C'est fini : les leçons de la crise ne seront pas tirées.

C'est fini : les leçons de la crise ne seront pas tirées.

Les crises ouvrent des fenêtres  par lesquelles l'esprit de réforme peut s'engouffrer. Les désastres sont parfois  propédeutiques.  Des idées longtemps bloquées peuvent trouver un auditoire plus attentif.  Des leçons longtemps ignorés peuvent être tirées.  On peut même parfois changer totalement de paradigme.  La crise de 1929 avait dynamité l'orthodoxie précédente, basée sur l'étalon or et la sagesse budgétaire.  Elle avait profondément secoué le corpus d'interprétation économique et provoqué des vagues de changements un peu partout : la statistique économique avait explosé ; le rôle de l'état s'était étendu etc.

La crise de 2007-2010 n'aura pas eu cette vertu. La fenêtre de réforme qui s'était timidement ouverte est maintenant refermée.  Elle aura de ce point de vue suivi  le modèle de la crise de 92-93 dont strictement personne n'avait voulu tirer les conséquences.  On se rappelle que cette crise fut carrément niée. Pour les économistes américains la crise de 92-93 est un non évènement.  Elle sera classée parmi les conséquences désagréables de la" guerre du golfe".   L'accident boursier qui l'avait précédé était "un e crise des ordinateurs", donc un épiphénomène.   La crise qui suivra, en 98 sera considérée comme une "crise des pays émergents" liée au fait que ces pays étaient dirigés par des gouvernements pourris et leurs "cronies".

C'est le moment ou Kenneth Rogoff, économiste en chef du FMI,  expliquera que les crises étaient de moins en moins graves  et qu'une mode stupide laissera croire que  nous étions désormais entré grâce à la mondialisation financière et aux NTIC (les nouvelles technologies de l'information et de la communication)  dans une période de croissance indéfinie.   Ces inepties sombreront avec la crise de 2001-2002. Mais cette fois là encore on esquivera toutes les questions qui fâchent.  Pour mieux préparer la "Grande récession".

La volonté de ne pas voir, de ne pas comprendre est absolument gigantesque. L'aveu par Alan Greenspan qu'il s'était trompé et avait surestimé la capacité des marchés à s'autoréguler ne changera finalement rien à l'affaire.  Une réforme minimale du système bancaire  aux Etats unis ; quelques règles sur le capital des banques en Europe ; et ce sera tout.

Après tout  la vulgate qui veut qu'on sache maîtriser les crises grâce à du déficit budgétaire et une ouverture totale des vannes monétaires a marché. Alors pourquoi remettre tout en cause ? Certes, la masse des dettes et des déficits et impressionnante et il ne faudrait pas qu'une crise se produise trop vite.   Certes l'Euro est écartelé et  en risque d'explosion.  Certes les circuits commerciaux internationaux sont  brouillés. Certes on ne voit plus trop quels sont les ressorts de la croissance possibles dans bien des régions.  Certes !  certes !  certes !


Mais grosso modo le système a tenu, alors reprenons le cours de nos vies antérieures en pensant à autre chose.  Le chômage comme après 92-93 ne diminuera qu'au bout de quelques années. Il avait fallu attendre 1997, soit quatre ans après la crise, pour qu'il baisse.  Attendons donc avec confiance 2013-2014. Les pays développés connaîtront une croissance faible mais le Bric continuera sur sa lancée.  Pour les banques et les entreprises mondialisées, l'important est de ne pas rater les positions à prendre sur ces marchés.  Alors que les états nous fichent un peu la paix avec leur réglementations ridicules.  Les pays développés sont surtout des pays de vieux  qui ne nous intéressent plus trop.

Le temps des Cassandre est passé. Comme toujours les délais de l'édition vont nous valoir une série de livres sur la fin du capitalisme au moment même où il va reprendre  à peine moins "unfettered".

Jusqu'à la prochaine crise.

Personne finalement n'aura réalisé qu'une meilleure compréhension des causes réelles de la crise aurait permis  de l'éviter ou de la réduire de façon moins coûteuse, sans créer les conditions de la crise d'après.   Ni qu'il serait possible de viser le plein emploi même en Europe et une croissance mondiale harmonisée.  

L'occasion aura été perdue.  

Lors de la prochaine explosion des analystes diront : c'est curieux, personne n'a tenu compte des leçons de la "grande récession". Au premier rayon de soleil toutes les réflexions se sont envolées.  On s'étonnera avec componction.

C'est maintenant qu'on devrait s'étonner. Et même remettre en cause cette passivité dommageable.
 
Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Restructurer l'information économique en France

La crise de 1929 a eu une conséquence imprévue mais majeure : la naissance de la statistique économique. C'est l'apport majeur de Keynes. La nécessité de connaître et de contrôler certaines variables globales  a conduit les états et les organisations internationales à collecter une information largement normalisée.

Cinquante ans après cet effort s'avère largement caduque. Les différents organes chargés de la prévision économique ont été incapables de prévoir la crise de 2007-2009 et d'alerter les politiques. Les méthodes ont cessé d'être pertinentesLes causes sont multiples.

La principale est la sclérose d'administrations fermées sur elles même et incapables de se remettre en cause. A-t-on vu ne serait-ce que le début d'un frémissement à l'Insee ou  à la direction de la prévision du ministère des Finances ?  Ceux qui sont chargés de la méthodologie économétrique paradent toujours alors que leurs modèles ont montré leur vacuité. En France on peut être indéfiniment mauvais tant qu'on a un titre. Le système est quasi féodal.

Se cumulent en fait une défaillance de l'observateur et de l'observatoire. Depuis 1974 il est clair que le modèle keynésien ne fonctionne plus. En système de changes flottants les actions sur la demande globale s'avèrent inefficaces. Le pilotage de la monnaie s'avère également fort compliqué, les mouvements de capitaux notamment à court terme ne suivant en rien les canons des doctrines précédentes. En laissant s'exercer des forces débridées sans aucune forme d'organisation concertée, on a laissé le champ libre à des phénomènes qui n'étaient pas compris dans les modèles et ne figuraient même pas dans les esprits.  

