Le spleen du hanneton fatigué de pousser sa boule de crottin

Nous avons toujours défendu ici que la crise que nous connaissons est une crise de  la dette.  La plupart des pays riches ont développé une dette globale qui représente un multiple excessif de leur PIB.  Nous avons montré qu'un pays qui s'est laissé glisser à porter une dette de plus de 200% de son PIB était dans une situation impossible.  Nous avons constaté que certains pays avait dépassé les 350, les 400 et même les 1000% de dettes par rapport à leur PIB.   Nous avons expliqué que cette évolution devait faire exploser  le système et elle l'a fait effectivement.

L'idée générale exprimée dans les médias a d'abord été qu'il s'agissait d'une crise limitée au secteur du bâtiment puis une crise limitée à l'Amérique qui ne traverserait pas l'océan,  puis une crise bancaire internationale liée aux produits toxiques,  et enfin on en est arrivé au constat de la réalité : il s'agit bien d'une crise de la dette.  Quatre ans  de perdus !

Malheureusement personne ne s'est enquis des mécanismes de cet énorme gonflement de la dette.  Nous avons nous-même proposé très vite un diagnostic très précis, lié au dysfonctionnement du système monétaire international.  Au contraire l'idée générale  véhiculée par les dirigeants et la presse aura été qu'il suffisait de revoir les bonus des traders et les règles de comptabilité, tout en mettant fin à certains contrats complexes de mathématiciens fous  pour que tout aille mieux.  Les banquiers n'avaient qu'à bien se tenir.

Le même manque de vision s'est attachée aux remèdes.  Les  états sont venus au secours des banques  en reprenant une partie de la dette,  car sinon le système bancaire entier entrait en catalepsie.  Et ils ont cru qu'en laissant glisser les déficits et en effectuant une relance concertée par les banques centrales tout se passerait bien.

Ils avaient oublié qu'en système de changes flottants les relances keynésiennes ne marchent pas.     D'autre part  il était certain que le double mouvement de récupération des dettes des banques et du creusement des déficits provoquerait automatiquement une hausse massive de leur propre endettement.  Pouvait-on règler une crise de dettes par un accroissement de dettes  en changeant de débiteurs ?  Nous l'avons écrit ici il y maintenant près de quatre ans : la réponse est non ! 

Tous les pays qui s'étaient laissés glisser sur la pente fatale des déficits publics permanents et massifs se sont retrouvés avec des dettes encore plus massives. La peur s'est installée partout.

A-t-on pris des mesures contre les causes de la crise ? Non. L'absence de diagnostic ajouté à la certitude "qu'on savait faire"  pour sortir d'une crise, a conduit à une passivité absolue.

Lorsque la dette globale s'est retrouvée ainsi  aggravée, on s'est posé la question de savoir ce qui fallait en faire.  On connait la solution retenue :imiter  le hanneton et pousser la boule de crottin devant soi inlassablement.

Reporter inlassablement le problème à plus tard était une facilité qui se donnait l'air de la responsabilité.

Nous-mêmes avons expliqué dès 2007 qu'il fallait restructurer le plus vite possible.  Restructurer ? On veut dire admettre la perte en partie et ne pas tout différer.  Et nous avions noté que le report des dettes n'avait de sens qui si une croissance forte  était organisée en solidarité des états.  Comme les relances ne fonctionnent pas en système de changes flottants, il fallait se réunir comme à Bretton Woods, recadrer les parités monétaires  de façon à éliminer les grands déséquilibres à la base du gonflement de la dette mondiale,  et mettre un gendarme permettant de s'assurer que les déséquilibres restaient bien sous contrôle.

Restructuration partielle de la dette , suppression des causes structurelles du gonflement de la dette mondiale,  fixation d'un cadre  monétaire mondial  raisonnable avec un cap de croissance visé collectivement , permettant des anticipations économiques rationelles pour les entreprises, étaient les trois axes de solution.

On n'en a suivi aucun.  Quatre ans après on se retrouve gros jean comme devant.  Les dettes d'état des pays les plus endettés ne peuvent plus être remboursées et elles s'aggravent. Les aides ponctuelles associées à des programmes déflationnistes n'aboutissent à rien.  Cameron provoque une récession en Grande Bretagne. Les créanciers de la Grèce provoque une récession en Grèce.   Aucune réforme n'ayant été faite, la peur s'installe et provoque des comportements récessifs qui minent les relations d'échange.  Les perspectives d'une reprise de la récession  s'accroissent.

Le hanneton est fatigué. La boule de crottin a grossi.  Et la dysentrie qui le mine n'a pas été soignée.

Les peuples s'impatientent, comme prévu. La sinistrose s'installe comme en 1929 avec le développement de systèmes de pensée entièrement négatifs.  Et les gouvernements comme à Londres à cette époque considérent qu'ils n'ont rien d'autre à faire que de se débrouiller comme ils le peuvent sans coopération.  C'est à dire que nous sommes  dans les conditions où une grande dépression peut s'installer.

Le cadre de la solution est bien le G.20. Mais le G.20 n'a pas été le fer de lance du diagnostic de la crise car le FMI n'a pas joué son rôle.  La réunion des ministres des finances du G.20 vient de se terminer par un échec.  La réunion de Cannes ne promet rien que la manifestation de l'égoïsme de fond des grands acteurs  sous halo d'unanimisme de façade.

Il n'y a toujours pas de diagnostic, donc pas de mesures adaptées qu'un consensus pourraient faire avancer.  On écope dans l'urgence.  C'est le sauve qui peut.

Rappelons qu'il y avait à peu près 10.000 milliards de dettes sans contrepartie permettant de la rembourser en 2007.  5.000 milliards de ces dettes ont été purement et simplement perdus.  Mais on a ajouté 10.000 milliards de dettes sans contrepartie de plus.  Nous avons donc en circulation  15.000 milliards de dettes ne correspondant à aucun rendement futur.  Ce qui veut dire en clair que le système bancaire mondial est en faillite car le capital des banques ne peut en aucun cas faire face à cette masse de pertes potentielles.

Comment faire ? 

D'abord il faut un diagnostic. Pas de médecine sans compréhension de la maladie.  Ce diagnostic doit être fait et acté internationalement.  Il  implique  la mise en cause du système monétaire international et l'accord sur des changements radicaux .

Ensuite il faut restructurer. A quel niveau ? Probablement autour de 5 000  milliards de dollars de dettes.   Enfin il faut éviter toute politique récessive et déflationniste. 

Un peu d'inflation mondiale permettra de réduire la dette globale de façon certes non indolore mais régulière.  

Depuis 2005 le rendement moyen des portefeuilles en Occident  a été de 1.7% soit la moitié de l'inflation.  Donc l'épargne a fondu régulièrement de près de 1.5% par an en moyenne.  Il faut à peu près doubler le taux de fonte pour qu'en dix ans on obtienne un dégraissage significatif de la dette.

Ce qui n'a pas été restructuré et ce qui n'aura pas fondu dans l'inflation, devra être remboursé par la croissance pour la moitié et repoussé pour une autre moitié.  Le hanneton poussera toujours une  boule de crottin mais elle restera proportionnée à ses forces.

On dira : vos ordres de grandeur sont grossiers. Ils le sont.   Mais il faut simplifier les grandes masses pour les rendre compréhensibles. Aux instituts statistiques de faire mieux s'ils le peuvent. Actuellement ils regardent ailleurs.  

Le plus navrant est que le mouvement des affaires est plutôt solide. Il est entravé et cassé par les mauvaises politiques suivies et la panique qui s'est installée partout.

Tant que la crise intellectuelle n'aura pas été surmontée alors la crise économique ne le sera pas.  Pensée zéro égale volonté zéro égale résultats désastreux.  Sinistrose et désorganisation internationale égalent panique et effondrement.

C'est un chemin sans issue. Si Cannes est un G.20 pour rien une fois de plus, tout risque d'être emporté.  Pensons à la Conférence de Londres  du 12 juin 1933. Là, déjà, les états ont décidé de se battre dans un chacun pour soi qui est devenu une désastre pour tous.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Retour vers le futur : 1935 (suite)

Intéressons-nous à ce que publiait la Revue d'Economie Politique en 1935, au beau milieu de la grande dépression née en 1929. Les rédacteurs étaient Charles Rist et Gaëtan Pigou, des économistes de grande qualité. Une revue telle que celle là manque aujourd'hui. C'était le temps où les économistes n'étaient pas encore vilipendés et où on croyait qu'une approche scientifique de l'économie était possible. Les meilleurs auteurs n'hésitaient pas à prendre partie sur les questions d'actualité. Une vie intellectuelle économique grouillait en ce temps là, loin des caricatures de débats actuels entre ignorants médiatiques ou entre partisans de champs clos idéologiques.

En 1935 la Revue avait pris pour cible, entre autres, deux erreurs qui lui paraissaient graves : la perte de confiance dans les progrès possibles de l'économie et les limites des dévaluations compétitives.

