Le duel Minc-Zemmour symbole de la tourmente française

Minc ou le refus de la complexité zemmourienne

Alain Minc était tout-puissant et régnait dans la proximité des princes du pouvoir économique et financier, tout en occupant une place sinon de faiseur de rois du moins de conseil des politiques, quel que soit leur bord. Surgissant soudain (propulsé par qui ?) sous les caméras des télévisions publiques au milieu des années soixante-dix, il reste cinquante ans plus tard, la conscience d’un mouvement mondialiste qui se défait plus ou moins brutalement et qui rend son magistère plus difficile, bien que ses idées soient au pouvoir avec Emmanuel Macron. Juif venu du monde polonais, où l’antisémitisme était féroce, son parcours universitaire remarquable l’a conduit au statut d’énarque au moment où l’énarchie devenait triomphante. Socialiste dans la tradition de sa communauté d’origine, il est symbolique de l’enrichissement capitaliste d’une partie de la gauche après la prise de pouvoir de François Mitterrand, alors que le PS abandonnait la classe ouvrière et, ses dirigeants, l’industrie française, pour se concentrer sur la finance et les sociétés gravitant dans la proximité des états et des collectivités locales. Quant à la gauche, elle était prise d’une frénésie de destruction de tout ce qui faisait la France au profit de multiples altérités déifiées, de l’Europe et du mondialisme indifférencié.

Éric Zemmour, lui, a surgi dans le décor politique, avec le triomphe du « Suicide Français » qui remettait en cause tout le corpus idéologique soutenu et illustré par Alain Minc. Juif d’Afrique du Nord, ayant raté l’ENA, son parcours journalistique, longtemps besogneux, dans des journaux de droite, a été lent mais remarquable. Paradoxe, cet homme de l’écrit fait son entrée dans le grand monde intellectuel via « On n’est pas couché », une émission télévisée tardive sur une chaîne publique. Il s’y fait connaître en fustigeant un ridicule : le conformisme de gauche et le politiquement correct des vedettes venant faire leur promotion. L’appel d’air a été tel, dans un monde médiatique étouffé par l’emprise idéologique dominante, sorte de purée mentale associant le mitterrandisme le plus opportuniste, le socialisme le plus capitaliste et l’autodestruction française par la double soumission américaine et européiste, qu’Éric Zemmour est devenu un analyste écouté, au point d’avoir une émission en doublette avec Éric Naulleau. Finalement, Cnews crée pour lui une émission qui draine les téléspectateurs massivement et remet en cause le monopole de la parole publique de l’idéologie dominante. Il devient un analyste féroce du déclin français avec une focalisation sur la nécessité de retrouver la grandeur protéiforme de la France, sur l’envahissement arabe et islamique et sur la critique de la féminisation de sa société.

Zemmour le besogneux de droite, sorti de son bled algérien et recalé à l’ENA est devenu riche et influent, en dénonçant tout ce qu’Alain Minc le grand bourgeois de gauche, de dix ans plus âgés, avait encensé pendant des lustres.

Deux histoires nées hors de France, qui, l’une et l’autre, illustrent la capacité française de créer des élites en à peine deux générations d’immigration, alors que les berceaux familiaux étaient nourris par deux préoccupations initiales radicalement différentes : la peur de l’antisémitisme nationaliste et des mouvements nationaux socialistes génocidaires d’un côté ; la peur du totalitarisme musulman de l’autre.

Évidemment la candidature d’Éric Zemmour à l’élection présidentielle prochaine ne pouvait qu’interpeller un faiseur de présidents comme Alain Minc. Son intervention dans le Figaro magazine du 11 septembre est intéressante. Le grand bourgeois juge le petit valet ; l’Énarque juge le journaliste ; le mondialiste juge le nationaliste ; le maître des diplômes les plus exigeants juge l'étudiant limité.

