Faut-il interdire les « parachutes dorés » ?

Comment recruter un nouveau dirigeant d’entreprise lorsque la promotion interne n’est pas souhaitable ? En demandant à un chasseur de têt e de trouver l’oiseau rare. Il est rarement au chômage. Il faut le séduire.  En quittant la place qu’il occupe et où il réussit (sinon on ne viendrait pas le solliciter) il perd parfois beaucoup (en  terme d’ancienneté s’il avait un contrat de travail, ou  un plan spécial de retraite, ou des prêts à taux avantageux, ou nombres d’autres avantages para salariaux). Et il prend le risque que cela ne marche pas.
Le niveau de salaire est une chose.  Mais le plus souvent on ne provoquera la venue du candidat souhaité que si on a indemnisé immédiatement les avantages qu’il perd et si on a garanti qu’en cas de départ  non volontaire, une indemnité solide sera  versée, car alors la reconversion risque d’être difficile.  L’habitude s’est prise d’appeler Golden Hello et Golden Parachute ces deux indemnités.
Ces pratiques sont aujourd’hui montrées du doigt au plus haut niveau et  certains pensent à les interdire.  Doit-on interdire la compensation  d’une perte d’avantages acquis pour recruter un cadre supérieur ?  Ce serait amusant dans un pays où les avantages acquis des salariés sont sacralisés !  Si on le fait pourquoi le candidat ferait-il, lui,  le saut vers une nouvelle aventure ? On bloque simplement le marché du recrutement des cadres dirigeants.  Doit-on légiférer pour imposer  qu’un cadre attiré dans une nouvelle entreprise et  jeté presqu’aussitôt  le soit sans indemnité ? C’est amusant là aussi dans un pays qui rêve de flexi-sécurité.  On bloque un peu plus le marché du recrutement de cadres dirigeants.  Le golden parachute compense un risque de carrière très important. Il n’est pas sans contrepartie et  son principe n’est pas arbitraire.  
Bien sûr, il y des abus. Le golden parachute ne doit pas se déployer au-delà de  deux années d’exercice des fonctions  en question.  Il ne doit pas se déclencher du fait d’une décision du bénéficiaire : démission ou vente de l’entreprise ou toute décision du même genre.  Il ne doit pas concerner les mouvements de postes à l’intérieur d’un groupe : le petit jeu qui consiste à faire le tourniquet dans les filiales et à chaque mutation de toucher une petite indemnité contractuelle est évidemment honteux.  Certains cas sont emblématiques des dérives possibles : un président fait venir un de ses amis auprès de lui, en lui garantissant  un golden parachute si lui-même vient à partir.  Il vend l’entreprise.  La nouvelle recrue démissionne et demande son golden parachute puisque le patron a changé.   C’est évidemment un enrichissement sans cause même si ce n’est pas une pure magouille.  
On voit que les indemnités de recrutement et de départ anticipé pour un cadre dirigeant révocable ad nutum ne sont pas en soi critiquables. Elles doivent être connues du conseil d’administration préalablement à leur prise d’effet et  pour l’indemnité d’éviction précoce, disparaître après deux ans de fonction. Toutes les clauses d’auto déclenchement par la personne concernée doivent  être  décrétées comme nulles.
On voit que la législation n’est pas difficile à mettre au point et à  contrôler juridiquement.  Dans la pratique on peut estimer que  d’ores et déjà les pratiques contractuelles appliquent ces règles pour la quasi-totalité des clauses en cours. Législation ou auto régulation par le Medef ne changeront pas grand-chose.  
Se focaliser sur les parachutes dorés relève plus de la démagogie politicienne que de la régulation intelligente de l’économie.  Il n’en va pas de même des stock-options qui posent un réel et grave problème économique, social et politique, autant que moral.

A suivre…

Sylvain Dieudonné,

pour le Cercle des Economistes E-toile.