Dans le premier cas la cible était les écrits de Werner Sombart, un économiste socialiste allemand qui glissera vers un léger national-socialisme plus ou moins de circonstance mais tout de même, un peu le même mouvement que le père de Jospin vers le pétainisme, pour des raisons finalement assez proches. Werner Sombart était un auteur très prolifique et très connu à l'époque. Il est à peu près oublié aujourd'hui. Comme quoi ! Méfions nous des auteurs qui tiennent la côte dans nos médias : cela pourrait bien ne pas tenir la distance…

"L'homme a été séparé de la nature. L'enfant des villes ne sait plus rien des charmes intimes que celle-ci prodigue. …Sa pensée est un mélange compliqué d'enseignement scolaire, de montres, de journaux, de parapluies, de livres, de canalisation, de politique et de lumière électrique".

Qui ne voit la ressemblance avec tous nos bons auteurs qui se plaignent aujourd'hui d'une jeunesse déboussolée par le téléphone portable et internet ? Cette rengaine est de tous les temps. On a toujours perdu le paradis d'avant et la jeunesse est devenue bizarre. Dans les années soixante c'était "la bagnole et la téloche"  qui signaient le déclin immédiat de la civilisation par contamination de notre belle jeunesse, hélas si mal traitée.

Le rejet d'une société matérialiste  de consommation était déjà très fort :

" …trop de céréales, d'autos, de bananes et de chocolat, réclame diurne et nocturne, film parlant, W.C. et eau courante et mille volumes par jour ; engrais artificiels, avions et moyens anticonceptionnels, torpilles et hauts parleurs, tracteurs et phonographes, petites boules dans le potage et eaux dentifrices,  gaz toxiques et aspirateurs de poussière, palace-hôtels sur terre et sur l'eau"…

Nous voici dans une société gâtée par l'abondance et qui a perdu ses repères. Et on ne connaissait ni le Bolino ni le Coca Zéro !

Les écologistes modernes n'ont rien inventé. On parle aujourd'hui de destruction de la terre et plus seulement des hommes ou du moins de l'humanité. Cela a un côté plus laïque.

Depuis la "révolution industrielle", si ce terme a un sens, nous vivons de façon croissante dans un monde artificiel qui correspond à notre propre création.  Werner Sombart rêvait qu'on revienne à une forme de société hiérarchisée non matérialiste où les valeurs de l'esprit ne seraient pas contaminées par la chair, ici la consommation. Comme aujourd'hui certains rêvent de démondialisation et de décroissance.  La blonde au 4x4 a remplacé la ménagère à aspirateur. La femme est depuis JC et même sans doute quelques milliers d'années précédemment, vue comme l'inspiratrice de la débauche irresponsable.  Zémmouriens de tous les temps, donnez-vous la main !

Pour les amateurs nous conseillons de faire le parallèle entre la condamnation de "l'ère économique" par Werner Sombart et les critiques de la "mondialisation".

Toutes les crises  conduisent à des formes de remise en cause de la modernité et favorisent les idées qui suggèrent qu'on est tombé dans une sorte de précipice sans fond dont il faut sortir avant qu'il ne nous engloutisse à jamais.  Il faut lutter contre ces inepties comme le faisaient les auteurs de la Revue d'économie politique de 1935 : il n'y a aucun chemin dans cette direction !

Revenons à la seconde critique : celle des dévaluations compétitives. Nous sommes revenus plus près de la terre. Mais en fait on est toujours dans la condamnation du rêve. La crise de 1929 a connu les développements tragiques que l'on sait à cause des dévaluations compétitives. Ce point est très généralement admis et ne mérite pas de longs développements. Les spécialistes de l'histoire économique de l'entre deux-guerres savent très bien qu'au bout du compte, toutes les monnaies ont retrouvé en 1938 peu ou prou les parités d'avant la crise. On s'est battu pour rien.  

René Courtin, l'auteur de l'article voit bien les deux limites de la dévaluation :

- elle ne donne un avantage compétitif que dans la mesure où les autres ne dévaluent pas à leur tour. Cet avantage est provisoire, les importations devenant plus coûteuses et entraînant des hausses internes qui progressivement gommeront l'avantage initial.

- en cas de dettes, la dévaluation alourdit la facture de remboursement et entraîne un risque de pertes encore plus grand pour les prêteurs.  

Ces idées n'ont rien d'original : elles seront à la base des accords de Bretton Woods de 1944. Oui une dévaluation peut être efficace mais à deux conditions : qu'elle soit faible donc acceptable par tout le monde, accompagnée d'un plan de stabilisation des prix pour éviter qu'on ne revienne immédiatement à la situation précédente et que les effets sur la dette soient limités par des formules de prêts internationaux, dont le FMI doit être le vecteur.

Elles sont totalement en contradiction avec les idées actuelles sur l'organisation monétaire internationale où le flottement généralisé des monnaies induit des dévaluations incontrôlées ou des réévaluations incontrôlables sans des mesures gigantesques (voir les récentes mesures prises par la Suisse, qui ont abouti à …ruiner UBS, seconde banque…suisse, prise à revers dans ses spéculations).

Elles sont également complètement en contradiction avec l'idée de monnaie unique partagée par des pays ayant gardé leur liberté de politique budgétaire, économique et sociale. Le bénéfice d'une dévaluation concertée n'est plus possible et laisse la place à des aventures.

On voit bien que pour la Grèce la sortie de l'Euro qui mettrait la nouvelle Drachme dans un système de changes flottants, provoquerait une dévaluation massive (très au-delà des 7 à 10% qu'on s'autorisait dans un cadre de changes fixes mais ajustables par accord général), la ruine des banques et de l'épargne privée, et un défaut gigantesque sur les prêts consentis en Euro.  Les pays européens se retrouveraient aussitôt avec un compétiteur dopé et un trou dans la caisse au moins doublé.

Limite des comparaisons, René Courtin évoque le bénéfice de la dévaluation du fait de l'effet revenu provoqué par la diminution de la teneur métallique de la monnaie.  Il en attends un poussée de la production d'or génératrice de revenus créant une dynamique de croissance générale. Le problème : l'or n'est plus monétisé. Nous sommes dans un système de monnaies administratives…

Au total on voit bien que personne ne sait gérer ni des systèmes de monnaies administratives flottantes, ni des zones monétaires non pilotées, représentant des ilots de fixité dans des océans de flexibilité.

Ce que les économistes de 1935 écrivaient, à savoir qu'il faut croire en l'avenir et s'organiser pour connaître un nouvel élan, reste aujourd'hui d'actualité.  

Il faut croire en l'avenir et s'organiser ! 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.



Retour vers le futur : 1935 ?

La tentation des comparaisons historiques plus ou moins bancales est toujours grande lors des crises un peu sévères. Quand l'avenir est incertain, on aime se raccrocher à quelque chose de familier même si le passé lointain est généralement plus fantasmé que connu.

On l'a bien vu hier soir dans un de ces débats télévisés où deux intervenants censés avoir des connaissances économiques solides se sont empoignés pour affirmer, pour l'un que la déflation était la raison de l'arrivée d'Hitler au pouvoir, pendant que, pour l'autre, c'était la déflation.

La minuscule affaire grecque, une perte sur crédit d'une centaine de milliards d'Euros (à rapprocher des quatre mille milliards d'Euros sur crédit perdus depuis fin 2006 dans le monde entier), fait renaître les pires fantasmes d'une montée prochaine du fascisme pour un camp, du socialisme violent pour l'autre.  Avènement d'un nouvel Hitler ou nouveau Front Populaire, tel serait le choix !

Il faut dire que les difficultés économiques stimulent les extrêmes. Mme Le Pen et M. Mélenchon tiennent désormais des discours  économiques que les tenants des principes qui nous gouvernent et qui nous ont mené là où nous sommes ne peuvent plus réellement juguler.

Dans ce maelström toutes les postures deviennent des contorsions. La droite libérale en vient à défendre les suggestions d'Attac, le mouvement post communiste bien connu. La gauche plaide pour l'austérité et la militarisation du redressement des jeunes délinquants.  Les keynésiens d'hier plaident pour une réduction drastique des déficits et de la dette. Les libéraux d'hier suggèrent qu'on pourrait nationaliser les banques, temporairement bien sûr.  Les européistes d'hier ne se souviennent plus très bien  pourquoi ils ont voulu l'acte unique et l'Euro.  Les souverainistes plaident pour un tarif extérieur commun renforcé. La BCE viole ses statuts tous les jours.

La crise a bousculé cul par-dessus tête les discours figés du politiquement correct d'avant.  L'Europe, c'était bien et cela ne se discutait pas. On pouvait l'étendre ad libitum : le mouvement d'élargissement se justifiait par le seul fait qu'il avait lieu.  L'Euro c'était bien et cela ne se discutait pas.  L'impôt: super ! La dette : pas grave ! Le désordre monétaire international  : la marque de la vitalité des marchés, à qui il aurait été stupide de s'opposer !

On s'aperçoit toujours de la fragilité des vulgates lorsque les populations s'affolent.  

Surtout quand on les laisse sans perspectives.

