Encore une bourde de DSK !

Nous n’aimons pas les querelles de personnes et préférons  les débats d’idées. Mais enfin les idées sont portées par des hommes et lorsque des dirigeants expriment des idées fausses et conduisent dans l’erreur l’opinion publique,  ou lorsqu’ils entraînent leur pays dans des mesures désastreuses,  il est difficile de ne pas les critiquer. D’autant que les politiciens les plus nuls ou les plus catastrophiques en économie sont souvent les plus adulés, au moins temporairement. 

On se souvient d’Antoine Pinay, homme politique tout à fait secondaire et aimant les affaires étrangères projeté sur le devant  de la scène médiatique et de l’économie  par l’émission d’un emprunt gagé sur l’or qui sera ruineux pour le pays qui fera de « l’ermite de Saint Chamond » et de « l’homme au petit chapeau » le symbole de la « confiance » et de la compétence financière  dont l’avis se devait d’être pieusement recueilli avant chaque lancement d’un emprunt d’Etat.  

On encense aujourd’hui Dominique Strauss-Kahn qui a pourtant accumulé toutes les erreurs possibles aussi loin que porte la mémoire.  Dans les années 70 c’est un de ceux qui cautionnent « par sa technicité »  le programme commun de la gauche qui sera ensuite totalement démantelé après avoir sorti la France de la tête des nations en matière de croissance économique.  Vingt ans après c’est lui qui lance le PS sur la piste des 35 heures et fait entrer cette grave idiotie dans la plateforme électorale du PS.  Ministre des Finances il accumule les bourdes. Il  aggrave sans raison la fiscalité déjà portée trop haut par Alain Juppé ce qui finira par l’affaire de la cagnotte. A cette occasion il émet une des plus belles sottises économiques.   Il affirme qu’avec la croissance le taux de prélèvement BAISSERA.  En fait compte tenu du caractère globalement progressif  de la fiscalité, la croissance entraîne mécaniquement une hausse de la pression fiscale.  Christian Sautter et Florence Parly verront leur carrière politique compromise  lorsque l’affaire de la cagnotte leur explosera à la figure.

Passons sur des frasques personnelles que les Français pardonnent aisément à leurs politiques, comme le fait d’être pris les mains dans le pot de confitures à la Mutuelle des Etudiants et dans le slip d’une employée du FMI, bien qu’elles ne donnent pas du personnage une image totalement avantageuse. Ne relevons pas non plus les rémunérations extravagantes qu’il touche comme Directeur du FMI et qui, lorsqu’on constate qu’elles sont exonérées d’impôts,  sont aux extrêmes que l’on dénonce partout en ce moment.  Notons seulement que le discours  plein de compassion de DSK pour les victimes du capitalisme ne l’a jamais conduit à proposer de réduire son train de vie de satrape ni de  payer spontanément des impôts.

Et voilà que « DSK » nous sert à nouveau une formidable perle économique.   

DSK  5 avril  interview au Figaro.

« Le FMI va-t-il être en mesure d'assurer mieux son rôle de surveillance des monnaies et de mettre en garde sur les déséquilibre commerciaux qui sont à l'origine de la crise actuelle ?

Je nuancerai les choses. Ces déséquilibres sont certes un problème en soi et il faut y remédier. Mais on peut sans peine imaginer une situation dans laquelle il n'y aurait pas de déséquilibres internationaux, et où les pratiques bancaires nationales auraient quand même déclenché des problèmes de surendettement, de subprime et de titrisation, du fait de la défaillance des contrôles bancaires ! »  

Nous vivons une période où des déséquilibres massifs, extravagants même, qui ont vu une création monétaire qui crève tous les plafonds et où pratiquement partout l’endettement dépasse les 300% du PIB, et qui ont fini par devenir tellement grands qu’ils se sont effondrés sur les populations du monde avec un fracas tonitruant,  provoquant la pire crise depuis 1929, et la seule chose que le président du FMI pense devoir nous dire  est qu’il faut regarder ailleurs, dans la micro économie bancaire nationale !

Il est vrai que DSK n’a rien vu venir. Qu’il n’a rien su prévenir.  La poutre financière globale qui était dans l’œil des économies,  il ne l’a même pas soupçonnée, encore moins dénoncée.  Alors que la Banque des Règlements Internationaux s’égosillait à dénoncer la montée des périls.

Après l’impéritie la sottise. Enormes toutes les deux.   

Que personne ne s’inquiète : DSK semble être la personnalité à qui les Français font le plus confiance  en économie.  Et il est impossible d’avoir une cour de louange aussi vaste sur l’échiquier politique et médiatique,  du Monde au Figaro magazine.  DSK est LA compétence économique française.

Que l’on nous permette un léger désaccord.  L’image est le fruit de la posture.  La réalité révèle l’imposture.  DSK est une utilité politique et une inutilité économique.

 

Deux histoires très révélatrices

Nous autres, « anglo-saxons », comme on dit en Europe continentale, il faudrait sans doute utiliser les supplices de haut degré du moyen âge pour nous faire avouer que les changes flottants posent quelques problèmes que ce soit et qu’ils ont permis des dérives financières désastreuses . 

La variabilité des cours de change est vue à l’image des fluctuations de la météorologie.  On peut penser que certaines forces sous jacentes agissent et qu’elles soient sous la responsabilité de quelques dérèglements de la conduite humaine.   Mais nous sommes bien convaincus que nous n’y pouvons rien  sauf à invoquer la bienveillance des Dieux  comme nos ancêtres le faisaient lorsqu’un nuage de sauterelles se révélait particulièrement désastreux.

Mais nos journalistes aiment les cas concrets et livrent des exemples qui peuvent faire réfléchir même un « anglo-saxon ».


Le New York Times nous livrait il y a quelques jours  la navrante histoire de ce milliardaire chinois  créé de toute pièce par la finance « internationale », en fait un groupe de hedge funds et de banques  d’investissements,  selon le scénario suivant.   Le but ultime : engranger une formidable plus value sur la bourse de Shanghai représentant sans doute 100 ou 200% du capital investi.  Ce que nous appelons du « big business ».  On trouve un jeune chinois capable d’incarner les triomphes du capitalisme. On lui prête des sommes astronomiques. On lui fait acheter des milliers d’hectares de terrains et on soutient son entreprise de promotion dans la construction de villes entières.  On multiplie les reportages sur le jeune « tycoon » si représentatif d’une Chine triomphante.  On attend que les premières barres d’immeubles soient commercialisées pour mettre en bourse  l’immense société entièrement montée à crédit et on fait une gentille culbute. On rembourse les prêts et on a gagné quelques milliards de dollars bien venus.

Cette histoire nous change des idées habituelles sur l’industrieux chinois dont la sagacité commerciale et les bas salaires permettent de damner le pion aux industries occidentales.   Depuis 2003 la bourse de Shanghai a connu une telle envolée  qu’elle ne pouvait que durer éternellement.  La finance mondiale se devait d’être là et de ratisser vite et bien les plus values qui s’offraient.  Les milliards de dollars se retrouvaient dans la poche du gouvernement chinois qui ne savait guère qu’en faire.   Alors il le plaçait en bons du trésor américain. Où ils étaient immédiatement remis dans le circuit et servaient à d’autres opérations miraculeuses en Chine du même tabac que celle qui vient d’être racontée.

Naturellement la bulle explosa en septembre 2008.  Les énormes constructions  construites sont vides et les autres sont arrêtées là où elles en étaient. Les ouvriers sont rentrés par millions  dans leurs campagnes.  Les énormes containers qui apportaient de quoi fabriquer  ces villes nouvelles  restent vides. Les bateaux qui les transportaient s’accumulent à l’entrée des ports. 

Les plans de relance chinois sont totalement incapables de faire face à ce genre de situation.  Les hedge-funds lèchent leurs plaies et tentent de rembourser avec ce qu’ils peuvent encore rassembler   les investisseurs traumatisés qui leur avaient fait confiance. Les banques américaines tentent d’expliquer à la FED que leurs actifs  chinois sont de merveilleux actifs qui pourraient faire l’objet de refinancement « non conventionnels ».  Les banques européennes qui se sont syndiquées avec ces belles opérations font de même auprès de la BCE. Bonne chance !  Le contribuable américain commence à devenir nerveux, comme le contribuable européen. Le gouvernement chinois aussi avec ces milliards de dollars créés sur du vide dont il craint qu’ils ne lui glissent entre les doigts. Le G.20 met l’Uruguay sur liste noire avant de tenter le gris, soulevant l’enthousiasme absolu de tous les media.

Bref nous sommes sauvés.

Pourquoi raconter cette historiette ? Peut-être pour faire comprendre que la crise n’est pas seulement et peut être même pas principalement celle des crédits hypothécaires bonifiés et « subprimes ».   Absolument tous les circuits économiques étaient pervertis.  Le dérèglement du système monétaire international avait   généré des bulles prêtes à exploser absolument partout et dans tous les compartiments de la finance.

Quand les premiers craquements  se produisirent, ce sont des explosions en série qui se succédèrent  ruinant et paralysant tous les circuits internationaux de financement et tout le commerce international. Par milliers les opérations du même type en Chine et ailleurs s’effondrèrent faisant disparaître le capital des banques mêlées à ces « juteuses » spéculations.  

Elles le firent en une seconde, car en une seconde les promesses de la bourse de Shanghai s’envolèrent à jamais. Elles s’envolèrent partout. Tous les salariés qui un peu partout dans le monde fournissaient la matière réelle de ces constructions psychédéliques sont au chômage, sans aucun espoir de revoir leur poste de travail avant quelques décennies.   On comprend mieux pourquoi en moins de trois mois toute l’économie monde s’est recroquevillée.

Pendant ce temps dans le même exemplaire du NYT le journaliste économique récemment nobélisé, Krugman, se moque du gouvernement chinois qui n’a pas su quoi faire de ces dollars prêtés à pertes par la banque occidentale à des entrepreneurs faillis.    Cela ne sort pas de la crise mais cela détend.

L’autre histoire est racontée avec malice par The Economist  qui se moque gentiment des difficultés du gouvernement japonais.  Il suffit de traduire :

« Les exportations du Japon ont connu un boom  lorsque le Yen était  sous évalué (« super cheap »), et la dépense américaine en plein délire (« consumer binge »). Le Japon n’a connu ni bulle immobilière, ni bulle de crédit. Mais le Yen faible  a permis aux exportateurs japonais  d’étendre leurs capacités de production  dans l’espoir que ces conditions perdureraient.  Il en a résulté un défaut majeur d’allocation des ressources.  Quand le Yen s’est envolé l’année dernière et la demande étrangère s’est arrêtée, la bulle de fabrication japonaise a explosé. En 2008 les exportations ont été divisées par deux. »

N’importe qui en conclurait que les changes flottants sont décidemment une catastrophe qui entraînent  des erreurs de vision et qu’il faut rapidement faire quelque chose sur cette question.

