"Nouveau monde, nouveau capitalisme" : un colloque pour rien ?


Le colloque nouveau monde nouveau capitalisme est le genre d’exercice que les gouvernants croient opportuns de faire pour faire l’important.  La tribune est plus importante que le discours.
Néanmoins, au fil des discours, on trouve matière à commentaires :


Commençons par le moins attendu, celui de M. François Fillon, Premier Ministre français.


1.    « Mesdames et messieurs, le G20 ne doit pas rester une lettre morte ».

Comment dire de la façon la plus nette qu’il menace de rester lettre morte ?  La conférence de Washington n’a servi à rien, n’a rien proposé et simplement ouvert sur de nouvelles réunions dont la préparation patine.  Cette conférence avait-elle un autre but que de dire aux Etats-Unis : cessez de bouder dans votre coin de façon méprisante ?

2.    « Ces efforts doivent déboucher, lors du sommet de Londres, sur des mesures concrètes : c’est-à-dire sur la soumission des activités de crédit aux réglementations définies à Bâle, c’est-à-dire sur la régulation des hedge funds systémiques, c’est-à-dire sur l’harmonisation des fonds propres des banques, sur l’encadrement de la titrisation, sur la lutte contre la procyclicité des normes comptables, sur la régulation des agences de notation et des pratiques de rémunération ».

On retrouve là le flot de banalités habituelles. La règlementation de Bâle n’a rien à faire avec la crise : tous les produits toxiques étaient hors bilan et hors bourse donc  hors régulation. Ce ne sont pas les Hedge Funds qui ont principalement créé les subprimes  et les ont diffusés au monde.  Les normes comptables peuvent tout sauf créer ou amplifier le cycle. Elles n’ont strictement rien à voir avec le marché hypothécaire américain, Freddy Mac et Fanny mae. 

En rester là et ne rien faire c’est pareil.

3.     « Enfin, il faut que cette réunion soit l’occasion d’engager un combat sans merci contre les paradis fiscaux qui accentuent l’enfer de tous les autres ».

Le pépin ici est de ne pas faire la distinction entre les pays à régime fiscal avantageux (c’est leur droit souverain) et les pays acceptant d’apporter de l’obscurité pour des manœuvres financières  dangereuses et hors règles.  L’important ici c’est de réguler financièrement ces centres pour éviter des pratiques dangereuses plutôt que de leur imposer une hausse des impôts.

4.    « Le prix du baril de pétrole ne peut plus seulement être indexé sur le simple jeu de l’offre et de la demande ! Il est de l’intérêt de tous de disposer d’une plus grande visibilité sur les prix pour échapper aux fluctuations erratiques que nous avons connues. »

Une de fois  de plus un gouvernant aspire à la STABILITE : stabilité des approvisionnements en quantité ; stabilité des prix, mais se refuse à regarder la source principale de variation : les changes flottants !   Si le dollar baisse de moitié  le coût du pétrole baisse,  s’il double il augmente. La spéculation se charge d’amplifier le tout.  Pas de stabilité les cours des matières internationales sans stabilité des changes !  Mais là, le bœuf pèse sur la langue d’une façon   invincible : ne pas passer pour un ringard !  


Passons à Tony Blair. Il n’avait rien de concret à dire. Il l’a fait très bien. 

Car c’est évidemment ne rien dire que d’affirmer que le capitalisme doit être au service de l’intérêt général  et qu’il faut corriger ses « excès » sans dire lesquels ni comment.  On insiste et c’est déjà bien sur l’importance du multilatéralisme, le refus du protectionnisme et la nécessité de changer.  Il faudrait s’inquiéter si ce n’était pas le cas. Mais cela ne donne ni une explication e la crise, ni une politique d’urgence, ni une voie de sortie, ni une architecture de fonctionnement ultérieure. 

Plusieurs fois le mot « EQUILIBRE » revient ainsi que la condamnation de la spéculation « stérile ». Répétons : qu’est-ce qui dans notre système actuel entraîne structurellement des déséquilibres et imposent une spéculation quotidienne ?   Vous avez pensé : les changes flottants ? Vous avez gagné.

L’intervention de Phelps n’a commencé à être intéressante que dans la conclusion, juste au moment où on lui a dit qu’il fallait faire vite. Dommage.  Qu’a dit le prix Nobel d’économie ?  Qu’il fallait séparer les différentes activités bancaires et durcir le système en empêchant certaines des dérives actuelles : les banques de dépôt ne peuvent pas faire la banque d’investissement ; le crédit long aux entreprises doit être  d’abord le fait de l’actionnaire ; les dépôts ne doivent pas être à la merci d’opérations spéculatives sur les changes ou les taux d’intérêt etc.

On en revient à la position de Maurice Allais  notre Nobel national considéré ici  comme  un  gourou sectaire et non comme un économiste.   A chaque longueur de crédit sa longueur de ressources et ses institutions propres. A chaque ampleur de risques ses ressources propres et ses institutions.  « Le capital risque devrait être multiplié par 5 ou 10 ».  Et pas assumé par des procédés bancaires classiques ou des maquillages dans des constructions financières incompréhensibles. 

A l’idée de Greenspan qui faisait des CDS un moyen de diffuser le risque donc de le réduire pour la globalité du système, Phelps oppose celle d’un système où chaque risque et connu et assumé comme tel.

Au passage il cautionne totalement ce que nous avons écrit à la fois sur la réforme du système bancaire et  l’obligation que nous voyons  de casser l’escroquerie dangereuse qu’est la « banque universelle ». 

Mme Johnson Sirleaf pour l’Afrique a été beaucoup plus intéressante que bien d’autres en rappelant que la régulation en Afrique cela veut dire accaparation par les mafias politiques et constitutions de monopoles publics  et que régulation dans le monde cela ne doit pas devenir «blocage des capitaux, car l’Afrique a un énorme besoin de capitaux.  

Elle ne veut de marchés fermés ni en matière agricole ni en matière financière.   Naturellement comme elle le reconnaît franchement : « Je ne sais pas ce qu’il faut faire ». Mais au moins elle sait ce qu’il ne faut pas faire et cela tranche avec certains discours franco-franchouillards.

Au total, on reste évidemment sur sa faim. Tout le monde a le sentiment de la fin d’une époque, d’une cassure du système, d’un désastre en cours, d’un risque pour l’avenir énorme. Chacun espère que les recettes définies après la crise de 29 marcheront  un jour : flots de monnaie gratuite  issue des banques centrales, plans de relances massifs.   

Une reprise spontanée avec quelques ravaudages de législation sur les agences de notation, la rémunération des banquiers, les Hedge funds et les paradis fiscaux  serait pour tous  le schéma idéal.

Il n’y a exactement aucune chance. La crise va s’approfondir et dériver vers des zones inconnues et probablement extrêmement malsaines.  Sans diagnostic réaliste  et sans thérapeutique adaptée, on continuera la glissade actuelle.

Rappelons notre proposition :

-    Mettre fin immédiatement au régime des changes flottants avec stabilisation immédiate sous la responsabilité des Etats et des mécanismes collectifs des balances des paiements. Cet élément de stabilisation permettra le retour au CALCUL ECONOMIQUE. Une économie qui a un horizon peut se diriger.  En avion lorsqu’on est en vrille et en train de tourbillonner en feuille morte la seule chose qui compte c’est de  retrouver de la stabilité et de la manœuvrabilité.  

-    Stabiliser les marchés de matières premières dans des contrats multilatéraux avec des agences internationales ad hoc.  Second élément de stabilité et d’évitement des politiques de pure spéculation.

