Prévoir les crises ou bâtir des scénarios ?

L’affaire est lancinante. La plupart des organismes officiels chargés de la prévision économique n’ont pas prévu la crise et ont même mis parfois du temps à reconnaître qu’elle existait : la notion de « trou d’air » n’est pas faite pour les chiens. 

Depuis la fameuse algarade lancée par la Reine d’Angleterre, nombreux sont les organismes ou les économistes qui se croient obligés d’aller de leur explication.

L’OCDE vient à son tour de faire son Mea Culpa Maxima, non pour la prévision de l’entrée de crise elle-même mais pour la suite des évènements, marquée  par une minoration de la prévision  des effets de la crise elle-même et une surestimation des possibilités de reprise.    

« Il a été extrêmement délicat de prévoir la chronologie, l’ampleur et les conséquences de la crise financière.  Parmi les difficultés spécifiques figuraient

 

-          L’identification des déséquilibres et autres phénomènes  non viables à l’entrée dans la crise,

-          La détermination du moment de leur résorption et des effets probables sur l’activité réelle.

 

Plusieurs éléments ont accentué ces difficultés :

 

-          L’interpénétration exceptionnellement rapide et profonde entre les sphères réelle et financière dans les différents pays,

-          La variabilité accrue de la croissance économique par rapport à la période antérieure à la crise, l’absence de données actualisées pour de nombreux facteurs financiers importants et la compréhension limitée des liens macro-financiers.

-          Tous ces éléments sont venus s’ajouter aux difficultés habituelles inhérentes à la formulation de prévisions autour des principaux points de retournement de l’activité économique ».

 

OECD (2014), “Prévisions de l’OCDE pendant et après la crise financière: un post mortem”,  Note de politique économique du département des affaires économiques de l'OCDE, No. 2, 3 février 2014.

 

 

En vérité l’OCDE, comme la plupart des institutions de prévisions, se sont trompés sur la sortie de crise pour les mêmes raisons qui expliquent qu’ils n’ont pas compris l’arrivée de la crise elle-même.

 

 

Prévoir l’arrivée de la crise n’était pas très difficile à condition d’avoir deux clés en main. La première est l’admission qu’il existe un cycle financier et bancaire quasi décennal ; la seconde qu’il est impossible de dépasser durablement un certain niveau d’endettement global. Une fois ces critères en tête, il était facile, comme nous l’avons fait, d’envisager une crise sévère en 2009-10 dès fin 2006, et dès le blocage du marché interbancaire en juillet 2007, de prévoir que la crise commencerait, plus tôt : nous avions écrit «  dès septembre 2008 ».

 

Avec un taux d’endettement global de plus de 400% pour l’ensemble des pays de l’OCDE et parfois de plus de 700%  et même de plus de 1000%, l’orage était inévitable. Un tel taux est parfaitement intenable. Il fallait simplement guetter les signes de l’explosion. On a su dès la fin 2006 que les prix de l’immobilier baissaient aux Etats-Unis une première depuis 1929, et que le marché hypothécaire, basé sur une hausse constante de ce prix allait être durement impacté. Dès l’été 2007 on pouvait constater que le marché interbancaire était arrêté. Les premières faillites bancaires ont commencé dès janvier 2008. Il ne fallait pas être grand clerc pour annoncer qu’une crise sévère allait frapper au plus tard en septembre 2008.

 

La vraie question devient : pourquoi les prévisionnistes officiels n’ont-ils pas eu ces réflexes et cette démarche ?

 

La réponse n’est pas non plus très compliquée.

 

-          La dette globale n’est pas un indicateur normalisé qui parait clairement avec toutes ses composantes dans les statistiques de base. Reconstituer la dette globale est un exercice difficile et le faire pour plusieurs états est encore plus redoutable. En France l’INSEE ne présente que des résultats partiels avec des échelles différentes. L’endettement des ménages sera rapporté au Revenu national. L’endettement de l’Etat au PIB. Celui de la banque centrale ne sera pas présenté du tout. Comment le rapporter au PIB national ?

 

-          Non seulement la dette globale n’est pas bien connue mais la théorie n’a pas donné d’outils pertinents pour en faire l’analyse. Quel niveau de dettes globales peut-on accepter ? Quelles sont les conséquences d’une dette globale trop haute ? La seule dette réellement analysée est la dette d’Etat. Pourtant il n’est pas indifférent de comprendre les effets d’une situation où la banque centrale possède une dette de 50% du PIB, le système financier à nouveau 50%, les ménages près de 100%, les entreprises 75%  et l’Etat près de 100%.

 

-          Il est de bon ton de nier l’existence du cycle décennal. Ce cycle existe depuis 200 ans et peut être décrit extrêmement facilement. Mais voilà : depuis le début des années 70, l’étude du cycle a disparu. Elle implique qu’il existe des facteurs endogènes, principalement dans le secteur financier, qui provoquent régulièrement des difficultés. On n’a voulu voir que des « chocs externes ». Imbibés du modèle walraso-parétien, les économistes en cour expliquaient comment, après un ébranlement extérieur, les choses revenaient miraculeusement à « l’équilibre » pourvu qu’on laisse libre cours aux forces du marché.

 

-          Le secteur financier et la banque sont des champs mal traités de la science économique. La plupart des économistes n’y comprennent exactement rien. La monnaie et notamment la monnaie internationale sont des mystères pour probablement 99% des économistes officiels qui ne savent même pas lire un bilan bancaire.  Les crises décennales se détectent d’abord dans les bilans bancaires qui ne sont qu’en apparence équilibrés. Bien sûr il y a toujours une créance en face d’une création de monnaie de banque. Mais que vaut-elle ?  Quand la valeur s’écarte d’un flux de trésorerie enraciné dans le PIB pour s’auto justifier par des anticipations de sur-valorisation d’actifs, on entre dans la fantasmagorie.  Le château de cartes devient de plus en plus branlant. L’économiste de base ne le voit pas et prend la carte branlante pour une brique solide.

 

-          Une des méthodes les plus sûres de ne pas comprendre le cycle est de s’asphyxier avec des constats idiots du genre : « Il y a eu 154 crises financières et boursières en 10 ans » ! Ce ne sont pas les aléas des bourses qui comptent mais le comportement global de l’économie. Le profil d’une crise décennal ne peut pas se manquer.

 

-          Le crédo en faveur des changes flottants, merveille des merveilles, et de la sagesse des marchés de capitaux flottants, interdit toute compréhension de la double pyramide des crédits mise en lumière par J. Rueff. Les flux sont bons et rationnels par nature et cette bonté ne peut être altérée que par de mauvais comportements.  Le FMI était organisé par pays. Les relations inter pays, notamment via la monnaie et les flux de capitaux, n’étaient tout simplement pas prises en compte car incompatibles avec l’organisation du travail des économistes de l’organisation de Washington.

 

Il est parfaitement normal qu’une crise décennale explicable par les désordres  monétaires internationaux  et l’enflure d’une dette croisée phénoménale, associés à des déficits et excédents eux-mêmes colossaux et jamais dénoncés, ne soit pas anticipée et comprise par des économistes qui ne croient pas au cycle et ne connaissent pas le monde bancaire.

 

C’est parce qu’ils n’ont rien compris aux causes de la crise que les experts de l’OCDE se sont si largement trompés sur l’évolution postérieure. Le crédit crunch international a été phénoménal. Le refinancement des banques entre elles s’est trouvé gelé. Le financement du commerce international s’est purement et simplement arrêté. Toutes les banques sont revenues à toutes jambes dans leur pré carré national. L’arrêt des financements et le blocage du commerce international n’ont pas été compris et leurs conséquences ont été minorées.  Les paniques successives n’ont certes pas rendu la prévision facile.  En considérant qu’il s’agissait d’une crise « comme les autres » qui se géreraient comme d’habitude avec des injections de monnaie et des déficits budgétaires, les experts n’ont pas vu la réelle nature de la crise.

 

Depuis 1974, on sait que les relances keynésiennes ne fonctionnent pas. Depuis les inondations Greenspan, on sait que juguler les crises par des émissions massives de liquidité ne fait qu’armer la prochaine crise. Tous les économistes officiels ont fait semblant de ne pas le voir.

 

Revenons sur l’auto diagnostic de l’OCDE.

 

 

-          « L’identification des déséquilibres et autres phénomènes  non viables à l’entrée dans la crise » a été défaillante ».

 

C’est de la langue de bois.  Un endettement global de 400% était clairement intenable. L’OCDE doit être plus explicite : pourquoi ne l’avoir pas compris et dénoncé ?  

 

 

-          « La détermination du moment de leur résorption et des effets probables sur l’activité réelle ».

 

L’arrêt du marché interbancaire signifiait une crise de liquidité phénoménale pour le système bancaire  en même temps qu’il annonçait un tout aussi phénoménal credit crunch. L’arrêt des crédits a une conséquence immédiate sur « l’économie réelle ».  

 

-           « L’interpénétration exceptionnellement rapide et profonde entre les sphères réelle et financière dans les différents pays »,

 

L’interpénétration est une constante depuis au moins 150 ans ! La réalité n’a pas foncièrement changée. Mais on ne voulait pas la voir, ce qui est bien différent.

 

-          « La variabilité accrue de la croissance économique par rapport à la période antérieure à la crise, l’absence de données actualisées pour de nombreux facteurs financiers importants et la compréhension limitée des liens macro-financiers ».

 

Phrase redondante vis-à-vis de la précédente. L’absence de compréhension des liens macro financiers se traduit en bon français par : « on ne connaissait pas l’économie de la monnaie que nous avons totalement sous estimée ».

 

-          Tous ces éléments sont venus s’ajouter aux difficultés habituelles inhérentes à la formulation de prévisions autour des principaux points de retournement de l’activité économique ».

 

Cette phrase est très discutable. Il est plus facile de repérer les changements de cap négatifs que quoi que ce soit d’autre. Nous-mêmes avons prévu sans difficultés les crises de 74, de 93, de 2001 et de 2008.  Pour cela il faut en guetter les signes en connaissant bien les causes du cycle décennal bancaire. 

 

Les méthodes et les modèles existants sont toujours des extrapolations de composantes majeures du PIB en partant pour l’essentiel du passé. On extrapole toujours une continuation jamais une rupture. La seule alerte valable aurait été de bien comprendre que les déficits et excédents massifs de balances extérieures  étaient condamnables « per se ». Du coup il fallait s’attaquer aux Etats-Unis. Qui aurait osé à l’OCDE ?

 

Quels conseils donner à l’OCDE ?

 

-          D’abord se doter des outils statistiques et intellectuels pour bien connaître la dette globale, son évolution et ses conséquences pratiques sur le cycle des affaires.

 

-          Ensuite réintégrer l’économie bancaire dans l’analyse de l’économie générale

 

 

-          Enfin faire justice des erreurs d’organisation : l’organisation des changes internationaux est un non sens économique dangereux, comme l’est l’organisation de la zone euro.

 

On ne peut pas être bon  prévisionniste si on n’est pas d’abord un économiste généraliste compétent.

 

La crise actuelle est d’abord une crise de l’intelligence. JP Robin dans le Figaro a ajouté quelques commentaires sur :

 

-          Le grégarisme des experts.

 

Pour m’être personnellement brouillé avec B. De Jouvenel parce que je contestais la méthode Delphi d’anticipation du futur par accord des experts, je ne doute pas que le grégarisme soit un défaut. Mais le grégarisme n’est pas la cause des erreurs. C’est l’ignorance et la méconnaissance qui sont ennuyeuses et qui doivent être corrigées.  On peut faire des diagnostics généralement partagés et justes !

