La gratuité, avenir inéluctable de l'économie post moderne ?

Une idée qui commence à prendre toutes les caractéristiques d'une idée reçue, notamment à gauche, est que nous entrons dans une nouvelle dimension du monde et de l'économie dont la gratuité serait une dimension structurelle.

Illusion dangereuse ou gentille réalité à conforter ?

Pour l'économie classique, la gratuité  correspond à l'absence de coût. Est gratuite toute ressource dont l'abondance est telle qu'elle ne demande aucun effort pour se la procurer. L'histoire ne donne pas beaucoup d'exemples de telles ressources. On évoque l'air et l'eau. Il n'est pas difficile de prouver que la préhistoire de l'homme est entièrement conditionnée par l'eau et que la période moderne voit plutôt une aggravation des coûts d'accès à une eau propre. Pour l'air la tendance à se réintégrer la sphère des coûts est plus récente mais on voit bien qu'un air pur demandera des efforts croissants à l'humanité à l'avenir.

Aucune autre ressource utile ne se présentant de façon évidente comme abondante au point d'être gratuite, la gratuité ne semble pas avoir l'avenir qu'on lui prédit. Au contraire la nature devient chère, tous les écologistes vous le diront.  

Resten t les biens non naturels. Il y a Internet qui révolutionne au moins l'accès à l'information, à la musique, au film , à l'image : là serait le gisement futur de gratuité.  Il est vrai que l'informatique a étendu de façon importante la sphère des coûts décroissants. Le coût marginal de la consommation d'une unité supplémentaire  d'une ressource accessible sur le net n'est pas nul mais il est très faible et indifférencié. Combien coûte, c.a.d. consomme de ressources rares, le téléchargement d'une chanson ou d'un programme sur le net ? Quelques secondes d'électricité et des fractions de coûts fixes amortissables. Le coût est si faible que pour une unité de consommation il devient pratiquement négligeable. Il n'est pas rare de voir des usagers téléchargeant des centaines de musiques en quelques minutes pour les consommer plus tard pratiquement sans frais pendant des heures voire des jours. Certains ont voulu voir dans le développement de cette économie immatérielle et sans stock  la promesse d'un monde sans récession : cette théorie était à la mode en 1999 avant que la crise dite des NTIC ne vienne balayer ces chimères.

En vérité, il faut parler d'une économie où les producteurs font un gros investissement initial et espère un retour sur le nombre des amateurs du produit créé. Le fait qu'il y ait un rendement croissant n'est pas sans conséquences mais ne change pas la nature de l'économie.  Une voie de chemin de fer en 1880 est un pari sur le nombre d'usagers futurs d'une ligne. On gagnera beaucoup si le taux de remplissage est fort, on perdra s'il est faible. Un film coûte à fabriquer. On gagnera beaucoup d'argent s'il marche ; on perdra si c'est un échec. Un logiciel est très couteux à produire, débugger et imposer sur le marché. Si on y arrive, le gain sera fantastique, comme pour les produits Microsoft pendant 15 ans, si on n'y parvient pas c'est la catastrophe.  Il n'y a pas de gratuité  mais toujours le vieux schéma  : un investissement qui se rentabilise ou non.

Pour l'analyse économique rien de fondamental n'est changé. Mais les formes de la croissance et diverses aspects de la vie économique et social changent :

* il y a tendance au monopole en cas de succès ce qui implique des formes nouvelles de régulation.

* l'emploi est plus précaire : on participera à plusieurs aventures dont certaines seront réussies et d'autres non. L'intermittence de l'emploi est aggravée ainsi que l'irrégularité des carrières.

* la question de la progressivité des impôts se pose dans des conditions nouvelles, car il y aura de très forts gains  succédant à de fortes périodes de vaches maigres. L'annualisation de l'impôt est une difficulté.   

* La part variable de la rémunération tend à augmenter. En cas de succès, les bonus seront gras ; en cas d'échec l'investisseur ne peut se permettre de payer trop cher ses collaborateurs.

* Les mécanismes permettant les start-up et les introductions d'activités nouvelles prometteuses et à risque sont à mettre en œuvre. L'Europe et particulièrement la France ont encore un retard considérable dans ce domaine.

Un des aspects économiques de cette situation nouvelle est qu'une partie de la production et de la consommation échappe désormais à la statistique. Un livre générait de la valeur ajoutée au stade de sa fabrication physique et  à celui de sa distribution. Sa revente produisait également de la valeur.  Les droits d'auteur étaient comptabilisés.  Une grande partie de ce qui est produit et distribué sur le "net" échappe désormais à toute comptabilisation, alors que la consommation de ces biens vient en compétition avec d'autres biens eux mêmes comptabilisés (cinéma, restaurant  etc.). Les tableaux économiques sont donc de plus en plus faux.  Au fur et à mesure que la croissance concerne des biens immatériels à coûts décroissants virant au quasi nuls, elle devient de plus en plus difficile à calculer ! Pour parler branché, le PIB est plus facile à calculer pour le "push" que pour le "draw".  Un ascète qui passe sa vie devant son ordinateur en vivant sur les réserves accumulées par ses parents est quasiment invisible dans les statistiques. Et pourtant il se rassasie au même titre que s'il abusait des bananes et des voyages, eux inclus dans la statistique.  S'il est "producteur" sur le WEB, mais sur le principe du don gratuit de son temps, de son expertise, et de sa créativité, il n'apparait pas plus dans le PIB.

