La notion de « banque de paiements »

Parmi les réformes demandées depuis longtemps par des économistes de renom qui ont fait le lien entre récession et système bancaire, on trouve la création de véritables banques de paiements, sociétés de services et non de crédits,  gérant des dépôts comme des dépôts inaliénables et non comme des prêts plus ou moins occultes à la banque.

La première raison est morale : forcer les citoyens captifs à utiliser une banque  pour effectuer des paiements, recevoir des salaires, des recettes, des honoraires, sans leur dire expressément qu’en fait les dépôts sont des prêts à la banque qui en fera ce que bon lui semble, alors qu’ils peuvent ne pas avoir envie de prêter et qu’on ne leur demande pas leur avis, est un piège  indigne contraire à l’esprit des contrats et à la règle démocratique. Si un particulier ou une entreprise veut prêter de l’argent, ils doivent pouvoir le faire explicitement et non implicitement en déposant de l’argent en banque.

La seconde est économique : le dépôt étant en vérité un prêt ; lorsqu’une banque est en difficulté les dépôts sont menacés. Il en résulte, depuis l’origine de la banque, des paniques incontrôlables qui provoquent des crises de liquidité dans tout le système bancaire et des faillites en chaine.  Pour éviter cette menace il suffit de rendre sa véritable nature au dépôt : l’argent n’est pas celui de la banque.  Elle n’a pas à l’utiliser pour son compte. En cas de crise, aucune ruée sur les comptes bancaires n’est plus à craindre.

L’actualité récente a montré la nocivité de ces paniques qui ont mis par terre par exemple Northern Rock  au Royaume uni et une vingtaine de banques aux Etats-Unis en attendant mieux. Pour parer le risque de panique les autorités sont obligées soit, comme aux Etats unis, avec le FDIC, de garantir les dépôts de façon fort coûteuse, soit comme en Europe de renflouer toutes les banques menacées pour éviter la spoliation du déposant. Comme la masse des dépôts est considérable, les sommes à engager sont effroyables. Les banques centrales, inventées pour pallier ce genre de difficultés, n’y sont jamais parvenu. A chaque fois ce sont les états qui ont du prendre le relais.

Si les dépôts étaient gérés par des banques de paiements rien de tel ne surviendrait. Les salariés recevraient leurs rémunérations sans crainte, les commerçants leurs recettes, les retraités leurs pensions. En situation de crise on ferait ainsi diminuer l’angoisse générale de plusieurs magnitudes. Les banques ne pourraient pas couvrir leurs erreurs avec les dépôts ni les utiliser par exemple pour spéculer pour compte propre. Les deux affaires de la Société générale et des Caisses d’épargne ont démontré le caractère pour le moins choquant de banques dévoyant l’épargne liquide de tout petits épargnants pour se livrer à des opérations ultra risquées sur les marchés spéculatifs. Procédé choquant mais actuellement absolument légal !

Comment marcherait le système de crédit dans une telle configuration ? Les banques seraient obligées de travailler soit avec leur capital soit avec des ressources empruntées. Selon leur préférence pour la liquidité  ou leur goût du risque, les épargnants qui désireraient faire travailler leur épargne souscriraiennt les formules de prêts aux banques ou aux entreprises qui les intéressent. La séparation des banques d’affaires et des banques de crédit permettrait de clarifier le risque pris selon les formules.

Les banques ne pourront plus compter sur le retour sous forme de dépôt dans leurs comptes des prêts qu’elles octroient pour alimenter leur trésorerie. Elles passeront par des marchés financiers à court, moyen et long terme qui peuvent être régulés et surveillés.  On veillera à ce qu’aucune banque ne devienne un moloch « too big to fail ».

Bien sûr une partie de la masse monétaire stagnera dans les comptes de dépôts. Il y a débat pour savoir si elle sera réellement supérieure à celle qui  est actuellement thésaurisée. D’ores et déjà la majorité des agents économiques ne laisse pas ses liquidités oisives. Le fait d’avoir à souscrire explicitement une formule de placement n’est pas un vrai frein surtout avec l’extension d’internet qui rend le coût de telles opérations extrêmement bas.

Bien sûr les banques de paiements feront explicitement payer leurs services. Mais il vaut mieux un service payé clairement qu’une fausse gratuité  qui est en fait un cadeau incontrôlable aux banques. Et tout le monde voit bien que les grosses banques de dépôts taxent pratiquement toutes les opérations bancaires : toutes sauf le chèque qui est de moins en moins utilisé !  

Bien sûr il faudra mieux rémunérer la ressource des banques qui ne sera plus captive et devra donc être attirée.

Mais les avantages sont clairs :
C’est la fin de la « banque universelle » qui voit des banques de dépôts énormes et oligopolistiques truster une part excessive de la gestion de l’argent et faire remonter vers leurs dirigeants une part démesurée du revenu national.  Chaque banque de crédits est sur un pied d’égalité avec les autres. La taille du réseau d’agences ne joue plus. Il devient facile d’éviter la constitution de molochs incontrôlables qui font peser un risque systémique sur la collectivité.

C’est le retour à la faillite bancaire. Si une banque prend trop de risques par rapport à son capital, elle fera faillite et avec elle ses actionnaires et ses prêteurs. Elle n’aura pas à être systématiquement sauvée.

Car les crises bancaires continueront à se produire. Tout prêt est une aventure et le cycle des investissements et des crédits n’a aucune raison de cesser. Mais les emballements seront tout de même plus contraints que dans un système où les prêts ouvrent de nouveaux dépôts  et sans médiation externe alimentent de nouveaux prêts.

Le marché interbancaire sera profondément modifié. Le rôle de la banque centrale sera d’assurer la liquidité des marchés en cas de crise financière comme maintenant. Mais il sera beaucoup plus facile de contrôler le bilan des banques pour prévenir les emballements et l’action sera bien plus efficace : les banques face à une défiance de l’épargnant n’auront que la banque centrale comme solution !

La création de banques de paiements et la restructuration du système bancaire en strates spécialisées et clairement identifiées (banques de crédits, banques d’affaire, gestion de fortune, courtiers) serait la manière de sortir de la crise actuelle la tête haute avec un système financier rénové et remis à sa vraie place.

On ne doit pas céder à la tentation de ne rien toucher et de se mettre la tête dans le sable. La dictature de l’existant doit être vaincue en s’aidant du levier de la crise. Evidemment, il faut réfléchir un peu plutôt que de s’agiter bêtement autour des bonus et des normes comptables.

Mais bon !

Les vraies causes de la récession

 

L’économie doit être une science nourrie par l’observation. Elle doit dégager des mécanismes répétitifs et en expliquer les ressorts. Elle ne peut se contenter de commentaires à la va-comme-je-te-pousse nourris par des postures idéologiques ou la défense de positions médiatiques acquises. La réalité est en permanente transformation. Les institutions changent. La première tentation est de se contenter de regarder une période de temps trop courte : c’est la dictature du proche présent. La seconde est de considérer que ce qui existe est « naturel » et non modifiable. La myopie et la sacralisation de l’existant sont les deux mamelles de l’erreur économique.

Sur ces bases, un an après la chute de Lehman Brothers est-on en mesure de tirer des leçons économiques solides sur lesquelles baser les politiques structurelles et conjoncturelles à venir ?

Nous pensons que oui.

Le premier effort est de garder à l’esprit quelques lois fondamentales.

1. Première loi : le cycle des affaires de 8-10 ans existe. Il est observable depuis plus de 200 ans avec une régularité fascinante. Pour s’en tenir au demi siècle passé les récessions s’enchaînent en  73-74, 1981-1983, 1992-93, 2001-2002, 2008-2009.  Elles commencent toutes aux Etats-Unis et se diffusent dans le monde entier. Une crise sévère suit une crise molle et réciproquement.

2. Seconde loi : toutes les crises quasi décennales ont une source monétaire. Le cycle est toujours un cycle du crédit. Le système monétaire se dérègle progressivement et des accidents monétaires et financiers surviennent.  Les aspects internationaux sont toujours présents. Aucune crise de ce type n’est à proprement parler nationale.  Surendettement et dérèglement des circuits financiers internationaux sont toujours présents dans les récessions.

3. Troisième loi : aucune récession n’est strictement identique à la précédente. Elle surgit presque toujours là où on ne l’attend pas, car la mémoire de la crise précédente perdure. Le craquement initial est très souvent différent, même si les mécanismes sous-jacents sont identiques.

4. Quatrième loi : les mentalités et les institutions jouent un rôle central dans chaque crise. Elles viennent ou aggraver ou limiter l’impact de la crise. Détecter les mentalités dangereuses et  les déviations institutionnelles est un des devoir de l’économiste. L’idée que désormais, depuis Keynes on sait éviter les récessions et maîtriser les crises est un exemple de mentalité dangereuse. Elle abaisse la vigilance et conduit à des erreurs de politique. Le système de facto de changes flottants, jamais validé par la théorie économique, et jamais remis en cause, est le prototype d’institution malsaine à fort impact d’aggravation des crises.

5. Cinquième loi : la récession est toujours le produit du choc d’une erreur institutionnelle majeure (qui gonfle comme un ballon une situation malsaine) et du retournement naturel du cycle. Comme un dard ce dernier se télescope avec la bulle douteuse et la fait crever. La gravité de l’explosion est toujours la conséquence de la taille de la bulle malsaine.

6. Sixième loi : l’erreur institutionnelle est soit le fruit d’une innovation encore mal maitrisée, soit de mesures clairement anti économiques.

7. Septième loi : l’opinion impute toujours la crise à des grands événements politiques, ou à des aspects économiques faciles à comprendre. On parlera du choc pétrolier de 1974 consécutif à la guerre israélo arabe, on associera la crise de 92-93 à la guerre en Irak,  celle du début des années 80  en France à l’arrivée de la coalition socialo communiste, celle de 2000 à une « bulle internet » et celle de 2008 à la crise des « subprimes ».  Il ne faut pas confondre ces titres arbitraires et le fond des choses.

8. Huitième loi : la crise économique stimule la critique politique et la recherche de boucs émissaires faciles.  On parle d’excès qui doivent être condamnés. Chaque crise révèle d’ailleurs des faillites plus ou moins frauduleuses. La dénonciation de la fraude et les aspects moraux remplacent la réflexion économique. La récession stimule en vain les crispations idéologiques. Le brouillard ainsi créé interdit d’y voir clair.

Avec en tête ce vade-mecum de l’économiste observateur, il est relativement facile de comprendre ce qui s’est passé et il était également facile de l’anticiper.