-    Bloquer momentanément toutes les spéculations des HF en interdisant le short sur les monnaies les marché de bien : vient à l’appui des deux mesures précédentes

-    Restructurer les banques sur le modèle  par  longueur de crédit, par nature de risques et par objet.  Les gestionnaires de comptes de dépôts ne doivent être les banquiers de crédit qui  ne doivent pas être les placiers qui ne doivent pas être les financiers ou les capital risqueurs. Il faut INTERDIRE  la banque universelle.

Dans l’instant chacun recommencera à jouer son rôle et les politiques monétaires et keynésiennes retrouveront de l’allant.

Didier Dufau pour le Cercle des Economiste E-toile.
   

 
 
 





Baltic Index : quatre mois de calme plat

Le Baltic index est effondré de près de 90% et ne bouge absolument plus, une configuration jamais vue depuis la guerre de 40.

L'encéphalogramme du commerce mondial est plat.

C'est très inquiétant.

Il n'y a AUCUN signe de reprise alors qu'on ne peut pas techniquement aller plus bas en terme d'indice (les valeurs correspondent au fond du panier). 

Cercle des economistes E-toile.



Vous avez dit «morale » ?

Pour un polonais habitué aux allers-et-retours entre la Pologne et la France, la lecture de la presse est d’un côté comme de l’autre un sujet permanent d’étonnement.

Evidemment nous sommes plus connus pour nos plombiers que pour notre direction de l’Union Européenne et notre vision des questions économiques, mais  nous avons aussi un peu de mémoire.

Sous la bienheureuse dictature socialiste tous les plans gouvernementaux s’effondraient lamentablement avec la plus grande des régularités. Cela ne pouvait pas être à cause du socialisme, si gentil, si grand, si essentiel.

Alors c’était toujours la « faute à Jules » et aux vilains qui n’avaient pas conservé l’attitude socialiste essentielle qu’il s’agissait de restaurer aussitôt, en général en envoyant aux gémonies socialistes quelques dévoyés notables enrichis certes un peu vite mais bloquant surtout  la  promotion méritée d’une crapule encore pire mais bien vue de la Nomenklatura.

En lisant le Figaro on est saisi par l’identité des mécanismes. « Il ne s’agit pas faire de l’anticapitalisme mais de le moraliser ». Ah la morale ! Il n’y a que cela de vrai.  A peu de lignes de là on pouvait voir qu’un pauvre garçon plaqué par sa femme exigeait qu’elle lui retourne le rein dont il s’était privé pour qu’elle vive : « il ne s’agit pas de réformer le divorce mais de le moraliser ».  Ce n’est pas dit mais c’est subliminal.

N’a-t-on  rien fait depuis quatre mois sur le terrain de la morale ?  C’est doute pour cela qu’un éditorialiste   du joli nom  de Gaétan de Capèle   rappelle à temps  : « en dépit des apparences quatre mois après Lehman Brothers la crise de confiance persiste ». 

A quoi sert que le Président Sarkozy s’agite autant, on se le demande.  Heureusement la conférence de Londres s’avance en majesté et dit Gaétan, a capella : « une rémission ne sera assurée  que …lorsque la définition des normes comptables  aura été soigneusement réexaminée,  recodifiée et qu’elles seront les mêmes pour tous ».  

C’est sûr que cela aurait impressionné Madoff, Lehman Brothers, UBS, Natixis, l’Islande entière et peut être même un polonais totalement saoul.

Sans doute pour les mêmes raisons de normes  de très haut niveau on ne fera pas droit aux exigences de l’industrie pornographique (c’est évoqué dans le même numéro)  qui constatant des ventes flaccides  exigent les mêmes soutiens (une institution répandue  à titre individuel et même collectif dans ce secteur) que la banque ou l’automobile : la libido a un « bilan carbone » pourtant bien meilleur. Mais la morale ! La morale on vous dit !

Personne ne semble devoir admettre que les crises sont d’une part un rituel du capitalisme qui connaît une récession pratiquement tous les dix ans depuis au moins trois siècle (et sans doute plus) et d’autre part, dans le cas des dernières,  le fruit de défauts structurels  graves et pas seulement règlementaires.

Lorsque notre économiste en chef avait demandé publiquement  à Yves de Kerdrel, encore un bien joli nom, si les changes flottants n’avaient une petite responsabilité tout de même, la réponse avait été embrouillée pour se conclure par un « c’est nécessaire » plein d’autorité mais sans aucun argument.  
Sans doute le flottement incohérent et destructeur des monnaies est-il une catégorie de la morale.   

A quand le remplacement des économistes par des prêtres et des saints laïques ?

Nous,  on peut prêter notre « vierge noire », très dans le vent Obama.  Mais pas trop longtemps tout de même

Elle sera au moins aussi efficace que nos plombiers.  
 
Zbig Brataniec (qui n’ose pas dire qu’il parle au nom du Cercle des économistes E-toile).



La farce de la conférence de Paris des 8 et 9 janvier 2008

Monsieur  N. Sarkozy vient de réunir jeudi 8 et vendredi 9 janvier  à paris un aréopage d’experts plus sérieux les uns que les autres dont le motif est naturellement très restreint : trouver une tribune non franco-française à l’omni-président auto-déclaré maintenant que la présidence de l’Europe lui échappe. 

Il a réuni quelques gouvernants européens notables anciens et nouveaux et un économiste spécialiste de l’énumération  des nouvelles « régulations », le directeur de la London School of Economics ».

Le public n’a pratiquement pas été reçu en dépit d’une farce de procédure internet.  
Dommage on aurait aimé pouvoir poser quelques questions.
Comme celles-ci :

-    Nous vivons sous un système de changes flottants. Où sont les  théories convaincantes qui ont conduit à construire ce système ? Où s’agit-il d’un non système qui s’est imposé à force de résignation ?  Acceptez-vous encore cette résignation ?

-    Depuis l’introduction des changes flottants les crises financières n’ont pas cessé :

o    Crise du pétrole (liée à la baisse excessive du dollar)
o    Stagflation
o    Crise des prêts souverains aux pays du tiers monde
o    Crise des obligations pourris
o    Crise des savings and loans
o     Crise extrêmement brutale de 92-93
o    Crise dite des pays émergents
o    Crise extrêmement brutale dite des NTIC
o    Crise actuelle dite des subprimes.
S’agit-il à votre avis d’un hasard ou y-a-t-il quelques rapports avec le système des changes ?

-    Les changes de certains pays ont littéralement explosés pendant que certaines devises étaient dévaluées intentionnellement pour avoir un avantage dans la crise. Considérez vous réellement que les changes soient une affaire sans importance dont personne ne doit s’occuper ?

-    Les produits à risque sont en grande majorité des produits cherchant à cadrer le risque de variations de change tout en arbitrant les intérêts  prévalant sur les différentes places financières.  Comment éviter les « produits pourris » ou trop dangereux  ou avec une mathématique trompeuse si les changes restent à ce point variable avec des mouvements de capitaux libres ?

-    La plupart des opérations d’arbitrage des banques et des Hedge funds dépendent de changes variables qui en aggravent de façon systémique le risque. Comment réduire le risue en maintenant un risque de change sous jacents très grave.

-    Les variations de change immenses (du simple au double) portant sur les monnaies principales  ne sont jamais évoquées dans vos travaux. Pourquoi ? Doit-on considérer qu’à votre avis elles l’ont aucune importance ?

-    Trouvez vous normal et sain que les Etats-Unis aient été en déficit massif pendant  ces trente dernières années inondant le monde de dollars  sans fondement économique autre que la volonté des Etats-Unis d’avoir des ressources faciles ?

