La triomphale première année de M. Hollande

La campagne électorale de 2012 avait été lamentable. Les deux  camps avaient fait assaut de démagogie et cherché l'avantage par la stigmatisation de boucs émissaires.

"Moi président" l'avait emporté, non pas du fait de propositions particulièrement adaptées à la situation, mais parce que Nicolas Sarkozy avait été usé par la crise, dévalorisé par son style, et décrédibilisé par trop de demi mesures. En terme d'emploi, de dépenses publiques, de dettes  et de pression fiscale, son quinquennat se terminait sur un grave constat d'échec.  On ne peut pas venir au pouvoir en annonçant une rupture et ne pas la faire.  On ne peut pas venir au pouvoir en annonçant une hausse de la croissance et prendre en pleine figure la plus grave récession depuis 1929.  

Le programme de M. Hollande avec son fatras d'imprécations et de mesures "sociétalistes" et socialistes n'augurait rien de bon.  Il était totalement incompatible avec la situation de l'économie française, au sein de l'Europe et de l'Economie mondiale.

Un an après, le dit sociétalisme a dominé toutes les préoccupations du Président.

Conformément  à une idéologie larvée depuis 1968 et dite "de la libération",  F. Hollande, totalement ficelé par l'Europe sur le plan économique et budgétaire, enserré dans le corset de l'Euro, a joué la carte de la "réconciliation et de l'apaisement de la société française", qui aurait été brutalisée par les "réactionnaires" conduits par Nicolas Sarkozy.

M. Hollande a  fait sa révérence successivement :

- aux homosexuels et à la poignée de militants des mouvements "gays" d'origine anglo-saxonne et qui ont commencé à se faire entendre avec le Sida.   

- aux Juifs avec des commémorations renouvelées

- aux africains puis aux noirs en général, en s'appuyant sur la CRAN

- aux délinquants, "victimes de contrôles au faciès" et de prisons "criminogènes".

- aux arabes victimes de la colonisation .

- aux syndicalistes violents et condamnés qu'il s'agissait soudain d'amnistier.

Pour les Roms, qui exaspèrent les Français,  on a d'abord voulu une démarche "humaniste", puis on les a utilisés pour montrer que Valls ne badinait pas avec  leur forme de délinquance, et finalement, on se retrouve avec des condamnations  judiciaires qui conduisent à leur verser 75 Euros par jour par personne tant qu'on ne les héberge pas.  

On ne voit guère de minorités agissantes qui n'auraient pas été honorées et dont les revendications n'auraient pas été satisfaites.

On glosera pour savoir s'il s'agit d'une diversion  politicienne qui permet de camoufler un échec économique sensationnel, ou encore de concessions à son extrême gauche, tendance gauchiste,  ou de la réelle conviction qu'en donnant des gages à d'anciens "dominés"  on faisait œuvre d'apaisement.

Toujours est-il qu'en servant à ce point les minorités, Hollande posait la question de ses relations avec la majorité de la population française, qui accepte ou revendique ses racines "chrétiennes", qui considère  que l'ampleur de immigration commence à poser la question de l'identité nationale et qui travaille généralement plutôt dur en s'inquiétant de son patrimoine écorné par la crise et de son emploi ou de celui de ses enfants.

Une première réponse a été la répression des manifestations contre le mariage homosexuel et la dénaturation du sens de la filiation. Elle s'est accompagnée d'une propagande féroce via les médias publics aux ordres et des relais d'opinions habituels. L'attitude politique personnelle de M. Hollande est marquée par la provocation.  Il aime narguer. Aucune dialogue présidentiel avec les représentants des manifestants ; examen de la loi  promulgation avec une rapidité exceptionnelle , à peine un jour après la décision du Conseil Constitutionnel ; Décret d'application promulgué précipitamment afin de permettre le premier mariage homosexuel avant la fin mai.

La "bourgeoisie honnie", qu'en effet il dit "ne pas aimer", a été massacrée fiscalement en même temps que le gouvernement, lui-même,  menait une campagne de haine et d'insultes. Pendant des mois  on a vu des membres du gouvernement prendre à parti "les patrons voyous", nécessairement voyous,  les licenciement "boursiers", nécessairement boursiers,  les patrons menteurs comme Lakshmi Mittal, les repreneurs  inconvenants, comme ce M. Taylor qui se permettait de traiter de fainéants les Cégétistes  d'une entreprise de pneus qu'ils avaient consciencieusement ruinée par leurs exigences.  

Déviance rarissime, des attaques "ad hominem" ont été menées non seulement par la presse "amie", mais montées directement  de l'Elysée. Les "éléments de langage" contre la révolte à grand spectacle de  Depardieu ont été élaborés par la cellule de l'Elysée sous la direction directe de F. Hollande. On a vu pratiquement tous les ministres,  et le Premier d'abord, se livrer aux joies de l'insulte coordonnée contre le plus grand de nos acteurs nationaux.   Il semble que F. Hollande ait considéré qu'il avait gagné les élections présidentielles grâce aux injures anti-Sarkozy  et que la formule lui permettrait de redresser son imageen dressant l'opinion contre un opposant médiatique qui faisait de gros dégâts dans l'opinion.

Patatras ! La campagne d'injures s'est retournée contre son auteur qui est passé aux yeux des Français pour un politicien sans scrupule et indigne de la fonction. On ne gouverne pas en déchaînant la haine contre des individus. La famille Peugeot avait été insultée peu avant, comme  Bernard Arnaud, le patron de LVMH.

Les Français ont découvert que M. Hollande n'était pas "Flanby le gentil mou de Corrèze" adepte de la social-démocratie. Les spécialistes se sont rappelé qu'il militait à l'UNEF communiste et pas à l'UNEF socialiste. Ils ont su que son père était  bourgeois et riche, adepte de Tixier-Vignancourt et de l'OAS. Lui-même avait été élevé dans la soie. L'absence de scrupules se doublait d'un problème de personnalité œdipien à l'adolescence.   

Le trait de caractère le plus net  de F. Hollande se découvrait en entier : une désinvolture faussement rigolarde et passablement aigrie.  Désinvolte avec ses compagnes,  désinvolte vis-à-vis du Parti socialiste qu'il a mené à la confusion, désinvolte vis-à-vis des méthodes employées, désinvolte vis-à-vis des engagements les plus solennels pris  au nom de la France avec des instances qui la contraignent.

Nombre d'analystes découvrent que le portrait de lui-même que dessine sa première année de présidence n'est pas celui d'un politicien social-libéral obligé de composer avec sa gauche débile ,  ou d'un tacticien sympathique sachant se faufiler entre les gouttes. Ils ont vu  apparaître un Narcisse  aigri contre sa classe et  cherchant à s'assouvir dans des destructions symboliques et fiscales.

Désormais ils l'écrivent sans fard. L'intérêt général ? Aucune importance pour M. Hollande. Il a le pouvoir ; des communicants à sa botte ; une masse de fonctionnaires et de pauvres dans la dépendance directe de ses décisions et sensibles à la démagogie.  Pourquoi s'occuperait-il d'autres chose que de son nombril et de ses passions ?

Espérons que ces analystes ont tort.

Sur le plan économique, en revanche, il n'y a pas discussion. Son action a été doublement désastreuse.

Il a commencé par un immobilisme destructeur. Il fallait défaire tout ce qu'avait fait son prédécesseur, sans se rendre compte que la crise s'accélérait et exigeait une réponse immédiate et ferme.  

Puis il a décidé de faire payer à "10% de la population 90% du coût du redressement des comptes de la nation". Le choc fiscal, associé aux propos haineux, a créé une telle glaciation des comportements que la France s'est littéralement arrêtée. La perte de pouvoir d'achat global a été amplifiée par une stupeur qui a bloqué tous les investissements.  En six mois la France retrouve la récession. Cinq ans après le déclenchement de la crise décennale. Du jamais vu !

On connait les résultats : des centaines de milliers de chômeurs en plus ; la fuite des cerveaux et des jeunes dynamiques. L'explosion des faillites, la montée des impayés à des sommets ravageurs. L'expatriation des familles fortunées. Les projets démarrent ailleurs. Aucun des objectifs annoncés n'a été tenu.  Le Président Hollande n'est plus soutenu que par  20 à 25% des Français et ne fait plus que de la Com' et des opérations images.  Les relations avec l'Allemagne sont  au point mort.  Le moteur de l'Europe est à l'arrêt.  Le déréliction de la France devient le point de mire du monde entier. Si la France finit par sauter, l'Europe saute et le monde entre dans la dépression.

Un désastre comme la France en a peu connu en temps de paix.

Si nous nous en tenons à nos propres analyses et clés d'interprétation, la première année Hollande a tout d'une année perdue, voire régressive.

Notre théorie veut qu'il faut réorganiser le système monétaire international, donner un pilote et une cabine de pilotage à la zone Euro et revenir sur la folie fiscale française.   

Sur le front international Hollande n'a rien dit, rien fait et convaincu personne de quoi que ce soit. Le monde continue son chemin et se moque bien des fadaises hollandaises. La dévaluation sauvage du Japon lui permet d'arracher de la croissance aux autres pays (3.5% ce n'est pas rien). Le gaz de schiste honni en France permet le redémarrage ds Etats-Unis.

Sur le Front Européen, les manquements successifs aux engagements pris ont fait perdre tout crédit à la France. Hollande est un sujet de désolation  après avoir été celui d'une curiosité distante.

Sur le front français, c'est Gamelin , le bravache, capitulant en rase campagne après avoir fait tout ce qui fallait pour aggraver tous les maux de la France et n'en avoir corriger aucun.  Le cœur de l'affaire est pourtant simple : la France ne peut pas continuer à dépenser et prélever plus que ce que les entreprises produisent.    Nous avons deux fois plus de fonctionnaires que les Allemands,  ramené à le tête de citoyen, alors que plus aucun ministère  ne fonctionne.  Les entreprises accablées de charges et de rigidités, perdent constamment des parts de marché. Il fallait donc continuer avec la TVA sociale et redimensionner le secteur public, dans toutes ses composantes.  Hollande a fait l'inverse.

Avec les résultats monstrueux que l'on sait. La France est désormais très clairement menacée dans son avenir économique.  La "boîte à outils" du président socialiste n'a qu'un intérêt de propagande : redonner, sous conditions, aux entreprises ce qui leur a  été pris pour qu'elles disent merci, n'a pas de sens autre que politicien !Employer l'argent public à sortir des statistiques des centaines de milliers de chômeurs pour pouvoir crier victoire à la première baisse des chiffres n'a de sens que politicien

Pour le reste la hausse fiscale va continuer. Elle prendra la forme de suppression de "dépenses fiscales"  ou de prestations "aux riches". On va faire payer de plus en plus ceux qui seront privés de plus en plus des prestations publiques.  On parle non seulement de supprimer les allocations familiales pour "les riches" mais aussi les remboursements maladie. On évoque la progressivité de l'impôt aussi bien pour le foncier que pour l'habitation. Les retraités, considérés comme des riches, seront plumés : augmentation de la CSG, suppression des emplois de service partiellement dégrevés de charges,  impôts et taxes rendus encore plus  progressifs, perte de pouvoir d'achat des pensions.

