L'importance négligée de l'Ukraine

La France, traditionnellement, néglige l'Ukraine. Elle s'est beaucoup focalisée sur la Pologne, à juste titre. Mais elle a généralement laissé l'Ukraine loin de ses considérations diplomatiques.

L'Ukraine est une grande nation qui a vocation à être une nation à part entière et qui le souhaite. Ouverte à tout vent, du fait de sa géographie, elle a toujours été une frontière, une bordure, que les armées voisines ont voulu traverser ou annexer. Grenier à blé facile d'accès, réservoir de main d'œuvre, l'Ukraine a connu de nombreuses vicissitudes historiques. Des découpes et des rattachements ont fait constamment évoluer ses frontières. Les influences ont été nombreuses.

Les Français, qui ne connaissent ni l'histoire ni la géographie, considèrent l'Ukraine comme une partie de la Russie. Certains croient, avec la propagande Russe, que Kiev est à la naissance même de la Grande Russie.

En vérité, jusqu'aux grandes conquêtes russes de la fin du 18ème siècle, l'Ukraine n'a strictement rien à voir avec la Russie. Elle est, en réalité, tiraillée entre les grandes monarchies du nord, Lituanie et Pologne, et les Asiates qui sont installées en Crimée. Elle est déchirée entre catholicisme et orthodoxie. Les pressions ottomanes se feront sentir plus tard.

Les deux derniers siècles ont été tragiques pour l'Ukraine.

Elle est sous domination de la Russie, de l'Autriche Hongrie et partiellement de l'empire ottoman pendant le XIXème siècle.  Le nationalisme culturel ukrainien est constamment soumis à la répression russe. Le régime Moldave et la tutelle de l'Autriche-Hongrie sont plus doux.   

La domination polonaise a conduit à un peuplement juif extrêmement important. De 600.000 au début du XIXème siècle, la population juive passera à près de 2 millions à l'aube du XXème siècle.  De nombreuses villes sont à majorité, absolue ou relative, juive.   

"72% de la population juive y vivait dans 262 communautés de plus de 1,000 personnes, ce qui voulait dire qu'en ajoutant les communautés de plus de 500 juifs, 37% de la population juive vivait dans des villes et bourgades dans lesquelles les juifs formaient la majorité absolue, et 22% dans les localités ou ils formaient 40–50% de la population totale. Par contraste, dans la partie de l'Ukraine au delà de la Dnieper, dans les provinces de Poltava et Chernigov (ou vivaient environ 225,000 juifs qui constituaient la majorité dans deux endroits seulement et seulement 40% de la population totale dans trois autres), 65% de la population juive vivait dans 39 communautés de plus de 1,000 personnes. On trouve une situation semblable dans la "Nouvelle Russie" (les provinces de Kherson, Yekaterinoslav, et Taurida) ou vivaient plus de 500,000 juifs : 76% de la population juive était concentrée dans 58 communautés de plus de 1,000 personnes et les juifs ne formaient une majorité que dans les implantations agricoles. En 1897, les juifs constituaient 30% de la population urbaine de l'Ukraine, 26% d'entre eux vivant dans 20 villes dans chacune desquelles il y avait plus de 10,000 juifs".

L'instauration des  zones de peuplement et des restrictions de circulation en Russie, les difficultés anti-juives en Pologne, ont conduit à un regroupement important de population juive dans les différentes régions ukrainiennes.

Cette histoire est importante pour la communauté juive. Une ville universitaire comme Czernowitz, ancienne capitale du Duché de Bukovine, est la capitale incontestée du Yiddish. Des mouvements religieux importants sont nés en Ukraine et font encore aujourd'hui l'objet de pèlerinage. L'Ukraine est également un des rares lieux lieu d'implantation agricole juive, vieille réclamation juive, dont la population avait presque partout interdiction d'acheter de la terre. Les concepts Kibboutsim sont largement nés en Ukraine.

Cette communauté juive  s'est largement heurtée  à la résistance des populations paysannes ukrainiennes pour des raisons multiples :

- Economiques : l'aristocratie polonaise et les boyards faisaient appel aux gestionnaires juifs pour tenir leurs grandes propriétés. Le négoce du blé était entre les mains des commerçants juifs ainsi que le commerce de tout ce qui était nécessaire aux exploitations agricoles. Une part très importante des industries étaient entre les mains d'entrepreneurs juifs. Les relations économiques extérieures  étaient généralement conduites par des entrepreneurs juifs.

- Religieuses : traversée déjà par un conflit entre christianisme, poussée par la Pologne et orthodoxie, l'Ukraine supporte difficilement la religion juive, ses particularités et son séparatisme.

- Politiques : la volonté "nationaliste" d'une partie des intellectuels ukrainiens, voient dans l'internationalisme puis le socialisme juif  un obstacle, même si, comme en Pologne, il y eut de nombreuses évolutions tout au long du XIXème. Les juifs sont parfois vus soit comme des auxiliaires de la Pologne, et surtout comme étant globalement en faveur des liens avec la Russie.   

La guerre de 14-18, en libérant les passions, et en déchaînant les conflits armés,  va avoir des conséquences désastreuses sur cette partie du monde.

Les Allemands avant d'être défaits et de développer le revanchisme qui mènera à Hitler et au nazisme, exportent Lénine et permet le déclenchement de la révolution bolchevique et de son impitoyable violence.  Les alliés détruisent l'Autriche-Hongrie lors des négociations  qui mettent fin momentanément à la guerre.

Tout est prêt pour un déchaînement dans les pays de l'Est.

L'Ukraine proclame la République Populaire Ukrainienne, reconnue par la France et la Grande-Bretagne en janvier 1918, et déclare son indépendance le 22 janvier 1918.

L'histoire de la nation ukrainienne indépendante aurait du commencer là.  Les bolcheviques ne le veulent pas. Lénine et Trotsky considèrent que sans l'Ukraine les chances de succès de la révolution socialiste sont minces. La guerre à outrance commence. Elle provoque une première famine désastreuse qui tuera près de 2,5 millions de personnes.  Elle attise les conflits ethniques. Une partie des forces nationalistes voient dans la communauté juive un foyer de partisans de l'Union Soviétique. Des massacres ont lieu qui se traduiront en France par l'assassinat de Petlioura, dont l'assassin sera gracié, action qui marque les débuts  de certaines ligues contre l'antisémitisme.

Finalement c'est une Ukraine démantelée qui sort de l'anarchie générale. La partie à l'est, avec Kiev, est désormais sous la coupe de l'Union Soviétique. La région de Lvov (Lviv aujourd'hui) va en Pologne. La Bucovine du nord est rattachée à la Roumanie.

Après la période de calme relatif de la NEP, qui voit, dans la partie soviétique, une certaine reconnaissance du nationalisme ukrainien et un réel dynamisme culturel,  en même temps que les paysans armés se sont appropriés les terres des grands propriétaires polonais ou boyards, arrive Staline et son "grand tournant" :  la dékoulakisation, l'appropriation publique de toutes les activités agricoles et l'utilisation des biens agricoles ukrainiens pour payer les importations nécessaires à l'industrialisation à marche forcée de l'Union Soviétique.

L'Ukraine est considérée par Staline comme une colonie dont les ressources sont à la disposition de l'URSS, en même temps qu'un glacis dangereux d'où peut venir la contre-révolution.  

La conjonction d'un projet socialiste de révolution totale avec élimination des "classes perdues" et d'une realpolitik sans pitié, qui considère les populations ukrainiennes comme un réservoir d'esclaves incultes et dangereux, va conduire au premier grand génocide en temps de paix de l'histoire de l'humanité. 

Une répression sauvage s'abat sur l'Ukraine. Toutes les populations "allogènes", grecs, polonais, tatars, sont considérées comme des agents potentiels de l'étrangers et massacrées. La population paysanne locale est réprimée et déportée par millions. L'échec de la collectivisation entraîne des réquisitions de plus en plus lourdes. La famine pointe son nez.  Staline décide que des millions de bouches à nourrir sont en excédent et compromettent le succès du plan quinquennal d'industrialisation à outrance.

Il provoque et maintient une famine exterminatrice en 32 et 33. Dans 10.000 villages ukrainiens la population est décimée ou disparait intégralement. Des villages entiers sont rayés de la carte.  

Au total, de 1928 à 1933 entre 20 et 25% de la population ukrainienne disparait dans des conditions abominables.

La répression continuera sans cesse jusqu'à la guerre. Des centaines de milliers d'Ukrainiens sont massacrés par les différentes organisations policières soviétiques. L'Ukraine se couvrent de charniers secrets où reposent ces centaines de milliers d'Ukrainiens.

Ce génocide, appelé Holodomor par les Ukrainiens, comme la répression qui a suivi, qui verra la destruction culturelle de l'Ukraine, ne sera jamais pardonné au "grand frère Russe". Et cela d'autant plus qu'il est dissimulé et que les occidentaux, et jusqu'à la Croix-Rouge, tâche indélébile sur son histoire, acceptent de jouer le jeu de la tromperie et de la dissimulation.

L'arrivée des Nazis au pouvoir en Allemagne conduit les Occidentaux à rechercher l'alliance avec Moscou. Donc les Occidentaux mentiront. La presse française mentira. La gauche mentira. Les gouvernements successifs mentiront.  C'est un régime génocidaire qui entre à la SDN dans le cadre d'un mensonge inhumain ("Il n'y a pas de famine en Ukraine") , lorsque l'Allemagne nazie en sort.

Tout cela pour aboutir au pacte germano-soviétique.  L'Urss annexe la partie polonaise et la partie roumaine de l'actuelle Ukraine. Lorsqu'elle entre à Cernauti, ex Czernowitz, elle liquide sur liste préparée plus de 1.200 personnes "ennemis du peuple et de la révolution", en un jour. Les méthodes qui sont connues depuis Katyn ont été employées de la même façon en Ukraine où toutes les élites ont été liquidées dans la partie annexée selon des plans préparés.

La population d'origine allemande est renvoyée chez Hitler. Elle représentait une partie importante et historique du peuplement de l'ouest de l'Ukraine. Elle est réinstallée de force pazr les Nazis dans la partie de la Pologne annexée par l'Allemagne, dans le cadre du partage de l'accord soviéto-nazi. Les Roumains , majoritaires en Bucovine, sont réprimés et déportés. La communauté juive, très présente dans de nombreuses villes de l'est ukrainien, se divise entre les industriels et les commerçants dépossédés dont beaucoup émigrent notamment aux Etats-Unis, une partie de la jeunesse qui fait fond sur la révolution et cherche à devenir des cadres du nouveau régime et les traditionnalistes qui cherchent à conserver leur vie dans les Shetl  ou à partir vers quelque Israël, qu'il s'agisse de la terre de Sion ou du Birobidjan.

L'opération Barbarossa va accroître les crimes immenses que subit sans cesse la région depuis 1917. Les quelques nationalistes qui ont cru qu'il serait possible de récréer une Ukraine indépendante dans les wagons nazis sont immédiatement déniaisés. Ils sont fusillés et rejoignent dans le charnier de Babi-Yar la population juive du Podl de Kiev et les pauvres enfants handicapés des hôpitaux de la région. Il est exact qu'une partie de la population ukrainienne a considéré que le génocide de 32-33 a été commis majoritairement par des juifs arrivés au pouvoir avec la révolution socialiste. Un sentiment antisémite extrême s'ajoute au ressentiment national  et à la tradition antisémite à base religieuse qui couve depuis la fin du XVIIème. Hitler et les Ersatz-gruppen trouveront sans difficulté de la main d'œuvre locale pour exécuter les basses œuvres. Souvent ce sont les exécuteurs soviétiques qui se sont reconvertis à ces tâches.

Hitler, comme Staline, considère que l'Ukraine est une terre d'expansion dont la population n'a d'autre vocation que celle d'esclave des nouveaux seigneurs teutoniques. L'Ukraine est le "pot de chambre de l'Europe", comme l'écrit un diplomate allemand. Elle est peuplée de sous-hommes qui doivent être exploités comme des esclaves et qui vont l'être.

Par chance, la fin des "territoires réservés", qui fixait la population juive, a permis aux juifs ukrainiens de se répandre un peu partout dans l'Union soviétique. Beaucoup ont quitté le pays avant l'entrée des Nazis. Heureusement, car ceux qui restent sont impitoyablement déportés dans des camps ou exécutés.

A Cernauti, le retour des roumains persécutés se traduit par une répression féroce de la population juive considérée comme complice des soviétiques et accusée d'avoir fourni les listes de personnes à exécuter. La répression est si féroce qu'à Cernauti il ne reste plus que deux médecins juifs, un accoucheur et un dentiste. Les Nazis ne sont pas là. Ils ont laissé faire les Roumains.

Inutile de dire qu'il y aura un retour de bâton tragique contre les Roumains  lorsque les soviétiques chasseront les Nazis et réoccuperont  la Bukovine. 

Que l'on considère un instant  la situation de la Bukovine nord. Jusqu'en 39, elle est composée de Juifs, d'Allemands et de Roumains, à 90%.  En 1945, il ne reste plus d'Allemands. Relocalisés en Pologne, Hitler refusera les moyens de les faire fuir lors de l'offensive soviétique. Ils seront impitoyablement liquidés par les Polonais et les Soviétiques. Les Juifs ont disparu. Les Roumains sont morts ou en fuite vers la Roumanie. Ils continueront à se battre jusqu'à ce que la Roumanie tombe sous la botte soviétique.

100% de nettoyage ethnique en Bukovine. Un remplacement total de la population ! L'abjection à l'état pur, au nom, alternativement,  du "socialisme réalisé" ou du "national socialisme".  

Staline s'occupe spécialement de l'Ukraine. Il a largement remplacé les paysans ukrainiens morts de faim par des paysans émigrés russes dans les provinces de l'est.  Il profite de l'invasion nazie pour détruire Kiev et Odessa. Ces épisodes ne sont pas connus en Occident, où l'occultation est totale.

Staline fait miner la plus grande rue de Kiev, l'avenue Kreshchatik.

Le prétexte est la lutte contre l'envahisseur. Mais ce n'est qu'un prétexte. Pourquoi sinon miner aussi la Laure de Petcheck haut lieu de l'orthodoxie ukrainienne et de l'histoire du pays où les armées allemandes ne sont pas installées ?

Staline veut profiter des évènements pour abaisser Kiev et conserver à la seule Moscou le prestige du passé.

Imaginons qu'on ait, à Paris, dans le même mouvement, miné entièrement les Champs Elysées et le Bd Saint Germain, plus la Sorbonne pour faire bonne mesure !  

