et la date de la crise et son intensité,  a développé dès la faillite de Lehman-Brothers  une explication détaillée de la crise et en a tiré un plan d’action précis.  Le G.20 ne l’a pas fait et s’est perdu dans la pusillanimité. Cela commence à se voir.

Résumons notre diagnostic et notre thérapeutique pour ceux qui découvriraient ce site maintenant et qui ne souhaiteraient pas parcourir les dizaines d’articles que nous avons publiés sur ces deux thèmes.

La crise est due au développement de deux institutions désastreuses :

1-    Le système de changes flottants mis en place lors de la rupture du lien entre or et dollar, système de fait qui n’est cautionné par aucune analyse économique généralement admise,  est la source de tous les maux. Par le mécanisme fondamental de « la double pyramide de crédits », il a provoqué une hausse continue du taux d’endettement global des économies,  en même temps qu’il a offert l’occasion de gains spéculatifs gigantesques et sans intérêt collectif.  Le système a conduit à un empilage de dettes aboutissant à des niveaux d’endettement rendant impossible le remboursement et le versement des intérêts, et   dont une grande partie ne finançait que des anticipations à la hausse sur les divers marchés et rendait l’édifice d’une grande fragilité.

2-    La concentration du système bancaire et la fusion avec le monde de l’assurance  aggravent encore les choses. Les ensembles monstrueux  de la banque-assurance ne peuvent plus être mis en faillite. Les opérations croisées rendent les marchés illisibles. Les conflits d’intérêt deviennent systématiques.  La captation de richesses par les états-majors des banques a abouti à des résultats socialement inacceptables.  La course à la taille mondiale des nouveaux monstres a mis  en danger les systèmes nationaux de contrôle de la stabilité financière et les liens avec l’assurance ont  court-circuité les schémas prudentiels classiques permettant de tourner toutes les lois de renforcement de la sécurité des banques.

Ce système diabolique  après avoir provoqué la crise de 1974, puis celle du début des années 80, puis celles de 92-93, puis celles dites à tort « des pays émergents » puis celles dite à tort des « NTIC », chaque fois aggravées par des inondations monétaires plus importantes, un accroissement de la dette globale mondiale, des déséquilibres de balances de paiement,  a fini par explosé en septembre 2008, comme nous l’avions précisément annoncé.

Dans cette optique  le cas particulier des subprimes, la complexité  des produits dérivés,  le délire des agences de notation, les règles  comptables n’ont eu qu’un caractère anecdotique.  Nous avions prévenu que les autorités se concentreraient sur ces aspects mineurs et laisseraient l’essentiel dans l’ombre.  C’est exactement ce qui s’est passé.

Nous proposions des mesures  radicales pour faire face à la crise :

* Restructuration immédiate de la finance.

- Actant la faillite des banques et du système bancaire dans son ensemble,  il fallait nationaliser le secteur afin de le restructurer.
- Les secteurs assurance et banque auraient été structurellement disjoints
- Un système de banques de paiement aurait été mis en place et mis sur le marché par enchères publiques.
- Les mondes du placement, du crédit, de la gestion de fortunes, de l’intermédiation financière, auraient été isolés les uns des autres et régulés par des instances ad hoc.  Les morceaux auraient été mis sur le marché après nettoyage.
- Le produit des ventes auraient servi à payer éventuellement les actionnaires  des institutions financières nationalisées.

* Réorganisation immédiate du système monétaire international

- Restauration d’un système de changes fixes mais ajustables dont les Etats seraient responsables sous l’œil d’un FMI totalement rénové, sur la base de l’égalité absolue des droits et des devoirs des membres (fin du veto des Etats unis, fin du rôle du dollar, fin de l’acceptation de déficits  ou d’excédents massifs perpétuels).
- Mise en place d’un système de réserves internationales gérées par le FMI basé sur le « Mondio » et non pas le dollar.
- Dévaluation du dollar et réévaluation du Yuan par rapport à l’Euro.
- Interdiction des techniques de « short » sur les monnaies.
- Suppression de la cotation en continu.
- Réorganisation des bourses de matières premières (pétrole etc.) pour un système de cote en Mondio.

* Lancement immédiat d’un grand emprunt dans chaque grand pays
- Pour essorer toutes les liquidités tentées par la thésaurisation
- Pour financer  immédiatement des plans de relance

* Interdiction des stocks options sauf pour les start-up.
* Baisse concertée des taux d’intérêt pour refinancer la dette et faciliter l’investissement.
* Restructuration des crédits manifestement irrécouvrables

Au lieu de cela, le G.20 s’est réuni essentiellement pour tenter de démontrer qu’il y avait un consensus international. La seule mesure concrète a été la lutte contre les « paradis fiscaux » et l’autorisation pour le FMI de multiplier les DTS.  Tout le reste est resté du domaine du verbal.

Les autorités monétaires des Etats Unis et de l’Europe ont ouvert en grand les vannes de la création monétaire et fait fumer la planche à billets.
Les autorités budgétaires ont creusé les déficits.

Le bilan des banques centrales est désormais farci à des niveaux jamais vus d’actifs de qualité plus que douteuse, le cantonnement des dettes pourries ayant largement eu lieu en leur sein, ce qui est extrêmement discutable.

Les Etats sont désormais endettés à des niveaux jamais vu. On est entré dans un monde inconnu. L’histoire ne fournit pas de précédent sur lequel s’appuyer.

15 mois plus tard, il y a eu une seconde  bouffée de reprise qui vient relayer celle du printemps.   Des chiffres de hausse  significative du PIB ont été publiés en Chine, aux Etats Unis,  au Brésil.  Divers pays de la zone Euro ont vu également la décroissance s’arrêter et  une timide reprise s’installer.  Les plans de relance massifs ont bien eu  un effet là où ils ont été mis en œuvre.

Point noir, le commerce international est toujours à l’arrêt, les principales industries travaillent à un niveau situé entre 20 et 30% plus bas qu’à leur pointe d’activité de 2008, le chômage explose, les faillites se multiplient.  Des marchés entiers sont en grave souffrance.

Le monde de la finance allégé de ses  dettes les plus scabreuses, favorisé par des taux d’intérêt quasi nuls,  cautionné de toutes parts, a repris ses entrechats sur le même rythme qu’avant. Comment s’en étonner ? Aucune réforme n’ayant été faite, que voudrait-on qui se soit produit de différent ?

Paradoxalement l’activité de crédit aux entreprises est fortement pénalisée par les taux bas et la récession.  Les banques ont besoin d’un bon différentiel entre le coût de leurs ressources et leurs recettes. Même si le taux de refinancement est bas, l’activité de crédit n’est pas très rentable et impose de forcer sur la taxation abusive des opérations liées à la gestion de compte. Les emprunteurs étant déstabilisés par la crise, ils deviennent suspects.   On prête donc moins. 


En revanche la spéculation pour compte propre devient très rentable puisque le joueur dispose d’argent quasiment gratuit.  Et l’intermédiation financière offre des gains d'autant plus faciles que les énormes banques sont incontournables. Les grandes banques se sont donc branchées sans vergogne sur la bulle des émissions obligataires des entreprises,  sur le placement des emprunts d’état,  sur les augmentations de capital  à prix bradé des actions et sur les courtages de la reprise boursière.  La spéculation a alimenté la spéculation.


Jamais les banques n’ont été moins utiles à l’économie des entreprises  et ont bénéficié autant des facilités de la spéculation.  La concentration bancaire s’est accentuée.  Les mastodontes sont encore plus gros et leur taille interdit qu’on les laisse tomber en  faillite. 

La masse globale de la dette s’est à peine réduite pesant de façon excessive sur les acteurs.

Quant aux monnaies, tout le monde s’inquiète. Le dollar est au plus bas et menace comme toujours depuis quelques années de s’effondrer.  La Chine ne cesse d’accumuler des excédents  liés à la sous évaluation du Yuan. L'or flambe.


En un mot l’économie mondiale est stabilisée à un niveau très inférieur à celui qu’elle  avait atteint. Le crédit utile aux entreprises est congelé. Le moteur du commerce international est grippé.  Tous les facteurs des déséquilibres préexistants sont là et persistent à produire leurs effets délétères à la grande interrogation de ceux qui ne les ont jamais dénoncés et qui maintenant nagent dans les contradictions lorsqu'il faut interpréter les faits.

La France bancaire, cartellisée soigneusement depuis Pétain et vivant en consanguinité totale avec la haute administration,  chante les louanges du modèle  oligopolistique de la banque-assurance omnipotente. 

Le Crédit agricole ne pense plus qu’à une chose : sécuriser son accès aux dépôts en croquant la Société générale et créer des liens fusionnels avec  le petit monde de l’assurance mutualisée.

Bientôt les cinq grands réseaux  se partageront la quasi totalité des dépôts, des placements, des crédits et des opérations d’intermédiation. Le Crédit Agricole (sans la Société Générale) se vante de gérer les comptes de 20 millions de personnes, le tiers de la population française en comptant les bébés ! Et de s'extasier au lieu de s'inquiéter !

Nous sommes déjà parmi les pays d’Europe où les frais bancaires sont les plus élevés.  Cela ne va pas s’arranger.  Comme au temps des grands financiers du passé, les Fugger, les Médicis, les Law,  on n’est pas loin d’avoir affermé l’impôt à  quelques grandes banques.  Les intérêts de la dette d’Etat consomment désormais plus que le rendement de l’impôt sur le revenu. 

Certes les banques françaises ne sont pas les seuls prêteurs du trésor.  Mais leur part est prépondérante.  Une poignée de ce qu’il faut bien appeler des larrons  voient leurs rémunérations gargantuesques  directement branchées sur la collecte fiscale.  Pour des mérites d’apparatchiks, pas pour ceux de grands capitaines d’industrie.
Et on n’a pas encore lancé le Grand Emprunt Juppé-Rocard !


Pendant ce temps là l’Europe démantèle ING qui se voit obligé de vendre ses assurances. Comprenne qui pourra !

Avec retard et dans la foulée des journaux anglo-saxons, le Monde du vendredi 30 octobre s’interroge : spéculation financière, comment contrôler les banques ?   Le bandeau barre sur quatre colonnes la première page.  En page 13 sur cinq colonnes cette fois ci la question est posée autrement : faut-il interdire aux banques de spéculer ? 

Quinze mois après  la faillite de Lehman-Brothers on en vient enfin à poser les questions que nous posons depuis cette date.  Lire enfin  dans la presse quotidienne nationale que  « les institutions attrape-tout sont souvent l’objet de conflits d’intérêt » est des plus réconfortants même si le style laisse à désirer.  Les banques polyvalentes  sont TOUJOURS  en tentation de profiter d’une situation qui les fait juge et partie tout au long de la chaîne financière.  Plus le Moloch est gros plus les conflits d’intérêts deviennent choquants et plus le risque global pour la nation s’accroit.  Et plus les sur-rémunérations des dirigeants sont scandaleuses et contiennent d’argent finalement capté et non pas gagné.  Nous aussi  nous avons nos oligarques !

Le même exemplaire du Journal intervient pour signaler via une tribune de Nouriel Roubini  qu’il faut réduire les déséquilibres macroéconomiques.  Eh oui ! Mais pourquoi ne pas avoir lancé l’affaire dès juin 2008 ?  Le seul problème est que l’auteur ne remet pas en cause le moteur essentiel des déséquilibres : les changes flottants.  Il faut supprimer les effets mais ne pas s’attaquer aux causes !  Du coup l’article perd de sa force. 

Un peu plus loin Nicolas Baverez évoque l’impasse des politiques de sorties de crise.  Il pointe très justement les défauts que nous cessons de commenter depuis des lustres.

*Les politiques économiques ne sont pas coordonnées. C’est vrai ! Mais le seul moyen de les coordonner c’est de leur imposer la défense d’un taux de change internationalement agréé.  Il faut donc nécessairement et préalablement réformer le système monétaire international. 

*Le modèle économique des banques n’a pas été modifié. Encore vrai. Mais il faut avoir un schéma de restructuration. Il manque. Nous, nous  l’avons inlassablement exploré. 

*Le refus du G.20 de se saisir du système monétaire ? C’est notre dada depuis que le G.20 existe.  Mais Baverez, s’il constate les anomalies,  ne propose rien.

On peut se satisfaire de voir que les analyses que nous avons faites à chaud  deviennent les banalités du jour.  Il était absurde de ne pas réformer immédiatement  le système des changes et le secteur de la finance. Les faits sont là et la réalité s’impose.  Mais quel désarroi dès qu’on veut passer à la recherche de solutions.  On en reste aux vœux pieux sur les résultats attendus et les méfaits à éliminer.

Les mots-clé arrachent la bouche et ne sont pas prononcés.

Oui il faut démanteler les molochs de la banque assurance, sans avoir peur d’affaiblir le secteur financier. Mieux vaut des roseaux  nombreux  que des chênes rares et énormes,  en matière de finance.    Oui il faut revenir aux changes fixes dans un système régulé par un FMI où il n’y aurait que des égaux et  pas de veto.


Ces mots ne sont pas prononcés. On tourne autour dans le non dit.  Quinze mois après le déclenchement de la grande faillite bancaire universelle,   l’évidence qu’on a tourné le dos aux vraies solutions commence à s’imposer. Mais on ne fera rien  pour aller vers des solutions concrètes.

Que de temps perdu ! Que d’argent perdu ! Que d’emplois perdus ! Que de souffrances évitables !

Nous sommes toujours à la merci d’un rebondissement  catastrophique qui nous laisserait sans solution.  Et personne ne sait comment sortir de l’impasse du surdendettement d’Etat ni comment dégonfler les bilans  des banques centrales de leurs actifs dits non conventionnels (en fait : anormaux).

Peut-être que dans quinze mois…

Didier Dufau pour le Cercle des économistes  E-toile

Un débat stérile ce matin sur France Inter

Débat révélateur mais stérile sur France Inter, ce matin,  avec deux économistes, Christian  de Boissieu et Charles Wyplosz qui n’avaient ni l’un ni l’autre prévu la crise et qui naturellement  sont restés les « experts »  sollicités par les médias au moment de l’expliquer.

Il est difficile de critiquer M. de Boissieu : il ne dit jamais rien d’autre que les banalités consensuelles du moment et ne porte jamais  les raisonnements à leur conclusion logique.  Aujourd’hui il nous indique que la finance est moins « bordée »  par la réglementation prudentielle qu’elle ne devrait l’être,  ce qui l’a surpris. Mais qu’il ne croit pas à la spécialisation des banques et au découpage de l’activité financière en tranches car les frontières sont selon lui artificielles.  Conclusion : rien, sinon le ronron  habituel sur l’encadrement des bonus , la suppression du secret bancaire et le contrôle des produits toxiques (non définis).

M.  Wyplosz a déjà fait sur ce site l’objet d’une analyse critique (Réfutation de l’article de M. Charles Wyplosz http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/10/12/Rfutation-de-larticle--de-M-Charles-Wyplosz). Il reprend son thème favori :  les banques ont trop de pouvoir , jouent totalement anormalement avec les dépôts des déposants et doivent être mises au pas politiquement , alors que c’est l’inverse qui se produit partout. Les profits bancaires naissent d’opérations rentables pour les banques et sans intérêt social.  Mais le système des changes flottants est parfait et les déficits de balances de paiements n’ont pas d’importance.   On se demande alors comment les banques peuvent avoir les comportements anti sociaux et générer les gains immenses qui suscitent les bonus  gigantesques qui sont distribués.

L’un et l’autre se retrouvent sur des explications comportementales  de la crise.  Aucun des deux ne veut voir les aspects systémiques qui expliquent à la fois la prévisibilité des grandes récessions et  leur répétition.  Résultat : aucun réel diagnostic et aucune solution pratique.

Nous disons depuis le départ que la crise est une conséquence du système des changes flottants, qui ne marche pas et que les monnaies sont au cœur du problème.  L’avantage avec la réalité c’est qu’elle finit toujours par s’imposer. Paradoxe,  ces deux économistes ont été sollicités par France Inter parce que le tourbillon des monnaies s’accélère avec le risque d’un effondrement du dollar et d’une relance de la crise (risque  qui est latent depuis au moins deux ans et que nous dénonçons continument)  alors que ni l’un ni l’autre ne croient à une origine monétaire de la crise  ni  ne remettent en cause les changes flottants de façon explicite…

Rappelons que les comportements s’exercent dans un système global.  Une crise économique nait  rarement exclusivement  de facteurs comportementaux déviants.  Les actions des uns et des autres se comprennent dans le système qui les conditionne.   
Jacques Rueff le premier a démonté le mécanisme de double pyramide des crédits que le système de gold exchange standard puis de changes flottants a permis.  Les déficits gigantesques du pays dont l’économie (et la position politique) est dirigeante alimentent une pyramide de crédits et de création monétaire  internationale qui finit par faire écrouler l’édifice.   Il a démontré l’application du mécanisme en 1929, puis en 1971 lorsque le dollar est détaché de l’or.  Il est très facile de voir le réarmement successif de  l’empilage de dettes  qui va expliquer la crise de 1993 puis celle de 2001 puis la crise actuelle.  

D’autres économistes comme Maurice Allais ont confirmé le raisonnement et l’application aux faits.  C’est le gonflement d’une énorme dette globale qui explique les revenus bancaires excessifs et les  bonus extravagants (ils en sont les servants) ;  ce sont les changes flottants qui donnent l’occasion de gains spéculatifs  constants dans une économie-casino pilotée par les salles de marché ; ce sont les aléas de l’économie casino qui expliquent  le développement de produits complexes.

On n’a rien fait pour remettre en cause ces mécanismes. Ils s’exercent à nouveau depuis que les Etats ont pris à leur charge les pertes bancaires  tout en s’agitant  leurs petits poings nerveux sur des questions secondaires.

Il faut bien le dire : interroger  C. de Boissieu et C. Wyplosz, et d’une façon générale tous les économistes qui n’ont rien vu venir,  n’a strictement aucun intérêt.  Ils ne peuvent que déblatérer des propos contradictoires qui ne mènent à rien.  D’accord les medias ne sont pas aidés par les économistes officiels. Mais ils ne sont tout de même pas obligés de toujours se contenter  du son des mêmes cloches, venant des mêmes clochers.


Sylvain Dieudonné pour le cercle des économistes E-toile

Martin Wolf, John Kay et le concept de « banques étroites »

Nous, au cercle des économistes e-toile, on aime bien Martin Wolf depuis sa conversion. Il permet désormais de faire entendre au monde anglo-saxon des idées qui pendant longtemps ont été estampillées « continentales »  et régressives dans les milieux financiers alignés sur Wall Street.


« Qui peut croire que le système financier qui émerge de la crise soit plus sûr que celui qui s'y est précipité ? Peu de gens, assurément. Dès lors, comment peut-on remédier à cette situation désastreuse ? Ce qui a entraîné le monde dans la crise, c'est, nous le savons maintenant, un secteur financier mal géré, irresponsable, fortement concentré et sous-capitalisé, miné par les conflits d'intérêts et bénéficiant de garanties publiques implicites. Ce qui en émerge est un secteur financier un peu mieux capitalisé, mais encore plus concentré et bénéficiant de garanties publiques explicites. Ce n'est pas un progrès : cela signifie que nous connaîtrons dans les années à venir de nouvelles crises, plus nombreuses et plus graves. »

Rien à dire sur ce développement impeccable. Nous l’avons traité dans au moins dix articles.


Il va alors chercher un rapport de John Kay, économiste et professeur à la London School of Economics,  qui propose dans un texte publié le 15 septembre par le Centre for the Study of Financial Innovation (CSFI), un centre de recherche privé basé à Londres, la création de  banques plus petites, les « narrow banks » (qui n’auraient donc plus d’importance systémique et ne seraient plus too big to fail)) disjointes des banques de dépôts  rendues, elles,  absolument sûres non pas par la garantie publique mais par la solidité de leurs actifs.

« M. Kay pense qu'il faut scinder le système bancaire en deux parties : un "service public" et un "casino". La grande idée est que les dépôts garantis devraient être adossés à des "actifs liquides absolument sûrs" - ce qu'on appelle le coefficient de réserve à 100 %, d'ailleurs envisagé par les économistes de l'école autrichienne. »


Il faut savoir que les économistes de l’école autrichienne avaient été traumatisés par l’hyperinflation du début des années 20 et avaient réfléchi à la faillite du kredit Anstalt, le Lehman-brothers de leur époque.  Depuis la création monétaire débridée n’avait plus la cote avec eux.  Le keynésianisme a ensuite emporté tout et enfoui leur contribution.

Nous avons développé dans notre article  sur « la notion de banque de paiement » une vue proche mais un peu plus radicale que celle de Kay. Dans la pratique le résultat est (presque) le même.  Les dépôts restent des prêts aux banques dans le système Kay mais ils ne peuvent être employés qu’à des ressources 100% sûres. Il n’y a plus de risque sur les dépôts et donc de possibilité de paniques.  Nous préférons notre solution car la notion d’actif 100% sûr est une vue de l’esprit.  

Comme pour notre solution celle de Kay se heurte à une difficulté de mise en œuvre : on s’écarte tellement des schémas existants que la radicalité de la solution fait peur. « La première objection que l'on pourrait lui opposer est que sa suggestion provoquerait un profond bouleversement du monde de la finance » écrit martin Wolf, tout en ajoutant avec courage que cet argument ne doit pas arrêter les autorités.


Et comme pour notre solution la principale difficulté est de déterminer si on ne repousse pas le problème un peu plus loin. Un ensemble de petits casinos est-il moins risqué qu’un petit nombre de très grands casinos ? La réponse étant évidemment non, on aboutit à la même règle inévitable : les ressources des banques doivent être de même longueurs que leurs prêts.  On retrouve toutes les propositions de Maurice Allais qui malheureusement n’est pas cité (une vieille habitude des économistes de sa Gracieuse Majesté). 

Comme nous Kay aboutit à la conclusion que : « des entités de trading existeraient, mais elles devraient se financer en ressources propres ». L’anomalie monstrueuse actuelle qui permet à des banques « universelles » de spéculer à court terme avec l’argent des déposants serait supprimée.  Ces spéculations doivent se faire sur fond propre, qui peut le nier ?  L’affaire Kerviel et les spéculations ratées des caisses d’Epargne ont tout de même été assez démonstratives !

Et comme nous Kay aboutit au constat qu’il faut interdire certaines pratiques ou l’encadrer fortement. Le « shadow banking » a développé des méthodes dont il faut évidemment faire l’évaluation et pour certaines d’entre elles l’interdiction est à envisager. 

« Laurence Kotlikoff, de l'université de Boston, et Edward Leamer, de l'université de Californie à Los Angeles, comptent parmi ceux qui ont proposé de telles idées radicales ».  On est bien content. Cela prouve que même aux Etats unis ces idées cheminent.

Nous ne pouvons qu’être d’accord avec la conclusion de Martin Wolf :
« Le point primordial est que le stade où nous en sommes aujourd'hui est intolérable. Les concentrations actuelles de richesse et de pouvoir garantis par l'Etat doivent absolument disparaître. A présent, la thèse officielle est qu'une régulation plus stricte, notamment le relèvement des exigences en matière de capitaux propres, peut contenir ces dangers. Il est pourtant probable que cela échouera… On ne peut pas rejeter toute idée de réforme radicale. Celle-ci demeure latente. »

Evidemment cet article laisse dans l’ombre nombre de questions clé.  La plus importante est de savoir pourquoi le système permet l’existence d’activités bancaires de casino. Ceux de nos lecteurs fidèles savent la réponse que nous apportons : les changes flottants ont à la fois permis et rendu attractifs la spéculation à court terme de masse.  Cette activité commence dès 1975 et prend de l’ampleur avec les mesures de désectorisation du monde bancaire. Les dépôts sont alors mis à la disposition de la spéculation sur les monnaies et les taux d’intérêt. Les mouvements financiers prennent le pas sur les mouvements commerciaux.

On voit que les risques actuels d’effondrement du dollar remettent au premier plan la question monétaire qui est « latente » comme dirait M. Wolf depuis le début de la crise.

Nos thèses que certains auraient pu croire aventurées, bizarres, hors sujet, prennent leur vrai sens au fur et à mesure que la crise s’approfondit et qu’on s’aperçoit qu’en fait, à ce jour, on n’a pris aucune mesure sérieuse pour éviter que cela ne recommence sans trop savoir comment on va sortir des conséquences des mesures d’urgence pleines de facilité que l’on a prise. 

Le G.20 a constamment évacué la question monétaire et les politiques ont constamment évacué la question de la restructuration en profondeur  du secteur bancaire et financier.  Tout ce qui a été entrepris sur les normes comptables, les bonus, les agences de notations est cosmétique et sans grande importance.
Admettre que l’on s’est fourvoyé en groupe pendant près de quarante ans, c'est-à-dire depuis l’instauration des changes flottants et  du décloisonnement des banques, est une potion dure à avaler. 

Elle était belle l’idée de Milton Friedman d’un monde de liberté où des banques livrées à elles mêmes orientaient de façon optimale les ressources vers les endroits où on en avait le plus besoin, où les taux d’intérêt et les changes convergeaient harmonieusement, où la liberté du commerce s’accompagnait de la liberté totale des mouvements de capitaux.  Comme le socialisme, une autre belle idée,  « cela ne marche pas ».  En tout cas pas comme prévu.

Félicitons la presse anglaise qui n'hésite pas à publier des textes économiques en apparence hétérodoxes et la liberté de certains "columnists" qui n'hésitent pas à bruler ce qu'ils avaient adorés et stigmatisons la presse française qui les publie sans jamais faire eux même le même travail avec leurs ressources nationales. L'effacement économique français dans la sphère médiatique est grotesque et même infamant quand on pense à la qualité de la tradition française.

Didier Dufau pour le cercle des économistes E-toile.

Un an après la chute de Lehman Brothers un économiste lit : le Monde

 

 

Nous reprenons ici la petite chronique de Sylvain Dieudonné sur la manière dont la presse rend compte de la récession, un an après la chute de Lehman-Brothers.

Mais puisque nous allons évoquer le journal le Monde, c’est l’occasion de décerner un « e-toile » d’honneur à Pierre Antoine-Delhommais pour son papier dans l’édition du journal datée du dimanche 20-lundi 21 septembre.  Il exprime deux thèses que nous défendons depuis des lustres : la crise de 1929 n’a en réalité  pas fait l’objet d’un consensus sur ses causes ; la crise actuelle n’est pas nécessairement la crise des « subprimes ».  Nous ne savons pas s’il nous lit mais si oui, nous en sommes très heureux et si non, nous sommes contents de ne pas être  totalement seul à exprimer des vues qui sont pourtant élémentaires.  Encore un effort PAD : il reste à mettre en cause les changes flottants !

PA Delhommais  et  J.P. Robin, son alter ego au Figaro, sont pratiquement les seuls journalistes économiques dont on puisse lire les billets sans être effondré de rire ou de tristesse.

 

En parcourant le journal le Monde du 23 septembre 2009

Par Sylvain Dieudonné

Ce numéro est particulièrement intéressant puisqu’il comprend le supplément  économique et qu’il traite de l’anniversaire de la crise.

1. Le journal pose une bonne question à quelques personnalités : «  s’il n’y avait qu’une  et une seule leçon à tirer de la crise, laquelle retiendrez-vous » ?  Notre réponse au Cercle des Economistes E-toile aurait sans doute été unanime : il faut en finir avec les changes flottants source de touts les maux.


- La crise alimentaire est toujours là  répond un responsable de la FAO. Oublions la finance et occupons nous du milliard de personnes qui ont faim.  Il est vrai que la monnaie est le « sang des peuples ». Une mauvaise monnaie signifie  des situations tragiques. Bien d’accord.  Mais on attend la « seule mesure ».


- Réduire le marché à sa réalité d’outil dit un président de groupe de conseils. Le genre même de propos qui en eux-mêmes ne veulent rien dire.  Surtout quand on ajoute qu’il faut « remettre en route l’histoire ». Blablabla !


- Patrick Pelata, de Renault,  signale que le goût de l’argent frais n’était pas dans la culture de son entreprise.  Vive le cash et le dynamisme. Tout cela ne nous éclaire pas vraiment. Mais ne fait de mal à personne.


- Thomas Philippon, lauréat du prix du meilleur jeune économiste 2009, indique qu’il faut démocratiser la finance. Après avoir affirmé, fort justement, que les mastodontes bancaires bénéficient  d’une impunité de fait qui n’a fait que se renforcer, il indique qu’il faut mettre fin à cela mais pas un mot sur la méthode et aucune indication de moyens.


- Daniel Cohn Bendit veut sortir du cycle croissance, crédit, endettement. Il reprend en si bémol majeur la thèse altermondialiste  comme quoi le crédit à besoin de la croissance et que l’endettement nous mène  à la catastrophe.  Il n’ose pas dire qu’il faut entrer dans la décroissance (il perdrait tout crédit politique avant les municipales) et se contente de phrases type de la langue de bois gauchiste : mutation profonde de nos modes de vie.  Déjà en 68 il était contre la société de consommation et effectivement les dix ans suivants avaient été très difficile pour le pouvoir d’achat.  Ce qui est bizarre c’est qu’il demande de sortir d’un « système irrationnel » alors même qu’il va dans le sens demandé !


- Jean Claude Trichet dit une chose importante : le monde ne peut échapper à des réformes profondes.  L’ennui c’est qu’il ne dit pas lesquelles. Un point intéressant : qui vise-t-il  en affirmant qu’il ne faudra tenir compte « d’aucun privilège » ? Le Dollar ?


- Vincent Peillon va chercher Jaurès, Marx et Debord. On est sauvé.


- Jean Arthuis appelle à l’usage d’une prime d’assurance pour les banques. Que sont les CDS sinon des primes d’assurances souscrites par les banques ? On a vu que la prime d’assurance n’a de sens que si l’endettement n’est pas tel que même AIG ne peut pas fournir la garantie.


