Les craques des "Gracques"

Les craques des Gracques

 

Une grande tradition de l'Administration française veut que, dans les plus ou moins  hauts rangs de sa hiérarchie, des demi-penseurs engagés à gauche mais qui sont tenus à l'obligation de réserve, s'expriment derrière des masques pour dire le vrai, le grand, le beau, le bien. 

Ces hauts fonctionnaires sont "naturellement  de gauche", car le choix de l'intérêt général ne peut que les guider et seule la gauche pense en terme d'intérêt général, c'est bien connu. Mais ils sont d'une gauche "intelligente", "moderne",  "résolument tournée vers l'avenir".

Rien, à voir avec la gauche dépoitraillée et légèrement odoriférante des syndicats et des prolos, toujours prompte à des formes de populisme inadmissibles et désobligeantes pour le pays. 

Rien à voir non plus avec les députés socialistes, qui sont soit des ignares arrivés là par le jeu du militantisme le plus plan-plan et des courants les plus sectaires, soit des tenanciers de fiefs bien décidés à le rester quitte à se transformer en démagogues à tout crin.  

Même un Président de la République énarque de gauche   ne peut être totalement immunisé contre les servitudes électorales et pourrait bien se laisser glisser dans la pure démagogie.

Heureusement, au dessus des partis, au dessus des servitudes électorales, au dessus des ambitions médiocres de la bourgeoisie d'argent, les gardiens de la vraie volonté générale nationale veillent : les Gracques.

Depuis le Club Jean Moulin, c'est une forme de tradition  que des tenants de la gauche sublimée par les grands concours administratifs se réunissent en cénacle pour donner les leçons les plus élevées au monde et au Monde, voire au Point.

Cette gauche est toujours à la recherche de son numéro dans l'échelle des gauches : deuxième, troisième, quatrième gauche ? On ne sait plus trop.  Depuis la déception Rocard, la deuxième gauche est un  peu passée de mode.  Il paraitrait selon les Gracques que le "destin historique de François Hollande" soit celui de "fédérateur entre première et deuxième gauche" et que la vocation des Gracques soit de l'aider sur ce chemin escarpé.  Comment doit-on appeler cette gauche : la gauche une et demi ?

On a les ambitions historiques qu'on peut.

D'autres diraient que Hollande doit faire passer le PS du socialisme à la sociale démocratie, mais ce dernier vocable est tellement décrié qu'on n'ose pas prononcer un vocable  si sale.  Pas un jour à la télévision sans qu'un des innombrables histrions de la gauche médiatique ne vienne nous asséner que "ce n'est pas le moment de parler de social-démocratie juste au moment où elle vient d'échouer". Bad Godesberg, c'est vieux et c'est loin.

Va donc pour la gauche synthétique et demi.

Ceux qui seraient intéressés par les productions du Club Jean Moulin seront très surpris : ce sont des livres illisibles aujourd'hui et même des livres qui font rire. "Pour une réforme de l'entreprise" de Bloch-Lainé est  un bouquin aujourd'hui totalement désopilant.

Les Gracques sont ils plus sérieux ?

- Ils reconnaissent que les premiers six mois de Hollande ont été calamiteux et qu'heureusement il y a eu le tournant de la conférence de presse sur le renforcement de la compétitivité française.  Dommage qu'ils se soient tus pendant six mois.  Mais accordons le point.

- Ils signalent que "le pays pâtit toujours du laxisme passé, de l'excessive  fiscalité des entreprises et du surendettement". Cela fait 40 ans que cela dure.  Qui a promu la TVA sociale  ces dernières années chez les Gracques ?  Qui a tenté de réduire l'effarante croissance des dépenses de personnel dans les différents administrations locales ? Le constat est aujourd'hui d'une banalité écrasante.  Le débat n'est plus là.

-"La gauche a été élue pour apaiser le corps social, redonner espoir à la jeunesse, favoriser l'initiative et ouvrir des espaces de liberté".

Elle a pris des mesures de pure démagogie contre les "riches" que le Président a déclaré "ne pas aimer".  Elle a annoncé qu'elle avait des ennemis et qu'ils feraient bien de se tenir à carreau. Qu'il s'agisse de "la finance" ou de Lackmi Mittal.  