L'explosion est infernale. La ville de Kiev est détruite. Des dizaines de bâtiments explosent. Des centaines d'autres brûlent. Jamais il ne sera possible de faire le décompte des victimes.  La destruction étant classée parmi les actes "héroïques", on ne compte pas. Les estimations vont de 20.000 à 60.000 victimes ukrainiennes, passées par pertes et profits. L'histoire recommence à Odessa avec des résultats moindres mais définitifs sur la qualité architecturale de la ville.

Les troupes allemandes sont-elles réellement touchées ? Oui. Quelques milliers de soldats sont tués ou blessés dans les explosions. A Kiev et à Odessa, les destructions sont mises sur le compte des commissaires politiques juifs et justifient le massacre de la communauté juive résiduelle. A Kiev le Podl est vidé de ses habitants juifs qui sont exécutés dans la fosse de Babi-Yar. Les nazis prennent des photos et font des décomptes précis. On sait exactement combien de victimes ont été exécutées. Un peu plus de 30.000 personnes à Kiev.  

L'Ukraine est mise en coupe réglée par les Nazis, après les Soviétiques. Ils s'empressent de conserver l'agriculture collectivisée. Ils n'arriveront pas plus que les soviétiques, à en faire des usines à blé. La population est réquisitionnée et envoyée un peu partout en Europe sur les chantiers du Grand Reich. L'organisation Todt les utilisera notamment pour construire le "mur de l'atlantique" en France.

La guerre finira par tuer à nouveau près de 2.000.000 d'Ukrainiens. Le retour de la dictature soviétique s'accompagne d'une nouvelle épuration farouche et finit à nouveau par une famine désastreuse  (près de 700.000 morts en 1947).

Staline accroit le drame des Juifs en pratiquant une nouvelle épuration, à la suite de l'option américaine prise par Israël.  Ceux qui ont fui l'invasion nazie essaient de retrouver leurs appartements en Ukraine. Ils n'y arriveront pas.

La mort de Staline allège à peine le fardeau soviétique en Ukraine qui n'est qu'une colonie tenue en main par les autorités de Moscou, et cette main est de fer.

On comprend que lorsque l'URSS s'effondre l'Ukraine soit un des premiers pays à déclarer son indépendance, le 24 août 1991.

L'Ukraine n'est décidemment pas une région russe, même si les historiens français et plus largement européens, souvent marxistes ou sous influence marxiste, ont choisi de ne pas séparer l'histoire russe et l'histoire ukrainienne. Ils ont passé sous silence l'histoire abominable de l'Ukraine au XXème siècle. On connait Babi Yar en France mais qui connait le sinistre charnier de Bikivnia dans la banlieue de Kiev ? Qui connait celui de Vynitssia ? Et tant d'autres.

Bien entendu, après tant de massacres et tant de mouvements de population, la situation intérieure ukrainienne est d'une extrême complexité. La région de Lviv n'a à peu près rien à voir avec celle de Kharkov. La Crimée est une  dépendance russe plus qu'Ukrainienne. On parle le russe à l'est. On parle l'ukrainien à l'ouest. La décomposition du soviétisme s'est faite en Ukraine comme partout ailleurs : des groupes parfois mafieux se sont emparés en même temps des richesses nationales et du pouvoir politique.  Les mafias locales guignent le pouvoir parce que seul le pouvoir central permet de capter les richesses naturelles du pays.  Il n'y a pas encore d'état de droit en Ukraine.

Il ne faut pas croire que Ioula Timoshenko soit d'une essence très différente de celle de l'actuel président Ianoukovitch. Ce sont tous des polichinelles aux mains d'oligarques animant  des mafias locales.

Le mouvement Orange  a échoué parce qu'il n'était pas lui-même totalement en ligne avec les principes qui ont conduit l'Occident à le soutenir.

L'Ukraine actuelle est souvent décourageante pour les occidentaux en mal de voir la démocratie s'épanouir dans ce pays martyrisé.

Un exemple, retenu lors de ma visite à Kiev : la gestion de la redevance des bateaux touristiques allait à un organisme dépendant du Parti Communiste. Un clan a voulu s'assurer de cette ressource. Il a fait déclarer dangereux les quais et a expulsé tout le monde. Pour revenir il fallait payer mais à ce clan là. Bravo pour l'état de droit !  

Entreprendre est très difficile en Ukraine compte tenu de l'insécurité juridique et administrative, même s'il y a quelques belles réussites.

Le pays n'a toujours pas réglé la question de la propriété de la terre.  Des droits d'exploitation sont  concédés soit à l'état soit aux régions soient aux paysans qui louent les terres à des exploitants souvent étrangers.  

Les Ukrainiens, eux, en ont par-dessus la tête des commémorations et des conflits. Ils veulent sortir de la pauvreté et sont près à tout pour cela.

Les oligarques ukrainiens vivent à la fois en symbiose avec les anciens colonisateurs russes, et en s'en méfiant terriblement. Ils savent que si l'URSS remet la main sur l'Ukraine ce sont les mafias russes qui reprendront le pouvoir économique. Pour en avoir rencontré un certain nombre, la chanson qu'ils chantent est toujours la même : "De bonnes relations avec la Russie oui, mais si l'Otan pouvait être là ce serait pas mal".   

La gestion économique globale est évidemment désastreuse. L'Etat est aux mains de clans qui sont là pour réussir et vite. Le nombre de millionnaires au Parlement (Rada) est une fable qui ne fait pas rire. Etre émissaire du FMI pour l'Ukraine est tout sauf une sinécure.

Est-ce une raison pour que la France soit TOTALEMENT hors du coup en Ukraine ? On laisse à nouveau ce territoire sous les influences croisées de la Russie et de l'Allemagne dont le bilan passé pour la nation ukrainienne est particulièrement lourd. Compte tenu des  massacres insensés commis par ces deux pays en Ukraine, sont-ils réellement les mieux placés pour conduire la politique dans la région ?

La France n'a-t-elle réellement aucun rôle à y jouer ?

L'Europe a commis une erreur grossière lorsque son Parlement a refusé de reconnaître Holodomor pour ce qu'il est, un génocide, comme l'avait expliqué l'inventeur du concept de génocide lui-même,le juriste polonais Lemkin.  Qui savait en France, lors des élections européennes,  que ses mandants allaient se comporter en négationniste ou révisionniste, comme on voudra ? Personne n'a évoqué la question du génocide ukrainien  ni avant, ni pendant, ni après les élections européennes. En niant le génocide, il s'agissait à la fois d'empêcher que le socialisme porte la responsabilité d'un génocide, au même titre que le national socialisme et de ménager la Russie. On retrouve les réflexes du début des années trente. Cachons ces massacres que nous ne serions voir !

Avoir laissé à la Commission, à Mme Ashton et à M. Rompuy  la tâche exclusive des rapports avec l'Ukraine était une énorme erreur. Lorsqu'on met des nains au milieu des géants, il est rare qu'ils gagnent. Poutine a triomphé sans gloire ni mérite contre d'obscurs bureaucrates européens.

L'Ukraine a vocation a entrer dans l'Union Européenne et il faut tout faire pour cela. Ce n'est pas le glacis occidental de l'empire russe. C'est une partie intégrante de l'Europe.  La CEI est un piège mortel pour l'Ukraine.

Bien sûr, les dirigeants actuels de l'Ukraine ne sont pas  particulièrement attrayants. Bien sûr le traitement infligé à l'égérie de la révolution Orange est regrettable. Bien sûr la gestion générale de l'Ukraine est un désastre.

Mais il est géopolitiquement indispensable d'arrimer l'Ukraine à l'Europe et de lui permettre un développement synchronisé au notre. Nous avons besoin de l'Ukraine. Elle a besoin de nous.

On ne peut pas rester sur l'échec actuel.

La France ne peut pas non plus continuer à s'en laver les mains, ni continuer à y être considérée, comme en Pologne, comme le dernier pays marxiste avec la Corée du Nord.  

Son avenir se joue plus dans les steppes ukrainiennes que dans ses anciennes colonies.

Il y a Lviv, à Cernivtsi (ex Cernauti, ex Czernowitz), à Kiev, de nombreux intellectuels qui comptent sur la France, pays des droits de l'homme, et qui s'étonnent de son absence quasiment totale.  Nos industries ont autant de débouchés potentiels en Ukraine qu'en Pologne ou en Roumanie.

Laisser totalement à l'Europe supra-nationale le destin de l'extension de l'Union pose problème. L'échec ukrainien se conjugue avec la volonté européenne, sous pression américaine, de faire entrer la Turquie dans l'Union Européenne, ce que littéralement personne ne veut. L'Europe n'a pas besoin de la Turquie.

On marche sur la tête.

Un changement majeur de la politique et de la diplomatie française est nécessaire.

Dans l'affaire ukrainienne, la passivité est un contresens économique et politique majeur.      

Les Frac et les lois de Parkinson

Tout le monde connait les lois de Parkinson qui régissent l'accroissement continue des effectifs administratifs, même si l'objet du travail en question  a disparu.  

Il était parti d'un constat simple : les effectifs administratifs de l'Amirauté britannique avait cru notablement alors même que le tonnage géré avait été réduit des deux tiers. De même le département colonial qui ne comprenait que 372 personnes en 1932 au moment de la plus grande extension de l'Empire Britannique faisait travailler 1661 personnes quelques années après la fin de la colonisation.

Ses observations avaient montré que l'expansion administrative n'était pas liée à un besoin quelconque., légitime ou non, et à son évolution, mais à des forces internes qui agissaient d'une façon telle qu'on pouvait prévoir une croissance automatique des effectifs. Les études mathématiques ultérieures semblent avoir montré, par application de la formule x= (2Km+p)/n, que le taux de croissance se situait quelque part entre 5 et 6%, ou, pour simplifier encore, doubler tous les 15 ans.

Ces lois ont eu de nombreuses confirmations françaises. Le Ministère de l'agriculture voit ses effectifs augmenter indéfiniment alors que le nombre de paysans baissent chaque année.  Le Ministère des anciens combattants ne suit pas le diminution du nombre d'anciens combattants. L'EPAD, à la Défense est un autre magnifique exemple d'une administration qui a survécu à la disparition de son objet par mutation spontanée de son rôle.

Dès qu'on parle de restrictions de la dépense publique aussitôt mille voix s'élèvent contre le risque de diminution des policiers, des professeurs et des infirmières. Jamais  personnes ne pensent à ces dizaines de milliers de postes totalement inutiles qui  ont été créés que par la routine parkinsonnienne.

Nous avions déjà annoncé que la RGPP était une plaisanterie, car on ne peut pas "rationaliser" un phénomène qui est parfaitement scientifique et rationnel : la pression parkinsonnienne. La RGPP a été un échec. Les socialistes ont voulu  changer le nom de l'exercice en le modifiant au moins verbalement. Il sera tout aussi vain.   

Il ne faut pas rationnaliser. Il faut revenir à la source même de la politique publique menée et si elle n'est pas absolument nécessaire, il faut supprimer les services concernés. A la hache.  Sinon la volonté des cadres de multiplier leurs subordonnés (et pas leurs rivaux)  et leur capacité de se donner mutuellement du travail l'emporteront toujours.  Ajoutez le pouvoir syndical, et la règle qui veut que le travail occupe tout le temps qu'on veut bien lui accorder s'exprimera sans limite.

La curiosité du phénomène est qu'il est pratiquement insensible à la conjoncture. La crise la pire pourra bien frapper un pays sans que le petit monde protégé de l'administration publique ne se sente le moins du monde concerné. Au contraire il se mobilisera pour démontrer que son rôle est encore plus crucial que jamais et …exigera des hausses d'effectifs et de budgets

La confirmation des lois de Parkinson est particulièrement évidente lorsqu'on se penche sur ce cas admirablement symptomatique : les FRAC !  

Pour qu'un centre de dépense publique puisse inlassablement perdurer dans son être et dans se croissance budgétaire, il faut lui donner des objectifs tellement élevés que les remettre en cause serait du plus mauvais esprit. Bien sûr, des objectifs élevés on peut en trouver des millions. Le plus dure est de l'accrocher dans le décor budgétaire. Après,  cela va tout seul.

L'inénarrable Jack Lang, chargé de faire passer la culture de la nuit à la lumière en doublant le phare budgétaire, et en associant étroitement les cultureux subventionnés à l'électoralisme du PS, sera naturellement à l'origine du projet.  Arroser "l'art contemporain" d'une manne bienfaitrice, donc des artistes contemporains,  d'une recette sympathique, tel était le projet.  L'Etat se substituant à l'infâme bourgeois et aux condottiere allait montrer toute sa capacité à "créer un riche terreau de créateurs". Lla Genèse avec nous !

Qu'on était loin de Maurice Druon se moquant des pseudos artistes   faisant chanter l'Etat avec d'une main une grenade dégoupillée et l'autre une sébile ! L'argent allait couler à flot sans même qu'on menace qui que ce soit.

Pour éviter les complexités et rigidités des schémas publics traditionnels , les astucieux promoteurs choisirent la voie la plus simple : des associations, qui ont pratiquement le droit de tout faire sans aucun contrôle, alimentées de façon croisée par les Régions et  L'Etat.

La mode était à la "décentralisation culturelle". L'intérêt aussi. La régionalisation permettait d'obtenir tout de suite une vingtaine de sites et de mettre à l'abri les rigolos qui seraient nommés à la tête des nouveaux machins,  de la surveillance trop aigues des superviseurs parisiens.  Une association peut nommer directrice la femme d'un fonctionnaire dans le besoin ; pas une administration en règle. Ou le petit copain homosexuel d'un conservateur de musée bien implanté.  La souplesse procédurale et le statut d'association permettaient tous les abus. Qui irait jamais mettre le nez dans toutes ces planques ?

L'argent se mit à couler à flot. Les places se firent de plus en plus nombreuses.  Partout on investit  dans des installations coûteuses. Il fallait ce qu'il fallait pour l'ART. Interdit naturellement de concurrencer les musées. Attention : des gardiens du temple administratif de la culture veillait courageusement à éviter toute interférence avec leur boulot.

Au musée d'acheter les trésors immémoriaux de l'art, même contemporains.  Alors quelles acquisitions pour les Frac ? Euh ! Euh !  On trouva vite : ce n'était pas l'œuvre qui compterait mais l'artiste local. On lui permettrait de s'épanouir et de voir son œuvre connue et reconnue. N'était-ce pas là le rôle du privé : les galeries d'art ne sont pas fait pour les chiens ?  Les promoteurs  privés prennent le risque de leur sélection.  Elle rencontre ou non le succès. En quoi l'Etat devait-il mettre son nez dans ce marché fort actif en France ? Personne ne répondra jamais à cette question.  On achètera aux galeristes une partie de leur production : l'argent public suppléera  l'indifférence du public. Tout le monde serait content.

