Enarchie : le sinistre retour aux vieilles habitudes

Le Macron de première génération, révolté par les blocages du gouvernement socialiste auquel il participait, était intéressant. Sur de nombreux sujets, il rejoignait nos critiques incessantes. Perte de compétitivité liée aux 35 heures ; découragement de l’investissement par l’ISF ; excès de protection des salariés permettant aux plus malhonnêtes de ruiner les PME ; excès du nombre de fonctionnaires ; excès d’impôts ; excès de parlementaires ; excès de dépenses publiques ; surréglementations pénalisantes ; blocages de la loi Duflot ; etc.

Le second Macron, l’auteur du livre Révolution, commençait à l’être moins. Le livre était incantatoire, moralisateur, attrape tout, tenté par l’oxymore à chaque paragraphe et ne proposait plus rien de vraiment concret et d’important. On sentait une volonté de « dépasser le clivage gauche-droite pour que sautent les blocages qui nous nuisent tant et depuis si longtemps », mais rien de radical n’était dit sur les actions concrètes à mener.

Le troisième Macron, le candidat à programme, s’avérait un vil démagogue, pratiquant l’achat de vote sans vergogne (http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2017/3/2/Que-penser-du-programme-Macron- …). Il s’agissait de dire à chacun ce qu’il voulait entendre et de laisser croire à tous que ce serait bon pour le pays. On ne supprimait plus l’ISF, on ne supprimait plus les 35 heures. On distribuait l’argent des uns aux autres en fonction de leur poids électoral présumé. Pas une aspérité. Sur tous les sujets qui fâchent, RSI défaillant, pérennité du CICE, heures supplémentaires défiscalisées, la réponse était toujours : oui, oui, oui. Et encore oui.

Monsieur OUI et sa Youpee attitude, ont gagné. De peu. Il s’en est fallu que du déplacement de 2.5 % des votes de droite.

Marquées par une abstention jamais vue (et porteuse de graves inquiétudes), les élections législatives ont vu ce léger ébranlement se traduire en un glissement gigantesque du terrain politique, sans aucun débat, sur aucun sujet, les retournements de veste suffisant à nourrir les gazettes. Avec l’adhésion de 12 % des inscrits, l’Énarque Macron, après avoir trahi son mentor énarque, est Président de la République et dispose d’une chambre jaune, mais sans mystère, pléthorique et malléable. Au nom de la morale on voit l’Assemblée Nationale présidée par un renégat, discutant avec un Premier Ministre énarque renégat, d’un budget présenté par un Ministre des Finances énarque renégat, alors que tout le pouvoir est concentré à l’Élysée qui est devenu, comme jamais, un terrain de jeu de l’Énarchie. « Il y a des Énarques partout », remarque un « visiteur du soir » à l’ancienne mode. Normal, puisque la victoire a été obtenue à la suite d’un pronunciamiento d’Énarques dévoyés.

Comme Giscard, un ex-jeune Énarque adepte du changement dans la continuité, le nouveau Président « fait de la communication ». Un peu de prestance comme Giscard et d’abus, comme Giscard, mais bien plus vite. On n’a pas encore les airs d’accordéon et l’invitation faite aux éboueurs, mais on sent que cela vient. On a déjà le président en sportif, sur les quais, façon Poutine, mais sans les pectoraux. Giscard avait invité son premier ministre à Brégançon avec son prof de tennis (qu’il omettait de payer tout en exigeant de lui fournir à chaque leçon des balles neuves). Macron s’invite à Versailles un jour avant le discours d’investiture du Premier Ministre dont la volte politique disgracieuse et opportuniste ne lui permet plus de se plaindre des couleuvres qu’on sera amené à lui faire avaler à répétition. Nemo auditur suam propram turpitudinem allegans.

On entend de façon subliminale ce beau discours à Édouard Philippe :

-        « Cause toujours mon lapin à ton troupeau de communiants, menés à l’Assemblée par mon copain disqualifié Ferrand, mutualiste tendance « poulettes et cupidité ». C’est moi, Macron, qui a désormais toutes les clés, tous les pouvoirs. Mesure ta chance : les retraites, dont on n’a jamais parlé pendant la campagne électorale sombrent dans le déficit ? Pas une remarque dans la presse. Le chômage qu’on disait maîtrisé, monte à 6 600 000, mesuré par les inscriptions à Pôle emploi. Un record historique : pas un mot négatif dans la presse. Les comptes publics étaient totalement dévoyés dans leur présentation, comme l’affirmait le candidat Fillon. Confirmation : 9 milliards de chutes la première année, 18 milliards la seconde. Pas la moindre réaction dans la presse. Ces idiots commentent ma photo photoshopée et pourrie de symboles de gamin. Et bientôt mon fanion présidentiel ou la dernière tenue de Brizitte. C’est ta chance. Laisse-moi faire et obéit ».

