Nouvelle poussée du lectorat de ce blog

Le 7 janvier 2014, le nombre cumulé de lectures étaient de 500.000. Nous en sommes au 7 juillet à 580.000. Ces 80.000 lectures en six mois marque un nouvel accroissement de l'intérêt porté à des questions économiques plutôt austères.

Les élections municipales et européennes sont certainement une des causes de cet intérêt renouvelé.

Nous pensons que la persistance de la crise est la vraie raison. Une inquiétude grandit dans le pays que nous ne en sortions pas. Après les éruptions sociales de l'automne 2013, le Président de la république avait fait marche arrière toute, annonçant l'embellie de la conjoncture et un nouveau cours de son action.

L'embellie était fictive. Le changement d'orientation de la politique fiscale, sociale et économique est resté verbal.

Les Français se demandent si on ne va passer de l'échec répété au désastre définitif. Nous sommes conscient que l'augmentation des lectures est associée à celle de l'angoisse du pays.

De l'échec au désastre ? Est-ce là le destin qu'on nous prépare ? Sept ans de crises, de faillites en augmentation, de chômage en augmentation, de dette en augmentation, de pression fiscale en augmentation, de déficits jamais jugulés.

Et rien ne change. Mme Hidalgo élue à Paris sur la promesse : "plus d'augmentation d'impôts", annonce qu'il manque 400 millions pour boucler le budget, veut doubler la taxe de séjour hôtelière, veut doubler le taux des amendes, …

Le budget n'est pas tenu et les engagements solennels pris vis-à-vis de l'Europe ne seront pas atteints.

On songe à rendre progressive la CSG mesure qui, ajoutée à toutes les autres,  marquera la mort définitive non seulement des fortunes et de la bourgeoisie aisée en France, mais de tous les espoirs de renouveau de l'esprit d'entreprise.  Comme au RU à la fin des années 70, la France entre dans une spirale de suicide national.

La France est aujourd'hui sur le fil du rasoir. La situation politique est désastreuse. La droite est embourbée dans les différents chemins de traverses de la gestion Sarkozy. La gauche est prisonnière de la désinvolture du Président qu'elle a porté au sommet de la République et  de l'indigence sectaire des apparatchiks qui tiennent le Parlement. Le peuple se détourne vers les extrêmes, l'indifférence ou la révolte. La presse, ruinée par l'innovation qui touche le secteur,  ne s'intéresse qu'aux problèmes de communication et de personne . Elle refuse toute étude de fond.

On le voit à Aix.  Les économistes officiels parlent d'investissement à un pays où il a disparu sans qu'ils expliquent réellement pourquoi.  Il suffit de relire les minutes des débats de 2006 et 2007 pour vérifier qu'ils n'avaient rien prévus, rien compris à la crise qui nous a frappé.

Dans ce désarroi général, il ne reste qu'une voie de sortie par le haut : comprendre. La connaissance précède toujours l'action. Observer les faits sans a priori en remontant suffisamment haut dans le temps pour ne rien manquer.  Confronter les analyses pour gagner en justesse et éviter approximations ou courtes vues.

Tant qu'on en restera au niveau zéro de la pensée, les" élites" françaises de gauche ou de droite seront discréditées. Les causes de la crise ne sont toujours pas au centre du débat public. Les moyens d'en sortir ne peuvent donc pas être discutés et compris.

On laisse les pulsions politiques emporter tout. Malfaisance idéologique à gauche, idiotie aveugle à droite.

Il faut prendre un autre chemin.

Espérons que nous y contribuons à notre humble mesure.

En tout cas cette nouvelle croissance de notre lectorat nous y encourage.

Crise économique, guerres et révolutions.

L'histoire des années 30 est encore tellement prégnante que le lien entre dépression économique et guerre est presqu'automatique.

La crise que nous connaissons est indiscutablement très sévère. Elle dure. Elle est tout sauf terminée. Elle met en cause sinon le capitalisme du moins certaines de ses modalités.

Les "printemps arabes", pour autant que le concept soit totalement clair, ont été indiscutablement provoqués par la récession économique mondiale. Même les évènements ukrainiens, d'un genre tout à fait différent, sont les enfants de la récession et de la déréliction économique du pays, sous l'effet de la prédation Ianoukovitch. Les tensions en Extrême-Orient sont indiscutablement liées à l'accès au pétrole et à la rente correspondante qui devient vitale dès lors que l'expansionnisme par les exportations flanche.

Pour autant, les drames des années trente sont-ils à nos portes ?

Les deux déterminants majeurs de la situation qui prévaut au début des années trente sont d'une part les effets psychologiques et matériels de la guerre de 14-18 et d'autre-part la montée en puissance du socialisme violent vu par certains  comme l'alternative souhaitable au régime capitaliste.

L'Allemagne qui se donne à Hitler a perdu la guerre et a perdu son épargne lors de la grande inflation du début des années 20. Elle a subi une tentative de révolution socialiste. Elle doit des réparations importantes notamment à la France. Elle a des voisins qui sortent d'une guerre qui s'est terminée par le traité de Brest-Litovsk mais qui reste larvée. Le traité de Versailles a reconstruit de façon dangereuse les ruines de l'empire allemand et l'empire d'Autriche-Hongrie. Partout les nationalismes sont excités.

La violence en Union Soviétique n'est pas liée à la crise de 29. Lorsque les héritiers de Lénine finissent de se déchirer pour le pouvoir absolu et que Staline lance son grand tournant, Hitler n'est pas au pouvoir et la crise de 29 n'a pas commencé.  On sait que de 28 à 33, le "socialisme réalisé" va tuer près de 10 millions de personnes, dont le moitié en Ukraine  et dans le glacis européen. Le prurit socialiste, gratté par les révolutionnaires dépendant de l'URSS, saigne partout provoquant des réactions violentes.  Le fascisme comme le national socialisme repose sur les mêmes critiques du capitalisme que le communisme, avec le même goût pour la violence, le même soucis de l'agit-prop, l même contestation de la religion. Les hommes qui dirigent ces mouvements viennent presque partout du socialisme, à l'instar de Mussolini et de Doriot.   

Le monde a découvert le rôle de l'information de masse, le rôle de le puissance industrielle. Manipuler les masses et vaincre par la puissance industrielle devient l'axe de la réflexion politique.

L'Angleterre reste la principale puissance mondiale mais les Etats-Unis l'ont rejoint et ont le potentiel de la dépasser.  L'Allemagne et le Japon ont un potentiel industriel important. La France, au sommet de sa puissance n 1930, va tout perdre en 10 ans, minée par sa démographie déclinante depuis un siècle, les pertes de la guerre de 14, et son retard dans le commerce et l'industrie. C 'est encore un pays de paysans, avec une frange urbaine et industrielle brillante mais réduite. Elle vit sur l'élan de son passé.

La crise de 1929 a été provoquée par les conséquences de la guerre de 14. D'énormes paquets de dettes ont été accumulés. Les créanciers américains disposent de l'épargne du monde et ne savent plus trop quoi en faire. Ils vont se lancer dans la pure spéculation. Il n'y a plus de marché mondial suffisant pour que le placement de leurs réserves monétaires puissent rapporter suffisamment. L'argent se place là où des espérances de plus values semblent exister. La boule se met à rouler.  

Jusqu'à ce que cette effervescence se heurte au fait que la bulle se nourrit d'elle-même c'est-à-dire de rien. Et on aura le Krach de 29. L'épargne américaine est ruinée. La crise enchaîne ses effets sur un pays peu préparé et sans filet de sécurité sociale.

Par le biais des dévaluations compétitives et des fermetures de frontières  au commerce,  la crise se généralisera. Elle touche l'Europe durement seulement à partir de la dévaluation britannique. Le gros des difficultés  portera sur les années 33-35. Entre 30 et 32, on est dans une phase de contagion progressive. On croit encore en 32 que la France ne sera pas touchée !

C'est dans ce contexte que Hitler arrivera au pouvoir fin 32. En costume de ville. Les Allemands y voient d'abord une volonté et un potentiel de redressement national. Ils voient la revanche possible vis-à-vis d'une défaite refusée qui a rogné leur souveraineté sur des territoires majoritairement allemands, la fin des désordres intérieurs fomentés par les mouvements socialistes, anarcho-syndicalistes ou communistes, une protection contre la possibilité d'agressions venant de l'est.

Le national-socialisme et d'abord l'enfant de la défaite et de la crainte de Staline et du communisme. La crise de 29 n'a joué qu'un rôle d'adjuvant.

On voit qu'aujourd'hui la situation est très différente.  En dehors de quelques guerres marginales, chauffées par l'URSS, essentiellement dans les pays anciennement ou nouvellement  colonisés, le monde a connu la paix.

One ne peut comparer une époque où on venait de sortir d'une guerre mondiale "totale",  d'une intensité jamais vue, avec des destructions inouïes rendues possibles par la puissance  industrielle,  avec un monde qui a vécu en paix pendant 3/4 de siècle.  

L'hypothèque socialiste a été levée, avec la disparition par auto dissolution interne de l'URSS et la conversion de la Chine au capitalisme sauvage.

