Un débat stérile ce matin sur France Inter
Débat révélateur mais stérile sur France Inter, ce matin, avec deux économistes, Christian de Boissieu et Charles Wyplosz qui n’avaient ni l’un ni l’autre prévu la crise et qui naturellement sont restés les « experts » sollicités par les médias au moment de l’expliquer.
Il est difficile de critiquer M. de Boissieu : il ne dit jamais rien d’autre que les banalités consensuelles du moment et ne porte jamais les raisonnements à leur conclusion logique. Aujourd’hui il nous indique que la finance est moins « bordée » par la réglementation prudentielle qu’elle ne devrait l’être, ce qui l’a surpris. Mais qu’il ne croit pas à la spécialisation des banques et au découpage de l’activité financière en tranches car les frontières sont selon lui artificielles. Conclusion : rien, sinon le ronron habituel sur l’encadrement des bonus , la suppression du secret bancaire et le contrôle des produits toxiques (non définis).
M. Wyplosz a déjà fait sur ce site l’objet d’une analyse critique (Réfutation de l’article de M. Charles Wyplosz http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/10/12/Rfutation-de-larticle--de-M-Charles-Wyplosz). Il reprend son thème favori : les banques ont trop de pouvoir , jouent totalement anormalement avec les dépôts des déposants et doivent être mises au pas politiquement , alors que c’est l’inverse qui se produit partout. Les profits bancaires naissent d’opérations rentables pour les banques et sans intérêt social. Mais le système des changes flottants est parfait et les déficits de balances de paiements n’ont pas d’importance. On se demande alors comment les banques peuvent avoir les comportements anti sociaux et générer les gains immenses qui suscitent les bonus gigantesques qui sont distribués.
L’un et l’autre se retrouvent sur des explications comportementales de la crise. Aucun des deux ne veut voir les aspects systémiques qui expliquent à la fois la prévisibilité des grandes récessions et leur répétition. Résultat : aucun réel diagnostic et aucune solution pratique.
Nous disons depuis le départ que la crise est une conséquence du système des changes flottants, qui ne marche pas et que les monnaies sont au cœur du problème. L’avantage avec la réalité c’est qu’elle finit toujours par s’imposer. Paradoxe, ces deux économistes ont été sollicités par France Inter parce que le tourbillon des monnaies s’accélère avec le risque d’un effondrement du dollar et d’une relance de la crise (risque qui est latent depuis au moins deux ans et que nous dénonçons continument) alors que ni l’un ni l’autre ne croient à une origine monétaire de la crise ni ne remettent en cause les changes flottants de façon explicite…
Rappelons que les comportements s’exercent dans un système global. Une crise économique nait rarement exclusivement de facteurs comportementaux déviants. Les actions des uns et des autres se comprennent dans le système qui les conditionne.
Jacques Rueff le premier a démonté le mécanisme de double pyramide des crédits que le système de gold exchange standard puis de changes flottants a permis. Les déficits gigantesques du pays dont l’économie (et la position politique) est dirigeante alimentent une pyramide de crédits et de création monétaire internationale qui finit par faire écrouler l’édifice. Il a démontré l’application du mécanisme en 1929, puis en 1971 lorsque le dollar est détaché de l’or. Il est très facile de voir le réarmement successif de l’empilage de dettes qui va expliquer la crise de 1993 puis celle de 2001 puis la crise actuelle.
D’autres économistes comme Maurice Allais ont confirmé le raisonnement et l’application aux faits. C’est le gonflement d’une énorme dette globale qui explique les revenus bancaires excessifs et les bonus extravagants (ils en sont les servants) ; ce sont les changes flottants qui donnent l’occasion de gains spéculatifs constants dans une économie-casino pilotée par les salles de marché ; ce sont les aléas de l’économie casino qui expliquent le développement de produits complexes.
On n’a rien fait pour remettre en cause ces mécanismes. Ils s’exercent à nouveau depuis que les Etats ont pris à leur charge les pertes bancaires tout en s’agitant leurs petits poings nerveux sur des questions secondaires.
Il faut bien le dire : interroger C. de Boissieu et C. Wyplosz, et d’une façon générale tous les économistes qui n’ont rien vu venir, n’a strictement aucun intérêt. Ils ne peuvent que déblatérer des propos contradictoires qui ne mènent à rien. D’accord les medias ne sont pas aidés par les économistes officiels. Mais ils ne sont tout de même pas obligés de toujours se contenter du son des mêmes cloches, venant des mêmes clochers.
Sylvain Dieudonné pour le cercle des économistes E-toile
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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef, aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants, explications sur le retard français, analyses de la langueur de l'Europe, réalités de la mondialisation, les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable. Membres du Cercle :
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