Les changes flottants apportent une complexité nouvelle. Cette complexité s'est aggravée constamment au point que plus personne ne sait en vérité à quoi correspond les biens financiers de plus en plus abstraits qui s'échangent.  La théorie des changes flottants à peine esquissée par Milton Friedman et laissée en jachère depuis, a avancé des postulats qui se sont tous révélés entièrement faux. Pas un peu faux : la réalité a été exactement l'inverse de la prévision.  Il ne peut pas y avoir de prévision et d'économétrie sans doctrine ni théorie un minimum en ligne avec les faits.

La financiarisation a donné la place principale à un secteur bancaire habitué au secret et au corporatisme. Les économistes de banques centrales sont totalement déconnectés des économistes qui s'occupent de la consommation et de la production. Chacun est à un bout de la lorgnette et ne sait pas ce que l'autre regarde.  Il suffit de constater comme il est difficile de savoir l'encours de la dette d'un pays dans toutes ses composantes, tableau qui devrait figurer en bonne place dans l'information de base fournie par l'Insee. Quelle est la maturité moyenne de la dette globale ? Comment évolue-t-elle par rapport au PIB. Il faut à chaque fois soit attendre des études spécifiques soit se plonger dans mille endroits sans jamais savoir si les termes de comparaisons sont cohérents.

La seule solution est de démultiplier les  lieux d'analyses et d'ouvrir l'information tout en lançant des programmes de rechercher remettant en cause les méthodes actuelles. Les séries longues doivent être gratuites et publiées sur internet sur tous les sujets importants. L'Etat seul collecteur de l'information économique doit la mettre gratuitement à la disposition de tous en la formalisant le mieux possible.

L'Etat doit mettre en œuvre des prix richement dotés sur des thèmes économiques majeurs afin de faire concourir le monde à la compréhension de la situation actuelle. Il faut à la fois plus d'information et plus de compétition sinon entre les sources du moins entre les lieux d'analyse.

Il n'y a aucune raison pour que l'information économique reste en France aussi fractionnée, aussi asservie aux besoins de l'Etat, aussi concentrée aux mains de quelques incapables. Il n'y a aucune raison pour la réflexion économique ne se trouve qu'aux Etats Unis où elle est certes largement nobélisée mais en général nulle et sous influence. La France ne doit pas admettre de sombrer dans la médiocrité, le suivisme et l'erreur.

Il faut stimuler, il faut aérer, il faut alimenter la réflexion économique de notre temps. Et il faut complètement repenser, actualiser, étendre, rendre gratuite,  l'information disponible. Après l'effroyable échec qu'aura été l'incapacité générale des structures publiques et officielles à prévoir la Grande récession, on ne peut pas se contenter de l'attitude des légionnaires romains démolis par Astérix et Obélix : se rajuster en sifflotant au milieu des décombres. On notera que ce sujet crucial n'est JAMAIS traité dans les médias généraux ou spécialisés.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

L'aphorisme économique le plus stupide

Combien de fois lisons-nous ou entendons-nous que le change entre deux monnaies "représente la valeur respective de deux économies".

Le graphisme donné ci dessous, réalisé par le journal Le Monde, nous indique  une autre chanson.  La valeur respective de deux économies aussi grosses que la zone Euro et les Etats unis ne changent pas du simple au double toutes les trois minutes.  Les changes  oui.

En changes flottants le cours de deux devises est déterminées par des humeurs (à5%)  qui sont amplifiés par des ordinateurs (à 95%). Le résultat est une forme de mouvement brownien activé par la peur.

A chaque fois que la bêtise est répétée par les mille et un perroquets de la presse, de l'enseigmenet ou de l'économie en générale il faudrait prélever 10 Euros.

Avec cette cagnotte le monde ne mettrait guère de temps à rembourser ses dettes.



FMI : un rapport d'une rare sévérité !

Personne en France ne semble avoir porté le moindre intérêt à un rapport indépendant portant sur la pertinence de l'action du FMI dans les années précédents la crise.


Ce rapport peut être lu en français ici :
http://www.ieo-imf.org/eval/complete/pdf/01102011/Crisis_Main_Report_FRENCH.pdf
Il est d'un extrême sévérité et rejoint les critiques que nous faisons inlassablement  et publiquement au FMI depuis 1996 et dont on trouvera  un exemple dans l'article paru sur ce blog en 2008 avant même la chute de Lehman Brothers (voir ici : . http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/7/22/Le-FMI--Formation-Manifestement-Inutile-, ou encore ici : http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/4/23/FMI--un-an-de-retard).
Rappelons rapidement nos critiques vis-à-vis du FMI telles que nous les exprimons de façon courante et comparons les à celles du rapport.

Nous disons :

- Le FMI a été créé dans le cadre des accords de Bretton Woods pour faire fonctionner un système de  changes fixes.  L'objectif visé est le plein emploi partout. Un pays qui a dérapé est remis en selle par le FMI en évitant des mesures trop déflationnistes.   Le passage aux changes flottants a privé le FMI de tout rôle organique.  L'objectif est désormais la stabilité des prix internes des grands émetteurs de monnaies. Les changes flottants pourvoiront au reste.  Ni les états ni le FMI n'ont  le moindre rôle à jouer. Bien sûr les objectifs anciens n'ont pas été gommés des textes. Dans la pratique on ne fait rien pour les atteindre.

- Privé de rôle, le FMI est une sous succursale du Département américain, pour opération au rabais vis-à-vis des pays en développement.  Les présidents sont des potiches qui démissionnent en général avant la fin de leur mandat et qui sont là en attendant des positions honorifiques plus flatteuses dans leur propres pays. Cela vaut naturellement pour DSK, le troisième du genre.

- Pour occuper l'énorme machinerie qui perd de l'argent à gros bouillon, on fait de la statistique, mais en employant des modèles keynésiens anciens qui n'ont pas de sens.  Résultats les prévisions sont généralement fausses lorsqu'il y a des ruptures et le FMI est incapable d'alerter sur la formation d'une crise.

- Dans le cas de la crise actuelle le FMI n'a rien vu venir et il a fallu un temps fou pour qu'il corrige ses estimations  et ses prévisions.  Il faudra attendre mi 2009 pour que la crise commencée en 2007 apparaisse sous ses couleurs réelles.