Actuellement  la France a un nombre de salariés égal au nombre des retraités (autour de 16 millions).

Elle a le double du nombre de fonctionnaires que la plupart des autres pays, rapporté à sa population.

Sa dépense publique et ses prélèvements dépassent la valeur ajoutée produite par ses entreprises du secteur marchand industriel et commercial.

Elle est dirigée par un homme imbu de lui-même, pervers, désinvolte jusqu'au sardonique et qui fait exactement l'inverse de ce qui serait nécessaire.   

L'anti-société qu'il veut achever de mettre en place  n'est pas une société.

Le culte des minorités agissantes ne saurait être confondu avec celui de l'intérêt général.  Une politique fiscale répressive, une politique économique dépressive, une politique budgétaire laxiste, et un discours haineux  ne font pas une politique  de redressement national.  75 à 80% des Français ont le sentiment d'être sous la coupe d'un pouvoir spoliateur  qui leur est étranger et ennemi.

Les pessimistes penseront  qu'on en est revenu au temps du chagrin et de la pitié.  Les optimistes penseront qu'il reste quatre ans, que la sortie de la crise mondiale finira bientôt par se produire, que des réformes en Europe permettront de remonter le courant, qu'il fallait bien laisser le temps à M. Hollande d'apprendre son métier de président et de comprendre la gravité de la crise,  que si  ses calculs initiaux ont été  démentis par les faits,  la gauche de la gauche est désormais muselée, que les promesses aux uns et autres sont désormais tenues. On peut désormais  jeter par-dessus les moulins la phraséologie électorale….

En un mot, Hollande serait un comédien et un joueur qui aurait raté le premier acte mais qui se rattrapera dans le second, l'acte où le livret n'est pas écrit et qui permet donc toutes les improvisations utiles.  

Après avoir été offensant, il deviendrait offensif.

Pour ces amateurs de politique fiction, la dernière conférence de presse  aurait marqué un tournant "pro business".  Bien sûr la parole est toujours socialiste mais ce serait un masque pour faire tenir tranquille les forces obscures du socialisme attardé, et, spécifiquement, M. Mélenchon.

Sur l'Europe, la France reviendrait dans le jeu par une promotion  du  fédéralisme permettant la création d'un "véritable gouvernement économique". 

Dans le monde la voix de la France se ferait entendre grâce … Grâce à quoi ? On ne sait trop.

F. Hollande aurait de toute façon bien raison de faire des plans sur la reprise mondiale qui tirera la Franc de l'ornière : toutes les crises ont une fin.  Maintenant que les Etats-Unis repartent, que les bourses sont au plus haut,  laissons l'énorme pompe fiscale mise dans la poches des Français aisés cracher les ressources nécessaires  à la consolidation budgétaire.

Et on verra bien.

Une France sans capitalisme, sans capitaux, sans capitalistes, et totalement immobile, où les investissements purement français sont impossibles faute d'investisseurs,  où il n'y a plus de familles capables de prendre en main des secteurs de croissance, où les entreprises du CAC font l'essentiel de leur chiffre d'affaire à l'étranger, où le capital risque est mort à peine né, va certainement redémarrer sur les chapeaux de roue.  Les canards dont la tête est coupée continuent bien à courir !

Selon  ces voix, la France ne serait  dans un an qu'à 100% de dette publique/PIB.  Le secteur marchand ne devrait perdre que 300 à 400.000 salariés. 

Le nombre de Rsa-rmistes ne devrait dépasser que de peu les 2.200.000.

Les camps de Roms qui sont passés d'environ 250 en 2007 à 575 en 2011, ne devraient atteindre que le millier, avec en moyenne 500 personnes par camp.  Ceux  qui agitaient la peur de voir les 10 millions de Roms devenus  européens et disposant de la libre circulation accourir en France, en seront pour leurs craintes.

Il est peu probable que l'on parvienne à dépasser les 13.000 vols, les 2.000 agressions et les 200 viols par jour  qui sont la marque française depuis plusieurs années maintenant  et dont finalement on se satisfait.  Qui peut vraiment croire que les cambriolages à Paris croitront à nouveau de 40% dans l'année à venir  ? N'aurait-on pas confiance dans l'excellente politique carcérale de Mme Taubira. ?  

Le bilan sociétaliste de la seconde année sera certes moins brillant, maintenant que les homosexuels militants  peuvent parader en mairie,  avec un chiffon de papier "bourgeois" que méprisaient les soixante-huitard primitifs et que l'actuel Président regarde avec les distances nécessaires.  On se souvient du film de Bunuel où une bande avinée de clochards profanaient une robe de mariée, symbole par excellence de l'aliénation bourgeoise.   

La seconde année de gestion socialiste assumée du pays sera certainement un grand moment d'intelligence gouvernementale et de renforcement de la nation.

Nous allons finir de passer de la nuit à la lumière.

Rendez-vous en mai 2014, mais avec les lunettes spéciales qui permettent de suivre les éclipses solaires.   

Que faire de la SNCM ?

L'avenir de la SNCM est engagé. Depuis trop longtemps cette entreprise est une vache à lait. Elle est envahie par toute sorte de mafias.

Une seule anecdote : chargé par l'actionnaire principal de l'époque, la société SOFIA avais équipé une société sous-traitante chargée de découper la viande afin de tenter de limiter les vols à bord. Peu après le lancement de cette société le personnel de garde s'était retrouvé attaché à un arbre, nus, dans l'arrière pays. Et l'usine avait sauté.

La société a évidemment disparu.

Entre les syndicats, les mafias corses et la législation française, il est impossible de faire fonctionner une ligne normale entre le continent et la Corse. Corsica Ferry  est soutenu par certains "milieux" corses. Et souhaitent la fin de la SNCM. D'autres et parfois les mêmes souhaitent que la SNCM deviennent une seconde Corsica Ferry avec des connivences ou des compromis utiles.

Au nom de la continuité territoriale, qui, dans le cas précis, n'a d'autre sens que de pomper le maximum d'argent aux Français, on a couvert de nombreux abus.

La seule alternative est

- soit de considérer qu'il y a une importance nationale à la desserte de la Corse. Il faut rendre d'ordre public les deux bouts des lignes de ferry (en excluant les autorités régionales ou locales corses) et mettre en concurrence libre autant de lignes que la concurrence voudra en présenter. Les quais de débarquements seront nationalisés et seront gérés avec des personnels des compagnies sans autres interférences. Les contrats seront des contrats internationaux et libres. Une prime de continuité territoriale sera versée par la nation toute entière  au prorata de l'activité réelle constatée à condition que le trafic n'ait pas été perturbé par des grèves ou des incidents à quai, notamment en Corse.  En cas d'incident, le coût de ces incidents sera payé par la Région Corse de rattachement du port de destination ou du port de départ selon le lieu des incidents, et consigné pour faire face à toute défaillance par retenu sur les primes de continuité territoriales.

- soit de considérer que la desserte est une affaire Corse. Il appartiendra à la Région Corse concernée de faire son affaire de la gestion des lignes et du versement éventuel d'une prime de continuité territoriale, tout en respectant les règles de concurrence européenne.  

Il faut dans tous les cas interdire une gestion directe par les régions ou les salariés. On sait que dans ce cas c'est la poche profonde des contribuables qui sera inlassablement sollicitée.

Compte tenu de l'état du pays une solution serait de concéder le port de Marseille et tous les ports corses aux Chinois. On a, de temps en temps, une grosse envie que les "politiques" corses et la CGT aillent se faire voir un peu chez les Grecs, notamment au Pirée…

La crise, les experts et la télé

Le premier anniversaire de l'élection du président Hollande stimule les émissions de télévision. Il faut esquisser un premier bilan.  On a donc vu Jean-Luc  Mélenchon discuter avec  Jacques Attali sur une chaîne. Le même soir, sur une autre chaîne, l'émission d'Yves Calvi a fait se confronter les "experts"" habituels, c'est à dire Yves Thréard, chargé de la pensée de droite, M. Philippe  Dessertine, chargé de défendre les positions européistes, M. Todd, chargé de lui-même  

Nous n'évoquerons pas la philosophe de service qui n'avait rien à dire d'utile et qui s'acquittera de cette mission avec l'air pincé et sévère que les femmes philosophes affectent à la télé.

Le thème était toujours à peu près le même dans les deux cas : les hommes politiques sont-ils devenus impuissants ?

Il faut noter que tous ces intervenants sont des experts médiatiques répertoriés depuis bien avant la crise et qu'aucun n'avait eu la gentillesse de nous prévenir qu'elle arrivait. Le fait d'être incompétent et aveugle n'entraîne aucune conséquence médiatique. L'important est d'être "institutionnel" et d'avoir une "gueule" qui passe bien. Après cela, le fait d'avoir été vu à la télé vous classe parmi ceux qui doivent être éternellement revus à la télé.

Ces personnes étant intelligentes, on trouve toujours un ilot d'observations justes dans le flot de paroles qui se déverse sur le spectateur. Mais comme elles ont été totalement aveugles et incapables de comprendre les évènements, le fond manque. Un océan d'inepties se déverse alors, censées justifier les a priori politiques des "posturants", choisis justement pour ce qu'ils  représentent.

Le "talk-chaud" de Mélenchon n'avait pas pour but de faire de la lumière mais de la chaleur. Une chaleur froide et stérile. C'est qu'il est pris dans une contradiction fondamentale, dès qu'on aborde le fond des choses. Il est pour l'Europe qui peu ou prou conduit la politique économique déflationniste de la France, mais croit qu'un "rapport de force " établi en France permettra de retourner la situation. Pourquoi ? Parce qu'en menaçant de ne pas payer la dette, tout le monde se mettra à genoux.  Et de citer l'Argentine qui n'a pas remboursé ses dettes et "s'en sort très bien". Le défaut de paiement, voilà la solution.  Face à ces rodomontades, Attali, constamment coupé,  se contente de répéter inlassablement la même phrase. Vous n'avez pas tort mais la solution n'est pas en France mais en Europe. C'est l'Europe qui doit mener la politique que vous défendez pour le trop petit hexagone.

L'Europe ? Organiser la cessation de paiements ?