La crise économique sévère que nous connaissons touche un monde pour l'essentiel paisible et embourgeoisé, qui est dix fois plus riches et qui dispose de filets sociaux importants.

Le seul nationalisme dangereux est celui des Hans. La conversion de la Chine au capitalisme internationaliste tient plus à la montée en puissance du Japon, des Tigres et des Dragons  qu'à une conversion au libéralisme. Les dirigeants chinois ont compris que s'ils laissaient  faire, la Chine serait bientôt un nain économique et militaire dans la région. La conversion au capitalisme est d'abord une volonté de retrouver la place de la Chine dans la région. L'imbécillité européenne et américaine et d'avoir soutenu de façon exagérée cette passion nationaliste. En transformant la Chine en atelier exclusif  de l'occident, les Etats-Unis et leurs alliés ont commis une faute majeure par myopie et angélisme.  

La Chine est désormais en querelle avec les Tibétains, colonisés et martyrisés, les Ouïgours, colonisés, marginalisés et réprimés, avec la Russie du fait de la colonisation de l'Est russe par les paysans chinois et de difficultés territoriales traditionnelles et  avec  tous ses voisins. Le Japon "réinterprète" sa Constitution, avec une seule idée en tête : la bombe atomique ! 

En dépit de ce climat, on ne voit guère ce qui pourrait se traduire par une véritable guerre. Le Japon est surtout inquiet de relancer une économie qui se traîne depuis que ses créances en dollars ont été anéanties au début des années 90, ruinant son système bancaire.  La Chine tremble de voir ses réserves  en dollars disparaitre et sa situation intérieure se dégrader du fait de la stagnation du commerce international. Les deux pays sont en dénatalité accélérée. La démographie joue contre l'idée même de guerre. Reste l'imprévisible Corée du Nord, mais qui est désormais lâchée par Pékin.

La Russie ? C'est un nain politique et elle le restera. Elle n'a pas d'économie et son capitalisme de prédation ne marche pas. Sans la rente énergétique, le pays n'est rien.  Son immensité accuse ses difficultés démographiques. L'affaire Ukrainienne ne saurait masquer ces réalités profondes.

L'Inde et le Pakistan forme un couple en colère l'un contre l'autre avec des bombes nucléaires par-dessus le marché. Si le Pakistan se risque à une attaque atomique préventive, il disparait aussitôt. Une telle attaque ne sera de toute façon pas liée à la situation économique globale.

L'Afrique est traversée par des tensions très diverses,  avec un pays, le Nigéria, qui est en passe de devenir le plus peuplé du monde et le plus instable. Il ne semble pas qu'il puisse y avoir de terreau pour une guerre mondiale.    

Reste le Moyen-Orient et la folie religieuse qui domine tout, aidée par la rente pétrolière. L'IRAN, Israël,  bientôt l'Arabie saoudite, ont la bombe atomique.  Shiites, sunnites, et juifs, une fois dotée de la bombe, règleront-ils leurs problèmes en s'auto détruisant ? C'est possible, mais cela n'a rien à voir avec la crise mondiale. Au contraire, cette dernière, en réduisant la rente pétrolière, joue un rôle…pacificateur.

Que le monde reste une poudrière, avec des conflits un peu partout, c'est évident.

Que l'on soit dans une situation du même type qu'au début des années trente est une autre affaire.

La crise a multiplié ses effets politiques. Cela continuera.  Aucune des conditions ne sont remplies pour qu'elle provoque une déflagration mondiale comme celle de la fin des années 30.  Nous en sommes à la septième année depuis le blocage du marché interbancaire. L'équivalent de 1937, si on veut à tout prix faire un parallèle. Hitler était déjà au pouvoir depuis cinq ans !  Un accord militaire secret avait été noué depuis longtemps avec Staline pour contourner les effets du traité de Versailles. Staline avait déjà  pris le pouvoir de façon absolue. Le pacte germano-soviétique se préparait. Deux dictatures sanglantes  préparaient à marché forcée leurs futures exactions. Où sont les puissances équivalentes aujourd'hui ?  

On ne refait pas l'histoire.

Il faut dénoncer cette crise économique majeure qui n'en finit pas. Il faut surtout souligner quelles en sont les causes et pourquoi  elle dure ainsi.

Voir tous ceux qui ne l'avaient pas prévue jouer les super Cassandre du future conflit mondial comme exercice de rattrapage a quelque chose de désolant et de ridicule.

Cette crise était évitable. On peut en sortir. Il faut pour cela la comprendre et mettre fin aux sources réelles de difficultés.  On ne le fait pas pour des raisons politiques obsolètes. Le socialisme fiscalo délirant  "hollandais" n'est pas la solution. L'Europe de l'Euro sans organe de pilotage monétaire extérieur réel et sans concertation forte des pays membres n'est pas la solution. Les changes flottants et l'acceptation de déficits et d'excédents  monstrueux de balances extérieures  ne sont pas des solutions.

La réflexion économique et politique doit être concentrée sur les conditions d'une réforme sensée permettant de surmonter les problème d'organisation actuelle. L'architecture monétaire et financière mondiale doit être repensée et  reconstruite.  

Préparons- nous à cela plutôt qu'à la troisième guerre mondiale .

Le faux effondrement de la productivité

Toute personne qui s'attelle  à la tâche d'étudier les crises économiques périodiques constate  l'apparition récurrente de raisonnements stéréotypés. Ils refleurissent comme les marronniers. 

La fin du progrès de la productivité est une de ces lancinantes resucées.

En 1929, on expliquait que les chemins de fer, c'était fini et que l'automobile avec Ford avait atteint son Acmé. La mécanisation et l'électrification avaient fait leur effet et il était parfaitement normal que l'on entre dans une période de stagnation de longue durée aux Etats-Unis. La croissance, c'était fini.

Sautons en 1973-74 et donc à la "première grande crise depuis 1929". Là deux idées ont nourri les commentaires :

- La fin du pétrole et donc de la croissance. La projection des tendances était sans concession : tout s'arrêterait au plus tard en 1985. C'était la fin de l'aviation, du plastique et de l'automobile. Tous les gains avaient été trouvés dans l'agriculture. Il n'y avait rien à faire. La stagnation, au mieux,  était définitivement installée.

- L'informatique était désormais à saturation : tous les programmes nécessaires avaient été mis en œuvre dans les grands groupes. Il était même indispensable de cesser de former des informaticiens.

Allons maintenant à la crise de 93, la "seconde crise la plus grave depuis 1929". Là, c'était totalement clair. Le travail, c'était fini. Il n'y avait plus de boulot. Ce qui devait être informatisé et automatisé l'était. Ne restait plus qu'à réduire le temps de travail  et à s'adapter à une société sans croissance.

Voilà la crise de 2007-20xx, à nouveau "la pire crise depuis 1929" et ça y est : le progrès c'est fini ; la productivité, on est au bout ; le travail, y en a plus. Etc.   

Toutes ces réactions sont naturellement des foutaises.. La crise crée un climat qui pousse à extraire de la réalité des faits analysés à courte vue et qui n'ont pas de sens. La psychologie l'emporte sur la raison.

En 1929 plusieurs révolutions étaient en marche : le petit équipement électrique, la télévision, la radio et les communications en général, le pétrole et ses applications notamment pour l'aviation, le marché des produits d'hygiène etc.  Beaucoup des grands groupes mondiaux actuels datent des années trente. En France, l'Oreal, Publicis, les magasins à prix unique etc.

En 1974, l'informatique connait une révolution : le temps réel avec l'interaction entre un opérateur et un écran, puis les mini ordinateurs, puis les micro ordinateurs, puis les progiciels grands publics… Les tour opérateur naissent avec la révolution des avions gros porteurs et le tourisme de masse. La santé est à la veille de progrès décisifs à peu près dans tous les domaines. La grande distribution s'installe. Le pêche industrielle se généralise. Etc.

En 1993, l'informatique connait une nouvelle révolution. Les réseaux de PC avec interfaces graphiques multicolores s'établissent d'abord en local puis, grâce çà internet, ouverts sur le monde entier. L'interconnexion permet l'émergence de marchés inconnus jusqu'ici. Le téléphone devient portable. Les imprimantes couleur à bas prix se généralisent. D'énormes marchés mondiaux se mettent en place. La révolution du container change le transport maritime. Les grands groupes s'allègent des activités mineures pour atteindre la taille critique mondiale sur leur cœur de cible. L'organisation du travail change. L'aviation connait un boom sans précédent, le "bougisme" atteignant les populations du monde entier, aussi bien pour le tourisme que pour les voyages professionnels et les salons. Le luxe se mondialise. Tous les ex-pays communistes s'ouvrent.

Bref, à chaque fois , les jérémiades sur la fin du progrès, la fin de la productivité, la saturation des marchés et la disparition du travail se sont trouvées démenties dans des proportions …démentes.

En revanche la vraie cause des crises a toujours été évacuée plus ou moins brutalement. En 1929, la concentration d'un paquet de dettes effroyable en Europe et d'une richesse fortement accrue aux Etats Unis  a provoqué des déséquilibres  que la crise a résorbés dans la douleur. Déjà le monde ne savait pas que faire des milliards de dettes en papier monnaie. Ajoutons le prurit révolutionnaire socialiste qui a pourri totalement la situation politique. On aura les sinistres années trente.

