Les économistes rassemblés par Nicolas Sarkozy en vue du G.20

L'équipe d'économistes rassemblés par Nicolas Sarkozy a au moins un caractère commun : aucun n'a prévenu de la grande crise qui se préparait !  Au delà de cette carence initiale, examinons ce que les choix faits nous révèlent dès maintenant.


Jean Paul Fitoussi  : Cet économiste français de gauche se situe dans la mouvance du keynésianisme.  Il explique la crise par l'insuffisance des salaires et le transfert de la richesse nouvelle vers les hauts revenus qui  épargnent plus qu'ils ne consomment.  Cette explication est sans réelle valeur comme nous l'avons démontré.


Francois Bourguignon est un ancien de la Bird et le directeur de  l'école d'économie de Paris. Spécialiste du "développement" et du tiers monde.  Il est là pour ses titres et pas pour la force de ses démonstrations économiques.


Joseph Stiglitz  : nous avons analysé ici ses positions.  Il a visiblement été choisi pour son bagout, son dynamisme et  ses attitudes de dinamitero.  Et il est prix Nobel et un  américain plutôt de gauche.  On en attend qu'il stimule du buzz aux Etats-unis.


Lord Nicholas Stern,  est un britannique prototype de l'économiste distingué. Il explique que  la crise économique de 2008-2009  est liée à trois facteurs : «  le premier est la déréglementation du secteur financier, qui a permis de forger des instruments financiers extrêmement risqués sur des marchés incontrôlables », « le deuxième est le gonflement de la bulle immobilière » de nature cyclique et le troisième est l'accumulation d'une épargne très forte par les pays asiatiques qui a permis de financer les déficits américains et la bulle du crédit.  Incontestable mais un peu court.

Tim Besley  a été conseiller pour la politique monétaire de la banque d'Angleterre. Il a surtout une activité éditoriale qui peut donner un certain écho aux travaux du G.20 au Royaume Uni. 

Il fallait, couple franco-allemand oblige, un représentant de l'Allemagne. Curieusement on a été chercher une députée de gauche (SPD) sans réelle compétence économique  mais pétulante :  Heidemarie-Wieczorek Zeul. C'est sans doute une erreur de casting.

Marcello de Cecco est un économiste italien  de grande qualité, une des qualités en question étant l'humour.  Derrière une vraie bonhomie, il dit des choses vraiment méchantes.  Une de ses thèses qui a pris du poids ces derniers temps auprès des autorités françaises, est que l'Allemagne conduit une politique incompatible avec l'Euro et que, pour les autres pays européens, suivre l'exemple allemand conduirait à une impasse :  une course à la déflation entre tous les pays européens  pour prendre à l'autre des parts de marchés ne mène qu'au précipice.  Le mercantilisme allemand vaut bien le mercantilisme chinois.   Malheureusement il n'aura en face de lui aucun économiste allemand sérieux qui aurait pu conforter ou informer cette position et rendre l'affaire intéressante.

Yu Yongding est chinois. Il possède tous les titres qu'on puisse imaginer pour être qualifié comme interlocuteur compétent dans le comité.  Il s'intéresse à la mondialisation et il a conseillé la Banque de Chine  pour la politique monétaire.  Il a été au première loge pour observer la politique suivie par la Chine.  Il sera en première ligne pour répondre à l'accusation de mercantilisme (présentée de façon douce comme "un excès d'épargne").  Il accompagnera Sakakibara, le représeentant Japonais, pour dire que les DTS ont un rôle futur à renforcer  mais qu'"il ne faut pas effondrer le dollar". Il annoncera aussi que l'économie chinoise doit aller "progressivement" vers plus de consommation et pas seulement compter sur les exportations. 

Un représentant du Japon était également indispensable . Ce sera Eisuke Sakakibara, un économiste intéressant et parfaitement au courant des questions économiques qui se posent au monde et au Japon.  Il a énoncé les phrases exactes que Nicolas Sarkozy a répété à Barak Obama : il faut maintenir pour les années qui viennent le rôle du dollar et  prévoir que dans quelques années des DTS prendront la relève.  Compte tenu des réserves japonaises il s'oppose à toute baisse du dollar…et à toute hausse du Yen. Il souhaite structurellement convertir l'économie japonaise afin de mettre plus l'accent sur la consommation intérieure et moins sur les exportations. Il ne veut plus d'accumulation de réserves. Et il a été l'un de ceux qui se sont fait l'avocat d'un fonds monétaire régional en Asie.    

Jose Antonio Ocampo  est un économiste colombien familier des milieux économiques internationaux. On peut le créditer  d'une intervention faite en tant que sous secrétaire de l'ONU aux affaires économiques et sociales  en janvier 2006, la date est importante, dans laquelle il avertit que les prix de l'immobilier baissent et que la bulle est désormais mure pour éclater et que les déficits abyssaux américains posent une vraie menace pour la stabilité économique du monde.  Il est de ceux qui ont compris avant bien d'autres que ce qui se passait était insoutenable dans la durée, même s'il n'a pas annoncé la crise.  Au moins a-t-il attiré l'attention sur des symptômes graves qui auraient du entraîner une action correctrice qui n'a pas eu lieu.


Les autres membres ont été visiblement choisis ès qualité officielle et pour leur représentativité de diverses parties du monde. Andrei Bougrov est l'ancien directeur  exécutif  du FMI et de la Bird en Russie.  Avinash Persaud représente la Barbade, Louis Kasekende, ougandais, l'Afrique, Akhtdar Aziz Zeti,  venant de Malaisie, représente l'Asie du sud-est contestataire du FMI, l'équatorien Perez Pedro Paez, représente l'Amérique centrale (et une politique particulière : la dollarisation). 

On ne sait pas grand-chose de leur pensée profonde sur les sujets du temps. 

La composition de ce conseil économique est assez fortement marquée "à gauche" et fait la part belle aux pays émergents.  Les économistes français choisis manquent de personnalité et de punch. Il est clair que J. Stiglitz en sera l'animateur principal et Sakakibara le modérateur principal.  Il en sortira une contestation "soft" de la domination du dollar et de la politique monétaire américaine ; une contestation soft de la politique mercantiliste des Allemands et des Chinois.  Le thème "moins de monnaie  de réserve plus de consommation" devrait être à l'honneur.

L'ennui c'est qu'aucun des invités n'a un diagnostic solide de ce qui s'est passé. La plupart se contente de la vision "crise américaine, impulsée par les subprimes et généralisée au reste du monde par la crise bancaire et l'arrêt des exportations vers les Etats-Unis".  Cette vision ne conduit à rien sinon au préchi-précha sur les bonnes pratiques bancaires et le vœux pieux sur la réduction des déséquilibres financiers. 

Nicolas Sarkozy semble avoir intégré ces limitations avant même que le groupe de travail ne se soit mis en place.  Il n'est plus question d'un grand "Bretton Woods" ni de remettre en cause le rôle du dollar.  L'une des lacunes du "casting" de ce comité  est l'absence d 'une personnalité allemande réellement de poids pour défendre la thèse d'un changement de la politique allemande d'une position purement mercantiliste vers une solution plus équilibrée.

Tout cela est un peu trop : les Bisounours font de l'économie.  Les Américains y verront, peut-être l'avertissement que les engagements pris auprès de Tim Geithner par la Chine et le Japon de continuer à financer les déficits américains  ne seront pas éternels.

A court terme il ne se passera rien. Il serait bien étonnant que le rapport des économistes prévu pour dans quelques semaines marque une orientation précise vers la correction des défauts structuraux du système actuel.  On marchera sur des oeufs.

Etait-il nécessaire de monter une pareille mécanique pour un si faible résultat ?  Les aspects de pure politique intérieure sont ils les seuls motifs de toute cette opération pour Nicolas Sarkozy ?

Ces questions sont posées.  Attendons la suite

Guy Sorman et le discours purement idéologique

On est toujours un peu gêné dans ces colonnes d'évoquer les articles de Guy Sorman qui a une bouille si sympathique.  Puisque nous avons entrepris de donner en ce début d'année 2011 une image de l'opinion économique à travers les débats dans les médias, nous sommes bien obligés de commenter sa dernière livraison dans le Figaro du 6 janvier 2011 qui témoigne d'un des péchés mignons français : le discours purement idéologique.

Il va de soi que Guy Sorman n'est pas seul responsable de ce tropisme idéologique. C'est parce que le discours idéologique socialiste est très fort en France qu'une expression  contraire s'exprime dans le camp du libéralisme, expression dont notre auteur s'est fait la spécialité et qui lui vaut sa carrière nationale et internationale .

Nous avons critiqué à quelques reprises les discours idéologiques de gauche, avec leur prétention à une bonne compréhension des mécanismes économiques., en fait totalement déviés par les a priori. Nous ne pouvons que critiquer les discours idéo
logiques de droite lorsqu'ils prétendent également à un discours économique sensé.
La thèse générale de notre auteur,  qui ne surprendra personne, est  que le capitalisme se nourrit  de crises, qu'il est vain de tenter d'y faire face,  et qu'il suffit d'attendre pour voir tout se remettre en place tout seul. Les Etats qui ont cru devoir intervenir sont finalement ceux qui sortent le moins bien du trou d'air. L'action des états est au mieux une gesticulation, au pire une nuisance.  On passe du "laisser faire, laisser passer" au "laisser faire, laisser casser".