-    Croyez vous réellement que vous pourrez juguler une crise bancaire, monétaire et de change d’ampleur jamais vue et de diffusion mondiale, uniquement  avec une boîte à outils de « régulations » ?   A noter : en français régulation veut dire « corriger un compas par visée du soleil ».  Ne craignez vous pas de vous éblouir plus que de changer réellement les choses ?

-    Vous n’avez pas touché aux systèmes de change depuis le début de la crise (ni en 2006 pour le retournement américain, ni  en juillet 2007 pour le blocage du système des « subprimes», ni en septembre 2008  pour l’explosion des systèmes financiers) et la récession s’avance en majesté en dépit de tous vos efforts. Ne croyez-vous pas qu’il y ait comme un lien ?

Inutile de parier qu’ils auraient aussitôt répondu avec précision et moult arguments documentés en  déclenchant   aussitôt une adhésion intellectuelle totale   et un  enthousiasme dégoulinant de bonheur devant tant de connaissances et de sagesse !


Didier Dufau pour le cercle des économistes E-toile.



Le faux précédent de 1929 ou comment gagner la guerre d’avant et perdre la guerre en cours.

L’économie a cela de commun avec la chose militaire qu’on gagne toujours la guerre d’avant. Il faut se colleter avec les réalités nouvelles pour comprendre tout à coup que les rationalisations a posteriori qui vous font gagner à tout coup les anciennes  batailles ne sont que d’un intérêt modeste  dans les affrontements du jour.

Nous sommes en train de gagner  la bataille contre la dépression de 1929 ! On est bien content. Mais la situation actuelle a-t-elle un quelconque rapport avec celle de l’époque ?

Sans entrer dans un cours d’histoire trop approfondie, il apparaît vite que notre situation de moment n’a que très peu de rapport avec la situation de l’époque.

En 1929 on sortait à peine d’une guerre mondiale « industrielle » comme on n’en avait jamais vu et qui avait provoqué des pertes immenses en Europe tout en déstabilisant le monde entier.   Nous sortons d’une phase de croissance presqu’ininterrompue de 65 ans sans aucune guerre mondiale !

En 1929 le système monétaire était en reconstruction après l’abandon obligé de l’étalon or du fait de la guerre. C’était un Gold Exchange standard à deux têtes : seuls la Livre britannique et le dollar étaient convertibles en or, malgré les tentatives de revenir au statu quo ante bellum avec notamment la grande erreur de Churchill tentant de ramener la Livre à une valeur de change impossible et provoquant une récession dans le RU. La France en 28 avait remis en place le Franc Poincaré, lui aussi légèrement surévalué.  C'est-à-dire que le système monétaire était bancal et en reconstruction.   Nous vivons aujourd’hui sous un système de changes flottants établi il y a plus de 35 ans qui fonctionne selon des règles totalement différentes.

En 1929 le niveau de vie et l’organisation sociale n’avaient rien à voir avec ce qu’on connaît aujourd’hui.  L’Europe était ruinée et se relevait tout doucement. Les filets de sauvegarde sociale n’existaient pas ou peu.  On mourait avant l’âge légal de la retraite quand un système de retraite était en place. La sécurité sociale était balbutiante.  Aujourd’hui le niveau de vie est sans comparaison et l’organisation sociale plus que développée partout même si les systèmes sont très différents d’un pays à l’autre.

En 1929 l’essentiel de l’activité était agricole.  En France près de 60% de la population active était occupée aux champs.  C’était moins aux Etats-Unis et beaucoup moins au RU mais le cœur de l’économie était là et pas ailleurs même si l’industrie était en plein développement.  Aujourd’hui l’agriculture ne représente qu’une part mineure de l’activité et nous sommes dans un âge d’économie de services et d’information qui n’a plus aucun rapport.

En 1929 le commerce international était fort limité.  Les empires coloniaux étaient fermés sur eux-mêmes et les barrières douanières, monétaires, règlementaires très élevées et considérées comme indispensables à une bonne gestion nationale.  Aujourd’hui tout est ouvert avec des zones  comme l’Euroland  où toutes les frontières économiques ont pratiquement été arasées.

En 1929 la richesse mondiale était concentrée en occident.  L’orient et l’extrême orient, comme l’Afrique étaient presque totalement sous développés. Certains pays d’Amérique du sud étaient riches de leurs exportations de matières premières  mais sinon vivaient mal.  Aujourd’hui le Japon et les dragons extrême-orientaux sont au même niveau de développement que les pays occidentaux. L’Inde et la Chine   sont en plein rattrapage économique.  Le développement est partout même si les guerres et révolutions ont créé des disparités importantes.

En 1929 l’argent ne quittait pas les espaces nationaux.  Les mouvements de capitaux étaient extrêmement limités. Les changes étaient presque partout étroitement contrôlés. Aujourd’hui les mouvements de capitaux sont quasiment libres à travers le monde.

En 1929 les Etats n’avaient qu’une influence faible sur la plupart des économies capitalistes.  Les prélèvements ne dépassaient pas  15 à 20% du PIB chez les plus administrés.  Aujourd’hui la dépense publique en France dépasse la valeur ajoutée du secteur marchand !  Même si cette situation est extrême, les prélèvements sont partout supérieurs à 35% et le plus souvent entre 40 et 45% du PIB.

En 1929, les salaires étaient versés en liquide et n’allaient pas majoritairement dans les banques. L’énorme extension des banques de dépôts et de l’emploi du chèque se fera dans les années soixante ; celle de la carte de crédit dans les années quatre vingt.  Les banques étaient petites et n’avaient pas de très grosses parts de marché.    Le crédit à la consommation était faible. Celui à la construction encore plus faible.  Le développement massif des succursales et  la concentration bancaire se feront à la fin du XXième siècle.

Restons en là : il est parfaitement clair que le contexte des années 20 et 30 n’a strictement RIEN à voir  avec la situation actuelle.

Si l’environnement est différent peut être les mécanismes et les attitudes  présentent-ils des parentés  qui pourraient être exploitées utilement.

En matière boursière  la période d’emballement qui précède le krach de 1929 est très significative. Les banques prêtaient en masse aux agioteurs et les banques spéculaient à tout va. Les Etats-Unis ont connu une période d’euphorie après avoir été les principaux bénéficiaires de la guerre en Europe  et connu une des phases d’innovation industrielle les plus actives qu’on ait jamais vu. 

Rien de tel en 2007-2008.  Depuis 1974 le monde n’est plus dans la phase « glorieuse » de la croissance. Il ya des cycles bien sûr avec des hausses et des baisses boursières, mais depuis l’éclatement de la bulle boursière et monétaire de 1999-2000,  il n’y avait plus d’euphorie. L’épargne au contraire cherchait à rester liquide et le coup de torchon de 2001-2002 avait rendu l’épargnant plus que frileux.  En 2007 la bourse n’avait même pas retrouvée ses niveaux de 2000. L’euphorie était en orient. Mais la crise de 1998 avait porté en partie sa leçon. Le boom touchait la Chine de régime communiste et encore très pauvre, pas la première économie de monde.  L’économie chinoise ne représente en 2008 qu’une part infime de l’économie monde.


En matière de pensée et de politique économiques, l’écart est tout aussi important. Bien que comme l’a écrit Didier Dufau la crise de 1929 n’a en fait jamais été totalement expliquée,  elle a provoqué des changements d’attitudes très importants. Le livre de Keynes a été publié trop tard pour être utile à la résolution de la crise de 1929  mais l’état d’esprit général n’est plus à l’abstention  face à une crise et plus personne ne pense qu’elle se résoudra toute seule et qu’il suffit de l’attendre comme on attendait Godot.  Pousser la demande globale par tout moyen est l’état d’esprit qui prévaut depuis la guerre de 40. 