Dès le titre, le ton est donné : « Zemmour ou le refus de la complexité française ». Lorsqu’on emploie le mot complexité dans un débat, c’est toujours pour montrer que l’adversaire est dans le simplisme et que seule une grande capacité intellectuelle, la sienne propre bien sûr, est capable de se guider sûrement dans le dédale infâme de la réalité. D’entrée de jeu on dévalorise et on discrédite. En un mot on fait place nette en annonçant que tout l’article est la concession d’un grand esprit qui va se compromettre, pour aider les esprits embrumés, à nettoyer une saleté médiatique. Merci, Merci, blanche colombe de risquer ainsi la blancheur immaculée de tes ailes d’albatros !

En « refusant la complexité », le pauvre Zemmour prouve ce qu’il est : un minus habens qui se vautre dans le simplisme. Cela commence bien.

Bien sûr, juif assimilé comme lui, Zemmour aurait pu être quelqu’un de bien, … en étant gaulliste. Mais ce simplet qui ne comprend pas la complexité a voulu être maurrassien et trahir sa judéité pour épater l’extrême droite !

Le gaullisme qui aurait fait d’Éric Zemmour un homme fréquentable est un peu particulier, puisqu’il l’aurait fait adhérer sans réserve à « l’Europe, levier d’Archimède de la France ». De Gaulle a tenté de mettre l’Allemagne au service des intérêts français et s’y est cassé les dents. Depuis cet échec, la politique allemande heurte directement, et de plus en plus, les intérêts français. Comme le rappelle opportunément le dernier livre de Zemmour, « La France n’a pas dit son dernier mot », les deux soixante-huitards, Cohn-Bendit et son coadjuteur Romain Goupil sont d’accord sur une chose : « La France, c’est fini ». Pour le levier d’Archimède, on repassera.

Alain Minc critique alors ce dernier livre dont Éric Zemmour commence la promotion à grande échelle. Il s’agit « un livre étrange » marqué par le « narcissisme » d’un auteur dont « les outrances, les faussetés auront pour seul effet d’hystériser les débats ». On pourrait aussi bien écrire que la critique de Minc est « étrange et marquée par un narcissisme énervé, qui provoque, par ses outrances et faussetés, une hystérisation du sujet ». On est dans le mépris, avec ces procédés, pas dans le débat.

Le neuneu, traître à sa race, narcissique, menteur, et outrancier, est le « paladin de l’inévitable et de l’irréversible », du fait de son goût maladif de l’extrapolation et son engrenage qui refuse la nuance. Une espèce de robot qui ne sait que cracher maladivement des simplismes. Il ne peut pas analyser l’époque. Ça, c’est le rôle de Minc expert sain en réduction nuancée de toute complexité et qui sait, lui, marier les contraires complexes avec grâce et subtilité.

Bien sûr que le grand Alain-la-complexité refuse la culture Woke, le féminisme abject, les zones de non droit, la charia, l’abandon de la force nucléaire français. D’accord il n’a jamais à chercher à en montrer les ravages ni en expliquer les causes, ce qui l’aurait entraîné trop loin du politiquement correct indispensable. Dans le silence de ses soliloques, il pensait du mal de tout ce que dénonce Zemmour au milieu des crachats, dont le bel Alain s’est prémuni par un silence constant. Quand c’est complexe il faut être prudent.

