L'étrange malédiction de Valéry Giscard d'Estaing

L'élection présidentielle au suffrage universel, voulu par De Gaulle et votée par les Français met sur le pavois des personnalités dont la psychologie et la compétence deviennent cruciales pour le pays. De Gaulle était un pragmatique capable de faire table rase et de construire une pensée longue et coordonnée, source d'une action réfléchie poursuivie dans la durée. L'inspiration de base était que la France n'était pas tout à fait rien et qu'il fallait la maintenir au plus haut de son influence possible. Il a défini un cadre institutionnel qui dure encore près de 50 ans après sa mort, et les grands axes de sa politique étrangère restent sous-jacents même s'ils s'estompent peu à peu. Son déficit personnel tient à son étatisme militant. Il a largement préparé l'émergence de l'Enarchie. Mais elle n'était pas compassionnelle. Il faudra l'arrivée de Pompidou pour infléchir l'orientation générale vers une plus grande importance de l'économie privée.

Après ces deux premiers présidents, la quasi-totalité des élus au poste présidentiel seront des habiles manœuvriers politiques et des ambitieux narcissiques tout heureux de se retrouver sur le pavois.

Valéry Giscard d'Estaing a été le premier de la liste des politiciens madrés et blanchis sous le harnais qui ont réussi à obtenir leur Graal personnel. Sa longévité politique est tout à fait étonnante. Il porte le chapeau d'Edgard Faure dès les années cinquante et se retrouve en 2015 (65 ans après, tout de même) à donner des conseils écoutés pour l'avenir de l'Europe. À part la Reine d'Angleterre, qui a d'autres soutiens institutionnels, personne n'a fait mieux. Il s'agit bien d'un phénomène politique. Il est malheureusement affecté d'une malédiction étrange. Tout ce que ce président a signé s'est retourné au point qu'il en est venu à dénoncer lui-même toutes les conséquences perverses des décisions qu'il a prises.

Il a voulu adopter la législation du pays à ce qu'il voyait comme l'évolution des mœurs et il a préparé la mort du mariage traditionnel, en mettant fin aux mesures qui freinaient l'adultère et en facilitant le divorce. À la fin de ce processus, il a regretté que le mariage ait perdu de sa fonction sociale fondamentale.

Il a signé les Accords de la Jamaïque qui actaient la fin des politiques de changes coordonnées et l'abandon des disciplines de balances commerciales et de paiements. Ces mesures ont été la base légale de la création d'une économie baudruche qui a fini par exploser. Aux grands regrets de VGE qui considère désormais que l'instabilité générale est dommageable à la prospérité.

Il a promu l'élection du Parlement européen au suffrage universel, donnant un vernis démocratique à la construction bureaucratique qu'était la CEE. Beaucoup d'observateurs avaient considéré que cette décision marquait le début d'un processus de dissolution de l'influence française perdue dans la masse des populations de petits pays. Gulliver a créé lui-même les liens qui l'ont enserré. VGE affirme maintenant que le Parlement a violé les règles et trahit l'Europe en abusant de son pouvoir pour imposer le président de le l'UE.

Il a mis fin à l'émigration de travail mais en mettant en marche le regroupement familial. Ce faisant il a imposé aux "commuters" qui faisaient l'essuie-glace entre le Maghreb et la France de s'installer. Un peu plus tard, il dénoncera "l'invasion" des immigrés.

Il a mis fin à la possibilité pour la Banque de France de financer directement l'Etat, rendant le seigneuriage aux banques et en privant l'Etat. Il regrette aujourd'hui que les règles de l'Europe basées sur le même principe empêchent de sortir certains états de la crise de la dette où ils sont enfermés.

Il a constamment voulu aller vers un couple Franco-Allemand, sorte de Directoire de l'Europe. À la fin l'Allemagne fait ce qu'elle veut et ne tient en rien compte de ce que veut la France. On a promu un Etat mis à l'index de l'Europe après les crimes atroces du nazisme, qui, depuis la réunification, mène une politique nationale contraire aux intérêts fondamentaux de l'Europe.

Il a milité pour l'Euro, annonçant partout qu'une monnaie unique était la seule possible et qu'il fallait en finir avec l'idée d'une monnaie commune. Il regrette aujourd'hui l'état économique lamentable de la zone.

Par un effet pervers étonnant tout ce qu'il a prôné est devenu pour lui un objet de douleur.

Les Français ont voté contre son projet de Constitution. VGE ne sera pas le Père fondateur de l'Europe fédérale, même si Sarkozy l'a fait voter par le Parlement dans une version identique sans le nom de Constitution, tout à fait abusif. Les résultats ne sont pas fameux. VGE s'en insurge. Trop de Commissaires, pas assez de subsidiarité, trop de pays, trop différents. Tout cela est exact.

La solution de VGE : Europe. On fond l'ensemble franco allemand en une seule entité. Les Français ne le veulent pas. Et VGE, quand il aura 120 ans, nous expliquera sans doute que cette nouvelle institution, comme les précédentes, s'est retournée contre l'intérêt national. L'ennui, c'est qu'il n'y aura plus de France !

Bien sûr on peut ricaner de certains travers de VGE. Une forme de fatuité, les déjeuners à l'Elysées avec les éboueurs, les dîners en ville dans le bas peuple, l'imitation ridicule de la communication à l'américaine, avec son épouse en pot de fleurs distingué lors des vœux, sa sortie grotesque après sa défaite aux présidentielles de 81, son afféterie à affirmer qu'il a couché avec Diana,

Il est sans doute plus juste de remarquer que par tempérament politique, VGE a cru qu'il pourrait enfourcher le politiquement correct sans avoir une vision propre et réfléchie des buts de son pouvoir. Il a cédé à l'esprit du temps parce qu'il y voyait sans doute un "progrès", facile à vendre politiquement, puisque cela était congruent avec l'idée qu'il se faisait de son image "jeune et moderne". La phrase qui lui a fait gagner son combat contre Mitterrand en 1974 (vous n'avez pas le monopole du cœur) est malheureusement la clé de son échec. Il aura prouvé que glisser sur la pente du politiquement correct avec le cœur en bandoulière était plutôt dangereux pour la nation et que la com' ait finalement contre-productive, même si elle est compassionnelle. S'exhiber à ski sur les pentes ensoleillées. de Courchevel ne l'a pas empêché de prendre une gamelle électorale. Le résultat aura été un septennat fiscal, où toutes les tendances qui sont à l'origine des difficultés actuelles ont été favorisées.

Malheureusement, tous les présidents suivants ont choisi plus ou moins la formule "giscard". Habileté manœuvrière et politiquement correct, nappés de fiscalité.

Mitterrand était, par nature, un ambitieux narcissique et, par vice, un pourrisseur. Ses deux mandats ont affaibli la France aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. Il a porté l'Etat fiscal à son plus haut et la France à son plus bas.

Chirac, que l'on déguisait en "fasciste" dans les années soixante-dix, s'est révélé un bel animal politique. Une fois au pouvoir il s’est lové dans une attitude de ni ni, qui revenait à laisser la France glisser sur la pente du déclin et du politiquement correct émollient.

Sarkozy défendra une attitude pro américaine presque aussi caricaturale que celle de Lecanuet, tout en sombrant dans l'électoralisme de bas étage et la soumission au politiquement correct. Lui aussi est un animal politique. Toute coïncidence avec l'intérêt national ne serait qu'une coïncidence. Il aura prouvé qu'en ne prenant de mesures qu'en vue de sa réélection, on pouvait la perdre. On attend toujours une vision construite de l'avenir du pays.

Hollande a copié Sarkozy en prétendant reprendre les habits de Mitterrand. Ici aussi, il ne s'agit que d'une aventure individuelle qui fait de lui un Lou Ravi de la fonction. Il ne la mérite pas mais il en jouit sans entraves. Le pays ? Quel pays ? L'élection, voilà le Graal et l'unique objet de mes pensées et actions. Il a simplement abaissé le débat au niveau le plus bas : les cadeaux aux peuples. "Maintenant je distribue ; c'est pas cher c'est l'Etat qui paie. Je les aurais à la "tchatche", tous ces c… qui voteront pour moi".

On se prépare à un nouvel affrontement entre Foutriquet et Bidochon, sur fond de manœuvres de communication, d'opérations images, de démagogie suintante et de politiquement correct majestueux, agrémenté de croche-pieds judiciaires ou autres.

Ne faudrait-il pas plutôt mettre fin à la parenthèse tragique ouverte avec l'élection de VGE. Plutôt que de mettre en cause le principe de l'élection présidentielle, ne faut-il pas promouvoir un homme et une équipe capable de reconstruire le pays sur des bases un peu sérieuses. Tout est à reconstruire :

- l'organisation internationale, notamment dans le domaine des monnaies, de la finance et du commerce international.

- l'organisation occidentale avec une réforme de l'Otan et des relations transatlantiques

- l'organisation européenne, qui doit cesser de desservir les nations.

- l'organisation de la zone euro qui doit sortir d'un système dépressionnaire structurel

- l'organisation publique de la France, avec la séparation du pouvoir politique et du pouvoir administratif.

Il faut désormais un président constructeur. Pas un ludion qui suit les courants d'opinion et s'incline devant les pressons des tiers en les exploitant à des fins insignifiantes de carriérisme personnel.

Le dernier à avoir eu les épaules assez larges pour cette entreprise est le Général de Gaulle. Il serait peut-être temps d'installer à la tête du pays autre chose qu'un petit malin narcissique.

Il faudra qu'il conjure la "malédiction de Giscard", qui a frappé tous ses successeurs : obtenir des résultats contraires à tout ce qu'on espérait, en se laissant couler au fil du politiquement correct et de la communication politicienne de bas étage, en envoyant la France au tapis.

Une réforme radicale de l'école

L’école est comme l’Eglise. La hiérarchie est courte : le maître, le directeur et le ministre (le curé, l’évêque, le pape) ; Moins on touche aux dogmes mieux l’enseignement passe.

De même que Vatican II a envoyé l’église catholique dans un déclin profond, l’abandon de l’instruction publique, basée sur les disciplines et l’effort, en vue de fournir le minimum de connaissances nécessaires à tous, tout en dégageant une élite indispensable à la nation, au profit d’une éducation nationale, qui n’a plus rien de national, qui n’a jamais éduqué, qui refuse de sélectionner au nom de l’égalité et de la fraternité et de sanctionner au nom des libertés, a lessivé une institution qui avait fait ses preuves depuis des lustres.

L’école comme l’église dépend de la qualité de sa piétaille. Le maître et le curé sont la  base fondamentale. L’Eglise a toujours su que le séminaire était la clé de voute de l’institution. On y sélectionnait les meilleurs, venus de la plèbe en général. L’ascenseur social fonctionnait dans les clochers. Il fallait des esprits éclairés pour sortir des ténèbres un peuple de catéchumènes constamment renouvelés et des dialecticiens efficaces pour lutter contre les attaques de l’intérieur et de l’extérieur.

Il faut des esprits assez subtils  pour expliquer comme Mgr Marty en son temps que l’Esprit Sain avait conduit les cardinaux à choisir un pape débile et mal portant pour permettre un peu plus tard de choisir un pape non italien !  Malgré tout, il vaut mieux ne pas changer de dogme lorsqu’on a fini de convaincre une classe de jeunes séminaristes que Jésus, Dieu et l’Esprit sain sont une même chose et que le premier a été enfanté par l’immaculée conception pratiquée sur Marie.

L’Eglise s’était emparée de l’enseignement. La République l’en a largement dessaisi. Elle a imité son modèle en prenant soin de former des instituteurs et des professeurs au meilleur niveau possible. L’école était sévère et son but était clair : les meilleurs passeront l’examen qui ouvre vers les études secondaires et supérieures ; les autres auront un certificat d’étude et se débrouilleront avec cela dans la vie active.  Comme l’Eglise, les instituteurs prenaient bien soin des meilleurs, quelle que soit leur origine sociale, pour leur faire prendre l’ascenseur républicain ; les premiers de la classe ont rarement été les rejetons de la haute. La statistique et le nombre veulent cela.

Faute de bible et de saintes écritures, l’école républicaine s’est fondée sur la nation, ses hommes illustres, ses auteurs remarquables. Les Lumières étaient son socle comme la Lumère était celui de l’enseignement clérical.

Dans les deux systèmes la discipline et le respect étaient de rigueur. Personne n’était là pour rigoler. Personne n’était là pour arriver. Mais pour y arriver.   Ecrire sans pâté ; comprendre le sens des mots ; utiliser le mot juste, en élargissant son vocabulaire par l’étude et la lecture ; comprendre l’orthographe et la grammaire ; compter bien et compter vite ; réciter de mémoire ; résoudre des « problèmes » ; exposer correctement par écrit.

L’école républicaine comme l’Eglise savaient que les disciplines de l’esprit n’étaient pas tout, ni qu’elles étaient à la portée de tous. Elles en concluaient toutes deux que seuls les esprits aptes aux études devaient les poursuivre au-delà du niveau de base indispensable. Il s’agissait avant tout d’une école d’intellectuels. Que la société civile s’occupe des non intellectuels, homme d’affaire,  commerçants, artistes, artisans, paysans, marins, puis ouvriers.