 

-          Rôle des « cygnes noirs »

 

Il y a toujours eu des ignorants pour prétendre que le chaos règne et que les équations de Schrödinger seraient sans doute très utiles pour faire face aux situations détestables que nous vivons. La crise que nous connaissons serait en fait le fruit d’une « vague scélérate » imprévisible qui aurait tout balayé à l’improviste. Les faits explicatifs sont tellement évidents, patents, répétitifs et sans ambigüité que l’on préférerait que l’esprit s’attarde à l’examen des mécanismes simples avant d’aller chercher des aléas tarabiscotés comme facteur explicatif. 

 

 

-          L’imprévisibilité des politiques publiques. 

Dans un mode d’organisation  économique où les Etats capturent l’essentiel du PIB,  et concentre via la banque centrale, le budget et les actions sectorielles tous les moyens de la conjoncture,  ce qu’ils vont faire ou ne pas faire compte évidemment beaucoup.  Du coup ce n’est plus la prévision qui compte mais le scénario.

Là on touche l’essentiel. Le but de l’OCDE n’est pas de faire de la prévision mais de proposer des scénarios qui permettent d’éviter les conséquences d’erreurs d’organisation ou de politique. L’économiste ne peut pas ne pas être normatif. Prévoir pour prévoir n’a pas de sens pratique et n’a exactement servi à rien.

L’OCDE doit devenir un lieu d’intelligence économique, pas nécessairement de prévision.

Comme je l’ai dit lors d’une de mes conférences chez nos amis anglos-saxons il y a quelques années : « rebrain not retrain ». Le désastre ne servira à quelque chose que si on passe à niveau supérieur d’analyse et de connaissance. Les améliorations cosmétiques des méthodes de prévision n’ont aucune importance.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile

Sexe des anges bancaires européens et risques systèmiques

La zone Euro a unifié la création de la monnaie "banque centrale"  de ses membres. La crise financière a conduit a l'idée en apparence rationelle  d'une unification de la supervision de la création de la monnaie de crédit, qui est, en valeur, infiniment plus importante. On parle donc d'Union Bancaire Européenne, avec une supervision centralisée à la BCE et un mécanisme de résolution des difficultés bancaires.

La gestion de tous les types de  monnaies serait donc totalement fédérale.

A l'occasion de cet effort fédéraliste, conduit totalement à l'abri du regard des peuples, une idée a surgi : les banques doivent financer elles-mêmes la survie du système bancaire en crachant régulièrement  une forme de prime d'assurance tout en sachant que ce sont les actionnaires, les prêteurs obligataires et une partie des avoirs déposés qui seront impactés en cas de faillite.

On souhaite abonder un fonds de 50 Milliards d'euros à terme pour compléter le dispositif.

La bataille, essentialiste et non technique, oppose actuellement les Etats, et notamment l'Allemagne, qui souhaitent conserver un oeil sur l'avenir de ses banques et ne pas tout laisser à la BCE, sachant qu'in fine c'est le contribuable  qui servira  de financier de dernier ressort pour le système bancaire européen dans son ensemble, et les européistes qui veulent immédiatement un système totalement fédéral et mutualisé.

En un mot le Parlement crie "l'Europe, l'Europe, l'Europe" comme un cabri et comme un seul homme, alors que le Conseil est sur une ligne plus réaliste, compte tenu des enjeux.

Gardons quelques ordres de grandeur en tête :

- Le fonds de garantie vise à récolter ( à terme !)  50 milliards d'Euros.

- Les fonds d'Etat mobilisés depuis 2007 pour sauver le système bancaire européen : 1.600 milliards d'Euros.

- Sauver le système financier (banques, assurances, etc.) a mobilisé près de 15% du PIB européen et 20% du PIB marchand. 

- Essayer de mettre fin aux conséquences de la crise de la dette  aura mobilisé en pertes cumulées pour les ménages et les entreprises, sur la période 2007-2017, probablement l'équivalent global d'une année de PIB. 

Ce qui veut dire que tout ce qui se discute en ce moment et qui mobilise les idéologues, n'a strictement aucun sens pratique et porte un risque systèmique colossal.

Croire qu'avec le dispositif en cours de discussion on pourra réellement éliminer pour les Etats le soucis du système bancaire et d'un éventuel nouveau sauvetage est un énorme leurre. Croire que ce dispositif apporte une solution pérenne est une idiotie.

On l'a bien vu : la source de la difficulté n'est pas dans la banque mais dans un système global qui provoque mécaniquement un accroissement irresponsable de la dette. Ce sont les défauts cumulés d'un système monétaire mondial trop souple, basé sur les changes flottants et les marchés, sans contrôle des déficits et des excédents monstrueux de balances de paiement, et d'un système trop rigide en Europe qui ne permet pas les ajustements interétatiques dans la zone Euro, qui posent problème.

Ces deux causes majeures ne sont pas traitées. Et on croit que les mesures envisagées sont à la hauteur des risques ?

Les pertes  mondiales  associées à l'effondrement da la pyramide de crédits dégagés de tout rapport avec la production ont excédé 10.000 milliards de dollars.  Ce qui veut dire que tout le système bancaire a été et reste en faillite virtuelle. On évite par des procédés d'urgence que cette faillite soit actée. Mais le sousjacent est malheureusement fort clair. 

Les risques associés à une nouvelle crise sont de même ampleur voire plus élevés.On a vu que les mécanismes d'assurances crédit mis en place, notamment les CDS,  concentraient les risques chez les gros assureurs et les fonds de pension. Ce n'est pas la petite prime de risque envisagée, d'un niveau ridicule par rapport aux échelles de pertes potentielles, qui aura la moindre importance.

En revanche revenir sur la doctrine qui a été la base du FDIC aux Etats-Unis, à savoir que l'effondrement successif des banques est automatique si on ne garantit pas les dépôts, est extrêmement dangereux.

Considérons bien la situation :

- on ne traite pas les causes de la crise

- on met en place un cautère pour jambe de bois

- on supprime le traitement  qui avait montré son efficacité.

En revanche on s'affronte sur le sexe des anges européens, entre Etats qui savent bien qu'au final ce sont les contribuables qui seront sollicités, notamment dans les grands pays, et européistes à tout crin  qui veulent profiter de la crise pour créer un "fait accompli fédéral".

Cela rappelle facheusement tout le débat sur Maastricht. Pas une réflexion sur la manière dont une zone de monnaie unique peut créer des dangers supplémentaires et notamment comment on règle la question du change extérieur et des déséquilibres intérieurs. En revanche on livre farouchement une bataille essentialiste entre souverainistes et fédéralistes.

Naturellement, pas un vrai débat technique dans les média. Il ne faut pas ennuyer l'auditeur.

Disons le clairement : tout ce qui concerne l'Union Bancaire Européenne est pour le moment une énorme farce mais avec bombes à retardement incorporées.

Le seul vrai débat qui compte est de savoir comment on peut éviter à l'avenir qu'on se retrouve avec la valeur d'un PIB compromise par des défauts majeurs d'organisation  des systèmes monétaires. Se concentrer sur l'amplificateur des crédits, les banques, ne suffit pas. Il faut s'attaquer aux sources d'émission primaire de la dette globale. Et on ne le fait pas. En revanche, on crée de nouveaux risques pour permettre un accord fédéraliste.

Tout faux.

Comme pour Maastricht, c'est 20 ans plus tard qu'on s'en rendra compte. 20  ans trop tard.

 

 

 Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Croissance, vous avez dit croissance ?

Article paru dans le Figaro du samedi 19 -Dimanche 20 juillet 2003.

TENTONS UNE CROISSANCE RAPIDE

par

Didier Dufau - Economiste

Une croissance de 3% sur le long terme est facile à obtenir. Les trente dernières années perçues  comme catastrophiques par rapport aux trente précédentes qualifiées de "glorieuses" le prouvent : la croissance a été de 2,9%.

Et si on cherchait à faire mieux ?  Par exemple 3,5% ? ce taux assure un doublement tous les vingt ans. 25 millions de personnes au travail produisent dix mille milliards de francs par an , soit quatre  cent mille Francs par tête. Pas mal. Mais dans vingt ans nous en produirions, au taux proposé, huit cent mille puis un million six cent mille , etc. De quoi soulager quelques misères.

Cette croissance un peu rapide impose de desserrer trois freins catastrophiques :

- l'accroissement mécanique du poids des prélèvements

- le désordre associé aux changes flottants

- l'étroitesse de la population active.

En matière d'impôts il existe des lois incontournables. la première dispose que lorsque l'impôt est progressif  la croissance provoque mécaniquement la hausse de la part de l'Etat dans l'économie. Ce phénomène et aggravé par la caractère cyclique de l'activité qui produit, dans la phase de haute conjoncture, des recettes fiscales en très forte augmentation, alors que, dans la phase  de récession, l'Etat  refuse de voir sa dépense diminuer et hausse les prélèvements, effet de cliquet très bien illustré par le traitement Juppé des effets de la crise de 1993. Le pire, c'est lorsqu'on crée des impôts nouveaux aussi en période de forte conjoncture. Pensons à la création  de la CSG et à la "réhabilitation de la dépense publique" par le gouvernement Rocard et aux "cagnottes" du gouvernement Jospin.

Le résultat aura été, en France, où l'impôt est globalement progressif  et l'énarchie puissante, une montée extravagante de la dépense publique  et des taux de prélèvements.  Certains diront : ce taux n'a jamais dépassé les 46%, ce n'est donc pas si grave. Là, il faut bien comprendre que la comptabilité nationale enregistre les coûts de l'Etat comme de la production. Voyonbs les conséquences sur un exemple. Robinson, seul sur son ile, puis de l'eau au puits  et cueille des noix aux cocotiers du coin. Admettons que cette production vaille 100. Un fonctionnaire armé débarque  et prend tout. La comptabilité nationale dira :

- production marchande = 100

- prestation de sécurité de l'Etat = 100 (coût du fonctionnaire)

- PIB = 200

- Taux de prélèvement égale 100/200 = 50%.

Seconde loi : quand l'Etat prend tout, le taux de prélèvement est de 50%.

Les Français sont soumis à des prélèvements confiscatoires. Les petits salaires sont l'occ&asion d'une ponction globale de 55 à 60%. Les revenus modestes, spoumis à l'impôt sur le revenu, de 60 à 70%. les hauts revenus de 70 à 85%.

Si l'ISF s'ajoute, on atteint facilement 90%  et pour quelques dizaines de milliers de personnes plus de 100%. On oblige donc les plus taxé à vendre leur patrimoine. A qui ? A l'étranger.D'où la troisième loi : lorsque l'impôt force à céder des biens , il n'y a pas de redistribution mais financement  de l'Etat par vente à l'étranger  du patrimoine national.

La capitalisation boursière est actuellement à près de 40% dans des mains non françaises et chacun sait que des pans entiers de notre immobilier sont en train d'être transférés à des non-résidents.

En trente ans les taux de prélèvements ont été portés au maximum  et ont fourni à l'Etat des ressources gigantesques immédiatement dépensées. Ce qui ne l'a pas empêché de faire passer l'endettement de 20 à 60% d'un PIB qui a presque doublé  pendant la période concernée.

Un complète folie.

L'Etat devra admettre de n'augmenter les recettes que proportionnellement à l'accroissement de la richesse des Français. Il doit jouer la carte d'une croissance forte  mais en compensant l'effet de la progressivité sur l'accroissement de son poids dans l'économie.

