Bilan 2012 – Perspectives 2013

Pour juger d’une situation, il faut d’abord des critères.  Nous-mêmes défendons sur ce blog (inlassablement, mais quitte à lasser !)  trois thèses :

-          La crise est née d’un défaut constamment aggravé du système monétaire international qui a conduit à la création de déficits et d’excédents monstrueux, et, finalement,  d’un orage de dettes généralisées  gonflées  par le jeu des doubles pyramides de crédits.

-          L’Euro a été déstabilisé par cet orage de dettes, qu’il n’a certes pas provoqué,  et ne pouvait pas résister sans changer de mode de gestion. La gestion par la norme, avec une banque centrale ligotée par un seul objectif de niveau de prix interne et l’absence de toute politique de change faute des organes nécessaires, n’offrait pas le moyen de faire face à la tourmente sinon par une déflation dommageable.

-          La France, à cause de son système fiscal outrancier, finançant sans limite des dépenses publiques elles-mêmes sans limites, était mal placée pour résister à la tourmente, qui en aggravant et même en exacerbant tous les défauts préalables risquaient de la faire sortir de l’histoire par la petite porte.

Notre solution, développée dès avant la crise, a toujours été articulée autour de trois axes :

-          Mettre fin aux changes flottants et en revenir à des disciplines internationales interdisant les déficits et les excédents monstrueux, et permettant de revenir à un système coopératif  orienté vers le plein emploi.

-          Donner à la zone Euro un cadre permettant de diriger au quotidien une politique globale visant le plein emploi et la résorption des déséquilibres internes à la zone Euro. Les règles de la BCE nous paraissaient inadaptées et l’absence de tout pilote dans une cabine de pilotage elle-même inexistante, extrêmement dommageables.

-          Faire sortir la France de sa névrose fiscale, en mettant l’accent sur la création de richesses et non sur la dépense publique débridée et associée à des impôts spoliateurs, revanchards et confiscatoires ainsi qu’à une dette constamment aggravée.

Le bilan que nous voulons tirer est nécessairement associé aux plus ou moindres grandes avancées dans ces trois domaines, avec toujours en arrière plan, la certitude que si rien n’est fait sur ces aspects stratégiques, la crise perdurera et provoquera un sinistre social désastreux.

Le premier constat à mettre en exergue est que la crise économique ne s’est pas calmée en 2012. La France a vu son chômage croitre de près de 300.000 pour la catégorie A,  portant le tout probablement à fin décembre au dessus de 3.200.000 chômeurs alors qu’avec les autres catégories on arrive à des chiffres stupéfiants, probablement autour de 4.500.000 ! Ce qui et une véritable folie et un déshonneur pour les dirigeants français. L’Europe est globalement en stagnation avec tout le sud en forte récession. Quant au reste du monde, l’année 2012 aura été particulièrement médiocre, notamment aux Etats-Unis qui n’ont pas connu une vraie reprise.

Or nous sommes en décembre 2012 soit 5 ans et demi après le déclenchement de la crise, fin juillet 2007 !   

Il n’y a  aucun signe de reprise en vue pour 2013 en France, ni en Europe. Pour le reste du monde, les perspectives restent anormalement faibles par rapport au trend habituel.

Une première conclusion est que les causes de la crise n’ayant pas été bien comprises, les solutions ont été partout inefficaces, aux Etats-Unis comme en Europe, pour ne pas parler de la France qui entre dans sa douzième année de régression du revenu par tête !

1. Sur le front de l’organisation monétaire internationale, on ne constate aucun progrès dans la compréhension des mécanismes qui ont conduit à la crise.  Personne ne parle de supprimer les changes flottants et encore moins de revenir à des disciplines de coopération et de responsabilité.

Les rares progrès que l’on peut citer proviennent :

- de la prise de conscience que les politiques mercantilistes sont condamnables, se traduisant par des demandes de relance en Allemagne et en Chine, qui eux, ne parlent que compétitivité. Dialogue de sourds, mais néanmoins constat qu’il y a là des positions intenables.

 - de l’incapacité des Etats-Unis de se reprendre sur les bases anciennes. Les politiques de QE ne fonctionnent pas. La relance par la dette n’est plus possible ni pour les individus ni pour l’Etat fédéral. La FED et le Trésor sont tous les deux « pat » comme on dit aux échecs.  

- du quasi arrêt des relations financières internationales du fait de la rétractation de chaque système bancaire sur son pré carré, ce qui montre bien que l’ancien modèle ne peut plus fonctionner.  

Ces petits signes sont-ils avant coureur d’une prise de conscience plus large et de mesures internationales concertées ? Tout montre le contraire. Si un début de reprise se produit à l’automne prochain, les velléités de réformes constructives s’évanouiront.

2. Sur le Front Européen, l’abandon par la BCE de tous ses principes après les déclarations de son gouverneur à l’été 2012,  a changé la donne psychologique. Les spéculateurs seront amenés à y réfléchir à deux fois à jouer contre l’Euro. Magie du verbe, le climat a totalement changé en quelques semaines, plus personne ne croyant à la dislocation de l’Euro par la spéculation sur les « spreads ». 

En revanche le traité Européen a consacré une gestion de la crise par la déflation dans les pays en difficulté et notamment en France.

Il n’y a toujours pas d’organes de gestion de la zone Euro permettant une politique coordonnée de changes, d’émission monétaire, et de co-développement harmonisé.

La principale conséquence est le renforcement de la stagnation globale et de la récession dans les pays du sud.   2013 sera une année terrible pour l’emploi et la prospérité.

3. Sur le front français, l’élection d’un dirigeant socialiste haineux et d’une équipe incapable, a tout aggravé.

Le refus initial de faire réellement baisser la dépense publique et de redonner des moyens de compétitivité aux entreprises, associé à un langage de haine et des mesures fiscales coercitives et revanchardes contre les familles aisées, faisant de la spoliation fiscale une fête politique,  a littéralement bloqué le pays. 

Les entrepreneurs, les investisseurs, les consommateurs, tout le monde a été saisi d’une forme de sidération devant les excès de langage et le délire fiscal d’équipes socialistes en pleine exaltation de leur pouvoir de nuisance. Un « racisme social » hideux et officiel  a gouverné la France. 

L’arrêt immédiat de l’économie du pays qui en a résulté,  a conduit le président Hollande à prendre des mesures de sauvegarde des entreprises menacées de syncope fiscale immédiate. Mais le mal était fait. Des secteurs entiers de l’économie ont connu des pertes de chiffres d’affaires colossaux parfois jusqu’à 35 ou 40%. Le bâtiment est sinon à l’arrêt du moins en régression massive. Même la grande distribution alimentaire est fortement atteinte. Partout les plans sociaux se développent à toute allure.

Les socialistes ont cassé l’espoir de toute réussite en France et atteint les tréfonds de l’âme française. Désormais ce sont les jeunes qui partent et qui ne veulent plus rien avoir à faire avec un pays où un climat épouvantable s’est installé. Les ministres et le premier d’entre eux en particulier, n’ont pas hésité à insulter collectivement des citoyens  fuyant leurs exactions fiscales. Mesures confiscatoires anticonstitutionnelles et insultes ad hominem, rassemblées et diffusées comme « éléments de langage »,  ne font pas une politique.

Le coup d’assommoir porté par le Conseil Constitutionnel à la politique du gouvernement Ayrault, qui a liquidé certains des dispositifs les plus haineux de la loi de finances votées par une majorité socialiste où un p’tit prof de maths du secondaire, un certain Eckert,  a montré un zèle digne de la Corée du Nord, donne à F. Hollande le moyen de reprendre la main avant le désastre total. 

Vivre enfermé avec des conseillers en communication et multiplier les opérations image pour tenter de faire remonter la défiance abyssale qui s’exprime dans les sondages, n’est probablement pas la meilleure solution.  Le pays n’attend pas de lui qu’il se mette en blouse blanche pour pérorer sur l’emploi en visitant des entreprises comme il l’a fait à Rungis.

Mais qu’il respecte les Français et qu’il évite les dérives sectaires  et les mesures haineuses que les dirigeants de sa majorité parlementaire ont multipliées. 

Les résultats de 2013 pour la France dépendront largement de cette capacité de réorientation de la politique française vers plus de raison, moins de haine, moins de déflation et moins de chômage.  2012 a vu les prélèvements dépasser la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand. L’étouffement du secteur marchand va encore aggraver ce phénomène en 2013. Voler les familles aisées n’aura qu’un temps. Il va bien falloir un peu gouverner. Les budgets sociaux s’enfoncent dans le rouge, l’âge de la retraite ne pourra pas rester là où il est, la durée de travail non plus, les dépenses publiques régionales et nationales non plus.

La France est désormais vulnérable à n’importe quel incident. L’équipe gouvernementale actuelle est totalement décrédibilisée. Le groupe parlementaire est trop souvent en rupture avec le gouvernement et joue la surenchère. Au Sénat, c’est le chaos dans la « majorité ». Le Président n’a exactement aucune autorité. 

Si la conjoncture internationale connait un des cahots dont elle est coutumière, et l’absence de toute réforme structurelle laisse la porte ouverte à de tels incidents, la France sera embarquée dans des traverses sinistres.

Alors, oui, M. Hollande, il faut changer d’orientation  et que le changement soit maintenant !   

         

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile.  

Une fausse réforme bancaire

On connait la méthode Hollande : "j'ai dit, mais je n'ai pas dit, tout en disant. Mais oui mais non mais oui mais bien sûr". L'ambigüité permanente lui a permis d'être là où il est. Il ne changera plus.

Il avait promis de lutter contre son ennemi, la "phynance" impie, indigne et désastreuse. Il lui fallait mettre en œuvre cette "promesse de campagne". L'exercice s'achève sur un salmigondis de mesures sans effets et sans vraie importance qui compliqueront un peu la vie des banques et surtout permettront au Président de dire qu'il a tenu ses promesses. Enarque aux milieux des énarques qui gouvernent les banques, il ne pouvait en être autrement. Il a suffi que ses copains de banc d'école hurlent qu'ils avaient mal avant même qu'on les frappe pour que tout tourne en eau de boudin.