L’une comme l’autre aussi savait qu’il fallait différencier  l’enseignement des filles et celui des garçons à partir de la puberté. Elles ne partaient pas de préjugés mais d’une réflexion élémentaire sur l’incompatibilité des études intellectuelles et des travaux pratiques sexuels.

Distinctions de genre et d’esprit permettaient des filières efficaces. Un enseignement est toujours coûteux. Inutile de le dispenser à qui ne peut en profiter à un bon rythme. Le don et le travail étaient tous deux chéris. Il ne fallait pas gâcher ses dons. Les bonnes graines devaient s’épanouir.

Pour qu’elles le fassent, il fallait les protéger. Le lycée était sinon une caserne au moins un lieu protégé qui enfermait moins qu’il n’évitait l’intrusion de l’extérieur.

Le baccalauréat était le passeport pour la vie active un peu ambitieuse. Seule une fraction s’engageait dans une vie universitaire qui avait pour but singulier de fournir des cadres de bons niveaux d’abord à l’enseignement  et à la Science, puis aux missions publiques : le droit, la santé.

Systèmes républicain  et clérical  étaient délicieusement coupés de toute préoccupation mercantile.  Les curés avaient fait vœux de pauvreté et les instituteurs ne gagnaient guère plus que la parentèle de leurs ouailles. Les professeurs, issus de l’enseignement supérieur et de l’agrégation, étaient des petits bourgeois et entendaient bien le rester. Proviseurs et inspecteurs du ministère comme les évêques se considéraient comme  une élite sociale.

Ce système a parfaitement fonctionné jusque dans les années cinquante. Sur une génération de 800.000 jeunes, presque tous parvenaient au certificat d’étude, permettant d’alimenter les écoles normales en solides futurs instituteurs. 80.000 passaient le bac et près de 8.000 achevaient des études supérieures, permettant de fournir un nombre adapté de professeurs du secondaire et du supérieur.

Le système scolaire fonctionnait largement en vase clos. Il fournissait les cadres de sa propre reproduction. Ce qu’on appelait l’ascenseur social était le passage d’un fils de paysans, d’artisans ou de femmes de ménage au statut d’instituteur, de professeur et, rarement,  de « docteurs ».

L’école publique comme l’école religieuse n’a jamais su faire que cela : donner le minimum intellectuel à tous et dégager des élites intellectuelles pour les propres besoins de sa propre reproduction.

Ce système correspondait assez bien à une économie où la majorité des emplois, dispersés sur tout le territoire,  étaient dans l’agriculture, l’artisanat  et le commerce.  Le niveau de vie était bas et la croissance qui  ne dépassait pas 1% par an au dix-neuvième siècle, révolution industrielle ou pas, n’avait pas encore commencé son abrupte montée.  

Le niveau du certificat d’étude était largement suffisant pour ces secteurs, la piétaille militaire, le bâtiment, le travail en usine et les services domestiques.

La notion de « cadre » était peu nette. L’entreprise d’avant-guerre était majoritairement le fait de commerçants qui avaient réussi et dont le niveau dépassait rarement celui du certificat d’étude. Même si la « grande industrie » avait ses connexions avec la haute société et la haute banque.  La majorité de la progéniture de la « haute » s’abstenait de faire des études supérieures, perte de temps et d’argent.

Il faut comprendre pourquoi ce bel édifice a sombré.

Les premiers facteurs sont démographiques :

-          La France, spécialiste du malthusianisme qui permettait de transmettre le capital paysan et commercial, a connu une hécatombe de ses mâles lors de la guerre de 14-18. Lors de la suivante, quatre générations d’hommes ont été se clochardiser dans des camps de prisonniers, juste à l’âge de la grande bascule scolaire, universitaire et professionnelle. De pareils retards ne se rattrapent jamais complètement.  Le résultat a été de bloquer le système de reproduction du système scolaire.  Le corps des instituteurs très masculins, du fait de la répartition autoritaire des postes sur le territoire, qui déplaisait aux femmes,  s’est féminisé. La maîtresse a supplanté le maître. Pour les mêmes raisons, le personnel des lycées s’est fortement féminisé. On trouvera là la principale raison de la suppression de la mixité. On ne trouvait plus assez de professeurs pour les lycées de garçons. La féminisation et la mixité ont eu des conséquences graves. Chahut généralisé, violence jusqu’à la délinquance,  irrespect, compétition pour le partenaire, irruption des marques, démotivation des garçons. En cassant les « casernes » pour des ensembles ouverts à tout vent, on a aggravé les choses. Trafics et rackets ont fait leur apparition. La triste affaire Russier a montré que la mixité pouvait entraîner quelques désordres.

-          Le baby boom  a aggravé les choses ; Associé à la volonté de massifier l’enseignement secondaire, il a cassé la chaîne d’alimentation du système scolaire en professeurs en nombre et qualité suffisants. Les mots traduisent bien la chose : les enseignants prennent le pas sur les professeurs. Au final il ne s’agira plus que de « mettre un adulte en face des élèves ».  Le phénomène est aujourd’hui particulièrement sensible en mathématiques où on trouve, même dans les grands lycées parisiens, des incapables et même des fous. Mais il touche toutes les grandes disciplines universitaires boudées par les femmes. Les lettres, le latin et le grec ont longtemps résisté, avec des femmes compétentes et bien formées. Mais pratiquement plus un homme.

-          L’immigration  massive  a provoqué l’apparition d’élèves, intégrés d’office en venant d’ailleurs, dans des classes que beaucoup ne pouvaient pas suivre. L’âge des élèves par classe s’est élevé au point que l’on trouve des adultes dans le secondaire. Le mélange des races et des origines, s’est ajoutée à la mixité pour compliquer sensiblement la tâche des « enseignants ». On est arrivé au stade où, dans certaines classes,  il n’y a plus un blanc et des élèves  de couleurs, provenant d’une dizaine d’origines nationales et ethniques différentes. Comme dans bien des cas les parents n’ont pas souhaité apprendre le Français, et que beaucoup arrivent pour la première fois dans le système français, faire la classe devient un exercice d’équilibriste.  Les autochtones fuient ces classes comme la peste, ce qui aggrave encore le phénomène. Bien entendu, races, couleurs de peau, origines n’ont pas une importance dirimante du point de vue du devoir d’enseigner ni même du point de vue du résultat de l’enseignement. Un enfant qui a fait toutes ses études dans le système, hors contexte familial et social, peut en bénéficier de la même façon quelle que soit son origine.  Dans la pratique, on constate que les enfants d’immigrés nés en France, intégrés de façon minoritaire dans des classes normales réussissent très bien. En revanche, ceux qui ont fait une partie de leurs études (ou de leur absence d’études) ailleurs et qui intègrent des écoles entièrement composées d’immigrés (parce que tel est le quartier ou la ville)  ont beaucoup de mal. C’est évidemment l’honneur des enseignants de faire face bravement à cette situation. Mais rapproché de la féminisation et de la déqualification  du corps, les conséquences ne sont pas fameuses.

La seconde série de facteurs dérangeants tient à l’évolution de l’économie :

-          Urbanisation et tertiairisation, accompagnant la chute de l’agriculture, du petit commerce et de l’artisanat, puis les besoins de reconversion des sites textiles et extracteurs a déraciné l’essentiel de la population qui s’est retrouvé sans autre capital que le capital-compétence largement fourni par l’enseignement.  Le système scolaire n’avait plus seulement à fournir une élite nationale et une alimentation de qualité  du système scolaire.. Il lui fallait offrir de la compétence professionnelle.  Issu de l’enseignement ecclésiastique, le système scolaire est totalement incapable de répondre à cette demande.

-          L’internationalisation provoque un nouveau défi. Pour la même raison que précédemment le système est capable de fournir de bonnes études littéraires dans une culture différente à une élite scolaire mais strictement incapable d’enseigner les langues vivantes.

-          La structure professionnelle s’est complétement transformée, avec de plus en plus de postes dans les médias, les arts et le sport, où la compétence que fournit  l’éducation nationale n’a pas de pertinence ; De même le besoin en techniciens supérieurs a explosé, dans tous les domaines. Et l’éducation nationale est strictement incapable de former des techniciens de qualité. L’informatique en est un des exemples les plus frappants et ne parlons pas de l’économie de l’internet.  Contrairement à l’Allemagne, la France ne sait pas former son middle management.  On passe directement de l’OS à l’ingénieur. En même temps les produits sont de plus en plus abstraits et demande une capacité de conceptualisation forte, rendant les formations intermédiaires délicates. Ce sont les ingénieurs qui finissent par occuper les places de programmeurs ou d’encadrement intermédiaire, lorsqu’ils sont stagiaires.  La banque et les services financiers sont totalement étrangers à l’éducation nationale.

On est donc arrivé à cette curiosité que le système scolaire français a sombré dans ce qu’il avait de fort et a été incapables de trouver les solutions là où il était faible ou inexistant.  Cette dégringolade est ennuyeuse parce qu’elle est cumulative. Plus le système est mauvais plus les enseignants sont mauvais etc.

Comment se sortir de ce mauvais pas ?

Il faut à la fois restaurer le système scolaire classique pour qu’il puisse  perfectionner son système de reproduction, alimenter les facultés, l’encadrer l’Etat, et fournir une élite intellectuelle aux grandes professions.  Cela veut dire que l’on doit porter 25 à 30% d’une classe d’âge au niveau d’un bac classique sérieux et 10% à 15% au niveau de licences et masters de qualité sans parler des grandes écoles.

Et il faut inventer un système qui permette de donner de vraies perspectives professionnelles (petits entrepreneurs, techniciens moyens et supérieurs, encadrement, artistes, grands professionnels du sport, e l’rtisant, de l’informatique etc.) aux autres, sachant bien qu’il restera une frange qui malheureusement restera employée dans les postes d’exécution, que ce soit dans les services à la personne, la distribution, l’agriculture et l’industrie, le service aux entreprises, la restauration etc.

La difficulté est d’éviter que le passage dans les filières professionnalisantes ne soit considéré comme un rejet dans des poubelles stériles pour nullards déclassés, comme il l’est actuellement.

Il faut prendre acte que le système scolaire public actuel n’est pas capable de s’occuper de sport, de langues vivantes, de matières manuelles, d’enseignement artistique, de langues vivantes, d’informatique…

Sur ces bases, que faire ?

Laissons de côté l’école primaire.

Le système secondaire sera séparé en deux parties :

-          La filière classique, dans la grande tradition française, chargée de façonner une classe intellectuelle  littéraire et scientifique et de dégager les élites dont la nation a besoin.

-          Cette filière classique sera aménagée en :

- Un système de lycée d’état de la 5ième à la terminale

- Un système équivalent mais régional.

Les programmes sont exactement les mêmes. Les lycées d’Etat rassemblent l’élite scolaire  et dispose des meilleurs professeurs (essentiellement des agrégés). Les lycées régionaux regroupent le reste.  Des passerelles sont aménagées entre les deux ensembles. On entre en cinquième dans les lycées d’Etat sur concours avec présentation par les établissements primaires. On entre sur dossier dans les établissements régionaux.

Un lycée classique est séparé, à partir de la seconde, en filière scientifique et en filière littéraire.

Plus original, l’activité d’enseignement purement intellectuel, que le système sait faire de tradition, est séparée des activités de « gymnase », qui n’ont pas de finalité élitistes.

 Activités de lycée :

-          Lettre (français, latin, une seconde langue majeure, grec ancien), mathématiques, physique-chimie, sciences de la vie, histoire et géographie, économie…

Activités de gymnase :

-          Sports, arts (chants, musiques, peinture, danse, etc.) , disciplines ludiques (échecs, aéromodélisme…), informatique, mécanique, électricité, plomberie, cuisine, couture  et autres artisanats, langues vivantes, cours de rattrapage …

Chaque groupe d’activité est  calé sur une demi-journée.

L’enseignement classique occupe cinq fois quatre heures dans la semaine. Le gymnase se fait dans des locaux distincts de ceux du lycée.  Chaque établissement travaille en continu avec une fournée du matin et une fournée de l’après-midi. Permettant l’optimisation de l’emploi des locaux.

Les activités de gymnase répondent à un état d’esprit totalement différent de celui du lycée. Les matières y sont choisies par l’élève. Il doit progresser avec des grades qui lui permettre de se situer dans l’acquisition d’une discipline.  Les activités de gymnase sont obligatoires mais ne sont pas sanctionnées par des examens de passage.  En revanche l’assiduité et le sérieux dans les activités de gymnase comptent pour le passage à une classe de lycée supérieure.

L’enseignement des activités de gymnase n’est pas codifié comme celuidu lycée. L’anglais pratique peut être enseigné par quiconque peut prouver au responsable qu’il en est capable. Pareil pour le sport. C’est la responsabilité des chefs de cellules de trouver les bons professionnels. Des clubs privés peuvent être sollicités, notamment pour le sport, ou des académies pour les arts, voire des conservatoires. Les activités de gymnase ne sont pas nécessairement totalement gratuites. Les cellules pourront faire appel aux dons et prévoir des cotisations. Des systèmes de bourse seront mis en place.

Les gymnases sont partagés par tous les circuits scolaires disposant d’une telle filière, c’est à dire la majorité d’entre elles, permettant un mélange des origines et des groupes. On peut être excellent en mécanique et nul en sport, très bon pianiste et nul en latin etc. L’émulation dans les activités n’est plus fondée sur la sélection intellectuelle, mais sur les dons et l’application de chacun.