Inutile donc d'essayer de prévoir quoi que ce soit.  "Prévoir n'est pas le point fort de la science économique".  Il est vrai qu'il n'a rien prévu ni rien vu venir.  L'auteur théorise ses propres lacunes.

Pour se faire il commet un première erreur : "tout évènement local peut désormais  provoquer un ralentissement global".  Guy Sorman prend indirectement à son compte l'explication de la crise par un évènement fortuit  qui se serait propagé par une sorte d'effet papillon à travers le monde. Il confirme son analyse en précisant : "toute innovation est risquée et aucune innovation n'est assurée du succès".   Les financiers américains ont innové. Cela n'a pas marché. Cela a provoqué une crise qui s'est propagée.  C'est dans l'ordre des choses  et après quelques ajustements le système est si résistant qu'il repart de plus belle.

Des chaudrons de Goldman Sachs and co seraient sortis de mauvaises idées. On y a cru un temps et maintenant on sait qu'elles sont mauvaises et on est passé à autre chose. "les banques sont spontanément devenues prudentes  parce que tel est leur intérêt".  Il y avait naguère les"Mao-spontex", on a aujourd'hui les "Libéro-spontex". 

L'économiste n'a aucun rôle. Il regarde passer les trains. Il ne prévoit rien. Il ne réfléchit à rien.  Il contemple les flux et reflux de la marée en s'extasiant.

Qu'il y ait des "systèmes", que ceux-ci  aient un rôle plus ou moins bénéfique, qu'ils changent avec des effets heureux ou pervers,   rien de tout cela n'a d'importance.  Nous sommes passés d'un régime d'étalon or à un système de monnaies administratives théoriquement reliées à l'or puis à un système de monnaies administratives  dont les changes sont laissées à la libre circulation des capitaux et aux marchés. Ces systèmes sont fondamentalement différents et provoquent des comportements ou déclenchent des mécanismes radicalement différents.

Inutile selon Sorman  de se pencher sur ces détails.

Le capitalisme est un bloc indifférent à ses sous systèmes. Il est bon par nature et résistant par construction.  Circulez il n'y a rien à voir !

On est aux antipodes de nos propres analyses. Les échecs ont toujours deux composantes : 

- une composante systémique : selon le système le comportement des agents  n'est  pas le même. Les mauvais systèmes provoquent les mauvais résultats.  Pour avoir pendant trente ans réorganisé des entreprises  je crois pouvoir affirmer qu'il n'y a jamais de difficultés qui n'aient pour origine au moins en partie une mauvaise organisation et un mauvais corpus de concepts et d'attitudes.  Il suffit de regarder l'histoire du système soviétique pour vérifier qu'un mauvais système global a toujours  eu et partout des résultats désastreux. 

- une composante politique : des erreurs sont faites et qu'il faut payer "cash"

Examiner inlassablement et en détail les systèmes bancals et les politiques erronées est une part absolument indispensable de la critique économique.  Globaliser le capitalisme  comme le fait Guy Sorman sans s'inquiéter de son contenu, c'est-à-dire de ses différentes  structures et des politiques qui y sont menées,   est une fuite dans le néant.  Ce néant de réflexion détaillée a été  la première cause de son incapacité de prévoir la crise.  Réciproquement, une analyse attentive des structures et des mécanismes permet de prévoir les crises, ce site en est la preuve.

Guy Sorman croit qu'il  est encore nécessaire de monter une défense globale du capitalisme. Oui "l'innovation, les profits et l'échange restent  les seuls moteurs connus du développement".   Qui, à part quelques officines recyclées du communisme, et quelques régimes autoritaires fermés,   croient autre chose ?  Ce débat a été tranché par la chute de l'URSS.  Et les reliques de ces idéologies mortes n'ont aucune importance, même si, malheureusement en France, elles conservent  sinon une influence, du moins des leviers d'expression.

La question aujourd'hui est "quel capitalisme ? ", pas "capitalisme ou  socialisme ?". 

Et les variantes d'organisation sont importantes.

"Les technocrates à l'affût de nouveaux pouvoirs  promettaient une nouvelle économie sous contrôle".    Il faut certainement dénoncer certaines formes d'emprise technocratique sur la politique des états. Nous ne cessons de critiquer l"énarchisme compassionnel" qui anime nos élites dirigeantes depuis 1974.  Mais face à l'effondrement du système bancaire puis de l'économie dans son ensemble on a vu les "technocrates"  employer des pouvoirs qu'ils n'étaient pas censés avoir pour tenter d'éviter la catastrophe.  Si les banques centrales et les états n'étaient pas intervenus pour sauver les banques que ce serait-il passé ? Guy Sorman peut critiquer les plans de relance. Mais une fuite généralisée  des dépôts hors des banques aurait entraîné la faillite généralisée du système bancaire et la perte de l'épargne mondiale.  Nous avons subi la plus grande crise économique depuis 1929. Elle aurait été pire sans aucune intervention des "structures technocratiques", élues ou non élues.

Quand un sous système est victime d'une organisation et de politiques erronées, ses crises ont des conséquences . Se dispenser de comprendre les défauts ; ne rien dire sur les solutions à court terme ni sur les réformes de structure à y apporter est une démission pure et simple.

Cette démission est inacceptable.  Nous sommes entrés depuis 1973  par des choix structurels erronés  en matière de monnaie et de change  dans un système qui génère des crises  constamment plus graves. Il faut comprendre le mécanisme des erreurs  et effectuer les réparations indispensables.

Guy Sorman voit bien que le prix à payer de la crise est d'abord le chômage. Il invite donc  à s'interroger sur cette question avec l'assertion suivante : " La croissance sans emploi devient chez nous une norme regrettable essentiellement parce qu'une partie de la population n'est pas qualifiée pour des emplois complexes".

Il reprend une erreur commune : L'emploi serait une dimension de la formation.  Plus on aura d'ingénieurs hyper pointus mieux on se portera. Ce sont les états qui sont responsables du chômage (pas le capitalisme) car c'est à eux d'assurer la formation, globale des individus.  Dans une génération, tout sera parfait si on fait les efforts nécessaires.  Et nous voilà parti sur un délire sur les nano technologies et sur le reverse engineering  qui feront sourire les spécialistes. 

Pour avoir pratiqué le "reverse engineering", je me permettrais d'indiquer à Guy Sorman, qui aime le mot sans comprendre la chose, que ce concept date du début des années 80 et est mis en pratique depuis 30 ans ! Cette notion de micro économie n'a aucun effet en macro économie.

D'autre part si la formation a un intérêt  économique certain, il n'est qu'indirect. On peut avoir, comme à Cuba, un système éducatif intense avec un niveau de vie ridicule et une stagnation  dans la misère de longue durée.  Dans nos pays occidentaux ont voit aujourd'hui que des diplômes supérieurs ne sont pas la garantie d'une entrée sereine dans la vie professionnelle.  Encore moins dans les pays  en rattrapage économique  qui ont suivi le modèle occidental et qui se trouvent avec une pléthore de diplômés supérieurs dont ils ne savent pas quoi faire faute des structures économiques pour les utiliser.

Le vendeur de journaux en bas de chez moi est un ivoirien ayant fait Normale supérieure  !  La plupart des médecins africains  ayant appris leur métier en Europe ne retournent pas en Afrique. On forme des ingénieurs maghrébins en France et on leur interdit d'y exercer. Ils font des carrières souvent minables dans leur pays et se noient dans le ressentiment . C'est particulièrement sensible au Maroc. Il ne se passe pas un jour sans un article dans la presse sur le spleen des  diplômés chinois de l'éducation supérieure qui est encore pire que celui de nos doctorants.

L'emploi se crée dans les entreprises; Pas d'entreprises, pas d'emplois. Pas de compétitivité, pas d'emploi. Le téléphone portable a créé beaucoup d'emplois en France. Pour l'essentiel il s'agit d'emplois de vendeurs non qualifiés.  Le luxe français a créé des dizaines de milliers d'emplois à l'étranger. Pour leur très grande majorité, il s'est agi d'emplois non qualifiés. Nespresso est un formidable succès. Il a créé en France quasiment exclusivement des emplois non qualifiés.

Le chômage des personnels n'ayant pas un diplôme de technicien supérieur ou d'ingénieur n'est en aucune façon une fatalité.  Les exemples donnés montrent bien  que ces emplois non qualifiés  ont été créés grâce à la mondialisation. La technique vient d'ailleurs. Les conceptions aussi.  En France on a mis en musique la commercialisation.

Le chômage a une composante  conjoncturelle extrêmement forte.  Si Guy Sorman voulait bien se pencher sur les théories du cycle il verrait que l'emploi ne se remet d'une crise qu'assez tard en fin de cycle.  L'emploi n'a repris  et encore timidement après le choc de 74 qu'à partir de 78.  Après le choc de 93 il faudra attendre 1997 et encore personne ne s'en est aperçu pendant presqu'un an.

La reprise sera créatrice d'emplois , si elle se maintient, à partir de 2012 et 2013. 

Il a également une composante structurelle. Si le trend de croissance se ralentit les taux de chômage structurels augmentent.  Le trend de croissance s'est ralenti à cause du passage aux changes flottants en 1973 et provoque un chômage structurel plus important en Occident.

