UMP : une tension normale

Comment s'étonner des tensions extrêmes qui se manifestent à l'UMP ? En lançant une bataille de personnes avant une remise à plat des idées et doctrines du parti, il était évident qu'on assisterait à un conflit de postures. Alors qu'une certaine remise en cause des politiques suivies depuis quatre ans était nécessaire, elle n'a pu avoir lieu, l'un des candidats en ayant été l'exécuteur principal et l'autre se réclamant à corps et à cri de son amour du président sortant mais  battu, N. Sarkozy.

L'un a joué la pugnacité de l'opposant, l'autre la sagesse du recours.

Mais un opposant pour quelle alternative ? Mais un recours pour quand ? Cinq ans c'est long.

Il eût mieux valu commencer par faire l'aggiornamento de ce que pourrait être une alternative de droite républicaine à la sociale-démocratie-qui-n'est-pas-une-sociale-démocratie-mais-un-socialisme-intransigeant-mais-tout-de-même  de Hollande. Etant entendu que le gouvernement lui  est obligé à un aggiornamento  qui, volens nolens, ne fait que commencer.

Face à  la pédagogie par l'épreuve des faits qui va conduire la gauche républicaine, aurait du s'épanouir une réflexion à la fois critique et positive de la droite républicaine.

Sur quels thèmes ?

La droite républicaine a commis un certain nombre de pêchés capitaux. Sept comme il se doit.

- elle  n'a pas pris soin de moderniser la République, qui tourne à l'oligarchie, clientéliste et démagogique.

- Elle n'a pas pris soin de consolider la liberté d'expression, qui se judiciarise, donc se réduit, à toute vitesse

- Elle n'a pas cru devoir donner une explication convaincante de la crise globale , qui se poursuit et s'aggrave  sans remède annoncé

- Elle n'a offert aucune véritable perspective vis à vis de l'Union Européenne, qui est en crise et en phase de rejet populaire, en dépit de son activisme pour le Traité de Lisbonne.

- Elle n'a offert aucune véritable solution institutionnelle pour éviter une aggravation de la crise de l'Euro

- Elle n'a pas su juguler la dérive française vers une fiscalisation excessive et une dépossession des Français sur fond de dépenses publiques non contrôlées

- Elle n'a pas su marquer sa distinction ou sa rupture avec le  mélange d'énarchie compassionnelle et de travaillisme à la française qui est avec la prolongation du Ni-Ni, la marque de sa reddition intellectuelle et morale à son opposant  socialiste.

A ces sept pêchés capitaux correspondent sept piliers de la sagesse nationale à construire pour s'opposer à la dépression générale à laquelle nous convient malheureusement François Hollande, le PS et ses alliés, qui n'ont, sur ces sujets graves aucunes propositions convaincantes, du moins pour le moment. 

L'ennui, c'est que désormais on ne voit pas comment mettre réellement les partis de droite et de centre au travail sur des questions fondamentales qui exigent des critiques qui doivent être exprimées certes de façon modérée dans la forme mais qui conduiront nécessairement à des ruptures fortes.

Les futures élections risquent alors d'être du niveau des récentes présidentielles : moralement pitoyable, économiquement à côté de la plaque et politiquement sans orientation nationale, européenne et mondiale claire. 

Le voyage au bout de la nuit

Ainsi, nous avons un cap.

La France en 2013 vivra une "Annus Horribilis" avec  une hausse du chômage, massive, une hausse des impôts, massive, dans toutes ses composantes, IR, CSG, TVA etc.

Tous les Français souffriront. La France s'étiolera.

Pourquoi ? Pour qui ?   

L'espoir est parti.

Nous souffrons de trois maladies :

- un système monétaire international absurde : pas un mot.

- une gestion de l'Europe et de l'Euroland absurde : pas un mot.

- une surfiscalisation absurde dans un pays alourdi par le non travail et un secteur public démesuré : aggravée.

Notre nouveau  Captain Cap', tout à sa com',  a mis le cap sur le Cap de Mauvaise Espérance.