On retrouve la même technique employée par tous les démagogues depuis des lustres en France : les promesses n’engagent que ceux qui y croient et la belle excuse fonctionne toujours : « les circonstances me conduisent à différer car mes prédécesseurs m’ont laissé un terrain miné et moi je suis un type bien et responsable. Je ne vais pas faire n’importe quoi, je veux dire, appliquer mon programme ». Comme disait Edgar Faure : « Le contexte nuit aux textes cons ». Il aurait pu ajouter à la Audiard : « C’est comme cela qu’on les reconnaît ».

Alors qu’on se souvient des rodomontades des candidats aux deux primaires : l’important c’est de dire avant ce qu’on va faire et de tenir après. « Les vilains démagogues façon Hollande et Sarkozy qui ont fait le contraire de ce qu’ils ont promis, c’est fini ! », disait-on.

Voici donc le premier ministre brandissant un prétendu sens des responsabilités pour reporter en bloc tout ou presque du programme électoral du candidat Macron, sauf les mesures franchement démagogiques qui ne coûtent rien aux hauts fonctionnaires, comme « donner du pouvoir d’achat aux salariés avec l’argent des indépendants et des retraités » et qui aideront à faire passer la pilule.

On va donc faire voter des lois poudre aux yeux comme celle sur la moralisation de la vie publique, comme si la démagogie et le retournement de veste étaient des attitudes morales (tous les auteurs de coups d’État prétendent à la pureté retrouvée), et celle sur le droit du travail, dont on prétend qu’elle libérera l’emploi, alors qu’elle est totalement insignifiante et ne concerne que les grands groupes, qui de toute façon ont un régime fiscal dérogatoire et peuvent délocaliser à volonté (et bientôt pour moins cher).

Comme Hollande, comme Chirac, comme Giscard, comme tous les énarques, Macron cède aux « sociétalisme » qui valorisent l’image « moderniste » et réformatrice, et ne coûte en apparence rien à l’État. Toutes les revendications immigrationnistes, multiculturalistes, homosexuelles portées par des minorités agissantes reviennent au premier plan. Pour les revendications européistes, il va falloir la jouer fine. Le départ des britanniques et diverses dérives conduisent la Commission à réclamer un impôt européen massif (on parle de démarrer à 80-100 milliards avec un doublement en cinq ans). Le triomphe du « sympathique Macron » au dernier conseil européen n’a été perçu que par la presse française. Elle n’a pas voulu s’étendre sur son premier grand échec : sa demande de modification de la directive emploi détaché a été platement éconduite. Même triomphe que Hollande dans sa renégociation du traité Merkozy ! Le goût pour les normes coûteuses et excessives devait être maîtrisé. On maintient des interdictions qui vont au-delà des normes européennes (en important des produits qui ne les appliquent pas). On découvre, sans réagir, que 4.5 milliards d’euros, non financés, devront être dépensés par les collectivités locales pour se mettre aux normes de chauffage. Les fonctionnaires arbitrent la société pour le bien commun et coûte que coûte. Qu’on se le dise !

Tout continue comme avant. Impôts, dépenses, normes, contraintes, soumission à l’Europe, armes rendues devant les groupuscules : du Hollande 2012 pur jus.  

On ne fera aucune des réformes de fond qui auraient un véritable effet sur les causes des difficultés françaises et dont aucun aspect n’a été débattu depuis décembre 2016 pendant la campagne électorale.

Le Macron de l’été 2017 est le même que le conseiller de Hollande de l’été 2012, avec le même système : pour commencer, un coup de matraque fiscale ciblée (ici avec la CSG, augmentée de plus de 12 %), tout en faisant de la com’. Pour le reste on bloque tout, notamment les dépenses d’investissement, on pose, on jacte et on laisse la piétaille En Marche piétiner comme les soldats d’opérette qui chantent « en avant, c’est nous l’avenir » en restant sur place.

Le Français est né malin, comme chacun sait. Il jure mais un peu tard qu’on ne l’y reprendra plus ! C’est promis, la prochaine fois il votera pour le candidat le plus sérieux qui a un vrai programme de rupture et qui ne se laisse pas aller à la démagogie.

Si l’Énarchie le veut bien et si M. Mélenchon ne casse pas les urnes.

En attendant : Wet and sea.

