L’Euro : le mistigri de la campagne présidentielle

Qui l’eût cru ? La campagne a basculé sur une question technique monétaire. Tous les commentateurs et les hommes politiques l’avaient répété à l’envi : marre de l’économie et de l’économisme. On n’élit pas un roi républicain sur une question ménagère. Surtout ne pas parler du quinquennat désastreux, notamment ses deux premières années, de F. Hollande. Déplorer le chômage à chaudes larmes, surtout quand il augmente de plusieurs dizaines de milliers d’unités la semaine décisive de la campagne. Mais s’élever au-dessus de ces tristes contingences. Oublier aussi la dette !

Et voilà que M. Dupont Aignan rejoint Mme Le Pen et qu’il demande qu’on revienne sur la sortie de l’Euro, article pivot du plan de la candidate pour sortir du marasme. Il est vrai que les Français (les journalistes disent : les retraités, cela fait plus jeunes, car on sait que la jeunesse n’a peur de rien) avaient la crainte de l’exemple grec : la BCE perdant confiance dans les banques françaises et ne les alimentant, après une fuite des capitaux hors de France, qu’à hauteur de quelques dizaines d’euros par jour et par déposants.

Il fallait donc que la candidate s’explique sur les méfaits de l’euro et les moyens de les juguler sans sortir de l’euro tout en en sortant. Un chewing-gum politique et économique assez difficile à mâcher en public qui a naturellement fait la joie de son adversaire qui, lui, pouvait, selon sa technique de positivité européenne assumée, s’exonérer de toute réflexion sur le sujet.

On a vu le résultat lors de la crise d'épilepsie mutuelle qu’on a appelé « débat », entre les deux candidats sélectionnés lors du premier tour de l’élection censément présidentielle.

Le plus consternant tient tout entier dans le fait que cette question est effectivement fondamentale et que l’indigence des deux clowns tristes dont on parle n’a pas permis qu’on l’aborde comme il aurait fallu.

L’organisation de la zone Euro est effectivement dysfonctionnelle. Elle doit être absolument corrigée si on ne veut pas que tout explose un jour ou l’autre au détriment de tous. Le fonctionnement actuel pèse effectivement lourdement sur la situation économique de la France.

L’indigence du débat et la malignité des combattants n’ont pas permis de comprendre pourquoi ni d’envisager les options qui s’offraient. Le nihilisme du combat de rue l’a emporté sur une réflexion qui est très nécessaire et qui va se révéler pendant les années qui viennent une des clés d’analyse des difficultés qui s’annoncent.

Mme Le Pen a raison : l’Euro pose problème. M. Macron aurait été bien venu de le reconnaître. Elle n’a pas su dire pourquoi. Il n’a pas cru devoir dire pourquoi. La méconnaissance et la tactique politicienne ont étouffé la vérité.

Le traité de Maastricht a mis la charrue avant les bœufs, et les bœufs ont démoli la charrue. Créer une monnaie unique avec comme seul garde-fou deux règles ne concernant que les États (3 % de déficit et 60 % de dette publique par rapport au PIB) était se lancer dans un pari impossible. Le faire alors que le système mondial est fondé sur les changes flottants et l’absence de coopération institutionnelle en matière d’échange et de monnaie, était un autre pari. Ces deux paris ont été perdus.

Le système mondial s’est étouffé en 2007 et a sauté en 2008. La crise européenne a suivi, avec pour conséquence le traité « Merkozy », toujours en activité et une ambiance déflationniste pesante jusqu’à l’insupportable, avec une extension drastique du contrôle européen sur les systèmes bancaires et les budgets. Il est clair que pour beaucoup de pays, la double peine est sévère : perte de souveraineté et perte de prospérité, sous la férule de la Commission Européenne et de la BCE.

Il n’y a qu’Emmanuel Macron pour feindre de croire que tout cela n’a pas d’importance et que « l’euro nous protège ». On sait que sa solution est un nouveau saut dans le fédéralisme absolu. Créer un gouvernement véritablement européen avec un budget européen et une répartition des mannes par le Parlement européen vers les régions des anciens états souverains européens, voilà la solution. C’est celle des milieux européistes et de certains groupes de pression dominants dans les sphères dirigeantes. Ceux qui ont créé l’Euro avec le traité de Maastricht le savaient bien : on créait un truc bancal mais il permettrait de détruire finalement la résistance des nations en rendant nécessaire un nouveau pas dans l’intégration politique. Ce calcul a été vu et dénoncé. L’affaire s’est jouée à peu. Dès 2005, les peuples ont commencé à dire NON, notamment celui de la France qui a refusé la pseudo-constitution européenne.

L’Euro est donc une affaire d’abord politique avant d’être économique. C’était le levier pour aller vers le fédéralisme européen alors que personne n’en voulait vraiment.

Mais c’est aussi une réalité économique particulièrement vicieuse. Une monnaie unique pluri nationale ne peut fonctionner que si les économies restent en équilibre chacune vis-à-vis de l’autre. Dans des régimes où les États ont pris une place déraisonnable de la dépense, la microéconomie ne donne aucune garantie que cette harmonie se produira ou se maintiendra, même si les États renoncent aux gros déficits budgétaires et à l’endettement massif. Supprimer tous les obstacles à la libre circulation des personnes, des produits et des capitaux ne pouvait suffire. Le croire est d’une grande naïveté. Refuser d’organiser ces trois libertés et sanctionner toutes les tentatives partielles en ce sens ne pouvait qu’aggraver la situation : « non seulement cela ne marche pas mais on ne peut rien faire ». Défaillance et impuissance sont les mamelles de la colère des peuples.

La question était déjà rendue difficile par l’intégration dans l’Union de pays soumis au joug socialiste pendant des décennies et en très gros retard économique. Elle st devenue insoluble dès le départ quand on a vu les deux États principaux, L’Allemagne et la France, choisir deux voies totalement incompatibles. Le plan Jospin d’étouffement des relations sociales et de passage aux trente-cinq heures était rigoureusement contradictoire avec le plan Schroeder de compétitivité renforcée.

Le résultat n’a pas tardé : il n’y a eu aucune convergence des économies et le développement d’un excédent phénoménal en Allemagne et d’un déficit phénoménal en France.

Lorsqu’un pays est victime d’une attaque mercantiliste après avoir étouffé son économie par des mesures politiciennes démagogiques et déplorables, les conséquences sont évidentes :

-          Des centaines de milliards de capitaux sont aspirées hors du pays déficitaire et le plongent dans la déflation et la dette. Donc dans les pressions salariales, le sous-investissement, et le chômage.

-          Des centaines de milliards aboutissent dans les caisses du pays mercantiliste qui ne sait rien en faire en local puisqu’il est déjà sur compétitif. Alors il le prête, et se lance dans des spéculations dangereuses. Au premier revers conjoncturel ces banques se trouvent très mal. Le système bancaire allemand est en ruine. Réciproquement les pays emprunteurs se trouvent dans l’impossibilité de rembourser. Voir le cas Grec.

Les pays en faillite sont obligés de se retourner vers le pays dominant pour quémander « une petite seconde M. le bourreau ». Il y met des conditions. Et on a le traité Merkozy et une ambiance contractionnisme délétère.

Bien sûr les banquiers, façon Macron, peuvent faire des produits gigantesques en faisant circuler les excédents vers les pays déficitaires, et en jouant sur les peurs qui provoquent des mouvements de capitaux moutonniers et finalement captifs.

Affirmer qu’on va faire ce qu’il faut en interne comme dans le plan Fillon et dans une moindre mesure dans le plan Macron laisse entendre que la solution est toujours dans le pays déficitaire. Ce qui est faux.

La vraie solution est de rétablir les équilibres. Cela ne peut se faire qu’à deux conditions :

-          Des mécanismes institutionnels qui poussent à la convergence

-          Une gestion commune de la convergence qui ne dépend ni des trois libertés ni des deux seules conditions de gestion publique du traité de Maastricht.

Il appartenait aux deux candidats de s’appuyer sur ces deux réalités.

Emmanuel Macron n’en a rien fait pour masquer son tropisme européiste. Sortir d’une certaine ambiguïté aurait été dangereux pour son élection.

Marine le Pen n’avait pas la compétence pour comprendre et exprimer clairement les alternatives.

Le silence est désormais retombé sur la question de l’Euro. Et pourtant elle continue de se poser et pèsera lourd dans les prochaines années. M. Trump a décidé d'attaquer l’Allemagne sur ses excédents en s’appuyant sur la législation TFTEA passée par Obama. L’Allemagne se cache derrière l’Euro. La situation est intenable au sein même du camp occidental. Quant à la France elle n’atteindra pas 8 millions de chômeurs sans casse politique définitive. Et rien ne dit que dans les 18 mois qui viennent il n’y aura pas un nouveau ressac économique international.

