Crise mondiale : pas de vraie solution sans les Etats.

Les difficultés de l'Euro permettent à deux camps d'exulter.


Le premier est celui des adeptes de Milton Friedman et de la libre flottaison des monnaies. Le maître avait dit que l'Euro ne se ferait pas et si par impossible il se faisait il éclaterait rapidement. Pendant dix ans il a eu tort et voilà que sa capacité d'analyse et de prédiction est magnifiée. "On vous l'avait bien dit que cette construction était impossible. Et maintenant sa défense vous entraîne dans des complications bancaires et sociales insurmontables. Revenez à la raison et sortez de l'Euro ! Les monnaies s'échangeront alors à leur vraie valeur respective et tout sera bien. Les marchés resteront la loi du genre humain comme il se doit. Les gouvernements seront hors jeu et obligés d'être sérieux."


Le second, radicalement opposé en apparence, postule que les monnaies administratives créées à la fin de la première guerre et qui sont devenues totalement erratiques depuis 1971 sont ingérables, que le système des changes flottants est intrinsèquement pervers car il offre trop de possibilités à la spéculation tout en créant des risques immenses, que les banques centrales sont des organismes creux qui ne savent rien contrôler et qui créent plus de problèmes qu'ils n'en résolvent, et que seul l'étalon-or est de nature à faire revenir tout le monde, états, banques et agents économiques, à la raison. S'il y a étalon or, la notion même d'Euro n'a plus de sens.


Ces deux philosophies, en apparence totalement antagonistes, se rejoignent pour fêter la mort annoncée de l'Euro.


En vérité ces deux doctrines ont un autre point commun : la haine de l'état qu'il s'agit de contraindre le plus possible, soit par les disciplines de l'étalon or, soit par la sanction des marchés. L'état est l'ennemi, celui par qui tous les malheurs arrivent. Il ne doit pas avoir de responsabilités dans la gestion de la monnaie qui doit être le plus possible une monnaie privée indépendante de la gourmandise étatique. Aux entreprises le soin de découvrir des nouvelles opportunités de croissance ; aux banques de les financer si elles croient aux projets qu'on leur propose. Si elles se trompent qu'elles meurent !  Et l'excès de monnaie sera automatiquement purgé. L'Etat ne sait faire rien d'autre que de générer de l'inflation ou de la crise économique.
L'ennui, c'est que l'histoire a condamné chacune de ces deux options.


L'étalon-or n'a duré que quelques années, de 1873 à 1914. Et qu'a-t-on vu ? Ce qu'on appelait "la grande dépression" qui a duré la majeure partie de la fin du XIXème siècle, ponctuée de grands scandales comme Panama,  et une période faste au début du XXème  qui s'est brutalement terminée par la crise boursière de 1907. L'étalon or n'a pas été un chemin de roses.
Quant aux changes flottants on a vu que de crises en crises ils viennent de nous faire basculer dans une situation plus que périlleuse qui peut bien déboucher sur une nouvelle grande dépression.


Par conséquent ceux qui exultent n'ont rien à proposer de solide pour l'avenir.


Pour une raison simple : ni l'un ni l'autre n'ont compris pourquoi leur système respectif a explosé. Ni l'un ni l'autre n'a compris le caractère indispensable des états pour assurer croissance et plein emploi.  Non pas que l'état, par nature, soit capable de déterminer les bonnes politiques, tout démontre le contraire. De mauvaises politiques économiques, on en a connu de multiples. Mais parce que toute bonne politique passe nécessairement par une intervention de l'état et toute mondialisation heureuse par une collaboration inter étatique solide et consensuelle.


Mettre hors jeu les états qui emploient directement 20 à 25% de la population active et dépensent entre 35 et 55% du PIB est totalement irréaliste. Croire que le chacun pour soi  et l'or ou les marchés pour tous donneront des résultats merveilleux est une farce.


La question n'est pas de mettre les états hors jeu, mais de faire qu'ils jouent bien. L'orchestre jouera-t-il mieux sans chef, en espérant que la sélection individuelle des meilleurs solistes  suffira à créer la qualité ?  C'est l'idée des changes flottants Chaque banque centrale maintient la valeur intrinsèque sur son marché de la monnaie dont elle a la charge et le bonheur suivra. Ou faut-il lui laisser un chef mais sous la tutelle  d'un ordinateur qui dira si la qualité est bonne ? C'est un peu l'idée de l'étalon or.
Nous nous pensons qu'il faut un bon chef d'orchestre travaillant sur de bons principes avec d'excellents solistes.


Quelle aura été la force de l'Euro ? D'abord de permettre à l'ensemble économique européen de s'unifier mieux. Le fait de passer d'un pays à l'autre sans changement de monnaies a permis une fluidité des échanges des capitaux, de marchandises et de services propices à une meilleure intégration et un rattrapage des économies pauvres.  Quelle aura été la faiblesse de l'Euro ?  Le fait d'avoir laisser les état maîtres de leurs politiques économiques, mais sans possibilités de politiques monétaires et sans autres contraintes que celles d'un traité.  Si le monde n'avait pas baigné dans le flottement généralisé et la liberté totale des mouvements de capitaux , cette politique avait sa chance. Mais on n'a pas voulu comprendre qu'un îlot de fixité dans un océan de flottabilité serait durement battu par les flots.  L'Hubris politique l'a emporté sur la sagesse économique. On a mis la charrue avant les bœufs et une fois de plus en Europe on voit les boeufs piétiner la charrue.


L'Euro n'est pas possible sans une coordination des politiques économiques et budgétaires (ce que tout le monde a désormais compris), et sans une certaine fixité des changes dans le monde (ce dont personne n'a conscience). C'est ce que nous avions écrit au moment de Maastricht.


On était un peu dans la situation qui a prévalu lorsque la France a adopté le système de Law sur la généralisation du rôle du billet de banque. Le billet de banque est un formidable progrès mais son succès suppose que différentes conditions soient remplies. On a voulu passer outre : on a eu la faillite.  L'Euro a voulu passer outre. Et on risque la faillite de l'ensemble. Mais cela n'empêche pas que l'Euro soit globalement une excellente solution pleine d'avenir. Mais pas organisée comme cela et pas dans un monde de changes flottants. Tous ceux qui ont prétendu que l'intendance suivrait ont sauté "un pont trop loin", pour reprendre une image célèbre.


Imagine-t-on une seconde que la Grèce serait sauvée par le retour immédiat à l'étalon or ? Elle n'a pas d'or. Et un record de dettes. Voudrait-elle saisir le trésor de la banque centrale comme en Argentine il y a quelques semaines, elle n'y trouverait rien.
Imagine-t-on que la Grèce soit sauvée immédiatement par le flottement de sa monnaie ?  Cela supposerait un défaut quasi total sur sa dette et un effondrement des changes tel qu'aussitôt le monde entier se vautrerait sur ses plages et dans ses criques. Elles ne sont disponibles que quelques mois par an et ne génèreront jamais de quoi faire vivre le pays et rembourser ses dettes. La Grèce serait un pays sans capitaux, sans monnaie et probablement sans client car l'explosion de la zone euro aurait la conséquence de ruiner beaucoup d'épargnants sans parler des Etats.   


Même à titre de transition la flottaison ou l'étalon or ne sont pas des solutions.


Quelle est donc la solution ?


La solution est la même que celle que nous proposions dès le blocage des marchés interbancaires en juillet 2007, la même que celle que nous proposions au moment de la chute de Lehman-Brothers.


Nous sommes dans une crise mondiale de la dette que seule la croissance mondiale permettra de surmonter.


La seule solution est dans la coopération totale interétatique pour une croissance mondiale générant suffisamment de ressources pour rétablir les équilibres essentiels. Aucune autre solution n'existe qui évite de grandes souffrances. Qu'on se rappelle les âneries qui étaient répétées par les perroquets sur la crise des subprimes qui n'était qu'un problème américain ! La crise était déjà globale et ne pouvait que recevoir un traitement global. On n'a rien fait.  Quand en septembre 2008 c'est l'ensemble du système financier mondial qui s'est effondré, on a bien compris que la crise était globale mais on a considéré qu'il suffisait de transférer les actifs pourris des banques aux Etats, en laissant les banques centrales lâcher les rênes monétaires,  sans autre réforme que de microbiques remises en cause sur des sujets annexes comme la comptabilité, les primes  et l'organisation des marchés de CDS.


Nous avons crié au fou pendant toute cette période devant cette indécence intellectuelle.  


Pendant ce temps là la récession s'est installée, la crise de la dette s'est amplifiée, les banques sauvées et gorgées de liquidités dans un marché totalement libre s'en sont donné à coeur joie dans la spéculation imbécile, chaque pays a poursuivi sa petite cuisine sur son petit réchaud. Aucun diagnostic réel de la crise n'a été fourni. Le commerce international ne s'est jamais remis totalement en place, répondant plus à des politiques étatiques égoïstes ou à des pulsions de la spéculation qu'aux nécessités d'une reprise générale de relations économiques saines entre les états.


La solution était évidemment ailleurs. Il fallait d'abord acter la faillite des changes flottants, de la "dissymétrie" des institutions internationales, de l'égoïsme globalement destructeur  des politiques nationales américaine et chinoise  et reconnaître que cet ensemble était la cause principale de la crise. Puis faire le constat que seule un ressaut de la croissance pourrait sortir  le monde de l'embarras ainsi créé.


Si les nations s'étaient réunies pour d'une part annoncer que désormais le système des changes serait stabilisé sur des valeurs de change correspondant aux parités de pouvoir d'achat, que la spéculation internationale sur les changes serait immédiatement interdite et sanctionnée pénalement, que les banques en faillite seraient immédiatement nationalisées et restructurées en attente d'une solution plus durable,  que le FMI, rendu égalitaire dans la composition de sa gouvernance assurerait la discipline de l'ensemble avec l'aide de fonds monétaires régionaux, que les excès de dettes seraient restructurées, que les déficits publics ne pourraient pas dépasser certaines limites en dépit des plans de relance, et seraient plutôt financé par la création monétaire directe que par l'intermédiaire de banques en faillite alimentées par des avantages indus, le coût de la crise aurait été bien moindre et aucun des ferments qui l'avaient créées ne seraient demeurés.


Cela supposait un changement d'attitude politique de la part des Etats unis, sommés de renoncer au privilège douteux du dollar, de la Chine, sommée de mettre fin à son mercantilisme, de l'Europe, sommée de mettre fin à l'incohérence entre des états généralement laxistes et une BCE astringente.


On n'aurait pas fait l'économie d'une récession mais on en serait sorti aujourd'hui car les courants commerciaux auraient repris et l'angoisse sur l'avenir aurait cessé. Les citoyens américains n'auraient plus de panique sur la future dévaluation de leur monnaie. L'Euro ne craindrait plus le feu des marchés et pourrait sortir en douceur de la double contrainte d'une monnaie trop fortement défendue et d'un dérèglement général des finances publiques de ses membres . La Chine n'aurait pas à prendre des mesures déraisonnables sur la confiscation prudentielle de certaines ressources mondiales et des relances du crédit interne totalement aventurées.


Décidemment non, cette exultation générale devant la crise de l'Euro n'est pas porteuse d'avenir. On ne sortira pas de la crise en l'aggravant. La seule solution est dans l'engagement des états vis à vis de la valeur respective de leurs monnaies et leur retour à la sagesse budgétaire.


On ne sortira pas plus des monnaies administratives que le monde ne s'est débarrassé des billets après la faillite de Law.  L'horloge monétaire ne revient pas en arrière. Jamais. 



ISF-Bouclier fiscal : une double erreur qui ne doit pas perdurer.


L'ISF est né avec un bouclier fiscal à 70%. Les socialistes s'amusent lorsqu'ils condamnent le bouclier fiscal. Le bouclier fiscal socialiste a été supprimé par...Alain Juppé, après avoir expliqué que l'ISF était une excellente mesure que la droite aurait du imaginer et mettre en œuvre elle même bien avant ! La droite s'amuse lorsqu'elle prétend avoir rétabli un peu de raison sur ce sujet controversé.