Il avait l'air content. De plus en plus content au fur et à mesure qu'il s'enivrait  de sa propre parole, de la jouissance d'être là, au point qu'il s'est fait rigolard sur la fin. Il était bien le seul à rire.

Les socialistes se déclarent ravis  du "courage" qu'ils montrent à faire ce qu'ils avaient dit qu'ils ne feraient pas. Il fallait comprendre que leur cap était subliminal puisqu'il n'y a pas de tournant ni de virage. Simplement le cap est passé de la nuit à la lumière.

La droite est heureuse car c'est "Sarkozy qui avait raison". Elle est tout juste  un peu triste que l'on fasse du Sarkozy sans Sarkozy en un peu moins bien. Encore un effort M'sieur le Président !

Quelle folie !



Cotisations sociales : charges ou salaires ?

Le rapport Gallois, dont l'auteur parait être de facto  le vrai  Premier Ministre, voire le Vice-président, préconise une baisse "du coût du travail" afin de restaurer la compétitivité française. En langage clair l'idée est de baisser les charges qui pèsent sur le travail.

Les Communistes et les adeptes du Front de Gauche  ainsi qu'une partie des socialistes crient à l'imposture. Il ne s'agirait pas de charges "mais de salaires".

Le Président Hollande aurait donc réussi à imposer aux socialistes une baisse des salaires !

Quand une question sémantique devient politique, elle peut avoir des conséquences économiques.

N'hésitons pas à entrer dans la querelle !

Il est parfaitement exact qu'on pourrait d'un tour de main décréter que désormais les charges patronales et salariales s'appellent Salaire différé.  Cela peut être décidé en une seconde en Conseil des Ministres.

Conséquences économiques ? Nulles. Un changement de mots n'a pas d'effet économique direct.

Serait-ce légitime ?

La question est de savoir si  les prestations peuvent être individualisées pour le travailleur qui, du coup en serait, le principal bénéficiaire. Cela pourrait être  vrai pour plusieurs sortes de cotisations :

- les cotisations retraites

- les cotisations chômages qui sont une assurance

- les cotisations maladie qui sont une assurance.

C'est moins vrais pour toute une série de prélèvements comme ceux relatifs aux allocations familiales.

Les trois prélèvements cités représentent entre 80 et 100% du salaire net. Ils forment le fameux "double du salarié français". On paie à chaque fois qu'on emploie un quidam son salaire net et son double pas net.

On pourrait parfaitement décider que le salaire net est le salaire immédiat et le reste un salaire différé.

Pour être cohérent il faudrait  dès lors considérer que le salaire global moyen n'est plus de 2.000 Euros par mois mais de 4.000. Pour être plus juste encore il faudrait ajouter le revenu collectivisé correspondant aux différentes gratuités accordées. Le revenu brut moyen effectif passerait alors à 6.000 Euros par mois.  

Il est d'ailleurs regrettable que l'INSEE ne calcule pas ce montant de façon officielle. Cela améliorerait les discussions.

Le salarié serait amené à se poser la question :  est-il légitime que les deux tiers de mon revenu global soient gérés par des tiers et non par moi ?  Il s'agit en effet d'une totale dépossession. Certes il en profitera peut être. Mais il sait que, sur ces sommes énormes qui lui sont prélevées de force, l'essentiel ne lui reviendra pas. 

Pour ne donner que quelques exemples archi-connus :  les régimes spéciaux,  les agriculteurs et les intermittents du spectacle détournent des montants exorbitants qui devraient lui revenir.  La solidarité a bon dos.

Ces définitions font prendre conscience de la séduction du travail au noir : on économise la moitié du salaire global pour l'employeur  en sachant que de toute façon le travailleur gagnera la même somme et que la solidarité fonctionnera via les minima sociaux et les différents dispositifs d'aide.  

Elles ont également l'avantage de prouver que le partage entre "salaires" ainsi définis et revenus du capital n'a pas pratiquement évolué ces cinquante dernières années, alors qu'une distorsion apparait lors qu'on prend le net disponible.