Mettons nous tout de même un instant dans la peau d'un chômeur qui a été licencié en 2008 et peine à retrouver un emploi trois ans plus tard, de parents dont les enfants ne trouvent pas à s'employer au sortir d'études immensément rallongées, d'accédants à la propriété à bout de ressources (ils se sont endettés pour trente ans !) à qui on a doublé la taxe foncière et fortement grossi la taxe d'habitation. A tous  on affirme : vous allez payer pour la Grèce ; vous allez payer pour sauver l'Euro et si on n'y arrive pas vous perdrez vos plans d'épargne ; vous allez payer parce que vous n'aviez pas assez payé encore alors que la France est au sommet des prélèvements.  Et à tous ces gens, une littérature pressée d'extraire le jus de la crise explique qu'ils n'ont encore rien vu, que le pire est devant eux.

Pas une explication des différentes crises qui nous frappent. Pas la moindre perspectives sérieuses de s'en sortir.  Et des élections en vue, partout, qui ont l'énorme inconvénient d'interdire la seule vertu utile en temps de crise : la constance.

Ce qui nous ramène à 1935.  La confusion la plus totale régnait comme aujourd'hui. La crise avait également quatre ans en France.  La reprise n'avait pas eu lieu. Les politiques fondées sur des a priori qui faisaient consensus ne marchaient pas.  La politique de déflation qui avait sa chance se trouvait confrontée aux perspectives d'élections perdantes. On allait sombrer dans le n'importe quoi et aggraver tout. La France sortirait des années trente en ayant perdu autant que pendant la Grande Guerre. Il lui faudra quarante ans pour se remettre avant d'oublier les leçons si durement apprises.   
   
Quant au monde ! Il a absolument tout oublié. On a voulu créer en 1971 un monde basé sur les relations de force entre les états, systèmes sociaux  contre système sociaux , politiques contre politiques, puissance économique contre puissance économique en supprimant toutes les écluses, tous les canaux, toutes les pompes aspirantes et refoulantes.  Les américains croyaient qu'ils gagneraient facilement. Les Allemands et les Japonais étaient sûrs d'eux.  Les nationaux communistes Han ont vu la faille et ont cru qu'ils pourraient manger l'économie du monde et assurer leur domination. Les pays pétroliers pensaient pouvoir s'en sortir sans problème grâce à la manne pétrolière.      

Les Français, eux, réglaient de vieilles querelles du dix-neuvième siècle, sans se rendre compte de rien.

Nous sommes au bout de ce chemin là.  On redécouvre qu'il n'y a pas de solution sans une coopération entre les états ; qu'on ne peut pas assumer des libertés économiques sans monnaie de référence et sans politique harmonisée des changes ; que la concurrence des systèmes ne fonctionnent qu'avec des pare-chocs et des écluses.

En sécurité routière on sait bien qu'un tank aussi blindé soit-il, n'est pas sûr, pas plus qu'un cerf volant allégé à l'extrême . Il faut  éviter les chocs et en cas de choc évacuer un maximum d'énergie pour protéger les passagers.

Eviter les chocs en économie mondialisée, c'est déjà éviter les systèmes instables comme les monnaies flottantes en organisant de surcroit l'irresponsabilité totale des gouvernements vis-à-vis des conséquences de cette instabilité.  Instabilité structurelle plus irresponsabilité structurelle, les deux mamelles du désastre économique.

En 1935 tous les pays ont voulu s'en sortir par eux mêmes, ayant désespéré de toute coopération internationale, tout en ouvrant la porte à leur démons intérieurs (communismes staliniens, socialismes divers , fascisme et national socialisme).  Aujourd'hui les démons intérieurs n'existent pas : il n'y a pas de grande idéologie en attente de s'imposer. Les socialismes nationaux ou autres ne sont plus dans les esprits ni les espoirs. Les nationalismes  flamboyants ont disparu au moins en Europe même si les égoïsmes et les petits calculs demeurent.

Ce qu'il faut donc craindre c'est d'abord le n'importe quoi spontanéiste né de la peur.

Car la solution existe.  

En 1935 il était impossible d'assurer la coopération internationale autour d'un projet commun. Hitler et Staline imposaient leur loi. Des professions de foi violentes courraient le monde  et elles étaient militantes.  Les grandes puissances imposaient leur loi à de nombreuses colonies et des nationalismes s'exacerbaient, comme celui des Japonais ivres de "lebensraum".

Rien de tout cela aujourd'hui : l'islamisme radical n'est pas mort mais il est sans influence mondiale et incapable de faire lever des masses ni de proposer un  système d'organisation un  minimum sexy.  L'islamo-nationalisme iranien est contraint par les révoltes qu'il est obligé de réprimer et son isolement international.  Les rebonds de nationalisme dans les pays de l'ex URSS ou sous sa domination n'ont pas d'importance cruciale. Il faut bien retrouver un peu de quant à soi.  Le nationalisme Han est le seul qui soit réellement dangereux. Mais il est totalement dépendant de la bonne volonté occidentale. Que la Chine soit exclue de la mondialisation et le système s'effondre ! Ce sera un nationalisme prudent.
Nous sommes donc dans une situation totalement différente de 1935. Il suffirait de sortir de la confusion pour que les voies d'un redressement général apparaissent ouvertes.

Comment faire ? Il n'y a qu'un seul chemin : le G.20 annonce que les états membres  coopèrent pour mettre fin aux causes du désastre économique en cours clairement identifiées et pour créer les conditions d'une croissance dans la coopération, seule capable de liquider l'accumulation des dettes constatées depuis 40 ans.

Les causes des désordres financiers et de l'accroissement global sont parfaitement connues : laxisme financier des uns  et mercantilismes divers dans un système de changes flottants de monnaies administratives où personne n'est responsable de ses équilibres extérieurs, alors que les mouvements financiers sont totalement libérés.

Une fois le système mondial stabilisé avec des changes fixes et ajustables, une instance internationale disposant de pouvoirs réels de régulation, une coopération explicite des nations , le sauvetage de la zone Euro devient un jeu d'enfants.  

Les états redeviennent responsables de leurs comptes extérieurs et de la valeur externe de leur monnaie, tout autant que de leurs équilibres intérieurs, le plein emploi étant un des équilibres majeurs dont on parle. Ils sont obligés de coopérer pour la croissance et l'amortissement des dettes monstrueuses accumulées par le système de double pyramide de crédits Rueff-Allais.

L'absence d'idéologies délétères permet de reprendre progressivement le chemin d'une mondialisation plus heureuse sans sombrer dans les expériences mortifères.  

En 1935, les auteurs ne voyaient plus d'avenir. On croyait à la fin du cycle d'expansion appelé révolution industrielle.  Le slogan n'était pas "no future" mis c'était dans les esprits. On sait ce qui est advenu : la plus grande mutation de toute l'histoire de l'humanité !  

Ne tombons pas dans ce travers. Il est parfaitement possible de préparer un avenir intéressant et progressiste pour l'humanité.

Mais il ne faut pas se tromper de chemin.

Comment se réveiller d'un rêve ?

Depuis toujours nous défendons l'idée que les difficultés que le monde, l'Europe et la France traversent ne sont pas le fruit de l'action de diables et de vilains mais plutôt celui des contradictions sévères entre rêve et réalité.

Cette thèse est moins facile que celle qui consiste à charger des boucs émissaires. La sortie de crise est également plus difficile : comment renoncer à un rêve ?

Le rêve mondialiste  aura été que l'on puisse abaisser toutes les frontières dans la sphère économique, sans pour autant mettre en place les coopérations d'états minimales qui auraient permis de canaliser et de garantir ce processus de libéralisation quasi intégrale des échanges de biens et de capitaux. 

Pour ses promoteurs, le libéralisme débridé de l'économie  aurait du conduire presque mécaniquement à une libéralisation politique générale des peuples.  L'individu aurait transcendé les nations.  A terme, les droits naturels à voyager, à s'installer, à contracter seraient devenus universels.  Bonheur et prospérité, en même temps qu'un progrès décisif de l'humanité, auraient été au bout du chemin.


Pour cela il fallait deux conditions :


- La liberté du commerce. Elle serait mise hors de portée des états : une organisation mondiale, l'OMC, permettrait de réguler ce qui doit l'être afin d'éviter les distortions de concurrence.


- La liberté des mouvements de capitaux : compte tenu que chacun conservait sa monnaie, il importait de mettre en place un système de changes tels que les monnaies s'échangent librement. Le cours de change des monnaies serait "naturel", loin des manipulations des états.  

Les Etats ainsi mis entre parenthèse, ne s'occuperaient plus que de questions internes et en particulier de traiter des conséquences de la "globalisation" ainsi mise en place.

Ce beau rêve s'est fracassé pour une raison simple : les changes flottants de monnaies administratives ne marchent pas.  Une organisation du commerce sans état de droit réel chez certains partenaires et sans rapprochement  des politiques générales (environnement, sécurité des produits etc.) n'aboutit qu'à des distortions et des déséquilibres insupportables surtout si elles s'accompagnent de distortions monétaires.

Les Etats-Unis ont cru qu'ils seraient assez puissants pour dominer le jeu.  Ils se sont trompés.  Londres a cru qu'il lui serait possible de devenir le centre de la pulsation financière sans qu'il y ait de conséquences négatives.  Londres s'est trompé. L'Europe a suivi mollement en pensant que tout irait bien. L'Europe s'est trompée.

Le rêve n'était pas "de droite" ou "de gauche", démocrate ou républicain, travailliste ou tory.  Il aura été général dans les pays occidentaux. Il a tourné à la catastrophe.