Sinon l'asphyxie de la croissance , déjà trop visible, sera consommée.

Le choix de J. Chirac tel qu'annoncé le 14 juillet de baisser les impôts  et de ne pas faire jouer l'effet de cliquet est historique en France. Il va dans le bon sens.

Autre cause d'inquiétude pour la croissance : les changes flottants. Depuis l'explosion du système de Bretton-Woods, charpente des fameuses "trente glorieuses", le taux de croissance diminue chaque décennie sous l'effet de désordres monétaires répétées. Faire passer les lourds convois du commerce international sur des passerelles monétaires en caoutchouc mou est absurde.

Agitées de soubresauts incontrôlables, amplifiant tous les déséquilibres, ces passerelles saugrenues  envoient au fond du précipice  des pans entiers de la croissance mondiale.

Toutes les crises des trente dernières années  sont associées à des variations brusques  du cours des monnaies principales.  La crise dite à tort "des pays émergents",  comme l'explosion du "currency board" argentin, ont une origine monétaire. L'énorme bulle financière qui s'est créée  à partir de 1999 et dont l'explosion  réveille le spectre  de 1929, est un effet direct des changes flottants qui ont auto-entretenu une folle spéculation sur le dollar, se surajoutant à un "exubérance boursière" déjà excessive.  Les déficits américains s'accumulent, financés par la création monétaire et les déplacements de capitaux irrationnels.  Ils représentent, pour les Etats-Unis, un "plan Marshall à l'envers" très lucratif. Les créanciers, eux, sont régulièrement ruinés, explication principale de la stagnation japonaise et de la langueur allemande.

Il n'y aura pas de retour à une croissance mondiale forte  sans réforme équilibrée du système monétaire international.  la France est en pointe vers une gouvernance mondiale équilibrée. Elle doit l'être aussi dans le domaine monétaire.

Reste le frein démographique. Alors qu'au sortir de la guerre, les idées dominantes, merci Alfred Sauvy, ont été productivistes et natalistes, les trente dernières années  ont vu le retour des pratiques malthusiennes. Immigration zéro, indifférence à la dénatalité, réduction du temps de travail, préférence pour l'emploi public, ont dominé les pratiques gouvernementales.

Dans la durée ce petit jeu a été incroyablement délétère.  L'emploi salarié dans le secteur marchand atteint à peine 16 millions de personnes pour une population supérieure à 60 millions. Avec le ratio des Etats-Unis  ou de la Grande Bretagne, on dépasserait les 25 millions ! Un manque à gagner de 10 millions d'emplois ! Notre moteur économique concurrentiel est certes performant mais il est devenu ridiculement petit.

Croire que le départ à la retraite des "baby boomers" fera diminuer le chômage  est une de ces illusions arithmétiques qui font le charme de l'ignorantisme malthusien.  La réduction de la population active  va exaspérer  la compétition entre secteur public  et privé pour des ressources  rares et encore réduire  la taille du moteur.

Il faudra pour échapper à cette fatalité non seulement prolonger la durée du travail  mais faire basculer une part importantes des effectifs publics  vers le secteur marchand.  On voit comme les esprits y sont préparés !  

La France se retrouve devant des choix décisifs. les erreurs des trente dernières années  ne lui sont plus permises. Pourquoi ne pas virer de bord avec résolution ?  Pourquoi ne pas choisir les disciplines et surtout les promesses d'une croissance rapide ? Pourquoi ne pas tomber amoureux d'un taux de croissance ? Par exemple 3,5%...

Il semble que sous l'impulsion du Président de la République un changement radical soit en train de se produire en ce sens. Dans cette conjoncture déprimée, c'est une excellente nouvelle."

 

 

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Commentaires, 11 ans plus tard…

 

L'article précédent a été écrit en juillet 2003, après la crise dite des NTIC,  alors que J. Chirac, réélu, voulait donner à son quinquennat une dimension nouvelle. Dans la pratique, le quinquennat Chirac sombrera dans la "défense des avantages acquis", pendant que Schröder, en Allemagne, prendra les mesures nécessaires pour remettre l'Allemagne en état de réussir dans la mondialisation. La dette et l'emploi public ne cesseront d'augmenter en France. La question du système monétaire international ne sera pas posée. Il n'y aura aucun desserrement de l'emprise malthusienne avec maintien des 35 heures et de la préférence pour l'emploi public, notamment dans les régions. Les socialistes s'empareront de près de 60% des mairies et de la quasi-totalité des gouvernements régionaux Les effectifs municipaux grimperont sans aucun contrôle en 14 ans de près de 800.000 !Nicolas Sarkozy proposera une rupture qu'il ne fera pas ou à moitié comme on voudra.

La crise, à connotation 1929, ne pourra pas être évitée.

Elle aboutira à de nouveaux blocages en France, à une hausse délirante des impôts, et finalement à un total revirement qui voit M. Hollande, comme M. Chirac, évoquer une accélération de la croissance grâce à un nouveau "pacte".

 

Nous sommes, mutatis mutandis,  dans une situation un peu comparable à celle qui nous avait conduit à proposer cet article au Figaro.  Le G.20 vient justement , à Sydney, de proposer une relance de 2% de plus du 1.5% du moment, soit une croissance de 3.5%, le même chiffre que nous avions proposé en 2003.

Si nous avions à réécrire l'article pour soutenir cette ambition, on ne voit pas vraiment ce qui serait à en retirer.

L'absence de toute référence à l'Euro dans l'article de 2003  peut surprendre. La raison en est simple. A cette date, la gestion de l'Euro était naissante et on annonçait un relâchement des contraintes qui avaient été nécessaires pour instaurer la monnaie unique. On discutait d'une gestion expansive de la zone euro et on annonçait une vision plus ouverte des contraintes du traité de Maastricht. La question de l'Euro, du coup, se ramenait plus globalement  à celle des changes et du "malthusianisme" ambiant, la rigueur excessive de la BCE pouvant s'analyser comme un malthusianisme , associé à la défense des petits vieux, assis sur leur épargne sacrée, dans une Europe très vieillissante, notamment en Allemagne et en Italie. 

 

Aujourd'hui nous affirmons qu'il n'y aura de sortie de crise durable que si été seulement si

- Mondialement, on réforme le système monétaire international,

- En Europe, on dote la zone Euro d'un pilote et d'une cabine de pilotage, avec un œil actif sur le cours du change

- En France, on casse la croissance hyperbolique de la dépense publique, de la dette et des prélèvements.  

Il est intéressant de mesurer les chances d'une reprise de la croissance à cette aune. 

 

De son côté quelles mesures proposent donc  le G.20 ?

 

1.  "Les pays membres du G20, qui représentent quelque 85% de l'économie mondiale, se sont fixé pour objectif de doper la croissance de deux points de pourcentage supplémentaires d'ici à 2018, en "développant des politiques ambitieuses mais réalistes".

"Cela représente plus de 2.000 milliards de dollars en termes réels et permettra la création de nombreux emplois", ont souligné les ministres des Finances et les banquiers centraux lors de cette réunion préparatoire au sommet des chefs d'Etat qui se tiendra en novembre à Brisbane (Australie).

Pour la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, cet objectif "peut être atteint, voire dépassé" à condition "de mettre en œuvre les réformes identifiées" dans chacun des pays concernés."

La principale erreur ici est formulée par Mme Lagarde. La reprise serait l'affaire individuelle de chaque état faisant en son sein les efforts demandés.  On retrouve la folie d'un FMI dont les analystes sont cloisonnés par pays et ne voient rien du risque global. DSK en fera deux fois l'aveu. "Le FMI ne s'est pas intéressé aux interactions ni aux phénomènes de contagion".  Ce que dit Mme Lagarde est dans le droit fil des défauts déjà signalés. Cela tient à la structure par pays du FMI. Les décloisonnement n'ont pas eu lieu.

Du coup il n'y a aucune réflexion sur les défauts structurels du système monétaire international. En revanche on espère une coopération dans une structure non coopérative ! Ce qui est de l'ordre de l'oxymore.

«L’engagement pris à Sydney par le G20 à communiquer systématiquement les actions de politique monétaire pour mieux gérer leurs effets collatéraux est aussi capital. Un dialogue au niveau mondial et une meilleure communication sont indispensables pour préserver la stabilité financière. Les membres du G20 se sont aussi engagés à prendre les mesures qui s’imposent pour gérer les pressions déflationnistes et inflationnistes. Le FMI appuie ces efforts et se tient prêt à aider ses pays membres en offrant ses avis de politique économique ou, le cas échéant, un financement."

Les pays émergents sont priés de mettre fin à leur inflation, afin "de ne pas déstabiliser les changes". Ce qui signifie que les désordres monétaires en cours sont de la responsabilité des pays victimes pas des mouvements de capitaux erratiques et de la politique des banques centrales et notamment de la FED.  C'était exactement le discours de 1998 où les difficultés dans les pays émergents étaient mises sur le dos du "cronyism" des dirigeants de l'époque.

En revanche, il faut que les pays excédentaires relancent. Ce qui est juste. Mais pourquoi sont-ils excédentaires et qu'a-t-on fait pour empêcher ce mouvement ? Si la coopération est nécessaire pourquoi ne pas l'institutionnaliser ?  Les marchés règnent mais les gouvernements doivent être plus communicants plus transparents. A quoi tout cela rime-t-il ?

Certains observateurs ont parlé d'un changement de ton, de cap et même de logiciel avec l'introduction d'une dose de keynésianisme.

Il faudrait que l'investissement public et privé reparte à la hausse. Mais seulement dans les pays qui ne glissent pas sur la pente de l'inflation  et la lutte contre la déflation ne doit pas passer par plus de dettes…

Où sont les politiques "ambitieuses et réalistes " ?

La vérité du G.20 est ailleurs. Les autorités internationales s'inquiètent de voir se profiler un "triple dip". Le commerce international est à l'arrêt. Les achats de précaution stratégique de la Chine se sont arrêtés. Les crédits internationaux sont encore 40% plus bas qu'avant la crise.  La déflation menace en Europe alors que l'inflation s'est installée dans les pays dépendant des achats chinois. Nous sommes encore et toujours dans la gestion de la panique.

Le FMI s'est trouvé légèrement pris à revers par la découverte d'une erreur de tableur dans les démonstrations sur lesquelles l'institution se fondait pour demander plus d'austérité. Alors elle crie : "vive la croissance".

Les pays "émergents" s'indignent de voir que la politique de la FED a des effets immédiats chez eux. Il fallait les calmer. Ce qui est fait en parlant de croissance.

Le Japon avait inquiété avec sa politique d'intervention directe sur les changes. On lui demande d'être plus coopératif. Qu'au moins il prévienne ! Mais s'il prévient, rien ne marchera…

Il n'y a aucune mesure structurelle ni aucun changement d'idéologie. On pare au plus pressé politique. On espère doper le moral des uns et des autres.

Mais personne n'est tenu à rien et les défauts structurels perdurent. 

 

2.Le temps :  "La semaine dernière, le yuan chinois s’est déprécié comme jamais depuis septembre 2011. C’est le cas du moins pour le CNH, ou la version «offshore» de la monnaie qui est échangée à Hongkong, et qui a perdu presque la valeur d’un point de pourcentage face au dollar américain. Parallèlement, le yuan «onshore», ou CNY, la monnaie utilisée en Chine continentale, s’est aussi fortement déprécié, de moins d’un demi pour cent. Cette différence de fluctuation, du fait que l’écart entre CNY et CNH évolue rarement d’une semaine à l’autre, a peut-être été encore davantage perçue.