Les politiques locales ont évidemment un poids considérable sur l'emploi. La haine de l'entrepreneur et du profit si caractéristique de la France,  l'étouffement entrepreneurial par l'impôt et la réglementation qui s'y manifeste depuis si longtemps, des politiques démagogiques comme les coups de pouce au Smic, les cadres contraignants comme les 35 heures, ont évidemment un effet sur le sur-chômage structurel français.

On ne peut donc pas parler d'emploi sans regarder les systèmes et les politiques.  Il faut un bon système global et pour chaque région et chaque pays de meilleures politiques.  L'analyse qualitative des sous-systèmes est cruciale. On ne peut en rester à une apologie globale du capitalisme et à une dérision  pour le reste.

Guy Sorman conclut par un petit problème qui le gratte quelque part.  "Le système monétaire international ne risque-t-il pas de faire chavirer le capitalisme ?" Le risque est plus qu'avéré puisque justement il a fait chavirer non pas le capitalisme (toujours cette vision macroscopique inutilisable) mais le système financier international  sauvé par la création monétaire sauvage et la fiscalité d'Etat. Et à quel coût social et économique !

A cette question mal posée mais fondamentale, il fait une réponse minuscule : les marchés ont fait baisser l'Euro donc tout va bien.  L'Euro et le dollar n'ont pas cesser de faire le yoyo. Pas un yoyo de faible ampleur : des variations du simple au double ! Et très rapides.  Il est plus bas aujourd'hui il sera plus haut demain.  Des programmes informatiques génèrent à peu près 80% des ordres sur les marchés de devises en fonction de leurs algorithmes propres qui n'ont généralement rien à voir avec la réalité économique sous jacente.

Il ne faut pas tenter de réagir à des questions structurelles avec des éléments purement conjoncturels.

Nous conclurons que Guy Sorman en refusant l'analyse détaillée des sous systèmes et en prétendant subliminalement qu'ils sont tous équivalents et forcément bons en mode capitaliste,  produit un discours purement idéologique coupé des réalités et des analyses dont la pertinence peut être mise  en cause. 

Nous préférons pour notre part examiner en détail les systèmes et les politiques et apprécier leurs forces et leurs faiblesses.  Le combat idéologique a peut être un sens en France où le marxisme reste ancrée dans certains milieux intellectuels et politiques.  Cette pertinence est purement politique.

Si  on s'en tient à l'économie : observons , prévoyons, suggérons les réformes ponctuelles ou globales nécessaires. 

Et notons que ce travail n'est pas fait dans les médias français qui sont une sorte du miroir de la nullité de la réflexion économique théorique et pragmatique en France.



Zermmour-Domenach : démonstration parfaite de la carence médiatique française en matière d'économie.

Le 31 décembre 2010 une bonne partie du dialogue Zemmour-Domenach a traité de l'économie. 

L'un et l'autre sont d'excellents journalistes, sympathiques de surcroît.  Lorsqu'ils ne sont pas corsetés par les contraintes obligées  de  leurs postures idéologiques et politiques, ils ont de l'indépendance d'esprit et une bonne intelligence générale des phénomènes de société.

Les voici donc en train de discuter Euro et mondialisation.

La phrase juste et fondamentale : la crise a télescopé les idéologies  qui désormais sont caduques mais personne n'a la moindre proposition  ni même l'esquisse d'une idéologie de substitution.  A droite comme à gauche la paralysie est totale, personne ne souhaitant embrasser d'une seule politique alternative complète les méfaits de la mondialisation des mouvements de capitaux, des mouvements de marchandises et des mouvements d'hommes.  Trop de tabous à droite comme à gauche empêchent tout mouvement.

Nicolas Sarkozy a été pris à revers par la crise.  C'est un point sur lequel nous avons alerté dès sa campagne électorale pour l'élection présidentielle de 2007.  Nous lui recommandions de ne pas parader sur la hausse possible de la croissance alors qu'il subirait de façon certaine une crise extrêmement sévère pendant l'essentiel de son quinquennat. Nous lui demandions de prévoir "du sang et des larmes".  Il a annoncé du dynamisme, du travail et de la croissance. Cette contradiction lui coûte aujourd'hui extrêmement cher. Gouverner c'est prévoir, tout le monde sait cela.  Et son "américanisme postural" du départ,  dont le comble aura été une défense des subprimes à la française, se retrouve  frappé de plein fouet par les nécessités du moment.

La gauche, si tant est qu'on peut parler d'une seule gauche alors qu'on trouve tant de chapelles dans le socialisme, est bien paralysée par ses tabous.  La démagogie des "cadeaux au peuple", des 35 heures, de la radicalisation des législations paralysantes, de la dépense publique locale régionale et nationale totalement débridée,  tout en accompagnant une idéologie européenne de libre circulation des hommes, des marchandises et des capitaux non plus seulement dans l'Union mais dans le monde entier , est une des recettes du désastre économique français.

La France des dirigeants est donc bien paralysée. C'est vrai.  Et tout le débat qui décline les signes de cette impuissance est parfaitement bien venu.

Oui l'Europe met bien la charrue systématiquement devant les bœufs.  Oui les bœufs sont maintenant bien installés sur la charrue. Nous ne cessons de le dire et de l'écrire depuis des lustres.  Oui Seguin l'avait bien dit comme beaucoup au moment du référendum de Maastricht.  Quand Zemmour parle d'un cercle vicieux implacable et sans fin, il a raison.  L'Europe est une fuite en avant vers…  Vers quoi justement ? 

Oui les gouvernements se sont bien trouvés des amas de liquidités disponibles sur le marché mondial et ont dépensé sans limite en empruntant sans limite. Les états d'Europe, "sauf l'Allemagne depuis trois ans", se sont bien gorgés de dettes.

Oui, des écarts colossaux se sont bien produits dans l'évolution  d'une zone monétaire sans politique économique commune et  fondée  sur des "contrats" qu'aucun gouvernement "souverain"n'a voulu  respecter. "La gouvernance économique par la norme" est une des idées sinon mortes du moins très malades  de la construction européenne.

Doit-on se féliciter d'une pareille lucidité journalistique, certes un peu tardive mais finalement bien venue ?

La réponse est non.

Pourquoi ?  Parce qu'il n'y a aucune espèce de début d'explication du pourquoi  des phénomènes sous jacents.  Ces phénomènes ne sont pas connus et ne sont donc pas expliqués. On n'évoque que les conséquences et encore en terme d'erreurs politiques ou comme conséquences des grands enjeux idéologiques et de société alors que cela n'est pas nécessaire. 

Pourquoi avons-nous connu une période de taux d'intérêt si bas que tous les états pouvaient se gorger de dettes à bon compte ?  Pas de réponse.  Aucun des deux commentateurs ne fait observer que la dette n'est pas principalement celle des Etats à l'orée de la crise.  Nul n'évoque le gonflement de la dette du système financier qui s'est envolée à partir de 1973 et surtout de 1985. Nul n'évoque le gonflement frénétique du crédit à la consommation.  Spécialistes des Etats nos deux compères ne voient que les Etats.

Aucun des deux n'est en mesure de citer les vrais chiffres significatifs, c'est-à-dire un endettement global de tous les acteurs économiques qui partout se met à dépasser des multiples du PIB.  Pas seulement en Islande ou en Irlande. Absolument partout.

Cet aspect de "crise mondiale de la dette" passe totalement au dessus de la tête des deux commentateurs et de leur arbitre. Il faudrait expliquer comment , par quel mécanisme,  il a été possible.  Et là il faudrait rentrer dans le dur de la science économique et dans la question monétaire globale. 

On a assisté à la faillite d'un système, c'est vrai. Mais lequel ? 

Nous prouvons depuis maintenant près de quinze ans que le coupable est un système monétaire international  scabreux et déficient.  Avoir mis en place un système de monnaies administratives, gérées par des banques centrales  indépendantes chargées uniquement de leur valeur  en terme de prix à la consommation,   dont la valeur respective est laissée aux marchés dans le cadre d'un libéralisation complète des mouvements de capitaux , alors que la monnaie mondiale est la monnaie d'un pays qui a décidé de la gérer à son bénéfice exclusif, était une farce.

La farce s'est révélée sinistre.  Après trois crises d'importance à chaque fois plus grande, 73-74, puis 92-93, puis 2008-2009, plus personne ne peux croire à la validité de ce modèle.

C'est lui la première victime de la crise de l'endettement.

Faute d'avoir les connaissances techniques nécessaires et surtout d'avoir été suffisamment alertés par les économistes officiels,  Zemmour et  Domenach  en sont réduits à frapper trop large et finalement à brasser de l'air.

Les solutions leurs sont interdites.   Sans diagnostic pas de thérapeutique.  Là où le vrai débat se trouve,   la réforme du système monétaire international, la création d'une monnaie de réserve mondialisée, l'abandon des changes flottants et les restrictions aux mouvements de capitaux, la responsabilité des états dans la valeur externe de leur monnaie par rapport à la monnaie de compte mondiale,  on ne retrouve ni Zemmour ni Domenach. Ils ne savent pas. Ils ne veulent pas mettre les pieds dans ces questions prétendument "techniques".  