Il ne peut y avoir de bonnes réformes sans intentions positives et sans analyse approfondie des difficultés rencontrées, s'il y en a. Il aura manqué les deux ingrédients.

1.  La première question à se poser était la suivante : on a vu pendant 40 années les bilans des banques enfler sans limite raisonnable, au point que la plupart des pays de l'OCDE ont dépassé 300% de ratio endettement global sur PIB.  La simple observation des réalités auraient du faire comprendre aux dirigeants que les banques n'ont pas été la source de ce gonflement. Les banques ne créent de la dette et de la monnaie que si elles ont des entrées de trésorerie. Rappelons que si elles avaient seules le pouvoir de créer de l'argent elles ne seraient jamais en faillite. En revanche, dans des cadres conjoncturels, législatifs et règlementaires  favorables, elles multiplient les apports par un effet multiplicateur bien connu.

Il fallait sans doute agir sur l'amplificateur. Divers mécanismes ont permis aux banques et institutions financières d'élargir leurs possibilités d'action au-delà du raisonnable. Revenir sur des pratiques dangereuse était nécessaire. Les banques l'ont d'ailleurs fait toutes seules. Le gonflement des capitaux nécessaires à garantir certains risques importants est une prudence opportune. On va beaucoup trop loin actuellement, au point d'étouffer en partie des financements souhaitables. On a vu par ailleurs la capacité des banques à éluder ces contraintes en utilisant des procédés juridiques astucieux. Il n'y a pas de raison que cela s'arrête. Le rôle du banquier est de prêter de l'argent contre des risques qui justifient sa rémunération. Sauf à tuer en lui toute envie de réussite, et à bloquer le système, il cherchera l'investissement rentable par tous les moyens, supervision renforcée ou non.

Comme dans le même temps on n'a rien fait pour mettre fin aux excès de l'émetteur, le système monétaire international, basé sur une monnaie nationale de référence et des devises flottantes, système qui a entrainé la fameuse double pyramide de dettes et l'amplification de tous les déséquilibres, le résultat est incertain.

On agit comme le gamin qui crée des châteaux de sable au bord de la mer pour voir s'il va résister à la marée. Ou comme le clown qui déplace  le piano pour le rapprocher du tabouret.

2. La seconde question à poser était celle de la taille. Doit-on accepter qu'un pays voit un quarteron de banques enfler leur bilan au point qu'elles mettent en danger le revenu de la Nation en cas de faillite ?  L'Islande l'a fait avec les résultats que l'on sait. La Suisse le fait, mais avec de facto  le back-up des pays arabes du golfe.   

La réponse est non !

Il est indispensable de démanteler les molochs de la banque universelle pour restaurer de la liberté économique et permettre de mieux garantir la solidité globale du système bancaire.

En France, les molochs en question ont refusé et tout le monde s'est couché. En revanche on a fait passer la supervision à l'échelon de l'Euroland pour que ce soit le PIB global qui cautionne le système. Au lieu de réduire les géants, on leur a donné un cadre plus grand pour exercer...

Donc on a rien fait de sérieux. Certaines banques universelles sont trop grosses en France et elles y ont trop de pouvoirs. Elles forment un oligopole fonctionnant en symbiose avec l'Etat, avec qui elles partagent leurs cadres supérieurs. Au nom de la sécurité d'ensemble, on a aggravé le phénomène plutôt que de le réduire. Bravo aux associations bancaires nées de l'époque Pétain qui ont permis ce noble résultat !

La banque universelle de taille monstrueuse a également l'avantage de permettre à une poignée de dirigeants de s'attribuer directement ou indirectement une part démesurée de la rente de monopole sous forme de rémunération démente (via des bonus, des rentes de participations aux conseils d'administrations, des commissions diverses internes ou externes, des stock-options etc. ).  Cette rente étant uniquement liée à la taille et non au mérite particulier du dirigeant, elle s'assimile à un enrichissement sans cause réelle. On peut parler d'une forme de parasitisme exacerbé.

3. La troisième question est le corollaire des précédentes : les conflits d'intérêt possibles non seulement avec la Nation tout entière mais avec la clientèle des banques.

Rappelons que tout le système bancaire est fondé sur un mensonge. On parle de dépôts quand on devrait parler de prêts. Le dépot est un prêt déguisé à la banque. L'Etat administrativo-financier, ce sont les mêmes dirigeants, a imposé le recours aux banques pour toutes les transactions de paiement ou presque. On ne peut plus "vider son compte" en liquide. Il faut le virer dans une autre banque. On ne peut plus payer ses salariés en liquide : seulement par chèques ou virements. Le fisc impose le règlement des impôts par virement à partir d'un certain niveau. Il ne rembourse plus que par virement. Tout a été fait pour limiter l'usage du billet.

Inlassablement les banques reviennent à la charge pour que les chèques deviennent payants et elles multiplient les approches pour limiter l'emploi du chèque au profit de moyens qui leur coûtent peu comme les puces sur cartes ou bientôt sur téléphone.

Bientôt la totalité des fonctions de tenue de comptes et paiements seront payantes, alors que les transactions sont prtiquement toutes automatisées et les saisies déportées sur les usagers.

En sus de ce premier revenu, l'argent déposé sert à justifier la création de monnaie de crédit, avec récupération par les banques de la rente de création monétaire, et le bénéfice des activités commerciales lucratives correspondantes. En cas de pépin c'est soit le client, soit l'Etat qui paie. Merveilleuse disposition que l'on souhaite à toutes les PME.

La vraie réforme est de permettre la constitution de vrais établissements de paiement, uniquement chargés de la garde et de la mobilisation de la monnaie thésaurisée par les agents économiques. Les dépôts seraient de vrais dépôts, en ce sens que l'argent ne pourrait pas servir de ressources financières pour les établissements de crédit. On a créé un cadre limité en ce sens pour permettre certaines formes de paiements nouveaux. Il faudrait aller beaucoup plus loin.

Dans des banques de paiements véritables il appartiendrait au client de faire fructifier ses réserves inutilisées en les plaçant auprès d'institutions financières de son choix. Ces institutions devront faire l'effort de les attirer, en faisant valoir leurs qualités, leur solidité, leur sagesse ou leur rendement. A elles de proposer des placements variés, contreparties d'activités de prêts elles même diversifiées.

Ce n'est plus une poignée de banquiers cooptés dans le vivier des Inspecteurs des Finances qui décideraient souverainement de ce qu'ils veulent faire des sommes qui circulent dans leur comptes, en toute liberté. Mais milles institutions capables de proposer diverses formes d'activités donc d'investissements en fonction du risque.

L'activité de prêt à trois mois sur créances quasi certaines, comme l'escompte, rapportera moins que la spéculation à risque et avec effet de levier sans garantie réelle.

A chacun de savoir de ce qu'il veut faire de son épargne.

Il va de soi qu'il faut éviter tout conflit d'intérêts entre le gestionnaire de placement et l'émetteur des placements. La BNP a bourré les comptes de ses clients sous mandat entre juin et août 2008 au moment où ses cours chutaient à la verticale. A la protestation que nous avons vue d'une cliente, la réponse a été : "il est normal d'avoir dans son portefeuille des actions des grandes banques françaises".

Le système de la banque universelle est un nid de conflits d'intérêts permanents.

La loi passée ne supprime aucun conflit d'intérêts. Elle les institutionnalise.

Une loi n'est utile que si une réflexion approfondie a permis de déterminer les voies et moyens d'un changement qui permette d'atteindre des objectifs.

Ici la loi a l'objectif minimal de permettre à un président élu de dire qu'il applique son programme. Une fois de plus on est dans la com' et pas dans l'économie.

Pour masquer le tour de passe-passe on a joué sur les mots. Au lieu de séparer les banques de paiements, les banques de crédits,  les banques d'investissements, les gestionnaires de fonds et les gestionnaires de fortune, on a indiqué qu'on isolait les activités utiles à l'économie des autres.  Une distinction qui n'a pas de sens. Ces "éléments de langage" ont été répétés ad nauseam par tous les journalistes-perroquets.  

Les vrais problèmes restent intacts. Ils n'ont même pas été effleurés pendant les discussions.

Un exemple parfait du mode de fonctionnement de l'énarchie qui nous gouverne.

François Baroin : léger, léger, léger…

Le Ministre des Finances du gouvernement français pendant la période chaude de la crise écrit un "journal de crise". Naturellement on se précipite. Comment les plus hauts dirigeants ont-ils compris, anticipé, corrigé les causes de la crise ? Comment les ont-ils parées ? Ces questions sont importantes. Un éclairage de l'intérieur aurait pu l'être. Aurait du l'être.

Hélas, hélas, hélas !

On sait tout ce que la carrière  de François Baroin doit au féodalisme politique propre à la France. Parrainé par J. Chirac qui avait promis à Michel Barouin, son père, Grand Maître du Grand Orient, de s'en occuper, le jeune François, malgré la légéreté de ses titres, allait connaître une carrière accélérée, quasi météoritique. Robert Galley lui offre la ville de Troyes. Après un succès électoral sans risque dans une circonscription acquise à la droite, il devient Maire de la Ville.

Son talent personnel n'est sans doute pas mince puisqu'il y résiste aux différentes tempêtes politiques et qu'il siège depuis plus 15 ans comme député de la troisième circonscription de l'Aude. Il est vrai que Robert Galley, avait siégé de 1968 à 2002 dans la seconde : 34 ans. Ces circonscriptions ne sont pas politiquement dangereuses.   

Son talent n'est sans doute pas mince puisqu'il a fait son travail sans aucune aspérité aux différents postes secondaires confiés par Jacques Chirac. Au point de devenir un éphémère Ministre de l'Intérieur lorsque Nicolas Sarkozy se lance dans la campagne présidentielle, ce qui n'était plus secondaire du tout, même si ce fut bref.

L'arrivée de Nicolas Sarkozy à la présidence pouvait lui valoir des ennuis. L'obligation de resserrer les rangs de sa majorité et de mettre fin à la mésaventure de l'ouverture aux socialistes donnent l'occasion aux ex Chiraquiens de revenir au pouvoir. Au prix d'un caprice qui le ridiculisera un tantinet, il devient Ministre du Budget. L'affaire DSK et le départ brusqué de C. Lagarde le propulse au Ministère des Finances. 