L’Euro et ses dysfonctionnements sont un sparadrap collant dont on ne se débarrassera pas comme cela.

Sottise et dissimulation ne sont pas une solution. Une fois de plus : attention à la colère des peuples.

Didier Dufau pour le Cercle des Économistes E-toile

Un débat présidentiel ? Vraiment ?

Les vraies causes de l'asthénie française

et leur ignorance par les candidats

Alors que la campagne électorale française pour la présidence de la République entre dans sa phase hystérique, il n’est pas mauvais de rappeler les causes de l’asthénie française et la distance abyssale qui sépare les programmes des candidats des réalités qui comptent. La complexité est plus apparente que réelle dans le diagnostic, la difficulté se trouvant dans la capacité de bâtir une solution qui échappe largement au cadre national. Il est normal dans ces conditions que les arguments de campagne fuient devant un constat qui les présenterait largement comme des impuissants. Il l’est moins, en revanche, que les mesures proposées, tournent le dos aux nécessités, pour se contenter d’un électoralisme débilitant ou pour s’assurer le service de lobbies qui les servent par intérêt.

Le cœur du réacteur est le fait désormais acté et illustré par le FMI que depuis 1971 le taux de croissance n’a cessé de décroître au point que, de crises gravissimes en crises gravissimes, l’ensemble du monde en soit arrivé à une quasi-stagnation. Notre explication du phénomène, tel que présenté dans notre livre, L’Étrange Désastre, met en avant le rôle de l’abandon des disciplines de Bretton Woods, l’acceptation de phénomènes de domination avec les énormes déficits et excédents qui les accompagnent, le tout aggravé par l’instabilité créée par les changes flottants. La mondialisation déséquilibrée et spéculative n’assure plus que l’échange se fasse travail contra travail. Les conséquences sur la structure et le niveau de l’emploi sont désastreuses en même temps que s’installe une « économie baudruche » explosive, qui ne sert qu’une minorité d’intérêts installés aux carrefours des mouvements financiers.

La solution n’est pas compliquée en principe mais difficile diplomatiquement : il faut sanctionner les grands déficits et les grands excédents et le plus possible stabiliser les monnaies et les changes. Le moyen le plus léger est de créer une sanction automatique de ces grands déséquilibres, à charge pour les États de les maîtriser, tout en respectant au mieux les règles nécessaires de la microéconomie et le bienfait des échanges.

Pour une nation donnée, le défi est d’importance : elle n’a en général pas le quantum d’action nécessaire pour provoquer les changements nécessaires. Il lui faut s’engager dans une « diplomatie de la prospérité » dont elle n’a ni l’habitude ni les certitudes intellectuelles, les dirigeants ne comprenant généralement pas « de quoi on cause » et n’étant pas servis par des économistes le plus souvent rendus serviles par les besoins de leurs carrières officielles, ou perdus dans leurs appartenances idéologiques. La crédibilité de l’action internationale d’une nation est corrélée à sa performance économique et sociale, à sa vitalité intellectuelle et sa maîtrise des grands sujets du temps. Il lui faut aussi avoir des alliés et une tradition d’influence. Autant dire qu’une nation qui est totalement dans les choux n’a aucun rôle utile à jouer. Et si ses structures, ses dirigeants, son président, n’a aucune idée directrice pertinente, la carence est totale.

La Communauté Économique Européenne n’a pas su réagir utilement au défi de l’explosion des Accords de Bretton Woods. Dès la fin des années soixante, elle a envisagé qu’une Union Économique et Monétaire lui permettrait de résister aux désordres que créait la volonté américaine de dominer le monde par l’emploi déraisonnable du dollar et une pratique non collaborative. D’échecs en échecs, elle a fini par se rallier à l’idée d’une monnaie unique, mais sans créer les conditions d’organisation nécessaires à son bon fonctionnement. Soumise aux conséquences des crises globales, elle a fini par sombrer dans le « contractionnisme » délirant, dénoncé inlassablement lors de la conférence de Bretton Woods comme le contraire absolu de ce qu’il fallait faire. Le résultat se lit dans le chômage de masse dans une partie de l’Europe et l’énormité des déséquilibres internes de la zone. De facto, l’organisation de l’Union Européenne, surtout depuis son élargissement qui pose des difficultés décisionnelles insurmontables, et celle la zone Euro, totalement dysfonctionnelle, exigent des corrections profondes et rapides qui là encore se heurtent aux difficultés intrinsèques d’une diplomatie.

Naturellement si le pays qui cherche à mener cette diplomatie n’a aucune vision de ce qu’il faut faire et se trouve dans le trente-sixième dessous, faute d’avoir essayé de gérer au mieux la situation, ses chances de se faire entendre sont quasi nulles.

Pour nous, la solution est exactement la même qu’à l’échelon mondial : il faut proscrire les grands excédents et les grands déficits, et rendre la sanction de leur apparition quasi automatique afin que les états concernés prennent spontanément les décisions d’ajustement nécessaires. Il est indispensable que les principes d’une solution mondiale et ceux d’une solution européenne soient exactement les mêmes. On ne peut pas, pour un économiste, défendre un concept différent pour le tout et la partie. Cette incohérence est mortelle pour la crédibilité. Il faut donc aboutir de façon urgente à des mécanismes européens automatiques de sanction des grands déficits et des grands excédents, afin de mettre fin à des exercices déflationnistes destructeurs et sans issue, tout en respectant les libertés économiques fondamentales.

La France pour sa part a réagi de la façon la plus stupide au choc de l'explosion des Accords coopératifs de Bretton Woods. À chaque récession elle a fait venir au pouvoir des socialistes qui ont aggravé les conséquences de la crise en étouffant l’économie et ruinant l’État et les Français. Le désastre du Programme Commun de Gouvernement rendu possible par la victoire du pervers narcissique Mitterrand, un pourrisseur impénitent, a fait décrocher la France qui rattrapait les États-Unis depuis 1950. La crise de 92-93 a fait venir Jospin qui a étouffé les relations sociales tout en asphyxiant l’économie avec les trente-cinq heures. La crise de 2008-2009 a fait venir le sinistre gouvernement Hollande qui a poussé l’incompétence jusqu’à des sommets de l’hystérie fiscale et détruit toutes les capacités d’investissement privées nationales, vendant les entreprises françaises à l’encan et faisant fuir des centaines de milliers de familles. Le rétropédalage final n’a fait que détruire son assise électorale sans permettre un vrai et durable redressement.

Du coup quelles sont les chances d’un pays ainsi maltraité de se redresser et de conduire une diplomatie de la prospérité ?

Les résultats sont tellement déplorables avec en prime une baisse de la natalité qui nous ramène aux années trente, que la révolte gronde et se traduit à la fois par l’émergence du Mélenchonisme et la dynamique du Front national, deux mouvements antimondialisation et antieuropéen.

Les trois libertés de circulation des personnes, des capitaux et des produits sont remises en cause radicalement faut d’avoir été organisée de façon appropriée et faute d’avoir corrigé à temps les dysfonctionnements globaux et européens.

Mme Le Pen n’a aucun avis sur lesdits dysfonctionnements. Elle fait simplement chauffer les mauvais sentiments mais sans débouchés pratiques autres que son succès électoral. Elle capitalise dans tous les milieux touchés par le chômage, la perte d’identité nationale, les impôts confiscatoires, le surendettement, et la peur du déclassement ou son expérience. Cela fait du monde. Son défi est de faire apparaître une cohérence économique et diplomatique pour parvenir aux 50 %. Le propos de son électorat et plutôt d’affirmer aux autorités nationales, européennes et mondiales que cela suffit comme cela et qu’ils ne marchent plus dans la combine. En faisant courir un frisson dans le dos des dirigeants européens et de la petite élite qui les sert, il espère qu’ils changent et prennent en compte leur révolte. C’est d’ailleurs le seul rôle positif de Mélenchon et Le Pen. L’avertissement sans frais avant le vrai chaos.

M. Macron, lui incarne le rejet d’un affrontement droite gauche qui depuis 1971 n’a conduit qu’à des surenchères, des concessions aux radicaux et à l’impossibilité de solutions raisonnables. Mais le vide intersidéral de son discours commence à faire tache.