Le débat sur les méfaits de l'ISF a été fait mille fois. N'y revenons pas. Attachons nous un peu à la question du bouclier.

Notons d'abord que le bouclier est une passoire. En matière de prélèvements les éléments qui sont pris en compte dans le bouclier fiscal  sont très minoritaires : environ 1/3. C'est comme la ligne Maginot qui ne protégeait qu'un tiers de la frontière nord !  Ce qui veut dire que si l'on prend l'ensemble des prélèvements,  parler d'un plafond à 50% est une escroquerie. Comment calculer ce beaucoup plus ? Très difficilement puisqu'il va dépendre de la structure du patrimoine et des revenus. Sans aucun bouclier fiscal, le prélèvement global (tous prélèvements confondus) pouvait avec l'ISF dépasser allègrement les 100%.  Des milliers de résidents avaient ainsi la joie de donner tout son revenu annuel à l'Etat et de vendre progressivement son bien pour le satisfaire, au milieu des commentaires haineux sur la légèreté de l'ISF et la mauvaise volonté manifeste de privilégiés qui se plaignaient sans honte. 

On peut estimer à près de 20 000 les Français qui ont quitté la France pour échapper aux effets confiscatoires de l'ISF dans la contexte du surimposition générale en France, qui est devenu un leader mondial du prélèvement. Ce n'était pas les moins entreprenants. Certains sont revenus après avoir caché une partie de leurs avoirs et assuré une transmission sans impôt de leurs biens à leurs descendance. Mais la majorité est restée au loin. On s'étonne, ou plutôt on feint de d'étonner qu'ils ne soient pas revenus après l'instauration d'un bouclier à 50%. Quelle hypocrisie ! Pourquoi voulez vous qu'ils reviennent dans un pays qui chante Vive l'impôt en permanence dans le chœur réuni de la droite et de la gauche, maintient des niveaux de prélèvements ahurissants et stérilisants, et ne parle que d'augmenter les impôts des riches. Croit-on qu'ils n'ont pas vu M. Delanoe augmenter de près de 50% l'impôt sur l'immobilier parisien, un chiffre dément, au milieu des applaudissements, après qu'il eût affirmé "et je ne m'excuse pas" ?  Croit-on qu'ils n'ont pas entendu les vaticinations d'Eric Woerth et ses menaces contre ceux qui ont de l'argent "à gauche" ?    

Le bouclier de l'énarque Villepin n'a pas plus convaincu que le bouclier de l'énarque Rocard. La mesurette démagogique de l'avocat conciliateur Sarkozy  n'a eu pour effet que d'exciter et la gauche, rapide à expliquer que plus jamais l'impôt des riches n'augmenterait (quelle horreur !)  et la droite, qui a bien vu qu'il ne s'agissait que de rendre l'affaire pérenne au prix d'une pirouette électoraliste.

En vérité l'ISF et le bouclier fiscal doivent disparaître en même temps, pour être remplacés par un surtaxation  temporaire basée sur les hauts revenus, les bénéfices des stocks options des grandes entreprises, les retraites chapeau démesurées, les golden hello et parachute, les bonus, les très hauts revenus etc.  Compte tenu de la situation des dépenses publiques la conversion d'assiette se ferait euro pour euro. L'Etat n'y perdrait pas un centime. Les assujettis seraient d'accord (quand on a l'argent en main et en liquide on est prêt à payer).

Nous avons de tout temps proposé que cette mesure de bon sens et d'équité soit accompagnée d'une large amnistie pour les capitaux rapatriés de l'étranger, avec un impôt sur le capital rapatrié de par exemple 10% (environ 10 ans d'ISF).  Elle serait d'autant plus réussie que les deux grands partis de gouvernement assureraient qu'ils n'ont aucune intention de rétablir l'ancienne assiette. Les propos de MM. Walls et Peillon, rejoignant celles de M. Méhaignerie et de mille autres dans la majorité de droite,  vont heureusement dans ce sens.  On pourrait de ce fait ramener dans les caisses tragiquement vide de l'état un nombre conséquent de milliards d'Euros.

Au total ces mesures ne feraient que des gagnants et seraient parfaitement bien accueillis par l'opinion. Les riches auraient payé plus en cette période difficile, mais auraient la garantie d'une certaine sérénité fiscale et de ne pas se voir confisquer leur avoir. L'Etat aurait récupéré des milliards. L'investissement serait incité et avec lui l'emploi, donc les revenus des travailleurs.

La paralysie purement politicienne qui frappe les partis sur le sujet depuis que Chirac a perdu les élections peu après avoir supprimé la première imposition sur la fortune doit s'évaporer devant les nécessités nationales.

Le moment est on ne peut plus favorable.

Un peu de courage, M. Sarkozy et Mme Aubry.

Didier Dufau, pour le Cercle des économistes e-toile.

Un chiffre cruel

En France en 2008, la valeur ajoutée par les entreprises, tous secteurs confondus et évidemment  administrations exclues, a été de 998 milliards  d'euros. La dépense publique, elle, a atteint 1.027 milliards d'euros.

Il en résulte que si  on n'avait en France qu'un seul impôt, la TVA, le taux en serait supérieur à ... 100%.

Chiffre cruel. Curieux que la presse ne le publie absolument jamais ! Il est vrai qu'il est de bon ton de crier Vive l'impôt dans les médias français.

En un mot, même en confisquant toute la valeur ajoutée par les acteurs économiques privés, on ne parvient pas à payer nos dépenses publiques.

On sait qu'en 2009 les chiffres ont évolué de façon néfastes : baisse de la valeur ajoutée et hausse des dépenses publiques. Il sera intéressant de les comprer dès qu'ils seront pubiés. Ils montreront probablement qu'une TVA à 110% serait nécessaire pour équilibrer la dépense publique et si on veut rembourser nos dettes disons en 5 ans, il est probable qu'il faudrait une TVA à 140-150%.

Les "sages" nous expliquent qu'il va bien falloir augmenter les impôts. La seule question qui se pose esst la suivante : comment fait-on pour payer plus d'impôts que nous ne créons de valeur  ?

On sait qu'on va faire payer le carbone  et  la spéculation, ces grands vilains.

Mais tout cela est-il bien sérieux ?

La cruelle vérité est qu'il faut retrancher entre 30 et 40% de la dépense publique ou accepter de descendre dans les enfers de la dette éternelle non remboursable et de nous jeter dans la stagnation de longue durée.

Qui osera le dire ? Qui osera le faire ?

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

 

 

 

Les deux erreurs majeures du gouvernement Jospin

Alors que Lionel Jospin publie ses mémoires, avec ce titre plus que révélateur (Lionel parle de Jospin (sic)) de la schizophrénie  et des affres très protestantes du personnage, que penser de la politique économique qui fut celle de son gouvernement ?

Une fois de plus il faut se placer dans le cycle économique. Jospin arrive au moment de la phase haute du cycle. Et il ne s'en rend pas compte. Pendant tout 97 nous nous égosillons sur le site du Monde.fr pour signaler que l'emploi est en pleine expansion et que partout dans le monde les courbes économiques se redressent.  L'ombre portée de la récession de 93, la première depuis la guerre,  est si forte que personne ne veut y croire. C'est l'époque où l'énarque Seguin parle du Godot de l'emploi qu'on attendrait en vain, alors qu'il se manifeste déjà avec une grande force démonstrative.  C'est l'époque où l'énarque Rocard préface le livre ridicule de Rifkin qui prétend que c'est la "fin de l'emploi". Eternel décalage entre la réalité et l'hystérésis des sentiments.

Cette myopie, encouragée par un enveloppement idéologique particulièrement brumeux dans le camp qui est le sien, est la cause de deux erreurs absolument délirantes qui disqualifient radicalement son expérience de chef de gouvernement.

* Il ne voit pas que la croissance a sa conséquence habituelle : compte tenu de la progressivité globale du système fiscal les recettes augmentent plus vite que le PIB !  L'incroyable coup de massue fiscal de l'énarque Juppé est considéré comme insuffisant alors qu'il était déjà surdimensionné. On aboutira à l'affaire dite "de la cagnotte"  qui parait secondaire alors qu'elle est fondamentale. Nous en sommes arrivés à de tels taux de prélèvements que la conjonction d'une haute conjoncture internationale et d'une aggravation des impôts a des conséquences immédiates et terribles : l'Etat dépense tout sans se rendre compte qu'il étouffe le pays. Lors de la récession suivante, non prévue elle non plus par Jospin et qui le frappe avant la fin de son quinquennat,  l'étranglement fiscal du pays sera total. Seul Fabius, pour des raisons électorales, verra le danger. Mais il était trop ,tard. Et le choix de réduire la TVA sera une grave erreur. C'est pendant le gouvernement Jospin que le taux de prélèvement atteindra son sommet historique.

* Ne voyant pas la reprise très forte de l'emploi partout dans le monde, il se trompe, ici encore lourdement, de politique du travail. Il multiplie les emplois administratifs précaires, contribuent à stériliser une part notable des réserves de productivité française et il bloque pour l'avenir la croissance avec les 35 heures. La manière presque fasciste avec laquelle l'affaire des 35 heures est menée est révélatrice de l'état de la gauche. Le socialisme est mort. Il n'y a plus de programme. On n'a plus d'idée, alors on choisit en urgence avant une élection un gadget qui peut plaire aux masses, un "cadeau au peuple", et lorsque la surprise d'une élection donne le pouvoir on passe outre à tous les avertissements pour mettre en œuvre la promesse honteuse de façon autoritaire. Les 35 heures sont un nœud coulant autour du cou de l'économie française. Qu'on  ne dise pas que les conséquences ont été une surprise. Nous n'avons cessé de batailler contre cette chimère d'un présupposé idéologique et d'une manœuvre électoraliste démagogique.   La mesure est mise en place d'une façon très progressive qui fait qu'elle ne fera sentir ses pleins effets qu'à partir de 2000, c'est à dire à l'arrivée de la phase de récession du cycle.  La France ne parviendra pas à sortir de la crise de 2001-2003 : "la haute conjoncture de 2005,6 et 7"verra des taux de croissance infimes.

Accessoirement, mais pour donner sa pleine mesure sociale, Jospin, très trotskiste dans ses appréciations, considère qu'il doit mettre la force de l'Etat au service des "faibles" contre les "vilains capitalistes". Le droit social devient une jungle. Tout est bloqué.  Adapter le tissu économique aux nouvelles réalités devient ou impossible ou tellement coûteux que personne ne veut plus se risquer à l'investissement.

Au total le gouvernement Jospin bénéficiant d'une conjoncture internationale jamais vue depuis 1974 écrase le pays d'impôts à contretemps, laisse filer la dépense publique d'une façon telle qu'il aggrave l'endettement de mille milliards de Francs, crée un chômage structurel phénoménal, bloque l'investissement productif et étouffe pour longtemps l'économie et les relations sociales.

Il s'agit bien d'un désastre. Mais qui n'est pas perçu à la hauteur de ce qu'il est parce que Lionel Jospin a exercé sa gestion au meilleur moment de la conjoncture. 

Alors c'est bien beau de toujours se présenter comme "un grand honnête homme" qui aurait fait une politique "digne".  Jospin est un ignorant un peu trop torturé par sa prédestination et ses nombreuses contradictions (révolutionnaire mais énarque, trotskiste mais secrétaire général du PS, modeste mais candidat à la présidence de la République, honnête mais menteur pour sa tranquillité, socialiste mais ne détestant pas les facilités de l'argent, aimant les intellectuelles mais à peu incapable de parler un français correct etc.), qui a mené une politique suicidaire pour la France.

Est-ce que cela aurait pu être pire ?

Oui, assurément.  Notamment si DSK avait pu se maintenir au pouvoir. Heureusement ses turpitudes dans les milieux de l'assurance des étudiants, tondus ras par des voyous sans aucun scrupule, l'ont écarté du pouvoir, permettant, trop tard mais tout de même, une certaine correction de trajectoire. Les juges comme dans l'affaire Dray ont considéré qu'on pouvait piller la jeunesse sans conséquences pénales. Mais au moins ont ils permis  un temps qu'un changement d'homme génère une réorientation utile de la politique.  De même on créditera Jospin d'une certain réserve dans l'expansion des dépenses des administrations centrales. Les débordements les pires concerneront les collectivités locales (qu'on ne cherche pas à brider), le monde associatif subventionné (les copains et les coquins) et la sécurité sociale, où aucune réforme n'est engagée malgré l'urgence.

