L’INSEE avoue (enfin) « une erreur de prévision »

On sait l’intérêt que nous portons sur ce site aux questions de statistiques économiques et de prévisions. Nous y avons déjà consacré de nombreux articles :

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/4/23/FMI--un-an-de-retard

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/4/12/Lettre-ouverte--lINSEE

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/12/8/Les-certitudes-dans-la-crise-mondiale--1--Labsence-de-prvisions-srieuses

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/8/22/Le-PIB-le-Pauvre-Indicateur--Biais--de-la-conjoncture

C’est évidemment une question centrale pour ceux qui comme nous essayons de raisonner sur les chiffres pour essayer de découvrir des tendances  et annoncer à temps certaines ruptures et qui nous retrouvons souvent en contradiction majeure avec les prévisions officielles et en crise de crédibilité avec nos interlocuteurs qui refusent par exemple de passer nos avertissements en excipant que les instances officielles ne pensent pas comme nous et que leur rôle n’est pas  de favoriser les élucubrations.

Nous nous sommes heurtés au moins quatre fois à ce genre de réactions :

          En 1997 lorsque nous affirmions que l’emploi était en pleine expansion alors que tout le monde annonçait « la fin du travail »  et que le gouvernement Jospin se lançait dans l’erreur majeure des trente cinq heures

          En 1999 lorsque nous annoncions le début de la crise décennale pour la mi 2000 aux Etats unis et 18 mois plus tard en France et accessoirement lorsque nous critiquions l’idée de la croissance perpétuelle sans crise grâce à internet et l’économie de l’information sans stock

          En 2003 lorsque nous écrivions que Greenspan se trompait et qu’on sortait pour la seconde fois d’une crise en créant les conditions d’une crise subséquente plus grave

          Depuis début 2006 date à laquelle nous n’avons cessé d’avertir qu’une crise sévère était en préparation  et dont nous avons constamment précisé la date du retournement et sa gravité.

On voit qu’il ne s’agit pas d’un plaisir de Cassandre : l’annonce d’une reprise forte de l’emploi était plutôt sympathique !

L’Insee reconnait une erreur de prévision  dans son dernier Bulletin de Conjoncture (http://www.insee.fr/fr/indicateurs/analys_conj/archives/mars2009_ve.pdf ) :

« Au quatrième trimestre 2008, le PIB s’est contracté de 1,2 % (cf. graphique 1), ce qui représente un écart de -0,4 point par rapport à notre dernière prévision (-0,8 % dans la Note de conjoncture de décembre).Cette erreur de prévision est imputable principalement à la très forte contraction de la production manufacturière au quatrième trimestre qui a été sous-estimée (-7,6 % contre -4,0 % anticipé) ».

 

Cette reconnaissance est bienvenue. D’autant que le même bulletin avertit que les modèles de prévisions utilisés sont peu adaptés aux circonstances exceptionnelles que nous traversons. Ce qui annonce d’autres prévisions très incertaines.

Cette prudence ne doit pas nous empêcher de remarquer que l’erreur n’a pas seulement concerné le dernier trimestre.  Avec les dernières révisions, l’Insee admet que la France est en récession depuis pratiquement un an, comme nous n’avons cessé de la dire.  Et pendant un an on a vu le gouvernement nier ou minimiser la crise en s’appuyant sur ces prévisions fausses.  On se souvient du débat ridicule de septembre 2008 où Mme Lagarde expliquait qu’il n’y avait pas de récession en France qui faisait mieux que tout le monde (comme le nuage de Tchernobyl, la crise épousait nos frontières sans les pénétrer)  et le débat budgétaire psychédélique mené par M. Woerth sur des bases sottes au point d’être irresponsables.

La question de base est que le modèle utilisé pour la prévision est entièrement basé sur des estimations elles mêmes fruit d’une estimation économétrique de tendance. En gros on estime que ce qui est  va perdurer sauf évidence d’un élément contraire chiffrable.  Résultat : les chiffres de l’Insee, comme ceux d’Eurostat ou du FMI ont constamment couru derrière la réalité parfois avec un retard effrayant.  

Il n’y a pas de véritable RAISONNEMENT sur la conjoncture. Donc on ne prévoit pas les ruptures. Les conjoncturistes de l’INSEE (et c’est encore pire pour ceux de la Banque de France) n’ont pas d’outils intellectuels pour anticiper les ruptures. Dans tous les textes que nous avons envoyés aux uns et aux autres  nous avons toujours annoncé la crise en essayant de rester le moins technique possible sachant que cette technique aurait été aussitôt ou incomprise ou rejetée comme non pertinente compte tenu des manières de penser en cour (cad de l’absence de toute pensée remplacée par des modèles).   Notre alerte était toujours basée sur deux thèmes faciles et n’entraînant pas trop de réserves a priori : attention le cycle existe  et on va nécessairement vers un retournement ; attention les déséquilibres financiers sont tels qu’ils ne peuvent conduire qu’à la catastrophe.  Avec cela en tête il était facile de collecter les signes précurseurs du retournement (par exemple fin 2006 le retournement du marché de la construction immobilière aux Etats unis) ou de la crise financière (par exemple le blocage de l’été 2007 sur les subprimes et les différentes faillites bancaires successives).  Il était relativement aisé de prévoir que la crise serait très forte, au moins aussi forte que celle de 93 ou 74.  Pendant toute le premier semestre 2008 les journaux n’ont cessé de bruisser des avertissements d’une crise sévère. De nombreux journaux ont posé la question : va-t-on vers une récession rapide voire une crise de 1929 ?  Nous avons répondu à certains de ces questionnements. Toujours en annonçant une crise sévère.

Le FMI comme l’INSEE ont été totalement imperméables à ces avertissements et ont perduré dans l’application bestiale d’estimations irréalistes nourrissant des théories aussi absurdes que celles du découplage.  Faute de théorie et avec juste en main des outils statistiques de répétition du passé, les conjoncturistes officiels ont été totalement incapables de donner des indications sur ce qui se passait et encore moins sur ce qui allait se passer.

La statistique économique sans pensée économique n’est que ruine de l’âme.

Du coup il n’y a pas eu de politique économique. Pendant la campagne présidentielle nous n’avons cessé d’alerter le camp Sarkozy sur le fait qu’il devait anticiper un récession pendant le futur mandat présidentiel et le camp Ségolène de l’irréalisme et même la bêtise qu’il y avait à faire financer des dépenses somptuaires par une croissance qui ne serait pas là !  Compte tenu des prévisions officielles  qui ne disaient rien de tel, nos affirmations sont passées (au mieux) pour des calculs politiques  de mauvais aloi.

Ce n’est qu’aujourd’hui, soit avec un an de retard, que les autorités sont en face d’un bilan réaliste de ce qu’a été l’économie depuis le début 2007. Et il est clair que le gouvernement a été totalement dépassé par les évènements et que sa politique a été totalement déphasée, tout comme celle de la BCE qui rappelons le imaginait un scénario de reprise de l’inflation pour le second semestre 2008 et avait augmenté ses taux d’intervention en pleine crise de liquidité des banques (qui durait depuis un an).

 Les erreurs de statistiques sont l’amère  progéniture de l’absence de théories économiques. Il n’est pas difficile de prévoir qu’un endettement qui va atteindre 400% du PIB va s’effondrer. Il faut simplement regarder cette réalité en face,  la considérer comme pertinente et fouiller la réalité bancaire pour voir où les fissures se font jour. Quand la crise de liquidité sur le marché interbancaire s’est produite, il est à peu près certain qu’aucun des statisticiens ou « économistes » de l’INSEE n’avait la moindre idée du marché des subprimes et de son développement, pas plus que celui des CDO et des CDS. Il y a eu depuis un rattrapage à marche forcée qui fait qu’une analyse du phénomène est proposée dans le même bulletin de conjoncture près de deux ans après les faits !  Bonjour la capacité d’anticipation…

Il est vrai que l’économie bancaire est le secteur le plus mal traité de l’économie et celui des finances internationales le plus mal traité de l’économie bancaire.  Comme l’information diffusée par les banques est en général totalement fabriquée, le cumul d’un traitement hésitant de statistiques fausses par des statisticiens privé

Une brève histoire du temps…perdu (en matière monétaire).

« Depuis quand vous intéressez-vous aux changes flottants »  me demande un lecteur de ce blog. Nous évitons généralement les sujets trop personnels mais nous ferons une petite exception pour cette question qui est en fait très éclairante des aspérités du domaine.  

A partir de 1969 je rédigeais sous la haute autorité et la barbichette de Bertrand de Jouvenel une thèse de doctorat d’Etat d’économie sur « la prévision économique  à long terme », un sujet à la mode à cette époque.  Nous vivions dans un système de changes fixes mais déjà on sentait que les Etats-Unis, embarqués dans des guerres lointaines, ne voulaient pas en jouer le jeu.  Et il y avait déjà eu de multiples crises de changes avec dévaluation à la clé. Un chapitre s’imposait sur « les changes et l’horizon économique ».  

Première découverte : les relations économiques internationales et particulièrement les systèmes monétaires internationaux  étaient une terre quasiment vierge dans ma faculté d’économie (Paris I aujourd’hui).  Le cours existait mais était  tenu par un crétin absolu qui pour masquer ses lacunes avait choisi d’utiliser un langage d’une complexité et d’un hermétisme  infranchissables dont on ne pouvait absolument rien tirer.  A l’âge où j’étais  on a toutes les audaces : j’ai demandé un rendez vous. Il refusa catégoriquement !   Pour donner une idée quantitative de l’intérêt pour les changes flottants la chose occupait 8 lignes dans le Dalloz sur la monnaie de l’époque (près de 1000 pages).  La littérature correcte sur les systèmes de changes était entièrement descriptive,  avec des commentaires normatifs du genre « grâce aux accords de Bretton Woods nous sommes entrés dans un monde de croissance perpétuelle sans risque de dépression ».  La banque c’était l’affaire des banquiers pas des économistes. La banque internationale : quelle banque internationale ?