Il est vrai que le smicard serait assez étonné d'apprendre, qu'en son nom, on a versé l'équivalent de 72.000 Euros de salaires  indirects et de gratuités alors qu'il a à peine vu la couleur du tiers.

Ce débat  est évidemment faussé, parce qu'en fait personne ne parle de diminuer la rémunération globale (gratuités, salaire net, salaires indirects ou différés) mais d'en transférer la charge d'un agent économique à un autre.  L'entreprise ne veut plus payer tout le salaire indirect sous forme de compléments du salaire mais sous forme de TVA.  C'est une simple transfert du bénéficiaire du chèque.    

Elle y voit l'avantage d'être libérée de ce poids lorsqu'elle exporte.  Pour les entreprises qui n'exportent pas, le dispositif n'a strictement aucun intérêt. L'augmentation prévue  de près de 50% de la TVA  sur la restauration la santé  et les entreprises du bâtiment, qui n'exportent pas, est de ce point de vue là totalement loufoque !

La question de fond est de réduire les primes d'assurances versées au titre de la maladie et  du chômage.

Ces primes sont délirantes. Naturellement personne n'a envisagé la moindre baisse. Bien au contraire.

L'autre question est d'obtenir un meilleur rendement des cotisations retraites.

Dans les deux cas, les prélèvements sont gérées collectivement loin des yeux des cotisants forcés.. Une bonne solution serait qu'ils puissent avoir leur mot à dire sur la question, en individualisant mieux la gestion.  Ne suggérez pas cela, vous seriez un vilain canard noir poussant à la "privatisation de la sécurité sociale" !

Un des inconvénients du transfert sur la TVA du salaire indirect est d'en désindividualiser un peu plus la gestion et d'ouvrir la porte à de nouveaux abus.

Quelque soit les vocables employés, on parle pour ne rien dire !

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes E-toile.

La Chine et l'or

L'attitude des autorités chinoises vis-à-vis de l'or est une des clés de l'avenir du système monétaire international.

Le premier stade de la stratégie chinoise a été la capture de l'économie mondiale par une politique de monnaie alignée sur le dollar à un niveau très bas. L'entrée dans l'OMC lui a permis l'accès aux marchés occidentaux sans trop de contreparties ni  sans grandes obligations. La Chine n'est pas un état de droit et permet de ne pas respecter les règles usuelles de propriété industrielle. Elle protège efficacement son pré carré en privilégiant ses sociétés nationales et en forçant les entreprises étrangères à prendre des associés locaux qui n'hésitent pas à voler à l'occasion leurs partenaires.

Les excédents étaient replacés majoritairement en bons du trésor américain où il dopaient les prêts qui permettaient d'acheter en Chine. Cette spirale a provoqué l'émergence de déséquilibres mondiaux intenables. On lui doit la croissance globale de l'empilement de dettes de plus en plus fragiles et l'effondrement du système.

La Chine se retrouve avec une masse de dollars dont elle craint une perte de valeur verticale. Elle est soumise à la pression des Etats-Unis pour faire monter le cours de la monnaie chinoise à un niveau qui évite les excédents trop massifs.  Comme tous les créanciers elles craint la carence de son débiteur. Elle suit donc une politique de louvoiement, espérant pouvoir se décrocher un jour du dollar, mais le soutenant pour éviter les pertes radicales.  Elle cède,  tout en ne cédant en fait rien sur le cours de sa monnaie qui s'est à peine appréciée en 10 ans.

Comme le commerce international est stagnant, la stratégie de l'emploi des réserves devient crucial. La Chine achète du solide : des terres, des mines, des infrastructures.

Le cœur de la nouvelle étape est de mettre l'or au cœur de son système monétaire.

L'or permet de faire face à deux évolutions contraires.

Soit la Chine cède aux sirènes de l'internationalisation de sa monnaie, auquel cas elle aura besoin de plus des 1000 tonnes d'or  et quelques qu'elle possède pour stabiliser la confiance internationale.  