Face à cette situation désobligeante pour les promoteurs de ces idées,  la tentation est de revenir à l'idéologie.  La révolution libérale a échoué à cause des états et de leur socialisme primaire dira-ton d'un côté. La révolution libérale a échoué à cause des marchés dérégulés diront les autres. En route pour une guerre idéologique sans intérêt. Et même dangereuse.  Rappelons que les objectifs étaient un rêve. Faut-il tuer le rêve ?

Permettre à chacun l'exercice de libertés essentielles à travers le monde est nécessaire. Ce sont les conditions de cette liberté qui posent problème.  La liberté exige un état fort, et non faible, une coopération forte des états, et non une absence totale de coopération.

La victime de la crise est d'abord l'idée d'un gouvernement par des normes  alors qu'il n'y aurait pas de norme de gouvernement.

Techniquement le maillon faible aura été, comme toujours, la monnaie.  Les changes flottants sont une erreur conceptuelle. Ils n'ont jamais marché. Ils ne marchent pas. Ils ne marcheront jamais. La monnaie n'est pas "une marchandise comme les autres".  Curieuse marchandise que ces créances sur l'économie mondiales produites par des imprimeries contrôlées par des gnômes !

Le rêve de libéralisation n'est possible que si les états tiennent la valeur externe de leur monnaie et qu'il existe une force capable de leur faire respecter leur engagement.  Monnaie et crédits sont des dimensions essentielles de la politique économique des nations. Croire qu'on pourrait passer outre est une utopie.

Nous affirmons qu'il faut conserver l'objectif tout en réformant le moyen.  Il ne peut y avoir de régulation en changes flottants où des puissances peuvent soit pratiquer le laxisme monétaire total soit le mercantislisme absolu.   Il ne peut pas y avoir de solution sans collaboration des états.  On pensait qu'on pourrait les mettre de côté, ces satanés états mais en leur laissant toutes leurs capacités de faire ce qu'ils voudraient.  Les marchés les tiendraient en respect.

Cela ne marche pas. Les états ont un rôle. Ils doivent coopérer. Ils doivent accepter des sanctions extérieures en cas de manquement.  En matière monétaire qui, dans l'espèce, est la partie défaillante, cette coopération s'appelle : changes fixes, autorités de tutelle, étalon indépendants des états.  En un mot un Bretton-Woods réellement paritaire sans monnaie pivot.  Pas de Gold exchange standard, plus de véto américain,  mais une parité organisée avec des responsabilités àassumer par chaque état.  La liberté des capitaux doit être pilotée et pas seulement confiée à des normes.

Bien sûr  il y a aura régression partielle dans les libertés totales de faire bouger ses capitaux où on veut, quand on veut.  De même que des glissières de sécurité empêchent l'automobiliste d'autoroute d'aller où il veut quand il veut. Il faudra rester dans les clous.

Et alors ? Tout vaut mieux qu'un système qui ne marche pas.

Le rêve européen est tout aussi fracassé.  Et il s'agit du même rêve. Permettre aux citoyens européens d'exercer librement toutes les libertés.

Le moyen est totalement inverse que celui choisi pour la globalisation : pour l'essentiel on met en oeuvre une monnaie unique et commune.   Les états sont privés du pouvoir monétaire confié à des gnômes rendus totalement indépendants.  La puissance des traités fixe les règles.  

Nous retrouvons notre vielle amie : la gestion par la norme sans pilotage politique.  Mais l'unicité monétaire européenne est totalement en contradiction avec la solution globale de changes flottants généralisés.  Un ilôt de fixité dans un océan de flexibilité met le chêne à merci des roseaux !

Une double  question cruciale se pose au monde  : une zone monétaire unifiée est-elle possible sans instance de pilotage et sans unification des politiques économiques et sociales ?  Est-elle possible dans un monde de liberté de capitaux avec changes flottants ?  

Les fédéralistes européens à l'origine de l'Euroland et toujours préoccupés de mettre la charrue avant les boeufs, se sont échinés à éluder la double problématique.  La réponse est venue de la première grande crise suivant l'établissement de l'Euro :  non, cela ne marche pas !

Une fois encore les idéologues ressortent leur massue. Si cela n'a pas marché c'est qu'on n'a pas été assez loin disent les fédéralistes.  Vite une véritable fédération européenne avec gouvernement fédéral etc.    Les souverainistes éructent : la ruine est là et vous voulez l'aggraver.

La question reste : comment fait-on fonctionner une monnaie unique entre pays souverains dans un système mondial de changes flottants ? Surtout lorsque l'absence de tout pilotage de l'échanges des biens, l'Europe ayant sans contrepartie renoncée au tarif extérieur commun, conduit à un sous emploi chronique et fait de l'Europe un "machin" qui sert de tampon facile entre les grands joueurs ?

Le dernier rêve est le rêve français.  Vive l'impôt, vive la dépense publique, vive la dette, vive la gratuité généralisée, vive le non travail et le temps libre ! Ole !   Et vive le politiquement correct qui fait chanter la belle chanson en coeur dans tous les médias de droite et de gauche.  La France aurait trouvé le truc : 35 heures et bientôt 32 heures de travail pour ceux qui ont du travail  ;  des charges sur le travail supérieures à tout le monde ; des règlementations toujours poussées à l'extrême ;  les sébilles partout tendues ; des "droits à" toujours plus étendus.  La politique d'énarchie compassionnelle transcende les vieux clivages droite gauche.  Le haut fonctionnaire est juste et pense au bien commun. Lui seul. Il va arbitrer la société. C'est à dire contraindre sur les recettes et lâcher systèmatiquement sur les dépenses.   

La question ici est très simple : comment maintient-on   ce rêve de Capoue  dans une Europe sans frontières et dans un monde globalisée ?  La réponse a été : en s'endettant. Nous voici au bout du chemin.  Le clientèlisme politique de Zombis sans pouvoirs sur rien puisqu'ils ont tout cédé à l'Europe ou à la globalisation  apparait pour ce qu'il est : une imposture démocratique.   Et voici qu'on explique à l'UMP comme au PS qu'il suffirait de perdre le pouvoir budgétaire   au profit de l'Europe, tout en gravant dans le marbre la vertu, pour que le clientélisme et l'achat sectoriel de votes ne puissent continuer. Pensez ! Il suffirait de "prendre l'argent aux riches". 3 ou 10%  de la population paiera. Et pour le reste ce sera le secteur financier avec la taxe sur les transactions financières.

Zeus aveugle toujours ceux qu'il veut perdre.

Le Français né malin pense qu'en ne gouvernant plus mais en ruinant ses riches et ses banques, qui le sont déjà,  il va pouvoir continuer à vivre à l'oeil !

Notons que le drame français est plus grave que le drame européen ou mondialiste.  On n'est plus dans le rêve mais dans l'illusion fatale.  Le concours de démagogie qu'aura été ce 15 septembre le débat des socialistes en vue de  leurs élections primaires montrent que les mentalités publiques ne sont pas près de changer.

Nous voici donc dans un monde ruiné financièrement  alors que s'évanouissent les trois rêves  d'une mondialisation inorganisée mais  heureuse, d'une Europe ectoplasmique mais gérée par la norme,   et d'une France surendettée et surfiscalisée, mais  gavée de gratuités et de loisirs.


La solution n'est pas d'abandonner le rêve.  Mais de comprendre que les libertés ne s'exercent que dans des cadres précis et efficaces.  La gestion par la seule norme est morte. Il faut une gestion par le pilotage.  C'est à dire des instances responsables à chacun des niveaux d'organisation nécessaires.

Le monde doit renoncer aux changes flottants. Les Etats doivent coopérer autour d'un étalon et faire especter la valeur externe de leur monnaie, l'équilibre de leurs balances commerciale, la santé de leur balance des capitaux.  Et il faut un gendarme fort pour imposer aux Etats le respect de leur engagement.

L'Europe ne peut pas être un ilôt d'unicité monétaire dans un monde de changes flottants.  Elle ne peut plus être la variable d'ajustement des combats de titans que se livrent les autres grandes puissances.   Si l'Europe ne peut pas mettre en place une structure centrale de pilotage économique  il faut abandonner l'Euro.   Et bonjour les dégats.

La France ne peut plus chanter vive l'impôt (des autres) ; mort  (fiscale)  aux riches ; travaillons moins ;  vive les gratuités !   La dette c'est fini pour un moment.  Où la France  s'aligne sur une politique auropéenne pilotée par une instance européenne,  ou elle reprend  son autonomie en cherchant à s'en sortir par le dynamisme et le courage. Quelque soit l'issue de la querelle institutionnelle  elle devra couper avec le compassionnalisme énarchien et un néo socialisme de la dépense publique  illimitée.

Ou elle sortira de l'histoire.  Et par la petite porte.  La toute petite porte.

Conserver ses rêves tout en jouant le réalisme et en abandonnant les peaux mortes d'une mutation bien intentionnée mais  ratée : tel est l'enjeu pour le monde, l'Europe et  la France.


Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

La curieuse crainte d'une monnaie mondiale

Un des aspects les plus curieux de la confusion  mentale qui s'opère sous la pression de la crise est la montée d'une forme d'éructation  hystérique contre l'idée d'une monnaie mondiale dans le petit monde altermondialiste dont on sait qu'il est contitué pour l'essentiel d'anciers communistes, cégétistes, troskistes, gauchistes, en mal de repères  et de rôle depuis la chute de l'URSS.

Une monnaie mondiale est vue dans ces groupes comme le summum de la dépossession des peuples, un tout petit clan  coopté de capitalistes devenant le maître du monde en s'arrogeant à nouveau le pouvoir monétaire et en mettant les peuples sous tutelles.  De toute façon une monde sans monnaie serait un monde meilleur basé sur le don et l'échange coopératif positif.  

Une banque centrale, c'était déjà le mal ; indépendante des politiques, c'était l'enfer anti démocratique, dont la manifestation est la BCE  Indépendante des nations. Alors une monnaie mondiale ce serait l'abomination des abominations et l'incarnation absolue de Big Brother.  

Cette critique nous interpelle puisque nous proposons de recréer un système monétaire international fondé sur des monnaies  rattachées à un étalon monétaire mondial. Chaque état aurait la responsabilité de faire en sorte que la valeur externe de sa monnaie soit stable vis à vis de l'étalon ainsi constitué.  L'organisme de régulation, en l'occurence le FMI, aurait la possibilité de créer de la monnaie internationale pour faciliter les ajustements en cas de besoin.  Il le ferait pour éviter le retour des récessions importantes liées à des crises de changes excessives et des guerres de dévaluations.

Ce que nous appelons Mondio, que Keynes appelait Bancor, que certains appellent OR tout court, a essentiellement pour but de permettre une croissance économique mondiale équilibrée et maîtrisée avec un objectif principal de plein emploi.

La croissance et le plein emploi sont  ce dont les couches laborieuses de la population ont le plus besoin soit pour échapper à la misère dans les pays du tiers monde soit pour  progresser et vivre mieux dans les pays développés.  La solution que nous proposons devrait donc être soutenue par les organismes "de gauche" si tant est que cette qualification ait encore un sens.

L'ennui vient que la gauche extrême est maintenant non seulement contre les riches mais aussi contre la richesse, donc contre la croissance et partiellement contre le travail vu comme avilissant et pénible.  L'écologisme pétainiste déprimant des années 40-44  a été récupéré par la gauche écolo.

Les objectifs du CNR (conseil national de la résistance de 1945)  : plein emploi, création de richesses, dynamisme industriel, croissance, productivité,  plus grand bien être pour tous, sont ignorés alors même que dans ces milieux on croit à une mystique du CNR dont le message aurait été bafoué.

La contradiction est énorme et rédhibitoire.  

La question est importante. Quelles sont les finalités de l'économie ? Quels sont les objectifs qu'on assigne à la nation ?  Quel est le sens d'un coopération internationale ? L'économie est toujours politique en ce sens qu'il s'agit d'un moyen pour une fin. La question des fins est cruciale.

Nous mêmes au Cercle des économistes, nous pensons que les objectifs de croissance, d'augmentation du bien être général, de la socialisation réussie par le plein emploi, de la pacification du monde par les échanges  sont fondamentaux.  Il n'y a pas de décroissance heureuse ni de repli sur soi exaltant.

L'organisation monétaire doit être un moyen de cette fin et on voit bien que seule la coopération internationale rationelle permettra d'y arriver.  Cela passe par la suppression du rôle du dollar comme monnaie de réserve et par la suppression des changes qui flottent sans que personne n'en soit responsable.

La responsabilitsation des Etats dans un cadre coopératif est la seule solution aux difficultés du monde actuel.  Un étalon monétaire mondial et une régulation autour de cet instrument sont la condition du plein emploi et de la croissance.   La gauche devait se mobiliser sur cette solution si elle tient encore au bien être des couches populaires et au développement des pays pauvres.  La droite aussi d'ailleurs, qui est censée tenir  au succès des entreprises privées et à la garantie de l'épargne.

Les deux regardent ailleurs.  Par ignorance.  Par paresse.

Du coup l'élection présidentielle française dont la campagne commence perd tout sens.  Ni le pourquoi ni le comment d'une politique d'avenir ne sont évoqués. Des questions économiques aussi cruciales que le système monétaire international sont évacuées pour excessive technicité et ennui général. La communication a remplacé la réflexion.  

On se souvient que lors des deux dernières élections muncipales à Paris jamais les questions cruciale du rôle, de la vocation et de l'avenir de la capitale n'avaient  été évoquées.  Une capitale : pourquoi faire ? Pour aller où ? Et pour y aller comment ?  C'était de bonnes questions qui sont restées au frigo.  On se retrouve avec une ville sale jusqu'au dégoûtant, où le coût de possession d'un local a quadruplé, où le patrimoine de qualité est désormais  largement en possession de  l'étranger,  et dont la vocation économique et sociale est incertaine.  

On se souvient que lors des dernières élections européennes tout sauf l'avenir de l'Europe, l'examen de ses objectifs communs,  les faiblesses de ses institutions vis à vis de ces objectifs,  avait fait l'objet de la morne campagne électorale, centrées sur des querelles de personnes nationales ("donner une leçon à Naboléon" !).

Nous voici devant une échéance où le même phénomène va se produire. Et où gauche et droite, dans leurs extrêmes ne mènent à rien et dans leur partie "gouvernementale" ne pensent à rien.

L'exécration à  gauche de solutions qui vont pourtant dans le sens de ce qu'on pourrait iméginé que sont leurs objectifs sociaux,  l'agnosie morose tournant à l'aphasie  à droite  aussi bien sur les buts que sur les moyens,  conduisent à une campagne sans intérêt qui débouchera sur des politiques à l'envers.

Dans le monde tel qu'il est est il faut pourtant aux nations des objectifs et une bonne compréhension des moyens.  Cela passe nécessairement par une certaine technicité. Et des  compétences. Pas seulement des postures et de la jactance. Surtout quand la jactance devient incompatible avec la posture.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

BDI-SP500 : le grand écart s'achève


Nous avions signalé dans plusieurs articles précédents l'écart croissant entre l'évolution de l'indice BDI et l'indice SP500.  Cet écart était surprenant car jamais il n'avait atteint une telle ampleur. Les deux indices se croisent et se recroisent depuis des lustres. Jamais ils ne s'étaient éloignés loin de l'autre à ce point.

Il y a deux explications possibles :

- La première voudrait que l'indice BDI ait perdu de sa pertinence pour signaler l'état du commerce mondial. La construction navale a été tellement active qu'elle a pris le caractère d'une bulle. Les tarifs de frêt en auraient été durablement déprimés.  Les difficultés de certains armateurs chinois, qui ont clairement surinvesti, seraient le témoignage de ces excès.  Le BDI n'étant plus corrélé à l'activité ne pouvait plus donner d'indication notamment pour la gestion boursière.

- La seconde serait plutôt de constater que les cours de bourse avaient flambé du fait  des politiques de "quantitative easing", sans rapport avec l'activité économique de fond.  Il fallait en déduire que le niveau des cours ne serait pas maintenable et qu'un jour ou l'autre une correction aurait lieu.  L'ennui c'est que la correction s'est faite attentdre longtemps. Mais elle prend ces derniers jours l'allure d'une déroute.

Le croisement des courbes est là. Mieux encore, l'indice BDI repart à la hausse certes faible mais à la hausse ce que corrobore des chiffres de croissance assez forts dans pas mal de secteurs commerciaux.  Obsédé par les évaluations de PIB dont nous avons déjà dit qu'elles étaient les pire indicateurs de conjoncture,  l'observation économique officielle aurait raté le fait que 2011 aurait plutôt été une année de commerce international plutôt poussif, les améliorations constatées étant plutôt le fruit des bricolages  étatiques que du mpouvement de fond des économies. Elle raterait le fait qu'il se reprend maintenant, ce qui serait une excellente chose.

Naturellement les évolutions nouvelles du BDI  étant faibles et naissantes il est très difficile de savoir s'il s'agit d'autre chose qu'un feu de paille qui sera vite éteint par les crises monétaires, budgétaires et financières qui s'enchaînent.

Pour notre part nous pensons que si les réformes structurelles nécessaires avaient été faites, nous serions à l'heure actuelle en phase de reprise importante de l'activité mondiale et à la veille d'une croissance par l'export plutôt soutenue.  Les facteurs de croissance sous jacents sont toujours là.  La croissance potentielle est trahie et corsetée par les désordres des politiques économiques et l'absence de réforme structurelle du système monétaire international. Mais elle est là.

Il n'est pas du tout exclu qu'on assite à une remontée parallèle du BDI et des indices boursiers dans les douze mois qui viennent si un accident  monétaire ou budgétaire ne vient pas tout gâcher, comme d'habitude. 

Si on entre en dépression en 2012 cela sera uniquement la faute de politiques économiques absurdes qui conduisent à maintenir des structures monétaires et financières  qui ne fonctionnent pas bien et qui conduisent à tuer tout espoir de reprise par la surimposition et la déflation.  Comme en 1929 on aura une dépression provoquée par la politique  et non  par l'économie.