Ce jeune homme a non seulement du talent et des soutiens  mais aussi de la chance.

En politique il en faut.

Aujourd'hui dans l'opposition il n'est certes pas devenu un ténor. Mais il joue un rôle. Il sera un des négociateurs de la sortie du conflit Fillon-Copé. Il passe désormais souvent à la télévision. Son livre lui a valu une forte exposition médiatique. Certains pensent qu'il pourrait se présenter aux élections de l'été 2013 à la tête de l'UMP.

Sa troisième compagne est charmante.

Tout baigne. 

Malheureusement, il y a ce livre. Ce livre où tout baigne aussi, mais dans un "politiquement correct" et une légèreté de fond confondants. Monsieur a pris la plume, mais elle est légère, légère, légère.

Elle tombe là où la pousse le vent.  Surtout ne rien penser. Surtout ne rien dire. Le Ministre qu'il fut, aura été un commentateur. Des événements extérieurs se produisaient, jamais anticipés, jamais compris. Les services proposaient des solutions. L'Elysée donnait des orientations puis des arbitrages. Le Ministre les défendait.  Voilà comment une vie politique passe.

M. Baroin a cela de commun avec Mme Alliot-Marie : tous deux  n'ont aucun mérite apparent mais ils savent durer politiquement parce qu'ils sont lisses,  sans que personne ne se pose trop de questions sur leurs compétences réelles.  Robert Boulin était aussi une personnalité de ce type. Il ne faisait peur à personne. Il était toujours là. Quand les grands sauriens se battaient, il était  fidèle à tout et à tous. Un peu aussi comme Bérégovoy.

Le dernier a fini près d'un canal, le précédent dans les étangs de Hollande (non, non pas celui que vous croyez). Mme Alliot-Marie, elle, a été la malheureuse victime collatérale de la révolution tunisienne. Si on ne peut même plus avoir d'amis !  

Peut-être le jeune et séduisant François devrait-il se méfier. Il ne faut pas trop monter pour rester en sécurité quand on est pas doté d'une armature intellectuelle et politique plus solide. La faveur et la prudence reptilienne ne permettent pas tout. Pas de vagues, dans les actes, et beaucoup de vague, dans la pensée,  ne suffisent pas toujours. Même quand on est bien implanté dans une circonscription en or massif et imperdable. Même quand on a le soutien affectueux de la Franc-maçonnerie.

La lecture du livre est consternante. Les évènements se produisent. On ne sait pas pourquoi. Ou on en donne des explications tellement courtes que cela confine à la gaminerie.

On imaginerait que le Ministre des Finances va nous donner une vision profonde et travaillée de la crise mondiale. Rien du tout. La crise, c'est la faute des subprimes. Point barre ! Elle est tombée du ciel comme cela. Un beau jour. Il a fallu faire face. Après une autre crise est arrivée du même ciel : la crise des banques. Il a fallu faire face. Ensuite on a eu une récession économique. Il a fallu faire face. Après on a eu la crise de la Grèce. Il a fallu faire face. Après il y a eu la crise de l'Italie, du Portugal et de l'Espagne. Il a fallu faire face.  Puis la France a été sommée de tenir des engagements budgétaires, il a fallu faire face. Puis cela n'a pas marché alors il a fallu faire face. Etc. Ad libitum.

Comme si un mauvais génie s'amusait à glisser sur le bureau du Ministre des dossiers surprises chaque matin. Le Ministre des Finances attendait alors les directives de l'Elysée, en fait de M. Musca. Et on mettait au travail les cellules du ministère. Des types formidables, nécessairement formidables. Ensuite le premier Ministre rendait les arbitrages. Formidable, tout était toujours bien.

Rien ne marchait mais tout était parfait. On faisait tout puis le contraire de tout : aucune importance, c'était toujours parfait.

Exemple : on commet l'immense erreur de ne pas supprimer l'ISF et on crée le bouclier fiscal. C'était parfait. Tout tourne au vinaigre. On fait une réforme tardive et controuvée. C'est tout aussi parfait. 

A l'échelon européen tout semble se faire ailleurs. Il ne s'agit pour le Ministre que de participer aux réunions et de commenter les arbitrages.  Pas une idée, pas une critique, pas une suggestion. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. "Je préfère mettre de l'huile dans les rouages pas sur le feu".

A l'échelon mondial, rien à dire. Absolument rien. Sinon des anecdotes sans intérêts sur des réunions du G.20.

Le malheureux est, à l'insu de son plein gré, surpris "par une suite ininterrompue d'événements imprévisibles".

Les évènements forcent à agir, et la réponse produit des résultats merveilleux. Sauf que la crise est toujours là.

Pour l'Europe, les résultats sont pour l'auteur  inespérés  : " le chemin accompli dans les esprits est déjà conséquent. Si nous allons au terme de cette réforme, il sera immense".  La Grèce est à genoux et sa population au chômage et paupérisée, comme celle du Portugal et de l'Espagne. Tous les pays de l'Euroland sont saignés à blanc et en récession. Pas d'importance ! 

Pour la France, nous avons réussi à stabiliser la dépense publique et même à la réduire d'un quart de chouïa, affirme notre grand ministre.  Du jamais vu !  En fait la dépense publique est restée très haute et n'est jamais descendue au dessous des 50% du PIB. Là où il fallait une hache, on a eu la douceur angevine et consensuelle de la RGPP. Les banques : nous avons un modèle de banque universelle formidable. Et Dexia ? Dexia heu !  heu ! Pour les impôts : nous avons taxé les riches de plus en plus en multipliant les lois de finances rectificatives au fur et à mesure que nos prévisions de croissance se révélaient en décalage avec les réalités. N'est-ce pas formidable ? Un vrai social démocrate qui ne verrait sans doute avec la politique Hollande qu'un soupçon de verbalisme excessif mais une pratique en continuité avec la sienne !

Pour le monde. Pour le monde rien !

La France a été gouvernée par des hauts fonctionnaires en fonction de leurs intérêts : taxer à mort ; ne pas réduire trop la dépense publique ; ne pas faire de vagues.

M. Sarkozy s'est agité en haut de tout cela en faisant croire qu'il agissait beaucoup alors qu'il n'agissait qu'un peu.

Les ministres, comme M. Baroin, ont été les Messieurs bons offices entre le Président et les services.

Pas d'idée ; pas de diagnostic ; pas de pronostic ; pas de vrais traitements ; un politiquement correct permanent (Ah ! la nomination de Lagarde au FMI, "victoire des femmes" :! on aurait préféré une victoire de la France et des idées justes). 

Résultat : pas de résultats probants ; une France au chômage et déjà menacée par l'asphyxie fiscale avant même l'arrivée de M. Hollande.

M. François Baroin aura été un gentil garçon. Son influence personnelle sur les évènements, à le lire, aura été quasi nulle. Aucune élytre n'aura été froissée. Nulle part.

La droite a perdu les élections. La France a perdu son industrie et ruiné ses ménages.

Mais tout va pour le mieux.

La carrière de Monsieur peut continuer avec les perspectives les plus heureuses.

Plus diaphane on ne peut pas.   

C'est vrai, il est bien sympathique François Baroin. Alors bonne chance !

Tout de même. Est-il vraiment impossible de gouverner la France autrement que dans la niaiserie ?

Nouvelle supplique à l'INSEE

Nous avons naguère demandé à l'INSEE de bien vouloir rendre publiques des séries statistiques longues. Parmi les causes de l'aveuglement général et du désastreux "courtermisme" on trouve la difficulté à constater facilement des évolutions longues. Le cycle décennal n'apparait clairement que si les séries couvrent au moins 50 ans.  De même le grignotage fiscal n'apparait pas sur des statistiques annuelles. Mais sur 50 ans les résultats sont plus que frappants.

Merci à l'INSEE d'avoir commencé ce travail.

Maintenant il faut aller un peu plus loin.

Une des causes de la crise provient de la méconnaissance totale par les gouvernements, les économistes officiels et les commentateurs de l'évolution de la dette globale depuis la guerre.

Par dette globale nous entendons toutes les dettes :

- dettes publiques (Etats et collectivités locales de tout poil)

- dettes de l'institution d'émission

- dettes du secteur bancaire

- dettes des entreprises

- dettes des ménages

On peut même signaler les engagements publics ou privés hors bilan ou hors budget. .

Bien entendu il faudrait pouvoir comparer ces séries avec celles, calculées de la même façon, des pays de l'OCDE.

Actuellement ces chiffres ne sont pas faciles à obtenir de façon strictement comparable. Par exemple la dette des ménages est présentée en fonction du revenu des ménages qui n'est pas le PIB.  Celles des entreprises est souvent connue par rapport à leur capital ou à leur chiffre d'affaires. Etc.

Avoir un tableau clair et homogène de l'évolution respective des différentes dettes est d'une urgence nationale.

Rappelons qu'en économie la nature de l'émetteur n'a pas une importance cruciale : la dette agit de façon globale. C'est le PIB qui doit fournir le paiement de l'intérêt et le remboursement du capital. Globalement.

Naturellement il serait bien que la statistique donne également la maturité moyenne de la dette et son intérêt moyen. Ce n'est pas la même chose d'avoir une dette de maturité moyenne de deux ans avec un intérêt moyen de 3% et une dette de maturité moyenne de 10 ans avec un intérêt moyen de 6.5%.  On pourrait ainsi produire un indice de la charge de la dette en pourcentage du PIB (montant global de l'amortissement et des intérêts).

Par exemple un endettement global de 400% du PIB avec une maturité à 10 et un intérêt à 5% entrainerait une charge de 60% du PIB.  Un endettement de 200% du PIB avec une maturité de 2 ans avec 5% d'intérêt, donnerait 110%  du PIB  etc.  

On voit que ces chiffres sont extrêmement critiques pour comprendre la situation économique d'un pays.

Et ils ne sont pas connus, encore moins publiés. Ils ne peuvent être appréciés dans la durée via une série longue.

Donc personne ne comprend rien.