Toutes les activités d’enseignement autres que les lycées classiques sont sorties du système de l’éducation nationale et deviennent de la responsabilité des régions et des professions.

On créera des lycées mixtes mélangeant une partie de disciplines intellectuelles et une partie de disciplines techniques. Ces établissements gardent des passerelles avec les lycées classiques régionaux   pendant au moins deux années. Ils disposent d’activité de gymnase comme les autres lycées. Ils débouchent sur des métiers de techniciens et sont organisés en stage d’entreprise en fin de circuit. Le but est de fournir le contingent nécessaire de techniciens intermédiaires et supérieurs dont la nation a besoin.

Pour ceux qui ne peuvent intégrer ces filières, on prévoira une formation générale courte et des filières professionalisantes. Allant du plus simple au plus pointu.  On veillera sans cesse à garantir que ces élèves savent parfaitement écrire, lire et compter. L’analphabétisme doit être éradiqué, avec des cellules pour se faire. Les activités de gymnase seront un peu différente : certes conserve les arts et le sport, mais on met l’accent sur des ateliers de renfort des disciplines intellectuelles de base, enseignées avec des méthodes plus concrètes et plus adaptées).

 

La différenciation des approches est la clé. Si une immigré arrive d’un pays où il a suivi une filière générale mais parle très mal le français, tout en ayant le niveau requis dans les autres disciplines, les activités de gymnase seront orientées vers un rattrapage de la langue. D’une façon générale tous les cours de rattrapage deviennent du ressort du gymnase.

Un tel cadre suppose la disparition du ministère de l’éducation nationale comme on le connait. Toutes les activités de gymnase et tout ce qui n’est pas national lui échappe, sauf les programmes des lycées classiques et les concours d’entrée.  

Le recrutement des professeurs se fait par un comité de sélection sous la direction du chef d’établissement qui peut se débarrasser des enseignants qu’ils jugent insuffisants.  La qualité de l’enseignement est de la responsabilité du conseil de surveillance de l’établissement qui peut être composé pour moitié par des personnalités venus de l’extérieur de l’institution.

Tous les personnels d’entretien sont gérés directement par les régions.

A chacun selon ses capacités sans que tout soit joué sur le seul brio intellectuel et la capacité de soutenir des études difficiles de lettres et de sciences.

Meilleur brassage social avec partage d’enseignement de gymnase.

Possibilité de pratiquer une discipline technique, sportive, artisanale, pratique ou artistique très tôt et de façon continue pendant les études générales, afin d’arriver à un excellent niveau à la majorité.

Variété et choix personnalisé des disciplines de gymnase.

Emulation et mise sous tension positive partout.

Un matheux binoclard doit pouvoir être gradé en peinture et en plomberie tout en sachant jouer du violon.

Un littéraire peut savoir faire la cuisine, piloter des drones et être un roi de la programmation internet.

Une latiniste distinguée peut être en même temps une coureuse de fond, une infirmière qualifiée et une excellente pianiste.

Un futur polytechnicien peut se révéler un yogiste magistral, un hyperdoué des robots, et un golfeur émérite.

Un littéraire attiré par l’étude et non par les sports et les activités manuelles pourra parler sept langues et chanter parfaitement dans une chorale.  

Le côté sympa de la chose est qu’un classique qui aura choisi la mécanique pourra être cornaqué par un élève du lycée technique qui en saura un peu plus que lui dans sa discipline.

L’unité et la fraternité ne viendra pas de s’être vautré en traînant les pieds (on voit l’image) dans des classes de formation purement intellectuelle où tout le monde est un gêneur pour son voisin tant les niveaux et les ambitions sont différents. Mais du respect que l’on acquiert pour celui qui fait mieux que vous et qui vous perfectionne.  

L’efficacité viendra de l’homogénéité des classes et de la qualité des professeurs, une fois rétabli le circuit de reproduction des personnels de qualité dans le système scolaire.

La beauté du résultat sera une meilleure insertion dans la vie tout court et dans la vie professionnelle de tous.

 

DD

« C dans l’air » en apesanteur économique

L’émission d’Yves Calvi est une des rares qui se laissent voir dans le PAF poubelle audimatisé.  Comment a-t-il réussi à obtenir que chaque participant respecte la parole des autres est un mystère. Une émission qui cherche à faire de la lumière plus que de la chaleur est une bénédiction qu’il faut souligner.

L’émission qui nous a intéressés portait sur la croissance revenue avec des intervenants qui hantent les médias depuis longtemps.

Marc Fiorentino n’est pas économiste. Ce qui en soi n’a pas d’importance. Il promène une belle gueule qui passe bien à la télé et bonimente façon Bellemare, ce qui le range dans la catégorie des auteurs sympas « vus à la télé » qui vendent bien dans les supermarchés, même si on peut se passer de lire leurs ouvrages. Ces caractéristiques évitent qu’on s’attache trop à ce qu’il dit. En général il amplifie le bruit de fond avec l’air de celui à qui on ne la fait pas. Si le bruit de fond est raisonnable, cela n’est pas grave. Sinon, il aère les sottises façon ventilateur.  C’est un métier.

Eric Heyer est le très estimable animateur de l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE), qui publie chaque année une synthèse sur les données économiques française (le dernier : L'économie française 2014 – La découverte). L’OFCE est une excellente initiative de l’institut d’Etudes de Paris. Tout est propre et net dans ses écrits. On y prend bien soin de ne jamais  exprimer une idée contestable ou simplement discutable. Difficile de trouver une erreur dans ce qui est dit. Pas de démagogie non plus. Les évènements sont toujours correctement exposés et décrits. C’est dans l’analyse que cela pèche. Jamais de risque explicatif ! Alors les évènements flottent sans qu’on sache vraiment pourquoi ils se produisent et comment ils s’enchaînent. Ce côté « commentaire propre sur lui », façon Alain Duhamel dans le domaine politique, est un peu la marque de Sciences-Po. On reste toujours sur sa faim.

Nous ne dirons rien de Mathilde Lemoine dont nous n’avons pas lu le livre (Les grandes questions d'économie et de finance internationales. Décoder l'actualité-Mathilde Lemoine Thierry et Philippe Madiès-Ed. De Boeck (2012)).

Nous ne savons rien de Pascal Perri, sinon qu’il a une tête de Ministre des Finances grec.

L’émission passe en revue tous les signes de la reprise avec, comme thèmes principaux, sa réalité, sa solidité et sa capacité à terme de créer de l’emploi. Elle surfe sur la vigueur surprise de la croissance annoncée par l’Insee pour le premier trimestre 2015 : 0.6%. L’Insee avait annoncé dès l’automne 2014 un bon premier trimestre. Mais pas une telle croissance.

La surprise crée l’émotion et stimule la demande d’explication. L’explication banalisée est de justifier la croissance nouvelle par  l’effet de marée de « l’alignement des planètes ». La baisse du pétrole a libéré du pouvoir d’achat. La baisse très forte de l’Euro  a stimulé les exportations. Le taux très bas des emprunts (négatifs parfois) a évité des restrictions budgétaires trop fortes et stimulé les emprunts privés. Les entreprises ont réussi à reconstituer leurs marges.  La reprise nette aux Etats-Unis et au Royaume-Uni a un effet d’entraînement. La hausse de la bourse a créé de l’optimisme.  Etc.

Chacun des intervenants à son tour expose ou commente ces composantes du moment.

Le reportage sur l’Irlande fait valoir certaines opinions : les banques seraient devenues raisonnables : leurs dettes auraient été cantonnées rapidement ;  les efforts budgétaires auraient été payants même si la dette publique s’est envolée ; liée aux économies américaines et anglaises et favorisée par la reprise de ses deux voisins et les avantages fiscaux exorbitants offerts aux multinationales, l’Irlande se serait sortie d’affaires mieux et plus vite que les autres pays européens.

Les commentateurs commentent en fonction de leurs préférences idéologiques mais sur la pointe des pieds.  L’un qui veut des réformes de structure en France souligne qu’elles ont été faites en Irlande. L’autre exonère l’Etat comme source de la crise et incrimine le gonflement de la dette privée dans un pays qui était « le bon élève de l’Europe ».

La reprise sera-t-elle durable ? Chacun souligne la fragilité qui lui tient à cœur. L’un considère qu’il s’agit d’un feu de paille lié à une reprise « mécanique » de la consommation après des années d’abstinence. Mais faute d’une reprise franche de l’investissement, on n’ira pas loin. L’autre souligne que les planètes commencent à se désaligner : baisse de la croissance aux Etats-Unis,  remontée des taux, remontée de l’Euro et remontée du prix du pétrole. Les moteurs de la reprise commencent à crachoter.

Tous s’accordent sur une bonne activité en France pour au moins deux ans avec une accélération progressive en 2016.

Sur l’emploi on retrouve toutes les idées populaires  dans la presse :

-        Ce sont les petits boulots qui reprendront comme aux Etats-Unis, au RU et en Allemagne.  

-        Le manque de compétitivité de la France fera de la reprise de la consommation une aubaine pour les importations pas pour la production française, structurellement désajustée ;

-        La productivité croit plus vite que la croissance ; le progrès n’aura pas le temps de cascader vers les classes populaires.

La France, mauvais élève de l’Europe connaîtra un certain rattrapage mais ne doit pas compter sur une reprise franche et joyeuse.

Dans le fond de l’air grondent quelques méchants orages plus ou moins lointains : la Grèce peut provoquer une crise rapide ; La remontée des taux peut s’avérer tragique pour les marchés financiers ; la sortie du Royaume-Uni de l’Europe  pourrait faire plus mal encore.

Tout cela est le parfait miroir de l’air du temps, ce qui est bien la vocation de « C dans l’air ».

On ressent néanmoins un certain malaise en coupant le poste. Il provient comme d’habitude du caractère pointilliste de tous ces constats  et commentaires. Les évènements sont là et peuvent être expliqués par des éléments à court terme. La vision globale et à long terme manque.

Deux aspects sont presque totalement manquants :

-        La notion de cycle. Tout observateur connait le cycle décennal avec sa phase haute terminale ; Nous sommes dans la phase haute du cycle depuis quelques temps déjà. La vraie question est qu’elle est plus modeste et plus artificielle  à chaque cycle depuis 1971. Savoir si ce sera encore le cas ce coup-ci mériterait des développements un peu plus spécifiques.

-         La notion d’économie baudruche. C’est elle qui explique l’explosion de l’Irlande, qui avait participé à plein à ses mécanismes et c’est la méthode employée pour regonfler la baudruche qui explique aussi la reprise irlandaise qui tient beaucoup à des aspects purement spéculatifs.  C’est elle qui explique la précarité et la lenteur de la reprise.

Si on tient compte de ces deux éléments, l’issue de la période de « haute conjoncture » fait problème. Elle sera nécessairement explosive. L‘alternance connue des crises dures et molles en fin de cycle laisse penser que ce sera une récession boursière forte avec une récession des PIB modérés.  Ce point n’a pas été discuté, même si l’apparition de quelques bulles a été dénoncée.

On comprend que des schémas explicatifs globaux puissent paraître trop théoriques dans ce genre d’émission. D’autant que les pronostics  sont voisins : 2015 et 2016 devraient bien être plutôt meilleurs que les années précédentes.

Mais la question posée est d’être préparé à la fin de cycle car la France n’a plus aucune garde pour y faire face et l’ultime phase de haute conjoncture sera trop faible pour donner des marges de manœuvres. Le calendrier politique, de ce point de vue, est exécrable. Les cadeaux électoraux commencent à s’accumuler. Le dernier : la promesse de revenir sur les petites économies faites au Ministère de la culture  par Manuel Valls  qui ne pensait sans doute pas qu’à faire plaisir à sa musicienne de femme.

Un krach obligataire peut se produire à tout moment. La bourse américaine atteint des sommets qui ont plus à voir avec les 80 mille milliards de dettes américaines qu’à la hausse des profits des entreprises cotées qui, en 2014, sont…en baisse significative, avec des chiffres d’affaires également en baisse !

On a rajouté 57 mille milliards de dettes à la dette mondiale initiale, compensée largement par la baisse des en-cours des banques.

Tout cela reste très artificiel et  tient avec des bouts de ficelle.  

 Personne n’a tenté de dire pourquoi. Personne n’a évoqué les changes flottants et la désorganisation monétaire  mondiale. Seuls les défauts de la gouvernance européenne et française ont été évoqués. Sans approfondir.

La meilleure émission d’information télévisuelle reste dans le commentaire light ex-post. Sans que les experts invités prennent le risque de théoriser un peu profondément les évènements. Résultat ! Personne ne comprend rien et le doute reste fort ; il devient impossible de juger les politiques menées en l’absence de tout cadre méthodologique.

Le téléspectateur est Gros-Jean comme devant, mais il a désormais la température du fond de l’air.  

Note de conjoncture

Que nous soyons dans la phase haute du cycle décennal, nous l'affirmons depuis un moment.  Le schéma conjoncturel se répète de cycle en cycle depuis 1972 avec une belle régularité: crise ; rebond avec contrechoc ; stagnation puis reprise lente et deux à trois ans de folie spéculative.

Ce que nous constatons aussi, c'est que le trend baisse de cycle en cycle, les récessions sont de plus en plus violentes  et les reprises sont de plus en plus lentes et artificielles, surtout dans les pays qui comme la France ont fait le choix de voler radicalement leurs citoyens.