1. Première observation : depuis l’instauration des changes flottants deux changements radicaux se sont installés.

Le premier est l’aggravation du mécanisme de la « double pyramide de crédit » institutionnel dans le gold exchange standard mis en place à Bretton Woods et amplifié avec les changes flottants. D’un côté on assiste au gonflement indéfini de la dette cumulée des Etats-unis dont la balance des paiements est constamment déficitaire. De l’autre et symétriquement on voit se gonfler des balances excédentaires considérables qui ne sont pas remises en jeu dans le pays créancier mais replacées aux Etats unis provoquant des effets cumulatifs.  Mesurer en or, le dollar va perdre à ce jeu depuis l’instauration du système 97% de sa valeur.  Les pays qui accumulent des dollars comme les pays pétroliers et les pays exportateurs (Japon, Allemagne, puis à partir de 90, Chine)  sont frappés régulièrement par la purge des dollars excédentaires.

Le second est l’ampleur prise par la spéculation. A partir du moment où toutes les monnaies flottent, tout flotte. Tous les échanges internationaux sont conditionnés par un aléa sur les monnaies. Toutes les valeurs d’actifs sont conditionnées par la valeur fluctuante des monnaies. La libéralisation des mouvements de capitaux en environnement incertain impose des protections (hedging) et offre des possibilités de gains sur des variations de valeur même minimes pourvu qu’on applique un gros effet de levier. L’arbitrage devient la base de l’économie financière.
Le cumul de  déséquilibres massifs des balances de paiement et de la spéculation généralisée crée des situations explosives. Dans certains cas, comme en 1988-89 (accidents boursiers aux Etats unis) ou en 1998 (crise dite à tort « des pays émergents »), la faiblesse structurelle de ce système financier provoque des accidents spontanés qui peuvent avoir des effets locaux dévastateurs. Mais le grand risque tient à la rencontre du retournement naturel du cycle avec une situation financière totalement hors de contrôle.

2. Les trois dernières grandes récessions (92-93, 2001-2002, 2008-2009) sont toutes les trois l’effet du choc du retournement conjoncturel et d’une bulle financière démesurée. C’est ce qui les a rendues si facile à prévoir. Il suffisait de mesurer le poids des déséquilibres et leur caractère de plus en plus artificiel, et de contrôler l’évolution du cycle.  Pour notre part nous avons prévu et annoncée de façon presque parfaite la crise de 93 en France, celle de 2001 et celle de 2008. En fonction de l’intensité des déséquilibres et du continuum des mesures prises depuis la crise précédente, il était relativement aisé de prévoir l’intensité de la crise. Dès 2006, il était clair que la récession à venir serait extrêmement sévère.  Début 2007 nous annonçons le déclenchement de la crise aigue pour septembre 2008 et indiquons à qui veut l’entendre qu’elle sera particulièrement sévère. Il est donc anormal et déplorable que des économistes professionnels puissent à longueur de colonnes des journaux écrits, parlés et télévisés expliquer que la crise était « imprévisible ». Elle l’était parfaitement et l’a été facilement.

Mais pour cela il fallait avoir à l’esprit deux analyses : le cycle existe ; le système des changes flottants crée des bulles financières à répétition. Sans réflexion sur le cycle ni sur le système monétaire international, pas de prévision possible.

Or il se trouve que le système monétaire international des changes flottants est un tabou ; un vrai tabou ; un sujet qui terrorise ; un sujet qu’évitent en cœur tous les économistes un peu conscients de leur carrière. Le silence sur le sujet est assourdissant. Nous ne cessons de citer Maurice Allais parce que, seul, il  a osé ex cathedra et en remettant en cause son statut de prix Nobel, s’attaquer au grand tabou. Du coup on l’a traité de tous les noms et pris pour une sorte de fou. Il faut voir avec quel mépris son livre de 1999 a été accueilli, notamment dans le Monde : « nous sommes prévenu » ironise le valet de presse chargé de la critique du livre !  Et oui, vous étiez prévenu. Vous criez à tout vent que vous ne pouviez pas prévoir, mais vous étiez prévenu !

Quant au cycle, son étude a progressivement disparu au fur et à mesure  que les économistes se sont découverts keynésiens : nous savons prévenir et guérir les crises. Inutiles de s’acharner à en décrypter les mécanismes. Toutes les crises sont exogènes et nous avons la boîte à outils qui convient.  Cette sottise, car il s’agit bien de sottise, arrangeait tout le monde. On fit des modèles économétriques keynésiens à base de demande globale. Et on cessa de réfléchir et d’observer.

Dix années de forum économique m’ont montré que non seulement le cycle est sorti des esprits mais prie encore qu’il est nié et que quiconque en défends l’idée est vilipendé. En général par ceux même qui déclarent que les économistes sont des fumistes. Depuis Staline et l’assassinat de Kondratieff la gauche socialiste réfute l’idée même qu’il puisse y avoir un cycle des affaires (la crise du capitalisme est structurelle et il doit nécessairement scientifiquement s’effondrer). Voilà l’opinion dominante calée dans la prévention idéologique absolue : ôter ce cycle que je ne saurais voir. Les économistes pro capitalistes eux n’aiment pas l’idée que le système puissent tomber régulièrement malade ; toute crise est due aux erreurs des politiques qui trahissent les règles naturelles et bienfaisante du laisser faire et de la sagesse des marchés.

En un mot : pour dénoncer le système des changes flottants et observer le cycle, il faut du courage. Ou de l’inconscience.  Alors chut !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

3. La crise actuelle est le fruit du gonflement à des niveaux intenables de l’endettement global. C’est évident aux Etats Unis qui a cessé d’épargner pour emprunter à tout va. Mais c’est tout aussi net en France et dans l’ensemble des économies capitalistes mondiales. La source de cet endettement est la double pyramide de crédits auto entretenue permise par le rôle central du dollar dans un système dissymétrique de changes flottants. Pour la France nous avons affiché dans un de nos articles précédents l’évolution calculée par la Banque de France et publiée dans le dernier « l’économie française » par l’Insee de l’endettement des ménages, des entreprises et des collectivités publiques. Ce tableau devrait être affiché en première page dans tous les journaux et commenté par les beaux esprits de l’économie médiatique. Que nenni ! PAS UN MOT !

De la même façon il suffisait de lire les bulletins de la BRI (BIS en anglais) pour comprendre qu’il se passait un phénomène énorme et hors de tout contrôle sur les CDS depuis 2003. On sortait de la crise de 2001-2002 en créant les conditions d’une bulle gigantesque dans les relations financières internationales.

Nous écrivons en 2005 : « la bulle des CDS laisse penser que la prochaine crise sera absolument globale et touchera via l’effondrement des relations financières internationales tout le commerce mondial qui tire la croissance générale. La crise risque donc d’être générale et extrêmement sévère».  Autant pour ceux qui affirment que la crise était totalement imprévisible et que sa force « surprend » !

4. Ce n’est pas l’endroit où cela casse en premier qui est important.

A la fin des années 80, ce sont les pays émergents bourrés de crédits basés sur le recyclage des excédents de dollars en possession des pays producteurs de pétrole qui ont lâché en premier. En 92-93 c’est l’immobilier d’entreprise qui sera la première victime. En 2001-2002, c’est la bulle spéculative sur les titres du Nasdaq qui craque en premier. En 2008 c’est le recyclage des subprimes qui met le feu aux poudres.

La foudre ne tombe jamais deux fois successivement  à la même place.  C’est l’élément fragile qui cède mais il cède parce qu’on ne le voit pas fragile. En 1992 les crédits à l’immobilier d’entreprise en France est 7 fois plus important que la moyenne des 10 années précédentes. La bulle est énorme. Personne n’écoute quand on dit qu’elle va exploser. La réponse : « il y d’énormes liquidités en mal de placement, les prix n’ont jamais réellement baissé. Il n’y a pas de risque ».  En 2000 l’espoir porté par les NTIC est démesuré. Les gonflements boursiers sont ahurissants. Des « économistes » expliquent qu’avec l’arrivée de l’économie internet et la sagesse de la FED avec son génie, Greenspan, il n’y a plus à craindre de récession. L’économie a trouvé le chemin de la croissance continue. Et boom ! Jusqu’à 2007, les prêts « subprimes » ne sont pas considérés comme un danger. Au contraire : les pauvres peuvent acheter leur maison c’est formidable.  Fanny Mae  et Freddy Mac cautionnent avec de l’argent public ; Les CDS et les CDO permettent de diffuser le risque. Greenspan, patron révéré de la FED,  dit que cette innovation est formidable. Il n’y a donc aucun risque.

L’accident initial se produit toujours là, où on croit qu’il ne se produira pas. Comme il y a une mémoire de la crise précédente, ce n’est jamais à l’endroit précédent que le craquement se fait initialement jour. Les subprimes ne sont pas la cause de la récession, même si l’explosion de tout ce marché boursouflé joue un rôle crucial dans le déroulement des évènements.

Il est beaucoup plus important de regarder la « big picture » : le commerce mondial s’est arrêté. Tout le système financier international a explosé d’un seul coup. Tous les contrats ont été affectés. Tous les engagements financiers se sont trouvés pris à revers. S’il l’a fait, ce n’est pas parce qu’un effet « papillon » partant des subprimes a tout d’un coup par un effet de bord magique casser tout le système. Mais parce que le système commercial et financier international était totalement artificiel  et structurellement intenable.  Les Etats unis importent à tout va des produits que les américains achètent à crédit, crédits financés par le replacement des excédents des pays exportateurs. La spirale doit s’arrêter à un moment où un autre. L’immensité de l’inondation de crédits transforme tous les marchés en zone de spéculation intensive. Il est plus intéressant pour une banque de spéculer en salle de marchés que de prêter à l’économie.

Surtout dans les pays dont l’industrie est ratiboisée par la Chine, dont la monnaie est artificiellement  basse (ce qui lui permet de récolter des excédents record). Le système des changes flottants dissymétrique permet de laisser ce système foireux perdurer un temps. D’énormes spéculations ont lieu en Chine aussi bien sur le marché immobilier que sur les différentes places boursières. Tout le commerce international devient un manège fou où les spéculations et les déséquilibres font la loi.

Cela ne pouvait qu’exploser, subprimes ou pas subprimes, et cela a explosé. La première victime de la crise sera, conformément à cette analyse, le commerce international qui s’arrête brutalement et qui n’a toujours pas repris, un an après la chute de Lehman Brothers.