Qu’est-il en train de se passer? Tout le monde sait que, si les taux journaliers du CNH et du CNY peuvent librement légèrement fluctuer dans des fourchettes étroites, toute évolution plus importante des taux de change est le fruit d’une action tout à fait intentionnelle de la Banque populaire de Chine et du gouvernement chinois.

La réponse semble donc se trouver du côté du massif «carry trade» qui a vu le jour au cours des dernières années et que les autorités chinoises tentent d’éradiquer. Le problème, au vu du fait du large contrôle des capitaux chinois, est qu’il est très difficile pour les opérateurs chinois du continent d’obtenir des fonds en dollars américains pour effectuer un échange. Mais quand la volonté est présente, il existe un moyen. Et ce moyen implique toute une série complexe de transactions financières, dont des garanties stockées dans des entrepôts d’emprunts sur le continent chinois pour des emprunts en dollars américains. Ces marchandises, ayant ensuite fait l’objet de fausses exportations vers Hong­kong, ont été vendues là-bas à des entités offshore qui ont renvoyé les fonds en Chine. De cette façon, ces fonds pouvaient être ainsi détenus en CNY. Ce type d’opération est probablement à l’origine des indications erronées données par les chiffres importants de l’excédent commercial de la Chine ces dernières années.

Cette opération de carry trade contribue à expliquer pourquoi la monnaie chinoise a continué de s’apprécier ces derniers mois (avant son plongeon de la semaine passée), alors même que d’autres monnaies des marchés émergents se dépréciaient massivement. Pour l’instant, le yuan chinois est probablement l’une des devises les plus surévaluées du monde, jusqu’à 30% selon un des analystes de Lombard Street Research".

 

Si vous avez entendu le G.20 dénoncer la surévaluation du Yuan, vous avez gagné.

3. Au final :

- La France est toujours écrasée d'impôts et de prélèvements et aucune économie sérieuse n'a encore été annoncée précisément par M. Hollande ou son gouvernement.  Relance keynésienne en France par l'investissement public, à 100% d'endettement public ? Rions mes Frères !

- La zone Euro ne fait toujours pas l'objet d'une quelconque gestion. La BCE va s'amuser à teststresser les banques systémiques ! C'est poétique et c'est tout.   

- Le monde vit toujours dans le système de change désastreux qui a présidé à la terrible récession dont on peine à sortir.

Le G.20 qui s'était ridiculisé en 2009 en ne proposant que des mesures dérisoires (les bonus, la comptabilité, les agences de notation, les paradis fiscaux et autres babioles), cf nos articles de l'époque, en est toujours à la douce pusillanimité et aux paroles rassurantes "pour faire revenir la confiance".

Pendant ce temps là des écologiques injurient les "vieillards à cheveux blancs qui pensent encore en terme de croissance".

Zeus aveugle ceux qu'ils veut perdre. Il est sacrément efficace !

Paris : un déclin programmé ?

Paris : la mort lente.

 

Les recettes fiscales ne rentrent pas. Les projets cachés sortent à nouveau des tiroirs.

Depuis des lustres les plus excités des socialistes veulent rendre progressives la taxe foncière et la taxe d'habitation. Au lieu d'un droit proportionnel à la valeur du bien, ils veulent une taxation différentielle qui fait  payer beaucoup plus le "salaud de riches". Pour les socialistes de sous-section, aggraver sélectivement les impôts est, avec l'ouverture de "nouveaux droits à", le code génétique qui doit s'exprimer en priorité.

L'état d'esprit qui a conduit à inclure dans la base de revenu taxable annuellement les revenus de l'épargne et les plus-values des transactions lourdes et rares  portant sur des biens familiaux pérennes, exige d'aggraver la progressivité sur les impôts locaux d'usage qui sont détournés de leur mission, financer les services municipaux, pour participer à l'effort global de destruction des fortunes afin d'instaurer un socialisme de l'égalité par le bas. La préoccupation électoraliste de donner du revenu aux couches électoralement utiles, l'achat de vote, pour résumer,  n'est évidemment pas absente.

Actuellement les villes sont touchées par l'effondrement des commerces. Les boutiques tombent en faillite les unes après les autres. Les grossistes disparaissent. Tout le commerce lié à l'habitation est sinistré. L'alimentaire connait de graves difficultés, même dans les grandes surfaces, ce qui est une première depuis la guerre de 40.  

Paris a longtemps été épargné par la force de l'esprit centralisateur des Français. Maintenant ce n'est plus le cas. Au contraire, les évolutions négatives sont désormais voyantes.

Paris, devenue une ville de vieux encore un peu fortunés, en vérité une ville  de vieilles ayant récupéré la fortune familiale et la liquidant progressivement, au gré des augmentations d'impôts vertigineuses de M. Delanoë, voit disparaître progressivement toutes ses activités.

Les faillites de boutiques à Paris ont atteint des sommets historiques en 2013.    

Un parc de grands appartements à vendre, gigantesque si on le compare aux situations habituelles, s'est constitué dans les anciennes parties bourgeoises de la ville de Paris , notamment dans le XVIème arrondissement. L'étranger, qui achetait les plus beaux pieds à terre,  commence à refluer. Vivre périodiquement à Paris devient prohibitif en prix d'acquisition d'appartement d'une part, mais aussi en coût d'usage.

Ne parlons pas des entreprises. Elles fuient Paris à toutes jambes. Les sièges sociaux sont en constant repli. Les grandes entreprises partent en Hollande, les holdings au Luxembourg et les PME à Londres. Certaines activités qui prospéraient à Paris comme l'édition sont sinistrées.     

Paris est une ville de vieux et de touristes, et une capitale administrative stagnante, à proportion de la réduction et de la déconcentration des services centraux de l'Etat.

La seule branche d'activité qui prospère est l'administration locale et l'accueil des populations pauvres de France et du Monde. Plus de 10.000 emplois municipaux créés par Delanoë ; des centaines d'appartements rachetés parfois au prix de l'or, pour loger des copains et un électorat considéré comme captif ;  75.000 personnes directement payées par les impôts parisiens sur 2.000.000 d'habitants ! C'est comme si dans un ensemble immobilier de 400 personnes, il y en avait 15 pour s'occuper à plein temps  de la collectivité !  Lorsque les bornes sont franchies, il n'y a plus de limites.  Près de 300.000 familles dans des logements à statuts ou conditions spéciales, sur 800.000 mille ! Voilà pourquoi le PS croit dur comme fer à sa victoire : les ayants-droit voteront bien !

Moins de la moitié des Parisiens ont encore une voiture. Les enfants disparaissent progressivement des rues, les familles nombreuses ne trouvant plus à se loger à bon prix.

L'impôt local progressif va finir le travail d'éradication en cours.  Paris ne sera même pas Kyoto. On se dirige vers une ville poubelle. Elle est déjà d'une saleté répugnante, les socialistes ayant considéré comme honteusement bourgeoise l'idée de propreté et hautement antisocial d'exiger que le travail de nettoyage soit fait. Ils se sont amusés à faire tourner les voitures poubelles entre 6 et 8 heures du soir dans les rues les plus étroites, comme la rue de la Petite Roquette, pour ne citer qu'un exemple,  pour décourager l'usage de l'automobile. Les poubelles restent dehors toute la journée où elles sont fouillées par des milliers de pauvres hères. Plus personne ne songe à contrôler le travail des "techniciens de surface".  Pas de harcèlement anti syndical ! Voilà le mot d'ordre.

La part des subventions aux "associations", généralement des véhicules de la corruption municipale, est passée de 4% à la fin des années Tiberi à 28% aujourd'hui. Cela veut dire que l'on a multiplié par environ 14 en valeur les sommes versées compte tenu de l'augmentation phénoménale du budget parisien. On fait même porter par des associations les dettes de la ville pour les dissimuler. Alors que les effectifs cotisants du PS à Paris et le nombre des militants est très bas (le socialisme à Paris, c'est à peine 1.500 personnes), près de 15.000 familles sympathisantes ont touché des avantages de la gestion Delanoë. Du poste au service communication de la ville de Paris pour famille bobo socialiste en difficulté, à la subvention pour la fête des voisins, dans un immeuble tenu par des socialistes en carte,  en passant par le racket des activités "culturelles", le jet continu des subventions, des postes, des avantages, souvent croisés avec ceux offerts par la Région,  arrose tout un monde grouillant d'affidés.

Le sourire de Mme Hidalgo est là pour verrouiller médiatiquement le couvercle sur la soupière. Les vrais pouvoirs sont ailleurs.

Pour le PS la bataille de Paris est gagnée et il faut maintenant  s'assurer les places et les revenus de la nouvelle structure de gestion du Grand Paris, la Métropole. Encore des centaines de places en vue.

Il est fascinant de voir l'ancienne capitale du monde civilisée livrée ainsi à la rapacité d'un parti qui tourne à une forme de mafia vivant sur la bête et  uniquement intéressée à sa propre survie. Son programme consiste à gérer une image de bon samaritain,  facilitant la mendicité, laissant faire les syndicats et multipliant les mesures coûteuses donnant l'impression d'une action sociale et culturelle dynamique. L'économie ? Quelle économie ? Tous ces gens qui dirigent Paris  sont des fonctionnaires ou des professionnels vivant en liaison avec le pouvoir.  Ce n'est pas une situation propre à Paris. Depuis la dernière vague rose, 55% environ des postes de maires sont détenus par des fonctionnaires !  

L'impôt devient la seule préoccupation. Car seul l'impôt permet de maintenir un tel programme.

La progressivité devient l'arme essentielle. On voit donc revenir le projet d'une intégration du revenu dans la taxe d'habitation. Quid des étrangers qui possèdent une part très importante de certains quartiers ? On va leur demander leur déclaration de revenu ?   Les Quataris qui s'installent en masse dans les anciens palais parisiens ne paient pas d'impôts sur le revenu ! On fait quoi ?

Réponse : "On s'en fout des Quataris. De toutes façons ceux qui s'installent le font en vertu d'accord où ils ne paient pratiquement aucun impôt ! L'important est qu'on puisse faire un geste vers la catégories qui nous intéresse en frappant les riches. La baisse des uns ne compensera pas la hausse des autres. Mais ce n'est pas grave. On aura accru ou rassuré notre clientèle et c'est la seule chose qui compte".

Amuser la galerie avec l'installation de Roms dans le XVIème arrondissement ou la destruction de l'avenue Foch ne suffit pas. La provocation n'a pas d'effets durables. En revanche laisser croire à une partie de la population qu'elle va pouvoir mieux vivre avec l'argent des autres, c'est électoralement solide et durable, surtout quand on  sait la part des habitants parisiens qui dépendent des différentes fonctions publiques ou des subventions ou avantages. 

En attendant, pour le PS, il faut gagner les élections parisiennes. La candidate de droite, NKM, est passée à la télévision ce dimanche. 90% des questions ont porté sur autre chose que Paris. Surtout ne pas parler concrètement de Paris, avec, pour les "journalistes", un certain nombre "d'éléments de langage" qui ont pour but d'éviter tout débat : la sécurité, ce n'est pas l'affaire de la mairie ; la fiscalité ? Pas grave puisque le taux est moins élevé à Paris qu'ailleurs. Etc.