Au lieu d'un débat technique et géopolitique sur un sujet cerné, on en vient à tout critiquer donc à ne rien proposer.  Et on retombe dans la toute petite politique : le conflit entre Islam et code Napoléon pour Zemmour ; le vilain Sarkozy  et" la soumission à la logique du fric" pour Domenach.  On a fait de la chaleur, excellente pour l'audience d'I-télé et sa santé financière , mais aucune lumière.  

Pendant ce temps la crise continue.

 Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Le Bilan de 2010

Ce blog a connu un record d'affluence en 2010.  Avec  55.555 lectures cumulées au 31.12.2010, à 20 h30. Il a pratiquement doublé son rythme de croissance par rapport à 2009, en faisant une des sources de réflexions économiques françaises  indépendantes les plus lues.

Comment expliquer cette poussée de lectorat ?

L'article le plus lu, avec près de 1900 lectures, concerne Maurice Allais. La mort de notre seul prix Nobel d'économie est certainement la raison de cet intérêt soutenu. Le fait que nous avons toujours défendu Maurice Allais, tout en précisant avec soin les points qui nous séparent,  et l'actualité de ses réflexions dans la crise actuelle ont certainement joué un rôle.  La manière dont les médias français ont traité Maurice Allais est en tout point exécrable.  Sa mort a permis de corriger un tant soit peu cette situation. Tout le monde aujourd'hui s'accorde sur l'originalité et la force de son apport à la science économique.  Il faut dire que la réalité de la crise lui a donné largement raison : ce qui devait arriver est arrivé !


Cette fin d'année nous conduit à nous pencher sur une certain nombre de prises de positions faites précédemment sur ce blog et qui ont trouvé leur confirmation factuelle en 2010.

Nous avions annoncé que le RSA serait un échec. L'échec est aujourd'hui patent. Personne n'en tirera de conclusion malheureusement.

Nous avions affirmé que l'ISF et le bouclier fiscal ne pourraient pas rester en l'état. La réforme est désormais annoncée pour le collectif de juin 2010 mais le temps perdu ne se rattrape jamais. On peut craindre que la réforme soit bâclée.


Lorsqu'on recense les prédictions faites par les grandes institutions aucune n'avait mis le risque de dislocation de l'Euro en tête de leur préoccupation.  Nous-mêmes avons souligné inlassablement que le système monétaire international était en première ligne aussi bien comme cause de la crise que comme élément de la solution.  Nous alertions sur la question Espagnole et Portugaise.  C'est la Grèce qui a commencé le bal. Et nous en sommes maintenant à "la guerre des monnaies" avec un risque structurel sur la zone Euro.

Après la récession de 2009, contenue au prix d'un endettement phénoménal et historique des états, nous pensions qu'il n'y aurait pas de grande reprise.  En France la production industrielle s'est maintenue à 90-92% des valeurs de 2007.  Dans la mécanique où le coup de massue avait été sévère, avec un recul de près de 30% du CA pour 80% des entreprises du secteur, le chiffre s'est stabilisé à moins 15%.

La bourse  a stagné en France. Les prévisions de Goldman Sachs qui voyait le CAC 40 à 4800 se sont révélées totalement fausses.

Le commerce international  a repris par bouffée.  Une bonne fin de premier trimestre, puis un bon début de second trimestre , ont donné l'illusion d'une vraie reprise. Mais tout cela a fait long feu.

La Chine a certes libéré une partie de ses réserves de changes d'une part en faisant des stocks de précaution, d'autre part en activant le crédit en Chine. Cette pratique du stop and go est désastreuse.  Il eût bien mieux valu qu'elle libère le crédit au fur et çà mesure et qu'elle n'accumule pas des réserves absurdes en maintenant un cours du Yuan dévalué. Le résultat a été des achats spéculatifs au Brésil et dans de nombreux pays sous développés qui ont connu ainsi une certaine expansion.   Mais le boom du crédit interne se heurte à un phénomène d'inflation.

L' Allemagne dont les exportations ont été tirées par ce dégagement chinois  a connu un rattrapage plus rapide que le reste de l'Europe après une récession plus profonde. Mais on voit que les circonstances de cette poussée ne sont pas reproductibles.

Les grandes réformes mondiales concertées ont porté uniquement sur des broutilles : le capital des banques,  les bonus, la comptabilité.  

En l'absence de réforme du système monétaire international , la spéculation a repris de plus belle et les dangers multiples du système actuel pèsent sur l'avenir.
Le surendettement global n'a été diminué qu'à la marge. Aucune restructuration n'a été faite. On refinance indéfiniment avec des liquidités banques centrales des crédits qui ne correspondent plus à aucune réalité économique.  Comme le Scarabeus Sacer le monde des banques roule sa boule de crottin devant elle en priant pour que cela dure.

Comme en 93 les états se retrouvent avec des finances publiques désastreuses et ont la tentation du coup de massue fiscal.  En 96, trois ans après la crise de 93, Alain Juppé avait appliqué cette méthode provoquant une récession  induite.  La leçon a porté. On a choisi cette fois-ci le grignotage fiscal et la réduction des dépenses publiques.  On peut déjà prévoir le résultat : dès que la croissance reprendra un peu de vigueur, la France va connaître le joie d'un taux de prélèvement record. En surajoutant à un impôt progressif de nouveaux impôts on obtient un  effet de double croissance des prélèvements.  Faire jouer la progressivité aurait suffi

Les prélèvements vont être augmentés sur toute la partie épargne et patrimoine.  Les entrepreneurs français qui sont déjà dans une situation structurelle de manque de capital  vont voir leur situation s'aggraver. Les cadres qui avaient réussi à accumuler du capital vont être sanctionnés.  Le fisc français va saccager l'épargne de précaution des Français,  un peu comme les soviétiques avaient fini par confisquer les semences et pas seulement la production de grain consommable lors de la dékoulakisation.

La paralysie française a de nouveau  de beaux jours devant elle.

Partout on reprend des refrains sur la fin d'un monde, d'un système, d'un modèle de développement et on recherche de nouveaux paradigmes.

Tout le monde a désormais compris que pour les Etats-Unis gonfler les déficits et  soutenir la consommation par le crédit international  était une voie sans issue. C'est mieux que dans les années 90 où on nous expliquait bêtement que ce système était le moteur de la croissance indéfinie.  Mais faute d'avoir compris le pourquoi de cette situation et d'avoir entrevu les solutions à apporter, ce constat reste vain. 


Tout le monde a désormais compris que  le mercantilisme  débridé d'un état anti démocratique et basée sur le nationalisme voire le racisme Han, dont le seul attrait est la masse de la population  éveillée à la consommation, ne servait pas les intérêts bien compris du monde.  Mais lorsqu'on a choisi un système monétaire basé sur le n'importe quoi et les relations de puissance et de force, comment s'en plaindre sans changer le système monétaire international ?


Tout le monde a désormais compris qu'un système de monnaies administratives gérées par des institutions techniques spécialisées n'ayant comme seul objectif que de maintenir la valeur de la monnaie par rapport à un indice de prix à la consommation  était une catastrophe intellectuelle et pratique. Passer de l'analyse à l'action sera plus dur.  


Tout le monde a compris qu'il ne s'agit pas d'une crise des" subprimes". Les subprimes n'auront été qu'un détail dans le tableau général de la dette débridée dépassant plusieurs fois le niveau du PIB des Etats.  Ce ne sont pas les subprimes qui expliquent les difficultés de refinancement de la Grèce et les risques d'éclatement de la zone Euro !  Mais comme la crise des subprimes est facile à comprendre (après coup), les nuls  (notamment dans la presse et l'enseignement) continueront à  s'accrocher à cette explication qui n'en est pas une.

L'amusant est de comparer les politiques alternatives annoncées dans chacun des pays.  Partout le même triptyque apparait : recherche, enseignement, écologie.  C'est mobilisateur, politiquement correct  et parfaitement vain.

La croissance dans un monde où des millions d'ingénieurs et de techniciens passent leur temps à améliorer tout et à imaginer de nouveaux produits,  n'a aucun besoin de coups de fouets artificiels ni de plans mirifiques.  Il n'y a aucune raison que les forces qui soutiennent le trend  faiblissent. Au contraire le monde peut connaître une phase de croissance considérable, en tout cas aussi considérable que celle que l'on a connu depuis deux cent ans.  Jamais il n'y a eu autant de nouvelles opportunités, de nouveaux consommateurs, de nouvelles opportunités d'innovation.

La véritable urgence est de réformer ce qui blesse la croissance et l'organisation pacifique du monde.

Il faut réformer le système monétaire international. C'est la priorité des priorités.   Dès qu'une monnaie réellement internationale aura vu le jour avec un système de changes fixes mais ajustables de façon concertée,  la spéculation s'effondrera, l'horizon économique des entrepreneurs  réapparaîtra, la croissance reprendra.

Est-ce que sans cette réforme la reprise est impossible ? Non. Le monde s'est remis de la crise de 74, de celle du début des années 80, de celle de 92-93, de celle de 2001-2002. Mais on a vu qu'à chaque fois elle en sortait plus mal et plus déséquilibrée, les conditions de la sortie de crise devenant les causes de l'entrée dans la crise suivante.