- Il n’a produit aucun diagnostic de la situation

- Il chante, voir hurle, façon cabrette, vive l’Europe, vive la Mondialisation, vive la Finance, vive tout et tous, et surtout vive moi. Ce qui est tout de même un peu court.

- Il n’a élaboré aucune grande orientation de solution et donne l'impressionne « couvrir » tous les défauts de la mondialisation financière et du contractionnisme européen, avec des changements tellement marginaux qu’ils ne peuvent pas rassurer ceux qui voient leur déclassement, celui de leur village, de leur région et de leur pays.

Son programme est un mélange de reprises de toutes les démagogies du passé (comme la détaxation des heures supplémentaires et l’extension de la gratuité des soins) avec quelques achats de votes nouveaux (l’exonération e 80 % de payeurs de la taxe d’habitation, le transfert de l’argent des retraités aux travailleurs), baignant dans un discours évaporé, et coulant de bons sentiments. Tel quel il n’a aucune chance de changer la situation française et ne peut que l’aggraver, sauf pour une toute petite minorité dont il est le factotum empressé et intéressé.

Il n’a défini aucun élément d’une diplomatie de la prospérité.

Il a compris qu’il pouvait être élu sans tout cela.

Sans doute a-t-il également compris qu’un Président de la République, aussi gavé de pouvoirs soit-il, n’a pas celui de changer réellement les choses et que le destin individuel est un objectif plus abordable que celui de la nation, de l'Europe et du monde. Et qu’il durera au baratin avec l’aide des médias.

Est-il temps pour lui et dans la seconde phase de la campagne puis dans le cadre des élections législatives de faire l’effort d’insérer les vrais problèmes et les vraies solutions dans son projet ? Et en a-t-il la volonté, alors que cela ne semble pas nécessaire au succès de sa petite aventure personnelle ?

Présidentielles : un vote modéré, mais...

Les risques plus prégnants que les chances

Une fois retombée les scories passionnelles de la campagne, le tableau que révèlent les résultats est celui d’une France majoritairement modérée, dont toute la façade ouest traditionnellement chrétienne-démocrate a glissé du socialisme au centrisme, et dont l’Est est un peu perdu entre des influences contradictoires mais plutôt droitières. L’immigration est passée avec armes et bagages chez Mélenchon.

Les Français ont mis fin aux alternances UMP-PS, qui devenaient de plus en plus caricaturales, l’UMP se calquant sur le Front national et le PS sur son extrême gauche et finissant totalement divisés en internes en clans farouches, les primaires éliminant les chefs « naturels » et achevant de diviser leur camp.

Les partis de gouvernements sont devenus des gouvernements partis.

Ils espèrent se reconstituer aux législatives. Pour le PS, la division est insurmontable. Pour les Républicains, on peut craindre que le fait de battre sa coulpe sans dignité sur la personne de François Fillon, vae victis, n’entraîne pas les effets de mobilisation escomptés. Mme Dati, Mme Morano, M. Woerth, M. Estrosi, M. Apparu, M. Wauquiez ou M. Fenech, qui étalent leurs sentiments d’aigre contemption, n’ont très exactement aucun attrait électoral pour personne. Au PS comme à LR, on joue dans la cour des petits qui croient qu’ils ont de l’importance. Les seconds canifs se prennent pour les premiers couteaux.

L’énorme couverture médiatique offerte aux petits candidats n’a servi qu’à mesurer l’inanité de leur campagne. M. Dupont Aignan voulait se faire rembourser ses frais de campagne. C’est raté. Il voulait faire battre Fillon, c’est gagné. Amère victoire.

La remise en cause de l’Europe n’a pas fonctionné en dépit d’une majorité de candidats anti européen. Ce clivage n’a pas été déterminant même si l’attrait européen est désormais plus que fané. Les Français n’ont pas voulu ajouter une crise européenne à leurs malheurs. Ils ont bien fait.

Ils n’ont pas voulu d’une crise institutionnelle. Ils sont attachés à la Ve République et veulent croire que les partis modérés sauront s’entendre pour faire face aux différents enjeux, en se concentrant plus sur les solutions que sur ce qui les divise.

Pour le reste, tout est à craindre.

Certaines options programmatiques de M. Macron sont franchement détestables.

Il fallait laisser en paix la CSG et augmenter la TVA.

Il fallait supprimer totalement l’ISF.

Il faudrait renoncer à l’exonération de 80 % des ménages de la taxe d’habitation.

Il faudrait abandonner l’idée des heures supplémentaires détaxées et déchargées.

Vouloir creuser le gouffre entre une France qui majoritairement ne paie pas d’impôts ni de charges et une France accablée d’impôts est sans doute bon pour le résultat électoral mais il s’agit d’une démagogie primaire qui a depuis longtemps des conséquences déplorables et cela continuera. Privilégier les fortunes mobilières assises sur les bulles et les montages financiers et fiscaux est la garantie que les réformes financières de fond ne seront pas faites.

Ces mesures qui rappellent le début calamiteux du mandat de M. Hollande ne peuvent pas être positives. Elles finiront de faire fuir totalement les classes aisées qui sont au cœur de plusieurs mécanismes utiles au pays : attractivité, dynamisme, créativité, joie de la réussite, initiatives culturelles non publiques, vitalité associative, force des efforts caritatifs…

Une des difficultés du système constitutionnel français, basé sur une hyperpuissance, sans doute déraisonnable du président, est l'émergence de travers graves dans l’exercice du pouvoir gouvernemental :

-          La tendance au bavardage plutôt qu’à l’action

-          Le poids excessif donné à la communication et aux médias dont on a vu qu’ils jouaient leur rôle propre, c’est-à-dire sale, dans la vie politique. S’il s’agit uniquement de gérer de l’image, les idées n’ont plus d’importance.

-          L’hyper-législation émotionnelle avec des textes trop nombreux, trop longs, trop mal rédigés et le plus souvent inapplicables.

-          L’évacuation de tous les sujets qui demandent des diagnostics lourds et difficiles pour un court termine déplorable.

-          L’anéantissement de la justice au profit de campagnes douteuses lancées par des forces presque toujours abusives.

-          Le poids démesuré de la haute fonction publique qui entend régenter un pays qui dépense de plus en plus.

-          Les coups d’éclats à l’extérieur et l’inaction à l’intérieur

C’est comme cela que depuis 40 ans on évacue la question fondamentale de la baisse constante de la croissance et de la poussée de la dette et du chômage.

C’est comme cela qu’on évacue constamment la réflexion sur les principes mêmes qui doivent diriger la construction de l’espace européen, notamment depuis la libération des anciens Pays de l’Est soviétiques.

C’est comme cela qu’on refuse depuis toujours de régler au fond la question d’une immigration islamique intolérante et de l’«affirmative action » arrogante des minorités arabes devenues majorités dans certains quartiers.

C’est comme cela qu’on refuse de voir l’acculturation croissante des Français du fait de l’emprise du show-business anglo-saxon.

Dans tous ces domaines une solution efficace exigerait une longue et lourde concertation avant toute décision. La tendance est de préférer les coups non préparés et les reculades précipitées, avec pour contre coup des élections ratées et pourries par la montée des extrêmes.

On aurait aimé que la catharsis présidentielle que représente cette élection permette d’avancer sur ces sujets cruciaux. Certains aspects du succès de l’épopée électorale d’Emmanuel Macron vont dans la bonne direction.

Malheureusement plusieurs facteurs jouent en sens inverse.

-          La personnalité du jeune président, son ambiguïté conjugale, son goût pour les discours creux, poussent au renforcement du bavardage incertain

-          Le goût pour l’hyper fiscalité contre les petits « possédants » et les retraités au profit des fortunes mondialisées, est fondamentalement malsain,

-          Le « complot des énarques », qui a permis sa victoire, garantit une France suradministrée qui ne se débarrassera pas de son trop-plein de fonctionnaires et de réglementation

-          L’ampleur des soutiens occultes à sa campagne en fait un président obligé de lobbies puissants.

Le pire, en fait, est sans doute le déséquilibre de la constitution française. Sa qualité est de donner un chef au pays et de fixer une ligne politique générale. Mais les contre-pouvoirs et les obligations de préparer, de confronter, de polir, d’amodier, de rendre convenables les mesures prises sont trop faibles. Espérer en une cohabitation est absurde.

Il y a un absolutisme du néant et du superficiel dans la constitution voulue par le Général de Gaulle dont il n’avait certainement pas mesuré l’incidence. La démocratie d’écuries présidentielles est aussi rapidement une république d’incurie gouvernementale.

