FMI : les St-Jean-Bouche-d'or anglo-saxons

Pas un jour depuis que DSK ait déshonoré sa personne, la France et l'Europe, sans que la presse anglo-saxonne par la voix de ses meilleurs "columnists" explique que le temps de la présidence européenne et plus généralement française du FMI est passé.  Il appartiendrait maintenant à l'Europe et notamment à la France de cesser de vouloir une présidence qu'un consensus ancien leur concédé au profit des élites formées aux Etats Unis et qui ont fait carrière dans les pays émergents.

Bien entendu ces amoureux tardifs du tiers monde n'évoquent absolument jamais deux autres anomalies de l'organisation du FMI :

- Le droit de veto des Etats Unis qui crée une dissymétrie des droits autrement choquante

- La sur-représentation des Etats Unis dans le capital de l'institution.

On glisse sur le fait que symétriquement les Etats unis se sont vus attribuer la présidence de la BIRD.

Si on veut jouer une "nuit du 4 août" dans les institutions de Bretton-Woods, faisons le jusqu'au bout.

Créons un fonds monétaire international  :

- Décentralisé : avec plusieurs institutions régionales intermédiaire (fonds monétaire nord américain, fonds monétaire sud américain, fonds monétaire européen, fonds monétaire africain et fonds monétaire  asiatique. Ces fonds auront la responsabilité primaire des ajustements monétaires régionaux.  Un fonds monétaire international coordonnerait les actions des différents fonds et servirait de fonds de fonds pour atténuer les déséquilibres entre grandes zones monétaires régionales.

- Censitaire mais avec des droits et des devoirs égaux pour tous. Le cens devrait être calculé sur le poids respectifs des économies ou des zones dans le commerce mondiale et les mouvements financiers mondiaux. Avec une procédure régulière de rajustement des quote parts.

Faisons la même chose pôur la Bird.

Au passage, il ne serait pas mauvais de définir le rôle et les missions de ces institutions ainsi que les pouvoirs qui leurs sont dévolus.

Rappelons qu'un fonds monétaire international n'a pratiquement pas de rôle théorique dans un système de changes flottants. Les ajustements doivent se faire par l'évolution des cours de change.

Le FMI après des années d'errance et d'incohérences a retrouvé un rôle ponctuel  comme super banque des pays endettés.  Est-ce au FMI de régler des questions de surdendettement de pays petits?  Et si le surendettement cesse, on supprime le FMI ?  Et si le surdendettement ravage comme actuellement de très grands pays comme les Etats Unis et le Japon, sans parler du Royaume Uni et de l'essentiel de l'Europe, que pourra faire le FMI ? Chercher l'argent au Zimbabwe ?

La vraie question n'est pas aujourd'hui de priver l'Europe d'un de ses droits acquis, mais de réformer le système international et de définir en accord avec cette réforme les institutions qui permettent de le réguler, en s'assurant de la parfaite égalité (censitaire) des parties prenantes.

La presse anglo saxonne qui mourrait plutôt que de reconnaître que le système des changes flottants est la source des difficultés actuelles et que la domination des Etats Unis et du dollar  est   "over due" et depuis longtemps  devrait commencer par accepter qu'on aborde le fonds des questions monétaires internationales avant de réclamer la destitution institutionnelle de l'Europe en général et de la France en particulier.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Martin Wolf et DSK

C’est toujours un plaisir de commenter un article de Martin Wolf : lorsqu’on est d’accord sa réputation donne du tonus aux thèses qu’on défend ; quand on ne l’est pas, on sait qu’on aborde une question importante où l’absence d’arguments sérieux serait dommageable.

Martin Wolf dans sa livraison au Monde du 24 mai 2011 rejoint le camp des thuriféraires de DSK. On sait que nous n’en sommes pas. Que  motive ses louanges extrêmes : « décideur audacieux », « politicien efficace », « économiste compétent » ?  Déception : il n’y a aucun argument à l’appui des qualificatifs ;  juste des affirmations.

Et des contradictions. Martin Wolf explique que DSK a été le grand architecte de l’aide aux pays du « Club Med ».  Et il ajoute aussitôt : le programme n’a pas donné les résultats escomptés ». Et que sa poursuite n’en aura pas. DSK aurait donc fourvoyé l’Europe dans une politique impossible ?

Comme nous l’avons mille fois répété, le FMI était une institution chargée de réguler les changes fixes. Lorsqu’un pays menaçait par ses déséquilibres la croissance générale, on lui prêtait les ressources de changes nécessaires le temps que des mesures de redressement soient prises. Le FMI disposait pour se faire de ressources mises en commun et du pouvoir de créer de la monnaie sous forme de DTS. Il s’était doté  d’experts en redressement de politique économique aventurée. Institution keynésienne, le FMI contraignait mais pour permettre la croissance globale la plus élevée, en évitant les guerres de monnaies.

Les changes flottants ont privé le FMI de tout rôle sinon d’acteur complémentaire de la Bird pour les pays sous-développés.  D’où la noria de directeurs temporaires démissionnant dès que leurs objectifs d’image avaient  été atteints et qu’il leur était permis d’atteindre d’autres postes prestigieux.

La chance de DSK est venue d’une crise que le FMI n’a pas voulu voir et dont il n’a toujours pas donné la moindre explication.  Cette cécité et cette absence de diagnostic sont  certainement à porter au passif de DSK. « L’économiste compétent » aurait dû se manifester. On l’attend toujours.

DSK est certes un politicien pragmatique : il saura flotter comme un bouchon sur les pressions des uns et des autres et en particulier des américains.  Mais il n’a pas su « impulser une réflexion ». L’opportunisme suffit-il ?

On le voit bien avec l’Euro. La zone euro n’est pas en crise de change. Le FMI n’a normalement aucun rôle à tenir en Euroland.  Les instances dirigeantes de l’Euroland ont toutes les ressources nécessaires pour faire face à une éventuelle crise de change. Et l’Euro est si fort que c’est sa force qui fait problème.

En intervenant à l’intérieur de l’Euroland, contre l’avis de Trichet, le gouverneur de la BCE,  DSK viole les statuts du FMI. Il prête non plus à une zone monétaire en difficulté mais, dans le cas de la Grèce,  à un pays qui a des difficultés budgétaires. Les pays non européens ont raison de s’indigner de l’emploi de leur contribution à cette tâche. Les politiciens européens ont été heureux de trouver des ressources disponibles et des compétences pour encadrer l’économie de pays surendettés. DSK s’est engouffré dans la brèche dès que les américains  le lui ont demandé pour faire céder Angel  Merkel.

Utiliser les réserves monétaires du FMI pour limiter les pertes des grandes banques mondiales qui ont fait des prêts excessifs et complexes à des pays sans rigueur budgétaire  n’est pas le rôle du FMI.  Martin Wolf a raison de rappeler que cet opportunisme est de surcroît inefficace.

Il appartient à l’Europe de corriger les défauts de la zone Euro (gestion par traité, aucune instance de coordination, aucune instance d’intervention).  Pas au FMI. Les Etats-Unis ont trouvé en lui un moyen diplomatique simple d’éviter l’éclatement de la zone euro qui aurait automatiquement fait remonter le dollar et ruiner un certain nombre de banques américaines. Contrairement à ce que beaucoup écrivent,  les Etats-unis n’ont strictement aucun intérêt à la rupture de la zone Euro dans les circonstances présentes même s’ils peuvent théoriquement craindre la concurrence de l’Euro comme monnaie de réserve.  En revanche la voir sous tutelle ne peut leur déplaire.

Il appartient au FMI de poser la question de la pertinence d’une conception qui voit des monnaies administratives concurrentes s’affronter dans le cadre de marchés dérégulés  sur une toile de fond de compétition féroce entre les grandes nations et notamment entre la Chine et les Etats unis.

Alan Greenspan a eu le courage de répéter il y a quelques jours : «  J’ai cru que cela marcherait ; je me suis illusionné sur les premiers résultats ; mais aujourd’hui la leçon est claire : cela ne marche pas et cela ne marchera jamais ».  C'est maintenant qu'il faut l'écouter : il parle enfin clair et, de plus, vrai….Une nouveauté !

Cette remise en question d'un système pervers  devrait être le rôle de son successeur.  Mme Lagarde n’est pas une économiste. Elle est une juriste et une « suiveuse » qui écoute d’abord et essaie de concilier les points de vue, travail qu’elle sait faire avec beaucoup de talents. Elle n’aura pas, sauf surprise, de rôle « proactif » dans la conception d’un nouveau système monétaire international.   Martin Wolf a raison de dire que personne n’a cette compétence aujourd’hui.   Ce que nous avons exprimé nous même  dans un post récent.
 