Mais non.  C’est le fruit particulier de l’idéologie que les faits peuvent être éclairés avec la lumière la plus intense sans déclencher la moindre réflexion.   Ces deux historiettes  montrent bien que les déséquilibres financiers colossaux et les fluctuations aberrantes de changes  sont à la source des difficultés gravissimes actuelles.    Mais il est inutile de chercher la moindre ligne en ce sens.  Les flots tumultueux de la finance libre dans un monde sans digue donnent  à écrire mais pas à penser encore moins à panser.

Les esprits audacieux pourront essayer de jauger l’efficacité des mesures prises par le G.20  en les appliquant à nos deux histoires.

Lewis Holden pour le Cercle des Economistes E-toile

G.20 : un pari très dangereux.

N’ironisons pas sur le « Kolossal Succès » de la réunion du G.20 à Londres et sur la parfaite orchestration de l’opération politico-médiatique qui l’a précédée avec ses opérations teasing (« les signes de reprises se multiplient ») et son faux suspense (« va-t-on vers un désaccord ?») et celles qui lui succèdent : « c’est merveilleux ils sont tous d’accord, tous gagnants et vont beaucoup plus loin que prévu ». 

Nous savons depuis Munich que ces manifestations unanimes des politiques et de la presse sont à prendre avec précaution et après tout nous avons échappé au retour triomphal   des participants sur un tapis de pétales de roses au milieu des foules enthousiastes.  

Si tout ce barnum redonne un peu de confiance au monde, tant mieux.

Cela ne devrait pas nous détourner d’observer la réalité et de peser les perspectives.

La réalité c’est d’abord ce semestre qui d’octobre 2008 à mars 2009 aura été le pire de l’histoire récente de l’économie, dépassant en gravité  les débuts de la crise de 1929. La conférence de Londres a bien fait de ne pas tirer la leçon du précédent « succès » du G.20 à Washington.  Les chutes de PIB ont été générales et verticales. Certains secteurs économiques sont à l’arrêt presque total. Le commerce international n’a pas tenu et pour la première fois depuis la guerre de 1940 connaît la récession. On se fatiguerait à dénombrer les « premières » que cette crise nous force à vivre.

Tous ceux qui pensaient vivre une « crise des subprimes » ont été pris à revers.  Ce sont tous les circuits internationaux de capitaux et de commerce qui ont  sombré  à la vitesse de l’éclair.  Ce ne sont plus les banques occidentales  qui sont en péril mais les Etats.

L’impuissance de la Fed et de la BCE est évidente.  Ces deux institutions en sont aux manœuvres « non conventionnelles ». Le FED vient d’acheter directement des bons du trésor américain : la planche à billets est sollicitée sans artifice.  La BCE a annoncé qu’elle s’y résoudrait s’il le faut.  Et aucune des deux ne peut prendra à sa charge les malheurs du monde.  Alors comme en 1970 on réactive les DTS : on crée de la monnaie administrative internationale basée sur rien d’autre que des déficits pour permettre aux pays dont le système bancaire a explosé ou va exploser  de continuer à participer au concert du commerce international.

En même temps et c’est la seule surprise réelle de ce G.20 « on débloque 250 milliards de dollars en deux ans pour soutenir le commerce mondial ».  Qui, comment ? Mystère pour le moment. Mais cela prouve bien que la réalité de la crise a été désormais intégrée : sans commerce mondial en croissance il est impossible de sortir de la crise.

Comme le souligne notre ami Sylvain, on prend bien soin de mettre en scène la démonétisation de l’or du FMI pour essayer de casser le thermomètre qu’est le prix de l’or.   Et tous les investisseurs institutionnels et sous contrôle indirect des Etats ont investi en bourse pour donner le coup de chapeau nécessaire.

L’absence totale de réforme du système monétaire international, alors que l’évidence que l’instabilité des changes est devenue incontournable, a conduit à une répétition de la « solution » apportée à la suite des la crise financière de 1998. On sait qu’un forum de la stabilité financière (FSF pour les intimes) avait été institué en 1999  pour éviter les affaires type LTCM et les gonflements intenables de bulles « locales » comme celles qui étaient vu comme la source des difficultés asiatiques.   On a vu que ce discret « machin » s’était révélé totalement inepte et avait laissé se développer toutes les bulles mille fois plus grosses mais américaines cette fois là. Nous eûmes Enron et quelques autres, l’éclatement  de la bulle internet, le gonflement de la bulle des subprimes, puis celles des CDO et des CDS.  Le silence du FSF et son incapacité à produire quelques résultats que ce soit ont été tonitruants.

Alors on crée un Conseil de stabilité financière (CSF), FSB (Financial Stability Board) pour les anglo-saxons, de composition élargi qui s’occupera des places off-shores et des intervenants ayant une importance systémique sur l’économie monde.  

Il est toujours curieux de voir coexister un système de changes flottants qui crée et amplifie les instabilités monétaires et financières et des organismes administratifs chargés de stabiliser la finance.  

La vérité est facile à discerner : on ne veut  pas renoncer à la financiarisation de l’économie monde qui est en effet rendue indispensable, sous des formes rentables pour les banques mais dangereuses pour le reste des intervenants, par les changes flottants.   Les mouvements de capitaux restent libres et comme maintenant représenteront toujours une centaine de fois les mouvements proprement commerciaux.  Mais on ne veut plus que des intervenants importants puissent  entraîner le monde dans des risques systémiques ingérables. 

L’échec de 1999 n’a pas servi de leçon.  On essaie encore une fois avec une solution administrative. On ne sait pas comment cela marchera et si cela aura la moindre importance pratique.  Mais on se sera donné un lieu de réflexion loin des politiques et de l’opinion publique.
Entre financiers on devrait pouvoir s’arranger.

C’est exactement la même illusion qui avait conduit à croire que les banques centrales, et le club des banquiers gravitant autour des régulateurs,  permettraient d’éviter les crises bancaires.  La FED a été créée après la crise bancaire de 1907 : nous eûmes la crise bancaire de 1921 et la crise bancaire de 1929 ! On connaît la suite.

En attendant personne ne sait comment va pouvoir se redessiner la carte des échanges mondiaux.  C’est la clé de l’énigme. Personne ne demande aux Etats-Unis de mettre fin à ses déficits abyssaux ni à la Chine de mettre fin à ses excédents symétriques.  Il n’ya aura aucun effort coordonné des Etats pour  rétablir des circuits économiques sains, seulement des relances nationales par la dépense publique.  

On espère que le mouvement brownien des capitaux, alimenté par une création monétaire forcenée aussi bien des banques centrales que par le FMI, finira par trouver sa cible. Et on attend.

Jamais on aura fait autant confiance à la bienfaisance de la « main invisible financière ».  Alors que jamais les preuves de son inexistence n’auront été plus grandes.

La science ne peut rien contre la foi.

Mais ce genre de pari pascalien fait peur quand il s’applique non pas à l’au-delà mais à notre monde concret en train de tourner à la vallée de larmes.  

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

G.20 à Londres : une décision historique !

Le G.20 a pris une décision historique dont il convient de jauger la portée.

Il a décidé de décider à nouveau ce que la dernière assemblée générale du FMI avait déjà décidé : autoriser la vente d'une partie du tas d'or de l'institution. 

On peut prendre ce bégaiement sur le ton de la plaisanterie. Ce serait une erreur.

Le G.20 signifie qu'il n'y aura jamais de retour à l'étalon-or et à une monnaie dont la création ne soit pas strictement entre les mains des Etats. 

L'augmentation des DTS, Droits de Tirages Spéciaux,  un si joli nom pour une monnaie, le plus beau jamais trouvé sans doute, n'est pas l'amorce d'une monnaie internationale, malgré le "triplement" sur lequel on affecte de s'extasier.

Il évitera à la FED et à la BCE de se ruiner en soutien des banques centrales des petits pays, y compris en Europe de l'Est.

On notera que la conférence n'a pas cru devoir faire le bilan des mesures annoncées à Washington  en novembre lors du précédent G.20.  Et qu'à l'automne le G.20 se réunira à nouveau  et qu'il y a fort à parier qu'il ne fera pas plus le point des mesures prises aujourd'hui.

La décision a donc été prise de ne  rien bouger sur le front monétaire et  de lancer un message fort  vers le monde de la finance : "business as usual". Les marchés ont salué.

C'est bien une décision historique.

Washington, Londres, New-York : tout un symbole.

 

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des Economistes E-toile

Une notion controuvée : le prêt « toxique" !

Une grande partie des discussions qui ont lieu depuis le début de la crise ouverte, à  la mi-septembre 2008, porte sur l’élimination des actifs «toxiques » des banques qui les empêcheraient de faire normalement leur travail.

Cantonner ces actifs dans des structures ad hoc serait la clef de toute solution rapide.  Le plan Paulson avait cette ambition.  On a vu qu’il n’a pas marché, l’argent étant redéployé vers le renforcement du capital des banques.  On voit renaître cette préoccupation avec le plan Geithner, le successeur de Paulson , qui est extrêmement complexe et connaît  les mêmes difficultés. Pourquoi ?

La crise est due à un surendettement global massif. Les dettes ont fini par atteindre aux Etats-Unis près de 400% du PIB et on est très au dessus de 300% en Europe. Ne parlons pas de l’Islande !

C’est cette montagne de dettes qui s’est effondrée dans un grand coup de tonnerre. 

Il faut bien comprendre ce que cela représente, 400% d’encours d’endettement ! Imaginons que la durée moyenne globale des prêts soit de 4 ans : cela veut dire qu’il faut rembourser un principal de 100% du PIB chaque année, auquel il faut ajouter les intérêts. C’est clairement impossible !  Un pays ou le monde entier ne peut pas consacrer tout son revenu à rembourser des emprunts.    Si la durée moyenne est de 16 ans,  on voit qu’il faut tout de même consacrer le quart du PIB  aux remboursements et  le cumul des intérêts devient terrifiant.
On notera que la nature de la dette est sans importance dans l’affaire : qu’elle soit publique ou privée, qu’elle porte sur telle ou telle catégorie d’actifs n’a strictement aucune importance.

En un mot, à ces niveaux d’endettement tous les prêts sont toxiques pour la simple raison qu’ils ne peuvent plus espérer être tous  remboursés !

Nous étions  arrivés à cette situation où pour chaque transaction commerciale intérieure on constatait dix transactions  financières et pour chaque mouvement de marchandises international  cent mouvements de capitaux.  Croire que tout cela était durable était évidemment une fantasmagorie.