La situation de l'Argentine n'a rien de comparable à celle de l'Europe. Les dirigeants de ce pays, depuis Péron, conduisent des politiques démagogiques qui ont fait passer l'Argentin du statut d'oncle d'Amérique doré sur tranche à celui de membre paupérisé d'un pays enchaînant les crises et ne parvenant pas à en sortir.  L'Argentine est un cas typique de ruine par la démagogie. Lorsqu'il s'est agi d'en sortir, les réformateurs ont choisi une solution baroque : un "currency board" basé sur le dollar. Jamais cette solution technique, utilisée principalement dans les colonies  des grandes puissances et par des micro-états ne pouvant assurer la crédibilité d'une monnaie locale, n'avait été expérimentée par un grand pays indépendant. Dans un système de changes fixes, de type Bretton-Woods, le dispositif aurait pu fonctionner. Les changes flottants le mettait en danger dès lors que le dollar montait sur les marchés et que la monnaie de ses partenaires économiques majeurs baissait.  La forte dévaluation du Real brésilien, alors que le dollar grimpait à des sommets, a fait exploser le "currency board".

L'Argentine s'est alors débarrassé de ses dettes en décidant un défaut de paiement et a dévalué très fortement sa monnaie. Comme elle dispose d'un secteur agricole exportateur important, le "Campo" et que la Chine au même moment avait des besoins explosifs de nourriture et les moyens de payer, la balance commerciale s'est fortement redressée et l'argent a commencé à affluer dans les caisses des sociétés exportatrices du Campo. Echaudé par les manipulations monétaires constantes et séculaires du pays, le Campo n'a fait revenir qu'une fraction des revenus gagnés qui sont partis dans les paradis fiscaux ou aux Etats-Unis.  Le résultat est connu : les Kirchner, après s'être personnellement enrichis par tous moyens, se sont trouvés sans ressources nationales pour faire face aux besoins généraux du pays. Comme plus personne ne veut y investir depuis le vol des créanciers et des investisseurs étrangers, l'Etat s'est  retrouvé sans moyen pour faire vivre les grandes villes du pays et son administration pléthorique. On a alors volé les réserves de la banque centrale, mis en place des taxes intolérables sur les exportations et, à nouveau, tout bloqué. La situation argentine est toujours aussi lamentable alors qu'il s'agit d'un des pays les plus riches en ressources naturelles. La politique des coups d'éclats est un miroir aux alouettes. C'est la leçon argentine. Qu'elle soit reprise par Mélenchon ne saurait étonner.  Ses solutions sont les mêmes : on annule unilatéralement les dettes ; on relance à tout va la dépense publique en imprimant des billets ; on taxe à mort tout ce qui bouge. Le désastre est au bout. L'exemple argentin est plus que parlant. 

Dans ce cas il n'y aurait naturellement plus d'Euro ni d'Europe.

La chaleur Mélenchon ne réchauffera que les cruches et les imbéciles.

La position d'Attali est-elle plus claire ?  Il affirme : la solution sera européenne ou ne sera pas. Très bien. C'est une évidence si l'Euro doit être conservé. Mais  comment  sortir des ornières actuelles ? Grand silence. L'Europe, l'Europe, l'Europe ! Seulement voilà : les européistes ont mis en place l'Euro sans nous dire comment cela marchait si on se contentait d' un jeu de règles simplistes, sans cabine de pilotage et dans un monde de changes flottants.  M. Attali n'a rien à nous dire sur les solutions permettant de dépasser cette carence.

Finalement l'échange Attali-Mélenchon ne débouchera sur rien.  Sinon de l'audience pour les organisateurs et un peu de "revu à la télé" pour les protagonistes.  Aucun intérêt.

Tournons-nous vers Yves Calvi. Sa question sur l'impuissance des politiques a-t-elle trouvée une réponse convaincante ? Disons le tout de suite : non ! Un concours d'inepties dans un flot de truismes n'apporte rien à la réflexion.

Examinons quelques thèmes.

Pourquoi le Président de la République Française, qui a plus de pouvoirs que n'importe lequel des dirigeants des grands pays , est-il, de fait, aussi  impuissant que le président le plus faible, qui doit être celui d'Italie, avec ses 88 ans chevrotants ?

C'est "la faute aux grands corps de l'Etat" affirme Todd. Ces vilains sont en fait des banquiers et comme la finance règne en malfaisante, ils règnent comme des malfaisants. Le Premier Ministre n'a pas de pouvoir. les Ministres encore moins. Ils ne choisissent même pas leur cabinet. Thréard surenchérit : les Ministères sont pléthoriques et impossibles à bouger.  Mais" je déteste qu'on mette les hauts fonctionnaires en situation de boucs émissaires".   On bascule alors sur le rôle des parlementaires, leur impuissance, la nécessité des mandats multiples pour qu'ils ne s'ennuient pas complètement. 

Quelle est notre propre position sur cette question cruciale ?

La France n'est pas responsable de la crise mondiale qui s'est déclenchée fin juillet 2007 avec le blocage du marché monétaire interbancaire.  Pas plus que l'Europe. La crise va révéler la formidable faiblesse de la zone Euro et la vulnérabilité d'une France qui a choisi la course folle au non travail et à l'impôt.

Sortir de nos difficultés supposent qu'on ait une vision des causes de la crise globale et de la fragilité de la zone Euro. Si on n'en parle pas, on cause dans le vide.

Le Président de la République Française a un rôle à jouer et dans le monde et en Europe. Mais encore faut-il  qu'il ait une vision des problèmes et des solutions. Nicolas Sarkozy a eu une intuition des problèmes  et une envie d'agir. Mais pas de levier intellectuel pour être efficace. Son action a largement été une agitation, même s'il a réussi à faire bouger des gens qui ne voulaient rien voir ou rien faire. La difficulté avec M. Hollande, c'est qu'il n'a aucune vision de rien et qu'il ne bouge sur exactement rien. Il ne tient aucun discours utile parce qu'il n'a ni diagnostic ni solution.

Ce n'est pas son impuissance institutionnelle qui compte en premier. Le  président qui a plus de pouvoirs que quiconque serait prisonnier d'une Europe trop forte, d'une décentralisation non maîtrisable ou d'une Administration incontrôlable ? L'impuissance est d'abord intellectuelle. Hollande ne sait pas. Il n'a pas réfléchi au-delà des slogans et des éléments de langage de communicants. Il n'a rien à dire, rien à proposer. Les évènements sont plus forts que son babil de démagogue. Et il s'en fout. Il est là où il voulait être. Le reste compte peu. Sa désinvolture est un peu trop visible.   

Les invités de M. Calvi ne pouvaient pas s'engager sur la voie de ce diagnostic simplement parce qu'ils sont exactement dans le même cas. Aucun n'a un vrai diagnostic de la crise, aucune réflexion réelle sur la faiblesse européenne, et seulement des lueurs partisanes sur le cas français.

M. Hollande a été assez puissant pour asséner un choc fiscal et un choc moral si fort au pays qu'il l'a mis à l'arrêt et  a tout aggravé. Il n'a eu aucune impuissance à faire l'inverse de ce qu'il fallait faire. S'il ne renverse pas la vapeur c'est qu'il ne le veut pas, non qu'il ne le peut pas. Il est un président puissant et catastrophique. Les vaticinations sur son impuissance supposée sont ridicules.

La vraie question aurait du être  de savoir si, ayant un diagnostic et une volonté positive, il aurait pu la faire prévaloir. La carence de curiosité a tué le débat.

On retrouve la même impuissance sur la question européenne.  L'européiste Dessertine sort son apologie. L'Europe c'est la paix. L'Euro vient de loin et c'est la sagesse car le commerce basé sur une bonne monnaie unique c'est la paix.  Si cela ne marche pas, ce n'est pas la faute de l'Europe ou de l'Euro mais des dirigeants nationaux qui n'ont pas compris que le monde a changé.  Il énonce une théorie curieuse et nouvelle : ce sont les dirigeants occidentaux qui, en 1990,  ont choisi d'ouvrir les vannes monétaires et de débrider le crédit pour maintenir la croissance et les systèmes trop généreux de Welfare state mis en place à la Libération. L'endettement aurait  été volontaire et concerté. "Fait pour". On paierait cette erreur aujourd'hui.

Cette théorie est fausse. La courbe en U de l'endettement atteint son point bas en 1970 et commence sa remontée à partir de cette date. La libéralisation des mouvements de capitaux n'a pas été décidée en 1973 pour libérer la dette, mais parce que les changes flottants imposent, pour avoir un minimum de cohérence, que ce soit les marchés qui fixent la valeur respective des devises, les banques centrales se contentant de stabiliser la hausse des prix entre 0 et 2%. Pour cela elle devait être indépendante des Etats et ne pas les financer directement. Les accords de la Jamaïque ont créé une mauvaise solution qui n'a jamais marché, mais ils étaient un minimum cohérents avec la doctrine qui les justifiait.

On espérait de la libération des mouvements de capitaux à long comme à court terme qu'elle permette une allocation optimale des capitaux vers les meilleurs investissements. Pas qu'elle augmente la dette ! Les salles de marché pléthoriques datent des années 70, pas 90.

Cet espoir sera déçu et le système en fait ne marchera pas. Il sera la source de déséquilibres croissants qui alimenteront la dette mondiale  jusqu'au point où elle deviendra insoutenable.  Comme Dessertine est en faveur des changes flottants et qu'il n'en a jamais analysé les dangers, il ne peut qu'inventer une scénographie historico-politique aventurée  qui doit être mise à la poubelle des hypothèses farfelues.

Les gentils diront : au moins il avait une idée. Elle est fausse. Mais c'est un début.

On sait que M. Todd a une marotte : expliquer l'impossibilité de l'Euro par la sociologie et le régime matrimonial. Nous avons déjà démonté cette idiotie sur ce blog. N'y revenons pas.

La crise a révélé la faiblesse de la zone Euro qui est d'être gérée par la norme (3% de déficit d'état dans le PIB et 60% de dettes publiques cumulées  par rapport à ce même PIB). La gestion par la norme est une utopie qui a été balayée par la crise. Une zone monétaire unique doit avoir des organes de pilotage au jour le jour. Elle n'en a pas. Elle n'en veut pas. Elle crève. Stop !

M. Thréard n'a aucune idée particulière sur toutes ces questions. Il est pour l'Euro. Point."Credo ergo sum".

Reste le grand débat sur le monde qui aurait radicalement changé. Les gouvernements occidentaux, européens, français n'auraient pas pris la mesure des "changements de paradigmes" (élément structurant de la novlangue de bois) et auraient conservé les voies et moyens de l'immédiate après guerre.  