Mais pas question de courir comme un dératé, derrière une France blanche, judéo-chrétienne, phare du monde qui est une « chimère ». C’est tout le problème : le révisionnisme antinational qui déstructure le discours et les institutions qui fabriquent du surmoi national est légitime pour Minc, qui, en revanche, n’admet pas qu’au vu des conséquences que l’on constate, l’on déconstruise tout ou partie du discours européiste et mondialiste, façon Davos, dont il est le thuriféraire. « La décadence de la France est un artefact », et les déclinistes des rigolos mais en pas drôles. Tout va bien ! Il n’y a rien à changer dans le modèle qu’Alain Minc défend depuis des lustres et qui lui a valu argent et honneurs. La France est incapable d’avoir à temps des masques, des lits, des infirmières, des médecins, du curare, du Doliprane, des seringues et des vaccins, mais tout baigne. Les Français de souche ne font plus d’enfants, ce qui est formidable mais il est heureux que l’immigration bouche les trous et au-delà. Il y a donc un grand remplacement. Ben oui, mais on ne va tout de même pas vous concéder cette réalité qui elle n’est pas complexe à observer ! Pas de taxes aux frontières, surtout pas, même si la France accumule tous les déficits depuis vingt ans et les bonnes mesures de Jospin : blocage des relations du travail et 35 heures après la retraite à soixante ans. Les déséquilibres n’ont aucune importance pour quiconque les regarde avec à l’esprit la nécessaire complexité des choses. L’Euro ? Aucun inconvénient, que des avantages, avec les mêmes lunettes de celui qui sait penser la complexité du monde. Les Grecs s’en sont aperçus et sans lunette.

De toute façon, la France de Saint Macron et de son groupe d’Énarques bien-pensants, car pensant comme Alain Minc le souhaite, a été épatante dans la gestion de la crise sanitaire ce que ne peut sans doute pas comprendre un minable qui n’a pas réussi le concours d’entrée à cette école.

Finalement Éric Zemmour est travaillé par l’ambition politique, (pas comme Minc, lui-même ni ses différents poulains), ce qui érode la qualité de son intelligence, stimule sa démagogie, altère son honnêteté.

Voilà toute l’affaire : Le neuneu, traître à sa race, narcissique, menteur, et outrancier, sinistre « paladin de l’inévitable et de l’irréversible » n’est au fond qu’un démagogue malhonnête détruit par le prurit politicien.

Cher Alain Minc, mieux aurait valu une analyse des causes du mouvement qui porte Zemmour vers son engagement politique « disruptif » que ce torrent d’injures qui trahit votre désarroi devant la chute d’une certaine forme de pensée dominante aujourd’hui largement remise en cause et souvent pour de bonnes raisons.

Dans son dernier livre récemment publié, Autodafés, Michel Onfray dénonce une idéologie dominante qui "ne débat pas . Elle insulte. Elle ne dialogue pas, elle méprise, elle n'échange pas, elle anathémise. Elle ne respecte pas, elle salit. Elle ne discute pas ; elle condamne".

Tout est dit.

Commentaire
bcm's Gravatar Excellent. Rien à ajouter, tout est dit. MercI;
# Posté par bcm | 12/09/21 10:44
Siem's Gravatar Exact.

Jamais sans doute on a vu une élection se présenter dans un tel climat de haine et de démagogie. Hidalgo est toujours dans l'excès. Son projet de transition en cinq ans est une farce sauf qu'elle est capable de toute action même folle. L'assassinat de Paris en est l'exemple. Les Verts seront obligés à la surenchère. Mme Le Pen en défenseur de la liberté et de la civilisation, rions ensemble. L'incapable et violent Macron qui achète clientèle segmentée par clientèle segmentée ne représente aucun avenir national.

Dans ce climat Zemmour n'a ni l'importance qu'il se donne ni de raisons d'inspirer les propos déplacés de Minc.