Au total Jospin a fait perdre son temps à la France tout en l'enfonçant dans l'endettement et le chômage structurel, alors qu'il bénéficiait d'une période hyper favorable pour résoudre à l'intérieur certains des problèmes structuraux provoqués par "l'énarchie compassionnelle" et le socialisme mitterrandien et à l'extérieur pour faire prendre conscience des dangers du système monétaire et financier international basé sur les changes flottants. On ne peut pas en même temps faire rire de sa ringardise dans les congrès socialistes internationaux et avoir un poids économique quelconque dans les instances économiques mondiales. 

Il est un des symboles de l'effondrement intellectuel français, dont les élites sont désormais incapables de se porter à la hauteur des enjeux nationaux et internationaux. 

Monsieur Jospin vous vous considérez dans l'article donné ce dimanche au JDD, comme un protestant ayant su gardé toute sa dignité et son quant-à-soi. Votre troisième place à l'élection présidentielle de 2002 aurait du vous prévenir contre cette forme de narcissisme extrême. Votre échec tient entièrement au fait que les Français dans leurs tréfonds ont parfaitement compris que vous avez gâché les quelques chances de la France qu'il aurait fallu à tout pris sauvegarder.

Votre pas de danse avec Chirac marque la fin de l'imposture de l'énarchie compassionnelle, lancée par le couple Giscard - Chirac en 1974,  qui a vu des hauts fonctionnaires s'emparer du pouvoir en croyant qu'ils sauraient apaiser la société  par leur arbitrage alors qu'ils n'ont fait que la châtrer. Vous êtes le dernier maillon d'une chaîne délétère qui a vu la France sortir de l'histoire faute d'avoir tiré toutes les conséquences du renversement des équilibres mondiaux qui se sont produits en 1974.

Vos mémoires, comme celles de J. Chirac, sont le témoin du chemin de croix qu'a suivi la France sans nécessité aucune.

Vraiment pas de quoi pavoiser !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile



Economie et constitution

Le petit monde politico médiatique a bruissé ces derniers jours d'une proposition magique : il suffirait de constitutionnaliser l'obligation de maintenir l'équilibre budgétaire de l'Etat pour que tout aille mieux.
Dans la lignée des "droits à", le bon, peuple aurait un droit constitutionnel à ce qu'on ne reporte pas indéfiniment sur les générations futures le fruit de nos lâchetés. 

Laissons le côté moral et politique de côté pour se contenter d'une appréciation économique.

Ceux qui lisent régulièrement ce forum ont déjà la réponse. Ils savent qu'il y a un cycle économique de 8 à dix ans. Très régulièrement l'activité s'effondre entraînant déficits budgétaires et endettement. Nous avons eu l'endettement Chirac après la crise de 74, l'endettement Fabius après la crise de 82-83, l'endettement Balladur, après la crise de 92-93, l'endettement Jospin après l'éclatement de la bulle des Ntic et aujourd'hui l'endettement Fillon à la suite de la récession actuelle.


Si nous devions mettre en place un cadre constitutionnel interdisant le gonflement de la dette nous créerions un système parfaitement procyclique : en phase haute le gouvernement verrait ses ressources s'accroitre et pourrait dépenser plus sans craindre de s'endetter ; en phase de vaches maigres il lui faudrait réduire drastiquement les dépenses publiques pour ne pas emprunter. On aggraverait tout dans un sens et dans l'autre.

La suggestion est donc une parfaite idiotie comme peuvent en émettre des ignorants complets de la chose économique.

La réduction de l'endettement est une question de courage politique pas de Constitution.

En revanche deux principes devraient être constitutionnalisés :

- on ne peut pas taxer les fausses apparences de gains liés à l'inflation.

- l'Etat doit restituer aux Français le produit de la progressivité globale de l'impôt, principe d'équité fiscale qui est malheureusement transformé en principe d'accroissement perpétuel des prélèvements du fait de la croissance et des phases hautes de conjoncture.


La Constitution doit dégager des principes qui  protègent les citoyens contre des abus permanents et manifestes. Pas se mêler de la gestion du cycle économique.


On a vu que la loi oblige les communes à avoir des comptes équilibrés. Cela n'a pas empêché des fous furieux comme Delanoë de faire passer les effectifs déjà pléthoriques jusqu'à la caricature de la mairie de Paris de 40 à 49.000 simplement en exploitant à mort une bulle financière sur l'immobilier. Et de matraquer ensuite les Parisiens sans mesure. 


Le budget devrait à tous les niveaux être calculé sur la base du trend de croissance, soit  entre 2 et 3% d'augmentation par an. Toute augmentation par rapport à ce trend devrait faire l'objet de procédures contraignantes avec justifications exceptionnelles.  Le système actuel qui consiste à anticiper de la croissance, à en tirer des recettes qui tiennent compte de la progressivité de l'impôt (c'est à dire qui montent plus vite que la croissance) puis à fixer le niveau des dépenses, avec des astuces pour qu'on aille toujours trop loin dans le dépassement (les dépenses dépassent régulièrement de 25 % des recettes qui en phase de croissance sont déjà calculées trop larges) est à jeter à la poubelle. 


Un exemple de plus que malgré tous les efforts, des notions aussi simples que celle de cycle économique ou de progressivité marginale global de l'impôt ne sont  pas prises en compte dans les raisonnements politiques.
Mais là la faute des medias peut être soulignée : on les avertit et ils ne disent rien et ne publient absolument rien sur ces sujets. On peut défendre que les journalistes ne sont généralement pas aidés par les économistes sur bien des sujets.


Mais là ils n'ont pas d'excuses.


Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

Qu'est-ce qu'une "transaction financière" ?


Voilà que les Etats-Moloch veulent exploiter la crise pour trouver d'autres ressources fiscales. Après avoir taxé la consommation, la production, le travail,  les échanges, les revenus, le capital, la valeur ajoutée, le produit du capital, les plus values, ils viennent de découvrir une nouvelle source de recettes miracles : les transactions financières.

Le mot est compliqué. Transaction : qu'est-ce que cela veut bien dire ? Et ce qualificatif de "financier", il n'est pas simple non plus.

En droit une transaction est un arrangement entre les parties à un conflit qui acceptent de céder sur leurs exigences pour éviter l'aléa et les frais de la Justice. Le Quillet donne une bonne définition de la transaction : "contrat par lequel les parties terminent une contestation".  

Le mot finance lui, identifie la somme d'argent qu'il fallait verser au Trésor Royal pour acheter une charge. On disait : "acheter une charge pour le prix de la finance". Dans un système de vénalité des charges, il y avait nécessairement un Surintendant des finances. Pardi  !

Il faut toujours se méfier quand l'Etat emploie des mots qui ne sont manifestement pas pris dans le sens du dictionnaire, surtout pour lever des impôts nouveaux.

On peut difficilement envisager que nos princes imaginent taxer les transactions juridiques entre l'Etat et les bénéficiaires de charges vénales disparues depuis 1789.

Alors de quoi s'agit-il ?

C'est d'autant plus important de le savoir qu'on accorde au futur impôt des vertus magiques : un prélèvement ridicule mais tellement productif que la faim dans le monde cesserait aussitôt, que le Sud pourrait rattraper le Nord, que les questions de réchauffement de la planète en seraient totalement réglées, que les relations monétaires internationales seraient aussitôt "régulées" et la prospérité mondiale retrouvée.  Véritable couteau suisse de la survie bienheureuse du monde et de la justice  distributive généralisée, solution facile et immédiate de toutes les difficultés sociales et écologiques, panacée contre les rhumes bancaires, on se languit de bien comprendre cette imposition des déjà fameuses mais toujours fumeuses  "transactions financières" qui ne seraient ni production, ni vente, ni consommation, ni revenu, ni capital, ni plus value.

En lisant bien les textes on trouve quelques éléments. On va taxer le change des devises. Vous disposez de 100 Euros. Vous voulez transformer ces cent euros en monnaie marocaine. On va vous taxer sur cette transformation.  Vous vous êtes  donc enrichi dans cette métamorphose ? Non. Le coût de transformation existe. Il est assez élevé. L'Etat, toujours goulu, se sert au passage. Le service rendu crée une valeur ajoutée qui est taxée. Le revenu des intermédiaires est aussi taxé. Bref le change vous appauvrit et nourrit l'Etat. Ici et maintenant. Et on se propose d'aggraver ce coût par une taxe nouvelle, non plus assise sur la valeur ajoutée par les intermédiaires mais sur le mouvement lui même dont l'assiette est vingt fois plus importante.

Voilà qui est concret. Aussitôt la réflexion peut partir sur des bases solides.

Première question : pourquoi faut-il taxer un change de monnaie qui n'a pour but que de pouvoir acheter quelque chose mais dans une autre zone monétaire ? S'agit-il de privilégier les achats fait dans la zone monétaire de son pays de résidence ? D'une mesure protectionniste ? En quoi une mesure protectionniste pourrait-elle fournir les moyens magiques sus évoqués ?

Pourquoi dois-je payer une nuit d'hôtel surtaxé au Maroc et pas en Allemagne ? On va changer le monde avec ça ? Vraiment ? Des taxes j'en ai déjà payé au Maroc : à l'aéroport, à l'hôtel lui même où chaque nuitée exige de payer sa taxe de séjour. On va ajouter une taxe nouvelle pour sauver le Maroc de la pauvreté au moment où je vais changer ma monnaie avant de payer ?  Et le miracle va s'accomplir ?  Surtout que tous les immigrés marocains qui envoient une partie de leur salaire au pays vont être taxés. Cette redistribution  du Nord vers le sud était donc si injuste qu'on la surtaxe ? Et comment le produit de cette taxe va-t-il rétablir l'équilibre Nord Sud si on pénalise les transferts qui y contribuent actuellement ?  

Décidemment, vous direz-vous, cela ne tient pas debout. On a déjà grâce à J. Chirac prélevé une taxe spéciale  sur chaque passage en avion sans que la face du Monde en soit foncièrement changée. Pourquoi à ce compte là ne pas ajouter un péage à l'entrée de l'aéroport de départ et à l'entrée de l'aéroport d'arrivée ?  Et une taxe à l'entrée et à la sortie de la porte de l'hôtel ?  Une toute petite taxe : par exemple 1 cent. Vous vous rendez compte des sommes incroyables que cela ferait si on l'applique à tous les hôtels et à tous les voyageurs ?  Vous direz : ce serait encore plus rentable si on payait la taxe à chaque fois qu'on fait un pas, mais hors de sa zone monétaire naturellement...

Décidemment on y voit plus clair : l'impôt souhaité est un péage sur les mouvements de fonds. Oui mais hors de sa zone monétaire.

Il faut dire que si on étend la taxe à sa zone monétaire  de résidence, la nouvelle taxation devient étrange. Vous virez de l'argent à un de vos enfants : taxe sur le virement . On vous paie votre salaire : taxe sur le  versement. Vous achetez un produit : taxe sur le mouvement physique (l'achat du bien) et sur le mouvement d'argent associé (le paiement). En dissociant l'aspect monétaire et économique d'un même acte, on double la base fiscale. Finaud, non ?

- "Mais si vous avez besoin d'argent, chers Etats, pourquoi n'augmentez- vous pas les impôts existants ?"

- "Vous n'y pensez pas ! On est au maximum tolérable. Songez qu'en France non seulement l'Etat dépense plus que la valeur ajoutée de la population  mais qu'en plus il a endetté tout le monde chaque année depuis 1974.  Un ouvrier est l'occasion d'un prélèvement de 60%, un employé de 65%, un cadre de 70%, un cadre supérieur de 75 à 80%. Avec l'ISF on atteint allégrement les 100% malgré la "bouclier fiscal". Comment voulez vous qu'on ose encore aggraver les choses ?"

- "Mais c'est bien ce que vous allez faire !"