Nos propres calculs nécessairement imparfaits laissent entrevoir que le taux d'endettement global était de près de 400% à la Libération, qu'il est redescendu à moins de 150% en 1967, et qu'il a commencé à rebondir avec les évènements de 68 et surtout après l'éclatement des changes fixes et ajustables définis à Bretton-Woods. On a alors commencé à monter la pente : 150 puis 200, puis 250 puis 300%. Pour finir nous nous sommes retrouvés en 2011 quelque part entre 300 et 400%.

L'affaire est sérieuse, car évidemment de tels taux d'endettement sont intenables.

Faire apparaitre de façon scientifique cette courbe en U est indispensable à une étude correcte du phénomène et de ses causes.

L'INSEE est seule capable de produire et de publier ces chiffres.

Notre supplique est qu'elle le fasse et si elle ne le peut pas qu'elle dise pourquoi et comment remédier à cette situation fâcheuse.

Merci d'avance.

Merci d'avance également à Eurostat de faire le même travail pour les 27 pays de l'Union Européenne.   

Didier Dufau pour le cercle des économistes e-toile

Le mensonge

M. Gérard Depardieu a décidé de quitter la France. Entre autres raisons, il évoque le fait qu'il aura payé en 2012, 85% d'impôts. 

Entre autres raisons, car la mort de son fils Guillaume, grave traumatisme de sa vie, et la manière dont il a été traité par la justice et les médias du fait de la notoriété de son père, avait créé une rancune profonde.  La France politique et médiatique haït ceux de ses enfants qui réussissent. Ils doivent payer d'une façon ou d'une autre. Toujours se rappeler que la France pendant l'Occupation a été le pays qui a produit le plus de lettres de dénonciation à la Kommandantur. La jalousie sociale est en France une dimension déterminante. On ne produit plus d'électronique depuis longtemps mais pour de la bassesse nous restons très productif.

La fortune de G. Depardieu n'a pas été volée.

Il est parti de rien. Il est arrivé en tête du palmarès des acteurs simplement parceque les Français l'ont bien voulu en allant voir les films qu'il anime de son talent. Il a employé une partie de sa fortune à créer du boulot autour de lui. L'argent des prélèvements divers sur son revenu, ses dépenses et sa fortune  a permis de financer les besoins de l'Etat à une hauteur qu'il évalue à 145 millions d'Euros.

Quasiment à lui tout seul.

Car on ne peut pas dire qu'un acteur fait suer le burnous et pèle la valeur sur le dos des travailleurs. C'est à dire que sa contribution fiscale à la France a été supérieure de plusieurs milliers de fois à celle d'un Ayrault et d'un Eckert, petits profs du secondaire sans mérite particulier,  n'ayant pas travaillé longtemps (et probablement mal : Jean marc Ayrault parle allemand comme une vache espagnole !),  et coulant dans les ors de la République sur l'argent des impôts une vie de politiciens nuls et aigris. 

La France aurait-elle produit 1000 Depardieu qu'elle aurait reçu 145 milliards d'Euros de bénéfices fiscaux.

Avec mille Harlem Désir, dont on ne se souvient pas qu'il ait jamais travaillé à produire quelque chose de consommable pour les Français, on n'aurait qu'un gros trou dans la caisse. Il semble bien que son association ait été prise carrément la main dans la caisse. Vous avez dit "emploi fictif". On préfère les emplois d'un acteur de talent. 

Cet Harlem Désir en service commandé à la radio ce matin même a déclaré : "M. Depardieu ment en déclarant qu'il paie 85% d'impôts. C'est impossible". Il a répété ce mensonge à satiété pour bien l'imprimer dans l'esprit des auditeurs et le journaliste interviewer n'a pas été capable de lui dire qu'il mentait.

Alors faisons le à sa place.

Nous avons montré sur ce blog  que ce taux de 85% était malheureusement extrêmement fréquent  et que désormais des milliers de Français allaient payer 100% et plus. Nous avons démontré chiffres en main que la discussion sur le taux marginal de 75% était une farce sachant que des dizaines de milliers de Français paient EN MOYENNE 75% et plus. Ici et maintenant et encore plus demain en 2013.

Les lecteurs de ce blog savent que les prélèvements en France sont supérieurs à 100% de la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand non financier. Mais oui supérieurs à la production de ce qu'on appelle communément "les entreprises".  La dépense publique, elle, est très supérieure. En 2013 on en sera sans doute à 110%.

Les lecteurs de ce blog savent aussi que lorsque l'état prend la totalité des ressources du pays pour lui même, le taux de prélèvement est de 50%, car ce qu'il prend pour lui même est compté comme une partie du PIB. Et les mesures Hollande vont faire approcher le taux de prélèvement par rapport au PIB du chiffre historique de 48%. 

Les lecteurs de ce blog savent également que nous sommes le pays où la dépense publique est la plus forte du monde avec le secteur protégé le plus hypertrophié du monde.

Gérard Depardieu ne ment pas.

Harlem Désir ment. Le parti socialiste et les éminences du parti socialiste mentent. Comme Radio Paris sous l'Occupation, ils "mentent tout le temps", comme le chantait Pierre Dac.

Harlem Désir est un menteur. 

Un menteur qui sait qu'il ment.

Un menteur toute honte bue.

Un menteur qui se roule dans le mensonge sans la moindre vergogne.

Les Français doivent refuser le mensonge et chasser les menteurs. Ils ne doivent pas accepter que sous des monceaux d'injures on fasse fuir ceux d'entre eux qui, par des mérites exceptionnels, ont réussi, parcequ'ils ne veulent pas qu'on leur prenne tout et qui le disent. 

La France est le seul pays au monde qui fasse fuir ses élites et qui découragent dans sa jeunesse l'idée même de la réussite. Une exception française exécrable.

J'espère qu'il y a encore une presse libre en France qui fera éclater publiquement l'indésirable  mensonge en service commandé de ce monsieur Désir, ci-devant premier secrétaire du PS et premier des menteurs.

En attendant merci à Gégé d'avoir le courage physique et moral de dire la vérité et d'en tirer les conséquences publiquement en se moquant des quolibets intéressés de moralistes spécialistes de l'amoralité. 

Quant aux Français qu'ils lisent le livre  d'Ayn Rand,  la Grève. Ils verront dans quelle dynamique on s'inscrit quand on décourage et on accable d'insultes ceux dont la réussite est aussi celle du pays.

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des Economiste E-toile.

 

Champagne à la Kaiserstrasse !

A certains grands moments de la crise que nous subissons depuis 2007 l'avenir dépends des décisions  des pouvoirs publics. Une mauvaise appréciation, l'inconscience de la réalité des choses, le poids des impuissances peuvent conduire à en prendre d'exécrables.

On l'a vu lors des G.20 de 2008 et 2009. Il fallait comprendre que la crise provenait du système monétaire international et y porter remède. On ne l'a pas fait. On a conservé le système non coopératif des monnaies administratives gérées par des gnomes et dont la valeur se fixent sur les marchés de devises, avec liberté totale des mouvements de capitaux. Malgré toutes les exemples historiques qui démontraient que dans ce cadre les relances keynésiennes ne marchent pas,  on a fait le pari que cette fois-ci on verrait ce qu'on verrait. On a vu : quatre ans après le désastre économique continue (Cf. sur ce blog :   G.20 un pari très dangereux)

Pour la France, on savait que le danger venait de sa surfiscalité aberrante provoquée par le développement d'un secteur public  de proportion exagérée, dont l'ampleur et les besoins de financement avaient  créé un sous-investissement massif et une précarité maximum dans un secteur marchand laminé, sans capitaux, sans marge, sans compétitivité et  incapable de pourvoir aux besoins d'emplois du pays. La décision tragique sera celle des Français portant au pouvoir de façon totalement décalée une équipe socialiste de fonctionnaires qui allait tout aggraver au lieu de commencer à remonter la pente. Le climat de haine sociale entretenue contre les patrons et l'annonce de mesures spoliatrices allaient dès l'été 2012 bloquer le pays.  50.000 chômeurs plus tard, la France est confrontée à la perspective d'une année noire en 2013.

Restait l'Europe. On savait que la zone Euro était structurellement malade. Elle n'avait aucun instrument pour faire face à une crise mondiale. De paniques en expédients on en est arrivé au  TSCG, traité budgétaire renforcé qui sacralise les règles  de Maastricht. Restait à savoir si dans ce cadre malsain, car uniquement déflationniste, allait se mettre en place d'autres organes de gestion que les croupions actuels. Certains célèbrent aujourd'hui l'accord "historique" qui voit les responsabilités de supervision bancaire glisser des banques centrales et des organes de contrôle bancaire nationaux  vers la BCE. Crier au miracle et à l'avancée déterminante comme Le Monde du jour est tout à fait excessif. Y voir la fin de la menace contre la zone Euro est risible.  L'idée sous-jacente est traditionnelle au  sein du fédéralisme européen  : cette étape permettra d'en atteindre une autre etc. On dépouille les Etats nationaux  et c'est déjà cela de pris.  Les résultats sur la réduction du chômage, la gestion des écarts de productivité,  la vulnérabilité spécifique aux systèmes nationaux seront pratiquement nuls.

Christian Noyer, qui parle certes en son nom mais qui est trop fin connaisseur de ce qui se passe à la BCE, a tué toute perspective positive en ce sens. Sa dernière intervention laisse entendre que la politique de la BCE a été formidable car elle a permis de maintenir l'inflation dans les limites statutaires de la BCE (on retrouve l'hymne à la gloire de Trichet : cf sur ce blog l'article La "victoire" à la Pyrrhus de Jean claude Trichet). Il est inutile de prévoir de grosses modifications dans la gouvernance européenne. Si la politique monétaire a été handicapée, la faute en revient à "l'indiscipline" des Etats. Il suffit de renforcer les normes et la sanction des normes pour que tout aille pour le mieux. Au passage renforçons les pouvoirs de la BCE. Un plaidoyer pro domo ;  de la plus belle eau.

Cette vision est totalement controuvée et lourde de nouvelles difficultés. Elle confirme l'amour éternel porté par les banquiers centraux européens, contrairement à leurs devanciers,  à un système de monnaies administratives gérées par eux-mêmes et dont la valeur externe est laissée aux forces du marché. Que le système ne marche pas et soit structurellement déséquilibré ne les gênent pas : on ne touchera pas à la source, à l'émetteur des déséquilibres mais au transmetteur et à l'amplificateur, le système bancaire, qui passera sous le contrôle des gnomes. Si les Etats sont par ailleurs contraints, tout ira bien.   

