UMP : une tension normale

Comment s'étonner des tensions extrêmes qui se manifestent à l'UMP ? En lançant une bataille de personnes avant une remise à plat des idées et doctrines du parti, il était évident qu'on assisterait à un conflit de postures. Alors qu'une certaine remise en cause des politiques suivies depuis quatre ans était nécessaire, elle n'a pu avoir lieu, l'un des candidats en ayant été l'exécuteur principal et l'autre se réclamant à corps et à cri de son amour du président sortant mais  battu, N. Sarkozy.

L'un a joué la pugnacité de l'opposant, l'autre la sagesse du recours.

Mais un opposant pour quelle alternative ? Mais un recours pour quand ? Cinq ans c'est long.

Il eût mieux valu commencer par faire l'aggiornamento de ce que pourrait être une alternative de droite républicaine à la sociale-démocratie-qui-n'est-pas-une-sociale-démocratie-mais-un-socialisme-intransigeant-mais-tout-de-même  de Hollande. Etant entendu que le gouvernement lui  est obligé à un aggiornamento  qui, volens nolens, ne fait que commencer.

Face à  la pédagogie par l'épreuve des faits qui va conduire la gauche républicaine, aurait du s'épanouir une réflexion à la fois critique et positive de la droite républicaine.

Sur quels thèmes ?

La droite républicaine a commis un certain nombre de pêchés capitaux. Sept comme il se doit.

- elle  n'a pas pris soin de moderniser la République, qui tourne à l'oligarchie, clientéliste et démagogique.

- Elle n'a pas pris soin de consolider la liberté d'expression, qui se judiciarise, donc se réduit, à toute vitesse

- Elle n'a pas cru devoir donner une explication convaincante de la crise globale , qui se poursuit et s'aggrave  sans remède annoncé

- Elle n'a offert aucune véritable perspective vis à vis de l'Union Européenne, qui est en crise et en phase de rejet populaire, en dépit de son activisme pour le Traité de Lisbonne.

- Elle n'a offert aucune véritable solution institutionnelle pour éviter une aggravation de la crise de l'Euro

- Elle n'a pas su juguler la dérive française vers une fiscalisation excessive et une dépossession des Français sur fond de dépenses publiques non contrôlées

- Elle n'a pas su marquer sa distinction ou sa rupture avec le  mélange d'énarchie compassionnelle et de travaillisme à la française qui est avec la prolongation du Ni-Ni, la marque de sa reddition intellectuelle et morale à son opposant  socialiste.

A ces sept pêchés capitaux correspondent sept piliers de la sagesse nationale à construire pour s'opposer à la dépression générale à laquelle nous convient malheureusement François Hollande, le PS et ses alliés, qui n'ont, sur ces sujets graves aucunes propositions convaincantes, du moins pour le moment. 

L'ennui, c'est que désormais on ne voit pas comment mettre réellement les partis de droite et de centre au travail sur des questions fondamentales qui exigent des critiques qui doivent être exprimées certes de façon modérée dans la forme mais qui conduiront nécessairement à des ruptures fortes.

Les futures élections risquent alors d'être du niveau des récentes présidentielles : moralement pitoyable, économiquement à côté de la plaque et politiquement sans orientation nationale, européenne et mondiale claire. 

Cotisations sociales : charges ou salaires ?

Le rapport Gallois, dont l'auteur parait être de facto  le vrai  Premier Ministre, voire le Vice-président, préconise une baisse "du coût du travail" afin de restaurer la compétitivité française. En langage clair l'idée est de baisser les charges qui pèsent sur le travail.

Les Communistes et les adeptes du Front de Gauche  ainsi qu'une partie des socialistes crient à l'imposture. Il ne s'agirait pas de charges "mais de salaires".

Le Président Hollande aurait donc réussi à imposer aux socialistes une baisse des salaires !

Quand une question sémantique devient politique, elle peut avoir des conséquences économiques.

N'hésitons pas à entrer dans la querelle !

Il est parfaitement exact qu'on pourrait d'un tour de main décréter que désormais les charges patronales et salariales s'appellent Salaire différé.  Cela peut être décidé en une seconde en Conseil des Ministres.

Conséquences économiques ? Nulles. Un changement de mots n'a pas d'effet économique direct.

Serait-ce légitime ?

La question est de savoir si  les prestations peuvent être individualisées pour le travailleur qui, du coup en serait, le principal bénéficiaire. Cela pourrait être  vrai pour plusieurs sortes de cotisations :

- les cotisations retraites

- les cotisations chômages qui sont une assurance

- les cotisations maladie qui sont une assurance.

C'est moins vrais pour toute une série de prélèvements comme ceux relatifs aux allocations familiales.

Les trois prélèvements cités représentent entre 80 et 100% du salaire net. Ils forment le fameux "double du salarié français". On paie à chaque fois qu'on emploie un quidam son salaire net et son double pas net.

On pourrait parfaitement décider que le salaire net est le salaire immédiat et le reste un salaire différé.

Pour être cohérent il faudrait  dès lors considérer que le salaire global moyen n'est plus de 2.000 Euros par mois mais de 4.000. Pour être plus juste encore il faudrait ajouter le revenu collectivisé correspondant aux différentes gratuités accordées. Le revenu brut moyen effectif passerait alors à 6.000 Euros par mois.  

Il est d'ailleurs regrettable que l'INSEE ne calcule pas ce montant de façon officielle. Cela améliorerait les discussions.

Le salarié serait amené à se poser la question :  est-il légitime que les deux tiers de mon revenu global soient gérés par des tiers et non par moi ?  Il s'agit en effet d'une totale dépossession. Certes il en profitera peut être. Mais il sait que, sur ces sommes énormes qui lui sont prélevées de force, l'essentiel ne lui reviendra pas. 

Pour ne donner que quelques exemples archi-connus :  les régimes spéciaux,  les agriculteurs et les intermittents du spectacle détournent des montants exorbitants qui devraient lui revenir.  La solidarité a bon dos.

Ces définitions font prendre conscience de la séduction du travail au noir : on économise la moitié du salaire global pour l'employeur  en sachant que de toute façon le travailleur gagnera la même somme et que la solidarité fonctionnera via les minima sociaux et les différents dispositifs d'aide.  

Elles ont également l'avantage de prouver que le partage entre "salaires" ainsi définis et revenus du capital n'a pas pratiquement évolué ces cinquante dernières années, alors qu'une distorsion apparait lors qu'on prend le net disponible.

Il est vrai que le smicard serait assez étonné d'apprendre, qu'en son nom, on a versé l'équivalent de 72.000 Euros de salaires  indirects et de gratuités alors qu'il a à peine vu la couleur du tiers.

Ce débat  est évidemment faussé, parce qu'en fait personne ne parle de diminuer la rémunération globale (gratuités, salaire net, salaires indirects ou différés) mais d'en transférer la charge d'un agent économique à un autre.  L'entreprise ne veut plus payer tout le salaire indirect sous forme de compléments du salaire mais sous forme de TVA.  C'est une simple transfert du bénéficiaire du chèque.    

Elle y voit l'avantage d'être libérée de ce poids lorsqu'elle exporte.  Pour les entreprises qui n'exportent pas, le dispositif n'a strictement aucun intérêt. L'augmentation prévue  de près de 50% de la TVA  sur la restauration la santé  et les entreprises du bâtiment, qui n'exportent pas, est de ce point de vue là totalement loufoque !

La question de fond est de réduire les primes d'assurances versées au titre de la maladie et  du chômage.

Ces primes sont délirantes. Naturellement personne n'a envisagé la moindre baisse. Bien au contraire.

L'autre question est d'obtenir un meilleur rendement des cotisations retraites.

Dans les deux cas, les prélèvements sont gérées collectivement loin des yeux des cotisants forcés.. Une bonne solution serait qu'ils puissent avoir leur mot à dire sur la question, en individualisant mieux la gestion.  Ne suggérez pas cela, vous seriez un vilain canard noir poussant à la "privatisation de la sécurité sociale" !

Un des inconvénients du transfert sur la TVA du salaire indirect est d'en désindividualiser un peu plus la gestion et d'ouvrir la porte à de nouveaux abus.

Quelque soit les vocables employés, on parle pour ne rien dire !

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes E-toile.

Le cycle : mythe ou réalité ?

Il aura suffi que le Président hollande déclare que le cycle existe et qu’il permettra à un moment de son quinquennat une belle reprise pour que les analystes y aillent de leur raillerie contre une idée aussi saugrenue.

Le cycle existe. Nous avons abordé de nombreuses fois ce sujet sur ce site.  Un cycle des affaires quasi décennal existe depuis que l’économie est devenue une économie basée sur le crédit. Son moteur est l’oubliant optimisme qui se saisit des acteurs après quelques années de vaches grasses qui  laissent croire que le ciel bleu est pour toujours et que l’on peut investir en se fondant sur des tendances lourdes de croissance. Le crédit accompagne cet optimisme. Il dépasse sa cible. Un « crédit crunch » plus ou moins violent, qui est la phase de crise du cycle, s’ensuit. Il faut quelques années pour le digérer et le cycle repart.

Le cycle quasi décennal est un cycle du crédit et de l’optimisme. Maurice Allais assimile le taux d’intérêt à la fonction d’oubli : géniale intuition ! Elle explique que les retournements n’ont pas la même intensité : une crise dure suit une crise molle et inversement. Les excès sont modérés quand on a encore en tête les difficultés de la crise dure. Ils sont plus forts lorsque les excès ont été oubliés.

