En relisant les mémoires de J. Chirac

Il y a quelque chose de fascinant à lire les mémoires de Jacques Chirac (Chaque pas doit être un but – Mémoires – Editions NIL – 2009).  Usuellement, les mémoires des grands hommes politiques permettent de comprendre comment certains grands problèmes ont été abordés, pourquoi certaines solutions ont été adoptées ou refusées, les compromis qu’il a fallu faire, les tensions entre les grandes influences etc. ici rien. 485 pages de vide. On sent que le livre a été écrit par une plume, qu’on ne lui a pas confié grand-chose et qu’il a fallu se plonger dans les écrits et les programmes pour documenter la vie du grand homme.

La trace de Chirac se trouve principalement dans les règlements de compte. M. Giscard passe un vilain quart d’heure ! Et dans cette citation de George Suffert :

« M. Chirac est fascinant non par ce qu’il a de compliqué mais par ce qu’il a de simple. Il est ambitieux. C’est tout ».

Le Grand Jacquot, qui a voulu cette citation,  semble entièrement d’accord ! Et ses mémoires rendent compte exactement de cela : une ambition et une vie dont tous les actes n’ont que ce but, la servir. Le titre du livre est bien choisi.

Au passage on voit comment s’est nourri « l’énarchie compassionnelle » que nous dénonçons comme une des grandes tares de la France des quarante dernières années.

Première exigence : la survie. Dans une lettre à Giscard il écrit :

« C’est, avec une action insurrectionnelle fondée sur un large mécontentement que nous n’aurions pas su déceler  ou réduire à temps, le seul accident qui peut mettre  en péril notre réforme », écrit-il à Giscard, en évoquant les actions permanentes lancées par le Président pour tenter de liquider l’UDR, prédécesseur du RPR que Chirac créera un peu plus tard.  On retrouvera cette obsession d’arroser la rue, à la première récrimination, chez Sarkozy et aujourd’hui sous Hollande.

Ici le mot réforme est une litote. Il faut lire « notre pouvoir ». Car de réformes il ne saurait y en avoir qui touche à l’Etat, à l’Enarchie, à la fonction publique. Dès le début des années 70 la vision chiraquienne est formée.

« Ma conviction est que jamais un ordre intelligible clair et rationnel ne sera rétabli face à une administration devenue  aussi tentaculaire que paralysante sans une prise de conscience émanant de la nation toute entière ».

Si la nation ne dit rien, il ne faut rien faire. Donc on ne fera rien car on ne lui posera jamais la question.

« Réduire les attributions de l’Etat me parait largement illusoire ». « Ce serait se payer de mots que d’envisager une déflation administrative ». « Il est tout aussi vain de croire qu’un gouvernement se rendra maître de tous les services qui dépendent de lui ». « Il apparait inévitable de renforcer encore la règlementation en matière de protection de l’environnement et de prévention contre les dangers de certaines activités industrielles ».

Ne rien faire est légitime car réformer l’Etat est illusoire, et la demande de plus de sécurité est forte. La constitutionnalisation du principe de précaution est en germe.

En même temps il s’agit d’être social. C’est le second terme de l’énarchie : la compassion sociale.

« Je ne me suis nullement senti en désaccord avec son (Chaban Delmas) discours réformiste sur la nouvelle société imprégnée des idéaux d’un travaillisme à la française que je défendrai moi-même 7 ans plus tard ». On retrouvera le thème lorsqu’il s’agira d’écarter Balladur lors des élections présidentielles du début 90 par le slogan « réduire la fracture sociale ».  

Déjà lorsqu’il était secrétaire au budget d’un gouvernement sous la présidence du général de Gaulle, se place une anecdote très révélatrice et de la volonté de ne jamais réduire le volume de l’Etat et de prendre des mesures prétendument de « justice sociale ».

Chirac rencontre De Gaulle :

« Un accroissement de la pression fiscale semble à première vue inévitable. Le Général de Gaulle exclut toute décision de cet ordre. M’interrogeant sur le niveau actuel de la pression fiscale, 34.7% du PIB, il me demande de la ramener à 33%. »

Au lieu de cela Chirac provoque un tollé en proposant une hausse des droits de succession : « Je n’ai pas jugé choquant que l’Etat en prenne une part plus équitable ».

Les mots sont importants : l’équité vis-à-vis de l’Etat suppose qu’on prenne plus aux possédants lorsqu’ils meurent.

Notons au passage que De Gaulle, souvent présenté comme un épouvantable étatiste, souhaite baisser l’emprise de l’Etat sur la nation. Nous n’en sommes plus à 34.7% mais à plus de 50% ! Temps bénis !

Bien sûr le socialisme, en tant qu’idéologie prédatrice, va beaucoup contribuer à l’aggravation de l’empreinte fiscale française, mais les mémoires de J. Chirac nous rappellent que l’énarchie compassionnelle est le véritable moteur de la captation par la haute fonction publique de la quasi-totalité de l’accroissement de richesse produit par les Français.

Le septennat raté de Chirac, puis son quinquennat mollasson, rendront évident la passivité chiraquienne en matière de réforme et son souci de l’accroissement régulier de la pression fiscale, de la dette et de l’emprise de l’Etat sous toutes ses formes.

 Sur le plan économique, il était intéressant de connaître l’avis de Chirac sur deux mesures capitales pour l’avenir.

-          Les Accords de la Jamaïque qui légalise le système de changes flottants ; Comme nous cessons de le répéter, ces accords sont à la base de la baisse régulière du trend et de l’aggravation des crises périodiques. Le saccage de la prospérité a été décidé à la Jamaïque en janvier 1976, Chirac étant premier Ministre et conduisant la politique de la nation. Qu’en disent les « mémoires » ? Rien ! Rien du tout. Pas un mot.

-          La relance Chirac sera un terrible échec.  En régime de changes flottants, les relances donnent un coup de fouet et ruinent aussitôt la monnaie et les finances publiques. Il faut vite revenir en arrière. Les mémoires se flattent du volontarisme affiché mais pas un mot sur l’échec, ses causes, les leçons à en tirer.

Chirac était un cavalier, un hussard, énergique, drôle et sympathique. Mon « bulldozer »  dira Pompidou. Mais il était vide d’objectifs, notamment économiques, au-delà de son ambition personnelle. Il est assez effarant de penser qu’il sera premier ministre ou président 16 années entre 1974 et 2007. Il est compréhensible que cette présence ait signifié une hausse constante de la dette, des prélèvements et du champ de l’action publique. « On ne remet pas en cause des avantages acquis » !

Il reste vrai que son gouvernement de cohabitation sera un des meilleurs sur le plan économique. Quelle est la part de Chirac et celle de Balladur, son ministre des finances venu avec  sa camarilla de jeunes ambitieux, dans un résultat qui le mènera malheureusement à l’échec électoral et lui fera aussitôt regretter les mesures prises?  On peut craindre que « le pauvre Jacques » n’ait pas eu trop son mot à dire et qu’il s’y soit facilement résigné. Mais ce serait injuste de ne pas le créditer de ce bon gouvernement.

Chirac, Rocard, Juppé, Jospin, Villepin, Hollande sont presque des clones. Seuls les trois B, Barre, Bérégovoy, Balladur, ont œuvré pour un peu de libéralisme.

A l’heure où les sondages mettent Alain Juppé sur le pavois présidentiel, alors que dettes, fiscalité, et réglementations tatillonnes tuent la France, la leçon mérite sans doute d’être méditée.  Sa quasi unité de pensée  et ses nombreux pas de deux avec Michel Rocard, qui, lui, peut se flatter d’avoir dirigé le pire gouvernement de la période, laissent peu de chances à ce qu’il s’élève au-dessus de ce qu’il est de tout temps.

Que faire de la zone Euro ?

L’Eurosystème est une des rares institutions internationales construites dans les 30 dernières années.  Elle est mal née.  Les motifs qui l’ont porté sur les fonts baptismaux sont relativement incertains.  Certains ont voulu « avancer dans la construction européenne ».  A tout prix, selon un sens étrange de l’urgence européenne. L’abandon des disciplines de Bretton-Woods et le flottement des monnaies avaient bloqué les projets d’Union monétaire européenne mis en avant lors de la conférence de La Hayes, en 1969.  Les différents serpents monétaires ayant été balayés, les européistes se sont mis à considérer que seule une monnaie unique résisterait à la spéculation internationale conduite par les Américains et plus généralement les Anglo-saxons.  Les banques centrales européennes ont commencé dès le début des années 80 à considérer que le projet était quasi certain d’être mis en œuvre. La Banque de France s’y prépare dès le milieu des années 80, en totale indépendance des alternances politiques. Les fédéralistes européens considéraient que c’était l’étape suivante indispensable, celle qui créait une situation irréversible. Depuis Jean Monnet, l’idée fédérale s’inscrit dans une tactique qui veut que les faits accomplis économiques contraignent  le politique jusqu’au fédéralisme promis. On met donc la charrue économique avant les bœufs politiques. En espérant que les bœufs piétineront suffisamment la charrue pour qu’on soit obligé « d’avancer » (« L’Europe avance par crise ») mais pas assez pour la casser.

Des discussions, nombreuses, ont eu lieu dans ces milieux, pour savoir comment faire. Très peu sur les conditions de réussite d’une monnaie unique et les contraintes d’organisation dans la durée.  Aucune sur l’opportunité de monter un tel système. L’ardente obligation européenne imposait d’avancer.  Le marché unique et la monnaie unique s’imposaient « naturellement ».  Cela se terminera par le rapport Delors, source de tous les maux.  Au passage le JDD  de ce dimanche nous a commis deux pages hagiographiques sur J. Delors au moment même où les vices du système mis en place sont devenus manifestes !  Il est vrai que les Européistes viennent de primer  Delors pour contrer le mauvais climat qui règne en Europe depuis que la monnaie unique a été installée.  

Ne faisons pas à ce « père de l’Europe de la monnaie » l’injure de penser qu’il ne savait pas que le système qu’il proposait était problématique. Il n’y a pas un économiste sérieux, connaissant un petit peu les questions monétaires, qui ne sache qu’une monnaie unique est une construction politique qui ne peut réussir qu’avec un pouvoir central fort.  Mais il fallait « avancer ». On a fait semblant de considérer qu’une zone de monnaie unique pourrait fonctionner si on libérait totalement les mouvements de capitaux, de marchandises et de personnes.  Les marchés s’occuperaient d’harmoniser les déséquilibres éventuels. Les Etats devaient être mis en muselière. Pour cela il suffisait de deux règles juridiques : pas de déficit budgétaire supérieur à 3% du PIB et pas d’endettement public de plus de 60% du même PIB. Pour préparer la fusion monétaire, les systèmes devaient converger vers ces objectifs.  Et roulez bolide ! Bien sûr cela ne marcherait pas parfaitement mais on profiterait de la première crise pour faire avancer l’intégration et restreindre la souveraineté des Etats.

Les adeptes de Milton Friedman  encensèrent le maître qui avait annoncé que l’Euro ne durerait pas trois ans et que les changes flottants étaient la seule solution.  Depuis des lustres les économistes américains expliquent que les Européens croient bêtement à la « stabilité » et que les vrais amoureux du business sont pour le mouvement. Après tout le dieu Hermès a des petites ailes aux pieds.

Sans voir que les changes flottants avaient fini par créer une économie baudruche qui ne demandait qu’à exploser. Asphyxiés par leur propre mythologie, ils pensaient que la souplesse du roseau était la garantie d’une flexibilité heureuse sans se rendre compte que le système était pervers de façon endogène et voué lui-même à l’autodestruction. L’aveugle insultait gaiement le paralytique.

Autre point commun, tous ces économistes pensaient que le cycle n’existait plus, qu’on savait le juguler, que  Greenspan était un génie et que la crise de 87 était due aux ordinateurs, pas aux effets délétères de la montée de l’endettement global  qui déjà dépassait les 300% à la fin des années 80.

Le « génial économiste » Mitterrand.  (Il n’était pas seulement le Dieu de la politique politicienne en ce temps-là, ce qui avait tout de même fait un peu  ricaner même une Françoise Giroud) avait prédit que l’acte unique allait permettre une formidable croissance en 92-93 Nous eûmes à cette date la pire crise conjoncturelle depuis 1929 ! 

Cela ne fit réfléchir personne. Ni sur les méfaits du système des changes flottants, ni  sur le caractère un peu dangereux de créer une lac de fixité au milieu d’un océan de flots monétaires internationaux  déchaînés.  Pour les jeunes générations, il est intéressant de souligner qu’à cette date, Il était impossible, strictement impossible, de faire passer quoi que ce soit dans la PQN qui remette en question les changes flottants et l’idée d’une monnaie unique ou la contradiction entre les deux formules.  Maurice Allais le fera un peu plus tard et recevra la bastonnade que l’on sait. On trouva même d’astucieux économistes pour défendre, en même temps,  l’idée que les changes flottants mondiaux et celle d’une monnaie unique européenne étaient toutes deux excellents en même temps. La flagornerie ne craint pas les oxymores.

En avant pour le traité de Maastricht et une institution structurellement bancale.  Aucun vrai débat technique sur la manière de gérer une zone monétaire.  Seulement un affrontement entre souverainistes et fédéralistes.  De même que le débat sur le système monétaire international, lorsqu’il avait lieu, c’est-à-dire presque jamais, ne consistait qu’en un échange d’horions idéologiques entre marxistes (cachés en « keynésiens ») et « néo-libéraux », c’est-à-dire en adepte de la liberté financière à tout va. 

La faiblesse du dispositif se voyait à l’examen d’une seule question : qui gérerait le change dans le nouveau système ?  Extraordinaire  exemple d’un instrument, capital à l’échelon national, qui disparaissait soudain à l’échelon européen. La BCE n’était pas chargé des changes mais du niveau des prix. L’ « Eurosystem » disposait d’un « Eurogroupe », un aréopage d’une vingtaine de ministres des finances, présidé par un « président de l’Eurogroupe » sans pouvoir, sous le contrôle d’un conseil des chefs d’état de la zone euro.  C’est lui qui serait chargé de la gestion du change. Mais comme on considérait que les changes flottaient naturellement et que seuls les marchés étaient chargés de donner la valeur de l’euro, la question ne se posait pas.  De toute façon les moyens techniques de gestion du change ne dépendaient pas de l’Eurogroupe.  Les Etats avaient perdu tous les leviers de la politique des changes et des taux d’intérêt mais personne n’en avait réellement hérité. Curieux, non ? Et cela ne choquait absolument personne. Lorsqu’on évoquait la question devant un politique il répondait invariablement : « C’est étrange en-effet, mais c’est une question technique et nous avons d’excellents techniciens de la finance ».

La grande question d’une zone de monnaie unique avec des Etats indépendants est la gestion des écarts dynamiques de productivité, de prix  et de compétitivité. Nous-mêmes avons inlassablement dénoncé un système qui faisait de la déflation-dépression le seul moyen d’ajustement. Les fédéralistes pro-euro répliquaient que l’ouverture totale des marchés intérieurs suffirait à entraîner mécaniquement les ajustements nécessaires.  Nous disions qu’avec des Etats qui prélevaient entre 40 et 100% de la valeur ajoutée des entreprises, la notion de marché tout puissant était tout de même un peu aventurée.  Les politiques publiques non ajustées pouvaient avoir des effets pervers catastrophiques. « Nous avons d’excellents conseils et une haute administration de qualité partout en Europe. Ils savent ce qu’ils font ! »  Fermez le ban !

Et justement voilà que le gouvernement Jospin  asphyxie l’entreprise française par des réglementations étouffantes et étrangle l’économie avec les 35 heures.  Peu après l’Allemagne fait l’inverse avec le plan Schroeder.  La compétitivité relative de la France s’effondre. Personne ne dénoncera la contradiction  comme une source de difficulté à venir pour la zone euro.