Or tout le monde voit bien qu’il va falloir s’élever au-dessus des intérêts divergents de la Chine, des Etats unis et de l’Europe. Cette élévation ne peut s’envisager sans la compétence économique et la capacité de poser un vrai  diagnostic de la crise et de  déterminer une politique de réforme audacieuse qui ne peut être que le retour à la responsabilité des Etats vis-à-vis de la valeur externe de leur monnaie et l’abandon d’un pseudo étalon dollar sur fond de changes flottants.

Sur ce terrain, c’est le vide. Martin Wolf a raison de le souligner.  Mais c’était déjà le vide avec DSK. DSK se contentait de servir les intérêts principalement américains et d’exploiter les  opportunités de renforcer le rôle de son organisation avec le dilettantisme de quelqu'un qui savait qu'il ne resterait pas. Martin Wolf aurait du s'en apercevoir.

Aujourd'hui près de 85% des ressources du FMI sont utilisées pour gérer les risques d'éclatement de la zone Euro, parce que les réformes institutionnelles nécessaires pour gérer une zone monétaire unifiée sont politiquement impossibles.  Sans doute faut-il louer un tel pragmatisme. Mais où est la cohérence de l'ensemble ? Une politique d'expédients est rarement efficace à long terme. Le jour de vérité finit toujours par arriver.  

 Il est arrivé pour DSK.

Anatomie de la crise décennale, à la lumière des évènements récents.

Comme nous l'avons écrit dès la fin 2006 et répété ensuite, la crise de 2009  serait du type 74, ou 93, mais en plus grave. Il s'agit d'une crise décennale classique aggravée par les défauts du système monétaire international et la dérégulation financière en absence de toute référence fixe de la valeur des monnaies.

L'épisode qui s'est déroulé de septembre 2008 à nos jours  permet de préciser le schéma de la crise décennale, crise périodique dont la mécanique est souvent niée depuis la fin des années soixante et   dont la théorie n'est plus faite aujourd'hui alors qu'elle garde toute sa pertinence.

La physionomie d’une crise décennale est certes chaque fois  un peu différente. Le contexte économique global  finit par changer et le système, consciemment ou non,  tient toujours plus ou moins compte de l’expérience du passé. Mais le schéma sous-jacent est solide et constant.

La confiance disparait d’abord chez les opérateurs financiers et les boursicoteurs. Les bourses s’effondrent. Les banques s’inquiètent. A juste titre : des tensions se font jour partout.   Les refinancements deviennent difficiles. Des crédits jusqu’ici considérés comme sûrs apparaissent  aventurés. Les particuliers paniquent. La traditionnelle distinction entre crise bancaire de liquidité et de solvabilité perd toute signification : les deux se conjuguent.  Les banques restreignent violemment le crédit : le fameux «crédit crunch » a bien lieu.

Les entreprises désinvestissent brutalement, volontairement  ou non. L’embauche s’arrête. La consommation n’est pas atteinte au départ. En début de crise les consommateurs regardent un peu la crise comme un défilé au balcon : la crise, quelle crise ? Retraités et fonctionnaires se sentent peu concernés. La plupart des postes en entreprise sont solides ou considérés comme tels.  Le chômage monte plus par arrêt des embauches que par les licenciements. 

Les épargnants en revanche paniquent. Vont-ils pouvoir conserver leur avoir ? Le taux de possession d’actions baisse  immédiatement et rapidement.   La course à la liquidité s’emballe.

Arrive le moment de vérité : les entreprises fragiles craquent. Les autres prennent des mesures conservatoires souvent exagérées par rapport au nécessaire ou au contraire résistent de façon irréaliste : elles ont eu tant de mal à constituer des équipes solides ! Toutes voient leur trésorerie s’effondrer au moment où le système bancaire cesse de vouloir les aider. On se finance sur le marché obligataire loin des banques, devenues simples courtiers.  Quand on le peut, car toutes les entreprises ne le pourront pas, notamlment les PME.  Le  chômage explose, alimenté désormais à la fois  par le non recrutement et les licenciements.

L’Etat est toujours pris par surprise. La croissance rapide de la fin de cycle l’a gorgé de recettes et les dépenses vont bon train. Partout les administrations centrales ou locales se sont endettées pour profiter des taux bas de la période joyeuse finissante.  Et tout soudain la mécanique s’enraie. Les recettes baissent plus vite que le PIB : un système fiscal progressif accélère les recettes fiscales pendant la phase de croissance mais provoque une dégressivité symétrique quand la récession frappe  On verra le taux de prélèvements baisser. Les gouvernements s’empresseront de prétendre que c’est grâce à leur bonne gestion !  Alors qu’il s’agit d’un effet mécanique.  Les dépenses explosent car il faut indemniser et relancer.  Généralement on indemnise et on rlance trop depuis Keynes. Les déficits deviennent abyssaux.  L’endettement public  grimpe.

Les banques centrales depuis 1929 et Milton Friedmann savent qu’elles doivent faire marcher la machine à imprimer les billets. Elles créent de la liquidité à tout va en reprenant au départ  les meilleurs actifs des banques. Ensuite elles avalent un peu n’importe quoi. Elles y gagnent beaucoup d’argent ce qui surprend toujours. Pourtant, tout le monde sait que les docteurs gagnent toujours plus en temps d’épidémie.  L’inondation monétaire permet de sauver les banques et d’éviter les paniques de déposants. Au nom  de la sauvegarde des déposants on protège les banques et leurs dirigeants, cas classique où une minorité est sauvée abusivement au nom du groupe.

La part du PIB qui a disparu est partiellement compensée par ces mécanismes efficaces. Il est rare que la crise entraîne des baisses de PIB très importante comme au XIXème siècle.  Les prix à la consommation ne bougent pratiquement pas sauf dans des cas très particuliers. La bourse finit par rebondir. L’immobilier tremble sur ses bases mais ne lâche jamais complètement, sauf sur les créneaux les plus aventurés. 

La vie reprend. La crise aura duré deux ans. Il faudra près de 5 ans pour s’en remettre totalement.  Les faillites arrivent en général en fin de crise, à partir de la troisième année.  L’état augmente les impôts sans se rendre compte que la progressivité suffira à rétablir le niveau de recettes voulus. La pression fiscale devient rapidement insupportable ce qui pèse sur la reprise. Le coup de gourdin fiscal « Juppé » de 95 provoquera même une récession sui generis en France en 1996.  Les banques sont désorganisées pour un moment. En fait le système bancaire est en faillite mais personne ne tient à le savoir. Le temps et quelques restructurations permettront de voir venir.

Puis l’oubli fait son œuvre et l’industrieuse humanité, ses désirs et ses besoins, reprend son élan. Jusqu’à la crise suivante. Si la crise précédente a été forte elle sera plutôt douce. Si elle a été faible elle sera violente car les ajustements n’auront été faits qu’à la marge lors de la précédente purge et l’oubli, une des causes majeures du cycle, aura été plus complet.

La crise nouvelle s’annoncera par différents signes qui seront ignorés : l’industrie automobile commencera à proposer des modèles foldingues d’un luxe inouï ;  certains économistes  expliqueront que le cycle est désormais vaincu et qu’on a trouvé le chemin de la croissance perpétuelle ; les banquiers en arriveront à penser  qu’ils font un réel travail pour le bien de l’humanité, certains estimeront même qu’ils font « le travail de Dieu », ce qui expliquerait des bonus ridiculement élevés  ;  les grandes entreprises annonceront des taux de croissance intenables basés sur des plans sur la comète euphoriques. Zeus aveugle ceux qu’il veut perdre.  En vérité en fin de cycle de croissance  le système de crédit est en totale surchauffe et finance beaucoup plus la spéculation que l’investissement durable.  Le court terme emporte tout. Les « bulles » sont partout.

D’amusants coquins prétendront qu’elles ne peuvent qu’exploser. Personne ne les écoutera. Elles ne sont que le signe d’une vitalité économique intense et de l’existence de liquidités abondantes prêtes à se placer.  La crise venue on prétendra de toute façon qu’elle était imprévisible et on cherchera un bouc émissaire facile comme une guerre, une catastrophe naturelle, une fraude massive pour expliquer qu’on se soit à ce point trompé. Les économistes de cour, qui auront inlassablement expliqué que  le cycle n’existe plus,  seront pris une fois de plus à contrepied par le retournement. 
Peut-être la reine d’Angleterre les tancera de n’être que les commentateurs mal inspirés d’évènements qui ne sont pour eux que des pochettes surprises. 