- "Oui mais en douce. Les idiots vont croire que les "transactions financières" ce n'est pas eux mais les "financiers", des zombies quoi  et moralement condamnables en plus.  Tout va se passer à la source sans qu'ils ne s'en aperçoivent. Elle est là la magie : on taxe deux fois la même chose et personne ne s'en rend compte".

- "Vous êtes cyniques, pervers et hypocrites !".

- "Oui, bien sur. Comme d'habitude. Et alors ? Imaginez qu'on soit honnête et qu'on mette tous les prélèvements sur la TVA : on aurait un taux de 110%-120% ! Et comment on ferait-on pour sauver le monde, la nature, le système bancaire, la justice sociale, l'équilibre Nord Sud, tout en payant nos fonctionnaires et nos associations ?"

- " Je ne sais pas : un grand emprunt, par exemple" !

- "Alors vous, comme cynique...".

Martin Hirsch et le RSA : un bien étrange "succès"

Le 1er décembre 2009, le Figaro a la bonne idée de donner à Martin Hirsch, sur cinq colonnes et quasiment une page entière, l'occasion de faire le point sur le fonctionnement du RSA, voté à l'été 2008 et  lancé en juillet 2009.

Vous imaginez sans doute que le Haut Commissaire est un peu gêné aux entournures.  Il avait annoncé des chiffres de retour à l'emploi extrêmement faibles compte tenu des sommes engagées, avec création d'une imposition nouvelle sur les revenus de l'épargne des Français, mais la crise était venue. Et on se doutait bien que même ces résultats minimes n'auraient pas été atteints.  Avoir ajouté un nouveau trou dans le tonneau des Danaïdes  pouvait rendre notre Haut commissaire un peu déprimé.

Pas du tout.  Ce qu'il nous annonce, c'est un grandiose triomphe.

Vous pensez avoir mal lu. Alors vous vous penchez fébrilement sur l'article pour trouver la trace des centaines de milliers de retours à l'emploi promis et du dégonflement du nombre de malheureux au RMI. Avoir réussi à obtenir de tels résultats en pleine récession, alors là, oui, ce serait un immense triomphe.

Mais de retours à l'emploi, on ne trouve nulle trace.  Au contraire, là où on avait 1.300.000 Rmistes, on trouve désormais 1.26 million de RSA "socle" et 370.000 RSA "activité",  soit 300.000 allocataires de plus. Et on ne nous cache pas que le désastre continu : 30.000 demandes de RSA sont enregistrées chaque semaine.  Au 31 décembre 2009, nous serons donc à 400 ou 500.000 allocataires de plus.

Catastrophe ? Pas du tout ! A lire notre Haut Commissaire, c'est un formidable succès.  Rendez vous compte : "Le RSA a atteint le quart de sa cible en quatre mois". Quelle cible ? Le retour à l'emploi ? Mais non : le but n'est pas l'emploi  mais que les intéressés touchent bien leurs nouvelles allocations.  Et la "montée en charge" est  excellente.  On assiste à "une nette progression des bénéficiaires  de 4.4% entre juin et septembre".  Ce qui est encore plus formidable c'est que qu'on a réussi à dépenser au rythme annuel de 1.2 milliards d'auros pour le seul RSA activité (20% des bénéficiaires).  Et qu'on va pouvoir financer une prime de Noël !

L'avenir s'annonce radieux. M. Martin Hirsch  : "on va étendre la clientèle du RSA à de nouvelles couches de la population", les moins de 25 ans, les bénéficiaires de l'Allocation spéciale de solidarité.   La croissance va donc être très satisfaisante. Bien sûr il faudra une légère augmentation des impôts en 2011. La nouvelle imposition est là pour cela : on va augmenter "légèrement" les taux. Comme pour la CSG, partie de 2% et maintenant avec le RDS à plus de 10%, la taxation des revenus de l'épargne va grimper progressivement.  Mais Martin Hirsch suggère que les assujettis se doivent d'être contents : il n'a pas réclamé de hausse  pour 2010.

Certains esprits rétrogrades pourraient s'exclamer : nous sommes en pleine inversion des valeurs !  Un désastre est habillé en triomphe. Le but d'une allocation de retour à l'emploi est le retour à l'emploi.  Il n'y en a pas et au contraire on se vante d'une croissance du désastre.

Que ces idiots se calment. Nous vivons dans un système d'énarchie compassionelle. Pour un haut fonctionnaire énarque, l'important est le succès des formules administratives qu'il crée, indépendamment de leur objet.  Plus il y aura de bénéficiaires du RSA plus M. Hirsch sera content. Et plus il faudra augmenter les impôts pour financer le dispositif plus  M. Hirsch s'extasiera sur son incomensurable succès.

L'application de ces sompteux principes depuis 1974 a fait que la France en âge de travailler est pour l'essentiel  au RSA, en formation bidon,  au chômage, au SMIC, en stage, ou en train de  courir de petits boulots en petits boulots via l'intérim.  Quand elle ne cherche pas des compléments dans les milles "défenses" des trafics et travaux au noir.  

Nous avons de formidables taux d'inactivité pour les jeunes, les vieux, les femmes, les immigrés réguliers.

Nous sommes au sommet des taux de prélèvements sociaux et la dette est dans la stratosphère.

Jamais nous n'avons pu depuis 1974 exécuter en équilibre une loi de finances.  

Tous nos services publics sont dans la plus profonde détresse. L'école laisse sortir des centaines de milliers de jeunes sans aucune qualification.  Le taux de disponibilité de nos avions militaires est si bas que personne ne sait vraiment quand une opération décidée aura lieu. Nos centres culturels à l'étranger disparaissent.  L'insécurité repart à la hausse, à des niveaux déjà très élevés.  Nos enfants n'ont d'espoir que dans une carrière hors de France, qui s'est figée dans la stagnation.

Et pour couronner le tout voici que nos énarques bien aimés, comme Alain Juppé,  cet homme politique de droite réjoui par l'ISF, le RMI et maintenant le RSA, et qui reste celui qui a le plus augmenté les impôts en temps de paix de toute l'histoire nationale, évoque les délices nécessaires d'une décroissance volontaire.

Allons, vite, créons un poste de Haut Commissaire à la Décroissance Heureuse.  Qui se réjouira comme son homologue aux "Solidarités Actives"  des triomphes de son activité quand le PIB baissera encore plus que prévu.

Ajoutons un Haut Commissaire à l'Ecologie Punitive, et nous serons enfin ce que nous aspirons à être : un peuple né malin et qui le prouve tous les jours.



Lagarde et Kouchner, futurs prix Nobel d'économie ?

M. Kouchner et Mme Lagarde ont signé conjointement une libre opinion dans le journal le Monde (daté du 1er décembre 2009). Les interventions de ministres en exercice sont déjà exceptionnelles, mais signées en duo, elles sont rarissimes. Le sujet devait donc être d'importance et mériter le détour, même si le titre, bien trop long, était en lui même plutôt inquiétant :

"Des financements innovants pour aider au développement, l'idée fait son chemin ; pour une taxe sur le secteur financier mondial".

On apprend donc que "ces derniers temps la notion de financement innovants, stables, prévisibles" complémentaires de ceux qu'on connait "flottait dans l'air".

Tiens, se dit le lecteur, nos Ministres captent l'air du temps, maintenant. Comme c'est bien ! Désormais toutes les semaines un ou deux ministres écriront aux journaux pour dire ce qu'ils ont trouvé dans l'air du temps. Comme cela, pour le plaisir de causer bagatelles et fanfreluches qui passent dans le ciel des bonnes idées aériennes et mobiles. "Ici l'ombre : voici quelques messages personnels".

Des ministres medium de l'air du temps, vraiment cela nous manquait grave !

L'article nous rassure tout de suite : l'air du temps qu'ils ont capté à deux avec leurs petites antennes magiques, ils l'ont mis "à l'agenda international au printemps 2009". Au nom de la France. C'est formidable un ministre français : cela capte l'air du temps, le met à l'agenda international et l'indique six mois plus tard aux Français ébaubis. Par voie de presse.

On sait que Mme Lagarde parle anglais et que cette capacité lui a fait atteindre les sommets de crédit auprès des anglo-saxons justement lors des sommets (là où circule l'air du temps). C'est sans doute pour cela qu'elle ne craint aucun anglicisme : ce sont en effet les anglo-américains qui "mettent à l'agenda". Exiger des ministres français innovants qu'ils écrivent en bon français serait sans doute outrecuidant et de mauvais goût. Surtout quand on complète les anglicismes de charabia administratif de compétition : "Cette idée s'inscrit au confluent des problématiques" lit-on un peu plus bas. Qui saurait mieux dire ?


Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Le charabia technocratique cache généralement une grande misère de la pensée ou de vilaines intentions. Parfois les deux. Faisons taire le mauvais esprit qui souffle des idées aussi négatives.


L'air du temps, nouvel ange Gabriel, a révélé à nos deux Ministres qu'une taxe de 5 centimes pour 1000 euros sur le système financier mondial apporterait au monde 35 milliards d'euros de recettes annuelles régulières (autant que le grand emprunt, c'est dire) ce qui permettrait de régler d'un coup de baguette magique tous les problèmes qui se posent : la soif et la faim (calmées avec des produits purs et accessibles), l'accès à l'énergie et à l'économie propre, et même, cerise sur ce gâteau magique, la sécurité financière. Les budgets des Etats n'auraient plus à se préoccuper de cautionner les bilans des banques.


Vous vous rendez-compte Mme Michu ! C'est bien l'ange Gabriel, en grandes pompes, missionné par Dieu le Père et le Saint esprit réunis (et le fils ne devait pas être très loin) qui ont introduit l'air du temps dans les neurones de nos deux ministres.


Ils en ont été tellement éblouis que l'article ne cesse de nous faire part de leur enthousiasme de catéchumènes : la solution est évidente ! Et on n'hésite pas à marteler cette évidence.


"Les financements innovants sont donc une évidence. Défi majeur du nouveau siècle, les financements innovants  ne sont pas une simple option, ils sont devenus une évidence.  Cette évidence, la France...". 

Les règles du beau style suggèrent d'éviter de répéter deux fois la même chose à la suite. Alors trois ! Mais il s'agit des règles du nouveau siècle portées par l'air du temps. Alors les plus lourdes répétitions ne sauraient poser problème. Les auteurs ont été timides en nous indiquant que "l'argent doit contribuer à la satisfaction des besoins primaires".  Ils auraient du énoncer : "l'argent doit contribuer d'abord et en premier à la satisfaction évidente des besoins primaires de ceux qui sont évidemment prioritaires".  Les lecteurs du Monde ont l'esprit si volage qu'il aurait mieux valu prendre toutes les précautions.


En classe de quatrième des collèges, lors des premières dissertations, on vous invite à ne pas employer des termes comme "c'est évident" qui ressortissent du bourrage de crâne le plus primaire et de la position d'autorité un peu injurieuse (si tu ne vois pas l'évidence c'est donc que tu es un abruti)  et de développer un argumentaire un minimum rationnel et convaincant.  Peut être que "le nouveau siècle" a changé tout cela.

On reste toujours songeur lorsqu'on entend des phrases du genre :"C'est-y pas malheureux de voir cela en l'an 2000". Ces temps nouveaux sont si exigeants ! On ne voit pas que la faim dans le monde, l'accès à l'eau potable, le recul de la pauvreté, l'égalité devant la maladie soient des thèmes particuliers à notre siècle. Déjà en 1999...


Mais bon ! N'insistons pas. L'air du temps du 21ème siècle semble avoir une texture particulière propre à imposer les évidences dans le style tautologique.


La France peut s'enorgueillir de disposer de Ministres aussi doués à capter l'air du temps. "La France est à l'avant garde". Elle a porté la bonne parole "dès le premier jour"  Son "activisme n'a pas cessé de porter". "La France sera alors parvenue une nouvelle fois à faire bouger les lignes". Même  "la communauté des grands argentiers"(probablement un avatar très "nouveau siècle" des gnomes de Zurich) est d'accord. C'est dire. Et si bien dire : porter une parole qui porte, c'est le summum. Surtout sur une portée dont les lignes bougent. Même si cela fait un peu escargot qui porte un autre escargot sur sa coquille en montant sur une partition de musique crayonnée un peu vite. 