Seconde découverte : la littérature américaine était nettement plus développée mais traitait de la monnaie comme quelque chose d’étrange  qu’il fallait constamment démystifier dans une ambiance de combat.  Il faut dire que la bataille entre les orthodoxes de l’étalon or, les monétaristes autrichiens et les keynésiens battait son plein.   Le contentieux était lourd et les invectives toujours proches.  En gros les tenants de l’étalon or étaient pour leurs contradicteurs  des fétichistes et, disons le, des crétins, qui proposaient de creuser des trous dans la montagne pour sauver le monde.  Leurs adversaires étaient des « aventuriers » aux idées farfelues qui mettraient vite le monde à genoux.   Participer au débat était difficile parce que les idées et les réflexions étaient peu claires et les coups à prendre certains.

Troisième découverte : il existait bien des tenants des changes flottants. A la vérité UN tenant …et un seul.  Pour Milton Friedman, les devises étaient de la marchandise comme les autres  et son prix devait être libre. Les forces du marché fixeraient les prix.  Il était aussi vain de chercher à les fixer qu’il était vain de fixer le prix du pain.   Si des Etats mal embouchés voulaient faire de la mauvaise monnaie, elle serait aussitôt boudée. La liberté de mouvements des capitaux  aurait tôt fait de faire comprendre aux dirigeants les nécessités d’une monnaie saine et bientôt dans la joie et l’allégresse les  taux de change se stabiliseraient et les taux d’intérêt convergeraient.

 Pour ma thèse  de doctorat, la question de la prévisibilité des taux de changes  et donc de l’horizon économique des exportateurs et des importateurs était à l’évidence cruciale.  Cette idée de flottement des monnaies n’allait pas vraiment dans le sens d’une plus grande prévisibilité.  Je m’acharnais à trouver tous les articles  et ouvrages, en dehors de ceux de M. Friedman, proposant  le flottement des monnaies.   

Quatrième découverte : il n’y en avait pas !  Les ceusses qui osaient aborder cette question étaient toujours de l’avis que les changes flottants, cela ne pouvait pas marcher.  Ils s’appuyaient sur l’expérience de l’immédiat après guerre de 1914 où les désordres monétaires avaient été importants.  Les changes flottants étaient déstabilisants : ils aggravaient la volatilité  les cours de changes et amplifiaient les mouvements.    C’était dit en passant, en quelques lignes. On n’a pas déforesté le monde pour traiter des changes flottants !

Pour résumer : à la veille de l’abandon des accords de Bretton Woods,  la question des systèmes de change était l’enfant malingre de la science économique et un seul auteur, pour des raisons plutôt idéologiques, Milton Friedman, en était l’avocat militant et belliqueux : mettre les vilains Etats sous la pression des marchés lui paraissait une excellente discipline. Tous les autres intervenants dans le débat n’étaient pas des économistes mais des banquiers. En France, des Inspecteurs de Finances comme J. Rueff.  C’est la particularité française : le seul fait d’avoir fait l’Inspection des Finances vous donne l’onction de la connaissance et de la respectabilité nécessaire pour aspirer aux plus hautes fonctions de la banque et notamment de la banque centrale.   Pour eux,  les « économistes » ce sont des statisticiens !

Cet abus a été parfaitement vu par Michel Audiard qui dans les « tontons flingueurs », cette œuvre majeure d’observation,  fait du tonton à monocle, administrateur au FMI,  un élégant  repreneur des entreprises plus que légèrement louches du papa de la nièce orpheline.

Là-dessus les Allemands, de l’ouest, légèrement agacés d’avoir à créer des DM en masse du fait de son excédent de balance des paiements avec les Etats-Unis et un peu traumatisés par le souvenir de l’hyper inflation du pays en 1923,  bloque le système de Bretton Woods (mais oui ce sont les Allemands qui ont cassé le vase de Soissons monétaire !).  Les Américains répliquent en « suspendant » la convertibilité   en or du dollar. 

Notons au passage que les accords de Bretton Woods n’empêchaient pas les Etats-Unis d’inonder le monde de leur monnaie à partir de leurs déficits abyssaux.  La réforme du système monétaire international,  si un jour on imagine qu’elle doive se faire, ne pourra pas être un retour pur et simple aux anciens accords de Bretton-Woods. Note : inutile de chercher, personne n’aborde jamais cette question.

On est alors entré dans 10 ans de désordres absolus sur les marchés des changes aboutissant à la fameuse stagflation qui était l’énigme de l’époque.  La relance keynésienne à la papa ne marchait plus. Giscard et Chirac en feront les premiers l’expérience en 1974.  Et bien non : la relance en système de changes flottants ne marchent pas !  Une leçon qui comme on le voit à été très bien retenue…

Ce qu’on a appelé à l’époque la crise du pétrole n’était qu’une crise du dollar. Le dollar est à 3.75 Francs quand les pétroliers prenant le prétexte de la guerre israélo-arabe  décident  leurs hausses massives…

La situation globale devenant explosive les Etats-Unis finissent, par le moyen de Volker, par réduire leurs déficits, au prix d’une forte récession.  C’est à ce moment là qu’il aurait fallu mettre fin aux changes flottants. Mais il n’y eût AUCUN DEBAT.    La mort du « serpent monétaire »  mis en place par les européens  les réduit au silence : ils feront l’Ecu puis l’Euro  dans leur coin sans plus jamais reparler de réforme du système monétaire international.  Le Royaume Uni durement touché doit faire appel au FMI ! La puissance de la spéculation qui parvient à faire sauter toute tentative de fixité des changes achève de bloquer les cerveaux.  Le seul Soros avec une spéculation gagnante contre la Livre britannique aura suffi à mettre un bœuf sur toutes les langues.

Les changes flottants ? On n’y peut rien alors on se tait. Quand on cherche à en sortir, on est matraqué, alors laissons flotter en silence.

Le résultat on le connaît : des déficits américains perpétuels et perpétuellement aggravés après la remise en ordre de Volcker ; le gonflement de l’endettement américain dans des proportions démesurées ; des crises de plus en plus graves corrigées en inondant le monde de dollars ;   l’éclatement final.

Relire le texte de Milton Friedman aujourd’hui fait sourire tant il est marqué par une fraîcheur d’illusion ahurissante sur les bontés théoriques du système des changes flottants.

Que penser de l’emprunt obligataire de Microsoft ?

La décision de Microsoft de lancer un énorme emprunt obligataire de près de 6 milliards de dollars (selon les bruits de couloir), après avoir levé 2 milliards de dollars en billets de trésorerie, alors que le bénéfice 2008 dépasse les 22 milliards de dollars et la trésorerie est au dessus de 25 milliards,  et que la sortie de la prochaine version de Windows va une nouvelle fois déverser des flots de cash dans les caisses du géant de Redmond pose tout de même quelques questions.

On peut y voir les difficultés nouvelles d’un géant dont les marchés arrivent à maturité et qui doit, devant le repli de la demande mondial, se résoudre aux expédients que ses sur-bénéfices lui avaient fait dédaigner depuis toujours.  Les plans de licenciements se succèdent qui d’ici 2012 devraient atteindre près de 10.000 personnes.  Sur Internet Microsoft n’a pas réussi son pari du milieu des années 90 de devenir le leader incontesté. La création de marchés nouveaux s’est faite loin de lui et ses tentatives de rachat n’ont pas abouti à des résultats manifestes et même ont du être abandonnés pour un temps, comme dans l’affaire Yahoo !  

On peut certes se réjouir que Microsoft n’ait pas réussi dans sa stratégie de constitution de monopoles nouveaux sur des marchés neufs à partir des rentes des monopoles précédemment créés : l’OS, puis la bureautique, puis les serveurs, puis les outils de développement, etc. La téléphonie, la vidéo à la demande, les portails, les outils de recherche, ont résisté à l’emprise de Microsoft qui du coup devient sensible à la conjoncture.

Mais l’opération prévue donne quelques indications sur l’état de lieux sept mois après l’explosion du système bancaire.

D’abord, la récession est à l’évidence sérieuse si une tirelire comme Microsoft en vient à souffrir. Les courants d’affaires internationaux sont arrêtés non seulement pour les produits lourds mais aussi pour le logiciel.  On est loin des « subprimes » !

Ensuite, l’opération montre à quel point nous sommes encore dans une économie où la finance prend le pas sur tout le reste.

On a stigmatisé à l’envie depuis 6 mois le goût de lucre des dirigeants, les opérations bancaires hyper lucratives mais sans mérites particuliers, concentrant la fortune en quelques mains,  les effets de leviers excessifs utilisés pour maximiser les taux de profits.

Une des motivations possible et en partie annoncée par Microsoft est le rachat d’actions Microsoft par la société : on emprunte pour détruire des actions. L’idée est naturellement d’augmenter massivement le rendement par action et éventuellement les cours, ce qui est bon pour les dirigeants et leur stocks-options.  Le rendement interne d’1 dollar investi par Microsoft est, à l’évidence, supérieur aux coûts très bas de l’emprunt. Ce qui veut dire que le bénéfice par action est là encore fortement accru.  Nous sommes donc typiquement dans les opérations financières de haut de bilan  qui ont été dénoncées depuis l’instauration des changes flottants et qui s’était traduit par la crise obligataires des années 70 et 80,  et les déviations subséquentes avec enchaînement des crises financières. On reste donc dans la logique du passé.