L’absolutisme présidentiel, avec évacuation partielle du pouvoir vers l’Europe et les régions, peut-il aboutir au redressement national dans un contexte de succès électoral basé sur la démagogie de l’achat de vote mâtiné par le sentiment qu’un peu de modération serait souhaitable ?

On est sorti heureusement d’une course à l’échalote entre droite et gauche de gouvernement sur fond d’impuissance générale, qu’aurait caractérisé un nouvel affrontement Sarkozy-Hollande, pour entrer dans une zone de flou et de brouillard parcourue de courts-circuits donnant une impression d’éclairs.

La situation présente le double risque du n’importe quoi tous azimuts, et du règne occulte de certains lobbies. Et la chance d’une obligation de recherche d’accords de fond pour pouvoir gouverner un peu sérieusement.

Malheureusement le risque est plus fort que la chance. On peut penser que seul le passage à un véritable système présidentiel où les pouvoirs du président seraient équilibrés structurellement par ceux d’un véritable Parlement, puisse aider à surmonter cette triste réalité.

On risque donc de constater à nouveau « le contraste entre l’immensité du pouvoir d’un homme qui a tous les moyens d’agir et une pseudo-communication d’esquive, d’éloge intarissable de soi-même, de reconstruction rétrospective de la réalité, de mise au pas, de revanche et de réprimandes », comme le remarquait, il y a près de trente ans, J. F. Revel. Contraste qui a été porté au plus haut par François Hollande.

On verra dès les premiers six mois si Emmanuel Macron glisse avec dilection sur ce toboggan. La fête à la Rotonde marque un début de dérapage.

Les Français ont voulu croire dans une période sinistre que « tout le monde il est beau tout le monde il est gentil ». Seulement voilà : l’organisation économique mondiale est dysfonctionnelle ; l’organisation européenne l’est aussi ; et la guerre islamiste est en cours. Si une nouvelle crise mondiale frappe, si l’Europe se bloque et si les attentats repartent de plus belle, on ne voit rien, dans le programme et les équipes de M. Macron, qui permette de faire face.

Présidentielles 2017 : Les quatre propositions démagogiques les plus basses

La démagogie est la maladie honteuse de la démocratie. Le démagogue veut acheter le vote d’une majorité d’électeurs avec l’argent des autres qu’il doit abaisser dans l’opinion pour faire accepter leur rôle de victime expiatoire.  Le démagogue est toujours abject : il projette vers le bas et le processus électoral et l’électeur.  La démarche démagogique revient toujours à nuire à un bouc émissaire en laissant croire que les autres s’en trouveront bien, alors qu’il n’y a aucune chance que cela marche. Mais on aura gagné, ce qui, pour ces gens là, est l’essentiel. Le cynisme est toujours le compagnon du démagogue. La malfaisance, elle,  est toujours au bout du chemin.

Dans les pays socialistes violents, le mensonge et la violence étaient obligatoires. C’était le seul moyen de calmer les envies de révolte « des masses » devant une misère constante et sans espoir.  On tuait ou emprisonnait  quelques cadres  du régime pour montrer qu’on avait le nez propre et qu’on faisait la chasse aux vilains profiteurs. En France, le mensonge éclate dans les trois  mois qui suivent l’élection avec une chute vertigineuse et définitive dans les sondages, mais la violence fiscale reste. Et les résultats désastreux.

Il est donc nécessaire de dénoncer la démagogie et dans le cas présent de distinguer les quatre plus graves manifestations de cette pratique honteuse et porteuse de lendemains sinistres.

  1. A tout seigneur tout honneur : le Front national se refuse à proposer quoi que ce soit de sérieux tant qu’on n’a pas pris de mesures contres les immigrés. Croire qu’on peut financer le renouveau « patriotique » en se servant sur les immigrés est une chimère autant qu’une saleté que l’on tartine sur la tête de boucs émissaires.  La démagogie va ici jusqu’au refus de penser.
  2. L’idée  d’Emmanuel Macron d’exonérer 80% de la population de la taxe d’habitation est de l’achat de vote pur et simple. Il est parfaitement normal que la population dans son ensemble contribue aux charges locales de proximité. Affirmer que seul 20% de la population doive le faire est indigne. Pourquoi pas 10 ou 5%. Comme les 80% sont la majorité électorale, cela veut dire qu’elle peut imposer aux autres des dépenses sans fin sans même se rendre compte du caractère ingérable de la situation. La mesure est inconstitutionnelle puisque chacun doit contribuer « à proportion de ses ressources ».  Créer une république censitaire à l’envers est la certitude d’aller vers le chaos, ne serait-ce qu’avec les effets de seuil : le passage dans la catégorie des 20%, dont on se demande comment elle sera calculée,  entraînera une perte de niveau de vie ahurissante dont on cherchera inlassablement à se prémunir.
  3. La suggestion, par le même Macron,  que la hausse des rémunérations des salariés ne sera pas obtenue par un progrès de la production mais par la taxation des retraités est également de l’achat de vote.  La spoliation fiscale ciblée n’a pas pour but de concourir aux charges de la nation mais de donner de l’argent à des masses électorales pour arracher leur vote. L’idée qui consiste à augmenter de 1.7% la CSG sur les 40% de retraités les plus aisées afin de donner quelques centaines d’euros à chaque salarié  est tout aussi inconstitutionnelle que la précédente. On ne contribue plus « à proportion de ses ressources » à des charges collectives. Comme précédemment les 40% les plus riches sont totalement arbitraires. Pourquoi pas les 20, les 10, les 5% ? Le calcul est infaisable dans la durée. Les effets de seuils sont les mêmes. Le mensonge est d’affirmer qu’1.7%,  ce n’est presque rien. En vérité, les ménages concernés paient déjà l’impôt et ont de frais fixes d’existence, ne serait-ce que les frais de logement. Tous ceux qui connaissent les ressources nettes-nettes des ménages retraités savent qu’une grande partie d’entre eux sont obligés depuis  2008 à puiser dans leur épargne pour boucler leurs fins de mois. Il leur faut souvent vendre ce qu’ils avaient mis une vie à acquérir.  La taxation nouvelle va aggraver ce phénomène tout en privant de 15 à 30% de leur revenu disponible les 20% les moins exposés.  Le tout alors qu’on tient en France à un régime de retraites  par répartition financé par les actifs. La mesure revient donc à baisser le prélèvement sur les salariés pour diminuer les ressources des retraités. Incohérence et injustice sont toujours au rendez vous de la démagogie et de terribles difficultés en vue pour les victimes expiatoires retraitées qui n’ont aucun moyen de s’en sortir sinon fuir dans des pays qui exonèrent les retraités comme le Portugal.
  4. Le revenu universel pour tous sans conditions est également le genre de folies démagogiques qui ne peuvent aboutir qu’au désastre,  dans la mesure où l’incitation à la production disparaît, ce qui laisse le financement de l’affaire aux imbéciles qui croiront utiles de travailler pour les autres, et qu’on  aggrave le système en proposant de l’appliquer à quiconque viendrait à se trouver sur le territoire « national » et notamment l’ensemble des migrants du tiers monde, pour qui le montant envisagé représente 5 à 6 fois ce qu’ils peuvent espérer gagner en travaillant chez eux, s’ils trouvent du travail.

Le monde dominant de la finance mondialisée, de la haute fonction publique, des médias sous dépendance d’intérêts privés ou de leurs banquiers,  veut un second tour entre Mme Le Pen et M. Macron, garantissant la victoire de ce dernier, fut-ce que prix d’une crise morale et institutionnelle. Il est à noter que trois sur quatre des pires propositions démagogiques  sont le fait de ces deux candidats.  Indépendamment des méthodes employées pour aboutir à ce second tour,  qui marquent à jamais ces élections d’un signe de bassesse indélébile, et a déshonoré un quarteron de hauts fonctionnaires et une partie de la presse,  l’ampleur de la démagogie  est telle qu’elle pose la question de la survie de la France comme puissance mondiale, comme nation unie, comme démocratie réelle  et  comme foyer actif de prospérité économique générale.  

En 2012 nous avions déjà dénoncé la nullité de la campagne électorale et le risque de son résultat.

Une analyse brève du scrutin présidentiel français

Cela a fini par le mépris généralisé contre un Président qui n’a même pas pu se représenter en fin de mandat, avec un bilan national exaltant : 5.5 millions de chômeurs, 2 150 milliards de dettes, 2 millions d’adolescents à la rue, 7 à 9 millions de pauvres.  Et cela sans crise économique extérieure.

Jusqu’où descendrons-nous, sachant qu’on risque pour bientôt une nouvelle crise générale ?