C’est que l’épisode aura été sévère.

D'autres surpris de s'être retrouvés si bêtes au milieu d'évènements si peu anticipés jurent mais un peu tard qu'on ne les reprendra plus.  En général ils se mettent à annoncer pour les prochaines semaines, les prochains mois ou les prochaines années une crise colossale, un peu comme si une "vague scélérate" à caractère magique et en voie de formation secrète  avait enfin illuminée leur sagacité. Ils confondent les conséquences de la crise avec la crise elle-même qui en fait est derrière eux. Mais à leur tour "ils l'auront bien dit" si des erreurs économiques viennent compliquer la sortie de crise.

Depuis la fin des accords de Bretton Woods chaque crise décennale est plus grave et ses conséquences plus difficiles à maîtriser.  Kenneth Rogoff qui prétendait le contraire au FMI s'est trompé dans les proportions les plus délirantes.  Il pensait que les dérégulations financières, les marchés, les changes flottants avaient permis de vaincre le cycle. C'était le crédo de ses maîtres, Rubin, Greenspan et Summers.

La vraie question aujourd'hui n'est pas de nier le cycle. Il y aura toujours des cirses quasi décennales qui correspondent en fait à une donnée psychologique : l'oubli. Maurice Allais avait décrété que le taux d'oubli était équivalent au taux d'intérêt. L'intuition était géniale, même si elle reste aujourd'hui oubliée ou méprisée.

La science économique doit principalement comprendre pourquoi depuis 71 les crises s'aggravent et les sorties de crise sont plus difficiles et  plus aléatoires.  Nous-mêmes, au Cercle des économistes e-toile,  prétendons que la cause majeure est dans le système des monnaies administratives dérégulées que traduit  le système des changes flottants et la guerre des économies sans aucune procédure réelle de concertation efficace.  Ce système ne marche pas et a provoqué une baisse tendancielle de la croissance mondiale, avec des écarts de plus en plus massifs selon les distorsions de concurrence,  en même temps qu'une plus grande cyclicité.

Prisonnier de postures idéologiques  le débat économique public est inexistant sur ces questions cruciales.

Nous dirions bien" indignez vous !". Mais le slogan est pris. 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Retours de manivelles (sévères)

Le plus souvent, il suffit d'attendre : les erreurs et sottises dénoncées dans la solitude au moment où elles sont commises  deviennent en du temps des évènements médiatiques.  Nous le voyons aujourd'hui dans au moins trois domaines d'importance inégale.

- Nous n'avons jamais compris la gloriole médiatique qui accompagne depuis déjà longtemps les actes de M. Strauss-Kahn.  Nous avions vu dans ce personnage, en examinant les faits et seulement les faits, une personnalité glauque et un économiste incertain voire incompétent.  Dès son passage comme Ministre des Finances ces deux aspects étaient facilement décelables.   L'affaire de la cagnotte et celle des trente cinq heures, manifestation de deux erreurs majeures, ne laissaient guère de doute sur la superficialité économique de l'homme politique. Il ne suffit pas d'être péremptoire et plein e morgue. Il faut aussi raisonner juste.  L'affaire de la MNEF même si les poursuites ont finalement tourné court était tout sauf glorieuse.

La droite ploutocratique  s'est convaincue que son goût de l'argent le rangeait dans leur camp et qu'il ferait un président complice.  La gauche bobo s'est dit qu'il pourrait arriver à la présidence et que c'était bien l'essentiel. On a vu avec la commémoration absurde de type tontonmaniaque  des années Mitterrand  que la seule vertu qui était honorée était celle d'avoir gagné en trompant tout le monde.

La nomination au FMI, institution malade, était une erreur de casting profonde qui allait handicaper les possibilités de réforme.  M. Strauss-Kahn n'avait aucune idée sur les questions posées et étaient bien disposé à n'en avoir aucune et à flotter comme un bouchon pour durer en attendant d'autres opportunités de carrière.  On le vit donc pleurnicher sur les pays en voie de développement dans le style Delarosière,, tout en rassurant les Etats-Unis sur la flexibilité de son échine. Et comme ses deux prédécesseurs il s'est mis à attendre un retour en fanfare à la présidence de son pays.

Résultat : aucun discours convainquant, aucune idée exprimée. On vend l'or du FMI pour payer les frais des licenciements.  Lorsque la crise frappe, M Strauss Kahn n'a rien vu venir. Pendant des mois il se tait pendant que les prévisions du FMI tournent au fiasco général. Des mois !  Nous avons souligné en temps réel les analyses totalement débiles qui seront livrées  ultérieurement, la dernière il y a quelques mois.

On voit le résultat aujourd'hui : il n'est plus directeur du FMI ; la France voit sa réputation entachée ;  On n'a toujours aucune idée de réforme sérieuse du système monétaire international.

Tout cela aurait pu et du être évité.

-Plus surprenant a été la remise en cause brutale du RSA par un ministre du gouvernement Sarkozy.

Nous avons écrit dès le départ que cette réforme était bien intentionnée comme toujours mais contreproductive et qu'elle serait un échec.  Pour des raisons parfaitement claires :  tous les agents économiques, même pauvres, font un calcul économique.  La complexité du RSA et en fait son intentionnalité pure d'affichage politique  ne pouvait pas provoquer les bénéfices attendus.  Aujourd'hui les media admettent  que les avantages annexes reçus par les personnes aidées sont trop importants et trop difficiles à obtenir pour qu'un Rmistes prenne le risque de quitter sa condition, certes triste, mais dont il connait les possibilités et dont il se contente.  La réforme faite à la va vite n'a eu aucun des effets bénéfiques attendus, comme il était prévisible.

L'assistance aux personnes ayant la capacité de travailler  mais momentanément empêchées, est un vrai problème. Elle doit être ciblée, unifiée, provisoire et dégressive. 

Politiquement il doit être rappelé que toute personne en possibilité de contribuer doit le faire et qu'on ne peut pas vivre indéfiniment aux crochets de la société. 

Administrativement il faut que les aides qui se déclenchent soient unifiées, surveillées au plus près, et contrôlées. 

En revanche vouloir imposer aux personnes aidées des corvées est absurde et inefficace.  Il faut plutôt que la dynamique des aides unifiées les pousse vers le travail.  Et le caractère provisoire de l'aide est essentiel dans cette fonction. 

Le RSA doit être remplacé par deux aides ciblées :

- l'aide temporaire d'urgence qui permet de faire passer un cap à un individu ou une famille en jouant sur un panel d'aides circonstancielles  

- L'aide temporaire de soutien qui permet d'orienter des personnes éloignées de l'emploi depuis longtemps d'être accompagnées vers un retour à l'emploi. Le quart monde, cela existe et on est pas loin de l'invalidité sociale.

En outre il faut mettre au programme du gouvernement deux politiques globales :

- changer le système de change qui aboutit à une déflation permanente et au sous emploi

- prendre en compte les réalités du cycle qui imposent une politique non pas permanente mais circonstanciée.



- Dernier point,  le retour de la crise Grecque et la comédie autour de l'Euro soulignent une fois de plus que l'irrationalité économique n'a pas de chance de réussir.  Une monnaie unique est un acte politique qui implique des unifications économiques majeures. On a mis la charrue avant les bœufs et les bœufs piétinent la charrue. On dit : oui mais cela va dans le bon sens d'un fédéralisme européen. Juste au moment où les opinions décrochent du projet européen fédéraliste (aucune des politiques européennes ne fonctionne plus !) . On ne peut pas avoir un ilot de fixité européenne au milieu d'un flottement général dominé par le laxisme américain et le mercantilisme chinois.  On n'a pas voulu faire de réforme du système monétaire international.  L'Europe en est réduit aux plans de sauvetage et à la déflation générale. Tout cela est absurde et désastreux pour l'emploi.

 

Comme disait Maurice Allais, "ce qui doit arriver arrive".



Dans les trois cas cités, un peu de réflexion aurait permis de prendre des décisions plus fondées et plus efficaces.  Observation et réflexion, réalisme et compétence, sont les vraies mamelles de l'économie. Tout le reste est ruine de l'âme et perte de temps.