Il fallait que quelque chose craque. L’amorce de la crise est passée par le blocage des crédits hypothécaires. C’est assez normal : ce sont les prêts les plus longs et ils ont fini par être financés par des soldes de trésorerie de SICAV monétaire !    Mais en fait tous les prêts, qui sont des espoirs de remboursements sur des produits futurs,  étaient en danger et l’ensemble des circuits économique menacés de congestion immédiate et intense, une fois que l’évidence de l’impossibilité du surendettement aurait gagné l’opinion publique.

C’est une des raisons de l’affaissement immédiat et radical de tous les circuits économiques et pas seulement de la filière des subprimes (qui est arrêtée  de jure  depuis juillet 2007 mais l’était de facto dès la fin 2006).

Démondialisation, déleveraging, dégonflement des bilans des banques, tout cela va ensemble.

L’épargne s’est repliée en urgence vers la liquidité, ruinant  les  bourses  et ajoutant une crise d’illiquidité à une crise de solvabilité des banques.

La réponse des Etats a été de sauver les banques pour ne pas en plus ruiner les déposants.  Les banques centrales et les Etats ont repris une partie de la dette à cet effet. Mais globalement on ne voit pas que cela change l’image générale de la crise. 

La spéculation dont le jeu faisait ou défaisait les cours des matières premières s’est largement arrêtée, la crainte de pertes immenses faisant fondre les ressources des hedge-funds à grande vitesse.  L’achat à crédit s’est effondré touchant les produits les plus chers, avec un quasi arrêt de la vente de voitures, d’immeubles, d’équipements divers.  La peur de manquer a fermé les portefeuilles pour les dépenses non indispensables. 

La bougie économique s’est consumée  par les deux bouts.

Tous les encours de prêts « sains » correspondant à une activité économique régulière sont désormais  devenus « toxiques ».

On voit que la notion de cantonnement d’actifs toxiques à ces échelles  n’a pas grand sens, que la reprise des encours de prêts de banques par la banque centrale ou l’Etat a des limites et que la dynamique de la «crise » est encore là pour un moment.

Il n’y a pas de solution simple. 

Il faudra bien en passer par des pertes massives sur les prêts aventurés.  Elles ont d’ailleurs largement eu lieu. La restructuration de la dette en supprimant les prêts à clauses « pochette surprise », en allongeant les termes et en réduisant les intérêts à presque rien aurait apporté son bénéfice.  Elle est rendue extrêmement difficile par l’existence d’un système de changes flottants et le caractère international des engagements financiers.  Faute d’intelligence de la situation et de levier politique, la question est traitée par prétérition.

Mais surtout il faut redonner un horizon économique aux producteurs et aux consommateurs.  Ils sont aujourd’hui congelés. Tous les circuits financiers et économiques internationaux sont à l’arrêt. Les déformations de trafics commerciaux  imposées par le gonflement des mouvements de capitaux à des sommets intenables et aggravées par des changes en folie,  sont caduques.

Plus personne ne sait qui est qui et où l’on va. Les plans de relance nationaux ne fonctionnent pas  parce que personne ne sait à quelle nouvelle structuration des échanges internationaux ils vont conduire ni s’ils ne vont pas créer à nouveau des déséquilibres intolérables de balances des paiements.

On est bien loin des subprimes, des normes comptables, des agences de notation, des bonus et des stocks options.  On est bien loin du G.20 et des mesures qu’il s’apprête à prendre.

Le plut tôt les gouvernants auront abandonné l’idée que nous vivons une crise des subprimes aggravée par la dérive des contrats mathématiques complexes mal jugés par les agences de notations, alimentés par la cupidité  et trahis par la comptabilité, le plus tôt on sortira de l’aveuglement.  Et le plus vite on pourra mettre de côté des fausses mesures qui sont autant de coups d’épée dans l’eau.

Si le monde avait pu être sauvé en mettant en réserve les 7% de prêts du marché immobilier international qui était aventurés, ce qui est la mesure de toxicité offerte par les experts du secteur,  il le serait déjà !   Il n’y a plus de subprimes ; les agences de notation  font désormais plus qu’attention ; les 200.000 salariés des banques qui travaillaient dans le secteur des prêts adossés sont sur le carreau et les gouvernements ont tous autorisé des changements de méthodes comptables pour certains prêts.  Les hedge funds ont pris une raclée mémorable qui va les calmer un certain temps.

Pourquoi diable  dans ces conditions le G.20 se réunit-il ?

Tout cela est un théâtre d’ombres.  Il est plus que temps de revenir aux réalités.  

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile

Le devoir des économistes

Le devoir des économistes

Le rôle de l’économiste est d’apporter une réflexion rapide sur les grands enjeux qui font l’actualité. Se contenter, comme le font la plupart des économistes sollicités par les media, de commenter les évènements après coups quand tout  mystère a disparu, n’apporte rien.  Pratiquer l’art de la posture  en prenant des positions idéologiques « gauche-droite »  convenues ne fait dire que des sottises. 

Il faut partir des faits et donner des clés d’interprétation.  La réflexion économique le permet.  L’erreur est en général assez facile à détecter.  Alors il ne faut pas craindre d’analyser les faits à chaud.  On peut se tromper. Ce n’est pas grave.  Une erreur impose de remettre en cause une manière de voir tel ou tel mécanisme ? Et alors ? C’est l’occasion d’un progrès dans la connaissance et la réflexion.

La pratique habituelle de la réflexion sur les faits économiques courants impose d’avoir eu une longue fréquentation avec les faits économiques du passé.  Tout change et les conceptions qui pouvaient dominer un moment finissent par devenir caduques.  Mais le déroulement des faits montre de nombreuses constantes.  Et de même qu’un médecin améliore son diagnostic au fur et à mesure des cas qu’il observe et qu’il traite,  l’économiste enrichit  ses  capacités en élargissant le champ de ses observations, historiquement et géographiquement.

Malheureusement les économistes universitaires refusent de traiter l’actualité : bien trop dangereux.  Ceux qui pratiquent au sein des grandes institutions se cachent derrière l’économétrie.  S’ils se trompent c’est la faute du modèle.  Les économistes d’entreprise supportent le double biais du manque de moyens et des intérêts de la firme qu’ils servent. 

Le résultat : les économistes ne sont bavards qu’en collectifs et pour soutenir des causes politiques le plus souvent désastreuses.  Les étudiants en économie sont dévastés par l’inutilité de ce qu’on leur apprend qui est déconnecté de toute réalité et de l’actualité.  Les citoyens sont gavés de polémiques stériles et ne peuvent rien comprendre d’un monde économique qui parfois les traite durement.

C’est pour casser cette logique qu’a été créé le cercle des Economiste E-toile.  Depuis 1997 nous essayons de donner des coups de projecteurs « à chaud » sur les mesures prises par les uns et les autres en les mettant en perspective.  Le plus souvent pour dénoncer des erreurs. 

Mais qu’est-ce qu’une erreur ? Pour nous c’est une mesure  qui n’atteindra pas les buts qu’elle s’est fixés et qui finira par causer des dommages.  Ou encore une évolution négligée qui finira, faute d’avoir été observée et comprise à temps, finira par avoir des conséquences graves.  Ou enfin des réformes importantes qui auraient du être faites et qui faute de l’avoir été à temps provoquent des drames.

Quelles sont donc les erreurs ainsi définies que nous avons constamment dénoncées publiquement à chaud et à temps ?