- Alors que de tout temps le rôle du FMI est de regarder avec soin les risques de changes et les questions financières internationales, toutes les innovations y compris les plus dangereuses ont été présentées comme formidables et aucun des risques énormes que faisait courir au monde le gonflement hystérique de la dette partout dans le monde  n'a été dénoncé.  

Le rapport dit :

-  Faiblesse analytique : pensée doctrinaire et autres postulats intellectuels; méthodes d’analyse/connaissances incomplètes.


La croyance se retrouve sur trois sujets critiques :  la foi dans l'auto régulation des marchés ; l'idée que les pays développés échapperaient désormais à toute crise, l'illusion techniciste que la complexité des méthodes confirmait leur valeur. "Les services du FMI étaient fondamentalement en accord avec l’opinion des autorités des États-Unis, du Royaume-Uni et d’autres pays avancés qui estimaient que leurs systèmes financiers étaient foncièrement sains et résistants." "Il s’agit-là peut-être d’un cas de mise sous tutelle intellectuelle".

Notre commentaire :

Tout ce bloc de sottises est en fait la doctrine qui justifie la fin des changes fixes et la bonté des changes flottants.  Pour les tenants de cette doctrine les pays développés avaient désormais réglé la question monétaire internationale. Grâce à la technicité financière, tous les risques étaient contrôlés. Et seul le libre marché donnerait la vérité des cours.  Le FMI adhérait aux changes flottants (bien que le système lui fasse perdre tout rôle). Point stop !   Et il s'agit à la fois d'une défaillance politique (le droit de veto donne aux idées américaines un privilège écrasant) et d'une défaillance intellectuelle (nous n'avons cesser de l'écrire).

Le rapport continue :

"Le lien entrel’analyse macroéconomique et celle du secteur financier restait insuffisante, bien que les séries d’évaluations réalisées depuis la crise asiatique aient mis l’accent sur la nécessité d’examiner les liens macrofinanciers dans le cadre de la surveillance du FMI. Ceci est révélateur de l’absence d’un cadre conceptuel adéquat pour l’analyse de ces liens chez les économistes en général, et de l’opinion répandue chez les économistes du FMI, selon laquelle les questions financières sont secondaires"

Notre commentaire : le rapport reprend l'un de nos dadas. L'absence de réflexion monétaire et financière dans l'analyse économique d'une façon générale est navrante. C'est ce qui avait conduit notre ami Didier Dufau a réécrire totalement l'article Monnaie sous Wikipédia  pour qu'au moins on ne dise pas dans une encyclopédie des bêtises ahurissantes.  Toute la théorie du cycle économique est fondée sur les causes monétaires. Sauf que depuis les années soixante les économistes ont cessé d'étudier le cycle  et que beaucoup prétendent qu'il n'existe pas.  Il est difficile d'observer quelque chose dont on nie l'existence.  

Le rapport cite avec délectation les propos inconscients du FMI  en 2007 et surtout en 2008. Rappelons que dès le début 2007 le marché interbancaire  était en train de se figer et qu'il se bloquera fin juillet 2007 ; que le marché immobilier s'était retourné dès le troisième trimestre 2006 et que les subprimes se retrouvaient à découvert par la baisse de prix  au premier semestre 2007 entraînant des dégagements massifs chez Goldman Sachs. A la mi 2008 la crise était clairement là avec des faillites de banques à répétition dès le début de l'année.

"Selon le FMI , les perspectives économiques mondiales étaient «parmi les plus favorables» depuis une décennie (Printemps 2004), qui devait être «l’une des plus fortes années de croissance», à moins que les événements ne prennent une tournure «catastrophique» (Automne 2004); «au coeur d’une trajectoire  extraordinairement porteuse» (Printemps 2006); et «forte» (Automne 2006); jusqu’au printemps 2007, lorsque le rapport prévoyait que «la croissance mondiale restera forte» et affirmait que les risques pour l’économie mondiale avaient fléchi depuis septembre 2006. Les déclarations publiques de hauts responsables du FMI  réitéraient ces messages; jusqu’en août 2007, la direction estimait que les perspectives économiques mondiales étaient«très bien orientées». Même à l’été 2008, la direction du FMI se montrait prématurément rassurante en estimant que «…les États-Unis avaient évité un atterrissage brutal» et que «le plus dur était passé». Entre temps, lors de la séance WEMD de juillet 2008, le message était que «les risques de débâcle financière s’étaient estompés»".


Rappelons que notre génie économique, DSK, est arrivé au FMI en 2007 et va donc participer à cette désinformation systématique qui va durer pratiquement jusqu'à mi 2009, une des raisons sans doute pour laquelle on ne fait pas beaucoup de publicité au rapport que nous commentons dans la presse française.  L'auréole de Saint DSK est pourtant particulièrement mitée ce qui explique en partie pourquoi il risque de ne pas être reconduit pour second mandat.  

On pourrait continuer à lire ainsi longtemps ce rapport hyper critique.  


Un des aspects politiques de l'affaire est que le FMI avait abandonné de fait tout examen bilatéral des politiques en cours aux Etats Unis. " Le FMI n’a pas réalisé de PESF pour les États-Unis, les autorités américaines n’y ayant pas consenti, malgré les demandes répétées". De même la zone Euro était considérée comme hors  la vue.


Les techniques financières les plus controuvées ont toujours eu grâce aux yeux du FMI, sous l'influence du trio Rubin, l'homme de Goldman Sachs, Greenspan le grand prêtre de l'arrosage monétaire  et Larry Summers l'aboyeur de service. .


Même pour les pays occidentaux partis dans des dérives folles, le FMI reste sourd et aveugle. Le cas de l'Islande est extravagant. Les banques de ce petit pays se lance dans une politique d'endettement avec effet de levier massif  afin de spéculer sur des actifs de plus en plus risqués. Les encours de dettes dépassent 1000% du PIB.   La moindre réflexion ferait frémir devant tant de folie. Pas au FMI  

«Heureusement, dans le cas de l’Islande et selon le constat de la mission de 2006 au titre de l’article IV, les comportements de couverture des risques, les bilans généralement sains  la gestion des actifs et des engagements ont rendu le système financier relativement robuste et résistant aux chocs»,  écrit le FMI qui ajoute : «Les perspectives à moyen terme de l’Islande restent enviables. Des marchés ouverts et souples, des institutions saines… ont permis à l’Islande de tirer parti des possibilités offertes par la mondialisation.»