La chute des dictatures en Europe, a conduit à une extension inconsidérée de l’union Européenne. Et ces pays fragiles entendaient entrer dans l’euro pour des raisons purement politiques.  On croit devoir faire droit à leurs demandes.  Comment laisser à la porte la Grèce loin de Papadopulos, le Portugal débarrassé de Salazar et l’Espagne, d’où Franco a disparu ?  Et ces pays de l’est qui frappent  soudain désespéramment à la porte ?

On a chargé la barque de l’Euro, déjà bancale par construction. Le navire a pris de la gite dès le départ et elle a été aggravée par des politiques incompatibles.

La mini récession du début des années 2000 a aussitôt fait prendre conscience que les règles de droit étaient incompatibles avec la conjoncture. On parla de « règles idiotes ». Pour un système fondé uniquement sur deux règles, ce n’était pas très encourageant pour la suite. Surtout quand les pays qui jugeaient ainsi étaient l’Allemagne et la France, les deux piliers !

La Grèce commence à souffrir dès 2002-2003. De même la finance internationale est en crise après l’effondrement boursier du début du siècle.  Cela branle de partout et la FED commence ses inondations monétaires.  Le taux de dettes globales commence à s’approcher à peu près partout de 375%. Certains pays en sont déjà à plus de 700%.

L’effondrement du dollar projette l’euro à des sommets et aggrave la crise en Europe qui entre en stagnation.  Mais les politiciens sont heureux de ne plus avoir à surveiller le taux de change. Ils trouvent cela merveilleux et ne cessent de le dire dans les médias.  Donc ils peuvent emprunter et ils le font sans retenue, ou laisser leurs banques et autres agents économiques emprunter.   Personne ne surveille les taux d’endettement globaux de chacun des pays.  Au printemps 2008, le taux moyens d’endettement global dépasse 425% dans l’OCDE. Différents pays sont à plus de 1000% ! Dès décembre 2006 nous prévoyons l’effondrement certain  pour 2009-2010. Début 2007 nous rapprochons cette prévision à 2009, puis la crise de liquidité bancaire de l’été 2007 nous la fait avancer à l’automne 2008. En décembre 2008, nous annonçons un krach pour septembre 2008.

L’hystérie financière générale laisse penser qu’on est à nouveau dans une phase économique formidable. Personne n’écoute.

L’Euro se porte assez bien : la crise du dollar le dope sur les marchés de change ; les taux d’intérêt ont convergé. Tout cela parait solide, même si certaines voix s’élèvent pour dire que le respect des règles n’est plus assuré. Tout le monde fait ce qu’il veut. 

Lorsque l’effondrement financier a lieu, avec l’abandon à la faillite de Lehman-Brothers, tout le monde croit que « l’Euro nous protège », y compris les Islandais qui sont en faillite grave.  L’Euro, c’est solide. La crise est venue des Etats-Unis et l’Euro a bien résisté.

Jusqu’à ce que la spéculation s’attaque aux taux d’intérêt des pays dangereusement endettées de la zone Euro (Grèce, Islande, Portugal, Espagne, Italie).  Et là, c’est aussitôt la Bérézina.

L’organisation de la zone Euro, inexistante, n’a aucun moyen de faire face ; Il faut improviser d’urgence. Ce sera la suite ininterrompue de « sauvetages » avec des « mécanismes » forgés à la va vite et qui conduiront aux récents évènements grecs.

Lorsque nous écrivions dans les années 90, que la régulation se ferait dans la déflation, personne ne se rendait compte réellement ce que cela voulait dire. Avec l’affaire grecque, la fermeture des banques, la perte de 25% du Pib et toutes ses choses, l’affaire devient diablement concrète.

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Le vrai problème reste la crise mondiale. Le système des changes flottants ne marche pas, n’a jamais, marché et ne marchera jamais. Mais personne ne songe à le modifier. C’est l’explosion de ce système défectueux qui a déstabilisé l’Eurosytem. Pas l’inverse. Mais l’Eurosystem a démontré qu’il n’était pas armé pour faire face autrement que par des mesures détestables qui enflamment les haines sociales et nationales. Le politique devient le pire ennemi de la zone euro.

Les euro-fédérolâtres considèrent que somme-toute, ils ont gagnés. La crise a permis de faire des progrès dans l’abaissement des Etats nationaux. Les banques sont supervisées désormais par la BCE. La Commission a reçu des pouvoirs élargis.  Le système global est sous contrôle maintenant que l’amplificateur bancaire a été mis sous tutelle étroite. La BCE a mangé son chapeau allemand et « fait ce qu’il faut » pour sauver la zone Euro. Donc tout va bien : militons désormais pour une forme fédérale de contrôle de l’économie européenne !

Les souverainistes poussent à la destruction immédiate de la zone Euro dont les mécanismes de sauvetage nous ont endetté pour des millénaires et empêchent toute politique nationale de sortie de crise.  Les marxistes exigent également la fin de la tutelle bruxelloise pour pouvoir enfin mener une politique de « relance sociale par la planche à billets ».  Façon Chavez.

Hollande, toujours à sa copie servile du parcours mitterrandien, se pose en créateur d’un nouveau système fédéral avec budget unique, parlement spécial, etc ; La dette ? On s’en fout ! Le respect des règles de Maastricht ? On s’en fout ? Le chômage ? On s’en fout. Proposons comme Mitterrand une fuite en avant européiste.  

Foutaises !

Il faut un « chancelier de la zone euro », assisté de comités parlementaires issus des parlements nationaux, avec une compétence d’investigation, de recommandation et de maîtrise de la politique monétaire et financière au jour le jour. Il aura pour mission de faire revenir le monde à un système de changes fixes et ajustables. C’est lui qui décidera du taux de change et de la politique des taux d’intérêt. Il sera à la fois le FMI interne de la zone, le pilote des instruments monétaires mis en commun et le conseiller en matière de politiques budgétaires, économiques et sociales pour tout ce qui concerne les écarts de compétitivité et les ajustements nécessaires.

Si ce poste avait existé dès 1997, il aurait évité que les Français et les Allemands se lancent dans des politiques incompatibles avec une monnaie unique, freiné les bulles immobilières dans la zone, empêché les glissements budgétaires de type français ou grecs.  Il n’aurait pas empêché le choc de la crise des changes flottants mais il serait là pour exiger une évolution radicale pour des changes fixes et ajustables. On n’aurait pas eu besoin d’appeler le FMI. Et les dérapages ayant été maîtrisés un certain nombre d’instruments collectifs auraient pu se mettre en place, comme des bons du trésor européens.

Est-ce encore aujourd’hui la solution pertinente ? Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Mais le climat a été tellement dégradé et la méfiance portée à de tels sommets que la faisabilité de la réforme devient très aléatoire.

Un certain nombre d’idées ont tout de même fait leur chemin. La première est que toute organisation de la zone euro doit être propre à la zone euro et ne pas dépendre de l’UE. La deuxième est que les parlements nationaux doivent être associés et pas le Parlement Européen. La troisième est que la BCE doit être aussi responsable de la croissance. Ensuite il faut un pilote avec les instruments ad hoc.

C’est toujours agréable de voir que des idées proposées depuis 20 ans finissent par entrer dans la discussion publique.

Il existe cependant de fortes différences entre notre projet et ceux que l’on voit surgir. Le Chancelier doit être pour nous un coordinateur et un conseiller et non pas un « gouvernement économique ».

L’espèce de frénésie fédérolâtre qui a saisi les télévisions françaises, notamment celles de la TNT, depuis l’annonce présidentielle est proprement ahurissante. Alors que le système vient de subir une crise historique on voit réapparaître toutes les bouches à feu du fédéralisme, dans des émissions qui font de la surenchère,  sans la présence d’aucun contradicteur. Sur le thème « on a échoué parce qu’on n’a pas été assez loin  dans l’union», voilà toute la mouvance de ceux qui veulent voir disparaître les Etats européens et notamment la France, en train de présenter le catalogue complet des mises en commun. Le « saut qualitatif européen » devient un must. Même si ses contours sont totalement flous. Et qu’on ne voit pas clairement où serait des avantages, généralement présentés comme magiques par la vertu de la sainte Trinité bruxelloise. Tout s’arrangerait comme par miracle. On pourrait tout faire. Du social, de l’écologique, de la science, du progrès économique.

De l’autre côté du spectre, les souverainistes posent la question : Et pourquoi ne pas abandonner l’Euro purement et simplement ? Tout deviendrait miraculeusement simple. En tout cas on ne serait pas obligé de payer pour les autres dans des conditions antidémocratiques (pauvres grecs victimes des vilains prêteurs). Et on pourrait faire enfin ce qu’il faut, notamment avec notre création monétaire,  sans être constamment entravés.

Les deux miracles fédéralistes et souverainistes sont des illusions.

L’abandon de l’Euro ? Il n’y a pas de méthode  pure et simple d’abandon, même si doctrinalement rien ne s’y oppose vraiment. Chaque état membre crée une monnaie sur la base d’une unité nouvelle = un euro et indique qu’il remboursera ses dettes dans cette monnaie. Et on voit ce qui se passe. Très probablement une relance des comportements de précaution et un blocage temporaire mais général des affaires, avec une poussée de l’inflation dans les pays les plus endettés qui monétiseront aussitôt les déficits publics. En France les fonctionnaires qui dirigent le pays considéreront qu’il n’y a plus d’efforts à faire. Le marché des changes sera fortement secoué. Les balances commerciales danseront la samba. Et il faudra dix ans pour que l’économie-monde et celle de l’Europe s’en remettent. Lorsque les Etats Unis sont passés du dollar gagé sur l’or au dollar flottant, une opération très semblable, il a fallu 15 ans pour digérer le choc. En fait, on ne s’en est jamais vraiment remis, du fait des défauts du nouveau système de changes flottants.  Car ces nouvelles monnaies flotteront, sinon où est l’avantage de liberté dans la manière de gérer son stock de dettes ? On aggravera les effets délétères du système des changes flottants et aucune réforme dans ce domaine ne sera plus jamais possible à horizon raisonnable, l’échec de l’euro servant de repoussoir perpétuel.

Conserver la gouvernance actuelle ? On voit que cela ne marche pas et que cela coûte très cher à tous, tout en créant les conditions d’un rejet populaire massif.

La seule véritable solution est la coordination, qui maintient la souveraineté des pays tout en les associant, avec un mécanisme d’éviction du club si un pays considère qu’il doit suivre une voie incompatible avec celle des autres.

Le coordinateur doit disposer des moyens statistiques communs, et de pouvoirs d’investigation du type de ceux du FMI, qui n’a pas à intervenir à l’intérieur d’une zone de solidarité monétaire.  Il faut établir  un pouvoir de recommandation et une procédure de « reconsidération », au cas où une mesure serait proposée par un pays qui pourrait être jugée comme incompatible avec la prospérité générale.  Cette administration ne devrait pas être logée à Bruxelles mais à Paris, puisque la BCE est en Allemagne et que ces deux pays sont les plus importants du club. Des procédures d’association des parlements nationaux sont indispensables, mais pas sous forme d’un Sénat européen, structure lourde et complexe dont le rapport avec le Parlement Européen resterait à préciser.  Un délégué par parlement par pays membre suffirait, dans chacune des trois chambres qui devraient être créées : chambre sociale, chambres budgétaires et fiscales, chambre économique et monétaire.  Tout doit rester léger.  Et naturellement, le conseil des ministres des finances et celui des chefs d’Etat serait l’instance d’arbitrage final en cas de divergences graves.

Le « chancelier de la zone euro » aurait un domaine propre qui est celui de la politique monétaire, en liaison avec la BCE  et aurait la mission de faire évoluer le système monétaire international, avec comme objectif  le retour à un système de changes fixes et révisables.

Cette évolution serait moins traumatique pour les souverainistes que la création d’une machinerie fédérale  disproportionnée. La coordination ex ante ne pourrait avoir que des avantages et mènera naturellement  à des instruments financiers collectifs susceptibles d’éviter les méfaits de spéculations hasardeuses. Elle conduira à plus de stabilité dans le monde et une meilleure prise en considération des points de vue européens, notamment vis-à-vis du « benign neglect » américain.

Tout renforcement collectif, de toute façon,  supposera que la France cesse d’être l’homme malade européen, avec une gestion désastreuse basée sur l’asphyxie fiscale et la dépense publique outrancière à crédit.

Le plus grave reproche que l’on puisse faire à F. Hollande est d’être l’obstacle principal à toute évolution. Qu’il fasse de la surenchère fédéraliste, sous les vivats de ceux qui font semblant de croire  qu’il a « sauvé » l’Europe lors de l’affaire grecque,  est sans doute  de bonne tactique politicienne. La vérité est qu’en ruinant le pays comme il le fait sous le poids d’une fiscalité intenable, d’une dépense publique obscène,  et d’une démagogie de tous les instants, il rend impossible toutes les évolutions nécessaires.

Rarement l’imposture d’un Hollande audacieux et stratège, conduisant l’Europe au succès,  n’aura été plus majestueuse. Ce n’est pas parce que des medias se couvrent de ridicule en la véhiculant qu’il faut s’y vautrer.

Il serait curieux que l’Allemagne accepte plus de fédéralisme  avec une France en dehors des clous du traité « merkozy ». Si elle persiste à conserver un déficit budgétaire de près de 4% de PIB et une dette proche de 100% du PIB, il ne peut rien se passer de réellement important, sinon des constructions institutionnelles loin des peuples et qui ne mangent pas de pain, ou des initiatives très partielles sur la fiscalité ou autres. Il faudrait de même que le cas grec soit réellement réglé. Tout le monde pense que la purge actuelle ne règle rien, surtout sous la houlette de Tsipras et de son équipe. Et il faut attendre que les Italiens, les Espagnols et les Portugais aient éliminés Beppe grillo, Podemos et tous les « mélenchoniens » potentiels. On a construit sur du sable avec Maastricht, mais on ne construira pas sur de la vase.

La solution plus légère d’un coordinateur avec des pouvoirs propres dans des domaines actuellement à l’abandon, comme la politique de change, la politique des taux d’intérêts, et la politique des crédits, la politique de convergence des compétitivités, peut s’enclencher plus facilement.  Mais il est probable que sa condition préalable soit le départ de F. Hollande et l’élection, en France, d’une équipe capable de lourdes réformes de structure à la tête du pays.

Le paradoxe du moment est qu’on exalte le « nouveau Hollande européen »  au moment où le meilleur service qu’il pourrait rendre à l’Europe serait de démissionner.

Ce qui doit arriver arrive !

Depuis 1997, nous défendons publiquement trois thèses extrêmement claires et précises.

Un système de changes flottants et de liberté totale des mouvements de capitaux entraîne mécaniquement une hausse de la dette globale par le mécanisme de la double pyramide de crédits. Dès que la dette globale dépasse 400%, on est certain que la prochaine grosse crise cyclique fera des dégâts abominables. Ce phénomène s'est vérifié avec le blocage du système interbancaire en 2007 et l'effondrement bancaire général de 2008. Comme l'avait dit Maurice Allais, au milieu des ricanements, "ce qui doit arriver arrive". C'est arrivé.

Un système de monnaie unique sans organes de pilotage et seulement deux règles de droit sur les déficits et l'endettement des états, avec abandon des outils de politique monétaire, est vulnérable. La crise précédente a précipité l'explosion du système. L'affaire grecque était prévisible : on se soigne pas une crise par la déflation et la dépression. Sinon, les peuples deviennent nerveux. "Ce qui doit arriver arrive".

Un Etat capturé par sa haute fonction publique qui cumule le pouvoir administratif et fiscal, le pouvoir politique et le pouvoir bancaire, tout en tenant dans ses mains directement ou indirectement les medias, conduit à la ruine et l'étouffement du citoyen, l'empêchement d'une économie libre et efficace et à la double tare d'un Etat pléthorique, bouffi et incapable, et d'une économie marchande rétrécie, qui survit péniblement au milieu des quolibets serviles d'une caste de cultureux subventionnés et sans vergogne."Ce qui doit arriver arrive".