-    La forte reprise de l’emploi en 1997 qui n’a été détecté qu’avec retard.  Les esprits étant encore restés bloqués sur l’idée que « le plein emploi, c’est fini »,  comme l’indiquent les propos de Seguin qui à l’époque stigmatise ceux qui attendent le « Godot de l’emploi »  ou la préface de Rocard au livre de l’abruti Rifkin sur « la fin de l’emploi ».  Cette erreur d’observation des faits conduira à l’erreur gravissime des 35 heures que nous dénonçons au moment même où  « un appel des 125 économistes pour les 35 heures » vient polluer les pages d’un grand quotidien du soir.
-    Nous dénonçons les coups de pouces démagogiques au Smic comme une source de chômage structurel en France.
-    La très forte reprise mondiale de l’activité à partir de 1997 qui n’est pas vue et qui provoque une seconde erreur : un accroissement massif de la fiscalité par DSK  qui, venant après le coup de massue fiscal de Juppé, provoque un afflux de recettes démesuré.  A cette occasion nous dénonçons une erreur magistrale de DSK qui précise que le taux de prélèvement baissera avec la croissance, alors que nous affirmons que l’impôt étant globalement progressif la croissance aura l’effet inverse sur les recettes fiscales.  Et nous aurons l’affaire de la « cagnotte ».
-    Nous dénonçons en 98 l’analyse faite par les américains qui veulent voir dans le chaos monétaire qui se produit peu après le tremblement de terre de Kobé la conséquence de régimes de « cronies » et une crise des pays émergents, alors qu’il s’agit d’une crise du dollar et des changes flottants.  
-    Nous contestons la création d’emplois aidés précaires dans la fonction publique qui ne peut déboucher sur rien et qui ne tient pas compte de la reprise générale de l’emploi.
-    Nous démontrons qu’un smicard est l’occasion d’un prélèvement fiscal ahurissant de près de 60%, que les salaires moyens sont l’occasion d’un prélèvement de 60 à 70%, que les hauts salaires sont l’occasion d’un prélèvement de 70à 80%.
-    Nous dénonçons le fait que l’ISF touche des catégories sociales de faible revenu et que tous impôts confondus environ trente mille français paient plus de 100% d’impôt. Nous considérons cela non seulement comme une erreur économique mais surtout une faute politique qui trahit le pacte républicain.
-    Nous sommes les seuls à donner le lendemain de l’instauration du Corralito une explication complète de la crise argentine  comme la contradiction entre un système de fixité très artificiel (le régime de change dit du currency board)  et le flottement du dollar.  Aucun économiste ne commente cette crise dans la presse française qui se contente d’articles outrés sur l’explosion de la pauvreté.  Le seul économiste qui finit 15 jours plus tard par faire un article sur la crise est Christian de Boissieu. Il se contente de donner la traduction en bon français de Currency Board (caisse d’émission)… 
-    Nous annonçons en 1999 que la crise décennale arrivera aux Etats-Unis  en 2000 et frappera la France à plein deux ans après en 2002.  En vain.  Pris dans le tourbillon de la frénésie de spéculation conjointe sur le dollar et les actions des NTIC  l’euphorie est invincible.
-    Nous défendons Maurice Allais qui est mis en pièce par les media parce qu’il annonce une grande crise  financière et monétaire dans son livre de 1999.  Nous précisons néanmoins qu’il se trompe sur la crise de 1998, comme il s’était trompé en 1986.   En revanche nous cautionnons en totalité son analyse des défauts gravissimes des changes flottants et de la dérégulation financière. 
-    Nous dénonçons l’illusion à droite des retraites par capitalisation.
-    Nous dénonçons les théories qui fleurissent à l’époque sur la fin du cycle et des crises économiques.  Venant des Etats-Unis, ces théories expliquent qu’avec l’informatique, Internet  et l’arrivé d’une économie de l’information, il n’y a plus de stock donc plus de cycle.  Evidemment la crise qui frappe à partir de 2000 rend ces élucubrations caduques. Mais elles auront encombrés près de deux ans les colonnes des journaux.
-    A l’occasion de la sortie d’un livre sur le cycle de Krondratieff qui annonce le début d’un âge d’or nous, précisons que les cycles de 10 ans sont une réalité constante et facile à constater dont il faudrait tenir compte. En revanche le cycle de Kondratieff est une fantasmagorie statistique sur laquelle on ne peut rien fonder.  L’auteur ne doit pas être à la fête s’il se relit !
-    Nous nous opposons à Milton Friedman qui prétend que l’Euro n’est pas possible et éclatera en moins de trois ans.  
-     Nous nous opposons en 2000 aux idées d’Allègre que nous soutenons  par ailleurs dans ses tentatives de réformer la recherche et l’université,  sur les stock-options.  Nous considérons que les stocks options ne doivent être autorisées que pour les « start-up ».
-     Nous dressons un bilan consterné de la gestion Jospin : ayant bénéficié d’une phase d’expansion du cycle très forte  il a conduit une politique à rebours des nécessités, fait perdre son temps à la France et il laissera la France en mauvaise situation pour faire face au retournement conjoncturel.  Il aura été aussi néfaste que Rocard qui s’était trouvé dans une situation comparable et avait été encore plus nocif !
-    Nous dénonçons l’expansionnisme monétaire formidable des Etats-Unis et indiquons, les premiers (cette analyse n’apparaîtra dans la presse que plusieurs années plus tard)  que l’inflation des moyens de paiement n’apparaît pas dans les prix des biens de consommation uniquement du fait de l’ouverture internationale et de l’entrée de la Chine dans la compétition mondiale.  Nous indiquons que l’inflation se traduit par la hausse des prix des biens durables (immobilier,  or, commodities etc.).
-     Nous analysons la crise de 2000-2002 comme le produit du cycle périodique (qui est contesté par tous les économistes alors qu’il est une des constantes les plus lourdes de l’économie mondiale)  et des travers des changes flottants.  Nous contestons les méthodes de Greenspan qui à l’époque est considéré comme un génie.
-    Tout en  trouvant normal que les impôts soient effectivement baissés par Fabius qui craint « le mur fiscal » pour les prochaines élections,  nous considérons que ce sont ceux qui pèsent sur les coûts de production et l’incitation à investir qui  doivent l’être.   Et qu’il aurait surtout fallu baisser les dépenses publiques au lieu des augmenter sans fin, notamment dans les collectivités locales.   Au lieu de cela Jospin fait l’erreur de baisser l’impôt sur le revenu et la TVA, alors qu’il aurait du changer l’assiette de l’ISF (la gauche était mieux placée que la droite pour le faire)  par transfert sur les hauts revenus, et commencer à démanteler la taxe  professionnelle.
-    Nous regrettons la politique d’immobilisme absolu de J. Chirac après que son camp   qui refuse de toucher aux 35 heures, qui pérennise l’ISF et qui aggrave la pression fiscale en prétendant  la réduire.  La « pause de la baisse des impôts » reste une des farces politiques les plus saumâtres de ces dernières années.
-    Nous dénonçons le CPE (avant même la révolte étudiante) et ridiculisons les politiques arbitraires venues d’en haut.
-    Nous dénonçons  « l’énarchie compassionnelle »  qui est la base de la politique française depuis Giscard et qui trouve son apogée délétère à  la fin du quinquennat Chirac qui prend une tournure de fin de règne extrêmement glauque. 
-    Nous nous interrogeons sur l’opportunité de la baisse de la TVA sur la restauration.
-    Nous dénonçons la création de l’Euro à contre cycle.   Depuis 1989 l’Europe décroche du reste du monde avec un taux de croissance très faible du fait des contraintes exceptionnelles que lui imposent d’abord la politique de réunification allemande (avec l’erreur de la parité monétaire immédiate avec l’Est) puis les restrictions monétaires précédents l’introduction de l’Euro.  Le coup de bambou fiscal de Juppé est largement du aux nécessités des critères de Maastricht, même si l’absurdité de la politique suivie par Rocard en est la cause principale.  L’Euroland aura eu un coût économique extrêmement fort.
-    Au cours de la campagne électorale présidentielle nous défendons deux thèses :
o    La gauche n’a aucun programme crédible et comme en 1997 compte sur des « coups » démagogiques pour gagner.
o    La droite de Sarkozy commet une grossière erreur en oubliant que le cycle va se retourner pendant son quinquennat et qu’il est donc absurde et dangereux de prétendre faire gagner des points de croissance  et faire croître plus vite le pouvoir d’achat.
o    Nous affirmons : « Sarkozy et Fillon sont sans doute des surdoués de la politique ; mais pas de l’économie ».
-    Nous défendons la directive Bolkenstein sur la libéralisation des services au sein de la communauté européenne.
-    En revanche nous regrettons la disparition de tout tarif extérieur commun.
-    Nous dénonçons le système absurde qui s’est mis en place après la crise de 2000-2002 qui voit les Etats-Unis s’endetter pour acheter à bon compte des produits chinois artificiellement bon marché.  Nous ridiculisons l’attitude qui consiste à se plaindre de 10% de droits de douane et à ne rien dire quand un partenaire voit sa monnaie dévaluée de 50% !
-    Nous considérons que la baisse du dollar et surtout celle du Yuan qui lui est artificiellement lié créent une situation totalement dommageable. La Chine ne pouvait pas sans danger cumuler  des coûts salariaux très bas et les fruits d’une dévaluation massive !  Le résultat nous paraissait extrêmement lourd de conséquences non seulement pour l’Europe mais aussi pour les Etats-Unis et pour la Chine elle-même. Des croissances de plus de 10% ne sont pas tenables.  Et la vulnérabilité financière des Etats-Unis devenait critique. En même temps l’épargne européenne ne trouvait plus à s’employer utilement et finira dans la spéculation. 
-    Nous annonçons  fin 2005 le retournement de conjoncture pour 2008 aux Etats-Unis et 2010 pour la France.  Ce diagnostic sera précisé en 2006, du fait des craquements  qui se font jour sur le marché immobilier américain et la grande volatilité des bourses.  Nous avançons d’un an  le départ de la crise aux Etats-Unis que nous voyons dès 2007 avec le gros de la récession en France en 2009. Nous prévoyons que la crise sera exceptionnellement forte (au moins du niveau de celles de  1974 et 1993).
-    Nous exprimons les  réserves les plus expresses sur le plan Tepa. Les mesures sont électoralistes et sans impact économique fort.  La défiscalisation  d’une tranche élargie de l’impôt sur les successions,  celle des heures supplémentaires et  la déductibilité des intérêts d’emprunt  touchent un grand nombre de personnes ce qui expliquent sans doute qu’on ait choisi ces mesures. Mais elles n’ont aucun impact économique sérieux tout en étant riches d’effets pervers.
-    Nous dénonçons la vanité et les dangers du bouclier fiscal qui laisse penser que les riches sont « protégés »,  sans laisser espérer le moins du monde la fin des départs de riches entrepreneurs et en ayant des effets pervers massifs.
-    Nous annonçons début 2007 l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis et la fin du rêve immobilier français.  Nous conseillons de boucler toutes les opérations de ventes immobilières avant la fin de l’année.
-    Dès juillet 2007 nous indiquons que le blocage des marchés interbancaires provoqués par l’effondrement des subprimes est le signe avant coureur d’un effondrement  du système financier mondial. Nous écrivons : « l’immense pyramide des crédits permise par les déficits américains est en train de s’effondrer ».  Nous annonçons l’arrivée de la récession sur différents média anglo saxons.
-    Nous envoyons différents textes aux grands media français sur l’imminence d’une crise et sur la nécessité de s’y préparer.  Nous évoquons les conséquences des changes flottants et soulignons que cette crise là sera forte. Aucune réponse.
-    Nous créons ce blog en juin 2008 pour tenter d’obtenir une audience un peu plus large que celles des forums où les textes ne sont lus que par une poignée d’internautes et  ne restent pas.
-    Les thèmes que nous défendons peuvent être constatés sur ce blog :

o    Illusion de la RGPP
o    Illusion de la baisse fiscale et des « cadeaux aux riches »
o    Illusion du RSA
o    Nature financière de la crise
o    Illusion de la  prévision de hausse à 200 euros du baril de pétrole
o    Erreur de croire qu’il s’agit d’une crise des subprimes
o    Dénonciation de l’étrange doctrine du  « découplage » (la crise ne toucherait que l’immobilier américain mais pas le reste de l’économie, la crise ne toucherait que les Etats-Unis mais pas le reste du monde, la crise toucherait les Etats-Unis le RU, l’Irlande et l’Espagne mais pas le reste du monde, la crise toucherait les Etats-Unis et l’Europe mais pas le Bric (Brésil, Inde, Chine), la crise toucherait tout le monde sauf l’Afrique qui continuerait à tirer la croissance (sic). 
o    Explication monétaire de la crise  et démonstration que le G.20 est à côté de la plaque ; annonce que le sommet de Washington ne débouchera sur rien).
o    Avertissement que le commerce mondial est à l’arrêt et de l’inanité des prévisions mondiales du FMI.
o    Retour sur la nécessité de changer d’assiette  l’ISF
o    Retour sur la nécessité de revenir sur l’emploi généralisé des Stock options
o    Dénonciation de la banque universelle et de la banque assurance
o    Explication détaillée  des mécanismes de la crise.
o    Illusion du sauvetage du monde par la Chine.

Dans un article au Figaro, finalement accepté par Yves de Chaisemartin,  nous dénoncions les trois évolutions fatales qui pesaient sur le monde :
-    Le système monétaire international des changes flottants du fait de son instabilité structurelle pesait sur la croissance tendancielle (ce qui expliquait la fin des « trente glorieuses ») et faisait courir au monde le risque d’une crise désastreuse.
-    L’Europe était en stagnation  et devait inventer une autre manière de s’imposer dans l’économie monde.
-    La France était en train de se tuer à force de malthusianisme,  d’immobilisme, de fiscalité outrancière et de démagogie.