On croit rêver.  En fait la conclusion est logique : les changes flottants et la spéculation moderne, avec ses garanties et autres  "hedging techniques" est parfaitement stable. Un petit pays dynamique peut tirer son épingle du jeu sans qu'on ait à s'inquiéter.  On doit même admirer.

Alors les Etats Unis, le Royaume Uni, l'Espagne, l'Irlande, …

Le FMI en vient même à faire la leçon aux pays "sages" comme le Canada qui refusent d'entrer dans la spirale.  Au nom de la "promotion de l'innovation" le FMI critique leur frilosité.

"Les conseils du FMI ont été concentrés sur les réformes axées sur le marché afin desurmonter les «entraves» structurelles dont certaines ont contribué à protéger ces pays des facteurs qui ont déclenché la crise".


Le FMI n'a pas seulement été aveugle. Il a poussé au crime.

Quelle est la principale lacune de ce rapport fort important au demeurant ?

Il s'attaque à l'écume des choses.  Oui l'organisation est cloisonnée et la bureaucratie du FMI sclérosée ; Oui les méthodes sont dépassées ;  Oui on ne laisse pas passer beaucoup d'air intellectuel dans les neurones de l'organisation ; oui on s'occupe trop des pays émergents sans regarder ce qui se passe dans les pays développés ; oui on est aveuglé par les doctrines de Wall Street et la puissance américaine en générale.

Ce n'est pas l'essentiel.  Comme nous cessons de le répéter, le FMI ne sert à rien en système de changes flottants et de liberté absolue des mouvements de capitaux.  La sclérose du FMI est venu uniquement du fait qu'il n'avait plus de rôle réel, plus de fonction organique.

Il a repris un rôle aujourd'hui parce que trop de pays sont à la limite de la rupture financière et qu'il fournit des fonds et des experts pour serrer la vis.  On lui demande aujourd'hui de ramener des idées pour éviter les déséquilibres majeurs.  On notera cependant qu'on le fait sans dire dans quel cadre global on se fonde.  

C'est toute l'ambiguïté du G.20. On ne veut pas doctrinalement s'écarter de la vulgate qui a mené à la catastrophe tout en tentant de prendre des demi  mesures de régulation pour contrer les principaux déséquilibres auxquels cette vulgate mène mécaniquement.

De ce point de vue  le rapport dénonce bien un aveuglement idéologique mais ne prononce pas non plus les mots qui fâchent.

Il faudra bien un jour que tous sortent du faux semblant.

Lewis Holden pour le Cercle des économistes E-toile.

Pi(ckpoc)ketty

Rien de plus significatif que le succès du simulateur d'impôts mis en place par le socialiste Thomas Piketty en vue de la présidentielle prochaine. Les impôts sont la passion et le traumatisme français. Demander plus aux impôts des autres en  échappant soi-même à la charge, quelle plaisir ! Ruiner  plus favorisés que soi quel bonheur !    

Et il faut crier vive l'impôt ! Avec extase ! Surtout quand on y échappe. L'hypocrite tennisman devenu chanteur, millionnaire à ses heures, Yannick  Noah, était hier à la télévision : il expliquait qu'il payait ses impôts en France et qu'il adorait cela. Et les spectateurs dans la salle de déchaîner ses applaudissements.  Oui, il faut crier vive l'impôt mais en mentant sur les bords. M. Noah paie non pas SES impôts en France mais DES impôts en France, en fait juste la retenue à la source  sur ses cachets.  Personne n'a naturellement pris le soin de le lui faire remarquer.  Un planqué fiscal qui ment et qui fait la leçon aux abrutis saignés à blanc par l'impôt mérite bien des applaudissements.

Chanter la chanson que les "riches" paient moins d'impôts que les autres est en train de devenir un leitmotiv.  Pour le socialiste Piketty c'est un fond de commerce.  Mais cela va au-delà : on entend toujours cette chanson avant les mesures fiscales les plus dures.  Tout le monde paiera plus mais on vend le paquet avec un peu de haine : les riches vont trinquer. Bien fait !

Pour Piketty, l'argent n'appartient pas aux Français mais à l'état.  Le revenu disponible est ce que l'Etat consent à bien vouloir leur laisser.  Un impôt direct de 60% pour qui gagne 100.000 Euros par an  est normal. Si on y ajoute toutes les autres impositions on arrivera à 90-100% : c'est bien normal après tout.  On y est déjà pour l'essentiel. Ce sera moins hypocrite et c'est tout.

De même pour ces braves gens la dépense publique est le BIEN.  Le seul bien. Il est normal qu'elle augmente en permanence.  Donc il faut augmenter les impôts tout le temps. En ayant un système fiscal très progressif la croissance assurera l'augmentation permanente de la pression fiscale.   On ne nous dit pas où il faudra s'arrêter : 100% pour 3. 000 euros par mois ?

Ces singeries sont intéressantes pour l'ampleur des mensonges et truquages qui sont employés.

La vraie question est de savoir qui paie quel impôt. La propagande insidieuse du complexe politico-administratif est de toujours masquer  la réalité.

Qui paie la TVA ? Le consommateur ? ou l'entreprise ?

Qui paie les charges patronales ? Les actionnaires ou l'entreprise ? Ou les salariés ?

Qui paie l'IS ? Les actionnaires ou l'entreprise ?

Les deux impôts les plus lourds sont   la TVA et les charges sociales.  Si on les attribue aux actionnaires, alors il est totalement faux que les riches paient moins d'impôts que les pauvres.

Si vous attribuez la TVA, l'IS, les milles taxes  qui touchent l'entreprise et les charges patronales aux 500.000 français qui possèdent les entreprises (en laissant aux étrangers la part qu'il leur revient)  et que vous ajoutez l'impôt sur le revenu et  les différents impôt sur le capital, l'affirmation que les riches paient moins d'impôts que les pauvres devient absolument ridicule.