Titriser les dettes européennes

On pourrait titriser la dette des banques européennes vis à vis des Etats.  On sait que globalement on dispose d'un flux de recettes  continues  faciles à prévoir. Chaque banque pourrait alors créer un Special Investment  Véhicule,  qui émettrait des titres négociables replacés dans le grand public mondial notament dans les sicav monétaire qui seraient ainsi un peu dopées. On profiterait ainsi des différences entre taux longs et courts.     

En mélangeant dettes grecques et allemandes on pourait imaginer que les agences de notation donnerait un triple A aux nouvelles obligations ainsi crées, sur la base d'un pet d'hirondelle dans un gros tas de purin de cheval.  Leur gentillesse vaudrait à ces institutions un crédit qu'elles ont perdu.Les banques qui auraient vendues leurs créances au titrisateur pourraient augmenter très facilement leurs capitaux propres et retrouver une capacité de prêts à l'économie réelle, importante en ces temps de "double dip".  Elles poruraient même financer les états en difficultés.

On pourrait appeler les obligations de ces SIV des  "Eurobonds" . La technicité ainsi que le sens de l'histoire européenne y trouveraient leur compte.  Ce sont les riches qui souscriraient, pas les pauvres.  On ne parlerait plus d'impôts.  Si le shadow market veut s'attaquer à ces titres, il serait toujours possible de demander à la BCE d'assurer leur liquidité.  C'est  astucieux de financer des instruments complexes avec une  planche à billets toute simple.  

L'Euro ne serait plus sous menace d'explosion. Les marchés seraient rassasiés et rassurées.


Et où serait l'inconvénient ? On se le demande bien.


Bien sûr les esprits malins pourraient appeler cela des "eurostatessubprimes". Laissons les dire !

Karl Peiper

L'article d'Henri Guaino dans le Monde du 9 septembre 2011

Alors que les bourses rechutent vers leur plus bas, que l'Euro est menacé, que les banques françaises sont fuies par  les investisseurs pour cause  d'excès de prêts à des états fragiles,  que les échanges internationaux se tassent, que les projets sont partout révisés à la baisse, que les acteurs anticipent que la chute boursière va avoir à peu près les mêmes effets que la faillite de Lehman Brothers,  que la Grèce ne parait plus capable du moindre effort sérieux, que la Chine hoquète de plus en plus, que la Suisse prend des mesures extrêmes pour faire chuter le franc suisse,  que les Etats-Unis sont au bord du "double-dip", il est intéressant de prendre connaissance de ce que Monsieur Henri Guaino principal conseiller de la Président de la République Française a à nous dire.

Première remarque le journal ne pose pas la seule vraie question qui vaille actuellement : pourquoi  la sortie de récession n'a-t-elle pas eu lieu ? Nous sommes quatre ans après le blocage du marché interbancaire international et l'effondrement des subprimes. Des plans ont été définis et mis en oeuvre. Ils n'ont pas marché. Pourquoi ?

On se rappelle que M. Guaino avait déclaré dans l'interview qu'il avait donnée au Figaro le 25 janvier 2009 et  que nous avions commenté sur ce blog  (http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/1/26/Des-dirigeants-et-des-conseillers-dpasss--Henri-Guaino)   «  L’histoire n’est pas écrite d’avance et la mondialisation prépare peut-être une sortie de crise inédite. »

Pas de chance c'est une "non sortie inédite" qu'elle a préparée et réussie.

Allons les journalistes ne posent décidemment jamais les bonnes questions !  Voyons tout de même si les réponses aux questions posées par le journal montrent une évolution.  

1. Un plan de rigueur  peut-il tenir lieu de projet pour 2012 ?

Réponse : Il faut avoir conscience que la crise est mondiale et frappe plus les pays fragilisés.

Traduction : La France est fragilisée par 46 ans de déficits publics continuels. Nous sommes sous la menace des marchés. Nous n'avons plus d'autonomie  pour établir un projet.

Commentaire : C'est vrai que la France s'est fragilisée par des déficits constants qui avec la récession ont pris des ampleurs effarantes (voir les déficits de la SS annoncés par la Cour des Comptes ce jour même ; notons que l'info est donnée par un organisme de contrôle et non par le gouvernement ou les instituts de statistiques, ce qui est très anormal).   On ne voit pas cependant ce qui empêcherait de donner une perspective aux Français. Cela passe par l'énonciation d'une explication de la crise et de l'échec des politiques menées   et une annonce très ciblée sur ce qu'il faut désormais faire pour qu'on s'en sorte.

Le Président ne s'étant jamais exprimé sur ces sujets cruciaux, la première chose qu'il a à faire est de s'y coller. Peut être que son conseiller va nous dire ....

2. N'est-ce pas d'abord une crise de la dette publique ?

Réponse : C'est une crise de l'endettement privé et public dans tous les pays développés.  La cause : dumpings, distorsions de concurrence, dérèglementation.  le corollaire de cette ouverture sans règles a été la mondialisation financière.  Le système financier a recyclé les excédents des pays émergents  et fabriqué des montagnes de dettes.

Commentaire :  C'est bien dès le départ une crise globale de l'endettement  des pays développés, entreprises, banques, particuliers et états. Nous n'avons cessé de l'écrire.  Ce n'était donc pas une crise des subprimes, comme on l'a répété pendant deux ans.  Ce n'était donc pas une crise "américaine".  

Nous sommes d'accord la dessus : la mondialisation a bien été  conçue depuis 40 ans (et non 30 ans) sur la base de principes d'organisation intenables.

Ce n'est pas tant le dumping et les distorsions de concurrence commerciale qui ont créé des difficultés que le dumping monétaire et les distorsions permises par le système  des changes flottants.  Il serait important que M. Guaino le précise bien.  Dumping et distorsions de concurrence commerciale n'ont pas d'effets globaux sur le niveau général d'endettement des économies si le système des changes est correct.  D'autre part on parle des excédents Chinois, Allemands et Japonais. Laissons les pays sous développés à leurs difficultés propres sans leur imputer la crise, svp !

M. Guaino poursuit : "la crise de 2008 a été la prise de conscience qu'une partie de cette pyramide de dettes n'était pas remboursable. Les états ont pris le relais".  

 Nous dirions : "La crise de 2007 a été le premier symptome de l'effondrement de la pyramide de dettes globales permises par les défauts du système monétaire international . Les Etats ont récupéré les dettes des banques pour sauver le système bancaire . Mais ils n'ont rien fait pour mettre fin aux causes.  Les dettes se sont creusées et faute de réformes ciblées il n'y a aucune perspective ce qui affole tout le monde et explique que la crise traîne en longueur voire s'aggrave".

 M. Guaino , soyez plus précis : démonter le mécanisme de la création de la pyramide de dettes. Là est le noeud du problème.  Et concentrez vous sur le système de monnaies administratives gérées par des banques centrales indépendantes dont la mission est de maintenir la valeur interne de la monnaie alors que la valeur externe est établie sur des marchés libres.  Si vous êtes précis et pertinent sur ce sujet vous aurez même les éléments de politique à mener !

Pour vous aider vous pouvez lire, cher  M. Guaino,  l'article suivant sur ce blog : http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2010/7/12/Comment-des-conomies-mondiales-majeures-peuventelles-sendetter-au-del-de-300-du-PIB-

Je tiens à vous rappeler que nous vous avons envoyé ce texte personellement dès qu'il a été écrit (ainsi qu'aux principales rédactions de la PQN).

Et pour comprendre pourquoi les politiques suivies n'ont pas eu d'effet vous pouvez lire toujours sur ce blog l'article suivant :

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/1/7/Le-faux-prcdent-de-1929-ou-comment-gagner-la-guerre-davant-et-perdre-la-guerre-en-cours

3. Faut-il désendetter ?

Réponse : oui mais en évitant d'entrer dans la dépression !

Commentaire : certes !  Mais il faut aussi réformer les systèmes qui ont provoqué la crise et notamment le gonflement de la dette. Et là...

4. L'Europe est en crise sauf l'Allemagne.

Réponse : l'Allemagne se prépare à une crise encore plus grande liée à sa dénatalité. Pas de leçon à recevoir.

Commentaire : l'Allemagne a fait de bonnes réformes de structure que la France devrait imiter (TVA sociale, modération des dépenses publiques, des salaires etc.). Mais elle poursuit une politique mercantiliste qui n'est pas seulement liée aux perspectives de la  démographie et qui est dangereuse à terme et inapplicable par la zone euro dans son ensemble.

Réponse trop hâtive.

5. Le plan de 12 miliards d'économie est-il dangereux.

Réponse : c'est un plan d'ajustement et non de rigueur.

Commentaire : LOL.

6. Ne faut-il pas réduire la dépense publique ?

Réponse : Le problème n'est pas de couper  les dépenses de réparation du tissu social mais de recoudre le tissu social et de retrouver le plein emploi.

Commentaire : la RGPP était une blague.  Et si vous ne vous saisissez pas d'une hache pour couper drastiquement dans certains budgets vous courrez toujours après la dette et les déficits.

Un des points qu'on peut reprocher à N. Sarkozy est justement d'avoir été plus que mou dans la chasse à la dépense publique malgré quelques réalisations intéressantes.