De même si un Milton Friedman a parfaitement décrit comment la FED, toute jeune en 1929 (elle date de 1913),   avait aggravé la crise par des initiatives scabreuses,  elle a compris depuis longtemps la leçon et les trois  relances monétaires d’Alan Greenspan sont là pour en témoigner. Cela fait 40 ans que l’on cherche à appliquer les leçons de la crise de 29 avec des succès divers.

Nous nous retrouvons à nouveau avec des différences telles que tout rapport entre la situation de 1929 et la nôtre  est introuvable.
Cet examen nous montre que la crise actuelle est sui generis et que les recettes anti dépression imaginées après 1929, appliquées déjà à plusieurs reprises avec pour seuls effets de provoquer une crise encore plus importante lors de la récession suivante, sont pour le moins émoussées.

Le seul point  de convergence est l’immense création monétaire qui a précédé la crise de 1929 et celle de 2008 et la transformation des banques en usines à spéculer phénoménales.   La crise de 1929 était bancaire et centrée sur les Etats-Unis où 10.000 banques disparaitront entre 1929 et 1935 !  La crise actuelle est bancaire et si son épicentre est bien aux Etats-Unis, l’habileté de Wall Street a été de la répandre à travers le monde.

L’ennui des crises bancaires c’est qu’elles arrêtent pile l’économie.  L’arrêt actuel est du au  blocage bancaire et à l’énormité des pertes subies par ce secteur du fait de l’explosion du système spéculatif qui s’était mis en place.   Les chutes verticales des ventes dans l’immobilier, la vente de voiture, l’équipement de maison,  les exportations, les investissements ne s’expliquent que par l’arrêt cardiaque des banques et les AVC qui se sont produits dans les marchés de changes.

Il est donc parfaitement inutile de s’écarter de ce sujet là : les relations monétaires nationales et internationales sont bloquées, à des niveaux historiquement jamais vu et après des débordements techniques eux-mêmes parfaitement nouveaux.  C’est là et seulement là qu’il faut agir en s’attachant aux réalités du moment.  Les recettes de 1929 sont inopérantes et on voit bien que depuis 2006, date réelle du renversement, elles le sont et elles le restent.

Menons la guerre d’aujourd’hui avec les armes de demain. Au lieu d’essayer de gagner la guerre économique de 1929 avec les armes dont on pense (sans preuve et avec de graves complaisances)  qu’elles auraient été efficaces d’hier.  
Premier champ de bataille : les changes flottants.  Première constatation : Grouchy est ailleurs !

Lewis Holden pour le cercle des économistes e-toile



Une France muette et paralysée

Depuis que le monde est monde et l’humanité ce qu’elle est, les contritions publiques sont la plaie des périodes de crise.  Toute difficulté est la sanction d’on ne sait quel pêché. Un malheur  est toujours une expiation méritée.  Il y a peu on aurait égorgé quelques vierges pour calmer l’ire des Dieux au  milieu de longs rites de repentance.   Aujourd’hui  quelques articles  pleurnichards dans la  presse suffisent.

Gérard Slama dans la dernière livraison du Figaro magazine fait ainsi  remarquer, après la présidente du Medef,   que: « Depuis 2000 la consommation s’est accrue en France de 21%, les importations de 41% et le production de …1% ».  On se moque des Etats-Unis qui ont cessé de produire pour acheter à crédit et à bas prix en Chine. Nous avons fait exactement la même chose !  En plus nous avons décrété les trente cinq heures, gonflé toutes les dettes publiques et poussé la dépense publique au plus haut, supprimé le tarif extérieur commun et créé l’Euro avec une politique d’accompagnement déflationniste. 

La crise est bien mondiale  mais on a tout fait pour qu’elle nous frappe en état de vulnérabilité et de faiblesse.  Un peu de lucidité après catastrophe, pourquoi pas après tout, sauf qu’il aurait été un peu plus utile de dénoncer les dérives quand elles avaient lieu. « Nous nous sommes payés de mots » ajoute l’éditorialiste. Abus de prévention, culte de la transparence, soucis excessif de l’exclusion : autant de bonnes intentions un peu trop faciles dont les effets pervers se seraient retournés contre une  société considérée comme « irresponsable » par des dirigeants soucieux surtout de la « protéger contre elle-même ».


En gros, nous avons voulu des dirigeants au grand cœur. Ils ont voulu à leur tour être trop gentils dans un monde de brutes.  Pleurons mes frères sur les funestes  résultats de trop bonnes intentions. 

L’ennui de ce genre de litanies c’est qu’elles ne mènent rigoureusement à rien.  Quelle politique mener à partir de là ? Les dégâts sociaux des deux prochaines années vont être tels, qu’il est absolument exclu que l’on puisse les calmer par des prêches. 

Il est clair que le Front populaire et sa démagogie étaient  suicidaires face à la montée de l’hitlérisme, que l’esprit munichois ne nous menait pas aux nécessaires mobilisations , que le souci militaire d’une défensive exclusive derrière la ligne Maginot ne nous conduisait pas à la victoire devant les blindés de Guderian,  mais gémir  sur nos fautes après la dérouillée et l’occupation n’a servi qu’à masquer les vilains calculs politiques de  crapules et de renégats.  Acceptons en la leçon !

Ce ne sont ni les pleurs ni la colère qui nous sortirons de l’ornière où l’on est. Ce qu’il faut c’est un diagnostic précis et une action percutante portant sur les leviers disponibles.

Le point clé est monétaire.

Nous vivons sous un système de changes flottants depuis 35 ans : les crises monétaires et financières s’enchaînent depuis de façon ininterrompue avec une gravité croissante et désormais  le système est exsangue. 

Il faut arrêter ce désastre.Tant qu'on ne touche pas au système monétaire international, on ne fait rien. On a moqué la passivité des gouvernements des années trente face à la dépression. On est EXACTEMENT dans la même situation.

Les pays pétroliers ne peuvent pas aspirer toute la richesse du monde ;  la Chine ne peut pas aspirer toute l’économie du monde.  La monnaie des Etats-Unis ne peut pas être celle du monde avec un émetteur qui se déclare indifférent aux conséquences  non nationales de sa politique. 

Il est rigoureusement certain que personne ne pourra accepter que le dollar s’effondre et avec lui le Yuan, ni que les pays pétroliers n’étranglent le monde  avec une politique monopolistique malthusienne.

En 1929, il a fallu près de trois ans pour que  l’impatience des nations finisse  par l’emporter sur l’esprit de concertation qui était celui de l’époque (on l’a totalement oublié).  Lorsque l’année 2009 aura fini de dévoiler ses dégâts,  les réactions nationalistes et protectionnistes l’emporteront naturellement et avec une grande vigueur.  Gare à 2010 et 2011 !

On a pu les constater dès 2008 : tentative de l’Irlande pour attirer les capitaux mondiaux par une garantie bancaire ; dévaluations rapides et successives du Rouble et de la Livre ; protectionnisme Russe dans le domaine des voitures ; arrêt du cycle de Doha etc.  Portons nous deux ans plus tard avec de grandes cohortes de chômeurs et une floraison de faillites !  Ce sera bien pire.

Il faut naturellement fixer sur une base réaliste les taux de change et décréter une politique mondiale de retour aux équilibres. Forcer les Etats à être responsables de leurs balances de paiement est indispensable.  Chaque pays doit être proche de l’équilibre et empêché de dévier trop loin soit dans le sens de l’excédent soit dans celui du déficit.