Au final nous assistons  à la négation de la démocratie et à la formation d'une situation incontrôlable dont plus personne ne sait comment sortir, dans le monde, en Europe et en France. En cet été 2015 comment nier que ces trois analyses soient pertinentes ? Comment ne pas observer que rien ne se passe non plus pour sortir du piège.

L'amas de surplus monétaire accumulé par la Chine a eu pour conséquence dans un premier temps de permettre des achats de précaution qui ont laissé croire que le commerce international était encore vivant. En vérité les échanges internationaux ont baissé en 2014. Baissé ! Pour la première fois depuis la fin de la guerre de 40. Et la bulle de crédits née de cet amas en Chine même a fini par explosé avec comme manifestation première l'effondrement drastique de la bourse de Shangaï.

La reprise américaine est extrêmement molle. Elle est percluse de bulles alimentées par les déficits américains et les politiques de gonflement monétaire de la FED.

L'Europe est entrée dans une de ces phases d'incertitudes qui font le charme d'une organisation bancale et non démocratique, sous-traitant la monnaie et la finance à des experts.

La France est entrée dans le cycle détestable des glissades irrattrapables. La dette s'est gonflée subitement au premier semestre avec une rapidité stupéfiante, alors que "l'alignement des planètes" devait nous sauver. La peur recommence à régner en maîtresse dans l'esprit de tous ceux qui ont des "actifs" et notamment de l'assurance-vie.

Pas un mot dans le monde sur le retour à un système sérieux de politiques commerciales et financières concertées autour d'un système de changes fixes et ajustables. Pas un mot. Le FMI s'est encore une fois ridiculisé à contre-emploi en intervenant là où il ne devait pas le faire. Le résultat sera l'éjection de Mme Lagarde qui croit encore à ses chances électorales présidentielles françaises. L'espoir fait vivre.

En Europe on commence, timidement, à comprendre qu'une zone de monnaie unique sans système de pilotage est une incongruité dangereuse. Jeroen Dijsselbloem et son Eurogroup sont un cache misère sans aucune légitimité ni aucune prise sur rien. Les idées qui sont lancées sont soit la destruction de la zone Euro, soit le renforcement de la dictature bruxelloise, motivées par l'abaissement des Etats,  sous paravent d'un Parlement Européen pseudo démocratique qui a montré sa vacuité lors de la convocation de Psipras,  soit l'émergence d'un couple Franco-allemand, assurant les bonnes options pour l'ensemble de la zone.  Avec une France dans l'état où elle est, bonjour la fantaisie !  La seule vérité est qu'une zone euro doit avoir des institutions spécifiques à la fois techniques et démocratiques et distinctes de la Commission bruxelloise. En résumé, il faut un chancelier de la zone Euro, épaulé par un dispositif représentatif ad hoc assurant la démocratie effective du système.

La France, bouffée jusqu'à la racine par une fiscalité déshonorante pour l'esprit de résistance des Français, voit ses médias faire une place déraisonnable aux thèses du marxiste Picketty, auteur d'un succès de librairie mondial avec une étude qui examine l'assiette du voisin pour conclure que les nouveaux riches sont plus riches que les anciens nouveaux riches, ce qui prouvent que la dette doit être radicalement gommée en leur piquant tout ce qu'ils ont. Plus d'impôts, plus confiscatoires et encore plus ciblés, voilà la solution !  

En un mot aucune des causes de la crise majeure en cours n'est traitée. Au contraire chacune est soigneusement aggravée. Et l'on s'étonne que la crise perdure 8 ans après son déclenchement sans espoir de voir un jour prochain le bout du tunnel.

Ce qui doit arriver arrive. La vrille s'accélère et le sol se rapproche désormais très vite avec un risque de démantèlement complet des circuits économiques normaux.

 

Didier Dufau, pour le Cercle des Economistes e-toile.    

L'art de dépouiller le citoyen

L'interdiction des paiements en liquide est l'un des derniers clous qui restent à sceller sur le cercueil des libertés individuelles. Le complexe politico-fonctionnaro-bancaire qui a capté la vie publique et économique en France vient de l'enfoncer à nouveau de quelques centimètres. On ne pourra plus payer en liquide plus de 1 000 euros. La banque réclame la mesure depuis longtemps. Lorsqu'il n'y aura plus de liquide du tout et qu'il faudra passer exclusivement par des systèmes de paiements connectés, elle aura jugulé une des "fuites" qui l'empêche de récupérer aussitôt la monnaie de crédit qu'elle a émise. Porte-monnaie électronique et règlementation sont les deux mamelles du big-brother bancaire.

Le citoyen libre d'une république libre est d'abord une vache à lait de l'Etat moloch et l'esclave enchaîné du système bancaire, les deux institutions étant gérées par les mêmes. .

Il est probable que le plafond des sommes en liquide avec lesquelles on peut se promener en Europe sera ramené bientôt à moins de 5.000 Euros.

Voyagez léger avec un bout de plastique et prouver que vous êtes un citoyen totalement transparent tout en sauvant votre système bancaire !  

La législation a donné à la banque, déjà sous des gouvernements socialistes, des pouvoirs exorbitants. Vous ne pouvez solder une compte en banque…que dans un autre compte en banque. Un trou dans votre compte courant ? La banque peut casser n'importe lequel de vos comptes d'épargne sans même vous le dire. Vous voulez du liquide ? Il vous faudra une carte bancaire, car les guichets n'en distribuent plus. Et le montant que vous voudrez retirer sera limité à quelques centaines d'Euros. De toutes façons pour des sommes importantes, il faut commander, aller au siège, respecter les plafonds et… un transport par la Brinks, mon bon Monsieur. Quant aux placements, ne croyez pas que vous en soyez maître. Tous les dispositifs de placement sont désormais des constructions fiscales qui ont pour but de ramener l'épargne vers les objectifs et les caisses de l'Etat. Avec des taux d'impôts marginaux à 65.5%, vous n'avez plus aucun choix. La banque universelle qui peut faire à peu près ce qu'elle veut de votre épargne, y compris vous faire acheter ses propres actions, pour peu que vous lui ayez donné un mandat, (et comment y échapper ?), vit en symbiose totale avec l'Etat, et en conflit d'intérêt toléré avec ses clients. L'assurance-vie en est le plus merveilleux exemple. Question posée il y a quelques années à la banque :

- "Vous vous êtes désengagés de la Grèce ? Non, l'Etat nous a demandé de détenir un certain pourcentage d'obligations grecques".

Quelques mois plus tard :

"- Qu'est-ce qui se passe avec mes obligations grecques ?

- Nous avons été obligés d'accepter une perte de moitié sur ces titres.

- Je vous avais bien dit de pas détenir des titres grecs

- Oui, mais c'est de l'assurance vie ; nous ne pouvons pas faire ce que nous voulons;

- Sortons de l'assurance vie.

- Je ne vous le conseille pas. C'est le seul produit sûr et défiscalisé, bla bla bla."

La défiscalisation est devenue le principe vendeur numéro un des banques, marquant la totale interdépendance du secteur bancaire et de l'Etat.

Les diverses lois sur la construction n'ont qu'un seul but : permettre aux politiques de présenter des bilans un tant soit peu honorables en matière de logements. En fait la défiscalisation conduit à monter des programmes de construction dans des endroits où il n'y a pas de demande et qui ne servent :

- qu'à engraisser les banques qui collectent l'épargne défiscalisée

- qu'à engraisser les grosses boîtes de construction qui bâtissent les projets

- qu'à fournir des statistiques aux politiques.

L'épargnant se retrouve avec des logements sans usage et sans rentabilité.

- "Madame la banque, vous m'avez fait tombé dans un piège à c…"

- "C'est pas grave, c'est défiscalisé".

Et il suffit d'une loi Duflot pour envoyer tout de même au tapis la construction neuve.

De toute façon vous n'êtes plus maître de vos biens immobiliers, dès lors qu'il ne s'agit pas de votre logement principal. Ne parlons de la propriété agricole ! Et pour votre logement ne croyez pas vous en sortir comme cela. D'abord, à vous toutes les législations normatives qui vous ponctionnent de partout. A vous le détecteur d'incendie qui se déclenche tout seul à tout propos et transforme votre immeuble en rossignol. A vous aussi le défibrillateur qui doit figurer dans un endroit ostensible à l'entrée de votre immeuble. A vous le dossier de cession qui avec tous les tests obligatoires finit par peser une tonne. Et gare aux préemptions.

Si vous êtes propriétaire de votre logement, les bons apôtres vous expliqueront que vous avez un avantage inouï par rapport à ceux qui paient un loyer et qu'il faut que vous payiez pour cette flagrante inégalité. ISF, taxe foncière, charges imposées, ne sont qu'un début. A quand la taxe compensatrice de l'avantage indu du propriétaire, Thénardier de lui-même par politiques et hauts fonctionnaires interposés ? L'incroyable privilège qui veut que vous bénéficier d'une "niche fiscale" en ne payant pas, dans votre impôt sur le revenu, la plus value éventuelle sur la revente de votre domicile, plus value le plus généralement fictive car ne tenant pas compte de l'inflation, ne durera que ce que dure les roses. Dans le vocable repris bêtement par les médias il s'agit d'une "dépense fiscale de l'Etat".

Nous allons perdre dans l'affaire grecque environ sept fois la contrevaleur de l'ISF annuel. S'il est admis qu'un pays peut se dégager de ses dettes simplement en demandant par referendum si la population veut ou non rembourser, il y a quelques soucis à se faire. A entendre les milliers de commentaires qui "sur les réseaux sociaux" encouragent la Grèce à faire défaut, sans que leurs auteurs aient même compris que c'est eux qui paieront, on réalise le degré de désinformation et de sottise qui règne aujourd'hui en France.

L'Europe du "soft power" où les grands Etats ont été stérilisés et empêchés,  s'avère totalement incapable de faire face à l'intérieur comme à l'extérieur aux agressions qui la menacent. Jamais la situation n'a été plus claire aujourd'hui.

- Elle ne peut rien contre la Russie qui attaque un pays de l'Europe centrale et s'empare d'une partie de son territoire,

- Elle ne peut rien contre la Grèce qui détruit la zone Euro de l'intérieur et se moque à peu près totalement de l'espèce de salmigondis de pouvoir qui s'appelle la Commission et l'Eurogroupe.

- Elle ne peut rien contre l'envahissement par des centaines de milliers de migrants non désirés.

- Elle ne peut rien contre l'envahissement juridique intéressé des Etats-Unis (voir les amendes colossales imposées aux banques européennes et l'invraisemblable Fatca). Et elle va céder sur ce point vital dans les traités transatlantiques : les sociétés américaines pourront se plaindre aux juges américains des difficultés éventuelles rencontrées en Europe. Les gouvernements passent sous tutelle du juge américain.  

- Elle ne peut rien contre le démantèlement des assiettes fiscales par les grands intervenants d'internet.

- Elle ne peut rien contre une barbarie basée sur l' "affirmative action"  et la "fierté retrouvée" d'une religion rétrograde et violente, animée par la tendance salafiste, en pleine croissance en France,  qui met à bas tous les principes européens durement acquis et commence à décapiter ses citoyens.

- Elle ne peut rien contre l'envahissement de produits qui ne respectent aucune des prescriptions qu'elle impose à ses producteurs.

- Elle ne peut rien contre les effets d'une économie internationale devenue baudruche à force de changes flottants non régulés et déficits et excédents croisés monstrueux. Sinon se taire et empêcher qu'on discute des mécanismes qui ont mené à la situation désastreuse actuelle.

- Elle ne peut rien mais empêche les Etats d'agir.

Ah ! Si ! Les Etats peuvent toujours augmenter les impôts et cadenasser les finances privées des citoyens.

Et en France, laisser les derniers duellistes présidentiels faire semblant de jouer à la démocratie médiatique, sous l'œil hagard de la population ;

Et en Grèce laisser Tsipras et Varoufakis faire semblant de jouer à la démocratie référendaire (jusqu'ici le referendum était "fasciste" à l'extrême gauche…), sous l'œil hagard de la population.

Et en Italie laisser Renzi se dépatouiller avec ses immigrés illégaux, sous l'œil hagard des arrivants.

On imagine où en serait si les grands Etats européens s'étaient dissous dans une nuée de petites régions avec un Eurogroupe de 100 membres ! Rien que pour dire non et expliquer pourquoi dans cette enceinte, il faudrait une semaine. Et la Grèce serait l'un des plus grands Etats membres…

En attendant quelque égaré fou d'islam tranche une tête française sur le sol français. Les Grecs découvrent le "corralito", avec le plaisir de pouvoir sortir quelques euros par jour de leur bancomat. M. Juncker pleure sur l'esprit européen perdu. Le commerce international est à l'arrêt. Les taux d'intérêt se cabrent. L'Euro s'affaiblit. La chômage qu'on annonçait en baisse probable grâce à "l'alignement des planètes", s'est encore accru : près de 630.000 chômeurs de plus depuis le début du quinquennat, plus que sous l'ensemble du quinquennat Sarkozy qui avait pris le choc du gros de la crise, alors que partout ailleurs la situation s'améliore.

Tout va bien.

Le Président de la République Française n'a rien à dire sur aucun de ces sujets dramatiques. Il voyage. Il mène campagne, l'œil vissé sur les sondages et près à toutes les opérations image qu'on voudra.

Dignité, Liberté et Prospérité sont au coin de la rue.

Et il n'y avait rien de plus urgent que de réduire l'emploi de la monnaie de papier par ce suspect permanent qu'est le citoyen.

Economie et politique (2) : les socialistes

Toute l'histoire de la gauche de 1848 à 1989 a été celle de la colonisation de cette tendance par les différentes formes antagonistes de socialismes. La révolution de 1789 avait été bourgeoise. Ce n'était qu'une étape. Avec Babeuf, passons  des libertés formelles aux libertés réelles et sus au bourgeois. L'URSS ayant finalement réussi, un siècle plus tard,  à instaurer le « socialisme réel ». Il appartenait à toute la gauche de s'associer à la victoire pour faire triompher cette forme d'organisation sociale dans le monde entier. La droite honnie était ce mouvement de "réactionnaires" qui s'opposait bêtement aux conquêtes sociales. Le débat socialiste portait essentiellement sur le degré de violence à imposer aux sociétés pour rendre la révolution définitive. L'évidence des atrocités commises par les différents régimes communistes a créé, notamment en France et principalement dans les différentes communautés juives, l'idée d'un communisme un peu moins sommaire. Les partisans d'un socialisme respectueux de la démocratie libérale, plus ou moins fusionné avec le radicalisme, acceptaient le message marxiste de condamnation scientifique du capitalisme mais voulaient respecter les formes bourgeoises de la démocratie parlementaire. Le socialisme particulier  que fut le national-socialisme, en concurrence et opposition directe avec le communisme, sera l'occasion d'une concurrence dans la violence destructrice, le crime et le génocide entre Staline et Hitler puis l'ensemble des régimes communistes, notamment la Chine. 100 à 150 millions de victimes assassinés du côté communiste et 40 millions du côté hitlérien (et des milliards de vies gâchées) plus tard, la séduction du socialisme violent s'est éteinte par effondrement interne de l'URSS, et conversion de la Chine au capitalisme d'Etat, motivée par la peur du nationalisme Han de voir la Chine devenir un nain économique par rapport au Japon ainsi qu’aux Tigres et Dragons à ses bordures.

Le socialisme, sous sa forme marxiste d'élimination de la propriété privée du capital et sous sa forme romantique de révolution, est mort en 1990. L'effondrement a eu pour conséquence d'installer des nationalismes plus ou moins virulents en Russie, en Chine et dans tous les pays anciennement communistes, y compris la bordure occidentale, rattachée à l'Union Européenne. L'indépendance retrouvée a provoqué des poussées nationalistes en Tchéquie, Slovaquie, Hongrie, Roumanie, Pays baltes etc. En Occident et plus particulièrement en France, la disparition de l'URSS  a eu des conséquences plus ou moins étranges.