Non débats et faux débats

Le débat qui s’engage sur le RSA a au moins un avantage : il permet de détailler comment fonctionne  notre République Française.
Prenons l’article dans le Figaro du jour du Député Paul Giaccobi. Il dit une chose très juste : le RMI est un échec coûteux, une trappe à pauvreté et un collier de misère. Il a développé des comportements débilitants de fraude et conduit certains à une perte de dignité.  Il s’indigne de voir que pendant trente ans personne n’a dénoncé ce système infâme.
Question intéressante : pourquoi une vérité incontestable est-elle  du domaine de l’indicible en France  et ce pendant trente ans ?
Prenons la Prime pour l’emploi, dix ans déjà, qui coûte en année pleine la bagatelle de 15.000.000.000 d’Euros.  Elle a 10 ans. A-t-elle corrigé les défauts du RMI, son objectif affiché ? Pas du tout. A-t-elle modifié quoi que ce soit sur le front de la pauvreté ? Rien !  Elle n’a aujourd’hui AUCUN défenseur alors qu’elle n’a eu AUCUN contempteur pendant 10 ans.  On voit bien que disperser des sommes pareilles sur des millions de foyers n’a aucun sens : 9 millions de bénéficiaires !
Question intéressante : pourquoi une vérité incontestable est-elle  du domaine de l’indicible de longue durée en France ?
On ne voit la vérité sortir du bois que lors de l’examen d’une réforme dont il faut absolument illustrer les objectifs.  Ce qui veut dire que malgré tous les propos en sens contraire il n’y a AUCUNE évaluation des politiques suivies et des décisions prises une fois un budget voté.
En France il existe en général plusieurs systèmes permettant de faire face au même problème surtout lorsqu’il s’agit d’aides publiques.  On se rappelle qu’il y a peu les aides aux étudiants étaient en ligne de mire : on comptait plus de 10 strates d’aides aux conditions toutes différentes et se superposant en tout ou en partie.  Et de rire ! La logique serait de compacter toutes ces aides en un seul système compréhensible et facile à évaluer.  
Et bien non : après quelques émotions médiatiques la routine continue.  Elle continuera d’autant plus que la question du financement du RSA a fait valoir une nouvelle « logique » : les pauvres ne doivent pas payer pour les pauvres et la réforme d’un système d’aide ne peut se faire par redéploiement des aides existantes mais par création d’impôts nouveaux !
On va donc ajouter ce qui est annoncé (faussement) comme un petit d’impôt nouveau  de 1.5 milliard d’Euros pour ne pas toucher au 15 milliards d’Euros de la Prime à l’emploi.   Pourtant la simple citation de ce chiffre montre que globalement le budget « réinsertion  par le travail » n’augmente que de 10%  ce qui est garant d’un effet quasi nul.  
Nous voilà donc revenu aux « mille-feuilles » législatifs et leurs gaspillages associés qui a été dénoncé par mille livres depuis 20 ans (dénonciation  qui avait ressurgi par exemple i il y a peu lors du faux débat sur les aides au logement : à chaque fois on avait créé un mécanisme nouveau sans changer les anciens !).
Gaspillage, obscurité, complexité, inefficacité et  fiscalité sont les mamelles distendues et enflammées  de la France.

La bonne idée de M. Hollande

Dans son dernier grand discours comme Premier Secrétaire du PS, M. Hollande a lancé cette excellente idée : « Il faut un nouveau Bretton-Woods ». Comme son appel s’est résumé à cette seule phrase, l’auditeur est laissé un peu seul pour savoir pourquoi c’est une bonne idée et quels avantages on en attend.

On aime bien l’histoire au PS mais, il faut bien le dire, il n’avait guère quitté le XIXième.  Là on aborde le milieu du XXième ce qui est un indiscutable progrès qui devrait clouer le bec à ceux qui pensent que le PS « n’a pas assez travaillé ».

Les accords de Bretton-Woods  ont été signés après la seconde guerre mondiale et avaient pour but d’éviter les manipulations monétaires désastreuses qui avaient suivi la première et qui avaient contribué aux drames de la « crise de 29 ».

Malheureusement les accords de Bretton-Woods ont été vidés de toute substance au début des années 1970, les Allemands refusant d’appliquer plus longtemps les disciplines de l’accord qui les forçaient à créer de la monnaie à proportion des déficits américains et les Etats-Unis décidant de supprimer la référence de leur monnaie à l’or.

Nous sommes alors entrés dans le système des changes flottants et des monnaies fondantes.  Ces dernières ont perdu environ 95% de leur valeur en or.

Il n’y a pas de doute et le Cercle des Economistes E-toile s’en fait l’écho depuis au moins dix ans, que le système des changes flottants est un désastre.   Mais que veut dire M. Hollande ?

-          Qu’il critique les changes flottants ? Que ne le dit-il pas explicitement en expliquant pourquoi et ce qu’il faut faire pour les empêcher de nuire ?