Soit on va vers une réforme du système monétaire international et l'or y jouera un rôle crucial.

Son intérêt stratégique est donc d'accumuler de l'or, en forçant sa production qui est déjà la première du monde, en achetant des mines étrangères,  comme Barraks Mines, en permettant à ses particuliers de détenir de l'or, en convertissant ses réserves progressivement en or. 

On peut penser que la Chine vise un stock d'or de près de 4 mille tonnes avant de faire quelques pas que ce soit sur le plan monétaire.

Le taux des intérêts versés par le Trésor américain est si faible que le potentiel de plus value sur l'or  rend équivalent le rendement à moyen terme.

L'Euro joue un rôle marginal dans l'affaire. La Chine sait qu'à terme il faudra pour maintenir ses relations avec une Europe malade accepter une hausse de sa monnaie par rapport à l'Euro.  Actuellement elle agit pour éviter que l'Euro s'effondre. Il s'agit de tactique.

On va donc quasi mécaniquement  vers un cours de l'or au dessus de 2.000 dollars l'once.

La question qui est posée aux Etats Unis et à l'Europe est de savoir qu'elle est LEUR stratégie. Pour l'Europe, c'est simple, elle n'en a aucune. Ce qui peut être considéré comme fâcheux. Pour les Etats Unis la question est de savoir si elle a encore le pouvoir de ruiner ses créanciers sans conséquences.  Il semble bien que non. La folie d'un système de déséquilibres cumulatifs entre la Chine et les Etats-Unis n'est pas viable. Il a explosé. Il marche sur une jambe et celle-ci est malade.

Cette analyse souligne la carence du G.20 dans la conception d'un nouvel ordre monétaire international.

Le système non coopératif actuel a échoué.  Les stratégies  actuelles des grands blocs  sont lourdes de conflits explosifs.

L'heure est-il à la réforme du système monétaire international ?  

La Chine n'est pas prête. Elle considère ne pas disposer d'assez d'or et  ne veut pas être prise immédiatement dans la nécessité de rééquilibrer ses balances extérieures.

Les Etats-Unis ne le sont pas plus. Ils espèrent encore imposer le dollar au monde et ne veulent pas entendre parler d'un rééquilibrage de leurs balances extérieurs

L'Europe est inexistante, comme d'habitude.

Elle est pourtant la clé de voute de la solution.  Si l'Euro s'effondre, alors l'or prendra tout son sens dans le sauf qui peut général.  Les banques américaines seront ruinées. La Chine sera durement touchée.  Si l'Euro perdure ce ne peut être que par la création de ce que Didier Dufau dans son nouveau livre, Le Manifeste, appelle une "Chancellerie de l'Union Monétaire Européenne".

Il deviendra évident qu'il faut que les trois blocs s'entendent et coopèrent pour éviter l'effondrement définitif du commerce mondial .

Le temps sera venu pour une conférence de type Bretton-Woods qui acte la fin des monnaies administratives flottantes et marque la volonté de restaurer la confiance, la croissance, le plein emploi et la liquidation des dettes globales accumulées.

Il se peut que la pédagogie de l'aggravation de la crise en 2013 permette cette évolution en 2014-2015.

En attendant que la Chine accumule un peu d'or monétaire ne peut qu'aller dans le bon sens.

L'Europe en revanche et particulièrement la France peut regretter d'avoir galvauder ses réserves.

 

 Lewis Holden pour le Cercle des Economistes E-toile.

Le cycle : mythe ou réalité ?

Il aura suffi que le Président hollande déclare que le cycle existe et qu’il permettra à un moment de son quinquennat une belle reprise pour que les analystes y aillent de leur raillerie contre une idée aussi saugrenue.

Le cycle existe. Nous avons abordé de nombreuses fois ce sujet sur ce site.  Un cycle des affaires quasi décennal existe depuis que l’économie est devenue une économie basée sur le crédit. Son moteur est l’oubliant optimisme qui se saisit des acteurs après quelques années de vaches grasses qui  laissent croire que le ciel bleu est pour toujours et que l’on peut investir en se fondant sur des tendances lourdes de croissance. Le crédit accompagne cet optimisme. Il dépasse sa cible. Un « crédit crunch » plus ou moins violent, qui est la phase de crise du cycle, s’ensuit. Il faut quelques années pour le digérer et le cycle repart.