On aborde ici le dernier aspect de la gratuité : l'économie du don, comme disait F. Perroux, une contradiction dans les termes.   

La sphère de l'économie du don augmente-t-elle d'une façon significative ? On pourrait le croire si on admet que le temps libre et l'enrichissement global  ouvre un espace pour les activités charitables ou ludiques fondées sur le don de son temps et de son argent. Mais en même temps la sphère traditionnelle de l'économie du don, la famille, voit le renoncement de la mère à une vie économique non monétarisée disparaître de façon rapide.  Le bilan des plus et des moins est impossible à faire.

Reste alors les fausses gratuités qui sont en fait des distributions publiques financées par la collectivité. Le coût existe mais il est masqué aux usagers et il n'y a plus de rapport entre la décision de consommation et son coût. Pour le bénéficiaire l'accès à la ressource est en apparence gratuite ; dans les faits le coût pour la collectivité est considérable.  Il faut ajouter à la gratuité totale la subvention, gratuité partielle,  qui fait que tout ou partie de la population ne paie pas directement le vrai prix au moment de la consommation du produit ou de la prestation.

En France, au fur et à mesure que l'Etat a été dépouillé de ses fonctions régaliennes, les politiques ont axé leurs actions sur la fourniture de services gratuits et subventionnés de plus en plus nombreux et diversifiés.  Pas une réunion publique où un intervenant ne demande pas une subvention ou une gratuité.  Ce système a abouti à ce que les dépenses publiques dépassent la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand et que la majorité des gratuités et subventions ont été financées par l'emprunt donc par les générations futures.

Alors que l'Etat est désormais étranglé par la dette, on pourrait penser que ce schéma est désormais impossible. Les collectivités locales ne peuvent plus financer un flot massif d'avantages et gratuités plus ou moins ciblées. L'Etat n'arrive même plus à faire fonctionner ses ministères les plus importants.

Les mauvaises habitudes ne se perdent pas facilement. Chaque ministère se croit obligé d'avoir une mission de redresseur de torts qui ne peut s'exercer que par la subvention ou des gratuités sélectives, financées par des taxes nouvelles ou par l'emprunt. Le dernier exemple en date est la subvention accordée pour le raccordement à l'ADSL dans certaines zones pour certaines populations pour réduire une prétendue "fracture numérique" totalement imaginaire mais très "mode".

En conclusion on voit bien que l'évolution de la société entraîne des évolutions contradictoires qu'il est bon d'observer. Pour l'économiste et le statisticien, ces évolutions sont importantes et doivent être observées et comprises.

Mais il faut se méfier comme la peste des gratuités. Elles ne sont pas inscrites dans le patrimoine génétique de l'économie mais plutôt dans celui des démagogues. Au nom de la gratuité s'est créée en France une situation intenable dont on aura le plus grand mal à sortir. Il faudrait que les politiques se réveillent et évitent de s'embarquer trop lourdement dans l'idée que la gratuité est l'esprit du temps et qu'il faut lui accorder des espaces nouveaux.  La gauche doit faire extrêmement attention : la pratique du "cadeau électoral au peuple visible et valorisant" qu'elle a pratiqué sous Rocard puis  Jospin était une erreur dramatique. Il apparait dans certains travaux que "le thème de la gratuité est le vrai clivage post moderne entre droite et gauche".  Ce n'est pas vrai : la droite politique aime tout autant la distribution d'avantages démagogiques que la gauche...

L'importance de la dette  a été en France aggravée par l'extension à l'infini des gratuités publiques collectivement très coûteuses. Elles rendent la sortie de récession plus que problématique. Une trop grande part de la production et de la consommation est entièrement dépendante de l'accroissement de la dette. Dès qu'on voudra réellement la réduire ce sont des millions de personnes qui vont souffrir.

Le vrai slogan des politiques devrait être : gratuité aujourd'hui,  souffrances intolérables demain (matin). Un changement de perspectives et de mode de pensée est absolument nécessaire. La France n'échappera pas à un grand débat sur la gratuité.

Didier Dufau et Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes e-toile.

Le glas sonne pour le pari inepte de sauver la finance mondiale sans rien réformer .

On voit depuis quelques semaines une focalisation sur l'endettement des Etats. La spéculation en cours sur l'éclatement de l'Euro y contribue largement. Les contribuables sont également légèrement soucieux de connaître la manière dont les gouvernements vont se débarasser de déficits historiques.

Pour l'économiste l'endettement public n'est qu'une composante de l'endettement global et c'est l'endettement global qui a une influence déterminante.

Tout le monde sait qu'en matière d'inondation il faut d'abord regarder l'état des sols : sont-ils secs ou gorgés d'eau  ? Ensuite on regarde les précipitations nouvelles et la fonte des neiges.  L'eau retenue dans les barrages publics est importante mais n'est pas tout.

La crise actuelle est une crise de l'endettement global provoqué par la double pyramide de crédits générée par le système de change flottant.  Cet endettement global a fini par s'effondrer sur la tête des marchés financiers. Les banques ont été les premières victimes, le marché interbancaire se bloquant quasiment totalement puis les marchés financiers liés à l'immobilier puis tout le système financier.

Les Etats ont repris une bonne part des dettes pour sauver les banques et le système financier dans son ensemble ; les banques centrales ont fait de même et créé de la monnaie ex nihilo  comme jamais pour compenser les effets du credit crunch.