On retombe dans la manipulation qui avait frappé Chaban Delmas qui "ne payait pas d'impôts"  simplement parce que l'impôt sur ses revenus d'actionnaires avait été précomptés (notion d'avoir fiscal).

Dans le cas de Mme Bettencourt, le raisonnement est exactement le même : on voit les impôts payés sur ce qu'a touché  in fine  l'actionnaire mais pas les impôts payés par l'entreprise  dont elle possède les actions.  Si on avait attribué à Mme Bettencourt sa quote-part des charges sociales, taxes diverses, impôts sur les sociétés, TVA, de l'Oréal, on aurait vite vu qu'il lui restait des miettes.  De jolies miettes mais des miettes tout de même : à peine 5% de ce qu'elle aurait touché si tous ces impôts n'existaient pas ! 

Le capital français ayant été détruit par les deux guerres et la crise de 1929 (dont le coût global pour la France rappelons le à été équivalent à celui de la guerre de 14), les gouvernements ont fait  le choix d'imposer d'abord l'entreprise. "Les patrons peuvent payer. Prenons l'argent là où il est". Tel était le slogan.  Et c'est que l'on a fait de façon massive.  Au point que tout le monde constate aujourd'hui que les prélèvements sur l'entreprise française sont  extravagants  par rapport aux autres pays ce qui  ruine notre compétitivité.

Grâce à cette fiscalité démagogique et imbécile le chômage est devenu structurel en France.   Nous avons inventé le capitalisme sans capitaux et sans salariés.

Alors on a dit : on va frapper les ménages. Ce sera la CSG, CRDS etc.  l'Etat récupérera 10 points de PIB en 25 ans avec ce gentil mécanisme.  La croissance s'est arrêtée.

Maintenant on dit : ruinons les riches qui se cachent derrière les épargnants.

C'est de la pure folie.

La seule vérité est que lorsque les bornes sont franchies il n'y a plus de limite.  Un pays dont le gouvernement dépense plus, non seulement de ses recettes fiscales, mais pire encore, plus  que ce que son secteur privé produit est un pays mortellement atteint.  Un pays  qui reprend les thèses communistes de l'élimination de toute rémunération au-delà d'un certain plafond est un pays fini.

Dans les dix dernières années le journal les Echos a calculé que la croissance moyenne de la France a été de 1,1% par an, une augmentation qui est dans l'épaisseur du trait de l'incertitude statistique. Ce qui veut dire qu'on n'est même pas sûr qu'il y a eu une croissance quelconque.   En même temps le complexe politico administratif a chaque année fait semblant de croire que la croissance de l'année suivante serait systématiquement un point au dessus du réel.  Dix ans de mensonges systématiques et volontaires, toujours dénoncés, jamais   corrigés.  Pendant dix ans on a voté des budgets psychédéliques  révisés à la hausse en permanence et exécutés à la hausse en permanence. Un des exercices les plus déprimants est de reprendre tous les budgets puis de regarder les lois de finances rectificatives puis la réalité de la dépense publique.  Tout le processus  budgétaire est un simulacre.

Rappelons que le système global de notre fiscalité étant progressif  le fait de calculer les recettes sur une fausse croissance induit une  croissance des recettes théoriques encore plus forte.  Si sur 10 ans on annonce un croissance de 25% alors qu'on ne constate que 10, on aura prévu des recettes en augmentation de 30  et obtenu une impasse de 20% à financer par la dette.

La présentation trompeuse est aggravée  par des techniques connues, comme celle qui consiste à ramener l'impasse au PIB pour ne pas avoir à dire que les dépenses  ne sont financées qu'à moitié par les impôts. Il vaut mieux afficher un chiffre bas, par exemple 3%, plutôt que 20,30 ou 50% qui feraient désordre. Mais le désordre est là !

Le monde n'a pas besoin de la France. Comme il n'a pas eu besoin des pays communistes .  Sur le bord de la route de la prospérité nous restons comme des idiots.  Comme les  citoyens soviétiques sont restés au bord du chemin de la croissance pendant 75 ans.  Jusqu'au jour où ils ont dit : c'est grotesque  et cela suffit. 

La passion délirante de la France pour l'impôt et la dépense publique l'a ruiné dans ses profondeurs. Et lui interdit de redémarrer. Les brevets s'effondrent. L'investissement s'effondre. l'emploi s'effondre. L'industrie s'effondre.   Aucune des grandes administrations pléthoriques ne fonctionnent plus.  La justice est effondrée depuis au moins trente ans. L'hôpital sombre. L'éducation nationale n'est plus nationale et n'éduque plus.  L'armée fonctionne avec des bouts de ficelles.  Nos grandes entreprises publiques quand elles fonctionnent ne sont plus françaises et quand elles le sont ne vendent plus rien à l'étranger.

Le Français né malin crie à s'époumoner : "vive l'impôt" (des autres) ; ruinons les riches (mais pas moi) !  Et la France sombre et sort de l'histoire.

En faisant joujou avec des simulacres de modèle fiscal sur Internet.

Suicide d'une nation.

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes e-toile.



Deux mots à Nicolas Baverez

Depuis 1996 nous avons développé de nombreux thèmes que Nicolas Baverez a lui même détaillés avec talent. Cependant nous ne partageons pas toute la démonstration de cet excellent auteur et  il nous parait intéressant de bien localiser nos divergences.

Nous analysons ici le texte "France ton économie fout le camp" donné au Point ( n°2003  du 3 février 2011).  http://www.lepoint.fr/editos-du-point/nicolas-baverez/france-ton-economie-fout-le-camp-03-02-2011-135167_73.php

1. Première idée de NB  : "la pseudo  réhabilitation du modèle français fondé sur l'intervention de l'Etat dans l'économie n'est que billevisée".

Il est clair que sans l'intervention de l'Etat par son budget et différents processus d'adaptation législative, la crise aurait eu des conséquences sociales beaucoup plus importantes.  Le choc social a été très atténué et les banques ont été sauvées par le soutien massif de l'Etat.  On peut regretter que l'état n'en ait pas fait assez; on ne peut nier qu'il a joué son rôle dans l'atténuation de la crise et l'empêchement d'une situation de dépression.