Pour s’en tenir aux derniers spasmes du cycle, on constate : crise dure en 73-74, crise molle au début des années 80, crise dure au début des années 90, crise molle au début des années 2000, crise dure depuis 2008-2009.

La crise commence toujours aux Etats-Unis, percole via les pays exportateurs et se généralisent notamment en France. La mondialisation a accéléré la séquence : les crises font le tour de la terre en moins de 2 à3 ans et ont tendance à devenir synchrones.

Pourquoi les économies repartent-elles ? Parce que même en cas de crise dure et générale il reste toujours un fond d’entreprises dynamiques, que pour beaucoup d’entre eux les agents sont d’abord paralysés par la crainte et qu’elle finit par diminuer supprimant les excès de précaution, et parce que les banques débarrassées du poids des dettes aventurées sont de nouveaux attirées par les nouveaux projets, qui eux ne manquent jamais, car l’innovation est incessante.

Cette mécanique est mondiale. On peut la suivre sans arrêt depuis le 18ième siècle.

Nier le cycle est un obscurantisme.

Il se trouve que beaucoup d’économistes ont abandonné l’étude du cycle parce qu’ils ont cru, dans le camp keynésien qu’il suffisait de contrôler la demande globale pour en éviter les effets, dans le camp monétariste, qu’il suffisait d’éviter le « crédit crunch » par une inondation en monnaie banque centrale. Les deux camps se sont réconciliés autour d’un concept vague de chocs « externes » auxquels il fallait faire face. Le débat est devenu celui de la résilience au choc, vue dans l’ampleur d’un secteur non concurrentiel dans le camp keynésien et dans la souplesse monétaire et les changes flottants dans le camp monétariste.

 

Les praticiens eux se voulaient pragmatiques : va pour la souplesse des changes flottants et l’émission de monnaie en cas de besoin d’un côté, et les dépenses publiques de l’autre. On savait juguler les crises. Inutile de s’embarrasser d’une notion de cycle.

Horreur : à partir de 1974 ce schéma ne fonctionne plus. La relance keynésienne de Chirac sombre dans les déficits extérieurs et budgétaires. Il faut y renoncer.  Rebelote en 92 où il faut mettre en 95 un plan fiscal tel qu’il provoque la récession de 96.  Rebelote en 2009 où le plan de relance aboutit à une crise budgétaire sévère et à un plan de rigueur qui entraîne à nouveau une récession.

Même les pratiques de Quantitative Easing monétariste échouent. Bien que les banques centrales ont, à chaque récession, émis plus de papier monnaie, leurs surenchères successives se soldent par des échecs.  

Le cycle s’en trouve aggravé. Comme chacun a pu le voir chaque crise décennale est plus aigue et chaque reprise plus spéculative et précaire, avec une baisse continue du trend.

On dira : il y a eu 1929 : la dépression est d’une autre nature que le cycle décennal. Nous sommes aujourd’hui, comme en 1929, non plus dans un cycle normal mais dans autre chose. On va parler de changement d’époque, de crise de civilisation, d’un monde nouveau en train d’éclore dans la douleur.

Pour un économiste ce charabia n’a pas de sens.

Même pendant la crise de 29 le cycle sous jacent existait. La reprise aura lieu en 1938 et passera largement inaperçue. Elle sera tuée en France par les erreurs de politique économique du Front Populaire et notamment les 40 heures.

La crise de 1929 est une crise de la dette due au fait que la guerre avait entraîné l’émission de masses de dettes hors du commun, que la richesse s’était concentrée aux Etats-Unis et qu’un système monétaire bancal a été institué. Le Gold Exchange Standard de l’époque avait l’effet de créer des doubles pyramides de crédits, concentrées largement aux Etats-Unis et qui y explosèrent gaiement.  Le reste de l’histoire est une mauvaise gestion de la crise provoquant son aggravation et sa longue durée par des politiques inadaptées.

La crise de 2009 est une crise de la dette due au fait que le système aventuré des changes flottants de monnaies administratives a provoqué une boule de dettes intolérables qui a fini par s’écrouler sur la tête des peuples. Le système n’a pas tué le cycle : il l’a aggravé. Aujourd’hui la profondeur et la durée de la crise sont liées au fait que les bonnes mesures n’ont pas été prises et que la procrastination ne paie pas.   Le cycle en lui-même n’en est pas affecté.

Il y a bien eu une reprise en France entre 2005 et 2008. Mais elle a été faible, principalement du fait du trop gros poids de l’économie publique, du poids fiscal intolérable et des blocages administratifs comme les 35 heures.

Il n’est que trop clair que la politique de déflation menée en Europe et d’hystérie fiscale menée en France peut étouffer tout espoir de reprise un peu net.  Nous sommes en récession à nouveau quatre ans après le pic psychologique de crise. Ce qui est indécent et aurait pu être évité.  Comme en 1996.  

 Ce qui est absurde, ce n’est pas de penser qu’il pourrait y avoir une reprise dans les quatre années à venir. Il devrait en y avoir une. Mais d’imaginer qu’elle se produira sans rien faire ou en l’étouffant.

Sarkozy a eu tort de ne pas écouter ceux qui comme nous l’avertissaient qu’il subirait une crise forte pendant son quinquennat. Hollande n’a pas tort de penser qu’une reprise pourrait bien être « round the corner ».  Après tout  tous les grands changements de majorités politiques ont eut lieu en synchronisation avec le cycle, du fait de la mort prématurée de George Pompidou. Crise de 74, le pouvoir quitte l’UNR pour les Giscardiens. Crise du début des années 80, le pouvoir passe aux socialistes mitterrandiens. Crise de 93, le pouvoir est repris par les Chiraquiens. Crise du début des années 2000 : échec de Jospin. Crise de 2009, Hollande arrache le pouvoir à Sarkozy.

Son erreur est de ne pas prendre les meilleures mesures pour que cette reprise soit nette et active. Il ne le fait pas en France où sa politique sinueuse ressemble à celle du sapeur camembert qui fait des trous pour boucher ceux qu’il vient de creuser et qui a démarré par un choc fiscal irrattrapable. Il ne le fait pas en Europe où l’absence d’institution spécialisée pour gérer l’économie de l’Eurozone est devenue criante, entraînant le maintien d’une gestion par la norme surveillée par un gendarme au lieu d’une politique  dynamique au jour le jour de la monnaie, des changes, des budgets et de l’amortissement de la dette globale de la zone.  Il ne le fait pas au G.20 où la voix de la France est nécessaire pour mettre fin au système non coopératif de monnaies administratives flottantes.

Il ne le fait pas. Comme nous l’avons déjà répété, cela ne veut pas dire qu’il ne le fera pas. Après tout il avait plaidé en 2008 pour un nouveau Bretton-Woods !

Les reniements électoraux récents vont dans le bon sens. Enfin ! Il en faut encore quelques uns pour se hisser à la hauteur de la situation. Mais pourquoi pas ?

S’il prend dès maintenant les bonnes options il pourra effectivement bénéficier de la reprise possible et même probable en 2014-2015 si le G.20 intervient dans le bon sens, c'est-à-dire celui de la réduction concertée des dettes dans le cadre d’une politique de stabilité monétaire et de croissance globale et si l’Europe choisit enfin une gestion active des en-cours financiers, de  la monnaie et des changes.

Ses erreurs initiales en France ne le mettent malheureusement pas en bonne posture pour parler à l’Europe et au monde. Il peut encore revenir sur les erreurs des six premiers mois. Mais peut-il réellement retrouver une crédibilité européenne et mondiale si la récession française dure et que tous les indicateurs virent au rouge du fait de sa lenteur à abandonner les mesures du « moi je candidat » pour celles exigées par la situation ?

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Jour de Vérités

Il arrive toujours que la réalité se venge de ceux qui la nient, l’ignorent ou simplement ne la comprennent pas. Il suffit généralement d’attendre.

Pour Sarkozy, Hollande et Obama, l’heure de vérité  sonne avec une certaine stridence.

Pour Sarkozy, on pourrait croire l’affaire réglée depuis la perte des dernières élections. La question de l’inventaire a été éludée. Les deux candidats à la Présidence de l’UMP font des concours  à celui qui sera le plus sarkoziste. Une certaine affection lui reste acquise dans des plages assez larges de l’électorat de l’UMP.

Le rapport Gallois signe néanmoins une forme d’enterrement de première classe pour la prétention de la droite à avoir  bien géré le pays depuis 10 ans.  La dérive de la dette, de la dépense publique, de la fiscalité s’est accompagnée d’un effondrement de nos positions économiques et de notre compétitivité.  

On s’aperçoit bien qu’en l’absence de toute prise de conscience suffisante des contraintes internationales, du danger des fausses facilités de l’Euro,  et de la perte progressive de notre industrie,  nous avons eu d’abord le lamentable « ni-ni » chiraquien puis la fausse rupture de Sarkozy.

On aurait attendu traditionnellement d’une droite proche du « business », de la croissance, du respect des initiatives entrepreneuriales qu’elle mette la France en ordre de marche dans la compétition internationale.  Elle n’en a rien fait.

Comme nous n’avons cessé de l’écrire, le « trop peu trop tard » a été la règle.

Aucune des trois anomalies françaises, un secteur public hypertrophié, une économie vacancière, des prélèvements hystériques et bien trop concentrée sur l’entreprise, n’a réellement été traitée avec l’énergie nécessaire.