Depuis Alvin Toffler et la "première crise la plus grave depuis 1929", la mode, pour les penseurs cosmoplanétaires,  est de voir des chocs du futur assommer les pauvres gouvernants qui ne voient rien venir malgré les brillantes analyses de leurs  causeurs de télévision.

Pour Todd, le monde est peuplé de nullités qui ne savent pas les beautés de la sociologie. S'ils s'occupaient un peu plus du régime des naissances, ils comprendraient enfin ce que lui a compris depuis longtemps : Todd est un immense scientifique qui détient la vérité.  S'il a une tronche sinistre et un comportement d'imprécateur, c'est parce qu'il est le seul à dire le vrai, la tête dans les berceaux.

Pour Thréard c'est naturellement le modèle social français qui est décalé. Trop de dépenses publiques associées  à pas de production et voilà le résultat. Vision idéologique à courte vue mais cohérente avec les positions de son journal.

Pour Dessertine il faut s'adapter à un monde nouveau et les Allemands ont montré le chemin.   C'est facile. Vive l'Europe à l'Allemande pour tous. Sauf que le mercantilisme allemand ne fonctionne que si les autres n'ont pas de politiques mercantilistes 

Aucun ne veut voir ce fait crucial : un produit doit s'échanger contre un produit et le travail contre le travail. Avoir mis en place, contre les statuts du FMI, contre la  Charte de la Havane, un système qui fait que les produits et le travail s'échangent contre du papier, en laissant les déficits et les excédents grimper  à des niveaux intolérables, a provoqué une montée faramineuse du chômage, cassé la croissance mondiale, désorganisé les échanges et les décisions d'investissements et finalement fait sauter tout le système financier.

Comment faire comprendre  à M. Yves Calvi qu'il faut qu'il sorte un peu des analyses éculées de ceux qui n'ont pas vu venir la crise, ne la comprennent pas et disent encore et toujours n'importe quoi ?

Margaret Thatcher, Jacques Delors et l’Euro : le malentendu

La disparition de Margaret Thatcher a stimulé la haine des dévots socialistes injurieux.  Le jour de sa mort, la recherche sur Google avec les critères « Thatcher+Salope » donnait 3.500 réponses. On en est déjà à 6.910 deux jours plus tard. On atteindra assez vite  les 10.000 au moment de l’enterrement.

La chasse aux sorcières était naguère critiquée par la gauche, celle de Voltaire, comme une infamie. Depuis que le socialisme a squatté la gauche, chasser la sorcière est devenu un jeu nécessaire. Ceux qui comme Eric Zemmour considèrent les socialistes comme l’équivalent des « djihadistes » musulmans trouveront tous les exemples qu’il leur faut dans cet indécent déchaînement. Que des cultureux « de gauche » puissent s’associer à ces ignominies est une marque de plus de la déchéance des intellectuels socialistes européens.

Il est intéressant, dans une optique purement économique, de relever dans ce dégueulis général  une erreur curieuse. On charge Margaret Thatcher d’avoir été avant même Reagan, à la source des "dérégulations sauvages" dont certains voient la cause unique des nos malheurs économiques actuels.   

Il suffit de lire les mémoires de Mme Thatcher (The Downing Street Years), et dans le même mouvement le rapport Delors, pour comprendre la fausseté presqu’absolue de ce crédo mille fois répété.

Que demande le rapport Delors : la libéralisation totale des mouvements de capitaux ; l’interdiction pour les banques centrales de prêter aux Etats ; L’indépendance de la banque centrale.

Que dit Mme Thatcher : “No ! No ! No !”

C’est donc l’ex Ministre des Finances socialiste de Monsieur Mitterrand qui propose le système fragile qui vient de montrer sa dangerosité : un système de libre circulation des capitaux à court terme avec une BCE indépendante ne prenant en considération statutairement que des questions d’inflation moyenne en Europe.  C’est lui qui créé un système monétaire européen où le taux de change n’est plus piloté.

La responsabilité de Delors et de ses amis dans la construction d’un système bancal donnant aux banques et à la finance un rôle hypertrophié est première.

Margaret Thatcher, beaucoup plus pragmatique, était contre.

Elle l’écrit clairement : "l’EERM (l’European Exchange Rate Mechanism) conduit le Royaume-Uni à être sous la domination de l’Allemagne ! "

Il ne faut pas confondre Thatcher et « Merkozy » ou « Merkollande » !

Elle parle de Delorsian Socialism, avec des extensions à l’échelle du continent. « Rien de cela n’était acceptable pour moi ».

Le malentendu est complet : l’idéologue est Jacques Delors. Il est directement responsable du système imbécile qui nous vaut la déflation actuelle et le passage de la France sous la férule de l’Allemagne.  Margaret Thatcher, prudente et attentive à la rationalité des décisions, est beaucoup plus sage et ouverte.  « Je veux un bénéfice prouvé, pas de risque excessif et aucune dépossession de la légitimité que je tires de mon élection». Pas de bénéfice, pas d’accord.  Trop de risques, pas d’accord. Trop de renoncements de souveraineté, pas d’accord !

Jamais Delors et ses amis n’ont averti de la fragilité et des dangers de leur système. Aucune discussion pratique n’a eu lieu en public sur ces questions clefs. Le débat s’est concentré, lors du referendum de Maastricht, sur les abandons de souveraineté, qui ont été minimisés ou niés. Thatcher, oui.

Elle a montré beaucoup de courage parce que son propre gouvernement était plutôt en faveur de l’ERM. Elle a été confrontée à une pression énorme de son Ministre des finances associé à son Ministre des affaires étrangères qui, la veille de la conférence de Madrid qui devait mettre l’ERM en marche, ont mis leur démission dans la balance.  

Le résultat est que le Royaume Uni n’est pas, aujourd’hui,  à la remorque de l’Allemagne et de ses désirs déflationnistes. Il est vrai que Cameron a lancé son propre plan déflationniste avec des résultats peu probants.

Cameron n’est pas Thatcher.  

Rendons à M. Delors ses propres créations et à Mme Thatcher l’honneur de son bon sens  d’épicière.

Le démagogue et la PME

Le démagogue est un certain Jean-Louis Destans, énarque, député socialiste de l’Eure. Pressé par la direction de son parti  et par les équipes de l’Elysées de faire valoir aux entreprises que la « boîte à outils » du président Hollande est un merveilleux cadeau qu’on leur fait, il envoie, sous en-tête de l’Assemblée Nationale et aux frais du contribuable, une circulaire selon laquelle « les entreprises sont la priorité de la puissance publique » et  peuvent se saisir de mécanismes « particulièrement simples d’accès ». Il s’agit naturellement de tout l’attirail de mesures artificielles prises en urgence  après qu’un choc fiscal hystérique ciblé sur les entrepreneurs et les investisseurs eût arrêté net l’économie en septembre-octobre 2012 :

-          Le CICE : le crédit d’impôt compétitivité emploi,

-          La BPI : la banque publique d’investissement

-          Le CIR : crédit impôt recherche et le JEI : statut des jeunes entreprises innovantes

-          Le Contrat de Génération (sans sigle. Dommage ! Avec Contrat Génération Travail, on aurait eu CGT ce qui aurait passionné les patrons). 

On sait que le gouvernement a prélevé entre 25 et 40 milliards d’euros sur les entreprises avant d’envisager d’en rendre une partie avec le CICE, sous des formes absurdes.

La BPI est la fusion de deux organismes existants et dont la vice-présidente est l’ex-compagne du président de la république, vice-présidente dont les investissements, en tant que présidente de la région Poitou Charente, ont été pratiquement tous perdus. Népotisme et nullité réunis en bouquet, cela vous classe tout de suite une politique. 

Le CIR existait déjà.

Le contrat de génération est une usine à gaz qui donne de l’argent public pour créer des binômes entre un jeune et un vieux. Effet d’affichage politique  sans rationalité économique.

Les quatre mesures sont la marque indélébile d’une énarchie compassionnelle qui vous vole votre montre, la porte ostensiblement, et entend vous donner l’heure, à ses conditions et pourvu qu’on lui dise merci.

Comment le Monopoly grotesque imaginé par le leader méprisé de ce que la presse appelle désormais ouvertement un groupe de ripoux socialistes, est-il apprécié par les PME ?

Voici la réponse du patron d’une PME de Saint-Pierre de Bailleul, M. Hughes Leblanc, visiblement insensible à la compassion des énarques qui nous gouvernent:

« Monsieur le député,

J’accuse réception de votre lettre et vous remercie pour votre sollicitude. Je serais tenté de vous répondre comme les bourgeois de Calais visités par Louis XIV et à qui celui-ci demandait ce qu’il pouvait faire pour eux : « SURTOUT, SIRE, NE FAITES RIEN ».

Quand on voit le rapport qualité prix des services rendus par la mafia Parlementaires + Fonctionnaires + Syndicats, on a tendance à vouloir changer de fournisseurs.

Jugez le résultat :

-          La France a des coûts de fonctionnement dépassant de 20% ses revenus

-          Avec les 35 heures, les 5 semaines de congés payés, la retraite à 60 ans, la France est la risée de la terre entière.

-          Un nombre de fonctionnaires double, par habitant, de celui des Allemands

Ce que propose Monsieur le Président de la République :

-          Augmentation de 65.000 du nombre des fonctionnaires

-          Création de 150.000 postes de jeunes aides fonctionnaires (sans formation)

Quant à vos usines à gaz, crédit d’impôt, banque d’état etc.

Remisez-les  simplement et diminuez :

-          Les charges sociales (les plus élevées du monde)

-          L’impôt

MEFIEZ VOUS DE LA COLERE DU PEUPLE  (DANTON)

Meilleures salutations »

Ruiner les gens et leur tendre quelques-unes des pièces volées pour qu’ils vous lèchent la main est une attitude déplorable et un détournement de la République par ce qu’il faut bien appeler aujourd’hui des incapables malintentionnés dont l’honnêteté est douteuse.


Puisqu’on évoque aujourd’hui la question des incompatibilités avec la fonction d’élu, la première mesure à prendre et d’interdire qu’on puisse être élu dans une assemblée ou membre d’un exécutif qui fixe votre rémunération. Ce qui veut dire que tout fonctionnaire ne peut être éligible au Sénat, à l’Assemblée nationale, qu’après avoir démissionné de la fonction publique.

Adieu les Hollande, Aubry, Ayrault, Moscovici, Eckert, Fabius, Royal, Destans,  Juppé, et tous ceux qui croient qu’ils doivent compléter leur concours de l’ENA ou compenser l’ennui de leur fonction  administrative par une compétition politique « à qui volera le plus le citoyen », pour son bien naturellement. Voir deux excellences de préau d’école comme MM.  Ayrault, professeur d’allemand, et Eckert, professeur de maths,  s’occuper, sous la direction d’un membre de la Cour des Comptes qui n’a, lui, jamais exercé le moindre travail statutaire (pourtant bien modeste),  à « dynamiser » avec des gadgets administratifs et fiscaux, les entreprises qu’ils se sont employées à ruiner,  n’amusera que ceux que l’effondrement français excite.