La vocation de la Chine est de se développer progressivement et sans secousses.  Aspirer le capital mondial et l’ensemble des usines ne mène à rien de durable. La vocation des pays pétroliers  est également d’équilibrer leurs comptes. S’il leur est interdit d’accumuler des réserves monétaires en les replaçant sur les places américaines et européennes, il faudra bien qu’ils investissent. 

Cela veut-il  dire qu’il n’y aura plus de mouvements de capitaux libres et d’investissements internationaux ?  Au contraire. Ce qui disparaîtra ce sont les mouvements de trésorerie et de spéculation à court terme.   La spéculation sur les monnaies sera interdite de même qu’on a interdit de « vendre à découvert »  les actions bancaires.  Les changes seront centralisés par les Etats. Il sera interdit d’emprunter directement en devises étrangères.  Le marché des changes disparaîtra.

En un instant l’ensemble du secteur bancaire (hedge funds compris)  spéculant sur les taux d’intérêt et  les devises sera paralysé et conduit à s’intéresser à autre chose.   En un instant l’économie aura vu le risque diminuer de plusieurs magnitudes.  Les mouvements de spéculation sur les marchés boursiers  seront partiellement contenus : on ne verra pas le cumul d’une double spéculation sur la bourse et sur le dollar comme en 1999.

Le réalignement des devises n’ira pas sans mal : il faut certainement dévaluer le dollar de 15 à 20% et réévaluer le Yuan de 30 à 40%.

Comment équilibrer les soldes de balance de paiements alors qu’il n’y a plus de monnaie internationale (or ou dollar) ?  En en créant une ou en permettant un jeu de découverts provisoires. Si un état n’ajuste pas sa politique économique pour revenir à l’équilibre et même retrouver les excédents qui lui permettent de rembourser,  un jeu de taxes automatiques prendra le relais interdisant tout dumping monétaire de longue durée.

Les libéraux crieront au massacre : seul le marché sait. En matière de changes la réalité constatée depuis 30 ans est qu’il ne sait rien.  Le flottement n’a aucun caractère correcteur et globalement les mouvements spéculatifs à court terme déséquilibrent les marchés de biens. 

Ils diront : mais pourquoi empêcher une nation qui est structurellement emprunteuse de capitaux  et exportatrice de biens de  vivre avec des déséquilibres de longue durée mais symétriques entre balance des paiements et balance commerciale ?   On n’empêchera rien : mais les déséquilibres ne pourront pas enfler démesurément ni perdurer indéfiniment. 

On affiche la responsabilité des gouvernements et leur volonté commune de commercer mais dans la raison et l’équilibre. 
En matière monétaire mondiale il n’y a pas et n’y aura pas avant longtemps d’organismes de régulation.  Il n’y a donc pas les conditions d’un marché totalement libre.  Inutile de faire comme si !

Cette politique peut porter ses fruits extrêmement rapidement :

-    Les agents économiques retrouvent aussitôt un horizon économique et une possibilité de calcul économique.  Aujourd’hui plus aucun calcul ne peut être fait ce qui contribue à l’arrêt des investissements et à l’extrême prudence des relations commerciales.

-    Les banques ne peuvent plus jouer de rôle que dans un cadre national et perdent tout le trafic généré par le flottement des monnaies. Les risques sont considérablement diminués.  Elles doivent se recentrer sur les métiers de prêts non spéculatifs.

-    Les salariés retrouvent un horizon : ils ne sont plus directement en concurrence avec le niveau le plus bas des salaires mondiaux  grâce à des changes équilibrés.  Ils sont tenus à l’effort, à la créativité  et à la productivité mais sans maelström.


-    Les épargnants retrouveront rapidement le souci d’une amélioration de rentabilité de leur épargne  dans la mesure où les prêts sans risque seront pratiquement sans rendement.


-    L’apparition de responsables étatiques en charge de résultats rétablira la confiance. Ces responsables ne peuvent être que nationaux.  Cela pose pour l’Euroland une question épineuse. Il faudra IMPERATIVEMENT un gouvernement économique de l’Euroland.  La BCE cesse d’avoir le rôle dirigeant exclusif de l’Euroland,  les manipulations monétaires sur les taux d’intérêt ne pouvant en aucun cas régler  seules la question des balances de paiements. 

On dira : quelle est la faisabilité pratique de cette politique ?
Un dirigeant qui se résoudrait à la proposer ne serait-il pas immédiatement marginalisé et ridiculisé ?

La réponse est : essayer pour voir ! 

Il y aura à fin 2009 un tel désespoir général  (et qui n’aura aucun exutoire puisqu’il n’y a aucune politique réelle annoncée, sinon des plans de relance incapables de sortir le monde de la crise ( dans un système de change flottant, les relances reviennent à verser de l’eau dans un tonneau percé) qu’il n’y aura guère de choix : où un cap est montré avec une grande force de démonstration où ce sera le sauve qui peut général.

Il faut à la France une voix capable de dire la vérité au monde,  à l’Europe et aux Français et de leur montrer un cap. Elle n’est pas là. 

Au monde il faut dire : fin des changes flottants ; retour à une politique concertée basée sur les équilibres de balances extérieures, sans la perturbation des mouvements de capitaux à court terme.

A l’Europe il faut dire : gouvernement économique  commun et fin de la primauté et exclusivité de la BCE. 

A la France il faut dire comment on va procéder à la  réduction drastique de la dépense publique, de l’endettement et de la  fonction publique et le faire.  Les cadeaux à répétition au peuple et les « droits à » se démultipliant à l’infini, c’est fini.  

Nicolas Sarkozy aurait pu être l’homme de cette politique.  Malheureusement il n’a aucune vision économique ; c’est un politicien démagogue qui n’hésite jamais à multiplier les cadeaux électoraux ciblés et à ouvrir de nouveaux « droits à » ; sa critique de la BCE n’est fondée sur rien de tangible ;  Il n’a rien à dire au monde sinon « réunissez vous », mais sans dire pourquoi faire. 

Nous sommes donc dans l’agitation plus que dans l’action. Les partis de gauche qui ont commis tant d’erreurs gravissimes et qui sont responsables de trois sources permanentes du déclin français, le programme commun de gouvernement, les dérives rocardiennes (RMI et CSG), et les trente cinq heures, n’ont aucune idée à présenter.

Autant dire que la France est muette et paralysée. 

Exactement comme elle l’était en 39 où tout allait à rebours des nécessités nationales sans qu’une voix puisse réellement se faire entendre.

Espérons qu’il faudra des évènements moins déplorables qu’à l’époque pour que se lève le vent nouveau. 

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile (en guise de bons voeux pour 2009)

Crise mondiale : laisser la presse faire son travail !

La campagne en cours pour que la presse cesse de parler de la crise mondiale est une des curiosités du moment.  La presse serait la cause du pessimisme et provoquerait une aggravation de la crise.  La presse est un thermomètre de ce qui préoccupe les gens. Croire qu’en cassant le thermomètre (bien imparfait) en rétablirait la confiance parait pour le moins aventuré.

Il est vrai que le public est abasourdi par des évènements que personne ne leur avait laissé prévoir et qu’il a contemplé un temps desa fenêtre sans pouvoir croire que cela pouvait vraiment le concerner.   Frappé d’incrédulité devant des évènements  dont il n’avait aucune expérience, il a hésité entre stupeur et tremblements.

Le système bancaire s’est quasi effondré en même temps que les bourses. Les épargnants ont été durement frappés dans leur épargne courte et longue, alors qu’ils étaient plutôt sur des bases prudentes.  Le spectacle de banquiers littéralement saisis par l’inconscience (jusqu’à se faire avoir dans un pyramide de Ponzi  de dimension méga-pharaonique] et ruinant aussi allègrement leur banque  que leurs clients n’a pas arrangé les choses.