5. Tous nos articles publiés sur ce site dès juin 2008 racontent l’histoire que nous venons de passer en revue. Nous n’avons jamais dévié. Nous insistons immédiatement  sur l’évolution du Baltic dry index qui mesure d’une certaine façon l’appétence au commerce international. Nous reprenons les tableaux du BRI qui montrent bien l’origine de la crise.  Et surtout, nous mettons l’accent sur les causes profondes de la récession et sur les mesures à prendre d’urgence. La première est évidemment de mettre fin immédiatement au système des changes flottants. Ensuite il faut dégonfler le système bancaire qui est une outre gonflée de vent et en faillite. Pour cela il faut faire des restructurations drastiques allant jusqu’à la nationalisation temporaire, afin de réserver immédiatement les crédits aux besoins des entreprises. Ces mesures auraient permises, prises immédiatement de limiter le coût de la crise pour les Etats et de permettre une reprise plus sûre et plus rapide.

6. Les politiques suivies jusqu’ici ne sont fondées sur aucune analyse de la crise et de ses causes. Elles sont purement symptomatiques. On a transféré la dette aux instituts d’émission et aux Etats. Sans aucune réelle restructuration. Les banques principales ont été non seulement sauvées mais sortent agrandies de la crise. Rien dans le décor économique n’ayant changé, elles reprennent leurs activités de salles de marché sans entraves. Ce n’est pas dans le crédit aux entreprises malmenées par la récession qu’elles vont gagner de l’argent. Les risques monétaires sont toujours là et pèsent sur les comportements et notamment la reprise du commerce international.  Les plans de relance, dans un système de changes flottants, ne peuvent avoir que des effets imprévisibles. Personne ne sait ce qu’on va faire des dettes monstrueuses accumulées un peu partout.

7. L’absence de diagnostic, puis l’absence de réformes, puis une politique de simple ouverture des vannes monétaires et budgétaires expliquent la situation où l’on est. L’économie a talonné mais se meut à un niveau très bas. Le commerce international reste à l’arrêt. Il y a des menaces partout, notamment sur le front monétaire et bancaire. Le chômage et les faillites vont encore grossir pendant deux ou trois ans. Personne ne sait comment on va se sortir du piège du surendettement des banques centrales et des Etats.

8. La prévision pour les quelques années qui viennent est impossible.
Comme nous le disons souvent : la dépression type 1929 est imprévisible. La prévision de sortie de crise est beaucoup plus difficile que celle de l’entrée de crise. Les tenants de la « demande globale » parient que la reprise se fera mécaniquement par l’effet des plans de relance après la purge initiale. Aucune réforme n’est nécessaire. Plus tard tout redémarrera et  les dettes publiques seront apurées. Ce sera la position du G.20 qui ne suggérera que des réformes cosmétiques et à vocation politique. 
Il est probable qu’on s’inquiétera de plus en plus du coût de la solution trouvée qui est exorbitant et qui aurait pu par des gestes simples être radicalement réduit. Le cadre global (changes flottants, système monétaire international asymétrique et dévoyé, trop grosse importance de la spéculation, rapt de la richesse du monde par un secteur financier hypertrophié)  n’ayant pas été changé, le moteur à explosion reste en place. Bonjour le renouvellement des bulles et la possibilité de nouvelles crises financières  « pochettes surprise ».

Il avait fallu attendre 1997 pour sortir de la crise démarrée en 91 aux Etats Unis, déployée au RU et dans les pays exportateurs en 92 et arrivée en France en 1993. Quatre ans de galère ! On est ressorti de la crise du début des années 2000 en France en 2006  pour trois ans de croissance retrouvée mais très faible. Quatre ans de galère. Il est peu probable que l’on ne retrouve pas ce scénario : quatre à cinq ans extrêmement difficiles et une reprise à partir de 2012-2013 si le commerce international se rétablit.   Avec à tout moment la possibilité que le système monétaire absurde qui nous contraint ait provoqué une nouvelle tragédie bancaire monétaire ou financière.  Avec à tout moment le risque que l’impatience des peuples ne provoque quelques troubles exogènes.

Et au bout, lorsque le cycle après être redevenu haussier se retournera, des Etats incapables de trouver les ressources pour mener à nouveau la politique laxiste que nous venons de connaître. Comme nous l’avons écrit dans une de nos notes de  2006, la vraie toute grande crise mondiale pourrait bien être celle de 2015-2016 !
Il vaudrait mieux mettre en œuvre les réformes indispensables dès maintenant.

Didier Dufau  pour le Cercle des économistes E-toile.

Une bulle des émissions obligataires ?

On ne compte plus les émissions obligataires. En France :

Michelin,

Lafarge,

Accor,

Pernod Ricard,

EDF,

GDF-SUEZ,

France Telecom,

Vivendi,

DEXIA,

Crédit Agricole,

Pour ne parler que des plus récents et des plus gros avec à chaque fois entre 600 et 1000 millions d’Euros à la clé.  

Tous les organismes de placement au contact du public bruissent de notes et de plaquettes : tous aux obligations !

On avait connu par exemple aux Etats unis dans les années 70 une pareille épidémie qui avait fait naître quelques années plus tard la crise des junks bonds, les obligations « pourries».

Avec l’emprunt EDF toute la presse s’est mise en marche comme un seul homme pour le vendre au plus grand nombre.  

L’interprétation macro économique de ce phénomène obligataire n’est pas évidente. D’un côté il vide les bas de laine et remet dans le circuit des sommes thésaurisées, ce qui en soit n’est pas mauvais. D’un autre il accroit l’endettement alors que nous sommes dans une crise de l’endettement ! Et on ne sait pas trop l’emploi qui va être fait de ces sommes : restructuration d’emprunts antérieurs, précaution pour éviter toute crise de trésorerie pendant la durée de la récession, rachat d’actions,  investissements, acquisitions.

Bref on ne saura que dans quatre cinq ans si ce ne sont que des opérations de « haut de bilan » ou si cela va toucher le compte d’exploitation.

En attendant nous avons un de ces beaux mouvements moutonniers dont la finance a le secret et qui sont censé être supervisés par les autorités financières. Vous les avez entendus se manifester sur le sujet ? Non, bien sûr. Rien de plus difficile à freiner qu’une bulle !

Cynisme, insolence et mépris des grandes banques « universelles »: un exemple.

 On voit se développer dans la presse un courant d’exaltation devant les performances d’une banque comme BNPPARIBAS.   N’a-t-elle pas réussi à saisir à bon compte les dépôts de Fortis et à produire des résultats  positifs lors de son dernier trimestre publié ?   

Un article  récent du Figaro s’extasie sur ses résultats.  D’autres en profitent  pour renouveler l’idée reçue que les banques françaises sont « moins touchées que les autres ».

Nous ne sommes pas d’accord.

Nous prétendons que la constitution de mastodontes « trop gros pour être abandonnés à la faillite » , vivant dans la consanguinité perpétuelle avec l’Etat où ils imposent leur loi,  accumulant des parts excessives de la richesse nationale et en réservant une part excessive à une poignée de satrapes sans mérite,  dominant la presse par leurs financements et leurs encarts publicitaires (excluant tout article autre que de flagornerie) , multipliant les métiers incompatibles et risquant de ce fait de ponctionner abusivement les épargnants,   nuit à  l’intérêt général.

La gloriole  de voir se constituer un champion national français dans la mondialisation bancaire ne doit pas nous aveugler.

BNPPARIBAS  est allé mendier de quoi survivre auprès de l’Etat et de la BCE. Comme les autres.  Trois de ses fonds ont été pris dans la tourmente des subprimes et la solution choisie a été terrible pour les souscripteurs : l’impossibilité de sortir.  Même l’affaire Madoff  a touché la banque.   Heureusement qu’AIG a été renfloué car sinon bien des prêts assurés auraient du être passés en pertes et profits.   Si l’opération Fortis n’avait pas abouti il aurait fallu recapitaliser en toute urgence et pas par des petites sommes.  Il n’y a rien là qui mérite l’admiration.

Pour les clients la catastrophe a été certaine. 

La stratégie de BNPPARIBAS dans la partie banque de détail a été parfaitement claire : 

-          Repousser sur le client l’essentiel du travail de ses agents

-          Taxer ce travail.

Toutes les opérations sont taxées  sauf le dépôt lui-même et le chèque.  Et au prix fort. 

Les guichets ont été réorganisés et il n’y a plus qu’une seule employée au guichet dans nombre d’agences.   Vous voulez du cash ? Do it yourself au Gab !  Vous voulez remettre des chèques ? Remplissez vous-même le bordereau  SVP et revenez au guichet quand vous l’aurez  fait.  Vous voulez faire un retrait  important ? Commandez bien à l’avance.  Une opération internationale ? Allez au siège ou attendez des jours.  Vous voulez fermer un compte ? Mais c’est odieux cela !  Et gare  si vous avez un découvert !

L’activité de dépôt est doublement juteuse puisque à l’exploitation immédiate de la trésorerie par la banque s’ajoute le scandale ancien et jamais réglé des  décalages  abusifs de dates de valeur (le traitement informatique a complètement annulé la justification initiale du dispositif).

Naturellement le « client » n’a strictement aucun pouvoir  contre un tel mastodonte. 

Renforcer le mastodonte est-il dans l’intérêt de l’usager ? Evidemment non.  Il est clair que la rentabilisation de l’achat de Fortis  (à propos financé comment ?) va passer pour les usagers de la banque de détail  par la généralisation des  méthodes qui ont si bien marché pour la maison mère.

On dira : et la concurrence entre banques de détail ?  Il n’y a pratiquement aucune concurrence entre les banques de dépôts.  L’économie bancaire veut que seuls les très grands réseaux  puissent amortir les coûts marketings, informatiques et règlementaires.  Tous les petits réseaux disparaissent les uns après les autres.  Il se crée une situation oligopolistique renforcée par la puissance des syndicats professionnels (qui datent de Pétain)  et la consanguinité avec les pouvoirs administratifs et politiques  (voir l’origine des dirigeants et l’affaire Pérol).   Les banques étrangères ont pratiquement renoncé à créer des réseaux significatifs.  On reste entre soi. Dix personnes gèrent 80% des dépôts des Français.   La règle désormais c’est comme dans les mafias bien connues : touche pas au grisbi et à ma part de marché : « tous ensemble, tous ensemble … ».