-          Qu’il ne sait pas ce qu’il faut faire mais qu’une concertation internationale serait utile ? D’accord, mais pour décider quoi ? Sans diagnostic pas de traitement possible.

Serait-ce alors une incantation pure et simple qui « fait sérieux » à un moment où le PS n’a strictement  dit sur rien depuis des lustres ? On se rappelle que dans les « tontons flingueurs » Lino Ventura se débarrasse des activités délictueuses du caïd qui à sa mort lui a confié le destin de sa fille,  entre les mains d’un digne « administrateur du FMI ».  On serait alors dans le même registre.

 

Dommage.  Il faut en effet réformer un système monétaire international qui provoque des explosions beaucoup plus importantes que nécessaires en multipliant les « bulles » et qui freine la croissance de presqu’un point depuis 35 ans. 

On attendra tout de même que les politiques veulent bien exposer leurs propositions de façon un peu moins sommaire tout en remarquant à quel point le niveau du débat économique est nul dans notre pays.

Le RSA : un échec inévitable ?

Le RSA a créé la polémique par son mode de financement mais l’unanimité règne sur  la qualité et l’efficacité de la solution.  L’unanimité doit rendre méfiant : les mesures unanimes se révèlent souvent catastrophiques à l’usage.  

Pour le non initié le RSA a pour vocation de briser la trappe à chômage  qui s’est créée du fait de la trop faible différence entre les revenus du travail et ceux de l’assistanat.  C’est comme cela que le système est présenté dans les médias.   

Traduit en langage clair, cela signifie que le RMI, revenu minimum d’insertion,  a non seulement échoué comme mécanisme de retour à l’emploi,  mais qu’en plus il a enfermé une certaine population dans l’assistanat.  Cette mesure symbolique  de la « troisième gauche rocardienne » soutenue après coup par MM. Chirac et Juppé (qui l’avaient fermement condamnée à l’époque)  a maintenant  fonctionné pendant trois cycles économiques et a donc trois phases d’expansion derrière elle.  Si cela avait du marcher cela aurait déjà marché.  L’échec est bien définitif.

Le nouveau dispositif est censé donner de meilleurs résultats en créant un véritable attrait financier  pour le RMIste qui pourra cumuler  pendant quelques temps son salaire de nouvel employé  et une assez belle  fraction de son RMI.

Il faut trois conditions  pour espérer le succès :

-          Des emplois si possible à temps plein

-          Un système au minimum plus avantageux que le précédent

-          Une sensibilité des intéressés aux bénéfices  du nouveau dispositif.

Pour les emplois,  on sait qu’on entre actuellement en récession : le marché de l’emploi va se dégrader pendant deux à trois ans, frappant les nouveaux entrants et les personnes sans emplois plus encore que ceux qui seront licenciés et qui pourront malgré tout faire valoir une expérience.  La probabilité va donc vers une augmentation nette des demandeurs de RMI.

La volonté des intéressés de sortir de la trappe à pauvreté est préjugée mais prouvée par aucune enquête précise et publiée.  Les rares informations partielles que l’on peut trouver sur le RMI montrent que  le nombre des bénéficiaires est assez stable, autour de 1.300.000 personnes, un tiers des allocataires sortant régulièrement du mécanisme et les deux autres tiers restant prisonniers de la fameuse trappe.  Certains sont tout à fait inaptes à l’emploi et touchent leur RMI sans faire aucun acte de recherche, environ la moitié du groupe. L’autre moitié ferait plutôt un calcul rationnel : il est plus rentable de rester au RMI et au chômage plutôt que de prendre un emploi.

Il faut dire que les bénéfices indirects du  statut de RMIste sont sérieux :

-          La  sécurité sociale gratuite via la CMU

-          A Paris  la gratuité de la carte Orange

-          La gratuité des musées et d’un certain nombre de loisirs dans bien des grandes villes

-          L’exonération de la taxe d’habitation

          L’accès au fonds  de solidarité pour le paiement de son loyer

-          Des aides aux logements améliorées

-          L’exonération de la redevance

-          La réduction de sa facture d’électricité et de gaz

-          La réduction de sa facture de téléphone

-          L’accès facilité et prioritaire au logement social

-          Le dégrèvement de la CSG et du RDS

-          Des gratuités transports de la part de la SNCF

-          L’accès aux Restos du Cœur

-          L’accès à l’habillement

-          L’aide voire la gratuité pour le passage du permis de conduire

-          La gratuité ou le très faible tarif des cantines pour ses enfants

-          La gratuité ou le très faible tarif pour les crèches

-          Différents dispositifs de garde d’enfants pendant qu’il suit des formations