 

Autrement dit :

 

Les conneries c'est comme les impôts, on finit toujours par les payer. (Michel Audiard)

 



Monnaies : quatre personnages en quête d'auteur

On dira ce que l'on veut d'Alan Greenspan, et nous ne nous sommes pas privé de critiquer se gestion de la FED au moment où il était sacré génie  monétaire de l'histoire de l'humanité,  mais il sait reconnaître ses erreurs et en tirer les conséquences jusqu'au bout.  Dans une récente interview à CNBC il n'a pas caché qu'il pourrait tirer argument des quelques succès de sa période, comme l'accès à un niveau de vie décent pour des centaines de millions d'habitants de pays considérés jusque là comme structurellement pauvres.  Mais il et bien décidé à n'en rien faire : le système auquel il a cru ne marche pas. Il le dit et il le répète. Donc il faut imaginer autre chose.

Quel est donc ce système qui ne marche pas ? C'est celui qui veut que les monnaies soient désormais uniquement des monnaies de papier, des monnaies administratives, dont la valeur absolue  est intrinsèquement nulle et dont on attend que "les marchés" donnent la valeur relative, dans le cadre d'un système de changes flottants.

La libéralisation totale des mouvements de capitaux, sous la supervision de banques centrales chargées uniquement de surveiller la valeur interne de leur monnaie (mesurée par un indice des prix à la consommation plus ou moins arbitraire) devait permettre l'allocation optimale des ressources, unifier les taux d'intérêt, limiter les réserves de devises, faciliter les transitions en cas de déséquilibres, permettre une croissance accélérée.  Non seulement on a vu se produire exactement l'inverse mais en plus une crise ravageuse  a mis par terre les finances publiques de tous les grands pays.

A. Greenspan en prend acte et c'est tout à son honneur. Ce faisant il rejoint ceux qui comme nous font cette analyse depuis des lustres non pas par combat idéologique ou théorique, mais par la simple observation des faits.

Si on se place résolument dans cette perspective, la situation actuelle des acteurs principaux qui s'agitent sur le front des monnaies prend un caractère particulièrement psychédélique. La FED, la BCE, le FMI et les autorités monétaires chinoises sont dans des situations fausses caractérisées.

Si on considère qu'un système de monnaie administrative gérée par une banque centrale indépendante  "ne marche pas",  la BCE se retrouve dans un position légèrement étrange.  Elle a le double inconvénient de gérer une monnaie transnationale mais sans que les conditions politiques en soient réunies,  et d'être le prototype même d'une institution indépendante correspondant à un modèle faux.  Personne n'étant en Europe responsable de la valeur externe de l'Euro  la compétitivité globale de la zone est en deshérence. L'Europe se retrouve seule à jouer le jeu d'un système "qui ne marche pas" alors que tous les autres acteurs trichent.

La Chine mène une politique mercantiliste. Le strict alignement sur  le dollar d'une monnaie fortement sous évaluées (50 à 60%) lui permet de voler l'industrie du monde occidental.  Mais là voilà qui accumule des réserves potentiellement sans valeur, la voilà  qui doit faire face à l'inflation chez elle, et à des remarques de plus en plus acerbes à l'extérieur. Le temps de l'impunité pour la Chine est fini. Celui des relations de pouvoirs commence. Une dynamique de conflits s'est mise en place. Il va lui falloir céder sans perdre la face.  

La FED, auxiliaire d'une diplomatie du dollar et d'une gestion en force de l'économie mondiale basée sur "le benign neglect" monétaire, est tout autant en porte à faux. Cette fois ci il n'est plus possible d'accuser les "cronies" des pays tiers pour expliquer les désordres monétaires. En dépit de la force traditionnelle de l'économie américaine, la peur du dollar est partout et le rejet d'une politique irresponsable manifeste. Et il est impossible de faire sombre plus un dollar déjà au plus bas.  

Quant au FMI il n'est pas seulement malade des frasques habituelles  de son directeur irresponsable. En régime de changes flottants, le FMI n'a aucun rôle. C'est pourquoi depuis quatre mandats les directeurs quittent leurs fonctions avant terme et que les discours tenus par ces dirigeants sont aussi nuls, en particulier ceux de DSK, comme nous l'avons plusieurs fois relevés.  Le rôle du FMI était de permettre à un pays souffrant d'une crise de confiance en système de changes fixes, de réajuster son économie avec un moindre "credit crunch".  Pour cela on lui imposait quelques contraintes de bonne gestion tout en lui donnant des facilités de tirage en devise.  Une crise de change ne devait pas tourner à la crise mondiale.

On lui fait jouer abusivement aujourd'hui un rôle de financier des dettes souveraines. L'Europe, sans pouvoir économique central, n'a aucun moyen de contraindre les pays membres à une dure ascèse. On a été chercher le FMI  uniquement pour son rôle de père fouettard.  Le but n'est pas de minimiser une déflation visant à rétablir la compétitivité et le change, mais de financer des dettes exorbitantes générées par le système monétaire malsain des changes flottants  pendant la période Greenspan.  Ce pragmatisme a certainement des vertus, mais où est la cohérence ?

Tous les grands acteurs monétaires sont aujourd'hui en porte-à-faux. L'édifice restera dangereusement branlant tant qu'une construction solide ne sera pas bâtie sur une base théorique solide.  Il faut reconstruire un système de changes fixes en établissant la responsabilité des états dans la défense de la valeur externe de leur monnaie. Il faut que l'ensemble du système soit rattaché à une ancre monétaire solide.  

On n'en prend toujours pas le chemin. Ce qui donne son fumet pirandellien à la situation ( on a le choix entre "ce soir on improvise et six personnages en quête d'auteur) . Et qui rend l'avenir si hasardeux. C'est aujourd'hui qu'il faut écouter A. Greenspan, un grand spécialiste de l'Actor's studio monétaire.

 Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



"La fin du dollar" de Myret Zaki

La crise qui s'est déclenchée fin juillet 2007 et dont le monde commence à peine à sortir a favorisé la publication de livres plus ou moins "définitifs"  remettant en cause radicalement le monde d'avant.  Le livre "La fin du dollar" de Myret Zaki, Editions Favre à Lausanne,  est de ceux là.  

Tout le monde a  bien compris que la crise venait des Etats-unis et que la politique de puissance menée avec le billet vert entraînait le monde vers des crises répétées et toujours plus graves.  Montrer à quel point  la politiquefinancière et monétaire des Etats unis était intenable est une œuvre salutaire.  Alerter sur le fait que les Etats Unis eux-mêmes in fine pourraient en être la victime la plus durement touchée  ne peut que faire du bien.

On n'en est plus au temps de la crise de 98, crise typique des changes flottants et du dollar fou de Greenspan,  qui était "expliquée" par la faute des pays émergents et des "cronies"  qui étaient censés, au dire des anglo saxons, fausser l'économie du monde.

On n'en est plus non plus au temps où les grands économistes qui dénonçaient le caractère foncièrement dangereux des institutions et des pratiques imposées en matière monétaire par les Etats-Unis étaient sommés de se taire (comme Jacques Rueff)  et se retrouvaient marginalisés s'ils ne le faisaient pas (comme Maurice Allais).  La désinformation en matière  monétaire et financière a été extrêmement forte pendant des décennies et il est bon qu'on puisse désormais briser  la langue de bois qui a été imposée dans la presse et l'édition pendant si longtemps.

De ce point de vue là le livre est à lire et à recommander. Il reprend d'ailleurs des chiffres que nous nous sommes pas  privés de donner depuis 15 ans, comme la perte de valeur du dollar calculée en or (près de 98% désormais en attendant mieux), et que la presse quotidienne en France par exemple s'interdit bien de publier.  Nous ne pouvons que trouver cela sympathique.

Les limites du livre tiennent à ce qu'il veut trop prouver et qu'il manque un peu de fond dès qu'on en arrive aux explications.  C'est un livre de journaliste avec les avantages et les inconvénients du genre.  Il brasse bien l'air du temps. Il passe à côté des aspects techniques essentiels.

Une critique possible est de souligner la dénonciation d'un certain "conspirationnisme" anglo saxon. Bien sûr il a la volonté du puissance des Etats Unis, nous l'avons-nous même  souvent affirmé. Bien entendu  il y a l'espèce de colonisation des esprits en matière économique en provenance des Etats unis.  Mais nous sommes plus dans le domaine de l'erreur que dans celui du complot.  Les théories américano centrées qui dominent depuis la fin de la guerre de 40 et qui se sont exaltées après 1971 conviennent à "l'impérialisme américain". Mais ce n'est pas un calcul qui les fonde. Simplement la facilité. On est dans l'opportunisme de bas étage, pas dans le complot.