Sans les actions à peu près coordonnées de l'état et de la banque centrale (le premier acceptant de s'enfoncer dans la dette et le second de la financer par la planche à billets)  nous aurions eu une dépression à la hauteur  du "crédit crunch" formidable qui se mettait en place. Critiquer l'état au moment où il vient de jouer son rôle, est-ce réellement  pertinent ?  On peut débattre du rôle de l'état pas de la nécessité d'une action de l'état. L'important est qu'elle soit pertinente.

2. Un des aspects qui aurait pu être plus légitimement relevé est que le secteur global de l'état compte en France pour près de 25% du PIB là où il ne contribue ailleurs qu'entre 15 et 20%. Ce secteur n'est pratiquement pas touché par les crises conjoncturelles. On a donc traditionnellement une baisse du PIB moindre que les autres.  Il ne faut pas s'en féliciter. En général la crise est dans le secteur marchand pire que chez les autres.   Un défaut  de structure peut fausser les interprétations.  Cela n'a pas manqué.  Il faut le condamner.  Ce secteur sur protégé et sous productif pèse tout le temps, en haute comme en basse conjoncture.  Revenir à un secteur public ne dépassant pas 20% du PIB est une nécessité en France.

3. "Le retour à la croissance molle n'a été obtenu qu'au prix d'une relance de la consommation financée par la dette publique".  C'est parfaitement vrai mais cela n'est pas nouveau : nous sommes dans cette situation depuis 1974 !  Nous ne sommes pas arrivés à un taux de 400% d'endettement par rapport au PIB en cinq minutes.   Et l'état n'est pas seul en cause puisque l'essentiel de la dette est privée.  Depuis 1974 nous n'avons plus de modèle de croissance.  L'énarchie compassionnelle de droite et le socialisme de gauche se sont conjugués pour chercher la solution dans la dette et la dépense publique. Ce modèle est à bout de souffle. Mais ce n'est pas un projet intellectuel puissant et assis sur des analyses ; juste une facilité politique. qui d'expédients en expédients nous a mis dans la nasse.

4. Nicolas Baverez serait plus pertinent s'il cherchait les sources réelles de cet endettement massif, un point qu'il élude et qui est fondamental. La France est une partie d'un ensemble qui a connu le même schéma.  Nicolas Baverez ne comprend pas les causes monétaires de la crise permanente qui s'est installée depuis 1974 et l'abandon des changes fixes.  Du coup il reste dans le constat des conséquences sans pouvoir préciser les causes ni les remèdes.

5. Les chiffres donnés sur les conséquences de la crise sur fond de politique économique multi décennale absurde  ne sont pas tous incontestables (en particulier ceux des coûts salariaux respectifs français et allemands)  mais ils donnent  une image vraie de la réalité. La France est mal partie.  La rupture promise par Nicolas Sarkozy n'a pas eu lieu.  Et on s'enfonce dans la médiocrité d'un pays drogué à la dépense publique et pourris d'impôts.  

6. "Le redressement de la compétitivité constitue la priorité nationale"

Ici il faut faire attention aux mots. La France a une économie très compétitive mais beaucoup trop étroite et qui rétrécit comme une peau de chagrin.

La valeur ajoutée du secteur marchand ne suffit pas à couvrir les dépenses publiques !  Même en rendant encore plus productif notre moignon nous n'arriverons à rien. Ce qu'il faut c'est évidemment trancher  dans les dépenses improductives et les comportements  de dépenses incontrôlables.  Oui il faut supprimer l'ISF. Oui il faut supprimer les 35 heures et repasser aux quarante heures dans les Hôpitaux et les administrations centrales et locales. Oui il faut supprimer la couverture du petit risque médical .  Oui il faut supprimer le mille-feuilles administratifs . Oui il faut transférer une partie des charges sociales sur la TVA ; oui il faut réformer à la hache les grandes administrations et les administrations locales. Oui il faut remettre en cause les privilèges aberrants des ouvriers du livre ou des grutiers et des dockers. Oui il faut remettre en cause les indemnisations des intermittents du spectacles.

En un mot il faut revenir entièrement sur le mode de fonctionnement de la société française  et son intempérance fiscale et dépensière.

Nous devons changer de modèle économique.

Mais cette politique réussira d'autant mieux que le système monétaire  international  sera de nouveau  basé sur la coopération des états en vue du plein emploi général. Eviter les doubles pyramides de crédits, les gonflements incontrôlable d'une dette elle-même  incontrôlable, les politiques laxistes ou mercantilistes est la première priorité.  

Finalement la critique principale que nous faisons à Nicolas Baverez est son impuissance à comprendre qu'un changement de système monétaire pourrait nous remettre très vite dans la bonne direction. Le déclin n'est pas une fatalité !  La situation est catastrophique mais pas désespérée. Encore faut-il quitter les visions trop générales et s'attaquer précisément aux blocages cruciaux avec un minimum de sens de l'observation, de compétence et d'énergie.

Un avis de Mervyn King,Gouverneur de la Banque d'Angleterre

Mervyn King a fait un aveu intéressant. Il a reconnu que sa banque centrale ne pouvait pas seule combattre les effets induits de la récession. Il a reconnu que le prinicpal problème provenait du fait que les bilans des banques sous son contrôle dépassait de 4 à 5 fois le PIB du Royaume Uni.

Cet avis recoupe l'article que nous avons écrit bien avant la chute de Lehman-brothers (voir ;: quatre erreurs à éviter) et la thèse que nous défendons depuis l'origine à savoir que cette crise est entièrement liée au gonflement absurde de l'endettement. C'est parceque partout l'endettement a dépassé les 300% puis les 400% du PIB allant parfois jusqu'à 1000% que la crise était inévitable et qu'elle serait très dure.

Comprendre l'origine de cet endettement ahurissant et intenable est le thème de recherche économique fondamental  que suscite cette crise.  Nous avons essayé de répondre à cette question dans un article fondamental.

On ne peut que regretter que cette question ne soit pas à l'agernda du G.20.

King reste à la surface des choses : il dit vrai mais ne cherche aucune explication. la thèse de la cupidité des banques stimulés par la dérèglementation n'est pas la meilleure. il faut aller plus loin que la question des comportements et des régulations.