-          L’accès facilité et gratuit à certaines initiatives municipales : vacances bord de mer ou montagne, journées vertes

-          La prime de Noël de 152 Euros

-          L’accès au micro crédit

-          L’accès facilité aux commissions de désendettement

-          La remise partielle et gracieuse de ses dettes fiscales

-         

Beaucoup de ces aides passent par le Conseil Général  et elles sont différentes d’un département à l’autre  voire d’une ville à l’autre.  Il est très difficile d’être exhaustifs.

Toute personne qui prend un emploi à plein temps au SMIC perd instantanément tous ces avantages.  Comme il a été très long et difficile de les obtenir, il est rationnel de ne les lâcher qu’en toute connaissance de cause.  Le RSA ne change exactement rien à cette situation. Personne n’a cherché à chiffrer ces avantages et à les mettre en rapport avec le bonus qui sera versé par le RSA. Même si l’avantage financier était  net et palpable, la décision de sortir du système serait très difficile, et cela d’autant plus que la population en question est souvent assez frustre. Un tient vaut mieux que deux tu l’auras. Et en plus on ne travaille pas et on s’est fait à la vie  comme ça.

Il n’y a rien de changé sur ce point dans le RSA.  Il n’y a donc aucune raison d’en espérer une efficacité plus grande que le système actuel.

Reste alors l’augmentation du  bonus à l’emploi, c'est-à-dire du revenu accordé en cas de reprise d’emploi.  Surprise, le RSA est moins favorable que la situation actuelle  pour la première année d’emploi !   Le Ministre le reconnaît d’ailleurs sans fard dans la livraison du JDD du 31 Août 2008 !

Pour finir le système est le même pour la  perte d’avantages annexes, le bonus d’emploi est moindre que précédemment pour un emploi court, et la conjoncture est plus mauvaise.  

On ne voit pas comment le RSA peut avoir la moindre chance d’améliorer quoi que ce soit au moins pendant les deux années qui viennent.  

Au contraire les nouvelles règles risquent de  développer des stratégies perverses de la part de personnes qui dans le système précédent aurait recherché directement un boulot et qui préféreront passer par le stade RMI pour bénéficier pendant deux ans des avantages du RSA.

Au total, le RSA ne semble apporter aucune solution réelle au problème de retour à l’emploi tel qu’il est posé.

 Il est obscur, complexe, ambigu et très coûteux.  Il est même bizarre car on ne comprend pas pourquoi il faudrait des ressources supplémentaires par rapport au RMI sauf si par un effet d’aubaine des personnes qui auraient normalement évité d’utiliser la formule  se décidaient à  en bénéficier  en masse. Ce ne serait plus qu’un transfert de revenu et non pas un système novateur d’incitation à l’emploi.

On dira : il y a eu des expérimentations ! L’ennui c’est qu’on ne sait absolument rien de ces expérimentations.  Elles sont déclarées positives sans aucun élément pour fonder cette assertion.  Au contraire les informations que l’on peut recueillir de ci de là et même au Ministère,  sont peu engageantes :

-          Malgré une situation conjoncturelle extrêmement bonne  (le chômage global  a baissé pendant près de trois ans et pendant toute l’expérimentation)

-          Malgré des subventions annexes fournies par les départements souvent importantes

-          Malgré une forte mobilisation des subventions d’accompagnement auprès des associations pour le coaching des bénéficiaires du RSA

-à il n’y a pas eu de résultats marquants.  Le fameux noyau dur de ceux qui ne cherchent pas d’emploi est resté quasiment intact et le segment qui trouve rationnel de rester au RMI n’a bougé qu’à la marge.

Pendant trente ans on a maintenu le RMI « qui ne fonctionne pas » et la loi de 98, préparée par la droite et mise en œuvre par le gauche, n’a en rien modifié l’état de la pauvreté en France après dix ans de pratique. 

Rien ne laisse penser que le RSA va changer la donne.  Il serait quand même utile que lors du débat parlementaire quelques députés travailleurs posent les bonnes questions et fassent réellement  le jour sur les chances de succès de ce nouveau système. 