Ce qui se passe ces derniers mois est l'exact reflet de cette analyse. La reprise est née comme d'habitude des Etats-Unis , a percolé vers les pays ouverts, comme la Grande Bretagne et commence à s'étendre.  Mais le rythme de la reprise est très faible, encore plus faible qu'en 2006-2007, dernière phase haute du cycle, et elle extrêmement artificielle.

Il suffit pour s'en convaincre de relever les faits suivants :

- Le Baltic Dry Index est à son plus bas historique. On peut discuter de la pertinence de cet indice, mais on ne peut nier qu'il confirme ce qu'on sait déjà : le commerce international ne tire plus la croissance.  La pseudo activité des dernières années était due à la volonté de la Chine de sécuriser son tas de dollar en achetant des biens "réels". Cela a fait marcher un temps les exportations de quelques fournisseurs de produits agricoles et de matières premières. Et cela s'est arrêté avec la hausse du dollar : plus besoin de précaution pour un petit moment. L'effondrement de tous les cours est due à cette raison majeure à la quelle s'ajoute l'abandon de la spéculation sur les matières premières par les banques d'investissement pour des raisons de supervision étatique américaine. 

- Les entreprises, y compris en France, ont fait le choix de privilégier leurs salariés et leurs actionnaires. Les rachats de titres en bourse  n'ont jamais été aussi hauts, pour doper les cours et faire marcher les stocks options. Les salaires augmentent plus vite que le PIB.  C'est très net en France où la hausse des impôts est telle que plus personne ne souhaite investir. Alors on soigne son pré carré, quand on est assez solide pour résister à la morosité générale.

- Les écarts de prévisions d'un mois sur l'autre montrent bien qu'il est absurde de se battre sur les virgules quand on cite des chiffres.  Une croissance annuelle inférieure à 1% est dans l'épaisseur du trait. Les "vrais" chiffres ne sont connus qu'avec environ deux ans de retard. Le temps de remplacer les estimations par les constats.  La dernière phase de haute conjoncture en France n'avait pas dépassé un taux de croissance de 3.5%. On peut craindre qu'on atteigne pas 2% ce cycle-ci.

- Que la reprise soit artificielle ne peut être nié. La dévaluation massive de l'Euro, de près de 20%, n'aura d'effet durable que si les autres ne dévaluent pas à leur tour. Les Etats-Unis commencent à réagir.  Les inondations monétaires ont des effets pervers, comme de relancer l'économie baudruche.  les taux d'intérêt très bas ne parviennent même pas à stimuler le bâtiment, sinistré en France. Le BTP entre en récession en France.  Quand le bâtiment et le BTP ne vont pas, rien ne va.

- De nombreux pays sont à l'agonie : la Turquie est au bord de la rupture. La Russie est dans les choux. L'Ukraine est morte. Le Maghreb a plus que du mal. Le Brésil ne repart pas.  La reprise au Japon n'est pas au rendez-vous du fait de l'atonie des échanges internationaux. L'économie américaine s'essouffle.Etc.

Le schéma le plus probable est qu'après le sursaut habituel de fin de cycle, les bulles spéculatives  accumulées exploseront à nouveau. Elles sont petites. La crise sera donc relativement faible. Avec probablement un effet important sur les bourses mais peu marqué sur les PIB.

A quelle date ? Entre 2016 et 2018. Il est peu probable que cela craque vraiment en 2015, sauf initiative politique imprévue.  En revanche  Il  va falloir regarder les signes à partir de 2016 !



En finir avec la banque universelle ?

La crise en cours, liée à l'explosion d'une accumulation monstrueuse de dettes déconnectées de la production, pose obligatoirement la question de la réorganisation bancaire. Même si, comme nous le pensons, le système bancaire a servi d'amplificateur d'une création monétaire provoquée par les défauts du système monétaire international, il n'en reste pas moins que le système bancaire est en faillite virtuelle depuis 2006 et ne donne une impression de vitalité que par des injections tellement massives de liquidité qu'elles en deviennent psychédéliques. L'économie baudruche a une composante bancaire extrêmement forte.

La position officielle des institutions internationales et du G.20 est celle des Etats-Unis : le système est parfait. Des vilains se sont mal comportés. On les sanctionne et tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes. On encadre les crédits de façon drastique avec des conditions  en capital de moins en moins tenables et l'amplification cessera. Comme la caution des banques est nationale, on replie  le champs d'action des banques sur le pré-carré national.

La médecine est purement symptomatique.  La cause principale de la crise n'est pas traitée.

L'affaire de la Deutsche Bank est tout à fait symptomatique des conséquences. Comme la BNP et le Crédit agricole en France , l'UBS et le Crédit Suisse, et quelques autres, un peu partout, cette banque a essayé d'être universelle en regroupant tous les métiers.

Aujourd'hui elle est confrontée à la perspective d'une scission du métier de banque d'affaires de ses activités de réseaux  tout en payant une fois de plus des amendes vertigineuses pour avoir participé à des fraudes massives sur le Libor.

La question est intéressante car si on traitait réellement les causes de l'économie baudruche,  l'activité de marché serait réduite de façon drastique.  Le monstre actuel serait réduit à une banque d'affaire restreinte avec, de façon disjointe,  des activités de réseaux peu rentables et sous la crainte des peurs des déposants.  Alors les hésitations sont grandes. Les activités de marchés ayant été totalement relancées par les différents  QE, la tentation est de réaliser des gains majeurs distribués à un petit nombre avec la banque d'affaires et de se débarrasser des tristes activités de banques de dépôts. Vu le faible coût de l'argent, la collecte par les réseaux devient peu rentable et non critique.

Si on se place du point de vue de l'intérêt général, l'enrichissement d'une poignée de dirigeants et de professionnels sur des activités spéculatives de marché n'a strictement aucun intérêt. Si en plus cette activité menace les dépôts et les contribuables, elle est même nocive.

Un autre aspect est la nécessaire augmentation de la productivité des activités de réseau. La renationalisation d es réseaux empêchent des économies d'échelle.  Il ne reste que le renvoi sur le client du travail fait en agence, la suppression du chèque, l'élimination de la monnaie papier, et l'augmentation des tarifs  comme idée de manœuvre. Avec l'idée d'utiliser le parc existant d'agence pour vendre tout et n'importe quoi.  Le réseau cesse d'être une banque pour devenir un système local de services à la personne, dans la sécurité, l'assurance, la communication etc.

Sortir de cette situation suppose le démantèlement des banques universelles,  l'efficacité s'alliant à la morale publique puisqu'une banque universelle  est automatiquement le lieu obligée de conflits d'intérêts insurmontables.  Le Cas de HSBC est de ce point de vue plus que démonstratif. Les autorités britanniques imposent la scission des  métiers. HSBC menace. Mais HCBC n'a plus la main.  

La réforme du secteur bancaire doit se penser dans le développement de banques de métier spécialisées et capables de profiter des sources de productivité liées aux systèmes informatiques et des économies d'échelles liées à l'internationalisation.  

Les catégories de risques et les fonctions de contrôle et de garanties de l'Etat doivent être sériées par métier.

Premier échelon : les banques de paiement : elles ne sont là que pour conserver les dépôts et les faire circuler avec un coût minimum.  Ce sont des sociétés de services. Elles sont rémunérées par le paiement à l'acte avec une tarification soumise à la concurrence. Aux entrepreneurs de savoir s'il faut se "virtualiser" complètement (tout sur le net)  ou mélanger cette activité avec la rentabilisation des agences par de multiples services non bancaires.  Cette activité ne présente pas de risque systémique.  Elle peut s'internationaliser et accompagnera l'ubiquité qui marque l'esprit du temps. Du paiement sur le net à la mobilisation de son cash partout à travers le monde, de nombreuses révolutions techniques sont à inventer et à exploiter.

Ces banques n'ont aucune activité de crédit qui  devient  de la responsabilité des "banques de crédit".  La banque de dépôt traditionnelle est donc divisée en deux métiers différents : la banque de paiement et la banque de crédit.  La banque de crédit travaille uniquement sur argent emprunté. Les particuliers peuvent placer leur réserve en fonds à court terme porteurs d'un risque petit et d'une rémunération peu élevée.  Le profit provient pour la banque de la différence de coût entre l'argent emprunté et de l'argent prêté. Rien que de très classiques. Toutes les structures sont possibles, selon les types de financement.  La surveillance des risques de crédit se fait comme actuellement par les banques centrales.

Toutes les activités de marché sont externalisées vers des banques d'affaires qui, elles,  n'ont aucune couverture de risque publique. Si elles perdent c'est pour les actionnaires et les souscripteurs. Eventuellement pour les banques de crédits qui pourraient leur faire des prêts, si on les y autorise.

Les activités de placements et de gestion de fortune sont  également séparées du reste pour éviter les conflits d'intérêt.

Comment un tel système réagirait-il au maintien des sources d'une économie baudruche ? Les paniques bancaires seraient éliminées. Les dépôts dans les banques de paiements appartiennent au déposant pas à la banque. Si la banque de crédit connait des difficultés, cela touchera ceux qui ont mis de l'argent dans des bons de souscription. S'il y a équilibre entre les durées des bons et des crédits, le système sera plus stable (fin des paniques dues à une trop importante "transformation").  Au pire, les banques centrales refinanceront les banques de crédit si les particuliers thésaurisent dans les banques de paiement les avoirs précédemment placés dans les banques de crédit.  La peur n'est plus chez le déposant mais que le distributeur de crédit.   

Les pertes de la banque d'affaires ne sont plus l'affaire des états.  Qu'elles se débrouillent. !

Si, en plus, on met fin aux sources de l'économie baudruche, c'est-à-dire au flottement général des monnaies et des classes d'actifs, avec interdiction des grands déficits et des grands excédents, on retrouvera une situation saine  où chaque métier aura ses objectifs proches de la création de la valeur ajoutée de production au lieu de ne viser que des augmentations de valeur de spéculation.

Le système sera plus facile à superviser. Il pourra à nouveau s'internationaliser sur des bases claires.

Les échanges internationaux sont à l'heure actuelle à un étiage historiquement bas. Il suffit de voir où en est le Baltic Index pour s'en rendre compte.  

En France depuis le Front populaire puis Pétain, la banque est totalement cartellisée et vit en symbiose avec l'Etat qui lui fournit ses dirigeants, ses règles du jeu favorables et ses garanties. Elle adore le système de la banque universelle.  L'inspection des finances est trop intéressée à ce double jeu entre Etat et Banque pour que des réformes soient possibles. Les banques universelles sont tellement puissantes qu'elles musèlent la presse et le politique.

Une caractéristique nationale malthusienne et centrée sur une micro "élite"  se met une fois de plus en travers des nécessités supérieures.

Il faut mettre fin au système des banques universelles. La législation doit accompagner un mouvement qui de toute façon est inéluctable, comme le montre le dilemme de  la Deutsche Bank ou celui de HSBC.  La banque de papa c'est finie. Et cela doit finir en France.  

Retour vers le futur : 1987 !

Tout le monde l’a oublié. En octobre 1987 un tourbillon monétaire et financier ravagea la finance mondiale.  L’épisode montrait clairement que le système monétaire et financier mis en place par les accords de la Jamaïque conduisait au désastre. L’économie baudruche  connaissait sa première explosion entièrement endogène.

La crise décennale qui avait frappé le monde quelques années auparavant était de mode mineur  par rapport à celle de 74, sauf aux Etats-Unis où Volcker avait décidé de casser l’inflation et sortir de la stagflation.  Avec succès.  L’excès de liquidité restait manifeste globalement avec une poussée de la dette globale mondiale.  Mais les économies avaient commencé à se rétablir sauf en France où la politique désastreuse de Mitterrand avait provoqué le chaos, avant qu’une première reprise en main ait lieu avec Fabius.

La cohabitation théorisée par Balladur et mise en œuvre par Chirac permettait la mise en place d’une stratégie de rupture qui allait marcher du point de vue strictement économique.

Toute ressemblance avec la situation de 2015 n’a rien de fortuite. La folie Hollande des deux premières années a conduit à un revirement à 180° mais pas à une rupture.  La posture est entièrement politicienne.  Et la droite est confrontée à l’obligation de mettre en forme  un programme de rénovation nationale sévère, comme elle l’état en 1986.

En 87, le recul sur le Plan Devaquet de rénovation des universités avait entraîné une resucée de désordres sociaux, façon Mai 68, les syndicats du secteur public tentant d’exploiter la faiblesse du gouvernement.  La cohabitation avait permis à F. Mitterrand de jeter autant d’huile que nécessaire sur les braises.  La situation était à la fois politiquement et socialement fort difficile. Et voilà qu’une crise financière gravissime frappait le monde.

Pourtant, à la réunion du FMI de septembre 1987, l’optimisme est général.

En France,  la politique suivie par Balladur avait permis :

-          De réduire les déficits en dépit de baisses d’impôts importantes comme la suppression de l’IGF (paradoxe pour les étatistes) . Le budget de 87 faisait apparaître un gain de 10 milliards de Francs par rapport aux prévisions !

-          De rétablir largement la compétitivité (par une dévaluation)

-          De relancer l’investissement qui croissait désormais plus vite  en France que chez ses voisins

-          De réduire l’inflation grâce à la suppression du contrôle des prix (nouveau paradoxe apparent pour les étatistes qui pensaient qu’ils allaient s’envoler).