La défaillance américaine est intellectuelle  ; il se trouve que pendant des décennies elle allait dans le sens de la puissance américaine.  On se trouve un peu dans la même situation du colonialisme français dans les années 50 : tout le corpus intellectuel français condamnait le colonialisme incompatible avec les principes du droit des peuples à disposer d'eux même.  Mais qu'il est dur de renoncer à un empire et à accepter les difficultés de la décolonisation ! Alors avait développé tout un corpus de raisonnements biaiseux pour justifier l'injustifiable, corpus qui s'est évaporé depuis.  

Les Etats-Unis se sont trouvés bien d'une pente de pratiques monétaires et financières aventurées parce que cela leur évitait de regarder la réalité en face : leur habitude de facilité les conduisaient à une fuite en avant dans tous les domaines qui ne pouvait déboucher que sur de sérieux revers.  

Sortir de la situation suppose que les économistes américains eux-mêmes  et pas seulement les plus gauchistes,   dénoncent l'erreur intellectuelle commises et que les réalités finissent pas border le chemin suffisamment pour amener les corrections d'attitudes nécessaires.   L'aspect géopolitique est important ; l'aspect intellectuel l'est plus encore. La politique menée par les Etats Unis était erronée et l'est encore. Elle n'était pas nécessairement mal intentionnée.  Greenspan et ses amis Rubin et Paulson n'ont pas voulu "faire le mal pour le mal". Ils croyaient dur comme fer dans leur vision.  Greenspan est réellement "détruit" selon ses propres mots par le constat qu'il s'est trompé et que les faits lui ont donné tort.

La principale faiblesse du livre est dans le fait que l'auteur n'a pas réellement d'explication  des mécanismes de la crise et n'explique pas où était l'erreur.  Beaucoup de formules  sonnent le creux faute de s'appuyer sur un schéma économique solide.  

 Un exemple : "Le pays a besoin de 6 dollars de dette pour produire 1 dollar de richesse".  Cette phrase n'a pas de sens.  La réalité : les Etats Unis ont vu leur endettement global  monter à 600% de leur PIB.  La dette n'est pas un besoin.  C'est un cancer qui s'est développé par des mécanismes.  Quels sont ces mécanismes ? L'auteur n'en sait visiblement rien.  On en revient à la méchanceté des vilains dirigeants du monde politico bancaire américains. C'est un peu court.  La montée de la dette a été générale dans le monde  dépassant les 1000% du PIB dans certains pays comme l'Islande ou l'Irlande.  Les mécanismes sont donc globaux. C'est là que la réflexion doit porter. C'est là que nous avons  concentré nos analyses. Le livre est muet sur la question.

De même, l'auteur "voit court" aussi bien dans le passé que dans le futur.  

"La dette connait une hausse exponentielle depuis 2001".    Elle connait une hausse exponentielle depuis …1958 et le cycle a ses conséquences : chaque récession décennale  impose un gonflement de la dette selon des mécanismes que nous avons longuement détaillées ici.  Rappelons qu'il y a eu six récessions depuis cette date.

Dans l'autre sens, l'annonce d'un krach imminent  du dollar sous forme "d'un krach de la monnaie ou de celui du marché obligataire ou de tous les marchés en dollars"  sous estime le fait que le krach…vient d'avoir lieu.  La crise de 2007-2009 s'est bien produite. Elle a provoqué une purge importante. Certes il rester de nombreuses difficultés  mais le krach principal est derrière nous, pas devant. On est,  comme on dit pour  les tremblements de terre,  dans les répliques.  

Ce manque de profondeur historique explique que l'auteur ne voit pas que les Etats unis sont confrontés au même problème qu'actuellement depuis des décennies. A chaque fois ils s'en sont sortis en ruinant les créanciers en dollars.  La difficulté actuelle est que les créanciers en dollars sont moins dociles que ne le furent les Allemands et les Japonais.    Croire que ces créanciers, notamment la Chine, sont des exemples de vertu et qu'ils vont forcer une solution générale satisfaisante est une illusion. L'auteur ne voit pas que les mercantilismes chinois et  allemands, comme les excédents structurels des pays pétroliers, sont des effets miroirs des dettes américaines.

Là où il faudrait, pour aboutir à un bon diagnostic et à des solutions,  une bonne connaissance du cycle et des méfaits du système de changes flottants de monnaies administrées,  ,  on ne trouve qu'une volonté de prouver que tout est de la faute des Etats-Unis.

Du coup la partie solution est quasiment vide et rassemble des idées qui flottent dans l'air et qui sont jetés  sur le papier à la diable.

Le livre reste  à lire pour les éclairages qu'il donne sur bien des aspects  de la crise actuelle et mais il est malheureusement sans valeur inutile s'il s'agit de comprendre  ce qui s'est exactement passé, pourquoi et comment.  Il est vide de toute solution.

Il reste  un livre de sensibilisation opportun en ce qu'il brise une forme de plafond de verre  qui interdisait de mettre en cause les doctrines dominantes en provenances des Etats Unis et reprises de façon moutonnière par la presse britannique et française.  



Le fantôme de Nankin

Ainsi la réunion de Nankin aura été selon l'expression de la délégation chinoise," une affaire française", juste un séminaire d'experts agréablement organisé dans une ville touristique. Encore un peu et on aurait fini en réunion de club dans une ville d'eau. Française naturellement.  Et cela aurait presque mieux valu compte tenu de la couverture médiatique nulle et du résultat, nul également.
L'intuition du président français, Nicolas Sarkozy, qu'il faut réformer le système des changes est indiscutablement juste et des experts comme Mundell sont indiscutables.  Comment expliquer ce "bide" ?  Echec dangereux justement parce que  la question est juste et qu'il ne faut pas gâcher ses cartouches !

La réponse automatique est : c'est la faute aux grandes nations qui en fait ne sont d'accord sur rien. M. Geithner veut plus de flexibilité, en fait la réévaluation du Yuan. La Chine procrastine en donnant des gages mais avec une lenteur exaspérante.  Le Japon est out pour quelques temps pour raison de tsunami. L'Allemagne ne veut pas d'augmentation de liquidités internationales, considérant que le déluge monétaire et d'endettement vécu depuis des décennies suffit comme cela. La proposition minimale française consistant à élargir le panier de monnaies servant aux réseves du FMI  et à augmenter le niveau des réserves et le rôle du FMI n'a donc exactement aucune chance d'aboutir, malgré son ambition plus que modeste.

DSK, toujours aussi médiocre, en affirmant à Nankin, que l'objectif aurait du être encore plus modeste et en jugeant la demande française trop vaste, se ridiculise. On n'a pas besoin d'une réforme microscopîque.

Donc il ne s'est rien passé à Nankin sinon un constat de plus  par des voyageurs "lost in translation"  que personne n'était d'accord sur rien.  Une initiative originale comme dira Mme lagarde, Ministre des finances sans connaissances économiques  mais parlant l'anglais.  

Etait-il possible de s'y prendre autrement et d'obtenir d'autres résultats compte tenu du contexte effectivement accablant de zizanie générale ?

La réponse est oui.  Le seul levier pour faire bouger les choses était d'établir un diagnostic  ferme et clair des causes de la crise. On sait que cette crise est entièrement due au système des changes flottants et aux différents mécanisms de gonflement des pyramides de crédits qu'il permet, compte tenu du rôle du Dollar.  Ces mécanismes ont conduit  à un gonflement ahurissant des dettes, finissant par dépasser de plusieurs fois le niveau du PIB des principales nations. L'effondrement de cette masse instable et douteuse a été la raison de la crise et compte tenu du transfert d'une partie de cette masse aux Etats, de la situation dépressive de plusieurs d'entre eux.  

Pour faire bouger les choses il fallait imposer ce diagnostic.  D'abord en faisant jouer  les experts et ensuite en faisant endosser ce combat par le FMI. Mais il aurait fallu à cette institution autre chose qu'un guignol politique en transit comme président.  C'est le FMI qui aurait du jouer le rôle du père fouettard dans cette affaire.  En rappellant en permanence le rôle néfaste du système actuel, en stigmatisant des politiques qui n'ont conduit à rien de bon pour personne, en se plaçant au dessus des mêlèes nationales,  en appliquant les statuts qui lui donnent déjà de très larges pôuvoirs, le FMI pouvait jouer un jeu bénéfique d'abord dans la prise de conscience  et ensuite dans la solution.