Sinon le risque est qu’on s’aperçoive progressivement que la loi n’avait pas vraiment le but qu’on lui assignait mais visait simplement à donner plus de ressources aux associations caritatives au contact du quart monde.  Le RSA n’aurait été alors qu’un abus de confiance et un détournement de fonds  perpétrés par l’ancien patron d’Emmaüs  avec la complicité de politiques surtout soucieux de dire qu’ils ont fait quelque chose dans le domaine social même si ce n’est qu’un rideau de fumée.

Le bilan de l’opération  se réduira au  prélèvement de 1.1%  sur les revenus du Capital des classes moyennes et un gaspillage ruineux de ressources de plus !  

 

Didier Dufau

RSA : RMI Sans Amélioration ; Ravaudage Social Aléatoire ou Sans Attrait.  Rémunération Supplémentaire Artificieuse.

Réduire la dépense publique : un exemple

En France il y a entre 400 et 500 meurtres  ou assassinats chaque année. 300 d’entre eux ne posent pratiquement pas de problème d’enquête : on sait qui est l’auteur et dans quelles conditions  le drame s’est déroulé. Rixes après boire,  querelles d’automobiliste, scènes de ménage qui tournent mal etc.  On en conclura qu’il reste environ 200 cas où des spécialistes doivent intervenir  pour rechercher le coupable, la majorité d’entre eux étant assez rapidement élucidés et seuls  une poignée demandent de lourdes et longues investigations.

Regardons maintenant de l’autre côté : tous les commissaires de Police et toutes les brigades de gendarmerie peuvent être enquêteur. Il suffit que le juge le leur demande par une commission rogatoire.  Des centaines de cellules sont donc potentiellement mobilisables pour traiter 200 cas.  Selon le ressort du crime, des centaines de juges d’instruction peuvent également être commis.

Dans la pratique cela veut dire qu’un gendarme, un commissaire de police et un juge d’instruction a très peu de chances de tomber sur un assassinat dans sa carrière.  Le jour où cela arrivera il sera en général complètement dépassé par les évènements.

Pour un pays comme la France, la solution est évidente. Créer une dizaine d’équipe  de juges d’instruction et  d’équipe d’enquêteurs spécialisés ayant vocation à traiter sur l’ensemble du territoire national les assassinats problématiques.  Chaque équipe aurait à traiter  une vingtaine de cas chaque année, soit un ou deux par mois, en se faisant aider  s’il y a lieu par les équipes locales de la police et de la gendarmerie. 

Il deviendrait possible de dégager les meilleurs limiers et de promouvoir les meilleurs enquêteurs ; l’émulation serait forte. L’expérience viendrait vite.  Le taux d’élucidation grimperait.  Les enquêtes lamentables faites par des amateurs inexpérimentés disparaîtraient.  Bref, le service public de justice et de police serait mieux rendu.  On ne se retrouverait pas comme à Toulouse avec des affaires qui trainent et des collusions bizarres entre justice, police et milieu.

Pour un coût en baisse. Car les moyens pourraient être facilement  alignés sur les besoins.  Et on ne verrait plus un juge d’instruction noyé dans les dossiers de voleurs de poule  faire semblant de s’occuper d’un  tueur en série.

La centralisation statistique du tableau de bord de suivi de cette criminalité serait extrêmement facile à obtenir : moins de délais ; moins de chaîne administrative ; moins de coûts.   Les affaires qui trainent seraient extrêmement faciles  à connaître par le Garde des Sceaux et le Ministre de l’intérieur.  Les Français seraient mieux informés.

La spécialisation est la clé de la bonne gestion des services publics.  Evidemment cela ne se fera pas car les résistances administratives sont invincibles.  Il faudra toujours 17 juges d’instruction pour suivre un criminel en série qui a frappé dans 17 circonscriptions judiciaires, sauf regroupement hypothétique et fort long,  et n’importe quelle affaire un peu grave survenue dans un secteur mal équipé justifiera une demande de moyens en forte hausse pour avoir des résultats, car tout échec sera présenté comme cela :  Nous sommes surmenés et nous n’avons pas les moyens.Voir Outreau.

Ce raisonnement vaut pour le grand banditisme, la grande délinquance sexuelle, etc.  Des efforts partiels qui ont déjà été faits, notamment dans la police et même à la Justice avec la centralisation du grand banditisme.  Ils doivent être  simplement systématisés.