En tout cas, on le voit bien :  cela n’amuse pas les patrons de PME.

En lisant M. Lemaire

Monsieur Lemaire, comme Monsieur Baroin, a  écrit un livre sur son expérience ministérielle,  aussitôt dans l'opposition. Ces livres n'ont aucun caractère informatif. Ils ont uniquement pour but de promouvoir la personnalité de leur auteur et de leur donner une épaisseur que leur action politique n'a pas véritablement permis d'étalonner.

Disons le d'entrée de jeu : le livre est plus dense et mieux écrit que celui de F. Baroin qui l'avait coiffé pour le poste de Ministre des Finances. M. Lemaire a un bagage intellectuel, une culture générale et une réflexion politique plus étoffée.

Malheureusement les deux livres ont le même défaut : ils montrent tous les deux l'impuissance des ministres.

M. Baroin flottait comme un ludion et s'agitait en tentant de faire le moins de vagues possible tout en restant dans le plus grand vague possible.

M. Lemaire est plus volontaire mais son rôle aura été  celui d'un commis voyageur. Il s'est épuisé en avion, et en réunions où il faut convaincre. Convaincre de quoi ? Convaincre qui ? Pour quels résultats ?

La Cour de Justice Européenne ayant décrété que la politique d'aide sociale n'était pas de la responsabilité européenne  selon les traités, il s'empresse de convaincre qu'il faut  garder une politique mutualisée  de charité publique alimentaire en Europe. Le rôle du dirigeant est d'arroser la clientèle. Mais voilà : la charité doit se faire sur une base nationale. Au lieu de le comprendre, le voilà en guerre. En vain.  C'est bien de déclarer que l'Allemagne est bloquée par son prurit juridique, mais considérer qu'on doive violer les traités pour faire la charité avec l'argent des autres était absurde. Il aurait dit : je veux faire la charité un peu plus avec l'argent des Français, on l'aurait au moins entendu.

Plus sérieux est la question de la régulation des marchés agricoles. Nicolas Sarkozy voulait asseoir sa posture comme grand dirigeant mondial promouvant la bonté vis-à-vis des pauvres du monde et avait ouvert cette tête de chapitre. Pourquoi pas ? Même si le côté Sœur Theresa de nos politiques fait toujours un peu rire. De négociations épuisantes en négociations épuisantes on aboutit à un texte du G.20 dont l'effet aujourd'hui est … Est quoi justement ?  Personne n'en sait rien et tout le monde s'en fout.

Tout le livre est ainsi empli de cette vacuité insidieuse qui fait du ministre non pas l'homme d'un diagnostic fort et d'une politique effective mais un négociateur, un homme lige, un représentant de catégories électorales chargé de les mettre en condition pour les prochaines élections. Il défend la dépense, la subvention, le mécanisme d'arrosage des intérêts, toujours compatissant, indéfiniment compatissant. .

Bruno Lemaire fait beaucoup parler Nicolas Sarkozy. S'est-il rendu compte qu'il en a fait une sorte de neu-neu incapable de parler un français un minimum correct ? On découvre que, dès la moitié du quinquennat, il a pris le style qu'on découvrira lors des élections de 2012 : faussement patelin ; centré sur lui-même ; pleurnicheur ; faux copain ; hagard. L'homme ne s'est jamais remis d'avoir été élu Président. Pathétiquement il essaie d'entrer dans le costume et s'épuise dans l'exercice sans réellement peser sur les choses, ouvrant inlassablement des têtes de chapitres, souvent avec une excellente intuition, et ne faisant que des courants d'air.

Comme on n'est jamais mieux servi que par soi même, M.Lemaire dresse son propre  portrait, flatteur, en faisant parler les autres.  Tous disent qu'il est un grand espoir, qu'il est le presque meilleur d'entre nous, qu'il doit se construire sa stature car elle sera formidable, qu'il aurait du être Ministre des Finances à la place du Ministre des finances, qu'il ne l'a pas été parce qu'il travaillait trop et qu'il était trop bon à l'Agriculture, et que et que.

Au final le livre de M. Lemaire pose la question de l'impuissance gouvernementale française et de son rôle de pure défense de la dépense publique.

Il est vrai qu'à la fin de la mandature Sarkozy, la question a été posée d'un recadrage massif des dépenses publiques. M. Lemaire agite les grelots sur un thème que nous avons traité sur ce blog : "faisons ce qu'il faut même si cela nous coûte l'élection ; au moins on aura fait notre devoir". Pourquoi ne pas supprimer les 35 heures ? Sarkozy refuse.   Fillon fait remarquer à Lemaire qu'il y a dans les tiroirs un plan à 90 milliards d'économies. Et c'est lui qui lui dit : chiche !

Sur 2.000 milliards de dépenses, une réduction de 10%, absolument nécessaire,   représente 200 milliards, sauf erreur de calcul. 90 milliards, ce n'est rien, quand on se tient à la hauteur des problèmes. Réduire de 4.5% la dépense publique est possible et nécessaire. Mais non. La peur électorale et le poids de la fonction publique dans les hautes sphères politiques fait qu'on s'en tiendra à un plan qui fait la part belle à l'impôt et exige pratiquement rien en matière de réduction de la dépense publique, comme nous le constaterons aussitôt sur ce blog.  

Si bien que le père de famille nombreuse qu'est Lemaire en vient à exiger la dénaturation du système des allocations familiales française et à abandonner son statut de fonctionnaire pour prouver sa bonne volonté.

On ne demande pas aux hommes politiques des sacrifices personnels mais de créer des systèmes politiques et fiscaux durables et n'empêchant pas toute croissance. Le contre exemple est la mise en place de système comme le RSA qui fixe dans le non travail des centaines de milliers de personnes qui ont vite fait leur calcul, même si l'intention et inverse, ou comme celui des intermittents du spectacle, où des subventions à la presse en contrepartie du monopole des ouvriers du livre, où la PAC, ou la gratuité de l'université dans la misère de l'université ou  etc.

Que Monsieur Lemaire nous dise : oui il faut mettre fin au blocage du développement portuaire français  en supprimant le statut des dockers ; oui il faut mettre en faillite la SNCM et supprimer le statut des marins français ; oui il faut mettre fin aux statuts des cheminots qui rend absolument impossible toute rentabilité d'une compagnie de chemin de fer ; oui il faut réserver les statuts publics uniquement aux fonctions régaliennes (militaires, policiers, juges, haut fonctionnaires,) mais pas aux auxiliaires professionnels qu'ils emploient ; oui il faut supprimer la gratuité du petit risque, en ne subventionnant de dispensaires que pour les plus pauvres.  Là il va toucher à des vaches sacrées qui coûtent des dizaines de milliards d'euros à la collectivité. Sans aucune contrepartie positive. Aucune.

Il ne suffit pas, Monsieur Lemaire, d'avoir été un excellent élève, d'avoir des capacités à l'évidence au dessus de la moyenne et même une haute idée de l'Etat et de la France. Il faut avoir du courage et accepté d'être vilipendé et traîné dans la boue par des cloportes.  Regardez Charles de Gaulle, traîné dans la boue tous les jours par les socialistes et que le minable Hollande a voulu réduire à Pétain et Hitler via Papon avec sa commémoration de la provocation du FLN de 1961.  Regardez Mme Thatcher que l'on enterre aujourd'hui sous les injures en France sous les fleurs au Royaume Uni en dépit du mépris de la gauche cultureuse  anglaise. Le film qui la montre détruite par la maladie d'Alzheimer est une ordurerie comme on en voit peu.  Laisser à jamais de la "Femme de Fer" l'image d'un "déchet" comme on dit au parti socialiste ! Et de crier à la délicatesse du traitement. Toutes les télé ont titré "mort d'une femme exceptionnelle mais  contestée".  Contestée !

Elle a dit à l'IRA : vous tuez. Vous voulez mourir une fois mis hors d'état de nuire. Mourez !*

Elle a dit aux syndicats qui avaient ruiné le pays : " Vous n'aurez pas ma peau. J'aurai la vôtre et le pays s'en trouvera mieux".

Elle a dit aux mineurs : "je ne subventionnerez pas malgré vos manifestations une activité sans espoir de rentabilité".

Elle a dit à l'Europe : "OK pour toutes vos conneries mais je ne réduis pas mes fonctionnaires pour nourrir ceux de la CEE". En ajoutant :  "je veux qu'on me rende mon argent".

  Elle a dit à ses fonctionnaires : "Vous êtes trop nombreux. Je n'en garderais que 700.000, en attendant 500.000".

Elle a dit aux Argentins : "Pas touche aux propriétés de la Couronne".

Et elle a mis ses actes en rapport avec ses paroles. Elle a eu une volonté. C'est cela que l'on conteste.

Elle a eu une volonté vis-à-vis de tous les prédateurs abusifs et a redonné  une vitalité au Royaume-Uni.

C'est intolérable pour la gauche socialiste qu'elle soit anglaise ou française. Une volonté ! Vous vous rendez compte. C'est du fascisme.

Alors Thatcher est devenue dans tous les forums pratiqués par des gens de gauche "Thatcher la Salope", "Lady  Pinochet" etc.

Que M. Lemaire s'inspire de l'exemple de Charles de Gaulle et de Margaret Thatcher.  Il faut annoncer ce qu'on veut faire. Et le faire. En acceptant la boue qui sera répandue sur vous par toutes les forces de gauche et du centre coalisées.

Il ne suffit pas d'être grand, d'avoir des yeux bleus, de porter une haute ambition pour soi même. Il faut accepter d'être piétiné et vilipendé en clamant haut et fort les nécessités nationales, en les prenant par le bon bout.

Cher M. Lemaire, nous vous avons envoyé un petit livre qui résume les sept péchés capitaux de la politique française. Nous ne saurions trop vous conseiller de le lire. Vous verrez combien vous êtes loin de ce qu'il faut annoncer à la nation.

Vos indéniables qualités méritent d'être encouragées. Encore un effort !

Choc à Chypre !

La nouvelle est tombée et a mis en émoi la planète finance :  Les banques chypriotes, exsangues après avoir déprécié d'énormes quantités d'actifs grecs, et autres,  ne verraient pas les dépôts de leurs clients garantis. Ceux-ci perdraient jusqu'à 10% de leurs avoirs. Les déposants se sont rués aux guichets de leurs banques qu'ils ont trouvées closes.