Aujourd'hui nous sommes dans une situation où tous les agents économiques souffrent à raison des conséquences  des politiques structurellement fausses suivies depuis 1973.  Alors que le trend de croissance est toujours là et aussi puissant.  Les pays qui comme la France ont fait le choix de l'étouffement fiscal  stagneront dans la durée.  L'Europe  prisonnière de ces contradictions essaiera de manœuvrer pour essayer de dégager la charrue qui est désormais bien calée sous les pieds des boeufs.  Les Etats-Unis  n'ont pas défini de stratégie alternative : leur horizon est médiocre. La Chine ne pourra pas indéfiniment poursuivre une politique mercantiliste. Le Japon ne peux plus laisser sa monnaie s'apprécier plus avant tout en laissant l'endettement interne atteindre des sommets phénoménaux.  

 
Donc quelque chose cèdera.  A l'impossible nul n'est tenu .


2006 avait été l'année de l'illusion : on était sorti de la crise de 2001-2002. Mais dès juillet aux Etats unis la construction avait baissé ainsi que les prix de l'immobilier. Et le marché des CDS s'emballait.


2007 aura été l'année de l'incompréhension.  Le marché bancaire s'était bloqué. On ne comprenait pas pourquoi.  Les banques tentaient de se passer le mistigri des mauvaises dettes. Mais l'économie était en pleine phase de haute conjoncture. Le petit nuage noir du marché interbancaire surprenait dans le ciel grand bleu de la croissance.


2008 aura été l'année de la stupeur : une crise de type 1929 était finalement possible alors que tout allait si bien.


2009 aura été l'année du choc. L'effondrement économique est énorme. Du jamais vu depuis les années trente. Les banques centrales sont débordées. Les Etats entrent en jeu. Tout le monde fait ce qu'il s'était juré de ne jamais faire.  


2010 aura été l'année de la faillite des illusions. La guerre des monnaies, la déréliction des finances publiques des Etats sont venus à bout des certitudes.  Les banques centrales vertueuses se mettent à faire tourner la planche à billets. Les politiques ne savent plus à quel saint se vouer. Partout dans le monde les Etats tirent à hue et à dia en se moquant des "consensus"  dont on se repaissait naguère.


2011 sera l'année de la peur.  Normalement l'année devrait être une année de consolidation avec un rattrapage faible mais réel .  Comme tout peut arriver, les agents vivront dans la peur. Peur de l'explosion des prix des matières premières et notamment du pétrole ; peur de l'explosion de la zone Euro ; peur de perdre toute son épargne ; peur de perdre son emploi ; peur que sa progéniture n'arrive pas à s'insérer dans les nouveaux  courants économiques ; peur de mouvements sociaux destructeurs ; peur de l'effondrement des banques… et le H1N1 revient !  


Si les Etats se concertaient autour d'une réforme structurelle des changes et du système financier mondial, montrant à la fois qu'ils avaient compris la crise et mis les moyens d'en sortir dans la durée, toutes ces peurs s'évanouiraient en un instant.  
Notre vœux pour 2011 est tout trouvé :

Sortir de la peur !


par la réforme du système monétaire international.



Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



DSK : un nouvel article consternant.

M. Dominique Strauss-Kahn, directeur du FMI, est coutumier des articles à la presse donnés à la fin de l'année.  On se souvient de son article du 24 novembre 2009. Rétrospectivement il apparait pour ce que nous avions écrit qu'il était : du sirop indigne d'un directeur du FMI.  

Il annonçait que la reprise aurait lieu au second semestre 2010 et que la baisse du chômage commencerait alors.

La réalité a été toute autre : une bonne activité entre la mi janvier et la mi mars et une poussée à la fin du printemps.

En revanche le second semestre a mal commencé et n'a pas montré d'accélération.

DSK a donc raconté n'importe quoi.

De même il annonçait que sur le plan financier tout allait bien, que la crise était derrière nous. Et on a vu exploser la crise grecque puis la crise de l'Euro en même temps que démarrait une guerre des monnaies.

DSK a donc raconté  n'importe quoi.

Ce n'était pas la première fois.

Dans un article du 2 avril 2008 il faisait déjà ce qu'il sait le mieux faire : des phrases et de la politique.  Mais l'aveuglement était déjà complet.

Alors que la crise de liquidité était en train de faire exploser le système il trouvait alors tout à fait bien la politique de la BCE qui visait à "lutter contre l'inflation" alors qu'on voyait un début de contraction du crédit tout à fait nouveau et important.   Cette politique aggravera la situation.

DSK n'avait  rien compris, rien prévu.

DSK a raconté n'importe quoi.

Pour ceux qui aiment rire, notons cette phrase : "Le FMI travaille sur ce qui nous paraît aujourd'hui le plus important, c'est-à-dire les canaux de transmission entre la sphère financière et la sphère réelle". Nous étions en 2008. Il y travaille encore. Cette phrase sera le leitmotiv de pratiquement toutes ses interventions.

Pendant qu'il travaillait l'endettement de 200 à 700% par rapport au PIB de bien des pays a fini par exploser.

DSK  n'avait rien vu. Rien compris. Pourtant quand un pays comme l'Islande voit ses banques enfler leur bilan à hauteur de 700% du PIB du pays, le FMI dont c'est le rôle officiel, aurait du intervenir depuis longtemps.

DSK est aveugle mais il travaille et il étudie. "Nom d'un chien les systèmes financiers mondiaux sont interconnectés et ils ont une influence sur l'économie réelle !  Comme c'est étrange !.  Il va falloir qu'on regarde cela de près".

Cela ne faisait que trente cinq ans que la sphère financière avait été libérée de toutes contraintes (notamment par son ami Bérégovoy) et que les mouvements de capitaux internationaux avaient été totalement déréglementés !

DSK n'avait rien vu et on doit comprendre qu' il pensait que les deux sphères économiques et financières vivaient dans des mondes parallèles "qui ne se rencontrent jamais".  

Il est vrai que dans un article de septembre 2009, DSK affirmait avec un sens de l'observation qui fait chaud au cœur : "la crise est mondiale". Et il montrait qu'il était à la hauteur de la situation en soulignant que par la maîtrise des bonus, de nouvelles règles comptables et un renforcement des règles de capital des banques, la solution était enfin trouvée.

Autant dire qu'on attendait peu de l'article qu'il vient de signer dans le Figaro.

On n'a pas été déçu. DSK enfile les perles avec de belles phrases vides de sens et accumule les bourdes.

"Il faut changer de raisonnement économique" indique le titre.  Ce qui est indiscutablement vrai mais mérite quelques précisions.

DSK s'explique : "Certains défauts  majeurs de la pensée conventionnelle sont apparus au grand jour , notamment à quel point nous comprenons mal les liens entre le système financier  et l'économie dans son ensemble". DSK nous ressort ce qui faisait déjà rire …en 2008.

Quelle est donc cette théorie dominante qui aurait expliqué que les banques et la finance n'avait aucun rôle dans l'économie réelle  et que sphère financière et sphère économique étaient deux mondes se côtoyant mais ne se touchant pas ?

Il n'y en a pas. En revanche il y avait une théorie économique dominante qui expliquait qu'en libérant toutes les entraves financières on déchaînerait la croissance, que les changes flottants c'était très bien et que les marchés devaient fixer la valeur respective des monnaies ! Doctrine que DSK, après Bérégovoy  a mise en pratique lorsqu'il était ministre des finances.

Il ajoute que  Bâle III est une formidable avancée.  Alors que Bâle II n'avait rien fait pour empêcher la crise. Et il faut mettre des surveillants partout. Alors que tous les organismes de supervision ont laissé les banques endetter les pays très au-delà de leur PIB !

Tout ce cela est insignifiant.

Plus significative aurait pu être la phrase suivante : "La politique monétaire doit aller au-delà de son objectif central : une inflation faible et stable et donner plus d'attention à la stabilité financière".  L'ennui c'est que le vague couvre le concept de stabilité financière. DSK évoque plus de règlementation bancaire.  S'il avait dit : stabilité des changes on aurait compris. C'est un vrai enjeu. La règlementation bancaire est de tout temps une fonction des banques centrales. En France on a pour cela la Commission bancaire. On a vu qu'elle n'a pas empêché la France de s'endetter au-delà de trois fois son PIB, une proportion intenable.

Faute de comprendre pourquoi les superviseurs n'ont pas supervisés, DSK parle pour ne rien dire.

Le reste est du blablabla insignifiant du genre "mais oui mais non mais bien sûr". Il faut ne pas s'endetter mais s'endetter quand même tout en s'endettant peu. Il faut redresser les comptes sans redresser le chômage tout en se redressant.

Il conclut sur la nécessité de s'intéresser aux effets de la mondialisation sur les mouvements de capitaux "dont nous devons mieux comprendre ce qui les motive". Et sur l'imagination nécessaire et qui a si cruellement manqué. Mais tous ensemble nous y arriverons !

Imaginons et cherchons, mes très chers frères.  

Plus nul on ne peut pas.

Ce qui irrite le plus c'est la constance dans la nullité.

DSK flotte comme un bouchon pour durer en répétant des fadaises.  Les mêmes fadaises qu'il y a trois ans. On croirait un début de gâtisme.

Et la crise perdure.

En attendant l'Europe a perdu de son influence au FMI lors de la réforme des statuts sans aucune contrepartie.  Désormais l'Europe cède et cède seule sur tous les sujets. C'est la variable d'ajustement entre les Etats-Unis et le monde qui émerge.

Qui osera dire dans la presse que DSK est une des pires erreurs de casting de Nicolas Sarkozy

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes e-toile.