On verrait alors qu’on peut avoir des services publics efficaces avec des moyens parfaitement contrôlables. 

Une imposture bien française : La RGPP !

Les économies générées par la RGPP sont sinon dérisoires du moins hors de proportion avec les réductions nécessaires pour revenir dans la moyenne générale de l’Europe en matière de dépenses publiques. C’était prévisible. Pourquoi ?  Parce qu’il n’y a pas de coût rationnel ou rationalisable pour une dépense publique.  

Prenez une politique publique : la lutte contre les discriminations. Combien faut-il  créer de postes de fonctionnaires ou autres pour assumer cette noble fonction ?  Il n’y a pas de réponse à cette question.  Une conception est d’affirmer que la justice est là pour dire le droit en cas de plainte.  Il suffirait alors de préciser combien d’affaires de ce genre sont à prévoir et d’en déduire le nombre de postes de juges.  Une autre est de dire qu’il faut « une haute autorité ». Cette conception a triomphé avec la création de la Halde.  Posez la question : combien faut-il de personnel pour cette institution ?  Vous obtiendrez des réponses variant entre cinq et mille ! Et personne ne sera capable de vous dire l’effectif de ce machin ni de préciser comment il a évolué depuis sa création.  Il suffira que les hauts fonctionnaires qui le dirigent  finissent par faire admettre qu’il faut des services disséminés sur le territoire pour que les chiffres explosent. 

Sauf à redéfinir radicalement la politique en question,  le simple examen en commission de rationalisation  n’apportera que  des gains cosmétiques. On ne fera  que ralentir le grignotage parkinsonien  qui de budget en budget fait gonfler les postes et les dépenses au nom des bons sentiments.  C’est ainsi que les institutions se superposent, les mécanismes s’enchevêtrent, les services s’accroissent et se croisent  même quand l’objet initial a disparu du collimateur politique.

Il n’y a pas de limite au temps qu’on peut  accorder à une tâche ; Surtout quand cette tâche est floue.  Et quand l’argent est  là, on trouve toujours à le dépenser.   

La seule méthode efficace est de remettre en cause vigoureusement  les  politiques elles-mêmes et les institutions qui les sous tendent.  Faut-il ou non des départements ? Doit-on admettre que les régions gèrent des transports en train ? Le petit risque médical doit il être couvert par la Sécurité Sociale ?  Est-il réellement nécessaire que les rémunérations des fonctionnaires internationaux soient défiscalisées ?  Pourquoi faut-il que le Sénat dispose de plus de 150 membres et l’Assemblée nationale plus de 300 députés ?  Pourquoi conserver le Conseil économique et social ?  Que ce passerait-il vraiment si on supprimait purement et simplement les mille  et un Fonds d’Assurance Formation ?  Etc.

Et il faut veiller à ce que les administrations  ne produisent rien elles-mêmes.  La politique doit définir des objectifs et les faire obtenir par les moyens les plus concurrentiels possibles, en contrôlant les normes et les résultats.

Toute rationalisation de dépenses est-elle impossible ? Non bien sûr.  Mais c’est extrêmement difficile et  exige souvent des dispositions  législatives ou règlementaires nouvelles qui prennent un temps fou.

Vous voulez changer de Carte d’identité et vous êtes en possession de la précédente que vous allez rendre.  On vous demande un extrait de naissance.  Il suffirait au préposé de la Préfecture   chargé du dossier de consulter la base de données centrale. Non : on exige de vous que vous demandiez à un officier d’état civil  de votre mairie de bien vouloir faire cette consultation et d’imprimer le bout de papier.  C’est la loi !  Et le lobby de la fonction publique territoriale fera ce qu’il faut pour empêcher toute simplification.  Jamais depuis qu’il y a un département ministériel chargé de la simplification administrative, on n’a pu régler ce minuscule problème de procédure

Il ne faut pas seulement déterminer si on peut faire mieux ce que l’on fait mais si ce que l’on fait est réellement utile.  La politique la plus efficace est de ne pas se lancer dans des politiques prétextes à grand affichage compassionnel, nécessairement  inefficaces car purement politiques au mauvais sens du terme.   Et de supprimer sans pitié toutes celles qui existent. 

On ne rationalise pas les politiques publiques. On réduit les dépenses à la hache.

Didier Dufau - 02.06.2008

Le blog du cercle des économistes e-toile

Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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