Les jeunes dynamiques et diplômés   n'ont plus aucune confiance dans leur avenir en France et cherchent ailleurs, suivant le chemin pris par les sans grades universitaires qui sont partis déjà depuis un moment chercher fortune ailleurs.

On ne voit pas les nouveaux "espaces de liberté" alors qu'à la justice a été nommée Mme Taubira dont tous les textes connus réduisent la liberté de parole.

Quant à l'apaisement du corps social, interdit de rire , mais tout de même.

-"Redisons le : la plus grande des inégalités est de ne pas avoir d'emploi".

Méritoire cette affirmation de la part de gens qui ont la sécurité absolue de l'emploi et la font payer très cher au populo.

 - "Ils nous faut redevenir compétitifs"

Eh oui. Mais est-ce en taxant à mort les revenus du capital qu'on favorise les investissements ? Est-ce en prenant 100% de leur revenu aux 30.000 familles qui ont contribué aux succès économiques de la France  qu'on le fera ?  Les Gracques disent : " ce sont des mesures de justice fiscale permettant de relégitimer l'action publique".  Le vol serait légitime ?  De qui se moquent  les Gracques ?

Tout le monde sait que les Inspecteurs des Finances, comme corps,  et les dirigeants de la DGI, dans leur haute sagesse, ont décidés de payer la dette qu'une Administration pléthorique a contribué à creuser inlassablement depuis des lustres,  en obligeants les familles aisées à vendre leurs biens et à vivre sur leur épargne, elle-même hyper taxée, après leur avoir saisi l'essentiel du revenu du travail.

Le but : éviter toute remise en cause de leurs rémunérations, de leur pouvoirs, de leurs équipes et du quasi monopole qu'ils ont acquis non seulement sur l'Administration mais aussi sur toutes les institution de l'Etat y compris les Assemblées et les différents exécutifs.

Rappelons qu'il n'y a au gouvernement actuel que des fonctionnaires ou équivalents, comme à l'époque Jospin Aubry,  que les question économiques se règlent entre Eckert, prof de maths du secondaire et Ayrault prof d'allemand du secondaire.

Les Gracques qui vivent dans les palais nationaux veulent le beurre et l'argent du beurre. Avoir tous les pouvoirs, taxer à mort les réussites et perdurer dans l'être.

Ils savent malgré tout qu'il ne pourront vivre en parasite durablement que si la bête ne meurt pas.

Il leur faut conserver vivante l'économie privée qui les nourrit.  

Rappelons que la dépense publique, où la part qui revient à l'Administration elle-même est une des plus fortes du monde, est supérieure à la valeur ajoutée par  les entreprises du secteur marchand. Oui supérieure, la première étant largement supérieure à 1000 milliards et la seconde légèrement inférieure.

On ne peut pas être compétitif sans confiance, sans profits, sans investissements, sans risque donc sans récompense. C'est une triangulation impossible.

Du coup ils sont obligés de s'opposer verbalement à bien des débordements du gouvernement.

- Il n'a pas tenu le langage qu'il fallait aux entrepreneurs . OK ! Mais  S'il n'y a que des "patrons voyous"  ou des patrons étrangers indésirables en France quel dialogue est possible ?

- Il a fait le crédit d'impôt, mais ce n'est pas assez. Il ne faut pas de conditions. Ok ! Mais les conditions absurdes viennent d'être votées !

- Des simplifications administratives massives sont nécessaires. OK. Mais la RGPP a été abandonnée et elle était tout sauf massive. Ce n'est pas des simplifications qu'il faut mais des suppressions pures et simples. Sur les 1600 mécanismes d'intervention qui se chevauchent et s'emmêlent, il faut probablement en supprimer 1000.    Que les Gracques disent lesquels et comment. ils deviendront audibles.

- "L'effort vers les sociétés innovantes. Ok ! Mais la manière dont on traite les starts-up  (malgré les Pigeons)  et ceux qui ont réussi, rend cet espoir totalement vain.

- "L'inertie des Administrations" serait la cause du dévoiement du budget.  Ok. On fait quoi ?