Tous les intérêts étant bien bordés de toute part, la machine se mit en route avec un indicateur de "succès" très particulier : le nombre d'œuvres acquises et le nombre d'auteurs aidés.

Dès 1986 on achetait 5.438 œuvres de 1327 artistes. on est aujourd'hui autour de 25.000 œuvres et de 4200 artistes. En trente ans, on a bien vu l'application presque mathématique de la loi de Parkinson du quadruplement.

En même temps que se constituait  cet invraisemblable fatras, les difficultés de stockage et de manipulation devenaient gigantesques.  Qu'en faire et comment le faire "vivre".  D'abord en multipliant les budgets et les subventions. Opportunément les Régions  ont multiplié les impôts. L'argent était là. On l'a dépensé sans compter et sans même chercher à savoir si on contribuait le moins du monde à la richesse artistique du pays.

Comment surtout juger de la valeur de ce stock imbécile ? Le seul moyen serait de le vendre. Mais là les galeristes ne sont pas d'accord.  Tout le marché de l'art contemporain en serait perturbé.  Quant à la mettre à la poubelle !  Pourquoi ne pas le restituer aux "artistes" qui ont tapiné avec les Frac  ?

Tout le monde le constate : la France n'a plus de grands artistes internationaux comme on en a connu pendant la majorité du XXème siècle.  Et ceux qui restent ne connaissent pas les Frac.  Lorsqu'on pose la question : citer 10 peintres Français contemporains importants, votre interlocuteur aura du mal à trouver deux noms.  De même que les budgets du ministère des colonies augmentait quand les colonies disparaissaient, le budget des Frac augmente alors que le nombre de peintres français célèbres diminuent, si on en croit les spécialistes.

Même la place de Paris, comme plateforme central  de l'art contemporain,  est en train de craquer.

 Les Frac ne connaissent pas la crise. Pensez : il faut fêter dignement les trente ans de l'institution. Des budgets énormes se sont donc déversés sur de multiples "évènements", avec des opérateurs publics comme la SNCF, les régions, les Centres d'art contemporains . On allait voir ce qu'on allait voir et surtout ce qu'il fallait voir.

On reste toujours ahuri par la nature de la prose de ces organismes.  Selon la règle parkinsonnienne qu'il faut qu'on décentralise avant de centraliser, pour coordonner bien sûr, les Fracs se sont unis autour d'un machin chose appelé "platform", un barbarisme en Français mais qui fait tendance.  Ce merveilleux texte nous dit tout :

"Structures légères et réactives, les FRAC sont résolument un dispositif d'aménagement culturel du territoire. Ils ont su répondre tant aux mutations de la création contemporaine et aux projets des artistes qu'aux attentes et besoins de chaque contexte régional en inventant des manières efficaces et uniques de «conquérir les territoires». Postulant dès le début des années 1980 une articulation entre le local et le global, signe distinctif d'une scène artistique mondialisée, les FRAC ont permis la constitution de collections singulières d'envergure internationale. Elles témoignent de leur activité artistique propre et aussi de celles des centres d'art et des musées avec qui les FRAC entretiennent des relations soutenues. En retour, leurs œuvres ont nourri les programmations de chacun et les regards de tous. Si les FRAC participent de l'écriture d'une histoire mondiale de l'art de ces trente dernières années, ces collections sont les premiers outils d'actions dans des établissements scolaires, universitaires, des communes rurales, des prisons ou encore des hôpitaux. En 30 ans, les 23 Fonds régionaux d'art contemporain ont acquis plus de 26  000 œuvres réalisées par 4 200 artistes (dont 56,5% français) et chaque année, l'ensemble de leurs projets (environ 600) atteint plus d'un million de personnes.

On notera le vocabulaire : "dispositif d'aménagement", "conquérant de territoire", "articulant le local et le global", nourriture du regard de chacun et de tous", "participant à l'écriture de l'histoire mondiale", "outils d'action".

Tout cela pour "atteindre" un million de personnes.

Ce verbiage ne correspond naturellement qu'à un exercice de narcissique intéressé.  Aucun critère de qualité dans tout cela. Seul la quantité compte et les ambitions politiquement correctes.

D'autre documents nous apprennent que des évolutions sont en cours pour 'atteindre les créateurs de la "diversité" et "mettre fin à la relative sous représentation des femmes".

L'Europe, l'international, les échanges avec les autres pays, sont  au cœur des nouveaux développements. Justifiant de nouveaux budgets. En même temps qu'on veut de nouveaux temples pour permettre  "aux masses" d'être "en contact"  avec les projets des principaux artistes contemporains exerçant en région,  et  l'évolution de leur projets, parfois très pointus".

Un projet est dit pointu quand il est totalement abscons et ridicule.  Faire acheter un échafaudage pour le montrer  quelques heures avant de le remballer et de le mettre "dans les collections", est une "approche pointue et événementielle" qui plairait beaucoup dans les prisons :" le prisonnier a le droit à la culture , quoi merde !"  (propos entendu lors d'une conférence dans un "évènement" Frac.)

Bref ! Tout un monde grouille dans le mépris le plus total du "bourgeois" avec de l'argent public dépensé sans contrôle à des fins incertaines et sans véritables résultats, sinon de faire vivre sans des cloportes, comme disait Alphonse Boudard, des copains et des coquins. La présence d'art ne serait être que strictement accidentelle et une coïncidence qu'on imagine heureuse (sans en être plus très sûr). A ajouter à ces amusants gestionnaires de Maison de la Culture qui voulaient supprimer la scène pour que la création des artistes de théâtre  ne soient pas gênés par le public (authentique).

La RGPP n'a évidemment pas touché les quelques milliers de braillards et de rigolos qui vivent de cette escroquerie. La Modernisation des politique Publique ne fera pas mieux. On ne va pas revenir aux ténèbres pré-djack. Fichons en l'air la politique familiale, dégommons les riches (tiens un de mes voisins déménage pour Genève pendant l'écriture de ce texte). Mais ne touchons pas au Frac.

Au fric-frac à coloration culturelle.

Laissons donc la parole aux triomphateurs de notre porte monnaie, qui font des jeunes Roms parisiens des amateurs un peu médiocrtes :

"Un anniversaire prospectif" (très bien ce prospectif !)

"Sous l'intitulé Les Pléiades, un titre en écho à l'idée de collection et d'un regroupement d'éléments autonomes lisibles par la force d'une même dynamique, cet anniversaire prend comme principe fondateur le regard des artistes sur les collections des FRAC. Cette référence stellaire et littéraire exprime l'unité dans la diversité qui est la nature profonde des FRAC."

Ah ce " regroupement d'éléments autonomes lisibles par la force d'une même dynamique" et cette "nature profonde" des Frac  . Edgar Faure aurait ajouté que l'indépendance des Frac dans leur interdépendance  était la garantie d'un succès pérenne. Mais il n'aurait pas su lire "des éléments autonomes".  Comme quoi même les experts les mieux cotés en verbiage amusant ne tiennent pas la route comparés à nos frac-tionnaires.

Et on voudrait des infirmières et des policiers !

Ce texte est un hommage à M. Moscovici qui a déclaré qu'en matière d'économie, désormais,  on avait atteint l'os, alors qu'on n'a même pas commencé à épousseter là où le gaspillage était le plus évident et qu'on n'envisage pas du tout de le faire.

Nous fêterons dans 30 ans un nouvel anniversaire des Frac, qui auront acheté 80.000 œuvres à 6.500 "artistes".  Mme Taubira aura sans doute vider les prisons mais la politique d'animation culturelle des Frac n'y aura pas cessé : on y aura surement des salles d'expositions permanentes, à côté de la salle de shoot.    Et pourquoi ne pas mettre en œuvre des Fdac, les fonds départementaux d'action culturelle ? Tout en créant un Fonds Européen  d'action culturelle avec des agences dans tous les pays du monde ?

Ce n'est pas un million de pauvres Français qu'il faut "atteindre" mais un milliard d'humains privés d'accès à la culture et aux tendances récentes des meilleurs créateurs.

 

PS : dites à l'agence de ménage de ne pas utiliser le seau peint en bleu  ni de laver la serpillière dégoutante  qui l'accompagne à l'entrée à gauche de la nouvelle salle d'exposition : c'est une acquisition qui doit atteindre son public et qu'on stockera dès que le nouveau palais sera fini de construire.  

Choc à Chypre !

La nouvelle est tombée et a mis en émoi la planète finance :  Les banques chypriotes, exsangues après avoir déprécié d'énormes quantités d'actifs grecs, et autres,  ne verraient pas les dépôts de leurs clients garantis. Ceux-ci perdraient jusqu'à 10% de leurs avoirs. Les déposants se sont rués aux guichets de leurs banques qu'ils ont trouvées closes.

Du jour au lendemain, sans que leur responsabilité soit le moins du monde engagée, ils sont passés de créanciers de leur banque  à débiteurs de l'état chypriote. Bien sûr la démagogie ambiante a voulu qu'on évoque un traitement différent entre "riches" et "pauvres". Mais pour la première fois depuis des lustres, un système bancaire organisé sur l'engagement implicite que les dépôts sont peu ou prou garantis, affirme : je m'assoies sur le principe de base qui me fonde.  Et c'est l'Europe qui s'y colle.

Naturellement pour masquer la trahison des déposants, les communicants ont bien travaillé. Ce ne sont pas de gentils déposants qu'on a dépouillé au coin d'un bois. Mais de vilains oligarques russes, fraudeurs, nécessairement fraudeurs. Voler un voleur n'est pas du vol. On n'a d'ailleurs pas appelé cela un vol ; juste une taxe. Si on ne peut plus taxer le capital !

Même les Argentins avaient mis des formes avant de voler les déposants.  Ils avaient eu la gentillesse de bloquer les comptes de dépôt mais en créant un "corralito", un sous dépôt en accès libre.  On pouvait sortir l'argent de ce sous compte. Au compte goutte. Ensuite on avait converti tous les avoirs en dollars en pesos sur la base d'un cours fictif. C'était du vol et il avait ruiné de nombreux usagers des banques argentines, notamment les entreprises françaises. Mais les principes avaient été respectés :  la valeur faciale des dépôts  était respectée.

Ici on ne ruse pas. On prend et on empêche le client de se retourner contre sa banque : ce n'est pas elle qui a pris ou perdu l'argent déposé. Mais l'Etat qui a taxé.  La réputation de place de Chypre est en même temps sauvée (momentanément)  et anéantie (durablement). Ce qui entraînera à terme la faillite de toutes les banques qui y travaillent et il faudra soutenir l'île à nouveau !

L'affaire éclaire plusieurs aspects importants de notre système financier.

- D'abord, on a laissé les banques chypriotes engager des actifs qui représentent 8 à 9 fois la valeur du PIB de Chypre. C'est la même histoire qu'en Islande ou en Irlande.  L'Etat est dans l'incapacité de garantir quoi que ce soit.  Normalement le capital des banques aurait du servir d'amortisseur pour les pertes éventuelles, avant que l'on s'en prenne aux dépôts.  Les pertes ont été tellement énormes que même les nouvelles règles prudentielles de Bâle III n'auraient pas permis de faire face. Aucune garantie implicite ou explicite n'aurait permis de faire face.  Ruiner les Chypriotes pour qu'ils couvrent les dettes des banques aurait été vain. Les Islandais et les Irlandais  doivent ruminer leur haine, puisqu'eux y sont tenus, du moins en partie. De même que les citoyens qui contribuent partout par leurs impôts à sauver leurs banques nationales. Il serait normal que dès que les actifs des banques d'un Etat représentent plus de deux fois le PIB du pays, une procédure d'alerte soit mise en place.  On s'est attaqué aux banques dites systémiques. On voit bien que même les banques chypriotes inconnues le sont.

- L'affaire relance l'idée de banques de paiements se substituant aux banques de faux-dépôts. Actuellement un dépôt bancaire n'est pas un dépôt. Mais un prêt fait à la banque de façon implicite. La banque utilise pratiquement comme elle veut cette liquidité. En général elle profite d'un dépôt pour multiplier les prêts et recréer de la monnaie de crédit, ou pour investir dans des actifs dont elles espèrent une plus value. Ou elles créent de la monnaie ou elles spéculent.  Si le portefeuille de prêts est non performant ou si les actifs perdent de la valeur, les dépôts de la banque sont en danger.

On fait une distinction théorique entre crise de liquidité et crise de rentabilité. Dans la pratique les deux mécanismes jouent ensemble.

Pour limiter les risques de panique et de ruées sur les guichets, les Etats se sont organisés. On a créé des banques centrales étatisées qui doivent faire face aux crises de liquidités. La loi a imposé le recours aux comptes de dépôts  et aux paiements bancaires pour pratiquement toutes les dépenses un peu importantes (versement des salaires, gros achats, etc.). Le fisc ne vous rembourse que par virement.  Il est désormais quasi impossible de vider un compte en monnaie banque centrale : on exige de faire un virement dans une autre banque. Les banques, aux limites de la loi, imposent de retirer du liquide à leurs guichets automatiques. Les sommes sont limitées. Les ruées sont rendues impossibles. De toutes façons, il est interdit de se promener avec de grosses sommes : 10 mille euros maximum.

Les Etats ont donc créé le besoin de passer par une banque et l'obligation de déposer. En laissant entendre que le dépôt était sûr. Si un mouton noir venait à ternir la place, la solidarité des autres acteurs joueraient à plein. Et l'Etat serait là !

"Soyez confiants !"  ont dit les Etats Européens : vos dépôts ne risquent rien. Et voilà que cyniquement on en prélève le dixième à Chypre !

Lorsque la confiance dans un système aussi trompeur et branlant est ébranlée, les conséquences peuvent être rapidement dramatiques.

Nous réitérons pour notre part notre suggestion de banques de paiements.

Une banque de paiements reçoit vos dépôts, mais ce sont de vrais dépôts. L'argent est consigné et vous appartient. Vous l'utilisez comme bon vous semble. Vous pouvez le laisser là : c'est la thésaurisation en espace protégé ; vous pouvez l'utiliser, la banque de paiement offrant tous les services correspondants (chèques, virements, retraits d'espèces, etc.).  Vous pouvez le placer et investir. Les produits financiers sont achetés à ceux qui les proposent qui  statutairement ne peuvent pas être des banques de paiement mais des établissements financiers et qui travaillent sans filet public. Si vous avez mal investi c'est pour votre pomme. A vous de choisir l'établissement et le produit financier qui vous convient. En cas de problème vous perdrez tout ou partie de vos placements. Pas vos dépôts. Il y a plus qu'une nuance.