Si des épargnants veulent souscrire, ils vont à nouveau se trouver confrontés à un problème de change : bonjour les montages subtils pour pallier au risque.  Il parait qu’il fallait mettre fin à ces dérives !

L’épargne n’est pas canalisée vers l’emploi et la création de postes mais sert à conforter des stratégies financières concernant uniquement les possesseurs de capital ! 

Naturellement les énormes ressources accumulées peuvent servir à des rachats de part de marché sur Internet.  Ce qu’on n’a pas pu faire par la concurrence on peut essayer de le faire par la puissance financière. Même dans ce cas nous restons dans le haut de bilan et l’effet de levier. Une spéculation aura été faite sur la différence de rentabilité des sociétés rachetées et non plus des investissements internes par rapport au coût du crédit.  Dans toute crise, même gravissime, il reste des entreprises qui connaissent de fortes croissances.  Microsoft a traversé la crise de 92-93 et  celle de 2000-2001 sans pratiquement laisser de plumes. Il lui faut  désormais acheter les locomotives actuelles du marché Internet et éventuellement se placer sur les « blockbusters » de demain. 

Une fois encore il s’agit d’une stratégie purement capitaliste sans bénéfices évidents pour le consommateur et le marché de l’emploi. Quelques grosses banques vont bénéficier de commissions sans rapport avec les coûts engagés. De jolis bonus à prévoir pour une poignée de cadres bien placés dans le système. La banque a cessé de prêter mais garde son rôle de placier.

Nous vivons la crise avec les  idées d’avant la crise dont on nous dit qu’elles étaient à l’origine de la crise et dont on nous assure qu’elles sont désormais derrière nous.  Nous sortirons de la crise comme nous sommes sortis de celle de 2001-2002. Les taux d’intérêt presque nul ont les mêmes effets, que Bernanke soit chef ou sous chef de la FED (c’est lui qui a piloté la baisse des taux d’intérêt en 2001-2002 jusqu’à la rendre négatifs,  sous Greenspan).

Plus cela change, plus c’est la même chose. Ou plus exactement quand on ne change rien,  rien ne change.

Le Mea Culpa de Martin Wolf

Pendant plusieurs années, pendant notre période Forum, nous avons assez systématiquement critiqué les positions prises par Martin Wolf, le journaliste financier vedette du Financial Times.

Nous avons donné sur ce site un exemple des critiques que nous lui faisions sur le site même FT.Com.  Voir "Panic will be the rule and depression the only result".

Notre contentieux : Martin Wolf croyait dur comme fer à la finance, sa liberté, sa capacité d’être guidée par la main invisible et par l’absence totale de régulation des banquiers centraux.

C’est un homme qui croyait dur comme fer que les marchés seuls savaient et qu’ils devaient faire la leçon aux gouvernements par la spéculation.  

Il était partisan de  l’idée sotte et totalement idéologique  qui s’est développée depuis l’émergence des changes flottants, à savoir qu' il faut et il suffit que les banques centrales soient indépendantes et ne s’occupent que de régler l’inflation pour que tout soit le mieux possible dans le meilleur des mondes.

Les marchés feront le reste.  Tout obstacle aux marchés ne serait donc qu’une rupture d’optimisation  dans l’allocation des ressources.  Les prix étant restés bas pendant une longue période,  les bulles n’avaient pas d’importance : elles reflétaient la bonne santé générale et il ne fallait surtout pas s’en occuper.

La carrière de Martin Wolf a suivi l’envolée de la finance « libre, arrogante  et dominatrice » jusqu’à lui valoir un édito au journal le Monde !

 Dès 1999 nous avons insisté sur le fait que la bulle financière était catastrophique et ne se traduisait pas sur les prix de détail du seul fait de l’ouverture totale à la Chine et à l’Inde.  Cette compétition inédite avec un pays aux ressources humaines sans limite, pesait nécessairement sur les prix.  

Nous indiquions que l’inflation des moyens de paiements se reportait ailleurs : essentiellement sur la masse des crédits et sur le prix des biens durables (bourses, immobilier, matières premières, etc.).  Nous avons toujours considérée que la définition de l’inflation comme montée des seuls prix de détail était trompeuse.  Nous considérions également que cette situation était désastreuse  en ce sens qu’elle freinait les investissements utiles dans les industries européennes produisant des biens de consommation  et reportait l’épargne  sur la seule spéculation. Le mouvement était auto-entretenu.

A la décharge de Martin Wolf, il faut bien admettre qu’à partir du moment où on a libéré tous les mouvements de capitaux et laissé  les changes flotter, c'est-à-dire qu’on a institutionnalisé le fait que l’Etat et les autorités économiques et financières  n’ont plus à se préoccuper du niveau de leur devise sur le marché des changes,  et qu’on ne régule plus les échanges de marchandises, il ne reste plus qu’à se consacrer aux pris de détail. Si les prix sont stables, c’est que la monnaie conserve sa valeur. Si les autres monnaies varient, c’est de leur faute et on n’y peut rien !

Analysant le rapport  du MIT 2007 sur la stratégie monétaire et le rapport de la Hoover Institution en 2009 : comment on a déraillé (getting off track) , Martin Wolf fait amende honorable. « Most of us, I was one, thought we had found the Holy Grail. Now we know it was a mirage”.  “la plupart d’entre nous et j’en suis avaient cru trouver le Saint Graal. Nous savons maintenant que c’était un mirage ».

C’était surtout une erreur de jugement à caractère pleinement idéologique  et un sentiment intéressé (la finance anglaise croyait tenir le marché surtout depuis la loi SOX qui avait vu les américains commencer à durcir les conditions des jeux spéculatifs).  Lorsque  l’intérêt et l’idéologie s’en mêle  et qu’on tient la colonne dans le vent dans le journal symbolique de la nouvelle tendance, il faut une crise mondiale plus sévère que toutes celles que nous avons connues  pour ouvrir les yeux.   Il ajoute, horresco referens, que si le monde des grands argentiers n’arrive pas à piloter un système entièrement fondé sur la « fiat money », sur le papier monnaie émis par des institutions d’émissions qui ne comptent que sur leurs propres analyses, il faudrait en revenir… à l’étalon or. 

Tout cela fait sourire. Mais donne tout de même une clef : Martin Wolf admet que les changes flottants sont associées à la finance libre, que la crise est d’essence principalement monétaire et  que s’il n’est pas possible d’éviter de nouvelles crises aussi dures,   il faudra bien que le monde : « embrace what I still consider  to be the absurdity of gold ».  

Mais oui Martin ! C’est exactement cela et tu as parfaitement raison de te sentir pécheur.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile

 

Des idées qui font leur chemin ?

Voici cinq  idées qui ont fait leur chemin depuis 7 mois.

       1. La nationalisation temporaire des banques

On ne compte plus les organismes ou spécialistes qui pensent désormais que ce serait la meilleure solution et parmi elle le FMI et une partie de l’Administration américaine ce qui ne manque pas de sel.   Lorsque nous avons fait cette suggestion, immédiatement  après le krach, elle avait paru bizarre, sous la plume d’économistes pas particulièrement tentés par les idées socialistes.

       2.  La contestation de la banque  mammouth et universelle

De très nombreuses voix aussi bien du côté des économistes que des banquiers centraux que des politiques remettent en cause ces géants « too big to fail », trop grands pour être bien gérés, trop polyvalents pour ne pas accumuler les conflits d’intérêts, trop coûteux pour les ressources des nations censées venir à leur secours et trop puissants pour garantir l’indépendance des Etats.

      3.  L’incapacité de la finance à trouver son chemin toute seule

Les théories basées sur l’idée qu’une finance libre, informée et sans contraintes  affecterait magiquement  les ressources disponibles au mieux des nécessités  est morte et enterrée.  C’est évidemment la question de l’information  qui est au centre du fléchissement de la doctrine.  On est plus dans la psychologie comportementale de foldingues gloutons et  moutonniers  que dans l’analyse rationnelle de faits bien analysés par des agents bien informés.  Lorsque l’horizon utile  de la finance descend en dessous de 8 minutes,  on peut douter que la croissance durable et équilibrée à long terme soit au menu.  Et que reste-t-il de la prétention de certains à noter la qualité du papier financier échangé ?

       4. Le caractère trop spéculatif et « courtermiste »  des comportements

Hedge funds mobilisant des sommes colossales suffisantes pour peser sur les marchés  et manipuler les cours, et utilisant des techniques  comme la vente à découvert pour provoquer des mouvements  auto réalisateurs ;  importance excessive des salles des marchés ;  pression excessive des fonds de pension  pour une rentabilité immédiate, la durée moyenne d’un placement n’excédant pas un an ;  recherche d’un gain fiscalement avantageux sur des plus values de stocks options  par des dirigeants de grandes entreprises qui ne regardent plus au-delà du prochain jackpot ; abus de chirurgie financière  dépeçant des entreprises ou les portant à court terme à des fins de plus values  immédiates après restructuration brutale.   Recherche de la plus value de préférence au chiffre d’affaire et orientation « haut de bilan », voire hors bilan  et non plus « compte d’exploitation ».

      5.  La nécessité d’une plus grande « stabilité financière »

Il ne manque pas une voix pour chanter les vertus de la stabilité financière « indispensable ».  Du G.20 aux discours des banquiers centraux en passant par tout ce que les classes politiques  comptent d’importants, partout le maître mot est « stabilité ».