- Oxfam rappelle comme la FAO qu’il faut agir sur les causes des injustices mondiales. C’est bien. L’ennui c’est que tout le monde croyait que la croissance élevée des pays pauvres   des années 2005-2007 était  excellentes à cette fin. Et krach !   Les bons sentiments ne suffisent pas.


- Une femme (enfin !), la présidente du fonds d’investissement AXA, pense qu’on a transformé des risques visibles en risques invisibles.  Qui « on » ?  AXA fut une des sociétés d’assurances les plus engagées  dans le prêt de titres aux spéculateurs,  l’assurance des crédits  et l’intégration des subprimes dans les portefeuilles des épargnants.  Un mot de regret ? Non : le coupable c’est la titrisation.  Comme c’est facile !

Pour l’essentiel on voit que les réponses ne sont qu’un tissu de banalités colorées par le camp politique  pour les politiciens ou par la prudence consensuelle pour les autres.  Aucun intérêt !


2.  Le journal s’honore aussi d’un article du à un économiste italien  pêché on ne sait où (un certain Tito Boeri) qui va débiter toutes les sottises habituelles avec une bonne inconscience béate qui fait mal à lire.


- « La crise était imprévisible ». Bienvenu  au Club aux milles membres de la corporation des économistes qui n’ayant rien prévu considèrent que c’est absolument normal et ne doit pas leur être compté à charge ni les empêcher de pérorer.  


- « Les économistes n’ont pas réalisé que  les risques se concentraient  au sein de quelques géants financiers ».  Ici, on cumule deux erreurs : c’est l’endettement global, très facile à voir qui était le problème ; il a été permis  notamment parce qu’on a diffusé le risque  un peu partout entre banques et hors des banques !  


- « Les économistes  n’ont pas pris la peine d’étudier les produits financiers innovants et les financiers n’ont pas considéré les risques macro-économiques de leurs  produits ». Cela fait des lustres que le secteur bancaire et financier est  une sorte de trou noir de la science économique, c’est vrai.  Mais il n’y avait pas besoin de connaître intimement le domaine des subprimes pour prévoir la crise : il suffisait de regarder l’évolution de l’endettement global et des déséquilibres de balances de paiement.  Et certains économistes de banque ont fait la théorie  des produits dérivés (en France celui de Natixis, n’insistons pas !)  aux Etats unis ceux de la FED : ils n’y voyaient que des avantages ; Seule la BRI a sonné l’alerte. Il suffisait d’écouter. Même en Italie c’était possible.


- « Les économistes doivent retourner au livre et garder le silence ». Comme cela ils cesseront de se disperser sur le net ou dans des articles de commentaires de journaux.  On veut bien pour Krugman ou Stiglitz qui se contentent de prendre des postures   et soignent leur image.  Sinon quel monde de taiseux que les économistes !  Nous le répétons souvent : ils n’aident pas beaucoup les journalistes et se contentent de gérer prudemment leur carrière en ne disant rien ou si peu. Et en ne prenant aucun risque.  Il vaudrait mieux que certains économistes en poste lisent un peu plus les analyses du WEB. Les nôtres bien sûr mais tant d’autres  qui donnent une information bien mieux documentée et analysée que la presse quotidienne.

 

Récemment un journaliste disait fort justement que le rôle de la presse n’était plus l’expertise car l’expertise était sur le WEB pas dans les journaux.  Le rôle de la presse est (après la survie et la captation par un moyen ou un autre de l’intérêt de lecteurs prêts à payer)  de mettre en valeur les expertises  éventuellement en les mettant en concurrence.  C’était très bien vu. Mais ce n’est pas ce qui est fait : la presse aussi  cherche la tranquillité. Aucun article envoyé entre décembre  2006 et juillet 2008 annonçant la crise n’a jamais été retenu.

 

Au total ce « point de vue » cumule toutes les erreurs et les sottises possibles.  Un vrai aimant à erreurs et raisonnements vaseux.  L’Italie aurait surement mieux à nous proposer que ce tissu d’inepties.

 

Lire la presse reste une épreuve  dans le domaine de l’économie.   En dépit de l’indigence souvent marquée de beaucoup d’économistes détenant des postes officiels  dans l’enseignement et le conseil aux dirigeants publics ou privés,  les responsables de la presse ont les moyens de faire mieux notamment en allant chercher des analyses   qui, tout en restant fortement articulées et raisonnées,  n’entrent pas dans le train-train des sénateurs de l’information économique plan plan.  

 

Sylvain Dieudonné

Les vraies causes de la récession

 

L’économie doit être une science nourrie par l’observation. Elle doit dégager des mécanismes répétitifs et en expliquer les ressorts. Elle ne peut se contenter de commentaires à la va-comme-je-te-pousse nourris par des postures idéologiques ou la défense de positions médiatiques acquises. La réalité est en permanente transformation. Les institutions changent. La première tentation est de se contenter de regarder une période de temps trop courte : c’est la dictature du proche présent. La seconde est de considérer que ce qui existe est « naturel » et non modifiable. La myopie et la sacralisation de l’existant sont les deux mamelles de l’erreur économique.

Sur ces bases, un an après la chute de Lehman Brothers est-on en mesure de tirer des leçons économiques solides sur lesquelles baser les politiques structurelles et conjoncturelles à venir ?

Nous pensons que oui.

Le premier effort est de garder à l’esprit quelques lois fondamentales.

1. Première loi : le cycle des affaires de 8-10 ans existe. Il est observable depuis plus de 200 ans avec une régularité fascinante. Pour s’en tenir au demi siècle passé les récessions s’enchaînent en  73-74, 1981-1983, 1992-93, 2001-2002, 2008-2009.  Elles commencent toutes aux Etats-Unis et se diffusent dans le monde entier. Une crise sévère suit une crise molle et réciproquement.

2. Seconde loi : toutes les crises quasi décennales ont une source monétaire. Le cycle est toujours un cycle du crédit. Le système monétaire se dérègle progressivement et des accidents monétaires et financiers surviennent.  Les aspects internationaux sont toujours présents. Aucune crise de ce type n’est à proprement parler nationale.  Surendettement et dérèglement des circuits financiers internationaux sont toujours présents dans les récessions.

3. Troisième loi : aucune récession n’est strictement identique à la précédente. Elle surgit presque toujours là où on ne l’attend pas, car la mémoire de la crise précédente perdure. Le craquement initial est très souvent différent, même si les mécanismes sous-jacents sont identiques.

4. Quatrième loi : les mentalités et les institutions jouent un rôle central dans chaque crise. Elles viennent ou aggraver ou limiter l’impact de la crise. Détecter les mentalités dangereuses et  les déviations institutionnelles est un des devoir de l’économiste. L’idée que désormais, depuis Keynes on sait éviter les récessions et maîtriser les crises est un exemple de mentalité dangereuse. Elle abaisse la vigilance et conduit à des erreurs de politique. Le système de facto de changes flottants, jamais validé par la théorie économique, et jamais remis en cause, est le prototype d’institution malsaine à fort impact d’aggravation des crises.

5. Cinquième loi : la récession est toujours le produit du choc d’une erreur institutionnelle majeure (qui gonfle comme un ballon une situation malsaine) et du retournement naturel du cycle. Comme un dard ce dernier se télescope avec la bulle douteuse et la fait crever. La gravité de l’explosion est toujours la conséquence de la taille de la bulle malsaine.

6. Sixième loi : l’erreur institutionnelle est soit le fruit d’une innovation encore mal maitrisée, soit de mesures clairement anti économiques.

7. Septième loi : l’opinion impute toujours la crise à des grands événements politiques, ou à des aspects économiques faciles à comprendre. On parlera du choc pétrolier de 1974 consécutif à la guerre israélo arabe, on associera la crise de 92-93 à la guerre en Irak,  celle du début des années 80  en France à l’arrivée de la coalition socialo communiste, celle de 2000 à une « bulle internet » et celle de 2008 à la crise des « subprimes ».  Il ne faut pas confondre ces titres arbitraires et le fond des choses.

8. Huitième loi : la crise économique stimule la critique politique et la recherche de boucs émissaires faciles.  On parle d’excès qui doivent être condamnés. Chaque crise révèle d’ailleurs des faillites plus ou moins frauduleuses. La dénonciation de la fraude et les aspects moraux remplacent la réflexion économique. La récession stimule en vain les crispations idéologiques. Le brouillard ainsi créé interdit d’y voir clair.

Avec en tête ce vade-mecum de l’économiste observateur, il est relativement facile de comprendre ce qui s’est passé et il était également facile de l’anticiper.

1. Première observation : depuis l’instauration des changes flottants deux changements radicaux se sont installés.

Le premier est l’aggravation du mécanisme de la « double pyramide de crédit » institutionnel dans le gold exchange standard mis en place à Bretton Woods et amplifié avec les changes flottants. D’un côté on assiste au gonflement indéfini de la dette cumulée des Etats-unis dont la balance des paiements est constamment déficitaire. De l’autre et symétriquement on voit se gonfler des balances excédentaires considérables qui ne sont pas remises en jeu dans le pays créancier mais replacées aux Etats unis provoquant des effets cumulatifs.  Mesurer en or, le dollar va perdre à ce jeu depuis l’instauration du système 97% de sa valeur.  Les pays qui accumulent des dollars comme les pays pétroliers et les pays exportateurs (Japon, Allemagne, puis à partir de 90, Chine)  sont frappés régulièrement par la purge des dollars excédentaires.

Le second est l’ampleur prise par la spéculation. A partir du moment où toutes les monnaies flottent, tout flotte. Tous les échanges internationaux sont conditionnés par un aléa sur les monnaies. Toutes les valeurs d’actifs sont conditionnées par la valeur fluctuante des monnaies. La libéralisation des mouvements de capitaux en environnement incertain impose des protections (hedging) et offre des possibilités de gains sur des variations de valeur même minimes pourvu qu’on applique un gros effet de levier. L’arbitrage devient la base de l’économie financière.
Le cumul de  déséquilibres massifs des balances de paiement et de la spéculation généralisée crée des situations explosives. Dans certains cas, comme en 1988-89 (accidents boursiers aux Etats unis) ou en 1998 (crise dite à tort « des pays émergents »), la faiblesse structurelle de ce système financier provoque des accidents spontanés qui peuvent avoir des effets locaux dévastateurs. Mais le grand risque tient à la rencontre du retournement naturel du cycle avec une situation financière totalement hors de contrôle.

2. Les trois dernières grandes récessions (92-93, 2001-2002, 2008-2009) sont toutes les trois l’effet du choc du retournement conjoncturel et d’une bulle financière démesurée. C’est ce qui les a rendues si facile à prévoir. Il suffisait de mesurer le poids des déséquilibres et leur caractère de plus en plus artificiel, et de contrôler l’évolution du cycle.  Pour notre part nous avons prévu et annoncée de façon presque parfaite la crise de 93 en France, celle de 2001 et celle de 2008. En fonction de l’intensité des déséquilibres et du continuum des mesures prises depuis la crise précédente, il était relativement aisé de prévoir l’intensité de la crise. Dès 2006, il était clair que la récession à venir serait extrêmement sévère.  Début 2007 nous annonçons le déclenchement de la crise aigue pour septembre 2008 et indiquons à qui veut l’entendre qu’elle sera particulièrement sévère. Il est donc anormal et déplorable que des économistes professionnels puissent à longueur de colonnes des journaux écrits, parlés et télévisés expliquer que la crise était « imprévisible ». Elle l’était parfaitement et l’a été facilement.

Mais pour cela il fallait avoir à l’esprit deux analyses : le cycle existe ; le système des changes flottants crée des bulles financières à répétition. Sans réflexion sur le cycle ni sur le système monétaire international, pas de prévision possible.

Or il se trouve que le système monétaire international des changes flottants est un tabou ; un vrai tabou ; un sujet qui terrorise ; un sujet qu’évitent en cœur tous les économistes un peu conscients de leur carrière. Le silence sur le sujet est assourdissant. Nous ne cessons de citer Maurice Allais parce que, seul, il  a osé ex cathedra et en remettant en cause son statut de prix Nobel, s’attaquer au grand tabou. Du coup on l’a traité de tous les noms et pris pour une sorte de fou. Il faut voir avec quel mépris son livre de 1999 a été accueilli, notamment dans le Monde : « nous sommes prévenu » ironise le valet de presse chargé de la critique du livre !  Et oui, vous étiez prévenu. Vous criez à tout vent que vous ne pouviez pas prévoir, mais vous étiez prévenu !

Quant au cycle, son étude a progressivement disparu au fur et à mesure  que les économistes se sont découverts keynésiens : nous savons prévenir et guérir les crises. Inutiles de s’acharner à en décrypter les mécanismes. Toutes les crises sont exogènes et nous avons la boîte à outils qui convient.  Cette sottise, car il s’agit bien de sottise, arrangeait tout le monde. On fit des modèles économétriques keynésiens à base de demande globale. Et on cessa de réfléchir et d’observer.

Dix années de forum économique m’ont montré que non seulement le cycle est sorti des esprits mais prie encore qu’il est nié et que quiconque en défends l’idée est vilipendé. En général par ceux même qui déclarent que les économistes sont des fumistes. Depuis Staline et l’assassinat de Kondratieff la gauche socialiste réfute l’idée même qu’il puisse y avoir un cycle des affaires (la crise du capitalisme est structurelle et il doit nécessairement scientifiquement s’effondrer). Voilà l’opinion dominante calée dans la prévention idéologique absolue : ôter ce cycle que je ne saurais voir. Les économistes pro capitalistes eux n’aiment pas l’idée que le système puissent tomber régulièrement malade ; toute crise est due aux erreurs des politiques qui trahissent les règles naturelles et bienfaisante du laisser faire et de la sagesse des marchés.

En un mot : pour dénoncer le système des changes flottants et observer le cycle, il faut du courage. Ou de l’inconscience.  Alors chut !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

3. La crise actuelle est le fruit du gonflement à des niveaux intenables de l’endettement global. C’est évident aux Etats Unis qui a cessé d’épargner pour emprunter à tout va. Mais c’est tout aussi net en France et dans l’ensemble des économies capitalistes mondiales. La source de cet endettement est la double pyramide de crédits auto entretenue permise par le rôle central du dollar dans un système dissymétrique de changes flottants. Pour la France nous avons affiché dans un de nos articles précédents l’évolution calculée par la Banque de France et publiée dans le dernier « l’économie française » par l’Insee de l’endettement des ménages, des entreprises et des collectivités publiques. Ce tableau devrait être affiché en première page dans tous les journaux et commenté par les beaux esprits de l’économie médiatique. Que nenni ! PAS UN MOT !

De la même façon il suffisait de lire les bulletins de la BRI (BIS en anglais) pour comprendre qu’il se passait un phénomène énorme et hors de tout contrôle sur les CDS depuis 2003. On sortait de la crise de 2001-2002 en créant les conditions d’une bulle gigantesque dans les relations financières internationales.

Nous écrivons en 2005 : « la bulle des CDS laisse penser que la prochaine crise sera absolument globale et touchera via l’effondrement des relations financières internationales tout le commerce mondial qui tire la croissance générale. La crise risque donc d’être générale et extrêmement sévère».  Autant pour ceux qui affirment que la crise était totalement imprévisible et que sa force « surprend » !

4. Ce n’est pas l’endroit où cela casse en premier qui est important.

A la fin des années 80, ce sont les pays émergents bourrés de crédits basés sur le recyclage des excédents de dollars en possession des pays producteurs de pétrole qui ont lâché en premier. En 92-93 c’est l’immobilier d’entreprise qui sera la première victime. En 2001-2002, c’est la bulle spéculative sur les titres du Nasdaq qui craque en premier. En 2008 c’est le recyclage des subprimes qui met le feu aux poudres.

La foudre ne tombe jamais deux fois successivement  à la même place.  C’est l’élément fragile qui cède mais il cède parce qu’on ne le voit pas fragile. En 1992 les crédits à l’immobilier d’entreprise en France est 7 fois plus important que la moyenne des 10 années précédentes. La bulle est énorme. Personne n’écoute quand on dit qu’elle va exploser. La réponse : « il y d’énormes liquidités en mal de placement, les prix n’ont jamais réellement baissé. Il n’y a pas de risque ».  En 2000 l’espoir porté par les NTIC est démesuré. Les gonflements boursiers sont ahurissants. Des « économistes » expliquent qu’avec l’arrivée de l’économie internet et la sagesse de la FED avec son génie, Greenspan, il n’y a plus à craindre de récession. L’économie a trouvé le chemin de la croissance continue. Et boom ! Jusqu’à 2007, les prêts « subprimes » ne sont pas considérés comme un danger. Au contraire : les pauvres peuvent acheter leur maison c’est formidable.  Fanny Mae  et Freddy Mac cautionnent avec de l’argent public ; Les CDS et les CDO permettent de diffuser le risque. Greenspan, patron révéré de la FED,  dit que cette innovation est formidable. Il n’y a donc aucun risque.

L’accident initial se produit toujours là, où on croit qu’il ne se produira pas. Comme il y a une mémoire de la crise précédente, ce n’est jamais à l’endroit précédent que le craquement se fait initialement jour. Les subprimes ne sont pas la cause de la récession, même si l’explosion de tout ce marché boursouflé joue un rôle crucial dans le déroulement des évènements.

Il est beaucoup plus important de regarder la « big picture » : le commerce mondial s’est arrêté. Tout le système financier international a explosé d’un seul coup. Tous les contrats ont été affectés. Tous les engagements financiers se sont trouvés pris à revers. S’il l’a fait, ce n’est pas parce qu’un effet « papillon » partant des subprimes a tout d’un coup par un effet de bord magique casser tout le système. Mais parce que le système commercial et financier international était totalement artificiel  et structurellement intenable.  Les Etats unis importent à tout va des produits que les américains achètent à crédit, crédits financés par le replacement des excédents des pays exportateurs. La spirale doit s’arrêter à un moment où un autre. L’immensité de l’inondation de crédits transforme tous les marchés en zone de spéculation intensive. Il est plus intéressant pour une banque de spéculer en salle de marchés que de prêter à l’économie.

Surtout dans les pays dont l’industrie est ratiboisée par la Chine, dont la monnaie est artificiellement  basse (ce qui lui permet de récolter des excédents record). Le système des changes flottants dissymétrique permet de laisser ce système foireux perdurer un temps. D’énormes spéculations ont lieu en Chine aussi bien sur le marché immobilier que sur les différentes places boursières. Tout le commerce international devient un manège fou où les spéculations et les déséquilibres font la loi.

Cela ne pouvait qu’exploser, subprimes ou pas subprimes, et cela a explosé. La première victime de la crise sera, conformément à cette analyse, le commerce international qui s’arrête brutalement et qui n’a toujours pas repris, un an après la chute de Lehman Brothers.

5. Tous nos articles publiés sur ce site dès juin 2008 racontent l’histoire que nous venons de passer en revue. Nous n’avons jamais dévié. Nous insistons immédiatement  sur l’évolution du Baltic dry index qui mesure d’une certaine façon l’appétence au commerce international. Nous reprenons les tableaux du BRI qui montrent bien l’origine de la crise.  Et surtout, nous mettons l’accent sur les causes profondes de la récession et sur les mesures à prendre d’urgence. La première est évidemment de mettre fin immédiatement au système des changes flottants. Ensuite il faut dégonfler le système bancaire qui est une outre gonflée de vent et en faillite. Pour cela il faut faire des restructurations drastiques allant jusqu’à la nationalisation temporaire, afin de réserver immédiatement les crédits aux besoins des entreprises. Ces mesures auraient permises, prises immédiatement de limiter le coût de la crise pour les Etats et de permettre une reprise plus sûre et plus rapide.

6. Les politiques suivies jusqu’ici ne sont fondées sur aucune analyse de la crise et de ses causes. Elles sont purement symptomatiques. On a transféré la dette aux instituts d’émission et aux Etats. Sans aucune réelle restructuration. Les banques principales ont été non seulement sauvées mais sortent agrandies de la crise. Rien dans le décor économique n’ayant changé, elles reprennent leurs activités de salles de marché sans entraves. Ce n’est pas dans le crédit aux entreprises malmenées par la récession qu’elles vont gagner de l’argent. Les risques monétaires sont toujours là et pèsent sur les comportements et notamment la reprise du commerce international.  Les plans de relance, dans un système de changes flottants, ne peuvent avoir que des effets imprévisibles. Personne ne sait ce qu’on va faire des dettes monstrueuses accumulées un peu partout.

7. L’absence de diagnostic, puis l’absence de réformes, puis une politique de simple ouverture des vannes monétaires et budgétaires expliquent la situation où l’on est. L’économie a talonné mais se meut à un niveau très bas. Le commerce international reste à l’arrêt. Il y a des menaces partout, notamment sur le front monétaire et bancaire. Le chômage et les faillites vont encore grossir pendant deux ou trois ans. Personne ne sait comment on va se sortir du piège du surendettement des banques centrales et des Etats.

8. La prévision pour les quelques années qui viennent est impossible.
Comme nous le disons souvent : la dépression type 1929 est imprévisible. La prévision de sortie de crise est beaucoup plus difficile que celle de l’entrée de crise. Les tenants de la « demande globale » parient que la reprise se fera mécaniquement par l’effet des plans de relance après la purge initiale. Aucune réforme n’est nécessaire. Plus tard tout redémarrera et  les dettes publiques seront apurées. Ce sera la position du G.20 qui ne suggérera que des réformes cosmétiques et à vocation politique. 
Il est probable qu’on s’inquiétera de plus en plus du coût de la solution trouvée qui est exorbitant et qui aurait pu par des gestes simples être radicalement réduit. Le cadre global (changes flottants, système monétaire international asymétrique et dévoyé, trop grosse importance de la spéculation, rapt de la richesse du monde par un secteur financier hypertrophié)  n’ayant pas été changé, le moteur à explosion reste en place. Bonjour le renouvellement des bulles et la possibilité de nouvelles crises financières  « pochettes surprise ».

Il avait fallu attendre 1997 pour sortir de la crise démarrée en 91 aux Etats Unis, déployée au RU et dans les pays exportateurs en 92 et arrivée en France en 1993. Quatre ans de galère ! On est ressorti de la crise du début des années 2000 en France en 2006  pour trois ans de croissance retrouvée mais très faible. Quatre ans de galère. Il est peu probable que l’on ne retrouve pas ce scénario : quatre à cinq ans extrêmement difficiles et une reprise à partir de 2012-2013 si le commerce international se rétablit.   Avec à tout moment la possibilité que le système monétaire absurde qui nous contraint ait provoqué une nouvelle tragédie bancaire monétaire ou financière.  Avec à tout moment le risque que l’impatience des peuples ne provoque quelques troubles exogènes.

Et au bout, lorsque le cycle après être redevenu haussier se retournera, des Etats incapables de trouver les ressources pour mener à nouveau la politique laxiste que nous venons de connaître. Comme nous l’avons écrit dans une de nos notes de  2006, la vraie toute grande crise mondiale pourrait bien être celle de 2015-2016 !
Il vaudrait mieux mettre en œuvre les réformes indispensables dès maintenant.

Didier Dufau  pour le Cercle des économistes E-toile.

Le carnaval des économistes qui n'ont rien vu venir : G. Sorman, P. Arthus…



L’anniversaire de la faillite de Lehman Brothers stimule les articles d’économistes bien en cour. On prend les mêmes et on recommence.  C'est-à-dire qu’on fait à nouveau intervenir tous ceux qui n’avaient rien venir et qui n’avaient donné aucun avertissement sur la crise imminente.

Le fait d’être en cour suffit pour être interrogé, publié, écouté, même si on a montré une myopie totale et même parfois si on a soutenu des idées qui sont à l’origine immédiate de la crise.

Evidemment les postures politiques sont privilégiées.  Paul Krugman est l’économiste de gauche soft. Joseph Stiglitz l’économiste « altermondialiste ». Ils sont écoutés « à gauche » dans la presse du même nom. On équilibre avec P. Arthus et Guy Sorman. Puis on prend quelques « institutionnels » comme JP Cotis, directeur général de l’INSEE et Daniel Cohen, fondateur de l’Ecole d’économie de Paris.  Droite, gauche, neutre : le panorama postural est complet.

Qu’ont en commun toutes ces personnalités ? Ils n’ont rien vu venir ! Mais ce n’est pas grave. S’il fallait que les économistes prévoient quoi que ce soit ! On peut avoir dit et écrit n’importe quoi on reste en France toujours un « expert » parce qu’on a un titre officiel ou on représente une posture  reconnue avec une étiquette bien nette et parfaitement collée.

Cette comédie n’est peut être pas divine mais elle est drôle. Il est toujours comique de voir des personnalités prises totalement à contrepied par les évènements essayer de retourner leur veste et retrouver leur à-plomb.  Dans Astérix on voit comme cela des officiers romains qui viennent de prendre une raclée et qui sifflotent et se rajustent en appelant tout le monde à oublier ce qui vient d’arriver et à resserrer les rangs dans la joie et la discipline autour de leur chef bien aimé.
« Vous y allez fort », penseront certains : ces personnalités « incontournables » sont des experts reconnus dont la parole vaut mieux que celle d’économistes inconnus qui publient marginalement sur la toile.

Le principe d’autorité est toujours mauvais conseiller. L’important c’est de savoir quelle est la réalité et d’avoir une vision exacte de ce qui va se passer, de ce qui s’est passé et de la manière dont on doit en tenir leçon.

Lisons ces articles et voyons s’il y a quelque chose d’utile à en retenir. Commençons par Patrick Arthus. On sait qu’alors que toute la finance se congelait il défendait encore les subprimes et la politique de Natixis, complètement folle, dans ce domaine. Il ne s’est pas seulement trompé, il a fait pire : justifier l’aveuglement jusqu’à l’ultime minute !  Dans la livraison du 10 septembre 2009 du journal le Monde fait-il amende honorable ? Tire-t-il la leçon de son échec ? A-t-il pris conscience de nouvelles réalités qui lui avaient échappées. Pas du tout : on assiste à un lavage de mains de première qualité.
-    Première parade : ceux qui avaient vu que cela allait mal tourner n’ont pas réellement compris ce qui se passait.  Sous entendu : ils ne valent pas mieux que les autres.
-    Seconde parade, l’attaque : on nous accuse, nous économistes,  d’être vendus aux banques mais c’est un argument peut être valable pour les américains mais pas pour nous les européens. On va donc parler de « l’honneur » des économistes travaillant pour les banques.
-    Troisième parade : on ne pouvait pas prévoir, même nous les économistes de banques, parce qu’on ne savait pas tout et qu’on ne pouvait pas tout savoir.
-    Quatrième parade : de nouvelles chaînes causales sont mal connues. Et l’imprévisibilité des gouvernements est telle qu’on ne saurait rien dire.
-    Cinquième parade : nos modèles macro-économiques « n’apprennent rien sur la vraie vie ».

Tout cela donne une idée assez effroyable des économistes : ils ne savent rien et leurs modèles sont faux. En plus les gouvernements et les salles de marché  leur font des niches à l’insu de leur plein gré. Au passage P. Arthus fait une erreur de fait surprenante en datant le blocage du marché interbancaire à la faillite de Lehman Brothers alors qu’il a commencé en juillet 2007 justement avec le blocage des subprimes qu’il défendait encore quelques jours auparavant !

Aucune leçon réelle n’est tirée son échec personnel dans l’aventure.

Oui, nous le disons depuis toujours, les modèles économétriques, notamment de l’INSEE sont incapables de maîtriser les ruptures.  Mais il faut dire pourquoi et ce qu’il faut faire pour que cela change.

Oui, c’est vrai, la mécanique des CDO et des CDS était largement inconnue du grand public. Mais des institutions n’arrêtaient pas de tirer la sonnette d’alarme comme le BIS. Mais la question de la validité des produits dérivés a été portée devant Greenspan parce qu’il y avait des inquiétudes. Les banques centrales ont dit : OK ! Les économistes écoutaient ailleurs ou avaient leur opinion favorable comme P. Arthus sur les subprimes « incapables de provoquer une récession majeure ».

Oui les gouvernements peuvent faire des erreurs mais en temps de crise seulement : en vitesse de croisière, ils ne font rien ou tentent de maintenir l’état des choses sans rupture. La crise a été amplifiée par la chute de Lehman Brothers mais cette faillite ne l’a pas créée.

Oui, il est un peu injuste de prétendre que les économistes de banques sont des « vendus ». Mais s’ils ne le sont pas, on retombe dans le « responsable mais pas coupable », ou pire l’« irresponsable mais pas coupable ».

Oui, les oiseaux de mauvaises augures qui de façon répétée annoncent la catastrophe pour demain matin, ne sont pas nécessairement des parangons de la bonne économie à mettre en œuvre. Mais il faut tout de même analyser d’un peu plus près les arguments. M. Larouche n’est certainement pas l’exemple parfait de l’économiste sérieux, nous en sommes d’accord. Les aspects sectaires l’emportent chez lui sur toute autre considération. Des imprécateurs de ce genre, il y en a des dizaines. 

Mais quelques voix se sont exprimées et depuis longtemps pour faire l’analyse détaillée de ce qui ne pouvait qu’amener un krach  sérieux. Je pense qu’on peut considérer la nôtre comme représentative. Nos arguments ont toujours été articulés, précis, et donnés à chaud (par 30 ans avant ni un an après !). Les medias ne voulaient rien entendre, malgré les courriers et  la participation à leur forum, pour faire confiance à des économistes qui ont finalement failli mais qui entendent bien conserver leur place médiatique, sans mea culpa, ce qui ne nous gêne pas, mais surtout sans chercher ce qui, dans leur manière de considérer l’économie, les a conduit à passer à travers.