Commentaire
Siem's Gravatar On peut comprendre votre colère. Et je suis prêt à mettre mes chausses dans vos basques, avec ce petit « à la manière de », que vous me pardonnerez sans doute.
La situation d'Édouard Philippe est exactement la même que celle d'Alain Juppé après l'élection de Jacques Chirac. Élu contre l'énarque Édouard Balladur pour réduire la "fracture sociale", l'énarque Chirac est obligé de mener une politique d'austérité avec un Juppé énarque qui, « droit dans ses bottes », pense qu'on peut frapper "les riches" à tout va et qui va déplafonner l'ISF conduisant plusieurs milliers de Français à payer plus de 100 % d'impôts. Sa doctrine du "ni-ni" est la sœur siamoise de la doctrine de l'énarque Macron du "et-et". L’affaire Chirac-Juppé transformera l’UDR en UMP, avec des tensions et des ambiguïtés qui finiront par l’explosion actuelle, et elle débouchera concrètement sur cinq ans de gestion Jospin, énarque tendance trotskiste, la mise en œuvre de la dépossession de souveraineté française au profit de l’Union Européenne, l’ouverture totale à la mondialisation avec acceptation de la désindustrialisation du pays, la perte totale de la compétitivité française, le glissement inouï des dépenses régionales et locales, le déficit incontrôlable de la sécurité sociale et l'étouffement des relations sociales dans l'entreprise.
Où finira l'aventure Macron, croisement de la carpe et du lapin, synthèse de la synthèse Hollande et du n'importe quoi Sarkozy, dont la geste politicienne est éblouissante mais le programme de libération des énergies du pays inexistant ? Probablement dans les mains de Mélenchon, Marine le Pen s'étant totalement disqualifiée par une exhibition de nullité économique plutôt démonstrative.
Sauf surprise formidable, on ne voit pas notre nouveau Jupiter capable de traiter au fond les tares de la société française :
- Un État obèse et ruineux qui ne sait qu'aspirer le revenu et le patrimoine des Français pour s'auto-entretenir. Nous serons toujours champions de la dépense publique et du nombre de fonctionnaires dans 5 ans, et nous aurons encore le privilège d'être le pays le plus taxé du monde.
- Un État croupion qui aura laissé l'essentiel de sa souveraineté à l'Europe, sans aucune capacité de véritablement influencer les décisions. Les Français auront perdu définitivement la maîtrise de leur destin.
- Une population subvertie par un remplacement de plus en plus voyant des autochtones par l'immigration du sud, dont une partie montre une volonté de colonisation évidente et violente.
- Une culture évanouie par la domination de la culture télévisuelle américaine et son immense vulgarité, la primauté de l'anglais en tout et l'abandon des filières d'excellence de la culture française qui n'est plus nécessaire dans le grand marché anglo-saxon.
- Une sécurité disparue, avec la multiplication des crimes et délits
- La dissolution de la haute société française, économique, sociale et culturelle, éparpillée dans le monde façon puzzle.
- La continuation de la perte de compétitivité dans la mondialisation avec toutes les conséquences pour les classes travailleuses.
- L’abaissement de la natalité et le vieillissement de la population.
Les débuts "jupitériens" du président Macron peuvent faire illusion. Le symbolisme enfantin qui porte les médias (réduits à quelques groupes dont les patrons et les journalistes dépendent du pouvoir) à l’extase, ne compense qu'en communication la perte de souveraineté, de langue, de patrimoine, de compétitivité et de dynamisme sur laquelle notre président gourou compte surfer, après avoir abandonné l’idée d’y faire face.
On le voit : Macron président est dans la même attitude de bavardage inspiré que Macron candidat. Une jactance chantournée pour emberlificoter les contraires mais qui ne débouche que sur la continuation de ce que savent faire les Giscard, Fabius, Chirac, Rocard, Balladur, Juppé, Jospin, Hollande, Sapin, Philippe. L’État d’abord avec des impôts massifs. De la poudre aux yeux pour le reste, sur fond d’effondrement national, démographique, industriel et culturel. Les Énarques dénoncent le déclinisme mais organisent le déclin.
# Posté par Siem | 02/07/17 13:08
DvD's Gravatar Sitôt les élections passées, on apprend comme par hasard que l'équilibre du régime des retraites est repoussée de 2020 à 2040, que les finances publiques ont davantage dérapées que prévues et que la France est en marche vers 7 millions de chômeurs toutes catégories.

Heureusement, personne n'a voté cette fois-ci ... un peu trop prévisible la petite entourloupe ... beaucoup de vieilles ficelles usées pour un soi-disant renouveau ...