 

Il va sans dire tous ces constats  vont ensemble.  Si la finance n’était pas devenue quasi exclusivement spéculative,  si elle était rationnelle et bien informée,   si la course à la taille  n’avait pas conduit aux pires dérives,  si l’instabilité n’avait nourri des stratégies ultra dangereuses mais aussi ultra lucratives, il ne serait pas nécessaire de  nationaliser les banques pour restructurer le secteur.   

L’ennui c’est que ce constat devenu banal ne débouche sur aucune réelle décision. Les bonnes idées font leur chemin, mais elles cheminent dans une impasse.  Aucune décision n’est  prise parce qu’en fait tout le monde est paralysé par la dictature de l’existant, l’inertie des habitudes, les réseaux d’intérêt et l’incapacité de se projeter dans l’avenir avec un minimum d’idée sensée.  L’obligation de décisions identiques à l’échelon international ne conduit pas  à fluidifier les choses.

Si le bon diagnostic est celui d’une montagne de dettes grossie indéfiniment  par les déficits fabuleux des balances de paiement internationaux  et provoquant une création monétaire déraisonnable qui vient juste de s’écrouler,  il soulève deux questions cruciales :

-          Comment minimiser les conséquences et permettre une sortie de crise rapide et pas trop coûteuse ?

 -         Comment éviter que cela ne recommence ?

On l’a répété mille fois (et peut être plus) sur ce blog. Si la cause des déséquilibres est dans le système de change, il ne peut y avoir de solution sans remettre en cause le système de change.  Faute de l’avoir fait et même de l’avoir simplement imaginé,  on a laissé le moteur de la crise  tourner à plein régime.  Il fallait dans l’instant abandonner le système des changes flottants et rendre les Etats responsables de leur solde de balances de paiements devant la communauté internationale.   Si on chemine dans une impasse, c’est d’abord parce qu’on s’est mis un sac sur la tête et qu’on a refusé ne serait-ce que de regarder au-delà du bout de son nez .  Ce n’est plus de l’aveuglement. C’est de la cécité volontaire et entretenue.

D’autre part si on assiste à l’effondrement mondial d’une montagne de dettes, on devrait concevoir que ce n’est pas l’endroit où se trouve la dette en défaut qui compte d’un point de vue macroéconomique,   mais qui doit payer les pertes.   En toute logique ce sont les émetteurs de ces dettes  et ceux qui les ont fabriquées et diffusées qui doivent trinquer en premier,  alors que l’idée qui prévaut est de ruiner le créancier  et de répartir le reste de la charge sur les contribuables d’aujourd’hui et de demain. La meilleure recette pour avoir une crise dure  et interminable.

On prétend sauver les dépôts en sauvant les banques coupables. Mais pourquoi diable les dépôts doivent-ils  être en danger quand les banques de crédit font des sottises ?  La réforme mille fois envisagée dans l’histoire  du système des dépôts  qui voudrait que les dépôts en soient vraiment et qu’ils ne puissent être utilisés dans la trésorerie des banques pour leurs besoins de crédit  provoquerait certes un changement radical des habitudes. Les banques de crédit seraient obligées de trouver leurs ressources sur le marché monétaire, l’épargne des particuliers et des entreprises étant sollicités EXPLICITEMENT en ce sens et non pas IMPLICITEMENT ET AUTOMATIQUEMENT comme actuellement. 

La gestion des dépôts et des systèmes de paiements est une activité de service à peu près sans risque.  Elle ne demande pas des qualités de banquiers mais de prestataires de services : bonne organisation,  excellente informatique, politique marketing adaptée.  Si les dépôts en sont vraiement et non des prêts masqués, Il ne peut plus y avoir de ruée sur les dépôts et  les  agents économiques sont à peut près sûr que leur épargne liquide n’est pas menacée. Cela éviterait de nombreux comportements paniquards désastreux et  serait de nature à ne pas miner la confiance générale.  La question structurelle deviendrait simplement  d’éviter les concentrations de réseaux excessives   et les atteintes à la concurrence. Le développement  international de ces sociétés de service pourrait être envisagé sans difficultés. Après tout,  qu’un bon gestionnaire parvienne à obtenir des parts de marché partout où il est excellent n’a pas d’inconvénient.   Cela permettrait de faire sauter les obstacles structurels à la concurrence  comme la complicité en France des hauts fonctionnaires et des banquiers  (ils baignent dans le même vivier) et les syndicats professionnels  abusifs qui au nom de la « sécurité » des dépôts multiplient les entraves à la concurrence et les opérations conjointes à tarifs excessifs.  

Quand le débat existe sur ce projet, c'est-à-dire pratiquement jamais, et dans des lieux non publics, l’argument employé par les tenants du statu quo est « le risque d’assèchement des liquidités » et  sa variante : « la montée de la thésaurisation ».  En gros l’argument c’est qu’en trompant les déposants qui en général ne savent pas qu’en réalité ils ont fait un prêt gratuit à leur banque quand ils y déposent des sommes,  on assure le financement de l’économie.   C’est une hypothèse intéressée et très aventurée. D’ores et déjà les agents économiques gèrent le mieux possible leur trésorerie. Les moins négligents parviennent à maintenir un solde non placé le plus faible possible.   Ce qui serait théoriquement perdu serait ce simple solde « de négligence ».  Mais en fait, les agents seraient encouragés à prendre des décisions de placement liquide  pour leur propre compte et en faisant jouer la concurrence. Les banques de crédit seraient obligées de faire quelques efforts pour leur proposer des produits attractifs.  Au total un client autonome et prenant des décisions en fonction d’une offre plus attrayante serait certainement plus motivé et globalement économiquement plus utile qu’un client enchaîné et privé de choix.  Les banques de crédit s’alimenteraient sur les marchés monétaires et  financiers : c’est à la banque centrale de régler la liquidité générale.  Et s’il manquait de monnaie il ne serait pas très difficile de faire face.

La nationalisation temporaire des banques aurait un sens  dans cette perspective. Les activités de banque succursaliste de gestion des dépots et des paiements pourraient être immédiatement détachées : elles sont saines par nature. Et ont une valeur propre importante.  Mettre aux enchères les réseaux  permettrait immédiatement de lever les fonds nécessaire à l’amortissement des pertes  sur dettes.  Personne n’a cherché à valoriser ce que représentent en valeur patrimoniale les réseaux de succursales des grandes banques anciennement de dépôts.  C’est une lacune gigantesque. A notre sens elle montrerait que cette valeur est supérieure à la valeur boursière actuelle des banques considérées !   On imagine le levier pour renflouer ce qui peut l’être !

Cet acte fondateur étant fait, la question  devient beaucoup plus simple : on interdit les liens dangereux  entre banques et assurances (une banque de crédit  ne peut faire assurer les risques, sa rémunération ayant pour seule justification  les dits risques !).  On sépare les activités de crédit des opérations de spéculation pour compte propre.  Le scandale d’une Société Générale qui met les dépôts à risque en faisant fonctionner à plein ses salles de marché (c’est un exemple : c’est presque partout le cas) serait définitivement réglé. La séparation radicale entre les émetteurs de produits financiers et les gestionnaires de fortune, associée à la transparence des rémunérations de ceux qui exécutent des mandats,  l’interdiction de certaines pratiques dangereuses comme les ventes à découverts en certaines circonstances et sur certains marchés financiers,  l’obligation pour les banques d’affaires de fonctionner dans le cadre d’une commandite,  l’impossibilité d’intervenir sur les marchés à partir de centres non régulés, formerait alors un cadre complémentaire logique de nature à éviter les principales défectuosités du système financier mondial sans remettre en cause la création de sociétés transversales et concurrentielles  à travers le monde.  Il n’est pas nécessaire dans un tel cadre de localiser les banques sur un territoire fermé. 

On voit que ces restructurations ne sont pas  si difficiles que cela. Et qu’on peut aboutir vite à une organisation nouvelle parfaitement opérationnelle.  En vendant les parties utiles  des banques  nationalisées temporairement, on diminuerait  de façon drastique l’encours de fonds à faire garantir par les Etats  ou  à faire payer au contribuable.

Il va de soi que les changes n’étant plus flottants et les Etats responsables de leur balance des paiements, les occasions de  spéculation diminueront de plusieurs magnitudes comme on dit dans les congrès pédants.  Touts les crédits pochettes surprise pourraient  être restructurés  pour limiter les causes de nouvelles pertes.  Le calcul économique des entreprises redeviendrait possible sachant que désormais les flux de marchandises reprendront le pas sur les flux monétaires.

On s’extasie à penser que ces mesures auraient pu être  prises dès le printemps 2007, quand il est devenu évident que le système allait sauter.   Ou  même encore comme nous l’avons immédiatement conseillé,  dès septembre 2008 ou au moins lors du G.20 de Washington.  Au lieu de cela on n’a pensé qu’à déverser des milliers de milliards d’Euros ou de dollars pour éviter une crise systémique du système des dépôts qui pouvait être sauver à bien moindre frais !  En ne faisant aucune réforme de structure.  

Et en se réjouissant lorsqu’un mammouth national comme la BNP  a réussi à piquer les dépôts d’un diplodocus  plus en difficulté comme Fortis, sans se rendre compte qu’on a ainsi créé les conditions de nouveaux pouvoirs excessifs, de nouvelles rémunérations aberrantes, et de nouveaux risques majeurs, car les dépôts récurrents du réseau Fortis n’ont qu’une seule  destination : éviter la crise de liquidité à la BNP pour sauver la peau des dirigeants  de cette banque et leurs divers plans de constitution de fortune personnelle.   C’est la même chose aux Etats-Unis ou au RU où on a pensé trouver des solutions en concentrant les réseaux de banques : l’inverse exact de ce qu’il fallait faire.  Les rêves de puissance ont continué à l’emporter sur l’intérêt général bien compris.  