Et l’immense barnum du G20 et des plans de sauvetage et de relance a inquiété le plus assoupi.  

En même temps le secteur immobilier et de la construction a flanché, comme celui de l’automobile,  des exportations, du tourisme etc.

Aujourd’hui c’est le coiffeur du coin qui est debout devant sa devanture à espérer quelque client aventurier.  Et son voisin le restaurateur  vient de se voir refuser son autorisation de découvert, comme cela, par un texto, alors qu’il  l’aide à passer les creux depuis dix ans !  Le bistro ne va pas si bien non plus : 30% de baisse de la clientèle depuis octobre ! 

Quand au boucher qui venait de reprendre un commerce déjà à un prix bradé mais tout de même à crédit, il revoit d’urgence ses prévisions pour 2009 et cherche un refinancement. Curieusement le téléphone du médiateur ne décroche pas. 

Comme il a de l’humour il raconte (au bistro, à ses copains coiffeur et restaurateur) : « ce qui est bien c’est que maintenant à Rungis on trouve à se garer sans problème ! ».

Comme on ne peut pas compter que sur les brèves de comptoir pour son information économique, il faut bien lire la presse. En temps de crise elle se lit comme les communiqués militaires en cas de guerre.  Et avec un peu de sagacité on peut y découvrir à peu près tout.

Prenez la presse du jour, qu’est-ce qu’elle nous révèle si on se donne un peu de mal ?

-    Les prix Nobel ont perdu 20% de leur prix entre le moment où il leur a été attribué  et le jour où ils l’ont touché.  La presse se repait  de l’anecdote.  L’observateur dit : tiens la Suède et la Norvège ont dévalué de 20% !  Deux dévaluations de plus !

-    Le Japon peste contre la taxe sur les automobiles imposée par la Russie. On creuse un peu : la Russie ne cesse de dévaluer sa monnaie. La Russie est bien en guerre

Tout en essayant d’augmenter les prix de son gaz avec l’Ukraine qui elle a vu sa monnaie dévaluée de 50%. Plus que la Russie : alors les discussions se tendent et on avertit l’Europe qu’il va y avoir des victimes collatérales du conflit. 

Poutine n'est pas dans l'esprit du G.20. Il pratique des droits de douanes déguisés en taxes intérieures  pour empêcher les importations et déévalue à répétition. Inquiétant, non ?

-    Le FMI fait une séance de rattrapage : la crise va être horrible dit son économiste en chef.  Plus question de passer pour des ignorants en retard sur la crise. Sauvons nous quitte à créer la panique !  Ce brave garçon révèle un fait nouveau : les banques désinvestissent en masse de l’Afrique qui est à la veille d’un choc épouvantable ! On croyait que l’Afrique serait le moteur  de la croissance en 2009.  Finalement non.

-    C’est la samba dans toutes les monnaies sud américaines et plus personne ne sait où on va.

-    Le RU pousse encore sa monnaie à la baisse qui dégringole  désormais de 20% par rapport à l’Euro.

-    L’Insee annonce la récession en France pour le premier semestre

-    La Japon indique qu’il est en récession et sévère.

-    L’industrie du jouet se déclare sinistrée.Aussi !


Cela veut dire quoi ?

- D’abord que la crise est là et bien là même si des pans entiers de l'économie ne sont pas encore touchés. Cela vient ! 

- La crise des banques n’est pas finie.  Les premiers bilans globaux 2008 vont commencer à sortir  et ils seront très mauvais.  L’industrie bancaire aura licencié près de 250.000 personnes en 2008 et on s’attend à peu près à la même chose en 2009.

- La crise des changes n’est pas terminée : c’est le désordre le plus total et chaque variation lourde crée un nouveau trou dans le commerce mondial   empêchant toute prévision stable et toute stratégie.

- Pendant la crise la spéculation continue.

- La guerre économique contrairement aux promesses du  G20 a bien lieu. Elle a pour terrain de jeu les changes.  Des personnes qui auraient hurlé à la mort si on avait pris 20% de leur avoir par l’impôt se résignent et se taisent. Mais la perte est bien là !  Des négociateurs à l’OMC qui auraient quitté la salle si on leur avait parlé d’une baisse unilatérale de 5% des droits de douane voient sans frémir des économies  prendre sur d’autre un avantage de 50% en matière de prix !

Nous n’avons pas cessé de répéter que la cause de la crise était monétaire et qu’on ne pourrait en sortir sans stabiliser les changes.  On voit que les changes sont le principal vecteur de propagation et d’approfondissement de la crise à tous les secteurs de l’économie dans toutes les parties du Monde.

Il n’y a AUCUNE coopération.

Et le désastre s’étend, en même temps que l’on constate l’inanité des conférences et des plans.Car où est l'effet des plans de l'automne ?

Quand le communiqué de guerre annonce qu'une brillante contre offensive a permis de repousser les Allemands à Sedan on sait au moins que nous avons été enfoncé à Sedan.

La presse malgré outs ses défauts jouent le même rôle. Chaque bribe mise bout à bout raconte la chanson fonalement assez bien.

Que ceux qui veulent la faire taire  au prétexte qu’elle en dit trop et pèse sur le moral des agents économiques   commencent par dire la vérité,  à faire les bonnes analyses et à prendre les bonnes décisions ! Et que les responsables de presse ne se laissent pas influencer.

Nemo auditur suam propram turpidudinem allegans.

Il n'ya pas de trop plein sur la crise même s'il faut combattre la tendance à laisser la parole à des histrions qui font de la chaleur pour vendre leurs livres et n'apportent aucun vrai diagnostic et aucune solution.

 
Didier Dufau pour le cercle des économistes e-toile.



Suicide d'une nation

Avec l’élection comme Président de M. Giscard, nous étions entrés dans un nouveau système politique que j’avais appelé à l’époque : l’énarchie compassionnelle. 

L’énarchie compassionnelle est une véritable idéologie, fondée sur un postulat : seuls les hauts fonctionnaires issus de l’ENA ont la distance nécessaire pour arbitrer les conflits multiples de la société.  Un haut fonctionnaire a nécessairement une vision aigüe du bien public et en fait il est le seul à l’avoir, les autres étant rendus myopes ou agressifs  par leurs  intérêts particuliers.

L’énarque compassionnel (dont MM. Giscard et Chirac offrirent à droite la figure la plus caricaturale, mais dont à gauche les figures singulières de Mmes Royal et Aubry sont tout aussi significatives, après Fabius, Jospin  et Rocard), intervient partout  et donne son arbitrage :  


-    Entre les femmes et les hommes
-    Entre les piétons et les automobilistes
-    Entre les fumeurs et les non fumeurs
-    Entre les enfants et les parents
-    Entre les salariés et les patrons
-    Entre les villes et les campagnes
-    Entre Paris et la province
-    Entre les médecins et les malades
-    Entre les artistes et leurs œuvres
-    Entre les propriétaires et les locataires
-    Entre les transporteurs et les transportés
-    Entre les laïcs et les religieux
-    Entre les biens portants et les malades
-    Entre les lecteurs et les écrivains
-    Entre les producteurs et les consommateurs
-    Entre les enseignants et les élèves
-    Etc.

Arbitrer cela veut dire céder. On met son grain de sel en inondant d’argent le problème et les acteurs.  Les fonctionnaires doivent être multipliés à due concurrence.  Les impôts doivent être accrus et si cela ne suffit pas l’endettement y pourvoira.