Et ils se sont dit : avec nos plans de relance, la crise est finie. Nous sommes formidables ! Cela marche !  Et ils se sont  pressés de de rien réformer sauf des broutilles qui leur permettaient de faire semblant d'agir ou de renforcer leur puissance d'état. 

Comme nous l'avons écrit il y a maintenant près de 17 mois, le transfert de dettes des particuliers à l'état ne change rien à l'état de l'endettement global. Comme il n'y  eu aucune restructuration fondamentale de la dette et que le système financier reste totalement incontrôlé, dans un système où l'épargne flottante, dirigée par quelques centres de spéculation, peut balayer le monde sans que rien ne résiste, au lieu de voir les ressources se concentrer sur la création de richesses, on a vu un regain de spéculation sur les monnaies et les taux d'intérêts, visant carrément  cette fois-ci  des Etats.

La bouée de sauvetage étatique menacée,  laissant le monde sans défense  devant le risque de dépression si l'attaque "réussit".

Nous pouvons relire sans hésitation ce que nous disions en septembre 2008.

Il fallait, disions-nous,  restructurer immédiatement  la dette et la cantonner tout en réorganisant totalement le système bancaire et financier mondial pour redonner aux Etats la responsabilité de l'action en faveur de la croissance et de l'emploi.

Croire que les marchés financiers consolidés par la dette des Etats allaient faire le travail était inepte.

Il fallait, immédiatement rétablir un système cohérent de changes fixes dont les Etats auraient la responsabilité pour permettre de redonner un horizon aux vrais investisseurs : ceux qui créent de la richesse et non des plus values temporaires sur des marchés flottants. Il fallait redonner un horizon, très différent, au commerce international, en réévaluant très fortement le Yuan, et en dévaluant du pourcentage nécessaire le Dollar. Il fallait fournir une perspective de réduction des déficits américains et des excédents chinois et japonais.

Seul ce combat pour la reprise des marchés de biens réels pouvait fournir les ressources nécessaires au désendettement global.  Que ceux que cette question intéresse relise notre article :

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/4/3/G20--un-pari-trs-dangereux

"Le pari très  dangereux" a tourné court, comme il était évident qu'il le ferait. 

Alors on va faire le gros dos. On va essayer de "calmer les marchés financiers".  La politique de la patience pleine de sang froid pour ne rien casser en laissant tout filer et en ne réformant rien  n'a mené qu'à différer les difficultés.

On a perdu un an et de demi et le temps ne se rattrape jamais.

 

Didier Dufau pour le cercle des économistes e-toile.

 

 

 



Méfaits des changes flottants

Si quelqu'un avait le moindre doute sur les effets nocifs des changes flottants et leur rôle dans les mouvements spéculatifs déséquilibrants, il lui suffirait de se souvenir de cette première semaine de février 2010 où le cours du dollar en euro  est passé de 1.50  à 1.36 en quelques jours au fur et à mesure que l'argent spéculatif parti des Etats Unis y est rentré précipitemment  devant l'évidence que les bulles chinoises allait éclater et que les positions ailleurs devenaient plus qu'aventurées.

Le cours des devises n'a plus qu'un lointain rapport avec les mouvements réels d'échanges.  Et ceux-ci sont les premières victimes des mouvements irrationnels   des capitaux flottants nourris par une création monétaire débridée aux Etats Unis et au RU  qui finissent par déstabiliser tous les marchés.

Le mouvement actuel est quasiment de même nature que celui de 1998 appelé à tort "crise des pays émergents" alors qu'il s'agissait de la nième crise des changes flottants depuis 1971 !

Ces phénomènes accusent le fait qu'aucune réforme n'a été faite.  Les mêmes causes provoquent les mêmes effets. La crise commencée en 2007 et qui développe ses méfaits depuis n'a toujours pas été comprise. Et la danse macabre continue.

Cet accident rappelle aussi que rien ne dit réellement que nous ne tomberons pas dans une vraie dépression malgré les annonces prévisionnelles triomphantes du FMI. En 1929 la vraie crise commence en 33-34 et durera jusqu'à la reprise avortée de 38. 

Ce n'est pas le scénario le plus probable, mais qu'on mesure le coût social et économique  de la crise et  des moyens mis en oeuvre pour éviter l'effondrement du secteur bancaire,  au regard de la précarité générale de la situation des Etats confrontés désormais à des échéances désastreuses.

Alors ATTENTION  !

 

 

 

 

 

Le cycle immobilier dans le cycle général : une force fondamentale.

Nous sommes, au cercle des économistes e-toile, favorables à l'idée que les cycles existent et que leur observation est critique pour une bonne administration des affaires du monde. 

Depuis les années 70 les théories du cycle ont été pratiquement abandonnées. Puisque Keynes avait donné la solution pour éviter les récessions, l'idée s'est installée que les crises résiduelles étaient toujours dues  à des chocs externes.

C'est ainsi que la crise de 1974 est devenue la crise du pétrole, celle de 92 la crise de la guerre en Irak, celle du début des années 2000 la conséquences des attentats contre les tours jumelles de New York etc.  

La réalité est toute autre. La simple observation montre qu'il existe depuis au moins deux cent ans un cycle des affaires de 8-10 ans, avec une récession plus grave tous les 18-20 ans, une crise grave succédant à une récession molle.