Quelle lecture réconfortante pour un Français, lecteur du Monde de surcroit , et appartenant au nouveau siècle : deux ministres français font bouger les lignes avec des évidences que même les sectes les plus saugrenues reconnaissent ! En ces temps de centralisme présidentiel extrême, savoir qu'il laisse ceux de ses chevau-légers les plus sensibles aux courants d'airs (purs) courir si loin en tête des communautés internationales, sans lui même capitaliser sur cet héroïsme mondialiste d'avant garde est bien sympathique et de nature à corriger une image trompeuse.
5 pour mille, c'est 0.5 pour cent. les financiers qui n'aiment pas manipuler les fractions appellent 0.01% un "point de base".  0.50% = 50 points de base. 

L'article prend bien soin de nous indiquer que la taxe "sur le secteur financier" (admirez la précision ! ) n'est pas une matérialisation de feu la Taxe Tobin. On sait que ce financier subtil décidé à empêcher les mouvements spéculatifs à court terme sur les marchés des changes avait imaginé un énorme mur anti spéculation : une taxe de 5 points de base. Soit dix fois plus petite que la Taxe Lagarde-Kouchner.

Il faut savoir que le taux de l'argent pour un jour est en ce moment autour de 0.25 points de base. La Taxe Tobin était 20 fois plus élevée. Sachant qu'il faut pour une opération de spéculation dénouée quotidiennement au moins deux opérations, il aurait fallu avec la taxe Tobin que le spéculateur trouve des rendements quotidiens supérieurs à 40 fois le taux de l'argent emprunté le matin. Impossible. Aucune opération spéculative d 'horizon inférieur à deux trois mois n'était plus possible.

Mme Lagarde, toute auréolée de ses titres de meilleure ministre des finances cosmoplanétaire  (Mme Ceaucescu est battue), est bien plus forte que cet idiot de Tobin. Avec une taxe de 50 points de base, on arrive à une pénalité de 400 fois le taux de rendement de l'argent emprunté. Toute spéculation à moins de deux ans est totalement éliminée. Il fallait se mettre au moins à deux pour atteindre un tel résultat !

Notre couple de super-économistes précisent bien : "il ne s'agit pas de réguler les changes trop erratiques" !  Un peu plus haut il est pourtant écrit : "cette contribution serait assise sur les changes". Mais "sans perturber les marchés financiers".
Comprenne qui pourra.


Peut-être la main gauche de M. Kouchner n'avait-elle pas connaissance de ce que la main droite de Mme Lagarde voulait écrire, et réciproquement. Le résultat est fameux : il est "évident" qu'une taxe "non Tobin" de type Tobin de dix fois le poids de la taxe Tobin n'aura aucune influence sur les changes tout en s'appliquant au marché des changes.

Faut-il en rire ? Faut-il en pleurer ?

Nous laisserons le lecteur en juger.

Grand moment de solitude garanti...

Peut-être que "l'esprit-sain-de-l'air-du-temps-du-nouveau-siècle" le prémunira-t-il contre l'évidence que l'article de nos deux interprètes avant-gardistes est un tissu de sottises ahurissantes et, compte tenu des postes tenus par les auteurs, impardonnables.

Cercle des Economistes E-toile

PS : quelle honte tout de même !

Les belles histoires de George Pauget (président de la FBF) sur Europe 1

L'interview de George Pauget sur Europe 1, haut dirigeant du Crédit agricole et président de la Fédération bancaire française,  ce jour, 6 novembre 2009, est l'exemple frappant des conséquences d'un mauvais diagnostic de la crise sur le dialogue entre journalistes et banquiers. Et sur la désinformation du grand public qui en résulte.

On sait que la banque est en France complètement cartellisée depuis Pétain.  L'Association professionnelle des banques était l'organisme chargé de piloter le faisceau de l'organisation oligopolistique bancaire française sous la tutelle bienveillante de l'Etat Français. Il manquait les mutuelles : on a donc créé la Fédération bancaire française qui regroupe tout le monde. Ces organisations, en totale consanguinité de ses  dirigeants avec l'Etat (on l'a encore vu avec les dernières nominations à la tête du groupe Caisse d'épargne-banque populaire), tiennent l'Etat et le législateur dans une main de fer obtenant après tout ce qu'elles veulent.

Lors de la crise récente, elles n'eurent aucune difficulté à se faire cautionner et subventionner à des hauteurs vertigineuses (plusieurs centaines de milliards d'euros), alors que l'ensemble du secteur bancaire était de facto en faillite.

Les réponses de George Pauget illustrent parfaitement comment un tel mastodonte est capable de traverser les pires crises sans se considérer le moins du monde responsable et en renforçant ses prérogatives.

La crise ? Les banques américaines ! Les banques françaises furent d'une sagesse exemplaire et d'ailleurs si elles sont revenues si vite à de bons résultats c'est qu'elles étaient très sainement gérées...

Qu'ont fait les banques américaines ? Elles ont pris des risques sur les marchés très rentables. Les banques françaises ne sont pas comme celà. Les activités de marché  ne représentent que 8% de l'activité du Crédit Agricole et entre 10 et 20% des autres.  Car les banques sont désormais d'énormes mécannos avec des divisions multiples et différenciées. La gangrène ne pouvait toucher qu'une part minime de l'activité bancaire.

Avons-nous des responsabilités dans les prêts à risque aux collectivités locales ? Pas du tout. Les directeurs financiers des collectivités locales étaient des spécialistes. Nous n'étions que des intermédiaires vers les solutions qu'ils ont choisies et qu'ils pensaient les meilleures pour leurs mandants.  Le casino ne force personne à jouer et à perdre !

Si la question lui avait été posée de la gestion de fortune catastrophique pour la clientèle (à qui on a fourgué du Madoff et du subprimes sans aucun scrupule, et à qui on a fait avaler dans les comptes sous mandat des masses d'actions du secteur bancaire juste avant leur effondrement) il aurait sans doute rétorqué que les clients étaient rois et que c'est eux qui voulaient de la performance !  Même pour les comptes sous mandat !

En revanche sur le changement de rémunérations des traders, M .Pauget se lâche : bien sûr il fallait  faire  une réforme; d'ailleurs nous l'avons fait les premiers ;  cela ne changera pas tout, mais comme c'est bien !  On se rappelle que l'autre grand acteur du changement de statut des rémunérations des traders était Baudoin Prot, président de l'AFB. AFB et FBF, main dans la main, crient au charron sur les traders et chantent leur merveilleux courage de mettre fin à des situations qu'ils considéraient avant la crise comme "de chantage" vis à vis d'eux.

On voit tout l'inconvénient d'avoir donné une explication "comportementale" à la crise d'une extrême gravité que nous subissons.  Si la crise est comportementale il suffit de dénoncer les moutons noirs (les banques américaines)  et de mettre des muselières  aux boucs émissaires (les traders).  Et Hop ! Passez muscade !

Ce que M. Pauget ne dit pas, c'est l'énorme gonflement des crédits y compris en France, qui fait que le secteur bancaire gère désormais des encours de crédits qui représentent près de trois fois le PIB !  Ce M. Pauget ne dit pas, ce sont les énormes profits de monopole permis par la constitution d'institutions monumentales de banque-assurance incrustées dans l'Etat,  ce qui permet au prix de conflits d'intérêts majestueux, d'extraire de la clientèle des gains astronomiques. Ce que M. Pauget ne dit pas, c'est quasiment la refrancisation presque complète du secteur financier, les organismes étrangers étant ramenés à des activités marginales.

En un mot le secteur oligopolistique franco-français des banques a réussi à se constituer en énorme cancer dans la société française, bloquant l'activité des banques étrangères et donc la concurrence, utilisant toutes les facettes de métiers accolés dans d'immense cartels horizontaux et verticaux,  et servant exclusivement les intérêts de ses directions générales, qui concentrent des parts extravagantes de la création de richesses en France.

Dès qu'il y a un problème : vite l'Etat ! Jamais on n'a vu de façon plus cynique la privatisation des profits et la collectivisation des pertes.  Jamais une crise n'a été autant exploitée pour renforcer les défauts pourtant patents du système.  En se jetant sur l'os misérable qu'est la réforme de la rémunération des traders, qui redonne du poids aux directions des banques contre leurs professionnels de haut rang, les banques font coup double : elles évitent toute réforme de fond ; elles se donnent le beau rôle.


L'ennui, c'est que la crise n'est pas comportementale. Elle est structurelle. Le gonflement de la masse des dettes à des niveaux insoutenables par rapport au PIB  explique à la fois :

* la perte de rentabilité marginale des nouveaux crédits puis l'effondrement des valeurs de portefeuilles de dettes

* la violence de la perte de liquidité du marché interbancaire

* l'importance disproportionnée des gains bancaires et donc  des rémunérations du secteur (contrairement à ce qu'affirme George Pauget, ces gains ne sont pas liés à la prise de risque mais au gonglement exorbitant des activités bancaires avec le financement d'une dette d'Etat qui croit de façon exagérée au seul profit des banquiers, et à l'excès de crédit dans des domaines comme l'immobilier et le crédit à la consommation qui peuvent faire prélever aux banques une part excessive du PIB au détriment des autres activités).  

Rappelons tout de même que malgré les progrès de la productivité dans la banque de paiement grâce à une informatisation forcenée et au renvoi sur le client de la majorité des actes,  le secteur bancaire français a augmenté ses effectifs de 11% en 2007  et de 8% en  2008.

La vérité est qu'il faut dégonfler massivement la taille du secteur bancaire, le spécialiser et le décartelliser. Il y a eu trop d'émission de dettes en France, comme dans le reste du monde.  La singularité de la situation française est que ce gonflement excessif  a provoqué la faillite du système bancaire mais que le transfert des actifs excédentaires  vers l'Etat et la BCE lui a permis non seulement de ne  sentir que le vent du boulet mais  aussi de ressortir plus monopolitistique et protégé que jamais.

L'interview de M. Pauget montre seulement l'impudence d'un secteur monopolistique privé entièrement cautionné par l'Etat et tenant l'Etat à sa pogne, l'absence de grille de lecture chez les interviewers, et les conséquences d'un faux diagnostic  sur les débats en France.

L'anomalie, c'est que les journalistes ne veulent absolument pas faire droit à des analyses précises et extrêmement rigoureuses dès lors qu'elles sortent du champ d'une explication officielle aussi controuvée qu'elle soit.


Platitude et serviture vont toujours de paire.


Sylvain Dieudponné pour le Cercle des économistes E-toile.

Taxons ! Taxons encore ! Taxons toujours !

Nous voici donc avec la perspective d’une taxe nouvelle : la taxe sur les transactions financières. 

A voir Nicolas Sarkozy hier soir, il était content.  Il était content parce que la taxe carbone  s’était imposée en France  et que peut être on pourrait l’imposer aux frontières. Il était content parce que la taxe  sur les transactions financières  était désormais acquise à l’échelon international.  Il était content parce que les deux taxes  permettront de réduire l’endettement des Etats (voici donc la fameuse voie de sortie de l’endettement).   Il était aussi content parce que les indemnités des accidents du travail allaient être  supprimées.  Une mesure de simple justice a-t-il affirmé.  M. Nicolas Sarkozy nage dans le bonheur quand il nage dans les taxes.


Devons-nous partager ce bonheur ?


L’Etat français dépense plus que la valeur ajoutée des entreprises qui sont sous sa coupe. Prendrait-il toute la valeur ajoutée qu’il ne financerait toujours pas ses dépenses ! La crise financière et les moyens beaucoup trop couteux qui ont été mi en place pour y faire face ont aggravé  la situation dans des proportions  qui désormais semblent échapper à tout contrôle.


On nage dans les paradoxes.


On signale qu’il faut réduire le « mille feuilles » administratif qu’est la France avec ses étages multiples et redondants.  Et on ne cesse de multiplier les étages à l’extérieur de la France. Déjà par la voix de Lamy, entre autres, on réclame une hausse rapide et massive des ressources propres de l’Union européenne.  Avec Chirac on avait eu la taxe sur les voyages en avion. Maintenant voici la taxe  sur les mouvements financiers vers l’étranger.