En 1974 la gravité de la crise décennale est entièrement liée à un changement de système monétaire international désastreux, lui-même provoqué par le désir des Etats Unis et de ses alliés (volens nolens) de répondre aux défis de l'Union Soviétique sur terre et dans l'espace.

En 1993, le monde soviétique a cédé. Mais on ne sait toujours pas quoi faire d'un système monétaire qui génère de la dette a tout va, provoque des crises à répétition et aggrave les crises bancaires décennales tout en réduisant le trend.

En 2007, le système monétaire international explose, après avoir permis l'établissement de déficits et d'excédents monstrueux de balances extérieures et met l'économie mondiale à genoux.

La productivité est toujours le rapport entre production et population en âge de travailler ou au travail (il y a mille productivités !). Il est arithmétique que si la population augmente et le PIB ralentit ou baisse, la productivité s'effondre. Pendant les crises périodiques, les effectifs les moins productifs sont envoyés au chômage pour tenter de rétablir un niveau de productivité compétitif.  Mais pendant tout le temps du processus de réajustement l'entreprise se trouve avec une activité en baisse, des prix en baisse, des frais généraux disproportionnés.  La productivité globale (le CA par tête) baisse.  

Le monde a connu depuis l'écroulement communiste, l'arrivée de centaines de millions de producteurs sur le marché du travail. La mécanisation s'en est trouvée ralentie : il était plus rentable de rapprocher la production des producteurs disponibles (délocalisation), ou les producteurs disponibles des usines (immigration) . La productivité a beaucoup augmenté en Chine et dans les pays de l'est. Moins en Occident développé.

Rien de tout cela ne trahit une baisse du potentiel de productivité soit par hausse de valeur de la production soit par des économies de facteurs de production.  

Dans une économie de soufflé monétaire, où une couche de 300% de dettes flotte au dessus de 100% de PIB, toutes les relations de valeur sont faussées. La notion de productivité devient fuligineuse. Pour une banque, emprunter gratuitement à la BCE et replacer cet argent en finançant les Etats, plus cher, est d'une formidable productivité : il faut une poignée de personnes pour brasser des milliards d'euros. Mais elle n'a aucun sens économique réel. De même la hausse des prix des biens immobiliers n'apporte aucun gain de productivité : c'est toujours le même parc immobilier !      Dans le cas français où on a accablé de charges le travail marchand, tout en ouvrant l'économie à la concurrence mondiale, l'ajustement s'est fait en éliminant les postes à basse productivité dans l'entreprise tout en augmentant dramatiquement le nombre de fonctionnaires à hyper basse productivité. Alors on constate que seuls les postes à haute productivité existent dans l'entreprise privée du secteur marchand. Nous avons une excellente productivité privée en France. Mais 7 millions de français ne sont plus occupés, dont 5 millions au chômage.

Ce n'est pas le rythme de l'innovation qui baisse. Il n'y a aucune raison qu'il baisse. Dans dix ans ou quinze ans nous rirons des imbéciles qui croyaient l'emploi fini, l'innovation arrêtée, la productivité en berne. Comme on rit aujourd'hui des imbéciles de l'entre deux guerres, des prêtres écologistes qui annonçaient la fin du pétrole pour 85,  ou de Michel Rocard ou Rifkin  annonçant la fin de l'emploi juste avant que plusieurs centaines millions de travailleurs-travailleuses entrent dans le circuit de production mondial.

Surtout si on surmonte les vraies difficultés actuelles :

- Gestion du rattrapage des pays anciennement soumis au régime communiste (sans aucune productivité, sinon du côté des bourreaux).

- Réforme du système monétaire international

- Remise en place dans la zone Euro de mécanisme de croissance concertée

- Fin de la folie administrative et fiscale en France qui achève de détruire son système de production marchand.   

Seulement voilà : c'est plus facile pour les économistes officiels de gloser avec effets de manche sur la perte de productivité que de remettre en cause le système monétaire international, l'organisation de la zone euro et l'esprit de prédation fiscale  qui sévit en France depuis le septennat Giscard.  

Une erreur économique commune mais profonde

Lors d'une des émissions d'adieu de Philippe Bouvard aux "Grosses têtes", on parle monnaie avec Jean d'Ormesson.

Première erreur : "la monnaie date de 9000 ans".

La monnaie circulante date du 7-8ème siècle avant JC, soit moins de trois mille ans. La monnaie a été une invention, comme la roue et d'une importance cruciale sur l'évolution de l'humanité. Elle n'existe pas de toute éternité, ou même depuis 9000 ans.

L'idée de frapper d'un sceau officiel une pièce en alliage de métaux, de carat normé, n'est pas venue du commerce, mais "au carrefour du sabre et du goupillon" selon le terme employé dans notre livre sur la monnaie. Les trésors étaient dans les temples avec des obligations rituelles de donner. L'autorité royale les a monétisés pour payer des soldats. Qui les utiliseront immédiatement dans les temples où travaillaient les filles de joie.

Le prince, le curé, la prostituée et le soldat sont à la base du circuit monétaire moderne. Pas le commerçant.

Tout le monde sait que Sparte méprisait ces Athéniens qui utilisaient si vulgairement de l'argent. Les Phéniciens qui étaient les maîtres du commerce "mondial" de l'époque refusèrent longtemps d'utiliser ce "vil argent".

La dette et le prêt existent, eux, pratiquement de tout temps. Et le désir de mesurer la valeur relative des biens économiques également. Il est symptomatique que tous les noms de monnaies au départ sont des unités de poids.

La seconde erreur, tout aussi commune, est de croire qu'avant l'invention de la monnaie régnait le troc.

C'est une invention des premiers économistes. Personne n'a jamais pu trouver une société primitive fondée sur le troc. L'Egypte qui n'utilisait pas de monnaie, ne connaissait pas le troc. Pas plus que les civilisations amérindiennes. Toutes les enquêtes sociologiques de tribus primitives effectuées depuis 200 ans ont démontré qu'aucune d'entre elles ne pratiquait le troc.

Les sociétés hiérarchisées, primitives ou plus organisées comme Sumer, Ninive, l'Egypte des pharaons etc. n'étaient pas fondées sur le troc mais sur une division de la société. Chacun avait un rôle dans une hiérarchie stricte et le plus souvent inflexible. Le travail était fondé sur la contrainte, pas sur le libre échange. Le paysan devait porter son grain au collecteur qui le redistribuait selon des règles précises. L'artisan recevait sa pitance du prince. Certains biens étaient strictement réservés à l'aristocratie politique ou religieuse.

Le soldat était nourri et logé. Les extras étaient fournis par le pillage des peuples vaincus ou les razzias temporaires chez le voisin. Les survivants se voyaient dotés d'un champ ou d'une charge. De toute façon les objets produits étaient très peu nombreux. L'esclavage fournissait l'énergie, qui, de tout temps, a été le problème économique majeur de l'humanité. Les corvées, c'est-à-dire le travail forcé non rémunéré, étaient la base des travaux publics.

On mourrait tôt, de maladie ou de mort violente. Il n'y avait pas de notion d'épargne individuelle remplacée par celle de survie du collectif, de la race comme on disait à l'époque. Les dettes et les prêts portaient sur des aventures collectives ou sur des sanctions personnelles.  La sanction imposait une échelle de valeur. Le pénal est la base des barèmes d'indemnités ou de sanctions, donc des prix relatifs et par voie de conséquence des "mercuriales", sauf que ce n'était pas le dieu Mercure qui y présidait. Condamné à un bœuf, un coupable pouvait se libérer par des jours de corvées. On savait donc le rapport de la valeur du bœuf évaluée en jours ouvrés. Les rapports de valeur entre poulet et canard, ou entre or et argent, sont connus et (presque) stables pendant toute l'antiquité. Ils ne sont pas fixés par "le marché". Mais par décision de justice.

La monnaie permettra l'étagement des peines et la suppression des modes de paiement par "compensation", c'est-à-dire en nature ou en travail.  L'obligation et la dette ont grandement précédé la monnaie, mais ensuite la monnaie en a permis l'expansion.

La monnaie se développe essentiellement pour des besoins militaires dans la Grèce antique puis à Rome. L'accumulation de réserves monétaires et de dettes provoquent des crises monétaires et financières fort graves dès le début. La question du taux d'intérêt se pose très vite. Doit-on gagner de l'argent sur l'argent alors que seules la production et la consommation comptent ?

La circulation de monnaie ne deviendra réellement "commerciale" qu'à partir du moment où les productions se diversifieront et où les sociétés cesseront d'être hiérarchisées. La monnaie est bien de la "liberté frappée". L'indépendance des villes sera le maillon fort de cette chaîne d'évènements qui mènent à des sociétés "capitalistes", c'est-à-dire fondée sur l'accumulation de monnaie et de dettes, puis à la société de consommation. Tout cela est très récent. Quelques siècles à peine.

L'économie politique commence lorsque les manipulations monétaires des princes commencent à troubler la révolution industrielle. L'autonomie du monétaire vis-à-vis des Etats ne sera jamais obtenue.