Le cas de Guy Sorman est très différent. Il se veut écrivain et essayiste, pas économiste. Il est un porte drapeau. L’idéologie libérale est son domaine, sa spécialité, son business. Il a écrit des livres excellents comme son étude sur l’Amérique du sud et les politiques qui l’ont conduit à la ruine, qui n’en font certes pas le Tocqueville des notre siècle, mais qui marque un certain courage, dans le terrorisme intellectuel qui salit la France et un don d’observation et d’exposition qui est bien remarquable.

Néanmoins, il reprend une antienne (déjà développée sur son blog) qui n’est pas totalement acceptable. « L’économie ne ment pas mais ne prédit pas l’avenir », indique le titre de l’article. N’ayant rien prévu, G. Sorman n’est pas gêné le moins du monde. Pourquoi prévoir l’imprévisible ?

On se le demande. Surtout à la cour de la reine d’Angleterre, si on a bien suivi l’actualité. Les vrais spécialistes du capitalisme eux s’en moquent allégrement de la prévision des récessions.    Evidemment, il faut éviter que cette assertion fasse conclure que la science économique ne sert à rien et qu’elle n’est pas une science. Alors on va chercher les belles citations : « les économistes savent tout faire sauf prévoir », une phrase de Debreu qui a déjà beaucoup servi. On explique que les crises sont consubstantielles à un système créatif et dynamique. Quant à les expliquer ! Pour l’instant seules les idéologues parlent et c’est selon qu’on est interventionniste ou non qu’on avance des théories qui ne pourront pas être tranchées avant une dizaine d’année au mieux. 

L’important c’est d’admettre qu’avec le temps on a compris quelques petites choses : que le capitalisme c’est mieux que le socialisme et que cela a produit bien des progrès ; que le protectionnisme, c’est très mal ; que la coopération des Etats est nécessaire (bien que les états « fassent la guerre »), et qu’on a mieux géré la crise actuelle que celle de 1929.  La conclusion parfaitement bénigne apparait alors comme l’évidence même : « le capitalisme ne meurt pas mais rebondit » et « d’une crise à l’autre les économistes apprennent ».
Ou plutôt… apprendront. On verra bien dans dix ans ce qui ressort de tout cela.

G. Sorman, tout a son rêve, en arrive à se mettre en contradiction majeure avec les faits, bien qu’il ait expliqué que la science économique doit partir des faits. Il parle des « stratégies recommandées par la science économique » comme « la stabilité des monnaies ». Où a-t-il vu une quelconque stabilité des monnaies. L’once d’or vient d’atteindre à nouveau les 1000 dollars à l’heure où cet article est écrit. Il valait 35 dollars l’once en 1971 : est-ce une monnaie « stable » qui peut perdre 97% de sa valeur en 35 ans ?  Et le flottement général des monnaies est une preuve de stabilité ? On reste consterné par ce genre d’erreurs. Car c’était évidemment sur cette instabilité organisée qu’il fallait s’interroger, ses conséquences, sa part dans la récession actuelle. Le regard de Sorman n’est pas seulement celui d’un myope : il transforme ce qu’il regarde !

Sur les causes de la crise : rien ; sur les changements qu’il faudrait imaginer pour en tirer leçon : rien. Pas de diagnostic ; pas de pronostic ; pas de thérapeutique. Juste un acte de confiance dans le capitalisme et de méfiance vis-à-vis de ceux qui pensent que tout de même il y aurait peut être quelques mesures à prendre.

MM.  Arthus et Sorman ont fait leur devoir vis-à-vis du vain peuple (et des vaines reines) qui a la sottise de croire que les économistes auraient quelque chose à dire pour éviter les drames humains que sont les récessions majeures.  Les deux restent inentamés dans la conviction qu’on doit continuer à les écouter comme s’il ne s’était rien passé et alors qu’ils n’ont rien à dire sur ce qui touche le quotidien de milliards d’être humains.

Heureuses natures !

Dans cet océan de bêtise, ne voit-on pas quelques signes encourageants ?

Le CNUCED, la conférence des nations unis pour le commerce et le développement, a publié son rapport annuel.  Il y est considéré comme impératif la réforme du système monétaire international !

Il faut trouver un système plus souple que les changes fixes et non révisables et moins dangereux que les changes flottants. Il faut éviter les flux de capitaux à court terme qui déséquilibrent les échangent et bouleversent les marchés. Il faut une monnaie de réserve autre que le dollar.

Enfin ! Une institution importante reprend l’essentiel de notre position ; la récession actuelle est le fruit empoisonné du système des changes flottants et des déséquilibres gigantesques du système monétaire international. C’est mal articulé, techniquement embryonnaire. Mais c’est désormais écrit et porté à l’attention des autorités mondiales.  Que le G.20 lise le rapport de la CNUCED avant de se réunir. Il commencera alors à parler utile.

Joseph Stiglitz ne convainc qu'à moitié !

Comme toujours Joseph Stiglitz ne convainc qu’à moitié

Intéressante cette initiative d’un économiste reconnu de diffuser via la presse un CD ROM donnant en détail l’explication de la crise vue  par  un « Nobel » de l’économie particulièrement  médiatique, notamment à gauche après ses positions très critiques vis-à-vis du FMI.

Il est TRES rare que les économistes prennent le risque de l’explication publique à chaud. Une telle  initiative est bonne à prendre et à commenter.

L’avantage d’une personnalité qui a une assez haute idée d’elle-même c’est qu’elle croit avoir raison, et pouvoir le prouver.  Joseph Stiglitz raisonne et avance moult arguments. Il a beaucoup réfléchi et son raisonnement est articulé.  Ce ne sont pas quelques intuitions jetées à la va vite sur le tapis médiatique.

Il y a quelque chose de mécanique dans l’enchaînement des faits et leur interprétation par Joseph Stiglitz.  Si on n’y prend garde, il vous emporte dans son flot dialectique et vous prive de toute possibilité de doute ou de critique.

Et pourtant. Il y a de nombreuses failles dans son analyse des causes de la crise.

Que dit-il ? En fait rien de bien original.

La dérégulation bancaire a été « achetée » par le lobby bancaire aux Etats Unis alors que rien ne prouve son efficacité économique bien au contraire ;  « J’ai moi-même prouvé que cela ne marchait pas », dit-il ; « on a eu l’impression que cela marchait parce qu’en fait les Etats ont sauvé constamment les banques ». « L’idéologie du « marché qui a toujours raison » n’a fonctionné que parce qu’il y a eu le correctif : « l’Etat nous sauvera toujours » ».

Comme les banques gagnaient beaucoup et ne perdaient jamais, le système a cru et embelli …jusqu’à l’explosion finale.

On retrouve ici l’explication « comportementale » de la crise. La cupidité bancaire a conduit les grandes banques a faire évoluer le système dans le sens qui les arrangeait tout en faisant payer les pots cassés par l’Etat complice du fait de vilains politiciens sensibles aux groupes de pression et de la consanguinité entre Goldman Sachs et le gouvernement.   

L’aspect international est aussi évoqué, bien que l’intervention soit très centrée sur les Etats-Unis, en fait comme souvent avec les américains, beaucoup trop centrée sur les Etats unis.

Une nouvelle explication « comportementale » est avancée pour expliquer que les pays en développement au lieu de dépenser leurs réserves les ont accumulés. Là le raisonnement est franchement faible.  J. Stiglitz évoque « les leçons apprises en 1979 » où la perte de liquidités internationales  aurait eu des conséquences fâcheuses pour ces pays et aurait traumatisé les esprits.   Toujours est-il que cette erreur intellectuelle des dirigeants  des pays sous développés expliquerait que les Etats-unis se soient mis à consommer pour toute la planète pendant que les pays pauvres épargnaient et replacaient leur argent aux Etats unis.  Ce passage est tout sauf convaincant et disons le totalement indigne d’un prix « Nobel » de l’économie !

Mais il faut bien tenter d’expliquer ce fait majeur que la Chine et le Japon (pas particulièrement un pays en voie de développement) aient accumulés des réserves en dollars gigantesques. Et que de l’autre côté les Etats unis aient accumulés des déficits colossaux et permanents qui ont permis aux résidents américains d’emprunter à tout va et aux banques de les servir à plein régime.

De même il note bien que les banques désormais se mettent à spéculer et à ne plus servir les besoins fondamentaux de l’économie mais on ne trouvera pas d’explication, sinon qu’elles sont décidemment très vilaines.

A ce stade J.  Stiglitz a raté les explications fondamentales : le système monétaire international des changes flottants est à la source des déséquilibres permanents et massifs des balances extérieures ; c’est le flottement des monnaies qui a transformé à partir de 1975 l’économie mondiale en casino  géant ;  ce sont les gains astronomiques facilement gagnés dans ce casino qui ont détourné les banques de prêter sainement à l’économie.  Il n’a pas vu la continuité de l’histoire économique après la fin des accords de Bretton Woods. Sans flottement des monnaies toute la suite était impossible.  Cela, J. Stiglitz ne le voit pas. Il  critique Milton Friedman, père des changes flottants  mais seulement pour son intervention auprès de Pinochet, image de gauche oblige.

C’est ce qui rend toute son explication si peu convaincante. Il lie les faits de façon tonitruante mais en vérité  totalement arbittraire   dans une sauce obscure et filandreuse  qui ne peut pas emporter l’adhésion d’un économiste sérieux, même si  la personnalité très affirmée du gâte sauce peut en imposer à un non spécialiste.

On voit bien la différence d’approche avec le Cercle des Economistes E-toile : pour nous la crise est systémique et trouve sa racine dans les défauts du système monétaire international matrice des débordements ultérieurs; pour J.  Stiglitz comme pour la majorité des économistes qui n’ont pas vu venir la crise, elle est simplement comportementale.

Les développements suivants sur la nature du sauvetage « inconditionnel » des banques est classique et n’appelle aucune contradiction.  Nous avions, à chaud,  proposé de constater la faillite des banques  et d’imposer une restructuration forte allant jusqu’à la nationalisation temporaire.   J. Stiglitz montre bien que non seulement on a considéré que les banques étaient « too big to fail » mais aussi « too big to be restructurated ».  Alors on est entré dans un « ersatz de capitalisme » où la faillite n’existait plus pour les banques, y compris, grande nouveauté, les banques d’affaires.  Ce n’est pas l’intérêt général qui a guidé les politiques mais l’exclusif intérêt des dirigeants des banques.

A propos de Lehman brothers  J. Stiglitz fait une remarque très intéressante : on aurait du mettre en faillite toute l’activité risquée de cette banque  mais sauvegarder la partie de la banque qui concerne le système des paiements.  C’est là un des points que nous développons  nous-mêmes avec force : il faut isoler le système des paiements  du reste de l’activité bancaire et financière.  Dans le traitement de la crise aux Etats unis, on a paradoxalement sauvé presque tout le système bancaire et financier et laissé choir une partie du système des paiements ce qui a aggravé la crise.

J. Stiglitz a donc parfaitement raison d’affirmer qu’aussi bien l’administration Bush que celle d’Obama n’ont rien fait pour réorganiser et apurer le système financier.  Et que tous les problèmes de fond demeurent. Il exige le démantèlement des banques universelles « trop grosses pour être abandonnées à la faillite » et exige un re-régulation pour limiter les prises de risques excessives.  C’est exactement la position de notre cercle. Nous regretterons simplement que sur les modalités de cette restructuration et de  ce démantèlement il ne donne aucune indication.  Nous avons un plan très détaillé. On ne connait rien du sien.

Au total, on aurait bien aimé que Jospeh Stiglitz fasse cette émission avant la crise.  Un an après le pic de la crise, c’est tout de même un peu tard.  Sur les causes de la crise il n’est pas totalement convaincant.  En revanche en rappelant que la crise n’est pas finie, qu’il aurait fallu restructurer beaucoup plus profondément le secteur bancaire  et que le monde doit réinventer un modèle de croissance différent de celui qui a prévalu,  il fait œuvre utile, même s’il ne dit pas comment.


Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile

Une crise largement incomprise

Les signes de sorties de récession et la perspectives du nouveau G.20 stimulent les déclarations sur les causes de la crise financière et économique qui s’est déclenchée en 2007 avec un pic psychologique en septembre 2008 avec la faillite de Lehmann-Brothers et la menace d’un effondrement général  du système bancaire mondial.

Ben Bernanke, nommé à nouveau à la tête de la FED, a parlé de « panique irrationnelle » évoquant une crise à caractère psychologique plus que technique.  L’Insee dans sa dernière livraison de « l’économie française »  datée de 2009 (16.50 Euros au lieu de 15, soit une hausse de 10% en passant, pourquoi se gêner ?) livre également son diagnostic. Mme Lagarde, l’avocate qui est actuellement Ministre des Finances s’exprime pour sa part  dans le Figaro du 4 septembre 2009.

En gros, ils sont tous à peu près d’accord : la crise est de la faute des banquiers qui par cupidité et absence de régulation ont provoqué une catastrophe  qui, commencée avec le blocage des subprimes, s’est propagée à l’ensemble de l’économie.  La solution est donc de brider les banquiers « pirates », mettre fin au « scandale » des bonus des traders, mettre au pas les « paradis fiscaux ».  Cette « réforme du capitalisme » mettra fin à la crise actuelle et évitera qu’une autre se reproduise.

Nous sommes, au Cercle des Economistes E-toile,  entièrement opposés à cette analyse. Ce n’est pas une position facile compte tenu de l’importance technique ou institutionnelle de ceux qui la défendent.  On ne peut pas procéder par simple affirmation et il faut, pour tenir une  pareille  position de contestation, avoir  des arguments solides.

Nous croyons les avoir.

Observation liminaire, aucune des personnes ou des organismes cités n’a prévu la crise. Certains l’ont niée longtemps puis minimisée.  Cela veut dire au moins une chose : ils n’avaient pas de cadre méthodologique leur permettant d’observer les faits significatifs et de les interpréter.  Ils ont prétendus que « personne n’avait prévu cette crise et son intensité ». Notre cercle a non seulement prévu la crise dès 2006 mais n’a pas cessé d’avertir du début 2007 jusqu’à septembre 2008 qu’elle serait particulièrement sévère, tout en expliquant pourquoi. Les aveugles d’hier prétendent avoir désormais tout compris. Il est sage de se méfier.

L’INSEE, dont toutes les prévisions se sont révélées fausses, donnent une explication de la crise d’une grande banalité : la crise a été provoquée par le retournement du marché des subprimes  sous jacent au marché immobilier américain.  Elle s’est ensuite propagée par la titrisation.  Le soupçon sur ces produits rendus complexes a bloqué le système bancaire. Le financement de l’économie a cessé. La crise a frappé le monde entier.
Il n’y a en fait aucune analyse mais une simple description de faits successifs considérés comme s’imbriquant et se succédant de façon logique.

Mme Lagarde reprend mot à mot  ce « diagnostic » en élève nulle en économie mais respectueuse des institutions nationales et appliquées à bien faire.  « Les raisons de cette crise ne sont aujourd’hui que trop connues. Si celle-ci s’est déclenchée dans le secteur immobilier américain, elle s’est propagée au monde  par le biais de la titrisation pratiquée à grande échelle. Cette crise est le résultat de la sophistication excessive des instruments  financiers, de l’absence d’évaluation des risques, de la régulation insuffisante de certains acteurs et de certains produits et de la cupidité insatiable d’autres acteurs encore pour qui toujours plus n’était jamais assez ».

Des vilains ont fait de vilaines choses. Mme Lagarde multiplie les adjectifs  vengeurs : il faut « bannir » ; mettre fin à « l’irresponsabilité dévastatrice »  aux « comportements nuisibles », aux « agissements », aux « comportements dangereux et même indécents », aux « provocations ».  
L’avocate sait comment on traite les trublions : on leur impose des règles contraignantes. Et on doit les empêcher de gagner de l’argent indument : « il faut mettre fin à la culture des bonus ».

La crise serait donc comportementale. En rendant ces comportements punissables  on  règle la question pour l’avenir.  Le G.20 va fixer ces règles. Le contrôle des paradis fiscaux évitera qu’elles puissent être facilement violées. Et tout sera dit.
Sottises !

Ce serait si facile, si en économie, on pouvait trouver quelques boucs émissaires et expliquer tout par des comportements déviants !  A cette aune là, Mme Eva Joly serait prix Nobel d’économie…  

Le bas blesse naturellement à la base du raisonnement, en laissant dans le flou de nombreuses questions : pourquoi le marché des subprimes a-t-il pu se développer ainsi ?  Est-il  le seul sous-marché dans l’ensemble du marché des crédits qui s’est effondré ?  La titrisation est-elle à bannir ? A-t-elle vraiment pu à elle seule mettre tout le système par terre ?  Pourquoi une si petite mèche a-t-elle pu déclencher un si fort cataclysme ?

La théorie de crise par les subprimes  peine à rendre compte des faits. Le commerce international  s’est effondré brutalement.  Quel rapport avec le marché de l’immobilier social aux Etats unis ? Idem pour le crédit à la consommation durablement en récession partout dans le monde.  Quel rapport avec la hausse spéculative des cours des matières premières  internationale du début 2008 et son effondrement   ?

Même si  la crise aigüe du marché interbancaire a bien été créée en juillet 2007 par le mistigri de l’exposition des banques aux subprimes mélangées dans les produits de trésorerie « dynamiques »,  toutes les personnes exposées  à ces portefeuilles- surprises savent que les pertes ont été pour elles extrêmement minimes.  Oddo en France a remboursé ceux de ces clients dont ils avaient parfumé l’épargne de ces produits contre nature.  Les pertes dans les banques françaises ont été finalement insignifiantes.  En tout cas incapables de provoquer le tsunami  économique et financier auquel on a assisté.  Même si on tient compte de la « panique » détectée par  Ben Bernanke.

La vérité de la crise est bien évidemment ailleurs.

Elle est contenue tout entière dans l’énorme bulle de prêts  que le monde gonfle depuis le milieu des années 1970.  Cette bulle a atteint en 2006 des sommets intenables. L’INSEE en donne naïvement pour la France l’illustration explicite dans son tableau des ratios de dettes des agents non financiers p. 175 de l’opuscule cité (le graphique est reproduit au bas de cet article).

En 1978, date de référence choisie un peu arbitrairement par ce graphique :
La dette des ménages par rapport au revenu disponible brut est de 27%
Celle des administrations publiques par rapport au PIB de 25 %
Celle  des sociétés non financières  par rapport à la valeur ajoutée de 48%.
Les trois chiffres sont à 122% environ en 2008 !

L’enveloppe d’endettement des différents acteurs économiques, en France,  à été multipliée par PLUS DE QUATRE !  Le taux de croissance de l’endettement brut des agents non financiers est de 8% en 2007 et de 8.7% en 2008 ! A ce rythme là on doublera en moins de dix ans !  L’en cours brut est de 3.586 Milliards d’Euros.  A comparer à la valeur ajoutée des entreprises : 1.218 Milliards d’Euros : un ratio de dettes de pratiquement 300%  en passe de monter à 600% en quelques années. 

Raisonnable ? Durable ? Et aucun rapport avec la crise actuelle ?

On est loin des subprimes américaines.  La dette a augmenté en France dans tous les compartiments du jeu économique et a atteint des niveaux insoutenables.  Au total les dettes cumulées ont fini par dépasser  les 300% le la production marchande !  Question d’arithmétique de  cours élémentaires de première année : quelle proportion du revenu doit-on consacrer au remboursement et au paiement des intérêts  lorsqu’on atteint de tel sommet  sachant qu’en moyenne le coût d’un emprunt est environ de 5% par an et que sa durée est en moyenne de dix ans ? Au bout des dix ans les intérêts représenteront 150 % de la production. Et il faut utiliser  30% de cette production  pour rembourser le principal.  Au total c’est 45% de la production  qui est préempté par la dette.  Est-ce supportable indéfiniment ?

Pensons qu’aux Etats Unis, on en était arrivé à un ratio de même nature  de près de 400% !

Bonjour la croissance durable !

Cette énorme bulle financière ne pouvait qu’éclater un jour ou l’autre.  Les prêts « subprimes » américains étaient le point faible du dispositif. Il a cassé en premier. Mais c’est l’ensemble du système mondial  de dettes qui s’est effondré, frappant aussi là où la fragilité était la plus grande (Islande, pays de l’est etc.).

L’INSEE et  M. Lagarde,  et après eux des dizaines de commentateurs, confondent la première victime de la crise et la cause de la crise.  Imaginons qu’un énorme orage se soit accumulé au dessus de Paris et  qu’un fantastique éclair ait anéanti la Tour Eiffel,  dont la chute aurait effondré pas mal d’immeubles autour, avant que les dégâts ne touchent finalement les plus lointaines banlieues. Dirait-on que la Tour Eiffel  est la cause du désastre général ?

Non. Au moins pour éviter de passer pour un imbécile.  En économie, où les choses sont moins connues et moins simples, on n’hésite pas à se lâcher.  Et on a l’article de Mme Lagarde.

Dès qu’on cesse de regarder la tout Eiffel pour  considérer l’orage, tout devient beaucoup plus intéressant. A partir de quand cette énorme bulle financière s’est elle créée ? Pourquoi s’est elle créée partout  et surtout aux Etats unis ?  Peut-on  encore contrôler les risques bancaires quand le niveau de prêt est si important ?  Les principales monnaies se sont dévaluées depuis le début de cette bulle de plus de 95% par rapport à l’or. Ce système de monnaie fondante n’a-t-il pas un rôle ? La création monétaire internationale n’a-t-elle pas été laxiste ? Par quel mécanisme a-t-on atteint de telles émissions ?

Le moteur de réflexion  est en marche. Les vraies questions s’enchaînent.  On est passé du superficiel facile au fond des choses.  Les subprimes sont loin. Le système monétaire et les changes flottants prennent  toute leur place.  Les déficits abyssaux des Etats unis, les excédents monstrueux de la Chine et du Japon se centrent au milieu du débat.  On voit les crises se succéder que l’on a parées  par des émissions de monnaie chaque fois plus importante qui ont aggravé à chaque fois le problème.  On observe un système qui dérape totalement à partir de 2003. Tout observateur comprend que l’on est entré dans une phase intenable et qu’au bout on aura une crise majeure.  

Le cycle de 8-10 ans a été toujours le moment des grosses remises en cause monétaires et financières. Pour nous, la crise décennale  surviendra avant 2010.  C’est sûr.  Et nous anticipons la crise sérieuse.

En 2006, l’évidence s’impose : elle viendra plus tôt et sera plus sévère que les précédentes.  Début 2007, c’est le début de la fin sur les surprimes immobilières américaines car les prix de l’immobilier pour la première fois de l’histoire récente ont baissé au dernier trimestre 2006.  Nous annonçons  le gros de la crise pour 2009, avec un craquement en septembre 2008. 

Nous le confirmons après le constat du blocage du marché interbancaire en juillet 2007. L’orage gronde et commence à frapper.  Nous alertons que le commerce international est en première ligne. Si tout le système bancaire cale, les relations économiques internationales s’effondreront en premier.   Parce  qu’elles sont totalement spéculatives  et fondées sur des déficits monstrueux financés par des crédits dont le volume est également monstrueux.

Début 2008 l’argent ne sait plus où aller. La spéculation « défensive » sur les matières premières internationales  est vue temporairement comme un havre sûr. Elle se dénoue fin juin 2008. C’est fini : il n’y a plus d’échappatoire. Les liquidités basées sur rien devront disparaître. Le « credit crunch » est obligatoire. Il va avoir lieu incessamment. 

Tout l’été c’est la panique à la trésorerie des banques : on n’arrive plus à se refinancer et cela  dans le monde entier. Les quelques faillites déjà survenues  n’ont pas été comprises. On commence à comprendre qu’on va vers un krach général du système bancaire. Il se produit en septembre.

Notre cadre de réflexion affiné pendant des années est bien opérationnel. Il permet de prévoir. Il permet de comprendre.  Il permettrait d’agir si les responsables le partageaient.


Mais les économistes de cour et les institutions n’ont rien vu venir. Ils sont pris par surprise.  Dans la panique on sauve les banques sans aucune réforme et on laisse filer les déficits à des niveaux jamais vus, ce qui fait que même un économiste laxiste comme le dernier prix Nobel, Patrick Klugman, admet qu’on s’est aventuré  dans des territoires inconnus avec des conséquences imprévisibles.

Aucune des causes réelles de la crise n’est attaquée.  Les réformes sont superficielles et portent  sur des détails (bonus, règles comptables, paradis fiscaux).

Mme Lagarde, si l’affaire était celle des subprimes,  vous devriez être vent debout contre toutes les tentatives pour accroître le crédit populaire à la consommation et pour l’immobilier ? Le faites- vous ?  Vous vous en gardez bien.  A-t-on supprimé le marché des prêts aidés au logement ? Pas du tout.  Au contraire on s’indigne que les banques aient baissé leurs encours de crédits à l’immobilier et à la consommation !  Contradiction insurmontable, on n’a pas l’action que commanderait le diagnostic !

Les bonus sont largement liés aux spéculations sur les marchés. Ils n’ont rien à voir avec les subprimes.  Qu’elle est la part des actifs subprimes qui ont fait l’objet de spéculation en salle de marchés dans les banques françaises ?  Euh, euh, ne répondez pas tous en même temps ! Pratiquement aucune, en fait.


Reste la titrisation. Cette technique a-t-elle été rendue illégale ? Point du tout.  L’un des rôles principal de la finance est d’échanger un capital immédiatement disponible contre un flux de remboursement à venir.  La titrisation d’un portefeuille de dettes fait-elle autre chose ?  Elle s’est développé essentiellement parce que le gonflement des en cours de dettes stimulés par les déséquilibres monstrueux du système monétaire international  était bridé par les règles prudentielles concernant les prêts classiques. Les banques ont sorti de leur bilan des prêts pour pouvoir à nouveau prêter.  Les entreprises ont vendu leurs portefeuilles de créances pour pouvoir également dégager des moyens d’investir. Les banques ont titrisé en masse  pour dégager des ressources pour spéculer en salle des marchés. On y gagnait tellement : la spéculation stimulait la hausse qui stimulait la spéculation...

Faute d’un diagnostic exact, les autorités non seulement n’ont pas pu prévoir la crise mais ne savent pas quoi faire pour éviter que les faits se reproduisent.   Alors on fait de la chaleur autour du comportement de « moutons noirs » chargés de tous les péchés : la Suisse « paradisiaque » ; les traders « fous » ; les bonus « indécents ».  Mais aucune lumière.

L’énorme nuage de dettes est toujours là. Il a été transféré aux Etats et aux Banques centrales.  Les banques elles  dégonflent leurs engagements, ainsi que tous les autres acteurs privés.  Cette décompression a entraîné  l’arrêt du commerce international qui n’arrive pas à repartir.  L’économie marchande stagne sur une base très amaigrie (de 10 à  40% selon les secteurs, de 25% en moyenne).  Personne ne sait comment se débarrasser des dettes accumulées par les Etats, aggravées par les manques à gagner fiscaux de la récession.  Tous les mécanismes spéculatifs sont encore en place.  Des bulles recommencent à exploser ici ou là.

Le G.20, pour la troisième fois, faute de diagnostic et du courage de regarder les mesures difficiles en face,  se contentera de mesurettes bien intentionnées  mais sans importance.

Tout cela est lamentable et dangereux pour l’avenir.

Nous ne cherchons pas avoir raison contre tout le monde.  Nous serions ravi de suivre ébaubi les politiques pertinentes  mises en œuvre par des autorités bien guidées par les analyses également pertinentes de leurs conseillers.
Mais non, décidemment, ce n’est pas le cas.

Personne ne peut prévoir ce qui va désormais se passer.  L’incertitude est totale. Tout peut arriver. L’hypothèse la plus probable est qu’on aura une sortie de crise façon 1993, en plus long et en plus chaotique, car le choc aura été nettement plus rude.  Mais alors il faut se rappeler que l’absence de réforme de l’époque avait conduit à la crise de 98, puis à celle de 2000 puis à notre crise actuelle.  La porte est ouverte à une crise financière encore plus importante un peu plus tard, à la mesure des dégorgements monétaires actuels.  Et là nous ne pourrons recommencer à ouvrir les vannes  comme nous venons de le faire.

Mais cette hypothèse n’est pas la seule.  En 1929, dont nous avons déjà dit que la situation était très différente, même si la cause de la crise est rigoureusement la même (un gonflement de dettes insoutenable alimenté par les défauts du système monétaire international),  on a souvent considéré que les rebondissements successifs ont été le fait « d’erreurs » dont on a pris désormais la mesure.  C’est largement vrai. Mais il ne faut pas sous estimer les causes de ces « erreurs ».  La lenteur de la sortie de crise  a mis à l’épreuve la patience des peuples.  Beaucoup « d’erreurs » furent  le fruit politique de l’impatience générale.  C’est entre 1932 et 1936, plus de trois ans après le krach initial, qu’on est entré dans le cycle infernal des décisions politiques désastreuses qui ont fait perdurer la crise jusqu’à la guerre.

Les vraies réformes, celles qui dureront, furent différées indéfiniment au lieu d’être engagées tout de suite.  Au fond ce n’est qu’après guerre qu’elles seront faites à l’échelle convenable.  Nous sommes sur le même chemin. 

Les Etats considèrent que des réformes cosmétiques à fort effet d’annonce suffisent. La tyrannie de l’existant est telle que les opinions suivent.  On assiste donc à une politique de facilité (laisser filer les déficits et ouvrir les vannes de la création monétaire par les banques centrales ne sont pas des mesures politiquement difficiles à prendre : il suffit de lâcher tout !),  saupoudrée de mesures démagogiques destinées à faire croire à l’opinion que la reprise en main est sévère.