Trente cinq ans de ce système ont produit une France étouffée dans les règlements, où l’on fume sur le trottoir, où on conduit en cherchant désespérément le numéro marqué sur le dernier panneau, où l’on ne trouve plus de spécialistes médicaux sans attendre de trois à six mois,  où on risque d’être dénoncé pour sexisme par sa femme et pour violence par ses enfants, où on est poursuivi pour ne pas avoir accepter de louer un logement à des gens dont la tête ne vous revient pas, où son ministère peut être envoyé du jour au lendemain n’importe où en province,  où l’on ne peut plus changer une ampoule sans être deux et avoir suivi une formation ad hoc, où mille examens doivent être faits avant de vendre un bien immobilier,  où il faut investir dans sa piscine et ses ascenseurs des sommes disproportionnées parce qu’un gamin a pu y perdre la vie,  où  toute séparation file au tribunal que ce soit un mariage, un contrat de travail ou quoi que ce soit, où on est expulsé de Paris pour loger des immigrés pauvres soigneusement sélectionnés qui rendent aussitôt fou le quartier où on les a imposé,  où l’on verse des primes de Noel aux indigents en agitant des clochettes, etc., etc.

Le système a provoqué la fiscalisation totale de la société et un endettement monumental, le tout au milieu d’un désastre total sur le front des missions régaliennes de l’Etat :

-    Armée fonctionnant avec des bouts de ficelles
-    Justice effondrée
-    Education nationale fabriquant des inadaptés sociaux par centaines de milliers
-    Diplomatie et action extérieure en totale déliquescence
-    Langue française en déshérence
-    Police incapable de faire front à l’explosion de la délinquance
-    Système de santé public se dégradant inexorablement.

Socialement il ne fallut pas dix ans pour que l’on vît revenir les pauvres, les soupes populaires (mais organisées de façon privée), les exclus, les chômeurs de longues durée.  
Près de 20 millions de personnes vivent plus ou moins directement   de l’argent de l’état, qu’il s’agisse de subventionnés, de fonctionnaires et ou d’aidés. 

La gamelle oriente le bulletin de vote : pas question de manquer à une part si importante de l’électorat.

La France bien entendu quitta  pendant la période le peloton de tête des nations dynamiques et prospères pour devenir une nation presqu’insignifiante dans à peu près tous les domaines.  Elle avait été « arbitrée » donc châtrée.

Certains ont cru à la « rupture ». En laissant la place à des avocats et en écartant les énarques, on allait enfin aller dans un sens moins déprimant.  Voici donc l’avocat Sarkozy, aidé de l’avocate Lagarde et de l’avocat    Borloo aux commandes avec une volonté de rupture annoncée.

Bien sûr ils n’avaient  pas vu venir la crise malgré les avertissements (dont les nôtres dès juin 2006).  Bien sûr ils ne connaissaient rien à l’économie.  Bien sûr c’était des politiciens aguerris parfaitement au courant de la sociologie électorale.  Mais bon : on pouvait espérer une forme de rupture.

On trouvait certes dès la campagne présidentielle que la démagogie était un peu trop visible. L’utilisation de l’argument sécuritaire était outrancière.  On se disait : au moins cela débarrasse de Le Pen.   On annonçait plein de nouveaux « droits à ». On se disait : il faut bien être élu.

On attendait pour voir ce qu’on allait voir.

On a vu.  On est passé de l’énarchie compassionnelle à la démagogie incandescente tous azimuts.

Il fallait attirer un maximum d’électeurs par des promesses électorales : on a touché les masses avec l’exonération partielle d’impôt sur les successions ; on a donné un bénéfice fiscal aux emprunteurs.

Il fallait nourrir quelques slogans forts comme « gagner plus en travaillant plus ». On a complètement détruit le système des heures supplémentaires sans aucun résultat tangible mais en ruinant les finances de l’Etat.

Il fallut alors gouverner. On multiplia les chantiers mais à chaque fois en multipliant les taxes.  Plus personne ne cherche à compter les taxes et impôts nouveaux ou augmentés (depuis 2002, plus de 40 !).  Plus personne ne tient non plus la liste des "cadeaux aux peuples".

Les « droits à » sont devenus opposables. Maintenant il faut bien payer.


Et l’arrosage des masses est nécessaire pour faire taire quelques impatiences.  Voici le RSA et son milliard et demi d’impôt nouveau.  Voici la télé publique sans Pub financée par des prélèvements.  Voici de nouvelles cartes de réduction SNCF. Voici 30% du financement des mosquées assuré par l’impôt. Voici nos logements à 15 euros par mois.  A chaque fois l'affaire est bien intentionnée. L'enfer est pavé des meilleures intentions.

Voici partout la hausse des tarifs des services publics et le gonflement ahurissant des déficits : on parle de 100 milliards d’euros pour 2008 et de 200 milliards pour 2009 !  

Comment sera 2010 : 12-14 % de la population active au chômage ;  l’industrie par terre ; plus de commerce extérieur ; les Français écrasés d’impôts après avoir perdu leur épargne ; un début d’hyperinflation ?

La crise mondiale frappe un pays gravement affaibli par l’énarchie compassionnelle, le socialisme, la démagogie. Mais croit-on réellement qu’on s’en sortira par plus de déficits, plus d’impôts, plus de « droits à » ?

La gestion par la démagogie politique et les grands moulinets de vent ne mène qu’à la catastrophe.

Il est déjà temps de se poser la question : comment sortira-t-on du piège où l’on tombe désormais verticalement ?  Bien sûr on ruinera les retraités.  Mais après ?  Que fera-t-on  avec une dette à 100% du PIB, un emploi marchand à 13-14 millions de salariés sur 66 millions de français,à peine le quart,   et un chômage à 14% de la population active,  des impôts à 85% des revenus des entrepreneurs, quinze à vingt millions de personnes dans l’extrême difficulté ?

Et mille « droits à » opposables ou non à servir !

La France est mal partie.

Ce que peu de gens voient c’est que sa situation après 40 années d’incuries diverses, est probablement irrémédiable.

Suicide d’une nation, aurait écrit Arthur Koestler



Bulletin semestriel de conjoncture – Premier semestre 2009.

 
Comme nous l’avons annoncé dès 2006, l’année 2009 sera une année de récession  globale, notamment en France.  Pour la première fois l’Insee rejoint nos prévisions mais avec encore un effet de frein : les chiffres pour 2008 seront probablement révisés.  

De combien le PIB se contractera en 2009 ? Probablement la baisse sera autour de 2%,  chiffre jamais vu depuis les années 30.  Compte tenu de la part gigantesque du secteur public en France, cela veut dire une restriction très forte dans le secteur marchand provoquant une rapide montée du chômage et des faillites, bien que ce soit surtout en 2010, 2011 que ces chiffres augmenteront vraiment.  

Le fort désendettement en cours continuera malgré le très bas coût de l’argent. Il mettra en difficulté toutes les entreprises endettées et les institutions financières.  Les épargnants perdront encore beaucoup d’argent.

Tous les secteurs seront concernés sans aucune exception.  Le fait apparaitra avec les premiers bilans du premier trimestre 2009 qui aggraveront la sinistrose et l’abstention des investisseurs.

Des dangers exceptionnels planent par ailleurs sur la planète. La multiplication des dévaluations compétitives  est le principal. 

Les Etats-Unis continuent une politique purement individualiste de sortie de crise en se moquant totalement de la valeur extérieure du dollar. Les nouveaux créanciers en dollars risquent d’y perdre beaucoup. Ils seront moins disposés que les Allemands et les Japonais, alliés fidèles des américains, à en supporter seuls le coût. 