La RGPP était un gratouillis ridicule là où il fallait la hache de guerre. Le mille feuilles administratif n’a pas bougé sinon à la marge.

La retraite à 60 ans et les 35 heures, ainsi que le carcan de législation sociale aberrante, n’ont pas été modifiés assez tôt et assez fort. Finalement, le rapprochement entre retraite publique et retraite du privé n’est toujours pas fait, l’allongement de deux ans seulement de l’âge légal de départ à la retraite ne résout rien durablement. Et on a laissé filer la productivité et la compétitivité.   

On n’a pas osé mettre en œuvre la TVA sociale et conservé sur le travail l’essentiel du poids de notre système de sécurité sociale.

Les grandes réformes : transformation de l’ISF en tranche supplémentaire de l’IR, système unifié de retraites, avec retraite à taux plein à 67 ans, durée légale du travail à 40 heures, suppression du régime des intermittents du spectacle, restriction des facilités syndicales bloquantes, réduction de l’absentéisme du secteur public,  TVA sociale, suppression du département, limitation de la couverture socialisée du petit risque, réduction de l’économie publique à 20 au lieu de 25% du PIB, maîtrise de la dépense des régions et des municipalités,  ont été éludées pendant 10 ans,

Ces mesures auraient du être prises même si la crise mondiale ne s’était pas déclenchée. Elles devenaient absolument criantes avec la crise.

C'est ce manque de courage politique qui est devenu, aujourd’hui, criant. Le temps perdu ne se rattrape jamais.

Pour Hollande et le PS l’heure de vérité sonne aussi. Le programme électoral était totalement contraire à l’intérêt national. Il niait la crise. On prétendait donner du temps au temps et attendre la production de rapport pour « réformer en profondeur ».  Les rapports arrivent et on « ne se sent pas engagé » par leur contenu. Le matraquage fiscal des « riches » et des entreprises se voyaient comme une formidable diversion qui aurait permis de rendre heureux les masses tout en remboursant la dette et en évitant de réduire la dépense publique. On a bloqué toute l’économie et toutes les décisions d’investissements. Et pour une part désespéré le pays tout entier.  Ce dynamisme fiscal socialiste outré et ciblé doublé d’une inaction totale sur le reste du spectre de l’action gouvernementale possible, rend la suite quasiment impossible. On ne peut pas tuer l’entreprise et les entrepreneurs tout en misant sur une reprise de l’économie et des emplois « round the corner » !

On a tellement rétréci la couverture que dès qu’on la tire dans un sens on découvre le lit dans l’autre. Dette, emploi, exportations forment désormais un triangle impossible. Hollande est dans une impasse totale qui fait hurler même les économistes officiels. Aucune des mesures indispensables n’est plus possible soit pour des raisons politiques, soit pour des raisons psychologiques, soit par l’effet des contradictions majeures des politiques suivies. La France avait besoin de tout sauf de Hollande et du PS dans sa fâcheuse situation actuelle. L’impasse est totale.

Oublions un instant l’Europe, au moment même où la crise s’aggrave partout dans les pays dits du « club med’ ».  

Les agences de notation qui avaient distribué des notes totalement irréalistes à des produits financiers totalement artificiels et trompeurs, connaissent aujourd’hui même leur jour de vérité : elles devront payer pour leurs fautes d’appréciation !

Même Obama est dans la seringue. Il sera sans doute réélu mais il faudra bien qu’il explique un jour pourquoi en 5 ans, il n’y a pas eu de reprise. Et ne rien faire d’autre que ce qu’il a fait ne mènera à rien.  Il appartenait aux Etats unis de mettre fin au système des changes flottants. Ils ne l’ont pas fait. Les différentes reprises annoncées se sont trouvées chimériques et le taux de chômage est toujours historiquement élevé. Sa seule chance c’est que Romney (imitant Hollande)  ne dit pratiquement rien sur rien et notamment pas sur ce qu’il faut faire en matière de coopération économique internationale. Autant dire que ces élections américaines sont en fait des élections pour rien malgré le tapage fait en France par des médias couchés devant les Etats-Unis.  Comme Hollande les deux candidats espèrent que la reprise est « round the corner » sans n’avoir rien à faire sinon un peu de chaleur électoraliste.

Les dirigeants du monde, de droite ou de gauche, américains ou non américains, français ou européens, croient qu’il est encore possible de fonctionner avec leurs petits réflexes politiques habituels dans un système de liberté absolue des mouvements de capitaux, de prêts régulés par l’avis des agences de notation, de monnaies administratives flottantes permettant des déficits et des excédents monstrueux, de gestion de zone de monnaie unique par une norme renforcée. Ils se trompent.

Rien de tout cela n’est possible. La durée de la crise le prouve, en même temps que l’inanité des politiques menées depuis 2007. Les contradictions sont désormais nouées autour du cou des nouveaux responsables. La suite montrera que faute de dénouer les nœuds gordiens là où ils sont, les politiques fondées sur les habitudes politiciennes traditionnelles ne mèneront à rien de bon.

Les Etats-Unis seront bientôt paralysés par leurs déficits monstrueux.  Si on contraint les agences de notation à dire la vérité alors elles devront conclure à la faillite virtuelle de tout le système financier mondial.  L’Europe est en train de sombrer dans un cercle vicieux.  La France est plantée dans un mur fiscal dont les éboulis écrasent tout ce qui reste d’un peu vivant.

Le blocage est désormais presque total, presque partout.

C’est cette vérité qui s’est faite désormais jour.    

L’autre vérité qui elle se révélera plus tard est que cette situation est extrêmement dangereuse pour tout le monde et que de gros dégâts sont à venir si on ne parvient pas à surmonter les différents blocages américains, européens et français.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Un billet d'humeur

Ce billet d'humeur représente le sentiment de son auteur et ne reflète pas une position officielle  du Cercle des économistes e-toile. Nous l'avons publié car il représente assez bien l'humeur du moment qui est aussi un fait économique.

 

 

"Les plaisirs de l'abjection

 

L'économie Française est désormais en chute libre. On aimerait dire : à l'arrêt. Mais non, ce n'est plus  seulement un blocage, c'est une dégringolade.  Les chiffres publiés dans la presse ne rendent pas compte de la situation. Certes il est bien dit que l'automobile voit ses ventes chuter de près de 20%, que l'immobilier est en baisse radicale dans les mêmes proportions, que les en cours de crédits aux particuliers s'effondrent, là encore de 15 à 20%.

Les indicateurs privés donnent des résultats pires encore.  Le rapport entre entreprises dont les commandes haussent et celles dont les commandes baissent qui, en période de croissance molle  se trouve autour de 60/40 est désormais de 25/75.  Cette bascule s'est faite en moins de quatre mois. L'été a été meurtrier.

Cela veut dire que les entreprises françaises sont globalement  dans la spirale descendante propre à la récession.  Lors de la crise de 92 on n'était jamais descendu au dessous de 40/60 et même en 2009, au fond du fond,  on était à 30/70.

A l'effet des  prélèvements nouveaux décidés par le gouvernement Fillon et de la mollesse de la conjoncture internationale s'est ajoutée l'incroyable gabegie haineuse  et vindicative voulue par François Hollande.

Les journaux parlent d'amateurisme, d'impréparation,  d'incompétence voire de nullité. Ils se trompent. Les Français découvrent une réalité qu'on croyait disparue en France depuis les années trente : la haine sociale ; la volonté de mal faire ; l'occasion saisie d'une vengeance sociale de la part de fonctionnaires socialistes constamment bridés dans la mise en pratique de leur idéologie  depuis des années. La crise est vue comme une occasion d'imposer au pays des mesures de coercition sociale  qui semblaient inenvisageables en France et en Europe.

François Hollande n'est pas un imbécile dépassé par les évènements. C'est un socialiste saisi par son prurit socialiste et qui fait son petit djihad socialiste personnel, accompagné dans cette sarabande par des excités ivres du pouvoir qu'ils ont pris et par les occasions de faire n'importe quoi que leur offre la crise.

On cherche une rationalité dans tout cela. Il n'y en a pas. Il faut parler de défoulement, d'expression du refoulé. La vraie comparaison est à chercher avec cette scène d'un film de Bunuel  où on voit un groupe de clochards avinés souiller une robe de mariée, symbole évidemment atroce  de bourgeoisie et de catholicisme.

Le gouvernement actuel ne gouverne pas : il souille.

Il n'a pas le soucis des conséquences simplement le  plaisir de faire du tort à ceux qu'il exècre.  Partout ce n'est que lutte des courants pour les places et les sinécures. Jamais un mot sur l'intérêt national. L'ivresse est telle qu'on voit un ministre dit du redressement national  injurier les patrons et faire le clown avec une marinière pendant que sa compagne exhibe des lunettes à 15.000 euros la pièce tout en déversant sur les chaînes publiques avec l'argent du contribuable l'ampleur de ses partis pris idéologiques et politiques. Pourquoi se gêner ?

L'état de la France ? On s'en fout. Laissez nous jouir !  Laissez nous nous lâcher comme on n'a jamais pu le faire.   

Alors par centaines, en un flot qui se gonfle tous les jours, les cadres de la France s'exilent. Les jeunes se désespèrent : quel avenir dans une telle France ? Aucun sauf pour une poignée de fonctionnaires politiciens pourris d'idéologie socialiste  délétère et qui ne se posent  qu'une question : comment se faire réélire ; comment garder nos places.