Aujourd'hui encore, la monnaie est gérée par les Etats, malgré la grossière imposture de l'indépendance des banques centrales. Les désordres monétaires sont la source des plus grosses difficultés. La crise actuelle en est la preuve.

Nous ne savons toujours pas comment gérer une "fiat money", une monnaie de papier imprimée par des fonctionnaires. Surtout quand il y a plusieurs émetteurs et uniformisation mondiale des marchés.

La monnaie est de tout temps une affaire d'Etat, où l'Etat est à la fois nécessaire et partie du problème. Croire que c'est une affaire purement commerciale est une erreur historique et économique.

La crise actuelle étant d'essence principalement monétaire (un défaut du système monétaire international), elle ne pouvait pas être réglée simplement par les banques centrales.  De même la monnaie unique européenne est une absurdité parce qu'on a cru qu'elle pouvait être uniquement gérée par la BCE et des règles juridiques simplistes (qu'il a fallu violer en totalité par tout le monde…).

L'histoire comme toujours éclaire le présent. "C'est l'or de Philippe" qui a permis de vaincre Darius et Alexandre le Grand fondait l'or partout où il passait.  Le triomphe de Rome s'est assis sur la destruction des montagnes aurifères d'Espagne. La superpuissance américaine et les abus du dollar sont la cause des troubles monétaires, financiers et économiques actuels. Mais sans le dollar, il n'y aurait pas de superpuissance militaire américaine.

La difficulté de faire admettre une réforme du système monétaire international est justement là. Toucher aux changes flottants, c'est toucher à l'Impérium. Les dominés préfèrent filer doux. La première réunion du G.20 a servi à cela : réaffirmer qu'on ne toucherait pas à l'Impérium et à sa base monétaire, en dépit de la crise que cette dernière avait provoquée.

Voilà comment on passe des "Grosses têtes" aux "têtes basses" !    

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

 



Le grand tournant de 1988 !

Nous faisons régulièrement des retours dans le passé. Il éclairent le présent. Prenons par exemple la campagne de Jacques Chirac en 1988. Elle est intéressante parce que nous sommes juste à la césure de l'histoire économique mondiale, européenne et française.

Mondialement :  La crise du début de la décennie 1980 a été sévère aux Etats-Unis du fait de la volonté de la FED et de son gouverneur de "casser" l'inflation. Thatcher et Reagan ont par ailleurs imposé un nouveau style à la gestion de l'Occident. L'Afrique et certains pays émergents comme le Mexique, sont encore dans les affres de la frénésie de prêts publics fondés sur la rente pétrolière recyclée, mais les Tigres et les Dragons asiatiques décollent. C'est le moment Japonais. Le monde entre dans la phase haute du cycle décennal.

En Europe l'idée de l'Euro comme monnaie unique s'est imposée et on la prépare. Ceux qui pensent que l'Euro date de la chute du mur et des accords entre Kohl et Mitterrand se trompent absolument. L'Euro monnaie UNIQUE est sur les rails dans les cénacles européens.

En France le gouvernement de cohabitation Chirac-Balladur a commencé à se débarrasser des pires dérives du désastreux Programme Commun de la gauche, avec des dénationalisations, la fin de l'IGF, l'ISF initial, et a commencé à stabiliser le chômage.

Nous sommes là réellement à un moment clé.

La croissance est là. Des réformes utiles vont devenir possible. La question monétaire internationale  est posée ainsi que celle de l'Europe.

Selon le diagnostic qui sera fait et en fonction des résultats électoraux, l'avenir sera très différent.

Si les Etats-Unis admettent de revenir à un système monétaire organisé qui proscrit les grands déficits et les grands excédents et assure la coordination des politiques économique dans le cadre d'un système de monnaies stables mais ajustables par consensus en cas de dérapage, l'économie casino qui s'est mise en place au milieu des années 70 cesse et une croissance régulière et équilibrée devient possible.

Si l'Europe dans ce cadre monétaire stabilisée, met en place un système de monnaies coordonnées avec des solidarités un peu plus serrées qu'à l'échelon international, elle évite le piège de la monnaie unique, qui interdit tout ajustement autre que par la déflation, sauf organisation fédéralisée des politiques économiques.

Si la France continue de se libérer des imbécillités du programme Commun et modernise son Etat, en stabilisant sa pression fiscale,  elle peut revenir dans la compétition internationale et réduire son chômage tout en améliorant sa croissance.

Quelles sont les propositions de Jacques Chirac lors de la campagne présidentielle de 88. Il suffit de relire son livre "Une ambition pour la France", publié par Albin Michel.

"Où que nous regardions nous ne voyons que désordre :

- Désordre commercial entre les pays riches qui accumulent des excédents gigantesques  et d'autres pays, tout aussi riches qui vivent dans le déficit chronique,

- Désordre monétaire  depuis que l'erreur de quelques techniciens et la faiblesse de certains Etats  ont ait entrer le monde dans l'ère des changes flottants qui ne valent rien de bon à personne".

Chirac refuse également la transformation de l'Europe en simple zone de libre échange ouverte à tout vent.

"Rien ne serait plus dangereux que d'offrir à nos concurrents, asiatiques ou américains, l'espace désarmé d'une vaste zone de libre échange."

Mais il annonce la monnaie unique étayée par une Banque centrale Européenne.

"La Communauté doit être un système monétaire complété et achevé  où circule peu à peu une monnaie unique émise par une banque centrale commune".

Pour qu'elle fonctionne, il faut " reconstituer un ordre international avec les disciplines, les automatismes et les sanctions que cela implique dans la gestion des parités monétaires".

Déjà le programme présidentiel annonce qu'il faut que l'Etat se renforce sur ses missions régaliennes et se dégage du reste. Il faut réduire le chômage qui est à 2.500.000 grâce à la formation et à la recherche scientifique. La compétitivité de la France, mise à mal, doit être restaurée (déjà).  

Arrêtons-nous là. Nous pourrions, de façon plus ou moins comique, monter que tout le programme actuel de Valls est une resucée verbale, presque mot à mot, du programme du candidat de droite de 1988 sur le plan intérieur. Ce n'est qu'anecdotique

Plus intéressant : pourquoi les aspects les plus bénéfiques de ce programme n'ont-ils pas accroché l'opinion et pourquoi le monde, l'Europe et la France se sont-ils enfoncés dans un système qui ne pouvait qu'exploser ?

Le bon virage n'a pas été pris.

Nous sommes certes à la veille de la crise décennale de 92-93, qui sera pire que sa devancière de 74 et prendra le titre de pire crise depuis 1929, avant que notre crise actuelle ne lui reprenne le ruban bleu.  Elle aurait pu servir de déclencheur. Mais c'était trop tard : Greenspan venait de se lancer dans un programme d'inondation monétaire après la prétendue "crise des ordinateurs" qui avait fait chuter lourdement le Dow Jones. La guerre du Golfe était gagnée. Les Etats-Unis étaient triomphants. La campagne pour Maastricht était partie.  

La chute de l'URSS, la conversion de la Chine et de l'Inde au capitalisme internationalisé, le triomphe du consensus de Washington, l'extension rapide du champ de l'Union européenne ont créé un "momentum" de fuite en avant qui interdira toute réflexion jusqu'au blocage du système bancaire international en 2007 et son effondrement en 2008.

C'était bien en 1988 qu'il fallait agir. La France s'étant sortie du grotesque retour en arrière mis en scène par Mitterrand pour se faire élire en 1981, elle avait encore de l'influence. Elle pouvait peser.  

Les Français décidèrent cette folie que sera la réélection de Mitterrand. Perseverare diabolicum. Les Français ont considéré qu'il fallait purger le syndrome socialiste français qui s'était enkysté puis enflammé après 1968, en laissant toutes ses chances à une variante partiellement atténuée, comme on désactive un virus. Mitterrand comprendra le message et "lèvera l'hypothèque Rocard".  On en est  désormais à la social-démocratie et au social libéralisme… Encore un effort et le socialisme aura été évacué.  Mais le processus va coûter cher à la France;

Le gouvernement Rocard bénéficie de la phase haute du cycle qui le gorge de ressources fiscales automatiques. Aucune réforme n'est faite. On remet en place l'ISF. On crée la CSG. On troue la coque avec des prestations qui enfermeront une partie des Français dans une trappe à pauvreté. Avec Delors et Beregovoy, on débloque l'option "finance folle" et on crée le chemin d'une liberté totale des mouvements de capitaux, de produits, de services et de travailleurs  en Europe. Le Traité de Maastricht est voté sans aucune réforme préalable du système monétaire international et sans institution de pilotage. Que des sottises !

A la fin du second septennat de Mitterrand, toutes les causes de l'effondrement futur sont réunies :

- Plus de réforme du système monétaire international

- Europe ouverte à tout vent et libéralisme absolu des mouvements sous domination allemande.

- Français fiscalisés à mort

- Préférence pour le chômage et l'assistanat.