Il y a aura compétition sur le service et son coût entre banques de paiements qui deviennent des sociétés de service comme les autres. On veillera à ce qu'aucune banque de paiement ne dépasse 5% de la collecte pour éviter oligopoles et monopoles.

Les institutions de placement seront en concurrence pour séduire l'épargnant et proposeront une gamme de produits plus ou moins longs plus ou moins risqués.  A cette épargne ciblée correspondront des activités de prêts et de spéculations également ciblées, avec un rapprochement des durées d'immobilisation des ressources et des emplois. Le système financier sera beaucoup plus stable et plus honnête.   

- Troisième aspect de l'affaire chypriote : la crise bancaire n'est pas terminée. Le hanneton continue à pousser devant lui sa boule de crottin. Des milliards de dettes irrécouvrables sont recyclées jusqu'au jour où le recyclage ne marche plus. La pyramide de dettes continue à s'effondrer mais de ci de là par petits paquets. Il en reste pour 10 à 15.000 milliards de dollars.  

Seulement.

Fonctionnaires : une victoire à la Pyrrhus ?

L'énarchie compassionnelle dirige la France depuis Chaban-Delmas et sa nouvelle société, façon Delors. La crise de 1974 a liquidé les anciennes équipes gaullistes et Giscard est venu : la gauche n'avait plus le monopole du cœur.  On eut droit à un septennat fiscal. La crise du début des années 80 balaiera Giscard et nous vîmes arriver les joueurs de flutes socialistes qui asphyxièrent l'économie à force de mesures fiscales et d'étouffement économique. Après que l'énarque Rocard eût fini de gaspiller tous les bénéfices du cycle haut de conjoncture de la fin des années 80, il fallut faire face à la crise sévère de 92-93. Les socialistes furent balayés et Juppé vint qui assomma la France d'un violent coup de massue fiscale, parvenant à créer en 1996 une récession sui generis. Nous eûmes alors Jospin qui comme Rocard gaspillera tous les bénéfices de la phase de haute conjoncture de la fin des années 90. Il sera balayé par la crise du début des années 2000 laissant la France totalement engluée dans des prélèvements phénoménaux et déclassés dans la compétition mondiale par l'hyper réglementation du marché du travail et les 35 heures. Nous eûmes alors la gestion prudente de Chirac, avec des réformes homéopathiques puis la promesse de rupture de Sarkozy. La promesse ne sera pas tenue et le coup de balai sera inévitable après que la crise ait de nouveau soufflé les braises du déclin français.

Voici venu le temps de l'énarque Hollande, qui se saisissant du gourdin de Juppé et dans la continuité de la politique initiée par Sarkozy vient d'asséner à nouveau un énorme coup de massue fiscale sur les Français. Aucun énarque ne voulant jamais s'attaquer à la muraille de Chine française, un secteur public hypertrophié qui asphyxie l'économie, ce Monsieur Hollande après quatre mois de villégiature heureuse, s'est décidé à en faire l'aveu public.  

Frais et dispos il vient le 9 septembre 2012  d'expliquer que contrairement à ce qu'il avait pu laisser croire, la crise était sérieuse, qu'elle s'était même aggravée pendant qu'il prenait le soleil, que la disparition du diable Sarkozy et le détricotage de sa politique ne suffiraient peut être pas pour passer des "ténèbres à la lumière",  que les "riches" ne pourraient pas tout payer et que son "sens des responsabilités" lui commandait de prélever 20 milliards de plus sur les Français, après les 8 milliards  de juin. Il est vrai que les cadeaux au peuple pour se faire élire représentaient à peu près vingt  milliards  et qu'il y a surement un plaisir pervers  à faire payer son élection aux électeurs.

Il annonça fièrement que le secteur public et sa dépense phénoménale, seraient intangibles. Nous aurons en 2013 la même dépense publique exactement qu'en 2012. Sarkozy par prudence électoraliste avait dit exactement la même chose un an plus tôt. La dépense publique est, en France, sanctuarisée. Elle l'a été sous tous les Présidents de la République successifs, sauf les gratouillis de la RGPP et le remplacement d'un fonctionnaire sur deux  sous Sarkozy. On sait qu'il ne s'est agi que d'un très léger sillon. Les gains, presqu'infimes,  seront redonnés à 60% non pas au pays mais au secteur public.

Toutes les gazettes ne cessent de rappeler que nous dépensons 600 milliards de plus que les Allemands, bien plus nombreux que nous. Attaquer ce monceau de gaspillages éhontés et de captations intéressées ?  Vous n'y pensez pas ! Jamais le cynisme des hauts fonctionnaires n'a été aussi évident, aussi assumé, aussi contraire à l'intérêt national.

Alors on va assommer le reste des Français comme l'avait fait sans aucun scrupule M. Juppé après la crise de 93.  

Nous avons déjà évoqué sur ce blog le fait que quelques milliers de Français vont avoir la joie de voir leur revenu totalement confisqué, une pratique qui signe la mort du pacte républicain.

Signalons que désormais on va taxer des revenus qui n'existent pas. Montrons le sur un exemple :   

Les intérêts du capital seront fiscalisés jusqu'à 45%. Seulement voilà : les intérêts actuellement servis sont inférieurs à l'inflation. Ils sont, au réel, négatifs.  Ce n'est pas grave : on taxera le nominal comme si c'était une richesse réelle. La rentabilité du capital sera négative pour l'investisseur. Pour les "salauds de riches" on ajoutera l'ISF doublé. Cher capitaliste, n'oubliez pas d'investir : vous aurez une perte garantie de 2 à 3%, plus si la planche à billets de M. Draghi relance l'inflation. Heureux ?

Pendant ce temps là on empruntera l'argent libéralement mis à disposition des banques et des Etats par le Super-Mario de la BCE. La dépense publique sanctuarisée sera financée, n'en doutons pas, et les Allemands marginalisés.  La déclaration de cet ancien de Goldman Sachs ne laisse aucun doute : on financera bien, contre la lettre des traités, les déficits publics. Nécessité fait loi.

Est-ce que les fonctionnaires sont gagnants dans l'opération ? Globalement leur emprise sur la société reste assurée mais individuellement, chacun d'entre eux est une cible fiscale de choix.   

Les fonctionnaires ont obtenu un salaire moyen supérieur au reste des Français. Ils paient pratiquement tous l'impôt sur le revenu. La conjonction du maintien du niveau global de la dépense publique à sa valeur de l'année passée et du fait qu'on ne revalorise pas les seuils de l'IRPP progressif, fait que leur pouvoir d'achat baissera du montant de l'inflation et de l'effet de la progressivité. On laisse entendre qu'on ne fera pas jouer les mécanismes de progression plus ou moins automatique de la rémunération des fonctionnaires, glissement catégoriel, ancienneté, etc. C'est normal : compte tenu des augmentations de postes envisagées l'équation financière ne peut se résoudre en laissant jouer ces mécanismes.  

A cela s'ajoute la CSG. On n'a pas dit de combien elle va augmenter : 2, 3, 5% ? Nul ne sait. Il faudra encore quelques mois pour que M. Hollande dise la vérité aux Français sur ce sujet. 

On sait que cette politique dite "de redressement", pour ne pas dire de rigueur, va durer au moins jusqu'en 2014.

De 92 à 94, les fonctionnaires auront donc perdu entre 6 et 10% de leur pouvoir d'achat. Sans trop le dire.  

En contrepartie on n'aura fait aucune réforme du secteur public.

En votant Hollande, les fonctionnaires ont organisé leur Fort-Chabrol. Derrière les murs, c'est la régression qui s'installe.

Entre 2009 et 2014, inclus, la population active des non fonctionnaires  aura perdu, en moyenne,  environ un cinquième de ses ressources. C'est que le chômage et les fermetures d'entreprises les concernent eux et que désormais c'est la Bérézina. Pendant qu'on augmente de plusieurs dizaines de milliers le nombre des emplois précaires publics, c'est par centaines de milliers qu'on aura compté les pertes d'emplois du secteur privé.

Des secteurs entiers de l'économie française voient leur chiffre d'affaire baisser dramatiquement. Ne parlons pas de l'immobilier, qui est désormais sinistré. De la construction automobile, qui est au désespoir. De la mécanique, qui s'effondre après s'être effritée. Même le tourisme est en baisse. Paris a connu son pire été depuis la guerre ! Tous les produits de consommation qui marchent viennent de l'étranger : nous ne savons même plus les fabriquer !

2013 sera une année de récession, comme 2012. Cinq ans après le début de la crise en été 2007 !

Notre sort est désormais entièrement entre les mains de l'étranger.  Si l'Europe continue sa descente aux enfers, elle ne nous aidera pas. Aucune réforme n'a été faite au niveau mondial. Les causes de la crise sont toujours là, immuables et figées, sanctuarisées elles aussi  par ceux à qui elles profitent.

Le seul espoir, c'est le cycle. On sait qu'après 5 à 6 ansde crise d'adaptation les forces de l'économie reprennent spontanément si on ne les étouffe pas.  

Si l'économie mondiale repart,

Si l'Europe ne se disloque pas,

Si le déchaînement fiscal n'étouffe pas totalement la France,

Alors  le marécage dans lequel on patauge connaîtra quelques vibrations positives.  

Le bloc des fonctionnaires pourra pavoiser avec son chef : il aura pu comme dans les années 90 faire porter le gros du poids de la crise aux non fonctionnaires sans pratiquement rien changer des abus qui ruinent la France.

Mais l'Europe peut se disloquer.

Mais la récession peut s'aggraver ou s'éterniser à la mesure de la dette colossale qui pèse sur le monde et dont plusieurs milliers de milliards de dollars ne sont  toujours pas recouvrables.

Alors la France figée dans sa graisse administrative, sa haine de l'entreprise, le boboïsme ambiant et le politiquement correct absolu  de ses pseudos élites intellectuelles, sortira de l'histoire, vieux ballon crevé qui recevra tous les coups de pieds et de crampons du monde. Sa jeunesse aura été désespérée et  le noyau dur de la nation détruit.

Rappelons ces faits aussi cruels que honteux :

- Les dépenses publiques dépasseront en 2012 et encore plus en 2013  le montant de la valeur ajoutée du secteur marchand.

- Il manque entre 5 et 10 millions d'emplois salariés privés en France.

- Notre dette publique est supérieure à 100% de la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand.

A fin 2012 cette situation se sera aggravée par rapport à 2011. En 2013 elle sera encore aggravée par rapport à 2012.

La victoire des fonctionnaires sera une victoire à la Pyrrhus. Peut-être vaudrait-il mieux que cette collectivité, ses syndicats  et ses chefs commencent à comprendre qu'il est de leur intérêt bien compris de restructurer complètement l'immense bloc administratif français. Nous avions écrit en 1997 : "Ffonctionnaires n'oubliez pas que si vous n'êtes pas en première ligne sur le front de la mondialisation vous serez en première ligne si l'Etat ruiné ne peut vous payer". Il suffit de regarde ce qui se passe en Grèce, en Espagne ou au Portugal pour le vérifier.  M. Hollande et les énarques du PS vous ont laissé croire qu'en taxant les riches à mort vous éviteriez le pire. Et que leur ennemi était la finance. En fait vous êtes les compagnons de route de la finance internationale. L'un comme l'autre vous êtes des créanciers du système en grand danger de perdre votre mise.

Il faudra bien un jour que la classe des fonctionnaires comprenne qu'elle a besoin non pas d'un Draghi qui garantit leur paie mais au nominal,  ou d'un Hollande, qui les protège mais au prix d'une régression de leur niveau de vie, ni des Verts qui veulent installer leur décroissance sur des bases durables, mais d'un secteur productif fort et dynamique. Comme il ne peut l'être que si l'anomalie administrative française disparait, son vrai combat devrait être de réussir sa restructuration pas de la bloquer.

Le PS est incapable de porter ce message que beaucoup plus de fonctionnaires que l'on croit sont à même de capter et de faire leur.      

L'UMP le peut-il ?

Ce parti n'a pas plus compris que le PS dans les années 2000 qu'il fallait qu'il recompose entièrement sa philosophie politique. Il ne suffira pas d'attendre que la crise balaie à nouveau les équipes en place.

Le PS, faute d'avoir fait sa mue, se retrouve au pouvoir comme il était dans l'opposition :  à côté de la plaque, hors sujet et finalement exclusivement préoccupé par la guerre de places et, pour le gagnant du loto électoral, par la com'  chargée de maîtriser l'opinion publique pour durer le plus longtemps possible, à la tête d'une France qui se ridiculise à l'international et s'effondre à l'intérieur.

De même que le PS aurait du avoir un projet pour le secteur productif, l'UMP doit avoir un projet pour le secteur administratif.  Ce n'est pas en annonçant une purge et des mesures draconiennes contre lui qu'on le rendra réceptif aux réformes nécessaires. Mais on lui montrant qu'il a un rôle éminent et des responsabilités fortes qui lui imposent des réformes certes considérables mais globalement positives et congruentes avec un sursaut national. Tout vaut mieux pour elle que de devenir une masse pléthorique, bloquée, démotivée et paupérisée,  inutile voire néfaste à l'Etat, et à la Nation.

L'oeuf, la poule, la crise et les droits de l'homme

"Du jamais-vu. Biscuitiers, pâtissiers, fabricants de pâtes alimentaires et industriels de la panification sont confrontés à une pénurie d'œufs en Europe. La situation va continuer de s'aggraver, pour atteindre un déficit de 20% en juin, selon le Comité européen de gestion des produits avicoles".

«Malgré les difficultés rencontrées par de nombreux éleveurs pour s'y conformer, la Commission européenne ne tolère aucun assouplissement quant à l'obligation depuis le début de 2012 de mise aux normes des cages des poules pondeuses », regrette la Coordination rurale (CR) dans un communiqué diffusé mardi. Le syndicat « dénonce l'irresponsabilité de cet entêtement, qui conduit aujourd'hui à une pénurie d'œufs en Europe sous prétexte de mieux-être de nos poules européennes».

"La mise aux normes européennes «bien-être» des cages de poules a provoqué une crise de pénurie et logiquement une flambée des prix dans la filière œufs. En raison du coût des investissements, une partie des éleveurs a préféré jeter l'éponge. D'autres ont pris du retard et certains ont opté pour la retraite un peu plus tôt que prévu."

«Il manque 10 % de la production. Le pire est à prévoir au mois d'avril et je ne pense pas que la situation redeviendra normale avant octobre-novembre», commentait, début mars, Alain Le Pimpec, le dirigeant de la casserie d'œufs, Atlantic Ovo. Ses estimations se sont révélées exactes : son entreprise de Kernascléden (56) a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce. Selon le Syndicat national des industriels et professionnels de l'œuf (Snipo), Atlantic Novo traite 200 millions d'œufs par an pour un chiffre d'affaires de 12 M€. Entre 35 et 40 personnes travaillent dans cette société du centre-Bretagne.
La crise est européenne. La première casserie espagnole est en liquidation et deux casseries allemandes en redressement."