Le cycle quasi décennal est un cycle du crédit et de l’optimisme. Maurice Allais assimile le taux d’intérêt à la fonction d’oubli : géniale intuition ! Elle explique que les retournements n’ont pas la même intensité : une crise dure suit une crise molle et inversement. Les excès sont modérés quand on a encore en tête les difficultés de la crise dure. Ils sont plus forts lorsque les excès ont été oubliés.

Pour s’en tenir aux derniers spasmes du cycle, on constate : crise dure en 73-74, crise molle au début des années 80, crise dure au début des années 90, crise molle au début des années 2000, crise dure depuis 2008-2009.

La crise commence toujours aux Etats-Unis, percole via les pays exportateurs et se généralisent notamment en France. La mondialisation a accéléré la séquence : les crises font le tour de la terre en moins de 2 à3 ans et ont tendance à devenir synchrones.

Pourquoi les économies repartent-elles ? Parce que même en cas de crise dure et générale il reste toujours un fond d’entreprises dynamiques, que pour beaucoup d’entre eux les agents sont d’abord paralysés par la crainte et qu’elle finit par diminuer supprimant les excès de précaution, et parce que les banques débarrassées du poids des dettes aventurées sont de nouveaux attirées par les nouveaux projets, qui eux ne manquent jamais, car l’innovation est incessante.

Cette mécanique est mondiale. On peut la suivre sans arrêt depuis le 18ième siècle.

Nier le cycle est un obscurantisme.

Il se trouve que beaucoup d’économistes ont abandonné l’étude du cycle parce qu’ils ont cru, dans le camp keynésien qu’il suffisait de contrôler la demande globale pour en éviter les effets, dans le camp monétariste, qu’il suffisait d’éviter le « crédit crunch » par une inondation en monnaie banque centrale. Les deux camps se sont réconciliés autour d’un concept vague de chocs « externes » auxquels il fallait faire face. Le débat est devenu celui de la résilience au choc, vue dans l’ampleur d’un secteur non concurrentiel dans le camp keynésien et dans la souplesse monétaire et les changes flottants dans le camp monétariste.

 

Les praticiens eux se voulaient pragmatiques : va pour la souplesse des changes flottants et l’émission de monnaie en cas de besoin d’un côté, et les dépenses publiques de l’autre. On savait juguler les crises. Inutile de s’embarrasser d’une notion de cycle.

Horreur : à partir de 1974 ce schéma ne fonctionne plus. La relance keynésienne de Chirac sombre dans les déficits extérieurs et budgétaires. Il faut y renoncer.  Rebelote en 92 où il faut mettre en 95 un plan fiscal tel qu’il provoque la récession de 96.  Rebelote en 2009 où le plan de relance aboutit à une crise budgétaire sévère et à un plan de rigueur qui entraîne à nouveau une récession.

Même les pratiques de Quantitative Easing monétariste échouent. Bien que les banques centrales ont, à chaque récession, émis plus de papier monnaie, leurs surenchères successives se soldent par des échecs.  

Le cycle s’en trouve aggravé. Comme chacun a pu le voir chaque crise décennale est plus aigue et chaque reprise plus spéculative et précaire, avec une baisse continue du trend.

On dira : il y a eu 1929 : la dépression est d’une autre nature que le cycle décennal. Nous sommes aujourd’hui, comme en 1929, non plus dans un cycle normal mais dans autre chose. On va parler de changement d’époque, de crise de civilisation, d’un monde nouveau en train d’éclore dans la douleur.

Pour un économiste ce charabia n’a pas de sens.

Même pendant la crise de 29 le cycle sous jacent existait. La reprise aura lieu en 1938 et passera largement inaperçue. Elle sera tuée en France par les erreurs de politique économique du Front Populaire et notamment les 40 heures.