La première est la pénétration substitutive du "politiquement correct" radical  en provenance des Etats-Unis qui est à la source de maints thèmes "sociétalistes" jusqu'ici étrangers au socialisme.

La seconde est l'effondrement d'une curiosité française : le trotskisme protéiforme et dominateur à gauche. Il y avait encore récemment plusieurs candidats trotskistes aux élections présidentielles. L'essentiel du mouvement s'est rangé en tant que faction au PS. Le reste périclite doucement.

La troisième est la perte quasi-totale du milieu ouvrier par les organisations « ouvriéristes ». Le socialisme français est un socialisme de fonctionnaires, de bobos des grandes villes et de petit peuple vivant d'allocations. La conversion du PS à une Europe de la libre circulation des hommes, des capitaux et des marchandises, dans un cadre mondialisé,  a mis sous tension le monde du travail concurrentiel et créé un ressentiment  social anti-socialiste qui a fait fuir l'ancienne classe ouvrière vers d'autres extrémismes.

La quatrième est le manque de charisme des dirigeants socialistes de Guy mollet à Hollande, qui, pris dans les contradictions de l'évolution historique, oscillent depuis 50 ans entre un discours de socialisme radical décalé et une pratique de n'importe quoi.

Minoritaire politiquement en France, le socialisme a perdu sa base sociologique supposée et cherche à en reconstituer une autre avec la population immigrée. Mais l'Islam, qui en est une composante majeure, est largement incompatible avec "les valeurs de la République"  et les classes populaires considèrent être victimes de l'arrivée massive d'immigrés. Les contradictions s'exaspèrent.

Du coup le PS ne vient au pouvoir qu'en cas de crise de conjoncture et après d'intenses campagnes de dénigrement d'un adversaire lui-même divisé. Mitterrand ne parviendra à ses fins qu'après que la crise de 73-74 ait profondément ravagé la France. Giscard avait perdu la confiance des Français par ses excès fiscaux et, à juste titre ou non, une partie de sa réputation après une campagne dominée par l'affaire des diamants. Le style très affecté de Giscard ne passait plus. Hollande ne viendra au pouvoir qu'à la suite de la crise de 2008, alors que les Français étaient bousculés par le chômage et une montée fiscale considérable, que la personnalité de Sarkozy en faisait la cible d'attaques ad hominem innombrables et que la division régnait à droite avec la dissidence du Modem.

Autant dire que l'économie qui était pourtant au cœur même du marxisme et donc au cœur du réacteur nucléaire du socialisme, n'a jamais été dominante dans les programmes de gouvernement de la gauche.

Le Programme commun de la gauche mettra fin au rattrapage par la France du niveau de vie américain et initiera la descente aux enfers progressive de l'économie française.

Rocard détournera la prospérité temporaire liée à la phase de haute conjoncture du cycle et créera les conditions d'un drame lors du retournement conjoncturel subséquent.

Arrivé par surprise, Jospin ne sait pas trop quoi faire. Il considérera que son rôle est de peser dans les contrats en faveur des salariés, des locataires etc. Cette lutte contre "la domination du capital" s'accompagne d'immenses "cadeaux au peuple" comme les absurdes 35 heures. La France y perd sa compétitivité et le chômage structurel explose dès le renversement de la conjoncture. Le clientélisme municipal et régional atteint des sommets.

En 2012, la campagne de François Hollande est du même tonneau :

- Promesses tout azimut de "droits à"

- Attaques ad hominem contre la droite honnie et "fascisante", et contre la personne de N. Sarkozy

- La crise est niée.

Ce sera une des pires campagnes électorales jamais connues.

Mais, comme Sarkozy, dont il est quasiment le clone, il est arrivé au pouvoir non seulement avec une tactique électorale très étudiée mais avec un schéma pour se présenter en bonne forme à l’élection présidentielle suivante.

Sa stratégie a été clairement annoncée et dès le départ:

- « Faire payer les riches » en début de mandat pour se sortir des obligations du traité Merkel-Sarkozy

- Tenir le terrain par des mesures symboliques et "sociétalistes" pour se garder à gauche (« ce n’est pas la droite qui aurait fait tout ça ! »)

- Se placer pour la réélection en multipliant les "cadeaux au peuple" et l'achat de vote en dernière partie de mandat.

Ce schéma ne s’est pas déroulé comme prévu. 2012,1013 et 2014 ont été des catastrophes économiques et sociales caractérisées. Le tableau est apocalyptique.

Pour Hollande, ces résultats dramatiques n’ont pas de réelle importance. Cela sera devenu lointain en 2017 et il a une excuse qui lui suffit : « J’ai trouvé la France dans un état catastrophique et une Europe bloquée par Merkel  ». C’est la faute à Sarkozy ; c’est la faute à Merkel. « Grâce à moi, les choses ont évolué même si cela a été difficile ; Imaginez ce que cela aurait été si je n’avais pas été là !  ».

La seule question qui l’intéresse aujourd’hui, c’est la bonne manière de se placer dans les meilleures conditions possibles pour 2017 et de transformer son schéma stratégique initial en  mesures tactiques ultimes efficaces.  Ses adversaires auraient tort de croire qu’il a des doutes sur son succès futur. Il est totalement en état de grâce et pense désormais qu’il a gagné.

La gauche du parti ne lui fait pas peur. Il sait la manipuler par cœur. Tant d’années comme premier secrétaire, cela vous donne des réflexes. Comme il n’y aura pas de primaires, il ne risque rien. Les autres seront obligés de s’aligner. Une bonne partie du tapage fait à sa gauche était dû à la volonté de certains de sauver ce qui pouvait l’être aux élections locales. La présidentielle balaiera tout cela.

Les partis d’extrême-gauche ne lui font pas peur : la hauteur du FN dans les sondages lui donne un argument imparable. « C’est moi ou les fascistes ».

Restait à se cadrer à droite, c’est-à-dire dans le vocabulaire socialiste, au centre.

Il lui faut "extrêmiser" la droite, pour renforcer sa position centrale. La manipulation de la mémoire, déjà caricaturale du temps de Jospin, devient systématique dans les médias amis. Hypermnésie des crimes nazis, hypomnésie des crimes des régimes socialistes. Repentance généralisée vis-à-vis d'évènements passés considérés comme déshonorants, l'esclavage ou la colonisation ou la répression de l'homosexualité, attribués à la droite. La réaction contre les mesures « sociétalistes » attise le langage excessif à droite et permet de l’assimiler au FN. « La droââââte, tous des fascistes ! ».

En revanche, il faut passer pour « responsable ». Sa  base politique est celle du « socialisme du possible » ou du « socialisme de gouvernement ». Autant associer l’opération à une « triangulation », c’est-à-dire une reprise massive du programme de l’opposition.

En chantant la survenue de l’âge de la social-démocratie en France, amoureuse des entreprises, et prête à faire en sorte que l’économie reparte grâce une stimulation des entreprises mais dans la justice sociale, en nommant Valls, le chantre de cette tendance, et en faisant voter une loi Macron qui permet de dire « nous avons fait des réformes de droite que vous n’auriez même pas envisagé de faire », Hollande considère qu’il tient son élection.

L’important, c’est de ne pas toucher aux corporations qui peuvent faire mal : les syndicats de la fonction publique et du secteur nationalisé.

Et l'économie, c’est-à-dire la prospérité à long terme du pays, dans tout cela ?

La question devient : les schémas électoralistes, évidents, ont-ils un contenu économique sérieux et utile ?

Doit-on considérer qu'avoir renvoyé sur les entreprises la responsabilité du chômage avec un "pacte de responsabilité" insignifiant et montrer sa bonne volonté réformatrice avec une loi Macron tout aussi insignifiante, il a fait son devoir ? Naturellement, en refusant toute réforme de structure, il met l'opposition dans l'obligation de les annoncer, donc de prendre le risque d'inquiéter des clientèles. Mais ces réformes de structure, n’étaient-elles pas indispensables ?

Il est bien clair que l’équipe Hollande se moque de la réponse économique car il pense que la posture politique suffira pour être réélu. Hollande croit au cycle. Il sait que la phase haute arrive. Rocard l’a connue ; Jospin l’a connue ; il la connaîtra, il en est sûr et il en voit les preuves dans les bonnes nouvelles statistiques qui s’accumulent. La seule inconnue est de savoir si elle durera jusqu’à l’élection. Jospin n’avait pas eu cette chance, ni Beregovoy.

Pour ceux que l’économie intéresse, la question est tout autre. Peut-on redresser un pays en fiscalisant à ce point les entrepreneurs tout en défiscalisant un peu les entreprises ? Cette schizophrénie a-t-elle un sens ?  Peut-on maintenir en vie un système dont le secteur public dépense plus que ce produit les entreprises du secteur marchand, simplement en rognant un peu sur les dépenses ?

La réponse est non.

Mais le jeu économique de Hollande est tactique et politique. L’important est exclusivement électoral et à court terme : 2017. Les Français ne sont pas économistes, ne s’intéressent pas au long terme. Une apparence de succès peut suffire. Une hausse même minime du PIB accompagné d’un reflux même léger du chômage, même s’il n’a rien à voir avec la politique menée et dépends entièrement de l’extérieur, peut suffire.

Comme le quinquennat de Sarkozy, celui de Hollande aura été entièrement calculé en vue de la réélection pour un second mandat et guidé par des ambitions égotistes sans intérêt pour qui n'est pas partie prenante à la coterie présidentielle.

La campagne de 2017 sera entièrement livrée sur des thèmes politiques offensants pour « la droite honnie de l'immonde Sarkozy », et défensifs pour la clientèle de fonctionnaires et d'immigrés, tout en valorisant au maximum les avancées sociétales. Il sera facile d’inquiéter les Français avec les projets de réforme plus ou moins radicale portés par la droite.

Pour Hollande, l’affaire est dans le sac. Il a gagné. Il en rigole du matin au soir. Il en jouit. Il savoure déjà le retournement de la presse à son égard et son plan com’ est prêt qui intégrera sa dernière conquête, sa Carlita à lui.

Les besoins d’une prospérité économique durable seront escamotés une fois de plus, noyés dans les "cadeaux au peuple", "l'achat de vote" et les "opérations-image".

La seule perspective économique évoquée par le candidat hollande en 2012 était la réforme de la politique dépressionnaire de l'Europe. C'était un leurre vulgaire et on a vu ce qu'il en est advenu. On peut se demander s'il y aura seulement même un leurre économique en 2017. Le plus probable est que l'économie sera totalement évacuée, comme d’habitude, surtout si le rebond conjoncturel de fin de cycle perdure jusque là.  

Et les beaux esprits continueront d’expliquer que l’économisme a gangrené le débat politique, alors que l’économie l’aura déserté une fois de plus !

Dommage !  

Grèce : Zeus aveugle ceux qu’il veut perdre.

Tout est bancal dans l’affaire grecque.

Première anomalie : que vient faire le président de l’Union Européenne dans toute cette affaire ?  Les traités ne disent rien sur son rôle dans la gestion du surendettement des pays membres.

Seconde anomalie : s’agissant d’un pays de la zone Euro, où des règles existent qui interdisent à un Etat de dépasser 60% d’endettement public et 3% de déficits budgétaires,  règles qui sont  violées par certains membres importants et depuis longtemps,  où sont les instances de régulation spécifiques de la zone Euro ? Cette anomalie explique la première.

Troisième anomalie : que vient faire le FMI dans cette galère ? Il est destiné à aider un pays en manque de devises pour lui permettre de retrouver sa place dans le commerce international.  A l’intérieur de la zone Euro,  il n’a pas réellement de rôle institutionnel.

Quatrième anomalie : les traités interdisent à la BCE d’aider les Etats et la banque centrale est sur-engagée vis-à-vis de la Grèce. Et elle est le principal acteur dans le bras de fer en cours.  Ses émissions de monnaie sans limite permettent à la fois de parer les conséquences d’une sortie de la Grèce et de déclencher une chute successive de dominos, et de menacer de ruiner en un instant les banques grecques.

Du fait de cette création monétaire illimitée, les intervenants dans les médias surjouent inlassablement de l’idée qu’un Grexit ne serait finalement pas important.  Cela ressemble aux communiqués de guerre qui expliquent les défaites par des retraites stratégiques hautement pensées par le commandement, avant la magnifique contre offensive.

En un mot on nous explique que la BCE serait capable de sauver sans difficulté les 98% de la zone Euro en laissant tomber les 2% que représente la Grèce.

Pauvres Grecs qui ne savent plus où ils sont. Ils ont vidés leurs comptes en banque pour sécuriser leur épargne ailleurs. 

Le secteur public grec, organisé autour de familles, de clans, de villages, s’était gobergé d’une façon ridicule ; il s’aperçoit soudain qu’il dépend de l’économie la plus basique. Il a pris le pouvoir politique avec Tsipras. Mais ce dernier ne peut plus le payer. Alors il pense tous à ruiner les créanciers.  Qu’importe la faillite pourvu qu’on ait l’ivresse publique !  Toput rapport avec la situation française ne saurait être qu’une coîncidence !

 Les plus sages des Grecs savent qu’ils ont été trop loin et qu’on les emmène n’importe où.  Quand les bornes sont passées, il n’y a plus de limites.  Tous les talents qui le peuvent partent ou sont partis. Le petit commerce fait le dos rond et attend les touristes en résistant au fisc. Les immigrants clandestins arrivent  en masse.  Les tensions montent.

L’interdiction d’interdire tous les mouvements d’hommes, de marchandises et de capitaux  rend tout incontrôlable. Le non voulu et le non souhaitable l’emportent sans freins. Le gouvernement grec est impuissant.  En plus il a le front bas.  Michel Jobert  prétendait qu’un ministre des affaires étrangères ne choisissant pas ses interlocuteurs, il fallait qu’il s’attende à dialoguer avec de tristes figures . Il devait penser à Tsipras et Varouflakis, petites frappes politiciennes dignes  du Kosovo ou de l’Albanie.

Le plus grotesque est  la prétention de Varouflakis de mettre ses connaissances en théorie des jeux  au service d’un chantage qu’il pense réussir. Il n’a pas compris que ses propos de voyous  n’ont rien à voir avec la théorie des jeux et beaucoup avec la forfanterie  du débile.

 Si la Grèce sort de l’Euro, la zone euro sera réellement menacée. Le Portugal et surtout l’Espagne et la France passeront en première ligne.  Le risque est désormais réel à court terme.  Le projet européen tout entier sera en grand danger d’effilochage généralisé.  La BCE a certainement solidifié le jeu de dominos mais tout cela est tellement hors normes et artificiel  que la solidité à moyen terme est loin d’être acquise.  Oui, Tsipras et ses androïds peuvent nuire sérieusement à la zone Euro.  Mais pas au point qu’un chantage extrémiste puisse réussir.  On est dans la théorie des jeux de c…

Ce n’est pas comme cela qu’il fallait s’y prendre.  La Grèce avait de quoi présenter un solide dossier sur les dommages créés par  l’organisation défectueuse de la zone Euro et les principes ineptes et dangereux de sa conception.  Lui avoir imposé la perte de 25% de son PIB  est à charge de l’Eurozone.  Il lui appartenait de faire valoir cette défaillance et de trouver, en Europe, des soutiens pour un changement radical d’organisation. Le chantage et les postures politiciennes extrêmes n’étaient pas nécessaires.  Rappelons qu’en 2011, il fallait 40 milliards pour « sauver la Grèce ».  Et maintenant la BCE émet plus de 1.000 milliards d’Euros pour sauver l’Eurozone de la Grèce…  La débilité n’est pas qu’à Athènes.