L'affaire du rapport Gallois est effarante. On vous explique avant l'été que la nouvelle méthode consiste à prendre son temps pour bien établir le diagnostic et élaborer les meilleures décisions. On multiplie les commissions. Les rapports arrivent ? Et on annonce fièrement que l'on ne se sent pas engagé par leurs conclusions.

Pas une réforme utile, en six mois. Pas une.   

Pas une seule mesure entraînant une perspective positive.  Simplement une fête sauvage où on pille les entreprises françaises et les familles aisées qui ont permis de bâtir l'économie française, au cri mille fois répété de "Ce n'est qu'un début continuons le combat" !

Les résultats sont déjà là : la défiance ; le mépris ; l'arrêt de tout investissement ; les plans de départ.

Ce ne sont plus les patrons âgés en mal de succession qui quittent la France, ou les rejetons des anciennes grandes familles industrielles  ni même les grands dirigeants des grosses entreprises. Ce sont leurs cadres qui exigent qu'on aille voir ailleurs comment on peut échapper à tout ce délire anti entreprise, anti patron, anti capitaliste, anti tout.  C'est la jeunesse accablée par la déréliction générale  et l'ambiance de haine socialiste qui veut se trouver un destin ailleurs.

François Hollande aura beau multiplier les commentaires oiseux sur la responsabilité de son prédécesseur, il ne peut plus désormais convaincre qui que ce soit. Il est sorti de l'été déconsidéré par sa passivité et ses opérations de communications à côté de la plaque. Il sort de l'automne méprisé.

Qui peut regarder l'équipage Hollande  Ayrault- Désir sans être consterné par la veulerie qui s'en dégage ?

On ne peut même plus parler d'économie, de plans plus ou moins efficaces.  Le n'importe quoi socialiste porté par des "khmers roses"  de bas niveau règne sans entrave.

Le réveil sera dur.

Les plaisirs de l'abjection n'ont qu'un temps.

 

Sylvain Dieudonné."

Contradictions

Il faut le dire. Pour un non spécialiste, écouter ou lire les économistes officiels a de quoi laisser perplexe.  Non seulement ils se contredisent en permanence, surtout sur les chaînes télévisées, laissant entendre que la science économique n’existe pas, mais lorsqu’ils sont d’accord, la contradiction règne en maîtresse exigeante au sein même de leurs propos.

Prenons cet exemple.

Pas un de ces économistes professionnels pour nier que l’Europe est en difficulté à cause de la montée des pays pauvres devenus des tigres économiques. La Chine et ses centaines de millions d’esclaves pas chers, pas chers, représentent un danger mortel pour nos emplois et notre prospérité. Ne parlons pas du Brésil ni même de l’Afrique qui est désormais « bien partie ».

Parlent-ils de l’Europe et voilà que le schéma s’inverse : l’Allemagne est puissante et va tout manger, car le renard a toujours l’avantage sur le tendre poulet dans le poulailler européen.  

Il faudrait se décider : ou le fort est toujours le plus fort dans le libre échange ou le faible a l’avantage de compétitivité sur le fort, mais on ne peut pas énoncer ces deux « règles » en même temps.  

A moins qu’il y ait deux sphères économiques avec deux jeux de lois économiques différentes selon qu’on se trouve dans la zone Euro ou au dehors. 

Comme cette assertion est un peu difficile à avaler, la contradiction montre l’espèce de déchéance intellectuelle qui a frappé le petit monde des économistes universitaires ou professionnels, déchéance qui est confirmée par la nécessité pour ces malheureux de se grouper car la force de leur raisonnement est si faible qu’il faut toujours l’étayer soit en se cachant derrière des titres et des fonctions,  soit en se groupant à quarante ou à cent quarante.     La posture et l’engagement  ont remplacé la rationalité de la science. On affirme absolument n’importe quoi ; on ne voit rien ; on ne comprend rien ; on se rattrape aux branches comme on peut. Mais on cause ; en groupe. Comme les bandes de loubards de banlieue, l’homo economicus officialis se sent si lâche et si faible qu’il ne retrouve des dents qu’en meute.

Des dents, mais pas de cerveau.

La contradiction est facile à lever. La science économique est unique et s’applique à la zone Euro comme au monde entier.

La règle du commerce international et de son système de paiement est qu’ils ne peuvent fonctionner durablement au bénéfice commun que si et seulement si les déséquilibres majeurs sont empêchés ou rapidement corrigés. Tous les traités, comme nous l’avons montré dans un article précédent, prévoient que l’ouverture mondiale du commerce, nécessaire, et le libre-échange, souhaitable, ne sont possibles que si les partenaires à l’échange respectent les grands équilibres. Il ne faut pas qu’un des acteurs accumule des dettes et qu’un autre accumule des créances indéfiniment. Il faut interdire les déficits commerciaux ou les excédents commerciaux permanents et vertigineux.

Dans un système de monnaie unique, l’empêchement est réalisé par la gouvernance et s’il n’y en a pas par la déflation dans les pays déficitaires, qui est politiquement inacceptable.

Dans un système de monnaie internationale contrôlée, où les monnaies sont rattachées à une valeur de référence commune mais où des ajustements concertés des changes peuvent être effectués, c’est l’altération des valeurs monétaires qui assurent la réalisation de l’objectif, en association avec tous les moyens de politique économique aussi bien dans les pays excédentaires que déficitaires.

Dans un système monétaire de monnaies administratives dont la valeur externe est laissée aux forces des mouvements de capitaux alors que la puissance des partenaires à l’échange ou leur situation respective sont très différentes, rien ne peut s’ajuster et on aboutit  à des déficits et des excédents cumulatifs noyés dans une création monétaire hystérique qui provoque crise sur crise.  

L’équilibre des échanges, qui, en mode de croissance,  s’analyse comme une succession de déséquilibres nécessaires mais maîtrisables et corrigés, n’est possible :

-          Ni dans un système de flottement généralisé

-          Ni dans une zone monétaire unique sans institution de pilotage.

Nous vivons dans un système mondial où le flottement est généralisé et dans une Europe où il n’y a pas d’institutions de pilotage

Il est parfaitement normal que nous soyons  dans la difficulté, avec une prime à l’Europe qui subit les deux défauts.

La solution est limpide comme l’eau de roche :

-          A l’échelon mondial revenir à un système de monnaies coordonnées avec référentiel non national commun et une instance de coordination et de sanction.

-          A l’échelon européen, créer une institution de pilotage disposant des pouvoirs de réguler les écarts de croissance, d’échange et de taux d’intérêt, ou renoncer à l’Euro pour le système précédent.

Il n’y a qu’une seule science économique.  Nul besoin de se mettre à quarante, à cent quarante ou à quatre cent mille pour le comprendre et énoncer diagnostic et solutions.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile

Un début de révolte des économistes officiels ?

La présente réflexion est née d'une remarque entendue sur une chaîne de télévision. Un économiste qui monte dans les médias, un certain Daniel Cohen, expliquait doctement que la grande différence entre la crise de 29 et la récession actuelle tenait au fait qu'à l'époque on ne comprenait pas la crise, donc on faisait n'importe quoi, alors qu'aujourd'hui on connait les causes de la crise et que malgré tout on persiste à ne pas faire ce qu'il faudrait.

De même qu'on a les "motards en colère" il va bientôt surgir  du côté de l'économie officielle des "économistes en colère".  Comme nous le sommes nous-mêmes quelque peu devenus, en colère, cela pourrait nous aller très bien.

Sauf qu'on sait que les économistes tenant des postes universitaires n'ont pas prévu la crise et certains ont même nié qu'elle fut en train de se former. Il faut y regarder à deux fois, lorsqu'ils s'expriment. Il apparait alors que la phrase en question est sujette à caution et n'est confortée par rien.

Il n'est pas du tout vrai que la science économique ait, maintenant, compris les causes de la crise de 1929.  Pour avoir dépouillé toute la littérature correspondante lors de la rédaction d'une thèse de doctorat, je peux même affirmer que la crise de 1929 est une grande incomprise. Comme aujourd'hui où les sots croient avoir tout dit de la crise  en évoquant les subprimes et les contrats bancaires compliqués, les analystes de l'époque ont réagi à des aspects symptomatiques mais ont rarement été jusqu'au bout de l'explication.   

La vulgate keynésienne est venue bien plus tard de même que les critiques de Milton Friedman sur le comportement de la FED. Elles n'ont pas permis d'apporter une explication de la crise mais souligné des erreurs de politiques économiques. Keynes a montré que l'inaction donnait du champ à un mécanisme auto entretenu de récession. Milton Friedman a expliqué que la FED aurait du lâcher la création monétaire au lieu de la restreindre. Toute le monde a compris que les dévaluations compétitives entraînaient l'ensemble du monde dans une guerre économique stérile. Bref, on a tiré les leçons de la crise : importance de ne pas étouffer la demande ; offre de monnaie abondante ; coopération internationale ; stabilité monétaire  avec quelques souplesses. Cela donnera le système de Bretton-Woods et les trente glorieuses, jusqu'à ce qu'on le démonte à partir de 1971 pour un système dangereux qui montre tous les jours sa nocivité.   

En revanche pourquoi la crise de 1929 avait-elle pris initialement cette ampleur dépassant les effets habituels du cycle ? Là, c'est le grand silence.