-          De relancer le dynamisme de nombreux secteurs grâce aux dénationalisations.

La rupture avec le socialisme semblait bien marcher.

En même temps, Edouard Balladur constatait l’étroitesse de ses marges de manœuvres :

«  Nous ne pouvions relancer l’économie sous peine de creuser les déficits de toute nature et de mettre en péril la monnaie ; nous ne pouvions diminuer la demande intérieure pour stimuler les exportations, sous peine de ralentir la croissance  et d’aggraver le chômage ».  

En régime de changes flottants avec liberté absolue des mouvements de capitaux, les relances se heurtent immédiatement à une crise financière et budgétaire qui impose de se mettre debout sur les freins. L’expérience de 1974 avait été retenue.

La politique de libéralisation et de retour à la confiance permettait néanmoins de progresser.

C’est là qu’il est intéressant de relire Edouard Balladur  (Passion et longueur de temps chez Fayard -1989).

« Les partenaires de la France ne voulaient pas prendre au sérieux les dangers de la situation monétaire ; dès le début septembre, les taux d’intérêt avaient augmenté aux Etats-Unis comme en Allemagne. Cela risquait de détruite le fragile équilibre né des accords du Louvres conclus six mois plus tôt.  A Washington l’Allemagne refusa de s’engager à baisser ses taux, et les Américains à qui revenait la présidence de séance, firent en sorte que la question ne fut que brièvement évoquée, comme si elle avait été réglée directement entre les Allemands et eux. Constatant la vanité de mes efforts pour faire entrer dans les faits la concertation internationale décidée au Louvre, je déclarai à mes collègues qui si le Japon et l’Allemagne ne renonçaient pas à augmenter leurs taux d’intérêt, nos accords risquaient de voler en éclats. Je n’eus aucun succès ».

On peut déjà tirer deux conclusions :

-          Dans un système global de changes flottants qui est structurellement fondé sur la non coopération, tous les accords multilatéraux sont des farces qui ne résistent pas à la volonté de confrontation des intérêts nationaux chez les pays forts.  Le G.20 est aujourd’hui exactement  la confirmation de ce fait. Les conférences annoncées à grand fracas comme démontrant la coopération de tous sont au mieux des alibis. Le plus souvent des tromperies.  

-          La France, si elle est seule, est incapable de faire entendre sa voix. Le "programme commun de gouvernement" avait fait perdre à la France tout crédit. Même si tout le monde se félicitait du nouveau cours des choses, la réputation et l’influence de la France avaient été durablement ratiboisées.

L’annonce, le 15 octobre 87, d’un déficit extérieur américain en forte hausse  provoqua une hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis et la baisse brutale  corrélative de la bourse (100 points  en une seule journée, le 16 octobre).  Le Secrétaire d’Etat au trésor américain commença à invectiver l’Allemagne menaçant de ne plus appliquer les Accords du Louvre.   Le climat s’alourdit à tel point que la bourse perdit 10% à Londres, 7% à Francfort et 5% à Paris. Le 19 octobre Wall Street perd 22.6% en une séance, Tokyo 14.6%, 24% à Paris, 31% à Francfort et 20.3 à Londres.

Pire que le Vendredi noir qui avait ouvert la grande dépression de 1929.

Edouard Balladur commente : « Dans les affaires économiques et monétaires du monde, la France compte peu parce qu’elle s’est laissée aller trop longtemps. Elle aurait la possibilité de faire aussi bien que l’Allemagne, de peser le même poids. Elle en a les moyens. Rien ne justifie d’avantage à mes yeux l’effort de renforcement économique de notre pays : il y va de son audience internationale, de son avenir même ».

Les  inepties économiques de F. Hollande aujourd'hui ont justement cette conséquence : nous sommes un pays ridiculisé et incapable de parler haut dans le monde, même lorsque nous avons des arguments forts à faire valoir. 

« La France n’avait aucune responsabilité dans la crise alors qu’elle en subissait durement les conséquences ».  On retrouvera exactement cette même situation en 2008.

E. Balladur continue : « Il fallait désormais s’attacher à créer un véritable système monétaire international, avec ses automatismes, ses sanctions s’imposant à la volonté des Etats».

Il écrit ce que nous nous égosillons à dire sur ce blog depuis des lustres.  Contrairement à ce que beaucoup croit, les grands politiques ont été capables de voir et d’anticiper les réformes profondes à faire du système monétaire international.    Aujourd’hui ce n’est plus le cas. La nullité et l’inconscience règnent aussi bien du côté socialiste que du côté de la droite.  

Depuis  que ce blog est ouvert, nous essayons de mettre les faits de notre côté, en espérant un effet pédagogique de la crise. « Les faits sont les meilleurs éducateurs » affirme lui aussi Edouard Balladur.

On peut craindre qu’il ne soit, comme nous,  un peu optimiste.  « Je crois que nous vivons dans un monde  où l’idée que les monnaies doivent avoir entre elles des parités aussi stables que possible n’est toujours pas acceptée ».  Cette faillite intellectuelle est toujours là.  Le retour à un vrai système monétaire international  est partout un « non sujet ».

On a choisi, en 1987, le secret d’accords cachés entre banquiers centraux et gouvernement pour sortir du coup de chaud boursier. Mais sans analyse des causes. Les mesures prises seront une inondation monétaire qui, renforcera l’économie baudruche et permettra de faire gonfler les valeurs boursières.

Une fois encore, tout rapport avec la situation actuelle ne saurait être que fortuite...

« Cela montre l’infirmité  du système monétaire dans lequel nous vivons : il n’évite un mal que pour tomber dans un autre ».

A part Maurice Allais aucun économiste n’a tenté de donner du corps théorique à ce constat indiscutable.

En 1992 se déclarait la crise périodique décennale, variante dure, qui toucha durement l’Europe et la France en 1993. L’explosion de la baudruche monétaire n’avait pas été plus prévue alors qu’elle devenait évidente.

Les économistes anglo-saxons mirent le coup de chaud boursier sur le compte des ordinateurs, et la crise de 92 sur le dos de la guerre du Golfe. Evacuer les crises pour qu’elles ne passent que pour des effets « exogènes » a été le leitmotiv des économistes, des politiques et des journalistes. Seul Maurice Allais relèvera le flambeau à pas d’âge. Et il sera moqué puis vilipendé.

Ce que montre la situation actuelle, c’est que rien n’a réellement changé depuis 1987.

Nous avons vécu la crise du dollar de 1998, appelée faussement mais opportunément « crise des pays émergents et des cronies », ajoutant l’odieux au ridicule, suivi par la crise périodique « douce » du début des années 2000, corrigée à l’aide d’un gonflement de l’économie baudruche jamais vu.   

Puis à nouveau une crise financière liée à l’explosion d’une montagne de dettes,  précédant un écroulement économique d’ampleur historique.

Et les sots croient toujours que la reprise est là, l’incident clos et la nécessité de réformer le système monétaire  international  peu évidente.

Revenir à 1987 est bien un retour vers le futur.

Les Etats-Unis, L’Allemagne et, désormais, le Japon et la Chine, sont toujours dans une perspective de guerres des monnaies, quoi qu’il en coûte au monde et à eux-mêmes. 

La France, elle, s’est ridiculisée un peu plus avec le drame de la gestion purement électoraliste et politicienne du Président Hollande.  Ce n’est pas les deux heures de spectacle politicien lamentable qu’il vient de donner sur Canal + qui rassureront.

En se lançant à nouveau dans l’achat de vote le plus grossier, il a démontré l’abaissement, on peut le craindre, définitif du niveau politique en France.

La France ne peut même plus tenir de discours sur les grandes questions économiques du monde.

Mitterrand avait été un pourrisseur. Ses inconséquences, son narcissisme et son cynisme économique,  ajoutés à sa fuite en avant européenne, ont, d’une part, stoppé définitivement  le rattrapage du niveau de vie américain par les Français et, d'autre part, leur a fait perdre tous moyens d’action sur leur destin. Hollande n’est qu’un continuateur.

Les Français n’ont aucune idée de l’ampleur de ce qu’il faudrait faire pour sortir de ce piège mortel.

Il est vrai que le climat général est en France à l’optimise béat : il fait beau ! Un si joli ciel  bleu ne saurait annoncer des tourmentes. 

Pendant la montée des périls, François Hollande croit qu’il a toutes ses chances aux prochaines élections présidentielles et la droite discute d’un nouveau nom du parti leader de l’opposition.

L’histoire sera sévère !

Quand Le Monde prend un bon virage

Jusqu’au livre de Péan, le Monde s’essayait à fixer le bien-penser à gauche.  Cet exercice lui donnait cet air sérieux qui le démarquait  des autres quotidiens qui servaient certes une clientèle mais qui pensaient que, plus que le prêche, la nouvelle et une certaine légèreté étaient le propre de la presse quotidienne.  Cette pose était souvent comique, comme tout ce qui est forcé. Le rire nait, dit le philosophe, lorsqu’on plaque du sérieux sur du vivant.  « Quand je veux rire, je lis le Monde »disait un homme politique qui n’avait pas pour Hubert  Beuve-Méry la révérence nécessaire.  

Les acrobaties d’Edwy Plenel  ont fait perdre au Monde cette stature de commandeur de la gauche.  L’odieux l’avait emporté sur le risible ce qui rendait le journal vulnérable. La flèche de Péan frappa.   

La tentation de guider fermement  le peuple de gauche n’a pas totalement disparu. Le garde rose, comme le taliban, a besoin de savoir sur qui taper et pourquoi il tape. C’est que la cause  évolue sans cesse sous la pression des réalités et de la simple morale.

Jean François Revel avait merveilleusement décrit  les contorsions rendues nécessaires par la chute de l’empire soviétique, après tant de soutien à toutes les révolutions provoquées par ce régime criminel.  La Grande Parade, au sens de parer un coup, est un livre à lire tous les jours. .

Comment garder son rôle de phare moral lorsqu’on a soutenu tous les régimes criminels de la terre pourvu qu’ils soient socialistes ? Cela demande du doigté dans le revirement.

Il y a peu, nous avons eu droit à l’immense hommage à Simon Leys, l’auteur de l‘indispensable « Les habits neufs du Président Mao ».  Quand on se souvient de la manière dont ce malheureux avait été traité dans le Monde ! Un véritable pestiféré !  Il aura fallu attendre 40 ans, mais le Monde a fini par reconnaître qu’il avait raison et que c’était un grand homme.  Patrice de Beer, qui considérait que la déportation des habitants de la capitale cambodgienne était une idée formidable, alors que c’était le premier acte d’un génocide, s’était égosillé dans le journal pendant des mois pour expliquer le formidable élan démocratique  que représentaient les Khmers rouges.  Jean Lacouture avait menti honteusement pendant toute cette période, expliquant qu’il n’y avait pas un seul soldat vietnamien dans le camp des opposants communistes au régime de Phnom Penh.  Alors que tout le monde savait que les Khmers rouges étaient considérés comme une clientèle par le Vietnam et que le retournement aura lieu lorsqu’ils feront montre d’indépendance. Le Vietnam liquidera les Khmers en quelques jours !  Ils avaient intérêt à criminaliser les Khmers rouges. On a su alors l’ampleur du génocide. Sinon, grâce aux journalistes partisans, tous les crimes auraient été niés, minimisés et évacués de mille façons.

L’affaire des Farc est tout aussi intéressante. Accusé les Farc était impossible dans les années 90 : c’était des Dieux vivants chargés de mettre à bas « l’oligarchie » bourgeoise et pro américaine qui aliénait le « malheureux peuple colombien ». Ces derniers étaient certes élus de la façon la plus démocratique. Mais un torchon démocratique n’est pas une serviette révolutionnaire socialiste ! Les Farc défilaient à Paris le premiers mai avec la CGT. La RATP, via son comité d’entreprise, fournissait aux Farc les bus réformés.  Gare à qui dirait que les glorieux guérilleros étaient d’infâmes criminels tuant, violant, volant, trafiquant sans vergogne , en utilisant le rapt comme moyen de financement habituel, et l’engagement des enfants dans ses rangs un moyen de recrutement prisé.  Les Farc  étaient pilotés par Reyes, un cadre communiste formé en Allemagne de l’Est, en liaison directe avec Moscou, même si la liaison quotidienne passait par Castro.  

Il était impossible de critiquer les Farc sans qu’un tombereau  d’injures vous tombe sur le dos.  Seul un vil fasciste pouvait croire que les Farc n’étaient pas l’incarnation d’un mouvement de libération sociale formidable dont la victoire serait un triomphe de la démocratie.

Pour avoir recopiée l’histoire parue dans un journal en langue espagnole d’un petit Armando  qui avait été massacré devant sa mère et son père lors d’une opération de « recrutement » dans les campagnes, dans des conditions horribles (un glorieux révolutionnaire conscientisé avait pris le bébé par les pieds et fracassé sa tête sur le chambranle de la porte d’entrée, en guise de salut révolutionnaire propriatoire), un flot ininterrompue d’injures emplit soudain le forum du Monde. L’histoire était horrible et vraie. Le second fils de la famille s’était caché à l’arrivée des barbus.  Pour le faire sortir, ils commencèrent à violer la mère. A tour de rôle. L’enfant se rendit. La mère se suicida. Le père tua ses quelques bêtes et mit le feu à sa ferme. Il partit oublier dans les banlieues de Bogota.  Plusieurs dizaines de milliers de paysans ayant connu ce genre d’histoire l’y attendaient, sans que jamais un journal français n’y ait fait jamais la moindre allusion.