Chirac se résoudra au "ni-ni". La violence de la crise de 92 le conduira à "réduire la fracture sociale". La cohabitation Jospin ajoutera les 35 heures et l'étouffement de l'entreprise. Sarkozy évoquera la "rupture" sans la faire. Hollande finira le travail dans le n'importe quoi délirant. L'Europe de l'Euro sombrera dans les politiques de récession et de déflation. Pendant que le monde passera de 250 à 400% de taux d'endettement global et finira par succomber sous le poids de la dette imbécile accumulée.

C'était bien en 88 qu'il fallait agir en profitant de la volonté de Thatcher de ne pas passer sous les fourches caudines de l'Allemagne, de la présence de Schultz aux finances américaines, qui n'était pas un partisan des changes flottants en dépit des rodomontades de Reagan (qui parlait plus qu'il n'agissait) , et en profitant de la phase de croissance du cycle pour réformer en profondeur la France.

Est-ce que Chirac élu aurait eu la force de ce changement de perspectives, à la tête d'une France qui n'était pas encore "sortie de l'histoire" et effondrée dans la gaudriole, le "sociétalisme" politiquement correct, la fiscalité confiscatoire et la paralysie économique ?  

On ne le saura jamais. Notons tout de même que les idées que nous défendons ici, le retour au changes fixes et ajustables, l'interdiction des déficits et des excédents monstrueux de balances extérieurs, la réforme d'un pays qui a développé de façon exagérée et intenable le champ de l'action publique tout en bloquant les processus productifs par une fiscalité délirante et un enfermement administratif incontrôlé et suicidaire, ne sont pas des idées saugrenues, sorties d'un esprit embrumé ou d'un soliloque atterrant.

Elles étaient au cœur du débat français en 88, avant d'être évacuées du discours public devenu un exercice de communicants au service d'écuries présidentielles où la posture et les petites ambitions l'ont emporté sur la recherche du bien commun et d'un avenir français digne de son passé.    

Remarquons aussi que les risques d'une zone Euro sans organes de pilotage dans un système global de changes flottants étaient totalement ignorés.  Nous en sommes encore là avec le traité Merkozy, 25 ans plus tard.

L'histoire est éprouvante !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Pénibilité intermittente et intermittents pénibles

La pénibilité et l'intermittence sont deux concepts du même aloi. Ils sont économiquement ineptes et politiquement plombés. Ils n'ont mené et ne peuvent mener qu'à des sottises coûteuses.

Le caractère pénible d'un emploi est hautement discutable car tout est pénible dans le travail, par définition, puisqu'il s'agit d'une obligation de survie, et qu'il faut ce qu'il faut en fonction des circonstances. Tout travail pénible est toujours moins pénible que se priver des revenus correspondants.

Le caractère intermittent ou non d'un travail est tout aussi discutable. Tout est intermittent dans la vie : le jour, la nuit, les saisons, les âges. La vie économique est saisonnière. L'organisation du travail dans la journée, dans l'année, dans la vie,  n'est pas simple. Tout acte économique est un acte fini, délimité dans le temps. On lance des séries de production. On monte des projets. On rend des services périodiques. Dans tous les métiers, les temps de latence existent. De la boutiquière qui attend le chaland qui ne passe pas, aux intercontrats du conseil et de l'informatique, à l'attente du retour sur un investissement  lourd après la fièvre de la réalisation initiale.

La question de la prise en charge des tâches pénibles et du financement des temps d'inactivité baigne toutes les entreprises, pour l'ensemble des métiers. Depuis le début de la création et jusqu'à la fin des temps, l'activité humaine sera marquée par la volonté d'éviter la pénibilité contrainte et de se garantir des pertes de revenus liées à l'intermittence des gains.  

Isoler des tâches définies comme pénibles et en faire financer les effets par la collectivité, est tout aussi arbitraire  que d'essayer d'isoler des métiers intermittents dont la carence de travail et de revenu  serait couverte par la même collectivité. La couverture socialisée des périodes de non revenu ne peut mener qu'à une énorme complexité, mère de gaspillages et de fraudes grandioses. Couvrir financièrement par l'impôt la souffrance au travail entraîne mécaniquement une formidable organisation bureaucratique dont le coût ne peut que déraper.

L'idée fausse n'est pas qu'il y ait de la pénibilité et de l'intermittence. On l'a vu, toute l'histoire économique a pour but de se couvrir contre ces deux difficultés avec des solutions très variables, dont les meilleures ont toujours été de limiter la pénibilité et de réduire les temps de latence. L'erreur est d'en chercher le financement par "les autres".

Tout a été fait pour réduire la pénibilité des postes de travail ou l'aménager spécialement lorsqu'elle était d'une intensité potentiellement dommageable (vie raccourcie ou maladie).  Dès les années 70 en France, le travail réellement et sciemment dommageable à la santé a quasiment disparu dans les grandes entreprises, grâce à la mécanisation qui a supprimé les tâches les plus dures, l'organisation du poste de travail en fonction des considérations d'hygiène et de santé publique  et l'aménagement des temps de travail. Bien sûr, il y a eu des loupés, comme l'amiante. Nier les efforts entrepris seraient stupides. 

Tout a également été fait pour réduire les temps de latence entre deux périodes d'activité productive.

L'industrie, à ses débuts, proposaient des contrats précaires de louage de services pour la durée de la production d'une série de pièces. Cela créait une intermittence de revenus certaine pour les ouvriers. La massification des productions et la concentration des entreprises ont permis des séries plus longues et d'enchaîner les séries. On est passé du discontinu au continu.  Nous eûmes le salariat. Puis la mensualisation. Personne n'a heureusement proposé que les intermittents de l'emploi industriel voient leur période d'inactivité payée par la collectivité. Sinon il n'y aurait jamais eu ni diversification, ni massification ni concentration : seulement la ruine de l'Etat.

Ce qui est vrai de l'industrie l'est aussi de l'agriculture, de la pêche, du bâtiment, des transports.

On dira : tout cela est vrai, mais la CULTURE !

Certes, on n'y parle pas (pas encore) de pénibilité et pourtant il y aurait tant à dire :

- Les transports innombrables, dangereux, usant.

- Les hébergements de fortune.

- Le stress d'attendre que le téléphone sonne.

- Le travail de nuit.

- La déception et l'inquiétude après les "bides".

- Les tournages à pas d'heures dans des conditions parfois dangereuses et souvent accablantes.

- L'égo insupportable des vedettes…

Un Intermittent sur le WEB pose la question :

"Je sais très bien que je vais en faire RUGIR certains qui bossent ailleurs, mais ceux qui exercent le même boulot que moi comprendront aisément . Hé oui , je suis intermittent du spectacle depuis 30 ans et même si ça dérange qqsuns je voudrais savoir ce qu'il en est de cette nouvelle loi quant à la pénibilité dans notre métier , à savoir ....Les déplacements (souvent très longs) , le décalage des horaires (la nuit , le jour , manque de sommeil), monter , régler et démonter le matos , la longueur des prestations (surtout en BALS...entre 5 et 6H d'affilé), fait-on un distinguo entre Musicien sec et Musicien -chanteur (beaucoup plus pénible), le bruit et les conditions de travail (très souvent lamentables)...etc. Est-ce que tout ça est ou sera pris en compte ou pas un jour ? "

L'espoir fait vivre.

Revenons à l'intermittence.

Même pour les acteurs, des formes d'organisation fort anciennes ont permis de la gérer au mieux. Au théâtre, cela s'appelle une troupe. Pensez à Molière. Un entrepreneur de spectacle recrute pour une durée fixe ou indéterminée un certain nombre d'artistes . Au cinéma, tout Hollywood est d'abord fondée sur la contractualisation des vedettes et le salariat des techniciens dans des structures intégrées. A la télévision, les techniciens et les vedettes sont d'abord contractualisés, comme à la radio.

C'est l'entrepreneur du spectacle qui paie l'intermittence de l'activité des vedettes. En  cumulant les projets on mutualise les ressources.  Un Orchestre est aussi une structure d'accueil fixe pour les musiciens. Les architectes créent des structures pour faire face à des commandes qui permettent d'employer régulièrement des dessinateurs et des techniciens. Mêmes les peintres ont connu les ateliers qui étaient des structures d'accueil pour de nombreux artistes. Beaucoup de peintres ont des contrats avec des galeries qui assurent la continuité de la ressource en dépit de la périodicité et de l'intermittence de la production.

Ces modes d'organisation sont parfaitement viables et n'exigent aucun contrat spécifique.

Naturellement lorsqu'un professionnel (acteur ou technicien)  considère que sa notoriété permet de mener une vie professionnelle indépendante, il peut se mettre à son compte. Il gère son intermittence lui-même, en espérant que les ressources obtenues permettront  de vivre correctement lors des périodes d'inter contrats.

Quelle différence sur ce point entre un comptable, un informaticien, un podologue, un dentiste et un acteur ? Une femme de ménage qui fait des heures, un coiffeur à domicile ou une couturière sans boutique  sont-elles dans une situation si différente ?

Chacun peut exercer en libéral s'il se croit assez fort ou se salarier dans une structure ou un groupe de structures.

Ces considérations expliquent que partout dans le monde ce sont ces dispositions qui s'appliquent et qu'il n'y ait pas de statut des intermittents !