"Le Copa-Cogeca attire également l'attention de la Commission, du Parlement européen et des gouvernements de l'UE sur la cherté des aliments, qui représentent plus de 60 % du coût de production d'une volaille. Pour passer cette période difficile, l'industrie demande des mesures exceptionnelles, le temps que le marché retrouve son équilibre".

"Les organisations agricoles et coopératives européennes (Copa-Cogeca) ont averti, le 16 mars 2012 dans un communiqué, que la pénurie actuelle d'œufs dans l'UE accroît le risque d'importations en provenance de pays tiers qui ne respectent pas les nouvelles normes européennes de bien-être des poules pondeuses".

« Alors que 20% des besoins de l'UE ne peuvent plus être satisfaits à ce jour, la Commission évoque la possibilité de recours à des importations de pays tiers (Etats-Unis, Mexique, Turquie), mais relativise en précisant avec légèreté qu'il s'agit « sans doute d'une tendance de court terme, pour répondre à la pénurie sur le marché, plutôt que d'un changement permanent ». Ainsi, les consommateurs devront donc consommer des œufs produits avec des normes de bien-être animal et sanitaires bien inférieures à celles qui étaient jusqu'alors pratiquées en Europe ! Est-ce cohérent  ?», interroge la CR.

"Alors que les éleveurs européens ont investi plus de 5 milliards d'euros dans la mise aux normes de leurs installations et que l'UE bannit la production de ceux d'entre eux qui ne l'ont pas fait, il est absurde de ne pas appliquer les mêmes standards de production aux importations".

"Tous les opérateurs sont exposés au manque de production et subissent de plein fouet la hausse de prix de matière première. On pourrait assister à des défauts de paiement ou à des ruptures de livraisons. Les entreprises qui exportent sur les pays tiers sont les plus touchées car elles subissent une concurrence déloyale". .

On pourrait ainsi continuer les citations de la presse de ces dernières semaines. Toute l'industrie agroalimentaire basée sur la transformation des œufs est en difficulté. En France, la pénurie a déjà coûté plus de mille emplois. Et plusieurs règlements judiciaires s'annoncent après déjà trois ou quatre faillites.

L'affaire est tellement représentative de l'esprit du temps qu'elle en devient exemplaire. Pendant la campagne, tous les candidats la main sur le cœur ont crié "l'emploi, l'emploi, l'emploi". Entre celui qui voulait aller chercher l'emploi avec les dents et l'autre qui voulait le financer avec l'argent des autres, c'est à qui irait le plus loin dans la surenchère.

On a même un Ministre du redressement productif, accordé à un "bavard" professionnel qu'il importait de neutraliser avec un maroquin. C'est dire l'importance du sujet.

Qui parle du redressement de la production d'œufs, protéine peu coûteuse pour temps de crise et de l'emploi des éleveurs ? Parions qu'on ne fera pas du redressement productif au cul des poules !

Et comment le pourrait-on puisque le sujet est hors de portée du gouvernement national.

Nos casseries sont à la casse du fait des tracasseries de la Commission de Bruxelles.

Monsieur "moi président", le très honorable Hollande, n'a rien à en dire, rien à en faire. Ce n'est plus son boulot.

Ah qu'elle était belle cette initiative qui a poussé au vote  unanime de la reconnaissance des droits de la poule. Pendant tout le temps où on discutait de la nouvelle "constitution européenne", les thuriféraires de la chose n'arrêtaient pas de bassiner l'électeur avec la "subsidiarité". L'Europe, c'est pour les choses cruciales disaient-ils. Pas pour les détails auxquels la dimension européenne n'apporte rien.

Nous vivons des temps où la compassion exige la multiplication des "droits à". Pour avoir des "droits de" il fallait une conscience et une autonomie d'action. Pour les "droits à",  la volonté du sujet de la législation n'est pas nécessaire. Alors on a inventé les "droit à" des animaux, à l'image des "droits à" des hommes.  Nous avons depuis 48 une charte internationale pour la prévention et la sanction des génocides. Pourquoi n'aurions pas une charte des droits des animaux  et une charte de la poule pondeuse ?

Quelques philosophes, sans doute ringards, se tuent à répéter qu'il faut hiérarchiser. Mais dans notre relativisme général, la poule vaut bien l'homme. L'examen des questions au gouvernement pendant les années 2000 sur cette question grave des droits de la poule pondeuse à 25 cm2 de plus dans sa cage, montre qu'il n'a pas manqué un parti pour "exiger" du gouvernement qu'il montre dans cette affaire toute sa diligence à faire passer dans les actes internes la merveilleuse directive de 1999.

Ah ! Quelle est belle, qu'elle est généreuse, la voix émue de l'élu(e) prenant la pose à la tribune devant un hémicycle vide pour crier ses exigences, son impatience, sa vertueuse indignation; devant les retards mis à satisfaire la poule pondeuse !

"La puissance de l'homme sur la poule lui commande des devoirs. C'est à la manière dont on traite la poule qu'on mesure le degré d'humanité d'une nation, d'un état, d'un régime. Voici venu le temps des droits de la poule et du citoyen ".  Voici venu le temps des Déroulède volaillers !

Le plus comique dans l'affaire est de voir la Bretagne, anciennement MRP et convertie désormais au socialisme européiste de rosaires et de rosières, frappée la première (mais hélas pas la seule) par l'effondrement de la filière. Le pays de l'or jaune rie jaune, à la grande joie mauvaise des Verts. La madeleine est à un carrefour, en croix et en pleurs.

Quelle serait touchante l'amicale claque du député "farouchement mobilisé pour l'emploi" sur le dos du patron ruiné et l'épaule de ses salariés au chômage et émouvant son discours : "Grâce à nous les poules ont Poule emploi, une jolie norme que nous avons voté à l'unanimité et qui prouve notre souci humanitaire. Elles auront désormais 25cm2 sous les pattes dans les cages agréées. Et vous vous aurez Pôle emploi et 25 cts de l'heure au RSA pour ranger les cages déclassées. Ne dites pas qu'on ne fait rien pour un monde meilleur".

Oh ! La normalisation de la cage n'a pas été une mince affaire. Il fallait au moins trente énarques, une centaine de spécialistes des 2x pays, et quelques Mamamouchi d'importance pour en valider les contours.

-"Mon cher je crois que l'orientation du cul des poules dans cette cage n'est pas absolument optimale"

-"Ma chère, votre sens des droits de l'homme est au plus haut. Comme vous avez raison. Le cul de poule c'est farouchement tendance pour un œuf constitutionnel et garanti par la charte".

- "Mon cher, vous parlez d'or mais je me demande si votre bouche ne commence pas, elle aussi,  à prendre un drôle d'air."

- "Ma chère, me prendriez-vous pour Balladur ? "

Bref, alors que la crise la plus grave depuis 1929 frappe la France, l'Europe, le Monde,  nous, nous cherchons la gloire dans l'affirmation rigoureuse et impitoyable des droits "humains" de la poule pondeuse, au prix du chômage de milliers de personnes dans l'Europe, d'une aggravation de la fiscalité, de la ruine de familles d'entrepreneurs, de l'inflation des prix à la consommation et de déficits extérieurs aggravés.

20% des poules pondeuses ont été abattues en Europe, le plus beau massacre de poules depuis le début du marché commun.

Sûrement en totale conformité avec la charte européenne de l'abattage des  gallinacées.

Quelle belle âme européenne nous avons !

Miam ! Miam ! (en toute subsidiarité).



Dette : deux mots à Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro.

Les lecteurs du Figaro connaisse bien Ivan Rioufol ainsi que les spectateurs des diverses chaînes de débats télévisés de la TNT (télévision numérique terrestre). Cet éditorialiste aime bien fustiger les politiques. Il n'aime pas leur "droit de l'hommisme", leur "politiquement correct", leur trop grand souci vis-à-vis des immigrants, leur incapacité à voir les dangers de l'islamisme, leur peu d'ardeur à identifier les vrais problèmes de la société et à les corriger. Pour lui les Français sont des "citoyens abandonnés" par les vilaines élites politiques mondialisées. Zemmour-Rioufol même combat !

Dans son éditorial du 20 janvier 2011 il s'en prend violemment aux politiques à qui "il reste à affronter leurs erreurs passées" en matière de libéralités diverses qui ont conduit à un endettement suffocant. C'est un thème que nous explorons si souvent que nous ne saurions lui en faire grief.  La charité publique sans limite avec l'argent des autres qu'il soit prélevé ou emprunter a bien  mis la France dans une situation impossible.

Nous aimerions même qu'Ivan Rioufol et ses amis du Figaro aillent plus loin : qu'ils comparent sur les quarante années passées la croissance de la valeur ajoutée des entreprises privées et celles des dépenses publiques. Ils verraient que nous en sommes arrivés au point où la dépense publique dépasse la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand privé !  Cela veut dire que même si les entreprises cessaient d'amortir leurs machines, les salariés de toucher leurs salaires, les capitalistes de toucher leurs profits, et donnaient tut à l'état, absolument tout, cela ne suffirait pas à payer les dépenses publiques.

Il est sûr qu'on est dans le mur et que pour en sortir il n'y a qu'une solution : diminuer drastiquement la dépense publique. Le dernier plan Fillon qui propose 10% de réduction de dépenses publiques contre 90% d'augmentation d'impôts n'est visiblement pas dans le bon axe. Il est vrai que  Le Figaro malgré son optique pro gouvernementale l'a remarqué.

Il faut bien à la France la "kartoffelkur" que les Danois ont réalisé, après les Canadiens, les Suédois, les Néozélandais, et même les Allemands dans une certaine mesure.  Pendant près de 20 ans ces succès ont été totalement passés sous silence  dans la presse nationale quotidienne. Qu'ils viennent aujourd'hui à la surface de leurs pages, bravo ! Ils n'avaient aucune vocation à rester dans la seule blogosphère.

Vous avez raison M. Rioufol. Il serait absurde pour les politiques  des partis de gouvernement de  "faire taire les enquiquineurs à calculette".  Nous en sommes ! Dénoncer publiquement les "vérités interdites" est une excellente initiative.
Nous avons décidé de vous y aider en abordant un aspect qui vous intéresse et que vous n'avez pas encore traité, sans doute par simple oubli : les subventions à la presse.  Ces subventions sont vertigineuses par leur nombre, leur ampleur, leur croissance. Elles ont largement contribué à la dérive de la dépense publique  et de la dette que vous dénoncez de façon si juste.  Le président Sarkozy, en dépit de sa volonté de rupture et M. Fillon son premier Ministre, malgré l'état de faillite qu'il avait diagnostiqué, n'ont pas remis en cause ces libéralités. Au contraire ils ont massivement activé la "pompe à phynances" pour vous gorger de subventions.

Il n'y a pas un seul acteur de la vie d'un journal, qu'il s'agisse de ses propriétaires, de ses journalistes, de ses ouvriers, de ses distributeurs, de ses supports qui ne soit grassement subventionné.

Pourtant lorsqu'on regarde le capital des grands journaux on ne voit guère la justification de ces libéralités. Le Figaro est détenu par M. Serge Dassault, très estimable milliardaire, vivant encore largement en symbiose avec l'Etat. Le Monde est entre les mains de M. Lagardère dont la fortune s'est constituée également dans les canons et la connivence publique et d'un trio de milliardaires moins marqués dans les armes mais tout aussi milliardaires. M. Xavier Néel a fait fortune dans les messageries pornographiques  et le Minitel, la plus belle innovation technocratique française, avant d'investir dans le téléphone et désormais Internet. M. Bergé est un socialiste milliardaire anciennement spécialisé dans l'exploitation et la promotion des grands talents artistiques comme MM. Bernard Buffet et Yves  Saint-Laurent. M. Pigasse est un candidat milliardaire façon Lazard, avec tonalité Rocker. Libération est amicalement soutenu par un Rothschild  peu connu pour son manque de moyens. Le Nouvel Obs est entre les mains d'un milliardaire discret mais puissant, Claude Perdriel. L'arrivée de Mitterrand lui a permis de racheté le Vivier, cette belle propriété qui a servi à tourner le film Le Président avec Jean Gabin et dont la valeur aujourd'hui doit tourner autour de 10 millions d'Euros. On pourrait continuer ad libitum avec les autres magazines (Marianne, …) et la presse régionale (Jean Michel Baylet, le fameux "veau élevé sous sa mère", et son groupe politico capitaliste de la Dépêche), dont aucun des propriétaires n'est spécialement pauvre. Les saga Amaury ou Hersant, le "papivore", prouvent qu'on a pu encore faire fortune en partant de rien dans le domaine de la presse.  Pourquoi des subventions ?

L'observation des rémunérations des journalistes n'inspire guère plus de pitié. Le temps du journaliste famélique est terminé depuis longtemps. Le recrutement ne se fait plus dans les rangs anciennement innombrables des non-titulaires du Baccalauréat et des farceurs à belles plumes.  Sortir de "Normale Sup" est désormais de mise pour diriger une rédaction que ce soit de la variante Saint Cloud pour Nicolas Demorand ou Sèvres pour Christophe Barbier.  Les meilleurs éditorialistes ou chroniqueurs ont rapidement compris les énormes possibilité du multimédia et du "vu à la télé".  On voit leur "bobine" partout. Leurs livres sont partout en devanture des librairies.  L'exemple d'Alain Duhamel participant allègrement aux médias écrits (livres et un nombre étonnant de journaux en province, radios, télévision) a été suivi par pratiquement tout le monde, y compris les belles plumes du Figaro. Où ne voit-on pas Yves Thréard ? Le succès poly médiatique récent  d'un Eric Zemmour est tout à fait spectaculaire. Vous-mêmes M. Rioufol… Rassurez vous, nous ne visons pas le Figaro spécialement  : ce fut pareil pour le Monde  et les fortunes de Jean Marie Colombani ou de son mauvais diable, aujourd'hui à Médiapart, Edwy Plenel,  sont là pour le confirmer.

Cet enrichissement est une excellente chose. Il est du largement aux talents des journalistes concernés. Mais en quoi justifie-t-il que ces activités soient subventionnées par l'Etat et les revenus des journalistes détaxés, ces avantages étant payés notamment par les pauvres qui paient la TVA?