La poudre de perlimpinpin autour des bonus et des paradis fiscaux ne doit pas faire illusion. Faute d’un diagnostic correct  les réformes nécessaires ne sont pas faites.

Cette abstention aura un prix.

Tôt ou tard.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

Grand écart

Le graphique ci dessous raconte une drôle d'histoire. On voit que la Baltic Dry index qui donne le prix du transport international chute depuis plus d'un mois après avoir repris des couleurs et qu'il se situe dans des zones extrêmement basses. Alors que les bourses explosent dans une hausse totalement décalée.

En général c'est la bourse qui suit le BDI, pas l'inverse. Ce qui annonce une forte correction boursière quelque part cet été.

Aucune réforme n'ayant été faite de rien, il est normal qu'un système financier pervers reprenne les affaires là où il les avait laissés et que la spéculation effrénée reprenne en amplifiant les quelques bonnes nouvelles du début de l'été.

Le chômage talonne aux Etats-unis ; les exportations allemandes repartent assez vigoureusement. La consommation ne fléchit pas dans la majeure partie du monde.

Cela ressemble vraiment à ce qui s'est passé lors de la crise de 2001-2003. Au lieu de voir repartir une croissance mondiale équilibrée la conjoncture n'a été que l'agglomération des bulles diverses qui ont fini par exploser.

On est reparti sur cette route cahotique. Le mieux qu'on puisse imaginer c'est une courbe en W. Une reprise brève à laquelle succédera presqu'aussitôt une rechute assez grave avant peut être de repartir pour de bon.

LH pour le Cercle des economistes E-toile.

 

 

Un emprunt mal né

Faut-il aujourd’hui lancer un grand emprunt national ? La réponse à cette question est indissolublement liée au diagnostic que l’on fait de la crise et à son pronostic.  Malheureusement aucun des promoteurs de l’emprunt ne croit devoir proposer un diagnostic et encore moins un pronostic. Du coup la discussion médiatique autour de ce projet d’emprunt prend un tour un peu psychédélique où se révèlent des attitudes  plus que ne se développent des arguments. Une fois de plus la chaleur l’emporte sur la lumière.

Ce que nous vivons est une crise monétaire due au développement d’une bulle de crédit gigantesque et intenable. L’ivresse des déficits américains et des excédents chinois replacés aux Etats-Unis a permis un développement pyramidal de crédits de plus en plus artificiels et de plus en plus artificieux. Lorsque l’endettement représente près de 400% du PIB des grands pays, il n’y a AUCUN  moyen d’en espérer un remboursement.  La sortie de crise passe par la ruine partielle du créancier. Toutes les activités directement liées au crédit s’effondrent. Les flux  de consommation, de production et d’échanges fondés sur les dérèglements financiers se contractent violemment.

Nous prétendons depuis le départ que la crise actuelle n’est pas une crise des subprimes, qui ne sont qu’un détail du dérèglement financier global, mais un effet dérivé du système monétaire international fondé sur la domination du dollar dans un système global de changes flottants. La réforme clef est donc celle du système monétaire international.  Ce diagnostic n’ayant pas été fait, l’action des uns et des autres flotte dans l’approximation  et n’a pas d’autre boussole  que l’urgence dans la panique.

Dans l’urgence et dans la panique, on a sauvé les banques menacées de faillite généralisée. Dans l’urgence et la panique on a laissé les déficits publics gonfler démesurément. Dans l’urgence et la panique on a tenté de sauver la confiance par des réunions surmédiatisées du G.20 qui n’ont débouché sur rien.

La récession atteint en France son quinzième mois. Les six derniers mois n’ont vu aucun redressement. Au contraire tous les records de gravité sont battus avec une grande constance, en même temps que les médias et les politiques ne cessent de mettre en exergue des signes de reprise qui s’évanouissent au fur et à mesure. Aucune des mesures prises n’a pu inverser le cours des évènements. Seul le discours politique a changé, passant du libéralisme débridé au dirigisme socialisant,  le thème de la rupture restant la seule constante.  Il faut dire qu’il était uniquement verbal et que son ambigüité permet de le maintenir sans douleur.

Sur cette toile de fond d’impuissance, on est passé du plan de relance, qui n’a rien relancé, au plan de préparation de la sortie de récession, qui n’est pas en vue.

Alors que nous voyons qu’à fin 2009 le déficit public  sera supérieur à 150 milliards d’Euros (avec 200 milliards en vue pour 2010), alors que tous les systèmes sociaux n’auront pas encore été à cette date sollicités à plein régime (le chômage va exploser en 2010 et monter au dessus de 10% de la population active et 25% du salariat du secteur marchand) et que rien ne montre un redressement quelconque de l’activité ni l’apparition d’un nouveau système stable d’échanges internationaux, l’Etat français se voit privé de ressources.

Dans la panique et l’urgence, la seule idée qui s’impose est celle d’un emprunt. La voie fiscale étant fermée, la ressource ne peut venir que du bas de laine ou de la Banque Centrale. La Banque Centrale en est aux mesures « non conventionnelles », c'est-à-dire à faire fumer la vieille planche à billets, et ne peut guère être sollicitée au-delà.  Reste l’emprunt.

Nous avons écrit, en septembre 2008, que la solution du grand emprunt était à considérer. Lorsque le crédit s’effondre et avec lui les bourses, des sommes gigantesques sont à la recherche de sécurité et  le trou d’activité ne peut être compensé que par des mesures de dépenses publiques. Un grand emprunt national lancé en octobre 2008 aurait eu un impact certain, associé à une réforme immédiate du système monétaire international.

En stabilisant les relations économiques internationales, et en compensant au moins partiellement les effets du « credit-crunch », on pouvait atténuer de façon peu coûteuse la crise naissante. Nous avons ajouté qu’il fallait en profiter pour mettre fin à l’ISF basé sur la valeur des biens, pour un ISF basé sur les grands revenus, et faire revenir les capitaux cachés à l’étranger. On aurait pu associer grand emprunt et retour des capitaux en imposant une option entre taxation et souscription : par exemple taxation à 25% pour les sommes rapatriées sans placement et 10% pour celles qui iraient au grand emprunt national. L’Etat français aurait récupéré à bon compte des milliards d’euros et le taux de l’emprunt aurait pu être très bas : 1.5% défiscalisé sur l’IR (mais pas la CSG) et indexé sur l’inflation aurait suffit.   Il est probable qu’on aurait pu collecter près de 25 milliards d’euros qui auraient garanti une action forte de l’Etat dès 2009 sur les dossiers d’investissement stratégiques.

L’emprunt envisagé est prévu pour le début 2010, date où la ruine des finances publiques sera manifeste, et après 15 mois de politique du chien crevé au fil de l’eau. Aucune réforme du système monétaire international n’est prévue. Les déficits se sont accumulés. Le nombre des faillites et des licenciements va exploser à partir de l’automne 2009.  La peur s’est accumulée. Elle a changé de nature. Les épargnants craignent désormais une inflation incontrôlée. Un taux très bas sans sucette fiscale et de garantie vis-à-vis de l’inflation ne séduira pas. Les épargnants préféreront les obligations un peu risquée à 5 ou 7%  sur une période relativement courte (4 à 7 ans) plutôt que de la rente faiblement rémunérée et menacée par l’inflation. Les détenteurs de patrimoines lourdement touchés par la crise et l’ISF ne souscriront pas facilement. Ceux qui gardent une partie de leur argent à l’étranger n’y participeront pas.  Tout cela ne signale pas un climat particulièrement favorable à un grand emprunt national, sauf accompagnement ad hoc, tendance radicale.

On parle toujours de confiance lorsqu’il s’agit d’emprunt. Mais l’humeur générale est plutôt hostile à ce qui rend l’épargnant confiant.

Au milieu des années 1970, George Marchais, le secrétaire général du Parti Communiste Français, alors que l’on parlait de l’actualisation du Programme Commun de Gouvernement, s’était exclamé : « il faut un impôt radical qui au dessus d’une certaine somme, prenne tout ».  En un mot il fallait un revenu maximal. Personne n’aurait pu gagner plus.  La droite s’était aussitôt insurgée devant des mesures aussi bolcheviques et les socialistes avaient du monter au créneau pour expliquer que jamais, au grand jamais, une telle provocation n’était dans leurs intentions.  Que constatons-nous aujourd’hui ? Que ce sont des députés de droite qui le suggèrent et qui reprennent l’idée d’un salaire maximal.  En même temps, M. Woerth avertit que le secret bancaire étant en voie de disparition, il importe que les « délinquants » rapatrient spontanément leurs avoirs et vite, tout en sachant qu’au mieux, sans pénalité, l’heureux retour se fera avec un prélèvement de près de 60%. Et qu’après il y aura à nouveau toute les joies de l’ISF et des prélèvements fiscaux et sociaux. En un mot, un fois de retour, les capitaux perdront régulièrement de leur valeur et devront être vendus pour payer l’impôt. Rappelons qu’avec un taux marginal de 1.8 alors que les placements actuels sûr rapportent 1.5%, sur lesquels on prélève environ 60%, soit un rendement net de moins de 0.6%, l’ISF est une machine à faire vendre le capital (et là, gare à la plus value !). Surtout si on fait intervenir l’inflation.

Mieux encore, voilà que les mêmes voix de droite suggèrent de rendre OBLIGATOIRE la souscription au nouvel emprunt. Il est vrai que si on enlève tout argument de nature à séduire l’épargnant, l’espoir d’une collecte suffisante ne peut reposer que sur l’emploi de la force. Mais l’emprunt forcé rappelle fâcheusement les violences d’état du moyen âge. Pourquoi ne pas rétablir les corvées pendant qu’on y est ?  

Le climat général est à la violence contre « l’argent ». Alors qu’il se terre après avoir pris une bonne raclée.

Pour l’observateur des médias, qui sont en France aussi moutonniers qu’un banquier, ce qui n’est pas peu dire, et où on constate que quatre ou cinq personnes fixent le bien penser et son tempo, il est intéressant de constater que simultanément et unanimement les commentaires des radios, des télévisions et des journaux à l’annonce de l’emprunt se sont fixés sur la norme : attention danger !

 C’est à qui rappellera avec le plus de force que les emprunts précédents ont été des catastrophes nationales. L’emprunt Pinay indexé sur l’or en période de haute inflation s’est révélé il est vrai fort coûteux. Le cas Pinay est l’exemple même d’un mythe politico-économique  entièrement fabriqué. Le plus bel exemple de « com’ » de la Quatrième République. L’homme au chapeau rond, au physique ingrat d’une province qui ne s’attache pas aux frous-frous de l’esthétique, à la moustache aussi ringarde que délicieusement vieille France, se devait, muni d’une auréole d’or, de devenir l’archétype de la confiance incarnée. A tel point que la visite au sage (ou ermite)  de Saint Chamond deviendra un rite (assez grotesque il faut bien le dire)  lorsqu’il s’agira de lancer un nouvel emprunt. Ce que Giscard, qui imaginera le pire emprunt de toute l’histoire de France, au moins du point de vue des finances publiques, ne manquera pas de faire avec toute la pompe et l’hypocrisie requises.  A ce point qu’à Science-pô, le sujet « Pinay » donne droit au corrigé type : « Pinay emprunteur – Pinay emprunté » !

Cet emprunt Pinay est intéressant pour une de ses caractéristiques. Afin d’éviter les critiques socialistes comme quoi il faisait payer aux pauvres l’intérêt aux riches souscripteurs, un argument que l’on retrouve aussi partout actuellement, dans des bouches de droite comme de gauche, les promoteurs de l’emprunt avait assorti les avantages consentis au « capital » d’un avantage social très important : le 1% du Chiffre d’affaire accordé au CE d’EDF en toute défiscalisation ! Un énorme cadeau fait à la CGT qui régnait en maître sur l’institution. Cet avantage devait cesser avec l’ultime remboursement de l’emprunt Pinay. Devinez ce qu’il en est advenu !

Plus intéressant, on voit que les grands emprunts nationaux suivent en gros le rythme des récessions décennales. Les trois derniers (Giscard, Mitterrand et Balladur) correspondent aux trois crises de 74, 82, 93.  En 2002, la mondialisation de la finance  avait rendu inutile cette opération : il suffisait de se fournir sur le marché international des capitaux sans agrémenter l’emprunt de douceurs particulières. Et la crise n’avait pas été trop sévère.

Les conditions d’emprunt aujourd’hui restent bonne sur le marché international qui considère désormais qu’un plancher a été atteint pour les baisses de capital  et qu’un rendement et un capital garantis par un Etat crédible est toujours bon à prendre, en attendant mieux. Caisses de retraites et assureurs ont une grande faim de ce genre de papier. En France et dans le monde.

Alors pourquoi un grand emprunt qui vient trop tard pour enrayer la crise, qui s’ajoute aux emprunts permanents effectués par le Trésor sur les marchés, et dont on voit qu’un climat a été créé pour qu’il ne soit pas attractif ?  Le tout dans une ambiance de violence contre la richesse…

La réponse est simple : pour pouvoir continuer à dépenser sans contrainte. L’emprunt est un expédient qui permettra de boucher les trous immenses que la crise va continuer à creuser au moins jusqu’à fin 2010 dans tous les comptes publics.  Son lancement occupera les esprits au moment où les chiffres de 2009, sinistres, commenceront à sortir. Le tapage fait autour des projets de dépenses permettra de conserver le leadership de l’opinion jusqu’aux élections régionales.

Et après ? Après on prie pour que les « prévisions » qui indiquent une légère croissance en 2010 soient au rendez-vous et qu’aucun accident majeur qui relancerait la crise ne se produise dans le monde sur le front économique.

Une fois de plus le calendrier est plus politique qu’économique.

Rappelons que sans réforme du système monétaire international, sans réforme forte du système bancaire (et plus largement financier)   et sans rupture réelle en France avec le « tout Etat » à base d’impôts délirants et de dettes  indéfinies, nous ne ferons qu’aggraver les choses à moyen terme.

Et peut-être bien  à court terme.

Les fous ont-ils pris le contrôle de l'asile ?

Pour un site de commentaire de l’actualité économique, qui est notre vocation,  la richesse actuelle nous sollicite de partout : faut-il lancer un grand emprunt national ? Faut-il donner des coups de pouces au SMIC ? Faut-il réformer drastiquement la fiscalité en faveur de l’écologie ? Peut-on échapper à la retraite à 65 voire à 67 ans ?

Nous avons retenu aujourd’hui une réaction qui entre dans la catégorie « attitude » et qui, derrière ses côtés paradoxaux, ouvre des fenêtres sur des aspects historiques et prospectifs assez profonds.

Yves de Kerdrel du Figaro et du Journal des Finances publie en Opinions dans le numéro du 23 juin 2009 un brulot contre une réforme récente lancée par le Président Obama : Les banquiers centraux voient leurs pouvoirs élargis à la supervision des risques systémiques aux Etats-Unis comme en Europe. Pour notre auteur « les fous ont pris le contrôle de l’asile ». « Les apprentis sorciers de la banque et de la finance ont réussi à se faire désigner comme les gardiens de la vertu financière ».

Une telle éruption contre l’establishment financier à qui il ne manque que les hauts de forme pour être le parangon de la plus haute distinction et de la plus exemplaire moralité,  dans un journal généralement moins révolutionnaire, est intéressante.

La question de la banque centrale est posée depuis les tout débuts de la banque moderne. Les Etats ont de tout temps eu besoin de financements importants. La création monétaire et la mobilisation de l’épargne concentrée pas trop loin de son pouvoir l’intéressent.  Dès le 17ième siècle l’idée s’impose d’une banque particulière qui aurait des privilèges spéciaux  et des relations particulières avec l’Etat. Le développement du billet de banque donne à cette idée une impulsion irrésistible. En France cela se passe mal avec le système de Law qui capote assez vite et finit dans le discrédit. L’Angleterre s’en sort mieux  avec une banque centrale qui se veut le parangon absolu de la vertu et porte l’idée de la respectabilité là où elle n’était pas spontanément. Il faudra Napoléon désireux  de financer son empire et de doter le pays d’une monnaie stable et digne pour qu’une banque centrale renaisse, confiée comme il se doit aux pires profiteurs des biens nationaux que la révolution française ait connu. Les Etats Unis refusent absolument toute banque centrale. Il faudra attendre la veille de la guerre de 1914 pour qu’une banque de ce type naisse et encore, on lui donnera un nom bizarre pour calmer les inquiétudes de ceux qui n’en veulent surtout pas : un système fédéral de réserve, ce ne peut pas être une banque centrale !

 La crise de 1929 viendra mettre un terme à tous les systèmes autonomes de création monétaire décentralisée fondée sur des critères prudentiels et non pas sur la régulation d’une banque centrale d’émission (le Canada cédant en dernier en 35-36).  A partir de 1971 l’idéologie des changes flottants s’impose : les métaux précieux n’ont plus de rôle monétaire. Les monnaies sont purement administratives (Fiat money pour les anglo saxons). Elles n’ont aucune valeur réelle mais seulement une valeur relative vis-à-vis d’elle-même : le contrôle de l’inflation devient la mission essentielle des banques centrales. Pour éviter les tentations, la majorité des banques centrales deviennent plus ou moins indépendantes des Etats qui, en situation normale, ne peuvent plus avoir recours à la planche à billets.  Si la monnaie ne perd pas trop vite sa valeur tout va bien.

Chaque poussée de centralisation a été justifiée par des scandales ou des difficultés financières. La « main invisible » qui permet à des instincts individuels même douteux de servir les besoins collectifs n’a jamais marché dans le domaine de la finance. Le cycle décennal est clairement lié au cycle du crédit, une purge régulière étant nécessaire pour éliminer les excès des périodes d’euphorie. A chaque crise un peu forte, accompagnée pour les épargnants par la perte de leur dépôt, la régulation a été centralisée et renforcée.  Faut-il y voir une montée progressive vers une meilleure maîtrise de la finance    ? Il est facile de montrer que non.

La FED est crée en 1913 après la crise bancaire  de 1909. Dès la guerre de 14 finie, on connaît la crise de 1921, puis celle de 1929. La FED se révèle incapable de contrarier l’épidémie de faillites bancaires. Il fallut créer une autre institution le FDIC, qui a donné une garantie d’Etat aux dépôts des banques pour que les faillites cessent en 1934-35.   Exemple historique qu’une banque centrale est d’abord incapable d’éviter une crise et ensuite de l’arrêter.  En France ce fut exactement pareil à tel point que c’est la contradiction entre la politique de déflation menée par le gouvernement Laval et celle, soudain laxiste de la banque centrale, qui fera que la France sera le pays qui souffrira le plus de la crise de 1929 !  Les banques centrales firent profil bas pendant les vingt ans qui suivirent. Il est donc relativement facile de prouver par l’histoire passée que les banques centrales furent toujours de mauvais pompiers et parfois d’excellents pyromanes.

Depuis l’instauration des changes flottants, les choses sont devenues à la fois plus complexes et plus voyantes. Le rôle des banques centrales est clairement de réguler l’émission de monnaie de crédit (par les banques, principales sources de création de monnaie) afin de limiter la hausse des prix.

Pas de chance, le cycle des crises décennales demeure.

L’ennui c’est qu’elles sont généralement aggravées par les banques centrales.

Après le chaos initial qui a suivi l’introduction du système et la stagflation qui en fut la conséquence, le FED provoque avec Volcker un « refroidissement » très sévère qui ramène l’inflation à un niveau plus raisonnable.  Vient alors Greenspan qui se moque des déficits extérieurs et lâche la bride à la création monétaire à chaque fois qu’une récession montre le bout de son nez. Le résultat : des bulles financières à répétition et des crises violentes dont on ne sort qu’en préparant la prochaine. Les politiques et les banquiers centraux se prêtent la main aux Etats Unis pour créer les conditions d’une crise aggravée.  On supprime les garde-fous mis en place dans les années trente ; on laisse se créer des mastodontes « too big to fail » en espérant qu’ils conquerront le monde ; on développe le crédit dans son volume et dans ses formes sans aucune limite ; on encourage les formes d’assurances crédits et de véhicules de placement les plus dangereux.  Après l’explosion du système Greenspan le gourou devient le pestiféré en même temps que son principal bras droit continue sa politique  exactement de la même façon : en noyant sous la création de monnaie tout problème de conjoncture.

Il est donc facile de prouver aussi par l’histoire récente  que les banques centrales furent toujours de mauvais pompiers et parfois d’excellents pyromanes.

Dans notre article de septembre 2007  ces vérités incontournables nous avaient conduit à écrire : « Quatrième erreur : croire que les banques centrales peuvent enrayer seules le retournement de la conjoncture ». Ce que la suite a amplement prouvé et prouve tous les jours. Si les dépôts en banque des particuliers ont été jusqu’ici sauvés, ce n’est pas par l’action des banques centrales mais grâce à la garantie renouvelée des Etats.  Quant à la récession elle se déploie en s’aggravant  depuis 2007 sans que l’action des banques centrales ne l’ait en rien ralentie.

Alors oui nous pouvons soutenir Yves de Kerdrel dans son observation : les pouvoirs nouveaux de régulation sont bien accordés sinon à des malfaiteurs du moins à des impuissants. On espère sans preuve que ces nouveaux eunuques issus du sérail financier seront castrateurs pour le plus haut bien public tout en laissant des organes lourdement lestées en testostérone galoper dans le Harem.

On   On aurait pu imaginer une approche autrement efficace : Mettre fin aux émissions monétaires dévoyées liées au système des changes flottants,      Réduire la puissance des institutions financières en spécialisant les champs d’activités et en évitant les trop grosses concentrations. Interdire certaines pratiques dangereuses  comme le transfert vers l’assurance des risques bancaires, le short sur monnaie, les opérations à trop fort levier etc.

En réduisant la pression dans la cocotte minute financière, on réduisait d’autant le besoin de gendarme. Là, on a vraiment l’impression d’une fuite en avant dans l’erreur. On ne fait rigoureusement rien sur les sources fondamentales de la crise (les changes flottants notamment) et on fait grandir la taille du képi sur la tête de régulateurs qui ont montré que la régulation n‘était pas possible après avoir pensé qu’elle n’était pas souhaitable.

Un réel problème.  

L'impossible retour aux accords de Bretton Woods (suite)

Suite de l'article précédent

En vérité le système était vicié à la base. Aucun mécanisme n’était prévu pour garantir que la politique monétaire américaine maintiendrait la valeur de la monnaie en or. Au contraire, le système instituait une « dissymétrie »  (en clair : une inégalité structurelle en faveur des Etats-Unis) et le potentiel pour le renouvellement des doubles pyramides de crédits néfastes constatées en 1939.

L’arrivée de Kennedy et le lancement d’une politique dispendieuse aussi bien de course aux étoiles que d’interventions militaires tous azimuts, signifiaient une politique monétaire hyper inflationniste d’autant plus facile à financer qu’elle l’était dans la monnaie mondiale. 

Jacques Rueff reprit sa plume pour signifier que le système était le même que celui de 29 et risquait de déboucher sur une crise du même type. Le professeur Triffin expliqua doctement toute la contradiction qu’il y avait  à faire dépendre la croissance mondiale d’une monnaie nationale dont les comptes extérieurs devaient être obligatoirement déficitaires pour alimenter le commerce international en monnaie.

Les faits furent au rendez-vous. Le Gold exchange standard se mit à hoqueter dès le milieu des années 60. De Gaulle exigea au milieu des ricanements la fin du système et le retour aux disciplines de l’étalon-or.  La guerre du Vietnam fit le reste.  Lassée d’engranger des dollars qui alimentaient chez elle une inflation de moins en moins maîtrisable, la RFA mit fin au système de Bretton Woods et Nixon décréta l’inconvertibilité du dollar en or.

La crise majeure de 1974 suivit qui chamboula complètement l’économie monde. La France ne s’en est jamais remise.  Un système par défaut, les changes flottants se mit en place, qui provoqua des crises de plus en plus importantes jusqu’à l’éclatement actuel.

On dira : d’accord, le système de Bretton Woods était inégalitaire et contenait ses contradictions internes, mais il a été tout de même responsable des trente glorieuses. Après tout nous acceptons ses inconvénients si on revit à nouveau trente années de croissance glorieuse.

Les circonstances ont joué  dans les trente glorieuses : un changement de mentalité vis-à-vis de la dépense publique, une énergie renouvelée, le dynamisme de la reconstruction, le plan Marshall marquent l’immédiat après guerre. Ce fut une période d’inflation mais de plein emploi, de famine de dollars chaque pays en recherchant pour reprendre pied sur les marchés extérieurs.  Pendant dix ans-quinze ans les défauts intrinsèques du système furent des avantages.

Ce n’est qu’à partir de 1963 que les tensions se manifestèrenent et s’aggravent constamment, au point qu’on finit par inventer les droits de tirages spéciaux,  jusqu’à l’explosion finale et la crise de 74.

Le retour au Gold exchange standard en Dollar nous remettrait immédiatement dans la situation de la fin des années soixante.

En revanche la stabilité des changes et la responsabilisation des Etats vis-à-vis du taux de change de leur monnaie, malgré mille accrocs, avaient montré son avantage. Le plein emploi avait été assuré sachant que tous les pays tentaient d’aller au maximum de leurs capacités en se tenant à la limite du déraisonnable.  Tous sauf les Etats Unis.

En l’absence de possibilité de revenir à un étalon-or ou au GES dollar, que peut-on faire ?

Créer un système de changes fixes sans monnaie prédominante. Chaque Etat redevient responsable du taux de change de sa monnaie vis-à-vis des autres, sauf à être écarté du commerce international. Les déficits et les excédents excessifs sont prohibés. Une unité monétaire internationale est créée basée   sur un panier de valeurs à définir pouvant inclure l’or, le pétrole et ce qu’on voudra. Il est interdit d’inclure dans les réserves des banques centrales quelques devises que ce soit.

Le stock outil des devises pour chaque pays est géré par une instance différente de la banque d’émission. L’accumulation des devises étrangères n’a pour but que de faciliter les transactions  et ne peut pas servir à créer de la monnaie locale. La compensation des soldes des balances de paiement se fait en monnaie internationale, le FMI retrouvant son rôle de  régulateur. Les Etats unis sont à égalité de traitement que les autres et perdent leur droit de veto.

Le système global retrouve des responsables : les Etats et un gendarme le FMI. L’encadrement de la finance reprend son sens. Les opérations de « short » sur les monnaies sont interdites. Les mouvements de capitaux à court terme sont contrôlés autant que de besoin. Les entreprises retrouvent une boussole et une sécurité. Des plans d’action peuvent être définis qui ne sont pas à la merci de changements irresponsables de la valeur respective des monnaies ou de brusques coups de folies sur les marchés.

Dans cette affaire l’important est l’égalité des devoirs, la responsabilité des Etats, avec une régulation supranationale et la stabilité de changes fixes,  ajustables uniquement avec l’accord général.  L’idée centrale est celle d’un développement coordonné et général, sans déséquilibres majeurs, avec une pression vers le plein emploi.

Les changes flottants avec une monnaie nationale de fait devenue la monnaie internationale et une finance débridée ne peuvent pas permettre d’atteindre ces résultats. Cette triplette tragique doit être éliminée d’un coup.

Il faut utiliser la pédagogie de la récession avant qu’elle ne tourne à la dépression pour obtenir le changement nécessaire. On en est loin.  La majorité des responsables n’osent pas aborder la question des changes flottants, seuls quelques pays attaquent le rôle du dollar et pas nécessairement les plus recommandables, et la régulation de la finance se résume à la lutte contre les paradis fiscaux et à des mesures locales presque sans intérêt.

Jusqu’ici les autruches ont toujours cru que le débondement de la production de dollars suffirait à faire sortir de la crise (1974, 1982, 1987-1992, 1998-2003, 2008-2009), avec un abandon des disciplines budgétaires. Il se peut que cela suffise encore une fois, même si on peut douter d’une sortie de récession spontanée et de la qualité de la situation mondiale avec un système bancal et des acteurs totalement étouffés par des déséquilibres monstrueux et des dettes publiques ingérables.

Mais ce qui est sûr c’est que cette reprise ne pourra JAMAIS devenir la base d’une croissance équilibrée et durable et que le pire surviendra peu après avec une violence cette fois-ci si dévastatrice qu’il vaut mieux ne pas y songer.

Il faut réformer le système monétaire international et mettre fin aux changes flottants.

En urgence. 

Didier Dufau pour le cercle des Economistes E-toile

  

 

L’impossible retour aux accords de Bretton Woods

La réforme du système monétaire international est la grande absente de toutes les réflexions menées depuis le krach de septembre 2008. Le système des changes flottants  est un sujet quasiment tabou bien qu’il n’y ait aucun corpus économique important et convaincant justifiant son hégémonie. La contestation vient par un biais : la critique du rôle du dollar notamment par les pays dits du « bric », Brésil, Russie, Inde et Chine. Plusieurs d’entre eux ont accumulés des réserves en dollars immenses dont ils craignent que la valeur ne s’évapore.   Contrairement au Japon qui a accepté de se voir ruiné à plusieurs reprises par des baisses importantes du cours du dollar, ces pays ne sont pas alignés sur les Etats unis et peuvent exprimer leur inquiétude.

La création monétaire débridée de dollars par la FED leur fait craindre un effondrement de cette monnaie à plus ou moins court terme. Dans un système de change flottant si une opération de spéculation en ce sens était déclenchée, elle serait impossible à arrêter.  Si les Etats ne considèrent pas comme de leur responsabilité d’assurer une valeur externe de leur monnaie, et se concentrent sur sa stabilité  interne, mesurée par les prix à la consommation, rien n’empêche en effet un effondrement. Le yoyo du dollar est une réalité qui a fait passer sa valeur en euros par exemple du simple au double. Rien n’interdit de penser que le dollar ne puisse encore baisser fortement, bien qu’il soit déjà au plus bas. Les accords occultes entre la FED et la BCE réduisent actuellement les fluctuations entre Dollar et Euro. Rien n’indique qu’en cas de tourmente monétaire ce gentleman’s agreement pourra être maintenu.

