La curieuse crainte d'une monnaie mondiale

Un des aspects les plus curieux de la confusion  mentale qui s'opère sous la pression de la crise est la montée d'une forme d'éructation  hystérique contre l'idée d'une monnaie mondiale dans le petit monde altermondialiste dont on sait qu'il est contitué pour l'essentiel d'anciers communistes, cégétistes, troskistes, gauchistes, en mal de repères  et de rôle depuis la chute de l'URSS.

Une monnaie mondiale est vue dans ces groupes comme le summum de la dépossession des peuples, un tout petit clan  coopté de capitalistes devenant le maître du monde en s'arrogeant à nouveau le pouvoir monétaire et en mettant les peuples sous tutelles.  De toute façon une monde sans monnaie serait un monde meilleur basé sur le don et l'échange coopératif positif.  

Une banque centrale, c'était déjà le mal ; indépendante des politiques, c'était l'enfer anti démocratique, dont la manifestation est la BCE  Indépendante des nations. Alors une monnaie mondiale ce serait l'abomination des abominations et l'incarnation absolue de Big Brother.  

Cette critique nous interpelle puisque nous proposons de recréer un système monétaire international fondé sur des monnaies  rattachées à un étalon monétaire mondial. Chaque état aurait la responsabilité de faire en sorte que la valeur externe de sa monnaie soit stable vis à vis de l'étalon ainsi constitué.  L'organisme de régulation, en l'occurence le FMI, aurait la possibilité de créer de la monnaie internationale pour faciliter les ajustements en cas de besoin.  Il le ferait pour éviter le retour des récessions importantes liées à des crises de changes excessives et des guerres de dévaluations.

Ce que nous appelons Mondio, que Keynes appelait Bancor, que certains appellent OR tout court, a essentiellement pour but de permettre une croissance économique mondiale équilibrée et maîtrisée avec un objectif principal de plein emploi.

La croissance et le plein emploi sont  ce dont les couches laborieuses de la population ont le plus besoin soit pour échapper à la misère dans les pays du tiers monde soit pour  progresser et vivre mieux dans les pays développés.  La solution que nous proposons devrait donc être soutenue par les organismes "de gauche" si tant est que cette qualification ait encore un sens.

L'ennui vient que la gauche extrême est maintenant non seulement contre les riches mais aussi contre la richesse, donc contre la croissance et partiellement contre le travail vu comme avilissant et pénible.  L'écologisme pétainiste déprimant des années 40-44  a été récupéré par la gauche écolo.

Les objectifs du CNR (conseil national de la résistance de 1945)  : plein emploi, création de richesses, dynamisme industriel, croissance, productivité,  plus grand bien être pour tous, sont ignorés alors même que dans ces milieux on croit à une mystique du CNR dont le message aurait été bafoué.

La contradiction est énorme et rédhibitoire.  

La question est importante. Quelles sont les finalités de l'économie ? Quels sont les objectifs qu'on assigne à la nation ?  Quel est le sens d'un coopération internationale ? L'économie est toujours politique en ce sens qu'il s'agit d'un moyen pour une fin. La question des fins est cruciale.

Nous mêmes au Cercle des économistes, nous pensons que les objectifs de croissance, d'augmentation du bien être général, de la socialisation réussie par le plein emploi, de la pacification du monde par les échanges  sont fondamentaux.  Il n'y a pas de décroissance heureuse ni de repli sur soi exaltant.

L'organisation monétaire doit être un moyen de cette fin et on voit bien que seule la coopération internationale rationelle permettra d'y arriver.  Cela passe par la suppression du rôle du dollar comme monnaie de réserve et par la suppression des changes qui flottent sans que personne n'en soit responsable.

La responsabilitsation des Etats dans un cadre coopératif est la seule solution aux difficultés du monde actuel.  Un étalon monétaire mondial et une régulation autour de cet instrument sont la condition du plein emploi et de la croissance.   La gauche devait se mobiliser sur cette solution si elle tient encore au bien être des couches populaires et au développement des pays pauvres.  La droite aussi d'ailleurs, qui est censée tenir  au succès des entreprises privées et à la garantie de l'épargne.

Les deux regardent ailleurs.  Par ignorance.  Par paresse.

Du coup l'élection présidentielle française dont la campagne commence perd tout sens.  Ni le pourquoi ni le comment d'une politique d'avenir ne sont évoqués. Des questions économiques aussi cruciales que le système monétaire international sont évacuées pour excessive technicité et ennui général. La communication a remplacé la réflexion.  