On notera que toutes ces erreurs majeures se complètent : on ne souhaite pas traiter le mal à la racine alors on s'énerve sur les symptômes.

Un exemple historique nous rappellera comment on gère normalement une crise économique. Après l'échec  de la relance de Chirac en 74, on a appelé Raymond Barre. Il explique très bien ce qu'il a fait (cf : "en relisant Raymond Barre" sur ce blog) : il a piloté la sortie de crise en jouant  sur la monnaie, sur les changes, sur le budget et sur les règles du jeu social (désindexation compétitive , fin de l'autorisation administrative de licenciement, etc.). Heureux homme qui avait encore une cabine de pilotage totalement équipée des instruments de bord nécessaires.

On voit bien que les Etats européens n'ont plus accès aux instruments de pilotage anticrise. Les changes ? Plus personne ne s'en occupe sinon un fantomatique Eurogroupe dont Juncker va quitter la présidence et qui ne fait exactement RIEN en la matière. La politique monétaire : la BCE s'en charge avec une seule boussole : les prix. Le budget : il est désormais contraint. Restent les règles du jeu social qui dans le contexte général ne peuvent être réorientées que dans un sens restrictif.

L'urgence aujourd'hui, si on veut que le système de l'Euroland marche et que l'on sorte de la crise , est de recréer une possibilité de pilotage global à l'échelon de la zone. Il faut une cabine de pilotage, la centralisation des instruments, et une action coordonnée sur les intérêts, les changes, les financements globaux, les budgets et les mesures sociales.  Bien sur il faut refuser le saut fédéraliste total avec création d'un budget fédéral gigantesque s'amusant à effectuer des transferts massifs entre pays européens.  Noyer a raison de dire que les opinions publiques ne le permettront pas.  

Cela implique un poste de "Chancelier de l'Euroland" doté de moyens légers mais cohérents et démocratiques d'agir sur les manettes économiques, y compris les changes et y compris la politique monétaire.

La BCE serait dans ce cadre partiellement  subordonnée à ce Chancelier. L'Europe renoncerait  à être la seule puissance du monde qui joue réellement le jeu faussé des changes flottants.

On pourrait envisager une sortie de crise par le haut en renonçant au chemin débile de la déflation et de la dépression dans les pays en décalage de compétitivité.

Dans la pratique on tourne le dos à cette orientation.

Nous nous retrouvons donc à la fin 2012 avec

- un monde dominé par les changes flottants et les attitudes non coopératives des Etats

- une Europe de l'Euro sans pilotage mais étouffée dans un système anti démocratique et lacunaire de contrôle et  de restrictions en tout genre.

- une France dans la folie fiscale aggravée par un socialisme sûr de lui et dominateur qui a fait de la Kalachnikov fiscale le moyen du" grand soir" de la ruine de sa bourgeoisie, au milieu des injures mille fois répétées contre les entrepreneurs (les patrons sont des "patrons-voyous", les chefs des entreprises du CAC "les douze salopards". M. Mittal" n'a rien à faire en France". "Casse toi pauvre con" lance-t-on à M. Arnault.   Et quand Depardieu "se casse", c'est un" traitre" à la patrie, alors que le droit d'établissement où l'on veut en Europe est la conquête  principale de l'Union Européenne pour ses citoyens) .

Autant dire qu'il n'y a rien à attendre de bon de 2013. Le problème des grandes erreurs, c'est qu'elles ne se rattrapent jamais.  

La crise entrera dans sa sixième année, du jamais vu depuis 1929.

Le Bilan de la BCE et ses gains n'ont jamais été aussi élevés.  Voilà ses pouvoirs élargis.

On doit faire livrer les bouteilles de champagne au 29 de la Kaiserstrasse à "Eurofort sur le Moins", comme disait Séguin.

Mais ce sont les peuples qui trinquent.

Deux mots à la revue Commentaire

La revue Commentaire est fort intéressante. Elle a son influence. Elle mérite d'être soutenue. Mais elle souffre d'un léger complexe : celui de l'officialité. On donne la parole a des auteurs "reconnus" et on ne prend aucun risque intellectuel. Le sérieux veut cela. Comme toujours, la méthode a des limites. Celle de produire des articles sinon insignifiants du moins largement à côté de la plaque chaude.

Prenons celui de M. Robert Barro. Ses "credentials" sont impeccables. Il est professeur à Harvard donc ipso facto "parmi les plus réputés du monde", même si personne n'en a jamais entendu parler.  Il est spécialiste de la croissance et des crises.  Là cela devient intéressant : il a du prévenir le monde qu'une crise mondiale allait survenir très tôt avant 2007 ou au moins début 2008.  Il a du en comprendre les mécanismes.

Naturellement il n'en est rien. M. Barro est un de ces professeurs rétrospectifs qui ne voient jamais rien venir mais qui commentent parfaitement quatre à cinq ans après les évènements qui l'ont surpris et que sa spécialité lui commandait de prévoir.

Donne-t-il  pour autant un diagnostic exact ? Même pas. Il en est resté à l'explication par les subprimes.  La crise de 2008 est un peu plus grave que la crise de 1992 parce qu'il y a eu la bulle des subprimes et des produits financiers complexes.  Cinq ans après,  quelle grande nouvelle !

Nous avions donné cette explication le lendemain même de la chute de Lehman-Brothers sur ce blog. Mais en précisant bien qu'il ne s'agissait que de l'allumette qui avait mis le feu.  Le combustible s'était accumulé en quantité désastreuse bien avant.  Et nous avions essayé de comprendre pourquoi et comment. En 2008, pas en 2012.

Toute cette explication des causes profondes est absente. Nous développions  à l'époque cette image : un énorme nuage orageux s'st accumulé au dessus de Paris. Il a explosé d'abord sur la tour Eiffel. Est-ce une crise de la Tour Eiffel ?  Non. L'important c'est le nuage. En l'occurrence le nuage de dettes qui s'était accumulé depuis 1971 par étape, l'endettement global passant de moins de 200% du PIB à près de 400 dans la majorité des grands pays industriels.

Parler de l'éclair qui a frappé la tour Eiffel, c'est-à-dire des subprimes et leur diffusion dans des véhicules financiers controuvés, n'est pas à proprement parler faux. C'est grossièrement insuffisant.  Et comme les banques en ont tiré les leçons, on n'a guère de suggestions à faire pour sortir de la crise.

En revanche, un professeur à Harvard  peut critiquer tout ce qui a été fait pour juguler la crise. Plans de relance et augmentation d'impôts ne permettent pas de sortir de la crise,  dit notre économiste. Il aurait mieux valu laisser Général Motors faire faillite. Les incitations marchent mais elles ont des effets pervers.  L'extension de la couverture chômage selon l'auteur se retourne contre les chômeurs qui restent beaucoup plus longtemps au chômage.  Bush est présenté comme un Obama, à l'opposé de Clinton et Reagan. Ce qui surprendra les lecteurs français. Ils ont l'un et l'autre multiplié les effectifs des administrations et lancé des plans grotesques. L'auteur cite notamment le plan Ethanol et la prime à la casse des voitures.  Le qualificatif employé pour ces actions est sévère, dans le propos lissé et conventionnel d'un professeur de Harvard : "débile".

En gros toutes les mesures de relance et  de protection sociale  se sont retournées contre leurs auteurs et leurs bénéficiaires.  

Dans cette ligne d'esprit il déclare que toutes les politiques de Quantitative Easing n'ont pas eu beaucoup d'impact. Le Trésor aurait pu intervenir sans que la FED ne le fasse.  De toute façon "les marchés financiers en savent plus que moi" et naturellement plus que les gouverneurs de la FED et le gouvernement.

L'auteur parle alors de la "crise des gouvernements".  La crise de l'Euro est vue comme une crise d'irresponsabilité budgétaire.  L'indiscipline est la source de la crise. Et il faut surtout éviter toute politique d'unification budgétaire car elle n'aura pour effet que d'attiser l'indiscipline.

Aux Etats-Unis la solution c'est de tailler dans Medicaid et Medicare. Et supprimer l'impôt sur les bénéfices des entreprises et l'impôt sur les successions. Mais il faut y instaurer une TVA.

L'auteur conclut que finalement il est pessimiste compte tenu que trop de politiques à effets pervers ont été menées mais que les marchés sont néanmoins optimistes. Wait and see.

Que tirer de cet article ? Pas grand-chose sur  le fond de la crise. A partir du moment où l'on considère que les marchés libres sont la seule solution et que la crise est due à un disfonctionnement bancaire limité et déjà corrigé, on ne peut conclure que dans une seule direction :  si la crise continue c'est la faute des Etats qui font l'inverse de ce qu'ils devraient.  N'aurait-on rien fait, nous serions déjà revenu dans le bonheur économique.

On est dans l'affirmation idéologique, pas dans l'économie d'observation.

Dressons un tableau de ce qui nous sépare de l'interprétation de Robert Barro :

Nous : la cause de la crise est le système monétaire international, ayant créé une double pyramide d'endettement, des déséquilibres massifs et explosifs, une complexité croissante  et une économie internationale casino.  Corolaire : les subprimes sont une allumette. Elle a mis le feu à une montagne de dettes qui ne pouvaient plus être remboursées. Solution primaire : changer le système monétaire international ; revenir à des garanties d'état sur la valeur des monnaies. Pronostic : mauvais car les causes n'étant pas comprises on ne prend pas les bonnes mesures.

Barro : crise d'exubérance des marchés notamment des subprimes qui s'est auto corrigée. Corolaire : pas d'intervention des Etats. Solution primaire : empêcher les banques centrales et les Etats de gâcher tout en créant de la monnaie de façon folle, en augmentant les impôts de façon folle, en solidarisant trop les budgets et les dettes. Laissons les mauvais faire faillite. Pronostic : mauvais car les Etats en font trop par les impôts et par les banques centrales.