La campagne va être aussi laide que la précédente. Et les Français seront une de fois de plis privés de vraies solutions. Attention à l'abstention et aux révoltes.
# Posté par Siem | 13/09/21 00:31
Raphael's Gravatar Zemmour peut rendre l'envie de voter aux 25% d'abstentionnistes de mai 2017.Imaginons qu'il recueille 60% de ce groupe, cela fait 15% des voix qui s'ajoutent aux 7% dont il est déjà crédité . Il peut donc prétendre arriver au second tour . Il est batailleur ,clivant décapant, et dissipe la bouillie des communicants , servie par les potiches de la pseudo-droite et Bécassine-fille-à-papa. Zemmour est patriote , terme plus élevé et objectif , que nationaliste . Vous le qualifier de maurassien , c'est une étiquette erronée , désuète . Loin de Maurras, Zemmour est sur les pas de de Gaulle ; il n'admet pas la dissolution de la France dans cette union européenne qui n'est que le cache-sexe de l'Allemagne .
Quant à Minc, sa globalisation "heureuse" ne séduit plus qu'une minorité de parvenus ; que Le Figaro lui offre une tribune est "normal ", il s'agit de protéger le monde de Davos .
# Posté par Raphael | 13/09/21 15:08
DD's Gravatar "Zemmour peut rendre l'envie de voter aux 25% d'abstentionnistes".

Il a été éliminé de sa tribune sur la rumeur de sa candidature. Comme Fillon a été éliminé, comme Raoult est sorti de l'IHU de Marseille, comme Péronne a été viré de l'AP HP, comme....

Dans cette séquence il faut surtout incriminer le monopole abusif de l’Énarchie Compassionnelle sur l’État, le politique et la presse en France, ainsi que la mentalité du sournois et implacable Macron quand on se met en travers de son projet de réélection. Il le répète à chaque intervention : il a tout fait bien et personne n'a jamais fait mieux que lui. Ces sornettes s'accompagnent malheureusement de violences en exploitant la lâcheté de personnes qui jouent l'accélération de leur carrière en rampant devant ce personnage au psychisme problématique et qui se croit la mesure de toute chose et tout permis.

C'est cet état lamentable de sa psychologie qui devrait alerter les Français sur la nécessité de ne pas le réélire. Lorsqu'on est poli on dit qu'Emmanuel Macron n'attaque jamais les grands problèmes et qu'il se comporte pour le reste en pompier pyromane. Lorsqu'on est commentateur politique on dit : l'électoralisme pointilleux jusqu'au violent d'Emmanuel Macron a peu de précédents dans l'histoire. Lorsqu'on est psychiatre on dit qu'une telle personnalité névrotique doit être gardée à distance, car il n'y a pas de traitement.
# Posté par DD | 15/09/21 10:19
Raphael's Gravatar Il me parait évident que Zemmour va se présenter : son élimination " préventive " par le CSA est le signal que le pouvoir sait que Zemmour rentre dans la course . Ceci dit c'est aux français de sortir du piège Macron-Le Pen imposé par Mitterand . Si ils ne comprennent pas en 2022 qu'il faut renverser l'échiquier qui a été imposé depuis 40 ans , tant pis pour eux . Ce n'est ni la pseudo-droite de X.Bertrand-Pécresse ni MLP qui ont le nerf , l'estomac , pour sortir le pays de l'ornière
# Posté par Raphael | 15/09/21 12:02
DD's Gravatar Zemmour est à 10% avec une forte dynamique. On comprend qu'il fasse peur. Rappelons que Mélenchon est passé de 7% à presque 20 lors de la précédente édition. Il n'a qu'à prendre 8% à MLP et 2% à LR pour être au second tour et là il bat Macron. Il ne restera rien de LREM, LR et RN, saut ralliement au vainqueur. Ciotti a déjà dit qu'il voterait Z et pas Macron en cas de duel au second tour. Et il n'est pas encore candidat ! Très étonnant.
# Posté par DD | 15/09/21 14:41
marc durand's Gravatar j'ai pas vu le débat avec minc, étant expatrie depuis plus de 20 ans, je suis loin de tout ce remu ménage.
Mais je viens de voir Zemmour contre bourdin et contre ruquier, je comprends pourquoi la France coule, y'a des gens qui regardent leur emission ?
Zemmour a du courage, je suis totalement d'accord avec, l'immigration du continent africain est la principale cause des problèmes de la France.
# Posté par marc durand | 16/09/21 12:06
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