Nous disons : d’accord la concentration est inévitable. Mais nous concluons : séparons au moins l’activité de dépôts des autres métiers.  L’oligopole au détriment du client à la base ne doit pas s’accompagner de sa spoliation organisée dans les sphères du placement.  La gestion des dépôts doit rester une activité de services et rendue plus concurrentielle qu’elle ne l’est actuellement.  Au prétexte de « sécurisation des dépôts » (qui ne sont en danger que du fait qu’ils sont utilisés par la banque pour son compte personnel)  on a accepté des encadrements et des pratiques anticoncurrentielles  qui ne sont pas compensés par les quelques mesures récentes visant à obliger les banques à faire apparaître  les frais  qu’elles ont récupérés sur le malheureux usager.  Il suffit de voir comment ces récapitulations sont faites pour qu’on imagine la grande rigolade de ceux qui les ont pondus.

Dès qu’on entre dans la sphère des placements, on constate combien le client est maltraité.  Les agences étant dégagées des tâches de service traditionnelles, les équipes restantes sont là pour faire du profit à l’aide de l’information captive qu’ils ont des dépôts. Un solde gonfle un peu ? A l’attaque.  Il faut placer, placer, placer.  Car l’activité de placier est très rentable et pratiquement sans aucun danger quand on travaille sur les sommes en jeu. 

Prenons un exemple : Wanadoo.  BNPPARIBAS touche d’énormes courtages pour placer le titre lors de son introduction en bourse.  Tous les  excédents de dépôts sont screenés et les commerciaux lancés sur la piste.  Il faut placer le plus de titres possible.  L’argumentaire a été rodé par les services centraux et inculqués aux commerciaux.  Des centaines de milliers de clients sont sollicités avec les arguments les plus alléchants.  Des dizaines de milliers souscrivent.  Le titre s’effondre. Il est racheté à 50% de sa valeur par l’émetteur, France Telecom,  qui a donc récupéré  des sommes colossales (au final la valeur de sa filiale, tout de même ! Madoff est un gentil garçon…et si bête)  sans aucune  justification.  Mais BNPPARIBAS a gagné à l’aller et au retour lors de l’opération de reprise des titres !  L’épargnant  a été le pigeon de cette sinistre affaire qui ne sera jamais dénoncée dans la presse : France-Telecom et BNPPARIBAS sont des annonceurs trop importants et leurs équipes trop liées à l’Etat (qui finance la presse) pour qu’on se mobilise.   Les crétins n’avaient qu’à ne pas acheter (qui les forçait) et s’ils font de mauvaises affaires c’est pour leurs pieds. Les mensonges n’engagent que ceux qui y croient.    Mettre les commissions gagnées en garantie  pour indemniser ne serait-ce que partiellement  les souscripteurs ?  Vous voulez rire ! En revanche lorsque la banque fera de mauvaise affaire ce sera pour les pieds des contribuables…

Encore s’agit-il dans l’affaire Wanadoo  du placement de titres  extérieurs (oublions les consanguinités possibles de conseils d’administration et le fait que France Telecom soit sans doute un client du placeur).  Mais la banque fabrique ses propres fonds.  Qu’elle place dans les mêmes conditions.  Et là pas question que les clients sachent combien la banque gagne et comment.  L’argumentaire ? Toujours le même : « nous sommes  gros donc votre argent n’est pas en danger.  Vous n’allez pas traiter avec des officines ! ». Encore et toujours l’argument de la taille. L’activité est hyper juteuse et sans aucun danger : tous les risques sont pris par le client.  La banque  touche à tous les bouts de la chandelle, mais les frais sont cachés au client.  L’important c’est de rester dans la moyenne des résultats  du marché, ce qui, compte tenu de la taille des fonds engagés,  est presqu’automatique.  Les fabricants internes  des fonds en question ne sont qu’une poignée  rémunérés par des bonus exorbitants. Les hauts dirigeants ne s’oublient pas au passage.  L’extension de la taille  de la banque permet de grossir les bénéfices de ce genre d’activités sans augmenter les coûts. Les rendements sont croissants avec la taille et une poignée d’hommes sans talents particuliers va toucher les rémunérations  extravagantes qui laissent sans voix le reste de la population.    

L’affaire devient encore plus croustillante avec les mandats de gestion.  Même plus besoin de rémunérer la cohorte des commerciaux en agence pour convaincre la clientèle captive.  On prime le commercial  une fois lorsque le pigeon a été rabattu de l’agence locale à la gestion de fortune.  Là on fait ce qu’on veut comme on veut quand on veut.

Dans n’importe quel autre métier que la banque, le mandataire ne peut toucher d’autres rémunérations  que les honoraires de son mandat.  Lorsque par exemple les syndics d’immeubles s’affranchissent de cette règle, ils sont poursuivis au pénal.  Si on prétendait imposer cette règle de base du Code à la banque, on entendrait sans doute jusqu’au fond de l’univers les rires inextinguibles de ces messieurs.   Regardez ma main droite mais pas ma main gauche.  Tous les départements ou filiales de la banque se servent sur la bête.  Courtages, commissions, frais,  toute la panoplie des rémunérations se met en marche sans que le client n’en voit  rien.  Les analystes de la banque conseillent les bons produits de la banque qui fonctionnent avec les services de la banque.  Une fois encore il s’agit de faire aussi mal que les autres en sachant que même si on fait pire l’argument  du poids de la banque et de la « sécurité » que la taille procure sera mis en avant.

Alors les gestionnaires font littéralement n’importe quoi pourvu que cela rapporte à la banque.  Les subprimes ne seront pas intégrées dans les comptes des clients français  en 2002 ou 2003. Mais généralement au premier semestre 2007 lorsque les courtages offerts par les courtiers américains pour se débarrasser de ces produits qui commencent à brûler les mains sont au plus haut.  Jamais l’état français n’a exigé de connaître les rémunérations  obtenues par les banques dans le cadre de ces opérations douteuses ni qu’elles soient restituées aux investisseurs lésés. Si vous avez lu dans la presse un article exigeant une telle étude ou la constitution d’une commission d’enquêtes parlementaire …

Un de nos correspondants nous a envoyé copie des placements faits par BNPPARIBAS sur un (petit) compte profil « équilibré » avec mandat de gestion.  On y voit à l’été 2008 des achats surprenants de titres de banques françaises.  Les titres sont BNPPARIBAS bien sûr (on n’est jamais mieux servi que par soi même)  et le 9 septembre 2008, la veille même de l’effondrement  général des banques, 31 actions de la Société générale, solidarité de place oblige.  Tous les banquiers savent à cette date que le marché interbancaire est bloqué, que les plus grosses difficultés bancaires se préparent.  Dès cette date on sait qu’il se passe quelque chose d’inhabituellement grave aux Etats-Unis.  Et les cours des banques sont déjà en chute libre.  La Société Générale est dans la ligne de mire depuis l’affaire Kerviel. Qu’importe : on achète dans le cadre d’un tout petit compte de profil équilibré un titre qui va perdre 70% de sa valeur et qui ne pouvait en aucun cas en gagner! 

Comment justifier l’injustifiable ?  Avec l’impudence la plus totale.   « La part dévolue à chaque classe d’actifs, l’allocation géographique et sectorielle  ainsi que le choix des valeurs relèvent de la stratégie  de la banque qui est adaptée à chaque profil de gestion selon un processus rigoureux », répond la banque à son client  essoré par de tels choix. « La gestion sous mandat ne peut être absente d’un secteur qui représentait environ 32% de l’indice Eurostoxx 50 en janvier 2008 et 20% de l’activité économique de la zone euro ».

Et passez votre chemin mon bon Monsieur.  Le fait que le secteur représentait   32 % de la bourse est la traduction d’une phénoménale anomalie et même le signe que le système était devenu fou.  Comment une activité qui normalement se rémunère de quelques pourcent sur le financement d’une part des investissements d’un pays, investissements qui ne représentent qu’une fraction du PIB peut elle atteindre le tiers de la valorisation des actifs boursiers ?  On sert comme argument  de bonne gestion le symbole même de l’énorme crise économique en cours !  Plus cynique, on ne peut pas.  Ici encore on voit le sourire sardonique de l’apparatchik qui a pondu cette prose.  A moins qu’il ne soit totalement inconscient.  Ce qui est fort possible.

Et la suite du texte montre comment on exploite la taille comme argument : « les quatre valeurs dans votre portefeuilles …sont des établissements bancaires européens qui occupent une position de leader sur leur marché ».  Evidemment BNPPARIBAS fait parti de la bande des quatre.

Quant aux produits pochettes surprises que BNPPARIBAS a concocté pour son bien aimé client il faut citer PARVEST AGRICULTURE, un fond très moral destiné à spéculer sur la faim dans le monde et qui a pratiquement perdu toute sa valeur (une variante de spéculation  dont le film de J. Rouffio, le Sucre donne un bel exemple).  BNPPARIBAS a fait souscrire à ce fonds une part considérable de sa gestion sous mandat, y compris  dans le cadre de l’assurance vie ( ?!) en unités de compte.   Evidemment ce fonds a été une tirelire permettant de toucher sur les toutes les opérations, la main droite cédant avec commission à la main gauche, etc. La routine.  Risque pour le BNPPARIBAS : aucun. Résultat pour les épargnants : la perte d’une part très importante de leurs avoirs mis sous mandat de gestion. 

Justification ?  «Pour diminuer le risque de votre portefeuille  nous avons acheté ce fonds dé corrélé des marchés actions et obligataires » !  Vous n’êtes pas plié de rire ? Spéculer sur les matières premières agricoles pour éviter de prendre des risques !   Il faut dire que dans le cas de notre petit épargnant  le profil équilibré avait été exploité jusqu’à la limite haute permise pour les actions. Alors que tout le monde savait que la bourse se cassait la figure (le plus drôle est que la lettre du « directeur de groupe » le confirme puisqu’il a voulu « décorréler » à des fins de protection contre l’évolution mauvaise de la bourse),  le portefeuille en question contenait tout de même près des deux tiers en actions alors qu’une gestion sage aurait consisté à revenir à la borne basse de 35% dès 2007.

Cette histoire du cynisme ordinaire, de l’insolence sans crainte,  de l’arrogance sans limite, et du mépris d’acier des banques pour leurs petits clients lésés  n’aurait qu’une importance anecdotique (sauf pour la victime)  si elle ne nous révélait  les méfaits de la course à la taille et la nécessité d’y mettre un terme.