Derrière ces différences fondamentales, nous nous rejoignons sur certains points :

- Les relances keynésiennes ne peuvent pas fonctionner en change flottant. Nous le savons depuis celle de Chirac en 74. Elles entraînent en fait des effets pervers qu'il faut immédiatement corriger à coup d'impôts et de plans de rigueur qui retardent la sortie de crise. On l'a vu en France dès 76, leçon répétée avec le Plan Juppé de 95 puis avec la folie fiscale en cours de Hollande.  Les crises se résorbent en partie toute seule et dans certains cas il est nécessaire de ne rien faire. Nous l'avions expliqué sur ce site au moment où de nombreuses voix s'élevaient pour relancer à tout va par le déficit public. On voit où on est.

- Il faut un amortisseur social en cas de crise mais il doit fonctionner ainsi : moins de ressources élevées mais pour un plus grand nombre de personnes.  L'histoire sociale récente en France a fait que le système d'indemnisation du chômage est extrêmement généreux, avec des rentes très élevées dans certains cas et fort longues. Le RSA qui a surtout servi à donner plus aux chômeurs de longue durée était totalement inopportun en pleine crise.  Il faut des allocations mais non pas basées sur l'idée qu'il faut prolonger les rémunérations habituelles pendant pratiquement deux ans, mais sur une idée forte de solidarité : on fait face à l'urgence en payant le nécessaire à ceux qui en ont besoin pendant leur période de chômage. Payer des allocations à vie et à tous ceux qui les demandent est ridicule. De même que payer des indemnités de 6.000 euros à des cadres qui de plus ont négociés leur départ avec leur employeurs et possèdent des biens par ailleurs est un véritable scandale.  L'indemnité chômage doit être un dispositif de sécurité pour les plus pauvres frappés momentanément par le chômage.  

- la solution de sortie de la crise de l'Euro par la mutualisation totale des ressources  avec une gestion centralisée et fédérale de transferts gigantesques est une folie.  

- On ne peut pas sortir d'une crise profonde en volant les "possédants". L'hyper fiscalité est un leurre. Sarkozy a commencé à aller en ce sens et Hollande a fait exploser le déconomètre. Ils n'ont fait que bloquer la reprise d'abord, l'interdire ensuite.

 - La discipline en matière de dépense des Etats est indispensable. La mise en place de programmes administratifs énormes et incontrôlables, ou la gestion par des normes intenables, sont également à proscrire.  Le plan Ethanol aux Etats Unis était stupide. Mais le plan européen pour les énergies renouvelable l'est tout autant. La meilleure preuve c'est que nous sommes obligés de revenir sur toutes les mesures prises (éoliennes, panneaux solaires, carburants agricoles  etc.).     

En revanche nous divergeons de façon forte et formelle sur d'autres points :

- Il était inévitable que les banques centrales tentent de juguler le "credit crunch" associé à l'évaporation d'une partie bien supérieure à la normale des créances bancaires. Sinon tout le système bancaire aurait explosé partout et les agents économiques auraient perdu instantanément toute leur épargne !  Ce mécanisme avait été à la base du drame de 1929.

- la crise de la zone Euro ne peut pas  être jugulée sans créer une instance de gestion de la zone euro (gestion de la monnaie, des changes, de la coordination budgétaire et sociale). Si on ne le fait pas, la zone explosera.  Profitons en pour dire que la solution de Noyer, Gouverneur de la Banque de France QUI CONSISTE SEULEMENT A RENFORCER DES NORMES, est injouable. Il ne reste plus qu'à subir des déflations provoquées qui sont terribles pour tout le monde.

Au total l'article choisi par la revue Commentaire est de peu d'intérêt car il ne va pas au fond des choses. L'a priori qui consiste toujours à chercher la vérité aux Etats-Unis est ridicule. Les économistes de Harvard ne sont en rien des lumières qui éclairent le monde.  Je suggère un peu de nationalisme sur ce sujet. La France a des choses à dire au monde et n'a pas constamment à se rouler aux pieds des Etats Unis.  Bien sûr ce qui a séduit c'est l'orientation libérale de l'auteur qui tranche avec le dirigisme inouï que l'on subit en France et les mille voix qui le supportent pur avoir leur place au soleil médiatique. 

Nous ne pouvons nous empêcher de penser qu'il  y a des questions plus graves à soulever et des solutions plus positives à faire valoir que celles évoquées dans l'article de ce Monsieur Barro. La crise doit être mieux comprise pour que des politiques meilleures soient conduites.  C'est à cela que la revue Commentaire devrait s'attaquer.

Conseil d'ami bien sûr.

PS : le texte mis au concours du jeu "de qui est-ce" page 1026 est de Furet.

 

Didier Dufau, pour le Cercle des économistes E-toile.  

Laurent Mauduit et les "économistes imposteurs"

Dans son dernier ouvrage Laurent Mauduit, journaliste de gauche et longtemps au Monde, analyse l'activité de certains des "experts" de l'économie que le monde de la presse écrite, radiophonique et télévisée invite prioritairement depuis des années. Ils ont tous en commun de n'avoir pas vu venir la crise et même pour plusieurs d'entre eux de l'avoir niée, quitte à se rattraper ultérieurement par des prévisions apocalyptiques.

La thèse du livre est assez simple : si ces faux gourous se sont trompés c'est d'abord parce qu'il s'agit d'affairistes, parfois même condamnés en justice pour divers délits, qui vivent le nez dans leurs intrigues de cour, un pied dans la charité, un autre dans l'expertise, la main droite dans l'argent et la main gauche dans la politique.

Ces expert sont d'abord et avant tout des stipendiés du "système" , et notamment des banques, et à ce titre ils ont d'abord une fonction de défense et illustration du système qui les nourrit et même, pour certains, qui les gavent.

L'auteur n'a pas besoin de forcer son talent pour développer sa démonstration avec Alain Minc et Jacques Attali.  Il n'a pas de mal à prouver qu'ils se sont constamment trompés et que leur affairisme a été le moteur essentiel de leurs commentaires. De toutes façon ce ne sont pas des économistes, au mieux des essayistes, plus surement des affairistes.  Ils représentent, pour Mauduit,  la fameuse "pensée unique", née de Thatcher et Reagan. Leur coloration de gauche est d'une pigmentation faible et dans la réalité ce sont, pour l'auteur les pires "néo-libéraux" qu'on puisse trouver, néo libéral étant vu non pas comme le représentant d'un courant de pensée estimable mais comme une injure.  

De Boissieu et Lorenzi, eux, sont  des économistes  professionnels. Mais ils sont devenus des économistes officiels, prêts, pour les honneurs et pour l'argent, à servir tous les maîtres qu'on voudra . Pour l'auteur Lorenzi est doublement coupable : non seulement il a sombré dans le néolibéralisme mais il fait semblant d'être de gauche avec une redoutable duplicité, travaillant au grand jour pour Hollande et en secret pour Sarkozy (ce qui a pour notre auteur tout d'une horreur apocalyptique qui exigerait qu'on se pince le nez).  Laurent Mauduit prend un malin plaisir à faire l'inventaire des "ménages" que ces deux compères multiplient  avec les grasses rémunérations qui vont avec, et en parallèle, des bêtises qu'ils ont pu dire inlassablement.  La cupidité aveugle. L'aveuglement est la marque d'une imposture scientifique. Ces deux là sont pour Mauduit des nuls qui ont profité de leur position officielle non pas pour éclairer les gouvernements et l'opinion  mais pour cautionner l'inadmissible.

Le jeu de massacre continue avec une grande partie des économistes autoproclamés ou universitaires qui accableraient les médias de leurs absences  de compétences réelles symbolisées d'abord par leur incompréhension totale des événements qui vont conduire à la crise actuelle et ensuite par leur dépendance du système financier et leurs courbettes au néolibéralisme ambiant.

Laurent Mauduit avertit que les lois Pécresse conduisent à un financement de plus en plus intime de la recherche économique par la finance qui de ce fait perdra définitivement toute pertinence, toute indépendance et même toute honnêteté scientifique.

Que tirer d'un tel livre ?

D'abord un sentiment de malaise, car fouiller ainsi l'activité des gens avec un souci accusatoire constant donne une impression de voyeurisme malsain. 

Que les Minc et les Attali gagnent beaucoup d'argent, qu'elle importance ?  Ce sont des Bellemare de l'économie, qui cumulent le "vue à la télé" et un entregent médiatico-politique dont l'aloi est certes  peu reluisant mais qui n'ont que l'importance que l'on veut bien leur accorder. Pour notre part nous ne leur avons en avons jamais accorder beaucoup.

De même c'est  faire un procès bien pauvre à un de Boissieu que d'avoir fait des "ménages"  répétés  auprès des gestionnaires de fortune. Pour avoir assisté à certaines de ses interventions, il n'y a pas de quoi crier au charron. Les boursicoteurs adorent croire ou faire croire que leur action se situe dans le cadre d'une connaissance économique sérieuse. Alors on paie des paravents choisis sur titres officiels ronflants pour dire des niaiseries. Et ils les disent très bien.  En général ils se contentent de commenter les dernières nouvelles  qui s'étalent dans la presse en faisant semblant d'être dans le secret des Dieux, mais "Chut je n'ai rien le droit de vous dire", mais pensez bien que j'éclaire de mes lumières les gestionnaires de votre argent.

Ce genre de comédie n'a strictement aucune importance. La qualité du cocktail est autrement  critique pour la satisfaction des invités. Depuis Hollande on remplace  ce genre d'économistes par des fiscalistes.  Nécessité fait loi.

Plus grave est le constat que la presse et les gouvernements font appel à ces conseillers là, dont l'incompétence économique est flagrante, au moins si onla juge sur la manière navrante dont ils ont analysé la situation économique depuis une quinzaine d'années (et parfois plus).

Ils n'ont effectivement rien vu venir. Ils se sont trompés lourdement et constamment. Ils sont aujourd'hui encore des sources largement stériles.  Nous avons sur ce blog pris à partie certains de leurs écrits au jour le jour pour démontrer à quel point il s'agissait de postures et non d'analyses économiques sérieuses. Les attitudes sont importantes en économie et l'aveuglement quand il est aussi général et aussi diffusé est un fait économique majeur.