Du jour au lendemain, sans que leur responsabilité soit le moins du monde engagée, ils sont passés de créanciers de leur banque  à débiteurs de l'état chypriote. Bien sûr la démagogie ambiante a voulu qu'on évoque un traitement différent entre "riches" et "pauvres". Mais pour la première fois depuis des lustres, un système bancaire organisé sur l'engagement implicite que les dépôts sont peu ou prou garantis, affirme : je m'assoies sur le principe de base qui me fonde.  Et c'est l'Europe qui s'y colle.

Naturellement pour masquer la trahison des déposants, les communicants ont bien travaillé. Ce ne sont pas de gentils déposants qu'on a dépouillé au coin d'un bois. Mais de vilains oligarques russes, fraudeurs, nécessairement fraudeurs. Voler un voleur n'est pas du vol. On n'a d'ailleurs pas appelé cela un vol ; juste une taxe. Si on ne peut plus taxer le capital !

Même les Argentins avaient mis des formes avant de voler les déposants.  Ils avaient eu la gentillesse de bloquer les comptes de dépôt mais en créant un "corralito", un sous dépôt en accès libre.  On pouvait sortir l'argent de ce sous compte. Au compte goutte. Ensuite on avait converti tous les avoirs en dollars en pesos sur la base d'un cours fictif. C'était du vol et il avait ruiné de nombreux usagers des banques argentines, notamment les entreprises françaises. Mais les principes avaient été respectés :  la valeur faciale des dépôts  était respectée.

Ici on ne ruse pas. On prend et on empêche le client de se retourner contre sa banque : ce n'est pas elle qui a pris ou perdu l'argent déposé. Mais l'Etat qui a taxé.  La réputation de place de Chypre est en même temps sauvée (momentanément)  et anéantie (durablement). Ce qui entraînera à terme la faillite de toutes les banques qui y travaillent et il faudra soutenir l'île à nouveau !

L'affaire éclaire plusieurs aspects importants de notre système financier.

- D'abord, on a laissé les banques chypriotes engager des actifs qui représentent 8 à 9 fois la valeur du PIB de Chypre. C'est la même histoire qu'en Islande ou en Irlande.  L'Etat est dans l'incapacité de garantir quoi que ce soit.  Normalement le capital des banques aurait du servir d'amortisseur pour les pertes éventuelles, avant que l'on s'en prenne aux dépôts.  Les pertes ont été tellement énormes que même les nouvelles règles prudentielles de Bâle III n'auraient pas permis de faire face. Aucune garantie implicite ou explicite n'aurait permis de faire face.  Ruiner les Chypriotes pour qu'ils couvrent les dettes des banques aurait été vain. Les Islandais et les Irlandais  doivent ruminer leur haine, puisqu'eux y sont tenus, du moins en partie. De même que les citoyens qui contribuent partout par leurs impôts à sauver leurs banques nationales. Il serait normal que dès que les actifs des banques d'un Etat représentent plus de deux fois le PIB du pays, une procédure d'alerte soit mise en place.  On s'est attaqué aux banques dites systémiques. On voit bien que même les banques chypriotes inconnues le sont.

- L'affaire relance l'idée de banques de paiements se substituant aux banques de faux-dépôts. Actuellement un dépôt bancaire n'est pas un dépôt. Mais un prêt fait à la banque de façon implicite. La banque utilise pratiquement comme elle veut cette liquidité. En général elle profite d'un dépôt pour multiplier les prêts et recréer de la monnaie de crédit, ou pour investir dans des actifs dont elles espèrent une plus value. Ou elles créent de la monnaie ou elles spéculent.  Si le portefeuille de prêts est non performant ou si les actifs perdent de la valeur, les dépôts de la banque sont en danger.

On fait une distinction théorique entre crise de liquidité et crise de rentabilité. Dans la pratique les deux mécanismes jouent ensemble.

Pour limiter les risques de panique et de ruées sur les guichets, les Etats se sont organisés. On a créé des banques centrales étatisées qui doivent faire face aux crises de liquidités. La loi a imposé le recours aux comptes de dépôts  et aux paiements bancaires pour pratiquement toutes les dépenses un peu importantes (versement des salaires, gros achats, etc.). Le fisc ne vous rembourse que par virement.  Il est désormais quasi impossible de vider un compte en monnaie banque centrale : on exige de faire un virement dans une autre banque. Les banques, aux limites de la loi, imposent de retirer du liquide à leurs guichets automatiques. Les sommes sont limitées. Les ruées sont rendues impossibles. De toutes façons, il est interdit de se promener avec de grosses sommes : 10 mille euros maximum.

Les Etats ont donc créé le besoin de passer par une banque et l'obligation de déposer. En laissant entendre que le dépôt était sûr. Si un mouton noir venait à ternir la place, la solidarité des autres acteurs joueraient à plein. Et l'Etat serait là !

"Soyez confiants !"  ont dit les Etats Européens : vos dépôts ne risquent rien. Et voilà que cyniquement on en prélève le dixième à Chypre !

Lorsque la confiance dans un système aussi trompeur et branlant est ébranlée, les conséquences peuvent être rapidement dramatiques.

Nous réitérons pour notre part notre suggestion de banques de paiements.

Une banque de paiements reçoit vos dépôts, mais ce sont de vrais dépôts. L'argent est consigné et vous appartient. Vous l'utilisez comme bon vous semble. Vous pouvez le laisser là : c'est la thésaurisation en espace protégé ; vous pouvez l'utiliser, la banque de paiement offrant tous les services correspondants (chèques, virements, retraits d'espèces, etc.).  Vous pouvez le placer et investir. Les produits financiers sont achetés à ceux qui les proposent qui  statutairement ne peuvent pas être des banques de paiement mais des établissements financiers et qui travaillent sans filet public. Si vous avez mal investi c'est pour votre pomme. A vous de choisir l'établissement et le produit financier qui vous convient. En cas de problème vous perdrez tout ou partie de vos placements. Pas vos dépôts. Il y a plus qu'une nuance.

Il y a aura compétition sur le service et son coût entre banques de paiements qui deviennent des sociétés de service comme les autres. On veillera à ce qu'aucune banque de paiement ne dépasse 5% de la collecte pour éviter oligopoles et monopoles.

Les institutions de placement seront en concurrence pour séduire l'épargnant et proposeront une gamme de produits plus ou moins longs plus ou moins risqués.  A cette épargne ciblée correspondront des activités de prêts et de spéculations également ciblées, avec un rapprochement des durées d'immobilisation des ressources et des emplois. Le système financier sera beaucoup plus stable et plus honnête.   

- Troisième aspect de l'affaire chypriote : la crise bancaire n'est pas terminée. Le hanneton continue à pousser devant lui sa boule de crottin. Des milliards de dettes irrécouvrables sont recyclées jusqu'au jour où le recyclage ne marche plus. La pyramide de dettes continue à s'effondrer mais de ci de là par petits paquets. Il en reste pour 10 à 15.000 milliards de dollars.  

Seulement.

Super-Mario vs super-Mariolle ?

Le "clown" Beppe Grillo et le "golden-boy" de Goldman-Sachs, Mario Draghi, donnent à la querelle de l'Euro comme un air de Commedia dell'Arte.

Faut-il en rire ou en pleurer ?

Alors que la crise entre dans sa cinquième année, les grands pays sortent les armes du râtelier. Le Japon montre les dents pour répondre à la Chine, qui derrière un sourire énigmatique, construit un arsenal sur la capture de l'industrie mondiale. Les Etats-Unis ne savent plus où ils en sont, pris entre la gabegie monétaire et budgétaire et la volonté de puissance. L'Allemagne profite de la sous-évaluation de l'Euro par rapport à ce qu'aurait été le DMark pour engranger les excédents. L'hostilité des autres membres de l'Union commence à se faire farouche.

Mario Draghi est vanté comme sauveur de l'Euro pour avoir affirmé qu'il lâchera autant d'euros qu'il sera nécessaire pour faire face à toute panique sur la dette. Mais la réalité des pays du sud, dont la France, est une régression économique déflationniste majeure qui casse tous les codes, y compris ceux de la démocratie.

Les milieux traditionnellement pro-européens ou même européistes crient au populisme mais se taisent sur le fond. Ils sont bien obligés de constater que l'Euro, "cela ne marche pas".  Ils n'ont pas de solution.

Les partis anti-système s'en donnent à cœur joie, partout, et spécialement en France,  au point que le Front National, sous la houlette de Marine Le Pen croit pouvoir atteindre 50% aux prochaines élections européennes…

François Hollande, avec sa triple personnalité, un tiers vipère socialiste, un tiers anguille désinvolte, un tiers couleuvre indécrottable, s'enfonce dans le discrédit avec son gouvernement de guignols et sa majorité parlementaire d'excités. Ils ruinent consciencieusement le pays avec une absence de vergogne tout à fait remarquable.

La droite de gouvernement a disparu des radars.

Manuel Barroso est, comme toujours, parfaitement inexistant.  La Commission ne sait plus si elle doit être molle ou dure.

Le FMI est aux abonnés absents, ce qui est normal pour une institution créée pour accompagner des changes fixes et ajustables et qui se retrouve avec un système de changes flottants qui ne lui laisse qu'un rôle subalterne.  

Mme Merkel est obligée de faire profil bas et pourrait bien être la prochaine victime électorale de la crise.

Plus personne n'ose indiquer un chemin de sortie.   

Le vide politique en Europe est désormais évident. Le monde s'ébroue dans un sens pas nécessairement très réjouissant.

La situation commence à pourrir sérieusement avec des risques désormais grands de dérapages irrémédiables. S'ils se réalisent, l'Euro sautera comme un bouchon de champagne. Le retour de la panique n'est pas loin.  Dans ce contexte la France est incroyablement vulnérable, avec un gouvernement dont les motivations et les pratiques sont totalement contraires aux nécessités du moment.

Le constat est facile. Des solutions sont-elles envisageables ?

Mais oui, bien sûr !

En France, on sait que le secteur privé marchand a été tellement réduit qu'il ne peut se reconstituer qu'avec de la patience et du temps. Il faut revenir progressivement sur toutes les dérives commencées en 74 avec la présidence Giscard, accélérées par la présidence Mitterrand et confortées par les présidences Chirac et Sarkozy.  Il faut restaurer un secteur marchand important en le libérant des 15 points de PIB  qui l'ont assommé et rétréci, en mettant fin à trop de gratuité et en dégonflant progressivement un secteur public hypertrophié. Evidemment, on ne le fera pas en injuriant les patrons, en faisant fuir les fortunes et les jeunes énergies par des impositions spoliatrices, et en paralysant la société. Il faut revenir en France à une société socialement équilibrée et qui travaille. Est-ce que le PS est capable de prendre en charge ces nécessités ?