L’effondrement du Dollar aurait des conséquences immédiatement cataclysmiques et entraînerait dans la foulée la fin du libre échange tel que nous le connaissons. En fait on se retrouverait ipso facto dans la situation qui avait prévalu au début des années trente lorsque le Dollar, après la Livre, avait été fortement dévalué. Le marché international des devises-papiers (fiat money pour les anglicisants) est incapable de trouver un équilibre rationnel quelconque en temps normal. Il l’est encore moins en cas de crise générale, et ne le serait plus du tout en cas de panique générale alors que les planches à billets fonctionnent à plein régime.

Chacun sent que le régime des changes flottants est une croute monétaire hyper fragile sur laquelle on ne peut avancer qu’en marchant sur les œufs et que si elle craque ce sera panique à bord et sauve qui peut.

C’est une des raisons pour laquelle nous affirmons depuis septembre 2008 que la première mesure qu’il fallait prendre était de stabiliser le système de changes avec responsabilisation des Etats vis-à-vis de la valeur extérieure de leur monnaie.

L’ennui c’est que le débat sur une réforme du système des changes n’est pas ouvert et que les solutions sont peu explorées et encore moins débattues. On parle d’un retour à l’étalon or sans véritablement en comprendre les contraintes qui sont sévères. Ou d’une restauration du système mis en place à Bretton Woods qui est peu souhaitable.  Il faut donc se projeter dans un autre univers que ceux que nous avons connus ce qui n’est jamais simples. On n’entre pas dans l’inconnu sans précaution. Comme aucun débat suffisamment général n’a eu lieu, les autorités ont l’impression que ce serait de l’aventurisme pur.  En cas de crise le premier réflexe est le repliement sur les certitudes et le confort des habitudes. Politiquement c’est ce qui explique le virage à droite initial de l’opinion dans les élections politiques. Economiquement, on fait bloc sur ses certitudes. En fait on se raccroche à ce qui est à portée de la main, même quand il s’agit de brindilles.

L’étalon-or n’a pas connu une période de généralisation très longue et cette période n’a pas été particulièrement heureuse. Jusqu’en 1873, c’est le bimétallisme or et argent qui régnait, non sans crises majeures. Il a été rendu impossible par la découverte de nouveaux filons et surtout de nouvelles techniques d’extraction d’or qui a provoqué des désordres monétaires continuels jusqu’à ce que l’argent soit démonétisé. Il s’en est suivi une première « grande dépression » à la fin du dix neuvième siècle particulièrement regrettable.

Peu de gens savent encore que le mode d’ajustement des balances extérieures en système d’étalon or est la déflation. Plus personne n’accepte la déflation. Les salaires sont quasiment fixés. L’Etat considère que ses recettes doivent être protégées à la baisse. Les grands groupes tiennent leurs prix. En un mot : le mode d’ajustement de l’étalon or est inopérant et ne serait plus toléré.  Imaginons que nous soyons en régime d’étalon or : la Chine aurait accumulé un tas d’or mais en provoquant une déflation proportionnelle aux Etats Unis.   Un rééquilibrage dur des échanges se serait alors produit avec baisse des salaires et des prix aux Etats-Unis.   Dans notre société basée sur les grands groupes, les syndicats, l’Etat omnipotent, il n’y aurait aucune chance pour que la potion soit avalée.  Les autres raisons souvent avancées pour refuser l’étalon or ne sont pas convaincantes.

Certes l’or est actuellement fort mal réparti et le seigneuriage donnerait des boni importants à certains. Mais une fois le système en place les stocks bougent et se retrouvent là où ils doivent être. La crainte d’un manque de liquidité du fait d’une insuffisance d’or est également infondée. La production d’or augmente à un rythme de 2 à 4% par an ce qui est le rythme hors inflation de la croissance. Quant aux hymnes à l’irrationalité d’un système qui consiste à faire des « trous dans la montagne », ils sont exclusivement polémiques et n’ont pas d’intérêt en soi. S’il fallait faire des trous dans la montagne pour avoir une croissance heureuse et durable, pourquoi pas ?

La vraie raison de l’impossibilité de l’étalon or est que ses mécanismes d’ajustement ne sont pas politiquement acceptables et ne correspondent pas aux nouvelles structures économiques. Elles ne fonctionneraient pas.

Le retour au système mis en place à Bretton Woods, le Gold-dollar exchange standard, ne convient pas plus. Rappelons que ce système consiste à ne définir qu’une seule monnaie convertible en or, le dollar, toutes les autres étant définies par un taux de change vis-à-vis du dollar.  Ce système de Gold exchange standard (GES), étalon de change-or en bon français, avait déjà été essayé après la guerre de 14-18 devant l’impossibilité pratique de revenir à l’étalon or : pratiquement tout l’or était centralisé aux Etats-Unis. Toute la période est marquée par des tourments monétaires continus. Jacques Rueff, un observateur particulièrement affuté, remarqua très vite que le GES avait été finalement le responsable principal de la crise de 1929.  C’est lui le père de la dénonciation de la « double pyramide de crédits »  que permet le système. Le pays qui a dispose d’une monnaie pivot finance ses déficits extérieurs par la création monétaire (facile : c’est sa propre monnaie qui sert de monnaie mondiale) en même temps que les excédents accumulés à l’extérieur finance également une même inflation de crédit. Le système est auto entretenu et au bout d’un moment on aboutit à des situations d’endettement global ingérable.  D’une part les crédits ne servent plus principalement à financer l’expansion mais la spéculation (la création monétaire va plus vite que le potentiel de croissance) ou l’inflation, d’autre part leur niveau par rapport au PIB devient tel qu’il est impossible de rembourser. On aura atteint en 1929  aux Etats-Unis un taux d’endettement de près de 400% du PIB en 1929. Il est facile de calculer le niveau démentiel de croissance qu’il aurait fallu pour payer les intérêts et rembourser le capital d’une pareille dette sans vendre le capital national. Ce sont les créanciers  qui ont payé.  Et l’activité.

A Bretton-Woods cette leçon n’a pas été tirée.  Les Etats Unis était devenue une hyper puissance. Elle détenait toujours l’essentiel de l’or du monde. Elle était la créancière de toutes les démocraties occidentales. L’économie européenne était par terre. La Livre britannique avait été totalement supplantée par le Dollar. Le retour à l’étalon or n’était pas plus concevable qu’en 1918. Les beaux esprits expliquèrent que si le premier étalon de change n’avait pas fonctionné c’était parce qu’il y avait trop de monnaies de référence. En fait toute monnaie convertible en or pouvait servir de réserves de changes susceptibles de justifier la création de monnaie dans les pays créditeurs dans ces monnaies.  Une banque centrale pouvait créer de la monnaie nationale à due concurrence de ses entrées de devises convertibles. La concurrence entre les émetteurs de monnaies « bonnes comme de l’or » déstabilisait le système. Ces défauts n’existeraient plus avec une seule monnaie triomphante et base de tout le commerce mondial, le dollar. Le monde ne risquerait plus la pénurie de monnaie internationale, comme c’était le risque supposé avec l’or. La puissance de l’économie américaine et son rôle directeur dans l’économie mondiale garantissait en fait tout autant que la référence à l’or la valeur de la monnaie de référence, et indirectement la valeur des monnaies des pays qui « ne feraient pas plus de bêtises que les autres ».  Les pays autres que les Etats-Unis  étaient tenus de faire  les efforts nécessaires pour maintenir la valeur de leur monnaie en dollar. Les Etats unis étaient tenus de garantir la valeur du Dollar en or.  En avant pour les « trente glorieuses ».

En vérité le système était vicié à la base.

 

A suivre ...

Fausse reprise et fausses réformes

Une fois de plus on a vu une « reprise psychologique », totalement virtuelle,  emporter la presse internationale et les institutions politiques alors qu’absolument rien ne le justifiait.

Comme nous l’avons prévu et écrit depuis 2006, la crise est plus dure que celle de 1993 qui fut pourtant la plus sévère depuis la guerre. Beaucoup plus dure. Tous les records sont battus sur tous les fronts. Pas un jour sans qu’on nous annonce un désastre « jamais vu depuis les années 30 ». L’exercice qui consiste en permanence à rectifier les statistiques du passé à la baisse et les perspectives du futur à la hausse est certes bien intentionné mais peu représentatif de ce qui se passe sur le terrain.

Le rebond de la bourse doit être analysé avec un minimum de prudence. Comme d’habitude la réaction à la baisse a été plus loin que nécessaire. Et il y a eu une réaction normale. Mais qu’elle est minime ! Si on ramène les cours du CAC en unité monétaire réelle (en déflatant l’inflation), on s’aperçoit qu’on est proche des plus bas historiques depuis la guerre de 40. Les hausses nominales en unité monétaire courante masquent la réalité. On sait que l’Euro est désormais à parité de valeur avec le Franc du milieu des années 60. C'est-à-dire que la monnaie a été à peu près divisée par 6 ou 7 depuis cette période. Un indice de 3200 actuel  correspond donc  à moins de 500 en valeur constante. Laissons aux statisticiens le soin de faire les calculs précis. Mais cette approximation suffit pour constater que les cours actuels sont infimes. Il était normal que l’on rebondisse de 2500 à plus de 3000. La hausse est due principalement à la revalorisation des titres qui avaient été massacrés. En revanche les cours des blue ships ont eu tendance à s’effriter malgré le rebond. En un mot : les spéculateurs ont joué les valeurs spéculatives ; les épargnants ont quitté la bourse et n’y sont pas revenus, boudant même les belles valeurs qui après voir mieux résister s’enfoncent à leur tour.  Tout ceci ne correspond à aucune anticipation de fin de récession.

De même les rebonds plus ou moins saugrenus que l’on constate sur les marchés de matières premières n’ont pas à être pris comme des signes absolus que tout repart. La spéculation est toujours là alors que les courbes de consommation sont au plus bas. La Chine qui craint comme la peste un effondrement du Dollar a converti une partie de ses réserves de devises en stocks réels. Ce faisant elle a induit une restriction du crédit aux Etats unis (où ses dépôts étaient placés) et alimenté une hausse des cours totalement disjointe des consommations. L’effet ne peut être que temporaire. Sur aucun marché on ne constate de reprise marquée. Au contraire tous les marchés sont maintenant confrontés à des baisses sensibles qui forcent les intervenants à des restructurations massives.  La Chine qui prétend avoir une croissance « meilleure que prévue » a vu ses exportations chuter de près de 27% en mai…

Au total, la récession globale dans le monde sera de 3% (en PIB) en 2009 selon la BIRD, alors qu’on prévoyait il y a encore quelques semaines une baisse historique (ce n’était jamais arrivé depuis la guerre de 40) mais de moins de 2%.

En France, compte tenu de l’énormité  du secteur non concurrentiel et du nombre très important d’inactifs (la plupart des jeunes jusqu’à 25 ans, la plupart des vieux après 55 ans), et de personnes vivant de subventions publiques, l’impression domine que finalement la crise n’existe pas et qu’elle touche uniquement quelques secteurs.  La réalité est très différente. Tous les secteurs sont touchés. La seule question c’est de savoir si la récession vécue est de 10%, de 30% ou de 50%, voire plus. Sur notre indicateur relatif à l’industrie mécanique (2500 entreprises) nous constatons que les commandes sont en baisse de plus de 30% pour plus de …60%  du panel. C’est une bérézina jamais constatée depuis le lancement de notre indicateur. Le tourisme souffre de la même façon, comme le transport des personnes et des marchandises, comme le commerce des boutiques, comme les prestations de conseil aux entreprises et de service à la personne. Même dans les activités subventionnées par l’Etat, les régressions sont importantes. Des spécialistes médicaux qui voyaient leur agenda pleins des semaines à l’avance ont des trous dans leur planning de la semaine en cours. Les dentistes s’occupent des soins et de moins en moins des appareillages et des reconstructions.  Les coiffeurs vivent leur dixième mois d’activité ralentie. Les bistrots marchent au pas (entre 10 et 30% de baisse de chiffre daffaire). Les agences immobilières disparaissent par dizaines tous les mois.  On voit bien avec Marionnaud que les grandes chaînes de boutiques qui fonctionnaient très bien n’y arrivent plus.  Lorsque les statistiques seront connues dans quelques mois, on verra que le second trimestre 2009 aura été très mauvais.  On ne voit pas pourquoi cela devrait changer au troisième.

Toutes les recettes fiscales et parafiscales qui sont liées à l’activité sont en berne. Et à chaque fois qu’on en cite une elle l’est dans des proportions bien pires que prévues. La TVA, l’ISF, les impositions sur les BIC, rien ne rentre. Les recettes sociales régressent ouvrant des abîmes dans les comptes sociaux. Entre l’Etat et les collectivités territoriale d’un côté, et les organismes sociaux de l’autre ont et en train de creuse un déficit annuel supérieur à  100 milliards d’Euros en 2009.

Pendant que la récession de déploie dans toute sa tragique splendeur, les réformes sont quasiment inexistantes.

Aux Etats Unis des textes commencent à sortir pour interdire ou rendre moins préoccupants les CDO. Il aura fallu deux années pour arriver à ce seul résultat. Alors qu’aucune banque, échaudée par l’expérience, ne pratique plus l’exercice et ne veut acheter de tels « véhicules ». La législation ne fait que confirmer ce qui existe déjà. Effet sur la reprise ? Zéro.  Désormais on voit de nombreuses places financières mises en cause par le G.20 de Londres se précipiter pour sortir des listes noires ou grises de paradis fiscaux. Un peu de moralité dans les relations internationales ne font pas de mal. Mais le rapport avec la récession est nul et l’impact sur la reprise inexistant.  Des débats concernent la régulation en Europe des hedge funds. Soit. Mais les hedge funds n’étaient pas à l’origine de la crise  et leur encadrement n’aura aucun effet sur la reprise.

En revanche rien n’a été fait pour restructurer la banque. Au contraire : on a sauvé des molochs « too big to fail » qui savent que désormais ils seront toujours sauvés et que dégagés de la tutelle de l’Etat ils pourront à nouveau sévir sans entraves. Actuellement ils sont arcboutés sur la tâche inouïe de restaurer leurs marges à tout prix (pour le consommateur) pour sortir du collimateur. Ces banques jouent donc contre l’intérêt général en toute impunité.  Un prix Nobel, certes souvent contestable et contesté, Stiglitz,  vient de rappeler que les trop grosses concentrations dans la banque assurance ne garantissent qu’une seule chose : le retour des mauvaises pratiques. Il est amusant que les fonds obligataires que les grosses banques promeuvent actuellement comportent une grosse part de CDS : une fois de plus le risque est réparti entre assureur et banque. Il ne porte plus sur les crédits subprimes mais sur les obligations d’entreprises dont l’avenir est incertain. Où est le changement de pratiques et de mentalité ?

Une des démarches préférées des politiques est de toucher exclusivement au thermomètre et pas aux sources de difficultés.  La discussion sur le changement d’indicateur de croissance est de cette nature. Il n’a strictement aucun sens dans la période actuelle. La révision des normes comptables est un exercice du même genre. La crise des subprimes en juillet 2007 ayant rendu impossible la cotation des CDO ceux-ci ne relevaient plus d’une estimation par les marchés. La norme en cours permettait donc de passer outre sans entrer dans la « pro cyclicité ». Ce qui explique que les réformes patinent joyeusement : aucun système comptable ne permet de masquer durablement une crise !  

L’important c’est d’abord d’éviter la crise.  

On progresse vers la prévention de l’éclatement des bulles. L’étude de L. Alessi et C Dektent, publiée  dans le bulletin n° 8 de la BCE, prouve cette chose absolument neuve et incroyable : la hausse de la liquidité globale annonce qu’une bulle va éclater dans les 6 trimestres suivants.  Mais elle ne dit rien sur les causes de la hausse de la dite liquidité. Lorsqu’en 1992, le lecteur impavide pouvait constater que les en cours à l’immobilier d’entreprise avait été multipliés par 7 par rapport aux encours moyens des années précédentes, il ne fallait pas être grand clerc pour savoir que cela allait craquer et sévèrement dans les deux ans. On s'amuse avec des évidences en faisant croire qu'on a enfin compris.

Lorsqu’une bulle apparait il est déjà trop tard pour agir efficacement. C’est en amont qu’il faut être attentif en éliminant les facteurs de gonflement irrationnel. Nous connaissons aujourd’hui à travers le monde une bulle obligataire : qui bronche ? Personne. Quand un indicateur montre le haut, tout le monde se réjouit.  En France nous connaissons une bulle aberrante des investissements dans les PME du fait de la nouvelle loi sur l’ISF. Qui se plaint ?  Il est plus que probable qu’il y aura à terme une correction sauvage sur les obligations (comme il y en a eu une après 74 sur les junk bonds) et sur les PME (d’ici deux ans, combien restera-t-il des PME surcapitalisées actuellement ?).

En France tout ne finit pas avec des chansons, mais avec des …impôts.  D’ores et déjà l’escroquerie du RSA apparaît dans toute sa splendeur.  Bien sûr il ne permettra à aucun Rmiste de retrouver durablement un travail mais déjà les sommes prévues pour faire fonctionner le système sont insuffisantes. L’impôt de 1.1% sur le revenu de l’épargne ne suffira jamais pour financer cet immense bazar qui met à genoux toutes les institutions chargées de la pauvreté et du chômage. On parle déjà de l’augmenter massivement. On suit le même schéma que pour la CSG et le RMI il y a 20 ans.   Les élections européennes ont été l’occasion de renouveler les paroles d’une chanson insistante : il faut des ressources propres pour l’Europe et vive l’impôt européen.  La mode écologique conduit comme en septembre 2008 à une reprise des hostilités sur la taxe dite carbone.  Avec la plus belle hypocrisie on annonce qu’elle serait créée à identité de pression fiscale !   De même avec l’anniversaire de la taxe Chirac sur les billets d’avion, on reparle d’une extension massive du système. Il est vrai que la récession dans le domaine des transports aériens prive de ressources quelques prébendiers évidemment bien intentionnés.  Tous semblent oublier qu’en France, les prélèvements correspondent pratiquement au niveau de la valeur ajoutée des entreprises. La richesse produite est donc déjà quasiment préemptées par les besoins publics.  En pleine récession, où ira-t-on chercher les ressources nouvelles ? A l’étranger ? La hausse des impôts ne pourra être financée que par la vente du capital privé ou national.  Comme solution durable, on pourrait imaginer mieux !

Partout, faute d’avoir trouver la reprise au second trimestre 2009, on la projette sur 2010. Le monde retrouverait la croissance en 2010 ! Faible, cette croissance, mais réelle. La méthode pour obtenir ce résultat mirifique est d’estimer la demande globale compte tenu des dépenses publiques envisagées et d’en tirer une valeur prévisionnelle du PIB.  En l’absence de toute preuve que l’économie a touché le fond et qu’elle remonte après avoir talonné, ces estimations n’ont strictement aucune valeur.  Il est vrai qu’il est pratiquement impossible de faire de prévisions solides immédiatement après un collapsus aussi important que celui que nous connaissons. Il faudrait pour cela non pas connaître les estimations de dépenses mais les chemins nouveaux de la croissance. Or personne ne voit à l’heure actuelle les ruisseaux qui feront les grandes rivières de la reprise.

Pour la France, on sait que la reprise suit en général celle des Etats-Unis avec un à deux ans de retard.  En imaginant que celle-ci ait lieu à l’automne là bas, l’activité française ne reprendrait qu’en 2011 au mieux. 2010 va donc être plutôt dure et même tragique pour de nombreuses entreprises. Tous les grands groupes français l’ont anticipé en récupérant au plus vite du cash soit par l’émission d’obligations soit en faisant des augmentations de capital à prix cassés. Toutes celles qui auront à se refinancer en urgence en 2010 seront au plus mal. Le budget en cours de préparation l’est sur une base de croissance faible mais croissance tout de même pour 2010. C’est de la fumisterie. Ou de la poésie politique, comme on voudra.

Quand on ne sait rien il est politiquement correct de prévoir une reprise et de la décider presque nulle. Si cela va mieux personne ne viendra crier au Charron et si cela va plus mal, on sera bien triste mais cela n’ira pas plus loin.   En attendant on va bâtir un budget psychédélique sur une hypothèse de croissance qui limitera en apparence le déficit prévisionnel.

Reste la grande question de la déflation : sommes-nous ou non en déflation ? Il est vrai que pour la première fois depuis la guerre les prix ont baissé.

Inflation et déflation sont des termes connotés qui n’ont pas de sens fixé, ce qui rend leur emploi potentiellement dangereux pour une bonne compréhension des faits. La déflation est une réduction, en général voulue, de la masse monétaire, plus rapide que la baisse de la production, entraînant généralement une baisse générale des prix des actifs et des produits de consommation. L’inflation est son contraire : une hausse rapide des moyens monétaires, plus rapides que la hausse de la production,  aboutissant généralement à une hausse générale du prix des actifs et des biens de consommation.

Dans le système de l’étalon or, les sorties d’or provoquaient à due concurrence une réduction du crédit et de la monnaie qui à son tour pesait sur les prix et permettait  un rééquilibre des balances extérieures.  La déflation était donc incorporée dans le système.  Dans les années trente, après la dévaluation anglaise, les Français qui avaient eu longtemps  un bénéfice de change, se retrouvèrent avec des prix trop élevés par rapport aux prix mondiaux. Ils tentèrent une déflation administrative, le système monétaire international n’étant déjà plus un système d’étalon or. Elle fonctionna partiellement mais se heurta à des contraintes politiques et électorales qui aboutirent  au n’importe quoi généralisé.  

Une politique de déflation est donc une politique menée afin de retrouver un niveau compétitif sur le front des changes, après que la compétitivité ait été  détruite pour une raison ou une autre.  En régime de changes flottants l’effondrement du change d’une devise peut avoir pour conséquence une hausse très forte des taux d’intérêt pour freiner le mouvement. Cela n’a rien à voir avec une politique déflationniste même si la hausse des taux d’intérêt est déflationniste par nature. Elle ne vise pas à rétablir la balance commerciale mais à contrer des mouvements de panique sur les mouvements de capitaux à court terme.

La déflation ne peut avoir dans le système actuel que deux sources

- la destruction de monnaie de crédit par les banques. Il est vrai que depuis l’été 2007 ont se trouve dans ce schéma. Mais elle a été pratiquement intégralement compensée par l’émission de monnaie banque centrale.

- le redressement rapide et autoritaire des déficits de balance de paiement ou la ruine des pays créanciers (qui aboutit à détruire de la créance et de la dette mobilisable). Ce mouvement a eu lieu mais pas à une échelle astronomique qui expliquerait un cycle déflationniste.

Nous vivons des pressions déflationnistes mais nulle part des politiques de déflation sont menées.

A l’inverse la crainte d’une hyperinflation à court terme est vaine. La création monétaire des banques centrales peinent à compenser les destructions de monnaie par les banques.

La pression sur les prix est donc le fait de la récession plus que de manipulations monétaires et dépend sur certains marchés sensibles comme celui du pétrole et des produits d’exportation purement et simplement  de la spéculation en environnement de changes flottants.

Nous avons vécu une période de prix à la consommation contenus du fait de l’ouverture de la Chine et de sa politique d’accumulation d’excédents permis par un système conjoint de déficits abyssaux aux Etats unis et d’excédents fabuleux en Chine n, en même temps qu’une création monétaire débridée se concentrait sur les marchés de biens. Nous vivons des poussées spéculatives sur certains prix, dans une ambiance globale dépressive du fait que le désendettement global est en cours. Avec des situations nationales contrastées en fonction des cahots du système des changes. Donc il n'y a pas de véritable déflation, seulement une déprime des anticipations.

Rien n’est venu remplacer le circuit crédit de consommation à l’ouest, investissement au centre, production à l’est. Le système d’échange mondial reste désorienté et ne sait pas dans quelle direction reprendre. L’épargne mondiale est abondante mais gelée. La fragilité et l’instabilité est de règle partout. Aucune réforme réelle de quoi que ce soit n’a eu lieu.

Tout le monde attend le Godot de la croissance, en laissant les banques centrales créer de la liquidité à tour de bras et en laissant filer les déficits publics.  

Si rien ne se passe, comme c’est le cas en ce moment, alors il y aura deux possibilités :

          - Le temps des grandes bêtises comme on l’a vu trois ans après 1929. L’impatience des peuples se manifeste en général après deux-trois ans de crise ouverte.  2011 sera une année dangereuse.

        -  Le temps des grandes réformes et notamment la remise en place d’un système coordonné de croissance mondiale autour d’un système équitable de changes fixes.

Quelques indices montrent que cela frémit un peu  dans ce dernier sens.

Cela méritera une étude spéciale.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile

 

Le Baltic index bouge enfin

Le Baltic index a dépssé les 3000. Il décolle du fond du précipice où il trainait depuis un an. Un signal précurseur d'une réelle reprise du commerce international serait qu'il dépasse 5000. Cela parait loin, mais c'est un index hyper sensible qui a tendance à sauter par bond. Si cela devait se confirmer ce serait la première vraie bonne nouvelle depuis le début de la récession.

L’INSEE avoue (enfin) « une erreur de prévision »

On sait l’intérêt que nous portons sur ce site aux questions de statistiques économiques et de prévisions. Nous y avons déjà consacré de nombreux articles :

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/4/23/FMI--un-an-de-retard

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/4/12/Lettre-ouverte--lINSEE

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/12/8/Les-certitudes-dans-la-crise-mondiale--1--Labsence-de-prvisions-srieuses

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/8/22/Le-PIB-le-Pauvre-Indicateur--Biais--de-la-conjoncture

C’est évidemment une question centrale pour ceux qui comme nous essayons de raisonner sur les chiffres pour essayer de découvrir des tendances  et annoncer à temps certaines ruptures et qui nous retrouvons souvent en contradiction majeure avec les prévisions officielles et en crise de crédibilité avec nos interlocuteurs qui refusent par exemple de passer nos avertissements en excipant que les instances officielles ne pensent pas comme nous et que leur rôle n’est pas  de favoriser les élucubrations.

Nous nous sommes heurtés au moins quatre fois à ce genre de réactions :

          En 1997 lorsque nous affirmions que l’emploi était en pleine expansion alors que tout le monde annonçait « la fin du travail »  et que le gouvernement Jospin se lançait dans l’erreur majeure des trente cinq heures

          En 1999 lorsque nous annoncions le début de la crise décennale pour la mi 2000 aux Etats unis et 18 mois plus tard en France et accessoirement lorsque nous critiquions l’idée de la croissance perpétuelle sans crise grâce à internet et l’économie de l’information sans stock

          En 2003 lorsque nous écrivions que Greenspan se trompait et qu’on sortait pour la seconde fois d’une crise en créant les conditions d’une crise subséquente plus grave

          Depuis début 2006 date à laquelle nous n’avons cessé d’avertir qu’une crise sévère était en préparation  et dont nous avons constamment précisé la date du retournement et sa gravité.

On voit qu’il ne s’agit pas d’un plaisir de Cassandre : l’annonce d’une reprise forte de l’emploi était plutôt sympathique !

L’Insee reconnait une erreur de prévision  dans son dernier Bulletin de Conjoncture (http://www.insee.fr/fr/indicateurs/analys_conj/archives/mars2009_ve.pdf ) :

« Au quatrième trimestre 2008, le PIB s’est contracté de 1,2 % (cf. graphique 1), ce qui représente un écart de -0,4 point par rapport à notre dernière prévision (-0,8 % dans la Note de conjoncture de décembre).Cette erreur de prévision est imputable principalement à la très forte contraction de la production manufacturière au quatrième trimestre qui a été sous-estimée (-7,6 % contre -4,0 % anticipé) ».

 

Cette reconnaissance est bienvenue. D’autant que le même bulletin avertit que les modèles de prévisions utilisés sont peu adaptés aux circonstances exceptionnelles que nous traversons. Ce qui annonce d’autres prévisions très incertaines.

Cette prudence ne doit pas nous empêcher de remarquer que l’erreur n’a pas seulement concerné le dernier trimestre.  Avec les dernières révisions, l’Insee admet que la France est en récession depuis pratiquement un an, comme nous n’avons cessé de la dire.  Et pendant un an on a vu le gouvernement nier ou minimiser la crise en s’appuyant sur ces prévisions fausses.  On se souvient du débat ridicule de septembre 2008 où Mme Lagarde expliquait qu’il n’y avait pas de récession en France qui faisait mieux que tout le monde (comme le nuage de Tchernobyl, la crise épousait nos frontières sans les pénétrer)  et le débat budgétaire psychédélique mené par M. Woerth sur des bases sottes au point d’être irresponsables.

La question de base est que le modèle utilisé pour la prévision est entièrement basé sur des estimations elles mêmes fruit d’une estimation économétrique de tendance. En gros on estime que ce qui est  va perdurer sauf évidence d’un élément contraire chiffrable.  Résultat : les chiffres de l’Insee, comme ceux d’Eurostat ou du FMI ont constamment couru derrière la réalité parfois avec un retard effrayant.  