Pour s'en tenir aux dernières décennies :

1973-1974    : crise grave

1982-1983    : crise molle

1992-1993    : crise grave

2000-2002    : crise molle

2008-2010    : crise grave.

On se souvient que ce schéma avait été nié par le FMI (Kenneth Rogoff) qui avait décrété à la fin des années 90 que les crises économiques étaient de plus en plus faibles, stimulant l'idée qui s'était répandue comme une trainée de poudre que nos économies ne risquaient plus les cycles et qu'une croissance permanente était à venir. On voit ce qu'il en est.

Le caractère cyclique de l'activité permet d'anticiper les récessions sans avoir à entrer dans les détails techniques. Les signes avant coureur sont faciles à percevoir. Nous n'avons eu aucun mérite à annoncer dès la fin 2006 que la bascule de coinjoncture aurait lieu en 2008 avec un pic de la récession en 2009-2010 et qu'elle serait sévère.

Les économistes qui expliquent qu'ils ne pouvaient pas savoir ce qui se tramait au sein même des banques et du système financier et s'exonèrent ainsi de leur inconscience de la crise montante sont des nigauds.La crise actuelle n'est pas fondamentalement un crise des comportements bancaires. C'est une phase classique du cycle décennal, dans sa version dure, mais aggravée par des défauts structuraux du système monétaire international et des réactions inappropriées des banques centrales, notamment de la FED.

L'avantage de la crise est qu'elle stimule à nouveau les réflexions sur le cycle. Nous signalons ici une étude récente qui recoupe parfaitement nos propres analyses.  Rappelons qu'une des explications de la sur-gravité du cycle tous les deux crises que nous avons donnée depuis que nous écrivons publiquement sur ce sujet (1997) est le cycle du bâtiment (ou de l'immobilier comme on voudra). 

1974 marque un coup d'arrêt brutal du marché immobilier : pour la, première fois les gens s'interrogent sur la possibilité d'une baisse prolongée des prix, inconcevable jusque là depuis la guerre. 1992 est principalement une crise de l'immobilier d'entreprise qui était devenu totalement fou. Sur la fin on achetait un immeuble le matin pour le revendre avec plus value le soir même ! La crise actuelle a une dimension immobilière évidente.

L'article de Fred E. Foldvary, The Business Cycle: A Geo-Austrian synthesis,http://www.foldvary.net/works/geoaus.html, donnera à ceux que cela intéresse un coup de projecteur intéressant sur cette question. On y trouve une description très précise du cycle de 18 ans (deux fois le cycle de 8-10 ans) qui caractérise bien ce qui se passe depuis deux cent ans dans le domaine de la construction. L'expression "quand le bâtiment va tout va" n'est pas née par hasard.

Ce cycle peut être contrarié ou aggravé par les politiques gouvernementales ou celles des banques centrales. L'école autrichienne depuis les années 20 et la grande inflation, est particulièrement sensible aux défaillances des banques centrales.  D'autres pourront mettre l'accent sur les débordements des gouvernements : les subprimes sont d'essence politique !

Mais il est là, le cycle immobilier. Fondamentalement.

Il faut éviter naturellement d'en conclure que les politiques n'ont pas d'importance et que les institutions économiques sont indifférentes. Les erreurs de politique économique sont fréquentes et certaines institutions sont dramatiques. L'organisation soviétique de l'agriculture ou les changes flottants sont des exemples typiques d'institutions qui ne marchent pas et ne marcheront jamais !

C'est bien le rôle des économistes de partir des faits et d'en tenir compte. Oui ils ont bien vocation à prévenir des risques de récession. Oui ils ont bien à dénoncer les politiques dangereuses. Oui ils ont bien à éclairer l'opinion sur le danger de certaines institutions créées par idéologie ou par ignorance et qui ont une influence néfaste.

Nous croyons être dans notre rôle en attirant l'attention constamment sur la réalité du cycle et sur la nécessité d'accepter cette réalité et d'en tenir compte. Chacun voit que l'on ne le fait pas et qu'on se contente de la recherche de boucs émissaires faciles dans un débordement de moraline tapageuse.

Nous croyons être dans notre rôle en avertissant les Français que "l'énarchie compassionnelle" qui nous gouverne depuis 1974 a étouffé le pays par le niveau de ses dépenses publiques et de ses impôts.  Chacun voit que le "vive l'impôt" reste le mot d'ordre à gauche et "vive les taxes" le mot d'ordre à droite.Alors que la dépense publique dépasse la valeur ajoutée des entreprises et que même en prenant tout le revenu des Français on n'arriverait pas à payer nos dépenses et à rembourser nos dettes !

Nous croyons être dans notre rôle en condamnant inlassablement  le non-système que sont les changes flottants, une aberration qui a coûté des points de croissance pendant quarante ans et nous a fait passé des trente glorieuses à on ne sait trop quoi.

De meilleures politiques et de meilleures institutions n'empêcheront pas les forces souterraines à la base des cycles de s'exercer. L'intelligence est de s'adapter et d'en limiter les effets néfastes.  Et de faire en sorte qu'on n'aboutisse pas  à 1929 ni à...2010.

Nous sommes ou inconscients ou outrecuidants mais nous croyons que c'est possible.

 

Didier Dufau pour le Cerle des économistes e-toile.