On peut en douter. Mais le chemin d'une amélioration interne de la situation française est parfaitement clair.

En Europe, on sait également de façon parfaite qu'on ne peut mettre en place une zone monétaire unique sans institutions appropriées. Il faut un gouvernement économique de la zone Euro qui ne doit pas fonctionner pas du tout sur les bases de la Communauté de Bruxelles. Il faut à la zone Euro un Chancelier Européen  qui impose les politiques monétaires, financières, budgétaires et sociales qui permettent l'unité de comportement de la zone vis-à-vis de l'extérieur et celles des gouvernements membres dans un sens non déflationniste. La BCE doit dépendre du Chancelier. L'Euroland cessera d'être un zombi sur la scène internationale et pourra proposer autre chose que la déflation aux pays du sud.

Pour le monde, il n'y a pas plus de doute sur l'action prioritaire à mettre en place : il faut supprimer les changes flottants et revenir à une système monétaire international basé :

- sur la parité des nations

- sur la fixité de principe des changes avec des souplesses pour sortir des situations de blocage

- sur le contrôle qu'il n'y a ni déficits ni excédents monstrueux.

- sur un désir de coopération véritable.

Avec ce système, le monde est sorti en 20 ans, avec une forte croissance, de l'endettement provoqué par la guerre de 40.

Dans le seconde où ces trois mesures seront en capacité de se conjuguer, la crise sera terminée.

Et on pourra comprimer les diablotins à ressort pour qu'ils rentrent dans leur boîte.

Si on continue en France, en Europe et dans le monde à faire exactement l'inverse de ce qui est nécessaire, alors les plus grands désordres sont à anticiper, à commencer par l'explosion de la zone Euro. Car il est sûr, comme nous le répétons depuis toujours, que les solutions grecques ne pourront pas s'appliquer à la France, alors que F. Hollande pointe le navire France vers les rochers du cap Sounion.

Le reste suivra. La tendance géopolitique n'est pas à la sérénité.

Ces idées ont-elles une chance de s'imposer ?

"Donnez moi un levier", aurait dit Archimède.

La pédagogie de la crise ne suffit pas.

Le FMI devrait être ce levier.  Et au sein de l'Europe, c'est le couple Franco-Allemand qui devrait être l'axe agissant.

Est-ce que Mme Lagarde est au niveau des nécessités internationales ?

Est-ce que Mme Merkel et M. Hollande peuvent s'élever au niveau des nécessités européennes ?

Est-ce que M. Hollande peut se faire violence à lui-même pour monter sa réflexion et son action à la hauteur de l'urgence française ?

L'UMP aurait pu être un facteur de maturation au moins de la réflexion sur les solutions. Il fallait pour cela qu'elle fasse vite sa rupture avec Nicolas Sarkozy qui manifestement n'avait pas su comment faire. Sa réflexion en est toujours restée aux têtes de chapitre, son action se diluant dans l'insignifiance dès qu'il a fallu passer aux actes. L'arrivée immédiate d'un Fillon comme Président aurait pu permettre cette réorientation en douceur.  Les jeux d'appareil frénétiques de JF Copé ont cassé cette dynamique qui aura bien du mal à repartir.

On voit que la poursuite de la crise tient plus à des interrogations politiques qu'économiques.

En attendant, Super Mario et Super-Mariolle sont dans un bateau. Qui va tomber le premier à l'eau ?

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile

 

La terrible réalité française

Ordres de grandeur significatifs :

- Valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand hors finance :  950 milliards d'Euros

- Dépenses publiques : 1.300  MME - Prélèvements : 1.100 MME.  (soit plus que la valeur ajoutée des entreprises)

- Dettes publiques : 1.800  MME, soit deux années de valeurs ajoutée, avec un besoin de financement annuel de 180 MME . Dettes privées, hors système bancaire et banque centrale 2.700 MME. Total : 4.500 MME.

Ces trois horreurs sont à rapprocher des autres grandes estimations :  

Effectifs du secteur marchand :

                Propriétaires, dirigeants et cadres supérieurs : 300.000, dont gagnant plus de 200.000 Euros /an : 30.000.

                Salariés : 16.000.000

Résidents français dépendant  quasi entièrement de l'Etat pour leur revenu : 20.000.000 (dont 4.5 millions de chômeurs déclarés et 7 millions de fonctionnaires ou personnels à statut).

En 2012 les dirigeants privé ont payé entre 75 et 100% de leur revenu en impôt. Plus de 5.000 ont payé plus de 100%. Une cinquantaine de chefs d'industrie se sont exilés.

Les différentes mesures prises ont préempté à peu près 40% de leurs avoirs, qui ira à l'Etat encas de vente ou de succession. La motivation d'investir à disparu.

 

Conclusions :

Les entreprises du secteur marchand sont dans l'incapacité absolue de résorber le chômage. Il faudrait qu'elles augmentent leurs effectifs de près de 4 millions de personnes ce qu'elles n'ont pas fait en 50 ans ! Compte tenu de la compétition et des gains de productivité, il faudrait  un croissance globale de 30% à 50%  de leur chiffre d'affaire dans les cinq ans à venir. . Alors que beaucoup d'entre elles sont à moins 20%, moins 30%.

La France ne peut pas rembourser sa dette. En imaginant une maturité moyenne de 10 ans et un taux de 5%,sachant que le besoin de financement serait stabilisé à 180 MME, on aboutit si on veut amortir la dette actuelle sur 10 ans, on aboutit à un flux de paiement de près de plus  500 MME par an, soit 50% de la valeur ajoutée des entreprises du secteur privé, dont 100% sont nécessaires pour équilibrer la dépense publique, même réduite de 25%

Impossible.  

Les perspectives sont donc entièrement bouchées, sauf, changement de cap radical.

Si la France avait été  bien gérée depuis 1974 elle aurait 25 à 30.000.000 de salariés, 500.000 chômeurs et 2.500.000 fonctionnaires ou assimilés. Et pas plus de 200 MME de dettes globales

Sa préférence pour l'emploi public, l'impôt, le chômage, l'assistance, la gratuité généralisée et la dépense publique, l'a amputée des deux bras et d'une jambe.  

MM. Hollande et Eckert sont en train d'écraser les moignons d'économie dynamique qui nous restent, et tentent d'arracher la dernière patte valide.

La jeunesse diplômée et active est désespérée.

Le revenu par tête baisse.

Bravo à tous.  

 

La France : un pays socialiste ?

Les faits électoraux sont clairs.  Pour la première fois de son histoire, le Parti socialiste a tous les pouvoirs en France : la Présidence de la République, l'Assemblée Nationale, le Sénat (avec d'incommodes alliés), la quasi-totalité des Régions, la plupart des grandes villes y compris celles qui étaient considérées naguère comme imprenables comme Paris ou Lyon.

Pour la première fois un Président socialiste a pratiquement tous les pouvoirs avec la durée pour les exercer.  Après une phase où il a consciencieusement démoli tout ce que son prédécesseur avait tenté de construire ou d'empêcher, il a asséné un tel  choc fiscal ciblé sur les familles aisées, les entrepreneurs et  les cadres supérieurs qu'il a bloqué net l'activité économique et démoralisé la nation toute entière.

On mesure aujourd'hui l'intensité de ce choc qui voulait frapper 10% de la population pour épargner les autres 90%  et qu'on a aggravé par le climat insultant et haineux qui l'a accompagné. Le bâtiment s'est arrêté net. Les projets d'investissement ont stoppé.  Les plans sociaux se sont  accélérés. Les boutiques ont vu leur clientèle disparaître. Les gros investissements dans les voitures et l'ameublement ont été remis à plus tard. Le personnel de maison a été licencié. On a cessé d'embaucher. En six mois, des centaines de milliers de chômeurs en plus.

L'échec de cette politique a eu comme conséquence de rendre caduques toutes les prévisions du gouvernement et les engagements du Président. Il avait promis d'inverser la courbe du chômage fin 2013 : on sera bientôt à 11% avec  près de 10 millions de foyers  vivant en France uniquement de secours publics ou ses succédanés. Il s'était engagé à revenir sous la limite des 3% du PIB pour le déficit public à fin 2013. On sera plus près de 4%, annihilant les sacrifices fiscaux faits par les Français les plus actifs. Voilà maintenant qu'on va tenter de les priver en partie de ce pourquoi ils ont cotisé à taux majoré : les allocations familiales ; la retraite, les déductions pour enfants scolarisés etc.

Les promesses hollandaises de relance de la croissance ont tenu ce que durent les roses.

Du coup les Français commencent à s'interroger sur qui est vraiment ce François Hollande, grossier et désinvolte, qui rigole sur les ruines de leur patrimoine, de leur emploi et de leurs espoirs.

Est-il un simple fumiste qui a réussi un coup politique en bénéficiant des circonstances et qui fait n'importe quoi en ricanant une fois sur le trône républicain ?

Est-il un énarque politicien, culotté mais  mal préparé, qui découvre les réalités et qui panique.

Est-ce un simple opportuniste qui joue la démagogie à fond, appuyé sur un quarteron de communicants ?

Est-il un socialiste conséquent, conscient qu'avec les moyens que la 5ème République lui donne, il peut profiter de la crise pour créer un vrai régime socialiste où la "bourgeoisie" serait balayée par l'impôt.  Il entrerait ainsi dans le "Panthéon socialiste" pour avoir réalisé une révolution de velours par l'impôt, sans toucher aux droits fondamentaux, sauf celui de la propriété.  L'article de Zbig Brataniec, sur ce site, évoque les ressemblances entre le discours Hollandais et celui qu'il a connu en Pologne au temps du "socialisme réalisé", façon soviétique. Va dans ce sens le fait qu'à 20 ans, F. Hollande, fils de "fasciste", adhérait à l'UNEF-Renouveau communiste et pas à l'UNEF socialiste.

La vérité est probablement un mélange des quatre, ce qui n'est pas reluisant. Et pose la question de savoir si les Français veulent réellement vivre dans une société socialiste.