Il n’y a pas de véritable RAISONNEMENT sur la conjoncture. Donc on ne prévoit pas les ruptures. Les conjoncturistes de l’INSEE (et c’est encore pire pour ceux de la Banque de France) n’ont pas d’outils intellectuels pour anticiper les ruptures. Dans tous les textes que nous avons envoyés aux uns et aux autres  nous avons toujours annoncé la crise en essayant de rester le moins technique possible sachant que cette technique aurait été aussitôt ou incomprise ou rejetée comme non pertinente compte tenu des manières de penser en cour (cad de l’absence de toute pensée remplacée par des modèles).   Notre alerte était toujours basée sur deux thèmes faciles et n’entraînant pas trop de réserves a priori : attention le cycle existe  et on va nécessairement vers un retournement ; attention les déséquilibres financiers sont tels qu’ils ne peuvent conduire qu’à la catastrophe.  Avec cela en tête il était facile de collecter les signes précurseurs du retournement (par exemple fin 2006 le retournement du marché de la construction immobilière aux Etats unis) ou de la crise financière (par exemple le blocage de l’été 2007 sur les subprimes et les différentes faillites bancaires successives).  Il était relativement aisé de prévoir que la crise serait très forte, au moins aussi forte que celle de 93 ou 74.  Pendant toute le premier semestre 2008 les journaux n’ont cessé de bruisser des avertissements d’une crise sévère. De nombreux journaux ont posé la question : va-t-on vers une récession rapide voire une crise de 1929 ?  Nous avons répondu à certains de ces questionnements. Toujours en annonçant une crise sévère.

Le FMI comme l’INSEE ont été totalement imperméables à ces avertissements et ont perduré dans l’application bestiale d’estimations irréalistes nourrissant des théories aussi absurdes que celles du découplage.  Faute de théorie et avec juste en main des outils statistiques de répétition du passé, les conjoncturistes officiels ont été totalement incapables de donner des indications sur ce qui se passait et encore moins sur ce qui allait se passer.

La statistique économique sans pensée économique n’est que ruine de l’âme.

Du coup il n’y a pas eu de politique économique. Pendant la campagne présidentielle nous n’avons cessé d’alerter le camp Sarkozy sur le fait qu’il devait anticiper un récession pendant le futur mandat présidentiel et le camp Ségolène de l’irréalisme et même la bêtise qu’il y avait à faire financer des dépenses somptuaires par une croissance qui ne serait pas là !  Compte tenu des prévisions officielles  qui ne disaient rien de tel, nos affirmations sont passées (au mieux) pour des calculs politiques  de mauvais aloi.

Ce n’est qu’aujourd’hui, soit avec un an de retard, que les autorités sont en face d’un bilan réaliste de ce qu’a été l’économie depuis le début 2007. Et il est clair que le gouvernement a été totalement dépassé par les évènements et que sa politique a été totalement déphasée, tout comme celle de la BCE qui rappelons le imaginait un scénario de reprise de l’inflation pour le second semestre 2008 et avait augmenté ses taux d’intervention en pleine crise de liquidité des banques (qui durait depuis un an).

 Les erreurs de statistiques sont l’amère  progéniture de l’absence de théories économiques. Il n’est pas difficile de prévoir qu’un endettement qui va atteindre 400% du PIB va s’effondrer. Il faut simplement regarder cette réalité en face,  la considérer comme pertinente et fouiller la réalité bancaire pour voir où les fissures se font jour. Quand la crise de liquidité sur le marché interbancaire s’est produite, il est à peu près certain qu’aucun des statisticiens ou « économistes » de l’INSEE n’avait la moindre idée du marché des subprimes et de son développement, pas plus que celui des CDO et des CDS. Il y a eu depuis un rattrapage à marche forcée qui fait qu’une analyse du phénomène est proposée dans le même bulletin de conjoncture près de deux ans après les faits !  Bonjour la capacité d’anticipation…

Il est vrai que l’économie bancaire est le secteur le plus mal traité de l’économie et celui des finances internationales le plus mal traité de l’économie bancaire.  Comme l’information diffusée par les banques est en général totalement fabriquée, le cumul d’un traitement hésitant de statistiques fausses par des statisticiens privé

Des idées qui font leur chemin ?

Voici cinq  idées qui ont fait leur chemin depuis 7 mois.

       1. La nationalisation temporaire des banques

On ne compte plus les organismes ou spécialistes qui pensent désormais que ce serait la meilleure solution et parmi elle le FMI et une partie de l’Administration américaine ce qui ne manque pas de sel.   Lorsque nous avons fait cette suggestion, immédiatement  après le krach, elle avait paru bizarre, sous la plume d’économistes pas particulièrement tentés par les idées socialistes.

       2.  La contestation de la banque  mammouth et universelle

De très nombreuses voix aussi bien du côté des économistes que des banquiers centraux que des politiques remettent en cause ces géants « too big to fail », trop grands pour être bien gérés, trop polyvalents pour ne pas accumuler les conflits d’intérêts, trop coûteux pour les ressources des nations censées venir à leur secours et trop puissants pour garantir l’indépendance des Etats.

      3.  L’incapacité de la finance à trouver son chemin toute seule

Les théories basées sur l’idée qu’une finance libre, informée et sans contraintes  affecterait magiquement  les ressources disponibles au mieux des nécessités  est morte et enterrée.  C’est évidemment la question de l’information  qui est au centre du fléchissement de la doctrine.  On est plus dans la psychologie comportementale de foldingues gloutons et  moutonniers  que dans l’analyse rationnelle de faits bien analysés par des agents bien informés.  Lorsque l’horizon utile  de la finance descend en dessous de 8 minutes,  on peut douter que la croissance durable et équilibrée à long terme soit au menu.  Et que reste-t-il de la prétention de certains à noter la qualité du papier financier échangé ?

       4. Le caractère trop spéculatif et « courtermiste »  des comportements

Hedge funds mobilisant des sommes colossales suffisantes pour peser sur les marchés  et manipuler les cours, et utilisant des techniques  comme la vente à découvert pour provoquer des mouvements  auto réalisateurs ;  importance excessive des salles des marchés ;  pression excessive des fonds de pension  pour une rentabilité immédiate, la durée moyenne d’un placement n’excédant pas un an ;  recherche d’un gain fiscalement avantageux sur des plus values de stocks options  par des dirigeants de grandes entreprises qui ne regardent plus au-delà du prochain jackpot ; abus de chirurgie financière  dépeçant des entreprises ou les portant à court terme à des fins de plus values  immédiates après restructuration brutale.   Recherche de la plus value de préférence au chiffre d’affaire et orientation « haut de bilan », voire hors bilan  et non plus « compte d’exploitation ».

      5.  La nécessité d’une plus grande « stabilité financière »

Il ne manque pas une voix pour chanter les vertus de la stabilité financière « indispensable ».  Du G.20 aux discours des banquiers centraux en passant par tout ce que les classes politiques  comptent d’importants, partout le maître mot est « stabilité ».

 

Il va sans dire tous ces constats  vont ensemble.  Si la finance n’était pas devenue quasi exclusivement spéculative,  si elle était rationnelle et bien informée,   si la course à la taille  n’avait pas conduit aux pires dérives,  si l’instabilité n’avait nourri des stratégies ultra dangereuses mais aussi ultra lucratives, il ne serait pas nécessaire de  nationaliser les banques pour restructurer le secteur.   

L’ennui c’est que ce constat devenu banal ne débouche sur aucune réelle décision. Les bonnes idées font leur chemin, mais elles cheminent dans une impasse.  Aucune décision n’est  prise parce qu’en fait tout le monde est paralysé par la dictature de l’existant, l’inertie des habitudes, les réseaux d’intérêt et l’incapacité de se projeter dans l’avenir avec un minimum d’idée sensée.  L’obligation de décisions identiques à l’échelon international ne conduit pas  à fluidifier les choses.

Si le bon diagnostic est celui d’une montagne de dettes grossie indéfiniment  par les déficits fabuleux des balances de paiement internationaux  et provoquant une création monétaire déraisonnable qui vient juste de s’écrouler,  il soulève deux questions cruciales :

-          Comment minimiser les conséquences et permettre une sortie de crise rapide et pas trop coûteuse ?

 -         Comment éviter que cela ne recommence ?

On l’a répété mille fois (et peut être plus) sur ce blog. Si la cause des déséquilibres est dans le système de change, il ne peut y avoir de solution sans remettre en cause le système de change.  Faute de l’avoir fait et même de l’avoir simplement imaginé,  on a laissé le moteur de la crise  tourner à plein régime.  Il fallait dans l’instant abandonner le système des changes flottants et rendre les Etats responsables de leur solde de balances de paiements devant la communauté internationale.   Si on chemine dans une impasse, c’est d’abord parce qu’on s’est mis un sac sur la tête et qu’on a refusé ne serait-ce que de regarder au-delà du bout de son nez .  Ce n’est plus de l’aveuglement. C’est de la cécité volontaire et entretenue.

D’autre part si on assiste à l’effondrement mondial d’une montagne de dettes, on devrait concevoir que ce n’est pas l’endroit où se trouve la dette en défaut qui compte d’un point de vue macroéconomique,   mais qui doit payer les pertes.   En toute logique ce sont les émetteurs de ces dettes  et ceux qui les ont fabriquées et diffusées qui doivent trinquer en premier,  alors que l’idée qui prévaut est de ruiner le créancier  et de répartir le reste de la charge sur les contribuables d’aujourd’hui et de demain. La meilleure recette pour avoir une crise dure  et interminable.

On prétend sauver les dépôts en sauvant les banques coupables. Mais pourquoi diable les dépôts doivent-ils  être en danger quand les banques de crédit font des sottises ?  La réforme mille fois envisagée dans l’histoire  du système des dépôts  qui voudrait que les dépôts en soient vraiment et qu’ils ne puissent être utilisés dans la trésorerie des banques pour leurs besoins de crédit  provoquerait certes un changement radical des habitudes. Les banques de crédit seraient obligées de trouver leurs ressources sur le marché monétaire, l’épargne des particuliers et des entreprises étant sollicités EXPLICITEMENT en ce sens et non pas IMPLICITEMENT ET AUTOMATIQUEMENT comme actuellement. 

La gestion des dépôts et des systèmes de paiements est une activité de service à peu près sans risque.  Elle ne demande pas des qualités de banquiers mais de prestataires de services : bonne organisation,  excellente informatique, politique marketing adaptée.  Si les dépôts en sont vraiement et non des prêts masqués, Il ne peut plus y avoir de ruée sur les dépôts et  les  agents économiques sont à peut près sûr que leur épargne liquide n’est pas menacée. Cela éviterait de nombreux comportements paniquards désastreux et  serait de nature à ne pas miner la confiance générale.  La question structurelle deviendrait simplement  d’éviter les concentrations de réseaux excessives   et les atteintes à la concurrence. Le développement  international de ces sociétés de service pourrait être envisagé sans difficultés. Après tout,  qu’un bon gestionnaire parvienne à obtenir des parts de marché partout où il est excellent n’a pas d’inconvénient.   Cela permettrait de faire sauter les obstacles structurels à la concurrence  comme la complicité en France des hauts fonctionnaires et des banquiers  (ils baignent dans le même vivier) et les syndicats professionnels  abusifs qui au nom de la « sécurité » des dépôts multiplient les entraves à la concurrence et les opérations conjointes à tarifs excessifs.  

Quand le débat existe sur ce projet, c'est-à-dire pratiquement jamais, et dans des lieux non publics, l’argument employé par les tenants du statu quo est « le risque d’assèchement des liquidités » et  sa variante : « la montée de la thésaurisation ».  En gros l’argument c’est qu’en trompant les déposants qui en général ne savent pas qu’en réalité ils ont fait un prêt gratuit à leur banque quand ils y déposent des sommes,  on assure le financement de l’économie.   C’est une hypothèse intéressée et très aventurée. D’ores et déjà les agents économiques gèrent le mieux possible leur trésorerie. Les moins négligents parviennent à maintenir un solde non placé le plus faible possible.   Ce qui serait théoriquement perdu serait ce simple solde « de négligence ».  Mais en fait, les agents seraient encouragés à prendre des décisions de placement liquide  pour leur propre compte et en faisant jouer la concurrence. Les banques de crédit seraient obligées de faire quelques efforts pour leur proposer des produits attractifs.  Au total un client autonome et prenant des décisions en fonction d’une offre plus attrayante serait certainement plus motivé et globalement économiquement plus utile qu’un client enchaîné et privé de choix.  Les banques de crédit s’alimenteraient sur les marchés monétaires et  financiers : c’est à la banque centrale de régler la liquidité générale.  Et s’il manquait de monnaie il ne serait pas très difficile de faire face.

La nationalisation temporaire des banques aurait un sens  dans cette perspective. Les activités de banque succursaliste de gestion des dépots et des paiements pourraient être immédiatement détachées : elles sont saines par nature. Et ont une valeur propre importante.  Mettre aux enchères les réseaux  permettrait immédiatement de lever les fonds nécessaire à l’amortissement des pertes  sur dettes.  Personne n’a cherché à valoriser ce que représentent en valeur patrimoniale les réseaux de succursales des grandes banques anciennement de dépôts.  C’est une lacune gigantesque. A notre sens elle montrerait que cette valeur est supérieure à la valeur boursière actuelle des banques considérées !   On imagine le levier pour renflouer ce qui peut l’être !

Cet acte fondateur étant fait, la question  devient beaucoup plus simple : on interdit les liens dangereux  entre banques et assurances (une banque de crédit  ne peut faire assurer les risques, sa rémunération ayant pour seule justification  les dits risques !).  On sépare les activités de crédit des opérations de spéculation pour compte propre.  Le scandale d’une Société Générale qui met les dépôts à risque en faisant fonctionner à plein ses salles de marché (c’est un exemple : c’est presque partout le cas) serait définitivement réglé. La séparation radicale entre les émetteurs de produits financiers et les gestionnaires de fortune, associée à la transparence des rémunérations de ceux qui exécutent des mandats,  l’interdiction de certaines pratiques dangereuses comme les ventes à découverts en certaines circonstances et sur certains marchés financiers,  l’obligation pour les banques d’affaires de fonctionner dans le cadre d’une commandite,  l’impossibilité d’intervenir sur les marchés à partir de centres non régulés, formerait alors un cadre complémentaire logique de nature à éviter les principales défectuosités du système financier mondial sans remettre en cause la création de sociétés transversales et concurrentielles  à travers le monde.  Il n’est pas nécessaire dans un tel cadre de localiser les banques sur un territoire fermé. 

On voit que ces restructurations ne sont pas  si difficiles que cela. Et qu’on peut aboutir vite à une organisation nouvelle parfaitement opérationnelle.  En vendant les parties utiles  des banques  nationalisées temporairement, on diminuerait  de façon drastique l’encours de fonds à faire garantir par les Etats  ou  à faire payer au contribuable.

Il va de soi que les changes n’étant plus flottants et les Etats responsables de leur balance des paiements, les occasions de  spéculation diminueront de plusieurs magnitudes comme on dit dans les congrès pédants.  Touts les crédits pochettes surprise pourraient  être restructurés  pour limiter les causes de nouvelles pertes.  Le calcul économique des entreprises redeviendrait possible sachant que désormais les flux de marchandises reprendront le pas sur les flux monétaires.

On s’extasie à penser que ces mesures auraient pu être  prises dès le printemps 2007, quand il est devenu évident que le système allait sauter.   Ou  même encore comme nous l’avons immédiatement conseillé,  dès septembre 2008 ou au moins lors du G.20 de Washington.  Au lieu de cela on n’a pensé qu’à déverser des milliers de milliards d’Euros ou de dollars pour éviter une crise systémique du système des dépôts qui pouvait être sauver à bien moindre frais !  En ne faisant aucune réforme de structure.  

Et en se réjouissant lorsqu’un mammouth national comme la BNP  a réussi à piquer les dépôts d’un diplodocus  plus en difficulté comme Fortis, sans se rendre compte qu’on a ainsi créé les conditions de nouveaux pouvoirs excessifs, de nouvelles rémunérations aberrantes, et de nouveaux risques majeurs, car les dépôts récurrents du réseau Fortis n’ont qu’une seule  destination : éviter la crise de liquidité à la BNP pour sauver la peau des dirigeants  de cette banque et leurs divers plans de constitution de fortune personnelle.   C’est la même chose aux Etats-Unis ou au RU où on a pensé trouver des solutions en concentrant les réseaux de banques : l’inverse exact de ce qu’il fallait faire.  Les rêves de puissance ont continué à l’emporter sur l’intérêt général bien compris.  

Nous sommes dans l’impasse.  On y pense parfois juste. Mais on n’agit pas. La dichotomie entre la pensée et l’action est absolument totale.  Le cerveau n’est plus connecté aux membres. On est dans le songe.  Tout le monde rêve que cela s’arrangera avec un peu de patience sans rien faire d’autre qu’aligner l’argent des contribuables d’aujourd’hui et de demain. L’histoire sera dure avec l’aveuglement des  dirigeants de cette tragique époque.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

 

Sortir de la crise de 1973-2010 ?

La crise de 1974 est en quelque sorte la « mère de toutes les crises », la matrice et le modèle de toutes celles qui suivront.  Elle marque une rupture entre deux mondes : celui de l’après guerre nourri par la réaction contre les épreuves de la crise de 1929 et le notre, marqué par le triomphe de la finance et le retour aux idées malthusiennes.

Comme toujours on a donné un mauvais nom à la crise.  On l’a appelé « crise du pétrole », parce qu’à cette occasion les pays du cartel ont multiplié les prix du brut.  En fait c’était la première crise des changes flottants.  Le dollar n’était plus convertible en or depuis l’été 1971 mais en 73 les Etats s’étaient accordés pour abandonner toutes perspectives de changes fixes et avaient opté pour les changes flottants.  Le résultat avait été un effondrement du dollar, une poussée inouïe de l’or et un désordre général.  Plus une jolie crise comme on n’en avait plus vue depuis 1929.

Les crises monétaires et financières allaient ensuite s’enchaîner sans interruption : crise de 81-82 Etats-Unis, crise de 91-93, crise de 2001-2002 et crise actuelle, avec quelques hoquets monétaires ou boursiers intermédiaires comme la crise de 1987, ou  celle de 1998.  La crise actuelle boucle en quelque sorte un cycle.  Avec elle se termine une génération de l’histoire économique.  Après elle s’ouvrira une autre page.  De la même façon  que la crise de 1974 avait marqué la fin de la génération des deux guerres.  L’histoire économique et politique de 1928  à 1970 est un épisode de l’histoire cohérent.  Avec pour la France une première phase en forme de désastre et une seconde en forme de miracle.  Les deux volets forment un tout.  La jeunesse meurtrie par les idées fausses qui avaient prévalues avant guerre sera bien décidée à se reprendre.  

On a oublié combien l’avant guerre avait été un désastre pour la France.  La France aura été la principale victime de la crise de 1929.  Qui le sait encore ? De 1929 à 1939 la production industrielle augmente de 20% en Angleterre, de 16% en Allemagne, de 10% dans l’ensemble du monde et diminue de 1% en Italie, de 11% aux États-Unis et de 24% en France.  La France première nation du monde en 1928 est déclassée en 45, non seulement par sa défaite militaire mais surtout par son effroyable gestion de la crise de 1929 qui lui aura coûté aussi cher que la guerre de 1914 !

Ces faits sont occultés aujourd’hui du fait de la glorification abusive du Front populaire. Le terrorisme intellectuel ne veut pas qu’une période qui a connu un tel  paradis puisse être globalement un désastre.  Mais à la Libération il n’y avait pas de doute. Il fallait balayer toutes les idées sottes qui nous avaient fait tant de mal.  La période fut productiviste, nataliste, immigrationniste, joyeuse et dynamique. Les cinq ingrédients du miracle.

Cette réaction s’effondre à partir de 1974.  On voit revenir toutes les sottises qui avaient fichu en l’air la prospérité Française : contestation de la société de consommation mais aussi de la société de production et du productivisme, retour d’un écologisme dont les anciens  n’ont aucun mal à repérer le profond pétainisme  ; contestation du natalisme  au nom des droits de la femme  et démantèlement du mariage ;  mise au pilori de la « bourgeoisie » et des patrons (affaire de Bruay en Artois et Lip) ; apparition d’un génération de chevaliers d’industrie, dépeceurs sans vision autre qu’à court terme et purement financière (Frères Willot, Bernard Tapie) ; capture de la société par les hauts fonctionnaires  et fiscalité prédatrice ; réduction du temps de travail calamiteuse. La France qui depuis la Libération rattrapait le revenu par tête des Etats-Unis cesse ce mouvement de rattrapage avec « le programme commun de gouvernement » et les 39 heures.

Elle, qui avait damné le pion au Royaume Uni se fait rattraper pendant le gouvernement Jospin, par la grâce des 35 heures.    De la même façon que les 40 heures avaient entraîné la perte de la France avant guerre.  Pour la France la boucle est bouclée.  La génération des soixante-huitards nous a remis dans le trou où nous étions tombés avant guerre.

A l’échelle mondiale c’est la même chose. La réaction à la crise de 1929  avait conduit à mettre en place un système de changes fixes parce que tout le monde avait bien vu que les désordres monétaires perpétuels initiés  par la grande inflation de dettes de la guerre de 1914  avaient été entretenus et amplifiés  par les systèmes monétaires plus ou moins foireux qui avaient suivi et les guerres monétaires à répétition.  La leçon avait été claire :   changes fixes et organisés.  Résultats : les trente glorieuses.  Là encore on allait assister au début des années 1970 à la perte de la mémoire durement acquise avant guerre et l’entrée dans le flottement généralisé.

Ce qui est drôle c’est de voir combien la crise actuelle ressemble à celle de 1974.  Nous avons Bernard Madoff, sa pyramide de Ponzi, ses 50 milliards de dollars envolés.  Il y avait à l’époque Bernard Cornfeld, ses villas réparties à travers le monde, son yacht, ses soirées  somptueuses en Suisse et à Beverly Hill,  son fond de placement IOS dont l’explosion mettra en difficultés des centaines de banques : vous pensez 1 milliards de dollars de pertes.   

 L’empire de Bernard Cornfeld a des ramifications dans tous les paradis fiscaux et réglementaires de la planète. Il a su, résume Newsweek en juin 1967 « implanter un fonds au Canada où il n’y a pas d’impôts sur les plus-values, le gérer aux Bahamas où l’impôt sur les bénéfices est nominal, déposer l’argent en Suisse où il n’existe pas de taxe sur les intérêts et conserver les titres eux-mêmes à Londres où la garde se fait en franchise. »

On parle aujourd’hui de dérégulation financière et de mondialisation incontrôlée de la finance.  Elle était déjà là en 1974, également dénoncée, de même que le secret bancaire. 

Admettons que Bernard 1 était plus flamboyant que Bernard  2: il a traversé toute la période entouré de voitures de luxes et de « bunnies » voire de prostituées  autrement plus affriolantes que les casquettes de Madoff.   Juifs  tous les deux ils montrent bien la différence des générations. Lorsqu’on est né  pauvre en Turquie juste après la guerre de 14  on savait vivre riche  et ouvert dans un monde sans frontière ! Les adolescents des années 50 eurent le succès nettement  moins pop et pour tout dire plus fermé et tristounet.      

Un livre comme celui d’Alvin Toffler, Eco Spasme,  écrit juste dans la foulée de la crise de 1974, montre bien les similitudes avec les réactions à la crise que nous connaissons aujourd’hui. La  première page de l’édition française chez Denoël porte dans un bandeau bien rouge  l’accroche : « Quand le monde devient fou comment revenir à la raison ? ».  

Le premier chapitre est nommé : « un monde casino ».  On y trouve cette amusante  observation : « Beaucoup plus fondamental fut l’échec des mesures de contrôle et des stabilisateurs destinés pourtant à encadre des entreprises ultra légales. Ce n’était plus les courtiers marron et les démarcheurs sans scrupules mais des banquiers réputés incorruptibles qui prenaient de nouvelles libertés. Aujourd’hui il existe tellement  de nouvelles banques appartenant à de si nombreux groupes transnationaux et éparpillés dans tant de pays que personne ne peut en assumer la responsabilité. Qu’est-ce qui peux empêcher un banquier de faire à l’étranger ce qui est immoral ou illégal chez lui ». « Les faillites bancaires en Allemagne, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis  ont mis en évidence la situation périlleuse des grandes banques  qui trop vastes se sont lancées dans des opérations trop diversifiées   et se révèlent incapables de maîtriser leur gigantisme ».  « Les cambistes ont impunément spéculé sur les fluctuations des cours des devises  en faisant perdre des millions à leur banque ». « Les vertus et les vices attribués à la flottaison des cours font l’objet de discussion complexes quasi théologiques. Le fait est que personne jusqu’à ce jour n’imagine toutes les conséquences de cette évolution ni ne sait a fortiori comment la maîtriser ».

 On voit que certaines critiques que nous nous ne lassons pas de faire aujourd’hui sur ce blog, les méfaits des changes flottants, la taille incontrôlable des banques,  les spéculations monétaires excessives,  étaient déjà présentes dès 1975.  1974 était la première crise des changes flottants et de la finance massive, internationale et  incontrôlée.  2009 en est le plus récent épisode.  « Il s’est créé à l’échelle du globe un nouveau casino avec de nouveaux joueurs, de nouvelles règles et de nouveaux enjeux, beaucoup plus élevés ». «  Le flottement généralisé des monnaies n’a fait que jeter le système dans l’éphémère ». Ces phrases sont toujours extraites du livre cité.    On trouve un appel assez prémonitoire : « La structure bancaire qui s’édifie  actuellement peut s’effondrer  et plus l’appareil régulateur la laissera se développer  impunément plus catastrophique sera la chute ».

La période Greenspan,  le régulateur qui ne voulait pas réguler, correspondra à ce laisser-faire laisser-passer financier qui vient de s’effondrer avec fracas en septembre 2008.     On dira qu’il aura fallu 35 ans !  Ce qui marque malgré tout une assez belle résistance.  Mais l’observateur sait qu’après la crise de 91-93 le système bancaire mondial était déjà quasiment en faillite généralisé et qu’il ne s’en est jamais totalement remis. La crise de 1998 puis celle de 2001 n’ont fait qu’amplifier les choses.  Une fuite en avant s’est produite qui vient d’atteindre son  point d’aboutissement inévitable.

Un dernier point de similitude est  la grande chanson de l’écologie l  De même que l’avant guerre français avait été marqué  par  le triomphe des idées naturalistes, de la « terre qui ne ment pas », de la peur des « métèques » (avec cette jolie photo de François Mitterrand  manifestant en ce sens avant d’aller à la recherche de la Francisque) , de la peur des enfants (dont nous ne serions que faire de l’excès), de la peur du péril  jaune,   de la haine des grandes villes qui « mangent la substance de nos belles provinces»,  nous voyons refleurir depuis 1974 les mêmes chansons.   

Le monde actuel se fait l’écho de l’affirmation  de Toffler en 1974 : « l’économie politique ne peut à elle seule résoudre la crise ». On se lasserait à essayer de citer toutes les phrases qui vont actuellement dans ce sens.  La « crise de civilisation » stimule toujours les belles plumes sinon les beaux esprits.   A l’époque les « jeunes sont inquiets ou instables ; les adultes cherchent dans l’agitation et la frénésie l’oubli de leur désarroi.  Partout la contestation, partout la revendication, partout l’orgueil, l’intolérance, la violence ».  Là c’est Fourastié qui écrit dans un article au Figaro de 1975.  On laissera le lecteur retrouver les échos actuels  de ces tentatives de battre sa coulpe  sur le dos de la civilisation  démolie. 

A l’époque on retrouve aussi un des travers du moment qui consiste à d’une part faire appel aux valeurs perdues, comme on vient de le voir, mais aussi  à promouvoir un monde totalement différent.  Ecoutons à nouveau Toffler : « Toute politique ayant pour but de remettre les choses à leur place antérieure, de restaurer l’emploi  de lancer plus de voitures sur les routes, de développer les banlieues urbaines, d’encourager la standardisation sociale,  de remodeler la famille dans sa forme traditionnelle,  est réactionnaire  et qu’elle soit le fait de la gauche de la droite et du centre tous aussi dépassés ».    Evidemment la grammaire n’est pas terrible mais qui ne voit les ressemblances avec les épitres actuelles sur la mort de la bagnole (mais on multiplie les aides),  sur les villes mortifères (mais on veut réformer le grand Paris…en le densifiant), etc.

La technomanie et la croissance économique ne sont plus des options, affirme Toffler.  Il n’y a pas de « truc » économique pour nous en sortir. 

Les économistes au rencart.  De toute façon ils se trompent tout le temps et n’ont aucun avis cohérent.  Et de citer Churchill : «  Tous les économistes  ont un diagnostic différent et en plus il y a Monsieur Keynes ! ».  Et dès qu’on arrive aux solutions, il n’y a évidemment plus personne sinon des sermons généralistes que nous retrouvons aujourd’hui quasiment en l’état. Il faut

           « penser non seulement au niveau de vie minimal mais aussi au niveau de vie maximal »

          « acquérir une certaine conception de la satisfaction des besoins qui libère notre énergie »

          « de réévaluer les notions d’individualisme  et de collectivisme  en ne les considérant pas comme des contraires aristotéliciens qui s’excluent l’un l’autre »

          «  en un mot d’entreprendre la tâche effrayante mais enthousiasmante à la quelle peu de générations dans le cours de l’histoire humaine se sont attelées : la conception d’une nouvelle civilisation ».

Nous ne sommes pas d’accord.  Nous devons nous remettre dans la mentalité des années  quarante cinq -cinquante : vouloir la rupture avec le n’importe quoi, le misérabilisme, les passions politiques exacerbées, le laisser faire abusif.  Et constater que le système nouveau qui s’est mis en place en 1973, les changes flottants, ne marche pas.    Des réformes financières finalement simples peuvent permettre une croissance durable. Elle est absolument nécessaire. Pour la France, il faut   la rupture avec le pétainisme mental, qui veut nous plonger dans la  repentance perpétuelle vis-à-vis de notre propre dynamisme. Cela  suffirait à nous remettre dans le bon sens.  Il n’y a aucune fatalité que la France soit le pays saisi de langueur dans une Europe déclinante et un monde  qui ne croît plus.