Puis il y eut l’affaire Bettancourt.  L’opinion ne pouvait pas être tenue en dehors de toute information. Les crimes des Farc devenaient compromettants. La presse de gauche ne pouvait plus se contenter d’affirmer que tous les grands crimes étaient commis par les « fascistes » élus démocratiquement à la tête de la Colombie.  Les agents d’influence en Espagne et en Suisse commençaient à être inquiétés. Il fallut quelques années mais un beau jour Pagès au Canard Enchainé lança le mouvement : « la faucille et le narco ». Les Farc n’étaient plus de gentils guérilleros mais des trafiquants sans scrupules. Indéfendables. Le lendemain, le Monde, Le Figaro, le Soir en Belgique, publiaient des articles vengeurs ! C’était des « guérilleros en peau de lapin ». 

Défendre les Farc devenait hautement criminel. Le retournement fut  brutal. Un incident le montra bien. Une femme avait été kidnappée dans la banlieue de Bogota. On lui avait soudé un collier explosif autour du cou. Devant le tollé général les kidnappeurs décidèrent de faire sauter le collier et de penser à autre chose. Wikipedia imputa l’évènement aux Farc. Le Monde, qui n’avait pas annoncé ce crime immonde, passa le démenti des Farc.   Il avait raison. L’enquête objective de la justice colombienne  découvrit les auteurs : les voisins d’en face, qui s’étaient lancés dans le racket en pensant que cela serait mis sur le dos des habituels commanditaires de ce genre de crimes.  Il fut impossible de corriger Wikipedia de cette erreur. Les veilleurs de gauche l’empêchèrent !

De la même façon, Mmes Coencas et Chipaux, deux journalistes chargées au Monde de la propagande des mouvements révolutionnaires,  durent mettre un sérieux bémol à leur désinformation.

Le Monde avait définitivement viré sa cuti sur les glorieux révolutionnaires rouges.  On ne risquait plus de désespérer Billancourt : il n’y avait plus d’ouvriers.

Restait l’économie.  Quiconque expliquait en cette fin de 20ème siècle sur le forum du Monde que l’Etat était obèse, l’impôt excessif, la politique de Jospin étouffante, la dépense publique d’un niveau absurde,  était un fasciste et un néolibéral abject.  Le Monde veillait à ce que les bonnes idées triomphent. Jusqu’à ce que Hollande fasse son virage néolibéral  vers la politique de l’offre et le social-libéralisme.

C’est  Arnaud Leparmentier qui par un article en première page, conclu en dernière, , qui s’est collé au travail d’aggiornamento (« la France est une Grèce qui s’ignore » - Livraison datée du jeudi 9 avril 2015).

« Nous devons des précisions aux lecteurs », indique l’auteur. Il aurait pu aussi bien dire : nous devons la vérité aux lecteurs.  Ce devoir de vérité est ce qui distingue la presse de gauche vraiment de gauche de vils partisans.

«  Depuis 90 la croissance de la Grèce a été supérieure à celle de la France » et nous, Français trop prompts à nous glorifier de notre néant,  « nous sommes plus nombreux à nous partager un maigre gâteau ».  On part de 90 pour épargner le double septennat mitterrandien, soutenu par Le Monde, qui est largement responsable des résultats constatés.

Le Monde rejoindrait-il le clan des « déclinistes » ?

« L’avantage de tels rapports (celui de l’OCDE de mars 2015) c’est qu’ils permettent d’établir des séries longues, de sortir des querelles d’héritages « droite-gauche » et de s’extirper du « on fait dire n’importe quoi aux statistiques », gri-gri bien commode  pour nier une vérité dérangeante ».

Tous les lecteurs de ce blog savent que nous défendons inlassablement les séries longues et le développement de l’infographie dans la Presse,  que nous considérons les divisions droite-gauche comme de peu d’importance explicative  pour l’économie et que les statistiques, si elles doivent être bien interprétées, chantent des vraies chansons qu’il est malsain de ne pas écouter.

Bravo Le Monde !

Mais on se rappellera tout de même que celui qui disait tout cela en 97-98, sur le forum du Monde, était aussitôt vilipendé (il faudrait des pages entières pour recenser les injures, d’adeptes de Reagan-le-Clown et de Thatcher-la-salope,  à fasciste néolibéral invétéré).

« Quelle est la définition d’un fasciste ? » disait l’un : « c’est quelqu’un qui ne croit pas à la distinction droite-gauche », répondait l’autre.  L’économiste était nécessairement un faux prêtre de droite, nécessairement de droite, exploitant honteusement des statistiques truquées pour tromper le peuple. Ne disait-il pas avec les économistes classiques que si on charge les salaires le chômage monte ! Intolérable.

« Ce pays étouffe  sous l’impôt et la dépense publique ». Oui , oui, c’est bien cela ! Sauf que qui ne criait pas « Vive l’impôt » était précédemment  un être vil et asocial.

« Il faudra opérer une réduction dont Valls-Hollande n’osent pas parler pour l’instant ». Ce « pour l’instant » est miraculeux. Le bon chemin est tracé. Il suffira simplement de faire passer le message aux troupes à qui on affirme l’inverse depuis des décennies.  Lors qu’on écrivait EXACTEMENT LA MEME CHOSE en 97,98, alors que DSK et Jospin faisaient et disaient EXACTEMENT L’INVERSE,  vous initiez une émeute sur le forum du Monde.

Nous citions alors les efforts faits par toute une série de pays pour réduire la dépense publique de plusieurs points de PIB. C’était l’époque où Lionel Jospin tentait de ridiculiser Tony Blair et faisait rire à son détriment dans les instances socialistes européennes. On cite désormais les efforts réussis des autres  dans un article du Monde cité. Dix sept ans après !

« La direction est bonne et le ton juste depuis que Valls Macron ont mis fin aux erreurs du début de mandat ».   Il y avait donc des erreurs ? 

La question est de savoir si les réformes représenteront seulement 1%, 10% ou un tiers du chemin nécessaire.

« La question est décisive » affirme l’éditorialiste.  Elle l’était depuis longtemps et tout a été aggravé sans que le Monde ne s’en offusque.  Mieux vaut une prise de conscience tardive que pas de prise de conscience du tout.

« La France risque de devenir une grande Grèce à force de diverger ».  C’est bien vrai, çà !

Le Monde a enfin viré sa cuti économique, après sa cuti révolutionnariste.  C’est bien, c’est très bien ! Un peu tardif mais très recommandable tout de même.

Bientôt le fasciste attardé sera celui qui ne croit pas  aux nécessités du redressement économique, à la limitation des dépenses publiques, aux avantages catégoriels déments. D’ailleurs le mouvement est en cours : Marine Le Pen a repris le discours de gauche traditionnel !

Il est intéressant de noter que le terme de néolibéral  a été évacué opportunément du journal.

On a évidemment de la tristesse pour la masse des suiveurs de gauche qui se trouvent brusquement pris totalement à revers de leurs anciennes haines et vomissements.  Le Monde les aurait-il trahis ?

Mais non !  C’est sur tous les sujets que la gauche , depuis 60 ans, est obligée à tous les reniements, à tous les virages à 180%. Elle était contre la décolonisation et nous eûmes Guy la Tomate, contre le pouvoir personnel d’un général adepte du pouvoir personnel et du coup d’état permanent. Les institutions furent entièrement validées par F. Mitterrand qui ne s’écarta pas plus de sa diplomatie.  C’est la gauche delorienne qui amorça, bien plus que les anglo-saxons, la dérégulation financière générale et promut la liberté des mouvements d’hommes, de marchandises et de capitaux.  La chute du mur révéla l’énormité du mensonge soviétique repris par la presse en France.  Pierre George, qui sévissait au Monde, expliquait naguère que la RDA était « au niveau des meilleurs ». Il fallut constater qu’aucune de ses entreprises ne pouvaient survivre dans la compétition et que la pollution était effroyable, la qualité des produits misérables,  les équipements toujours au niveau de ce que les nazis puis les soviétiques avaient volé un peu partout.

Alors plaignons le garde-rose dans ses certitudes à géométrie variable et dans sa chasse au fasciste protéiforme.

Et réjouissons-nous que Le Monde rejoigne le monde des observateurs pour qui la vérité l’emporte sur les nécessités de l’idéologie.

Les infographies du Monde sont constamment meilleures. Les articles économiques de mieux en mieux fondés. L’ARTICLE RECENT SUR L’IMMOBILIER ETAIT MIEUX QUE BIEN : ABSOLUMENT EXCELLENT. Espérons qu’il s’agit d’un mouvement de fond et pas seulement une virevolte opportuniste nécessaire à la réélection de François Hollande. 

Nous, ici, on aime bien Le Monde, quand il regarde le monde avec des yeux ouverts sur la réalité. Pas quand il essaie de fixer le bien-penser d’un « peuple de gauche » mythique et le plus souvent mystifié par les politiques qui parlent en son nom.  Et nous trouvons « dulcis et decorum »qu’il reprenne par la plume d’Arnaud  Leparmentier tout ce que nous écrivons depuis 20 ans un peu partout et depuis 8 ans sur ce blog ! 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Après l’Argentino, l’Ellenikos ?

Les spécialistes se souviennent de la crise monétaire argentine.  Le pays avait choisi de mettre fin à un laxisme monétaire endémique en mettant en place un régime monétaire très particulier : « le currency board ».  Le Peso était aligné sur le dollar avec une parité de 1 pour 1.  Pour maintenir cette parité aucun peso ne pouvait être créé sans contrepartie en dollar. C’est l’excédent de la balance des paiements en dollars qui justifiait la création de monnaie banque centrale en peso. Toute demande de conversion d’un peso en dollar était donc d’une certaine façon garantie. La masse monétaire en Peso était équivalente aux réserves en Dollar.

Le système était possible parce que le Campo argentin était structurellement exportateur.  L’agriculture argentine alimente le monde.

Ce système a eu un résultat initialement miraculeux : l’inflation a aussitôt cessé. Jusque-là le pays vivait au rythme des poussées d’inflation à deux chiffres et des blocages de prix, avec des conséquences parfois farfelues : le prix des voitures importées était bloqué mais pas celui des volants. Le volant finit par coûter le prix de la voiture dont le prix officiel ne comportait pas de volant qui était en option mais obligatoire à l’achat du « package » !

Ce système de caisse monétaire très particulier revenait à une semi dollarisation de la monnaie nationale mais sans la honte d’utiliser en interne la monnaie d’un autre pays. Il était plus fragile que la dollarisation puisqu’il restait une monnaie nationale et une banque centrale. On sait depuis Copernic, repris par Gresham, que la mauvaise monnaie chasse la bonne et que tout reposait sur la solidité d’un lien administratif entre Peso et Dollar qui pouvait être dénoué par la politique.

Le « currency board » n’avait été utilisé que dans le cadre colonial ou par de petits pays vivant en symbiose avec un gros voisin.

Dans un système mondial de changes fixes mais ajustables, et pourvu qu’on soit structurellement exportateur, le système est viable.

Dans un système de changes flottants, l’initiative devenait autrement plus aventurée. Si les pays destinataires du Campo dévaluent, la compétitivité de ce dernier est entamée. La masse monétaire se trouve réduite et peut même se contracter violemment, entraînant une déflation problématique.

Lorsque le dollar s’est envolé après le tremblement de terre de Kobé, doublant à peu près contre toute monnaie, le Peso argentin a ipso facto été réévalué d’autant, ce qui a bloqué les exportations de l’Argentine, donc la création monétaire.

Quand le principal partenaire de l’Argentine, le Brésil, a dévalué massivement le Real, la situation monétaire argentine est devenue catastrophique. Il aurait fallu dévaluer le peso mais il était lié au dollar qui flambait.

Les Argentins ont commencé à craindre pour le Peso et ont demandé la conversion en vrai Dollar. La création de monnaie de banque avait été faite en pesos. La contrepartie en dollar de la masse monétaire globale y compris les dépôts créés sur le sol argentin par les banques n’existait pas. Les réserves de la banque centrale furent bientôt menacées puis le blocage est survenu.

Le gouvernement a cru un temps qu’il pourrait résister.  Puis les mesures d’exception commencèrent avec l’apparition du fameux « corralito ».  Les comptes en dollars furent partiellement gelés. Les comptes en peso devaient seuls fonctionner. On espérait que la course au dollar s’arrêterait  et que le pays fonctionnerait sur les pesos que les banques pouvaient éventuellement créer en développant le crédit. Mais la fuite devant le peso avait asséché la trésorerie des banques et le marché interbancaire s’était bloqué. On demanda au FMI de la liquidité. Mais la quantité de dollars à fournir était hors de proportion pour faire face à la fuite devant le Peso. Les gouvernements régionaux commencèrent à faire circuler des reconnaissances de dettes pour ne pas contracter leurs dépenses, avec des noms plus ou moins explicites. L’Argentino, fut une de ces reconnaissances de dettes circulantes. Pas la plus importante mais la plus symbolique.

