Les économistes médiatiques français totalement dépassés
Ecouter les émissions radiotélévisées où s'expriment les économistes français reconnus dans les medias est un exercice déprimant.
Ils n'avaient pas vu la crise venir et ils continuent de rien comprendre.
Le nœud du problème : ils expliquent la crise par l'endettement américain ; Et ils sont bien embêtés quand il faut expliquer que c'est l'euro qui trinque.
Un certain Sapin expliquait hier soir sur une télévision publique que la crise était due uniquement et exclusivement à l'insolvabilité des consommateurs américains. Comment alors expliquer que les grecs sont en déficits colossal, l'Espagne à la limite de la solvabilité et l'Irlande incapable de refinancer ses banques ?
Essayer de décrire un effet papillon venant des Etats Unis avec une onde de propagation ailleurs est une tentative vaine.
La vérité est que la spirale de crédits a touché tout le monde. De très nombreux pays se sont retrouvés avec plus de 300% d'endettement global. Pas seulement les Etats unis. Si l'explosion a été générale c'est que le gaz explosif de la dette s'était insinué partout à un taux intenable.
Ce n'est une crise américaine que dans la mesure où la cause du gonflement de la pyramide est dans le rôle de monnaie internationale du dollar dans un système de changes flottants. Mais les mécanismes de double pyramide de crédits ont touché tout le monde.
La crise est plus grande partout où l'endettement a été exceptionnellement important, qu'il s'agisse d'un endettement d'état, de l'endettement du système bancaire et financier ou de l'endettement privé des particuliers.
L'Islande et l'Irlande ont été assommée par leur système bancaire qui avait fait gonfler ses bilans de façon extravagante. La Grèce est dans le désordre des finances publiques. L'Espagne est frappée par l'ampleur de la bulle immobilière, tout comme le Portugal. Le Royaume uni a été atteint et par l'enflure de son système bancaire et par l'ampleur de la bulle immobilière et par la croissance non maîtrisée des dépenses publiques.
La dette étant portée par les banques l'insolvabilité globale met en cause leur viabilité. Toutes les politiques menées ont pour but de faire rouler la dette pour éviter la faillite. L'absence de restructuration est évidemment le problème le plus évident. On est dans le faux semblant. le canard continue à courir alors qu'on lui a coupé le cou. Mais il ne faut pas dire que le roi est nu parce que sinon c'est la panique généralisée sur les dépôts.
Si les commentateurs économiques avaient un peu mieux réfléchis ils constateraient que la seule solution est :
- dans la réforme du système qui a permis ce gonflement indécent des dettes. La réforme du système monétaire internationale est la première mesure à prendre. Le fait de n'avoir rien fait pendant trois ans explique que la crise perdure.
- Il fallait également restructurer les dettes d'une façon ou d'une autre, en protégeant l'épargne liquide et en sanctionnant les décideurs des prêts aventurés et leurs bénéficiaires.
- il fallait enfin réorganiser le système bancaire pour que les dépôts cessent d'être des prêts occultes à des banques qui peuvent en faire ce qu'elles veulent.
Naturellement ces thèmes sont à peu près totalement esquivés dans les débats publics.
Le plus drôle est de voir des économistes qui n'avaient rien vu venir organiser en quelque sorte une session de rattrapage et prophétiser désormais le pire "inéluctable". Décidemment le ridicule ne tue pas.
L'Euro éclatera donc de façon "certaine". La crise va durer 10 à 20 ans. Il va y a voir des explosions sociales et peut être des révolutions et des guerres etc.
Bref, la fin du monde est pour demain.
La vérité est beaucoup plus simple : si les réformes qui doivent être faites le sont, on sortira assez vite de la crise. Si on ne les fait pas alors tout est possible.
Le rôle des économistes n'est pas de jouer le rôle de cassandre tardif mais d'indiquer le vrai diagnostic et les vrais remèdes. Ce n'est pas la peur qu'il faut stimuler mais la raison. Ajouter la peur à l'incompréhension , c'est être deux fois irrationnels et jouer le rôle déplorables des prêtres ignorants d'il y a deux mille ans.
Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.




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