Si la Vieille Dame, la Banque d'Angleterre n'a pas pu empêcher les banques sous son contrôle d'enfler leur bilan à ces hauteurs vertigineuses, alors que c'est son rôle, c'est que des mécanismes puissants étaient à l'oeuvre et que la Banque était impuissante à juguler.

Comprendre ces mécanismes puissants est la première priorité. Mais là on touche au tabou : le système monétaire international basé sur la libre circulation des capitaux et les changes flottants.

 

 

 

 

 

 

 

Déficit et Constitution

Peut-on concilier morale et efficacité  en fixant des normes économiques dans la Constitution ?

La tentation de gommer la politique en imposant une gestion par la norme est extrêmement forte.  On la retrouve dans toute l'action de l'Union Européenne qui est une énorme machine à fixer des normes et à ne pas faire de politique ! Les  citoyens sont désormais enserrés dans un tissu de normes de plus en plus contraignantes et coûteuses.  Les élus sont d'autant plus tentés d'en introduire de nouvelles que cela ne coûte rien à l'Etat et que cela leur permet de prendre la pose.  L'Europe, en vidant le champ des politiques nationales  a poussé les politiques à rechercher du pouvoir dans la définition  de règles bien intentionnées de la vie quotidienne.

Voici donc les Français sommés d'être bons et vertueux  par des curés auto proclamés mais  élus. Tu entoureras ta piscine ; tu ne fumeras point ; tu feras attention à ton ascenseur ; tu ravaleras tes façades ; tu conduiras doucement ; tu feras du vélo ; l'énergie tu conserveras ; tu feras attention aux accidents domestiques ; tu mettras une alarme incendie chez toi ;  tu ne boiras pas ; tu ne mangeras pas trop, en tout cas ni gras ni salé  ; Jouer oui  mais  attention les jeux sont addictifs ;  etc.

La Constitution est devenu le réceptacle des vœux pieux.  Les "doits de", qui fondent les libertés, ont été remplacés par des "droits à" qui génèrent des contraintes.   Le principe de précaution a été inscrit dans  la Constitution, une des erreurs les pires qu'on ait jamais faite et comme toujours l'unanimité a été de règle. Pour les sottises bien intentionnées et politiquement correctes on trouve toujours une unanimité. L'unanimité en politique est le marqueur de la sottise.

"Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil", article unique de la Constitution des Bisounours !

Depuis la crise de 1974, incomprise  (c'était la première grande crise des changes flottants ; on y a vu une crise du pétrole, confondant cause et conséquence), les gouvernements français créent des déficits publics par facilité et amour de la dépense publique.  Tout le monde reconnait que nous sommes le champion du monde de la dépense publique.  Un maire qui dépense comme un malade et considéré comme un héro : voir Delanoë, le fou fiscal qui assume sa folie.  Un ministre qui dépense comme un malade est un héro : voir Djack Lang et son doublement du budget de son Ministère.  Un premier ministre qui crée des trous impossibles à aveugler sous la ligne de flottaison budgétaire est un héro qui se croit naturellement le champion de la catégorie : voir Rocard son RMI  et sa réhabilitation de la dépense publique.  On peut avec les trente cinq heure augmenter de 10% des coûts salariaux des entreprises  en passant pour un économiste surdoués : voir DSK !

La droite, depuis qu'elle croit que son salut passe par l'énarchie compassionnelle n'a pas été en reste.

Les cadeaux au peuple financés par la dette sont une règle de comportement politique généralisée, surtout depuis qu'on s'occupe non plus de l'état mais de la "vie quotidienne des citoyens".

En un mot la lâcheté et la démagogie sont générales.    Croire que cela va changer parce qu'on va inscrire dans la constitution qu'il faut ne pas l'être est au mieux une naïveté.   

Cela ressemble assez  au joueur invétéré qui se fait interdire de Casino.

Sauf qu'il n'y a pas de physionomistes  musclés en politique.  Croire que le Conseil Constitutionnel  peut jouer ce rôle et faire descendre son rôle à celui d'un surveillant général de cour de récréation.

Les bonnes politiques économiques se conduisent et se prouvent par des actes. Pas en portant un tee- shirt disant combien on va être bon et vertueux.  

Si on s'en tient à un raisonnement purement économique, la mesure n'a aucun sens.

Pourquoi ? Parce que le cycle décennal existe. On a donc tous les huit- dix ans un effondrement des recettes fiscales  et avec une belle régularité des flambées de croissance qui compte tenu du caractère progressif des impôts  génèrent des recettes fiscales à rythme encore plus élevé.

Plutôt que d'affirmer un principe d'équilibre permanent, il faudrait acter que les recettes fiscales et la dépense publique  en tendance ne doivent pas croitre plus vite que l'économie, ce qui signifie qu'on accepte des déficits lors des phases récessives et  des excédents  lors des années de haute conjoncture.

On sait que les politiques dépensent tous les excédents de recettes pendant les phases hautes (voir Rocard, voir Jospin pour en rester aux périodes récentes) et qu'ils refusent de réduire  les dépenses  pendant les phases de conjoncture basse. Le cliquet à la baisse des dépenses publiques est d'une solidité à toute épreuve.

Le démembrement de l'Etat en faveur de l'Europe et des collectivités locales a encore aggravé la situation. On a vu que l'Europe augmente le salaire de ses fonctionnaires  dans des proportions intenables en pleine récession. Et quelle exige avec une insistance qui sera récompensée, soyons en sûrs, que ces budgets soit triplés, quintuplés, décuplés. Le ciel est la limite.  Quant aux régions et mairies, c'est la gabegie absolue.

Une politique se conduit.  Une politique économique  exige des connaissances et une compétence.  Croire qu'on pourra substituer à ces deux exigences  l'affichage vertueux des articles de la Constitution est une illusion.

Qui dira la rage et la tristesse qui saisissent ceux qui cherchent à comprendre  et à trouver des vraies solutions  quand ils constatent que les milieux politco-médiatiques ne comprennent rien, absolument rien , glorifient les comportements destructeurs et ne cherchent qu'à se parer de vertu en triturant des grimoires !