La crise est-elle causée par la stagnation des salaires

La grande question des relations entre salaires et crise mérite quelques éclaircissements. Elle donne lieu à des analyses qui sont souvent  fuligineuses.

  Le meilleur exemple est sans doute le texte suivant extrait d'une interview  au journal Le Monde d'un certain Gérard Cornilleau, directeur adjoint au département des études à l'OFCE, centre de recherche économique de Sciences Po.

" Dans quelle mesure la question des salaires a-t-elle pu contribuer au déclenchement de la crise ?

Le facteur de crise, c'est le fait que ces dernières années, les hauts salaires ont fortement augmenté, et cela à peu près partout dans le monde, au détriment des bas salaires, particulièrement ceux qui sont juste au-dessus du salaire minimum, mais en dessous du salaire médian, qui ont stagné. Car d'un côté on a donné beaucoup plus à ceux qui avaient déjà de hauts revenus, donc ceux qui logiquement ne pouvaient pas consommer beaucoup plus que ce qu'ils consommaient déjà – il y a un moment où la consommation sature, pour caricaturer, il est rare que celui qui a déjà une Porsche, en achète une seconde et encore moins une troisième... – et de l'autre on a rationné la consommation de ceux qui en avaient un fort besoin.


Aux Etats-Unis, on a cru un temps avoir résolu la quadrature du cercle en disant "pour consommer, les bas salaires peuvent s'endetter"et c'est comme ça que ce système bancal a été maintenu en vie par des crédits à la consommation et des taux d'intérêt peu élevés. Le résultat de ces logiques, c'est d'un côté des hauts revenus qui ne sachant plus quoi faire de leur argent se mettent à spéculer, et de l'autre des bas revenus qui se sont surendettés pour pouvoir consommer. C'est la crise de 2008. Ce qu'elle a démontré c'est qu'on avait gaspillé de l'argent à donner plus à ceux qui avaient déjà trop. Et qu'il fallait absolument remettre en ordre la hiérarchie salariale pour qu'elle soit efficace du point de vue économique."

Nous citons entièrement parce que ces raisonnements se retrouvent à peu près partout sous cette forme chez les tenants de cette doctrine. 

La première thèse est que la stagnation des salaires est Le facteur de la crise.

C'est la thèse copie conforme qui s'était également développée lors de la crise de 29.  Le déplacement des revenus vers les hauts salaires qui épargnent plus détruit la demande globale et détruit  la croissance. Tout cela a un gentil parfum de keynésianisme élémentaire avec un semblant opportun de macro économie. Celui qui veut être convaincu à de quoi s'accrocher aux branches.

En vérité cette "explication" n'a strictement aucun sens.

D'abord parce que les rémunérations  basses et moyennes n'ont pas baissé. En France, de coups de pouce au Smic en coups de pouces au Smic,  les basses rémunérations ont très fortement augmenté. Elles ont même tellement augmenté que les jeunes, les femmes, les immigrés, les vieux et d'une façon générale tous les faibles sen sont trouvés progressivement écartés en masse de l'emploi. Il a fallu le transfert sur la dette d'une partie des charges sociales sur les smicards pour enrayer (d'une façon peu durable) l'effondrement structurel  de l'emploi dans ces catégories. Evidemment pour le groupe immédiatement supérieur qui n'a pas bénéficier de ces mesures, la pilule a été dure à avaler. Leur coût relatif est devenu plus important.


Ensuite parce que le revenu des personnes au travail a continué à augmenter. On parle de "stagnation" mais c'est totalement faux. J. Marseille a donné les chiffres et a montré que dans les "trente piteuses" les salariés avaient augmenté leur revenu net de l'inflation  (je cite de mémoire) autour de 25%.  

Enfin parce qu'il y a les transferts. Environ un tiers du PIB français est transféré. Pour les hautes rémunérations, les taux d'imposition moyen sont de l'ordre de 80 à 90%, si on n'emploie pas les dispositifs d'évasion fiscale ou les niches fiscales qui sont une dépense  forcée. (au sens qu'on ne l'aurait pas faite s'il n'y avait pas la sucette fiscale).

Si on raisonne en salaire net des transferts et impositions, choses que personne ne fait jamais naturellement, la situation n'est plus du tout celle que ce M. Cornilleau décrit.

Tout cela dérive de la conception marxiste d'un capitalisme dont le taux de profit baisserait de façon tendancielle et provoquerait naturellement  la crise finale imposant le passage au socialisme, théorie qui s'est trouvée contredite systématiquement par l'histoire.


Si on regarde la situation proprement française on constate que le revenu disponible des salaires a été amputé par les cotisations sociales et les impôts locaux (que l'on pense à la taxe d'habitation à Paris) , et que cette perte a été partiellement  compensée par les transferts eux même financés par la dette.


Si on prend la Chine, l'Inde, le Brésil, etc.  alors on ne constate aucune baisse des salaires médians mais au contraire une forte hausse.  Un exemple : un informaticien roumain coûtait autour de 1000 F par mois en 1980. Aujourd'hui il est à plus de 1000 euros. En trente ans son salaire a été multiplié par 7 !  Situation exactement la même en Inde.  Le "Tata boy" a vu son salaire exploser. Les masses qui sont sorties de la pauvreté ces trente dernières années se comptent par centaines de millions.


On voit donc que les théories de la crise générée par les salaires n'ont strictement aucun fondement autre qu'idéologiques avec des raisonnements d'apparence qui ne résistent pas à la plus légère observation des faits.
Ajoutons que l'on sait parfaitement que la crise est lié à un gonflement insupportable de la dette qui a dépassé les 300 voire 400% du PIB dans trop de pays en même temps que les réserves monétaires étaient stockées de façon mercantiliste en Chine.  


On a donc d'un côté une explication par la monnaie qui est totalement convaincante et conforme aux faits et de l'autre des élucubrations.


Il est absolument certain que si on laisse un pays d'un milliards et quelques d'habitants entrer en compétition sans limite avec le reste du monde avec une monnaie dévaluée, il y aura pression sur les salaires dans les pays riches. Si en plus ce pays ne réemploie pas systématiquement ses réserves de changes pour stimuler sa propre consommation, alors il bloque la possibilité que les produits s'échangent contre les produits, donc le travail contre le travail.

Ce système asymétrique pousse au chômage et à la stagnation salariale en Occident.   Si le pays mercantiliste replace en plus ses réserves dans le pays déficitaire, il y crée un cycle d'endettement supplémentaire qui fait que la consommation des dits pays devient de plus en plus dépendante du crédit.


Les salaires sont une résultante pas une cause de ces mécanismes monétaires.

La seconde thèse est justement de prendre une des conséquences du système monétaire foireux comme le fruit d'une politique volontaire.  


"Aux Etats-Unis, on a cru un temps avoir résolu la quadrature du cercle en disant "pour consommer, les bas salaires peuvent s'endetter".


Qui est ce "on" ?

Où cette volonté s'est elle exprimée et développée en politique consciente ? Et pourquoi seulement aux Etats Unis ?


Le système monétaire pourri qui nous est imposé a provoqué une montée effarante des dettes et en contrepartie de la masse monétaire.   Les taux d'intérêt ont été maintenus si bas par la FED qu'emprunter était facile.  Lorsqu'un taux d'intérêt est presqu'à zéro, beaucoup se précipitent, en particulier les gouvernements, leurs agences de sécurités sociales, les collectivités locales et les entreprises et les particuliers. 

Tout le monde s'est mis à emprunter.  Pas "on". Tout le monde. Pas les Etats unis seulement. Tous les pays.


Le mauvais système monétaire a induit des comportement sous forme de spirale intenable.  Les banquiers ont indexé leurs rémunérations sur cette spirale et ils ont connu d'excellentes années parfaitement injustifiées économiquement et non durables.  La mondialisation a conduit les grosses entreprises à homogénéiser les  rémunérations des cadres supérieures vers le haut en même temps que la surface des responsabilités devenait gigantesque.  On n'a pas le même salaire lorsqu'on vend des chemises à Romorantin ou lorsqu'on dirige le marketing mondial d'Apple !  


La hausse des rémunérations n'est d'ailleurs pas venu du salaire mais des participations au capital. Dans le système monétaire que nous connaissons, l'inflation étant bridée par la concurrence déloyale de la Chine et ses salaires bas doublés d'une monnaie artificiellement dévaluée, la masse monétaire créée est allée sur les biens réels (immobiliers et actions).  Les stocks options ont permis de gaver les dirigeants de la plus value boursière artificielle nourrie par l'accroissement indécent de la monnaie en circulation.  


Cet argent n'a pas été "gaspîllé".  Il s'est fixé dans des valeurs nominales qui n'avaient pas plus de sens que le reste.

Partir dans une lutte des classes entre une classe populaire paupérisée et une classe dirigeante surenrichie n'a strictement aucun sens et ne ménera à rien de bon. 

C'est le système monétaire international qu'il faut réformer. on verra alors que la rémunérations des dirigeants sera liée désormais à la croissance de leur entreprise non à celle de la valeur boursière de leur entreprise ; que les prêts iront d'abord aux investissement utiles et moins à la spéculation. Que la croissance de la  Chine et de l'Inde, comme des autres pays à fort développement potentiel sera une bénédiction pour l'Europe.