On se souvient que lors des deux dernières élections muncipales à Paris jamais les questions cruciale du rôle, de la vocation et de l'avenir de la capitale n'avaient  été évoquées.  Une capitale : pourquoi faire ? Pour aller où ? Et pour y aller comment ?  C'était de bonnes questions qui sont restées au frigo.  On se retrouve avec une ville sale jusqu'au dégoûtant, où le coût de possession d'un local a quadruplé, où le patrimoine de qualité est désormais  largement en possession de  l'étranger,  et dont la vocation économique et sociale est incertaine.  

On se souvient que lors des dernières élections européennes tout sauf l'avenir de l'Europe, l'examen de ses objectifs communs,  les faiblesses de ses institutions vis à vis de ces objectifs,  avait fait l'objet de la morne campagne électorale, centrées sur des querelles de personnes nationales ("donner une leçon à Naboléon" !).

Nous voici devant une échéance où le même phénomène va se produire. Et où gauche et droite, dans leurs extrêmes ne mènent à rien et dans leur partie "gouvernementale" ne pensent à rien.

L'exécration à  gauche de solutions qui vont pourtant dans le sens de ce qu'on pourrait iméginé que sont leurs objectifs sociaux,  l'agnosie morose tournant à l'aphasie  à droite  aussi bien sur les buts que sur les moyens,  conduisent à une campagne sans intérêt qui débouchera sur des politiques à l'envers.

Dans le monde tel qu'il est est il faut pourtant aux nations des objectifs et une bonne compréhension des moyens.  Cela passe nécessairement par une certaine technicité. Et des  compétences. Pas seulement des postures et de la jactance. Surtout quand la jactance devient incompatible avec la posture.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

BDI-SP500 : le grand écart s'achève


Nous avions signalé dans plusieurs articles précédents l'écart croissant entre l'évolution de l'indice BDI et l'indice SP500.  Cet écart était surprenant car jamais il n'avait atteint une telle ampleur. Les deux indices se croisent et se recroisent depuis des lustres. Jamais ils ne s'étaient éloignés loin de l'autre à ce point.

Il y a deux explications possibles :

- La première voudrait que l'indice BDI ait perdu de sa pertinence pour signaler l'état du commerce mondial. La construction navale a été tellement active qu'elle a pris le caractère d'une bulle. Les tarifs de frêt en auraient été durablement déprimés.  Les difficultés de certains armateurs chinois, qui ont clairement surinvesti, seraient le témoignage de ces excès.  Le BDI n'étant plus corrélé à l'activité ne pouvait plus donner d'indication notamment pour la gestion boursière.

- La seconde serait plutôt de constater que les cours de bourse avaient flambé du fait  des politiques de "quantitative easing", sans rapport avec l'activité économique de fond.  Il fallait en déduire que le niveau des cours ne serait pas maintenable et qu'un jour ou l'autre une correction aurait lieu.  L'ennui c'est que la correction s'est faite attentdre longtemps. Mais elle prend ces derniers jours l'allure d'une déroute.

Le croisement des courbes est là. Mieux encore, l'indice BDI repart à la hausse certes faible mais à la hausse ce que corrobore des chiffres de croissance assez forts dans pas mal de secteurs commerciaux.  Obsédé par les évaluations de PIB dont nous avons déjà dit qu'elles étaient les pire indicateurs de conjoncture,  l'observation économique officielle aurait raté le fait que 2011 aurait plutôt été une année de commerce international plutôt poussif, les améliorations constatées étant plutôt le fruit des bricolages  étatiques que du mpouvement de fond des économies. Elle raterait le fait qu'il se reprend maintenant, ce qui serait une excellente chose.

Naturellement les évolutions nouvelles du BDI  étant faibles et naissantes il est très difficile de savoir s'il s'agit d'autre chose qu'un feu de paille qui sera vite éteint par les crises monétaires, budgétaires et financières qui s'enchaînent.

Pour notre part nous pensons que si les réformes structurelles nécessaires avaient été faites, nous serions à l'heure actuelle en phase de reprise importante de l'activité mondiale et à la veille d'une croissance par l'export plutôt soutenue.  Les facteurs de croissance sous jacents sont toujours là.  La croissance potentielle est trahie et corsetée par les désordres des politiques économiques et l'absence de réforme structurelle du système monétaire international. Mais elle est là.

Il n'est pas du tout exclu qu'on assite à une remontée parallèle du BDI et des indices boursiers dans les douze mois qui viennent si un accident  monétaire ou budgétaire ne vient pas tout gâcher, comme d'habitude. 

Si on entre en dépression en 2012 cela sera uniquement la faute de politiques économiques absurdes qui conduisent à maintenir des structures monétaires et financières  qui ne fonctionnent pas bien et qui conduisent à tuer tout espoir de reprise par la surimposition et la déflation.  Comme en 1929 on aura une dépression provoquée par la politique  et non  par l'économie.



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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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