Peut-on avancer une explication ?  La nôtre est simple : la guerre de 1914 avait fait sauter le système de l'étalon-or, le seul dont la vulgate soit connue et dominante dans le monde des dirigeants (du moins une petite partie)  et des économistes. Des masses de dettes immenses avaient été émises. La planche à billets avait fonctionné à plein régime. Partout. Les Etats-Unis avaient centralisé la richesse du monde. Les empires français et britannique étaient frappés au cœur, même si personne n'en avait conscience.

Les tentatives de restauration d'un système monétaire international avaient toutes échoué. On vivait dans une espèce de n'importe quoi avec un Gold exchange standard à deux monnaies. La France avait, avec Poincaré, établit sa monnaie sur une base dévaluée très profitable. Winston Churchill et les conservateurs anglais avaient fait l'inverse : la Livre était surévaluée. Les Allemands avaient connu une hyper inflation destructrice qui avait provoqué la révolution spartakiste puis la montée d'Hitler. Ils ne payaient plus leurs dettes.  Les capitaux étaient drainés vers les Etats Unis. Un phénomène de double hélice de crédits, très bien décrit par J. Rueff s'était mis en place. Au bout d'un moment la bulle de crédits a explosé, entraînant le monde dans la récession.

Les erreurs sont alors venues. La théorie économique correspondant à une système monétaire de Gold exchange standard n'était pas disponible (elle ne l'est toujours pas). On raisonnait avec la théorie du système d'avant qui n'existait plus. On a de ce fait commis des erreurs qui ont en effet transformé une crise systémique mais maîtrisable en drame mondial de longue durée.

Quelles différences avec la situation d'aujourd'hui ?  Il suffit de lire les écrits des uns et des autres pour constater que les causes de la crise ne sont pas comprises, à l'instar des racines de celle de 29.  Si la totalité des économistes officiels, dans les agences économiques de l'état ou à l'université, a oublié de prévoir la crise, ce n'est pas sans raison. Ces économistes n'ont pas voulu comprendre malgré les avertissements, notamment de Maurice Allais (et des nôtres…) , que le nouveau système monétaire international fondé sur des monnaies internationales de papier, gérées par des organismes "indépendants", et dont le change flotte au gré des pulsions de mouvements de capitaux totalement libérés, ne marchait pas et conduisait à l'abîme.

La focalisation des raisonnements sur des artefacts secondaires comme les subprimes, les contrats complexes, les bonus,  au lieu de se concentrer sur les mécanismes essentiels, prouve que contrairement aux affirmations de M. D. Cohen, les économistes en charge officielle n'ont toujours rien compris. Comme en 1929.

Et comme en 1929 les erreurs s'enchaînent parce que la vulgate appliquée est en contradiction avec la nouvelle réalité. Dès la crise de 74 il était clair, notamment en France, que la double solution d'une relance "keynésienne" et d'une ouverture des robinets de la Banque de France était devenue inefficace.  En système de changes flottants, cela ne marche pas. On a tenté le coup à nouveau en 2008-2009 : on voit le résultat.  

Oui, on peut-être en colère. D'abord contre les économistes taiseux qui refusent de voir les réalités et de fournir des éléments permettant de mettre en place des correctifs. Ils n'ont pas vu s'accumuler les nuages noirs ; ils ont été surpris par l'ouragan ; ils ne comprennent toujours pas la situation et ils réagissent par réflexes ou par postures.

Grâce à leur incompétence la crise dure depuis 2007 sans que les grandes mesures utiles ne soient prises faute d'une explication rationnelle et fondée des défauts du système monétaire international.

Sans surprise on a vu le gros de ce troupeau d'incapables se regrouper dans des coteries politiques pour survivre professionnellement et financièrement  aux risques que leur fait courir leur propre carence. Les voilà cachés sous le parapluie Hollande, après avoir cueilli pendant des années les grasses rétributions que leur offrait le secteur bancaire. "Vive l'Europe ! Vive l'impôt ! Morts aux riches" ! Mais que les banques étaient sympas !

Ce petit marigot n'est pas à la hauteur de la crise. Mieux vaut mépriser et regarder la "big picture" : comment faire bouger les instances internationales et notamment le G.20 ? Comment faire comprendre que la poursuite et l'aggravation de la crise 5 ans après son démarrage fin juillet 2007, provient de l'énorme erreur de diagnostic faite lors des G.20 de 2008 et 2009 ? 

Qu'on ne dise pas que nous sommes devenus clairvoyants  après la bataille : nous ne faisons que répéter les mêmes choses depuis 5 ans.  On lira avec profit  sur ce blog par exemple ces trois articles du premier trimestre 2009, trois ans déjà :

* Le faux précédent de 1929  ou comment gagner la guerre d'avant en perdant la guerre en cours.

 http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/1/7/Le-faux-prcdent-de-1929-ou-comment-gagner-la-guerre-davant-et-perdre-la-guerre-en-cours

* La crise s'approfondit : pourquoi ?

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/2/26/La-crise-sapprofondit--pourquoi-

* Un pari très dangereux

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/4/3/G20--un-pari-trs-dangereux

Le nouveau traité européen nous mène nulle part. Certaines de ses clauses sont carrément intolérables. Le rythme de remboursement de la dette est absurde ; l'obligation de passer sous les fourches de la Commission une grave erreur (il fallait de la souplesse et une organisation ad hoc). Tout cela est tellement rigide et attentatoire à la plus élémentaire souveraineté que cela ne peut mener qu'à des désordres encore plus graves. L'objectif "de rassurer les marchés" est inepte.

On ne gère pas une telle crise avec des traités de ce genre. Il faut un pilote et qui sache conduire une politique monétaire de longue durée en agissant sur toutes les manettes, changes, monnaie, budget, contrôle des capitaux et capable de négocier une réforme du système monétaire international.  

Nous avons toujours affirmé qu'il y aurait une crise sévère mais nous avons inlassablement refusé d'utiliser le mot dépression. Nous ne la pensions possible qu'en cas d'erreurs répétées des gouvernants.

Les erreurs sont là. La dégelée fiscale et le très clivant discours anti-riche de Hollande, associés à son absence de toute réforme d'envergure de la dépense publique et à son choix de laisser filer les dépenses régionales et locales jusqu'aux élections municipales,  a arrêté net l'économie marchande du pays tout en laissant filer l'économie publique, rendant impossible l'atteinte des objectifs affichés.  

Le vol du patrimoine des Français en capacité d'investir est une voie sans issue sinon d'autres vols encore plus radicaux. Le capital ne sera plus disponible au moment d'une éventuelle reprise mondiale. Tout paysan sait qu'il ne doit pas manger ou vendre ses semences s'il veut une récolte dans le futur. En quatre mois l'espoir d'une sortie de crise a disparu et le risque d'une vraie dépression apparu.

Mettre à la tête de la France un énarque fonctionnaire qui, étudiant, était membre de l'UNEF-Renouveau, communiste (pas socialiste, communiste), et aux finances, un énarque fonctionnaire fils d'une famille d'Europe centrale baignant traditionnellement dans le communisme (pas le socialisme, le communisme), avec comme premier ministre un prof d'allemand falot dont la pointure économique est ce qu'on imagine, était la garantie d'une grande politique économique.

On est passé en quatre mois du discours électoral si intelligent : "Il n'y a pas de crise, seulement le sous-Le Pen Sarkozy, président des riches" au si intelligent  programme de gouvernement : "La crise existe ; c'est la faute à la droite fascisante, on va faire payer les riches et les entreprises".

On aura donc une année 2013 sinistre avec un décrochage définitif des opinions publiques. Une situation qui n'est pas sans risques.

Ce n'est pas la colère des économistes officiels  qu'il faut craindre et notamment pas celle des économistes universitaires qui n'ont rien vu venir. Mais le désespoir de la Nation.  

Cercle des économistes e-toile

Deux mots à M. François Fillon

L'avantage d'une vraie campagne pour la direction d'un parti est qu'elle force les candidats à traiter des grandes questions du moment.  Nous devrions préciser : d'un parti d'opposition, car on voit bien que dans le camp socialiste, l'avenir de M. Désir a été réglé entre grands Mamamouchis loin de tout débat d'idées. Il est vrai que les "désirs d'avenir" socialistes avaient été satisfaits  lors de l'élection présidentielle. Enfin, certains.

M. Fillon donne donc dans le Figaro du 17 septembre un intéressant aperçu sur ce qu'il faut faire de l'Europe sous le titre "Dépasser le compromis de Maastricht". L'exercice est d'autant plus difficile qu'il fut un séguiniste anti-maastrichtien et qu'il dut subir comme Premier Ministre les difficultés liées à la mauvaise organisation de la zone Euro.

Au milieu d'intéressants développements , elle contient pas mal d'approximations qui méritent d'être relevées.

* "C'est pour s'en libérer [[de la pression lancinante de l'inflation et des crises monétaires NDLR]]  que les dirigeants de l'époque proposèrent aux peuples européens d'unir leurs destins en se donnant une monnaie commune".

- L'UEM a défini par un accord en 1969 ! Bien avant l'éclatement du système de Bretton-Woods !

- Le traité de Maastricht n'a pas proposé une monnaie commune mais une monnaie unique. C'est très différent et largement une des sources des difficultés.

- Chaque peuple n'a pas plusieurs destins ; cette faute d'orthographe est espérons involontaire : le communautarisme est un problème pas une solution.