Notre différence avec Laurent Mauduit est qu'il considère que leur erreur provient de leur inféodation plus ou moins larvée à un système qualifié de "néolibéral", dicté par leur affairisme et leur cupidité  et que la vérité ne peut venir que de prises de conscience socialistes.  Nous n'avons pas d'a priori idéologique de ce type. Nous pensons même que beaucoup de dispositifs mis en place par les socialistes ont eu des effets néfastes et sont condamnables. Les différents économistes pétitionnaires" de gauche", Gracques, atterrés , comités et collectifs divers, sont dans un jeu de rôle politique. Pas dans l'analyse économique utile.   

Si ces économistes étaient riches, beaux, pleins d'entregent, baignés par la réussite et même socialistes,  et qu'ils observaient bien la réalité économique et en faisaient une analyse juste, nous serions très contents même s'il est probable que Laurent Mauduit se pincerait le nez.

Le vrai problème est qu'ils se trompent plus qu'ils ne nous trompent. Les journalistes, et c'était le cas de Mauduit comme de tous les autres journalistes, font appel à ceux des intervenants qui présentent des "références" de sérieux : publications, références universitaires, postes officiels etc.  Si globalement la discipline économique est malade, l'expression médiatique des économistes est douteuse, même sans théorie du complot "néolibéral".

Lorsque Maurice Allais a fait une critique extrêmement juste du système,  le Monde de Mauduit a refusé de l'entendre même si les colonnes du journal lui ont été ouvertes.  L'article du Monde qui ironisait sur les conclusions de notre seul "prix Nobel",  est dans toutes les mémoires. Maurice Allais disait : "ce qui doit arriver arrive". Le Monde se moquait: "Nous voilà prévenu". Il est vrai que Jospin était au gouvernement et qu'il était inimaginable qu'on critiqua sa gestion dans les colonnes du Monde.

Une des difficultés françaises est  dans  l'énormité de la contradiction entre une classe politico médiatique où le socialisme dogmatique est incroyablement pesant (nous sommes quasiment le dernier pays où les intellectuels socialistes ont un tel poids et où les vaches sacrés du socialisme le pire sont encore choyées) dans les partis de gauche et de droite de gouvernement,  et une pratique européenne et mondiale de l'économie fondée sur le n'importe quoi général, l'absence de vraie coopération et les relations de force.

Il n'y a plus guère de sciences économiques dans un monde où les puissances ont décidé d'une foire d'empoigne générale, sans Dieu ni Maître et encore moins de rationalité économique.

Les économistes officiels ne peuvent avoir de postes et d'honneurs  que s'ils acceptent cette situation d'irrationalité. Ils deviennent au mieux des commentateurs d'une pièce dont le théâtre, l'auteur et les acteurs leur échappent. Ils prospèrent presqu'automatiquement comme la moisissure sur la confiture.

S'il fallait qu'ils observent et qu'ils analysent, ils mettraient aussitôt des bâtons dans les roues de ceux à qui ils doivent plaire.  Insurmontable !

Il faut un courage fou aujourd'hui pour remettre en cause les changes flottants et le système monétaire international, en plus de quelques connaissances techniques.  On a vu ce qu'il est advenu de Maurice Allais.  Il faudrait un talent phénoménal pour vaincre le conformisme intéressé d'une presse qui est entièrement entre les mains des banquiers et d'une classe administrativo-financière oligarchique.

De ce point de vue, Laurent Mauduit voit juste : comme nous le disons depuis des lustres l'information économique est entre dix mains,  pas plus,  en France. Et ces mains ne sont pas libres. Il montre très bien comment sont sélectionnées les nouvelles têtes qui montent dans les médias.  On ne passe pas dans les médias parce qu'on a raison ou des raisons mais parce que les réseaux le permettent ou non.  La connivence est en effet de règle.  C'est l'inconvénient d'un pays devenu petit et sans importance mondiale stratégique.  Les grands débats ont lieu aux Etats-Unis. Et encore, dans la mesure où on ne remet pas en cause le rôle du dollar roi.

La solution de Mauduit,  soutenir d'abord les thèses socialistes, n'en est pas une. Le vrai débat n'est pas entre socialisme et un néo-libéralisme plus ou moins fantasmé. Nous l'avions dit à Sorman. Nous le répétons à Mauduit, sur l'autre rive. L'important est de discerner la nature des réalités du monde et leur dynamique pour évaluer les institutions et les législations.

La crise mondiale actuelle est entièrement compréhensible  par une analyse économique non idéologique même si elle incorpore l'analyse de certains phénomènes indus de domination.  La grande question est de comprendre pourquoi cette analyse n'est pas faite par les institutions économiques qui devraient  être en pointe sur ces sujets : le FMI, l'INSEE, les instances économiques créées par le gouvernement.

L'explication par la cupidité et la connivence financière n'est pas entièrement fausse mais elle est un peu courte.  Celle par l'ignorance et la prévalence d'ambitions prudentes  l'est moins. La crise actuelle est intellectuelle et géo-politique.

Que l'on garde toujours à l'esprit les trois causes principales de nos malheurs :

1 - Le système de monnaies administratives flottantes, sous la domination du dollar roi est la source principale de la crise, causée par une montée mondiale de l'endettement global à des niveaux insoutenables.  Les faits sont impossibles à nier. La séquence explicative est totale et parfaite.  Si elle n'est pas faite en France c'est simplement parce que les gouvernements se sentent impuissants devant cette réalité et ne veulent pas que cette impuissance se voient. Et ils ne souhaitent pas avoir affaire à des économistes qui les mettent constamment devant leur propre impuissance.  Alors ils s'entourent de zombies qui feront de la chaleur mais peu de lumière. On peut appeler cela des économistes ou des clowns comme on voudra. Mais le cœur du réacteur, ici, est l'impuissance.

2 - La zone Euro est une erreur de construction majeure. Mais aucun politique ne veut  prendre la tête d'une croisade pour créer les conditions d'une zone monétaire unique orientée vers le plein emploi compte tenu de l'ampleur gigantesque des modifications à mettre en place.  Le poids de la France est devenu si faible que de toute façon les chances d'une telle politique serait faible. Ce qui n'empêche pas de l'exposer et de la défendre.

3. La France s'est perdue dans un système oligarchique ridicule dominé par une idéologie de la dépense publique et de l'hyper fiscalisation totalement aberrante. Elle a perdu en quarante ans de singerie énarchique compassionnelle, sa version propre du socialisme étatiste, plus de 7 millions d'emplois salariés et se retrouvent à brader ses trésors à l'étranger et à ruiner ses élites parce qu'il faut financer coûte que coûte un secteur public démesuré et unique au monde dans sa démesure, et une dépense publique qui dépasse la production de son secteur marchand !  Sur ce thème, Laurent Mauduit est naturellement  totalement muet !

Le seul conseil que l'on puisse  donner aux journalistes et aux organes de presse  qui ne sont pas totalement inféodés à des groupuscules et à des petites mafias affairistes conniventes, c'est de donner la parole à ceux des observateurs qui attaquent bille en tête ces trois aspects de la réalité économique.

Il faut admettre qu'ils vont avoir du mal à en trouver d'officiels. F. Hollande a remodelé son CAE en s'appuyant moins sur les petits maître controversés que dénonce Mauduit  et plus sur les universitaires.  Malheureusement aucune des personnes choisies n'a prévu la crise et n'a poursuivi d'études dans aucun des domaines cités. La nullité universitaire française en matière d'économie vient de trop loin et est bien trop ancrée pour qu'il puisse en être autrement.

La seule solution intéressante aurait été pour le Président, de revenir aux pratiques des siècles précédents : organiser des compétitions et donner des prix aux meilleures réponses aux questions fondamentales du moment.  

Cela vaudrait effectivement mieux que de donner le prix du meilleur économiste à…Michel Pébereau.  Sur ce point M. Mauduit a parfaitement raison.

Au total un livre à lire mais  avec des pincettes  pour avoir un petit aperçu du dessous des cartes, quand il n'a pas été trop fardé par l'auteur. Tout en gardant à l'esprit que la pure dénonciation peut permettre de se faire un peu d'argent mais qu'elle n'éclaire pas beaucoup.  Mieux vaut dire ce qui est faux ou contestable dans les écrits des uns et des autres, tout en proposant des solutions, que de faire des procès en intéressement sordide.  On lira la réponse de certains intéressés  à l'adresse :  http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20120401.OBS5185/les-economistes-sont-ils-des-imposteurs.html.

L'observation de JH  Lorenzi n'est pas totalement fausse quand il dit ne voir dans le livre de Mauduit qu' : "Attaques et amalgames haineux, produits de la répulsion quasi physique de ce journaliste pour tout économiste modéré".

Il faut bien admettre que les attaques ad hominem dont Mauduit se fait le continuateur proviennent à l'origine d'Attac, un repaire  de spécialistes du genre,  éduqués dans la grande tradition du stalinisme le plus pur.

Comme disait Willy Münzenberg, le grand génie et précurseur de la propagande politique moderne, le plus facile pour gagner dans un débat c'est de décrédibiliser l'adversaire. Même pas besoin d'idées.

On peut préférer les idées.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Les craques des "Gracques"

Les craques des Gracques

 

Une grande tradition de l'Administration française veut que, dans les plus ou moins  hauts rangs de sa hiérarchie, des demi-penseurs engagés à gauche mais qui sont tenus à l'obligation de réserve, s'expriment derrière des masques pour dire le vrai, le grand, le beau, le bien. 

Ces hauts fonctionnaires sont "naturellement  de gauche", car le choix de l'intérêt général ne peut que les guider et seule la gauche pense en terme d'intérêt général, c'est bien connu. Mais ils sont d'une gauche "intelligente", "moderne",  "résolument tournée vers l'avenir".

Rien, à voir avec la gauche dépoitraillée et légèrement odoriférante des syndicats et des prolos, toujours prompte à des formes de populisme inadmissibles et désobligeantes pour le pays. 

Rien à voir non plus avec les députés socialistes, qui sont soit des ignares arrivés là par le jeu du militantisme le plus plan-plan et des courants les plus sectaires, soit des tenanciers de fiefs bien décidés à le rester quitte à se transformer en démagogues à tout crin.  

Même un Président de la République énarque de gauche   ne peut être totalement immunisé contre les servitudes électorales et pourrait bien se laisser glisser dans la pure démagogie.