La crise de 1929 est une crise de la dette due au fait que la guerre avait entraîné l’émission de masses de dettes hors du commun, que la richesse s’était concentrée aux Etats-Unis et qu’un système monétaire bancal a été institué. Le Gold Exchange Standard de l’époque avait l’effet de créer des doubles pyramides de crédits, concentrées largement aux Etats-Unis et qui y explosèrent gaiement.  Le reste de l’histoire est une mauvaise gestion de la crise provoquant son aggravation et sa longue durée par des politiques inadaptées.

La crise de 2009 est une crise de la dette due au fait que le système aventuré des changes flottants de monnaies administratives a provoqué une boule de dettes intolérables qui a fini par s’écrouler sur la tête des peuples. Le système n’a pas tué le cycle : il l’a aggravé. Aujourd’hui la profondeur et la durée de la crise sont liées au fait que les bonnes mesures n’ont pas été prises et que la procrastination ne paie pas.   Le cycle en lui-même n’en est pas affecté.

Il y a bien eu une reprise en France entre 2005 et 2008. Mais elle a été faible, principalement du fait du trop gros poids de l’économie publique, du poids fiscal intolérable et des blocages administratifs comme les 35 heures.

Il n’est que trop clair que la politique de déflation menée en Europe et d’hystérie fiscale menée en France peut étouffer tout espoir de reprise un peu net.  Nous sommes en récession à nouveau quatre ans après le pic psychologique de crise. Ce qui est indécent et aurait pu être évité.  Comme en 1996.  

 Ce qui est absurde, ce n’est pas de penser qu’il pourrait y avoir une reprise dans les quatre années à venir. Il devrait en y avoir une. Mais d’imaginer qu’elle se produira sans rien faire ou en l’étouffant.

Sarkozy a eu tort de ne pas écouter ceux qui comme nous l’avertissaient qu’il subirait une crise forte pendant son quinquennat. Hollande n’a pas tort de penser qu’une reprise pourrait bien être « round the corner ».  Après tout  tous les grands changements de majorités politiques ont eut lieu en synchronisation avec le cycle, du fait de la mort prématurée de George Pompidou. Crise de 74, le pouvoir quitte l’UNR pour les Giscardiens. Crise du début des années 80, le pouvoir passe aux socialistes mitterrandiens. Crise de 93, le pouvoir est repris par les Chiraquiens. Crise du début des années 2000 : échec de Jospin. Crise de 2009, Hollande arrache le pouvoir à Sarkozy.

Son erreur est de ne pas prendre les meilleures mesures pour que cette reprise soit nette et active. Il ne le fait pas en France où sa politique sinueuse ressemble à celle du sapeur camembert qui fait des trous pour boucher ceux qu’il vient de creuser et qui a démarré par un choc fiscal irrattrapable. Il ne le fait pas en Europe où l’absence d’institution spécialisée pour gérer l’économie de l’Eurozone est devenue criante, entraînant le maintien d’une gestion par la norme surveillée par un gendarme au lieu d’une politique  dynamique au jour le jour de la monnaie, des changes, des budgets et de l’amortissement de la dette globale de la zone.  Il ne le fait pas au G.20 où la voix de la France est nécessaire pour mettre fin au système non coopératif de monnaies administratives flottantes.

Il ne le fait pas. Comme nous l’avons déjà répété, cela ne veut pas dire qu’il ne le fera pas. Après tout il avait plaidé en 2008 pour un nouveau Bretton-Woods !

Les reniements électoraux récents vont dans le bon sens. Enfin ! Il en faut encore quelques uns pour se hisser à la hauteur de la situation. Mais pourquoi pas ?

S’il prend dès maintenant les bonnes options il pourra effectivement bénéficier de la reprise possible et même probable en 2014-2015 si le G.20 intervient dans le bon sens, c'est-à-dire celui de la réduction concertée des dettes dans le cadre d’une politique de stabilité monétaire et de croissance globale et si l’Europe choisit enfin une gestion active des en-cours financiers, de  la monnaie et des changes.