Rendre progressif les taux de la taxe d'habitation, en incluant les revenus, tout en réévaluant les assiettes, portera l'impôt sur les parisiens actifs à des taux encore plus insupportables. Tous les propriétaires d'appartement de valeur significative vont bientôt être au plafond de l'ISF. Les augmentations ne les toucheront plus sauf à faire sauter le plafonnement. Rappelons que les impôts indirects sont une part très minoritaires des impôts globaux. Lorsqu'on paie 75% d'impôt direct on dépasse automatiquement 100% d'imposition globale.

Alors il se produira ce qui est inévitable : l'aggravation de la fuite hors de Paris et probablement de la France d'une part croissante de Parisiens  qui iront chercher fortune ailleurs ou qui chercheront à maintenir leur fortune ailleurs. Des centaines d'appartements de plus de 250m2 sont actuellement à vendre. Avec la progressivité de la taxe d'habitation, le nombre va encore croître.  Les autochtones ont été pratiquement chassés d'une grande partie de la banlieue parisienne, où s'est produit une substitution de population. Une involution du centre ville, à l'américaine est en-cours, en même temps que le péri-urbain explose et les temps d'accès au travail.

Etat, région, département, métropole, ville et arrondissement sont accrochés fiscalement à la bourgeoisie parisienne  qu'ils détruisent à petit et à grand feu, dans une ville où on n'investit plus, où on ne construit plus, où plus rien ne se passe et qui perd progressivement tous ses centres d'activité à vocation nationale et internationale. Il ne restera bientôt plus que le tourisme, la politique et les activités subventionnées.

Paris est en danger de mort. De mort lente, certes, mais de mort certaine comme foyer de rayonnement créatif mondial et centre de pouvoir économique. 

Parions que cette campagne municipale éludera une nouvelle fois toute vraie question sur le développement de Paris, son rôle et son avenir. Comme la campagne électorale présidentielle a gommé toute préoccupation nationale (celui qui a gagné a nié la crise) et comme les élections européennes seront comme d'habitude un exercice de style entre fédéralistes et anti fédéralistes, sans que personne ne sache exactement quel aura été le travail fait lors de la mandature qui s'achève et sans savoir ce qui se fera dans la prochaine.

La vie publique en France est devenue intellectuellement vide, socialement illisible et économiquement déficiente.  Avec de tristes conséquences à tous les échelons.

Mauvaises nouvelles

1. La France voit ses exportations baisser en 2013.

Ce chiffre vient compléter la longue liste des échecs de François Hollande et de son gouvernement de fonctionnaires socialistes éperdus d'idéologie. La perte de compétitivité associée à l'absence de toute réforme, en même temps qu'on assommait d'impôts les producteurs, a réclamé son dû. Il est tragique.

2. Le commerce international est à l'arrêt. Le rebond de croissance du milieu 2013 n'a pas tenu. Le tableau ci-dessous est parlant, quelque soient les réserves que l'on porte à la pertinence du BDI index. Les prix du fret international sont au plus bas.  Il est clair que la pointe d'activité de 2012 a été totalement associée à la politique d'achat de la Chine, en grand danger de perdre ses réserves, et à la spéculation sur les matières premières. L'arrêt de cette politique a fait s'effondrer les marchés de matières premières et a bloqué la croissance des échanges. Il est juste de remarquer que ce phénomène explique aussi en partie la contreperformance de la France en matière d'exportation.

3. La spéculation sur les monnaies et les mouvements erratiques de capitaux à court terme entraînent à nouveau les devises et les économies des pays émergents vers le bas. M. Baverez commet, dans son dernier article, l'erreur de croire que ces mouvements sont sains et sont la traduction des difficultés des pays émergents, alors que ces derniers étaient encensés quelques mois auparavant. C'est l'histoire de 98 qui recommence : la crise était une crise des changes flottants, liées à une double spéculation sur le dollar et la bourse américaine ; on a parlé d'une crise des pays émergents accusés de "cronyism" chronique. Non Monsieur Baverez les mouvements de capitaux à court terme ne correspondent pas à des logiques de fond de l'économie mais à des lubies auto-réalisatrices. Dans un système de liberté totale des mouvements de capitaux à court terme, la recherche spéculative entraîne des mouvements endogènes particulièrement pernicieux. Cela dit, cela n'excuse pas l'Argentine !

4. Le referendum Suisse est un coup de tonnerre pour l'Europe en même temps qu'un mauvais signe pour l'économie Suisse. En souhaitant remplacer la liberté totale de travail et d'installation en Suisse par un système de quotas, la Suisse marque sa mauvaise humeur vis-à-vis de l'Europe qui a largement détruit son système bancaire et compliqué la survie de sa prospérité. Elle rappelle un principe qui nous  est cher : la régulation la meilleure est celle des écluses qui permettent à la fois de faire respecter des principes (l'eau coule) et des contraintes (elle n'emporte pas tout). Toute les agences internationales de l'eau le savent : la coopération et la régulation sont la seule méthode pour ne pas entrer en guerre le long du bassin. Maintenant tout est affaire de raison : il appartiendra aux Suisses de se montrer sages dans la manœuvres de l'écluse. Viviane Redding, l'épouvantable abrutie, qui est Commissaire  européen depuis trop longtemps et qui ne rate jamais une occasion de se taire, vient de menacer la Suisse de représailles. Cette posture est grotesque. Le PPE s'honorerait à n'en point faire sa candidate au poste de Commissaire Européen. Dans la phase délicate qui s'ouvre les excitées et les fanatiques sont à remiser dans un coin sombre.  La Suisse finira par entrer dans l'Union Européenne et même dans la zone Euro mais il faut pour cela qu'elles se réforment. Il nous faut plus de réformes sensées en Europe et moins de fédérolâtrie agressive.  

 

5. Le système bancaire européen sortira-t-il intact des stress tests organisés par la BCE ? Certains annoncent déjà que différentes banques allemandes seront en difficultés et qu'au final plusieurs banques européennes ne passeront pas le cap. Il est clair que le système bancaire des pays excédentaires est obligé de replacer les excédents quelque part et qu'il le fait généralement à risque. On se rappelle que les Landesbank avaient utilisé leur dotation de privatisation essentiellement en subprimes, l'affaire se cumulant avec la précédente pour rendre extrêmement vulnérable le système bancaire allemand. La Deutsche Bank semble pour sa part se faire une spécialité des coups douteux.  L'Allemagne se trouve donc en première ligne.  Rappelons tout de même que lorsque les en-cours globaux de dettes représentent plus de 4 fois le PIB, la "résistance" du système bancaire est illusoire. Le remboursement et l'amortissement d'un tel niveau de dettes est impossible.

Les stress tests seront donc une fois de plus de la poésie pure. Tout le jeu est de faire rouler la boule jusqu'à ce qu'elle diminue de taille. Pas de l'arrêter.

6. L'apprentissage aura été en forte baisse en France, du fait d'une part de la conjoncture et d'autre part d'une baisse drastique des financements (près de 20%) associée au dégoût traditionnel des socialistes pour les formations non intellectuelles. Pour eux : mieux vaut faire traîner des élèves incapables de lire et écrire dans le système classique  jusqu'à ce qu'ils décrochent définitivement d'eux-mêmes et se mettent à traîner. Argument imparable du bobo : est-ce que tu mettrais ton enfant dans le circuit d'apprentissage ? Non Alors ?  Le résultat est la baisse perpétuelle du niveau de l'enseignement et la sortie chaque année depuis la loi Haby de dizaines de milliers d'enfants du système scolaire sans aucune formation utile.

On aboutit à cette situation où la moitié de la population est à la charge de l'autre.  Pendant ce temps là l'urgence gouvernementale est à manipuler l'enseignement en maternelle pour que les petites filles puissent être des petits garçons comme les autres !  On ne veut pas que la moitié de la population soit à la charge de l'autre, sur la base du genre,  comme dans l'ancien régime de la famille traditionnelle.  Certains trouveront le paradoxe amusant.

6. Le revenu par tête a encore baissé en France en 2013.

Au total rappelons nos suggestions constantes depuis 5 ans :

Il faut mettre fin  aux changes flottants et à la liberté totale des mouvements de capitaux à court terme.  On voit qu'après avoir provoqué une crise gigantesque, le système persiste à exercer ses effets pervers et compromet les chances d'une sortie de crise réussie.

Il faut une gestion effective et quotidienne de la zone Euro avec des écluses intelligentes sur les mouvements de capitaux, de biens et de personnes.

La France doit sortir de sa folie anti-bourgeoise, anti-entreprise et antiéconomique qui se traduit par une dépense publique délirante, la dette et les impôts qui vont avec,  et une désocialisation rampante mais généralisée.

Il est intéressant de constater que si les dirigeants actuels paradent autour du Pacte de responsabilité, censé marquer leur virage vers plus de réalisme, aucun n'a donné la moindre indication sur la source des économies de 50 milliards d'Euros annoncées par le Président. Le temps passe ! En revanche on n'a jamais fait autant de chaleur autour de sujets sociétaux ou idéologiques de bas niveau.  

A force de faire l'inverse du nécessaire, on ne sort pas de la crise. A force de préférer la chaleur à la lumière on reste dans la sottise asphyxiante.



Le coût économique en Occident du socialisme violent

Pendant 75 ans  une partie des Terriens s'est occupée principalement de faire naître un "homme nouveau", échappant à la triple détermination dénoncée par Marx comme source de tous les conflits : la nationalité, la religion et la propriété. Cette utopie a été la plus tragique de toute l'histoire de l'humanité avec des milliards de vies gâchées par la pauvreté et le dénuement moral, des centaines de vies mutilées par la répression (spoliations, prisons, déportations, pertes de parents, etc.), et entre 100 et 150 millions de morts, dont près de la moitié dans des famines effroyables, la plupart du temps provoquées en toute connaissance de cause, qui ont touché hommes, femmes et enfants de façon indiscriminée.

Rien n'a poussé dans cette énorme flaque de sang.  Le système s'est effondré sur lui même et a disparu, détruit de l'intérieur  par les "socialistes réalisés de la seconde génération". RIP !

Une des questions qui n'est jamais posée est celle de savoir combien cette détestable expérience a coûté aux autres nations qui ont réussi à échapper, parfois de peu,  à cette malédiction.

Quel est l'effet du commerce international sur la croissance et celui de son absence sur de longues périodes ? En maintenant des millions d'êtres humains dans un niveau de pauvreté et de dénuement presque total, le socialisme a considérablement freiné, non seulement la production et la consommation intérieures mais aussi les possibilités d'importation et d'exportation des pays libres. Si la théorie qui veut que la croissance soit tirée par les échanges est vraie, et elle fonde aujourd'hui toute la mondialisation, cette asphyxie des échanges a nécessairement eu un effet sur la richesse globale.

- De combien la croissance européenne aurait-elle été accélérée si les pays de l'Est et la Russie avaient pu suivre la même courbe de développement que les pays européens occidentaux au sortir de la guerre de quatorze? 

- De combien la croissance mondiale aurait-elle été accélérée si la Chine et les autres pays de l'orient communistes avaient suivi la courbe de développement du Japon et des autres "tigres asiatiques" ?

- Que nous coûte aujourd'hui la brusque irruption de tous ces pays dans le concert des nations commerçantes et qu'est-ce que cela peut nous rapporter ?

Il est curieux que ces graves interrogations ne fassent jamais l'objet de la moindre investigation directe tant le manque à gagner pour l'humanité a été gigantesque et tant les difficultés résultantes restent fortes.