7. Votre projet pour 2012 : le travail. Comment baisser son coût : par la TVA sociale ou la taxe carbone ?


Commentaire : le plein emploi est le premier objectif national. Il passe par une réforme du système monétaire international et la mise en place de niveaux de changes qui permettent d'équilibrer les échanges  et faire en sorte que du travail s'échange contre du travail.   Parler de travail dans le système de change actuel n'a exactement aucun sens.  Et la fiscalité n'est pas le principal levier.

8. Etes vous sensible au débat sur la mondialisation

Réponse : le contrat social ne doit pas être asservi à la liberté du commerce.

Commentaire : ce n'est pas la liberté du commerce qui est en cause mais un système monétaire international qui ne fonctionne pas et qui empêche la sortie de crise après l'avoir provoquée.

9. Pourquoi Nicolas Sarkozy n'a-t-il pas pris le temps d'expliquer la crise aux Français

Réponse :  Il le fera !

Commentaire : quatre ans de retard déjà ! Mais quelle bonne question !

Didier Dufau  pour le Cercle des économistes e-toile



Un article remarquable de Ph. Simonnot

Nous allons faire ici une chose que nous ne faisons jamais : recopîer honteusement un article entier qui nous parait excellent en espérant que son auteur nous pardonnera. 

Il est vrai que nous répétons que les medias ne font pas leur travail et ne laisse pas passer de lueurs sur les vrais problèmes économiques qui se posent. Cet article est la preuve que l'exception peut confirmer la règle.

Naturellement on peut contester que l'étalon or soit la seule solution. On sait que nous sommes plus ouverts à des variantes d'organisation moins sommaires.  Mais en centrant la crise sur sa cause principale c'est à dire les dérèglements devenus incontrolables d'un système monétaire défectueux, on va au fond des choses.

"La règle d'or, ersatz d'étalon-or
par Philippe Simonnot, directeur de l’atelier de l’économie contemporaine


Les petits génies du marketing politique qui ont lancé l'expression "règle d'or" ont fourni aux princes qui nous gouvernent une occasion supplémentaire de montrer à quel degré d'impudence ils sont capables d'accéder. En dernier recours, le dos au mur, menacés d'une dégradation de la note de la dette publique sur les marchés, nos gouvernements essaient de vendre au bon peuple ainsi qu'aux méchants marchés quelque chose qui brille dans la nuit de cette crise interminable, quelque chose d'inaltérable comme l'or qu'on essaye de faire revenir dans le système au moins sur le plan symbolique – bref un ersatz papier d'étalon-or.

Le plus cynique, dans cette imposture de Nicolas Sarkozy, qui a déjà fait plusieurs émules en Europe, est que le général de Gaulle, dans sa célèbre conférence de presse du 4 février 1965, après avoir célébré les vertus monétaires de l'or, "tenu, éternellement et universellement, comme la valeur inaltérable et fiduciaire par excellence", avait lui aussi employé le vocable galvaudé aujourd'hui par son lointain successeur. "La loi suprême, la règle d'or – c'est bien le cas de le dire – qu'il faut remettre en vigueur et en honneur dans les relations économiques internationales, avait-il déclaré, c'est l'obligation d'équilibrer, d'une zone monétaire à l'autre, par rentrées et sorties effectives de métal précieux, la balance des paiements résultant de leurs échanges." Ces quelques mots suffisent cependant à montrer la distance, pour ne pas dire l'abîme qui sépare le pseudo-étalon-or, que l'on cherche à nous vendre, de l'étalon-or authentique qui, lui, règle non seulement les budgets des Etats mais aussi leur balance des paiements.
La "règle d'or", telle qu'on ose nous la proposer, est une promesse sur le papier d'équilibrer le budget de l'Etat (on ne dit rien des collectivités locales dont beaucoup sont proches de la faillite). Promesse d'ivrognes ! Songeons au Pacte de stabilité européen de 1997 trompeté avec quelle solennité ; il avait acquis une valeur normative par deux règlements du Conseil de l'Union européenne la même année. Cela ne l'a pas empêché d'être violé quelques années plus tard par ses signataires les plus "honorables", au premier rang desquels l'Allemagne qui fait figure aujourd'hui de pays vertueux, et la France dont l'Etat s'est montré incapable d'équilibrer son budget depuis 37 ans. Que le papier sur lequel sera couchée la règle d'or soit constitutionnel ne change pas grand-chose. On sait sa valeur d'un tel papier dans un pays comme le nôtre.
Supposons même que cette règle d'or soit vraiment, par miracle, respectée quelques années ; elle ne règlerait qu'une partie du problème. Car la crise actuelle ne vient pas seulement des manquements des Etats aux règles de l'équilibre budgétaire. Ces manquements ont été appelés à cors et à cris par tous ceux qui nous serinent depuis le début de cette crise – trois ans déjà - qu'on a fait mieux qu'en 1929 grâce à plus d'Etat. Keynes, le grand retour ! clamaient-ils. Ils ne voyaient pas, ils ne voient pas, et ils ne veulent pas voir que la crise est d'abord d'origine monétaire, qu'elle est l'ultime accès d'une fièvre qui s'est emparée du système capitaliste depuis qu'a été fermée la fenêtre d'or le 15 août 1971 par Richard Nixon, alors président des Etats-Unis. Ce jour-là, on le sait, le dernier lien qui existait entre le métal jaune et une monnaie (et pas n'importe laquelle puisqu'il s'agissait du dollar) a été rompu. Depuis, le système de réserve fédérale, libéré des contraintes de la convertibilité métallique, n'en a fait qu'à sa tête, générant un "aléa moral" qui pousse les banquiers du monde entier, et donc aussi leurs clients, à prendre des risques bien supérieurs à ceux qui auraient été pris dans un système régulé – non pas symboliquement, non pas sur le papier, mais réellement – par l'or-étalon.


La solution existe, elle est simple, pratique, à portée de main. Le seul problème – et il est politiquement de taille - est que les privilégiés du système actuel, gouvernants, banquiers et autres ubuesques "phynanciers" proches du pouvoir de création monétaire, leurs profits abusivement gonflés par cette proximité, feront tout pour ne pas l'adopter.


Dernier ouvrage publié : Delenda America, éditions Baudelaire, 2011."

"L'échéance" de François de Closets

François de Closets s'est fait une spécialité de livres sérieux, consciencieux  et honnêtes sur des sujets de société fondamentaux qui marquent des évolutions majeures et potentiellement dangereuses pour les Français.

On ne pouvait échapper à un livre sur "la crise".  "L'échéance" est là qui est un livre sérieux, consciencieux et honnête. Il passe en revue tous les évènements économiques qui nous assaillent en remontant suffisamment loin pour ne pas commettre une analyse sans racines et en couvrant la plupart des domaines qui "font problème" : dettes, Euro, produits financiers complexes, dérégulation, finance incontrôlée etc.   A ce titre il permettra au lecteur de se remettre en mémoire bien des faits qui doivent être connus pour comprendre la situation actuelle.

La difficulté, c'est que le livre reprend toutes les banalités qui sont généralement exposées pour expliquer la crise.  L'auteur n'est pas économiste.  Il ne peut pas creuser. Alors il répète souvent les phrases creuses et parfois vides de sens qui trainent dans tous les commentaires qu'on entend dans les médias audiovisuels ou qu'on lit dans la presse.   Alors on retrouve ces idées courantes qu'il y a une bonne et une mauvaise monnaie, une bonne et une mauvaise dette, une bonne et une mauvaise finance,  une bonne et une mauvaise protection sociale, un bon et un mauvais protectionnisme,  de bons impôts "pour les riches" et de mauvaises charges sociales excessives, les mauvais Islandais et les bons Canadiens, etc.

Jamais on ne retrouve la moindre précision analytique qui permettrait réellement de comprendre et de maîtriser les phénomènes.

La dérive budgétaire depuis 1974 n'est pas réellement comprise.  On voit bien que la pression des prélèvements passe de 34% à 43% du PIB.  Que la droite et la gauche se partage également la dérive.  Qu'on est arrivé à un sommet insurpassable sauf à s'enfoncer dans l'asphyxie définitive.  Mais pourquoi est-on parti sur ce chemin sans issue ?  Et pas seulement la France ? Là,  silence ! L'explication par la démagogie politique est un peu courte.   

L'auteur  rate les conséquences du changement systèmique qui s'est produit à partir de 71.  Il voit bien que la crise de 73-74 est la première grave crise depuis la guerre, mais il ne comprend pas pourquoi elle survient. De même qu'il ne fera aucun lien entre les différentes crises décennales.

L'absence de toute prise de conscience du cycle et de l'aggravation progressive des phases majeures de récession  (1974, 1993, 2009) ne lui permet pas de formuler une explication, encore moins une explication convaincante.

De même, il n'a pas compris qu'on est entré depuis 71 dans un système monétaire international qui n'a exactement aucun rapport avec le précédent et qui rend caduques bien des politiques. L'échec particulièrement démonstratif  de la relance keynésienne de J. Chirac en 74-75 n'est pas compris.  A partir de là comment comprendre l'échec de la relance keynésienne globale de 2009 !