Brice Teinturier et les noirs reflets de la démocratie française.

Anatomie du désengagement politique des Français

Brice Teinturier est bien connu pour ses passages sur la TNT où il commente la vie politique à la lumière des sondages.  Il fait paraître un livre qu’on n’attendait pas et qui frappe dur dans un secteur peu médité par les politologues : le repli désenchanté d’une partie importante et croissante de l’électorat qui trahit une « crise de la démocratie ».  La revendication de la reconnaissance du bulletin blanc est une des traductions  de cette volonté active de ne plus élire. Ce n’est plus le slogan « élections piège à c… ». Mais selon l’auteur : « Plus rien à faire, plus rien à foutre ». Le livre s’arrête fin 2016 et l’auteur doit regretter qu’il ne couvre pas les trois derniers mois  qui a fait monter le phénomène à une hauteur astronomique avec le risque d’une élection présidentielle peu significative. Il est probable que le président nouveau sera élu avec une adhésion personnelle de moins de 15% des inscrits.

L’auteur constate l’apparition d’une classe de Français qui ont accepté de céder à la défiance radicale, au mépris et à la colère, au point de se désengager totalement du processus électoral. Les primaires, malgré le fort score de la variante à droite, aura été un échec « qui ne change rien au malaise démocratique ». S’il avait connu la suite au moment d’écrire son livre,  il est probable que ce n’est pas le mot « malaise » qu’il aurait employé. La France électorale est nerveusement à plat, alors que le monde politique, médiatique et judiciaire est entré dans une phase d’hystérie maladive et sinistre qui lui vole l’élection présidentielle.

Au lieu d’être le moment où les Français choisissent une ligne politique pour cinq ans et les objectifs et moyens d’une action collective, le déchaînement de l’ignominie bien au-delà des habituelles nécessités de la catharsis politicienne nationale,  l’élection est devenue un égout à ciel ouvert. Les électeurs consternés se pincent le nez et refusent le spectacle. Ce n’est pas qu’ils n’ont « rien à faire » de ces outrances. Ils sont simplement choqués jusqu’à la moelle.      

Pour l’essentiel, l’extravagance sordide et dangereuse de cette situation trouverait sa cause  dans la double crise « du résultat » et de « la vacuité », dans un contexte marqué par l’effondrement du monde médiatique.  

La dénonciation  des deux crises du résultat et de la vacuité, avec tentative d’y suppléer, est une des missions de ce blog. La question nous intéresse.

La crise du résultat est tout entière dans le déni d’explication de ce que nous appelons La Crise : une baisse continue du trend de croissance depuis 1971, avec une aggravation du poids de la dette globale et des crises périodiques de plus en plus graves. Les crises extérieures ont, en France, fait venir régulièrement au pouvoir des gouvernements socialistes qui ont aggravé les choses tout en trahissant leurs promesses abusives.  Au final, la France est gravement frappée par le chômage et la partie qui ne l’est pas sommée de partir pour ne pas être ruinée par les impôts. Une situation ubuesque qui désespère le pays et qui justifie en effet son mépris des élites administratives et politiques, devenues identiques,  depuis la prise du pouvoir par l’Enarchie Compassionnelle. L’Europe, vue comme une solution magique, s’est développée contre l’avis du peuple, et justifie des politiques de coercition et de déflation dont le monde croyait s’être débarrassé en 1944.

L’auteur, naturellement, ne donne aucune explication de la crise du résultat. Il se contente d’en mesurer les conséquences.  Ce qui fait la jointure avec la seconde crise : celle du sens, qu’il nomme « crise de la vacuité ».

Nous l’avons illustrée ici à de nombreuses reprises (Voir par exemple : http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2016/1/8/C-dans-lair--lart-de-commenter-sans-jamais-expliquer)  .

L’auteur en donne une double explication :

-          Une première, globale, que n’aurait pas désavouée Eric Zemmour, sur le consumérisme débridée qui entraîne le citoyen consommateur dans la bassesse commerciale et la perte de valeur et de transcendance.   

-          Une seconde, spécifique, qui est l’effondrement du monde médiatique dans le néant vulgaire.

La crise médiatique est bien analysée. La sondagite, admet-il, peut être malsaine et manipulée. La religion du buzz conduit à l’hypertrophie de l’émotion et du n’importe quoi, pour attirer une part d’audience dans un PAF désarticulé où personne ne parvient plus à disposer d’une part réellement significative et rentable.  La « juniorisation » trahit « une industrie où les gains de productivité ne sont pas à la hauteur de la baisse des prix ».  Les outrances conduisent à la « délégitimation » de tous et de tout. Et en particulier des politiques, qui sont devenus des objets de dérision et d’attaques grossières dans une sorte de défoulement facile justifié par la « crise du résultat ». Pas besoin d’écouter longtemps les médias pour constater qu’au fur et à mesure qu’ils n’expliquent plus rien les « journalistes »  et les animateurs d’émission se transforment en Savonarole au petit pied et en moralistes de pacotille.

Pourquoi se lancer dans un travail de fond qui ennuie quand on peut se contenter de quelques injures et de quelques propos démagogiques encadrés par des applaudissements provoqués pour se donner la stature de chevalier du bien ?

Le monde politique ne sait pas comment se dégager de cette tourbe. On voit donc s’épanouir  des herbes politiques fofolles qui croissent un temps sur la bonne volonté des gogos. Et qui pourrissent aussi vite qu’elles ont poussé.

Comme souvent, l’analyse, dans ce livre,  est meilleure que les propositions.  Comment éviter que le citoyen écœuré ne se désengage totalement devant la malhonnêteté, l’insignifiance et la malfaisance d’une vie médiatico-politique à ce point déjetée ? Les quelques esquisses de participation citoyenne évoquées sont tellement loin du quantum de changement qui serait nécessaire, qu’on peut craindre qu’elles ne conduisent qu’à plus d’accablement encore.

La vérité profonde est que la capacité de faire, en France, est totalement inhibée par les dysfonctionnements du système global et de la zone Euro, que la France, faute de souveraineté, ne sait plus dégager de véritables élites,  que la capture du monde politique par la haute fonction publique, qui tient par ailleurs la finance et les médias, crée un blocage qui tourne maintenant au pronunciamiento,   que les solidarités nationales ont été dissoutes par une immigration excessive et se sont perverties en confiscation fiscale, que le politiquement correct a fini par tuer la liberté d’expression, que le vieillissement est tragique,  que nous assistons à l’évacuation de la génération-68 à bout de souffle, que le marxisme léninisme qui avait infesté l’université et l’école se meurt dans les convulsions et que plus personne n’a confiance en l’avenir.

L’image la plus précise de la France est celle des clochards bunueliens de Viridiana qui se masturbent  en picolant dans des robes de mariées : le sordide de la dérision et du désordre  de la part de déclassés.   

Oui, les élections actuelles sont sordides.  Sordides, les manœuvres du Président sortant empêché de se représenter par sa propre médiocrité, ses mensonges et ses échecs. Sordide l’hystérie médiatico-judiciaire qui empêche le déroulement serein de la campagne électorale. Sordide le pronunciamiento des énarques de toute obédience qui ne veulent pas perdre un pouvoir abusif et qui se retrouvent tous derrière un inspecteur des finances astucieux et qui joue délicieusement de la flûte.

Le tableau noir mordoré  dressé par Brice Teinturier, malheureusement, n’est qu’un tout petit bout de la toile à la Breughel qu’est devenue la scène politique, économique, sociale, judiciaire et médiatique française.

Requiescat in Pace ?  « Plus rien à faire, plus rien à foutre » ?

Jamais !  

Le coût délirant des erreurs monétaires

Pour le prouver, inutile de remonter trop loin dans le temps, encore qu’une grande part de l’histoire mondiale depuis l’antiquité soit déformée par les questions monétaires.

Le XXe siècle est suffisamment éclairant pour prouver le rôle de la monnaie non pas comme voile , comme l’ont assuré les classiques et néoclassiques, mais comme  ferment des drames de  l’économie et de l’histoire.