L'évolution des sociétés modernes expliquerait-elle la volonté de recourir à une plus grande précarité professionnelle dont les coûts devraient être socialisés ?

- La hausse du revenu permet certainement à des jeunes d'attendre avec le soutien de la famille le moment où une carrière artistique peut commencer.

- La montée de la consommation culturelle multiplie les offres et donnent des débouchés à des artistes cherchant une carrière individuelle. Chaque ville a désormais sa politique culturelle et ses festivals.

- La multiplication des offres : un artiste a la possibilité de s'exprimer dans de nombreux médias. Le tourisme a permis une activité de rue dont la qualité n'est pas l'essentiel. C'est l'animation qui compte.

- L'hyper-protection salariale et le coût du salarié : le coût de la non activité temporaire devient très élevé pour un employeur.

Ces facteurs, non limitatifs, poussent à une offre surabondante d'artistes isolés.  

De même la tendance à l'externalisation dans les entreprises conduit à limiter le personnel permanent. Les grands magasins louent leur sol à des enseignes et ne conservent qu'un minimum de personnel propre. Le nettoyage et l'entretien sont en général externalisés. L'hôtellerie en arrive à sous traiter le ménage des chambres, la restauration, et même le personnel d'accueil.   Les grandes entreprises informatiques qui avaient des services d'impression et d'édition internes considérables sous-traitent désormais presque tout. L'intérim est devenu la clé de l'emploi dans pratiquement tous les secteurs.

Les prestataires eux-mêmes, soucieux de ne pas se retrouver "collé" avec trop de personnel sous-traite à des individuels.

Pourquoi le spectacle n'irait-il pas dans la même direction, avec une organisation qui permet aux entrepreneurs de spectacles de mieux cerner leurs coûts et d'obtenir des prestations spécialisées ?

Dans bien des cas il s'agit de contourner des réglementations devenues trop tatillonnes ou  trop dangereuses juridiquement. Mais parfois ce sont les professionnels eux-mêmes qui souhaitent disposer de cette souplesse : meilleure facturation ; plus grande liberté.

Ce sont les stars qui ont cassé le système des grands "majors" hollywoodien. Elles voulaient travailler avec les meilleurs metteurs en scène indépendamment de leur rattachement et renégocier leur salaire film par film. Les compagnies ont rapidement vu qu'elles pouvaient limiter la bureaucratie et les frais fixes en acceptant de céder.

Il est exact que l'évolution de l'économie  d'innovation pousse à la multiplication des "projets" qui rameutent un temps un groupe de professionnels qui sont disponibles "sur le marché"  lorsqu'il est fini.  On veut les meilleurs rapidement et pour la durée nécessaire et suffisante. Pas plus.

Du coup  plus de secteurs économiques sont désormais basés sur l'emploi de professionnels indépendants ou de petites structures très réactives.

Est-ce que ces évolutions justifient que la latence inter-contrat, l'intermittence, soit financée par la collectivité, dans quelques domaines que ce soit ?

Une entreprise ne participe à des salons qu'un ou deux fois par an. Les monteurs de stand sont des professionnels intermittents comme les autres. Doit-on considérer que les électriciens, les menuisiers, les décorateurs doivent s'inscrire au chômage  dès la fin d'un salon, en attendant le prochain ? Les paysans ont une activité presque nulle en hiver. Doit-on les inscrire au chômage entre chaque moisson ? Les sociétés informatiques qui détachent des spécialistes  doivent elles les mettre au chômage pendant leur inter-contrat ? Idem pour les sociétés de conseil ? Les journaux doivent-ils vraiment fonctionner uniquement avec des pigistes dont les périodes de latence entre deux articles seraient payées par la collectivité ?  Les chirurgiens doivent-ils compter leurs heures de non opération et exiger le paiement par l'Etat des intervalles entre deux opérations ?    

Ou doit-on laisser les différents secteurs s'organiser afin de faire face le mieux possible et de limiter l'intermittence du travail sans recourir à des fonds publics?

Les chaînes de télévision doivent organiser des milliers d'heures de spectacles en continu. Il parait ridicule qu'elles ne puissent pas s'assurer des compétences techniciennes nécessaires en continu, soit par recrutement interne soit par sous-traitance à des structures extérieures organisées.

On dira : le "spectacle vivant" (horrible vocable qui pue la bureaucratie triomphante) a ses spécificités et c'est pour faire face à des difficultés spéciales que l'intermittence a été inventée. Après tout, ce sont les studios de cinéma  qui ont inventé l'intermittence  lorsqu'ils se sont aperçus qu'ils ne parvenaient pas à obtenir pour le temps d'un tournage les techniciens nécessaires, notamment pour fabriquer les décors.  L'intermittence aurait été inventée par les "patrons" pour assurer un revenu aux techniciens spécialisés entre deux tournages.

La vérité est un peu moins prosaïque. Le spectacle est depuis les années trente un enjeux politique. Celui qui tient l'image tient le cerveau du spectateur. La propagande par l'image est cent fois supérieure à la propagande par le discours. Le génial  Willy Münzenberg a théorisé et mis en pratique ce concept au profit de l'Union Soviétique. Il fallait noyauter le cinéma, et l'ensemble du monde culturel. Les mesures prises en 1936 ont d'abord eu un but politique. L'industrie du cinéma devait être une arme pour l'extrême-gauche intellectuelle et "antifasciste". Les nouvelles formes d'organisation mises en place en 1936 ont permis une très forte syndicalisation de tous les métiers techniques du cinéma, sous l'égide des syndicats communistes, en même temps que les acteurs étaient embrigadées dans des opérations de propagande. Ce mouvement sera amplifié à la libération avec le théâtre dit populaire  puis  la télévision française, où la CGT communiste a "tenu" les "merveilleux techniciens" pratiquement depuis le départ (ils venaient du cinéma). Les réalisateurs communistes comme Marcel Bluwal furent nombreux. En tenant les techniciens les communistes savaient qu'ils pouvaient faire chanter tous les présentateurs, acteurs et cadres. De même le PC voulait que l'art et la culture servent la cause.  Depuis Aragon les bons étaient glorifiés et les autres vilipendés et exclus. Picasso encensé, faisant des colombes de la paix pour le "génial Staline" qui méditait d'envoyer une bombe atomique sur Paris ; Bernard Buffet, dénigré comme témoin d'une peinture bourgeoise dégoûtante dès l'instant où il a refusé de se laisser embrigader. Un exemple parmi plusieurs centaines d'autres du même tabac.

Cette emprise a duré longtemps et le marxisme culturel n'est toujours pas résiduel, même si le PC est aujourd'hui en déroute et a perdu tout pouvoir idéologique. Le mouvement des intermittents actuels est considéré comme un élément d'une action coordonnée contre la droitisation de Hollande et l'arrivée comme premier Ministre d'un social-libéral autoritaire, menée par les anciennes forces communistes, réduites à la CGT.

La garantie accordée à l'intermittence dans le spectacle est donc, depuis le départ, totalement politique et ne correspond à aucune réalité technique ni économique.  C'est un jeu politique qui dure depuis longtemps. Les socialistes et la CFDT  ont essayé de capter l'affaire au détriment de la CGT avec Mme Aubry. On a abouti aux débordements qui ont provoqué la première réforme du début du siècle. La droite n'a pas voulu se mettre à dos la Culture et les artistes trop radicalement.  La réforme  Chirac n'a eu aucun effet sinon de bloquer certains festivals. Le système après la fausse réforme Sarkozy (encore une !) a continué à dériver.

Aujourd'hui le système est tellement fou que plus personne ne peut plus le cautionner. Faire payer par les salariés du privé un abus de droit est totalement indéfendable, même si la "paix sociale", c'est-à-dire la maîtrise de la CGT dans le cadre de pratiques complexes et protéiformes, principalement fondées sur des rentes abusives accordées à des séides, a encore un prix.

La statut des intermittents, comme les subventions à la SNCM, comme le statut des cheminots, comme les comités d'entreprise abusifs, comme le statut des dockers, comme les ouvriers du livre, sont des survivances de la guerre froide  qui doivent purement et simplement disparaître au profit de solutions égalitaires, économiques, et financièrement tenables.

De même qu'il faut éradiquer la pénibilité dommageable plutôt que de la faire prospérer en lui accordant des avantages, il faut réduire par des formes d'organisation adaptées l'intermittence de production. Pas la subventionner.  

C'est vrai pour toutes les productions y compris la production culturelle.

L'art de la politique est d'obtenir des résultats raisonnables. Pas de céder systématiquement à des maîtres-chanteurs qui ont perdu leur voix et leur voie.

Mais que Münzenberg avait de talent !

Conjoncture mondiale flageolante

L'inquiétude que nous exprimions en décembre 2013 et en janvier 2014 sur l'état de la conjoncture, à contrecourant des propos très optimistes qui étaient répétés dans la presse et relayés par les politiques, était malheureusement fondée.