Est-ce que la Chine se trouve bien d'avoir son tas de dollars de valeur incertaine avec comme contrepartie la colère de ses partenaires commerciaux  pour le vol de leurs industries  ?

Est-ce que les Etats-Unis se trouvent bien d'une crise qui pour la première fois a emmené le chômage autour de 10%, a ruiné ses industries et mis l'Etat dans une situation intenable ?

Est-ce que le Japon se trouve bien de son endettement public à 200% ?

Est-ce que l'Euro et l'Euroland sortent triomphants de la crise ?

Est-ce que le RU est dans un brillant état ?

Tout le monde est perdant.  Absolument tout le monde.

C'est ce message qui aurait du être porté par le FMI appuyé sur des études incontestables.  Tant que ce diagnostic n'est pas devenu la charte incontournable de toutes les réflexions,  on ne trouvera que les intérêts à court terme des états.

L'erreur de Nicolas Sarkozy est d'être parti plume au vent sans aucun diagnostic sérieux et étalonné. Résultat : confronté aux postions étatiques blindées des Etats unis et de la Chine, il a baissé pavillon avant même de combattre.  En chantant avec Geithner "vive les changes flottants" il a tué son discours. En calinant la Chine sans fournir le moindre levier pour qu'elle change de politique, il s'est retrouvé à faire le clown blanc à Nankin.

Tout cela est très regrettable. La pensée doit toujours précéder l'action, comme la stratégie doit précéder la tactique. Jouer les chevaliers blancs avec une tête vide et sans armes est au mieux du registre de la posture politicienne étroitement nationale.

Au mieux, car même sur ce minuscule terrain cela n'a pas marché.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Une réforme évidente… qui ne se fera pas.



On reste toujours stupéfait en France de constater que les réformes les plus simples et les plus évidentes ne se font pas.

Le cas exemplaire du jour est offert par la médecine du travail en France.

La médecine du travail a été un grand progrès et une institution plus que nécessaire. Forcer les entreprises industrielles a prendre le plus grand soin de leurs salariés est absolument naturel et normal.  

D'où vient la nécessité de réforme ?  D'une évolution extrêmement simple  à constater : le passage de l'emploi primaire et secondaire à l'emploi tertiaire pour parler techno. En clair l'essentiel des employés travaillent dans des bureaux qu'il s'agisse du secteur privé ou de l'administration.

Pour le personnel de bureau les maladies professionnelles sont quasiment inexistantes.  Les visites médicales imposées dans des services spécialisés n'a donc aucun sens. La salarié rencontre un médecin qui ne le connait pas et qui n'a pas son dossier.  Le médecin rencontre un homme sain qui ne demande généralement rien sinon que cela se termine le plus vite possible.  L'entreprise paie dix fois le prix d'une consultation  normale auprès d'un généraliste  pour un service inexistant.

En général la surmédicalisation associée à la gratuité des visites au généraliste fait que le personnel salarié urbain est vu plusieurs par an par un médecin pour des affections généralement bénignes.  Il est parfaitement inutile d'ajouter à cette surmédicalisation par une visite qui ne sert à personne.

Aucun médecin digne de ce nom n'aime cette médecine à la chaîne sans visée médicale concrète exécutée sur ordre et par routine.  Le personnel de ces centres qui est rarement de la meilleur qualité vieillit.  Les jeunes générations refusent  de s'investir dans ces tâches idiotes et déprimantes.

La solution d'une suppression pure et simple de ces visites obligatoires s'impose aussi bien du point de vue du médecin que de celui du client (on ne parle pas de malade ici).

On garderait  une spécialité de médecine du travail qui serait sollicitée soit par la sécurité sociale pour le contrôle des arrêts et des reprises de travail ,  soit par le médecin généraliste qui devant le constat d'une pathologie à caractère professionnelle pourrait orienter le patient vers la médecine du travail  pour une analyse de causalité (mais pas de traitement)  et la définition d'une prophylaxie collective.

Ayant dirigé une entreprise de conseil dont l'effectif a flotté pendant  25 ans entre 8 et 20 personnes,  l'expérience m'a prouvé que la médecine du travail n'a jamais servi à détecter quoi que ce soit qui aurait mérité qu'on en tienne compte pour la santé générale.  La seule vraie mesure de santé publique qui a affecté l'entreprise a été l'interdiction de fumer dans les bureaux.  

La seule et unique fois où la médecine du travail est entré en jeu , ce fut pour une grotesque sottise.  Notre chauffeur-livreur ayant été atteint d'un cancer incurable,  la question de son retour en entreprise après un début de traitement purement symptomatique s'est posée.  Le poste consistait à livrer des ordinateurs  et à la installer chez les clients. Le malheureux ne pouvait plus utiliser son bras droit paralyser par l'action de la tumeur et un acte chirurgical maladroit qui avait couper un nerf critique.  Le chauffeur ne pouvait plus toucher un volant. Le livreur ne pouvait plus porter quoi que ce soit.  L'homme était donc condamné et inapte à tout travail.

Qu'a fait la médecine du travail : elle l'a déclaré apte !  Ce brave garçon restait assis le bras pendant sur un siège toute la journée. Mais il devait se taper deux trajets par jour particulièrement pénibles.  Le temps de prendre conscience de la situation (on marche sur des œufs dans ce genre de cas) il fallut bien téléphoner à la médecine du travail pour demander des explications. Après quelques rugueuses  passes verbales téléphoniques qui n'avaient rien donné (le secret médical, vous comprenez) , une visite au centre s'imposa. La directrice du centre admit bien volontiers que le cas paraissait bizarre mais qu'en vérité c'est l'épouse, qui ne voulait pas de son mari dans ses pattes  à la maison, qui était intervenue pour qu'il retravaille et que vu la nature explosive de la dame il valait mieux qu'il reste tranquille dans l'entreprise.  De toutes façons il n'en avait plus pour longtemps, alors, si nous voulions prendre ce malade en patience….

Pendant ce temps là l'entreprise payait un livreur et ne faisait plus de livraison !

Au même moment la concierge, pardon la gardienne, de l'immeuble où étaient logés nos bureaux et qui  en faisaient le ménage nous demandait si nous serions d'accord pour que son mari fasse le travail à sa place pendant les périodes de vacances, mais sans le dire : ce brave garçon était en arrêt maladie de très très longue durée pour mal de dos, le fameux "mal des Portuguais" qui avaient trouvé ce moyen pour cumuler deux rémunérations.  


La médecine du travail  était donc  capable de sortir du travail des salariés qui pouvaient travailler et de rétablir dans le travail des salariés qui ne pouvaient plus travailler.

Tableau !

Oui décidemment, il faut, pour tout le secteur tertiaire, supprimer la médecine du travail au profit d'une cellule réduite d'épidémiologistes, chargé d'orienter la politique de santé publique au travail  et de  véritables médecins contrôleurs  chargés de recevoir les malades prétendant à un arrêt maladie ou à une invalidité. Les médecins généralistes perdraient le pouvoir de déclencher des arrêts maladie  mais récupéreraient la visite obligatoire annuelle, et tout dans tout ne perdraient rien s'ils sont honnêtes dans leur travail ).  Evidemment les voyous qui se font une clientèle actuellement en distribuant généreusement les arrêts maladie seraient affectés. Et alors ?

Cette réforme est si simple qu'elle ne sera naturellement pas faite.  Le paritarisme permet à des syndicats salariaux et patronaux  de faire rémunérer des permanents pour gérer ce système gigantesque  et  inutile (pensez : près de 15.000.000 de visites inutiles à 300 euros l'unité). De nombreux centres agréés vivent de ce petit négoce futile et malsain.  Tout ce petit monde se cache derrière la mission de santé publique de protection du salarié, sans y contribuer le moins du monde et pour un coût astronomique.

Ainsi va la France entre Ubu et abus de toutes sortes.

Indignez- vous ? Révoltez-vous ?

Allons, allons. Vous êtes en France le pays où le faux semblant et les fausses réformes sont de règle, les ministres les interlocuteurs des lobbies, les parlementaires des zombis, et les entreprises des vaches à lait.   Enfin, tant qu'il y en aura.



Comment sommes nous gouvernés !

Comment sommes nous  gouvernés !