Le Royaume Uni a commencé une politique de dévaluation massive qui va continuer.  La Russie est également sur le même chemin. La Chine a déjà dévalué deux fois.  De plus en plus de petites monnaies  seront dans une situation désastreuse. 

Le commerce international s’en trouvera totalement chamboulé.  L’Europe n’acceptera pas d’entrer dans une phase de déflation des prix et des salaires pour sauvegarder ses parts de marché.  De très gros dangers proviennent du front des monnaies dans un système de changes flottants qui permet à la fois toutes les manipulations  et aucun ajustement automatique d’équilibrage.

Un tel désordre monétaire dans des sphères économiques désormais très fortement imbriquées est lourd de menaces systémiques et politiques. L’impatience des opinions et des Etats commencera à se manifester et provoquera nécessairement une réaction des politiques.

Les difficultés des très grandes entreprises cotées empêcheront toute reprise de la bourse, les investisseurs craignant de mauvaises surprises en série avec des possibilités de grandes faillites. Il faudrait pour qu’une reprise ait lieu que les mesures de relance gouvernementale  marquent une reprise des ventes et de la rentabilité.  Compte tenu des baisses de la demande de plus de 20% dans de nombreux secteurs, l’action des gouvernements parait totalement insuffisante pour atteindre ces résultats.  

L’imbrication des économies rend de toute façon un plan purement national sans efficacité. 

Il est probable que la multiplication de l’émission de dollars (à un taux d’intérêt négatif !) et l’accumulation des déficits publics partout provoquent des craintes sur la valeur à venir des monnaies et un certain déplacement de l’épargne liquide vers l’or.  

Un commerce international au point mort,  des investissements très ralentis,  une épargne fortement  atteinte par la baisse des marchés, une formation de capital brut arrêtée, un système financier fragilisé et au bord de la rupture, des Etats au bord de la faillite, rien dans la situation que l’on observe à la veille de 2009 ne conduit à l’optimisme.

Si le cartel du pétrole parvient à répéter une opération de type 1974 de hausse massive du prix du pétrole moyennant des restrictions sévères de production, la situation globale en sera durablement aggravée. 

Reste la possibilité d’une gestion internationale de la crise mieux concertée avec la mise en œuvre de réformes de structure comme la suppression des changes flottants,  l’apurement concerté d’un certain nombre de dettes irrécupérables, et la mise en place d’un système monétaire mondial  obligeant tous les Etats au respect de certaines disciplines et provoquant une reprise concertée des affaires.   

On a bien le droit de rêver !

20 Décembre 2008
Cercle des économistes e-toile.

La nouvelle ESB : Encéphalite Spongiforme Bancaire !

Nous avions adoré l’encéphalite spongiforme bovine. Nous goutons à sa juste valeur l’encéphalite spongiforme bancaire.
On avait nourris les vaches avec de la viande, les rendant carnivores et rendant les mangeurs de viande fous.

On a nourri les SICAV de trésorerie, qui gèrent normalement des flux, et à court terme, donc sans grands risques,  de granulés solides : CDO, titres bidons de M. Fou Dehors (Mad off) et encore plus fou dedans, etc.

Résultats : les prudents qui avaient fui la bourse pour des placements sûrs voient leur avoir doublement atteints par des pertes en capital directe et par l’inflation.

L’épargne mondiale avait fui le long terme après la crise de 2001-2002.  Tout le monde avait recherché la sécurité. Donc le court terme et les emprunts d’état.  Jamais depuis le début du siècle passé elle n’avait voulu reprendre des risques.  Le placement sûr était le nouveau crédo.

Les banques ont cru malin de transformer cette épargne « liquide » en prêts à long terme par des moyens pour le moins aventurés. 

Après tout un prêt à long terme c’est une succession de prêts à court terme. Le savant Cosinus vous aurait expliqué cela très bien.  On gagnait sur tous les tableaux : le risque était transféré au client final, le souscripteur de papier de trésorerie ; on empochait les gras courtages sur les instruments en question et en plus on prélevait des honoraires de gestion  auprès de la victime, tout en lui faisant croire qu’il était un type tellement bien qu’on lui faisait bénéficier des dernières techniques à la mode.

Et puis on avait une bonne conscience en béton : si l’épargne fuyait le risque, au détriment de la croissance et de la bonne santé du monde,  il était heureux que de bons docteurs rétablissent la situation.

Evidemment il fallait capter le maximum d’épargne cherchant le placement court en trésorerie. On a inventé le concept de trésorerie « dynamique ».  Les institutions les moins importantes commencèrent : elles risquaient de voir pomper toute l’épargne liquide  par les grosses banques, placées près des dépôts. Les plus grosses banques s’y lancèrent peu après pour conserver leurs parts de marché.

Le client croyait toujours être dans le placement absolument sûr. La petite cerise sur le gâteau il la prenait au passage mais parce qu’on lui disait : il n’y a aucun risque, nos experts sont là et c’est parce qu’ils sont meilleurs que les autres qu’on peut vous servir ce petit supplément.  

L’ennui c’est qu’ils n’ont pas perdu la cerise mais une part sensible du gâteau.  

Lorsqu’on parle aux responsables de ces Berezina, ils vous disent :

-    Les subprimes : mais elles avaient d’excellents notes et puis tout le monde le faisait.

-    Les fonds Madoff ?  C’était un must de la banque juive. Sa réputation était excellente. Les Hedge nous avaient habitués à des performances ébouriffantes.  Un peu de gestion alternative à 10% c’était pain béni pour doper nos résultats et attirer de nouveaux gogos, pardon clients. 

Tout était bidon ? Et alors ? Puisque tout le monde était d’accord pour y aller. En plus nos directions étaient très heureuses des courtages fantastiques  qu’offrait ce délicieux philanthrope.    

« Les bonus « subprimes » et « madoff »   sont dans nos poches.  Vous pouvez toujours essayer d’aller nous les reprendre », affirment en cœur ces grandes âmes bancaires.
Au client mécontent on répond : « c’est la crise mon bon Monsieur.  C’est pour tout le monde pareil ».  
« Mais vos conseils ? » dit le benêt. « Ils n’engagent que les imbéciles qui y croient » réponds l’écho.

Nos barons belges après avoir  laissé faire Fortis et touché les plus gras jetons de présence, ont tout liquidé à la va vite et essayé de conservé le petit croupion qui restait.  Barons ou larrons ?  Ils viennent de se voir botter le derrière d’importance par la justice et les porteurs floués.

Mais qui s’occupera du postérieur d’un Prot à la BNP qui a la bonne idée de cumuler tous les bénéfices à la fois en tondant sa clientèle par la tarification de tous les actes  bancaires classiques (que le client est en plus obligé de faire lui-même : « do it yourself  and pay me »), tout en multipliant les conflits d’intérêt  entre la gestion privée et ses différentes branches d’investissement ?

On a envie de dire « off » à tous les « mads » qui ont orchestré ce désastre.  Après avoir tué l’épargne longue, le système bancaire a tué l’épargne courte.  C’est bien ce qui s’était passé en 1929. Il fallait bien que la fausse monnaie émise par l’intermédiaire des déficits perpétuels de la balance des paiements américaine  disparaisse. 

Les banques, honnêtes courtiers de la liquidation, sont maintenant hors jeu. L’inflation va devoir prendre le relais un jour ou l’autre.

Ce n’est pas 1929 qu’il faut regarder : mais la situation de l’Autriche en 1921 !

Van Mises est de mise !

Sylvain Dieudonné (vert de rage)

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Le blog du cercle des économistes e-toile

Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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