Nous vivons à l’heure actuelle la manifestation aigüe de ces trois tares économiques majeures.

Le devoir des économistes était d’être clairvoyant

Notre expérience prouve que cela était possible sur la plupart des grandes questions, même avec les moyens dérisoires qui sont les nôtres.

Le côté optimiste de la chose est que la plupart des erreurs économiques dénoncées auraient pu  être facilement  évitées.  Combien de souffrances l’auraient été du même coup !  Le côté pessimiste est qu’elles auraient du l’être  et facilement, et par tous.  Car dans toutes les discussions privées que nous avons eu depuis plus de 10 ans, jamais personnes n’a contredit nos analyses.  

Mais les économistes officiels se sont tus ou ont cautionné toutes les âneries par veulerie, esprit partisan ou esprit de cour.   La presse n’a pas joué son rôle. Mais on ne lui a pas facilité la tâche.  Quant aux politiques, on reste sans voix devant leur impéritie.    Le système féodal qu’est la politique réduit l’expression d’idée à la communication par quelques uns.  La comm’ n’est pas l’information. Elle cache un autisme généralisé.

Il n’ya plus de débats même s’il y a désormais pas mal d’échauffourées médiatiques mais totalement convenues et avec toujours les mêmes qui font bien attention à ne prendre aucun autre risque que celui de l’appartenance à un camp ou à un clan.

L’Université et la recherche économique en France, elles, sont inexistantes et se complaisent dans l’insignifiance.    Le fait que cela est  exactement la même chose dans le reste de l’Europe n’est pas une excuse.

Alors oui : il faut appeler la France à renouer avec l’excellence économique, avec le commentaire permanent des questions chaudes et avec un poids intellectuel et pratique supérieur dans le monde.  Les Etats-Unis ont sans doute la plus belle brochette d’économistes nobélisés. C’est aussi là que les pires erreurs ont été faites car ils ne pensent qu’à défendre les intérêts américains avec la plus totale mauvaise foi.  Il n’y a strictement rien à en attendre.  

Dans ces conditions l’indigence et la médiocrité économiques perpétuelles en Europe et en France  ne sont pas une solution  mais un crime contre l’humo economicus  en  souffrance. 

Didier Dufau  pour le Cercle des Economistes E-toile.

Encore un livre de banquier sur la crise !

Dans la collection Tribune Libre chez Plon, M. Matthieu Pigasse, vice président de la Banque Lazard,  et donc caution bourgeoise du livre, assisté d’un certain Fichelstein, porte plume, se livre à l’exercice littéraire à la mode : commenter la crise.  Après tout,  que les banquiers, après avoir nourri la crise, veuillent gagner un peu d’argent en la commentant, pourquoi pas ?  La cupidité ne saurait disparaître en un instant !

Comme la floppée de livres du même type  qui emplissent les rayons aujourd’hui, l’essentiel du livre est la compilation des événements qui ont marqué ces derniers mois  avec l’inévitable plongée  dans la dérive des crédits immobiliers, la saga des banques d’affaire américaines, la distribution des risques par la titrisation,  puis l’enflure des formes de crédits incompréhensibles, la défaillance des agences de notation, les effets pervers de certaines normes comptables, etc. 

Le lecteur fidèle à ce site ne trouvera exactement rien de plus de ce que nous avons déjà décrit en temps réel depuis de longs mois.

La véritable interrogation lorsqu’on lit ce genre de livre est de savoir s’il mettra à jour des faits sus du sérail et qui ne seraient pas encore connus et si les analyses sur les causes  justifient des solutions intéressantes.

Première déception : il n’y a aucun fait nouveau. Tout ce qui est dit s’étale dans les journaux  depuis des semaines et est connu de ceux qui ont suivi l’actualité avec attention.  Bien la peine de faire appel à un banquier international dirigeant d’une grande banque normalement au cœur des affaires !  C’est une simple compilation de choses connues.

Seconde déception : il n’y a aucun effort de diagnostic particulier.  Au départ il ya le vilain Greenspan (qu’on a adoré sans limite et sans une seule critique pendant 20 ans) qui dévergonde le crédit, qui permet la bulle immobilière, que les banques amplifient avec des moyens techniques sophistiqués, que les agences de notation ne comprennent pas, que les régulateurs ne regardent pas,  et quand tout casse, les règles comptables viennent aggraver les choses.  Air connu.

Troisième   déception : faute de diagnostic il n’y a aucun début de commencement de préconisation  utile.  On reste dans les généralités et le « wishful thinking » parfois très loin des problèmes concrets qui se posent.

Au début on y croit encore un peu : au moins les auteurs font remonter la crise à 1988-89  et ne se contentent pas de partir de 2003 ! On se dit : la dynamique des évènements depuis trente ans va être éclairée. Et bien non.

Le schéma des auteurs : La crise boursière de cette époque est traitée par Greenspan par une inondation de crédits. On stigmatise Greenspan pour cette faute. Et on passe directement à la bulle internet vue comme précurseur de la bulle immobilière qui est déclarée comme commençant en 2003 (elle commence en 97).  

Pourquoi y a –t-il eu crise en 88-89 ? Les années 70 et 80 n’ont-elles pas été marquées par des crises financières à répétition ?  N’y a-t-il pas eu un changement radical de paradigme des politiques économiques et financières à cette époque ?  La politique Volcker qui avait provoqué la récession assez dure du début des années 80 n’est-elle pas en partie l’explication de l’attitude de Greenspan ? 

N’espérez rien sur ces sujets. Ils ne sont même pas abordés.  Alan Greenspan est un démon né par magie et qui va envoyer le monde dans le mur. Alors on le montre dans ses premières décisions. Point stop.  On citera la crise du Japon pour simplement avertir qu’on pourrait entrer dans un mécanisme de ce genre. Les causes et la nature de cette crise, qui va s’étaler dans les années 80, ne sont  même pas abordées.

Les deux crises majeures que sont la récession de 91-93 qui frappe le monde entier et la crise de 1998 qui désarticule  l’économie des nombreux pays sous développés sont totalement ignorées.  Pourtant il s’agit pour l’une de la première récession depuis la guerre, un sacré avertissement ! Et la seconde montre bien l’ampleur des désordres financiers et monétaires  qui affectent la croissance mondiale. 

On n’en dit pas un mot pour une raison simple : elles n’apportent aucune eau au moulin de la thèse des auteurs qui est la chanson générale : trop de crédits à cause de Greenspan, bulles, gestion dérégulée des finances, explosion.

Du coup on ne comprend rien. D’accord l’Islande s’est endettée au-delà des possibilités de son PIB. Mais pourquoi et comment est-ce que cela a été possible ? Greenspan ? Evidemment non.  D’accord les Etats-Unis ont débridé les crédits. Mais pourquoi est-ce que cela fut possible ?  Les déficits de balances de paiements perpétuels n’ont joué aucun rôle ?   Si oui comment ont-ils été possibles ? Des crédits complexes ont été mis en œuvre mais pourquoi fallait-il une telle complexité  et pourquoi  ont-ils connus cette diffusion mondiale ?  Vous ne trouverez aucune réponse dans le livre.

Pour cela il aurait fallu remonter un peu plus tôt avec la disparition des règles de Bretton Woods et l’introduction de facto d’un système de changes flottants et de liberté totale des mouvements de capitaux.   Les américains ont fait sauter le système de Bretton Woods parce qu’ils ne voulaient en aucun cas mettre fin à leurs déficits insensés de balances des paiements.

Ce sont ces déficits qui sont à l’origine de l’immense création monétaire qui a permis aux banques américaines   de se goberger pendant des années.  Les changes flottants devaient avoir deux effets : réduire le spreads des taux d’intérêt à travers le monde grâce à la libre circulation des capitaux et aboutir à une certaine stabilité automatique des taux de change.  Dans la pratique on a vu exactement le contraire. C’est la liberté des mouvements de capitaux et le déséquilibres des taux d’intérêt qui a permis à l’Islande la politique bancaire qu’elle a connue.  Greenspan n’y est pour rien.

Si Greenspan a pu élargir les déficits et les rendre incontrôlables, c’est que le système des changes flottants le permettait.

Périodiquement on ruinait les créanciers.  Si le Japon est entré en récession longue c’est d’abord à cause de la masse de dollars dévalués qu’elle a du absorber en tant que gentil allié des américains.   Si la Suède voit ses banques ruinées en 1992 (en vérité l’ensemble du système bancaire mondial est passé à deux doigts de l’explosion) ce n’est pas à cause d’une politique nationale particulière.  Mais de la bulle née aux Etats-Unis permise par les changes flottants  qui a fini par exploser là où l’économie était passagèrement la plus faible.

Non le FMI n’a rien vu venir. Rogoff son économiste en chef en dépit de la réalité explique que les crises sont de moins en moins graves et donc que les changes flottants jouent leur rôle : ils harmonisent les conjonctures, les taux d’intérêt etc.  Du vent !  Si les économies des pays en voie de développement ont lâché en 1998 c’est parce que le dollar après avoir été effondré par Greenspan est reparti à la hausse de façon verticale mettant en danger tous les circuits d’emprunt en dollar et déréglant les changes.

A force d’écarter les faits qui ne rentrent pas dans la démonstration et d’oublier les évènements les plus significatifs, le livre perd tout intérêt explicatif.  Les solutions apportées, appuyées sur un diagnostic partiel voire inexistant, sont évidemment totalement à côté de la plaque.   Faire entrer la Livre dans l’Euro est un vœu pieu.  Fusionner la France et l’Allemagne est très chic et très « grande géo politique ». Mais tout cela est un peu distancié par rapport aux urgences.   Tout le reste est classique : contrôler les hedge funds, refonder les agences de notations,  changer les règles comptables etc.  La broutille habituelle.

En fin de livre on aborde la question du FMI et d’un nouveau Bretton Woods (une page) . Oui mais sans remettre en cause les changes flottants. On évoque la mise en œuvre des DTS (droits de tirage spéciaux) mais  on omet de  dire qu’ils existent depuis le début des années 70 et que les changes flottants leur ont fait perdre la totalité de leur rôle !  On ne peut évoquer Keynes et son Bancor en conservant les changes flottants.  Or pour un banquier remettre en cause les changes flottants ce serait comme remettre en cause le prêt à intérêt ! IM-POS-SIBLE !  Il y a trop de bon business derrière pour les banques.  Et la libre circulation des capitaux ferait du mal à Lazard !