"Faute d'une vision partagée de l'avenir…ils ne purent bâtir les institutions pourtant indispensables".

- Les européistes, Mitterrand en tête, décidèrent de mettre comme d'habitude la charrue devant les bœufs en sachant pertinemment  que les désordres consécutifs forceraient à une marche en avant institutionnelle supplémentaire. Il y a eu calcul pas désaccord. Les "institutions pourtant indispensables" n'ont jamais été évoquées à cette époque.

- L'Euro était nécessairement "une vision partagée de l'avenir". Sinon quoi ? Malheureusement tous les débats sur cet avenir ont été impossibles. Les européens découvriront les défauts sur le tas, pas dans les prévisions de leurs hommes politiques même si certaines voix s'étaient fait clairement entendre …dont celle de Seguin (voir son discours sur ce blog), mais plutôt orientées sur la question de l'indépendance nationale et de la souveraineté pas sur l'organisation heureuse d'une zone de monnaie unique. Toutes les autres ont été marginalisées ou ignorées dans le débat médiatique.

* "Protégés par leur monnaie unique, nombreux ont été les Etats  et la France en fit malheureusement partie, qui pouvaient sans risque laisser filer leurs déficits et creuser leurs dettes".

- Il est clair que la France sans Euro aurait du dévaluer sa monnaie dès que les effets des 35 heures sur sa compétitivité se seraient révélés patents.    

- Le choix a été fait par Chirac et…Sarkozy qui Ministre des Finances n'a pas cessé de moquer les contraintes budgétaires de Maastricht et de plaider pour …les subprimes à la française, avant d'être rattrapé par la crise.

- Parlons donc de "l'illusion de l'aspect protecteur de l'Euro", mais rappelons que tous les pays occidentaux ont depuis 1971 vu leur endettement global qui avait décru de 1945 à 71 jusqu'à passer en dessous de 200% du PIB repasser cette borne puis les 250, 300, 350%  etc. L'Euro n'est qu'une cause très indirecte de l'endettement européen. L'endettement se fera d'ailleurs en monnaie étrangère avec les conséquences que l'ont sait. Et la tentation dépensière des politiques n'a jamais faibli non plus que la pertinence des Lois de Parkinson et l'impudence des administrations.

* Il faut "plus de nation" et "plus d'Europe".

Parfait oxymore. Il faut dire que José Manuel Barroso qui est Commissaire européen et qui signe en dessous de l'article de Fillon dans la même livraison du Figaro  se révèle également un excellent spécialiste du genre avec son titre : "Vers une fédération d'Etats-nations". Vive la supra nationalité nationaliste  !

 *  Il faut "s'assurer que les politiques budgétaires de chaque Etat et la politique monétaire européenne marchent enfin d'un même pas".

- Il n'y a plus de politique monétaire nationale mais il n'y a pas non plus de politique monétaire européenne. On ne connait qu'une seule politique : celle de la BCE dont l'objectif unique est de maintenir l'inflation en dessous de 2% et qui est indépendante.  Avant de songer à synchroniser il faudrait d'abord faire exister. Où donc se définit et se pilote une politique monétaire européenne et avec quels objectifs ?  A demander à M. Juncker, Président, pendant la période,  de l'Euro-groupe. S'il veut bien car il a le sommeil discret, discret, discret.

- Au cas où on trouverait le moyen de mettre en œuvre une politique monétaire (les changes en font partie selon la théorie sauf qu'en pratique ils flottent sous la pression  tout aussi théorique des "marchés" tant les interventions des Etats non européens sont flagrantes), pourquoi y associer la seule politique budgétaire ?  Les 35 heures ont eu autant d'impact sur l'effondrement des parts de marché mondiales de la France que son seul budget même si celui-ci a été impacté par la mesure.  C'est toute la politique, le "policy mix" comme on dit à Bruxelles qui est concerné et tous les fédéralistes le savent bien.

- Fillon a expérimenté l'impuissance du premier Ministre qui ne dispose plus d'aucun levier sur la finance, le change et la monnaie. Qu'on veuille pardonner cette expression un peu outrée mais dans l'affaire c'est l'histoire d'un cul de jatte qui voudrait donner des jambes à un zombi.  

* Cette Europe politique se confond avec le patriotisme éclairé que j'appelle de mes voeux"  

- Hollande en appelle au patriotisme pour faire passer son coup de massue fiscale

- Fillon en appelle au patriotisme pour faire passer un abandon définitif de toute souveraineté. Le Président et son gouvernement n'auront plus aucun levier sur la monnaie, le budget, les changes, et ..le reste. Car une grosse partie des textes qui nous régissent sont écrit à Bruxelles. On sait que l'empilement des pages dépasse désormais le million    

En général quand on ajoute des adjectifs à un nom c'est pour lui faire changer de sens ; exemple : démocratie populaire.

Cela dit, retenons que François Fillon reconnait qu'on ne peut avancer sans détruire une partie de ce qui existe en Europe, en gros le système de la Commission peuplés d'européistes nommés qui n'en font qu'à leur tête, puisqu'ils ont le monopole de l'initiative des lois. Il faut pour construire une politique européenne mise en commun inventer de nouvelles institutions européennes et modifier celles qui existent. Le déficit démocratique de l'Union Européenne est aussi intolérable que l'inexistence d'une gouvernance de la zone de monnaie unique.  Sur ce constat là, s'il était précisé, nous serions pleinement d'accord.

J.M. Barroso, à l'article du dessous de celui de F Fillon,  parle, lui,  d'une coopération "véritable" entre le Parlement européen (avec majuscule) et les parlements nationaux (sans majuscule). C'est trop peu. Nous avions été beaucoup plus loin lors du débat sur la pseudo constitution européenne, suggérant soit que le parlement européen soit flanqué d'un Sénat constitué de représentants des parlements nationaux, (l'idée de Maurice Allais), soit que les députés européens soient une émanation de chaque parlement national.  Il faut également introduire la subsidiarité non pas sur les nouvelles mises en commun mais aussi sur le passé et supprimer le monopole d'initiative de la Commission.

L'Euro, Schengen, l'extension  excessive et trop rapide de la surface de l'Union Européenne ont été des actes d'Hubris et non pas de rationalité. Ne créons pas trop vite de nouvelles institutions sans réelles discussions sur la réorganisation des anciennes.

Les difficultés que F. Fillon a rencontré à la tête du pays n'ont pas pour cause principale l'Europe mais le système absurde et destructeur des changes flottants. Il n'en dit pas un mot.

Il est vrai que la stature présidentielle exige que l'on se taise sur les changes flottants et qu'on adhère au projet européen. Ce qui est navrant.

Nous n'avons pas besoin de postures mais d'idées justes. Surtout à la tête d'un parti d'opposition qui aura à reprendre un pays ravagé par la crise et les "mesures symboliques" du démagogue qui dirige actuellement la France. 

Cher François Fillon, le travail reste encore à faire. Oublier les opérations-images pour privilégier le débat de fond est un préalable à toute candidature présidentielle en 1917. Et cela évitera que M. Balladur trouve la campagne "terne".

Nous ne prenons naturellement pas parti pour M. Copé en le disant. Ce spécialiste averti de la langue de bois n'a encore rien dit sur rien, sinon sur la Burka et sur l'ampleur de son ambition politique. En matière d'opérations-image, ce n'est pas un débutant. Et comme apparatchick c'est un maître : le verrouillage du fichier des membres de l'UMP en est le plus parfait témoignage.

Nous espérons qu'il fera également un peu mieux. Une prise de position détaillée sur l'Euro et son avenir  ne serait pas de trop. On serait ravi de la commenter.

Enrichissements abusifs et richesses légitimes

Cette question est devenue obsessionnelle depuis que le démagogue socialiste Hollande a décidé pour se faire élire d'instiller dans le cerveau des électeurs qu'en créant une tranche de taxation à 75% on fera rendre gorge à des profiteurs abusifs et on paiera les dettes du pays.

Les explications données de la hausse réelle des rémunérations des dirigeants dans quelques revues, par exemple la dernière livraison de Commentaire, paraissent peu convaincantes.  La plupart insistent sur les aspects psychologiques de la question : les patrons seraient devenus spécialement cupides ou plus sensibles qu'avant à la rémunération  de leurs confrères maintenant qu'on les force à les afficher, ou encore plus tentés, du fait de la mondialisation, de les aligner sur ce qui se passe ailleurs.

Tout n'est pas faux. Mais cette insistance à l'explication psychologique, qui voit une cupidité qui se serait enflammée tout soudain la cause de tout,  est excessive.  En général lorsqu'on dispose d'un pouvoir, la tentation de l'exercer jusqu'au bout est la règle, en matière de rémunération pus qu'en toute autre.   S'agissant de celle des patrons salariés, Il ne s'agit pas tellement de savoir si leur envie, de tout temps aiguisée, s'est accrue et mais de comprendre ce qui a  leur a permis de la satisfaire.

Il est facile de constater qu'un certain nombre d'évolutions ont permis de concentrer dans un très petits nombre de main l'accès à des fortunes colossales qui ne se sont pas toujours faites dans les conditions les plus légitimes.  Les exemples valent mieux que de longues explications.