Il n'y aura pas eu de reprise générale mondiale au premier semestre. La croissance est partout plombée. Le stock de dettes douteuses est encore si élevée que les banques ne peuvent pas relayer la croissance. La perspective des stress tests "réalistes" en Europe pèse sur les comptes des banques. Les pénalités phénoménales imposées par le gouvernement américain plombent encore un peu plus la situation.

Le secteur financier a perdu en huit plus de 100.000 salariés à travers le monde. L'hémorragie continue.

Quelques pays ont tiré leur épingle du jeu du fait d'un certain besoin de renouvellement de l'équipement. Pour beaucoup, il s'agit d'un renouvellement de machines retardé par la crise. Après 8 ans d'immobilisme, il était impossible de conserver un parc de machines obsolètes. C'est le même mécanisme qui touche le parc des voitures. Il ne peut pas vieillir indéfiniment (sauf à Cuba !). Le commerce international reste bas. La reprise de 2013 était principalement due aux achats de précaution des détenteurs de dollars.

Les pays très exportateurs à natalité basse comme l'Allemagne et le Japon sont confrontés à des difficultés internes croissantes du fait du vieillissement de la population et désormais du risque de contraction démographique.

La rente pétrolière étrangle toujours l'économie mondiale, mais les bénéficiaires voient leurs revenus stagner.

Tous les facteurs qui militent contre la croissance, démographie, rentes abusives, paralysie bancaire, excès de dettes notamment publiques, ajustement par la dépression en Europe,  sont pleinement actifs.

Ils empêchent la phase haute du cycle de se matérialiser. Comme dans les années 2006-2008 en Europe, où cette phase a été très molle, mais cette fois- ci c'est le monde entier qui est frappé. On risque d'entrer dans la crise décennale après un épisode de "haute conjoncture" particulièrement médiocre. C'est ce qui s'était passé en 1938.

Vent de panique à Bercy ?

L'argent ne rentre pas. Les avertissements circulent tous azimuts. Les augmentations d'impôt ont "tué" la base imposable. On va vers six mois de stagnation économique presque totale au premier trimestre 2014 qui met sous pression toutes les bases imposables tout en poussant à la dépense publique.

Seul le retour des petites fortunes qui ne sont plus protégées par le secret bancaire apporte des recettes en hausse. Mais les grosses ne rentrent pas. Les gros détenteurs sont partis rejoindre leur magot. L'inverse aurait été de meilleure politique. On sait que 10% des détenteurs de comptes à l'étranger possède environ 90% de la valeur. On a fait revenir 90% des petits détenteurs avec à la clef, lorsque les décomptes seront définitifs, près de 10 milliards d'Euros d'impôts cumulés recouvrés. On a raté les 50 milliards qui étaient à portée de mains. Et quelques milliards sont partis avec les exilés. Résultats nets ?  Rassurez vous, ils ne seront JAMAIS publiés.

Les mesures démagogiques annoncées  par Valls vont encore compliquer l'équation, si elles sont finalement votées après les élections européennes.

Le collectif de juin 2014 s'annonce problématique. 

L'économie française semble continuer à virevolter dans la spirale : plus d'impôts, moins d'activité, moins d'assiettes, moins de rentrées fiscales, plus d'emprunts, hausse des taux etc. On va droit vers les 100% d'endettement public, sans moyen d'infléchir le courant, sinon en 2014 du moins en 2015. 2014 verra une nouvelle baisse du revenu par tête et une nouvelle baisse de l'emploi marchand privé. On bat tous les records historiques (faillites, salaires impayés, baisse des investissements étrangers, effondrement des constructions neuves, ...).

7 ans après le début de la crise !

A noter : nous entrons dans la phase "haute" du cycle !  Dans la décennie 2000, cette phase (2006-2008) avait été très médiocre en France et s'était fini en drame. Dans la décennie 2010, la croissance va être encore plus médiocre. Et le retournement de conjoncture, en général entre deux et quatre ans près l'entrée en phase haute, n'arrangera pas les choses, même si un nouvel épisode de type 2008 n'est pas probable.

Il faut une nouvelle architecture économique en France. Ce n'est pas l'équipe navrante de petits apparatchiks socialistes de cellule qui nous gouverne qui sera capable de la concevoir et de la mettre en oeuvre avec succès.

Elle va faire "de la politique" selon l'expression du secrétaire du PS. Ce n'est pas ce qu'on lui demande.

Les grelots sonnent à Bercy. Mais c'est le tocsin qu'il faut sonner en France.

Les élections au Parlement Européen en 10 questions

1. Citez dix mesures adoptées par le Parlement Européen lors de la dernière législature.

Si vous avez réussi à en citer

                -Aucune :                           vous marquez zéro

                - Une :                                 Vous marquez cinq

                - Deux                                  Vous marquez dix

                - Trois                                   Vous marquez trente

                - Plus de trois                    Vous marquez cinquante.

 2. Citez dix mesures qui seront en discussion lors de la prochaine législature

Si vous avez réussi à en citer

                -Aucune :                           vous marquez zéro

                - Une :                                 Vous marquez cinq

                - Deux                                  Vous marquez dix

                - Trois                                   Vous marquez trente

                - Plus de trois                    Vous marquez cinquante.

 

3. Quelles différences programmatiques voyez-vous entre MM. Schulz et Juncker ?

Si vous avez réussi à en citer

                -Aucune :                           vous marquez zéro

                - Une :                                 Vous marquez cinq

                - Deux                                  Vous marquez dix

                - Trois                                   Vous marquez trente

                - Plus de trois                    Vous marquez cinquante.

 4. Quelles ont été les actions du député Européen pour lequel vous aviez voté lors des élections précédentes

Si vous avez réussi à en citer

                -Aucune :                           vous marquez zéro

                - Une :                                 Vous marquez cinq

                - Deux                                  Vous marquez dix

                - Trois                                   Vous marquez trente

                - Plus de trois                    Vous marquez cinquante.

 

5. Quelles sont les mesures que s'apprêtent à voter le candidat que vous avez choisi pour les présentes élections européennes ?

Si vous avez réussi à en citer

                -Aucune :                           vous marquez zéro

                - Une :                                 Vous marquez cinq

                - Deux                                  Vous marquez dix

                - Trois                                   Vous marquez trente

                - Plus de trois                    Vous marquez cinquante.

 6. Une décision a été prise d'interdire l'arrestation des immigrés clandestins.

A-t-elle été prise :

- Par le Parlement Européen

- Par la Cour de justice Européenne

- Par la commission des droits de l'homme de l'ONU

- Par la CEDH.

Si vous êtes absolument sur de vous, marquez 50.

Si vous imaginez savoir, marquez 20

Si vous n'en avez aucune idée, marquez zéro.

 

7. Le Parlement Européen a décidé de refuser la qualification de génocide au massacre de plusieurs millions d'Ukrainiens au début des années trente au nom du "socialisme réalisé", ce qui n'est pas sans conséquences sur le crédit européen en Ukraine.

- Si vous avez entendu parler de cette décision, marquez 10

- Si vous savez quand elle a été prise, marquez 20

- Si vous savez ce qu'a voté le candidat que vous avez choisi, marquez 50.

- Sinon marquez zéro.

 

8. De quelles directives le Parlement Européen a-t-il pris l'initiative ?

- Si vous en citez  une ou plus  marquez 50.

- Sinon marquez zéro.

 9. Soucieuse de respecter l'idée de subsidiarité promue lors du traité de Lisbonne, La Commission Européenne a élaboré un modèle d'horodateur pour voiture, normalisé pour toute l'Europe.

 - Si vous savez quand le débat est passé au Parlement Européen vous marquez 50.

- Sinon vous marquez zéro.

10. Le Parlement s'est saisi des inquiétantes dérives bureaucratiques européennes et notamment du doublon entre établissements nationaux et institutions européennes ayant exactement le même rôle, provoquant l'apparition d'un mille feuilles administratif européen peu souhaitable

- Si vous savez quand le Parlement Européen a voté une motion demandant plus de sérieux vous marquez 50.

- Si vous ne savez pas,  vous marquez zéro.

 

Résultats du quiz :

 - Si vous avez zéro, vous êtes un européen normal

- Si vous avez 500 vous êtes un menteur compulsif

- Si vous avez entre zéro et 500 vous avez bien du mérite.

Eloge de l'écluse

La vie est un flux d'énergie. La vie économique est un flux de production, qui s'est transformé en flux de monnaie et en flux de consommation ou d'épargne. Un flux de production est lui-même un flux des facteurs de production : capitaux, travailleurs, matières premières ou intermédiaires. Freiner les flux réduit l'énergie et l'économie. Le froid absolu est quand rien ne bouge plus.

Le courant passe toujours lorsqu'il y a une différence de potentiel. Le courant économique n'échappe pas à la règle. Les facteurs de production sont aimantés vers les lieux où le besoin se fait sentir. La production s'aimante vers les lieux où les facteurs sont abondants et peu chers.

Les capitaux sont aimantés par les rendements élevés, tempérés par le risque.

Toutes ces images sont à la base de l'idée que la liberté absolue de circulation des biens, des capitaux et des personnes est le fondement d'une économie dynamique et prospère.  