Ses erreurs initiales en France ne le mettent malheureusement pas en bonne posture pour parler à l’Europe et au monde. Il peut encore revenir sur les erreurs des six premiers mois. Mais peut-il réellement retrouver une crédibilité européenne et mondiale si la récession française dure et que tous les indicateurs virent au rouge du fait de sa lenteur à abandonner les mesures du « moi je candidat » pour celles exigées par la situation ?

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Jour de Vérités

Il arrive toujours que la réalité se venge de ceux qui la nient, l’ignorent ou simplement ne la comprennent pas. Il suffit généralement d’attendre.

Pour Sarkozy, Hollande et Obama, l’heure de vérité  sonne avec une certaine stridence.

Pour Sarkozy, on pourrait croire l’affaire réglée depuis la perte des dernières élections. La question de l’inventaire a été éludée. Les deux candidats à la Présidence de l’UMP font des concours  à celui qui sera le plus sarkoziste. Une certaine affection lui reste acquise dans des plages assez larges de l’électorat de l’UMP.

Le rapport Gallois signe néanmoins une forme d’enterrement de première classe pour la prétention de la droite à avoir  bien géré le pays depuis 10 ans.  La dérive de la dette, de la dépense publique, de la fiscalité s’est accompagnée d’un effondrement de nos positions économiques et de notre compétitivité.  

On s’aperçoit bien qu’en l’absence de toute prise de conscience suffisante des contraintes internationales, du danger des fausses facilités de l’Euro,  et de la perte progressive de notre industrie,  nous avons eu d’abord le lamentable « ni-ni » chiraquien puis la fausse rupture de Sarkozy.

On aurait attendu traditionnellement d’une droite proche du « business », de la croissance, du respect des initiatives entrepreneuriales qu’elle mette la France en ordre de marche dans la compétition internationale.  Elle n’en a rien fait.

Comme nous n’avons cessé de l’écrire, le « trop peu trop tard » a été la règle.

Aucune des trois anomalies françaises, un secteur public hypertrophié, une économie vacancière, des prélèvements hystériques et bien trop concentrée sur l’entreprise, n’a réellement été traitée avec l’énergie nécessaire.

La RGPP était un gratouillis ridicule là où il fallait la hache de guerre. Le mille feuilles administratif n’a pas bougé sinon à la marge.

La retraite à 60 ans et les 35 heures, ainsi que le carcan de législation sociale aberrante, n’ont pas été modifiés assez tôt et assez fort. Finalement, le rapprochement entre retraite publique et retraite du privé n’est toujours pas fait, l’allongement de deux ans seulement de l’âge légal de départ à la retraite ne résout rien durablement. Et on a laissé filer la productivité et la compétitivité.   

On n’a pas osé mettre en œuvre la TVA sociale et conservé sur le travail l’essentiel du poids de notre système de sécurité sociale.

Les grandes réformes : transformation de l’ISF en tranche supplémentaire de l’IR, système unifié de retraites, avec retraite à taux plein à 67 ans, durée légale du travail à 40 heures, suppression du régime des intermittents du spectacle, restriction des facilités syndicales bloquantes, réduction de l’absentéisme du secteur public,  TVA sociale, suppression du département, limitation de la couverture socialisée du petit risque, réduction de l’économie publique à 20 au lieu de 25% du PIB, maîtrise de la dépense des régions et des municipalités,  ont été éludées pendant 10 ans,

Ces mesures auraient du être prises même si la crise mondiale ne s’était pas déclenchée. Elles devenaient absolument criantes avec la crise.

C'est ce manque de courage politique qui est devenu, aujourd’hui, criant. Le temps perdu ne se rattrape jamais.