La guerre de 14-18 a entraîné le développement massif des monnaies fiduciaires d’État, avec une concentration de l’or aux États-Unis. Que faire de cette création monétaire aussi artificielle que gigantesque ? Par habitude de pensée, la majorité des pays ont voulu revenir à l’étalon-or. La fixation d’un taux de la Livre en or irréaliste a plongé le Royaume-Uni dans des affres économiques déplorables. C’est une des grandes erreurs de Churchill. Le coût pour les Britanniques a été fort lourd. La volonté des États-Unis de ne pas faire jouer les mécanismes de l’étalon-or, a provoqué des troubles qui ont fini par la crise de 1929, crise de pure spéculation. Les erreurs des banques centrales ont fait de cette crise une terrible dépression. La réponse malheureuse des gouvernements français du début des années trente a provoqué une déflation coûteuse qui a amené le Front Populaire puis l’effondrement de 1940. L’Allemagne a voulu résister aux « réparations » en faisant fondre sa monnaie. Mal lui en a pris. Elle sera ruinée durablement par une hyperinflation modèle du genre qui fera venir Hitler et, à peine dix ans plus tard, la destruction de plusieurs générations de jeunes allemands et d’une large partie du pays historique.

La réforme de Bretton Woods était excellente à de nombreux points de vue mais elle comportait un défaut majeur : elle faisait d’une monnaie nationale le pivot du système.Le systèmel ne pouvait survivre que si les États-Unis menaient une politique financière raisonnable et la maintenaient dans la durée. Ils choisirent le « benign neglect », ce qui peut se traduire, à ce niveau de responsabilité par « l’indifférence criminelle ». Ils dévaluèrent le dollar par rapport à l’or en 71 (nous en sommes à 96 % de dévaluation aujourd’hui) et imposèrent les changes flottants à Kingston. On connaît le résultat : ce que nous appelons « La Crise » : baisse tendancielle continue du trend, dettes en hausse fulgurante, sévérité des crises périodiques. Le monde a dû encaisser trois crises gravissimes et une multitude d’autres épisodes parfois tragiques. L’économie baudruche a fini par exploser en 2008 provoquant des ravages politiques à la mesure des dégâts, notamment dans les pays développés.

Ce à quoi on assiste aujourd’hui, c‘est aux effets tragiques du non-système monétaire imposé en 1976 à Kingston par les États-Unis.

Les États-Unis se considéraient victimes des empires européens sous Roosevelt et ont entrepris de les casser. Ils se sont vus à nouveau comme des victimes en été 1971. Et ils ont cassé ce qu'ils avaient eux-mêmes créé : les Accords de Bretton Woods. Maintenant qu’ils voient que la compétition sous régime de changes flottants ne tourne pas à leur total avant, ils veulent encore casser le système des échanges, cette fois-ci en s’attaquant au libre-échange qui était leur mantra depuis les années trente.

Le G20 a été l’occasion officielle de l’affirmer au monde. On pourrait l’appeler le : « G20 % à vous imposer ». Mieux encore, les États-Unis commencent à s’en prendre au FMI. Déjà sous DSK, les fantaisies du chef du FMI avaient été extrêmement mal vues. Il ne s’agit pas ici de ses performances hôtelières mais de l’engagement hors de toute légalité du FMI dans les affaires intérieures de la zone Euro. Aujourd’hui, un certain Bill Huizenza, illustre inconnu, parlementaire au Capitole, dénonce l’aide du FMI à l’Europe et menace de clore le financement américain de l’institution s’il n’a pas gain de cause.

Le FMI qui par dépendance quasi-totale et soumission aux États-Unis a accepté tous les viols de ses statuts, se voit récompenser par des menaces et un chantage financier explicite.

Le concept de « commerce juste », avec coup de gourdin à la clef est le même que celui d’utilisation juste du dollar qui a valu des milliards de dollars d’amende à la plupart des grandes banques européennes, et cette "juste" conséquence que tous les grands financements internationaux échappent désormais aux banques non européennes.

Nous avons souligné que le TFTEA, la base législative qui permet au gouvernement américain d’agir, est la pierre angulaire de cette invraisemblable action de force. Dans l'indifférence générale il faut bien le dire. La loi n’a pas été prise par Trump mais Obama.

Les changes flottants et la création d’une finance internationale dérégulée, au seul profit des grandes multinationales américaines, ont fini par détruire totalement l’œuvre de Roosevelt. Ne faisons pas de ce grand président un total altruiste. Malgré tout il avait des valeurs et un certain degré d’altruisme. Le multilatéralisme n’aurait pas eu ce développement sans lui. Il n’en reste plus rien.

La violence de l’attaque américaine met en porte à faux tous les gouvernements  favorables aux États-Unis. L’Allemagne et le Japon qui vivent dans la soumission depuis 1944 se retrouvent floués une nouvelle fois. Pour l’Allemagne il lui est même impossible de réévaluer sa monnaie. Les fédéralistes européens, longtemps soutenus par les États-Unis désireux de casser les empires européens, sont également fort mal. Ils risquent d’apparaître pour ce qu'ils sont : de simples auxiliaires de la finance américaine.

Les désordres monétaires prennent une fois de plus leur rançon. Faute d’avoir réformé à temps la gestion de la zone Euro, et l’avoir laissé à la connivence de la Banque Centrale Européenne, dirigée par un Goldman Sachs, les méfaits du système, qui sont  les mêmes que ceux des changes flottants, l’apparition de déséquilibres internes gigantesques et maîtrisables sans déflation forcenée, l’Europe risque de se trouver attaquée de l’extérieur et de l’intérieur. Beau résultat !

Décidément oui, la monnaie compte. Mais il ne faut pas compter sur elle quand on organise mal sa création, son investissement, son change et son emploi par la puissance publique.

Le seul espoir d’éviter cette séquence mortifère aurait une réaction conjointe du G20, du FMI, de la BRI et de l’OCDE, en 2008 et 2009. Il fallait revenir d’urgence à un système coopératif d’échanges, interdisant effectivement les grands déficits et les grands excédents, stabilisant les monnaies, encadrant l’activité bancaire, le tout basé sur les changes fixes et une unité de compte internationale indépendante d’une monnaie nationale.

Peut-on le faire à chaud aujourd’hui et pire encore demain, lorsque le bâton américain aura commencé à casser des dos et marqué de façon honteusement indélébile l’incroyable sujétion générale aux diktats américains ? Ce qu’on risque c’est l’achèvement de la dislocation du commerce mondial, déjà bien avancé, l’explosion de la zone Euro et le retour à des guerres de change et de commerce.

La France, qui a choisi une sorte de suicide national, en se laissant couler dans le béton socialiste et fiscal, risque elle-même la dislocation.

Bravo à nos « élites » politiques et administratives.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

L’organisation de l’Europe, clé du débat présidentiel ?

Plusieurs lignes de fracture traversent les élections présidentielles délirantes de 2017 en France.

La question institutionnelle est posée : faut-il, ou non, revenir sur le système majoritaire mis en place en 1958 et restaurer une forme, nouvelle ou non, de régime des partis, à la façon des Troisième et Quatrième Républiques ? Un président fort, au-dessus d’un grouillement de partis issus de la proportionnelle, serait-il en position de faire dégager les majorités d’idée pour traiter les questions de bien commun ? Ou appartient-il à la Nation de définir une ligne politique claire dont un président élu au suffrage universel devra assumer le succès ou l’échec ?

Emmanuel Macron a donné un débouché électoral à cette question institutionnelle. Le pays doit la trancher au premier tour : on continue avec la cinquième République et le système majoritaire ou on change de régime politique.

Notre position personnelle est qu’il faut qu’une ligne politique claire soit tranchée par le pays et appliquée dans les circonstances très difficiles qu’il traverse. Par conséquent, il ne faut pas ajouter une difficulté politicienne et institutionnelle à nos malheurs.

Au cas où le pays trancherait en ce sens au premier tour, la ligne politique à trancher au second serait celle de l’Europe.

Le Brexit a montré qu’un peuple peut décider de revenir au système national traditionnel, généralisé depuis le XIXe siècle. La France veut-elle de ce retour ? L’option du saut fédéraliste étant totalement hors de propos dans l’état actuel de l’opinion et de la situation en Europe, et le statu quo n’étant pas acceptable compte tenu des résultats sécuritaires, économiques et sociaux calamiteux, la seule voie alternative au Frexit est la double réforme de l’Union Européenne et de l’Euro.

Autant le flot d’imprécations sur l’Europe impressionne par son ampleur et sa vigueur, autant les idées de réformes sont quasiment inexistantes dans le débat actuel.

Le problème d’une réforme, c’est qu’elle implique à tout le moins un diagnostic de ce qui va et ne va pas, l’élaboration d’un plan d’action et l’appréciation des chances de sa mise en œuvre. Ces trois questions fondamentales sont traitées de façon si sommaire que le péremptoire a remplacé l’intelligent.