Nous sommes dans l’impasse.  On y pense parfois juste. Mais on n’agit pas. La dichotomie entre la pensée et l’action est absolument totale.  Le cerveau n’est plus connecté aux membres. On est dans le songe.  Tout le monde rêve que cela s’arrangera avec un peu de patience sans rien faire d’autre qu’aligner l’argent des contribuables d’aujourd’hui et de demain. L’histoire sera dure avec l’aveuglement des  dirigeants de cette tragique époque.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

 



Sortir de la crise de 1973-2010 ?

La crise de 1974 est en quelque sorte la « mère de toutes les crises », la matrice et le modèle de toutes celles qui suivront.  Elle marque une rupture entre deux mondes : celui de l’après guerre nourri par la réaction contre les épreuves de la crise de 1929 et le notre, marqué par le triomphe de la finance et le retour aux idées malthusiennes.

Comme toujours on a donné un mauvais nom à la crise.  On l’a appelé « crise du pétrole », parce qu’à cette occasion les pays du cartel ont multiplié les prix du brut.  En fait c’était la première crise des changes flottants.  Le dollar n’était plus convertible en or depuis l’été 1971 mais en 73 les Etats s’étaient accordés pour abandonner toutes perspectives de changes fixes et avaient opté pour les changes flottants.  Le résultat avait été un effondrement du dollar, une poussée inouïe de l’or et un désordre général.  Plus une jolie crise comme on n’en avait plus vue depuis 1929.

Les crises monétaires et financières allaient ensuite s’enchaîner sans interruption : crise de 81-82 Etats-Unis, crise de 91-93, crise de 2001-2002 et crise actuelle, avec quelques hoquets monétaires ou boursiers intermédiaires comme la crise de 1987, ou  celle de 1998.  La crise actuelle boucle en quelque sorte un cycle.  Avec elle se termine une génération de l’histoire économique.  Après elle s’ouvrira une autre page.  De la même façon  que la crise de 1974 avait marqué la fin de la génération des deux guerres.  L’histoire économique et politique de 1928  à 1970 est un épisode de l’histoire cohérent.  Avec pour la France une première phase en forme de désastre et une seconde en forme de miracle.  Les deux volets forment un tout.  La jeunesse meurtrie par les idées fausses qui avaient prévalues avant guerre sera bien décidée à se reprendre.  

On a oublié combien l’avant guerre avait été un désastre pour la France.  La France aura été la principale victime de la crise de 1929.  Qui le sait encore ? De 1929 à 1939 la production industrielle augmente de 20% en Angleterre, de 16% en Allemagne, de 10% dans l’ensemble du monde et diminue de 1% en Italie, de 11% aux États-Unis et de 24% en France.  La France première nation du monde en 1928 est déclassée en 45, non seulement par sa défaite militaire mais surtout par son effroyable gestion de la crise de 1929 qui lui aura coûté aussi cher que la guerre de 1914 !

Ces faits sont occultés aujourd’hui du fait de la glorification abusive du Front populaire. Le terrorisme intellectuel ne veut pas qu’une période qui a connu un tel  paradis puisse être globalement un désastre.  Mais à la Libération il n’y avait pas de doute. Il fallait balayer toutes les idées sottes qui nous avaient fait tant de mal.  La période fut productiviste, nataliste, immigrationniste, joyeuse et dynamique. Les cinq ingrédients du miracle.

Cette réaction s’effondre à partir de 1974.  On voit revenir toutes les sottises qui avaient fichu en l’air la prospérité Française : contestation de la société de consommation mais aussi de la société de production et du productivisme, retour d’un écologisme dont les anciens  n’ont aucun mal à repérer le profond pétainisme  ; contestation du natalisme  au nom des droits de la femme  et démantèlement du mariage ;  mise au pilori de la « bourgeoisie » et des patrons (affaire de Bruay en Artois et Lip) ; apparition d’un génération de chevaliers d’industrie, dépeceurs sans vision autre qu’à court terme et purement financière (Frères Willot, Bernard Tapie) ; capture de la société par les hauts fonctionnaires  et fiscalité prédatrice ; réduction du temps de travail calamiteuse. La France qui depuis la Libération rattrapait le revenu par tête des Etats-Unis cesse ce mouvement de rattrapage avec « le programme commun de gouvernement » et les 39 heures.

Elle, qui avait damné le pion au Royaume Uni se fait rattraper pendant le gouvernement Jospin, par la grâce des 35 heures.    De la même façon que les 40 heures avaient entraîné la perte de la France avant guerre.  Pour la France la boucle est bouclée.  La génération des soixante-huitards nous a remis dans le trou où nous étions tombés avant guerre.

A l’échelle mondiale c’est la même chose. La réaction à la crise de 1929  avait conduit à mettre en place un système de changes fixes parce que tout le monde avait bien vu que les désordres monétaires perpétuels initiés  par la grande inflation de dettes de la guerre de 1914  avaient été entretenus et amplifiés  par les systèmes monétaires plus ou moins foireux qui avaient suivi et les guerres monétaires à répétition.  La leçon avait été claire :   changes fixes et organisés.  Résultats : les trente glorieuses.  Là encore on allait assister au début des années 1970 à la perte de la mémoire durement acquise avant guerre et l’entrée dans le flottement généralisé.

Ce qui est drôle c’est de voir combien la crise actuelle ressemble à celle de 1974.  Nous avons Bernard Madoff, sa pyramide de Ponzi, ses 50 milliards de dollars envolés.  Il y avait à l’époque Bernard Cornfeld, ses villas réparties à travers le monde, son yacht, ses soirées  somptueuses en Suisse et à Beverly Hill,  son fond de placement IOS dont l’explosion mettra en difficultés des centaines de banques : vous pensez 1 milliards de dollars de pertes.   

 L’empire de Bernard Cornfeld a des ramifications dans tous les paradis fiscaux et réglementaires de la planète. Il a su, résume Newsweek en juin 1967 « implanter un fonds au Canada où il n’y a pas d’impôts sur les plus-values, le gérer aux Bahamas où l’impôt sur les bénéfices est nominal, déposer l’argent en Suisse où il n’existe pas de taxe sur les intérêts et conserver les titres eux-mêmes à Londres où la garde se fait en franchise. »

On parle aujourd’hui de dérégulation financière et de mondialisation incontrôlée de la finance.  Elle était déjà là en 1974, également dénoncée, de même que le secret bancaire. 

Admettons que Bernard 1 était plus flamboyant que Bernard  2: il a traversé toute la période entouré de voitures de luxes et de « bunnies » voire de prostituées  autrement plus affriolantes que les casquettes de Madoff.   Juifs  tous les deux ils montrent bien la différence des générations. Lorsqu’on est né  pauvre en Turquie juste après la guerre de 14  on savait vivre riche  et ouvert dans un monde sans frontière ! Les adolescents des années 50 eurent le succès nettement  moins pop et pour tout dire plus fermé et tristounet.      

Un livre comme celui d’Alvin Toffler, Eco Spasme,  écrit juste dans la foulée de la crise de 1974, montre bien les similitudes avec les réactions à la crise que nous connaissons aujourd’hui. La  première page de l’édition française chez Denoël porte dans un bandeau bien rouge  l’accroche : « Quand le monde devient fou comment revenir à la raison ? ».  

Le premier chapitre est nommé : « un monde casino ».  On y trouve cette amusante  observation : « Beaucoup plus fondamental fut l’échec des mesures de contrôle et des stabilisateurs destinés pourtant à encadre des entreprises ultra légales. Ce n’était plus les courtiers marron et les démarcheurs sans scrupules mais des banquiers réputés incorruptibles qui prenaient de nouvelles libertés. Aujourd’hui il existe tellement  de nouvelles banques appartenant à de si nombreux groupes transnationaux et éparpillés dans tant de pays que personne ne peut en assumer la responsabilité. Qu’est-ce qui peux empêcher un banquier de faire à l’étranger ce qui est immoral ou illégal chez lui ». « Les faillites bancaires en Allemagne, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis  ont mis en évidence la situation périlleuse des grandes banques  qui trop vastes se sont lancées dans des opérations trop diversifiées   et se révèlent incapables de maîtriser leur gigantisme ».  « Les cambistes ont impunément spéculé sur les fluctuations des cours des devises  en faisant perdre des millions à leur banque ». « Les vertus et les vices attribués à la flottaison des cours font l’objet de discussion complexes quasi théologiques. Le fait est que personne jusqu’à ce jour n’imagine toutes les conséquences de cette évolution ni ne sait a fortiori comment la maîtriser ».

 On voit que certaines critiques que nous nous ne lassons pas de faire aujourd’hui sur ce blog, les méfaits des changes flottants, la taille incontrôlable des banques,  les spéculations monétaires excessives,  étaient déjà présentes dès 1975.  1974 était la première crise des changes flottants et de la finance massive, internationale et  incontrôlée.  2009 en est le plus récent épisode.  « Il s’est créé à l’échelle du globe un nouveau casino avec de nouveaux joueurs, de nouvelles règles et de nouveaux enjeux, beaucoup plus élevés ». «  Le flottement généralisé des monnaies n’a fait que jeter le système dans l’éphémère ». Ces phrases sont toujours extraites du livre cité.    On trouve un appel assez prémonitoire : « La structure bancaire qui s’édifie  actuellement peut s’effondrer  et plus l’appareil régulateur la laissera se développer  impunément plus catastrophique sera la chute ».