Et c'est justement cette abstention de masse qui rend la question budgétaire si délicate cette fois-ci : l'assemblée nationale élue avec la participation de 38.4% des inscrits est peu légitime et son autorité en matière de taxation est donc fragile au regard du principe démocratique élémentaire de "pas de taxation sans représentation".

Echec et mat.
# Posté par DvD | 02/07/17 18:13
DD's Gravatar Petit rappel sur la CSG. Les prélèvements sociaux sont nombreux et différenciés. Pourquoi faire simple quand on, peut faire compliquer. En résumé nous trouvons ;

La Contribution Sociale Généralisée (CSG) : 7,5% sur les revenus d'activité ou les revenus de remplacement et 8,2% sur les revenus du patrimoine ou de placements,
La Contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) dont le taux est de 0,5%,
Le prélèvement social de 4,5%, auquel s'ajoute un prélèvement additionnel au taux de 0,3%, sur les revenus du capital,
Le prélèvement de solidarité au taux de 2% sur les revenus du patrimoine et de placement
soumis à la CSG.

On voit que les revenus du capital sont plus taxés que les autres. Au total 15.5% qui s'ajoutent à l'IRPP. Avec des tranches marginales à 41 puis 45%. Soit un taux de 60,5% avec en prime pour les plus riches 5% de mieux, soit un taux de prélèvement de 65.5%. Sur le reste il faudra payer tous les autres impôts
(fonciers, bureaux , habitation, etc.).

La hausse absurde de la CSG est de 1.7 points, portant le taux de base à 9.2% soit une hausse de 1.7/7.5*100 = 22.6%, ce qui est colossal dans une ambiance de stagnation des revenus. Pour les retraités qui payaient un peu moins on passe de 6,6 % à 8,1%, soit une hausse de 25,75%.

Ce sont des taux de hausse colossaux qui n'ont strictement aucune justification. L'effort demandé aux ménages est de plus de 20 milliards , soit la moitié de l'effort Hollande, alors que les revenus ont stagné et ceux des retraités baissés, compte tenu qu'ils ne sont plus indexés sur l'inflation. Le conseiller Macron et le président Macron auront volé 60 milliards d'euros aux Français en 6 ans. Essentiellement pour financer leur réélection, par achat de vote en laissant croire que c'était les riches et les vieux qui paieraient.

Ces mesures n'ont exactement aucun impact sur la compétitivité des entreprises. Ayant indiqué que ces hausses dantesques seraient compensées pour les fonctionnaires, il s'agit d'un impôt sur les vieux ayant eu une activité sérieuse pendant leur vie, c'est à dire sur les vaches à lait habituelles. Il est à noter qu'à ce taux marginal des deux tiers, plus aucune décision de placement n'a de sens : louer devient inutile ; vendre sa maison signifie qu'on en perd le quart ou la moitié. Arbitrer un portefeuille devient absurde. Investir dans une start-up n'a pas d'intérêt.

Pour un retraité, la seule solution est de partir vite. Car son revenu net net (net d'impôt et des frais fixes de logement) va diminuer en moyenne de 25% + l'inflation, soit 28% dès 2018. Il n'y a strictement aucune justification à cette amputation gigantesque. Les voyous de la politique présentent toujours les choses d'une façon lénifiante : le tragique et socialiste fiscal extrême Pisani-Ferry qui est au service de la démagogie de Macron, fait semblant de croire que le brave retraité paiera 25 euros. L'indécence est totale. C'est lui qui voulait que les propriétaires soient taxés sur un équivalent loyer !

Les Français viennent de réaliser qu'on les avait trompé. Ce sont les trois transfuges des LR (Philippe, Lemaire et le grotesque Darmanin, traîtres de comédie) qui sont chargés de faire passer la pilule d'une mesure socialiste extrémiste. Beaucoup considéreront qu'il s'agit d'une mesure à vomir pris par des renégats. Ils n'auront pas tort. Personne ne leur a expliqué pourquoi il fallait soudain aggraver autant les prélèvements, dix ans après la crise. Philippe a pris peur et s'est lancé dans des annonces de réductions globales des impôts. Mais pourquoi s'arrêter dans un si bon chemin. La mesure sur la hausse démente de la CSG n'a aucun sens, son injustice est parfaite, sa motivation abjecte. Pourquoi ne pas recommencer dès que l'occasion sera favorable ?

Cette France fiscalisée à mort et dirigée par des hauts fonctionnaires sans la moindre dignité, ni valeur, n'a aucun intérêt. Elle se sera tuée toute seule.
# Posté par DD | 10/07/17 08:46
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