Depuis 2007 nous nous interrogeons sur la réalité du concept de rupture cher Nicolas Sarkozy. Dès la campagne électorale d'alors nous avions posé la question "vraie ou fausse rupture" ?  Les Français aspiraient à une vraie rupture.  Une rupture franche. Une rupture définitive. Mais avec quoi ?

Les années suivantes ont assez bien montré l'ambiguïté du concept.  

Les Français ont vu que le moloch politico-administratif vivait sa vie dans l'indifférence presque complète de leurs aspirations et dans une irréalité dangereuse.

Produire chaque année un budget hypocrite en hausse massive mais déguisée (la procédure budgétaire est totalement mensongère) et dont à peine plus de la moitié est financée par l'impôt est du charlatanisme pur et simple. Et cela fait presque quarante ans que cela dure.  

Constater que malgré ces dépenses ahurissantes qui nous mettent maintenant en tête du monde développé sur ce critère,  tous les ministères importants sont en déshérence  est un véritable supplice civique.  

L'éducation nationale  publique est en train de devenir un égout que fuient tous ceux qui le peuvent et en particulier la progéniture de nos ministres.  Que les sept lycées en tête du classement des meilleurs établissements soient privés  est tout de même un signe et un symbole qui gifle tous ceux qui ont connu la situation telle qu'elle était ne serait-ce que dans les années 50 ou 60.

La justice est effondrée depuis longtemps. Mais on atteint maintenant des niveaux dans l'abaissement qui sont tels que le redressement parait presqu'impossible. Que l'on ait décidé d'exonérer de toute peine de prison effective  les condamnés à moins de deux ans de …prison est plus qu'un signe.  Surtout pour ceux qui se rappellent que lorsqu'on volait une bouteille de lait consignée à 5 Francs (anciens) on faisait 15 jours de prison ferme avec en prime un joli tabassage par les citoyens énervés et les policiers habitués.  

L'armée tient avec des bouts de ficelles. 

La police désorganisée par les 35 heures et  débordée par la délinquance se délite. L'hôpital public commence à s'enfoncer. 

Ne parlons pas de notre diplomatie et de la place de la France et du français dans le monde !

On a dit aux Français : l'Europe ! L'Europe ! L'Europe ! Ils ont dit d'accord mais on veut des résultats positifs. Ils ont eu l'Euro et une stagnation économique de longue durée, d'abord pour réunir les conditions du passage à l'Euro, ensuite pour défendre l'Euro dans une Europe totalement désorganisée et tirant à hue et à dia alors que le monde lui avait opté pour les changes flottants.  Ils ont vu tout le système de tarif extérieur commun démantelé.  L'Europe n'a pas seulement été libérale. Elle a souhaité en finir avec  les actions de politique industrielle des états.  L'Europe a cédé sur tout dans les négociations internationales.  On a fait entrer en son sein des pays sous développés connaissant de graves difficultés ethniques et sociales.  Et on a ouvert l'espace à tous les mouvements de population, presque sans entraves.

Les Français ont fini par se rebiffer. Ils ont voté non à un référendum crucial sur la Constitution européenne.  On leur a refourgué la marchandise sous forme d'un traité de Lisbonne dont ils n'ont pas eu à connaître.

De partout des mesures "politiquement correctes" sont venues corseter leurs libertés.  Toujours au nom des meilleures intentions mais avec des effets pervers évidents.  

Les Français sont devenus des citoyens traqués et sommés d'être des  héros ordinaires ou des saints, comme on voudra.  

L'énormité des flux migratoires , cachés et avec interdiction formelle d'en détailler la nature et les composantes, a fini par tellement transformer leur cadre de vie qu'ils se demandent même s'ils sont encore en France.  Et le système ne cesse de leur répéter que se poser ce genre de question est mal et de leur imposer des mesures qui les indisposent.  Il faut accepter avec le sourire les Roms  et leurs pratiques.  Il faut financer des mosquées. Il faut accepter des minarets.

Des syndicats mafieux ruinent encore et toujours des parties entières de notre économies.  Il ne faut surtout rien faire.  Le spectacle honteux du port de Marseille en particulier et de l'ensemble des ports français en général est  laissée à la délectation citoyenne des Français écœurés.

Alors nous voyons des élections où à peine un électeur sur deux se déplace.  Pour voter protestataire.

Alors on voit une réaction médiatique que traduisent des journalistes comme Eric Zemmour et quelques autres.  Le leitmotiv ? Arrêtons de céder ! Arrêtons le politiquement correct !  Défendons nous ! Laissons la réalité guider nos politiques !

Jamais les effluves frelatées de l'énarchie compassionnelle n'ont été plus critiquées et même plus vomies.  Des dirigeants qui sont implacables dans le contrôle  des citoyens  (il ne faut plus fumer, plus dépasser des limites de vitesse, plus mettre de voile,  plus boire ni d'alcools ni de sodas sucrés, bien payer ses impôts et en disant merci avec componction etc. ) ont vu leur pouvoir dépecés par l'Europe et par les collectivités locales.

Les oukases européens descendent sur les pays sans que personne  ne sache quand ils ont été pris. Et sans que les citoyens n'en ait jamais débattu.

Les roitelets locaux n'en font qu'à leur tête et gaspillent à qui mieux mieux dans une ambiance clientéliste tellement minable que le dégoût  vient immédiatement  dès qu'on s'y penche.    

L'Europe sait qu'elle est désormais en ligne de mire de la désespérance des européens. Elle fait faire de coûteuses enquêtes pour mesurer l'ampleur de ce désamour.  Le gouvernement sait qu'il est en ligne de mire des citoyens français. Il n'a pas de besoin de faire des enquêtes pour le savoir : les élections suffisent.

Et que constate-t-on ?

Mme Ashton, parait-il, ministre des affaires étrangères de l'Union,  propose de supprimer  tout droit de douane avec le Maghreb.  Pour favoriser les délocalisations d'entreprises européennes dans ces pays. Sans doute pour éviter qu'à Lampedusa …

On apprend que les députés européens sont souvent des lobbyistes ou qu'ils acceptent assez régulièrement d'être stipendiés par des lobbyistes.

On est averti une nouvelle fois que les comités d'entreprise de nos grands groupes nationalisés ou ex nationalisés sont entièrement maquereautés et servent de façon honteuse des mafias syndicales sans scrupules.

Mme Lagarde, censément ministre des finances nous annonce avec componction qu'elle n'interdira pas encore l'emploi des chèques !  Comme elle est gentille et énergique !  Quel est le citoyen qui a demandé la suppression des chèques  ? Aucun assurément. Mais voilà que le groupement pétainiste des banques françaises (la FFB) veut supprimer le chèque, le dernier moyen de paiement non taxé. Il a déjà réussi à faire qu'on ne puisse plus vider ses comptes en liquide (il faut faire un virement à une autre compte).  Il ne veut plus du risque que fait courir les rushs vers la liquidité lors des crises de confiance.  Ils souhaitent que les français paient par carte de crédit (payante) ou par virement (payant).  Et que fait la Ministre ? Elle donne un rapport à rédiger à l'ancien président de la ...FFB.  Qui exige la suppression du chèque puisqu'on veut conserver sa gratuité !  A force de rapports la mesure tombera comme un fruit mûr en dû temps.

Mme Bachelot Narquin elle se lance à la demande de trois associations  et de deux comités,  dans la pénalisation du recours à des prostituées. Le plus vieux métier du monde n'a qu'à bien se tenir.  Les prostituées sont des victimes. La marchandisation du corps des femmes est un scandale. Pénalisons. Encore et toujours.  La réalité et la nature humaine n'ont qu'à s'aligner sur le politiquement correct féministe.   On se souvient des exploits de type soviétique de la dame lors de l'affaire des vaccins contre la grippe porcine "tueuse".  

On apprend que la taxe sur les bureaux à Paris qui avait subrepticement augmenté de 44% en 2010 devrait encore augmenter de 58%. Pour financer le grand Paris. 100% de hausse, comme les 100% de hausse de la taxe foncière du foldingue Delanoë. Pourquoi se gêner. Il n'y a pas de crise, n'est-ce pas ?    

La machine contre laquelle la révolte gronde continue à fonctionner sans varier d'un pouce.  L'Europe passoire agrandit les trous de la passoire et accentue le dessaisissement des citoyens absolument sans vergogne.  Tout en exigeant des impôts spécifiques qui s'ajouteront naturellement aux autres.