L'art de toujours se tromper de cibles et de ne rien comprendre est en France poussé à des hauteurs difficilement dépassables .

Un débat révélateur de l'inconscience générale dans "ce soir ou jamais" (FR3-F. Taddei)

Nouveau  groupe de commentateurs dans la même émission "ce soir ou jamais", pilotée par le cravaté subtilement décravaté Frédéric  Taddéi ,  qui mélange  les genres, avec des commentateurs économiques comme Nicolas  Baverez ou Philippe Manière, des femmes "prétextes" comme la communiste aux yeux bleus  Clémentine Autain ou la fantaisiste Frigide de Koch, un comique de gauche pas drôle, Christophe Alévêque,  l' essayiste de gauche Bernard Ziegler et un éditeur de musique silencieux mais content de se montrer, Pascal Nègre.

Le choc droite gauche est censé créer la tension qui fait l'audience. En France seule l'idéologie intéresse. Ce qui frappe c'est l'absence à peu près totale de compréhension des causes de la crise. Faute de comprendre que c'est un défaut du système monétaire international qui est en cause, chacun va prendre dans la réalité le petit bout qui sert ses convictions.  Au lieu de se concentrer sur un point technique et géo politique :  par quel miracle on a pu  faire gonfler à ce point l'endettement mondial,  et fausser à ce point la concurrence entre les économies, chacun va essayer de tirer l'affaire au profit de sa boutique.

Le résultat : des coups de projecteur sur la réalité qui sont incontestables ; une absence totale de solution ; un échauffement sur des aspects idéologiques parasites ; parfois des propos totalement psychédéliques.

Oublions  M. Alévêque qui explique doctement que les taux d'intérêt sont de 18 à 19% et que 8% est un cadeau ahurissant fait aux banques,   il joue son rôle de comique, mais involontaire.

Passons rapidement sur les tentations exprimées de gonfler encore indéfiniment la dette pour assurer la reprise. Donner du sucre à un diabétique est certainement la clé du succès ! Diafoirus avec nous !

Retenons peut être la tentative d'explication du dénommé Bernard Ziegler penseur de gauche, père du Care aubriesque et qui voit dans la crise actuelle la fin d'un modèle né en 1908 : le consumérisme serait mort !  L'ère ouverte par le fordisme se refermerait.

Air inspiré, mots compliqués choisis avec soin,  on n'est pas dans l'économie mais dans le théâtre philosophique, ses concepts vaseux,  son air d'avoir "décrypté" le monde, sa prétention d'avoir  découvert ses ressorts cachés.  La conclusion : naturellement la révolution. Pas de gardes rouges ni de bolcheviques.  Mais le constat qu'un monde est révolu et qu'il faut entamer autre chose. Sous les peaux mortes du capitalisme financier nait une nouvelle perspective, blablabla.

Et blablablabla.

L'épuisement du modèle consumériste serait à la source de la consommation par l'endettement, dont on voit qu'il est une impasse. C'est la faute à Thatcher ; c'est la faute à Reagan.  

Evidemment rien de tout cela ne tient la route.

Si l'économie et devenue un casino cela tient à une mesure et une seule : les changes flottants associés à la liberté des mouvements de capitaux.  

Si les états occidentaux ont eu recours progressivement à un endettement phénoménal, c'est lié au phénomène de double pyramide de crédits  alimenté par l'attitude des détenteurs de dollars qui  le replacent aux Etats Unis, détenteurs de la monnaie mondiale, qui créent à nouveau de la monnaie par l'effet multiplicateur. De la monnaie donc de la dette.
 
Alors oui ces deux mécanismes ont entraîné le monde dans une spirale qui a fini par l'explosion que l'on sait.  Thatcher n'y est pour rien. Reagan non plus. C'est Nixon le vrai coupable qui a considéré que les Etats Unis avaient la force de garder ses privilèges avec un système de changes flottants contraints pour ses partenaires.   Ce qu'il n'avait pas prévu c'est qu'à l'horizon pointait la Chine armée d'une volonté mercantiliste absolue.

C'est le conflit sino américain qui, dans un non système monétaire international pourri de défauts, a provoqué l'évolution du système bancaire et partant de là de l'ensemble du système économique. Le système bancaire est un mort vivant maintenu comme Franco dans un apparence de vie par les subventions des états et des banques centrales occidentales. L'économie réelle s'en trouve asphyxiée.  Aucune mesure n'étant prise pour sortir de cette horreur, la crise perdure et les menaces enflent.

Rien à voir avec le fordisme. Ou une quelconque crise de la consommation.   Ce matin même les radios annonçaient que le nombre de téléphones portables en France dépassait le nombre de Français ! Croire qu'il n'y a pas de demande solvable en France est grotesque et c'est vrai partout dans le monde.  

Il faut sortir du système monétaire international inefficace et dangereux qui ruine l'occident et corriger les politiques du tout état qui ont atteint leur quasi maximum.

Oui M. Ziegler ce système est "révolu".  Reste à l'abattre. Mais dès qu'on reviendra à un système de changes fixes avec des règles et des régulations fortes, et l'obligation pour les états de défendre la valeur extérieure de leur monnaie ,  on verra que l'aspiration au bien être des populations pauvres et à la consommation des populations plus favorisées se manifestera aussitôt.

Evidemment, il n'y avait personne sur le plateau pour le dire et l'expliquer, un exemple de plus du décalage total entre ce qui fait l'opinion publique exprimée dans les médias et la réalité.  

Avec le stockage des émissions de télévisions, il est possible que  dans quelques années quand la réalité aura fini par démontrer l'inanité des raisonnements dominants actuels, on se repasse ce genre de débats  en ironisant sur  la quasi-totale inconscience de l'époque.

Les économistes médiatiques français totalement dépassés

Ecouter les émissions radiotélévisées où s'expriment les économistes français reconnus dans les medias est un exercice déprimant.

Ils n'avaient pas vu la crise venir et ils continuent de rien comprendre.

Le nœud du problème : ils expliquent la crise  par l'endettement américain ; Et ils sont bien embêtés quand il faut expliquer que c'est l'euro qui trinque.  

Un certain Sapin expliquait hier soir sur une télévision publique que la crise était due  uniquement et exclusivement  à l'insolvabilité des consommateurs américains.   Comment alors expliquer que les grecs sont en déficits colossal, l'Espagne à la limite de la solvabilité et l'Irlande  incapable de refinancer ses banques ?

Essayer de  décrire un effet papillon  venant des Etats Unis avec une onde de propagation ailleurs est une tentative vaine.

La vérité est que la spirale de crédits a touché tout le monde.  De très nombreux pays se sont retrouvés avec plus de 300% d'endettement global. Pas seulement les Etats unis.  Si l'explosion a été générale c'est que le gaz explosif de la dette s'était insinué partout à un taux intenable.

Ce n'est une crise américaine que dans la mesure où la cause du gonflement de la pyramide est dans le  rôle de monnaie internationale du dollar dans un système de changes flottants.   Mais les mécanismes de double pyramide de crédits ont touché tout le monde.

La crise est plus grande partout où l'endettement a été exceptionnellement important, qu'il s'agisse d'un endettement d'état, de l'endettement du système bancaire et financier ou de l'endettement privé des particuliers.

L'Islande et l'Irlande ont été  assommée par leur système bancaire qui avait fait gonfler ses bilans de façon extravagante. La Grèce est dans le désordre des finances publiques. L'Espagne est frappée par l'ampleur de la bulle immobilière, tout comme le Portugal.  Le Royaume uni a été atteint et par l'enflure de son système bancaire et par l'ampleur de la bulle immobilière et par la croissance non maîtrisée des dépenses publiques.

La dette étant portée par les banques l'insolvabilité globale met en cause leur viabilité. Toutes les politiques menées ont pour but de faire rouler la dette pour éviter la faillite. L'absence de restructuration est évidemment le problème le plus évident. On est dans le faux semblant. le canard continue à courir alors qu'on lui a coupé le cou. Mais il ne faut pas dire que le roi est nu parce que sinon c'est la panique généralisée sur les dépôts.  

Si les commentateurs économiques avaient un peu mieux réfléchis ils constateraient que la seule solution est :

- dans la réforme du système qui a permis ce gonflement indécent des dettes.  La réforme du système monétaire internationale est la première mesure à prendre. Le fait de n'avoir rien fait pendant trois ans  explique que la crise perdure.

- Il fallait également restructurer les dettes d'une façon ou d'une autre, en protégeant l'épargne liquide et en sanctionnant les décideurs des prêts aventurés et leurs bénéficiaires.

- il fallait enfin réorganiser le système bancaire pour que les dépôts cessent d'être  des prêts occultes à des banques qui peuvent en faire ce qu'elles veulent.

Naturellement ces thèmes sont à peu près totalement esquivés dans les débats publics.

Le plus drôle est de voir des économistes qui n'avaient rien vu venir organiser en quelque sorte une session de rattrapage et prophétiser désormais  le pire "inéluctable".  Décidemment le ridicule ne tue pas.

L'Euro éclatera donc de façon "certaine".  La crise va durer 10 à 20 ans. Il va y a voir des explosions sociales et peut être des révolutions et des guerres  etc.

Bref, la fin du monde est pour demain.

La vérité est beaucoup plus simple : si les réformes qui doivent être faites le sont, on sortira assez vite de la crise.  Si on ne les fait pas alors tout est possible.