Nous sommes les plus gros, nous sommes les plus forts, nous sommes les plus sûrs.  Bien sûr on vous a partiellement ruiné, et on vous ponctionne par tous les moyens possibles, mais lisez la presse : nous sommes les meilleurs.  On racheté Fortis (au détriment d’actionnaires ruinés) et nous faisons des bénéfices (enfin, c’est ce qu’on dit, on ne va pas vous parler de notre politique de provisions tout de même). N’est-ce pas là l’essentiel ?  Cherchez mieux si vous le pouvez, bouffon !  Non, là on exagère, voici la phrase exacte: « Je peux vous assurer que la  banque n’a d’autre motivation que celle de préserver vos intérêts. Votre centre de gestion privée est à votre écoute ».  Cause toujours dans ma belle oreille …

La course à la taille des mastodontes  ne peut qu’amplifier  ces phénomènes.  La course à la polyvalence aussi.  L’assurance doit être séparée de la banque ; la gestion privée doit être séparée de la production  de fonds de placement  ; les crédits doivent être séparés des dépôts ;  la gestion sur compte propre doit être faite dans des entreprises indépendantes.  Il ne faut plus qu’une banque puisse donner  comme justification à l’auto investissement des fonds sous mandat dans son propre titre le fait que la dite banque répond au merveilleux modèle de la banque universelle, un autre morceau de bravoure de la lettre citée.   

Il va de soi que nous n’avons rien contre BNPPARIBAS en particulier. Nous ne citons cet exemple que parce qu’il nous est parvenu par le hasard des relations des documents incontestables. Mais nous savons bien que c’est partout pareil. Ce n’est pas UNE banque qui nous préoccupe mais un SYSTEME.  Nous avons aussi retenu cette banque  parce qu’elle symbolise ici et maintenant  une certaine forme de triomphe médiatique bancaire.  L’exemple serait moins probant avec une banque qui connaîtrait des pertes  et qui aurait été rachetée…  Que l’on prenne la reine des banques universelles américaines, Citigroup, ou même Goldman Sachs si l’on préfère (preuve parfaite de la totale consanguinité entre Wall Street et la présidence américaine) ! Les faits seraient pires mais  la chanson resterait  la même.

Des banques polyvalentes et hypertrophiées dans  un secteur bancaire lui-même globalement hypertrophié sont, même et surtout  bénéficiaires,  même et surtout  triomphantes dans leur stratégie personnelle, contraires  à l’intérêt général de l’économie et à celui des particuliers.  

La presse, muselée par ses intérêts bien compris, restera muette. L’Etat français, dont les hauts fonctionnaires vivent en symbiose avec les grandes banques nationales, ne bougera pas.

 Reste l’opinion publique. 

Que la crise sévère où nous sommes permette au moins les prises de conscience nécessaires.

 

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des Economistes E-toile.

 

Que penser de l’emprunt obligataire de Microsoft ?

La décision de Microsoft de lancer un énorme emprunt obligataire de près de 6 milliards de dollars (selon les bruits de couloir), après avoir levé 2 milliards de dollars en billets de trésorerie, alors que le bénéfice 2008 dépasse les 22 milliards de dollars et la trésorerie est au dessus de 25 milliards,  et que la sortie de la prochaine version de Windows va une nouvelle fois déverser des flots de cash dans les caisses du géant de Redmond pose tout de même quelques questions.

On peut y voir les difficultés nouvelles d’un géant dont les marchés arrivent à maturité et qui doit, devant le repli de la demande mondial, se résoudre aux expédients que ses sur-bénéfices lui avaient fait dédaigner depuis toujours.  Les plans de licenciements se succèdent qui d’ici 2012 devraient atteindre près de 10.000 personnes.  Sur Internet Microsoft n’a pas réussi son pari du milieu des années 90 de devenir le leader incontesté. La création de marchés nouveaux s’est faite loin de lui et ses tentatives de rachat n’ont pas abouti à des résultats manifestes et même ont du être abandonnés pour un temps, comme dans l’affaire Yahoo !  

On peut certes se réjouir que Microsoft n’ait pas réussi dans sa stratégie de constitution de monopoles nouveaux sur des marchés neufs à partir des rentes des monopoles précédemment créés : l’OS, puis la bureautique, puis les serveurs, puis les outils de développement, etc. La téléphonie, la vidéo à la demande, les portails, les outils de recherche, ont résisté à l’emprise de Microsoft qui du coup devient sensible à la conjoncture.

Mais l’opération prévue donne quelques indications sur l’état de lieux sept mois après l’explosion du système bancaire.

D’abord, la récession est à l’évidence sérieuse si une tirelire comme Microsoft en vient à souffrir. Les courants d’affaires internationaux sont arrêtés non seulement pour les produits lourds mais aussi pour le logiciel.  On est loin des « subprimes » !

Ensuite, l’opération montre à quel point nous sommes encore dans une économie où la finance prend le pas sur tout le reste.

On a stigmatisé à l’envie depuis 6 mois le goût de lucre des dirigeants, les opérations bancaires hyper lucratives mais sans mérites particuliers, concentrant la fortune en quelques mains,  les effets de leviers excessifs utilisés pour maximiser les taux de profits.

Une des motivations possible et en partie annoncée par Microsoft est le rachat d’actions Microsoft par la société : on emprunte pour détruire des actions. L’idée est naturellement d’augmenter massivement le rendement par action et éventuellement les cours, ce qui est bon pour les dirigeants et leur stocks-options.  Le rendement interne d’1 dollar investi par Microsoft est, à l’évidence, supérieur aux coûts très bas de l’emprunt. Ce qui veut dire que le bénéfice par action est là encore fortement accru.  Nous sommes donc typiquement dans les opérations financières de haut de bilan  qui ont été dénoncées depuis l’instauration des changes flottants et qui s’était traduit par la crise obligataires des années 70 et 80,  et les déviations subséquentes avec enchaînement des crises financières. On reste donc dans la logique du passé.

Si des épargnants veulent souscrire, ils vont à nouveau se trouver confrontés à un problème de change : bonjour les montages subtils pour pallier au risque.  Il parait qu’il fallait mettre fin à ces dérives !

L’épargne n’est pas canalisée vers l’emploi et la création de postes mais sert à conforter des stratégies financières concernant uniquement les possesseurs de capital ! 

Naturellement les énormes ressources accumulées peuvent servir à des rachats de part de marché sur Internet.  Ce qu’on n’a pas pu faire par la concurrence on peut essayer de le faire par la puissance financière. Même dans ce cas nous restons dans le haut de bilan et l’effet de levier. Une spéculation aura été faite sur la différence de rentabilité des sociétés rachetées et non plus des investissements internes par rapport au coût du crédit.  Dans toute crise, même gravissime, il reste des entreprises qui connaissent de fortes croissances.  Microsoft a traversé la crise de 92-93 et  celle de 2000-2001 sans pratiquement laisser de plumes. Il lui faut  désormais acheter les locomotives actuelles du marché Internet et éventuellement se placer sur les « blockbusters » de demain. 

Une fois encore il s’agit d’une stratégie purement capitaliste sans bénéfices évidents pour le consommateur et le marché de l’emploi. Quelques grosses banques vont bénéficier de commissions sans rapport avec les coûts engagés. De jolis bonus à prévoir pour une poignée de cadres bien placés dans le système. La banque a cessé de prêter mais garde son rôle de placier.

Nous vivons la crise avec les  idées d’avant la crise dont on nous dit qu’elles étaient à l’origine de la crise et dont on nous assure qu’elles sont désormais derrière nous.  Nous sortirons de la crise comme nous sommes sortis de celle de 2001-2002. Les taux d’intérêt presque nul ont les mêmes effets, que Bernanke soit chef ou sous chef de la FED (c’est lui qui a piloté la baisse des taux d’intérêt en 2001-2002 jusqu’à la rendre négatifs,  sous Greenspan).

Plus cela change, plus c’est la même chose. Ou plus exactement quand on ne change rien,  rien ne change.

Des ressorts de croissance existent dans les pays développés

Une des erreurs économiques les plus fréquentes, encouragée par la grave récession que nous vivons, est de croire qu’il n’existe pas de ressorts de croissance dans les pays développés dont l’industrie serait vouée à disparaître, aspirée  par le trou noir économique que serait la Chine.

On ne peut prouver une idée fausse que par l’observation. Alors regardons !  Au pire de la récession deux sociétés font un tabac et connaissent des résultats fabuleux.

La première est Nestlé avec son produit Nespresso.  Le succès est inimaginable.  A Lausanne comme à Vevey, malgré la construction de nouveaux immeubles dédiés, on ne sait pas où mettre les nouveaux recrutés. 

Cas modèle pour les écoles de management, ce succès porte aussi quelques leçons économiques générales.

La première est que ce marché nouveau n’est ouvert que pour les pays développés. Il fallait un certain niveau de vie global pour qu’il se révèle.  Les économies développées offrent donc des champs nouveaux à l’expansion dans leur propre dynamique.

Le rapport du produit avec les pays émergents est simplement lié à la matière première, le café qui ne pousse pas dans les pays de consommation les plus importants.  Ce rapport est positif. La croissance des pays producteurs en est facilitée.  Autant pour ceux qui pensent que les économies occidentales sont nécessairement prédatrices !  La valeur créée dans ces pays permet un développement des consommations qui à son tour permet des exportations des pays développés.

Les postes de travail qui sont créés sont principalement des postes non qualifiés : logistique, vendeur en magasin.  Autant pour ceux qui postulent qu’il n’y a plus d’emplois que pour les techniciens qualifiés !    

La solution repose sur des brevets techniques et surtout sur une maîtrise parfaite du « marketing mix ».  Alors que le marché existe depuis longtemps, voire par exemple l’expérience d’Illy de ventes de café en dosette,  Nestlé a réussi par sa compétence marketing globale à devenir le leader du marché et l’a porté à un niveau inespéré.

La consommation de café Expresso à domicile a certainement eu un impact sur des marchés de distribution voisin : les cafés-tabacs  en ont subi une partie du choc ainsi que les autres canaux de distribution.   Globalement le consommateur en a profité. Et les Etats via les impôts et taxes et les populations via l’emploi dans les boutiques et les canaux de distributions.

Il a fallu des spécialistes de haute volée pour créer la technique, pour concevoir les emballages et les boutiques, pour mettre en place des stratégies de communication et de  conception de produits attrayantes et efficaces.  Des vedettes de cinéma, des agences de publicité, des designers se sont enrichis.

Si vous avez vu la Chine dans le tableau, vous êtes drôlement forts !   Elle est totalement absente de l’affaire et sera un pays consommateur massif en dû temps. 

 

Prenons maintenant le succès significatif de l’I-pod produit par Apple.  Le téléphone portable est un produit nouveau (il a commencé sa percée verticale il y a à peine dix ans) et  la nouveauté n’est plus dans la téléphonie mobile mais dans une suite invraisemblable de services et de produits nouveaux permis par l’innovation technique incorporée dans cette forme nouvelle de  « combiné » mobile.    Le dossier de programmation de l’appareil a déjà été chargé plus d’un million de fois. Des programmeurs astucieux voient leur rémunération exploser grâce aux recettes  obtenues par la diffusion de leur solution sur l’appareil. Les séminaires de programmation refusent du monde. Un véritable eldorado avec des mouvements de foules immenses comme au premier temps de la micro informatique.  