Remarquons que cette taxe n’aurait eu exactement aucun effet sur les subprimes et leur commerce.  Ces opérations de titrisation n’ont donné lieu à aucuns allers et retours spéculatifs.  Les titres ont simplement été diffusés et  ils l’auraient été même avec une taxe sur les transactions financières de 0.05%.  


La taxe Tobin est une technique radicale pour pallier aux inconvénients d’un système monétaire de change flottant. Et comme le dit Nicolas Sarkozy lui-même le G.20 de Pittsburg ne s’est pas occupé de monnaie !  En même temps qu’on s’agitait contre les « boni », on a détourné une technique monétaire pour régler des problèmes de « morale » financière.  Ou alors on a rien compris.


Bientôt on nous expliquera qu’il faut une taxe sur les opérations financières intérieures.  Si la spéculation est mauvaise entre pays elle l’est sûrement tout autant au sein d’un même bloc monétaire !


Faute de réfléchir à une organisation correcte du monde monétaire international, on développe en toute bonne conscience des politiques entièrement malthusiennes  et qui portent atteinte aux libertés.


L’impôt sur les transactions financières pose un principe fiscal nouveau : vous n’êtes pas taxé sur votre revenu, ni sur votre capital, mais sur le déplacement de votre capital.


Les migrants qui renvoient de l’argent chez eux : taxé. Motif : a déplacé une partie de son patrimoine.  Les résidents français qui travaillent en Suisse et reçoivent leur salaire en France : taxés.  Rien que cela est une source d’inégalité devant l’impôt car ils paieront plus d’impôts sans que cette augmentation ait une cause réelle et sérieuse.  Le retraité qui a choisi de s’installer loin de sa zone monétaire va être taxé pour récupérer sa rente. Retaxé quand il va faire son chèque aux impôts ou s’il paie une pension à son ex, s’il est divorcé.  Retaxé s’il replace cet argent hors de son pays d’adoption. Retaxé quand, mort, son avoir sera rapatrié dans le pays de résidence de ses ayant- droits.  A quel titre ?  Selon quelle justification morale ? Pourquoi une telle différence avec quelqu’un qui serait resté peinard dans son pays de naissance ?  L’arbitraire est total. L’iniquité évidente.


Le tourisme va être taxé. L’ensemble du commerce international va être taxé.  Vous avez acheté à l’étranger : taxe. Vous êtes remboursés à la suite d’une erreur de livraison : retaxe.


On dira : c’est une toute petite taxe.  Ce qu’on cherche à pénaliser c’est la spéculation.  Oui, mais faute d’un vrai ciblage on taxe tout le monde, y compris les échanges de biens  et de services réels.


Et comment cibler la spéculation ? Comme nous l’avons déjà écrit ici, un entrepreneur qui anticipe l’évolution d’un marché  spécule.  Il va peut-être rechercher de l’argent sur un marché X pour investir dans un marché Y.  Deux taxes sur les transactions financières. Et s’il rapatrie son profit, encore une taxe.  Et s’il rembourse ses emprunts encore une taxe.  Et s’il place l’épargne qu’il a réussi à conserver dans un pays étranger encore une taxe. Et le rendement de son placement sera encore taxé quand il le rapatriera. Et si finalement, il dépense son épargne en achetant des produits qui ont transité  internationalement, encore une taxe.  Toutes ces taxes sont cumulatives.


Que veut-on ? Qu’il se contente de faire des transactions réelles et financières dans sa zone monétaire ?  C’est aller complètement à l’envers de l’histoire et des nécessités.


L’arbitrage entre places financières est certainement une tâche dont l’intérêt peut se discuter.  Mais pourquoi devrait-on interdire  qu’une différence de cours entre marchés soit gommée par une opération financière ?  L’or en dollar à New York est moins cher que l’or en Euro à Paris compte tenu du change en cours.  Pourquoi vous interdire d’acheter  là où c’est peu cher pour vendre là où c’est cher ? L’opération est-elle malsaine ? Assurer l’homogénéité des marchés est-il un crime ? C’est une spéculation mais elle est relativement sans danger.   Sauf peut être si le cours des devises est très fluctuant.  Mais qui a voulu un système de changes flottants ?


Ne serait-il pas plus sage de d’abord s’assurer que les devises ne flottent pas ? Car alors l’arbitrage devient pratiquement routinier et sans danger.  Et s’il est sans danger, pourquoi le taxer spécifiquement plus que toute autre transaction commerciale ?


Une fois que la taxe sera instituée, elle sera pérennisée. Plus question de revenir en arrière. Surtout si elle finance des bureaucraties internationales  et si on a fait des réformes qui rendent sans objet la taxe elle sera toujours maintenue.  C’est une règle qui ne souffre d’aucune exception.


Une fois qu’elle sera instituée, elle sera aggravée, car on n’a jamais vu une taxe qui ne soit pas régulièrement augmentée pour faire face à la rapacité des prédateurs publics.


Résumons-nous : partout on nous affirme que les subprimes sont la cause de la crise. Et en permanence on prend des mesures qui n’ont strictement rien à voir avec les subprimes !   Les hedge funds ? Pas dans le coup. Le bonus des traders des salles de marché ? Pas dans le coup des subprimes.   L’arbitrage international ? Rien à voir avec les subprimes.  Le secret bancaire ? Rien à voir avec les subprimes.  


Une taxe sur les transactions financières aurait elle eu un impact sur les subprimes ? Pas le moins du monde.


Nous voici donc dans une rafale de décisions qui n’ont exactement aucun rapport avec  ce qu’on nous dit être la cause de la crise.  Comprendra qui voudra !


Mais toutes ces mesures mettent en cause les libertés.  Et le principe d’une taxe sur le simple déplacement de son épargne est en lui-même totalement absurde.  Et le principe d’une taxation financière sur le déplacement de l’image financière d’une transaction réelle, qui est déjà taxée, est totalement abusif.


De Juncker avait expliqué il y a un an qu’il ne fallait pas que la crise serve uniquement à régler par la bande des réclamations qui n’ont strictement aucun rapport avec elle.  C’est exactement ce que l’on a fait !


Erreur de diagnostic, si celui qui est affiché est bien celui auquel on croit, car sinon ce serait simplement mensonge.  Mesures sans rapport avec le diagnostic.  Freinage et malthusianisme.  Dépenses  étatiques gargantuesques là où des mesures ad hoc auraient pu être infiniment moins couteuses.  Création monétaire quasiment illimitée dont on ne sait plus comment se débarrasser et qui menace à nouveau tout l’édifice.


Irresponsabilité générale : car les vraies causes, celles qui expliquent les déficits astronomiques américains et les excédents correspondant en Chine ou au Japon,  ne sont pas traitées.


Avec la taxe carbone aux frontières, si elle est admise, on entrera dans une phase nouvelle de restriction aux échanges et de protectionnisme.   Sans avoir touché le moins du monde au dumping monétaire du principal pollueur industriel, la Chine.


Tout le cela est simplement grotesque.  Surtout quand on sait que la réforme en temps voulu du tragique système monétaire international basé sur des changes flottants aurait suffi à prévenir la crise qui nous ruine et à éviter pratiquement toutes les mesures coercitives et anti économiques qui sont en train de se mettre en place.


L’étude de la crise de 1929 montre une espèce de folie générale où les erreurs se cumulent aux erreurs : pas de diagnostic, alors on tape au hasard  et on finit par aggraver tout.  Nous sommes exactement dans la même géhenne intellectuelle et politique.


On taxe ; on empêche ; on déstabilise ; on freine ; on appuie en même temps sur le frein et l’accélérateur ;  les décisions prises n’ont pas de cohérence ; le non dit l’emporte sur le discours public ; l’agitation l’emporte sur l’action ;  la communication l’emporte sur l’information.  On taxe.


Il n’y a pas besoin d’être intelligent pour taxer.  Il suffit d’un prétexte.

Et on reste à la merci d’un accident monétaire qui mettrait à bas tout l’édifice cette fois ci sans aucun moyen de relance !

 

 

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes E-toile

ISF : le prix amer de la lâcheté

Le Cercle des Economiste e-toile tient une position ferme et sans changement sur la réforme de l'ISF, depuis toujours.

Cet impôt est une infâmie qui doit être supprimée car il n'est pas réformable. Pour faire un cadeau aux riches ? Que nenni ! Nous pensons que c'est sur les hauts revenus que doit s'établir l'assiette d'un impôt visant spécifiquement la richesse. Au moins on est sûr que a victime peut payer sans se dépouiller ! Il est plus facile d'établir un tel impôt et de le faire évoluer en fonction des nécessités nationales qu'un impôt sur l'épargne mobilière et immobilière.

Il est encore temps de faire les réformes qui ont été ratées d'abord par Jacques Chirac et ensuite par Nicolas Sarkozy, qui, avec le bouclier fiscal, ont laissé croire que plus jamais les riches ne paieraient d'augmentation d'impôts. Cette présentation est de pure opportunité politique et ne correspond à aucune réalité.

Nous avions démontré 20 fois que  ceux qui finissaient par payer plus que leur revenu, une dispositon contraire au pacte républicain, étaient les personnes mises en difficulté par un veuvage, un revers de fortune, une évolution de la valeur immobilière indépendante de leur volonté.

Après des années de silence gêné, pendant lesquels nous avons attiré en vain l'attention des républicains sur l'abjection qu'il y avait à prendre la totalité des revenus de plusieurs milliers de ditoyens chaque année, en général en forçant des personnes mises en difficulté par la vie à vendre leur logement , on commence à prendre la mesure de l'horreur fiscale qu'aura été l'ISF

En 2008 66% de ceux qui ont bénéficié du blouclier  avait un revenur fiscal inférieurs à 12.991 Euros. Ah les jolis riches que voilà ! Cela veut dire qu'avant le bouclier on leur aurait laissé 650 euros par mois pour payer les autres impôts non inclus dans le bouclier et leur immense train de vie : un gentil 300 Euros net !  Et pas question de s'indigner ! Les "riches n'ont qu'à payer sans se plaindre".En 2007 dit Bercy, 77% de ceux qui avait bénéficié de la première mouture du bouclier présentait un revenu fiscal de 12.964 Euros. Les faits sont donc bien établis.

Lors que nous avions déclaré au début des années 2000  que par l'effet de l'ISF au moins 10.000 personnes payaient 100% d'impôts et que ce n'était pas les riches que l'on croyait, les passions s'étaient déchaînées sur le site du Monde.fr : mensonge, complice du grand capital ; journaliste au Figaro Magazine etc.  Aujourd'hui on nous dit que les deux tiers des demandeurs du bouclier, sont des smicards net : cela fait bien nos 10.000. En fait si on prend la totalité des impositions et prélèvements, il faut pratiquement tripler ce chiffre. Car les impositions prises dans le bouclier ne représentent qu'à peine plus d'un tiers de la masse des prélèvements !

Cet impôt haineux et injuste, contraire à toutes les définitions d'un bon impôt doit disparaître.  

C'est le bon moment pour le faire :

- en supprimant l'ISF on peut faire l'opération de rapatriement des fonds cachés dans les paradis fiscaux moyennant une pénalité raisonnable, ce qui tombe bien avec l'action anti paradis fiscaux du G.20. 

- on peut créer la tranche d'IR supplémentaire réclamée par une partie de la droite

- le gouvernement peut faire valoir que le changement d'assiette est de toute façon nécessaire compte tenu des hausses massives envisagées par les collectivités locales sur la taxe foncière.

- C'est également l'occasion de réformer la taxe professionnelle assise sur le travail.

Imaginons ce qu'aurait été  être la situation  de personnes ayant perdu leur emploi voire leur entreprise, disposant d'un patrimoine fortement amputé par la crise  et à qui on demanderait de payer l'ISF sans bouclier, une augmentation de l'IR, des taxes foncières et d'habitation fortement augmentées (100% à Paris en deux ans sur la taxe professionnelle, mais c'est entre 30 et 60% partout ailleurs), et à on expliquerait qu'il faut en plus qu'ils compensent la perte de recettes fiscales liées à la taxe professionnelle ! Sans parler naturellement des taxes carbone si nécessaires et la hausse de la CSG pour faire facec aux dérapages des comptes sociaux. Sachant qu'une imposition de 1.5% nouvelle va être appliquée sur les revenus mobiliers pour le RSA (c'est à dire une tranche haute de l'ISF  sur cette partie là du patrimoine des français) va venir s'ajouter au 1er juillet !

