La France, victime de son excessive bonté ?

Tout le monde s’accorde désormais sur l’état catastrophique de la France, déclassée pratiquement dans tous les domaines où elle excellait jusqu’en 1968. Elle connaît des moments difficiles. Le débat public, confronté à cette réalité cherche intensément quels sont les terribles diables qui ont provoqué le désastre. À chacun le sien : L’immigration massive, le socialisme débridé, le capitalisme devenu fou, la consommation excessive et les supermarchés, le CO2, l’énarchie compassionnelle et bienveillante, les frontières non encore abattues, Donald Trump, Poutine, Israël, l’homme blanc hétérosexuel occidental, le téléphone portable, les réseaux sociaux, l’automobile en ville, l’écologie punitive, la finance internationale, l’Union Européenne de plus en plus fédérale, La liste est longue. Les articles s’accumulent et s’allongent démesurément dans la quête de plus en plus fine des diables cachés qui corrodent la société et y creusent leurs galeries perverses.

Quand on s’élève un instant au-dessus de ce marigot accusatoire, on découvre une tout autre réalité. Depuis 1968, les Français se sont essayés à l’universelle bonté.

Ils ont décidé d’être gentils avec les enfants scolarisés et ont supprimé les affres de l’effort, du savoir et de la discipline. Tout le monde devait avoir le BAC et pourquoi pas aller à l’Université, sans tenir compte du fait qu’on allait fabriquer en masse des ignares.

Ils ont décidé d’être gentils avec les enfants délinquants à qui il ne fallait pas imposer de contraintes même légères et dont les multiples récidives devaient être pardonnées. Pour les adultes, il fallait renoncer à la prison, source de récidive et rendre la vie du prisonnier la plus ludique possible. Pour les tueurs, finie la peine de peine de mort, même en cas d’assassinats en série.

Ils ont décidé que toute personne venant à se trouver sur le territoire aurait droit au meilleur de l’aide sociale ad vitam aeternam, comme les Français à qui on a proposé de vivre sans travailler ou de travailler le moins possible dans une société de la gratuité générale.

Ils ont décidé de créer un nombre illimité de droits-à, le plus souvent constitutionnalisés et atrocement coûteux pour les finances publiques.

Ils ont décidé que l’État bienfaisant devait financer la destruction de masse des enfants à naître qui n’étaient en fait que des cellules qu’on pouvait jeter à la poubelle. Près de 5 millions tout de même depuis l’an 2000. Formidable : la population de pollueurs que nous sommes va baisser.

Ils ont décidé de sacrifier leur PIB au profit des pays nécessiteux de l’Europe. Ils ont financé pendant des décennies des aides structurelles au Portugal, à la Grèce, à l’Espagne, à l’Italie, à la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie, la Tchéquie, la Hongrie, la Slovaquie, Ils y ont même transféré une bonne part de leur industrie. Admirable bonté.

Ils ont décidé que cela ne suffisait pas. Ils ont été d’accord pour abattre le Tarif extérieur Commun en Europe et ils ont permis à tous les pays émergents et notamment la Chine de déverser leurs produits sur le territoire, sans réciprocité, alors que nous chargions à mort le travail chez nous de prélèvements et de réglementations, bien sûr par pure bonté d’âme.

Ils ont décidé de transférer leur souveraineté à l’Union européenne, aux juges et aux Hautes autorités administratives, privant leur Parlement et leur gouvernement du moyen d’agir en pleine indépendance.

Ils ont décidé d’être super gentils avec les drogués en leur offrant d’heureuses salles de shoot permettant de se faire plaisir aux frais des autres.

Ils ont décidé que quiconque viendrait à se trouver sur le sol français pourrait faire venir sa famille et toucher les mêmes libéralités sociales que les Français.

Ils ont décidé que la seule mission des politiques était de distribuer des cadeaux au peuple.

Ils ont décidé que le travail était fatigant et qu’il fallait travailler moins que les autres et moins longtemps.

Ils ont décidé d’être bons avec les animaux et de laisser proliférer les rats, les sangliers, les pigeons, les loups, les ours et qu’il serait malséant de les empêcher de massacrer des bêtes d’élevage, de détruire les champs et les plantations, d’envahir les villes et de tuer des humains à l’occasion.

Ils ont décidé d’être bons avec la nature et de sacrifier leur épargne au profit de la lutte contre l’ennemi numéro 1 de l’homme moderne, le CO2, ruinant d’un seul coup, l’industrie, l’agriculture, le bâtiment et la beauté des paysages.

Pendant 60 ans, la bonté et les dépenses associées ont suinté de partout à gros bouillon en France dans l’allégresse et l’autosatisfaction, réconciliant la chrétienté (La bonté est un amour gratuit professait Lacordaire) et le socialisme pur et dur (la gratuité est la seule garantie du principe « à chacun selon ses besoins » selon Marx). Cette union autour de la bonté pendant soixante ans a coûté un peu cher à la France, désormais ruinée et dans l’impossibilité de persister dans sa généreuse attitude.

La bonté débridée pour tous, au prix de la richesse de ceux qui travaillent, du sang des victimes des meurtriers et de l’avenir de la Patrie, peut-elle être remise en cause en France ?

Les Français ont voulu être bons indéfiniment sans voir que l’exercice se retournerait contre eux. Alors ils enragent. Des jeunes conscientisés brûlent leur lycée parce qu’il manque du papier toilette dans les lieux d’aisances. M. Lecornu brûle les réserves d’épargne des Français, en guignant les héritages, pour faire face à la ruine organisée par son maître jupitérien. Un adolescent brûle le visage d’une femme blanche sans doute dans un mouvement de sursaut anticolonial. Les syndicats communistes (une étrange survivance) annoncent qu’ils vont tout bloquer pour tout débloquer. La Ville de Paris se réjouit, elle aussi, d’avoir tout bloqué sous le chant des concerts de klaxons.

Ces bontés-là sentent la poubelle brûlée.

Le duc de La Rochefoucauld nous avait prévenu : « Rien n'est plus rare que la véritable bonté ; ceux mêmes qui croient en avoir n'ont d'ordinaire que de la complaisance ou de la faiblesse. »

Les Français, peuple littéraire, ont sans doute voulu en faire la démonstration pratique.

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