Une occasion de rappeler certains principes :

-  On ne gère pas une zone de monnaie unique entre Etats nominalement souverains avec seulement des règles juridiques malthusiennes. Il faut une instance spécifique de coordination. Un chancelier de la zone Euro.

-  Une banque centrale  ne peut pas être laissée seule à gérer la politique monétaire qui dépend de l’autorité politique. Si cette autorité n’existe pas et si la banque centrale n’a qu’un objectif de stabilité des prix, tout le monde finit par manger son chapeau et violer tous les traités.

-   La liberté  des mouvements de capitaux, de marchandises et de personnes doi toujours être canalisée pendant les périodes de crise.  

-         - Les instances européennes ont été conçues comme des organes hostiles aux Etats.  Elles récoltent désormais la monnaie de leur pièce : des petits Etats mal gérés qui leur sont hostiles et font du chantage. L’hostilité aux Etats finit toujours par tourner à l’hostilité entre les peuples.  Si l’Euro conduit à gérer les crises en effondrant les économies nationales, les peuples n’en voudront plus. 

- Le  schéma rooseveltien puis, plus généralement américain,  d’une Europe de nains  où les anciennes  grandes puissances seraient démantelées et phagocytées dans un ensemble de petits pays affidés, aboutit à une impasse. Surtout quand les nains sont malades.

- Le FMI était là pour aider, en système de changes fixes et révisables par concertation,  les pays en difficulté à rejoindre le peloton sans entrer en récession ouverte.  Il n’a plus aujourd’hui qu’un rôle de technicien de la camisole de force, ridicule et inefficace.  Comme déjà en Argentine.

Le désordre intellectuel associé au n’importe quoi institutionnel, pavé de bons sentiments à l’intérieur et borné par les mauvaises intentions  des autres à l’extérieur,  ne conduit jamais au bonheur des peuples.

Toute la pensée économique depuis 1929 était d’éviter les  dépressions économiques et voilà que la Grèce a perdu 25% de son PIB ! En attendant encore mieux des fronts bas qui dirigent actuellement le pays.

Une horreur ? Oui !  Mais surtout un scandale. On ne peut pas continuer à saccager la prospérité  en se contentant d’expédients gérés par des organisations bancales ou dévoyées, laissant les peuples meurtris à la merci de mesures à l’emporte pièce et de baratineurs enivrés par leur propre nullité. 

Européisme (Juncker)  et gauchardisme (Tsipras)  sont face à face. Deux vides arrogants s'attirent et se répulsent.  Ils sont les deux noms d'un même désastre.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile

Economie et politique (1): Les Républicains

Cette période de mou, entre deux échéances électorales régionales,  et avant le galop final de l’élection présidentiel le, permet de mieux souligner certains aspects des rapports entre économie  et politique.

Vérifions le d’abord avec le cas Sarkozy. Un second article évoquera  le cas Hollande.

Que Nicolas Sarkozy soit capable de développer une stratégie et une tactique, il l’avait démontré de façon flamboyante lors de la campagne électorale contre Ségolène Royal et dans la conception de son quinquennat.

Les Français avait découvert en 2006, 2007, un Sarkozy extrêmement bien préparé, avec une ligne électorale très pensée par ses communicants et ses analystes politiques.  La rupture en toile de fond, par rapport « au roi fainéant » et au « nini ».  « Travailler plus pour gagner plus »  pour séduire les masses.  Et de la sueur, beaucoup de sueur. Nicolas Sarkozy n’hésite pas à « mouiller le maillot ».  Il l’avait emporté facilement contre une candidate socialiste à la fois inclassable et caricaturale qui n’avait d’autre argument que son genre et d’autre support que son propre culot.

Une fois le Président élu, les Français  ont été les spectateurs d’une comédie politique qui n’était pas exactement celle à laquelle ils s’attendaient :

-          Volonté stratégique de ne pas faire descendre dans la rue les forces  syndicales et les mouvements de jeunes : accord avec la CGT, mesures édulcorées, etc.  Adieu la rupture !

-          Volonté stratégique de rallier des socialistes en déshérence (DSK au FMI et une demi douzaine de socialistes au gouvernement) afin d’affaiblir l’adversaire.  L’ouverture à gauche n’avait pas été annoncée pendant la campagne.

-          Volonté stratégique  de ne heurter personne dans le mouvement européiste ni dans le camp atlantiste

-          Planification tactique de lois-prétextes permettant de couvrir tout le champ de la future élection  présidentielle

  • Traité de Lisbonne
  • Retour dans l’Otan
  • Grenelle de l’environnement
  • RSA

-          Concession tactique au politiquement  correct : choix de nombreuses femmes  au gouvernement avec des exemples de diversité (Rama Yade, Rachida Dati, Fadela Amara, etc.), multiplication de reconnaissances de « droits à »  et même de « droits opposables à », comme pour le logement ; suppression de la « double peine » ; organisation plus ou moins approximative du « culte musulman ».    

Bien sûr il fallait donner un minimum de gages à l’électorat de droite.  Des réformes partielles vont être faites qui iront suffisamment peu loin pour ne brusquer personne.

-          L’ISF est plafonné mais pas supprimé. L’idée d’un chèque de remboursement du trop perçu « aux riches » est totalement absurde et la clientèle attendait la suppression de l’ISF. Mais «On a touché au symbole. Hein ! »

-          Le droit de grève est amendé dans les transports pour permettre un minimum de transport en commun.  Mais  les contraintes pour les syndicats sont légères et facilement tournées.

-          La restauration voit sa TVA baissée. Mais la mesure est démagogique et n’a pas d’impact.  En revanche on a raté le tournant de la TVA sociale.

-          La carte judiciaire est simplifiée mais les conditions acceptées en font une réforme très coûteuse.

-          Le régime spécial de certaines entreprises publiques est rapproché de celui des fonctionnaires.  Mais les grands abus ne sont pas corrigées et les mesures d’accompagnement sont coûteuse s aussi bien à court terme  que sur les principes (prise en compte de la « pénibilité » pour les retraites. Transfert du régime de l’EDF GDF sur les autres régimes). En revanche le privé  voit ses retraites rognées et la date de départ à taux plein éloignée dans le futur.

-          RGPP pour diminuer la dépense publique : on demande à des fonctionnaires de s’auto réguler sans redéfinir les misions et le cadre de l’Etat. Les réductions seront presque symboliques (entre 2 et 4 milliards sur 1 250 milliards…).  Le remplacement d’un fonctionnaire sur deux est plus efficace mais il est indiscriminé et vaut surtout aux fonctionnaires des finances des hausses de salaires improbables.

-          Détaxation et exonération fiscale des heures supplémentaires : mesure démagogique d’achat de vote populaire, mais incapable de relancer l’activité, tout en créant des trous dans les comptes publics. Il est vrai que l’on prétend avoir ainsi mis fin aux 35 heures…

Autre élément tactique, Nicolas Sarkozy théorise le fait qu’une inondation d’annonces de réformes  dans tous les azimuts musèle l’opposition et permet de saturer les médias. Qu’elles soient suivies d’effets ou non ne paraît pas critique.  L’important est d’assurer la prééminence de la Présidence et l’omniprésence de son chef.  On dévalorise de ce fait l’action du Premier Ministre, réduit au rôle de « collaborateur ».  Fillon avait des envies réformatrices autrement plus radicales et pensait réellement à des ruptures. Il est mis au pas. En refusant de démissionner et  de porter ce message, il se tue politiquement mais il mettra du temps à s’en rendre compte. Il pense encore qu’il tiendra sa revanche en dû temps et que sa loyauté comptera.  

Jusqu’à l’été 2008, Nicolas Sarkozy peut se réjouir de son savoir faire.  Ses déboires conjugaux  et son remariage avec une starlette ne sont pas du goût des Français, pas plus que son envie de placer son fils à la tête de l’Epad.  Mais il a été élu Président de la République Française, ce qui l’enivre.  Son plan fonctionne à merveille. L’opposition socialiste est asphyxiée. Le FN a vu sa clientèle voter en masse pour lui. Il n’a pas eu de vraie opposition dans la rue.  La Presse est plutôt bonne fille même s’il commence à agacer. Il parade tous azimuts  et va pouvoir se lancer dans la politique étrangère agressive avec Bernard Henri Levy et Bernard Kouchner.

Et l’économie dans tout cela ? Et Bruxelles et les contraintes de l’Euro ?

La réponse est claire : on s’en fout ! Les taux d’intérêts sont au plus bas. On est dans la phase de haute conjoncture du cycle. Bien sûr elle est ridiculement basse par rapport à ses devancières.  Mais c’est tout de même mieux que du temps de Chirac et de la fin du quinquennat de Jospin.  L’endettement s’est accéléré. Les remontrances de Bruxelles sont purement et simplement ignorées, comme du temps, où, Ministre des Finances, Nicolas Sarkozy se moquaient des contraintes «absurdes » du Traité  de Maastricht.  Les Européistes ont eu le traité de Lisbonne, alors qu’ils s’en contentent.

Les folies spéculatives qui marquent les années 2007 et 2008 ne sont pas prises en compte. Après tout DSK dit que tout va mieux et que l’atterrissage a eu lieu de façon confortable.  L’endettement public et privé s’aggravent au point que les 400% de dettes par rapport au PIB sont dépassés.  Pas de réaction.  La compétitivité des entreprises est trop basse ? Pas de réaction.  Les banques sont gonflées comme des outres de crédits aventurées ? Pas de réaction. Si : un conseiller présidentiel passe à la tête d’une banque qu’il a contribué à façonner.  L’entre soi et le mélange des genres entre politique, administration et finance n’a jamais été plus fertile. 

L’économie prend sa revanche. Comme nous en avions averti le candidat dès 2006, une crise terrible frappe le monde, prenant totalement à revers et la tactique et la stratégie de Nicolas Sarkozy. Il tentera de dominer la situation à l’aide de ses « spin’s doctors », dénonçant la finance, promouvant le G20, mettant au pas le Grèce,  et finalement mettant sa signature au bas du traité Merkel-Sarkozy, alors qu’il est en position de faiblesse. Tous les comptes de la France dérapent.  La dette et  le chômage s’envolent.  Suivant les recommandations des fonctionnaires des Finances, il se résout à des augmentations massives d’impôts visant « les riches ».  L’idée est de se présenter en garant des classes populaires. 

La guerre en Lybie, suivant la libération rocambolesque des infirmières bulgares et une réception ridicule de Khadafi  ne peuvent pas faire oublier  le désastre économique non anticipée.

Lors qu’il se présente à la présidentielle, Nicolas Sarkozy croit devoir reprendre sa stratégie initiale : il s’est bordé de toute part et croit pouvoir compter sur ses clientèles.  Il se présente quasiment en vrai socialiste qui a frappé les riches et maintenu le pouvoir d’achat des plus faibles.  Il a fait son devoir politiquement correct. Il a fait son devoir écologique.  Il a fait son devoir humanitaire en Lybie. Il a fait son devoir européen avec le traité de Lisbonne.  Il a fait son devoir social avec le RSA.  Il a fait son devoir vis-à-vis des petits salariés  avec les heures sup défiscalisées.

Il n’a pas vraiment vu qu’il était tourné sur sa droite par la famille Le Pen qui démontre sans difficulté qu’il n’a rien fait contre l’immigration de masse, que l’insécurité a augmenté, notamment depuis qu’il a demandé la suppression de l’exécution des peines de moins de deux ans fermes,  L’attentat de Toulouse par un fanatique nommé Merah liquide sa prétention à avoir restauré la sécurité. L’annonce d’une taxation à 75% des riches par son concurrent  fait litière de son désir de passer plus à gauche que la gauche elle-même.  C’était bien la peine de faire honorer Guy Moquet dans les écoles !

L’économie a pris sa revanche : les résultats sont dramatiques et comptés à charge. Si un représentant de la droite est même incapable de maîtriser les  activités économiques, à quoi sert la droite ?  On note qu’une grande partie de la dette ne provient pas de la crise elle-même mais  de son laxisme dans ce domaine : les baisses d’impôts n’ont pas été gagées sur des baisses de dépenses publiques de même valeur.

Sa campagne patinant face à Hollande, il est obligé de changer de cap en cours de route, ce qui est le plus souvent catastrophique. Et il perd, après avoir couru comme un dératé après les électeurs favorables aux thèmes  exploités par la famille Le Pen.

La réduction dans les sondages de son retard sur Hollande est généralement mise sur le compte de ce changement de cap.  En fait Nicolas Sarkozy apparait extrêmement fatigué.  Il est terrassé par les anaphores du candidat socialiste  lors d’un débat où il parait décalé, en retrait, dépassé.

Il perd.

Il annonce qu’il se retire de la vie politique mais n’y renonce pas. 

Dans pratiquement toutes les autres démocraties,  un leader qui a échoué ou fait son temps, s’écarte de la politique, pour laisser le soin à son parti de faire le bilan de l’échec, en tirer les conséquences et présenter une nouvelle approche incarnée par un nouveau leader.  Pas en France où l’échec n’est qu’une temporaire traversée du désert avant retour triomphal.

Avec l’aide du peu scrupuleux J. F. Copé, il empêche :

-          Tout débat sur son quinquennat.  Toute remise en cause par qui que ce soit est une « trahison ».

-          L’élection de M. Fillon à la tête du parti, qui a choisi de se désolidariser partiellement des mesures prises par N. Sarkozy  tout en proposant la rupture qu’il préconisait en 2007 et qu’il a été empêché de mettre en œuvre. 

Dans l’affaire Copé perd sa réputation et Fillon rate le coche.

Le champ est libre pour un retour  de Nicolas Sarkozy, même si c’est à l’occasion de la démission de Copé suite à l’affaire Bygmalion qui montre une phénoménale capacité de malhonnêteté dans le clan sarkoziste.

Après avoir soigné sa popularité à l’occasion des récitals de son épouse, où il s’est fait applaudir à proportion des erreurs de F. Hollande,  il gagne l’élection à la présidence de l’UMP.

On découvre un N. Sarkozy qui, comme en 2006, a travaillé en profondeur avec ses communicants le schéma tactique de son retour.

Le changement de nom du parti en Les Républicains est plutôt bien joué. Il permet de sortir les Le Pen du champ de la république et de  renvoyer le PS à un socialisme anti national et anti économique.  C’est un concept qui se « décline » bien ; une réussite obligatoire pour les tenants de  la politique spectacle.

Le slogan de campagne : « la société de confiance », est également bien trouvé. Qu’est-ce que le FN sinon un parti de la défiance vis-à-vis de toute le monde. Quant au PS il a tellement peur des relations bilatérales entre les membres de la société qu’il a bloqué toutes les possibilités de « contrat libre».  Le patron, l’employeur, le banquier, le vendeur, le propriétaire, le syndic sont toujours des voyous qui abusent de leur position dominante.  La loi remplace la confiance.

Le slogan se décline à nouveau très bien aussi bien contre les socialistes et contre l’extrême droite.

De même la tactique est bien rodée. Contrairement aux analystes des journaux qui considéraient qu’il se diminuait en devenant le chef d’un parti, alors qu’il était le Président de tous les Français, il sait que de cette forteresse réorganisée, il peut lancer tous ses raids.  Les succès électoraux lui sont comptés à bénéfice. Ils s’enchaînent à proportion des échecs socialistes.  Ses concurrents internes sont marginalisés, malgré les appels à des primaires « ouvertes ».

Il est le leader de l’opposition.  Il le fait savoir en tapant fort sur la personne du Président de la République socialiste, « démagogue, menteur, indigne, incapable, manipulateur ».  

La suite est parfaitement préparée:

-          Tout débat interne sur le bilan est rendu impossible : il faut se mobiliser tous les semestres pour gagner une nouvelle bataille électorale : unité, unité !