Le rôle des économistes n'est pas de jouer le rôle de cassandre tardif  mais d'indiquer le vrai diagnostic et les vrais remèdes.  Ce n'est pas la peur qu'il faut stimuler mais la raison. Ajouter la peur à l'incompréhension , c'est être deux fois irrationnels et jouer le rôle déplorables des  prêtres ignorants d'il y a deux mille ans.  

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.



BDI et SP 500 : le grand écart continue

Le Baltic Index qui donne une indication sur les cours du frêt donc de l'activité internationale et l'index SP 500 ont une particularité : ils s'écartent parfois l'un de l'autre mais au bout d'un moment les courbes de rejoignent.

La courbe du BDI est déprimée et le reste depuis quelques mois. En revanche on constate un gros rebond du SP 500 et des bourses en général. Après une hésitation les bourses remontent fortement.

Deux explications :

- une fuite devant les monnaies conduit à privilégier les biens "réels". L'or, l'immobilier et les bourses flambent.  Mais tout cela est fondée sur la peur. A terme il y aura une correction.

- Les marchés anticipent une hausse de l'activité en partant des rapports d'activités des entrerpises cotées.  Le frêt redémarrera en 2011.

Les paris restent ouverts.

Mais tout cela donne une idée  du climat général trois ans et demi après le déclenchement de la crise avec le blocage du marché interbancaire.

 

 

 



La crise a-t-elle ébranlé la pensée économique dominante ?

Avant la crise prédominait et depuis très longtemps, probablement depuis l'après guerre en en tout cas dans les années soixante, j'en témoigne,  l'idée confiante que le monde saurait faire face à une crise "de type 1929".  En mêlant le message de Keynes et celui de Milton Friedman, on pensait que la crise de 1929 était surtout due à des erreurs majeures  de politique économique et monétaire :

- Il ne fallait pas attendre que la reprise soit "round the corner" mais au contraire relancer l'économie par les investissement pour maintenir la demande globale quitte à aller assez loin dans les déficits

  Il était impératif que la banque d'émission relâche les disciplines et compense  la monnaie de crédits détruite par la crise par une libération de liquidité primaire et qu'on évite à tout prix la faillite des banques et la disparition des dépôts et de l'épargne qui leur est confiée. 

Si les états évitaient le chacun pour soi, les dévaluations compétitives et l'enfermement  dans une politique protectionniste,  alors le choc serait surmonté sans dommage.

Ces certitudes sont ébranlées. On a vu que la défense des banques  a bien eu lieu. Les déposants à  quelques exceptions près n'ont rien perdu. Mais au prix d'un transfert vers les états et la banque centrale d'une grosse partie des dettes.

Les plans de relance ont enrayé l'effondrement vertical du PIB  mais n'ont pas empêché une baisse importante. La production, notamment industrielle et les échanges ont été gravement atteints.  La conjonction de la récession, et donc de recettes fiscales en forte baisse et d'un accroissement de la dépense,  a crée un gouffre budgétaire financé par l'emprunt et donc un gonflement intense de l'endettement des états, alors que la cause de la crise était un sur endettement général. 

On a vu la dépense de certains états dépasser de plus de moitié  leurs recettes.

Le problème, c'est que pendant quarante ans les états ont pratiqué un keynésianisme larvé qui a vu la part de la dépense publique dépasser la moitié du PIB, là où elle s'établissait au quart un siècle auparavant.

La France a malheureusement joué ce jeu là de façon aventurée. En déficit permanent depuis la récession de 1974, la France avait déjà accumulé une dette  d'état intolérable.  Elle n'a jamais  joué le jeu des pays qui à la suite de la crise de 93 avaient mis un peu d'ordre dans l'exaltation dépensière générale.

Ceux des pays qui avaient cru devoir leur croissance essentiellement à la finance, comme l'Islande, à l'immobilier comme l'Irlande, certains pays baltes l'Espagne et  le Portugal, ou aux deux, comme l'Angleterre, se sont retrouvées à la fois avec des dettes privées impossibles à rembourser et des déficits publics difficiles à refinancer.  Ne parlons pas de la Grèce  qui a cumulé tricheries d'état et n'importe quoi démagogique  généralisé.

Le résultat est aujourd'hui clair : compte tenu du poids des dettes privées et publiques cumulées  personne ne voit plus de solutions à court terme. La perspective d'une crise longue, de 6 à 10 ans, comme la crise de 1929, s'installe. 
 
Certes l'effondrement total du système de production et de l'organisation bancaire a été conjuré. On n'a pas connu des baisses de 40% du PIB ou des chômages à 25% de la population active. La production industrielle s'est effondrée  tout de même de 20%  à 30% dans bien des pays occidentaux et le commerce mondial après avoir brusquement décru, ce qui ne s'était jamais vu depuis la guerre, n'a pas refait le terrain perdu trois ans et demi  après le début de la crise.

Et la peur est partout.

Pourquoi ? On a magistralement traité la crise de 1929, sans se rendre compte qu'on n'était plus en 1929.

La crise de 1929 est la fille tardive de la guerre mondiale de 1914 et des énormes déséquilibres politiques et économiques qu'elle a créés. L'écart était trop grand entre une Amérique  enrichie et concentrant tout l'or du monde et une Europe convulsive  et ruinée.  Le retour à un certain ordre économique et monétaire international  s'avérait très difficile.  La guerre de 14 était d'un nouveau genre. : totale, mondiale, industrialisée.  On ne pouvait pas en sortir par le versement d'un tribut  comme celui payé par la France à Bismarck. 

On a voulu revenir trop vite à une orthodoxie monétaire, basée sur l'étalon-or.  La finance était concentrée aux Etats-Unis.  Un Gold exchange standard à deux monnaies de références, le dollar et la livre sterling,  s'est mis en place qui était intrinsèquement pervers.  L'énorme bulle financière qui s'est développée aux Etats unis a fini par exploser.  Personne n'a compris ce qui se passait. Et d'erreurs en erreurs la dépression s'est généralisée.

Notre Grande récession se produit dans un contexte extrêmement différent.  Il n'y a plus de guerre mondiale depuis 65 ans. La guerre froide a disparu depuis 20 ans. Le monde s'est mis au commerce pacifique et régulé par des instances internationales ad hoc.  De "miracles" économiques en miracles" économiques à peu près toutes les nations  ont vu leur richesse fortement augmenter, y compris celles qui avaient connu la pauvreté socialiste de longue durée.

Et voilà qu'au lieu de connaître le bonheur d'une croissance stable et de longue durée, ce monde apaisée sombre dans la récession la pire depuis 1929 ! Et voilà que la vulgate économique consensuelle née de  1929, enfin appliquées en vrai, aboutit à une impasse !

On comprend la perplexité des élites et des économistes de cour qui les éclairent.   Non seulement il ne devait y avoir de crise, non seulement la crise n'a pas été prévue mais les moyens  de faire face à une récession dans lesquels  on avait placé la plus grande confiance  s'avèrent plus que problématiques.

La perplexité n'est pas de mise.  Si le système a explosé c'est qu'il était voué à exploser.  Ceux qui avaient localisé précisément les failles du système économique et financier savaient qu'il exploserait et l'on d'ailleurs écrit. Pensons à Maurice Allais et son "Ce qui doit arriver arrive".  les autres n'ont rien vu venir et s'avèrent totalement impuissants à guider la sortie de crise.

La crise remet en cause la confiance naïve qui s'était installée depuis les trente glorieuse dans la capacité de la sciences économiques de  guider utilement les politiques pour maîtriser  une récession grave et  l'empêcher de tourner à la récession.  Trois ans après la première explosion, le blocage du marché interbancaire de juillet 2007, deux ans après l'explosion de Wall Street et la faillite généralisée du système financier mondial,  un an après la première crise de l'Euro, on en est toujours à  craindre la prochaine explosion financière et à constater des niveaux de chômage intenables, des endettements intolérables, des échanges qui ne redémarrent pas.

En revanche la crise n'a toujours pas remis en cause les pensées économiques fausses  qui ont permis la création d'un système taré dont les graves infirmités ont causé la crise et empêchent la sortie de crise.

 Comme en 1929 où on a cherché à sortir d'un système  avec  des idées décalées de la réalité. On croit pouvoir guérir  la crise  avec un référentiel idéologique  totalement décalé par rapport aux réalités et aux besoins. 

Le système de monnaies nationales artificielles, gérées par des administrations extra politiques inféodées au système bancaire, dont le cours respectif serait flottant dans un monde sans aucune régulation financière, a explosé. 

En 1929, c'était un système à la va comme je te pousse lié aux désordres d'après  qui avait fini par  craquer aux coutures.  Là c'est une système voulu et construit dans la durée qui s'effondre.  On a voulu et construit un monstre inefficace et dangereux.   Pendant quarante ans !  A chaque crise, chaque fois plus grave,  on a cherché à ne pas voir ce qui venait du système.  On a inventé des explications fumeuses et parfois injurieuses. Rappelons nous les "cronies" de 1998 !

Aujourd'hui le roi est nu. Le système des changes flottants et des monnaies nationales  totalement artificielles gérées par des banques centrales indépendantes est mort au champ du déshonneur de la pensée économique  inconsistante.

Reste à signer l'acte de décès.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile



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