Au milieu des années 70 un scandale éclate. Une poignée de banquiers et d'assureurs se partageaient un gigantesque pactole dans une absence de transparence quasi totale.  Les gens ne savent pas que les tables de mortalité utilisées pour l'assurance vie sont totalement bidon.  On exige des taux de cotisation tout à fait excessifs. Des petits malins se sont avisés qu'on pourrait demander à quelques banques qui détiennent à trois ou quatre 60% des dépôts de mettre en place un système d'assurances collectives basé sur le solde moyen des dépôts. Compte tenu de l'énormité des sommes en jeu, la cotisation mensuelle par détenteur de comptes pouvait être quasiment insensible  et  ignorée ou négligée par le détenteur.  Les successions étant généralement ignorantes de l'existence du contrat, à l'époque implicite,  les sinistres n'étaient pas déclarés. On pouvait donc envisager des gains phénoménaux. La particularité de l'assurance collective est qu'elle permet de gagner des commissions d'apports initial, en général très fortes, car on a amorcé une flux régulier de recettes qui mérite récompense  et des commissions régulières sur les recettes annuelles. Merveille des merveilles il était même possible d'établir des fonds d'assurance dont le bénéfice iraient à ceux qui les gèrent et non aux cotisants !

Comment activer cette merveilleuse corne d'abondance ?  Mettre en cheville une poignée de PDG de compagnies d'assurances et de banques (à l'époque nationalisées, ce qui rendait la consanguinité des Conseils d'administration encore plus grande).  Il suffisait qu'ils se définissent comme apporteurs pour toucher les commissions d'apports et les commissions annuelles et comme administrateurs des fonds pour cumuler ces rémunérations avec les bénéfices rendus possibles par les tables de mortalité biaisées et la faiblesse des déclarations de sinistres.   Dans la pratique il a fallu "mouiller" plus que la dizaines de personnes nécessaires au fonctionnement de cette pompe à fric. On a donc associé des cadres et des politiciens à l'opération pour que tout le monde se taise et fasse perdurer l'affaire. Au   total ce sont des centaines de millions de Francs qui ont circulé dans un très petit nombre de poches.  Vers 1975 certains de ces "courtiers" gagnaient déjà l'équivalent de 10..millions de Francs par an, même si la majorité  se trouvaient plutôt entre 1 et 3 millions de francs, en plus de leurs rémunérations autres et sans rien faire!   Grâce à l'informatique la gestion du système ne coutait pratiquement rien ni aux banques ni aux assurances.  En Euros d'aujourd'hui, il faut pratiquement multiplier par 6 pour avoir une idée des gains.

Il fallut la dénonciation du Canard Enchaîné pour que l'abus devienne public. Mme Scrivener si mes souvenirs sont exacts intervint pour atténuer le scandale en rendant obligatoire le consentement effectif du client et en exigeant que les bénéfices des fonds soit restituer aux cotisants. Depuis le système a quitté la page des scandales mais il continue et permet à une poignée de personnes de gagner beaucoup d'argent sans aucun travail réel.

Nous avons exprès choisi un exemple ancien, près de 40 ans et dans le secteur du public pour échapper aux réflexes habituels sur le néo capitalisme et la dénonciation de ses acteurs.  

La concentration financière, et la centralisation entre quelques mains de plusieurs milliers de milliards de flux d'argent, peut être la cause de gains indus qui doivent être régulés par la puissance publique. Dans le cas d'espèce l'activité n'est légitime que si les commissions entrent dans le chiffre d'affaire des sociétés qui contractent et  ne sont pas  démembrées en faveur de leurs dirigeants, que si le contrat est réellement signé par le détenteur du compte avec une information correcte sur le bénéfice qu'il peut tirer du service, que si les règles prudentielles et les lois de mortalité sont honnêtes,  que si le bénéfice du fond est reversé aux cotisants, et que si les banques sont obligées de rechercher les ayant droits en cas de décès d'un titulaire  et de comptes orphelins et si on empêchent de créer des filières de rémunérations qui pompent le compte (commission de gestion des excédents des fonds par exemple) abusivement.  La concentration financière sans réglementation précise n'est que vol du client par les petits malins créatifs. L'abus de bien social, c'est-à-dire le détournement d'une recette qui appartient à l'entreprise, ou à ses clients, par ses dirigeants doit être précisément définis et effectivement contrôlés.  

L'introduction des changes flottants à partir de facto de 71 et de jure de 73 a créé un immense casino qui a permis à quelques mains de jouer avec des fortunes colossales qui ne leur appartenaient pas et à en concentrer les gains sur très peu de personnes. Le développement des salles de marché date du milieu des années 70.  Il n'a pas cessé depuis. L'activité spéculative s'est concentrée et informatisée autour d'un nombre extrêmement faible de personnes. Naturellement les grands chefs ont tenté de récupérer dans leurs mains les bénéfices de cette activité dangereuse mais extrêmement rentable dès lors que les banques centrales alimentent en permanence en liquidité les marchés et que ceux-ci couvrent le monde entier. Seule la législation est de nature à éviter que les gains ne soient privatisés et les pertes socialisées. La dérégulation et l'opacification du monde de la finance spéculative dans les paradis fiscaux a permis à certains de se faire des fortunes colossales. La généralisation des bonus a permis l'appropriation par un petit nombre de dirigeants de bénéfices qui en vérité devraient être reversés aux actionnaires. Le jeu des filiales, des sociétés connexes etc. a permis de renforcer le détournement de la manne. Il est parfaitement normal que le législateur intervienne pour éviter que, dans les grandes concentrations financières, le gain des actionnaires soient récupérés astucieusement par les dirigeants.  Dans le cas de Goldman Sachs on a vu que quelques dirigeants jouaient les clients contre les uns contre les autres, et profitaient de leur information privilégiée pour en tirer de fabuleux bonus directs et indirects.

D'une façon générale lorsqu'une économie ne fonctionne plus à partir du compte d'exploitation mais sur des opérations de haut de bilan,  le risque de voir des fortunes se faire non plus sur la satisfaction de besoin humains,  mais sur des opérations portant sur le nominal du capital, sans gain social,  augmente. En introduisant un système de monnaies administratives dont la valeur est libre et d'établit sur des marchés alors qu'elles sont émises par des banques centrales théoriquement indépendantes, mais créant volens nolens toujours trop de liquidités,  on a fabriqué une machine gigantesque à manipuler des signes. L'enflure financière et le gonflement outrancier des balances des banques a conduit une concentration tout aussi outrancière de la richesse dans les mains des financiers. La concentration du secteur liée à la mondialisation et la suppression de nombreux garde-fous a permis la création de fortunes  basées largement sur des gains fictifs.  

Elle n'a pas seulement concerné les joyeux présidents du Crédit Local ou d'UBS qui vivent des retraites dorées alors que le caractère fictif de leurs gains est bien compris par les actionnaires et les  contribuables qui paient aujourd'hui les pertes réelles.

Nous avons montré ici comment par exemple en Chine des banquiers astucieux ont créé des milliardaires de papier pour faire des gains éclairs sur les marchés. Trouver d'abord un chinois jeune et bien en cour capable d'obtenir des autorisations ; lui prêter tout le capital nécessaire pour mettre en place un gigantesque programme immobilier. Introduire alors le papier sur la bourse de Shanghaï avec une formidable plus value pour profiter de la bulle spéculative !    Il faut à peine dix personnes pour monter un coup pareil.  Certains financiers ont constitué des fortunes absolument invraisemblables avec  cette baguette magique. Elles sont à Jersey ou dans des îles exotiques et ne paient aucun impôt.   On peut dire bien joué. Surtout quand ils ont su s'arrêter à temps ! L'art d'utiliser des taux d'intérêts très bas et des bulles de marché n'est pas accessibles à tout le monde !

Nous avons dénoncé ici les stocks options pour les cadres supérieurs et les dirigeants des grands groupes côtés. Ces systèmes, absolument sans mérite ni risque pour les bénéficiaires, ont fait l'objet trop longtemps de législations laxistes. Ils ont permis des enrichissements aussi massifs que sans cause concentrés sur très peu de personnes. Les stocks options doivent être réservés aux start-up.

Signalons une dernière cause de concentration de la richesse entre quelques mains : la tendance de la technologie à créer des monopoles. Sur les marchés technologiques le gagnant n'emporte pas simplement la mise, il empêche les autres de jouer et créer les conditions d'un bénéfice de monopole qui gruge les consommateurs. Bill Gates fut le plus conséquent et le plus constant des monopolistes. Mais on retrouve les mêmes mécanismes avec E Bay, Amazon, Google, Apple la téléphonie ou le marché des tablettes, et Facebook, qui a vu lors de son lancement toutes les manipulations possibles s'exercer au détriment des investisseurs.  Il est absolument nécessaire d'avoir une législation sur les brevets et les monopoles qui soient un peu plus en faveur des consommateurs. Les brevets sont des monopoles concédés permettant des gains de monopole destinés à permettre la création et l'innovation.  Mais il faut aller dans cette voie avec précaution. Si on peut breveter la forme d'un rectangle on aboutit au procès Apple - Samsung qui est tout sauf raisonnable.

On voit donc que si l'innovation, le risque et l'expansion des productions  génèrent des profits justes et éventuellement très importants, qui à notre sens sont légitimes et méritoires, d'autres phénomènes d'essence parasitaire peuvent se faire jour qui, lorsqu'ils se généralisent, peuvent fausser toutes les perspectives. Et qu'il ne s'agit pas simplement des rétro-commissions sur les grands marchés publics et internationaux. Ni des astuces fiscales façon Lafonta et Seillières.