N’y-a-t-il rien à garder de ce livre ? Si bien sûr : la condamnation radicale et définitive de la « banque universelle ». Comme c’est un de nos dadas nous somme heureux de voir qu’une voix autorisée de la haute banque s’accorde à le penser.   C’est de l’intérieur que Matthieu Pigasse peut dénoncer les innombrables conflits d’intérêt qu’offre la banque universelle. Et son danger systémique.

On trouve aussi une jolie formule sur les banques américaines en crise de solvabilité et les banques européennes en crise de liquidité.  C’est évidemment faux mais arbitrer ainsi de façon distributive  la querelle entre ceux qui pensent que la crise bancaire est partout une crise de solvabilité ou qu’elle est partout une crise de liquidité, est une astucieuse façon de dédouaner la banque européenne  de toute faute.  UBS, Fortis, Royal Bank of Scotland, Natixis et une flopée de banques allemandes  apprécieront. Quand on est banquier européen il faut aussi être diplomate !  En vérité les banques sont partout à la fois en crise de solvabilité et en crise de liquidité…

On s’amusera également de la dernière phrase ciselée pour la pose : « l’urgence est de retrouver le temps long ». Les entreprises et les particuliers   frappés par la crise risquent en effet de trouver le temps long si on en reste à ces analyses croupions et à moitié aveugles.  Elles peuvent même finir au tombeau et ce n’est pas Lazard qui les ressuscitera !
Il faut supprimer les changes flottants : il y a urgence !  C’est le B.A.  BA de cette crise. Le reste est du blablabla.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.



Les erreurs de Nicolas Sarkozy


Nous voici au point où les erreurs accumulées par Nicolas Sarkozy finissent par avoir leur effet délétère non seulement sur sa côte dans les sondages mais sur la situation morale et politique de la France.

Quelles sont donc les erreurs commises par Nicolas Sarkozy qui lui sont directement imputables et qui auraient pu être facilement évitées ?

La première c’est évidemment de ne pas avoir voulu voir la crise venir.   Entouré d’économistes de cour bien décidés à ne rien dire qui puisse fâcher, il se lance dans une campagne électorale complètement à côté de la plaque, du point de vue économique s’entend.

Fin 2006, tout est connu de la crise qui se précise.  La bulle immobilière a déjà commencé à se dégonfler aux Etats-Unis. Les statistiques de la construction montrent déjà le repli des chantiers et les prix vacillent.  L’endettement des Etats-Unis culmine à des sommets intenables.  Les déséquilibres internationaux sont partout devenus des gouffres. 

Nous-mêmes, après un à coup boursier particulièrement dur, révisons alors nos prévisions.  Nous pensions à une crise commençant en 2008 aux Etats-Unis et touchant la France un an et demi après, comme d’habitude.  Nous réalisons soudain que la volatilité est telle  que la crise va être avancée de six mois à un an et nous aggravons notre diagnostic sur sa violence.

En juin 2006 nous conseillons de liquider toutes les opérations immobilières projetées avant la fin de l’année et d’éviter tout investissement lourd. Nous suggérons de vendre les entreprises qui doivent l’être,  extrêmement rapidement.

On peut se moquer des « experts » qui se trompent tout le temps.  Nous ne prétendons pas au statut de pythie méconnue. Nous disons simplement que la crise était prévisible. Nous en avertissons publiquement Nicolas Sarkozy et ses équipes.

La seconde erreur découle de la première. Si une crise économique sévère se profile, il ne faut rien promettre sur la croissance, l’augmentation de l’emploi ni sur  le pouvoir d’achat.  Nicolas Sarkozy fait tout le contraire et centre sa campagne sur le pouvoir d’achat, les heures supplémentaires, le travailler plus pour gagner plus.   Les trente cinq heures deviennent une cible privilégiée alors qu’en temps de crise  dure et d’extension du chômage ce n’est pas une priorité absolue.

Les promesses aventurées sur le pouvoir d’achat sont d’autant plus dangereuses que les déficits extérieurs montrent que la consommation en France est excessive  et se finance par l’endettement.

Aurait-il pu gagner la campagne électorale sur un thème  alarmiste : la crise va venir ; préparons nous ; je ne vous promets que du sang et des larmes ?  Qui sait ? Toujours est-il que les erreurs sont faites et que toute erreur se paie au comptant en économie.

Voici Nicolas Sarkozy  président : il commet une troisième erreur : la loi Tepa.  Non pas pour les raisons avancées par les socialistes de « cadeaux aux riches ».  Mais parce qu’aucune des mesures prises n’a la moindre de chance d’avoir un effet opportun face à la crise qui s’annonce.

En pleine inconscience Nicolas Sarkosy plaide pour des « subprimes » à la française alors qu’elles seront le déclencheur de la crise aux Etats-Unis.  Le marché hypothécaire étant étique en France il se rabat sur la déduction des intérêts des emprunts pour le bâtiment. On dit aujourd’hui : cela a contrebalancé partiellement la crise de l’immobilier.  L’erreur qui devait aggraver la bulle immobilière finalement par hasard se serait  trouvée utile. C’est évidemment tout à fait faux : les banques s’étant brutalement effondrées, crédit est mort et les prêts immobiliers à déduire aussi.  Mais bon, ce n’est pas le pire.

En matière fiscale, il propose le bouclier fiscal à 50%.  Nous avons violement contesté cette mesure qui chaque jour se révèle plus désastreuse.  Ce qu’il fallait faire c’est changer l’assiette de l’ISF et la transférer sur les très hauts revenus, les rémunérations  liées aux plus values des stocks options des grands groupes et aux « golden »  parachutes et « Hello ».  On ne perdait aucune recette fiscale. On frappait des gens qui s’en mettaient littéralement plein les poches sans trop se fouler, et on évitait  le caractère abject de l’ISF qui voit des contribuables payer plus que leur revenu !  Dans la foulée il devenait possible de rapatrier les fonds partis à l’étranger moyennant une taxation  raisonnable : par exemple 10%. L'endettement s'en trouvait diminué d'autant.

Ce paquet là aurait enrichi l’Etat et la France sans ruiner personne et mis fin à des anomalies qui pèsent lourdement sur  le moral des entrepreneurs et qui ruinent  des braves gens au moment même où ils affrontent des difficultés (perte d’emploi, veuvage, maladie etc.).  Au lieu de cela le gouvernement à chaque mesure fiscale est pris au piège de l’effet bouclier qui laisse la rue penser : les riches ne paieront  jamais  d’impôt supplémentaires  alors que nous on trinque.Une mesure plus catastrophique, on ne peut pas faire.

La modification du régime des heures supplémentaires dans une perspective de crise à venir n’avait aucun sens.  On assiste à des dérives inévitables : l’industrie automobile est touchée par la crise du crédit et l’arrêt du commerce international ; elle profite d’une prime à la casse pour vider les stocks et mettre les ouvriers en vacances et au chômage technique.  Les  nombreux contrats précaires sont supprimés (CDD, intérim, sous-traitance). On relancera la production avec  des aides et en heures supplémentaires !  En prime on bénéficiera d’un prêt massif de l’Etat à des conditions avantageuses et diverses subventions de recherche pour la voiture propre du futur.

Cette combine se retrouve un peu partout.  Elle permet de donner des revenus un tout petit peu amélioré  à  des salariés moins nombreux. Aux frais de l’Etat. Alors qu’ lemploi est la seule priorité !

Il va de soi que les mesures à prendre étaient tout autres. Sachant que le travail allait manquer et qu’il fallait empêcher coûte que coûte la démolition d’équipes qui avaient été longues à constituer, il fallait travailler avec les syndicats sur l’accompagnement  des ajustements d’effectifs et les mesures de nature à éviter que le choc soit trop destructeur.  Dès 2007.

Le RSA est une autre erreur grandiose. Sachant qu’il n’y aurait AUCUNE  création d’emploi pour les personnes marginalisées,  et qu’au contraire il y aurait foule au guichet des nouveaux demandeurs,  il fallait surtout penser à ceux qui licenciés ou ne trouvant pas à s’insérer dans le milieu du travail ne devaient surtout pas  tomber dans les pièges du RMI.   Effet pervers absolu on ne créera aucun emploi supplémentaire avec le RSA mais on va entraîner par calcul à court terme des ménages à jouer le nouveau système plutôt que la recherche d’emploi.

L’incroyable cinéma autour de l’écologie  et du sauvetage de la planète a été une autre erreur. L’opinion aurait du être tendue  vers la crise, les solutions temporaires pour l’affronter, les mesures temporaires pour en adoucir les inconvénients, les mesures définitives pour en sortir vite et bien.  On réforme extrêmement mal en temps de crise.  Au lieu de se lancer dans un festival de réformettes toutes ajustées par une taxation nouvelle  au nom de l’écologie, on aurait du se concentrer sur l’essentiel.

Il en va de même de bien des actions désordonnées lancées en tout sens qui n’ont fait aucune économie réelle tout en créant un climat de panique et de ressentiment  qui a grossi les rangs des mécontents.

En même temps par démagogie on a multiplié les cadeaux aussi vite oubliés qu’encaissés. Les marins pêcheurs étaient étranglés par la hausse spéculative du pétrole qui a eu lieu début 2008 : on leur a donné des compensations massives. Bien. Le pétrole est revenu à ses cours les plus bas. A-t-on touché aux cadeaux faits aux marins ? Evidemment non.

Le résultat : fin 2008 le chômage est au plus haut ;  il n’y a plus de perspective sur le pouvoir d’achat sauf à lâcher tout et n’importe quoi comme en 1968, mais comme il y a l’Euro c’est impossible sauf à sortir de l’Europe !  Les banques sont en faillites virtuelles et ne pensent qu’à reconstituer leurs fonds propres.  Crédit est mort. Les marchés d’exportation sont à l’arrêt.  Les impôts sont au plus hauts en même temps que la dépense publique dépasse toutes ses limites et que les déficits se creusent dans des proportions ahurissantes, comme celui du budget ou celui du commerce extérieur.

Sur le plan extérieur la crise n’ayant pas été  anticipée, ses causes ne le sont pas plus.  La crise une fois venue on s’agite en tout sens mais on est strictement incapable de poser un diagnostic et de mener une campagne internationale et diplomatique sur des concepts et des mesures.  

Il fallait dès 2006 mettre en cause les changes flottants et dès l’arrivée aux affaires mener campagne sur ce thème en mobilisant les économistes  et en prenant date sur la crise inévitable.

Oui, il fallait imposer un Français à la tête du FMI mais un vrai économiste qui aurait défendu ces thèses de l’intérieur du système et exigeant de faire appliquer les accords existants.  Car pour aussi bizarre que cela paraisse le FMI devait dans les accords de la Jamaïque faire respecter les grands équilibres et mettre en cause les pays accumulant déficits ou excédents extravagants.  Au lieu de cela on a fait nommer pour des raisons politiciennes nullissimes un incapable qui depuis à révélé tous les jours non seulement son incapacité mais aussi son goût pour  des pratiques  douteuses qui n'ont rien fait pour la réputation de la France.