Le succès n’est possible là aussi qu’à partir de l’existence d’une infrastructure suffisante et un niveau de vie qui permet d’exploiter   les avantages  largement psychologiques   du nouveau produit.  Il faut un large développement d’Internet, des réseaux de téléphonie mobile, des systèmes de production d’information.

Les ingénieurs de conception sont tous en occident, et largement aux Etats-Unis qui a concentré la capacité d’innovation technologique  et technique. La fabrication ? Tout le monde s’en fiche. Elle ne concerne pas les pays consommateurs autrement que par le prix. Si le prix est suffisamment bas  pour que le produit trouve son marché, tout va bien.  Fabriquer en local au risque de ne pas trouver de marché pour un produit trop cher ? Quel intérêt ?  Alors le succès du produit permettra le développement hors de la sphère développée en fournissant des ressources  nouvelles. Ces ressources permettront un accroissement de l’emploi, de la distribution de salaire, de la consommation et donc de la demande aux pays triches de produits plus sophistiqués.

Une fois de plus les pays développés sont la source de nouveaux produits adaptés à leur niveau de développement et qui permettront de l’accroitre. 

Les postes de travail créés sont ici aussi le plus souvent non qualifiés et se retrouvent dans la logistique et la vente.  Mais il a fallu des designers, des publicistes, et des ingénieurs pour les concevoir et les packager de façon attrayante et efficace.  Les medias, presse et télévision, ont profité de la manne publicitaire.  Les fournisseurs de produits associés connaissent un fort développement.

Il n’y a donc aucune fatalité d’une pénurie définitive de croissance dans les pays riches et de conflits d’intérêt durable entre toutes les économies de la planète.

A une condition cependant : que les transferts de ressources puissent déboucher et ne soient pas stérilisées.  Ce qui implique pour simplifier que les balances de paiements s’équilibrent et permettent que les « produits s’échangent contre des produits ».  Les crises ne sont jamais des crises liées aux produits mais essentiellement des crispations monétaires dues à des dérèglements structurels (par exemple les changes flottants) ou comportementaux (la montée de surendettements  intenables).

Faute d’avoir une idée précise de l’empreinte carbone des deux produits et de leur processus de production, il est difficile de déterminer si les deux produits cités permettent un développement respectueux de la planète.  Il est probable qu’il aurait fallu être un peu plus exigeant avec les deux producteurs pour le recyclage de leur produit respectif.  Mais on ne voit pas en quoi ces consommations se substitueraient à des produits plus écolos et contribuaient    plus que les produits existants aux effets de serre.

 

L’important pour la France, l’Europe, l’Occident, le monde, est de maintenir un flot d’innovations  gagnantes.  Jamais autant d’ingénieurs et d’entrepreneurs  n’ont été mobilisés pour se faire.  Aidons- les. Allons de l’avant.  Ce n’est pas le facteur communiste Besancenot ou le protectionnisme  contre les délocalisations, les impôts délirants des Madoff municipaux ni le malthusianisme généralisé  qui nous sauveront. 

Mais le dynamisme et la création.   Pour un français la vraie leçon des deux exemples c’est qu’aucune des deux ne vient de son pays.  La France ne doit pas cesser d’être dans le coup.  Pourquoi ne le sommes-nous plus ?

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

Le presse française étouffée par les subventions

Nous avons besoin d’une presse nationale quotidienne.   On a donc monté des Etats généraux de la Presse. Qu’en sort-il ? 

 

Un appel éhonté à la subvention tous azimuts. Appel immédiatement entendu.  Une longue tradition.

La PQN est récompensée de son travail permanent en faveur de l’impôt. Crier « Vive l’impôt » semble être en effet son exercice  principal.  Après tout,  on lèche la main qui vous nourrit.
Et à qui ont demande absolument tout.

Pendant des lustres la presse parisienne a montré la lâcheté la plus grande vis-à-vis des « ouvriers du livre », un « closed shop » totalement abusif et mafieux.  Quand un patron de presse  a décidé de l’affronter les autres l’ont laissé tombé.    Ce syndicat infect a réussi à imposé des conditions de travail exorbitantes qui rendent impossible la rentabilité d’un journal.  

L’anecdote suivante nous a été racontée au hasard d’une rencontre. Elle date un peu et nous n’avons pu la vérifier.  Nous faisons confiance à celui qui nous l’a racontée mais naturellement la livrons avec toutes les réserves d’usage. Elle peut être fausse. Même si on ne voit pas trop pourquoi il aurait inventé de tels détails.

« Un brave garçon est engagé par piston familial  par le syndicat. Il doit « gérer » les gros sacs de journaux qui tombent régulièrement à destination des différents coins de France.  Il faut prendre le sac et faire pivoter un portique pour le porter vers les postes de camionnettes ou de motos chargés de la diffusion.  Un sac tombe à peu près toutes les trente secondes. Il faut dix secondes pour le diriger  à poste et l’y faire tomber.  Le syndicat a exigé 5 postes de travail pour cet exercice qui dure environ deux heures chaque jour. 

Il a obtenu un salaire, pour ces deux heures effectives, comptées 5 heures contractuelles,  de 800 Euros net par semaine.  La plupart des privilégiés qui bénéficient de cette planque travaillent  ailleurs pendant la journée, souvent comme permanents syndical.  Ils gagnent en général entre 4 et 6000 euros par mois.    Les 5 personnes affectées directement sur choix du syndicat sont rarement là toutes en même temps et pour toute la durée prévue. 

En général on ne voit que trois ou quatre personnes qui naturellement se tournent les pouces.  Elles travaillent environ 20 secondes toutes les 5 minutes, ce qui n’est pas tuant.  En fait on assure une rotation, ce qui fait qu’on peut passer 20 à 30 minutes à ne rien faire sinon lire le journal. 

Installer un carrousel automatique qui permettrait à une personne de desservir tous les points de chargement coûterait environ 30.000 Euros. Le syndicat s’y oppose ainsi qu’à tout changement dans les effectifs sous peine de blocage instantané de la diffusion.  Le simple triage  des sacs revient donc à près de 3 millions d’euros annuels, charges comprises.

Notre jeune « travailleur » s’ennuie. Il a besoin de s’activer un peu.  Un jour où son énergie était forte il assume seul le traitement des sacs pendant toute la session au milieu des quolibets. Le lendemain il est viré ».  

Evidemment, si l’anecdote est vraie,  on comprend que  les frais d’impression des journaux parisiens soient largement au dessus de tout ce qui se pratique ailleurs (entre 65 et 100% de plus !).  Si elle n’est pas vraie, il n’en reste pas moins que ces coûts sont bien supérieurs  à tous ceux qui se pratiquent dans le monde.
Que faire ? Tout aussi évidemment  demander à l’Etat c'est-à-dire aux contribuables de compenser ce surcoût abusif.  L’abjection est le compagnon général de la lâcheté.  
 
 Le catalogue des mesures fiscales énumérées par le Livre vert est proprement ahurissant et l’acceptation immédiate par N. Sarkozy est  dans la tradition des excès interventionniste de l’Etat dès qu’il faut faire des cadeaux à des catégories qui pourraient être hostiles.

600 millions d’Euros seront donc débloqués pour la presse, un ensemble économique qui fait travailler directement 60.000 personnes, soit 10.000 Euros par tête.  Si on appliquait le même traitement aux 16.000.000 de salariés du secteur marchand on arriverait à une jolie enveloppe :  cent soixante milliards d’euros.  Le plan de relance à 26 milliards fait mesquin à côté !

On joue sur tous les registres fiscaux,  en plus des avantages fiscaux déjà existants.

Inutile de dire que la niche fiscale du statut de journaliste n’est pas touchée ! Mais on reporte les accords avec la Poste qui subventionne la presse et qui voudrait que cela cesse.  L’Etat veillera à compenser la perte !

Nicolas Sarkozy, selon le principe qu’un Président de la République ne parle à une profession qu’en distribuant des douceurs,  qu’un homme politique qui ne subventionne pas n’a en fait rien à dire et qu’un représentant de l’Etat n’est légitime que comme guichetier dispensateur, a fait lui-même la liste des gâteries données à la profession.  Une heure entière de distribution  fiscale.

On aligne la presse internet sur les règles fiscales de la presse écrite.  On subventionne les investissements sur internet y compris via des subventions « recherche ».   Le 39 bis, une règle fiscale permettant de disposer d’un  « tax shield » fiscal très important sur les dépenses d’investissement est étendu  à tout et à tous. Il devient un « 39 bis citoyen » !   Se moquer ainsi du contribuable est merveilleusement poétique et fait vibrer tout journaliste qui se respecte tant le cynisme reste à la base de la culture locale.

Et on ouvre tous les robinets : l’Etat doublera ses insertions publicitaires dans la presse ; il renforcera son aide à la modernisation de l’outil industriel. Il exonérera des charges patronales les porteurs.  Il prendra en charge la modernisation des points de ventes.   Il passera de 8 à 70 millions d’euros l’aide au portage,  il assurera le coût de reconversion des « sureffectifs que tout le monde connaît »  dans les imprimeries, paiera la formation. Il accordera une déduction fiscale de 66% à ceux qui feront un don aux journaux.   Il paiera le transport des journaux dont l’abonnement sera accordé gratuitement aux jeunes de 18 ans.

En un mot une presse qui est à l’heure actuelle pour l’essentiel détenue par des marchands de canons ou de riches banquiers   qui ont investi dans des danseuses sous capitalisées et sans rentabilité  où ils n’ont d’ailleurs aucun pouvoir,  qui n’a su prendre aucun des tournants de la modernité et encore engluée dans des tourments idéologiques et syndicaux graves,    va se voir tenu hors de l’eau par la subvention publique généralisée.  Sans faire la moindre réforme. Sans engager le moindre changement significatif.

Prenons le journal Le  Monde. Il est pratiquement coulé par la crise de 93.  Une chance s’offre à lui : abandonner le « magistère de la connerie de gauche » après la chute du mur. Il peut enfin s’engager dans la seule cause qui vaille à gauche : l’ouverture, l’observation juste, l’honnêteté, le soucis de la vérité, … 

Il choisit une option différente : Edwy Plenel l’engage dans l’ignominie ; Colombani dans le capitalisme pur et dur.  L’option Internet est le seul bon choix.  Au bout du compte le grand écart est trop... grand.  Le triumvirat Minc, Colombani, Plenel est viré.