Pour Hollande et le PS l’heure de vérité sonne aussi. Le programme électoral était totalement contraire à l’intérêt national. Il niait la crise. On prétendait donner du temps au temps et attendre la production de rapport pour « réformer en profondeur ».  Les rapports arrivent et on « ne se sent pas engagé » par leur contenu. Le matraquage fiscal des « riches » et des entreprises se voyaient comme une formidable diversion qui aurait permis de rendre heureux les masses tout en remboursant la dette et en évitant de réduire la dépense publique. On a bloqué toute l’économie et toutes les décisions d’investissements. Et pour une part désespéré le pays tout entier.  Ce dynamisme fiscal socialiste outré et ciblé doublé d’une inaction totale sur le reste du spectre de l’action gouvernementale possible, rend la suite quasiment impossible. On ne peut pas tuer l’entreprise et les entrepreneurs tout en misant sur une reprise de l’économie et des emplois « round the corner » !

On a tellement rétréci la couverture que dès qu’on la tire dans un sens on découvre le lit dans l’autre. Dette, emploi, exportations forment désormais un triangle impossible. Hollande est dans une impasse totale qui fait hurler même les économistes officiels. Aucune des mesures indispensables n’est plus possible soit pour des raisons politiques, soit pour des raisons psychologiques, soit par l’effet des contradictions majeures des politiques suivies. La France avait besoin de tout sauf de Hollande et du PS dans sa fâcheuse situation actuelle. L’impasse est totale.

Oublions un instant l’Europe, au moment même où la crise s’aggrave partout dans les pays dits du « club med’ ».  

Les agences de notation qui avaient distribué des notes totalement irréalistes à des produits financiers totalement artificiels et trompeurs, connaissent aujourd’hui même leur jour de vérité : elles devront payer pour leurs fautes d’appréciation !

Même Obama est dans la seringue. Il sera sans doute réélu mais il faudra bien qu’il explique un jour pourquoi en 5 ans, il n’y a pas eu de reprise. Et ne rien faire d’autre que ce qu’il a fait ne mènera à rien.  Il appartenait aux Etats unis de mettre fin au système des changes flottants. Ils ne l’ont pas fait. Les différentes reprises annoncées se sont trouvées chimériques et le taux de chômage est toujours historiquement élevé. Sa seule chance c’est que Romney (imitant Hollande)  ne dit pratiquement rien sur rien et notamment pas sur ce qu’il faut faire en matière de coopération économique internationale. Autant dire que ces élections américaines sont en fait des élections pour rien malgré le tapage fait en France par des médias couchés devant les Etats-Unis.  Comme Hollande les deux candidats espèrent que la reprise est « round the corner » sans n’avoir rien à faire sinon un peu de chaleur électoraliste.

Les dirigeants du monde, de droite ou de gauche, américains ou non américains, français ou européens, croient qu’il est encore possible de fonctionner avec leurs petits réflexes politiques habituels dans un système de liberté absolue des mouvements de capitaux, de prêts régulés par l’avis des agences de notation, de monnaies administratives flottantes permettant des déficits et des excédents monstrueux, de gestion de zone de monnaie unique par une norme renforcée. Ils se trompent.

Rien de tout cela n’est possible. La durée de la crise le prouve, en même temps que l’inanité des politiques menées depuis 2007. Les contradictions sont désormais nouées autour du cou des nouveaux responsables. La suite montrera que faute de dénouer les nœuds gordiens là où ils sont, les politiques fondées sur les habitudes politiciennes traditionnelles ne mèneront à rien de bon.

Les Etats-Unis seront bientôt paralysés par leurs déficits monstrueux.  Si on contraint les agences de notation à dire la vérité alors elles devront conclure à la faillite virtuelle de tout le système financier mondial.  L’Europe est en train de sombrer dans un cercle vicieux.  La France est plantée dans un mur fiscal dont les éboulis écrasent tout ce qui reste d’un peu vivant.

Le blocage est désormais presque total, presque partout.

C’est cette vérité qui s’est faite désormais jour.    

L’autre vérité qui elle se révélera plus tard est que cette situation est extrêmement dangereuse pour tout le monde et que de gros dégâts sont à venir si on ne parvient pas à surmonter les différents blocages américains, européens et français.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Le blog du cercle des économistes e-toile

Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

Association loi 1901

  
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