On pourrait dire la même chose des non journalistes travaillant pour les journaux. Les ouvriers du livre sont une catégorie de salariés particulièrement chouchoutée avec un temps de travail très réduit, parfois nul, des avantages innombrables et des salaires souvent mirobolants. Les propriétaires des journaux ont choisi de pactiser avec le Syndicat du Livre en s'entendant sur le dos des contribuables pour faire financer une partie de leurs abus par l'impôt.
Un seul propriétaire s'est révolté contre les abus du Livre CGT :  Emilien Amaury, il y a bien longtemps.  Il n'a pas été soutenu et au contraire condamné par tous les autres propriétaires,. Son combat a sans doute un lien avec sa mort. Le Parisien aura le lendemain de son décès ce titre éloquent : "le cheval d'Emilien Amaury sort indemne d'un accident".  Rappelons que la CGT fera de ce combat une bagarre de chiffonniers allant jusqu'à la mort d'autres hommes.  Le courage d'Amaury aura été bien solitaire.

On pourrait légitimement penser que parmi les erreurs passées des gouvernements successifs vous alliez dénoncer, M. Rioufol, cette abondance de subventions aussi  massives que dénuées de justification.  On attendait des articles vengeurs avec des titres comme : "Non l'état n'a pas à payer pour les riches quand ils sont propriétaires de journaux" ; "Non ce n'est pas à l'état de payer la conversion au numérique de la presse", "Non ce n'est pas à l'état de nous aider à financer les contrats fous que nous avons passé avec les ouvriers du livre", "Nous ne voulons plus de subventions à la distribution des journaux",  etc.  Vous auriez pu tenir au moins un an avec un philippique de ce genre chaque semaine.

Mais là, rien. Le silence complet. On regarde ailleurs en sifflotant. "Les pratiques frauduleuses à la limite de la voyoucratie" des Ouvriers du Livre ne méritent pas d'être aérées dans votre éditorial. Le "frein à la modernisation libérale du pays" que constituent les impôts versés aux journalistes et aux  propriétaires de journaux n'existe pas. Serait-ce une de ces "vérités interdites" ?

La cohérence voudrait que vous auto-dénonciez les subventions et avantages publics qui baignent votre activité. Mais vous ne le faites pas M. Rioufol. Partout dans la presse ou dans les médias radio télévisés on n'entend parler que de la spécificité de la culture, qui doit être massivement aidée, de la fragilité des journaux, qui doit être compensée par l'impôt, pour que le débat public ait lieu. La collectivité des journalistes considère que l'Etat doit avoir une politique de soutien "à la démocratie", c'est-à-dire à eux.  Les journaux ont un "droit à" la subvention publique sans limite.  Leur pouvoir de nuisance  est très bien compris par les politiques qui de tout temps et en particulier dans la période récente de surendettement des Etats ont multiplié les arrosages fiscalisés ou pris directement sur la dette.

L'endettement de la France provient pour partie de l'acharnement des journalistes et des propriétaires de journaux à obtenir des subventions et des avantages.  La désintoxication générale passe aussi par le démantèlement de tous ces dispositifs.

On s'attend d'ailleurs à ce que le Figaro commence une campagne en ce sens dès lundi prochain. Merci de vous atteler Monsieur Ivan Rioufol à l'éradication de  ce compartiment du "modèle français" dont vous dénoncez si bien les autres composantes. Nous, ici, on vous soutiendra

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes e-toile.



La "victoire" à la Pyrrhus de J.C.Trichet

 

M. Trichet quitte la présidence de la BCE sur un triomphe : l'inflation sous son mandat n'a pas dépassé 2,1%. Il a raison de pavoiser : c'était son seul objectif statutaire.

Tout autour, ce n'est qu'un champ de ruines. Les bourses sont effondrées, les banques en faillite, les états asphyxiés par leurs dettes, les chômeurs partout, la peur enveloppant l'ensemble.

Le seul contraste entre l'objectif atteint de la BCE et la désolation de l'Euroland devrait faire réfléchir.

Il doit y avoir une erreur quelque part !

Des deux côtés de l'Atlantique on a cru que des monnaies administratives flottantes gérées par des banques centrales indépendantes seraient bénéfiques si ces dernières contenaient les prix  à la consommation dans des limites raisonnables. 2% d'inflation est considéré comme raisonnable.

Cette idée est fausse. Alan Greenspan l'a reconnu. Cela aurait été a la gloire de JC. Trichet de le reconnaitre aussi.

Etats, banques, monnaie,changes, commerce extérieur, balance des paiements forment un tout. L'objectif global raisonnable est  le plein emploi dans une économie en bonne santé. Dissocier les objectifs et les moyens est une sottise. Avoir globalisé les institutions en découplant les politiques était une erreur majeure. 

Reconsolider les politiques à l'échelon national ne donnera rien.  Il faut donc reconsolider a l'échelon européen et mondial.

La consolidation mondiale ne peut se faire qu'autour d'une monnaie internationale étalon et de changes concertés. La consolidation européenne ne peut se faire qu'en coordonnant budgets, changes, crédits et monnaies.

Coller au statu quo dans la morosité de l'entêtement ne mènera a rien.

 

 


Retour vers le futur : 1935 ?

La tentation des comparaisons historiques plus ou moins bancales est toujours grande lors des crises un peu sévères. Quand l'avenir est incertain, on aime se raccrocher à quelque chose de familier même si le passé lointain est généralement plus fantasmé que connu.

On l'a bien vu hier soir dans un de ces débats télévisés où deux intervenants censés avoir des connaissances économiques solides se sont empoignés pour affirmer, pour l'un que la déflation était la raison de l'arrivée d'Hitler au pouvoir, pendant que, pour l'autre, c'était la déflation.

La minuscule affaire grecque, une perte sur crédit d'une centaine de milliards d'Euros (à rapprocher des quatre mille milliards d'Euros sur crédit perdus depuis fin 2006 dans le monde entier), fait renaître les pires fantasmes d'une montée prochaine du fascisme pour un camp, du socialisme violent pour l'autre.  Avènement d'un nouvel Hitler ou nouveau Front Populaire, tel serait le choix !

Il faut dire que les difficultés économiques stimulent les extrêmes. Mme Le Pen et M. Mélenchon tiennent désormais des discours  économiques que les tenants des principes qui nous gouvernent et qui nous ont mené là où nous sommes ne peuvent plus réellement juguler.

Dans ce maelström toutes les postures deviennent des contorsions. La droite libérale en vient à défendre les suggestions d'Attac, le mouvement post communiste bien connu. La gauche plaide pour l'austérité et la militarisation du redressement des jeunes délinquants.  Les keynésiens d'hier plaident pour une réduction drastique des déficits et de la dette. Les libéraux d'hier suggèrent qu'on pourrait nationaliser les banques, temporairement bien sûr.  Les européistes d'hier ne se souviennent plus très bien  pourquoi ils ont voulu l'acte unique et l'Euro.  Les souverainistes plaident pour un tarif extérieur commun renforcé. La BCE viole ses statuts tous les jours.

La crise a bousculé cul par-dessus tête les discours figés du politiquement correct d'avant.  L'Europe, c'était bien et cela ne se discutait pas. On pouvait l'étendre ad libitum : le mouvement d'élargissement se justifiait par le seul fait qu'il avait lieu.  L'Euro c'était bien et cela ne se discutait pas.  L'impôt: super ! La dette : pas grave ! Le désordre monétaire international  : la marque de la vitalité des marchés, à qui il aurait été stupide de s'opposer !

On s'aperçoit toujours de la fragilité des vulgates lorsque les populations s'affolent.  

Surtout quand on les laisse sans perspectives.

Mettons nous tout de même un instant dans la peau d'un chômeur qui a été licencié en 2008 et peine à retrouver un emploi trois ans plus tard, de parents dont les enfants ne trouvent pas à s'employer au sortir d'études immensément rallongées, d'accédants à la propriété à bout de ressources (ils se sont endettés pour trente ans !) à qui on a doublé la taxe foncière et fortement grossi la taxe d'habitation. A tous  on affirme : vous allez payer pour la Grèce ; vous allez payer pour sauver l'Euro et si on n'y arrive pas vous perdrez vos plans d'épargne ; vous allez payer parce que vous n'aviez pas assez payé encore alors que la France est au sommet des prélèvements.  Et à tous ces gens, une littérature pressée d'extraire le jus de la crise explique qu'ils n'ont encore rien vu, que le pire est devant eux.

Pas une explication des différentes crises qui nous frappent. Pas la moindre perspectives sérieuses de s'en sortir.  Et des élections en vue, partout, qui ont l'énorme inconvénient d'interdire la seule vertu utile en temps de crise : la constance.

Ce qui nous ramène à 1935.  La confusion la plus totale régnait comme aujourd'hui. La crise avait également quatre ans en France.  La reprise n'avait pas eu lieu. Les politiques fondées sur des a priori qui faisaient consensus ne marchaient pas.  La politique de déflation qui avait sa chance se trouvait confrontée aux perspectives d'élections perdantes. On allait sombrer dans le n'importe quoi et aggraver tout. La France sortirait des années trente en ayant perdu autant que pendant la Grande Guerre. Il lui faudra quarante ans pour se remettre avant d'oublier les leçons si durement apprises.   
   
Quant au monde ! Il a absolument tout oublié. On a voulu créer en 1971 un monde basé sur les relations de force entre les états, systèmes sociaux  contre système sociaux , politiques contre politiques, puissance économique contre puissance économique en supprimant toutes les écluses, tous les canaux, toutes les pompes aspirantes et refoulantes.  Les américains croyaient qu'ils gagneraient facilement. Les Allemands et les Japonais étaient sûrs d'eux.  Les nationaux communistes Han ont vu la faille et ont cru qu'ils pourraient manger l'économie du monde et assurer leur domination. Les pays pétroliers pensaient pouvoir s'en sortir sans problème grâce à la manne pétrolière.      

Les Français, eux, réglaient de vieilles querelles du dix-neuvième siècle, sans se rendre compte de rien.

Nous sommes au bout de ce chemin là.  On redécouvre qu'il n'y a pas de solution sans une coopération entre les états ; qu'on ne peut pas assumer des libertés économiques sans monnaie de référence et sans politique harmonisée des changes ; que la concurrence des systèmes ne fonctionnent qu'avec des pare-chocs et des écluses.

En sécurité routière on sait bien qu'un tank aussi blindé soit-il, n'est pas sûr, pas plus qu'un cerf volant allégé à l'extrême . Il faut  éviter les chocs et en cas de choc évacuer un maximum d'énergie pour protéger les passagers.

Eviter les chocs en économie mondialisée, c'est déjà éviter les systèmes instables comme les monnaies flottantes en organisant de surcroit l'irresponsabilité totale des gouvernements vis-à-vis des conséquences de cette instabilité.  Instabilité structurelle plus irresponsabilité structurelle, les deux mamelles du désastre économique.

En 1935 tous les pays ont voulu s'en sortir par eux mêmes, ayant désespéré de toute coopération internationale, tout en ouvrant la porte à leur démons intérieurs (communismes staliniens, socialismes divers , fascisme et national socialisme).  Aujourd'hui les démons intérieurs n'existent pas : il n'y a pas de grande idéologie en attente de s'imposer. Les socialismes nationaux ou autres ne sont plus dans les esprits ni les espoirs. Les nationalismes  flamboyants ont disparu au moins en Europe même si les égoïsmes et les petits calculs demeurent.

Ce qu'il faut donc craindre c'est d'abord le n'importe quoi spontanéiste né de la peur.

Car la solution existe.  

En 1935 il était impossible d'assurer la coopération internationale autour d'un projet commun. Hitler et Staline imposaient leur loi. Des professions de foi violentes courraient le monde  et elles étaient militantes.  Les grandes puissances imposaient leur loi à de nombreuses colonies et des nationalismes s'exacerbaient, comme celui des Japonais ivres de "lebensraum".

Rien de tout cela aujourd'hui : l'islamisme radical n'est pas mort mais il est sans influence mondiale et incapable de faire lever des masses ni de proposer un  système d'organisation un  minimum sexy.  L'islamo-nationalisme iranien est contraint par les révoltes qu'il est obligé de réprimer et son isolement international.  Les rebonds de nationalisme dans les pays de l'ex URSS ou sous sa domination n'ont pas d'importance cruciale. Il faut bien retrouver un peu de quant à soi.  Le nationalisme Han est le seul qui soit réellement dangereux. Mais il est totalement dépendant de la bonne volonté occidentale. Que la Chine soit exclue de la mondialisation et le système s'effondre ! Ce sera un nationalisme prudent.
Nous sommes donc dans une situation totalement différente de 1935. Il suffirait de sortir de la confusion pour que les voies d'un redressement général apparaissent ouvertes.

Comment faire ? Il n'y a qu'un seul chemin : le G.20 annonce que les états membres  coopèrent pour mettre fin aux causes du désastre économique en cours clairement identifiées et pour créer les conditions d'une croissance dans la coopération, seule capable de liquider l'accumulation des dettes constatées depuis 40 ans.

Les causes des désordres financiers et de l'accroissement global sont parfaitement connues : laxisme financier des uns  et mercantilismes divers dans un système de changes flottants de monnaies administratives où personne n'est responsable de ses équilibres extérieurs, alors que les mouvements financiers sont totalement libérés.

Une fois le système mondial stabilisé avec des changes fixes et ajustables, une instance internationale disposant de pouvoirs réels de régulation, une coopération explicite des nations , le sauvetage de la zone Euro devient un jeu d'enfants.  

Les états redeviennent responsables de leurs comptes extérieurs et de la valeur externe de leur monnaie, tout autant que de leurs équilibres intérieurs, le plein emploi étant un des équilibres majeurs dont on parle. Ils sont obligés de coopérer pour la croissance et l'amortissement des dettes monstrueuses accumulées par le système de double pyramide de crédits Rueff-Allais.

L'absence d'idéologies délétères permet de reprendre progressivement le chemin d'une mondialisation plus heureuse sans sombrer dans les expériences mortifères.  

En 1935, les auteurs ne voyaient plus d'avenir. On croyait à la fin du cycle d'expansion appelé révolution industrielle.  Le slogan n'était pas "no future" mis c'était dans les esprits. On sait ce qui est advenu : la plus grande mutation de toute l'histoire de l'humanité !  

Ne tombons pas dans ce travers. Il est parfaitement possible de préparer un avenir intéressant et progressiste pour l'humanité.

Mais il ne faut pas se tromper de chemin.

Vérités premières et…erreurs secondes

L’avantage des crises violentes est qu’elles décillent en partie les yeux médiatiques et font tomber les inhibitions traditionnelles de la presse !

La crise de panique boursière et financière qui une nouvelle fois parcourt le monde permet ainsi à des idées considérées comme marginales ou contre le consensus de s’exprimer avec force.  L’ennui c’est que, le plus souvent, elles sont insuffisantes.  On passe d’un credo à un autre, d’une éructation à une autre et on ne réfléchit pas vraiment. Le résultat : pas de véritables perspectives.