Didier Dufau pour le Cercle des Econoimistes e-toile.



Les leçons de la retombée britannique dans la récession

Le Royaume-Uni va mal.  L'inflation est désormais certaine, avec une taux de montée des prix qui court vers les 4-5% en attendant mieux. L'activité est au plus bas avec un dernier trimestre 2010 en baisse et un premier trimestre plus que palot.

Ce résultat étonnera ceux qui pensent qu'il suffisait de dévaluer comme un malade pour s'en sortir mieuxc que les autres.

En dépit des dévaluations compétitives Londres  ne s'en sort pas. 

On dira que Cameron a lancé un plan capable de plomber la croissance pour au moins cent ans.

Mais les mauvais résultats ont commencé avant même que les premières idées aient été lancées. Et il suffit de regarder le Baltic Dry index pour vérifier qu'il est redevenu dans ses plus basses eaux.

Le leçon est claire : les à coups donnent des coups de fouets ou des coups de déprime mais ne changent pas grand chose dans la durée aux difficultés de fond.

Le leçon devrait être méditée pour la Grèce. Rien ne dit que restructuration de dettes et dévaluation massive auraient eu un meilleur résultat que ce qu'on voit actuellement. 

 

Karl Peiper

 

G.20 et réforme du système monétaire international : l'ambiguïté demeure

Comme toujours Nicolas Sarkozy expose très clairement les têtes de chapitres mais dès qu'on rentre dans le concret les frustrations s'accumulent.  Lors de sa conférence de presse du 24 janvier 2011 il a à nouveau présenté comme évidente un certain nombre de réalités et d'orientations qui font effectivement consensus. Mais faute de gratter  un peu plus profond dans les solutions, on aboutit à des contradictions  qui laissent sceptiques sur le débouché des processus engagés.

Prenons cette affirmation :" nous sommes depuis 1971 dans un non système monétaire international". C'est une phrase que nous prononçons avec la plus grande régularité depuis...1971 !  Attention à ce qu'elle veut dire.  Pour nous cela signifie que le système de Bretton Woods a été détruit par voie de fait. Ce qui s'est substitué ne correspondait à aucune doctrine précise, exhaustive et consensuelle.  Avec le temps une vulgate issue des propositions de Milton Friedman s'est tout de même mise en place.  

On peut la résumer ainsi :

- Pas de changes fixes

- Les monnaies administratives nationales sont gérées par des banques indépendantes.

- Le cours des monnaies administratives entre elles se déterminent sur le marché des devises et de ses dérivés.

- Il est vain, d'intervenir sur les marchés de change.

- Il appartient aux banques centrales de gérer la valeur intrinsèque de leur monnaie comptée en prix à la consommation , si possible dans le sens d'une inflation faible.

- Tout contrôle des changes et des mouvements de capitaux est à proscrire.

Cette doctrine s'accompagnait d'un certain nombre de prévisions :

- Les mouvements de capitaux libres auront vite fait d'homogénéiser les changes et les taux d'intérêt

- Tout choc externe  sera digéré beaucoup plus souplement et progressivement.

- Les pays qui se laisseraient aller seraient immédiatement  corrigés par les marchés

- Le besoin de réserves serait pratiquement éliminé, remettant du capital en circulation pour investir

Toutes ces prévisions se sont révélées vaines.  Les changes sont d'une volatilité dommageable. les "spreads de taux d'intérêt"  les plus larges .  Les chocs externes provoquent une guerre des monnaies. Les réserves sont gigantesques. Les mouvements de capitaux génèrent des crises financières à répétition. Le tout a conduit à trois récessions de plus en plus graves (74, 93 et 2009).

La vulgate est fausse.  

Le paradoxe est de dénoncer les effets mais, dans la même phrase, de déclarer que les éléments clefs de la vulgate doivent demeurer.

Qu'a-t-on entendu ?  


- Que les changes fixes n'était pas un objectif. Il faut de la souplesse, c'est évident. La présidente du Medef renchérira sur ce thème un peu plus tard.

- Qu'il faut laisser les monnaies adminisratives trouver leur valeur sur le marché des changes (Chinois faites votre devoir !).

- Que tout contrôle des mouvements de capitaux est à proscrire.

- Que le rôle des banques centrales reste le  même (heureuseument sinon il faudrait réformer la BCE  et l'Euro !).

-"Je garde les causes mais je m'indigne des conséquences ! " semble affirmer Nicolas Sarkozy.

On va définir ce qu'est un déficit. Formidable !  On va se donner des règles en matière de déficit. Formidable ! Pour stabiliser les monnaies. Formidable ! Tout en mettant sous contrôle la "hot money". Très bien !   Et en renforçant le rôle des DTS (quel nom horrible). Très très bien !  Et en donnant au FMI des poàuvoirs (qu'il a déjà) en matière de contrôle des déficits et des politiques de change.  Whaou on et sauvé !

C'est une politique  formidable de changes variables mais ajustés qui condamne les changes  fixes et ajustables !

Si les Etats-Unis étaient gentils et n'accumulaient pas les déficits qu'on connait, si la Chine était moins mercantiliste, tout le monde il serait beau et serait gentil.  Et puis on va mettre une taxe indolore qui nous donnera d'amples ressources pour sauver le Monde, voire l'Univers tout entier.

Qu'est-ce qu'était le système de Bretton Woods : un système qui imposait aux Etats de faire attention à la valeur externe de leur monnaie pour que les produits s'échangent d'abord contre des produits, avec un régulateur qui était le FMI.  Malheureusement, le dollar jouait un rôle disymétrique qui a fait sauter le système. après 25 ans de croissance modiale presqu'ininterrompue.  

Là, on veut nous faire un Bretton-Wwoods version  "Canada dry" : cela ressemble à un système coordonné des changes, celà en a le goût mais ce n'est pas un système coordonné de changes.

On garde tous les défauts structurels mais on mesurera les conséquences pour qu'elles soient réduites par consensus.

Cela ressemble beaucoup au traitement de l'héroïnomanie par la Méthadone.  Drogues toi toujours mais prends des précautions pour que cela ne te tue pas complètement.

Nous, au Cercle des économistes e-toile,  on se tapote légèrement le menton.



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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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