Ajouter le financement des plans de relance qu'il faudra bien payer d'une façon ou d'une autre et nous aurions eu un tableau psychiatrique de la fiscalité en France.

C'est à l'occasion du collectif budgétaire de juin qu'il faut faire cette réforme indispensable.

MM. Sarkozy et Fillon vous avez été lâches une fois. Cela se retourne contre vous. Ne le soyez pas  deux fois. Faites donc cette réforme au lieu de toujours être à la remorque des réactions de l'opinion travaillée par des démagogues. 

Allons,  allons, un peu de courage et de lucidité ! C'est le moment.

 

Didier dufau pour le cercle des économiste e-toile.

 

Comment nos impôts augmentent massivement : l'exemple de Paris


Nous avons déjà montré sur ce site  comment la croissance et le cycle  étaient mis à profit par les élus pour accroitre constamment les impôts.  Ce qui vient de se passer à Paris avec l’annonce d’une formidable augmentation d’impôts pour 2009  en est une nouvelle démonstration.

Depuis 1997 les transactions immobilières étaient  en forte croissance, sous le double aspect du nombre et des prix.  Tout le monde sait désormais qu’il s’agissait  d’une bulle exceptionnelle : elle vient d’exploser.

Il se trouve que la fiscalité locale dépend étroitement de l’immobilier. Que   les habitants soient largement taxés  à raison de l’ampleur et de la qualité de l’emprise qu’ils ont sur le sol de la commune, cela se défends. Que l’impôt doive être prélevé sur les transactions immobilières, c’est déjà plus contestable. C’est comme cela. Soit. 

La Ville de Paris s’est donc branchée confortablement sur la bulle immobilière au point que des ressources colossales lui sont tombées du ciel.   Parti d’environ 350 millions d’Euros au milieu des années 90 on est arrivé en 2007 à près de 940.  Pour la période Delanoë la recette a donc doublé.

Au lieu d’utiliser avec parcimonie une recette hautement spéculative (ou de la mettre en réserve pour les temps de vaches maigres) , on l’a dépensée entièrement, créant chaque année des centaines de postes nouveaux   et multipliant les investissements  les plus contestables.  

On ne savait pas que Paris manquait de bras. Quarante mille personnes, ce n’est pas rien pour une ville de  moins de 2.000.000 d’habitants serrés comme des harengs sur une toute petite surface et dont la population a constamment baissé jusqu’à ces tout derniers temps.  Les voici désormais  budgété à  43.000. On est bien content : un fonctionnaire local pour 46 habitants, c’est formidable non ?   

 Ramené à un immeuble les chiffres sont encore plus drôles.  Voici un grand immeuble de dix étages du 14ième arrondissement ; 150 appartements, près de 460 personnes.  Il se suffisait d’un gardien et d’un employé d’entretien.  Il bénéficie aussi de 10 employés locaux  pour ses besoins divers ;  un par étage. A la fin du mandat du maire actuel on en sera à 11. Alors que les copropriétaires discutent de façon acharnée de la réduction des effectifs de la copropriété  dont le coût grimpe inexorablement.

Et voilà que la bulle éclate. Que fait la mairie ? Elle enclenche le fameux cliquet à la baisse des impôts.  Un impôt dont le rendement monte ?  Il faut en profiter aussitôt et tout dépenser. Un impôt dont le rendement baisse ? Intolérable. Il faut augmenter les taux  impôts d’urgence et/ou en créer d’autres.  Dans le cas d’espèce on annonce  une hausse globale de 9% avec des hausses de taux pour la taxe foncière et la création d’un impôt nouveau très lourds (3%  sur la valeur des biens immobiliers : l’équivalent de trois ISF).

En vérité on joue comme toujours sur les mots. Quand le rendement de l’impôt monte sans que l’on touche aux taux, on dit « les impôts n’ont pas augmenté ». 

Grosse ficelle également la manière de faire passer la pilule, toujours la même :

-    D’autres villes paient plus. Il est vrai que Paris, totalement figé dans ses frontières depuis des lustres,  n’a pas les besoins d’équipement d’une ville nouvelle.  Peuplé d’habitants riches,  le rendement fiscal est important, ce qui n’est pas nécessairement le cas d’une ville dortoir pour immigrés fraîchement arrivés.   A l’échelon national on nous explique toujours qu’à partir du moment où un pays à un taux de prélèvement supérieur au nôtre on doit être content et tenter d’atteindre ce maximum.  Localement c’est pareil.

-    L’augmentation ne représente presque rien pour le locataire de base.  On souligne le cas de la petite famille  économiquement faible louant dans un quartier pauvre et qui ne paiera que quelques dizaines d’Euros et «  passez muscade ».  Quand on regarde de plus près on aboutit à 50 ou 100% pour de larges fractions de la population.  Mais chut ! Contester une hausse d’impôt est incivique et les journaux ont bien compris le message.
La vérité est que désormais le propriétaire d’un appartement, souvent à l’ISF,  est encore plus lourdement taxé au moment même où la valeur de son bien  a beaucoup augmenté alors que la crise le prive de revenu, que les prix à la consommation, déjà les plus hauts de France, flambent .  

On ne peut imaginer hausse d’impôts moins bien venue et plus à contre temps.   Ce même propriétaire est en plus dans l’étau de la modernisation obligée des ascenseurs (qui double à peu près sur deux ans les charges de copropriété)  et sous la menace de restriction d’emploi de son automobile.  

En termes de pouvoir d’achat tous ces événements concomitants représentent une formidable baisse dont AUCUN JOURNAL NE PARLERA, pas plus qu’elle n’avait signalé la hausse délirante du nombre d’assujettis à l’ISF à Paris pendant la bulle.  Et si la crise envoie au chômage un propriétaire nouveau qui avait pris un crédit !

C’est son problème dira M. Delanoë qui a ses propres priorités.

Le site de Mairie de Paris vante l’emploi mirifique de ses nouvelles ressources. N’a-t-il pas créé une nouvelle salle de spectacle  indispensable (Paris étant incroyablement sous équipé) : la Maison des Métallos, bien nommée puisqu’il n’y a plus un seul métallo à Paris. Entièrement subventionnée bien sûr.  Les copains du Maire  et de son adjoint à la culture ne sont pas sûrs que les parisiens paieront spontanément pour les considérables créations qu’ils envisagent et pour lesquels ils attendent de grasses rémunérations (100.000 euros annuels paraissent le minimum vital).

Un simple examen du programme de cette salle qui fait fureur (il faut lire le budget de la mairie pour savoir qu’elle existe)  est éloquent : une pièce pornographique (Corpus eroticus )  suivi d’un colloque de l’association ATTAC  contre les multinationales agricoles.  On sait que cette association rassemble des communistes  du PC, des communistes de la CGT, les communistes trotskistes et des communistes tiers-mondistes  contents de faire perdurer les réseaux  d’influence de la guerre froide après la chute du mur  sous un faux nez de « d’organisme d’éducation populaire ».

Voilà comment un budget de dépense initialement de 4.5 millions d’Euros lorsque M. Delanoë est arrivé  va passer à près de 9, un doublement en 10 ans.    Sur le thème : nous avons été très raisonnables en matière d’impôts !  Et le maire veut aussi restaurer sa base fiscale immobilière en créant des tours immenses, sources de recettes en proportion.

L’opposition ne dit rien. Il est vrai que la municipalité précédente avait augmenté massivement les impôts après la crise de 1993, pour ne pas renoncer aux dépenses mirifiques également faites grâce aux rendements inattendus de  la période de croissance précédente.

A la veille de la plus grande crise depuis  1929 les politiques font comme si de rien n’était en utilisant les grosses ficelles qui ont fait passer le taux de prélèvements en France de 35 à 45% en trente ans.  Au niveau local comme au niveau national.
Gare aux conséquences !  

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes E-toile.

Post scriptum :


1.    Présentation de la maison des métallos  (par eux mêmes)

« Située au bas de la colline de Belleville, la Maison des métallos s'impose comme une matrice de liens entre des artistes et un quartier cosmopolite, héritier des faubourgs industriels. Véritable espace de création, ce foyer de mixité sociale et d'engagement citoyen entrelace la danse contemporaine, le théâtre et les arts plastiques pour mieux mettre à l'honneur la pluralité culturelle ».

Note : si vous avez compris ce que cela veut dire vous aurez le droit de concourir au concours du « plus beau BOBO parisien 2009 » (gare à la concurrence)  et de vous « entrelacer dans la matrice » gratuitement pendant un an (préservatif fourni gracieusement par l’adjoint à la culture).   

2.    Présentation de « corpus eroticus »  (par eux mêmes)

« Un quartier chaud, constitué de trois alcôves rouges. Six espaces à découvrir : arène, peep-show, chambre mystérieuse... Et autant de confidences érotiques à recevoir. Dans une rare proximité, les douze spectateurs de chaque 'alcôve' sont appelés à prendre des places troublantes : confident, cobaye, voyeur... Intégrés au spectacle même, ils participent à une série d'expériences concrètes et intérieures en dépassant leurs appréhensions pour pousser le rideau, transgresser l'interdit et découvrir une variété de situations, d'imaginaires et de sensations ».

Note : si vous avez compris comment on amortit un spectacle  de 72 spectateurs maximum avec une entrée à 9 Euros, soit 675 euros de recette par spectacle,  vous avez gagné une place !  


3.    La journée des femmes : un exemple d’exposition

Corps et ombres par Valérie Grange
Maison des métallos - Salle claire - 6 mars à partir de 17h00 -  7,  8,  9 mars à partir de 10h00
Pendant une période de recherches sur le thème de l’ombre (d’objets, de végétaux, de corps) j’ai fait un voyage dans le Finistère et j’ai photographié l’ombre de mon corps sur les paysages « à plat » de la grève, le sable, les rochers, les algues.
Je travaille à compléter cette série : corps projetée sur de nouveaux support (intérieur, extérieur, urbain, naturel).   

Si vous avez compté plus de 72 visiteurs conquis par tant d’audace,  vous avez aussi gagné une place, mais il faudra prendre une photo de l’ombre de votre portefeuille projeté sur un mur de la Mairie centrale.   

Deux agents-secrets du fisc : la croissance et le cycle. Première partie : la croissance

Nous entrons dans la phase de préparation  du budget 2009 qui sera marqué par l’installation  du pays dans la partie récessive du cycle économique de 8-10 ans.  A cette occasion  il est intéressant de détailler quelques mécanismes  fondamentaux de notre société qui  sont en général totalement inconnus des « citoyens » et superbement ignorés par les médias.

En France le système fiscal global est « progressif ».  C'est-à-dire qu’en période de croissance, le taux d’augmentation  des impôts est supérieur à celui du PIB.  On comprend très bien le mécanisme de la progressivité en observant l’impôt sur le revenu : on voit que l’impôt n’augmente pas de façon  proportionnelle avec le revenu mais bien plus vite.  Les premiers 100 F ne paient pas d’impôt  et sur la dernière tranche, on va atteindre quasiment un prélèvement de  50%.    La progressivité ne concerne pas seulement l’Impôt sur le revenu. L’ISF est très fortement progressif.  La TVA est aussi progressive : l’existence de taux différents selon la nature des produits  et le déplacement de la consommation vers les produits plus taxés du fait de la croissance implique une croissance des recettes  de TVA plus rapide que celle du PIB.   La création de taxes spécifiques sur les produits nouveaux les plus demandés aggravent  évidemment les choses.  On l’a vu avec l’automobile, vache à lait fiscale inouïe, et aujourd’hui avec le téléphone portable et l’informatique familiale, support d’un nombre de taxes constamment plus nombreuses.

La bonne question est la suivante : est-il normal qu’un mécanisme dit « de justice sociale »  se transforme à l’échelon de la nation toute entière en système de transfert vers l’Etat d’une part croissante du revenu national ? 