Au bout d’un moment tout le dispositif craqua à cause des remboursements des prêts internationaux privés ou publics. Les créanciers voulaient de bons dollars pas de l’argentino.  La conversion forcée des comptes en dollar en peso puis le défaut vis-à-vis de l’étranger, puis le retour au peso seul, très fortement dévalué, s’ensuivirent. Le Campo recommença à exporter mais les dollars ne rentrèrent plus au pays. L’Argentine n’eut plus accès aux marchés de capitaux internationaux. Les investisseurs étrangers, grugés et spoliés, quittèrent le pays (notre EDF national y laissant de gigantesques plumes).  

Les derniers épisodes sont connus :

-          Mme Kirchner pillant la banque centrale

-          Les hedge funds qui avaient racheté de la dette bradée exigeant le remboursement auprès de la justice américaine et gagnant.

-          La déréliction générale de l’Argentine.

Un pays qui ne sait pas gérer sa monnaie est livré nécessairement ou à ses créanciers et/ou au chaos.

La Grèce se trouve dans une situation similaire, parce qu’elle n’a plus sa souveraineté monétaire et que l’émetteur de monnaie banque centrale et le superviseur des émetteurs monnaie de crédit est étranger.  

La trésorerie des banques grecques est à sec parce que les Grecs ont déplacé leur argent à l’étranger soit en Euro soit en devises étrangères (beaucoup en Franc suisse). La valeur des dépôts est passée de 220 milliards à 140 milliards ces dernières années. Ces sorties n’ont été possibles que parce que la BCE a accepté de fournir jusqu’à 140 milliards d’euros aux banques grecques. La loi de l’euro veut qu’on ne puisse pas refuser la sortie des capitaux en euro ! Il faut bien que quelqu’un intervienne.

L’affaire de Chypre, où la BCE a imposé le vol d’une fraction importante des dépôts,  inquiète naturellement les Grecs qui ne conservent en banque que le strict minimum.

Le gouvernement grec n’a plus la ressource de créer de la monnaie pour lui-même. Les banques ne peuvent plus lui prêter, faute de trésorerie. Il est donc à la gamelle et attend constamment des subventions européennes qui ne lui sont données qu’au prix d’un « assainissement de la dépense publique » qui tourne évidemment à l’assassinat économique. La dette dépasse le PIB et s’aggrave !

La tentation devient très forte  de recourir aux mêmes facilités que les gouvernements régionaux argentins : faire circuler des certificats de dettes et leur donner le pouvoir de payer les impôts.

Au passage notons que la monnaie est toujours de la dette !

Ces certificats s’appellent des IOU (I owe you) en jargon anglo-saxon, de simples reconnaissances de dettes.

Sur le modèle de l’Argentino parlons plutôt d’Ellenikos.

La question juridique du droit d’émettre de l’Ellenikos et de lui donner un pouvoir de règlement n’est pas si nette que cela. Imaginons que le gouvernement décide finalement d’émettre « provisoirement » des reconnaissances de dettes en Ellenikos à hauteur de ses besoins internes tout en conservant l’Euro. Est-ce que cela pourrait marcher ?

Les fonctionnaires n’auraient pas le choix : ils seraient payés en Ellenikoi et les commerçants seraient sans doute forcés par la loi de les accepter. La mauvaise monnaie chassant la bonne, les étrangers venant en Grèce seraient sans doute obligés de payer leur hôtel en Euros. Pour éviter que les  recettes ne repartent aussitôt à l’étranger, il sera nécessaire de mettre en place un contrôle des mouvements de capitaux, lui totalement exclu par les traités.

De même que faire des 100 à 200 milliards d’Euros déposés à l’étranger ? Difficile de ne pas imposer leur retour ou un contingentement façon « corralito » : montant en euro que l’on accepte de voir détenue par les Grecs en Grèce ou à l’étranger. Là encore, les traités seraient violés.   

Il est à noter que les Ellenikoi seraient libellés… en Euros. Ne pas confondre avec un retour à la Drachme.

La Grèce comme l’Argentine n’a de ressources extérieures que via le tourisme et l’agriculture. C’est la seule source d’euros.  

Les exportateurs recevront donc de l’Euro mais ne pourront pas l’utiliser en interne. Il faudra les convertir en Ellenykoi sur un par de un pour un.

En revanche pour convertir les Ellenikoi, il faudra passer l’office des changes de la banque centrale de Grèce qui ne donnera de l’euro que pour des motifs limités (licence d’importation).

Peu importe si le marché noir qui permettra de convertir de l’ellenikos en euro marque une décote par rapport à la parité.

L’émission d’Ellenikoi mettra fin à la déflation sans recourir à des prêts en euros. Les recettes extérieures en euros permettront de rembourser progressivement des dettes d’Etat en Euros.   

A terme le gouvernement pourra racheter contre euro les ellenikoi ; sur la base de la parité ou avec une décote.

En dix quinze ans l’affaire pourrait être réglée.

Cela éviterait tous les ennuis actuels, récession terrifiante, injures réciproques, tentatives de vendre les biens agricoles en Russie en profitant de la surprime de violation des règles d’embargo, etc.

Les banques grecques verraient leur bilan  en Ellenikoi enfler sans avoir recours aux prêts de la BCE. L’Etat grec ne serait plus asphyxié mais devrait rester extrêmement prudent. Evidemment les prêts en ellenikoi risquent d’être problématiques. Mais actuellement les banques grecques ne jouent pratiquement plus qu’un rôle de banque de paiement. Plus personne ne veut de leur papier sinon la BCE.

La banque nationale grecque n’émettrait pas d’ellenikoi sinon par conversion de tout euro en ellenikos. Seuls les déficits du gouvernement grec et les exportations créeraient de la monnaie. Une différence avec le cas argentin ; Il y aurait naturellement une certaine inflation en ellenikos des prix à la consommation. Cela vaut mieux que la déflation.

D’accord, toutes les règles de l’Euro auraient été violées. Mais que fait-on depuis sept ans, sinon violer toutes les règles absurdes mises en place après Maastricht ? L’expérience argentine ne laisse pas d’inquiéter. La double monnaie n’a pas résisté longtemps. Mais en fait c’était un système à monnaies multiples : dollar, peso et monnaies substitutives. Ici il n’y aurait pas de Drachme.

Dernière remarque : le dollar n’avait pas avant 1971 de valeur intrinsèque : il donnait accès à l’or sur la base de 35 dollars l’once. Comme les Ellenikoi donneraient accès à leur valeur faciale en Euros. De même, qu’un temps, les billets de banque donnaient accès à leur contrepartie en pièce d’or.

L’avantage du système est qu’il donnerait un certain espoir. Après tout il existerait une perspective de s’en sortir sans tout casser.

Mené avec intelligence et doigté un tel système pourrait conduire à un retour à l’Euro finalement assez vite.  La situation actuelle en revanche est sans issue.

Une autre solution serait que la BCE crée elle-même la monnaie nécessaire à l’état Grec et provoque dans ce pays une inflation en Euro. Certains commencent à envisager la solution. De toute façon il faudrait mettre en place un contrôle des changes.

Créer un Ellenikos serait une meilleure solution car elle éviterait le risque de contagion ou seulement dans des pays si petits (le Portugal) que cela n’aurait guère d’importance.

La France ne pourrait pas mettre en place ce système-là. Mieux vaut qu’elle se réforme  et restaure sa compétitivité.

Mixité, Parité, Gratuité : attention danger !

Chaque époque a ses fantaisies idéologiques. Jusqu'à récemment, les mots sacrés se terminaient en "isme" : socialisme, communiste, maoïsme, trotskisme, polpotisme, castrisme, chavisme, fascisme, national-socialisme. Il ne reste plus guère qu'islamisme pour qualifier une idéologie mobilisant sur la haine de l'autre et le sentiment, pour les adeptes, d'être dans le camp du bien et justifié de faire du tort à l'humanité toute entière.

Foin de cette brutalité ! Nous entrons dans l'ère du terrorisme doux. Il s'agit toujours d'obtenir quelque chose "des autres" vus comme des malsains attardés, mais Big Brother connait les manières. La terminaison en "té" était bienvenue.  Mixité, parité et gratuité sont devenus des éléments constitutifs d'un bien collectif irréprochable et qu'il serait malvenu de contester.

Malgré le culte révérencieux réservé à ces trois idoles, considérées comme sacrées, fondatrices du "vivre ensemble" et porteuses d'un devoir d'applaudissement presque mécanique, il faut rappeler que ces concepts sont extrêmement dangereux pour la démocratie et surtout l'économie qui nous préoccupe ici.

Les mots sont en eux-mêmes dangereux parce qu'ils sont détournés de leur vrai sens.  

Il n'y a pas de gratuité mais un paiement par la collectivité, ce qui est tout de même assez différent.

La parité est synonyme d'égalité (parus veut dire égal en latin). L'arithmétique divise les nombres entre pairs (divisibles par 2)  et impairs. L'économie dispose que la parité est le rapport de changes de deux devises. Les philosophes classiques affirmaient : "il n'y a aucune parité entre les hommes". Les critères de parité sont tellement nombreux qu'installer une parité générale multi-critères n'auraient aucun sens. Parité de genre, parité de race, parité de religion, parité de taille, parité de fortune, parité de nationalité, … On peut créer des milliers de binômes : Français et étranger, blanc et non blanc, pauvre et riche, homme et femme, etc.

La seule institution qui était fondée sur une parité obligatoire était le mariage qui imposait que le couple fut formé d'un homme et d'une femme. Cette parité a été détruite. Va-t-on parler d'un mariage binomial pour restaurer les anciennes règles ? Cette contradiction est un mauvais signe.

On a créé de toute pièce un concept de parité vue comme une égalité de résultat et non pas de droit entre homme et femme. Toujours ce vieux conflit entre "droit de" et "droit à" ! On a remplacé l'élu par le duo d'élus pour imposer une représentation mathématiquement égale dans les assemblées départementales. La femme et l'homme n'était plus simplement égaux en droit de se présenter mais en droit de revendiquer d'être en nombre égal dans les assemblées sans que l'électeur puisse intervenir dans ce choix. Certains veulent pousser la chose dans les régionales, les législatives, les européennes. Une élection n'aurait de valeur que si le résultat était la parité absolue de représentation des deux sexes. Là encore, pourquoi pas l'égalité mathématique dans la représentation des races, des couleurs de peau, des religions, des conditions sociales ? L'élection ne devient plus un choix politique mais une imagerie à plusieurs dimensions.

La mixité veut dire en latin mélange. En dehors de la salade mixte, le mot signifiait généralement qu'hommes et femmes n'étaient pas séparés dans certaines occasions de vie. L'école mixe, le sauna mixte, la gymnastique mixte, les camps de naturisme mixtes, telles étaient les expressions qui avaient du sens. Les nombres mixtes en arithmétique sont formés d'entiers et de fractions. Les mariages mixtes ne signifiaient pas qu'on mariait un homme et une femme, mais des conjoints ayant des religions différentes. Bref on emploie aujourd'hui le mot mixité dans un sens très différent : l'obligation pour les favorisés et les défavorisés de partager le même lieu de vie, les premiers payant  aux seconds le droit à l'égalité d'appartement, à l'égalité d'immeubles, à l'égalité de rue, à l'égalité de quartier et à l'égalité de ville.

Dans l'ancien régime, disons avant 1968, la société organisait des distinctions. L'homme et la femme avaient des rôles différents dans la société et dans le ménage. L'idée était qu'il fallait protéger l'enfant en assurant la protection familiale. On séparait les adolescents des adolescentes dans les institutions d'enseignement pour des raisons qui paraissaient évidentes : le redoutable effet sur les études  de l'effervescence sexuelle de ces années là et la dissipation qu'elle stimule. Le national n'était pas l'étranger. Le bourgeois n'était pas le prolétaire. L'homme bien habillé ne se mélangeait pas au vulgaire. Il y avait des escaliers de service pour éviter de mélanger les torchons et les serviettes. Les beaux quartiers marquaient une distinction, et l'hôtel particulier faisait la nique à l'appartement.

On a voulu culpabiliser (bientôt criminaliser ?) ces distinctions. Tout le monde il est beau, il est gentil, mixte et pair. La société n'a rien à dire aux individus, mais l'Etat si. Et les individus sont priés d'être conformes aux nouveaux dogmes.

La femme n'a pas de sentiment maternel !  Cette idée imposée par le mâle dominant à été "déconstruite". A lui de "torcher les gosses" et d'assister aux accouchements, avec la honte en plus de ne pas avoir à supporter les douleurs et les dangers de l'accouchement. Culpabilité quand tu nous tiens. Homme tu ne seras pas une femme comme les autres mais la femme doit être un homme comme les autres.  

Assez spontanément, les chinois qui émigrent tendent à se regrouper dans des quartiers où ils retrouvent des congénères. Ce fut vrai partout aux Etats Unis ou à Paris aujourd'hui. Personne n'y voyait mal. Juste un peu d'exotisme. Le quartier du sentier à Paris rassemblait les familles juives en grand nombre, sans que personne n'y trouve à redire. Les Bretons s'installaient à Montparnasse et ouvraient des crêperies. Pourquoi pas ? La mixité des origines nationales, provinciales ou raciales n'étaient pas un objectif. Le marais aujourd'hui concentre la gens homosexuelle sans qu'on y trouve à redire. Le quartier latin attirait les professeurs. La bohème aimait Montparnasse et Montmartre.