Une autre image, parfaitement traduite par le modèle walraso-parétien, est que l'exercice libre des flux naturels réduit les différences de potentiel et ramène à l'équilibre. Si des blocages circonstanciels ont créé des différences de potentiel importantes, la libération des forces contenues sera bénéfique et amènera automatiquement un nouvel équilibre assurant le plein emploi des ressources.

Le rôle de la technologie et de créer de nouvelles différences de potentiel. Les start-up le savent bien. Il faut des barrière à l'entrée pour permettre de maintenir la différence de potentiel et produire les bénéfices escomptés suffisamment longtemps.

En économie la différence de potentiel est la plus value escomptée. Pas de plus-value en vue,  pas de flux économique.

La méta doctrine qui baigne depuis 40 ans les règles internationales est qu'il faut laisser entièrement libre les acteurs économiques, producteurs, consommateurs, épargnants, afin que la totalité des gains potentiels puissent être obtenue. Le guide, dans la recherche de la plus value, est naturellement le prix. Les marchés fournissent les prix qui orientent la recherche des plus values et ils doivent être laissés totalement libre. Le prix des facteurs de production (monnaies, capitaux,  salaires, matières premières, produits demi finis) doivent être laissés le plus libre possible ainsi que les prix des produits de consommation.

Alors la croissance sera à son optimum.

L'ennui est que depuis qu'on a entrepris de mettre en œuvre cette doctrine mondialement et surtout dans le cadre de l'Union Européenne, on constate qu'à chaque décennie le trend de croissance a baissé un peu plus. Les tenants de la doxa étaient prêts à accepter que leur doctrine se traduise par plus de volatilité. Pas à une baisse du rythme de la croissance qui devait être optimisé donc accru par rapport à la situation antérieure.

Quelle explication donner à cet inquiétant paradoxe ? Il n'y a que deux voies d'exploration possibles. Soit la doxa est fausse. Soit la pratique est entravée.

Il est parfaitement juste de penser que le flux est fonction de la différence de potentiel. Ce qui ne l'est pas est l'idée qu'il est inutile de canaliser l'énergie  et de la laisser libre de passer de son état latent à son état exprimé dans n'importe quelles conditions. Une libération trop violente de l'énergie latente est destructrice.

L'eau descend les pentes. Il n'y a aucun doute la dessus. Mais il vaut mieux la canaliser pour éviter que des événements torrentiels emportent tout. Un barrage est ennuyeux : il bloque. La vanne libère, avec le débit souhaitable.

Il faut exploiter les différences de potentiel mais éviter qu'elles ne deviennent explosives.

Naturellement si on  pompe l'eau du canal à des fins différentes de celles qui ont conduit à la création du canal, on l'assèche et il ne fonctionne plus. De même si on l'encombre de rochers qui empêchent l'eau de circuler.

L'exercice, difficile en économie, qui traite d'objets psychologiques et sociaux, est de bien identifier les prédateurs et les empêcheurs, tout en clarifiant bien la nature des pentes et des écluses. Et il faut veiller à ce que les dispositifs embellissent l'environnement et ne le détruise pas.

Promouvoir la liberté absolue des mouvements de capitaux, de personnes et de marchandises (qui comprennent aussi les services), en comptant exclusivement sur les différents marchés pour éclairer les rationalités nécessaires, est aussi stupide que d'espérer que la pluie fertilisera naturellement les cultures de façon optimum sans organisation de l'irrigation.

De ce point de vue le laisser-faire  promu et mis en œuvre par  l'Union Européenne est désastreux. Il empêche toute organisation rationnelle et confond ruissellement sauvage et irrigation.

Oui l'idéal de liberté qui veut que chaque pays de l'Union dise aux citoyens des autres pays membres : "Nous ne vous craignons pas et nous vous traiterons comme nous nous traitons nous-mêmes" doit être défendu. C'est un progrès humain extraordinaire.  Ne pas croire que ce progrès doive  être canalisé, et que la route doive être rendue carrossable, est la marque d'un juridisme absurde et destructeur.  

Le risque du n'importe quoi essentialiste est d'aboutir à des régressions de civilisation. Déstructurer une civilisation, qui a construit un jeu de règles sociales fondées presque toujours sur des solidarités et des respects, donc des contraintes acceptées du fait de l'affectio societatis,  base des nations, ne saurait être un progrès.

Il n'est même pas sûr que la convergence soit un objectif louable. Des collectivités peuvent souhaiter des règles qui leur soient propres. C'est la base même du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. La tolérance, qui est la faculté d'accepter que d'autres pratiquent d'autres règles, n'est possible qui si des flux torrentiels ne viennent pas tout emporter.  

On pourrait penser qu'une forme de neutralité sociologique et politique de l'économie rendrait la difficulté de la "mondialisation" moins grande dans ce domaine. Ce serait à nouveau une grave erreur. Toute économie est politique. Que reste-t-il de l'économie lorsqu'on enlève la dimension budgétaire et règlementaire de l'Etat, et les lois sociales ?

Dans la pratique, on voit bien les erreurs qui ont été faites.

Croire qu'on pourrait laisser les changes absolument libres et les taux d'échanges des monnaies guidées par les marchés, a été une erreur monstrueuse. Nous avons vu que cela permis à certains états d'accumuler des déficits ou des excédents illimités avec des conséquences immédiates sur le taux global d'endettement qui s'est mis à grimper jusqu'à dépasser les 400%, ce qui était intenable. L'inondation monétaire a fini par provoquer des dégâts irréparables.

Il faut une canalisation.  

Pour le monde, un système de changes fixes mais ajustables, avec interdiction des grands déficits et des excédents colossaux, est le seul convenable aujourd'hui.

Pour l'Europe une monnaie unique avec des Etats indépendants, poursuivant leurs politiques internes sans considération des autres, est une contradiction interne.  Soit on en revient à un système de monnaie de compte unique avec des monnaies nationales rattachées selon un mode fixe mais ajustables, la solution que nous défendions au moment de Maastricht, soit on crée un chancelier de la zone Euro, avec des formes de contrôles démocratiques à définir et une articulation à imaginer avec les politiques nationales.  Avoir supprimé les instruments de politique monétaire à l'échelon des nations sans les utiliser à l'échelon européen est une faute lourde. 

Dans les autres domaines de l'économie, notamment les mouvements des personnes, des marchandises et des capitaux, il faut également mettre en place des canalisations, éventuellement temporaires, mais qui évitent des concurrences intenables, des phénomènes de destruction sociale ou des régressions de civilisation.  

La France, elle, ne peut pas, dans le même mouvement, accepter l'ouverture totale des mouvements de personnes, de marchandises et de capitaux  et continuer à croire qu'elle peut construire un château de cartes social totalement contradictoire.

La notion de solidarité nationale s'efface dans un cadre  de liberté absolue des mouvements de personnes à l'échelon européen et mondial.

Une des victimes de la liberté absolue des mouvements de capitaux, de marchandises et des personnes est la gratuité institutionnelle. Le prix est un élément de canalisation. L'absence de prix crée un flux éventuellement torrentiel. La gratuité de l'école, la gratuité des soins, la gratuité de la vie des personnes en état d'inaptitude au travail et maintenant la gratuité de la vie des personnes en capacité de travailler, crée automatiquement des appels migratoires qui mettent à l'épreuve les systèmes concernés.

On voit bien que les défis du moment proviennent pratiquement tous de la nécessité de préserver le dynamisme associé aux libertés fondamentales, qui permet d'exploiter les différences de potentiel donc de créer du flux économique, tout en canalisant les forces qui s'exercent et remettent en question des modes d'organisation antérieurs qui peuvent être jugés légitimement comme nécessaires.

La désaffection profonde pour les élections au Parlement Européen provient naturellement du fait que l'institution joue contre toute canalisation et promeut un juridisme essentialiste destructeur sans jamais tenir compte des conséquences. Le fait que les partis n'ont pas proposé le moindre programme est révélateur. Personne ne sait de quoi le Parlement va causer, pas plus de quoi il a causé lors de la dernière session. Et pour cause : toute l'initiative des directives est entre les mains de la Commission. Cette initiative ne peut pas être attribuée au Parlement Européen. Les Parlements doivent  contrôler, améliorer et voter les textes. Ils ne peuvent en avoir l'initiative car cela tournerait aussitôt à la pétaudière. Peut-être faudrait-il la transférer au Conseil Européen, la Commission n'ayant qu'un rôle d'élaboration et de contrôle.

L'important est qu'il y ait en Europe un architecte, un constructeur des écluses nécessaires, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur.

L'organisation est aujourd'hui l'élément critique. Il faut défendre l'idée d'un système monétaire basé sur des monnaies fixes mais ajustable. Quelle est en Europe l'institution qui doit prendre en main ce projet et qui a la visibilité internationale nécessaire ?  

Qui est chargé de gérer les nécessaires convergences et qui garantit les nécessaires différences culturelles et civilisationnelles  issues de l'histoire des peuples et auxquelles ces peuples tiennent ?   

Le scrutin sera désastreux pour l'idée européenne parce qu'il n'y a pas de réponse à ces questions dans le champs politique et institutionnel actuel.

Les libertés s'organisent. Que vienne le temps des organisateurs  et vive les écluses ! 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

 

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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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