-          Les bases programmatiques seront l’affaire du parti qui dégagera les grands axes des actions à mener en dû temps.  Inutile d’endosser soi même les mesures ingrates qu’il faudra bien prendre.

-          La primaire sera escamotée grâce à l’emprise assurée sur le parti.  En termes d’image que comptent Fillon et  Lemaire ? Ils se posent en s’opposant. Mais ils ne peuvent atteindre la majorité contre Sarkozy.  Juppé est plus coriace. Mais il est plus populaire dans l’opinion publique que dans les rangs de s Républicains qui l’ont copieusement sifflés à chaque occasion et qui continueront.  A chaque fois qu’il sera amené à se découvrir il lui faudra soit se durcir à droite soit avouer une sympathie centriste. Dans tous les cas, il perdra des points. De ce point de vue,  la primaire favorise N. Sarkozy. 

-          Soyons sûrs que les communicants ont déjà rodé les thèmes de campagne du futur candidat des républicains et que comme en 2007, il sera prêt.

Face à une telle machine, désormais incrustée dans le parti, il n’y a plus d’oxygène pour des concurrents.

Et l’économie dans tout cela ? Nulle part, comme en 2007.

Avec Chirac et son nini, la rupture était un thème porteur, d’autant plus que Sarkozy avait réussi à se sortir de tous les pièges politiques semés sous ses pieds par le Président vieillissant et malade.  

Avec Hollande, ce n’est même pas nécessaire. La catastrophe économique et sociale est telle qu’elle plaide sans qu’il soit besoin d’insister.  Mettre en avant des réformes courageuses,  mais politiquement coûteuses,  est inutile. C’est entrer dans le jeu de Hollande : « regardez,  je vous ai prémuni du mal qu’ils veulent vous faire ! »

Ce sera donc un combat politique et éventuellement politicien. Mais aucune des grandes tares qui grèvent l’économie mondiale, l’économie européenne et l’économie française ne sera prise à bras le corps.  Ce qui laisse présager un quinquennat ultérieur en cas de victoire parfaitement  opportuniste.

Qu’est-ce qui peut enrayer cette machine ? Les juges et seulement les juges. Si cela arrive cela laissera Les Républicains dans  une telle panade qu’il est peu probable que cela serve les autres candidats potentiels.

Nicolas a préempté la droite  et s’il doit chuter avant le round décisif,  il aura tué la droite.  

La seule solution serait pour un Fillon, par exemple, de sortir du parti sarkozyste, expliquer pourquoi et se placer en recours, tout en approfondissant  ce que pourrait être une politique de salut public pour la France.  Mais François Fillon n’aime pas  trop « mouiller sa chemise », animer des réseaux, s’emparer du champ médiatique, faire chauffer les militants, donner confiance à un groupe d’affidés prêts à prendre le pouvoir avec lui. Il craint de passer pour un « diviseur ». Alors qu’il devrait se mettre en retrait et façonner une image publique de reconstructeur d’une Vème République digne et prospère.  

Juppé, âgé et prisonnier de son alliance avec Bayrou, qui a fait élire Hollande,  ne peut pas emporter les primaires, même très ouvertes.  Le souvenir de son compagnonnage avec Rocard,  de son coup de matraque fiscal de  95, du déplafonnement de l’ISF, présenté comme une mesure socialiste aussi excellente que le RMI et que « nous aurions du proposer nous-mêmes » (sic) , est trop fort pour qu’il réussisse à mobiliser la droite. La gauche ne sera pas plus séduite.

Ce qui frappe, c’est l’absence totale de l’économie, de ses besoins, des réformes fondamentales attendues dans les discours et dans les thèmes. Tous les positionnements ne sont que politiques, voire égotistes.

Personne n’incarne à droite une politique réelle de redressement crédible dans un cadre qui permette à la fois de briser la tactique socialiste et de mobiliser les Français.

Globalement la France et particulièrement les classes qui soutiennent traditionnellement la droite,  veulent savoir comment on sort de la crise, de l’hyper fiscalité, des dettes irrécouvrables, du chômage de masse, de l’envahissement du pays par des solliciteurs, de l’abaissement constant du pays et du recul de sa place dans le monde.  Elle veut qu’on lui parle du monde, qui l’agresse, de l’Europe, qui est en pleine dérive,  d’elle-même qui ne se reconnait plus dans le fanatisme niveleur  et culpabilisant pratiqué par les idéologues socialistes. Et leurs innombrables relais dans les médias.

Elle considère avec une majorité écrasante que la droite n’aurait guère fait mieux que les socialistes.  La France est-elle encore libre  et indépendante ? Elle n’a plus de voix dans les instances mondiales  et les représentants français au FMI sont des toutous de la politique américaine. Elle n’est plus rien dans les instances de l’union Européenne où la marginalisation au profit d’une part des petits pays et d’autres part des cours de justice  s’est aggravé. Son économie est ouverte à tout vent.  Son Etat obèse est perclus de dettes impossibles à amortir. Sa fiscalité a fait fuir les actifs et une grande partie des fortunes.

Le président omnipotent, voulu par De Gaulle,  n’est-il finalement qu’un fantoche qui vit une expérience personnelle gratifiante pour lui-même et indifférente aux pays,  et rien d’autre ?

Le drame de la France  est justement dans ce soupçon : si la candidature de Sarkozy est simplement un exercice narcissique, fille une fois de plus du « complexe de Zorro » diagnostiqué par Claude Allègre,  par lequel  il veut prouver que , le premier, il sera parvenu à revenir au pouvoir suprême après un échec, les Français n’ont ont rien à faire et en cas de succès, ils se sentiront floués, une fois de plus.  

Alain Juppé est un énarque, cumulard qui plus est.  Il ne fera rien pour reconstruire un Etat où l’administration ne capte pas et le revenu et une grande partie de la fortune des Français. Il n’a strictement aucun programme économique. Il n’a même pas, comme Sarkozy, une équipe de communicants capable de lui construire  « une histoire à raconter ». Pas de parti ; pas de slogans. Une simple image  de dignité et d’ouverture au centre. C’est beaucoup et très peu à la fois.

Bruno Lemaire est un candidat estimable. Il « mouille la chemise » et n’hésite pas à faire de la politique. Il a démissionné de la fonction publique. Il a pris ses risques et brulé ses vaisseaux.  Mais ici encore le fond économique manque.  

Alors les orphelins cherchent une alternative avec Lagarde, qui est au FMI. Elle se fait prendre de belles photographies sur papier glacé. Depuis que le FMI a trahi son rôle statutaire, qui n’est possible que si les changes flottants disparaissent,  l’endroit est devenu une pépinière pour candidats présidentiels avec une fortune diverse. La stratégie de la présidente du Fmi  flotte comme un bouchon entre les exigences du maître américain et le soutien abusif à l’Europe, comme père fouettard de la Grèce, qu’a voulu DSK, en violation des règles du FMI et à la grande colère de certains de ses membres.

Des photos photoshopées dans les revues sur papier glacé ne font pas une réelle perspective nationale, surtout lorsqu’on a accepté d’endosser l’arbitrage Tapie qui est largement contesté par la Justice et peu porteur d’une image de sagacité vigilante.

Alors quelle solution, pour la droite, qui permette de prendre à bras le corps les grands défis de restructuration et de réorganisation  qui concernent le monde, l’Union Européenne, la zone Euro et la France et permette d’envisager la fin du saccage économique  que nous subissons inlassablement depuis quarante ans ?

Des ateliers thématiques formant le socle des réformes nécessaires, chaque prétendant aux primaires ajoutant sel et poivre ?  Les votants aux primaires choisiront-ils les inflexions de programmes ou l’aura des candidats ?  

Croit-on que les candidats vont vraiment s’opposer sur la conduite à tenir vis-à-vis de l’Union Européenne, vis-à-vis de la zone Euro, vis-à-vis de la CEDH, vis-à-vis de l’organisation mondiale des monnaies,  vis-à-vis des trois libertés de mouvements (capitaux, marchandises et personnes).  Croit-on qu’ils annonceront une reconstruction dure de l’Etat moloch ?

Tous s’attendent à une bataille d’images qui s’enchaînera avec une campagne nationale identique à la précédente,  basée sur les cadeaux au peuple et l’agitation des bas instincts.

L’économie n’apparaîtra que façon symbolique,  accusatoire et incantatoire.    

Dommage.

L'étrange malédiction de Valéry Giscard d'Estaing

L'élection présidentielle au suffrage universel, voulu par De Gaulle et votée par les Français met sur le pavois des personnalités dont la psychologie et la compétence deviennent cruciales pour le pays. De Gaulle était un pragmatique capable de faire table rase et de construire une pensée longue et coordonnée, source d'une action réfléchie poursuivie dans la durée. L'inspiration de base était que la France n'était pas tout à fait rien et qu'il fallait la maintenir au plus haut de son influence possible. Il a défini un cadre institutionnel qui dure encore près de 50 ans après sa mort, et les grands axes de sa politique étrangère restent sous-jacents même s'ils s'estompent peu à peu. Son déficit personnel tient à son étatisme militant. Il a largement préparé l'émergence de l'Enarchie. Mais elle n'était pas compassionnelle. Il faudra l'arrivée de Pompidou pour infléchir l'orientation générale vers une plus grande importance de l'économie privée.

Après ces deux premiers présidents, la quasi-totalité des élus au poste présidentiel seront des habiles manœuvriers politiques et des ambitieux narcissiques tout heureux de se retrouver sur le pavois.

Valéry Giscard d'Estaing a été le premier de la liste des politiciens madrés et blanchis sous le harnais qui ont réussi à obtenir leur Graal personnel. Sa longévité politique est tout à fait étonnante. Il porte le chapeau d'Edgard Faure dès les années cinquante et se retrouve en 2015 (65 ans après, tout de même) à donner des conseils écoutés pour l'avenir de l'Europe. À part la Reine d'Angleterre, qui a d'autres soutiens institutionnels, personne n'a fait mieux. Il s'agit bien d'un phénomène politique. Il est malheureusement affecté d'une malédiction étrange. Tout ce que ce président a signé s'est retourné au point qu'il en est venu à dénoncer lui-même toutes les conséquences perverses des décisions qu'il a prises.

Il a voulu adopter la législation du pays à ce qu'il voyait comme l'évolution des mœurs et il a préparé la mort du mariage traditionnel, en mettant fin aux mesures qui freinaient l'adultère et en facilitant le divorce. À la fin de ce processus, il a regretté que le mariage ait perdu de sa fonction sociale fondamentale.

Il a signé les Accords de la Jamaïque qui actaient la fin des politiques de changes coordonnées et l'abandon des disciplines de balances commerciales et de paiements. Ces mesures ont été la base légale de la création d'une économie baudruche qui a fini par exploser. Aux grands regrets de VGE qui considère désormais que l'instabilité générale est dommageable à la prospérité.

Il a promu l'élection du Parlement européen au suffrage universel, donnant un vernis démocratique à la construction bureaucratique qu'était la CEE. Beaucoup d'observateurs avaient considéré que cette décision marquait le début d'un processus de dissolution de l'influence française perdue dans la masse des populations de petits pays. Gulliver a créé lui-même les liens qui l'ont enserré. VGE affirme maintenant que le Parlement a violé les règles et trahit l'Europe en abusant de son pouvoir pour imposer le président de le l'UE.

Il a mis fin à l'émigration de travail mais en mettant en marche le regroupement familial. Ce faisant il a imposé aux "commuters" qui faisaient l'essuie-glace entre le Maghreb et la France de s'installer. Un peu plus tard, il dénoncera "l'invasion" des immigrés.

Il a mis fin à la possibilité pour la Banque de France de financer directement l'Etat, rendant le seigneuriage aux banques et en privant l'Etat. Il regrette aujourd'hui que les règles de l'Europe basées sur le même principe empêchent de sortir certains états de la crise de la dette où ils sont enfermés.

Il a constamment voulu aller vers un couple Franco-Allemand, sorte de Directoire de l'Europe. À la fin l'Allemagne fait ce qu'elle veut et ne tient en rien compte de ce que veut la France. On a promu un Etat mis à l'index de l'Europe après les crimes atroces du nazisme, qui, depuis la réunification, mène une politique nationale contraire aux intérêts fondamentaux de l'Europe.

Il a milité pour l'Euro, annonçant partout qu'une monnaie unique était la seule possible et qu'il fallait en finir avec l'idée d'une monnaie commune. Il regrette aujourd'hui l'état économique lamentable de la zone.

Par un effet pervers étonnant tout ce qu'il a prôné est devenu pour lui un objet de douleur.

Les Français ont voté contre son projet de Constitution. VGE ne sera pas le Père fondateur de l'Europe fédérale, même si Sarkozy l'a fait voter par le Parlement dans une version identique sans le nom de Constitution, tout à fait abusif. Les résultats ne sont pas fameux. VGE s'en insurge. Trop de Commissaires, pas assez de subsidiarité, trop de pays, trop différents. Tout cela est exact.

La solution de VGE : Europe. On fond l'ensemble franco allemand en une seule entité. Les Français ne le veulent pas. Et VGE, quand il aura 120 ans, nous expliquera sans doute que cette nouvelle institution, comme les précédentes, s'est retournée contre l'intérêt national. L'ennui, c'est qu'il n'y aura plus de France !

Bien sûr on peut ricaner de certains travers de VGE. Une forme de fatuité, les déjeuners à l'Elysées avec les éboueurs, les dîners en ville dans le bas peuple, l'imitation ridicule de la communication à l'américaine, avec son épouse en pot de fleurs distingué lors des vœux, sa sortie grotesque après sa défaite aux présidentielles de 81, son afféterie à affirmer qu'il a couché avec Diana,

Il est sans doute plus juste de remarquer que par tempérament politique, VGE a cru qu'il pourrait enfourcher le politiquement correct sans avoir une vision propre et réfléchie des buts de son pouvoir. Il a cédé à l'esprit du temps parce qu'il y voyait sans doute un "progrès", facile à vendre politiquement, puisque cela était congruent avec l'idée qu'il se faisait de son image "jeune et moderne". La phrase qui lui a fait gagner son combat contre Mitterrand en 1974 (vous n'avez pas le monopole du cœur) est malheureusement la clé de son échec. Il aura prouvé que glisser sur la pente du politiquement correct avec le cœur en bandoulière était plutôt dangereux pour la nation et que la com' ait finalement contre-productive, même si elle est compassionnelle. S'exhiber à ski sur les pentes ensoleillées. de Courchevel ne l'a pas empêché de prendre une gamelle électorale. Le résultat aura été un septennat fiscal, où toutes les tendances qui sont à l'origine des difficultés actuelles ont été favorisées.

Malheureusement, tous les présidents suivants ont choisi plus ou moins la formule "giscard". Habileté manœuvrière et politiquement correct, nappés de fiscalité.

Mitterrand était, par nature, un ambitieux narcissique et, par vice, un pourrisseur. Ses deux mandats ont affaibli la France aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. Il a porté l'Etat fiscal à son plus haut et la France à son plus bas.

Chirac, que l'on déguisait en "fasciste" dans les années soixante-dix, s'est révélé un bel animal politique. Une fois au pouvoir il s’est lové dans une attitude de ni ni, qui revenait à laisser la France glisser sur la pente du déclin et du politiquement correct émollient.

Sarkozy défendra une attitude pro américaine presque aussi caricaturale que celle de Lecanuet, tout en sombrant dans l'électoralisme de bas étage et la soumission au politiquement correct. Lui aussi est un animal politique. Toute coïncidence avec l'intérêt national ne serait qu'une coïncidence. Il aura prouvé qu'en ne prenant de mesures qu'en vue de sa réélection, on pouvait la perdre. On attend toujours une vision construite de l'avenir du pays.