En conclusion, nous voici au bout d’une histoire bien mal emmanchée.

A l’intérieur le « mouvement social » comme les chiens de meute à l’hallali  guette le moment de déchiqueter la bête, c'est-à-dire l’Etat, c’est dire la population, c'est-à-dire nous. Ils veulent une hausse des salaires qui dans les conditions actuelles aurait des effets pires que les délires de 1968.  Mais à force de parler de Grenelle et de pouvoir d’achat comment éviter qu’on exige un grenelle du pouvoir d’achat !  En même temps toute mesure de réforme est aussitôt bloquée par des grèves massives.

A l’extérieur la réunion du G.20 à Londres sur la  « refondation du capitalisme » se contentera d’agiter des clochettes sans rien toucher d’essentiel.   On fera de la comptabilité, de la notation,  beaucoup de morale à trois sous. Mais on ne mettra pas fin au système des changes flottants.  Et on priera pour que les plans de relance fassent leur effet.  La France sera marginalisée.

Quelle sera la suite ? La chiraquisation définitive de Nicolas Sarkozy, surtout après des élections européennes donnant des résultats décevants ( à 22% l’UMP perd toute crédibilité) ? Des tentatives d’activisme désordonné débouchant sur des grèves de plus en plus importantes au fur et à mesure que la crise s’étend ?


Le temps perdu ne se rattrape jamais.

Des dirigeants et des conseillers dépassés : Henri Guaino

Nous continuons notre série d’analyses des vues exprimées dans la presse par les ténors de la politique ou de l’économie.

Aujourd’hui nous commentons l’interview donnée au Figaro du 24-25 janvier 2009 par Henri Guaino.

« C’est la première crise de la mondialisation »

Cette antienne se retrouve un peu partout dans la bouche des commentateurs médiatiques et des politiques.  

Il y a au moins deux erreurs dans la phrase.

Cette crise n’est pas la première d’un genre nouveau : c’est le troisième épisode de la crise commencée en 92-93, continuée en 2001-2002 et qui s’épanouit aujourd’hui.  Croire qu’il s’agit d’une « première » d’un nouveau genre garantit de ne rien comprendre.

Le concept de mondialisation est vide de sens : la mondialisation a commencé vers le 6 ième siècle avant JC avec des épisodes nombreux d’ouverture et de rétractation.   Même si on se limite à un cadre récent la seule nouveauté a été l’ouverture des pays communistes depuis 1990.  Le commerce international a plus cru pendant les trente glorieuses que dans les trente dernières années !

On retrouve dans ce genre de phrase le plaisir de faire des mots et de prendre la pose, mais cela n’ouvre sur rien d’intelligent.

 «  L’histoire n’est pas écrite d’avance et la mondialisation prépare peut-être une sortie de crise inédite. »

Ayant cru que la crise était inédite, la sortie de crise doit donc l’être. Tout cela est cohérent mais dans la jactance seulement.

« Emprunter pour placer dans les banques à 8%  cela rapporte de l’argent à l’Etat ».

Le résultat c’est surtout que les banques outre le désir de ne pas tomber plus bas doivent absolument trouver une rentabilité de 8% : le résultat est le renchérissement du crédit et une très forte sélectivité. 

On va à l’inverse du but poursuivi.

Mieux aurait valu nationaliser en prenant acte de la perte quasi-totale de valeurs des banques, cantonner les mauvais risques et repartir sur une base de prêts à des taux réalistes.  Le but de l’action conjoncturelle ne peut pas être «  de rapporter de l’argent à l’état » en aggravant la crise.


« Augmenter les impôts en période de récession serait absurde »

L’ennui c’est que depuis 2002 la droite n’a pas réellement fait baisser la pression fiscale (voir notre billet sur ce sujet)  et qu’il ne se passe pas un jour sans qu’on multiplie les taxes et les créations d’impôts nouveaux, sans parler des folies fiscales locales comme à Paris les délires Delanoë le montrent. 

Symétriquement il n’y a pas un jour sans un cadeau au peuple ou une gratuité.  Voir dans le même journal le déversement de subventions  colossales à la presse quotidienne.

« Le capitalisme financier est le contraire du vrai capitalisme »

Cette analyse est purement politique et ne recouvre rien de sérieux.

« Qu’attendez-vous du prochain G20 à Londres : ce sera une étape importante de la refondation du capitalisme»

On est dans le verbiage. On sait qu’à Londres seront annoncées des mesurettes concernant les agences de notations, les règles comptables,  la rémunération des banquiers et  certaines limitations pour les hedge funds et les paradis fiscaux.   Il y a un décalage effarant entre le vocabulaire hyperbolique des autorités françaises et l’ambition presque ridicule du G20 !

« Ce que nous voulons c’est un Etat qui entreprend, qui investit, qui innove, qui instruit, qui protège. Ca n’a rien à voir avec  le vieil Etat social démocrate  redistributeur et bureaucratique ».

Là encore, ce sont des mots.  Jamais l’Etat n’a été plus redistributeur qu’aujourd’hui et la multiplication des « droits à » et des gratuités diverses montre que le guichet des friandises n’a jamais été plus ouvert.

« Politique de civilisation : où en est-on ? -  On y est : Refonder le capitalisme c’est une politique de civilisation »

Blablabla !


« Quel modèle économique s’imposera après la crise ? – la croissance sera plus durable, il y aura moins de déséquilibres, moins d’excédents pour les uns et de déficits pour les autres »
Très bien. Mais comment ?  Là pas un mot.


Conclusion :


Le discours de H. Guaino est le miroir de celui de N. Sarkozy. Il s’agit d’une posture. On est heureux d’avoir un « discours ». Ce discours est collé arbitrairement sur une situation qu’on ne comprend pas  et qu’on ne sait pas comment aborder techniquement. 

Alors on parle de situation nouvelle qu’il faut juguler par un retour aux sources, tout en arrosant  tout et tout le monde et en creusant les déficits. 

Il aurait été meilleur d’avoir un diagnostic, un pronostic et une thérapeutique cohérente.

Alors que nous au Cercle des économistes e-toile nous avions publiquement attiré l’attention du candidat Sarkozy sur le danger d’annoncer un accroissement du taux de croissance alors qu’une crise sévère allait se produire pendant son quinquennat, son équipe n’a rien voulu voir venir et ne s’est préparée à rien. 

Alors que la crise démarre aux Etats-Unis fin 2006 et s’amplifie pendant toute l’année 2007 avec l’accident de fin juillet début Août qui marque l’ouverture de la crise bancaire chaude,  rien n’est observé ni compris. Aucune action n’est entreprise pour faire face à ce qui menace.

On développe un agenda purement politique. 

Aujourd’hui la fine équipe  joue la surprise et n’a aucune idée de la continuité des évènements qui nous ont conduits là où nous sommes.  Elle ne fait qu’inonder de crédits tous les secteurs qui viennent à la gamelle : presse, construction aérienne, construction automobile, banques,  en creusant les déficits.

Et tout s’aggrave sans aucune rémission.

Gouverner c’est prévoir, pas enfiler les formules verbales creuses.

Interview au Monde de M. Giscard : quelques commentaires

M. Giscard a donné une grande interview au Monde à l’occasion des 10 ans de l’Euro. Il est toujours intéressant de commenter les textes si rares des grands décideurs.

1. « Pourquoi l'euro a-t-il fini par s'installer ?

Pour deux raisons. D'abord, c'était la monnaie d'une grande zone assez stable. Ensuite, cette zone était gérée par une culture où l'influence allemande était forte, une culture économique raisonnable. Or le socle de la monnaie, c'est la confiance. L'euro a su inspirer confiance. Wim Duisenberg, le premier président de la banque centrale européenne (BCE), était plutôt passif, et l'économie était alors assez favorable. Cela a positionné l'euro comme une monnaie stable qui méritait la confiance. »

L’Euro, une monnaie stable ? Par rapport à quoi ? Les seules références possibles sont soit les autres grandes monnaies, comme le dollar ou le Yen, ou un métal précieux extérieur ou les biens « réels ».

Qu’avons-nous constaté vis-à-vis des biens réels : ils ont formidablement augmenté en valeur exprimée en Euro.  Ce qui veut dire que l’Euro globalement s’est déprécié de façon importante.  Les rapports avec le dollar ont évolué du simple au double passant de 0.8 à 1.56 avant de varier à nouveau dans l’autre sens.  Vis-à-vis de l’or, depuis 71 le panier de monnaies représentatif de l’euro à baissé de 96% !  L’Euro n’est pas une monnaie stable, même si l’inflation (en terme de prix de consommation) a été contenue jusqu’à maintenant depuis sa création, principalement à cause de l’ouverture à la Chine qui pèse sur les salaires et les prix. 


2.« Dans cette crise, l'euro a-t-il joué un rôle protecteur pour les économies européennes ?

C'est évident. Que se serait-il passé s'il n'y avait pas eu l'euro ? Nous aurions assisté à une crise monétaire générale en Europe. La lire, la peseta auraient été dévaluées, le franc aussi, très probablement, en raison du montant élevé de nos déficits. Le mark, lui, serait resté à son niveau, ou même un peu monté. Les écarts monétaires auraient mis à mal les politiques communes et rendu impossible la gestion des politiques classiques, en particulier de la politique agricole commune. Et, au deuxième trimestre 2008, nous serions entrés dans la tourmente monétaire. »

Il est vraisemblable que les différentes monnaies nationales auraient évolué comme indiqué. Mais aurait-ce été si mal ?  L’Euro est surévalué pour la France et l’Italie ainsi probablement que pour l’Espagne.  La PAC a continué à fonctionner pour les pays européens n’appartenant pas à l’Euroland.  Et de toute façon nous sommes bien entrés dans la tourmente monétaire. Elle a été gérée par la BCE mais c’était bien une tourmente et elle dure encore. 


3. «Toute crise financière de cette ampleur débouche sur un monde nouveau. Pensez-vous qu'un jour l'euro puisse détrôner le dollar ?

En tout cas, je ne le souhaite pas. Etre la monnaie mondiale est une contrainte très forte pour les économies qui l'utilisent. Car on est obligé de tenir compte non seulement des flux de sa propre économie, mais aussi des flux mondiaux. La monnaie change de caractère. Elle devient très largement marquée par son rôle international, comme l'est le dollar à l'heure actuelle.Ce qui est souhaitable, c'est que le rapport des quelques grandes monnaies qui subsistent, c'est-à-dire le dollar, l'euro et le yen, soit activement géré, ce qui est le cas. En effet, les fluctuations de l'euro et du dollar ne sont pas très fortes et elles sont assez rationnelles. Le yen a aussi tendance à retrouver une évaluation plus exacte. Donc, le système est relativement stabilisé. Où l'euro se situera-t-il en 2009? La fourchette semble se situer à 1,35-1,45dollar pour un euro ».