Premier constat : la situation de la France est à ce point mauvaise que nous n’avons aucun intérêt à subir les troubles d’une sortie de l’Euro et de l’Europe. La minuscule embellie conjoncturelle actuelle s’accompagne d’une croissance correspondante de nos déficits extérieurs et de celui de la balance des paiements. Le ressac en cas de crise monétaire sera réellement difficile à supporter pour l’économie française. Tous les scénarios mènent à une perte en capital phénoménale, en plus d’une récession soignée, réduisant le revenu. La France ne s’est jamais vraiment remise de la crise de 74. Autant ne pas penser au temps qu’il faudra pour qu’elle digère un tel coup dans l’état où elle est.

Second constat : les autorités françaises n’auront aucune influence extérieure tant qu’elles n’auront pas fait aboutir un effort maximum de redressement économique. À ce jour, seul le plan Fillon offre une chance raisonnable de faire bouger les lignes favorablement et suffisamment.

Faut-il, tant que la France a la tête sous l’eau, s’abstenir de définir une vision d’évolution à moyen et à long terme ? Ou faut-il contrer les voix qui poussent à la destruction par un projet positif crédible ?

L’idée fondatrice de l’Europe institutionnelle est que chacun des pays de l’Union accepte de considérer les citoyens des pays unis comme les leurs. « Je ne te crains pas ! Et je m’engage à tout faire pour que tu n’aies rien à craindre de moi ». Ils disposent exactement des mêmes droits, en dehors du droit de vote souverain, que les citoyens autochtones. Le second volet, de la même inspiration, est que les États s’abstiennent de toute mesure nationale visant à obtenir un avantage sur le dos des autres. Le troisième volet crée un « extérieur », avec les citoyens duquel les relations sont un peu ou beaucoup plus compliquées en fonction du pays concerné.

La Commission avait essentiellement pour but de mettre en œuvre non pas un moignon de gouvernement fédéral, ni un processus d’unification détaillée, mais l’élimination des obstacles artificiels mis par chaque État pour se protéger des autres et la proposition de politiques harmonisées à chaque fois qu’on pouvait espérer des effets bénéfiques sérieux. On a cru devoir créer un Parlement européen pour donner une vague caution démocratique à l’affaire. Ce n’était pas nécessaire et coûte beaucoup pour un bénéfice démocratique quasiment nul.

Même s’il est d’usage de dauber sur le champ beaucoup trop étendu des directives, avec un souci du détail qui tient plus de la nécessité d’employer une fonction publique pléthorique que de respecter les règles de la subsidiarité, ce travail de bénédictin n’a pas de vrais inconvénients, tant qu’il ne sert pas une volonté d’abaisser les institutions nationales et d’affirmer des pouvoirs politiques excessifs et qu’il ne gonfle pas le « mille-feuilles » administratif.

Cette philosophie générale ne posait pas trop de difficulté dans l’Europe des six. L’ouverture à tout le continent, après la chute de l’URSS, doublée d’une ouverture aux migrations non souhaitées en provenance d’Afrique, du Moyen orient et d’Asie a augmenté les facteurs de craintes. La défiance se cristallise sur quelques sujets précis.

-          Des minorités habituées à vivre de mendicité et de trafics ont vu s’ouvrir l’accès à des pays riches et ont entrepris d’y installer leur emprise. Voir un mendiant devant chaque épicerie ou boulangerie et la création de centaines de bidonvilles hideux aux portes des grandes villes n’est pas du goût de tout le monde.

-          Des populations jeunes et appauvries par des décennies de « socialisme réalisé » dans les pays de l’Est ont cherché du travail partout où ils l’ont pu. La directive Bolkenstein a donné à ce flux une dimension étrange : on pouvait quasiment s’abstenir des règles salariales du pays de destination.

-          Les pays musulmans d’Europe, que ce soit le Kosovo dirigé par d’anciens responsables de trafics parfaitement ignobles, ou la Bosnie Herzégovine, voire même la Bulgarie ne sont pas souhaités au sein de l’Europe pas plus que la Turquie. La crainte est partout présente que la machine à étendre l’Union puisse conduire à des ouvertures non désirées par une majorité des populations.

-          Mme Merkel a accepté l’arrivée de centaines de milliers de migrants qui ont libre accès aux autres pays, au moment même où l’irrédentisme musulman et la violence de ses luttes internes provoquent un solide haut-le-cœur

Il est certain qu’il faut faire tomber la défiance, sinon, tout le projet européen peut être emporté.

-          L’Europe doit unifier sa politique d’immigration extérieure et faire respecter son territoire. Si un pays accepte pour des raisons diverses des étrangers sur son sol, il doit être clair qu’il appartient au pays de premier accueil de s’en débrouiller et qu’ils ne doivent pas avoir accès à l’ensemble des autres pays. L’Europe a les moyens d’imposer à tous les pays émetteurs de migrants qu’ils récupèrent leurs nationaux en cas de rejet de leurs demandes.

-          La question des transhumances internes de populations pauvres ne cherchant qu’à survivre par la mendicité et l’exploitation des droits sociaux doit être explicitement posée. La législation sur le vagabondage, la mendicité, le squat,  et la migration illégale ne doit pas être laissée entre les mains de la CEDH ou de la CJUE.

-          Que l’on accompagne la vente d’un équipement ou d’un logiciel en faisant travailler des personnels aux conditions sociales du fournisseur n’a pas d’inconvénient. Si la directive Bolkenstein s’était contentée de cela, il n’y aurait pas de difficulté. Mais on ne peut pas laisser venir des légions de travailleurs sur des projets aux conditions des pays d’origine, sauf cas particuliers avec accord préalable explicite des autorités du pays d’accueil.

Exclure la perspective fédéraliste, au profit d’une Europe des nations, dont le centre serait le Conseil et non la Commission, avec un plan simple et clair sur les questions précédentes seraient de nature à réduire de beaucoup les défiances actuelles. Renoncer pour un temps à toute extension serait sage.

La question de l’Euro est autrement plus difficile. Il est clair que la création d’une monnaie unique sur la base d’un traité ne prévoyant que des restrictions normatives globales et aucun organe de gestion, alors que les politiques nationales restaient libres dans presque tous les domaines, a été une grave erreur que les pays membres ont payée cher.

L’idée fausse sous-jacente était que si on laissait s’exercer les trois grandes libertés (échanges de biens et de service, liberté des mouvements de personnes, liberté des mouvements de capitaux), tout en neutralisant les folies budgétaires possibles, l’économie s’unifierait et que la croissance serait optimale.

La réalité a été tout autre. Les déséquilibres entre les pays n’ont pas cessé de s’aggraver au lieu de se réduire, avec des taux d’inflation différents, des écarts de taux d’intérêt, des taux de chômage anormaux, la crise globale venant donner un grand coup de butoir dans l’ensemble et obligeant la BCE à mettre en œuvre des mesures désespérées de création monétaire forcenée alors que des corsets étaient appliqués aux pays les plus en difficulté. Les déséquilibres de balances de paiement ont provoqué une double hélice de crédits dommageable de 2000 à 2008, complétant la bulle globale. Le tout a explosé en 2008-2009. Le « contractionnisme » budgétaire consécutif aux traités a ruiné la croissance pour longtemps dans plusieurs parties de la zone.

Ces réalités sont inacceptables. Il était aberrant de laisser par exemple la France sombrer dans le non-travail avec les mesures Jospin, DSK, Aubry, tout en laissant l’Allemagne mettre en œuvre le plan Schroeder.

Certains proposent un Ministère des finances européen. Nous préférons un Coordinateur européen de l’ensemble des politiques qui concourent à la stabilité des balances commerciales et de paiement, et la création d’un mécanisme automatique de retour à l’équilibre des balances des paiements, par prélèvement automatique sur les balances trop excédentaires et sanctions automatiques pour les pays trop déficitaires.

Le coordinateur piloterait trois structures légères, la BCE, le fonds de stabilisation européen et un centre de coordination des politiques, en liaison avec les parlements nationaux. Tout cela serait hors du champ de la commission et du Parlement européen. De toute façon la pression de Trump sur les excédents allemands et les inquiétudes des Allemands sur le réemploi en achat de capital allemand des excédents chinois créent une situation intenable dans la durée. Il faut donc profiter de ces circonstances pour proposer une réorientation générale de la gestion des soldes de balances de paiement au sein de la zone Euro et le faire de façon congruente avec une réforme du système monétaire international. Nous appelons cela une « diplomatie de la prospérité ». Si les candidats se montrent trop flous, et ne prouvent pas qu’ils comprennent ce qui ne marche pas dans le mode de gestion actuel de la zone Euro, alors gare à l’électorat.