Nous prétendons sur ce site que sans compréhension du cycle décennal et sans analyse de la situation nouvelle que représente un système monétaire mondial basé sur des monnaies administratives gérées par des banques centrales plus ou moins indépendantes  et s'échangeant librement sur des marchés de devises,  il est strictement impossible  d'analyser correctement  ce qui se passe depuis quarante ans en matière économique.

Nous le vérifions une fois de plus.  Pour François de Closets les difficultés ne viennent pas de défauts systèmiques mais du comportement des acteurs.  La "crise" est toujours la faute à "Jules", le vilain polymorphe et polyvalent.  Voici le trader cupide, la banque dévoyée, les mathématiciens fous, les agences de notation sous influence, les règles comptables  foireuses, les ordinateurs déréglés,  les politiciens hagards et démagogues, le populo inconscient qui vote pour eux, etc.

La nature humaine semble soudain s'être  aggravée spontanément dans des proportions jamais vues.

Parfois l'auteur frôle la vérité. Il détecte bien que c'est après 1971, la rupture de tout lien entre le dollar et l'or et  la flottaison des monnaies,  que les banques commencent à spéculer sur les marchés et que les produits complexes apparaissent.  Mais il n'en tire pas parti.  Oui les techniques de hedging et les moyens de spéculation sophistiqués sont bien nés et se sont généralisés à partir du moment où les devises sont devenues flottantes.  Et alors ? On fait quoi ? On abandonne la flottaison ? Silence absolu de l'auteur.

Du coup le livre manque totalement d'idées pour éviter que les désordres ne se poursuivent et pour en sortir.  On retombe dans les mille et uns conseils moraux qui embuent les médias sans donner prise sur la réalité. Oh oui il faudrait être raisonnable, gentil et tout quand on est banquier.  Oh oui il faudrait éviter d'être démagogue quand on fait carrière politique.  Oh oui !

Les explications "comportementales" finissent toujours par un prêchi-prêcha sur les beautés à venir du comportement des acteurs politiques et économiques.

Donc sur rien.

Non pas que la vertu ne soit pas importante. Mais les exhortations de ce type ont un caractère plus religieux  qu'autre chose. Pourquoi ne pas tuer quelques milliers de moutons, quelques centaines de boeufs  et quelques dizaines de vierges en sacrifice aux Dieux pendant qu'on y est, pour expier le pêché originel  et parer aux conséquences ?

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Qui crée et détruit la monnaie ?

La mécanique de le création monétaire est compliquée et source de beaucoup d'erreurs.  La monnaie est un des "trous noirs" de l'enseignement de l'économie et beaucoup de manuels sont d'une nullité crasse sur la question et diffusent de nombreuses erreurs souvent absolument ahurissantes.   C'est vrai en France mais aussi à travers le monde.  On peut relever le caractère paradoxal de cette situation puisque la science économique commence pratiquement avec des ouvrages sur la monnaie et la politique monétaire des rois ! 

Penchons-nous donc une fois de plus sur la question cruciale : qui crée de la monnaie (et en détruit) et quelles sont les conséquences dans l'interprétation des phénomènes économiques actuels.

Comme nous sommes aujourd'hui dans un cadre où la monnaie est gérée de façon administrative  par des organismes ad hoc, en particulier  la BCE pour l'Europe ou la FED pour les Etats-Unis, avec un marché libre des devises,  les conditions de la création monétaire sont différentes des périodes précédentes où la monnaie était basée sur une certaine valeur d'or ou d'argent.

L'erreur principale est de croire qu'une banque individuelle  peut, à son gré, créer de la monnaie ex nihilo.  Si c'était vrai, aucune banque ne serait jamais en faillite : elle pourrait en permanence créer la liquidité dont elle a besoin.  On voit bien que ce n'est pas le cas.  En cas de difficultés elle doit être renflouée soit pas les Etats soit par la banque centrale qui émet la liquidité ultime.  Tout banquier sait que son principal problème est de se refinancer. Il le fait soit par les dépôts qui'il reçoit soit par l'emprunt soit par l'augmentation de capital.  

Un erreur comparable est de croire que le système bancaire dans son ensemble peut, ex nihilo, créer de la monnaie et enfler son bilan ad libitum.

En fait le système bancaire amplifie une augmentation de la liquidité primaire par le double mécanisme de l'effet multiplicateur et des réserves fractionnaires.

L'expression "la banque ne crée pas de monnaie" est fausse. Mais c'est une simplification d'une autre phrase qui elle est juste : "la banque et le système bancaire ne peuvent pas créer de la monnaie ex nihilo".  Inversement, le remboursement des dettes conduit à une réduction de la monnaie en circulation  et la perte de confiance dans la monnaie  de crédit des banques entraîne la volonté des détenteurs de la convertir en monnaie primaire ou dans un actif considéré comme moins vulnérable. "Crédit crunch" et panique bancaire  ont aussi des éffets cumulatifs mais en sens inverse de la création de monnaie primaire.  Pour sauver les dépôts et l'activité économique on voit alors les états creuser leurs déficits et activer leur création de monnaie banque centrale.   

Ces notions sont importantes pour comprendre comment les pays développés ont pu faire gonfler l'endettement global à la hauteur de plusieurs fois leur PIB, une situation intenable dont on voit aujourd'hui les effets, et comprendre les mécanismes de la crise d'ajustement qui suit généralement les période d'euphorie monétaire incontrôlée.

 Affirmer : "ce sont les banques à cause des traders fous et des dirigeants cupides, pilotant des agences de notation aux ordres et dans le cadre de règles comptables autogérées et donc inadéquates,  qui sont la cause de tout"  n'a pas de sens.  Sans augmenttion de la liquidité primaire elles n'auraient rien pu faire. 

Les "banksters" sont des produits dérivés !

Qui a donc augmenté la liquidité primaire à des niveaux intenables et par quels mécanismes cette création s'est elle propagée ? Ce sont les deux questions clés.  On sait que  la FED  en est le principal responsable du fait que le dollar est la monnaie mondiale de facto, le système s'étant emballée par la mécanique de la double pyramide de création de monnaie et de dettes  décrite par J. Rueff.  Les déficits américains  émettaient de la monnaie primaire vers l'extérieur qui était immédiatement replacée  par les récipiendaires dans le système américain où elle servait par amplification bancaire à créer à nouveau de la monnaie et de la dette, des déficits, de l'expansion extérieure de la monnaie et de la dette etc.

C'est cette spirale qu'il faut bien comprendre.  Si on a fait cet effort alors l'explication de la crise et de sa gravité vient immédiatement à l'esprit et surtout on comprend les mesures à prendre : empêcher ce mécanisme de perdurer. On ne peut le faire qu'en réformant le système monétaire international :  définition d'une monnaie internationale de référence qui ne peut pas être augmentée ad libitum par un état spécifique ; changes fixes mais ajustables avec régulation par une instance de contrôle puissante ; états responsables de la valeur externe de leur monnaie et du contrôle de leurs balances extérieures.

La création de monnaie primaire n'est  pas en Europe entièrement pilotée par la BCE : les mouvements de capitaux internationaux en monnaie de valeur aléatoire ont eu un rôle crucial comme déclencheur des phénomènes d'amplification bancaire.   L'alea propre aux changes flottants explique la complexification des mécanismes de prêts et des produits financiers échangés, loin des yeux (et du cerveau) des régulateurs et des  banques centrales.

L'erreur actuelle est de ne pas prendre la mesure de la faillite du système  qui veut que des banques centrales "indépendantes" produisent de la monnaie administrative librement échangeable sur des marchés flottants , sans que les états n'aient d'autres préoccupation que leur intérêt national (benign neglect aux Etats unis ou mercantilisme chinois par exemple).

On a cru qu'il suffisait d'encadrer les banques  plus strictement, changer les règles comptables, revoir la rémunération des traders, mettre la préssion sur les agences de notation, revoir les formes des contrats de prêts,  augmenter encore les conditions de capital, pour sortir de la crise. On voit que cela n'a rien donné. 

Ce n'est pas l'ampli qu'il faut régler mais la source primaire.

Là rien n'a été fait, faute d'accord entre puissances aux intérêts apparents divergents, mais aussi faute d'un cadre conceptuel solide et partagé.  Cette défaillance intellectuelle des économistes officiels est  cruciale.  Sans elle la défaillance politique des états n'aurait pas été aussi durable et tant qu'elle dure il n'y aura pas de solution convenable.

Les conditions de la création et de la destruction de la monnaie sont critiques aussi bien pour comprendre les causes de la crise que les condtions de sortie de la crise.  Les aspects monétaires sont absolument centraux.    Dans un cadre d'échanges financiers libres et dérégulés à travers le monde,  c'est bien le système monétaire global qui est problématique.

Les banques collectivement, à partir d'une impulsion interne par création de monnaie banque centrale ou externe à partir d'un excédent de devises, créent de la monnaie et ont le pouvoir d'en détruire.   

Mais une banque individuelle ne peut pas ex nihilo ni créer de la monnaie ni en détruire.  Elle travaille toujours à partir d'une trésorerie alimentée soit par les dépôts, soit par des emprunts, soit par du capital.

"Ex nihilo" est le terme critique.

Didier Dufau pour le Cercle des économsites e-toile.

 



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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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