C’est une manière de dire que les taux de changes doivent être stabilisés. Mais il est faux de dire qu’ils le sont.  Le Yen vient de s’apprécier de façon très importante. Le Dollar lui fluctue à la hausse et la baisse sans qu’on sache très bien où l’on va et rien ne dit qu’il ne puisse s’effondrer à la suite des émissions phénoménales qui sont en cours aux Etats-Unis.  On est dans le « wishful thinking ». 

M. Giscard n’ose pas condamner la fluctuation généralisée des monnaies  alors il fait comme si elles étaient stables. Ce n’est pas sérieux. Mieux vaudrait attaquer bille en tête le système monétaire actuel basé sur les changes flottants. M. Giscard n’a pas ce courage là car il se sait impuissant et incapable de mener une guerre doctrinale et politique sur ce point.

4.« L’euro a protégé de la dévaluation et la politique monétaire a protégé des bulles spéculatives. Mais la récession ne sera-t-elle pas le vrai test ?
C’est un grand sujet. La récession n’a pas été causée par la monnaie, mais par le dérèglement des grands équilibres économiques. »


Mais qu’est-ce qui a déréglé les grands équilibres économiques ? Le système des changes flottants a permis une création monétaire exagérée aux Etats-Unis et l’inondation monétaire a gagné partout. L’inondation de crédits est une inondation de dettes. L’empilage des dettes s’est effondré.   Si la cause n’est pas monétaire alors les poules ont des dents.


5. « On l'a observé l'an dernier de façon spectaculaire avec la flambée des cours des matières premières, du pétrole, des produits alimentaires. Ces évolutions n'ont rien à voir avec la monnaie. »

La spéculation internationale sur les biens réels a été alimentée par une crainte sur les monnaies et peut s’apparenter à une fuite devant la monnaie alors que des inquiétudes pesaient sur les bourses.  L’effondrement de Lehman Brothers a pris à revers toutes ces spéculations qui se sont dénouées dans l’urgence et la terreur. C’est donc bien une crise monétaire et bancaire (la banque étant le principal créateur de monnaie) ave comme effet un « credit crunch » et une destruction massive de monnaie que les banques centrales sont obligées de compenser par une création aussi phénoménale qu’artificielle.   

6. « Tout juste peut-elle les contrarier. L'euro nous a protégés de la crise monétaire. Il fait partie des instruments qui permettront à l'Europe d'éviter non seulement la récession mais la dépression ».

On voit bien que la crise n’est pas freinée par la politique de la BCE. Les banques ont été sauvées par la garantie des Etats et la recapitalisation par les mêmes.  La BCE est incapable d’empêcher une récession et encore moins le passage à une dépression ou alors que M. Giscard nous dise comment.

7. « Car c'est cela le grand danger. Une récession d'un ou deux points est supportable. Si nous avons une croissance zéro, cela veut dire que nous vivrons avec les mêmes revenus qu'en 2008. Rien de tragique. »

Une croissance zéro n’est pas une récession d’un ou deux points. La seule récession que nous ayons eu depuis la guerre est celle de 93 avec un recul du PIB de 0.6% entièrement supporté par le secteur privé (qui avait reculé de près de 1%). Un recul du PIB de 2% serait une vraie catastrophe avec un recul de plus de 3% par le secteur privé (le secteur public continue sa route de façon imperturbable).    M. Giscard s’embrouille.

8. « La situation devient réellement préoccupante lorsque l'on passe de la récession à la dépression, c'est-à-dire que la machine économique s'arrête, avec de lourdes conséquences sur l'emploi ».

C’est exactement le processus en cours  depuis le début 2008 avec une brusque  accélération depuis septembre 2008.  La machine est arrêtée.

9. « A quel moment franchit-on ce stade ? Aux Etats-Unis, c'est probablement lorsque le taux de chômage dépasse les 10%, ce qu'on ne peut exclure. En Europe, le chômage a commencé à augmenter dans les grandes économies, en Allemagne, en France. On est encore dans la zone des 7 % à 8 %. Au-delà, on tomberait dans le cadre de la dépression, avec des rendez-vous sociaux difficiles. La période de danger, l'échéance politique et psychologique, ce sera le printemps 2009. Soit la récession se poursuit, mais reste contenue dans des limites qui ne changent pas trop la vie quotidienne, soit nous glissons sur un toboggan et il faudra savoir quels freins utiliser ».


Nous sommes passés déjà trois fois au dessus des 10% de taux de chômage lors des trois derniers retournements de conjoncture. Il est vrai qu’en phase haute la France ne parvient pas à passer en dessous de 8% du fait des mesures de construction d’un chômage structurel qui ont été prises sous Giscard et sous Mitterrand et constamment renforcées depuis (RMI devenu RSA, subventions généralisées au non travail etc.).

Il est vrai que la diminution de la population active par effet de vieillissement entraîne un gain d’environ 1% sur la statistique du chômage.   La dépression ce serait en France à partir de 11%. Et on y va tout droit.


La période critique ce ne sera pas le printemps 2009 mais 2010 car il faut au moins deux ans pour que les effets sur le chômage atteignent leur maximum et les entreprises réaliseront qu’elles n’ont plus de choix sur les résultats de 2009 donc au printemps 2010. 

Nous sommes déjà sur un toboggan et on aimerait bien savoir les freins auxquels songent M. Giscard qui ne soit pas ce qu’on connaît déjà : la relance keynésienne de 26 Milliards d’Euros en France et la recapitalisation des banques.


 10. L'euro fête ses dix ans. Quel bilan tirez-vous depuis sa création ?
« L'euro, en réalité, a 30 ans d'âge. Sa naissance a eu lieu à Brême, en 1978, avec l'accord monétaire européen et la création de l'ECU. On a alors lancé le mouvement qui allait aboutir, il y a dix ans, à l'entrée en service de l'euro. C'était une réponse réfléchie à la situation économique et monétaire de l'Europe : économique, parce que nous étions en train de bâtir un marché unique et que la multiplicité des monnaies désorganisait ce marché; monétaire, parce que nous sortions de la longue période des taux de change fixes et que nous devions avoir, en Europe, un système monétaire solide ».


Il est clair qu’un marché unique avec notamment des prix d’intervention communs en matière agricoles ne supportent pas facilement des mouvements erratiques de monnaies.  Mais ils le peuvent.  Techniquement ce n’est tout de même pas un argument dirimant : la Grande Bretagne est dans le marché commun et suit la PAC. Elle n’est pas dans l’Euro.  La dernière phrase a un contenu explicatif nul mais donne une indication psychologique : la stabilité des monnaies est associée à la solidité d’un système monétaire. Question dans ces conditions : pourquoi M. Giscard ne condamne-t-il pas le système global des changes flottants ? 


11. « Mais revenons à l'euro. Il faut bien se rendre compte qu'il y a dix ans, le monde monétaire était sceptique. En 1999, envoyé par la Commission européenne, j'ai rencontré Alan Greenspan , qui a souri et m'a dit : "Vous ne le ferez pas ! Et, de toute façon, si vous le faites, vous échouerez." Puis, je suis allé à Chicago voir les Prix Nobel d'économie : aucun ne croyait à la possibilité de l'euro. Les Américains pensaient que l'idée qui nous animait, c'était d'attaquer le dollar. Alors que, dans l'esprit de ceux qui ont créé l'euro, cela n'a jamais été une opération d'agression contre le dollar! Cela ne nous intéressait pas ».


Intéressant parce que factuel. Milton Friedman a en effet déclarer que l’Euro ne se ferait pas et si, par malheur, il se faisait, il éclaterait aussitôt.  Cela dit la question n’est pas encore totalement tranchée.  Les conditions prévalant dans chaque pays européens sont très différentes. Entre l’Espagne dont la note de crédit est en passe d’être dégradée, l’Italie dont l’industrie est en chute libre à cause de l’Euro fort, la France ou la Belgique qui sont en état permanent de déficit budgétaire et en endettement croissant,  et l’Allemagne qui est habituée à une monnaie forte mais qui subit de plein fouet la crise du commerce international, les économies sont différentes. Il n’est pas sûr que l’Italie se résolve complètement à la disparition de son industrie ou que l’Allemagne accepte de cohabiter avec des pays à déficits permanents.  L’Euro peut encore éclater.


   12. « Récemment, l'expertise de l'actuel président de la BCE, Jean-Claude Trichet, l'a conforté. La première crise qui s'est déclenchée, en août 2007, était celle des subprimes, c'était une crise du crédit. C'est la BCE qui, alors, a le mieux réagi. Mieux que la banque d'Angleterre et que la FED. »


La crise économique commence aux Etats-Unis en …2006.  Elle n’est pas comprise par la BCE qui ne voit rien. La montée des subprimes commencent en 2002. Elle tourne à l’inondation en 2005, 2006. La BCE le constate et ne conteste rien. Elle se contente par la voie de M. Noyer de dire que des nouveaux produits rendent plus complexe l’interprétation de M3, qui est abandonnée par la FED.  La BCE ne dit rien sur l’aggravation du danger systémique de certaines pratiques bancaires alors qu’elle a conjointement avec les banques centrales nationales un rôle de supervision des opérations monétaires et des banques.

En guise de conclusion

Nous n’avons pas relevé la pique de M. Giscard contre M. Sarkozy qui « n’est pas un économiste ». Il ne l’est pas plus et commet des erreurs d’interprétation plus que sérieuses.   La partie intéressante de cette interview tient entièrement dans le témoignage qu’il donne de la phobie des changes flottants qui anime les dirigeants européens et leur absolue incapacité de se déclarer ouvertement  contre.  M. Giscard comme pratiquement toute la classe politique européenne n’ose pas affronter cette question de face.  La question : s’ils ne le font pas, qui le fera ?

La seconde partie intéressante est naturellement celle restée « ab imo pectore », celle qui regroupe les omissions très significatives du discours giscardien sur l’Euro. Il oublie que la construction de l’Euro s’est faite en aggravant les effets du cycle et au prix d’un massacre fiscal (celui dont s’est rendu coupable Juppé pour appliquer les accords de Maastricht) dont nous ne nous sommes toujours pas remis. Le résultat aura été une croissance plus faible en Europe que partout ailleurs et pour la France l’apparition d’un pays surfiscalisé et surendetté qui ne peut pas faire face correctement à la crise mondiale en cours.

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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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