Heureusement, au dessus des partis, au dessus des servitudes électorales, au dessus des ambitions médiocres de la bourgeoisie d'argent, les gardiens de la vraie volonté générale nationale veillent : les Gracques.

Depuis le Club Jean Moulin, c'est une forme de tradition  que des tenants de la gauche sublimée par les grands concours administratifs se réunissent en cénacle pour donner les leçons les plus élevées au monde et au Monde, voire au Point.

Cette gauche est toujours à la recherche de son numéro dans l'échelle des gauches : deuxième, troisième, quatrième gauche ? On ne sait plus trop.  Depuis la déception Rocard, la deuxième gauche est un  peu passée de mode.  Il paraitrait selon les Gracques que le "destin historique de François Hollande" soit celui de "fédérateur entre première et deuxième gauche" et que la vocation des Gracques soit de l'aider sur ce chemin escarpé.  Comment doit-on appeler cette gauche : la gauche une et demi ?

On a les ambitions historiques qu'on peut.

D'autres diraient que Hollande doit faire passer le PS du socialisme à la sociale démocratie, mais ce dernier vocable est tellement décrié qu'on n'ose pas prononcer un vocable  si sale.  Pas un jour à la télévision sans qu'un des innombrables histrions de la gauche médiatique ne vienne nous asséner que "ce n'est pas le moment de parler de social-démocratie juste au moment où elle vient d'échouer". Bad Godesberg, c'est vieux et c'est loin.

Va donc pour la gauche synthétique et demi.

Ceux qui seraient intéressés par les productions du Club Jean Moulin seront très surpris : ce sont des livres illisibles aujourd'hui et même des livres qui font rire. "Pour une réforme de l'entreprise" de Bloch-Lainé est  un bouquin aujourd'hui totalement désopilant.

Les Gracques sont ils plus sérieux ?

- Ils reconnaissent que les premiers six mois de Hollande ont été calamiteux et qu'heureusement il y a eu le tournant de la conférence de presse sur le renforcement de la compétitivité française.  Dommage qu'ils se soient tus pendant six mois.  Mais accordons le point.

- Ils signalent que "le pays pâtit toujours du laxisme passé, de l'excessive  fiscalité des entreprises et du surendettement". Cela fait 40 ans que cela dure.  Qui a promu la TVA sociale  ces dernières années chez les Gracques ?  Qui a tenté de réduire l'effarante croissance des dépenses de personnel dans les différents administrations locales ? Le constat est aujourd'hui d'une banalité écrasante.  Le débat n'est plus là.

-"La gauche a été élue pour apaiser le corps social, redonner espoir à la jeunesse, favoriser l'initiative et ouvrir des espaces de liberté".

Elle a pris des mesures de pure démagogie contre les "riches" que le Président a déclaré "ne pas aimer".  Elle a annoncé qu'elle avait des ennemis et qu'ils feraient bien de se tenir à carreau. Qu'il s'agisse de "la finance" ou de Lackmi Mittal.  

Les jeunes dynamiques et diplômés   n'ont plus aucune confiance dans leur avenir en France et cherchent ailleurs, suivant le chemin pris par les sans grades universitaires qui sont partis déjà depuis un moment chercher fortune ailleurs.

On ne voit pas les nouveaux "espaces de liberté" alors qu'à la justice a été nommée Mme Taubira dont tous les textes connus réduisent la liberté de parole.

Quant à l'apaisement du corps social, interdit de rire , mais tout de même.

-"Redisons le : la plus grande des inégalités est de ne pas avoir d'emploi".

Méritoire cette affirmation de la part de gens qui ont la sécurité absolue de l'emploi et la font payer très cher au populo.

 - "Ils nous faut redevenir compétitifs"

Eh oui. Mais est-ce en taxant à mort les revenus du capital qu'on favorise les investissements ? Est-ce en prenant 100% de leur revenu aux 30.000 familles qui ont contribué aux succès économiques de la France  qu'on le fera ?  Les Gracques disent : " ce sont des mesures de justice fiscale permettant de relégitimer l'action publique".  Le vol serait légitime ?  De qui se moquent  les Gracques ?

Tout le monde sait que les Inspecteurs des Finances, comme corps,  et les dirigeants de la DGI, dans leur haute sagesse, ont décidés de payer la dette qu'une Administration pléthorique a contribué à creuser inlassablement depuis des lustres,  en obligeants les familles aisées à vendre leurs biens et à vivre sur leur épargne, elle-même hyper taxée, après leur avoir saisi l'essentiel du revenu du travail.

Le but : éviter toute remise en cause de leurs rémunérations, de leur pouvoirs, de leurs équipes et du quasi monopole qu'ils ont acquis non seulement sur l'Administration mais aussi sur toutes les institution de l'Etat y compris les Assemblées et les différents exécutifs.

Rappelons qu'il n'y a au gouvernement actuel que des fonctionnaires ou équivalents, comme à l'époque Jospin Aubry,  que les question économiques se règlent entre Eckert, prof de maths du secondaire et Ayrault prof d'allemand du secondaire.

Les Gracques qui vivent dans les palais nationaux veulent le beurre et l'argent du beurre. Avoir tous les pouvoirs, taxer à mort les réussites et perdurer dans l'être.

Ils savent malgré tout qu'il ne pourront vivre en parasite durablement que si la bête ne meurt pas.

Il leur faut conserver vivante l'économie privée qui les nourrit.  

Rappelons que la dépense publique, où la part qui revient à l'Administration elle-même est une des plus fortes du monde, est supérieure à la valeur ajoutée par  les entreprises du secteur marchand. Oui supérieure, la première étant largement supérieure à 1000 milliards et la seconde légèrement inférieure.

On ne peut pas être compétitif sans confiance, sans profits, sans investissements, sans risque donc sans récompense. C'est une triangulation impossible.

Du coup ils sont obligés de s'opposer verbalement à bien des débordements du gouvernement.

- Il n'a pas tenu le langage qu'il fallait aux entrepreneurs . OK ! Mais  S'il n'y a que des "patrons voyous"  ou des patrons étrangers indésirables en France quel dialogue est possible ?

- Il a fait le crédit d'impôt, mais ce n'est pas assez. Il ne faut pas de conditions. Ok ! Mais les conditions absurdes viennent d'être votées !

- Des simplifications administratives massives sont nécessaires. OK. Mais la RGPP a été abandonnée et elle était tout sauf massive. Ce n'est pas des simplifications qu'il faut mais des suppressions pures et simples. Sur les 1600 mécanismes d'intervention qui se chevauchent et s'emmêlent, il faut probablement en supprimer 1000.    Que les Gracques disent lesquels et comment. ils deviendront audibles.

- "L'effort vers les sociétés innovantes. Ok ! Mais la manière dont on traite les starts-up  (malgré les Pigeons)  et ceux qui ont réussi, rend cet espoir totalement vain.

- "L'inertie des Administrations" serait la cause du dévoiement du budget.  Ok. On fait quoi ?

- "La négociation autour de Michel Sapin est fondatrice" dans le domaine de l'emploi. Tout a été gelé dans ce domaine d'une part par les lois Auroux en 81 ensuite par tout le fatras de textes bloquants de Jospin.  Il ne faut pas employer le mot de flexibilité "chiffon rouge pour les syndicats" selon M. Sapin lui-même. La" judiciarisation" abusive des licenciements est un des problèmes récurrents : pas touche.   On aimerait que les Gracques nous disent concrètement qu'elles sont les mesures qu'ils attendent au lieu de dire qu'ils sont simplement pleins d'espoir.

- "Le changement dont le président est porteur n'est pas seulement celui qui résulte de la victoire sur la droite. Il est aussi celui de la réinvention de la gauche". Tout cela est du bla bla. Il n'y a pas trente six évolutions possibles. Ou la gauche parvient à expulser le socialisme agressif de sa doctrine et de son langage et se convertit à un social-libéralisme rigoureux et intelligent, ou elle reste sous dépendance du socialisme spoliateur. C'est le seul vrai débat. Et ce que vient de faire Hollande pendant six mois est exactement l'inverse.

La gauche non communiste  s'est réinventée mille fois depuis 1944. Anti communiste jusqu'en 1964. Puis on a eu le programme commun. Puis on a vu la gauche passer à l'austérité, à l'Europe financière et libérale. Puis la gauche asphyxiante des "cadeaux  au peuple" a pris le pouvoir avec Jospin Aubry. Nous en sommes à la gauche hollandaise du massacre fiscal et du n'importe quoi sociétal.

Croire que le problème français est  de  changer l'idéologie des énarques socialistes est une sottise. Il faut surtout les écarter définitivement du pouvoir.  

On sait que le problème français  est la résultante de ce triple désastre  :

- Une organisation des échanges mondiaux basée sur les changes flottants et la compétition frontale des systèmes sociaux a provoqué une crise majeure et longue. Pas un mot chez les Gracques.

- Une Europe qui ne fonctionne plus en accord avec les peuples et qui, loin des votes, fait ce qu'elle veut dans l'indifférence générale aux réactions des victimes , avec en prime une zone Euro mal organisée qui implique  une gestion de crise uniquement par la déflation. Pas un mot chez les Gracques, sinon pour crier comme un cabri "vive l'Europe" "Encore plus d'Europe".  

- une Administration française dévorante qui mange l'économie nationale et l'étiole. Critiquer simplement " l'inertie" des administrations ne suffit pas. Il faut aujourd'hui une chirurgie dont les Gracques n'ont ni la volonté ni même l'idée.

Au total les Gracques sont une imposture. D'accord une petite imposture. Une imposture sans grande importance ni théorique ni pratique. Une mignonette imposturette.

On commencera à sortir la France de son marasme quand les Gracques seront au travail dans leur Ministère pour augmenter massivement et fébrilement  la productivité des services et ficheront la paix au secteur marchand.  Prendre la pose en tant qu'arbitre des deux gauches socialistes est la preuve que tout reste à faire pour leur mettre la tête dans le guidon et leur botter les fesses avec toute l'intensité nécessaire pour qu'ils pédalent un peu, beaucoup, passionément.

Le blog du cercle des économistes e-toile

Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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