Après avoir été débarrassée de la guerre d'Algérie, la France a voulu montré sa volonté d'en finir avec les tensions qui avaient marqué les 100 années précédentes et conduit à des catastrophes humanitaires sans précédent.  En risquant la simplification, on peut affirmer qu'elle a considéré qu'elle devait pacifier ses relations  avec tout ce qu'une société qualifiée de "bourgeoise" avait défendu avec une certaine énergie. Elle a voulu faire droit  aux revendications :

- de la communauté juive, martyrisée par les Nazis, mais avec la complicité de Vichy et qui se considérait encore victime d'un certain antisémitisme latent en France

- de la communauté homosexuelle, mis au ban de la bonne société pendant longtemps et qui se présentait comme persécutée

- des femmes qui revendiquaient la parité, et présentaient également une réclamation victimaire

- des noirs et des arabes victimes du racisme et de la colonisation

- des classes sociales défavorisées qui exigeaient une meilleure prise en considération

- des travailleurs travailleuses, avec qui on cherchait la paix et la fin de la lutte des classes en acceptant la promotion du discours syndicaliste, une grande mansuétude devant la délinquance en col rouge et un arrosage systématique d'avantages divers et pas toujours justifiés

- de la demande de paix générale en Europe via la construction de l'Europe  communautaire.

- de la nature martyrisée par les pollutions diverses.

- des délinquants "victimes d'une société répressive"  

En gros, les Français ont voulu couper avec une tradition de bourgeois mâles blancs, dominants, productivistes,  n'hésitant pas à la conquête et, s'il le fallait,  à la répression.

Presque tous les films français depuis 70 montre des bourgeois corrompus, assassins à l'occasion, prêts à tout pour du fric.  Il est intéressant de noter que les deux grands succès récents montrent pour l'un que la vraie vie se passe  à l'étage des bonnes espagnoles, pas à l'étage du bourgeois sordide et son épouse lamentable et, pour l'autre, que le blanc riche, paralysé à la suite d'une activité sportive à haut risque, choisie probablement pour masquer la vacuité d'une vie bourgeoise et friquée, avait besoin d'un noir de banlieue pour retrouver une existence humaine.

Le Français a voulu devenir politiquement correct, gentil, prêt à toutes les bonnes actions et prêts à encaisser tous les coups que pourraient lui asséner ses anciennes "victimes", du moment que cela ne lui coûte pas grand-chose d'autre que de modestes génuflexions et un peu d 'argent.

Fini le bourgeois, le beauf, le fasciste. La France a vécu 40 années de réaction anti-bourgeoise, dans un consentement progressif mais finalement assez général. Il a été rendu plus facile par l'effondrement du communisme. On oublie souvent que, malgré bien des apparences, Mai 68 a été un mouvement largement anti-communiste.

Nous pouvons apporter ici une explication à Zbig Brataniec de la raison pour laquelle les drames  qui ont ravagé les Pays de l'Est, et notamment son pays , la Pologne,  ont été gommés. On ne pouvait pas à la fois "pacifier" nos relations avec les syndicats et la classe ouvrière tout en assimilant la droite à l'antisémitisme d'Etat et au génocide, en ouvrant un front moral contre les génocides commis au nom de l'instauration violente du socialisme. On les a donc escamotés.  

On dira : vous décrivez la tentative de la gauche et généralisez abusivement à la France entière !

Certes la gauche actuelle couvre assez bien l'ensemble du champ de cette réaction antibourgeoise, et on a vu M. Hollande réactiver tous ses codes, avec le droit de vote aux étrangers, le mariage homosexuel, la politique laxiste de Mme Taubira vis-à-vis des criminels, le discours vis-à-vis de l'Afrique et de l'Algérie etc.

En fait, elle été plutôt absente sur la question des femmes et le mouvement homosexuel ne sera pris en compte qu'assez tard : l'affaire du sang  contaminé et l'inculpation de Fabius marque la césure. De même la conversion écologique a été lente.

La gauche politique a été plus opportuniste que motrice. La gauche culturelle a été à la manœuvre.

Rappelons que G. Pompidou, jeune, se voulait socialiste, comme le révèle d'Ormesson dans un livre récent ; R. Barre déclare dans ses mémoires avoir mené une politique "social-démocrate". J. Chirac voulait illustrer un "travaillisme à la Française". Giscard prétendait avoir un cœur, et a inventé "l'énarchie compassionnelle", tout en interprétant mieux que les socialistes nombres d'éléments d'une politique d'ouverture sociétale, notamment vis-à-vis des femmes. L'église elle-même s'est voulue repentante et décidée à se montrer ouverte à bien des nouveautés qu'elle combattait jusque là.  

On traite parfois de bobos tous ces Français bien intentionnés, qui grosso modo ont adhéré plus ou moins consciemment à cette réaction anti-bourgeoise. Ils n'aiment pas cela parce que justement ils ne se croient pas bourgeois et ils sont rarement bohèmes : le plus souvent ils sont fonctionnaires ! Le PS est indiscutablement plus en phase avec leur sensibilité aujourd'hui, surtout depuis que Nicolas Sarkozy a décidé, en partie, de revenir sur certains de ses développements. Il amorcé une réaction contre la réaction. Il n'est pas difficile de constater que de l'UDI de Borloo aux différents courants anti-sarkosistes de l'UMP (Mme Bachelot, la dénommée NKM, …),  il existe une forte assimilation des thèmes de la réaction "anti-bourgeoise" et anti répressive  au sein même de l'UMP. Cette contre réaction ne passe pas facilement au sein de la droite de gouvernement.  

Nous assistons depuis une quinzaine d'années à une prise de conscience progressive que cette attitude bonasse a favorisé des abus et des dérives qui deviennent criants. Beaucoup se demandent si le balancier n'a pas été trop loin.

Renoncement au nationalisme d'accord et vive l'Europe ! Mais depuis Maastricht la rupture entre l'Europe des fédéralistes et le peuple est devenue une véritable fracture.  On le voit en Italie, ce jour même, avec le résultat des élections, mais c'est la même chose en France.

Renoncement à l'antisémitisme d'accord, mais nous ne pouvons plus suivre la politique d'Israël quand elle alimente une guerre perpétuelle avec le monde musulman ponctuée de crimes et de massacres.  Le succès phénoménal du  livre de Hessel, mort aujourd'hui,  est là pour témoigner de ce revirement. La compétition mémorielle qui sévit désormais entre noirs, arabes, juifs, homosexuels, etc.,  toujours sur le dos de la France, commence à sévèrement agacer les Français. 

L'insécurité est devenue incontrôlable. Un livre récent (Orange Mécanique : l'ensauvagement de la France) révèle que "l'ensauvagement de la France "est désormais sans solutions.

La paix sociale est plébiscitée, mais pas quand elle est détournée pour simplement donner des avantages extravagants aux diverses fonctions publiques, et laisser se développer des pratiques choquantes (Ouvriers du Livre, Marins de Seafrance, Dockers, intermittents du spectacle etc.).

La générosité sociale est admise mais pas quand toute la charité publique est faite sur emprunt tout en créant une fiscalité confiscatoire. L'hyper-fiscalité française ne passe plus. Le sondage de Marianne de cette semaine le montre bien.

Quant à l'altération de règles millénaires comme celles de la filiation pour complaire à 0.3% des couples, parce qu'ils sont  homosexuels, elle a fait réagir des centaines de milliers de Français.

Nous sommes certainement en plein retour de bâton, le fameux "backlash" des anglo-saxons.  La politique de Hollande n'est plus en phase avec l'opinion. Il en fait trop. L'effondrement économique français et le climat d'hystérie qu'il entretient vont accélérer "la réaction contre la réaction".

Le mouvement "pacificateur" n'a en fait rien pacifié. Il a multiplié les contradictions  et créé les conditions de nouvelles tensions.

Pacifier les relations avec les ouvriers ? Il n'y a plus d'ouvriers. En revanche le chômage va dépasser 11%  de la population active.

Pacifier les relations en Europe ? Jamais elles n'ont été plus tendues.

Etc.

Les Français s'aperçoivent qu'on leur demande de refaire des combats historiques clos depuis des décennies. L'esclavage ? Le colonialisme violent et répressif? L'antisémitisme génocidaire nazi ? Toutes ces batailles sont closes depuis des lustres sans que personne ne demande à les reprendre. C'est à l'époque qu'il fallait se battre contre les idéologies ou les intérêts qui les avaient suscités.

La France qui avait été de toutes les percées technologiques, automobile, cinéma, aviation, grande distribution, banque est incapable désormais de se hisser en tête des combats de titans de la mondialisation. Nos grandes réussites, L'Oreal, Publicis, LVMH,  sont toutes des entreprises qui sont nées avant guerre.

La France bourgeoise a été d'un dynamisme industriel, commercial, militaire, intellectuel, culturel extrêmement fécond. En 1930, la France était la première nation du monde. Aujourd'hui elle est insultée par le premier histrion venue et fait rire dans tous les cénacles.

En voulant pacifier, harmoniser, tranquilliser, on a fini par châtrer le pays.  La castration a été d'abord fiscale mais aussi morale : on a cultivé la volonté d'impuissance, au prétexte que  la puissance froissait des élytres et réprimait.

Maintenant nous en sommes au point où nous constatons l'impuissance de la volonté.

Oui nous sommes impuissants contre la délinquance, nous sommes impuissants contre les mouvements migratoires non désirés, nous sommes impuissants contre l'Europe de Bruxelles ou contre la politique impossible de Mme Merkel, nous sommes impuissants face au délire monétaire américain, nous sommes impuissants face au mercantilisme de la Chine, nous sommes impuissants face à la toute puissance des hauts fonctionnaires, nous sommes impuissants contre les nouvelles oligarchies régnantes, nous sommes impuissants dans la mondialisation.

Nous-mêmes, nous défendons depuis près de 20 ans toujours les mêmes trois grands thèmes :

- l'organisation monétaire internationale défaillante et voulue par les américains tue le capitalisme. Mais la France est muette.

- l'inorganisation de la zone Euro et sa gestion par la norme et la déflation tuent l'Europe. Mais la France n'a aucune doctrine à opposer.

- l'hyper-fiscalité française et la captation du pays par l'énarchie compassionnelle forment les conditions d'un drame qui voit la France sortir des pays dynamiques. Mais la dénonciation des entrepreneurs et des fortunes attise la haine fiscale contre les entreprenants et ceux qui réussissent.

C'est parce que la France a cessé de vouloir et de combattre que nous nous sommes laissés enfermer. C'est parcequ'elle récuse la nécessité d'un corps important de "bourgeois" efficaces, c'est à dire de personnes qui gagnent et investissent et qui sont prêts à prendre des risques pourvu qu'on ne les plume pas,  qu'elle s'enferme dans le recul et le déclin.

Le refus d'une structure sociale complète et d'une société sans trop de complaisance,  explique la déchéance de la volonté française. Elle est la base de sa déréliction économique.

La médiocrité des présidents récents et notamment celle de N. Sarkozy et de F. Hollande sont des marqueurs de l'effondrement de la volonté française.

La France n'est pas socialiste. La suite le montrera.

Mais en voulant faire l'ange, elle a fait la bête. Et elle le paie.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile.

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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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