La partie internet devient payante et elle se surcharge de publicité envahissante qui ne permet même plus de voir les contenus.  Le Figaro qui reste libre devient la plateforme internet numéro 1. L’effondrement par vente par appartement de l’empire constitué par Colombani,  par l'emprunt,  s’accélère. Le journal après le juste livre de Péan a perdu tout crédit et s’oriente vers une triple évolution complètement contraire aux nécessités telles que vues par les clients :

-    Les libres opinions redeviennent purement idéologiques : les rédacteurs du monde ne renoncent pas à leur rôle de juge du « bien penser à gauche ».
-    On fait de chaque numéro un magazine avec des articles de un ou deux pages entières.
-    La partie brèves est châtrée et devient du recyclage d’info prises ailleurs.  L’aspect journalier du journal meurt !
Le résultat peut être constaté tous les jours : un pas quotidien vers la faillite.

Là où il fallait être ouvert, libre, rapide, solide on reste fermé, prisonnier de l’idéologie, lent,  vulnérable sur les questions d’honnêteté et de bon journalisme.

Le Figaro suit une évolution parallèle dans la partie rédaction : tout est redevenu prévisible et conventionnel. Le souffle donné par FOG est retombé.  On s’endort en lisant le journal. En revanche, le Figaro qui avait un forum sur internet totalement nul, devient une plateforme plus libre et plus ouverte sur le commentaire direct de l’actualité. 

Mais Serge Dassault se demande encore pourquoi il a acheté si cher une danseuse qui ne fait que perdre de l’argent et qui lui interdit toute action rédactionnelle !     Il pourrait bien se lasser…ou mourir ! Que deviendrait alors le Figaro ?
Il appartient aux groupes de presse de se réinventer et de trouver comme on dit « un nouveau modèle économique » sans le soutien de l’Etat.

Que ce soit sur la partie internet ou  pour la presse papier, la tendance est d’ajouter des liens vers des activités totalement commerciales.  Ces activités deviennent subventionnées indirectement par les subventions à la presse. Est-ce normal ?  

Un site internet  de journal qui devient un point d’entrée vers des sites de rencontres ou d’achats, donc un portail,  doit-il être subventionné ?  Un journal qui intègre dans ses pages un encart publicitaire pour par exemple ING DIRECT et ses taux mirifiques à 6% doit-il voir la diffusion de ce message commercial subventionné ?

De plus en plus les journaux seront des portails dont le rendement sera lié aux activités annexes qu’ils entraineront.  Faudra-t-il réellement ajouter la subvention aux rémunérations commerciales  et à la pub, sachant que le paiement du journal devient une recette dérisoire, portée d’ailleurs si haut en France que plus personne ne souhaite acheter un objet si cher et si pusillanime ?  

La crise met en difficulté des groupes qui comme Schibsted  ont parcouru un long chemin sans subvention vers la constitution des modes de fonctionnement de demain : 9000 salariés ; une couverture internationale couvrant 21 pays ;  une présence sur le WEB et le téléphone mobile.

Mais c’est clairement par là qu’il faut aller.  L’audience internationale  avec des éditions en anglais est indispensable.  Une bien plus grande vitalité et réactivité avec une indépendance totale vis-à-vis des idéologies et des conventions, la pertinence dans l’impertinence,  est absolument requise.

Cette forme de symbiose entre syndicats prédateurs et violents, journalistes poseurs et subventionnés,  journaux  sans capitaux et capitalistes sans pouvoir,   commerçants qui se veulent non commerçants, le tout arrosé à des niveaux inconvenants par l’argent des contribuables, sur fond d’effondrement international et de fuite du lectorat national  est scandaleuse.

A Nicolas Sarkozy qui vient de rejouer  la pièce mille fois jouée du : « je te tiens par la barbichette »,  il faut poser une fois de plus la question : où est la rupture ?

La vraie solution était : supprimer immédiatement et sans faiblesse la totalité des subventions.  On aurait vu s’activer aussitôt les neurones et la peur étant bonne conseillère, les réformes nécessaires auraient été prises aussitôt.

L’arrosage de subventions n’est pas seulement scandaleux du point de vue du contribuable ; il l’est aussi  pour le journalisme et l’ensemble de la presse.   On a encouragé une fois de plus  la presse-paresse à se rouler dans  la mélasse dans laquelle elle s’est enfermée en France par sa propre faute.  On lui accorde de continuer à s’y vautrer avec l’aide attentionnée de l’Etat.

On a le droit de ne pas être d’accord.

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des Economistes E-toile.

Aux fous !

Après le trader fou de la Société générale, le banquier fou du Crazy Lyonnais voilà le placier fou de la BNP.

On parle de banque universelle.  Universellement folle.

Quand on sait qu'on a été jusqu'à donner l'autorisation aux banques de mouvementer sans l'autorisation expresse des clients  leurs comptes chèques !

Mélanger les genres n'a jamais été bon. Permettre à un banquier de toucher sur tous les bouts de la chandelle tout en étant renfloué par le contribuable et en faisant digérer les pertes par les clients est au dela de l'absurde.

Les courtages sur les subprimes étaient gigantesques : on en a fourré partout où on a pu.  Le courtage sur les fonds Madoff étaient extrêmement gras.  Allons-y gaiment. Tout en touchant des honoraires de gestion sur les victimes de ces placements abjects.

Mais en même temps on taxe toutes les opérations du compte chèque.  Mais en même temps on joue sur compte propre quitte à mettre en péril les dépôts.

Que l'on sépare au moins la banque de dépôt et la tenue des comptes chèques du reste de l'act(ivité bancaire.

Le concept de banque universelle qu'on essaie évidemment de nous "vendre" à tour de bras comme plus "résistant" à la crise est pourri jusqu'à la racine. 

Les banques universelles ont trop de pouvoirs et trop d'opportunités de conflits d'intérêts avec une concentration excessive des possibilités d'enrichissement facile, les risques étant laissés aux contribuables et aux clients, victimes passives et impuissantes.

On aurait du nationaliser BNP PARIBAS, liquider l'ensemble de ses équipes de direction, fragmenter le molosse entre entités raisonnables et fonctionnellement sans possibilités de truander à ce point le vulgum pecus.

Il faut réformer de fond en comble le système financier et mettre fin à des anomalies qui désormais prennent une ampleur délirante.

Et il ne faut plus qu'on sauve ce qu'il faut bien appeler des truands au nom du salut supérieur de l'épargne.

La gestion privée doit être séparée des banques généralistes et soumises à une législation extrêmement stricte interdisant tout risque de conflits d'intérêt.  La rémunération des gérants de fortune doit être exclusivement basée sur la notion d'honoraires et non pas sur les courtages, les ristournes, les participations aux bénéfices, et milles autres moyens de se servir sur la bête.

Le mandat de gestion ne peut exonérer de toute responsabilité le gérant. Il faut en particulier que les risques pris sur des opérations dangereuses  soient officialisés actes par acte et non pas dans un cadre global qui ne veut rien dire. 

Quant aux honoraires, sachant qu'en moyenne de longue période le rendement moyen d'un portefeuille de 3 à 4% il ne doit pas dépasser .75%, avec une prime éventuelle en cas de bon résultat. 

Voir des équipes de 4 à 5 personnes gérer près de 10 à 50 milliards d'euros de fonds générant 2% de frais de gestion et autant de courtages et commissions diverses,  a quelque chose de délirant.  Surtout lorsqu'on sait qu'ils sont totalement épargnés en cas de désastre.

Les fortes rémunérations doivent aller aux risques personnels pris. Que les gestionnaires de fortune se mettent tous  en commandite et soient responsables sur leur fortune propre.

Finissons en avec le Bouton, le Prot et tous les énarques pantouflards qui tiennent l'Etat et savent y faire pour détourner les moyens de la loi à leur avantage exclusif.

Ces dirigeants de banque universelle qui s'en mettent plein les poches sans prendre aucun risque et en gagnant sur tous les tableaux, décidément ce n'est plus possible.

Et félicitons encore les patrons de Fortis et Natixis, pour l'ensemble de leurs décisions. A chaque fois qu'il fallait aller dans un piège ils ont foncé tête baissée.  Dans les deux cas ce sont des banques de dépôts qui ont voulu se faire banque universelle avec des capacités tous azimuts (banque d'investissement, gestion de fortune, etc.).  Les grenouilles ont voulu se faire plus grosse que les boeufs. 

Mais les boeufs sont tout aussi coupables.

L'année 2009 va être une longue litanie de désastres bancaires successifs. Avec à chaque fois une grosse surprise ? on croyait que c'était fini et qu'ils avaient tout dit. 

En 1929 les banques ont commencé à s'effondrer en 32-33-34. Dix mille banques cesseront leurs paiements. Nous en sommes aujourd'hui à l'équivalent de la situation de 1930 ! Bonjour le futur radieux. 

Il faut restructurer et réorganiser maintenant. Avec la plus extrême dureté et des idées claires : spécialisation et responsabilité.  Au lieu de cette recette pour la folie générale : universalité et irresponsabilité.

 

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes E-toile



Les certitudes dans la crise mondiale (3) : la réforme nécessaire du système bancaire

Banque universel = drame universel

Cette crise est à nouveau une crise bancaire.

La confusion des genres a été portée aux plus hauts sommets.  Les banques ont une fois de plus tout aggravé sans bénéfices pour personnes sauf quelques lascars qui se sont enrichis sans vergogne.  Le blocage des banques a arrêté pile l’économie mondiale.

Il a fallu une fois de plus l’intervention des Etats pour éviter le pire,  la disparition complète du système bancaire.  Si une panique à l’échelle du monde s’était produite, c’est en effet la banque mondiale dans son ensemble qui aurait disparu. Nous disons bien DISPARU !

Nous assistons aujourd’hui au renflouement bancaire  le plus massif de toute l’histoire de l’humanité avec des banques qui n’ont plus qu’une seule obsession : reconstituer leur capital en renchérissant de façon ahurissante le coût de l’argent et de toutes leurs opérations.  

Les banques n’ont pas seulement été la cause de la crise mais pire encore elles l’entretiennent.  En plus avec l’argent de leurs victimes !
La leçon immédiate qu’il faut tirer de cette crise, c’est l’obligation et l’urgence de réorganiser totalement le système bancaire.