La mixité sociale du passé, souvent allégué comme un retour au paradis perdu, est un mythe total. Il y avait à Paris le plus souvent trois cours. La partie sur rue était considérée comme la seule digne et elle avait son étage noble. On ne se mélangeait pas avec la seconde cour et encore moins avec la troisième. A l'intérieur même des parties bourgeoises on séparait les escaliers pour justement rappeler chacun aux nécessaires distinctions. Et on mettait "abonné au gaz" sur sa carte de visite  et même à l'entrée noble de l'immeuble quand on logeait sur la rue. Les autres étaient à la lampe à huile ou à la chandelle.

C'était vrai à Paris et encore plus en province. Il aura fallu la guerre de 14 pour que l'avoué de Beaune consentit à serrer la main du fils du tonnelier qui travaillait dans son arrière cour. Il est vrai qu'il était alité dans la même chambre d'hôpital que son fils, blessés l'un et l'autre dès les premiers jours de la guerre. Ce fut vécu comme un évènement inouï par tous les présents. Et ne résista pas à la fin des hostilités.

A la campagne c'était bien pire (tout est toujours bien pire à la campagne !).  L'ouvrier agricole couchait dans le foin dans la grange et se lavait au puits (quand la patronne était exigeante). Et on ne cherchait pas la parité et la mixité dans le foin que dans des cas particuliers sur lesquels nous ne nous étendrons pas.

Aujourd'hui on a voulu évincer ces attitudes qui ne sont ni "cool" ni conformes à l'égalité et la fraternité inscrites sur nos frontons.

On veut donc régenter les mœurs, comme l'Eglise naguère. Et forcer les natures. Quand on viole les réactions intimes des gens, les effets pervers suivent toujours.

Nous avons déjà ici dénoncé les danger de la fausse gratuité. Elle se traduit TOUJOURS par la mise sous tutelle des producteurs, la surveillance des consommateurs et la ruine générale. La gratuité du pain castriste était un merveilleux exemple. Le pain gratuit fut immédiatement donné aux cochons. L'état se trouva rapidement dans l'impossibilité de subventionner le gâchis. On fusilla quelques paysans qui "cachaient les grains". On surveilla et rationna la consommation de pain. Finalement le système fut heureusement abandonné. Toute l'histoire soviétique est nourrie d'histoires comme cela. Le système n'arrivera jamais à nourrir sa population.  

Notre système de sécurité sociale est ce qui se rapproche le plus d'un système soviétique. Il devient impossible de se soigner dans certains coins de France. Les délais pour avoir un rendez-vous ou pour fixer une opération deviennent déments. On recrute des "producteurs" étrangers à bas coûts en espérant réduire les déficits. On commence à être coercitifs vis-à-vis des malades. Et le système est ruineux et ruiné. 

On veut assurer la quasi gratuité de la "culture". La recette  payée devient ridicule par rapport aux coûts engagés. Le système devient ruineux pour tout le monde. Nous n'avons plus d'artistes mais des intermittents du spectacle, plus de peintres mais des subventionnés des Frac, plus de créateurs, mais des chercheurs musicaux qui ne trouvent pas grand chose. Gratuité implique bureaucratisation, fausses gloires et vrais impôts.  

La ruine financière n'est pas le seul effet pervers de cette volonté de rendre les gens bons et conformes.

On constate aussi une perte de sens. La parité implique un choix quantitatif là où le qualitatif règne en maître. Il n'y a qu'un chef. Un binôme paritaire de direction construit sur une base sexuelle n'a aucun sens dans la théorie des organisations. Pas plus que n'aurait un oukase exigeant une parité sur la race, la religion  et la couleur de peau. On voit bien que si on croise les critères de parité alors le système devient inextricable. Comment imposer une parité homme/femme, blanc/non blanc, Catholique/Non catholique, dans un conseil d'administration ?

Et surtout pourquoi ? Certains institutions doivent être représentatives, certes, mais la plupart ont un rôle opérationnel. On ne voit pas pourquoi le genre, la race, la couleur de peau ou la religion auraient la moindre pertinence.  

Reste la fraternité ! Croire que financer à très grands frais des logements pour les immigrés pauvres dans les quartiers les plus huppés des villes  entraîne la fraternité est une de ces idioties qui laissent toujours pantois. Le voisin qui, à force de travail et réussite, a réussi à y loger au prix d'impositions meurtrières est-il ébahi de bonheur fraternel quand il voit débarquer sur ses impôts une population allogène qui représente pour lui une régression vers les pires moments du XIXème siècle ?  Le Kosovar ruiné par le régime pourri et violent qui règne là-bas attend-il vraiment d'être logé rue du Dragon ?  Symbole et provocation ne sont pas des solutions.

Lorsque la Ville de Paris a décidé de faire cohabiter sur le même palier le clochard irrécupérable à 4 Euros le m2 par mois  et la jeune secrétaire à 24 Euros, il a rendu folle la secrétaire sans rien changer de la condition du clodo qui jette ses poubelles par la fenêtre et vomit dans l'escalier. Sans parler des odeurs comme disait Chirac. Croire que la fraternité va naître de l'insertion des Anneaux de Bicêtre au sein des quartiers bobos ou du triangle d'or parisien est parfaitement grotesque. On sait qu'il s'agit à Paris simplement de créer une "majorité sociologique" pour le PS. Tout cela a un prix. Les nouveaux programmes sont grevés du coût du pourcentage de logement social imposé. Les acheteurs subissent une double peine : un mauvais voisinage et des frais supplémentaires.

Les Français qui ne voulaient pas vivre dans des banlieues devenues dangereuses et peuplées de populations sans rapport avec la population d'origine est partie dans le périurbain. Dans tous les systèmes politiques violents, les gens votent avec leurs pieds. Les Juifs de Sarcelles, harcelés par les arabes nouvellement installés et devenus majoritaires fuient, parfois jusqu'en Israël.

Croire qu'en mettant les contraires dans une même bassine tout le monde va devenir libre, égal et fraternel est, au mieux, une fantaisie.

La gratuité devient rapidement ruineuse, la parité oiseuse et la mixité haineuse. Mieux vaut la patience et la prudence sociale et économique que des règlementations nourries de force et de rage.  Les plafonds de verre ne se soulèvent pas par la violence politique et règlementaire. Quand on les brusque ce ne sont pas eux qui cassent.

Les postes de direction doivent être dotés des meilleurs dirigeants possibles. Le sexe, les origines, la race ou les religions n'ont rien à faire dans ce choix. Les postes politiques doivent refléter l'opinion des citoyens. On choisit des personnes en lesquelles on a une (relative) confiance. Le sexe, la race, la religion peuvent entrer en jeu sur une base individuelle. Mais pas collective et encore moins coercitive.

Croit-on qu'une entreprise serait mieux gérée parce que la loi imposerait qu'on vote pour une équipe binomiale homme-femme ? Et quel serait le coût à moyen terme si on le faisait ?

Là où la compétence (c'est-à-dire la capacité de réussir et de gagner) est indispensable, la décision ne doit pas être perturbée par des considérations accessoires et sans pertinence.  

Là où des coûts sont engagés, il faut rapprocher le plus possible le payeur et le bénéficiaire. Sinon le bénéficiaire qui ne paie pas ruine celui qui paie et/ou le producteur, et le système s'effondre de lui-même.

Gratuité, parité, mixité,  signifient en fait : paiement par les autres, égalité mathématique forcée et mélange obligatoire, le tout imposé par l'Etat sur la base de son monopole de la violence. Le fait d'avoir mis en avant un vocabulaire obscur ou trompeur, détourné de son usage, montre bien que les promoteurs de ces idées ne jouent pas franc jeu. Ces trois objectifs ne sont l'avenir ni de la démocratie ni d'une économie efficace et prospère.

Roustes électorales et fiscalité

Une des dimensions toujours "oubliées" par les commentateurs lors des déroutes électorales est le rôle du ressentiment fiscal. Le "politiquement correct" interdit ce genre d'analyses. L'impôt, en France, c'est sacré. Evoquer la responsabilité de l'impôt dans les réactions des Français serait leur faire injure. Alors on tricote des explications plus ou moins fumeuses pour éviter les évidences qui fâchent.

Cela fait des années maintenant que nous expliquons que la montée du FN est entièrement due au ressentiment fiscal. Il nait avec la création de l'IGF, le prédécesseur de l'ISF. Il prospère aujourd'hui sur les taux confiscatoires mis en place par F. Hollande. On dira: le chômage a poussé la fuite de l'électorat populaire vers le FN et "l'invasion musulmane" n'a pas arrangé les choses. La poussée du FN dans les départements en difficulté économique ou soumis à des substitutions de populations est évidente. L'analyse fine des cantons montre une réalité moins systématique. Le FN gagne le canton du Médoc où le nombre d'immigrés n'est pas particulièrement élevé et la crise peu marquée par rapport à d'autres cantons en reconversion.

Le passage à l'acte du vote en faveur du FN suppose qu'on brave un interdit. Il faut une grande force de ressentiment pour le motiver. Cette force est alimentée par la spoliation fiscale. Les niveaux d'imposition actuels peuvent être assimilés à un vol pur et simple des citoyens par la puissance publique. L'électeur a voulu donner une rouste au voleur.

La surprenante défaite de Giscard en 1981 s'explique principalement par le ressentiment devant un septennat qui aura été fiscal de bout en bout, avec la généralisation de la TVA et la fin des "forfaits" protecteurs et l'impôt sur les plus-values. La déroute socialiste de Bérégovoy s'explique également largement par le ressentiment fiscal. Celle de Juppé est due en quasi-totalité à l'hystérie fiscale qui l'avait saisi , allant jusqu'à lui faire sauter le plafonnement de l'ISF. Pour la première fois, des citoyens étaient privés de la totalité de leur revenu par l'impôt. Fabius sait très bien qu'il a souffert à la fin de son mandat de premier ministre d'un accès de rejet fiscal qui le conduira à réclamer une baisse fiscale à Jospin qui, sous l'influence de DSK, avait continué le matraquage engagé par Juppé. Trop peu, trop tard.  

L'échec de Sarkozy s'explique très largement par son incapacité à convertir l'ISF en impôts sur le revenu en début de mandat et par les hausses d'impôts continuelles des deux dernières années de son quinquennat.

La névrose fiscale française est la base des déroutes systématiques des gouvernements en place depuis les années 1970.

Le gouvernement actuel essaie de contenir la dépense publique. Mais il ne veut pas restructurer le champ de l'action de l'Etat, ni mettre fin aux politiques de gratuité incontrôlables dans des secteurs entiers comme la Santé ou la Culture. Il pensait qu'en évitant de s'attaquer trop à son cœur de cible électoral, il résisterait mieux. L'idée hollandaise de leur prendre un peu pour donner un minimum aux entreprises, lessivées par la fiscalité, est vécue comme une raclée fiscale imméritée. Les fonctionnaires voudraient qu'on cesse de les ruiner et qu'on cesse de ruiner les entreprises, les deux choses en même temps. Paradoxe ? Pas nécessairement. Faire comprendre à ce groupe massif (près de 10 millions de ménages sont accrochés à la dépense publique en France, hors retraite) comment on peut sauver leur prospérité alors qu'on reconfigure les missions de l'Etat pour baisser la fiscalité sera un des défis les plus difficiles pour la droite. Il a été la roche tarpéienne du PS, alors même que la reconfiguration de l'Etat n'a même pas été essayée.

Benoît Hamon, militant insignifiant et puceron politique qui se croit digne d'être président de la république (beaucoup au PS se disent que "si Hollande l'a été  pourquoi pas moi !" ), croit que le PS s'en sortira en augmentant encore massivement les impôts sur les riches et en alignant les cadeaux électoraux aux pauvres. Il veut reprendre la stratégie qu'Hollande a tenté en deux phases : la phase initiale où l'on frappe "les riches", puis la phase des cadeaux électoraux aux clientèles. Il a échoué parce qu'une réponse uniquement fiscale aux exigences de désendettement de l'Europe, alors que la France avait déjà trop d'impôts, a bloqué l'activité économique. La phase des cadeaux ne peut plus s'enclencher sauf à tuer le malade. Hollande attend le Grouchy de la croissance tirée par l'extérieur, pour retrouver un peu d'oxygène électoral.  Se lancer dans les deux ans à venir dans une surenchère fiscale destructrice en écartelant un peu plus la France entre clientèles et pigeons à plumer serait aussi suicidaire pour le pays que pour le PS. Hollande attendra la campagne électorale pour faire des annonces de ce type pour ne pas avoir à en affronter les conséquences avant les élections. Elles bloqueraient tout espoir de participer si faiblement que ce soit à la possible reprise et le priverait de sa tactique : transférer la responsabilité du chômage sur les entreprises.

Bien sûr le ressentiment fiscal n'est pas le seul moteur des déroutes électorales. Mais l'ignorer totalement comme le font les commentateurs et les politiques (de moins en moins à droite) est une des sottises de notre temps. Le long moment du "vive l'impôt" est passé en France.

Nous avons écrit que l'année 2015 serait un balancier permanent entre espoir de reprise et ressentiment.

Nous avons eu le ressentiment musulman. Nous vivons le ressentiment fiscal.

Gageons que l'on va maintenant nous bassiner avec l'espoir de la reprise.

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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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