Il faut que l’économie mondiale soit financièrement stabilisée  et le premier acte est la suppression des changes flottants et le second la suppression du dollar comme monnaie mondiale.  

Il faut que l’Europe soit ouverte, monétairement dynamique et nataliste.  Le refuge dans la réglementation de détail, la fiscalité massive, la constriction monétaire et la décroissance des populations  est illusoire et dangereux.

Il faut que la France sorte du malthusianisme  et de l’hyperfiscalité.

De même qu’il y a eu une bascule des mentalités, des comportements  et des institutions après la guerre, il doit y avoir un même mouvement collectif à l’échelle des réalités d’aujourd’hui.  Il faut sortir de cette période 1974-2010, et de ses idées et pratiques débilitantes.

Collectivement.

Par la volonté et la clairvoyance.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

 

FMI : un an de retard

Le FMI vient enfin de donner un état des lieux et des prévisions en ligne avec les réalités.

Il aura fallu près d'un an pour que cette institution malade fasse enfin son travail.

A l'heure où l'Australie et l'Afrique du Sud se déclarent officiellement en récession, il était difficile de faire croire plus longtemps que les pays du sud tireraient la croissance !

Le plus comique est qu'il fait ses découvertes au plein de l'opération "les signes de reprise se multiplient" et qu'il plombe l'ambiance disons à contretemps.

Ce qu'on demande aujourd'hui des instances comme le FMI, ce n'est pas de faire des statistiques mais d'offrir un réel diagnostic et de conduire la réflexion sur la sortie de crise sans être soupçonné de défendre la cause de tel ou tel groupe de pays ou d'intérêts.

Or il n'y a aucun diagnostic.  Donc aucunes réelles perspectives capables de mobiliser le monde vers une sortie de crise et des réorganisations capables d'éviter qu'un désastre pareil ne se reproduise.

Le semestre qui vient de s'achever aura été le pire désastre de toute l'histoire économique contemporaine : la récession y a été plus violente qu'en 1929 ! Cela pose à tout le moins la question de la validité des politiques qui sont menées.

Il n'y a même pas de réflexion sur les chemins du retour à la croissance.  Quelles sont les forces qui agiront et sous quelles formes ?  Pas un mot !

Comptabiliser les pertes virtuelles est un exercice vain.  Quand la bourse perd en capitalisation parceque les épargnants ont préféré revenir à la liquidité, les pertes ne sont que virtuelles. Lorsque la liquidité se replacera en bourse il y aura automatiquement un gain.  Le niveau de la bourse n'est pas une fonction mathématique de la valeur du capital. Mais le reflet de l'idée que se font de l'avenir les épargnants.   Cela s'est vu dans les quatre grandes crises boursières  précédentes (74,  87, 93, 2000).

Ce n'est pas cela qui compte.  Mais les forces qui vont s'exercer pour reprendre ou abandonner de l'activité.

De cela, malheureusement pas un mot.

Le FMI est au dessous de tout !

Psychologie de la crise

Pour celui qui a  vécu toutes les grandes crises de l’après guerre, une évidence s’impose : on oublie radicalement l’état d’esprit dans lequel on était juste avant qu’elles ne se déclenchent  tout autant que son évolution au cours de leur déroulement. Progressivement on reconstruit les évènements et on perd  le souvenir de la manière dont soi-même et plus généralement l’opinion ont vécu la période. Aucune analyse économique rétrospective n’est vraiment à même de reconstituer l’évolution de ces sentiments fugaces.

Peut-être est-il bon six mois après le déclenchement de  la catastrophe économique en cours de  fixer quelques grands mouvements de l’âme collective avant qu’ils ne s’effacent ?

On l’a généralement oublié mais en juin-juillet  2008 le sentiment de l’imminence d’une crise économique  est généralement absent. Ceux qui comme nous alertons sur la gravité et la proximité d’un chaos monétaire grave sont considérés comme des Cassandre.  Il est vrai que le premier semestre a vu une bouffée de hausses spéculatives absolument gigantesques que la majorité des commentateurs mettent sur le compte d’une croissance échevelée et ne voient pas comme le dérèglement ultime de la finance mondiale.  On voit une Chine triomphante collectant partout les réserves mondiales de matières premières et au premier chef de pétrole, comme les terrains agricoles.  On s’inquiète de l’arrogance des fonds souverains.

On voit le pétrole si haut que les pays agricoles se convertissent à la production d’éthanol, affamant le monde sous développé. On parle écologie, déséquilibres définitifs, etc.  La BCE hausse ses taux pour « éviter les risques de l’inflation ».  Les craquements bancaires sont vus comme des incidents techniques sans grande importance.  L’accident sur le marché des subprimes et le blocage du marché interbancaire est déjà loin : un an ; une éternité.

Certains se complaisent à voir une bonne évolution dans les  cours du marché de la monnaie au jour le jour. Les banques se lâchent totalement sur le front de la gestion de fortune : les pires décisions de placement seront prises pendant le premier semestre 2008. La BNP fait acheter des actions de banques dont la sienne en juillet 2008 ! On n’est jamais mieux servi que par les clients qui ont confié un mandat ! Une sotte de la même société crie à tout va dans les médias son enthousiasme pour le Brésil et le Real : l’agriculture du pays est devenu de l’or et avec elle la monnaie ! Des fonds agricoles hyper spéculatifs sont inclus dans les contrats d’assurances-vie : les « commodities" sont en plein boom, il s’agit d’en profiter !  Rouffio pourra refaire dix films comme son « Sucre ».

FT.com  lance la question sur son site internet : va-t-on réellement vers une récession imminente ?  C’est que les Cassandre commencent à crier fort.  Nous répondons aussitôt OUI et que la récession sera très forte.  Mais personne n’y croit vraiment. « Il y tellement de liquidités que les marchés ne peuvent pas baisser » dit un crétin sur une chaîne de la TNT française lors de l’un de ces inénarrables faux débats économiques où s’affrontent des clowns à étiquette « libérale » ou « socialiste ».  Partout la presse minimise le potentiel de crise. Il faut être responsable !

En France début juillet les débats portent sur le pétrole inéluctablement à 200 dollars (le député Cochet)  dans les semaines à venir et sur les famines dans le tiers monde qui exigeraient une intervention immédiate. Nous contestons cette erreur d’optique et là-dessus le cours du pétrole s’effondre encore plus vite que ce nous imaginions et cela dès le lendemain de notre billet sur ce blog !

Cela n’empêche pas que la rentrée de septembre soit entièrement consacrée au « Grenelle de l’environnement », à la multiplication des taxes, au RSA et son 1.5 milliards d’impôt sur l’épargne, et à un projet de budget totalement grotesque.  La France a de l’argent ; elle peut entrer dans un cycle écologique malthusien,  un cycle social dépensier et un cycle fiscal coercitif.  Delanoë annonce sa hausse de 100% de la taxe foncière à Paris sur deux ans. « Et je ne m’excuse pas !» pérore-t-il, ajoutant l’ignominie à l’aveuglement.

Quand au début septembre nous évoquons la crise prochaine avec nos amis entrepreneurs la réponse est unanime : « Tout va très bien ; tu as annoncé la crise pour la rentrée et on ne la voit pas du tout » !  Nous serions-nous trompés ?

Et la catastrophe arrive. En deux jours le monde se réveille avec la plus grosse crise bancaire depuis 1929 !  Toutes les banques et assurances américaines sont en faillite virtuelle après l’annonce de celle, réelle, de Lehman Brothers. Les craquements qu’auront été le rachat en urgence et à bas prix de Bear-Stearns  et la ruée sur Northern Rock n’ont pas été compris comme les signes avant coureur d’une explosion globale de la finance américaine. Dès le lendemain de l’annonce de la faillite de Lehman-Brothers c’est AIG et Fanny Mae et  Freddy Mac  qui viennent au guichet fédéral avec des demandes astronomiques.

Les Français écoutent les nouvelles en cette fin de mois de septembre sans trop y croire.  Pour eux il fait toujours beau. Cela ne les concerne pas. Ils sont au balcon et regarde au loin les flots déchaînés. Bien sûr les bourses se sont effondrées. Mais elles l’ont déjà fait en 1992 et en 2000. On sait qu’après cela remonte. Alors on ne bouge pas.  C’est un peu comme si il y avait eu un tremblement de terre au fin fond de l’Iran. Triste, mais enfin … C’est l’époque où l’on parle encore de l’Europe préservée sauf évidemment les fous qui ont tout misé sur l’immobilier comme l’Espagne et le RU, ou sur la finance mondiale comme l’Islande.

La panique ne commence vraiment que début octobre. Et si nos dépôts étaient en danger ? Car l’évidence s’impose : toutes les banques partout sont en quasi faillite.  Et l’Irlande vient de garantir sans limite ses dépôts provoquant une ruée vers la sécurité en provenance de toute l’Europe.  Un épisode cocasse : dans une poste du XIVème arrondissement de Paris un client énervé exige immédiatement le versement en liquide du contenu de ses comptes. Il s’agit de plusieurs centaines de milliers d’Euros. Le guichetier annonce qu’il faut un transport de la Brinks pour des raisons de sécurité. L’autre ne veut rien entendre. Le ton monte !

La presse commence (tout doucement) à prendre la dimension de l’évènement pui se lance dans un rattrapage échevelé. Pendant trois mois ce ne sera qu’une course à qui dira plus noir que l’autre, les habituels commentateurs économiques qui n’avaient rien dit jusque là se découvrant des qualités de rétro prévisionnistes fort opportunes.  « On l’avait bien dit ; cela ne pouvait pas durer comme cela » ; Tu parles !

 Les habituels polygraphes opportunistes y vont de leur livre « prémonitoire ». Après avoir nié qu’il pourrait y avoir crise, voilà que la crise était évidente.  Dès novembre on constate les effets de la crise sur les restaurants, les coiffeurs, les sociétés d’intérim, l’automobile, les marchands de biens durables, les vendeurs de téléphone portable, le tourisme. Les banques ont dramatiquement resserré  leurs conditions de crédit et arrêté les découverts.  Crédit et mort en même temps que la confiance.  Ce n’est pas la crise américaine qui provoque les premiers blocages mais la peur !  L’orchestration du nouveau Bretton Woods bidon de Washington n’a fait qu’amplifier les anticipations négatives.

La presse comme un seul homme se trompe de crise. Elle passe en revue, avec le retard habituel, les erreurs de la finance américaine et ne parle que d’une « crise des subprimes».  C’est sans doute le nom qui restera dans l’histoire pour caractériser la période. Mais comme d’habitude il sera inapproprié.  Car personne ne voit que c’est l’ensemble du commerce mondial qui s’est arrêté et que les désordres monétaires aggravent encore la situation. Tous les gagnants de la mondialisation heureuse sont à l’arrêt. Il faudra trois mois de plus pour que les médias s’en rendent compte et encore plus pour l’opinion.  

Une anecdote : lors d’un tournoi de golf près de Valence, le jour du printemps,  les participants s’étonnent des files de bateaux qui sont à l’ancre en mer. Pratiquement tous croient qu’ils attendent pour décharger. Alors qu’ils sont à l’arrêt faute de chargement comme en Grèce près du Pirée où des dizaines d’énormes transporteurs  sont bloqués depuis l’été. Les quais de chargement des porte-conteneurs en Chine sont également quasiment à l’arrêt.  

Il faudra les premières informations sur le dernier trimestre 2008 pour que l’on commence à prendre la mesure d’une catastrophe économique qui n’est ni simplement financière ni simplement américaine.

Curieusement dès février un courant d’opinion se fait jour qui finit par avoir son débouché dans les médias : vous aggravez la crise avec vos annonces pessimistes.  Les messages commencent à s’accumuler contre les oiseaux de malheur et  ceux qui aggravent la crise par leurs analyses débilitantes. Quelques indications peuvent en être vues hors des journaux : jamais il n’y a tant de vacanciers à la neige. Il faut dire qu’elle est enfin abondante. Les commerçants commencent à réagir  aux propos des marchands de pessimismes. "Il n’y a pas de crise seulement des gens apeurés. Alors cessez de faire peur !"

Cette évolution de l’opinion trouvera son aboutissement avec la nouvelle réunion du G.20 à Londres  qui d’un point de vue technique sera une opération nullissime  et mais qui donnera l’occasion d’un festival d’optimisme convenu dans la presse, festival qui dure encore avec toute la campagne sur « les signes de reprise qui s’amoncellent ». Chacun y va de son couplet. J. Marseille souligne dans le Point combien la période précédente avait été florissante (en omettant qu’elle ne l’a pas été en France où la croissance pendant la période de vaches grasses s’est traînée entre 2 et 3%).   La bourse remonte (pour le CAC, on a repassé le niveau « psychologique » des 3000 points qui net de l’inflation doit nous ramener autour de 1970). Les résultats des banques sont meilleurs.  Certains voient même le Baltic index reprendre alors qu’il baisse après un tout petit rebond.  

En vérité le premier trimestre quand les chiffres seront connus montrera une des baisses les plus fortes de toute l’histoire économique de l’après guerre. Mais l’opinion n’en veut plus de la crise. Elle souhaite que l’on frappe quelques boucs émissaires. Et qu’on en finisse avec cette crise qui devrait rester  virtuelle et ne devrait pas les toucher. La presse surenchérit dans le mouvement. Rappelons-nous de l’affaire Vuillemin : d’abord la mère courage durement frappée par un drame insupportable ;  puis la mère inculpée dont « tous les signes de culpabilité étaient là et on ne voulait pas les voir ». Puis la mère innocente enfin rendue à l’amour de ses proches.  Le cycle de l’émotion est à la base des bonnes ventes.

Il n’y avait pas de crise. Puis il y avait une crise horrible. Puis il n’y a plus de crise.

Il n’y a pas que l’économie qui soit cyclique !

Evidemment tout cela n’a qu’un rapport lointain avec les réalités.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

Le Baltic Index devient célèbre !

Cet indice totalement ignoré des media depuis toujours devient célèbre. Tant mieux.  Cela prouve que désormais tout le monde a compris que le front essentiel était celui du commerce international et qu'il était à l'arrêt. Que l'on cesse d'être obnubilé par les subprimes est une bonne chose.

Encore faut-il l'interpréter à bon escient. Avant et après le G.20 les médias se sont pris d'une envie brusque d'aller à la recherche de tous les signes avant coureur d'une reprise espérée. Fabriquer de la confiance, après tout pourquoi pas ?  Mais point trop s'en faut.

Voici donc que ce matin sur RTL le préposé aux bonnes nouvelles vient triompher : "ça y est  ! Cela repart ! La preuve le Baltic index !

Il suffit de regarder la courbe pour constater que non seulement il ne repart pas mais  que le minuscule progrès constaté en février s'est dissipé.

Le Baltic index est hypersensible. Il évolue par bonds.  Le jour où la reprise sera là il passera à 5-6000 en quelques semaines.

Actuellement il se traîne dans les ténèbres. Et depuis la guerre de quarante il n'est jamais resté si longtemps aussi bas. On entre en effet dans le 8ième mois de stagnation au plus bas et il est entré dans la spirale descendante depuis plus longtemps encore.

Cela prouve simplement que le commerce international  ne sait plus où il est.  La cascade des mutations de change désoriente tous les marchés. Crédit reste mort. L'effondrement des courants de capitaux qui correspondaient à près de 100 fois les courants commerciaux  a eu raison de tout le système. Partout les bâteaux s'accumulent aux entrées des ports et ce n'est pas en attente de déchargement mais d'un chargement. 

Lorsque tous les chiffres sortiront on verra que le premir trimestre a été terrible avec des baisses de PIB jamais enregistrées si intenses depuis des lustres. En attendant les correctifs. Car toutes les statistiques rapides contiennent des estimations dont on peut être sûr qu'elles seront corrigées à la baisse. Il n'y a malheureusement aucune chance que le second trimestre 2009 soit beaucoup meilleur.

La crise américaine a commencé en 2007. Deux ans déjà. C'est plus long qu'en 1929, en 74, en 81, en 92, en 2001 ! Il serait "normal" qu'on en voit le bout bientôt.  Et la joie mauvaise d'avoir prédit le pire et de continuer à le faire n'est pas une motivation de ce site.

Mais l'important est de voir la réalité en face et de ne pas dire n'importe quoi. Cette crise est spécialement grave et peut avoir des rebondissements terribles.

Il vaut mieux la comprendre et agir en conséquence et ne pas recommencer les erreurs des années 30.

Rappelons qu'en France les erreurs de droite et de gauche dans la gestion de la crise de  1929 ont coûté au pays aussi cher que la guerre de 1914 !  Et que c'est la France qui s'en est le moins bien sortie.

On ne peut être saisi que d'une honte rétrospective.

Alors observons juste et comprenons bien pour réagir le  mieux possible.

Encore une bourde de DSK !

Nous n’aimons pas les querelles de personnes et préférons  les débats d’idées. Mais enfin les idées sont portées par des hommes et lorsque des dirigeants expriment des idées fausses et conduisent dans l’erreur l’opinion publique,  ou lorsqu’ils entraînent leur pays dans des mesures désastreuses,  il est difficile de ne pas les critiquer. D’autant que les politiciens les plus nuls ou les plus catastrophiques en économie sont souvent les plus adulés, au moins temporairement. 

On se souvient d’Antoine Pinay, homme politique tout à fait secondaire et aimant les affaires étrangères projeté sur le devant  de la scène médiatique et de l’économie  par l’émission d’un emprunt gagé sur l’or qui sera ruineux pour le pays qui fera de « l’ermite de Saint Chamond » et de « l’homme au petit chapeau » le symbole de la « confiance » et de la compétence financière  dont l’avis se devait d’être pieusement recueilli avant chaque lancement d’un emprunt d’Etat.  

On encense aujourd’hui Dominique Strauss-Kahn qui a pourtant accumulé toutes les erreurs possibles aussi loin que porte la mémoire.  Dans les années 70 c’est un de ceux qui cautionnent « par sa technicité »  le programme commun de la gauche qui sera ensuite totalement démantelé après avoir sorti la France de la tête des nations en matière de croissance économique.  Vingt ans après c’est lui qui lance le PS sur la piste des 35 heures et fait entrer cette grave idiotie dans la plateforme électorale du PS.  Ministre des Finances il accumule les bourdes. Il  aggrave sans raison la fiscalité déjà portée trop haut par Alain Juppé ce qui finira par l’affaire de la cagnotte. A cette occasion il émet une des plus belles sottises économiques.   Il affirme qu’avec la croissance le taux de prélèvement BAISSERA.  En fait compte tenu du caractère globalement progressif  de la fiscalité, la croissance entraîne mécaniquement une hausse de la pression fiscale.  Christian Sautter et Florence Parly verront leur carrière politique compromise  lorsque l’affaire de la cagnotte leur explosera à la figure.

Passons sur des frasques personnelles que les Français pardonnent aisément à leurs politiques, comme le fait d’être pris les mains dans le pot de confitures à la Mutuelle des Etudiants et dans le slip d’une employée du FMI, bien qu’elles ne donnent pas du personnage une image totalement avantageuse. Ne relevons pas non plus les rémunérations extravagantes qu’il touche comme Directeur du FMI et qui, lorsqu’on constate qu’elles sont exonérées d’impôts,  sont aux extrêmes que l’on dénonce partout en ce moment.  Notons seulement que le discours  plein de compassion de DSK pour les victimes du capitalisme ne l’a jamais conduit à proposer de réduire son train de vie de satrape ni de  payer spontanément des impôts.

Et voilà que « DSK » nous sert à nouveau une formidable perle économique.   

DSK  5 avril  interview au Figaro.

« Le FMI va-t-il être en mesure d'assurer mieux son rôle de surveillance des monnaies et de mettre en garde sur les déséquilibre commerciaux qui sont à l'origine de la crise actuelle ?

Je nuancerai les choses. Ces déséquilibres sont certes un problème en soi et il faut y remédier. Mais on peut sans peine imaginer une situation dans laquelle il n'y aurait pas de déséquilibres internationaux, et où les pratiques bancaires nationales auraient quand même déclenché des problèmes de surendettement, de subprime et de titrisation, du fait de la défaillance des contrôles bancaires ! »  

Nous vivons une période où des déséquilibres massifs, extravagants même, qui ont vu une création monétaire qui crève tous les plafonds et où pratiquement partout l’endettement dépasse les 300% du PIB, et qui ont fini par devenir tellement grands qu’ils se sont effondrés sur les populations du monde avec un fracas tonitruant,  provoquant la pire crise depuis 1929, et la seule chose que le président du FMI pense devoir nous dire  est qu’il faut regarder ailleurs, dans la micro économie bancaire nationale !

Il est vrai que DSK n’a rien vu venir. Qu’il n’a rien su prévenir.  La poutre financière globale qui était dans l’œil des économies,  il ne l’a même pas soupçonnée, encore moins dénoncée.  Alors que la Banque des Règlements Internationaux s’égosillait à dénoncer la montée des périls.

Après l’impéritie la sottise. Enormes toutes les deux.   

Que personne ne s’inquiète : DSK semble être la personnalité à qui les Français font le plus confiance  en économie.  Et il est impossible d’avoir une cour de louange aussi vaste sur l’échiquier politique et médiatique,  du Monde au Figaro magazine.  DSK est LA compétence économique française.

Que l’on nous permette un léger désaccord.  L’image est le fruit de la posture.  La réalité révèle l’imposture.  DSK est une utilité politique et une inutilité économique.

 

Deux histoires très révélatrices

Nous autres, « anglo-saxons », comme on dit en Europe continentale, il faudrait sans doute utiliser les supplices de haut degré du moyen âge pour nous faire avouer que les changes flottants posent quelques problèmes que ce soit et qu’ils ont permis des dérives financières désastreuses . 

La variabilité des cours de change est vue à l’image des fluctuations de la météorologie.  On peut penser que certaines forces sous jacentes agissent et qu’elles soient sous la responsabilité de quelques dérèglements de la conduite humaine.   Mais nous sommes bien convaincus que nous n’y pouvons rien  sauf à invoquer la bienveillance des Dieux  comme nos ancêtres le faisaient lorsqu’un nuage de sauterelles se révélait particulièrement désastreux.

Mais nos journalistes aiment les cas concrets et livrent des exemples qui peuvent faire réfléchir même un « anglo-saxon ».
Le New York Times nous livrait il y a quelques jours  la navrante histoire de ce milliardaire chinois  créé de toute pièce par la finance « internationale », en fait un groupe de hedge funds et de banques  d’investissements,  selon le scénario suivant.   Le but ultime : engranger une formidable plus value sur la bourse de Shanghai représentant sans doute 100 ou 200% du capital investi.  Ce que nous appelons du « big business ».  On trouve un jeune chinois capable d’incarner les triomphes du capitalisme. On lui prête des sommes astronomiques. On lui fait acheter des milliers d’hectares de terrains et on soutient son entreprise de promotion dans la construction de villes entières.  On multiplie les reportages sur le jeune « tycoon » si représentatif d’une Chine triomphante.  On attend que les premières barres d’immeubles soient commercialisées pour mettre en bourse  l’immense société entièrement montée à crédit et on fait une gentille culbute. On rembourse les prêts et on a gagné quelques milliards de dollars bien venus.

Cette histoire nous change des idées habituelles sur l’industrieux chinois dont la sagacité commerciale et les bas salaires permettent de damner le pion aux industries occidentales.   Depuis 2003 la bourse de Shanghai a connu une telle envolée  qu’elle ne pouvait que durer éternellement.  La finance mondiale se devait d’être là et de ratisser vite et bien les plus values qui s’offraient.  Les milliards de dollars se retrouvaient dans la poche du gouvernement chinois qui ne savait guère qu’en faire.   Alors il le plaçait en bons du trésor américain. Où ils étaient immédiatement remis dans le circuit et servaient à d’autres opérations miraculeuses en Chine du même tabac que celle qui vient d’être racontée.

Naturellement la bulle explosa en septembre 2008.  Les énormes constructions  construites sont vides et les autres sont arrêtées là où elles en étaient. Les ouvriers sont rentrés par millions  dans leurs campagnes.  Les énormes containers qui apportaient de quoi fabriquer  ces villes nouvelles  restent vides. Les bateaux qui les transportaient s’accumulent à l’entrée des ports. 

Les plans de relance chinois sont totalement incapables de faire face à ce genre de situation.  Les hedge-funds lèchent leurs plaies et tentent de rembourser avec ce qu’ils peuvent encore rassembler   les investisseurs traumatisés qui leur avaient fait confiance. Les banques américaines tentent d’expliquer à la FED que leurs actifs  chinois sont de merveilleux actifs qui pourraient faire l’objet de refinancement « non conventionnels ».  Les banques européennes qui se sont syndiquées avec ces belles opérations font de même auprès de la BCE. Bonne chance !  Le contribuable américain commence à devenir nerveux, comme le contribuable européen. Le gouvernement chinois aussi avec ces milliards de dollars créés sur du vide dont il craint qu’ils ne lui glissent entre les doigts. Le G.20 met l’Uruguay sur liste noire avant de tenter le gris, soulevant l’enthousiasme absolu de tous les media.

Bref nous sommes sauvés.

Pourquoi raconter cette historiette ? Peut-être pour faire comprendre que la crise n’est pas seulement et peut être même pas principalement celle des crédits hypothécaires bonifiés et « subprimes ».   Absolument tous les circuits économiques étaient pervertis.  Le dérèglement du système monétaire international avait   généré des bulles prêtes à exploser absolument partout et dans tous les compartiments de la finance.

Quand les premiers craquements  se produisirent, ce sont des explosions en série qui se succédèrent  ruinant et paralysant tous les circuits internationaux de financement et tout le commerce international. Par milliers les opérations du même type en Chine et ailleurs s’effondrèrent faisant disparaître le capital des banques mêlées à ces « juteuses » spéculations.  

Elles le firent en une seconde, car en une seconde les promesses de la bourse de Shanghai s’envolèrent à jamais. Elles s’envolèrent partout. Tous les salariés qui un peu partout dans le monde fournissaient la matière réelle de ces constructions psychédéliques sont au chômage, sans aucun espoir de revoir leur poste de travail avant quelques décennies.   On comprend mieux pourquoi en moins de trois mois toute l’économie monde s’est recroquevillée.

Pendant ce temps dans le même exemplaire du NYT le journaliste économique récemment nobélisé, Krugman, se moque du gouvernement chinois qui n’a pas su quoi faire de ces dollars prêtés à pertes par la banque occidentale à des entrepreneurs faillis.    Cela ne sort pas de la crise mais cela détend.

L’autre histoire est racontée avec malice par The Economist  qui se moque gentiment des difficultés du gouvernement japonais.  Il suffit de traduire :

« Les exportations du Japon ont connu un boom  lorsque le Yen était  sous évalué (« super cheap »), et la dépense américaine en plein délire (« consumer binge »). Le Japon n’a connu ni bulle immobilière, ni bulle de crédit. Mais le Yen faible  a permis aux exportateurs japonais  d’étendre leurs capacités de production  dans l’espoir que ces conditions perdureraient.  Il en a résulté un défaut majeur d’allocation des ressources.  Quand le Yen s’est envolé l’année dernière et la demande étrangère s’est arrêtée, la bulle de fabrication japonaise a explosé. En 2008 les exportations ont été divisées par deux. »

N’importe qui en conclurait que les changes flottants sont décidemment une catastrophe qui entraînent  des erreurs de vision et qu’il faut rapidement faire quelque chose sur cette question.

Mais non.  C’est le fruit particulier de l’idéologie que les faits peuvent être éclairés avec la lumière la plus intense sans déclencher la moindre réflexion.   Ces deux historiettes  montrent bien que les déséquilibres financiers colossaux et les fluctuations aberrantes de changes  sont à la source des difficultés gravissimes actuelles.    Mais il est inutile de chercher la moindre ligne en ce sens.  Les flots tumultueux de la finance libre dans un monde sans digue donnent  à écrire mais pas à penser encore moins à panser.

Les esprits audacieux pourront essayer de jauger l’efficacité des mesures prises par le G.20  en les appliquant à nos deux histoires.

Lewis Holden pour le Cercle des Economistes E-toile

G.20 : un pari très dangereux.

N’ironisons pas sur le « Kolossal Succès » de la réunion du G.20 à Londres et sur la parfaite orchestration de l’opération politico-médiatique qui l’a précédée avec ses opérations teasing (« les signes de reprises se multiplient ») et son faux suspense (« va-t-on vers un désaccord ?») et celles qui lui succèdent : « c’est merveilleux ils sont tous d’accord, tous gagnants et vont beaucoup plus loin que prévu ». 

Nous savons depuis Munich que ces manifestations unanimes des politiques et de la presse sont à prendre avec précaution et après tout nous avons échappé au retour triomphal   des participants sur un tapis de pétales de roses au milieu des foules enthousiastes.  

Si tout ce barnum redonne un peu de confiance au monde, tant mieux.

Cela ne devrait pas nous détourner d’observer la réalité et de peser les perspectives.

La réalité c’est d’abord ce semestre qui d’octobre 2008 à mars 2009 aura été le pire de l’histoire récente de l’économie, dépassant en gravité  les débuts de la crise de 1929. La conférence de Londres a bien fait de ne pas tirer la leçon du précédent « succès » du G.20 à Washington.  Les chutes de PIB ont été générales et verticales. Certains secteurs économiques sont à l’arrêt presque total. Le commerce international n’a pas tenu et pour la première fois depuis la guerre de 1940 connaît la récession. On se fatiguerait à dénombrer les « premières » que cette crise nous force à vivre.

Tous ceux qui pensaient vivre une « crise des subprimes » ont été pris à revers.  Ce sont tous les circuits internationaux de capitaux et de commerce qui ont  sombré  à la vitesse de l’éclair.  Ce ne sont plus les banques occidentales  qui sont en péril mais les Etats.