La période Greenspan,  le régulateur qui ne voulait pas réguler, correspondra à ce laisser-faire laisser-passer financier qui vient de s’effondrer avec fracas en septembre 2008.     On dira qu’il aura fallu 35 ans !  Ce qui marque malgré tout une assez belle résistance.  Mais l’observateur sait qu’après la crise de 91-93 le système bancaire mondial était déjà quasiment en faillite généralisé et qu’il ne s’en est jamais totalement remis. La crise de 1998 puis celle de 2001 n’ont fait qu’amplifier les choses.  Une fuite en avant s’est produite qui vient d’atteindre son  point d’aboutissement inévitable.

Un dernier point de similitude est  la grande chanson de l’écologie l  De même que l’avant guerre français avait été marqué  par  le triomphe des idées naturalistes, de la « terre qui ne ment pas », de la peur des « métèques » (avec cette jolie photo de François Mitterrand  manifestant en ce sens avant d’aller à la recherche de la Francisque) , de la peur des enfants (dont nous ne serions que faire de l’excès), de la peur du péril  jaune,   de la haine des grandes villes qui « mangent la substance de nos belles provinces»,  nous voyons refleurir depuis 1974 les mêmes chansons.   

Le monde actuel se fait l’écho de l’affirmation  de Toffler en 1974 : « l’économie politique ne peut à elle seule résoudre la crise ». On se lasserait à essayer de citer toutes les phrases qui vont actuellement dans ce sens.  La « crise de civilisation » stimule toujours les belles plumes sinon les beaux esprits.   A l’époque les « jeunes sont inquiets ou instables ; les adultes cherchent dans l’agitation et la frénésie l’oubli de leur désarroi.  Partout la contestation, partout la revendication, partout l’orgueil, l’intolérance, la violence ».  Là c’est Fourastié qui écrit dans un article au Figaro de 1975.  On laissera le lecteur retrouver les échos actuels  de ces tentatives de battre sa coulpe  sur le dos de la civilisation  démolie. 

A l’époque on retrouve aussi un des travers du moment qui consiste à d’une part faire appel aux valeurs perdues, comme on vient de le voir, mais aussi  à promouvoir un monde totalement différent.  Ecoutons à nouveau Toffler : « Toute politique ayant pour but de remettre les choses à leur place antérieure, de restaurer l’emploi  de lancer plus de voitures sur les routes, de développer les banlieues urbaines, d’encourager la standardisation sociale,  de remodeler la famille dans sa forme traditionnelle,  est réactionnaire  et qu’elle soit le fait de la gauche de la droite et du centre tous aussi dépassés ».    Evidemment la grammaire n’est pas terrible mais qui ne voit les ressemblances avec les épitres actuelles sur la mort de la bagnole (mais on multiplie les aides),  sur les villes mortifères (mais on veut réformer le grand Paris…en le densifiant), etc.

La technomanie et la croissance économique ne sont plus des options, affirme Toffler.  Il n’y a pas de « truc » économique pour nous en sortir. 

Les économistes au rencart.  De toute façon ils se trompent tout le temps et n’ont aucun avis cohérent.  Et de citer Churchill : «  Tous les économistes  ont un diagnostic différent et en plus il y a Monsieur Keynes ! ».  Et dès qu’on arrive aux solutions, il n’y a évidemment plus personne sinon des sermons généralistes que nous retrouvons aujourd’hui quasiment en l’état. Il faut

           « penser non seulement au niveau de vie minimal mais aussi au niveau de vie maximal »

          « acquérir une certaine conception de la satisfaction des besoins qui libère notre énergie »

          « de réévaluer les notions d’individualisme  et de collectivisme  en ne les considérant pas comme des contraires aristotéliciens qui s’excluent l’un l’autre »

          «  en un mot d’entreprendre la tâche effrayante mais enthousiasmante à la quelle peu de générations dans le cours de l’histoire humaine se sont attelées : la conception d’une nouvelle civilisation ».

Nous ne sommes pas d’accord.  Nous devons nous remettre dans la mentalité des années  quarante cinq -cinquante : vouloir la rupture avec le n’importe quoi, le misérabilisme, les passions politiques exacerbées, le laisser faire abusif.  Et constater que le système nouveau qui s’est mis en place en 1973, les changes flottants, ne marche pas.    Des réformes financières finalement simples peuvent permettre une croissance durable. Elle est absolument nécessaire. Pour la France, il faut   la rupture avec le pétainisme mental, qui veut nous plonger dans la  repentance perpétuelle vis-à-vis de notre propre dynamisme. Cela  suffirait à nous remettre dans le bon sens.  Il n’y a aucune fatalité que la France soit le pays saisi de langueur dans une Europe déclinante et un monde  qui ne croît plus.

Il faut que l’économie mondiale soit financièrement stabilisée  et le premier acte est la suppression des changes flottants et le second la suppression du dollar comme monnaie mondiale.  

Il faut que l’Europe soit ouverte, monétairement dynamique et nataliste.  Le refuge dans la réglementation de détail, la fiscalité massive, la constriction monétaire et la décroissance des populations  est illusoire et dangereux.

Il faut que la France sorte du malthusianisme  et de l’hyperfiscalité.

De même qu’il y a eu une bascule des mentalités, des comportements  et des institutions après la guerre, il doit y avoir un même mouvement collectif à l’échelle des réalités d’aujourd’hui.  Il faut sortir de cette période 1974-2010, et de ses idées et pratiques débilitantes.

Collectivement.

Par la volonté et la clairvoyance.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

 

Des ressorts de croissance existent dans les pays développés

Une des erreurs économiques les plus fréquentes, encouragée par la grave récession que nous vivons, est de croire qu’il n’existe pas de ressorts de croissance dans les pays développés dont l’industrie serait vouée à disparaître, aspirée  par le trou noir économique que serait la Chine.

On ne peut prouver une idée fausse que par l’observation. Alors regardons !  Au pire de la récession deux sociétés font un tabac et connaissent des résultats fabuleux.

La première est Nestlé avec son produit Nespresso.  Le succès est inimaginable.  A Lausanne comme à Vevey, malgré la construction de nouveaux immeubles dédiés, on ne sait pas où mettre les nouveaux recrutés. 

Cas modèle pour les écoles de management, ce succès porte aussi quelques leçons économiques générales.

La première est que ce marché nouveau n’est ouvert que pour les pays développés. Il fallait un certain niveau de vie global pour qu’il se révèle.  Les économies développées offrent donc des champs nouveaux à l’expansion dans leur propre dynamique.

Le rapport du produit avec les pays émergents est simplement lié à la matière première, le café qui ne pousse pas dans les pays de consommation les plus importants.  Ce rapport est positif. La croissance des pays producteurs en est facilitée.  Autant pour ceux qui pensent que les économies occidentales sont nécessairement prédatrices !  La valeur créée dans ces pays permet un développement des consommations qui à son tour permet des exportations des pays développés.

Les postes de travail qui sont créés sont principalement des postes non qualifiés : logistique, vendeur en magasin.  Autant pour ceux qui postulent qu’il n’y a plus d’emplois que pour les techniciens qualifiés !    

La solution repose sur des brevets techniques et surtout sur une maîtrise parfaite du « marketing mix ».  Alors que le marché existe depuis longtemps, voire par exemple l’expérience d’Illy de ventes de café en dosette,  Nestlé a réussi par sa compétence marketing globale à devenir le leader du marché et l’a porté à un niveau inespéré.

La consommation de café Expresso à domicile a certainement eu un impact sur des marchés de distribution voisin : les cafés-tabacs  en ont subi une partie du choc ainsi que les autres canaux de distribution.   Globalement le consommateur en a profité. Et les Etats via les impôts et taxes et les populations via l’emploi dans les boutiques et les canaux de distributions.

Il a fallu des spécialistes de haute volée pour créer la technique, pour concevoir les emballages et les boutiques, pour mettre en place des stratégies de communication et de  conception de produits attrayantes et efficaces.  Des vedettes de cinéma, des agences de publicité, des designers se sont enrichis.

Si vous avez vu la Chine dans le tableau, vous êtes drôlement forts !   Elle est totalement absente de l’affaire et sera un pays consommateur massif en dû temps. 

 

Prenons maintenant le succès significatif de l’I-pod produit par Apple.  Le téléphone portable est un produit nouveau (il a commencé sa percée verticale il y a à peine dix ans) et  la nouveauté n’est plus dans la téléphonie mobile mais dans une suite invraisemblable de services et de produits nouveaux permis par l’innovation technique incorporée dans cette forme nouvelle de  « combiné » mobile.    Le dossier de programmation de l’appareil a déjà été chargé plus d’un million de fois. Des programmeurs astucieux voient leur rémunération exploser grâce aux recettes  obtenues par la diffusion de leur solution sur l’appareil. Les séminaires de programmation refusent du monde. Un véritable eldorado avec des mouvements de foules immenses comme au premier temps de la micro informatique.  

Le succès n’est possible là aussi qu’à partir de l’existence d’une infrastructure suffisante et un niveau de vie qui permet d’exploiter   les avantages  largement psychologiques   du nouveau produit.  Il faut un large développement d’Internet, des réseaux de téléphonie mobile, des systèmes de production d’information.

Les ingénieurs de conception sont tous en occident, et largement aux Etats-Unis qui a concentré la capacité d’innovation technologique  et technique. La fabrication ? Tout le monde s’en fiche. Elle ne concerne pas les pays consommateurs autrement que par le prix. Si le prix est suffisamment bas  pour que le produit trouve son marché, tout va bien.  Fabriquer en local au risque de ne pas trouver de marché pour un produit trop cher ? Quel intérêt ?  Alors le succès du produit permettra le développement hors de la sphère développée en fournissant des ressources  nouvelles. Ces ressources permettront un accroissement de l’emploi, de la distribution de salaire, de la consommation et donc de la demande aux pays triches de produits plus sophistiqués.