- "La négociation autour de Michel Sapin est fondatrice" dans le domaine de l'emploi. Tout a été gelé dans ce domaine d'une part par les lois Auroux en 81 ensuite par tout le fatras de textes bloquants de Jospin.  Il ne faut pas employer le mot de flexibilité "chiffon rouge pour les syndicats" selon M. Sapin lui-même. La" judiciarisation" abusive des licenciements est un des problèmes récurrents : pas touche.   On aimerait que les Gracques nous disent concrètement qu'elles sont les mesures qu'ils attendent au lieu de dire qu'ils sont simplement pleins d'espoir.

- "Le changement dont le président est porteur n'est pas seulement celui qui résulte de la victoire sur la droite. Il est aussi celui de la réinvention de la gauche". Tout cela est du bla bla. Il n'y a pas trente six évolutions possibles. Ou la gauche parvient à expulser le socialisme agressif de sa doctrine et de son langage et se convertit à un social-libéralisme rigoureux et intelligent, ou elle reste sous dépendance du socialisme spoliateur. C'est le seul vrai débat. Et ce que vient de faire Hollande pendant six mois est exactement l'inverse.

La gauche non communiste  s'est réinventée mille fois depuis 1944. Anti communiste jusqu'en 1964. Puis on a eu le programme commun. Puis on a vu la gauche passer à l'austérité, à l'Europe financière et libérale. Puis la gauche asphyxiante des "cadeaux  au peuple" a pris le pouvoir avec Jospin Aubry. Nous en sommes à la gauche hollandaise du massacre fiscal et du n'importe quoi sociétal.

Croire que le problème français est  de  changer l'idéologie des énarques socialistes est une sottise. Il faut surtout les écarter définitivement du pouvoir.  

On sait que le problème français  est la résultante de ce triple désastre  :

- Une organisation des échanges mondiaux basée sur les changes flottants et la compétition frontale des systèmes sociaux a provoqué une crise majeure et longue. Pas un mot chez les Gracques.

- Une Europe qui ne fonctionne plus en accord avec les peuples et qui, loin des votes, fait ce qu'elle veut dans l'indifférence générale aux réactions des victimes , avec en prime une zone Euro mal organisée qui implique  une gestion de crise uniquement par la déflation. Pas un mot chez les Gracques, sinon pour crier comme un cabri "vive l'Europe" "Encore plus d'Europe".  

- une Administration française dévorante qui mange l'économie nationale et l'étiole. Critiquer simplement " l'inertie" des administrations ne suffit pas. Il faut aujourd'hui une chirurgie dont les Gracques n'ont ni la volonté ni même l'idée.

Au total les Gracques sont une imposture. D'accord une petite imposture. Une imposture sans grande importance ni théorique ni pratique. Une mignonette imposturette.

On commencera à sortir la France de son marasme quand les Gracques seront au travail dans leur Ministère pour augmenter massivement et fébrilement  la productivité des services et ficheront la paix au secteur marchand.  Prendre la pose en tant qu'arbitre des deux gauches socialistes est la preuve que tout reste à faire pour leur mettre la tête dans le guidon et leur botter les fesses avec toute l'intensité nécessaire pour qu'ils pédalent un peu, beaucoup, passionément.

Commentaire
Julien L.'s Gravatar Dire à un haut fonctionnaire de s'occuper d'abord de l'Administration et de faire beaucoup mieux avec beaucoup moins, c'est de la provoc !
# Posté par Julien L. | 05/12/12 20:06
Brutus's Gravatar Excellente analyse d'une vraie imposture.

Rappeler que les ouvrages du Club Jean Moulin paraissent ridicules aujourd'hui n'éveillera pas d'écho dans les jeunes générations mais réjouira les autres : la prétention qui nimbait ces abrutis sentencieux, sûrs d'eux-même et dominateurs agaçait déjà à l'époque et elle prend, avec le recul, une dimension de crétinerie d'une ampleur comique.

Celle des Gracques est de la même eau. Je veux dire prend l'eau de la même manière.

Bravo de l'avoir dit : vous êtes les seuls !

J'espère lire le reste de vos articles avc la même délectation.
# Posté par Brutus | 06/01/13 10:29
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