Prouvons-le avec quelques exemples pris dans la presse rapportant des postures politiques et des propos d’économistes.  

Il est amusant que tout d’un coup les marginaux passent en première ligne. Alors qu’on n’a entendu personne du côté de l’UMP et du PS, la parole est aux Cassandre, ceux qui « l’avaient bien dit».

Dupont Aignan reprend ses antiennes habituelles : c’est la faute à l’Euro et à l’abandon absolu de toute défense vis-à-vis de la Chine.  Délocalisation et désinvestissement  sont provoquées  par la sous-évaluation de la monnaie de la Chine, « de 50% ».  On a compensé les pertes de croissance par l’endettement. Le pari était sans issue. Sans industrie pas de croissance. Sans croissance pas moyen de réduire la dette.   On est dans la nasse. Il faut se défendre contre la Chine et sortir de l’Euro. Le sauvetage de l’Euro, « c'est-à-dire des banques qui ont prêté follement à la Grèce, à l’Italie,  à l’Espagne et au Portugal » conduit à aggraver l’endettement de 45 milliards alors qu’il faudrait le réduire.  Ce n’est pas en réduisant les policiers, les enseignants et les infirmières  qu’on sortira du gouffre.  Les pays du sud de l’Europe doivent dévaluer pour retrouver le moteur de leur croissance.

La plupart de ces assertions sont justes.  Il manque simplement l’avant et l’après. L’avant : pourquoi diable sommes nous dans cette situation ? Un simple manque de vigilance occidentale vis-à-vis de la Chine ?  L’après : d’accord on dévalue partout et on « se défends » contre la Chine. Dévaluation et protectionnisme individuel des nations en cas de crise : on connait. Cela a donné la grande dépression des années trente.  Explosion de l’Euro ? Il faut dire qu’on ne peut le faire sans ruiner les créanciers des pays qui sortiront et dévalueront leurs monnaies massivement, car leur dette sera multipliée nominalement d’autant.  Et si les pays du Club Med dévaluent tous en masse, comment la France exportera-t-elle ?  Où en seront les deux moteurs de croissance : l’investissement et l’exportation ? Quant à la consommation !

Remarquons que la bonne partie de l’analyse met l’accent sur les aspects monétaires. Il n’y a pas de solution sans une gestion nouvelle des changes et de la création monétaire.  C’est là que ce jeune homme s’arrête. C’est là où on l’attend.

Marine Le Pen  tient à peu près le même langage. C’est la faute à la Chine et à l’Euro. Dévaluons et protégeons.  On retombe dans les mêmes analyses et le même travers : quid si les autres font pareils ?  Elle a ajouté hier un élément comique qu’il faut souligner : supprimons les accords de  Bretton-Woods ! Malgré ses efforts pour assoir sa crédibilité économique elle ne sait toujours pas que les accords de Bretton-Woods sont morts et enterrés depuis … 1971 et le refus des Etats-Unis de convertir leur monnaie en or.  Comme pour les analyses de Dupont-Aignan, on voit bien que les siennes se concentrent sur la question monétaire,  et que le sauve qui peut général ne peut rien donner dans cette matière. Il faut un nouvel ordre mondial dans les changes et les monnaies. Il faut donc un … nouveau Bretton-Woods ! CQFD !  L’économiste Marine doit encore grandir un peu.

Avec Mélenchon, on retrouve le même discours sur la vanité des réductions de  dépenses publiques, sur l’impossibilité de sortir de la crise sans la croissance mais s’ajoute deux mesures phares : l’imposition des « riches », massive comme il se doit,  et le financement direct des états par la planche à billets.  Il est vrai que le spectacle de banques qui se financent à presque rien et qui prêtent aux Etats qui les sauvent  à plusieurs fois le taux de la BCE a quelque chose de psychédélique facile à dénoncer.  Il faut à Mélenchon des « vilains »  et des prédations violentes.  La difficulté de ce langage « populiste » est qu’il esquive  les deux difficultés majeures de ce raisonnement. La première est que la BCE finance déjà directement les Etats en difficulté et que son bilan devient aussi beau « qu’un mur de chiottes de lycée de banlieue », comme l’a décrit récemment  et élégamment un économiste peu regardant sur l’euphémisme.  Et que la BCE exige des Etats qu’ils…la refinancent !  La seconde et que nous avons déjà l’imposition la plus forte de l’Euroland et une des plus forte du monde.  L’asphyxie fiscale est une des difficultés françaises.

On aimerait entendre les Verts. Ils sont totalement silencieux. Il est vrai que maintenant que le risque de décroissance est là,  c’est  rien moins que problématique. Applaudir  aujourd’hui serait mal vu.  Et la « Torquemada en jupons » qu’ils se sont choisie a les mêmes  connaissances  économiques que Marine le Pen, ce qui est peu dire.

On aimerait entendre le PS dont le candidat Hollande vient de se faire adouber par le journal le Point au nom de la « responsabilité » et de la « crédibilité économique ».  Mais ici encore c’est le silence.

On aimerait entendre l’UMP, de Copé à qui on voudra, mais là encore c’est le silence sinon une « opération image » du Ministre des Finances « rassurant l’opinion » sur la santé générale de la France, et une autre « opération image » du président Sarkozy  présidant une réunion exceptionnelle de crise avant de rejoindre le porte avion Charles de Gaulle. Il s’agit de montrer qu’on est sur le pont.   

En attendant les épargnants ont perdu 20% de leur avoir en action. On peut ne pas croire à l’effet Pigou mais on ne peut pas croire que cela n’aura pas quelques effets  surtout à un moment où la conjoncture s’avère totalement étale en France et dans le monde.  

Les politiques étant radicalement à côté de la situation, comme ils le sont depuis 40 ans et la crise de 1974, toujours pas surmontée, il est intéressant de se tourner vers les déclarations d’économistes.

Le Point fait parler les morts en l’occurrence Jacques Marseille, « qui l’avait bien dit ».  Avec Jacques Marseille nous avons tenu des discours parallèles pendant près de dix ans sur la folie de la dépense publique  et de l’endettement français.  Nous sommes donc parfaitement heureux que son discours, vilipendé, comme le fut le nôtre sur le site du forum du Monde, soit aujourd’hui reconnu.  Le journal est bien forcé d’admettre aujourd’hui qu’il n’y a pas eu de « rupture » avec Nicolas Sarkozy, question que nous avions posée dès juin 2006 (article : quelle rupture ?)  et que nous avons reprise sur ce site dans plusieurs textes, mais  sous une forme moins interrogative.  Il n’y a pas eu de rupture et le délire de dépense publique a continué presque sans infléchissement, les mesurettes prises étant totalement insuffisantes, qu’il s’agisse de la RGPP (réduite aux fonctions centrales)  ou du non remplacement d’un fonctionnaire d’état sur deux, dont le gain a été redistribué aux fonctionnaires pour 66%, et annulé par les créations d’emplois dans les autres secteurs protégés dans les collectivités locales et autres institutions dépendantes à 100% de l’état.

Le problème c’est qu’on ne réforme pas bien en période de décroissance et que la réduction massive des dépenses de l’état en phase de récession est un désastre annoncé.

Le journal le Point reprend le thème d’un de nos articles de ce blog (« qui a cassé le vase de Soissons ? ») en dressant le tableau de l’endettement français depuis 35 ans.  Mais il exploite mal cette question.  Première erreur, il ne fait pas démarrer la montée de la dette au bon moment : 1971.  Deuxièmement il ne remarque pas que la dette est toujours et d’abord la conséquence des récessions décennales.  

La dette commence avec Giscard et Chirac qui ne maîtrisent pas la crise de 74, s’enfle avec Mitterrand et Mauroy, avec la crise du début des années 80,  puis avec Bérégovoy et Balladur lors de la crise de 92-93, puis avec Chirac et Jospin lors de la crise du début des années 2000. Elle explose maintenant avec la récession de 2008-2009.

Il devrait donc y avoir une réflexion sur ces crises décennales et leur gravité constamment aggravée. Mais là : stop !  C’est la paralysie intellectuelle.  

De même qu’il devrait sauter aux yeux que les grands « criminels » sont les premiers ministres et les présidents qui ont laissé filer la dépense après la crise, lors de la phase de haute conjoncture : Rocard et Jospin sont ici en première ligne. Surtout Rocard. C’est à ce moment là qu’il fallait réduire la voilure et alléger le bateau.   Au contraire on a profité d’impôts alourdis et de recettes fiscales grimpant plus vite que la croissance pour dépenser à mort sans rien réformer, sinon dans le sens de l’aggravation des charges et du malthusianisme.

Résultat : toute cette information, indispensable, est largement perdue pour une bonne compréhension du passé et une politique  utile pour l’avenir. Le « Vous vous rendez compte Mme Michu » fait peut-être vendre des journaux mais n’apporte rien à la nation.  Et une fois de plus on se contente de la dette publique sans tenir compte des autres formes de dettes (particuliers, entreprises et banques) qui chantent également une belle chanson dont il importe de comprendre les paroles.

Le moment est venu de parler de Kenneth Rogoff.  Il annonce que la crise est d’une espèce différente, jamais vue  et conteste le terme de « grande récession » avancé par un de ses confrères (Stiglitz).  C’est  une fois de plus un des thèmes que nous avons traité (il y a trois ans !) dans ce blog.  Comme nous,  il arrive à cette idée qu’il s’agit d’abord et avant tout d’une crise de la dette.  Bravo ! Dommage qu’il n’en donne pas exactement la cause.

L’ami Rogoff s’était commis dans une erreur majestueuse en tant qu’économiste du FMI en déclarant que les crises périodiques étaient terminées et que désormais leur gravité était négligeable. Nous avions critiqué inlassablement cette bévue.  Il passe à l’excès  inverse.  Décidément il ne peut pas se résoudre à l’idée du cycle décennal.   Les crises décennales d’avant n’étaient pas graves et en voie de disparition, la crise décennale encours  est d’un genre nouveau.  Donc il n’a jamais eu tort ! CQFD !

C’est amusant. Est-ce vrai et surtout porteur de solution ?  La réponse est non. Parce que Rogoff ne comprend pas la situation qui exigerait de sa part une révolution copernicienne dont il est actuellement incapable.

Le phénomène des crises décennales (ou quasi décennales) est tellement ancré dans l’histoire économique de ces 200 dernières années (pour le moins) qu’il est parfaitement vain d’essayer de le nier.  Toutes ces crises ont en commun d’être « des crises de la dette ».  Un moment d’euphorie associé à la phase de croissance rapide de fin de cycle pousse les agents à aller trop loin dans les projets et l’endettement.  Jusqu’au moment où ils constatent qu’ils sont « un pont trop loin » et qu’il faut vite replier la voilure pour éviter la grosse mésaventure.

Le cycle décennal et un cycle du crédit et de l’endettement.  Affirmer que la crise actuelle est d’abord une crise de l’endettement n’en fait pas une crise différente. C’est la règle.

En revanche le contexte change.  Entre un moment de système monétaire bi métallique et une production majoritairement agricole,  un autre d’étalon or et de poussée des industries primaires, un autre de n’importe quoi monétaire après une guerre mondiale dévastatrice, avec une poussée de l’économie pétrolière,  un autre de Gold exchange standard et la poussée du tertiaire, une dernière avec comme toile de fond un système de changes flottants et de monnaies administratives, avec l’émergence d’une économie de l’information,  les différences sont nombreuses et sensibles.

L’analyse économique expérimentale doit à la fois observer les forces constantes qui agitent l’activité et les variations de contextes qui  provoquent des conséquences différentes.

Nous vivons depuis 1971 de facto et 1973  de jure dans un système de monnaies administratives  dont la majeure partie s’échange dans le cadre de  changes flottants sans aucune régulation internationale, l’ensemble des transactions financières ayant été libérées.  En même temps un libre échange de principe a été décrété.  Que constatons-nous ?  Les crises décennales n’ont cessé de s’aggraver  et le trend de croissance global de baisser !

La crise de 73-74 a été la « plus grave depuis 1929 ». Puis la crise de 92-93, plus grave que celle de 74,  a été à nouveau « la plus grave depuis 1929 ». La crise actuelle est à nouveau « la plus grave  depuis 1929 ».  Les crises décennales mineures (celle du début 80 et celle du début 2000) ont été également plus sensibles que celles qui les ont précédés (notamment celle de la fin des années 50 et du début des années soixante).

Il n’y a donc pas changement de nature mais aggravation. Pourquoi ? Parce que, dans le cadre monétaire et financier global nouveau,  les moyens des sorties de crise précédentes ont aggravé les conditions de la crise suivante.  La fuite en avant monétaire dans un système propice a permis de crises en crises le gonflement d’une dette mondiale insupportable jusqu’au point où maintenant les recettes de 73 et de 92  ou de 2000 cessent d’être opérantes.  Jacques Rueff avait parfaitement identifié le mécanisme de la double hélice de crédit et Maurice Allais clairement indiqué qu’on arrivait aux limites du système.

On a cru bien à tort à la toute puissance intellectuelle des économistes américains et on constate aujourd’hui qu’ils étaient nuls ou de parti pris pour le système.

Nous sommes dans un processus continu d’aggravation de crises récurrentes, pas dans la quatrième dimension économique.

La question est devenue systémique : le système mis en place en 1973 ne fonctionne plus et ne plus être sauvé en le conservant tel qu’il est.

Pascal Salin a parfaitement raison de signaler (dans un article récent  donné à la PQN) que la vulgate qui veut qu’il suffise de laisser filer les déficits et la création monétaire pour sortir de la crise est inefficace.  L’ennui c’est qu’il ne voit pas la responsabilité du contexte.  Il parle comme nous de « crise intellectuelle »  et de redéfinition d’un cadre global. Mais faute de critiquer le système monétaire des changes flottants (comment le pourrait-il, il est pour !) tout cela reste suspendu dans le  vide.

Autant dire qu’on ne peut compter ni sur les politiques ni sur les économistes de média pour nous sortir du marasme.  Tous ces discours, toutes ces prises de positions sont trop partielles et partiales pour avoir le moindre sens pratique.

On ne pourra pas sortir de la crise sans casser le cadre global dans lequel on fonctionne depuis 1971.  Il faudra nécessairement  conduire la sortie de crise par la coopération entre les états,  la suppression des causes de déséquilibres majeurs et la restauration d’une perspective de croissance.  