Les questions liées à l'évasion d’assiette fiscale provoquée par certains membres de la zone et les questions de sécurité collective, à la suite d’une part des pressions de l’Otan sous domination américaine, et d’autre part l’injustice de voir la France payer seule pour des mesures extérieures de lutte contre Daesh, peuvent également faire l’objet d’une réclamation politique.

Actuellement, on est loin du compte. Si c’est François Fillon qui arrive au second tour, comme nous l’espérons, il ne peut pas se contenter des grandes lignes floues qu’il trace actuellement, donnant certes un ton, mais sans vraiment entrer dans le dur. Si, c’est Emmanuel Macron, dont l’entourage est entièrement constitué de fédérolâtres européistes, on peut craindre que sa « youpi attitude » ne mène à rien d’autre qu’une explosion électorale anti-européenne.

Non au gouvernement des juges !

Extrait du Figaro : « À quelques semaines de la présidentielle française, la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a rendu un arrêt qui pourrait faire couler beaucoup d'encre. Selon ses juges, «Une entreprise peut interdire dans son règlement intérieur le port visible de signes religieux, politiques et philosophiques afin de conserver sa neutralité». La juridiction devait se prononcer sur deux affaires, l'une française, l'autre belge, portant sur le port du foulard islamique en entreprise. Avant de trancher sur ces cas très sensibles, les Cours de cassation respectives des deux pays avaient demandé à la juridiction bruxelloise de préciser son interprétation de la directive de 2000 sur l'égalité de traitement en matière d'emploi et de travail. L'arrêt de la CJUE harmonisera les pratiques des employeurs vis-à-vis du port de signes religieux dans toute l'Union européenne. Il pourrait au passage, potentiellement, modifier l'esprit des textes français qui reposent aujourd'hui sur un fragile équilibre. »

Aucune réflexion critique n’a accompagné la parution de ce jugement.  A un moment où la construction européenne est gravement remise en cause (notons qu’il n’y a pas moins de 5 candidats éligibles à la présidentielle française  qui en conteste tout ou partie), ce jugement témoigne d’une forme de « coup d’Etat institutionnel » de la part de nombreux juges.

Le but de la Cour de Justice est d’éviter les discriminations au travail entre européens pas d’interpréter à sa façon les droits de l’homme et du citoyen. La nature du droit religieux au sein des entreprises est une affaire nationale et ne peut en aucun cas affecter ni la libre circulation, ni les droits des étrangers européens membres de l’Union désireux de s’installer en France.  

Un étranger doit se plier aux lois et mœurs du pays où il convoite de s’installer. A lui de s’informer avant. A partir du moment où la règle n’est pas ouvertement destinée à interdire un accès à un autre européen, elle ne peut pas faire l’objet d’un jugement européen. Sinon, la perte du pouvoir législatif national est totale.

Si le jugement avait imposé la monstration des signes religieux, la perte de souveraineté serait immédiatement et largement perçue.

La CJUE  mêle son activisme à celui de la Cour européenne des droits de l’homme, qui, initialement devait tempérer les excès de l’URSS et s’attaquer aux violations graves des droits de l’homme. Elle a elle aussi décidé de se transformer en conseil constitutionnel et se mêle de trancher des cas de principes qui appartiennent au souverain et non pas à un aréopage de juges qui ne représentent qu’eux-mêmes, tant les hyper-micro-états y sont dominants.   

On se souvient que David Cameron avait violemment réagi à un arrêt de la CEDH concernant les droits civiques des délinquants lourdement sanctionnés. En France la condamnation à 70 euros d’un quidam qui avait insulté le Président de la République  a été sanctionnée par la CEDH !

 

En France même, le préambule de la Constitution indique seulement les grandes lignes d’un droit de l’homme qui doit être précisé dans ses modalités par le législatif ou le constituant. Le Conseil Constitutionnel, par un coup d’état, s’est institué lui-même juge des élégances.

Tout étant dans tout et réciproquement, les trois cours se mêlent de trancher de questions mineures ou non mais dévolues au législatif.

La souveraineté législative nationale perd dès lors toute signification.

L’objectif de la construction européenne n’était pas d’uniformiser le droit et les pratiques mais d’éviter les mesures hostiles à ses voisins de la part d’un membre de l’Union.

Il est à noter que ce sont les juges français de la Cour de Cassation qui ont demandé un avis. Les apparences sont donc sauves. Ils auraient aussi bien pu demander à la CEDH. Il n’est d’ailleurs pas sûr qu’un musulman un peu entreprenant ne soumette un règlement intérieur qu’il juge offensant pour sa religion à la CEDH ou au Conseil Constitutionnel. Tout cela devient ridicule.

Il ne faut pas de gouvernement des juges et le grignotage des institutions diverses doit être empêché. Le Parlement Européen doit être également freiné dans ses élans unificateurs.

Sinon, il arrivera ce dont les élections présidentielles françaises commencent à témoigner : le rejet de tout le projet européen et finalement son abandon.  

Deux mots à Charles Gave sur son rapport prônant la destruction de l’euro

Charles Gave et Romain Métivet ont réalisé une étude sur la destruction de l’Europe par l’Euro, pour le compte de leur Institut des libertés. Il stimule quelques réflexions que nous avons mises en face des thèmes du résumé publié en première page.

* L’Euro est un échec et une aberration économique qui accentue les déséquilibres entre économies hétérogènes.

Le constat est immanquable. Il y a bien eu divergences et elles ont été accrues par les mesures prises pour tenter de réduire les dérives budgétaires de certains pays. À partir du moment où la dévaluation n’est plus possible, il est clair que l’ajustement devient une difficulté. Le rapport n’envisage pas une des possibilités : mettre en place des règles, des dispositifs et des institutions qui permettent de pousser à la convergence. Pour notre part, nous considérons que cette direction-là offre encore de nombreuses possibilités inexplorées qui vaudraient mieux que la destruction de la zone Euro.

* Une monnaie sans nation n’est historiquement pas viable.

L’or a été une monnaie sans nation pendant des millénaires. La question se pose pour les monnaies administratives (Fiat monnaie). On ne sait toujours pas comment les gérer sur une base multinationale. La question a été posée à Bretton Woods avec une solution bancale qui a explosé politiquement en 1971. En fait, on improvise depuis 1914. Mais une solution est possible.

* Le saut fédéral est politiquement impossible et serait économiquement inefficace.

Sans doute. Mais on peut trouver des solutions collaboratives efficaces sans aller jusqu’au fédéralisme.

  1. L’Allemagne ne peut pas payer pour l’Euro car cela coûterait plus que le plan Marshall.

L’argument est plus polémique qu’économique. Ce ne sont pas les stocks qui comptent mais les flux. Mieux organisés les flux peuvent se réorienter très rapidement. La question d’organisation l’emporte sur l’assertion fracassante.

* Une dissolution est préférable à une sortie unilatérale.

Sans aucun doute. Mais il faut bien expliquer les conséquences prévisibles. Et le rapport ne le fait pas.

* Le retour de la monnaie nationale permettrait de financer l’ajustement, comme au Canada et en Suède.

L’ajustement en Suède et au Canada s’est fait après la terrible crise de 92-93, en réduisant très fortement la dépense publique, aussi bien du côté des dépenses sociales que de celui des effectifs publics. Il a été favorisé par la croissance exceptionnelle des années 1996-2000, spécialement riche en emplois et en recettes. La hausse massive du dollar a permis un ajustement plus facile. Mais ce n’est pas la politique monétaire qui a permis de sortir principalement du gouffre.

* Les réformes structurelles restent nécessaires pour rétablir les finances publiques et accroître la productivité.

Ce sont elles qui ont réussi en Suède et au Canada dans un contexte conjoncture très particulier qui n’est plus là. Elles sont non seulement nécessaires mais primordiales. Cela vaut naturellement pour la France. Reste à trouver la méthode en l’absence de véritable croissance conjoncturelle et alors que le risque d’une minirécession se précise.

Surtout, le rapport évite soigneusement de se pencher sur la vraie grande question : pourquoi depuis 1971, les récessions sont-elles toujours plus graves, la croissance voit-elle son taux baisser et la dette s’envoler ? En ne regardant qu’un sous-système, effectivement dysfonctionnel, mais qui peut être corrigé si le système global l’est aussi, et si les réformes nécessaires se font au-dessous, à l’échelon national, il se prive d’une clé d’interprétation capitale et surtout d’un levier pour comprendre et agir.

La destruction de la zone Euro ne réglera rien en elle-même et risque même de compliquer une évolution plus favorable.

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