L’impuissance de la Fed et de la BCE est évidente.  Ces deux institutions en sont aux manœuvres « non conventionnelles ». Le FED vient d’acheter directement des bons du trésor américain : la planche à billets est sollicitée sans artifice.  La BCE a annoncé qu’elle s’y résoudrait s’il le faut.  Et aucune des deux ne peut prendra à sa charge les malheurs du monde.  Alors comme en 1970 on réactive les DTS : on crée de la monnaie administrative internationale basée sur rien d’autre que des déficits pour permettre aux pays dont le système bancaire a explosé ou va exploser  de continuer à participer au concert du commerce international.

En même temps et c’est la seule surprise réelle de ce G.20 « on débloque 250 milliards de dollars en deux ans pour soutenir le commerce mondial ».  Qui, comment ? Mystère pour le moment. Mais cela prouve bien que la réalité de la crise a été désormais intégrée : sans commerce mondial en croissance il est impossible de sortir de la crise.

Comme le souligne notre ami Sylvain, on prend bien soin de mettre en scène la démonétisation de l’or du FMI pour essayer de casser le thermomètre qu’est le prix de l’or.   Et tous les investisseurs institutionnels et sous contrôle indirect des Etats ont investi en bourse pour donner le coup de chapeau nécessaire.

L’absence totale de réforme du système monétaire international, alors que l’évidence que l’instabilité des changes est devenue incontournable, a conduit à une répétition de la « solution » apportée à la suite des la crise financière de 1998. On sait qu’un forum de la stabilité financière (FSF pour les intimes) avait été institué en 1999  pour éviter les affaires type LTCM et les gonflements intenables de bulles « locales » comme celles qui étaient vu comme la source des difficultés asiatiques.   On a vu que ce discret « machin » s’était révélé totalement inepte et avait laissé se développer toutes les bulles mille fois plus grosses mais américaines cette fois là. Nous eûmes Enron et quelques autres, l’éclatement  de la bulle internet, le gonflement de la bulle des subprimes, puis celles des CDO et des CDS.  Le silence du FSF et son incapacité à produire quelques résultats que ce soit ont été tonitruants.

Alors on crée un Conseil de stabilité financière (CSF), FSB (Financial Stability Board) pour les anglo-saxons, de composition élargi qui s’occupera des places off-shores et des intervenants ayant une importance systémique sur l’économie monde.  

Il est toujours curieux de voir coexister un système de changes flottants qui crée et amplifie les instabilités monétaires et financières et des organismes administratifs chargés de stabiliser la finance.  

La vérité est facile à discerner : on ne veut  pas renoncer à la financiarisation de l’économie monde qui est en effet rendue indispensable, sous des formes rentables pour les banques mais dangereuses pour le reste des intervenants, par les changes flottants.   Les mouvements de capitaux restent libres et comme maintenant représenteront toujours une centaine de fois les mouvements proprement commerciaux.  Mais on ne veut plus que des intervenants importants puissent  entraîner le monde dans des risques systémiques ingérables. 

L’échec de 1999 n’a pas servi de leçon.  On essaie encore une fois avec une solution administrative. On ne sait pas comment cela marchera et si cela aura la moindre importance pratique.  Mais on se sera donné un lieu de réflexion loin des politiques et de l’opinion publique.
Entre financiers on devrait pouvoir s’arranger.

C’est exactement la même illusion qui avait conduit à croire que les banques centrales, et le club des banquiers gravitant autour des régulateurs,  permettraient d’éviter les crises bancaires.  La FED a été créée après la crise bancaire de 1907 : nous eûmes la crise bancaire de 1921 et la crise bancaire de 1929 ! On connaît la suite.

En attendant personne ne sait comment va pouvoir se redessiner la carte des échanges mondiaux.  C’est la clé de l’énigme. Personne ne demande aux Etats-Unis de mettre fin à ses déficits abyssaux ni à la Chine de mettre fin à ses excédents symétriques.  Il n’ya aura aucun effort coordonné des Etats pour  rétablir des circuits économiques sains, seulement des relances nationales par la dépense publique.  

On espère que le mouvement brownien des capitaux, alimenté par une création monétaire forcenée aussi bien des banques centrales que par le FMI, finira par trouver sa cible. Et on attend.

Jamais on aura fait autant confiance à la bienfaisance de la « main invisible financière ».  Alors que jamais les preuves de son inexistence n’auront été plus grandes.

La science ne peut rien contre la foi.

Mais ce genre de pari pascalien fait peur quand il s’applique non pas à l’au-delà mais à notre monde concret en train de tourner à la vallée de larmes.  

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

G.20 à Londres : une décision historique !

Le G.20 a pris une décision historique dont il convient de jauger la portée.

Il a décidé de décider à nouveau ce que la dernière assemblée générale du FMI avait déjà décidé : autoriser la vente d'une partie du tas d'or de l'institution. 

On peut prendre ce bégaiement sur le ton de la plaisanterie. Ce serait une erreur.

Le G.20 signifie qu'il n'y aura jamais de retour à l'étalon-or et à une monnaie dont la création ne soit pas strictement entre les mains des Etats. 

L'augmentation des DTS, Droits de Tirages Spéciaux,  un si joli nom pour une monnaie, le plus beau jamais trouvé sans doute, n'est pas l'amorce d'une monnaie internationale, malgré le "triplement" sur lequel on affecte de s'extasier.

Il évitera à la FED et à la BCE de se ruiner en soutien des banques centrales des petits pays, y compris en Europe de l'Est.

On notera que la conférence n'a pas cru devoir faire le bilan des mesures annoncées à Washington  en novembre lors du précédent G.20.  Et qu'à l'automne le G.20 se réunira à nouveau  et qu'il y a fort à parier qu'il ne fera pas plus le point des mesures prises aujourd'hui.

La décision a donc été prise de ne  rien bouger sur le front monétaire et  de lancer un message fort  vers le monde de la finance : "business as usual". Les marchés ont salué.

C'est bien une décision historique.

Washington, Londres, New-York : tout un symbole.

 

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des Economistes E-toile

Une notion controuvée : le prêt « toxique" !

Une grande partie des discussions qui ont lieu depuis le début de la crise ouverte, à  la mi-septembre 2008, porte sur l’élimination des actifs «toxiques » des banques qui les empêcheraient de faire normalement leur travail.

Cantonner ces actifs dans des structures ad hoc serait la clef de toute solution rapide.  Le plan Paulson avait cette ambition.  On a vu qu’il n’a pas marché, l’argent étant redéployé vers le renforcement du capital des banques.  On voit renaître cette préoccupation avec le plan Geithner, le successeur de Paulson , qui est extrêmement complexe et connaît  les mêmes difficultés. Pourquoi ?

La crise est due à un surendettement global massif. Les dettes ont fini par atteindre aux Etats-Unis près de 400% du PIB et on est très au dessus de 300% en Europe. Ne parlons pas de l’Islande !

C’est cette montagne de dettes qui s’est effondrée dans un grand coup de tonnerre. 

Il faut bien comprendre ce que cela représente, 400% d’encours d’endettement ! Imaginons que la durée moyenne globale des prêts soit de 4 ans : cela veut dire qu’il faut rembourser un principal de 100% du PIB chaque année, auquel il faut ajouter les intérêts. C’est clairement impossible !  Un pays ou le monde entier ne peut pas consacrer tout son revenu à rembourser des emprunts.    Si la durée moyenne est de 16 ans,  on voit qu’il faut tout de même consacrer le quart du PIB  aux remboursements et  le cumul des intérêts devient terrifiant.
On notera que la nature de la dette est sans importance dans l’affaire : qu’elle soit publique ou privée, qu’elle porte sur telle ou telle catégorie d’actifs n’a strictement aucune importance.

En un mot, à ces niveaux d’endettement tous les prêts sont toxiques pour la simple raison qu’ils ne peuvent plus espérer être tous  remboursés !

Nous étions  arrivés à cette situation où pour chaque transaction commerciale intérieure on constatait dix transactions  financières et pour chaque mouvement de marchandises international  cent mouvements de capitaux.  Croire que tout cela était durable était évidemment une fantasmagorie.

Il fallait que quelque chose craque. L’amorce de la crise est passée par le blocage des crédits hypothécaires. C’est assez normal : ce sont les prêts les plus longs et ils ont fini par être financés par des soldes de trésorerie de SICAV monétaire !    Mais en fait tous les prêts, qui sont des espoirs de remboursements sur des produits futurs,  étaient en danger et l’ensemble des circuits économique menacés de congestion immédiate et intense, une fois que l’évidence de l’impossibilité du surendettement aurait gagné l’opinion publique.

C’est une des raisons de l’affaissement immédiat et radical de tous les circuits économiques et pas seulement de la filière des subprimes (qui est arrêtée  de jure  depuis juillet 2007 mais l’était de facto dès la fin 2006).

Démondialisation, déleveraging, dégonflement des bilans des banques, tout cela va ensemble.

L’épargne s’est repliée en urgence vers la liquidité, ruinant  les  bourses  et ajoutant une crise d’illiquidité à une crise de solvabilité des banques.

La réponse des Etats a été de sauver les banques pour ne pas en plus ruiner les déposants.  Les banques centrales et les Etats ont repris une partie de la dette à cet effet. Mais globalement on ne voit pas que cela change l’image générale de la crise. 

La spéculation dont le jeu faisait ou défaisait les cours des matières premières s’est largement arrêtée, la crainte de pertes immenses faisant fondre les ressources des hedge-funds à grande vitesse.  L’achat à crédit s’est effondré touchant les produits les plus chers, avec un quasi arrêt de la vente de voitures, d’immeubles, d’équipements divers.  La peur de manquer a fermé les portefeuilles pour les dépenses non indispensables. 

La bougie économique s’est consumée  par les deux bouts.

Tous les encours de prêts « sains » correspondant à une activité économique régulière sont désormais  devenus « toxiques ».

On voit que la notion de cantonnement d’actifs toxiques à ces échelles  n’a pas grand sens, que la reprise des encours de prêts de banques par la banque centrale ou l’Etat a des limites et que la dynamique de la «crise » est encore là pour un moment.

Il n’y a pas de solution simple. 

Il faudra bien en passer par des pertes massives sur les prêts aventurés.  Elles ont d’ailleurs largement eu lieu. La restructuration de la dette en supprimant les prêts à clauses « pochette surprise », en allongeant les termes et en réduisant les intérêts à presque rien aurait apporté son bénéfice.  Elle est rendue extrêmement difficile par l’existence d’un système de changes flottants et le caractère international des engagements financiers.  Faute d’intelligence de la situation et de levier politique, la question est traitée par prétérition.

Mais surtout il faut redonner un horizon économique aux producteurs et aux consommateurs.  Ils sont aujourd’hui congelés. Tous les circuits financiers et économiques internationaux sont à l’arrêt. Les déformations de trafics commerciaux  imposées par le gonflement des mouvements de capitaux à des sommets intenables et aggravées par des changes en folie,  sont caduques.

Plus personne ne sait qui est qui et où l’on va. Les plans de relance nationaux ne fonctionnent pas  parce que personne ne sait à quelle nouvelle structuration des échanges internationaux ils vont conduire ni s’ils ne vont pas créer à nouveau des déséquilibres intolérables de balances des paiements.

On est bien loin des subprimes, des normes comptables, des agences de notation, des bonus et des stocks options.  On est bien loin du G.20 et des mesures qu’il s’apprête à prendre.

Le plut tôt les gouvernants auront abandonné l’idée que nous vivons une crise des subprimes aggravée par la dérive des contrats mathématiques complexes mal jugés par les agences de notations, alimentés par la cupidité  et trahis par la comptabilité, le plus tôt on sortira de l’aveuglement.  Et le plus vite on pourra mettre de côté des fausses mesures qui sont autant de coups d’épée dans l’eau.

Si le monde avait pu être sauvé en mettant en réserve les 7% de prêts du marché immobilier international qui était aventurés, ce qui est la mesure de toxicité offerte par les experts du secteur,  il le serait déjà !   Il n’y a plus de subprimes ; les agences de notation  font désormais plus qu’attention ; les 200.000 salariés des banques qui travaillaient dans le secteur des prêts adossés sont sur le carreau et les gouvernements ont tous autorisé des changements de méthodes comptables pour certains prêts.  Les hedge funds ont pris une raclée mémorable qui va les calmer un certain temps.

Pourquoi diable  dans ces conditions le G.20 se réunit-il ?

Tout cela est un théâtre d’ombres.  Il est plus que temps de revenir aux réalités.  

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile

Non la Chine ne nous sauvera pas !

On lit un peu partout que la Chine grâce à ses immenses réserves de changes pourrait venir au secours de l’Amérique en difficulté : il suffirait qu’elle dépense les immenses réserves qu’elle a accumulées  pour qu’aussitôt des flots de capitaux frais remettent en marche l’économie mondiale.

C’est sans doute l’idée la plus sotte qui ait été émise  dans cette époque où le n’importe quoi mental commence à devenir si pénible.

Lorsqu’un pays dispose d’une balance des paiements excédentaire, la banque centrale met en réserve les devises « fortes » accumulées et crée en contrepartie de la monnaie nationale qui, par le mécanisme du multiplicateur, entraîne un gonflement des prêts du secteur bancaire et une hausse de l’activité locale.  Les énormes excédents chinois ont donc généré une circulation monétaire en Chine encore plus énorme.
Dans notre système monétaire international magique, un pays excédentaire a la possibilité de replacer ses dollars   aux Etats-Unis et de toucher des intérêts. 

L’excédent chinois a donc provoqué une double pyramide de crédit : en Chine et aux Etats-Unis.  Car le retour des dollars aux Etats-Unis a permis naturellement par le même effet multiplicateur, mais dans le système bancaire des Etats-Unis, de multiplier les crédits.  Ces crédits ont permis aux américains d’acheter plus de produits en Chine  qui a bénéficié d’un excédent supérieur qui etc.

On trouve là naturellement un des mécanismes forts de la création de la bulle financière mondiale et particulièrement de  la bulle de crédits des Etats-Unis…et de la Chine.

Les Allemands, soumis aux contraintes d’une même situation dans le cadre des accords de Bretton Woods, avaient eu la possibilité de dire : stop !  Il leur avait suffit de demander la conversion en or de leurs dollars.  Si les Etats-Unis avaient joué le jeu en 1971  il y aurait eu contraction de la masse monétaire aux Etats-Unis et réduction des déficits extérieurs.  Une certaine régulation automatique se serait exercée.  En système d’étalon or la situation aurait été identique.  Tenus de redresser leurs comptes extérieurs les Etats-Unis auraient été amenés à déformer leur production afin qu’elle soit plus exportatrice,  tout en réduisant leurs ambitions budgétaires.

Avec les changes flottants, cette possibilité de réaction des pays soumis à un emballement de leurs excédents  de balance des paiements n’est plus possible. Ils n’ont qu’une solution : vendre leurs dollars sur le marché des changes au risque d’effondrer la monnaie qu’ils viennent d’acquérir ou les replacer aux Etats-Unis.   
Le Japon a été le premier confronté à ce dilemme. Inféodé aux Etats-Unis,  il a joué le jeu qu’on lui suggérait : il a replacé ses dollars sur le marché monétaire des Etats-Unis en souscrivant en masse aux émissions du trésor.  Les taux d’intérêt étaient évidemment très bas.  Un « carry trade » s’est mis en place. On empruntait à Tokyo à un taux d’intérêt proche de zéro, on convertissait en dollar et on plaçait en dollar à taux meilleur un peu partout dans le monde notamment dans les pays en voie de développement. Par exemple en Thaïlande où  les dollars étaient convertis en monnaie locale, provoquant une hausse de la création monétaire des banques qui faute d’emplois suffisants dans la production  finançaient la spéculation notamment boursière. Les dollars étaient naturellement replacés en bons du trésor américain qui servaient à alimenter la liquidité des banques américaines qui augmentaient d’autant leurs crédits etc.

Les très bas taux au Japon permettaient de développer les marchés immobiliers et la demande de logements et de bureaux devint telle qu’une bulle phénoménale se mit en place.
Ces doubles pyramides de crédits sont évidemment extrêmement dangereuses.    On se souvient qu’en 98  la partie orientale a explosé  provoquant la panique partout.  Il fallait rembourser les dollars empruntés et replacés dans des paris aventurés. Le dollar se mit à monter aggravant d’autant le problème des emprunteurs. 

On a appelé cela aux Etats Unis : la crise des pays émergents  et des dirigeants pourris par le système des « cronies ».  On a ajouté l’injure à l’ignominie.  C’est le moment où les Hedge funds entrés  dans la danse  et animateur des jeux financiers les plus outrés tremblent une première fois sur leur base. LTCM est en faillite. Il faut d’urgence en organiser le sauvetage, déjà pour éviter un drame « systémique ». Tout le commerce international fut touché.  Autant pour la crise « des marchés émergents ».

C’était  une crise du système monétaire international des changes flottants. Une de plus.

En même temps une double spéculation commença sur le dollar et la bourse américaine.  Placer sur le marché des NTIC  en pleine folie boursière devient  extrêmement rémunérateur en plus value et en plus le dollar montait ! Le monde entier se mit à acheter des dollars et des actions américaines.  Une bulle phénoménale s’est reconstruite sur les décombres   de la bulle précédente. 

La bulle explose en 2000 . Greenspan essaie d’y faire face en baissant à zéro les taux d’intérêt qui compte tenu de l’inflation deviennent un temps négatifs. Le dollar s’effondre.  Tous les créanciers en dollars sont ruinés. Sauf la Chine dont la monnaie est alignée artificiellement sur le dollar.  L’Europe entre en stagnation, comme le Japon.  Il n’y a plus d’investissement industriel : la concurrence de la Chine est impossible à combattre.  Alors les capitaux ne vont plus à l’industrie.

Aux Etats-Unis c’est pareil.  L’industrie part en Inde et en Chine.
Les seuls placements productifs possibles sont l’investissement en Chine et en Inde. Mais ces pays n’ont pas la capacité de les absorber.  Alors va pour la spéculation.   

Aux Etats-Unis et partout dans le monde les taux d’intérêts très bas conduisent à une spéculation immobilière effrénée.  Les crédits coulent à flots.  Le Chine replace ses excédents aux Etats-Unis provoquant une accélération de la bulle.  En Europe comme aux Etats-Unis on cesse d’investir dans la production.  Les particuliers s’endettent et on leur vend une production fabriquée pas chère ailleurs.

Et tout se bloque en 2007 et explose en 2008.

Le dollar est si bas qu’il n’est plus possible comme en 92, comme en 2000 , de l’effondrer pour transférer aux autres le mistigri. Ruiner le créancier qui est le moyen suprême de se dégager pour un débiteur n’est plus une option.  Le système bancaire anglo-saxon explose. Tous les circuits économiques s’arrêtent.  Les exportations se bloquent.  Crédit est mort.  Une récession extrêmement brutale et rapide se met en place.

On peut désormais revenir à nos excédents chinois.  Ils ont déjà servi à financer une pyramide de crédit EN CHINE  et une autre aux Etats-Unis.  On voudrait qu’ils soient encore disponibles pour un troisième round !  Les prêter aux Etats-Unis ? Mais c’est déjà fait !

Le crédit crunch qui a lieu en Chine  est en train de dégonfler la bulle provoquée par les excès de monnaie chinoise.  Si la Chine vend ses  obligations du trésor américain, outre les effets directs de cette vente sur les monnaies et les changes, à quoi peuvent être   employés  les dollars obtenus ?  A acheter des biens de consommation en  Europe et aux Etats-Unis ?  C’est la Chine qui les produit !  Si l’excédent est là, il a bien une cause.  Et la banque centrale Chinoise voyant ses réserves fondre devrait contracter la masse monétaire en Chine alors que le pays expérimente un joli « crédit crunch » ?

Cette fantasmagorie financière s’exécuterait alors que  le blocage du commerce international prive la Chine de nouvelles réserves et  que les anciennes  fondent  à grande vitesse  ?

Tout cela n’a aucun sens.

La simple évocation de ce qui s’est passé depuis 15 ans suffit à comprendre que la crise n’est pas la conséquence fortuite d’un pépin survenu sur les « subprimes » du fait de la conjonction malheureuse de la cupidité des banquiers, de la créativité des polytechniciens de la finance, de la bêtise des comptables et de l’aveuglement des agences de notation. 

C’est l’ensemble du système de production, d’échange et de financement qui s’est mis en place dans les années 90, suite à a première récession d’après guerre (déjà provoquée par les mêmes mécanismes, le Japon jouant le rôle de la Chine)  qui a explosé.  La finance a explosé en premier suivi du commerce international et immédiatement après de la production, en trois mois.

La spéculation qui s’et développée depuis 1995 n’est pas le fruit soudain d’une nouvelle cupidité des banquiers. Mais la situation était telle que l’investissement en Europe et aux Etats-Unis n’étant plus rentable ou sans objet et les déversements de capitaux dans les pays nouvellement producteurs ne pouvant aller plus vite que la musique,  la spéculation est devenue la seule issue.

On comprend peut être mieux maintenant  pourquoi c’est l’architecture globale monétaire, financière et commerciale qui doit être réparée.

Le cœur de la réforme porte naturellement sur un système monétaire international  dont les dysfonctionnements  sont la cause principale de l’explosion qui vient de se produire. 

L’occident ne peut espérer continuer  à acheter en finançant à crédit  des importations sans autres espoirs pour les épargnants que les promesses fallacieuses de la spéculation.  Les pays émergents ne peuvent  espérer devenir  l’usine du monde et le détenteur des devises mondiales.

Il faut évidemment des évolutions équilibrées qui passent par une maîtrise des déséquilibres des balances extérieures, dans un sens comme dans un autre.  C’est impossible à faire dans un système de changes flottants qui au contraire provoque un gonflement incontrôlable des difficultés.

Déficits monstrueux et excédents monstrueux ne se compensent pas !  Ils se cumulent pour désorganiser le monde. L’inénarrable Wolf, de FT, devenu le gourou économique du journal le Monde au moment où la fausseté de ses analyses est devenue la plus voyante,   aura beau s’égosiller à défendre la thèse américaine : « tout cela vient du fait que la Chine ne nous achète pas assez », thèse qu’on avait déjà entendu à la fin des années 80, puis 90, en citant le Japon,  la réalité est incontournable.

Il faut supprimer le privilège monétaire des Etats-Unis et le système des changes flottants. Cela passe par la mise en place d’un système monétaire international de type Bretton Woods mais sans les faiblesses de cet accord  qui étaient entièrement liées à la situation privilégiée des Etats-Unis. 

Il faut que l’Europe et les Etats-Unis se remettent à produire.  Il y a aura nécessairement  un rattrapage  des pays en voie de développement.  Nul n’est besoin de le rendre artificiellement destructif pour le monde entier.

Une croissance raisonnable universelle et coordonnée passe nécessairement par un système monétaire international équilibré et coordonné.  Le plus vite on le comprendra, le plus vite on réformera le système monétaire international,   le plus vite on sortira de la crise actuelle.

Pas de solution autre que la dépression si on n’abandonne pas immédiatement les changes flottants !  

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

Electrocution du commerce international

Le New York Times publie une remarquable infographie de Haver analystics montrant comment le commerce international a été littéralement foudroyé, se bloquant comme on ne l'avait jamais vu depuis 1929.

C'est tout le système financier mis en place à partir des changes flottants et de la liberté totale  de mouvements de capitaux alimentés par les déficits extérieurs abyssaux des Etats Unis  qui s'est effondré, pas seulement les banques ayant trop goûté aux subprimes.

Ce graphique complète celui du Baltic index qui marque le coût du frêt maritime. Quand Taïwan ou le Chili voient leurs exportations baisser net de 50% en un instant, alors que les subprimes, ils ne connaissent pas ni leurs banques, on comprend que c'est tout le système monétaire international qui est en cause pas seulement le système  bancaire américain.

L'article précise que les coûts du crédit international se sont envolés.

Il note que les exportations de la Chine vers l'Inde qui croissaient sur une rythme de 50% sont désormais en recul de 18%.

Les exportations d'Argentine, du Brésil et du Chili sont notées comme ayant baissées entre 27 et 42%.

Rappelons nos moqueries contre toutes les théories qui voyaiuent la crise d'abord aux seuls Etats Unis, puis aux seuls  pays européens ayant un peu construits de logements, puis à la seule Europe de L'ouest. Le BRIC est à genoux tout autant que les pays exportateurs d'Afrique et d'Amérique du sud.

Le NYT en conclut que le Global Trade System  est à l'arrêt.  Il aurait pu ajouter que rien n'est fait pour qu'il reprenne.

Tout un système basé sur les déficits américains, le crédit à la consommation massif,  les taux de changes de dumping de la Chine, la spéculation généralisée sur tout, la fourniture de machine par l'Allemagne et le Japon, sous traitant un peu partout en Asie,  une circulation de capitaux débridée sans aucune forme d'appréciation réaliste des risques, s'est ércoulé.

Et chaque pays fait son petit plan de relance dans son coin sans regarder la "big picture" sans aucune prise en compte de l'architecture économique et financière mondiale !  L'immeuble commence à s'effondrer et chacun repeint sa chambre !

Quand il n'y a pas de diagnostic, il n'y a pas de thérapeutique.

 

 

 

 

La crise s’approfondit : pourquoi ?

La crise s’approfondit : pourquoi ?

Six mois après le début de la crise non seulement il n’y a aucun vrai signe de reprise mais tout le monde voit qu’elle s’approfondit et s’amplifie.  Pourquoi ?

Trois événements récents dont la presse a donné ces derniers jours une large couverture donnent quelques clés d’interprétation.

1.    Le Japon disposait d’un aimable excédent commercial de 900 milliards de Yen chaque mois. La voici en janvier avec un déficit de même ampleur. Un basculement radical.  S’agit- il d’un effet  retard des diaboliques « subprimes » ?  Pas du tout.  Simplement le Yen a vu sa valeur multipliée sur le marché des changes. Plus aucune entreprise nippone ne peut exporter sur un marché international par ailleurs bloqué.  

Voici un exemple presque caricatural du mécanisme qui fait des changes flottants un facteur d’aggravation de la crise.

2.    AIG, le principal assureur mondial, vient à nouveau à la gamelle auprès de l’Etat américain. C’est la troisième fois. La société ne parvient même pas à rémunérer les apports en capital de l’Etat. Les sommes en cause sont prodigieuses : plusieurs centaines de milliards de dollars.  Est-ce encore un coup  de pied de l’âne des « subprimes ».  Pas du tout : la banque assurance est la cause principale. Les prêts des banques ont été garantis par AIG. La faillite de Lehman Brothers  a entraîné illico celle d’AIG qui dès le LENDEMAIN s’est présentée aux autorités avec sa sébile. 

La cause immédiate de la nouvelle faillite est l’évolution malsaine des CDS, les Crédit default Swap. AIG en a souscrit pour des milliers de milliards. La plupart concernait des opérations de prêts avec clauses sur taux d’intérêt ou sur cours de change, avec des points d’intervention dépendants d’écarts considérés comme peu probables  sur des indices ou des devises. La crise ayant provoqué le chaos sur les marchés des changes et les marchés de taux, les contrats se sont déclenchés les uns après les autres. AIG  ne peut plus faire face.

Rappel : le marché des CDS est passé de 6,396 milliards de dollars américains à fin 2004 à 57,894 milliards à fin 2007. Si vous avez entendu le FMi s'inquiéter pendant cette période vous avez gagné !

Voici un exemple presque caricatural du mécanisme qui fait des changes flottants un facteur d’aggravation de la crise.

3.    Le chaos sur les marchés des changes des Pays de l’Est récemment tournés vers l’Europe occidentale provoque des graves difficultés pour les banques qui ont soutenu de leurs prêts ces pays en plein rattrapage. On découvre ainsi que les banques  d’Autriche ont  des en cours équivalents au PIB du pays (l’Islande doit se sentir moins seule) ! La hausse des taux d’intérêt dans ces pays bloque l’activité. La dévaluation rend les remboursements en monnaie étrangère et notamment en Euros impossibles.  Les deux mécanismes se cumulant, les banques voient exploser leurs crédits « non performants ».  L’ampleur des pertes est telle que même l’Euro en est déstabilisé et que les rumeurs enflent sur la possibilité de l’éclatement de la zone Euro !

Voici un exemple presque caricatural du mécanisme qui fait des changes flottants un facteur d’aggravation de la crise.

Nous disons depuis la mi-septembre 2008 que la  première mesure à prendre d’urgence est l’abandon des changes flottants, la seconde étant la restructuration globale et immédiate de tous les contrats de prêts  et d’assurance  à clauses de déclenchement   sur élément variable.

On se demande bien pourquoi !

En tout cas nous sommes les seuls.  Les changes flottants c’est la forme la plus achevée du tabou, celle qui met un bœuf sur la langue et congèle au zéro absolu les petites cellules grises.

L’Europe va au G20 en réclamant des moyens supplémentaires pour le FMI où les Etats-Unis ont tout le pouvoir, étant les seuls à disposer du droit de véto, et ils n’ont aucune envie de débloquer des centaines de milliards de dollars pour l’étranger alors qu’ils sont engagés pour des centaines de milliards de dollars sur le front intérieur.  Alors on parlera paradis fiscaux  et régulation. Cela ne mange pas de pain.  Mais n’aura aucun effet sur la crise.

Quant à l’Union Européenne presque constitutionnalisée, c’est l’Europe des petits oiseaux  et de la législation sur le camembert.  Pour l’essentiel,  c’est chacun pour soi.

Au fond cela vaut mieux : l’union des têtes de linotte n’est pas meilleure que l’absence d’union des autruches.

Encore un livre de banquier sur la crise !

Dans la collection Tribune Libre chez Plon, M. Matthieu Pigasse, vice