Pourquoi Nicolas Sarkozy n'a pas convaincu à Davos

On sait que Davos n'est rien d'autre que le grand festival des "m'as-tu vu". On y va pour voir et être vu. On y revient pour communier entre "importants". Les nouveaux "bourgeois gentilshommes" veulent se pénétrer de leur statut : ils ont de l'argent, de la bonne conscience, et se croient un rôle mondial.  Les organisateurs ont compris depuis longtemps qu'il fallait leur faire payer très cher le droit d'être là, mais qu'en contrepartie il fallait présenter du lourd, du connu.

Un important ne l'est que s'il côtoie de plus importants encore. Davos c'est Versailles mais avec un gros péage aux grilles. Le candidat grossium se console de la dépense en disant : cette sortie m'offrira des entrées. Comme Courbertin,  il répète : l'essentiel c'est de participer.

Qu'attend-il de sa présence ? D'être conforté dans l'idée qu'il se fait de lui même. N'est-il pas un homme d'élite et qui compte ? On le flattera donc. Indéfiniment. Des experts lui diront combien il est grand, combien il est généreux. Il façonne le monde ; rien de moins. Le voici au milieu des stars de la politiques et du commerce.

Parfois au détour d'un couloir on lui mettra devant les yeux une reine, une vraie ou une vedette plus vulgaire mais planétaire. Toujours au nom de la charité. Car à Davos les bons sentiments coulent comme les torrents locaux : sous la glace mais avec le bruit cristallin des pièces d'or utilement consacrées à forger l'image bienveillante du Mamamouchi. .

Alors il ne faut pas aller à Davos en croyant qu'un discours d'expert pointu pourra alerter les élites sur les difficultés du monde et les réformes nécessaires. Et il est encore moins sérieux d'y intervenir pour narguer vulgairement le grossium sûr de lui et de son portefeuille.

Le banquier veut qu'on lui dise : il y a eu des difficultés mais ce sont les mauvais, les idiots, les irresponsables qui ont fait dérailler un train merveilleux. En contrepartie il offrira son expertise pour réparer le monde un peu amoché dans l'accident. Sa phrase fétiche sera : il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain.  Et il ajoutera : "Après tout regardez nous : nous sommes là, vivants parmi vous et nous gagnons des masses d'argent. Alors ? C'est bien que nous sommes indispensables. Et notre prospérité garantit la votre. car sans nous que feriez-vous ?"
 
Le pubeux viendra faire des arabesques pour démontrer que les premières positions mondiales ne peuvent être arrachées qu'avec son concours. Ah ! Etre numéro 1 mondial !

Et ainsi de suite.

Aux tables de restaurant on se gardera bien de la moindre originalité. On communiera dans la banalité bien pensante. Très bien l'écologie, mais cette taxe carbone quelle idiotie ! Greenspan, l'ancien Dieu ? On évoquera son nom avec un brin de condescendance : il nous a vraiment mis dans la m... celui là. Et on s'accrochera aux quelques phrases refuges complaisamment offertes par les organisateurs pour que tout le monde se sente bien. Les subprimes, ce sont les politiques, hein ! La crise ? Quelle crise ? Elle est déjà finie la crise. On méprisera un peu le vieux continent. Certes les Etats unis et leur mentalité "business orientated" ne brillent plus au firmament. Cet Obama, finalement c'est un socialiste, non ? Peut-être même un communiste.   La Chine et Lula, voilà les nouvelles vedettes.


Voici notre président Sarkozy en "keynote speaker".  Et qui croit malin de se transformer en "qui dénote" speaker. Ce qu'il dit est parfaitement exact : la question monétaire est essentielle ; oui, il faut réformer le système monétaire international ; un nouveau "Bretton Woods" est bien indispensable. Les déficits ou les excédents massifs sont au cœur des dérèglements.

Mais il ajoute : la question n'est pas technique mais politique. Voici donc qu'on défie les grands, les vrais grands. Cela les fait bien rire les auditeurs : la Chine et les Etats unis sont incontournables. Pas un des grands patrons dans la salle qui ne savent qu'il faut convaincre les analystes des grandes banques américaines et trouver des ouvertures pour capter une partie du marché chinois. Alors il décroche notre congressiste. Qu'est ce qu'il nous raconte ce freluquet arrogant et qui se croit drôle ?

Le discours sera accueilli froidement : "pfff".

Des idées indispensables, mal argumentées, dans le mauvais lieu et sous une forme inadéquate auront glissé dans le vide, comme un pet sur une toile cirée. Des cartouches importantes auront été tirées en vain.

Un discours plus technique, montrant avec précision les ressorts de la crise, le rôle d'institutions dangereuses, les effets pervers de certains mécanismes aurait-il eu plus de chances d'intéresser ? Oui s'il avait été un message d'espoir : la crise ce n'est pas vous ; vous vous êtes des types épatants ; mais vous êtes victimes de mécanismes qui vous échappent mais aussi qui vous écharpent. La responsabilité des gouvernements est de vous fournir de bonnes infrastructures. Alors vous pourrez foncer et tout le monde sera content.

Compétent au lieu d'être bravache ; solide au lieu d'être bêtement moralisateur, éclairant au lieu d'être culpabilisateur,  un discours sur les désordres du système monétaire international aurait eu sa chance.

Peut-être.

Après tout la Reine Noor, Mickael Jackson, Bill Gates et la Cicciolina n'étaient pas là.