Une fois de plus les pays développés sont la source de nouveaux produits adaptés à leur niveau de développement et qui permettront de l’accroitre. 

Les postes de travail créés sont ici aussi le plus souvent non qualifiés et se retrouvent dans la logistique et la vente.  Mais il a fallu des designers, des publicistes, et des ingénieurs pour les concevoir et les packager de façon attrayante et efficace.  Les medias, presse et télévision, ont profité de la manne publicitaire.  Les fournisseurs de produits associés connaissent un fort développement.

Il n’y a donc aucune fatalité d’une pénurie définitive de croissance dans les pays riches et de conflits d’intérêt durable entre toutes les économies de la planète.

A une condition cependant : que les transferts de ressources puissent déboucher et ne soient pas stérilisées.  Ce qui implique pour simplifier que les balances de paiements s’équilibrent et permettent que les « produits s’échangent contre des produits ».  Les crises ne sont jamais des crises liées aux produits mais essentiellement des crispations monétaires dues à des dérèglements structurels (par exemple les changes flottants) ou comportementaux (la montée de surendettements  intenables).

Faute d’avoir une idée précise de l’empreinte carbone des deux produits et de leur processus de production, il est difficile de déterminer si les deux produits cités permettent un développement respectueux de la planète.  Il est probable qu’il aurait fallu être un peu plus exigeant avec les deux producteurs pour le recyclage de leur produit respectif.  Mais on ne voit pas en quoi ces consommations se substitueraient à des produits plus écolos et contribuaient    plus que les produits existants aux effets de serre.

 

L’important pour la France, l’Europe, l’Occident, le monde, est de maintenir un flot d’innovations  gagnantes.  Jamais autant d’ingénieurs et d’entrepreneurs  n’ont été mobilisés pour se faire.  Aidons- les. Allons de l’avant.  Ce n’est pas le facteur communiste Besancenot ou le protectionnisme  contre les délocalisations, les impôts délirants des Madoff municipaux ni le malthusianisme généralisé  qui nous sauveront. 

Mais le dynamisme et la création.   Pour un français la vraie leçon des deux exemples c’est qu’aucune des deux ne vient de son pays.  La France ne doit pas cesser d’être dans le coup.  Pourquoi ne le sommes-nous plus ?

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

FMI : un an de retard

Le FMI vient enfin de donner un état des lieux et des prévisions en ligne avec les réalités.

Il aura fallu près d'un an pour que cette institution malade fasse enfin son travail.

A l'heure où l'Australie et l'Afrique du Sud se déclarent officiellement en récession, il était difficile de faire croire plus longtemps que les pays du sud tireraient la croissance !

Le plus comique est qu'il fait ses découvertes au plein de l'opération "les signes de reprise se multiplient" et qu'il plombe l'ambiance disons à contretemps.

Ce qu'on demande aujourd'hui des instances comme le FMI, ce n'est pas de faire des statistiques mais d'offrir un réel diagnostic et de conduire la réflexion sur la sortie de crise sans être soupçonné de défendre la cause de tel ou tel groupe de pays ou d'intérêts.

Or il n'y a aucun diagnostic.  Donc aucunes réelles perspectives capables de mobiliser le monde vers une sortie de crise et des réorganisations capables d'éviter qu'un désastre pareil ne se reproduise.

Le semestre qui vient de s'achever aura été le pire désastre de toute l'histoire économique contemporaine : la récession y a été plus violente qu'en 1929 ! Cela pose à tout le moins la question de la validité des politiques qui sont menées.

Il n'y a même pas de réflexion sur les chemins du retour à la croissance.  Quelles sont les forces qui agiront et sous quelles formes ?  Pas un mot !

Comptabiliser les pertes virtuelles est un exercice vain.  Quand la bourse perd en capitalisation parceque les épargnants ont préféré revenir à la liquidité, les pertes ne sont que virtuelles. Lorsque la liquidité se replacera en bourse il y aura automatiquement un gain.  Le niveau de la bourse n'est pas une fonction mathématique de la valeur du capital. Mais le reflet de l'idée que se font de l'avenir les épargnants.   Cela s'est vu dans les quatre grandes crises boursières  précédentes (74,  87, 93, 2000).

Ce n'est pas cela qui compte.  Mais les forces qui vont s'exercer pour reprendre ou abandonner de l'activité.

De cela, malheureusement pas un mot.

Le FMI est au dessous de tout !

Psychologie de la crise

Pour celui qui a  vécu toutes les grandes crises de l’après guerre, une évidence s’impose : on oublie radicalement l’état d’esprit dans lequel on était juste avant qu’elles ne se déclenchent  tout autant que son évolution au cours de leur déroulement. Progressivement on reconstruit les évènements et on perd  le souvenir de la manière dont soi-même et plus généralement l’opinion ont vécu la période. Aucune analyse économique rétrospective n’est vraiment à même de reconstituer l’évolution de ces sentiments fugaces.

Peut-être est-il bon six mois après le déclenchement de  la catastrophe économique en cours de  fixer quelques grands mouvements de l’âme collective avant qu’ils ne s’effacent ?

On l’a généralement oublié mais en juin-juillet  2008 le sentiment de l’imminence d’une crise économique  est généralement absent. Ceux qui comme nous alertons sur la gravité et la proximité d’un chaos monétaire grave sont considérés comme des Cassandre.  Il est vrai que le premier semestre a vu une bouffée de hausses spéculatives absolument gigantesques que la majorité des commentateurs mettent sur le compte d’une croissance échevelée et ne voient pas comme le dérèglement ultime de la finance mondiale.  On voit une Chine triomphante collectant partout les réserves mondiales de matières premières et au premier chef de pétrole, comme les terrains agricoles.  On s’inquiète de l’arrogance des fonds souverains.

On voit le pétrole si haut que les pays agricoles se convertissent à la production d’éthanol, affamant le monde sous développé. On parle écologie, déséquilibres définitifs, etc.  La BCE hausse ses taux pour « éviter les risques de l’inflation ».  Les craquements bancaires sont vus comme des incidents techniques sans grande importance.  L’accident sur le marché des subprimes et le blocage du marché interbancaire est déjà loin : un an ; une éternité.

Certains se complaisent à voir une bonne évolution dans les  cours du marché de la monnaie au jour le jour. Les banques se lâchent totalement sur le front de la gestion de fortune : les pires décisions de placement seront prises pendant le premier semestre 2008. La BNP fait acheter des actions de banques dont la sienne en juillet 2008 ! On n’est jamais mieux servi que par les clients qui ont confié un mandat ! Une sotte de la même société crie à tout va dans les médias son enthousiasme pour le Brésil et le Real : l’agriculture du pays est devenu de l’or et avec elle la monnaie ! Des fonds agricoles hyper spéculatifs sont inclus dans les contrats d’assurances-vie : les « commodities" sont en plein boom, il s’agit d’en profiter !  Rouffio pourra refaire dix films comme son « Sucre ».

FT.com  lance la question sur son site internet : va-t-on réellement vers une récession imminente ?  C’est que les Cassandre commencent à crier fort.  Nous répondons aussitôt OUI et que la récession sera très forte.  Mais personne n’y croit vraiment. « Il y tellement de liquidités que les marchés ne peuvent pas baisser » dit un crétin sur une chaîne de la TNT française lors de l’un de ces inénarrables faux débats économiques où s’affrontent des clowns à étiquette « libérale » ou « socialiste ».  Partout la presse minimise le potentiel de crise. Il faut être responsable !

En France début juillet les débats portent sur le pétrole inéluctablement à 200 dollars (le député Cochet)  dans les semaines à venir et sur les famines dans le tiers monde qui exigeraient une intervention immédiate. Nous contestons cette erreur d’optique et là-dessus le cours du pétrole s’effondre encore plus vite que ce nous imaginions et cela dès le lendemain de notre billet sur ce blog !

Cela n’empêche pas que la rentrée de septembre soit entièrement consacrée au « Grenelle de l’environnement », à la multiplication des taxes, au RSA et son 1.5 milliards d’impôt sur l’épargne, et à un projet de budget totalement grotesque.  La France a de l’argent ; elle peut entrer dans un cycle écologique malthusien,  un cycle social dépensier et un cycle fiscal coercitif.  Delanoë annonce sa hausse de 100% de la taxe foncière à Paris sur deux ans. « Et je ne m’excuse pas !» pérore-t-il, ajoutant l’ignominie à l’aveuglement.

Quand au début septembre nous évoquons la crise prochaine avec nos amis entrepreneurs la réponse est unanime : « Tout va très bien ; tu as annoncé la crise pour la rentrée et on ne la voit pas du tout » !  Nous serions-nous trompés ?

Et la catastrophe arrive. En deux jours le monde se réveille avec la plus grosse crise bancaire depuis 1929 !  Toutes les banques et assurances américaines sont en faillite virtuelle après l’annonce de celle, réelle, de Lehman Brothers. Les craquements qu’auront été le rachat en urgence et à bas prix de Bear-Stearns  et la ruée sur Northern Rock n’ont pas été compris comme les signes avant coureur d’une explosion globale de la finance américaine. Dès le lendemain de l’annonce de la faillite de Lehman-Brothers c’est AIG et Fanny Mae et  Freddy Mac  qui viennent au guichet fédéral avec des demandes astronomiques.