Rassurez- vous, vous ne la verrez jamais posée par la presse ou par les politiques. Chut !

Les esprits précis diront : d’accord, ce détournement existe, mais  il faut le quantifier et il n’est peut être  pas aussi important que vous le laissez penser.  Le problème est que « l’élasticité du prélèvement fiscal en fonction de la croissance » n’est pas une donnée  publiée par l’INSEE ! On est donc obligé de s’en tenir aux observations les plus globales. Tous les pays qui ont une part de progressivité dans leur fiscalité vont vu leur taux de prélèvement  croître. Au point qu’après la longue période de croissance de l’après guerre, pratiquement tous les pays se sont trouvés à partir de 1974 avec des taux de prélèvements étouffants, atteignant 40 à 46% du PIB !  Mécaniquement,  sans que personne ne l’ait formellement  décidé.  Le résultat a été des réactions comme le Reaganisme aux Etats Unis,  le Thatchérisme au RU, la réaction antifiscale au Canada, le retournement de la politique fiscale des pays nordiques  etc.   Au-delà des considérations politiques,  ces pays ont compris qu’il fallait restituer aux citoyens le trop perçu fiscal né de la progressivité de l’impôt, sinon ce mécanisme pervers et silencieux aurait tué leur économie.

Un pays ne l’a pas compris, la France, où le « vive l’impôt » a remplacé le « cocorico » habituel et dont les pouvoirs publics continuent  à exploiter le filon de la progressivité dans l’ignorance générale des citoyens et l’insouciance des médias.  On a vu (lire dans ce blog  le billet : «taux de prélèvement, une formidable performance »)  que contrairement au discours dominant  le taux de prélèvement a AUGEMENTE ces dernières années,  alors qu’on ne parle que de cadeaux fiscaux.

On constatera que la préparation du budget, en ce moment même, INTEGRE l’accaparement de la plus-value de la progressivité de façon systématique. Par quel moyen ?  Simplement  en considérant comme « normale »  la recette calculée en fonction du taux de croissance.  On discutera dans la presse le plus ou moins grand réalisme du taux choisi mais on ne contestera pas le choix de cet indicateur qui est doublement biaiseux : on prend en effet souvent  un taux trop élevé ; la prévision de recettes  tient compte de la plus value de la progressivité.

La procédure normale  devrait être la suivante : on prévoit un taux de croissance de l’économie ; on l’applique aux recettes  et aux dépenses. 

Si le taux de croissance est supérieur, et a donc fourni mécaniquement des recettes supplémentaires, plus que proportionnelles on restitue ces recettes aux contribuables.   Actuellement la presse et le monde politique « se félicitent de la bonne performance fiscale de l’économie  qui permettra de réduire notre dette excessive», adoptant de façon inconsciente la position des hauts fonctionnaires de la DGI. Il est vrai que depuis Marx on n’ignore plus que le dominant sait faire chanter sa chanson au dominé…

Notre inconscience collective (mais tout le monde n’est pas ignorant…) nous met dans la situation tellement intelligente du serpent qui se mange la queue.

Nous verrons dans un second billet, que ce mécanisme fondamental  est aggravé par les effets du cycle.

Pour le Cercles des économistes e-toile, Didier dufau

TVA sur la restauration : une baisse bienvenue ?

Au moment où on annonce pour dans quelques années une baisse possible de la TVA sur la restauration,  il faut se poser la question : est-ce une bonne idée ?  Curieusement, personne ne se la pose dans la presse. Il est acquis que cette baisse obtenue de haute lutte est « une victoire ».  Rien que cela est une curiosité.  On a vaincu l’Europe des gnomes de Bruxelles ! 

Pourquoi diable la modification du régime de TVA sur des produits  aussi nationaux que la restauration doit elle obtenir l’unanimité des pays européens ?  Il est clair que l’harmonisation des taxes est nécessaire dans une zone  de libre échange où on veut favoriser la circulation des biens et des services. Mais les restaurants ne sont pas des biens qui passent la frontière. Des touristes pourraient être théoriquement détournés d’aller dans d’autres pays de l’Europe pour bénéficier de l’effet d’aubaine des taxes basses en France.   Qui croit une seconde que  la distorsion de concurrence qui en résulterait aurait le moindre effet dans la pratique ?

On tombe sur une première anomalie : les traités européens ont mis en commun une législation fiscale  qui sur certains produits n’a pas d’effet européen sensible. Où est la « subsidiarité » ? La terrible lourdeur des processus de décision et les délais déraisonnables auxquels elle aboutit posent la question de l’opportunité et de l’efficacité de certains mécanismes collectivisés à l’échelle de l’Europe.

Dans la pratique les touristes qui viennent en France, notamment de l’Europe, paieront moins de TVA donc moins d’impôts.  Ils sont des dizaines de millions à venir car la France est la première destination  touristique du monde. On fait un cadeau fiscal à des dizaines de millions d’étrangers ! Sans être ultranationaliste, est-ce bien malin ? La restauration est un produit de luxe, sachant que la petite restauration (les sandwichs etc.) est déjà à un taux réduit.  La clientèle des trois étoiles va bénéficiée d’un petit coup de pouce fiscal ? Est-ce socialement juste  et n’est-ce pas une forme de « cadeau aux riches » ?  Nous entrons dans une phase de ralentissement qui va faire baisser la recette fiscale de l’Etat. Le Ministre des Finances  l’a annoncé urbi et orbi  ce jour même et a donné les estimations : quelques milliards d’euros vont manquer à l’appel et ce sera pire encore l’année prochaine. Les déficits vont se creuser alors que la dette est déjà très importante.  Est-il opportun d’aggraver encore la situation et de reporter sur nos enfants  les avantages consentis ici et maintenant à des touristes en goguette et à ceux qui ne mangent pas chez eux ?

La seule justification valable est l’emploi. Finalement tout le monde, gauche et droite réunie, accepte l’idée que l’impôt tue l’emploi, ce qui est vrai quand il atteint comme en France les sommets hystériques que l’on sait.  Les industries de main d’œuvre  selon cette théorie implicite devraient  bénéficier toutes de la TVA à taux réduit.  L’ennui, c’est que nous entrons dans une économie de services  où toute l’activité sera bientôt « tertiaire ».  Nous sommes implicitement en train d’affirmer que la TVA normale doit être à 5.5% !  Ce qui nécessiterait, à recette fiscale égale d’augmenter très fortement l’impôt sur le revenu, la CSG où on ne sait quel autre impôt de masse, avec des effets dévastateurs.  

Tout économiste un peu sérieux sait que c’est le contraire exact qu’il faut faire.  Jospin a fait une énorme erreur en diminuant d’un point la TVA comme nous l’avions déjà observé à l’époque.  Sans réduction des dépenses publiques cela revenait à faire un cadeau aux industries exportatrices étrangères,  et à transférer le fardeau sur les générations futures. Le bel échange !

La France souffre d’un excès d’impôts, d’un excès démentiel de dépense publique, d’un excès de dettes. A chaque récession, et nous entrons dans l’une de ces charmantes périodes, les déficits se creusent, la dette augmente et avec elle le besoin d’accroitre la pression fiscale.  Nous sommes  complètement coincés et dans une spirale sans fin. 

La seule solution est connue : il faut baisser très fortement la dépense publique et supprimer  sélectivement et progressivement les impôts les plus pénalisants.   Il aurait été intelligent de le faire pendant la phase du cycle économique favorable.  Les récessions sont rarement propices à cet exercice.   Comme les rendements fiscaux sont excellents  pendant les « vaches grasses », on ne fait aucune réforme en se disant que finalement cela s’arrange.  Pour aboutir à une situation inextricable lors de la récession.

Au lieu de cela nous nous livrons à des réductions électoralistes des impôts en fonction de l’idée que le gouvernement du moment  se fait du bénéfice politique qu’il en tirera.  On veut la jeunesse avec soi : vive la baisse de la TVA sur la musique, les films, les jeux vidéo !   Les restaurateurs commencent à devenir un problème ? On lâche de la TVA ! Les pêcheurs, les routiers, les taxis ? On lâche de la taxe sur le gaz-oil.  En contrepartie on supprimera  les « niches fiscales » qui permettaient de pallier en partie aux effets pervers d’une fiscalité excessive et trop concentrée sur les revenus moyens.  

Aucun plan d’ensemble de baisse des dépenses publiques et des prélèvements : seulement des mesurettes démagogiques  et politiciennes prises à la va-comme-je- te-pousse par des gouvernements qui finissent toujours par reprendre d’une main ce qu’ils ont fait semblant d’accorder de l’autre dans l’incohérence générale et la stagnation économique de longue durée. 

Après six ans de gouvernement « de droite » censé être favorable à la baisse des impôts  et des dépenses publiques, le taux de prélèvements est plus fort qu’un début de période !  Chaque baisse localisée a donc été reprise par ailleurs.  Où ira-t-on encore chercher l’argent que l’on ne prélève plus sur les touristes  et les joyeux convives ?  La récession va encore aggraver les choses, car il y aura moins de touristes pendant quelque temps.    

Encore Bravo !

Taux de prélèvements : une formidable performance !

L'INSEE vient de publier sa première estimation du taux de prélèvement en France en 2007.  Ce taux mesure le rapport entre les sommes prélevées par l'Etat et les collectivités locales sur la richesse créée par les Français.

En 2002, lors du retour de "la droite" augouvernement, ce taux était de 43,1%.  En 2007, il est de 43,3, c'est à dire qu'il a AUGMENTE après 5 ans de "baisse des impôts" et de "cadeaux aux riches".

Alors que les discours officiels se multiplient pour annoncer un tour de vis fiscal supplémentaire, (après tant de "cadeaux" c'est bien naturel !)  on constate qu'il n'y a eu exactement AUCUNE baisse de la pression fiscale et au contraire une vraie hausse.

Bravo au gouvernement qui laisse les média conduits par le PS faire croire que les impôts ont incroyablement baissé, alors qu'ils ont augmenté. Evidemment c'est dur pour un gouvernement de droite de dire : les socialistes avaient fait baisser la pression fiscale, je l'ai remonté.  Alors tout le monde braille "Vive l'impôt" alors que la France a connu une croissance  insignifiante pendant toute la période, alourdie qu'elle est par cette charge fiscale écrasante.

Pour les néophytes en matière d'économie il importe de bien comprendre ce que signifie une taux de 43%.

Prenons un esquimau seul sur sa banquise. Il pêche un poisson. Que dit l'INSEE :

PIB (produit intérieur brut) = 1

Arrive un type avec un fusil qui lui pique le poisson sous la menace. Que dit l'INSEE ?

PIB marchand = 1 (le poisson pêché)

Valeur ajoutée de sécurité des adminsitrations publiques  = 1 (le poisson donné en rémunération au fonctionnaire)

PIB TOTAL = 2

Taux de prélèvement : 1 sur 2 = 50%.

Quand l'Etat prend tout le taux de prélèvement est de 50%. Nous sommes à 43%.

Vous conclurez justement : l'Etat prend presque tout. 

De fait, lorsque vous prenez le montant des prélèvements et la valeur ajoutée des entreprises privées, vous arrivez à un ratio autour de 80%. Si maintenant vous prenez le montant de la dépense publique dont chacun sait qu'elle excède de 25% les recettes fiscales, vous arrivez à ce chiffre édifiant que vous ne trouverez JAMAIS dans la presse :

- L'Etat, les organismes sociaux  et les collectivités en France dépensent plus que ce que produisent les entreprises françaises !

Formidable, non ?

 

 

 

 

Le blog du cercle des économistes e-toile

Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

Membres du Cercle :

  -  Didier Dufau : Economiste en chef (DD)- Français
  -  Sylvain Dieudonné : Economiste associé (SD) - Belge
  -  Zbig  Brataniec : Associé économie des pays de l'est (ZB) -  Polonais
  -  Lewis  Holden : Economiste  associé (LH) - Anglo-américain
  -  Karl Peiper : Economiste associé (KP) - Allemand
  -  Valentin Zeldenitz : Associé banque internationale (VZ) -  Double nationalité Roumaine et américaine
                  
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