A Davos les anges sont dans la salle. Leurs ailes sont fragiles. Il faut indéfiniment les caresser avec tout le tact nécessaire. On peut évidemment penser que ce faux paradis est de la foutaise et que ces anges font la bête comme il se doit. Alors on ne s'y produit pas. On méprise.

Y aller pour tendre un  miroir où l'ange se verra en démon rouge vif n'a aucun sens.
 
Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile



Obama a raison

Oui il faut interdire certaines opérations aux banques recevant des dépôts du public. Oui il faut réduire la taille des banques. Nous ne cessons de l'expliquer ici.

Obama a raison.

La France muette et colbertiste croit encore au gigantisme de quelques molochs vivant en consanguinité avec l'Etat.

Elle a tort.

Liberté des échanges et fausse liberté des changes sont-elles compatibles ?

Alors que s'annonce le forum de Davos il est intéressant de définir quelles sont les grandes questions qui se posent au monde et dont notre manière de trouver ou ne pas trouver de réponse aura des effets structurants pour notre avenir.

L'une d'entre elle porte sur la compatibilité entre libre échange sans limites et un système monétaire théoriquement basé sur des changes flottants mais qui en fait comporte des éléments de non convertibilité très important.  

Que veut dire libre échange si un pays de plus d'un milliard et quelque d'habitants pratique un dumping extravagant de sa monnaie et prétends capter la majeure partie de l'industrie mondiale sans contrepartie ? Faut-il renoncer au libre échange ou revoir le système monétaire ou les deux ? Les pays européens ont-ils les mêmes intérêts dans cette affaire ? Et un consensus est-il possible au sein du G.20 sur ces questions ?

On connait la théorie du libre échange entre deux pays de niveaux de vie différent : le pays le plus riche verra une partie de ses productions aller dans le pays le plus pauvre pour bénéficier des bas coûts de main d'œuvre ; mais c'est le pays riche qui fournira d'abord les machines et le savoir faire, puis le niveau de vie augmentant le pays en cours de rattrapage importera les produits avancés du pays riche. Au final les niveaux de vie se rapprocheront et l'émergence de marchés plus amples et plus diversifiés permettra des économies d'échelle, des opportunités de consommation nouvelles  et une hausse globale des niveaux de vie.

Le processus est certes douloureux. Des activités vont être déplacées du pays riche vers le pays pauvre. Des investissements vont également se déplacer. Mais globalement, tout le monde s'y retrouve et on chantera une belle solution "win-win" comme on dit maintenant.

Tout ceci est vrai dans la mesure où in fine le travail s'échange contre du travail, des produits contre des produits. Et on en a eu mille confirmations dans l'histoire économique. Le rattrapage historique des économies européennes puis japonaises, puis asiatiques, ces dernières décennies en ait un bon exemple. Depuis la guerre il n'y a guère d'années où le commerce international ne croit pas plus vite que les croissances internes des pays.  Le libre échange a été le moteur d'une croissance rapide et continue depuis 1945.

La question qui se pose aujourd'hui est la validité de ce modèle dans la mesure où le pays pauvre est le plus peuplé de la planète dont le gouvernement est une dictature impitoyable et qui ne respecte en rien les règles d'un système de convertibilité généralisée des monnaies.

Depuis 1971 le monde est entrée dans un système non régulé de changes dits flottants. Ce système s'est créé de facto sans théorie préalable généralement acceptée par les économistes, sinon des écrits de Milton Friedmann dont toutes les prévisions ont été démenties par les faits. Mais en vérité il n'y a pas de système. Chaque pays fait comme il le veut. On n'a pas exigé que le libre échange soit conditionné par les mêmes pratiques, droits et devoirs,  en matières de change. Ce qui fait que le dollar, monnaie internationale de facto flotte mais que le Yuan, monnaie du pays leader des exportations ne flotte pas. La dictature chinoise impose sa fixité par rapport au dollar, à un niveau très bas. Comme le dollar a perdu à peu près 97% de sa valeur (calculée en or) depuis 71, le Yuan déjà intrinsèquement décoté, a connu la même évolution. Tous les pays hors zone dollar sont ratiboisés. L'Europe connait par exemple depuis que la Chine a décidé de jouer ce jeu là en symbiose avec les Etats-Unis une croissance extrêmement faible, une désindustrialisation rapide, une faiblesse récurrente des salaires, et un chômage devenu structurel.

La Chine de son côté, en fixant administrativement un taux de change ridicule pour le Yuan capte une part croissante de la production mondiale, vide partiellement l'Europe de son industrie lourde et légère, et bénéficie de courants financiers spéculatifs extravagants. L'ennui c'est que la dictature chinoise bloque l'échange produit contre produit : elle accumule des réserves de changes qui ne sont pas dépensées régulièrement. Cela crée une énorme fuite dans le système économique mondial. Il s'agit en fait d'une pure politique mercantiliste qui nous ramène au XVI et XVIIème siècle européen.

Comme les réserves monétaires mondiales sont désormais en papier, elle accumule du papier.  Et elle a peur. Troquer l'esclavage de ses populations contre du papier, serait-ce considéré comme raisonnable dans tout pays démocratique ? Le phénomène est amplifié parce qu'en occident, le système des changes flottants a provoqué l'émergence d'une économie financière de type casino basée sur l'endettement. La double spirale des dettes provoquée par l'existence d'un pays dont la monnaie est celle des échanges mondiaux et qui finance ses déficits dans sa monnaie, associée à une liberté totale des mouvements de capitaux,  a provoqué un double phénomène d'endettement global majestueux et intenable et d'instabilité généralisée.