Hollande a copié Sarkozy en prétendant reprendre les habits de Mitterrand. Ici aussi, il ne s'agit que d'une aventure individuelle qui fait de lui un Lou Ravi de la fonction. Il ne la mérite pas mais il en jouit sans entraves. Le pays ? Quel pays ? L'élection, voilà le Graal et l'unique objet de mes pensées et actions. Il a simplement abaissé le débat au niveau le plus bas : les cadeaux aux peuples. "Maintenant je distribue ; c'est pas cher c'est l'Etat qui paie. Je les aurais à la "tchatche", tous ces c… qui voteront pour moi".

On se prépare à un nouvel affrontement entre Foutriquet et Bidochon, sur fond de manœuvres de communication, d'opérations images, de démagogie suintante et de politiquement correct majestueux, agrémenté de croche-pieds judiciaires ou autres.

Ne faudrait-il pas plutôt mettre fin à la parenthèse tragique ouverte avec l'élection de VGE. Plutôt que de mettre en cause le principe de l'élection présidentielle, ne faut-il pas promouvoir un homme et une équipe capable de reconstruire le pays sur des bases un peu sérieuses. Tout est à reconstruire :

- l'organisation internationale, notamment dans le domaine des monnaies, de la finance et du commerce international.

- l'organisation occidentale avec une réforme de l'Otan et des relations transatlantiques

- l'organisation européenne, qui doit cesser de desservir les nations.

- l'organisation de la zone euro qui doit sortir d'un système dépressionnaire structurel

- l'organisation publique de la France, avec la séparation du pouvoir politique et du pouvoir administratif.

Il faut désormais un président constructeur. Pas un ludion qui suit les courants d'opinion et s'incline devant les pressons des tiers en les exploitant à des fins insignifiantes de carriérisme personnel.

Le dernier à avoir eu les épaules assez larges pour cette entreprise est le Général de Gaulle. Il serait peut-être temps d'installer à la tête du pays autre chose qu'un petit malin narcissique.

Il faudra qu'il conjure la "malédiction de Giscard", qui a frappé tous ses successeurs : obtenir des résultats contraires à tout ce qu'on espérait, en se laissant couler au fil du politiquement correct et de la communication politicienne de bas étage, en envoyant la France au tapis.

Une réforme radicale de l'école

L’école est comme l’Eglise. La hiérarchie est courte : le maître, le directeur et le ministre (le curé, l’évêque, le pape) ; Moins on touche aux dogmes mieux l’enseignement passe.

De même que Vatican II a envoyé l’église catholique dans un déclin profond, l’abandon de l’instruction publique, basée sur les disciplines et l’effort, en vue de fournir le minimum de connaissances nécessaires à tous, tout en dégageant une élite indispensable à la nation, au profit d’une éducation nationale, qui n’a plus rien de national, qui n’a jamais éduqué, qui refuse de sélectionner au nom de l’égalité et de la fraternité et de sanctionner au nom des libertés, a lessivé une institution qui avait fait ses preuves depuis des lustres.

L’école comme l’église dépend de la qualité de sa piétaille. Le maître et le curé sont la  base fondamentale. L’Eglise a toujours su que le séminaire était la clé de voute de l’institution. On y sélectionnait les meilleurs, venus de la plèbe en général. L’ascenseur social fonctionnait dans les clochers. Il fallait des esprits éclairés pour sortir des ténèbres un peuple de catéchumènes constamment renouvelés et des dialecticiens efficaces pour lutter contre les attaques de l’intérieur et de l’extérieur.

Il faut des esprits assez subtils  pour expliquer comme Mgr Marty en son temps que l’Esprit Sain avait conduit les cardinaux à choisir un pape débile et mal portant pour permettre un peu plus tard de choisir un pape non italien !  Malgré tout, il vaut mieux ne pas changer de dogme lorsqu’on a fini de convaincre une classe de jeunes séminaristes que Jésus, Dieu et l’Esprit sain sont une même chose et que le premier a été enfanté par l’immaculée conception pratiquée sur Marie.

L’Eglise s’était emparée de l’enseignement. La République l’en a largement dessaisi. Elle a imité son modèle en prenant soin de former des instituteurs et des professeurs au meilleur niveau possible. L’école était sévère et son but était clair : les meilleurs passeront l’examen qui ouvre vers les études secondaires et supérieures ; les autres auront un certificat d’étude et se débrouilleront avec cela dans la vie active.  Comme l’Eglise, les instituteurs prenaient bien soin des meilleurs, quelle que soit leur origine sociale, pour leur faire prendre l’ascenseur républicain ; les premiers de la classe ont rarement été les rejetons de la haute. La statistique et le nombre veulent cela.

Faute de bible et de saintes écritures, l’école républicaine s’est fondée sur la nation, ses hommes illustres, ses auteurs remarquables. Les Lumières étaient son socle comme la Lumère était celui de l’enseignement clérical.

Dans les deux systèmes la discipline et le respect étaient de rigueur. Personne n’était là pour rigoler. Personne n’était là pour arriver. Mais pour y arriver.   Ecrire sans pâté ; comprendre le sens des mots ; utiliser le mot juste, en élargissant son vocabulaire par l’étude et la lecture ; comprendre l’orthographe et la grammaire ; compter bien et compter vite ; réciter de mémoire ; résoudre des « problèmes » ; exposer correctement par écrit.

L’école républicaine comme l’Eglise savaient que les disciplines de l’esprit n’étaient pas tout, ni qu’elles étaient à la portée de tous. Elles en concluaient toutes deux que seuls les esprits aptes aux études devaient les poursuivre au-delà du niveau de base indispensable. Il s’agissait avant tout d’une école d’intellectuels. Que la société civile s’occupe des non intellectuels, homme d’affaire,  commerçants, artistes, artisans, paysans, marins, puis ouvriers.

L’une comme l’autre aussi savait qu’il fallait différencier  l’enseignement des filles et celui des garçons à partir de la puberté. Elles ne partaient pas de préjugés mais d’une réflexion élémentaire sur l’incompatibilité des études intellectuelles et des travaux pratiques sexuels.

Distinctions de genre et d’esprit permettaient des filières efficaces. Un enseignement est toujours coûteux. Inutile de le dispenser à qui ne peut en profiter à un bon rythme. Le don et le travail étaient tous deux chéris. Il ne fallait pas gâcher ses dons. Les bonnes graines devaient s’épanouir.

Pour qu’elles le fassent, il fallait les protéger. Le lycée était sinon une caserne au moins un lieu protégé qui enfermait moins qu’il n’évitait l’intrusion de l’extérieur.

Le baccalauréat était le passeport pour la vie active un peu ambitieuse. Seule une fraction s’engageait dans une vie universitaire qui avait pour but singulier de fournir des cadres de bons niveaux d’abord à l’enseignement  et à la Science, puis aux missions publiques : le droit, la santé.

Systèmes républicain  et clérical  étaient délicieusement coupés de toute préoccupation mercantile.  Les curés avaient fait vœux de pauvreté et les instituteurs ne gagnaient guère plus que la parentèle de leurs ouailles. Les professeurs, issus de l’enseignement supérieur et de l’agrégation, étaient des petits bourgeois et entendaient bien le rester. Proviseurs et inspecteurs du ministère comme les évêques se considéraient comme  une élite sociale.

Ce système a parfaitement fonctionné jusque dans les années cinquante. Sur une génération de 800.000 jeunes, presque tous parvenaient au certificat d’étude, permettant d’alimenter les écoles normales en solides futurs instituteurs. 80.000 passaient le bac et près de 8.000 achevaient des études supérieures, permettant de fournir un nombre adapté de professeurs du secondaire et du supérieur.

Le système scolaire fonctionnait largement en vase clos. Il fournissait les cadres de sa propre reproduction. Ce qu’on appelait l’ascenseur social était le passage d’un fils de paysans, d’artisans ou de femmes de ménage au statut d’instituteur, de professeur et, rarement,  de « docteurs ».

L’école publique comme l’école religieuse n’a jamais su faire que cela : donner le minimum intellectuel à tous et dégager des élites intellectuelles pour les propres besoins de sa propre reproduction.

Ce système correspondait assez bien à une économie où la majorité des emplois, dispersés sur tout le territoire,  étaient dans l’agriculture, l’artisanat  et le commerce.  Le niveau de vie était bas et la croissance qui  ne dépassait pas 1% par an au dix-neuvième siècle, révolution industrielle ou pas, n’avait pas encore commencé son abrupte montée.  

Le niveau du certificat d’étude était largement suffisant pour ces secteurs, la piétaille militaire, le bâtiment, le travail en usine et les services domestiques.

La notion de « cadre » était peu nette. L’entreprise d’avant-guerre était majoritairement le fait de commerçants qui avaient réussi et dont le niveau dépassait rarement celui du certificat d’étude. Même si la « grande industrie » avait ses connexions avec la haute société et la haute banque.  La majorité de la progéniture de la « haute » s’abstenait de faire des études supérieures, perte de temps et d’argent.

Il faut comprendre pourquoi ce bel édifice a sombré.

Les premiers facteurs sont démographiques :

-          La France, spécialiste du malthusianisme qui permettait de transmettre le capital paysan et commercial, a connu une hécatombe de ses mâles lors de la guerre de 14-18. Lors de la suivante, quatre générations d’hommes ont été se clochardiser dans des camps de prisonniers, juste à l’âge de la grande bascule scolaire, universitaire et professionnelle. De pareils retards ne se rattrapent jamais complètement.  Le résultat a été de bloquer le système de reproduction du système scolaire.  Le corps des instituteurs très masculins, du fait de la répartition autoritaire des postes sur le territoire, qui déplaisait aux femmes,  s’est féminisé. La maîtresse a supplanté le maître. Pour les mêmes raisons, le personnel des lycées s’est fortement féminisé. On trouvera là la principale raison de la suppression de la mixité. On ne trouvait plus assez de professeurs pour les lycées de garçons. La féminisation et la mixité ont eu des conséquences graves. Chahut généralisé, violence jusqu’à la délinquance,  irrespect, compétition pour le partenaire, irruption des marques, démotivation des garçons. En cassant les « casernes » pour des ensembles ouverts à tout vent, on a aggravé les choses. Trafics et rackets ont fait leur apparition. La triste affaire Russier a montré que la mixité pouvait entraîner quelques désordres.

-          Le baby boom  a aggravé les choses ; Associé à la volonté de massifier l’enseignement secondaire, il a cassé la chaîne d’alimentation du système scolaire en professeurs en nombre et qualité suffisants. Les mots traduisent bien la chose : les enseignants prennent le pas sur les professeurs. Au final il ne s’agira plus que de « mettre un adulte en face des élèves ».  Le phénomène est aujourd’hui particulièrement sensible en mathématiques où on trouve, même dans les grands lycées parisiens, des incapables et même des fous. Mais il touche toutes les grandes disciplines universitaires boudées par les femmes. Les lettres, le latin et le grec ont longtemps résisté, avec des femmes compétentes et bien formées. Mais pratiquement plus un homme.

-          L’immigration  massive  a provoqué l’apparition d’élèves, intégrés d’office en venant d’ailleurs, dans des classes que beaucoup ne pouvaient pas suivre. L’âge des élèves par classe s’est élevé au point que l’on trouve des adultes dans le secondaire. Le mélange des races et des origines, s’est ajoutée à la mixité pour compliquer sensiblement la tâche des « enseignants ». On est arrivé au stade où, dans certaines classes,  il n’y a plus un blanc et des élèves  de couleurs, provenant d’une dizaine d’origines nationales et ethniques différentes. Comme dans bien des cas les parents n’ont pas souhaité apprendre le Français, et que beaucoup arrivent pour la première fois dans le système français, faire la classe devient un exercice d’équilibriste.  Les autochtones fuient ces classes comme la peste, ce qui aggrave encore le phénomène. Bien entendu, races, couleurs de peau, origines n’ont pas une importance dirimante du point de vue du devoir d’enseigner ni même du point de vue du résultat de l’enseignement. Un enfant qui a fait toutes ses études dans le système, hors contexte familial et social, peut en bénéficier de la même façon quelle que soit son origine.  Dans la pratique, on constate que les enfants d’immigrés nés en France, intégrés de façon minoritaire dans des classes normales réussissent très bien. En revanche, ceux qui ont fait une partie de leurs études (ou de leur absence d’études) ailleurs et qui intègrent des écoles entièrement composées d’immigrés (parce que tel est le quartier ou la ville)  ont beaucoup de mal. C’est évidemment l’honneur des enseignants de faire face bravement à cette situation. Mais rapproché de la féminisation et de la déqualification  du corps, les conséquences ne sont pas fameuses.

La seconde série de facteurs dérangeants tient à l’évolution de l’économie :

-          Urbanisation et tertiairisation, accompagnant la chute de l’agriculture, du petit commerce et de l’artisanat, puis les besoins de reconversion des sites textiles et extracteurs a déraciné l’essentiel de la population qui s’est retrouvé sans autre capital que le capital-compétence largement fourni par l’enseignement.  Le système scolaire n’avait plus seulement à fournir une élite nationale et une alimentation de qualité  du système scolaire.. Il lui fallait offrir de la compétence professionnelle.  Issu de l’enseignement ecclésiastique, le système scolaire est totalement incapable de répondre à cette demande.

-          L’internationalisation provoque un nouveau défi. Pour la même raison que précédemment le système est capable de fournir de bonnes études littéraires dans une culture différente à une élite scolaire mais strictement incapable d’enseigner les langues vivantes.

-          La structure professionnelle s’est complétement transformée, avec de plus en plus de postes dans les médias, les arts et le sport, où la compétence que fournit  l’éducation nationale n’a pas de pertinence ; De même le besoin en techniciens supérieurs a explosé, dans tous les domaines. Et l’éducation nationale est strictement incapable de former des techniciens de qualité. L’informatique en est un des exemples les plus frappants et ne parlons pas de l’économie de l’internet.  Contrairement à l’Allemagne, la France ne sait pas former son middle management.  On passe directement de l’OS à l’ingénieur. En même temps les produits sont de plus en plus abstraits et demande une capacité de conceptualisation forte, rendant les formations intermédiaires délicates. Ce sont les ingénieurs qui finissent par occuper les places de programmeurs ou d’encadrement intermédiaire, lorsqu’ils sont stagiaires.  La banque et les services financiers sont totalement étrangers à l’éducation nationale.

On est donc arrivé à cette curiosité que le système scolaire français a sombré dans ce qu’il avait de fort et a été incapables de trouver les solutions là où il était faible ou inexistant.  Cette dégringolade est ennuyeuse parce qu’elle est cumulative. Plus le système est mauvais plus les enseignants sont mauvais etc.

Comment se sortir de ce mauvais pas ?

Il faut à la fois restaurer le système scolaire classique pour qu’il puisse  perfectionner son système de reproduction, alimenter les facultés, l’encadrer l’Etat, et fournir une élite intellectuelle aux grandes professions.  Cela veut dire que l’on doit porter 25 à 30% d’une classe d’âge au niveau d’un bac classique sérieux et 10% à 15% au niveau de licences et masters de qualité sans parler des grandes écoles.

Et il faut inventer un système qui permette de donner de vraies perspectives professionnelles (petits entrepreneurs, techniciens moyens et supérieurs, encadrement, artistes, grands professionnels du sport, e l’rtisant, de l’informatique etc.) aux autres, sachant bien qu’il restera une frange qui malheureusement restera employée dans les postes d’exécution, que ce soit dans les services à la personne, la distribution, l’agriculture et l’industrie, le service aux entreprises, la restauration etc.

La difficulté est d’éviter que le passage dans les filières professionnalisantes ne soit considéré comme un rejet dans des poubelles stériles pour nullards déclassés, comme il l’est actuellement.

Il faut prendre acte que le système scolaire public actuel n’est pas capable de s’occuper de sport, de langues vivantes, de matières manuelles, d’enseignement artistique, de langues vivantes, d’informatique…

Sur ces bases, que faire ?

Laissons de côté l’école primaire.