Les Français écoutent les nouvelles en cette fin de mois de septembre sans trop y croire.  Pour eux il fait toujours beau. Cela ne les concerne pas. Ils sont au balcon et regarde au loin les flots déchaînés. Bien sûr les bourses se sont effondrées. Mais elles l’ont déjà fait en 1992 et en 2000. On sait qu’après cela remonte. Alors on ne bouge pas.  C’est un peu comme si il y avait eu un tremblement de terre au fin fond de l’Iran. Triste, mais enfin … C’est l’époque où l’on parle encore de l’Europe préservée sauf évidemment les fous qui ont tout misé sur l’immobilier comme l’Espagne et le RU, ou sur la finance mondiale comme l’Islande.

La panique ne commence vraiment que début octobre. Et si nos dépôts étaient en danger ? Car l’évidence s’impose : toutes les banques partout sont en quasi faillite.  Et l’Irlande vient de garantir sans limite ses dépôts provoquant une ruée vers la sécurité en provenance de toute l’Europe.  Un épisode cocasse : dans une poste du XIVème arrondissement de Paris un client énervé exige immédiatement le versement en liquide du contenu de ses comptes. Il s’agit de plusieurs centaines de milliers d’Euros. Le guichetier annonce qu’il faut un transport de la Brinks pour des raisons de sécurité. L’autre ne veut rien entendre. Le ton monte !

La presse commence (tout doucement) à prendre la dimension de l’évènement pui se lance dans un rattrapage échevelé. Pendant trois mois ce ne sera qu’une course à qui dira plus noir que l’autre, les habituels commentateurs économiques qui n’avaient rien dit jusque là se découvrant des qualités de rétro prévisionnistes fort opportunes.  « On l’avait bien dit ; cela ne pouvait pas durer comme cela » ; Tu parles !

 Les habituels polygraphes opportunistes y vont de leur livre « prémonitoire ». Après avoir nié qu’il pourrait y avoir crise, voilà que la crise était évidente.  Dès novembre on constate les effets de la crise sur les restaurants, les coiffeurs, les sociétés d’intérim, l’automobile, les marchands de biens durables, les vendeurs de téléphone portable, le tourisme. Les banques ont dramatiquement resserré  leurs conditions de crédit et arrêté les découverts.  Crédit et mort en même temps que la confiance.  Ce n’est pas la crise américaine qui provoque les premiers blocages mais la peur !  L’orchestration du nouveau Bretton Woods bidon de Washington n’a fait qu’amplifier les anticipations négatives.

La presse comme un seul homme se trompe de crise. Elle passe en revue, avec le retard habituel, les erreurs de la finance américaine et ne parle que d’une « crise des subprimes».  C’est sans doute le nom qui restera dans l’histoire pour caractériser la période. Mais comme d’habitude il sera inapproprié.  Car personne ne voit que c’est l’ensemble du commerce mondial qui s’est arrêté et que les désordres monétaires aggravent encore la situation. Tous les gagnants de la mondialisation heureuse sont à l’arrêt. Il faudra trois mois de plus pour que les médias s’en rendent compte et encore plus pour l’opinion.  

Une anecdote : lors d’un tournoi de golf près de Valence, le jour du printemps,  les participants s’étonnent des files de bateaux qui sont à l’ancre en mer. Pratiquement tous croient qu’ils attendent pour décharger. Alors qu’ils sont à l’arrêt faute de chargement comme en Grèce près du Pirée où des dizaines d’énormes transporteurs  sont bloqués depuis l’été. Les quais de chargement des porte-conteneurs en Chine sont également quasiment à l’arrêt.  

Il faudra les premières informations sur le dernier trimestre 2008 pour que l’on commence à prendre la mesure d’une catastrophe économique qui n’est ni simplement financière ni simplement américaine.

Curieusement dès février un courant d’opinion se fait jour qui finit par avoir son débouché dans les médias : vous aggravez la crise avec vos annonces pessimistes.  Les messages commencent à s’accumuler contre les oiseaux de malheur et  ceux qui aggravent la crise par leurs analyses débilitantes. Quelques indications peuvent en être vues hors des journaux : jamais il n’y a tant de vacanciers à la neige. Il faut dire qu’elle est enfin abondante. Les commerçants commencent à réagir  aux propos des marchands de pessimismes. "Il n’y a pas de crise seulement des gens apeurés. Alors cessez de faire peur !"

Cette évolution de l’opinion trouvera son aboutissement avec la nouvelle réunion du G.20 à Londres  qui d’un point de vue technique sera une opération nullissime  et mais qui donnera l’occasion d’un festival d’optimisme convenu dans la presse, festival qui dure encore avec toute la campagne sur « les signes de reprise qui s’amoncellent ». Chacun y va de son couplet. J. Marseille souligne dans le Point combien la période précédente avait été florissante (en omettant qu’elle ne l’a pas été en France où la croissance pendant la période de vaches grasses s’est traînée entre 2 et 3%).   La bourse remonte (pour le CAC, on a repassé le niveau « psychologique » des 3000 points qui net de l’inflation doit nous ramener autour de 1970). Les résultats des banques sont meilleurs.  Certains voient même le Baltic index reprendre alors qu’il baisse après un tout petit rebond.  

En vérité le premier trimestre quand les chiffres seront connus montrera une des baisses les plus fortes de toute l’histoire économique de l’après guerre. Mais l’opinion n’en veut plus de la crise. Elle souhaite que l’on frappe quelques boucs émissaires. Et qu’on en finisse avec cette crise qui devrait rester  virtuelle et ne devrait pas les toucher. La presse surenchérit dans le mouvement. Rappelons-nous de l’affaire Vuillemin : d’abord la mère courage durement frappée par un drame insupportable ;  puis la mère inculpée dont « tous les signes de culpabilité étaient là et on ne voulait pas les voir ». Puis la mère innocente enfin rendue à l’amour de ses proches.  Le cycle de l’émotion est à la base des bonnes ventes.

Il n’y avait pas de crise. Puis il y avait une crise horrible. Puis il n’y a plus de crise.

Il n’y a pas que l’économie qui soit cyclique !

Evidemment tout cela n’a qu’un rapport lointain avec les réalités.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

Lettre ouverte à l’INSEE

Monsieur le Directeur,

Nous aimerions vous faire part de nos souhaits en tant qu’utilisateur de statistiques dont vous avez le monopole de production.

En ces temps de graves récessions où l’information économique prend plus de valeur que d’habitude il importe que vos statistiques aient du sens et provoquent la réflexion et la connaissance.

Les meilleures statistiques pour atteindre ce but sont les séries longues. 

Une évolution d’une année sur l’autre est le plus souvent illisible tant les mouvements sont faibles  et les chiffres gâchés par l’importance des estimations provisoires. En revanche une tendance affirmée sur trente ans est parfaitement claire. Depuis dix ans nous ne cessons de suggérer à la presse quotidienne nationale de proposer des infographies parlantes des grands mouvements de l’économie.  C’est un mouvement qui désormais s’affirme. Mais quelles difficultés à surmonter : applications des dessaisonalisations,  correctifs successifs,  réfaction de l’inflation, changements d’unités monétaires sont autant de pièges dans lesquels trop souvent ils tombent.

Les séries à prévoir sont peu nombreuses : une petite centaine.  Les présenter n’est pour vous qu’un travail dérisoire par rapport au coût de leur production qui pourrait d’ailleurs être totalement automatisé.  Les diffuser avec Internet est une affaire presque gratuite.   Alors pourquoi ne pas consacrer quelques heures de travail à un tel projet ?

Bien sûr la publication d’une brochure payante est une grande tentation. Le petit opuscule que vous produisez depuis des lustres  sur les grands éléments de la comptabilité nationale qui coûtait sous une forme certes austère mais pratique dans les 7.50 francs en 1998 est désormais imprimé sous papier glacé à un coût supérieur à  10 euros. Il est quasiment impossible de se le procurer tant il est mal diffusé.  Et il présente de graves lacunes.  

Courage au bienheureux chercheur qui aura voulu savoir comment a évolué les dépenses publiques  ou l’impôt sur le revenu. On sent que les consignes sont pressantes de ne pas trop effrayer le contribuable citoyen qui doit être protégé le plus possible des mauvaises nouvelles.  

De même présenter le  passé récent en variation et jamais en valeur absolue oblige l’analyste à des calculs troublant puisqu’en général les corrections faites ne permettent pas de faire le recollement avec les chiffres fournis l’année précédente.  Les données financières y sont également bien maigres.

En revanche vous décorez l’ouvrage d’analyses absconses qui peuvent certainement intéresser des amateurs mais qui se trouveraient mieux à leur place dans des ouvrages spécialisés.

Votre site internet est remarquablement mal fait, du point de vue du citoyen qui cherche à trouver rapidement les informations essentielles. On sent que l’institution ne veut pas perdre le bénéfice des productions payantes qui mettent un peu de beurre dans les épinards. Il est difficile de ne pas penser que cette position est légèrement abusive. C’est brûler la chandelle républicaine par les deux bouts du monopole.

Les cent séries essentielles  devraient être accessibles en un clic et facilement téléchargeables, permettant aux analyses de préciser leurs réflexions et aux infographes de soigner leurs présentations.

Il va de soi que cet effort pourrait servir ultérieurement de base à Eurostat pour produire des séries homogènes dans leur calcul, leur présentation et leur diffusion.

La crise actuelle n’aurait pas été trop grave si au moins elle permettait de faire aboutir ce petit projet.  Petit mais tellement essentiel.

Nous vous prions de croire, Monsieur, le Directeur, à l’expression de nos sentiments les meilleurs.

 

Pour le Cercle des Economistes E-toile.

Avril 2009

Didier Dufau

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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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