Les théories économiques portant sur les relations monétaires ou économiques internationales sont quasiment les premières à avoir été abordées par la réflexion économique et pourtant ce sont les parents pauvres aujourd'hui d'une discipline qui a réussi à approfondir beaucoup de concepts dans un cadre national sans parvenir à les étendre de façon convaincante à l'international. Cela se voit dans les niveaux de l'enseignement aussi bien en France qu'à l'étranger. Depuis 1960 tout ce qui concerne l'international dans l'enseignement est aussi nul que controuvé, le tout étant parfois enveloppé dans un vocabulaire abscons pour masquer le délabrement général.

L'échange per se ne crée aucune richesse puisque les valeurs qui s'échangent sont par définition de valeur identique : la désutilité marginale pour le vendeur équivaut à l'utilité marginale pour l'acheteur. Le commerce n'est utile à la valeur que parce qu'il est l'intermédiaire entre production et consommation. Comme la monnaie, qui en est le lubrificateur presqu'obligé, le commerce est un adjuvant. La théorie des adjuvants n'est jamais la plus fouillée.

La théorie du commerce international est presqu'entièrement fondée sur l'avantage comparatif et la spécialisation mis en avant par Ricardo.  En mettant sur le marché leurs avantages compétitifs les pays créeraient une richesse supérieure. Spécialisés, ils optimiseraient leur capacités de production et donc la richesse générale.

Dans la pratique les choses ne se passent pas exactement comme cela. Les marchés nationaux sont largement homothétiques, ou fractals, comme on voudra et non pas spécialisés. Dans un système de libertés économiques, l'imitation et la réplication sont des forces beaucoup plus actives que la spécialisation. Les pays passent par des niveaux de développement à peu près similaires, avec des effets de rattrapage. Les rattrapages permettent des croissances rapides. Lorsqu'ils faut trouver les chemins de la productivité par l'innovation, l'itinéraire est plus tortueux. L'innovation se produit par bouffées.

Le commerce international ne fait que très marginalement le jeu des spécialisations. En vérité il crée des effets de taille  et des contagions.  Le premier pays qui a réussi à atteindre un certain seuil d'organisation productive tire les autres.  La liberté permet à l'innovation de circuler.  Le libre échange est d'abord la libre circulation de l'innovation et de la productivité. C'est par ce biais qu'il contribue à la croissance. Et cette contribution est cruciale. Les remises en causes du libre échange sont justement condamnées car elles condamnent la productivité, l'innovation et le passage d'un niveau économique à un autre.

L'expérience socialiste violente et conséquente de 75 ans a bloqué la diffusion de l'innovation et de la productivité.

Son effet, notamment en Europe, aura été de freiner l'expansion potentielles des entreprises qui avaient une prise majeure sur l'innovation.  En utilisant le différentiel de niveau de vie, donc de consommation, donc de production, donc d'importation, on peut chiffrer le manque à gagner des entreprises de l'Ouest à près de 100%, rien qu'avec son plateau économique oriental.  Ce manque à gagner pèse extrêmement lourd dans la compétition mondiale actuelle.

On peut convertir le raisonnement sur le revenu induit. Compte tenu de la part moyenne des entreprises exportatrices dans le PIB, le revenu moyen n'aurait pas été le double de ce qu'il est. Mais l'effet revenu aurait été tel que le niveau de vie moyen serait supérieur d'un tiers au moins à ce qu'il est aujourd'hui dans l'Europe de l'Ouest.

L'ouverture brutale de ces marchés permet certes aujourd'hui d'énormes rattrapages. Mais l'ampleur des déséquilibres a un coût. On le voit particulièrement avec la Chine qui dispose d'une masse gigantesque de travailleurs disponibles bien que de faible productivité et qui de ce fait déforme le chemin vers la croissance global et le rend beaucoup plus âpre.

Le socialisme aura donc eu un coût du fait d'un manque à gagner prolongé de production dans les pays occidentaux et du fait de son effondrement brusque et des phénomènes de déséquilibres qui l'accompagne. Il a été une nuisance économique lors de sa formation, pendant son règne et après son effondrement ! La totale ! Tout cela se chiffre en milliers de milliards d'Euros. La quintette tragique, Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao, aura non seulement été la source d'un massacre ahurissant mais elle aura coûté presqu'aussi cher, en Occident,  que les effets des désordres du système monétaire international.

Reste à s'occuper du désordre du système monétaire international !   

Chomage : le pire est arrivé. Pourquoi ?

Comme prévu tous les indicateurs de 2013 qui nous arrivent sont catastrophiques. Celui du chômage tourne à la catastrophe incontrôlable.

461.380 chômeurs catégorie A de plus en deux ans.

2.000.000 de chômeurs de longue durée.

Durée au chomage : 555 jours.

Sorties du chômage en emploi : <50%

Près de 5 millions de chômeurs toutes catégories.

L'insee annonce un taux de chômage supérieur à 11% pour l'été 2014.

Nous finirons par avoir les taux d'emploi par classe d'âge. Ils seront catastrophiques. La France est parmi les pays industrialisés comparables le pays qui emploie la plus faible partie de sa population. 

Le blocage interbancaire s'est produit en juillet 2007. La crise ouverte s'est manifestée à la mi-septembre 2008.

La reprise artificielle de 2010 n'était pas durable et a conduit à une rechute sanglante. En système de change flottant les relances budgétaires et monétaires débouchent systèmatiquement sur des échecs :

- Relance Chirac après la crise de 73 aboutit au Plan Barre

- Relance Balladur après la crise de 92 aboutit au Plan Juppé

- Relance Fillon après la crise de 2008 aboutit au plan Fillon-Ayrault de 2012-2013.

A chaque fois on tape les 10% de taux de chômage, on fait grimper la dette et le taux de prélèvements explose.

A chaque fois les résultats sont plus graves : crise plus longue et plus profonde.

Ces crises ne sont pas innocentes : des millions de personnes au chômage, des dizaines de milliers d'entreprises au tapis, des dizaines de millions de personnes appauvries, en France.

Ne pas voir que ces phénomènes sont à analyser dans la longue durée, et non pas comme phénomènes de pure conjoncture est une grave erreur. Les gesticulations politiques sont un épiphénomène, même si, dans le cas Hollande, on ne comprend pas bien le prurit injurieux qui a marqué les premiers 18 mois de son mandat, pour aboutir à un revirement presque complet. 

Les graves quesstions économiques restent toujours :

- Pourquoi le trend est-il constamment ralenti ?

- Pourquoi les crises décennales sont-elles toujours plus violentes ?

- Pourquoi voudrait-on que cette évolution tragique change quand aucun dirigeant d'institutions nationales ou internationales ne cherchent à avancer d'explication de ces deux phénomènes ? 

Malgré tous le mépris affiché par certains sur la croissance et les relations à caractère économique d'une façon générale, la décroissance est un malheur certain qui touche des millions de foyers. Ces épreuves sont réelles pas virtuelles.On peut parler pour la France d'une tragédie nationale.

Rappelons que pour nous les trois causes de la situation sont :

- Pour le monde, un système monétaire défaillant qui permet des déficits et des excédents mosntrueux qui poussent à un gonflement démesuré de la dette globale ; la masse de ettes aventurées expliquent la sévérité des crises et la mollesse de laz croissance globale.

- Pour la zone Euro, un système de monnaie unique sans pilote ni cabine de pilotage est un non sens qui implique que tous les ajustements se fassent par la déflation et la récession.

- Pour la France, la préférence hystérique pour l'impôt et la dépense  pubique la rende plus vulnérable et provoque un chômage de masse et cette situation folle et incontrôlable d'un état qui consomme plus que ce que produisent les entreprises (de plus d'une peersonne et du secteur commercial) et qui a fini par créer une situation intolérable où la moitié de la population vit au crochet de l'autre et où la dette publique risque de dépasser rapidement 100%du PIB officiel et 200% de la valeur ajoutée des entreprises.

L' absence de toute réforme du système monétaire international, le renforcement de la gestion par la norme en Europe et la bouffée de folie fiscale supplémentaire française expliquent que la crise perdure et prend, pour la France, la forme d'une déchéance sociale aussi profonde.

Devises : un faux marché !

Combien de fois avons-nous entendu ou lu que le marché des devises, et a fortiori son résultat, les taux de changes, était le prototype d'un vrai "marché" où des millions de décisions venaient se confronter permettant aux libertés économiques de jouer pleinement et d'exercer leur pouvoir bienveillant, guidées par la "main invisible" de l'intérêt.

Les changes flottants, c'est-à-dire le cours des monnaies laissé à la libre appréciation des agents économiques "sans intervention" des Etats, sont désormais considérés dans la presse comme un état de nature, au-delà de toute critique. Aucune appréciation contraire n'est acceptée dans les médias de la PQN. Le sujet est non seulement peu vendeur mais tabou. Pas un "prix Nobel d'économie", pas un "grand économiste" qui s'écarte de cette idée : "nous ne sommes pas capables de définir à priori le cours d'une devise. Seul le marché a raison. Les Etats qui interviennent n'ont rien compris car on ne peut rien contre les marchés qui sont plus forts que tous les Etats, même le plus grand".

Ces doctrines tournent à la farce. Tout est faux, de A jusqu'à Z.

On le voit très bien en ce moment pour peu qu'on se donne la peine de regarder.

Il se trouve que les autorités de contrôle, un peu partout en Occident, ont fini par se rendre compte que tous les marchés monétaires et financiers avaient été largement manipulés. Ils ont enquêté et confirmé qu'il y avait bien eu manipulation. Tiens-donc : les "millions d'intervenants" pouvaient donc être  manipulés par quelques banques alors que les Etats seraient impuissants ?  Bizarre ? Non, pas bizarre. Car on s'est vite aperçu que le marché des changes était tenu par trois banques réalisant 50% des transactions et que 90% de leurs transactions étaient le fait d'ordinateurs et de progiciels de gestion instantanée des tendances. En un mot, trois gus avec leur ordinateurs réalisent 50% des transactions.

Là-dessus on a vu la BNS doubler ses encours d'émission de FS pour contrer la hausse de la devise, et la Banque du japon effondrer sa monnaie. On a vu qu'un seul propos de la FED pouvait amorcer une dégringolade des devises des pays émergents avec des chutes plus que significatives puisque dépassant 40% dans bien des cas comme la Roupie indonésienne ou le mois dernier le peso argentin, la banque centrale argentine intervenant pour mettre fin à la spirale descendante. On a vu qu'un discours de M. Draghi pouvait arrêter durablement un train de spéculation sur l'Euro. Une voix serait plus forte que "des milliards d'actes quotidiens".

Bref, on a vu que le marché des changes étaient tout sauf un marché parfait. C'est un marché de spéculateurs et de régulateurs où la manipulation est partout présente et qui ne correspond à rien sinon à donner l'exemple caricatural d'une instabilité chronique associée à des marchés purement spéculatifs et dotés d'instruments de spéculation concentrés entre quelques mains.

L'Europe a renoncé à utiliser le levier des changes et le change de l'Euro est la variable d'ajustement de toutes les spéculations et manipulations qu'elles proviennent des états ou des intervenants principaux.

Il s'agit d'une faute contre l'esprit autant qu'une sottise économique.

Certains ont affirmé que contrôler les grandes opérations contre les monnaies était impossible. Si la loi internationale  interdisait le "short" des monnaies à partir de fonds rassemblés à cet effet (en général des crédits bancaires atteignant des montants fous) avec des sanctions extrêmement lourdes pour tous les complices, il n'y aurait pas de nouveaux Soros se vantant d'avoir fait fortune sur le dos de la Livre anglaise.