Le système secondaire sera séparé en deux parties :

-          La filière classique, dans la grande tradition française, chargée de façonner une classe intellectuelle  littéraire et scientifique et de dégager les élites dont la nation a besoin.

-          Cette filière classique sera aménagée en :

- Un système de lycée d’état de la 5ième à la terminale

- Un système équivalent mais régional.

Les programmes sont exactement les mêmes. Les lycées d’Etat rassemblent l’élite scolaire  et dispose des meilleurs professeurs (essentiellement des agrégés). Les lycées régionaux regroupent le reste.  Des passerelles sont aménagées entre les deux ensembles. On entre en cinquième dans les lycées d’Etat sur concours avec présentation par les établissements primaires. On entre sur dossier dans les établissements régionaux.

Un lycée classique est séparé, à partir de la seconde, en filière scientifique et en filière littéraire.

Plus original, l’activité d’enseignement purement intellectuel, que le système sait faire de tradition, est séparée des activités de « gymnase », qui n’ont pas de finalité élitistes.

 Activités de lycée :

-          Lettre (français, latin, une seconde langue majeure, grec ancien), mathématiques, physique-chimie, sciences de la vie, histoire et géographie, économie…

Activités de gymnase :

-          Sports, arts (chants, musiques, peinture, danse, etc.) , disciplines ludiques (échecs, aéromodélisme…), informatique, mécanique, électricité, plomberie, cuisine, couture  et autres artisanats, langues vivantes, cours de rattrapage …

Chaque groupe d’activité est  calé sur une demi-journée.

L’enseignement classique occupe cinq fois quatre heures dans la semaine. Le gymnase se fait dans des locaux distincts de ceux du lycée.  Chaque établissement travaille en continu avec une fournée du matin et une fournée de l’après-midi. Permettant l’optimisation de l’emploi des locaux.

Les activités de gymnase répondent à un état d’esprit totalement différent de celui du lycée. Les matières y sont choisies par l’élève. Il doit progresser avec des grades qui lui permettre de se situer dans l’acquisition d’une discipline.  Les activités de gymnase sont obligatoires mais ne sont pas sanctionnées par des examens de passage.  En revanche l’assiduité et le sérieux dans les activités de gymnase comptent pour le passage à une classe de lycée supérieure.

L’enseignement des activités de gymnase n’est pas codifié comme celuidu lycée. L’anglais pratique peut être enseigné par quiconque peut prouver au responsable qu’il en est capable. Pareil pour le sport. C’est la responsabilité des chefs de cellules de trouver les bons professionnels. Des clubs privés peuvent être sollicités, notamment pour le sport, ou des académies pour les arts, voire des conservatoires. Les activités de gymnase ne sont pas nécessairement totalement gratuites. Les cellules pourront faire appel aux dons et prévoir des cotisations. Des systèmes de bourse seront mis en place.

Les gymnases sont partagés par tous les circuits scolaires disposant d’une telle filière, c’est à dire la majorité d’entre elles, permettant un mélange des origines et des groupes. On peut être excellent en mécanique et nul en sport, très bon pianiste et nul en latin etc. L’émulation dans les activités n’est plus fondée sur la sélection intellectuelle, mais sur les dons et l’application de chacun.

Toutes les activités d’enseignement autres que les lycées classiques sont sorties du système de l’éducation nationale et deviennent de la responsabilité des régions et des professions.

On créera des lycées mixtes mélangeant une partie de disciplines intellectuelles et une partie de disciplines techniques. Ces établissements gardent des passerelles avec les lycées classiques régionaux   pendant au moins deux années. Ils disposent d’activité de gymnase comme les autres lycées. Ils débouchent sur des métiers de techniciens et sont organisés en stage d’entreprise en fin de circuit. Le but est de fournir le contingent nécessaire de techniciens intermédiaires et supérieurs dont la nation a besoin.

Pour ceux qui ne peuvent intégrer ces filières, on prévoira une formation générale courte et des filières professionalisantes. Allant du plus simple au plus pointu.  On veillera sans cesse à garantir que ces élèves savent parfaitement écrire, lire et compter. L’analphabétisme doit être éradiqué, avec des cellules pour se faire. Les activités de gymnase seront un peu différente : certes conserve les arts et le sport, mais on met l’accent sur des ateliers de renfort des disciplines intellectuelles de base, enseignées avec des méthodes plus concrètes et plus adaptées).

 

La différenciation des approches est la clé. Si une immigré arrive d’un pays où il a suivi une filière générale mais parle très mal le français, tout en ayant le niveau requis dans les autres disciplines, les activités de gymnase seront orientées vers un rattrapage de la langue. D’une façon générale tous les cours de rattrapage deviennent du ressort du gymnase.

Un tel cadre suppose la disparition du ministère de l’éducation nationale comme on le connait. Toutes les activités de gymnase et tout ce qui n’est pas national lui échappe, sauf les programmes des lycées classiques et les concours d’entrée.  

Le recrutement des professeurs se fait par un comité de sélection sous la direction du chef d’établissement qui peut se débarrasser des enseignants qu’ils jugent insuffisants.  La qualité de l’enseignement est de la responsabilité du conseil de surveillance de l’établissement qui peut être composé pour moitié par des personnalités venus de l’extérieur de l’institution.

Tous les personnels d’entretien sont gérés directement par les régions.

A chacun selon ses capacités sans que tout soit joué sur le seul brio intellectuel et la capacité de soutenir des études difficiles de lettres et de sciences.

Meilleur brassage social avec partage d’enseignement de gymnase.

Possibilité de pratiquer une discipline technique, sportive, artisanale, pratique ou artistique très tôt et de façon continue pendant les études générales, afin d’arriver à un excellent niveau à la majorité.

Variété et choix personnalisé des disciplines de gymnase.

Emulation et mise sous tension positive partout.

Un matheux binoclard doit pouvoir être gradé en peinture et en plomberie tout en sachant jouer du violon.

Un littéraire peut savoir faire la cuisine, piloter des drones et être un roi de la programmation internet.

Une latiniste distinguée peut être en même temps une coureuse de fond, une infirmière qualifiée et une excellente pianiste.

Un futur polytechnicien peut se révéler un yogiste magistral, un hyperdoué des robots, et un golfeur émérite.

Un littéraire attiré par l’étude et non par les sports et les activités manuelles pourra parler sept langues et chanter parfaitement dans une chorale.  

Le côté sympa de la chose est qu’un classique qui aura choisi la mécanique pourra être cornaqué par un élève du lycée technique qui en saura un peu plus que lui dans sa discipline.

L’unité et la fraternité ne viendra pas de s’être vautré en traînant les pieds (on voit l’image) dans des classes de formation purement intellectuelle où tout le monde est un gêneur pour son voisin tant les niveaux et les ambitions sont différents. Mais du respect que l’on acquiert pour celui qui fait mieux que vous et qui vous perfectionne.  

L’efficacité viendra de l’homogénéité des classes et de la qualité des professeurs, une fois rétabli le circuit de reproduction des personnels de qualité dans le système scolaire.

La beauté du résultat sera une meilleure insertion dans la vie tout court et dans la vie professionnelle de tous.

 

DD

« C dans l’air » en apesanteur économique

L’émission d’Yves Calvi est une des rares qui se laissent voir dans le PAF poubelle audimatisé.  Comment a-t-il réussi à obtenir que chaque participant respecte la parole des autres est un mystère. Une émission qui cherche à faire de la lumière plus que de la chaleur est une bénédiction qu’il faut souligner.

L’émission qui nous a intéressés portait sur la croissance revenue avec des intervenants qui hantent les médias depuis longtemps.

Marc Fiorentino n’est pas économiste. Ce qui en soi n’a pas d’importance. Il promène une belle gueule qui passe bien à la télé et bonimente façon Bellemare, ce qui le range dans la catégorie des auteurs sympas « vus à la télé » qui vendent bien dans les supermarchés, même si on peut se passer de lire leurs ouvrages. Ces caractéristiques évitent qu’on s’attache trop à ce qu’il dit. En général il amplifie le bruit de fond avec l’air de celui à qui on ne la fait pas. Si le bruit de fond est raisonnable, cela n’est pas grave. Sinon, il aère les sottises façon ventilateur.  C’est un métier.

Eric Heyer est le très estimable animateur de l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE), qui publie chaque année une synthèse sur les données économiques française (le dernier : L'économie française 2014 – La découverte). L’OFCE est une excellente initiative de l’institut d’Etudes de Paris. Tout est propre et net dans ses écrits. On y prend bien soin de ne jamais  exprimer une idée contestable ou simplement discutable. Difficile de trouver une erreur dans ce qui est dit. Pas de démagogie non plus. Les évènements sont toujours correctement exposés et décrits. C’est dans l’analyse que cela pèche. Jamais de risque explicatif ! Alors les évènements flottent sans qu’on sache vraiment pourquoi ils se produisent et comment ils s’enchaînent. Ce côté « commentaire propre sur lui », façon Alain Duhamel dans le domaine politique, est un peu la marque de Sciences-Po. On reste toujours sur sa faim.

Nous ne dirons rien de Mathilde Lemoine dont nous n’avons pas lu le livre (Les grandes questions d'économie et de finance internationales. Décoder l'actualité-Mathilde Lemoine Thierry et Philippe Madiès-Ed. De Boeck (2012)).

Nous ne savons rien de Pascal Perri, sinon qu’il a une tête de Ministre des Finances grec.

L’émission passe en revue tous les signes de la reprise avec, comme thèmes principaux, sa réalité, sa solidité et sa capacité à terme de créer de l’emploi. Elle surfe sur la vigueur surprise de la croissance annoncée par l’Insee pour le premier trimestre 2015 : 0.6%. L’Insee avait annoncé dès l’automne 2014 un bon premier trimestre. Mais pas une telle croissance.

La surprise crée l’émotion et stimule la demande d’explication. L’explication banalisée est de justifier la croissance nouvelle par  l’effet de marée de « l’alignement des planètes ». La baisse du pétrole a libéré du pouvoir d’achat. La baisse très forte de l’Euro  a stimulé les exportations. Le taux très bas des emprunts (négatifs parfois) a évité des restrictions budgétaires trop fortes et stimulé les emprunts privés. Les entreprises ont réussi à reconstituer leurs marges.  La reprise nette aux Etats-Unis et au Royaume-Uni a un effet d’entraînement. La hausse de la bourse a créé de l’optimisme.  Etc.

Chacun des intervenants à son tour expose ou commente ces composantes du moment.

Le reportage sur l’Irlande fait valoir certaines opinions : les banques seraient devenues raisonnables : leurs dettes auraient été cantonnées rapidement ;  les efforts budgétaires auraient été payants même si la dette publique s’est envolée ; liée aux économies américaines et anglaises et favorisée par la reprise de ses deux voisins et les avantages fiscaux exorbitants offerts aux multinationales, l’Irlande se serait sortie d’affaires mieux et plus vite que les autres pays européens.

Les commentateurs commentent en fonction de leurs préférences idéologiques mais sur la pointe des pieds.  L’un qui veut des réformes de structure en France souligne qu’elles ont été faites en Irlande. L’autre exonère l’Etat comme source de la crise et incrimine le gonflement de la dette privée dans un pays qui était « le bon élève de l’Europe ».

La reprise sera-t-elle durable ? Chacun souligne la fragilité qui lui tient à cœur. L’un considère qu’il s’agit d’un feu de paille lié à une reprise « mécanique » de la consommation après des années d’abstinence. Mais faute d’une reprise franche de l’investissement, on n’ira pas loin. L’autre souligne que les planètes commencent à se désaligner : baisse de la croissance aux Etats-Unis,  remontée des taux, remontée de l’Euro et remontée du prix du pétrole. Les moteurs de la reprise commencent à crachoter.

Tous s’accordent sur une bonne activité en France pour au moins deux ans avec une accélération progressive en 2016.

Sur l’emploi on retrouve toutes les idées populaires  dans la presse :

-        Ce sont les petits boulots qui reprendront comme aux Etats-Unis, au RU et en Allemagne.  

-        Le manque de compétitivité de la France fera de la reprise de la consommation une aubaine pour les importations pas pour la production française, structurellement désajustée ;

-        La productivité croit plus vite que la croissance ; le progrès n’aura pas le temps de cascader vers les classes populaires.

La France, mauvais élève de l’Europe connaîtra un certain rattrapage mais ne doit pas compter sur une reprise franche et joyeuse.

Dans le fond de l’air grondent quelques méchants orages plus ou moins lointains : la Grèce peut provoquer une crise rapide ; La remontée des taux peut s’avérer tragique pour les marchés financiers ; la sortie du Royaume-Uni de l’Europe  pourrait faire plus mal encore.

Tout cela est le parfait miroir de l’air du temps, ce qui est bien la vocation de « C dans l’air ».

On ressent néanmoins un certain malaise en coupant le poste. Il provient comme d’habitude du caractère pointilliste de tous ces constats  et commentaires. Les évènements sont là et peuvent être expliqués par des éléments à court terme. La vision globale et à long terme manque.

Deux aspects sont presque totalement manquants :

-        La notion de cycle. Tout observateur connait le cycle décennal avec sa phase haute terminale ; Nous sommes dans la phase haute du cycle depuis quelques temps déjà. La vraie question est qu’elle est plus modeste et plus artificielle  à chaque cycle depuis 1971. Savoir si ce sera encore le cas ce coup-ci mériterait des développements un peu plus spécifiques.

-         La notion d’économie baudruche. C’est elle qui explique l’explosion de l’Irlande, qui avait participé à plein à ses mécanismes et c’est la méthode employée pour regonfler la baudruche qui explique aussi la reprise irlandaise qui tient beaucoup à des aspects purement spéculatifs.  C’est elle qui explique la précarité et la lenteur de la reprise.

Si on tient compte de ces deux éléments, l’issue de la période de « haute conjoncture » fait problème. Elle sera nécessairement explosive. L‘alternance connue des crises dures et molles en fin de cycle laisse penser que ce sera une récession boursière forte avec une récession des PIB modérés.  Ce point n’a pas été discuté, même si l’apparition de quelques bulles a été dénoncée.

On comprend que des schémas explicatifs globaux puissent paraître trop théoriques dans ce genre d’émission. D’autant que les pronostics  sont voisins : 2015 et 2016 devraient bien être plutôt meilleurs que les années précédentes.

Mais la question posée est d’être préparé à la fin de cycle car la France n’a plus aucune garde pour y faire face et l’ultime phase de haute conjoncture sera trop faible pour donner des marges de manœuvres. Le calendrier politique, de ce point de vue, est exécrable. Les cadeaux électoraux commencent à s’accumuler. Le dernier : la promesse de revenir sur les petites économies faites au Ministère de la culture  par Manuel Valls  qui ne pensait sans doute pas qu’à faire plaisir à sa musicienne de femme.

Un krach obligataire peut se produire à tout moment. La bourse américaine atteint des sommets qui ont plus à voir avec les 80 mille milliards de dettes américaines qu’à la hausse des profits des entreprises cotées qui, en 2014, sont…en baisse significative, avec des chiffres d’affaires également en baisse !

On a rajouté 57 mille milliards de dettes à la dette mondiale initiale, compensée largement par la baisse des en-cours des banques.

Tout cela reste très artificiel et  tient avec des bouts de ficelle.  

 Personne n’a tenté de dire pourquoi. Personne n’a évoqué les changes flottants et la désorganisation monétaire  mondiale. Seuls les défauts de la gouvernance européenne et française ont été évoqués. Sans approfondir.

La meilleure émission d’information télévisuelle reste dans le commentaire light ex-post. Sans que les experts invités prennent le risque de théoriser un peu profondément les évènements. Résultat ! Personne ne comprend rien et le doute reste fort ; il devient impossible de juger les politiques menées en l’absence de tout cadre méthodologique.

Le téléspectateur est Gros-Jean comme devant, mais il a désormais la température du fond de l’air.  

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Le blog du cercle des économistes e-toile

Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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