La première règle est qu’il faut désormais séparer totalement la gestion des dépôts et des crédits.  Les dépôts sont des droits. Ils ne peuvent être mis en danger par ceux  à qui on en confie la garde et dont le seul rôle est de faciliter l’emploi des dépôts  pour les paiements.   

Les banques dans cette affaire ne doivent pas avoir un rôle autre que celui de notaire et de prestataires de service.  Bien sûr ce service et ceux qui lui sont associés comme l’utilisation des chèques et des virements serait facturé.  Les dépôts sont contre assurés à la banque centrale et la position de chaque banque tenue au jour le jour.  La concurrence entre les réseaux bancaires maintiendra les tarifs dans les limites raisonnables. 

Dans un tel système il ne peut y avoir de ruée sur les dépôts : au pire les particuliers se retrouveraient avec des masses de billets de banques fournis par la Banque centrale. On aurait juste un changement de structure de M0 ce qui pour un économiste n’a réellement aucune importance.

La seconde règle est que l’organisme bancaire qui croit pouvoir mieux que quiconque déterminer les placements rentables pourra le faire dans la limite de certaines règles prudentielles relative à son capital.  Les dépôts créés par ces crédits iront se loger hors de chez elles dans le système précédent. Les remboursements intérêt et principal venus à terme on vérifie s’il y a gain ou perte : les pertes s’affecteront au capital des banques.   La perte sur un portefeuille de crédits est l’affaire de la banque pas de la collectivité. 

La troisième règle est que les organismes financiers de gestion de fortune ne doivent pas être les banques.  Ces organismes ne font que gérer des propriétés qui ne sont pas les leurs. Ils reçoivent à cette occasion des honoraires  et ils ne peuvent en aucun cas être rémunérés autrement que par ces honoraires.  Comme les syndics ils n’ont pas droit de toucher des rémunérations  de leurs fournisseurs : courtages, primes etc. doivent être strictement interdits.  Leur rôle est de déterminer les possibilités d’investissements qui se présentent et en fonction des risques que veulent prendre leurs clients diversifier le portefeuille de façon convenable.  Le capital de ces sociétés doit permettre de couvrir une part notable de la valeur des portefeuilles gérés.

Il faut interdire ABSOLUMENT aux banques de toucher sur tous les tableaux tout en faisant prendre l’exclusivité des risques aux épargnants.   

Prenons un exemple : un gestionnaire de fonds reçoit la proposition d’acheter un bloc de subprimes moyennant une énorme commission ; actuellement il peut le faire et fourrer tout cela dans les comptes de son client en empochant à titre personnel le courtage.  Si c’est une banque qui en plus a été chargée de faire la commercialisation de masse, elle s’enrichit non pas du mandat de gestion et de sa sagesse de placement mais de la facilité qu’elle a de bourrer les comptes de ses clients en touchant  et la commission du grossiste et celle du détaillant. 

Il s’agit du meilleur cas. Le pire, c’est lorsqu’une banque a spéculé sans limite sur compte propre et qu’elle se débarrasse dans les comptes de sa clientèle privée de ses positions les plus risquées (du genre : larguer les subprimes juste au moment où ils commencent à sentir mauvais, comme cela a été fait à une très large échelle un peu partout).

La quatrième règle est la plus simple :   à chaque horizon de placement doit se trouver une ressource de même horizon.   Les ressources à long terme doivent financer les prêts à long terme.  « Transformer » des ressources à court terme pour financer du long terme est le genre de passe passe qui se retourne TOUJOURS contre la collectivité.

Il est facile de vérifier que la plupart des ennuis que nous connaissons depuis juillet 2007 auraient été IMPOSSIBLES dans un système de ce genre. Qui en aurait été gêné ? Personne. Les banques n’ont pas besoin des dépôts pour avoir une politique de prêt : il leur suffit soit de disposer des capitaux nécessaires soit d’emprunter les capitaux sur le marché monétaire et gagner sur la différence des taux.

Ajoutons que la typologie des prêts et leur marché de destination doivent être fournis aux autorités de surveillance de crédit et que ces dernières doivent avoir le pouvoir de faire cesser une expansion déraisonnable des en cours.  La crise de l’immobilier de bureaux qui avait quasi mis en faillite le système bancaire en 93-94  suivait une hausse de 700% des encours ! Celle des CDO a suivi une hausse du même ordre des encours (ils grimpaient de 100% par an à partir de 2002 !).  Ce n’est tout de même pas difficile de faire clignoter un feu rouge.

Une telle réforme doit d’abord être prise en Europe puis étendu au monde par une politique simple : toute opération avec des banques qui ne respectent pas ces règles seront interdites !

On aurait du profiter de la crise comme nous l’avons écrit pour nationaliser toutes les banques et faire les restructurations en conséquence.  En temps utile toutes les banques auraient été remises sur le marché.

Le coût global de cette sinistre affaire aurait été beaucoup plus faible pour la collectivité et au moins on serait reparti sur des bases saines alors que nous allons patauger dans la glue encore pendant longtemps. 


Didier Dufau    pour le Cercle des économistes  E-toile



Les certitudes dans la crise mondiale (2) : l’impuissance des banques centrales

Lorsqu’on étudie l’histoire des banques centrales ont est frappé par l’écart entre la haute réputation que ces institutions ont réussi à imposer au public et leur remarquable inefficacité. 

La France monarchiste a essayé avec Law un système qui s’est assez rapidement effondré, avec la Révolution un nouveau système qui s’est tout aussi vie  effondré et avec Bonaparte puis Napoléon un   système centralisé et pompeux  qui a tenu, mais essentiellement parce qu’il avait un monopole et que les billets étaient totalement convertibles en or et argent, et que la Banque n’avait aucun rôle vis-à-vis d’un système bancaire qui ne sortira de la léthargie qu’avec napoléon III. 

A partir de 1844 et le Banking act, la Grande Bretagne a eu sa banque centrale et son monopole absolu d’émission des billets.  Le résultat sera une formidable dépression dans les colonies et un système de « stop and go » absolument désolant qui a marqué tout le reste du 19ième siècle.  Entre 1873 et 1878 par imitation de la Banque centrale anglaise le bon chic bon genre et le prêt-à-porter  intellectuel de l’époque imposent un étalon or unique dont le premier effet est de provoquer une dépression pendant près de 15 ans !

Aux Etats-Unis, il faudra attendre la crise bancaire de 1907 pour qu’on crée une banque centrale sans lui en donner le nom  et en la divisant en un grand nombre d’établissements régionaux.  La grande crise de 1929  démontre que des erreurs ont été commises par ces banques qui n’ont rien vu venir de la débandade spéculative  et qui ont aggravé les choses.  10.000 banques disparaissent aux Etats-Unis alors qu’on avait créé une banque centrale  pour stabiliser le système bancaire ! C’est l’Etat par l’intermédiaire d’une obscure officine  la Société Fédérale d’Assurances des Dépôts  qui stoppe la crise de défiance des déposants.

  Aujourd’hui plus aucun observateur ne doute que la politique de la FED sous Alan Greenspan a été gravement perturbatrice, renonçant à toute régulation protectrice pour l’épargne et le système bancaire, oubliant totalement le change du dollar,  et faisant faire le yoyo aux taux d’intérêt dans des proportions déstabilisante. Passer d’abord en 2002 à un intérêt NEGATIF, le maintenir plus d’un an  et le  remonter ensuite à 5.5%, était-ce bien raisonnable ?

Le projet d’Euro d’abord par son ombre porté puis par sa réalité vécue en tant qu’institution  a toujours eu un rôle dépressif.  La BCE n’a rien vu venir et n’a rien su ou pu prévenir des pratiques bancaires dangereuses.  

Lors la FED cesse de publier M3, C. Noyer, vice président de la BCE,  ne trouve qu’une chose à dire, de tête à peu près cela : « avec les nouveaux produits de placements de toute façon cela devient compliqué à interpréter ». C’est ainsi que les CDO ont fait leur apparition dans le discours des banquiers centraux :   on ne comprend pas trop mais on ne fait rien. Ce brave garçon sera aussitôt nommé à la tête de la Banque de France, toujours aussi prestigieuse mais sans aucune fonction autre que micro résiduelle !

Lors que la crise éclate en juillet 2007 les banques centrales sont totalement surprises et il ne se passe …rien. Il faudra que l’explosion générale  ait lieu à partir de la mi-septembre 2008 et  que tout d’un coup la panique gagne tout le monde et que les banques soient à la merci d’une ruée des déposants. Qui l’empêche ? Les Etats comme en 1929.  Seules les garanties d’Etat permettent d’éviter l’effondrement.  Mais le Secrétaire d’Etat au Trésor, M. Paulson, a eu tout de même le temps de faire une énorme gaffe en liquidant Lehman Brothers. La FED est hors du coup.

Alors bien sûr maintenant  la FED et le BCE manipulent à tour de bras la planche à billets : il n’y a plus de marché interbancaire !  Les taux d’intérêt sont descendus à un niveau très bas, bientôt plus bas que ceux atteints par Greenspan ce qui laisse bien augurer de la suite. 

L’inondation monétaire est digne d’une crue du fleuve Pactole. On parle d’une émission de près de 10.000 milliards de dollars entre la Fed et la BCE ! Au passage, c’est le montant du PIB français, une paille.

Et pourtant les banques ne boivent pas à ses sources miraculeuses. C’est l’histoire de la ficelle. Avec elle on peut tirer mais on ne peut pas pousser. Toutes les banques sont en restructuration accélérée mettant le feu à ce qu’elles avaient adoré un temps : la conquête du monde, les placements dangereux à effets de levier, l’investment banking,  le LBO et le private equity, etc. 

On peut estimer que d’ici à fin 2009  entre 300 et 400.000 employés de banque auront été licenciés à travers le monde !  On reconstitue les marges en prêtant peu et cher au pékin de base. Et on élimine sans pitié l’économiquement faible et le canard boiteux. 


Les banques centrales n’y peuvent exactement rien. 

Alors on prend la pose. M. Obama va rechercher Volker, le prédécesseur de Greenspan pour bien montrer que la récréation est finie.  Il a quatre vingt un ans aux prunes. Il nomme un Secrétaire au Trésor qui est le président du System Federal Reserve Board de New York,  un machin qui n’a plus AUCUN pouvoir depuis… 1936.  C’est comme ci on allait chercher comme général d’armée le chef du bureau des médailles et pensions.

Ajoutons la géhenne du FMI et de son directeur dragueur compulsif, et finalement  l’absence de tout système monétaire international organisé : le tableau est complet.

La lumière crue de la crise est redoutable pour les institutions de régulation monétaire,  nationales et internationales.



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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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