En Chine ces mécanismes ont un effet pervers renforcé : l'accumulation de réserve de change ne vient pas seulement de l'excédent artificiel de la balance commerciale mais se grossit d'arrivée de capitaux spéculatifs à court terme gigantesques visant essentiellement des plus values en capital, via la bourse de Shanghai et surtout l'immobilier corrompu des oligarques adoubés par la bureaucratie communiste locale.

Au lieu d'avoir une croissance régulière au fur et à mesure du rattrapage  des niveaux de vie, le système de change crée des perturbations énormes qui ont failli mettre tout le système bancaire occidental par terre. Des spéculations douteuses de taille effarantes ont lieu en Chine et les délocalisations sans contrepartie se multiplient. Pourquoi sans contrepartie ? Parce que l'échange ne se fait plus travail contre travail ou produit contre produit, mais travail contre papier fou.

Ce système laisse les économies occidentales sans perspectives. les Etats Unis ne pourront plus se remettre à emprunter pour alimenter leurs déficits avec la Chine. L'Europe entre en stagnation de longue durée sans voir aucune perspective positive à moyen terme. La Chine est en proie à des mouvements spéculatifs tourbillonnaires qui peuvent se révéler explosifs, même à court terme.

En un mot le système de libre échange, dans un système de change partiellement flexible mais dont le principal acteur par la taille de ses effectifs et de son commerce extérieur ne suit pas les règles, ne marche pas. L'intérêt général n'y trouve pas son compte.

Peut-on en sortir ? Une des solutions serait de dire aux Chinois : d'accord pour que vous jouiez avec nous, mais alors laissez flotter librement votre monnaie. Le seul problème c'est que le système des changes flottants ne produit aucun effet stabilisateur contrairement à ce que Milton Friedmann pensait. Au contraire il accuse les oscillations et peut les rendre incontrôlables. La Chine pourrait elle supporter des variations incessantes du simple au double de sa monnaie vis à vis de ses principaux clients avec les conséquences internes que cela supposerait ?  Déjà ce serait difficile en démocratie. Un régime de dictature a besoin de fixité.  Cette voie est fermée.

Alors que faire ?  Les nations occidentales notamment en Europe ne peuvent pas accepter de voir leur industrie partir sans réagir et leur patience vis à vis du mécanisme de paupérisation en cours est peut être  déjà légèrement entamée. Le risque est de voir le libre échange remis partiellement en cause, hypocritement bien sûr, sur le mode taxe carbone aux frontières par exemple, mais sûrement. Elles voient bien que l'économie casino liées aux changes flottants et que les spirales de déséquilibres qui se sont accélérées avant d'exploser ne sont pas saines.

La seule solution réelle est de changer globalement le système des changes et de libre échange. Il faut un système de changes basées sur des parités fixes garanties par les états qui font ce qu'ils faut pour ajuster leurs déséquilibres lorsqu'ils sont excessifs.  Le sophisme qui consiste à dire : vous n'avez pas le droit de mettre 10% de droits de douane mais vous devez supporter une dévaluation de 50% de la monnaie d'un pays avec qui vous commercez, deviendra de plus en plus insupportable.

On ne peut accéder au commerce mondial que si les règles sont communes et les responsabilités partagées. L'utopie d'une régulation par les mouvements de capitaux  dans un système où tous les acteurs ne jouent pas le même jeu est totalement absurde. La crise actuelle l'a démontré définitivement.  

Le G.20 en annonçant que le libre échange ne serait pas touché a bien fait. Mais il ne s'agissait que d'une demi mesure. Il devait du même mouvement faire valoir, la coresponsabilité des acteurs pour faire du commerce international un juste échange non biaisé par les problèmes de changes et les déficits chroniques de grande ampleur.

L'erreur des Etats Unis est de croire que la solution doit venir du seul flottement du Yuan. Il doit venir d'une réorganisation complète du système des échanges et des changes dans un Bretton-Woods nouvelle manière où  la fixité des changes est associée à la responsabilité des Etats  vis à vis de leurs déséquilibres, où il n'y a que des égaux et non pas un acteur plus égal que les autres et disposants de privilèges absurdes et où la régulation de la monnaie et des changes se fait en même temps.

Ce sont les lignes de fractures autour desquelles le colloque de Davos devrait s'organiser. Parions qu'il ne le fera pas. Dommage.

Didier Dufau et Karl Peiper pour le Cercle des économistes E-toile.

Quelques questions pour Davos

Dans le cadre d'une réunion informelle avec quelques économistes allemands amis, en vue de préparer le sommet de Davos, la question a été posée de savoir quelles étaient les questions, même éventuellement polémiques, qu'il fallait absolument voir abordées. Il s'en est suivi un débat assez passionné.

Il y eu bien entendu une part de banalités sur les thèmes éculés avant même d'avoir été réellement traités, de la "régulation financière", termes d'autant plus commode qu'il n'a pas de signification précise (en anglais comme en allemand ou en français). Va donc pour les "subprimes", les produits dérivés, les agences de notations, le renforcement du capital des banques, la fiscalité des bonus, le contrôle des hedge-funds, la fin du secret bancaire etc.