L'examen de la réalité, et il n'y a pas besoin de microscopes, montre bien que toute la théorie qui fonde actuellement la gestion internationale des monnaie est substantiellement fausse et controuvée. Rappelons que la double hélice des crédits qui est à l'origine du gonflement maladif des dettes globales ans le monde, elles mêmes responsables du désastre économique actuel, est la fille des théories sur la nécessaire abstention des Etats dans la gestion des balances de comptes extérieurs.

C'est tout un pan du credo qui prévaut depuis 1971 qui est à démolir et à reconstruire sur des bases différentes.

Volcker vient de dire qu'il fallait une monnaie mondiale. C'est l'idée que nous avons exprimée dans notre article "en route vers le Mondio", il y a 5 ans maintenant. La monnaie unique montre bien que cette idée, pour être efficace, doit être complétée par des modes de gestion opérationnels permettant un pilotage au jour le jour. Les normes ne suffisent pas.

Malgré l'évidence, rien ne bouge sur ces sujets essentiels. La leçon fondamentale de la crise n'est pas tirée.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Dépenses publiques : les cinq non-dits

On pourrait penser que tout a été dit et redit sur la dépense publique, son mode de formation, les méthodes pour la maîtriser et le champ d'application des réductions. Il n'en est rien. Si la dépense augmente sans cesse au point de représenter l'équivalent de la valeur ajoutée des entreprises, situation absurde et dangereuse s'il en est, qui pousse en permanence à une spoliation fiscale exacerbée et sans issue, c'est bien parce que son mode de formation n'est pas réellement compris. Pas de diagnostic sur les causes, pas de thérapeutique efficace.

Comme dans d'autres domaines, c'est à la source qu'il faut réduire les dérapages. Considérer que la démocratie pousse les élus au n'importe quoi et que la démagogie est la seule cause de toutes les glissades  n'est pas nécessairement faux, mais l'idée est peu opérationnelle. On ne voit pas ce qui changerait la psychologie des élus ! Le péché originel peut être aussi mis en cause. Mais que faire ?

Depuis le premier livre d'alerte de Bloch-Morhange (La révolte des contribuables la fiscalité sous Mitterrand, Editeur : ALBATROS; Le Figaro (1983)), des centaines d'ouvrages ont tenté de cerner les causes de la dérive des dépenses publiques et ont proposé des solutions. Tous sont excellents, parfaitement documentés, rationnels. Et pourtant rien n'y fait. Cela grimpe sans fin.

N'y aurait-il pas quelques mécanismes sournois dont l'action ne serait pas bien perçue (ou négligée) et qu'il conviendrait de bien comprendre pour les mieux maîtriser ?

Nous en voyons  cinq.

L'effet conjoint du  trend et de la progressivité

L'effet complémentaire  du cycle  

L'effet de la financiarisation outrancière

Le goût pour les fausses gratuités

La confusion du pouvoir politique et du pouvoir administratif

Faute de s'attaquer à ces cinq causes, si possible en même temps, on n'aboutit à rien, comme l'échec de la RGPP et de son succédané "hollandais", la MAP,  l'a montré. On sait que le Président de la République  actuel a réussi, depuis 2006, l'exploit d'exalter l'esprit d'économie, sans en mettre en œuvre aucune, malgré des objectifs sans cesse revus à la hausse. A la dernière conférence de presse c'est 50 milliards d'Euros d'économie sur la dépense publique à trouver …d'ici 2017, qui ont été jetés à la crédulité de l'opinion,  alors qu'ils avaient déjà été annoncés aux autorités européennes il y a plusieurs mois.

Rappelons qu'à fin 2017 la dépense publique cumulée depuis janvier 2014 aura été de l'ordre de 5.000 milliards. S'il s'agit d'éviter 50 milliards en cumulé, cela fait 1% d'économie. Si on parle en glissement,  on aboutit à 100 milliards, soit 2%.  Grandiose ! Et il faut parler de "véritable révolution", "d'effort jamais vu" ou de "retour du complexe de Zorro" pour arriver à une résultat aussi minable !

Examinons les forces favorables à l'expansion de la dépense publique que nous sous-estimons généralement dans le débat français.

La croissance à long terme, qu'on appelle le trend, est une réalité. Au dix-neuvième siècle la croissance était d'environ 1% par an. Au XXème siècle, en dépit des deux guerres et de la crise de 1929, on a été plus près de 3.5%, même si les résultats des études divergent en fonction du champ de l'observation choisi.  3.5% représente à peu près  un doublement de la richesse en 20 ans.  Cette réalité se télescope avec  un fait majeur, notamment en France : l'impôt est progressif. La conséquence est simple : la croissance implique automatiquement, sans aucune décision de personne, une croissance plus rapide des recettes fiscales. La part de la recette publique croit constamment dans le PIB. On peut s'interroger sur ce phénomène : une mesure dite "de justice fiscale", statique ou instantanée comme on voudra,  a-t-elle pour but de transférer toujours plus de richesses vers l'Etat ? 

Notons qu'il suffit qu'un seul impôt soit progressif pour que la masse globale des prélèvements le soit. En France, nous avons multiplié les impôts progressifs : l'Impôt sur le revenu est violemment progressif. L'ISF est fortement progressif. La TVA elle-même est progressive puisqu'une part croissante de la consommation change de catégorie avec le développement de la richesse globale. En un mot, la part des produits dits "de première nécessité" diminue constamment en fonction de la croissance. Le résultat est une imposition nettement progressive qui "prend l'ascenseur quand le PIB prend l'escalier". D'une année sur l'autre, le mouvement est presqu'imperceptible, mais dans la durée, la capture par l'Etat d'une part croissante de la richesse supplémentaire produite devient majeure.

Ce n'est pas propre à la France. Tous les pays à fiscalité progressive sont dans cette situation. Beaucoup ont compris qu'il fallait "rendre au contribuable" la sur-rente provoquée par la progressivité. Les ressources de l'Etat doivent être proportionnelles au PIB et non pas progressives. L'effet de la progressivité doit resté cantonné à un arbitrage fiscal entre riches et pauvres plutôt que d'alimenter perpétuellement en hausse le moloch étatique.     

Cette idée est totalement absente en France où on considère que toute plus value fiscale est bonne à dépenser. C'est même très commode de le faire puisqu'il n'y a pas à changer les taux d'imposition et que l'argent est rentré tout seul. La procédure budgétaire institutionnalise la prise en compte de la rente de progressivité puisqu'on définit arbitrairement un chiffre de croissance, généralement surévalué, qui implique une hausse plus rapide des recettes que la croissance du PIB, et qu'on ajuste les dépenses aux recettes.

La seule solution : constitutionnaliser le fait que la progressivité ne doit pas servir à accroître le revenu de l'Etat et que les excédents doivent être rendus sous une forme ou une autre. On notera que depuis que la réduction de la dépense publique est en débat, cette déviance de la progressivité n'est jamais évoquée et ne fait l'objet d'aucune suggestion dans aucun parti.

L'effet complémentaire du cycle est évident. Le trend n'est pas constant. La conjoncture connait des phases molles et des phases d'accélération brutale. Lors de ces dernières la progressivité joue à plein. On voit alors le rendement de l'IR dépasser 7%, comme sous Rocard, rythme d'un quasi doublement en dix ans (et pas 20 comme le PIB). Des flots d'argent coulent dans les caisses. La tradition française est, pour le gouvernement, de tout dépenser de la manne en question.  

Le phénomène a pris un tour tangible pour l'opinion avec l'affaire de la cagnotte, à la fin du siècle dernier : après le coup de massue fiscale de Juppé, les socialistes arrivés au pouvoir de façon impromptue à cause d'une erreur politique majeure de J. Chirac, aggravent sans raison la fiscalité. Le cumul des deux hausses entraînent un afflux massif d'argent lors de la phase haute de la conjoncture mondiale à partir de 1997. Au lieu de rendre la plus value fiscale aux Français, DSK annonce que le taux d'imposition baissera avec la croissance qui diluera la cagnotte, c'est-à-dire énonce une énorme sottise, puisque l'impôt est globalement progressif et s'accroit avec la croissance !  Dire n'importe quoi n'a pas entaché sa réputation de grand économiste !

Un dernier aspect, lui aussi sous-jacent, automatique et donc mal perçu par l'opinion est la conséquence d'une économie de plus en plus financiarisée. Comme on l'a mille fois dénoncé ici, la dette globale s'est envolée à partir de 1971 et s'est déconnectée du PIB "réel". Ce n'est plus la valeur ajoutée de l'activité qui a fait la richesse mais les plus values sur la valeur des actifs. Appelons cela les bulles financières. Compte tenu de l'extension des impositions portant sur le capital, les plus values et les transactions sur le capital, les plus values fiscales se sont envolées pendant les phases d'ébriété des marchés. C'est ainsi qu'à Paris le maire a disposé d'énormes ressources liées à l'immobilier qu'il a dépensé sans vergogne ("et je ne m'excuse pas" ! dira Delanoë). Ce ne sont même plus des impositions sur le PIB mais sur la mousse des excès financiers.  Il est évidemment aberrant de financer des dépenses régulières sur l'effet provisoire des bulles financières. D'autant que, lorsqu'elles éclatent, les moins values fiscales deviennent également somptueuses.

Trend, cycle et financiarisation ont pour conséquence obligatoire une hausse constante de la pression fiscale. L'Etat engrange dans les phases hautes et …refusent de limiter la dépense lors des phases basses. Il augmente les impôts pour maintenir la dépense, qui est devenu le revenu d'une partie de la population. C'est le fameux effet de cliquet ("ratchet effect" en anglais).

Ces trois mécanismes dont nous devons rappeler qu'ils sont pratiquement invisibles et peu présents dans les esprits, sont la base même de la croissance des prélèvements, alors que personne n'a pris réellement de décision, sinon celle de se laisser glisser quand tout va bien et de maintenir la dépense quand tout va mal.  

Ces trois mécanismes étant compris, on peut évoquer les deux autres qui sont plus directement associés à des intérêts particuliers qui s'opposent à l'intérêt général.

La perversion de la fausse gratuité est un énorme vecteur de difficulté fiscale.  Nous appelons fausse gratuité le fait de dissocier l'acte de consommation de l'acte de paiement. Il y a bien consommation, donc coût et destruction de biens, mais ce n'est pas celui qui en tire le plaisir ou rassasie tel ou tel besoin, qui paie. La conséquence d'un système de fausse gratuité est toujours un coût exorbitant pour la collectivité.

La gratuité du pain institué par Fidel Castro à Cuba, peu après sa prise de pouvoir, est tout à fait exemplaire des effets pervers multiformes de la gratuité.  Le socialisme se devait de supprimer la faim. Tout le monde aurait du pain. Le pays était assez riche pour fournir du pain à tout le monde. Donc le pain est devenu gratuit. Qu'est-ce qui s'est passé ? En moins de quelques mois on donnait du pain aux cochons.  L'Etat qui achetait les grains et payait la transformation s'est vu confronté à des besoins de financement toujours croissants. Il a donc taxé le grain et commencé à réprimer les paysans qui, aussitôt, cessèrent de produire. Bientôt on eut des masses de prisonniers et plus de pain. La famine n'était pas loin. Il fallut abandonner la "gratuité" du pain.