Oui il va falloir destituer le dollar de son rôle de réserve mondiale. Oui il va falloir arrêter la Chine dans sa politique mercantiliste de monnaie faible et de sur excédent de ses balances extérieures.   Oui il va falloir en revenir à un étalon monétaire extérieur aux nations. Oui il va falloir que les états qui se sont laissé aller sur le chemin de l’obésité intenable, avec dettes monstrueuses, développements monstrueux des emplois financés par la dépense publique,  impôts monstrueux,   prennent une nouvelle voie. Oui il va falloir dégonfler le système financier mondial et mieux le canaliser, après avoir restructuré les amoncellements de dettes irrécouvrables.

Oui, eh oui, il va falloir mettre fin au système des monnaies administratives laissées à l’appréciation de gnomes  plus ou moins bien inspirés.

Tout cela est politiquement lourd et économiquement sévère   Avoir tant tardé n’est pas à l’honneur des « élites mondialisées » et encore moins à celles des économistes qui se sont laissé prendre notamment à l’Europe à la douceur du commentaire ex post et au suivisme des économistes américains.

Mais qu’au moins aujourd’hui, au pied du mur, on comprenne et qu’on agisse enfin dans la bonne direction.

L’humanité a toujours un avenir économique.  Mais il faudrait peut être qu’elle montre qu’elle a toujours un cerveau !  Surtout maintenant que l’on sait qu’il n’est pas aux Etats-Unis !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.


La Banque de France et son stock d'or

Il est intéressant de constater l'état des conceptions de la Banque de France vis à vis de son stock d'or. Personne n'en parle aujourd'hui dans les milieux politico-médiatiques.


 On se souvient qu'un accord international de 1999 interdisait de vendre plus de 400 tonnes par an (avec des quota par pays). Pourquoi ?  Parce que  par un de ces mouvements plus ou moins occultes, les autorités monétaires étaient désormais convaincues qu'elles avaient trouvé grâce à Greenspan, le secret de la croissance perpétuelle. Tous étaient bien d'accord qu'un système de monnaies administratives gérées par des banques centrales indépendantes dont l'objectif serait de maintenir la valeur interne de la monnaie calculée par rapport aux prix à la consommation, les changes étant laissés à la libre appréciation des marchés, était un magnifique réalisation.

L'or, dans cette conception, n'est qu' une "matière première". La stocker dans des caves est parfaitement ridicule et fétichiste. En plus cela ne rapporte rien. Mieux vaut remplacer dans les réserves  des banques centrales ces matières premières par des dévises replacées sur leur marché internationalisé avec de solides intérêts à la clé.

On était si sûr que toutes les banques centrales allaient se débarrasser de leur or qu'un accord international fut signé en 1999 pour éviter que des ventes précipitées ne fassent baisser le cours de l'or avec des conséquences fâcheuses sur la contrevaleur des réserves des banques centrales.

L'arrivée de l'Euro en Europe avait un effet cumulatif, puisque la monnaie était unique des stocks d'or nationaux n'avaient plus grand sens.  On pouvait réduire les stocks sans dommage, de même que lorsqu'on fusionne plusiseurs comptes bancaires, on réduit les besoins d'encaisse de précaution.

Comme toujours les belles pensées des hauts fonctionnaires internationnaux touchent les politiques avec quelques retards.

Si le FMI commença assez vite à vendre son or pour financer ses pertes et sa restructuration, bel exemple de vente des bijoux de famille pour faire face à des frais de fonctionnement,  les milieux politiques ne commencèrent à se saisir de la question que vers 2003- 2004.

Qui se souvient que Nicolas Sarkozy, "l'Américain",   lors de son passage au Ministère des finances, n'arrêtait pas de rêver à ce qu'on pourrait faire  du tas d'or que la modernité vouait aux utilités budgétaires d'urgence. Mme Pécresse, déjà, y voyait le principal moyen de financer le grand plan de relance de la recherche.

L'appêtit ne vint pas qu'en France. En Suisse une votation fut organisée pour savoir comment utiliser "les réserves d'or non utiles à la politique monétaire".  Les Suisses s'opposèrent à l'affectation facile des sommes en question à un projet circonstanciel.

Naturellement personne n'avait compris que le système monétaire en question était totalement en deshérence et qu'après avoir provoqué la crise de 2000-2002, il allait générer la Grande Récession actuelle et menacer l'Euro.

Un des aspects intéressants de la question c'est que la France va se débarasser de près de 700 tonnes d'or, au moment où le cours de l'or va plus que doubler. L'impact sur les réserves de de la BDF sera invisible : l'effet des ventes sera toujours masqué par la hausse de la valeur du stock.

Si ces 700.000 kilos n'avaient été vendus, sachant que le kilo est à 38.000 Euro, la valeur du stock de la BDF serait supérieure de 700.000 x 38.000 = 26.6 milliards d'Euros.  C'est la valeur perdue par la vente prématurée de l'or de la  Banque de France.  Comme nous n'avons aucun moyen de connaître la recette effective de la vente, nous ne pouvons calculer la perte nette.  On peut seulement l'estimer quelque part entre 8 et 11 milliards.

Question  1 :  qu'a-t-on fait  des recettes de l'or vendu ? Acheter du dollar ?  Financer les restructuration de la BDF ?

Question 2 : n'aurait-on pas mieux fait de conserver cet or pour  décider aujourd'hui de son emploi optimum : le conserver dans une optique de réorganisation du système moéntaire itnernational  ; ou financer explicitement le plan d'investissement  exceptionnel de soutien de la conjoncture par l'investissement ?

 Naturellement ces questions n'apparaitront ni dans la presse ni dans le débat politique.

Pour ceux qui, comme nous, sont passionnés par ces questions, nous attirons l'attention  sur le rapport  d'un certain Laurent Ferrara (et de quelques autres) , de la Banque de France, sur la question d'un retour à l'étalon-or  paru dans Banque de France • Focus • n° 5 • 22 novembre 2010. Il illustre de façon presque parfaite (ou caricaturale comme on voudra)  le décalage entre les conceptions dominantes et la réalité.


"Dans le contexte macroéconomique actuel, un des risques souvent mentionnés est celui d’une expansion monétaire excessive à l’échelle mondiale accompagnée d’une grande volatilité des taux de change. Une alternative évoquée repose sur un possible retour d’une référence à l’or".


L'expansion monétaire  excessive serait un "risque souvent mentionné".  Nous vivons la plus grande crise de la dette de l'histoire de l'humanité et un analyste officiel de la Banque de France y voit seulement un risque souvent mentionné.


M. Ferrara  ce n'est pas un risque mentionné mais une réalité sinistre : la bulle des crédits représentant plus de 300 ou 400% des PIB des états a explosé entraînant des conséquences isaumâtres pour des millions de personnes !


On n'est plus dans l'euphémisme mais dans l'inconscience pure et simple.


La question n'est évidemment pas la personne de M. Ferrara. Il ne fait que retranscrire l'état d'esprit de son institution. Ceux qui à la BDF aurait du alerter en permanence sur les risques d'un gonflement de la dette interne globale insoutenable ne s'en sont même pas souciés. C'était le chemin de prévision quasiment assuré de la crise de 2007 2008. Personne ne l'a emprunté. Et la crise a frappé ces enfants du bon Dieu par surprise.


De même le "risque" d'une certaine volatilité des taux de change est plus que réalisé. Depuis quarante ans le rapport entre les principales monnaies varie quasiment du simple au double : une paille !


Assimiler la réalité à un risque minimisé, c'est aller assez loin dans le produit dérivé intellectuel passablement toxique.


Les auteurs s'emploient alors à éliminer l'idée de l'étalon or comme solution réaliste. Cette solution "s'avérerait très dangereuse et déstabilisante pour l'économie mondiale".


On vit une crise née entièrement du caractère très dangereux et déstabilisant pour l'économie mondiale des changes flottants, mais cela ce n'est pas grave. En revanchje pour les solutions alternatives, cela le serait. Ben voyons ! 


Les arguments sont les suivants :


- si la quantité d'or venait à baisser il y aurait contraction de l'économie mondiale. On n'a jamais produit autant  d'or qu'aujourd'hui. Si l'or était monétaire, il prendrait plus de valeur provoquant plus d'extraction. Ces quarante années ont montré qu'on n'a jamais manqué d'or et que l'étalon or aurait très bien fonctionné avec une alimentation en ligne avec la croissance mondiale.   Là on remplace la réalité par le risque qu'elle soit contraire un jour ou l'autre. On ne voit pas au moins à court terme la réalité de ce risque.


- En cas de choc négatif sur la compétitivité d'un pays, il devrait recourrir à la déflation ce qui induirait pendant un moement un chômage aggravé.  Cette théorie des chocs est une des plus ridicules de la théorie économique. On imagine que comme une météorites, des chocs se promènent dans le ciel de l'économie et tout à coup : boom !  En vérité pratiquement tous les mouvements de la conjoncture sont endogènes, les phénomènes exogènes genre crises politiques ou climatiques, étant des plus rares.


Les rapporteurs n'ont pas l'air de se rendre compte que la monnaie unique provoque au sein de l'Euroland exactement les mêmes mécanismes  d'ajustement par la baisse d'activité et le chômage que l'étalon or. La fixité serait mauvaise au dehors et bonne au dedans ? On entre dans des contradictions insolubles. 


- Pire encore, dit le rapport, l'étalon-or n'aurait pas les vertus qu'on dit. Le pays accumulant des réserves  pourrait les conserver et ne pas les remettre
dans le circuit économique national.  Dans ce cas il n'y aurait pas de redressement des balances commerciales puisque le crédit ne serait pas augmenté  chez le mercanitiliste.

Une fois encore, la situation du mercantiliste dans le système actuel est bien plus claire : il peut non seulement ne pas investir chez lui mais replacer l'argent auprès de l'émetteur de la monnaie internationale, nomément le dollar.  Il y gagne en intérêt. Et celui qui en cas de perte d'or aurait eu  à réduire son en cours de crédit  peut ne rien en faire bien au contraire. L'argent replacé dans le pays déficitaire sert à financer des importations qui font indéfiniment grossir le déficit. Le cercle vicieux devient rapidement explosif. Il a d'ailleurs explosé !

Par rapport à la situation actuelle, les risques évoqués sont mille fois moindre.  Et le risque qu'un vilain accumule tout l'or du monde et fasse exploser le système est exactement nul : il perdrait ainsi instantanément  toute la valeur de ses actifs !



La conclusion des auteurs est  en ligne avec toutes ces erreurs d'appréciation : "l'étalon or n'est pas aujourd'hui une solution praticable".  Le directeur de la BIRD qui vient d'affirmer le contraire est sûrement un parfait abruti !


Parti sur de telles bases on imaginait bien que la conclusion serait croquignolesque : elle l'est.

"Au niveau de chaque pays, les cadres institutionnels mis en place depuis vingt ans, fondés surl’indépendance des Banques Centrales et un mandat centré sur la stabilité des prix nationaux, ont permis d’ancrer les politiques monétaires et d’assurer leur crédibilité".

Oublions le style : ce n'est ni du Voltaire ni du Chateaubriand. L'emploi de "au niveau de " signe le degré d'inculture assez généralisée dans les officines financières.

Cette phrase est écrite au moment même où le système monétaire de la zone Euro est en passe d'exploser et que son système bancaire est en état de mort latente. La restructuration des créances est désormais  quasiment inévitable. Non seulement le système des monnaies administratives gérées par des organismes indépendants avec indifférence complète vis à vis du change a montré sa nocivité structurelle  in vivo, mais il démontre depuis trois ans qu'il est incapable d'assurer la sortie de crise.


La fuite devant la monnaie est universelle et tourne à la panique.  Et on nous parle d'un système qui aurait fait ses preuves. on croit rêver. Où vivent donc ces gens là ? Dans quelle bulle  sont-ils enfermés ?


On voit la BCE s'agiter dans tous les sens avec des "mesures non conventionnelles", c'est à dire faisant tout et n'importe quoi dans la panique la plus complète et "tout le monde il est est beau tout le monde il est gentil" !


M. Trichet mange son chapeau tous les jours et la taille du chapeau grandit chaque jour ?  Et alors ?  Circulez il n'y  a rien à voir sinon la preuve manifeste de la crédibilité du système !

 
Il est vrai que tout ne serait peut-être pas parfait. Pas dans l'Euroland où naturellement  tout baigne. 


"Au plan mondial, les modalités d’une coopération permettantd’atteindre le même résultat, sans compromettre l’indépendance des politiques monétaires nationales, restent à définir."

Tiens tiens : il faudrait ,tout de même voir à voir si une coopération internationale ne serait pas utile.

Une fois de plus les contradictions s'accumulent :

- le système veut que les monnaies adminsitratives gérées par les diverses banques centrales s'ajustent par les changes flottants.  Les banquiers centraux sont censés s'interdire d'intervenir sur le marché des changes. Le G.20 l'a fortement rappeler en Corée.  A quoi servirait la "coopération internationale"  ? Les auteurs ne nous le dient pas. Ils sont si timides ! Si on entre dans un système où les changes sont organisés, nous ne sommes plus dans le système actuel qui perd toute sa justification doctrinale.

 
- l'indépendance des politiques monétaires ne doivent pas être "compromises". Où a-t-on vu que la politique monétaire de MM. Noyer et Trichet était "indépendante". Elle est totalement à la remorque des évènements. Ils font l'inverse de cequ'ils ont toujours affirmé qu'il fallait faire. Ils courent après la conjoncture, les crises des marchés, les faillites bancaires réelles ou potentielles.  On voit que l'Euroland est sans la tête nécessaire à l'administration d'une zone de monnaie unioque et que l'idnépendance des états est en contradiction totale avec les besoins de la zone euro.  On voit que partout  les politiques et en particulier les politiques monétaires ne sont pas indépndantes mais "contraintes".


Tout cela est accablant. Mais témoigne assez bien du courant d'air qui circule dans les cerveaux qui nous dirigent et explique pourquoi toute idée contraire à ces sottises sont interdites de presse.

Le système monétaire actuel est intenable. Il est la cause principale de la crise et la cause principale de notre impuissance à en sortir.  C'est lui qui fait peser les risques les plus graves... d'aggravation.

De toutes façons l'alternative n'est ni un étalon-or ni un étalon de change or.  Mais un système de changes fixes et ajustables basés sur une référence monétaire mondial  qui ne soit pas une monnaie nationale.  Que ce soit le Mondio, comme nous le préconisons, ou une forme de Bancor n'a pas une importance cruciale. L'important est que les états redeviennent responsables de la valeur externes de leur monnaie.

L'important est d'en finir avec le système impossible qui a fait baisser le taux de croissance mondiale de longue durée depuis 1973, qui nourrit des crises financières de plus en plus graves et qui interdit toute sortie de crise rapide tout en faisant peser des risques gigantesques sur l'avenir de la zone Euro.


Didier Dufau pour le Cercle  des économistes e-toile



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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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