Les limiter impose de réfléchir au cadre global de l'activité : la création d'un système financier délirant et auto destructeur basé sur les changes flottants de monnaies créées de façon surabondante n'a pas seulement provoqué la baisse du trend et  l'aggravation des crises décennales. Associée à des législations défaillantes elle a permis un gonflement des fortunes acquises de façon légale mais illégitime ce qui, maintenant que le système explose, remet en cause l'ensemble des mécanismes de création de richesses et conduit à des matraquages fiscaux contreproductifs.

Le retour à un capitalisme légitime passe par la suppression du système des changes flottants et d'économie financière et spéculative associée. Le haut de bilan doit laisser la priorité au compte d'exploitation. C'est la production qui doit être à la source de la richesse, pas les opérations artificielles sur les images papier du capital ni les captations par une poignée de managers de l'argent  des clients ou des actionnaires.

 A partir du moment où la richesse est légitime la spoliation fiscale n'a plus aucune justification.

S'attaquer aux gains illégitimes : parfaitement d'accord. S'attaquer "per se" aux créateurs, aux entrepreneurs, aux producteurs, par la voie d'une fiscalité  dévoyée par l'idéologie, la démagogie et  la haine sociale : décidemment non !

Une nouvelle erreur à la mode

Cette réflexion a été inspirée par la lecture dans Commentaire N° 139, d'un article de Jean Serisé. Jean Serisé fait partie de cette cohorte hauts fonctionnaires qui, portée par la Libération, a imposé une autre conception plus économiste de l'Administration et qui, via le Plan et la Direction de la Prévision du Ministère des Finances, a cru à la possibilité d'une gestion keynésienne de l'économie. le Club Jean Moulin portera largement les réflexions de ce groupe.

Que d'illusions !

On a quelques scrupules à s'attaquer à ces monuments de la Haute Administration d'après guerre qui sont aujourd'hui morts ou dans le très grand âge. Mais enfin, il faut bien le dire, la lecture de certains livres de l'époque laisse rêveur. "Pour une réforme de l'entreprise" de F. Bloch Lainé, une figure emblématique de cette confrérie, est totalement illisible aujourd'hui et, dans bien des pages, frise le ridicule. La "planification" est morte et aujourd'hui encore la direction de la prévision ne sait toujours pas combien il y a de fonctionnaires en France, soixante ans après que ces préoccupations aient été exprimées.

L'économie française et mondiale, comme l'Administration, sont des haridelles capricieuses, difficiles à monter et à dresser.  

Parti de l'économie dirigée keynésienne, Jean Serisé finira dans le giscardisme et le néolibéralisme : une carrière !

Nous avons un petit peu asticoté sur ce site L. Stoleru, membre du groupe,  qui avait écrit un article hélas légèrement délirant. Si nous critiquons ici son confrère qu'on n'y voit pas d'esprit de système. Son texte n'est d'ailleurs pas ridicule. Simplement il porte une affirmation que nous croyons inexacte : l'Europe serait vouée à la stagnation ou à la croissance très lente, d'une façon structurelle. Il faudrait que tout le monde s'y prépare dans la tristesse et l'affliction.  L'équipe de Giscard en 1975 disait déjà la même chose, ce qui explique en partie les mesures idiotes et intenables de Chirac pour lutter contre un chômage massif qu'on voyait permanent (en particulier les 2 ans d'indemnité à salaire égal voire supérieur du fait d'un effet fiscal) .

On connait les arguments stagnationnistes des tenants de "l'économie réelle". Les aspects monétaires ne sont pas importants. Des pays vieillissants et nantis, ne peuvent pas connaître une croissance rapide.  La capture de richesses par les pays détenteurs de ressources rares nous imposera de payer une rente, voire une rançon, qui nous privera des ressources nécessaires à l'investissement. La préoccupation écologique nous impose de tout freiner. La montée des pays émergents nous  contraint et pèse sur l'emploi.  

Serisé les reprend en partie, en cherchant à démontrer que les politiques monétaires sont finalement vaines et que les facteurs structurels joueront leur rôle en Europe.

Nous croyons cette vision fausse. L'Europe n'est pas vouée à la stagnation et la France aux déficits perpétuels et à un chômage de masse.

Cette théorie fait l'impasse sur les trois sources de la crise :

- Un système de changes flottants de monnaies administratives qui empêche le bon fonctionnement de l'économie mondiale

- Un système monétaire européen mal fichu qui force à des adaptations par la déflation

- Un système français asphyxié par les sureffectifs administratifs et la captation de l'économie par l'Etat, dont le chiffre symbole est le fait qu'il manque désormais entre 5 et 10 millions de salariés dans l'économie marchande française et que la dépense publique représente aujourd'hui plus de 100% de la valeur ajoutée des entreprises de ce secteur.

On voit que l'économie "réelle" a peu de rapports avec ces défauts de structure et que la monnaie joue un rôle central. 

L'ouverture des pays communistes à l'économie de marché est une grande chance pour l'économie européenne, pas un problème.  Le développement des pays africains ou sud américains également. La contrainte écologique existe bien ainsi que la rente pétrolière. Mais la productivité permettrait d'y faire face si on lui laissait ses chances.

Il n'y a aucune fatalité du sous emploi et de la faible croissance en Europe. Il faut simplement revenir sur des erreurs d'organisation économique et commerciale qui rendent impossible l'échange du travail contre du travail.  

On a commenté ici mille fois la baisse universelle des taux de croissance décennaux depuis l'instauration des changes flottants. Sa cause principale est la violence constamment aggravée des crises décennales qui est directement liée à l'économie casino et à la surfinanciarisation de l'économie par le mécanisme des doubles pyramides de crédits décrit depuis longtemps par J. Rueff.  Quand le haut de bilan l'emporte sur le compte d'exploitation, le chômage global suit immanquablement.

Un système de monnaies administratives flottantes n'a jamais marché, ne marche pas et ne marchera jamais. Delenda est !

En escamotant ce problème central en jugeant les aspects monétaires secondaires, on décrédibilise totalement sa démonstration.  Nous ne vivons pas depuis 2007 une crise écologique ou démographique ou pétrolière. Nous subissons une crise monétaire et financière carabinée avec l'obligation de liquider un monceau de dettes accumulées depuis 1971 dont près de 15% n'a en face d'elles aucun flux réaliste de remboursement.

Que l'on dise : la liquidation de cette dette aberrante va peser longtemps sur la croissance mondiale, peut-être. Mais on peut dire aussi : la croissance est un des moyens de liquider ces pertes comme les trente glorieuses l'ont montré.  Les dettes globales européennes étaient partout redescendues en dessous de 200% du PIB.

Les conseillers de Giscard n'ont rien compris des malheurs que recelaient les accords dits de la Jamaïque. Ou s'ils les ont compris ils se sont montrés incapables de les exprimer et de  faire prévaloir une vision différente. Maintenant qu'ils sont évidents il n'est pas juste de les escamoter sous le tapis.

Les hauts fonctionnaires giscardiens ont été également été pris en défaut lors de la discussion sur la création de la zone Euro. Ils constatent aujourd'hui le lait versé mais où étaient-ils et que disaient-ils lors du traité de Maastricht ? La zone Euro, sans organisation ad hoc,  a été une erreur économique majeure et l'instabilité monétaire mondiale a fini par servir de révélateur de sa nocivité.

Quant au problème spécifiquement Français de sur-administration  on le doit largement à la captation du système politique par la haute fonction publique.  "L'énarchie compassionnelle", ce système d'étranglement de la société par des fonctionnaires juges et parties,  est largement due à la génération de hauts fonctionnaires, sur d'eux-mêmes et dominateurs, qui s'est installée juste après guerre, même si c'est la génération suivante d'énarques "politiques" qui gouvernent aujourd'hui.

Si on revient à un système monétaire qui pousse à la croissance concertée, sans délires monétaires ni accumulation de déséquilibres commerciaux ou financiers aberrants, si on règle la question d'organisation d'une zone de monnaie unique en Europe et si on réduit fortement la suradministration française avec son hyperfiscalisation, ses sureffectifs de personnels sous statuts,  son amour pour la dépense publique et son endettement endogène, il n'y a strictement aucune raison pour que le monde dans son ensemble, la zone euro et la France en particulier ne retrouvent pas des formes de plein emploi et une croissance soutenue.

L'ennui, c'est que sur ces trois sujets, on ne va pas dans le bon sens. L'organisation monétaire mondiale n'a pas changé d'un pouce depuis 2007. Les déséquilibres se sont aggravés et la dette insolvable aussi.  Les mesures prises en Euroland sont à mille lieux du nécessaire et conduisent invariablement à la déflation. La France de l'énarque politique Hollande a fait le choix d'aggraver encore sa fiscalité sans réellement toucher à la dépense publique.

Nous ne serions trop convier la revue Commentaire à se focaliser sur ces trois sujets plutôt que de se ringardiser avec des auteurs dépassés qui ne voient d'autres perspectives qu'une lente dégradation  structurelle de l'économie européenne.   Avant guerre toutes les revues de réflexion militaire avaient banni les questions d'offensive parce que les grands anciens ne croyaient qu'à la défensive. Parler d'offensive, de divisions mécanisées intégrées, de forces d'attaque stratégique, de mouvement,  était interdit. Et les vieux généraux venaient y  crier leur foi dans la Ligne Maginot.  

On a vu le résultat.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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