Il n'est pas difficile de voir ces mécanismes à l'œuvre avec notre sécurité sociale, la gratuité des transports etc. La santé et les transports ont en France pris une part démesurée  du PIB. Plus personne ne pense même arriver jamais à l'équilibre. Il n'est pas un jour où une bonne âme ne songe à exiger une nouvelle gratuité. On aboutit à des déficits incurables et à un régime presque policier qui décourage tout le monde. Lorsque Madame Touraine explique aux médecins qu'ils doivent gagner, après dix ans d'études, le quart du taux horaire d'un plombier, le phénomène devient évident. La gratuité encourage les consommateurs indélicats et décourage les producteurs. Il faut donc être extrêmement prudent avec la fausse gratuité. L'essentiel des difficultés actuelles de la France vient du caractère devenu quasiment incontrôlable des dépenses dont le paiement est collectivisé. Le mécanisme introduit un effet politique déplorable : une partie de la société devient débiteur de l'autre et chaque partie du corps social entre en conflit avec l'autre.  Il faut naturellement associer à la gratuité totale, les gratuités partielles qui font, par exemple,  que dans le même immeuble certains auront le même appartement à des coûts de location différents. Pas de meilleur système pour engendrer la haine sociale !

Autre mécanisme délétère de grande importance en France : la capture du pouvoir politique par le pouvoir administratif. Il faut évidemment empêcher que les fonctionnaires qui bénéficient de l'argent public, votent leur budget. D'une façon générale il faut empêcher que ceux qui touchent de l'argent de la République votent leur propre rémunération ou leur propre chiffre d'affaire ou la rémunération de leurs collaborateurs.  

Sinon, les lois de Parkinson s'appliquent sans limite. Nous avons donné sur ce blog l'exemple des Frac. Il suffit de voir l'évolution comparée du nombre des agriculteurs et des effectifs du Ministère de l'Agriculture pour comprendre que la loi de Parkinson est une loi d'airain. On peut aussi méditer sur certaines administrations provisoires comme l'Epad, un "machin" qui survit à la disparition de son objet depuis au moins trente ans.

Plus grave encore est l'extension à l'infini du champ d'application des œuvres de l'Administration. Nous avons décrit et condamné ici trop souvent "l'énarchie compassionnelle" pour ne pas avoir à insister. Si les hauts fonctionnaires veulent "arbitrer la société" parce que, seuls,  ils se considèrent comme dépositaires  de l'intérêt général, il n'y a bientôt plus un geste de la vie courante qui ne dépende pas de leur vigilance intéressée. Arbitrer, c'est arroser les conflits d'argent public et créer des postes de fonctionnaires pour tenir l'arrosoir.

Une des difficultés actuelles de la réduction de la dépense publique est qu'il faut à la fois réduire le champ de l'action publique et réduire le coût des acteurs dans chacun des champs. La haute fonction publique qui a mis la main sur le pays ne tient ni à réduire ses prérogatives ni à augmenter la productivité des services, sources d'ennuis syndicaux dommageables pour une carrière sympathique.

Si on ajoute les institutions internationales, l'Europe communautaire, la décentralisation, la pression vers plus d'effectifs et plus de missions devient un enchevêtrement impossible à démêler. On ne peut pas réduire le mille-feuilles administratif avec les personnes mêmes qui en profitent.

On voit bien que le Parlement français est actuellement pour l'essentiel constitué d'élus qui dépendent quasiment tous, pour leur carrière,  de la dépense publique. Ne parlons pas du gouvernement actuel qui est presque pire, de ce point de vue, que le gouvernement Jospin.

Lorsqu'on laisse la politique économique de la France entre les mains d'un professeur d'allemand,  (qui le parle comme une vache espagnole) qui n'a pratiquement pas exercé (heureusement !)  et d'un prof de maths, M. Eckert, qui n'est toujours pas revenu d'avoir eu un diplôme universitaire avant de se lancer dans la politique, on est sûr que cela va être glorieux et parfaitement utile à la société et aux entreprises…

On voit que les mesures à prendre ne sont pas simples et qu'elles ne pourront l'être qu'après des ajustements institutionnels profonds.

Les règles constitutionnelles suivantes sont à créer :

- Nul ne peut être élu dans une assemblée qui vote sa rémunération

- Nul ne peut toucher deux rémunérations de l'Etat ou d'institutions dépendant de l'état pour son financement.

- Les dépenses budgétaires ne peuvent excéder le budget de l'année précédente augmenté du taux de croissance constaté, sauf vote à la majorité de 66% des membres du Parlement, et pour un temps limité.

- Les bonis de recettes fiscales doivent être restitués aux Français et ne peuvent être utilisés pour accroître la dépense publique.

Une fois ce cadre mis en place les recettes détaillées dans les milliers de livres qui suggèrent des réduction de dépense auront une chance d'être mises en œuvre.

Certains diront : encore des mesures institutionnelles alors qu'il aurait suffi d'un peu de vertu associée à un peu de courage ! D'autres ajouterons : les marchés sont impitoyables avec les démagogues. Laissons les faire !

Soixante années d'expérience démontrent bien que si on ne rectifie pas les institutions, tout continuera comme avant, quelque soit la supervision des Commissaires européens et la puissance des marchés.   Ce qu'on appellera "réduction de la dépense" sera seulement une réduction des allocations publiques pour les populations sans pouvoir de nuisance politique. Alors que la priorité absolue et immédiate est de ramener de 25 à 20% du PIB le coût de l'appareil d'Etat, en restituant ces 5% à l'entreprise.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

Big bang ou big flop ?

Nul doute que la conférence de presse du Président Hollande soit une forme de tremblement de terre politique. En s'annonçant comme "social démocrate" partisan "d'une politique de l'offre", il annonce la fin du socialisme pur et dur comme base fédératrice du "peuple de gauche".  

Bien sûr le socialisme était déjà mort. La disparition de l'URSS et la conversion de la Chine à une forme d'économie de marché, avaient signé la mort du socialisme révolutionnaire, et l'enterrement de Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao, dès 1989. Il n'aura fallu qu'un quart de siècle pour que le verbe du PS rejoigne la réalité.

En vérité, le socialisme français, en choisissant comme chef, en 1974,  F. Mitterrand,  grand pourrisseur devant l'éternel, s'était déjà suicidé. Le vieux cynique ruinera durablement  le pays et tuera à jamais la prétention "morale" du socialisme. La péripétie Jospin lèvera la dernière hypothèque, celle d'une régénération par le trotskisme apaisé.  Alors que tous les socialismes européens, de  Blair à Schroeder, avaient jeté aux orties toutes les références à un quelconque marxisme, même dans sa variante atténuée, réduite à la méthodologie, le révolutionnarisme verbal du socialisme français, était de plus en plus décalé.

En en jetant les derniers oripeaux par-dessus les moulins, François Hollande radicalise le constat. Le "peuple de gauche" aura du sociétalisme et plus jamais du socialisme, rendu impossible par le remugle intolérable des régimes socialistes sanglants et la conversion du PS à l'Europe mondialisée.

L'analyse politique de ce geste n'est pas l'affaire de ce blog. Est-ce qu'un Président déconsidéré et au plus bas dans les sondages peut être l'instrument d'une révolution mentale et politique du socialisme français ?  En associant le socialisme à  une forme d'illégitimité, F. Hollande assume son "complexe de droite", symétrique du "complexe de gauche" de la droite. En même temps, il tue Sarkozy une nouvelle fois. Il est vrai que c'est son obsession. En affrontant des décisions cruciales que Sarkozy n'avait pas eu le courage d'envisager, Hollande le rend caduque en assumant une rupture que son prédécesseur n'avait pas faite. Il fait de la politique politicienne qui ravira les analystes politiques, toujours prompts à apprécier les belles manœuvres, même si le revirement actuel rend également caduque les 18 premiers mois de la gouvernance hollandaise, morte en Bretagne avec la révolte des nouveaux Bonnets Rouges.    

Sur le plan économique, qui est celui des réalités lourdes, le Pacte de Responsabilité est-il à la hauteur des enjeux ? En annonçant qu'il allait supprimer  les cotisations familiales qui n'ont effectivement rien à faire dans les charges sociales entrepreneuriales, comme il est répété par à peu près tout le monde depuis au moins cinquante ans (on en discutait déjà à l'arrivée du général de Gaulle aux affaires… en 1958), le chef de l'Etat renverse-t-il enfin la table et amorce-t-il enfin un début de reprise en main de la compétitivité française ?

Le niveau de ces cotisations est selon les chiffres contradictoires publiés par la presse entre 30 et 35 milliards d'Euros, à comparer à la valeur ajoutées des entreprises de plus de 1 personne du secteur marchand non financier : 1.250 milliards d'euros. Le tout doit être étalé sur quatre ans (de 2014 et 2017). On aboutit donc à une baisse de charge de 1% par an, qui est presque ridicule par rapport aux besoins. L'affaire se corse si on tient compte que cette mesure remplacera le CICE, même si ce n'est pas dit comme cela. La "boite à outils" magique de l'ancien Hollande socialiste  a été jetée aux orties par le nouveau Hollande social-démocrate.  Le CICE devait fournir 20 milliards en année pleine. Les naïfs ont cru qu'on ajoutait les 30 milliards aux 20 milliards, chiffres à rapprocher des 50 milliards d'économie annoncés sur quatre ans sur la dépense publique, également de 1.250 milliards.  

La réalité est plus prosaïque. Rexecode a calculé que les 20 milliards après impôts du CICE équivalaient presqu'exactement aux 30 milliards des cotisations familiales avant impôts. Pour les entreprises, le nouveau plan est exactement équivalent au précédent et n'apporte aucun allégement supplémentaire. Il est simplement plus lisible. On a changé le ruban sur la boîte à outil.  

Le déficit de l'Etat devrait atteindre 74,9 milliards d'euros en 2013 alors que l'objectif initial  était de le ramener à 62,3 milliards d'euros. La politique suivie a donc été un échec tragique, alors même que la reprise mondiale s'est enclenchée et qu'on est entré dans la phase "haute" du cycle. En rebaptisant l'outil sans en changer  le montant, et en l'étalant sur quatre ans, se met-on en position de faire mieux ? Evidemment non.

Hollande joue sur les mots mais ne soigne aucun des maux de l'économie française. En revanche le gain politique est évident : c'est désormais aux entreprises, bénéficiaires d'un "incroyable cadeau", comme le dit l'inénarrable Mélenchon, d' "inverser la courbe du chômage".

Pour les amateurs d'histoire et d'idéologie, la social-démocratie est un mouvement qui a eu son heure d'efficacité en Allemagne entre 1890 et 1900. L'idée est que le travail et le capital, associés loin des foucades politiques, se mettent d'accord pour prendre, seuls,  des mesures concertées concernant les entreprises et leurs employés.  La forme atténuée de cette idéologie est, en France, le paritarisme. En enlevant au paritarisme la gestion des allocations familiales, l'Etat reprend la main. Le contraire exact de la social-démocratie. L'Unaf a parfaitement compris que l'étatisation complète des allocations familiales était le premier pas vers sa réduction et sa dénaturation, déjà fortement présente dans le projet du PS.  

C'est le côté magique de la politique en France. On fait le contraire de ce qu'on dit, et ce qu'on dit n'est pas ce qu'on dit. La personne qui le dit, élue alors qu'elle n'avait jamais travaillé de sa vie, entourée par l'équipe la plus nulle depuis Charles X,  a tout raté et se trouve complètement dévalué.

Mais tout est changé. Le big flop est devenu un big bang !

Le Français, né malin…



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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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