On nous chante des airs de victoires parce que notre déficit public n'atteindrait que 7,5%  du PIB au lieu de 8.  Amère victoire. Et on se flatte d'atteindre 7% en 2011.

Les Ministres complètement coupés des réalités et incapables d'entendre les bruits de bottes électoraux continuent à servir les lobbies  et à menacer les citoyens de mesures d'empêchement.

Et nous n'avons fait ici que reprendre des informations d'un seul jour entendus à la radio ou lues dans le journal.  

Pendant ce temps là les déficits publics sont au plus haut ; le chômage est massif ; la désespérance  touche toutes les classes sociales.  Sauf les très riches qui commencent à repartir quand ils ne sont pas déjà expatriés.

Il n'y a eu aucune rupture.

La France marche sur la tête.

Tout le monde le dit ou en convient.  La Président dont les zigzags et les attitudes de Matamor ont fini par indisposer  est tellement bas dans l'opinion qu'on commence à juger que "la page Sarkozy est tournée", comme le dit justement Hollande, un énarque compassionnel comme on en connait peu et roi du politiquement correct… une vraie alternative !

Certains disent qu'ils attendent Godot.  Alors qu'on sait que DSK a commis les pires erreurs et que sur un plan éthique, il y a plus qu'à redire.

En un mot, il n'y a pas eu de rupture. Il n'y en aura pas. La situation est lamentable.

Nous ne sommes plus gouvernés. Mais notre vie est régentée au millimètre.  

Et ce qui nous attend est parfaitement glauque.

Comment sortir de cette spirale mortifère ?

 Sylvain Dieudionné



La Chine change-t-elle de modèle de développement ?

La Chine n'a pas renoncé aux plans quinquennaux.  Elle vient de définir le nouveau (le douzième). Il marque  dans les intentions une considérable évolution par rapport au modèle de développement précédent et à la politique suivie depuis 20 ans.

Rappelons que la Chine est un pays communiste avec  des reliquats d'organisation propres à cette organisation.  Les hommes sont attachés à leur lieux de naissance et les mouvements de population sont rendus complexes par les mesures administratives.  Ces dispositions sont entièrement  contradictoires avec la flexibilité nécessaire pour soutenir la croissance économique et pour mettre en place un régime minimal de sécurité sociale.  Les rendements agricoles sont très faibles. La part de la consommation dans la production est d'environ du tiers.  La retraite est si basse qu'il vaut mieux considérer qu'elle n'existe pas.  En un mot la population est encadrée et sacrifiée, la particularité des régimes communistes.

Le modèle de développement a donc été conduit presqu'entièrement sur une base mercantiliste : exploiter une main d'œuvre surabondante pour fournir le monde et accumuler des devises.   Une monnaie artificiellement basse, des salaires de misère, une discipline de fer et l'absence de lois sociales ont  permis  de capturer  une part croissante de la production mondiale et de doter la Chine de réserves monétaires  gigantesques.   

La crise de 2001-2002 et surtout la crise de 2008-2009 remettent en question ce modèle.  Le nouveau plan traduit cette remise en cause.

les dirigeants ont parfaitement compris les points suivants :

- La valeur des réserves accumulées  est largement nominale. Que le dollar s'effondre et il n'en restera pas grand chose.  La diversification de ce patrimoine s'avère extrêmement difficile et aléatoire.

- L'acceptation par les pays occidentaux de la sous évaluation massive du Yuan est menacée.  La Chine est sommée de cesser sa politique mercantiliste et la promesse d'une croissance interne plus forte est la seule raison qui maintient ces pressions  à un niveau agréablement diplomatique. 

- La dépendance aux exportations a montré son danger avec la récession qui a privé d'emplois des millions de Chinois et déstabilisé la société.  Obligés de rentrer dans leur campagne, là où ils peuvent trouver un minimum de sécurité sociale  et où ils sont  administrativement  rattachés, ces millions de chômeurs présentent une menace pour le régime.  Car il n'y a strictement rien à faire dans ces campagnes pour eux.  Des dizaines de  millions de "disoccupati" risquent de devenir incontrôlables. Quelques incidents sont venus le rappeler aux dirigeants chinois.

- Les mouvements de capitaux étrangers sont instables et généralement orientés vers les profits à court terme de la bourse et de l'immobilier. Ils provoquent des bulles qui en éclatant désorganisent le pays.

- La politique de relance suivie par la Chine a été brutale et indiscriminée.  Basée sur les instances du parti plus que sur les entreprises elle a provoqué un gaspillage de ressources, de la corruption et une solide inflation qu'il est désormais difficile de calmer et qui risque d'engendrer à nouveau des troubles sociaux.

Les orientations du plan annoncent donc une remise en cause de ce modèle.  La Chine déclare vouloir s'appuyer sur une meilleure croissance interne, fondée sur une hausse du revenu et de la consommation  des populations. Certaines des mesures d'encadrement administratifs de la population seraient revues, permettant une plus grande souplesse du marché du travail. La productivité agricole serait fortement améliorée, entraînant  l'émigration d'une forte partie de la population paysanne qui serait accueillie en zone urbaine.  Le système da retraite  serait rebâtie sur des bases un peu moins illusoires.  La Chine ferait même des efforts d'écologie.

La consommation pourrait ainsi augmenter de 10 points dans le PIB ; le taux d'épargne des Chinois pourraient baisser ; les excédents commerciaux seraient limités , la Chine voyant ses importations fortement augmenter en produits de consommation et pas seulement en matières premières et équipement.

Reste à voir si ce plan sera effectivement mis en place.  On sait déjà qu'il sera mis en place avec la sage lenteur propre à la culture locale.  Les financiers occidentaux en sont restés à la pure spéculation vis-à-vis des marchés chinois, pendant que les entreprises mondialisées rêvent encore des perspectives glorieuses de croissance qu'offrent "le plus gros marché du monde".

Ce qui veut dire que les occidentaux participeront au maintien du modèle d'avant avec une belle frénésie.  Et cela malgré le fait que les Chinois veulent des entreprises leader chinoises sur leur marché local et feront beaucoup de difficultés à laisser quelques géants mondialisés dominer leur propre marché intérieur.

La Chine participera plus à l'aggravation de la hausse des cours des matières premières qu'au rétablissement de courants commerciaux équilibrés pendant bien des années encore.

Les Etats unis souhaitant continuer à inonder le monde de dollars via un système de changes flottants biaisés pour financer le "rule américa", favorisant le mercantilisme chinois, il y a peu de chance  que les bonnes intentions affichées donnent les résultats escomptés. L'Occident aurait du accompagner l'esquisse de changement du modèle Chinois  par un large changement de leur propre modèle.

Le moyen le plus simple était de commencer par revenir aux changes fixes avec des obligations d'équilibres fortes pour toutes les parties prenantes et d'abord les Etats-unis et la Chine. La Chine aurait alors été tenue de mettre en œuvre son plan sous l'œil des autres.  Bien sûr cela cassait ce système idiot et destructeur qui voulait depuis 20 ans que les déficits américains  fussent financés par des excédents  produits par des politiques chinoises destructrices de l'industrie occidentale.

Mais au total qui en est sorti  gagnant ? La "grande récession" l'a montré : personne.  Le créneau des réformes en Occident s'étant désormais refermé,  le scénario le meilleur pour le retour à une croissance équilibrée et durable dans le monde ne peut plus jouer dans les meilleures conditions.

Et on aura créé les conditions de la prochaine crise économique, mais pas seulement. 

L'impatience des peuples  est immense comme l'ont montré les troubles dans les pays arabes qui vivent en fait en symbiose avec l'Europe.  Et rien ne dit que la politique déflationniste menée en Europe n'aggravera pas les choses. Déjà l'idée européenne est la principale victime collatérale de la Grande récession.Les mouvements "anti mondialistes" prennent une place politique croissante.  On en vient un peu partout en Europe  aussi bien à droite qu'à gauche à considérer désormais que la vraie  la ligne de partage est entre ceux qui veulent revenir à une logique économique fermée et ceux qui veulent garder une ligne ouverte.   Le protectionniste recommence à devenir à la mode dans les medias.

Il eut mieux valu élargir la vision , prendre la mesure des grands enjeux mondiaux en cours et proposer les solutions qui réellement permettent de trouver des solutions gagnantes-gagnantes pour tout le monde.  La Chine montre qu'elle aurait pu accepter de jouer le jeu de relations plus normales et équilibrées.  On serait passé plus vite du verbe à la réalité.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile



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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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