Le miracle, c'est qu'assez vite l'accord s'est fait sur le constat qu'aucune des mesures prévues n'avaient la moindre chance de changer quoi que ce soit car on agissait sur des symptômes et non sur des causes. Au contraire il avait grand risque que les mesures prises n'aient pour seul but que de raffermir le pouvoir fiscal des Etats et pour seules conséquences la recherche de schémas encore plus obscurs et plus complexes pour les éviter.

Du coup le colloque a évolué de façon impromptue vers l'examen de questions sévères :

1. Que veut dire libre échange si un pays de plus d'un milliard et quelque d'habitants pratique un dumping extravagant de sa monnaie et prétends capter la majeure partie de l'industrie mondiale sans contrepartie ? Faut-il renoncer au libre échange ou revoir le système monétaire ou les deux ? Les pays européens ont-ils les mêmes intérêts dans cette affaire ? Et un consensus est-il possible au sein du G.20 sur ces questions ?

2. Les malheurs du système des changes actuels est-il à rechercher dans les ilots de fixité qui y ont été conservés, auquel cas il faudrait se faire l'avocat d'une variabilité des changes librement fixés sans intervention étatique, ou justement dans sa variabilité incontrôlable ? Y-a-t-il un chemin politique qui permette réellement de faire évaluer les choses ou le tabou actuel est-il si profond que ces questions resteront sous le tapis ?

4. La crise actuelle est-elle la fin d'une époque, comme le fut la crise de 1974, qui ouvrira après quelques années d'incertitudes deux ou trois décennies de développement sous un modèle totalement nouveau ? Est-elle simplement une crise conjoncturelle de type décennale classique, façon 92-93, qui sera surmontée de la façon habituelle.

5. Le potentiel explosif de la crise est-il réel avec possibilité d'un passage à une dépression après que les gouvernements aient été obligés par les masses à changer de cap plus radicalement qu'aujourd'hui ?  Ou va-t-on vers une sortie de crise très lente mais finalement classique. Où l'économie mondiale est-elle vulnérable à un mauvais coup surgissant d'on ne sait où mais déréglant définitivement le système.

6. D'un point de vue strictement économique l'hystérie écologique en cours a-t-elle la moindre importance économique réelle mais si elle va envahir le langage et alimenter les postures ?

7. Est-ce que les économistes ont quelques choses à apporter ?

Nous évoquâmes aussi le  débat inévitable sur les bienfaits ou les effets pervers de la taxe Tobin, mais cette question a déjà été traitée par le cercle des économistes.

Je me demande s'il ne faudrait pas que nous abordions successivement tous ces thèmes quitte à comparer ensuite comment ils ont été abordés à Davos.

Karl Peiper pour le Cercle des économistes e-toile

PS : voici donc que Sarkozy ouvre Davos ! On n'imagine pas tellement le général de Gaulle dans un tel lieu !



Dix huit mois de récession vus au travers du Baltic Dry Index

L'un des apports méthodologiques de la crise aura été le succès du Baltic Dry Index, inconnu de tous et qui a soudain pris un  certain relief. Pour avoir été le premier groupe d'économistes à attirer l'attention sur cet indice, nous en sommes évidemment très heureux. Avec un  peu de recul, que nous a-t-il appris ?

* La première leçon est à chercher dans le déclenchement précoce de l'effondrement vertical de l'indice. Le retournement se produit en juin-juillet 2008. Pas en octobre. Les contrats commerciaux internationaux s'arrêtent à la suite de la flambée "incompréhensible" des trafics relatifs aux grains et denrées alimentaires du premier semestre 2008. La bulle spéculative correspondant à une fuite devant la monnaie éclate fin juin. Le commerce international se bloque. Rien à voir avec les subprimes.

* La seconde leçon est la chute verticale de l'indice qui perd près de 90% de sa valeur en quelques semaines. Du jamais vu. On sait que la crise sera sévère.

* La troisième leçon est la plus visible et la moins exploitée : c'est le commerce international qui s'effondre. Un mode de fonctionnement non durable de l'économie mondiale disparait. Un pilier se désagrège. Au lieu de s'attacher à cet aspect fondamental, l'opinion et les medias se concentrent sur les subprimes et les défauts de comportement de certains banquiers. Cette myopie évite de regarder l'essentiel : l'économie mondialisée basée sur le gonflement indéfini de l'endettement global, des échanges déséquilibrés et les gains spéculatifs à court terme ne fonctionne plus. Les courants commerciaux et financiers internationaux se bloquent.

* La quatrième leçon est l'indication sur la nature de la reprise. L'indice talonne en février 2009, huit mois après le début de la chute, et marque une reprise très timide. La vraie reprise a lieu à la fin du printemps mais elle s'épuise très. Une nouvelle bouffée a lieu à l'automne et s'épuise presque aussitôt.  En ce début d'année 2010 le trafic est très mou. Il correspond à un fonctionnement réduit des usines et aux cahots de la spéculation.

* La cinquième leçon est comparative. Los de la crise de 2001-2002, les trafics commerciaux avaient été déjà fortement ralentis : l'affaire Enron, la spéculation sur le pétrole et les matériaux stratégiques qui s'était effondrée avait provoqué une stagnation de moyenne durée. Les containers  en avaient pris un coup. Ainsi que le commerce des grains et autres denrées alimentaires. Mais l'activité d'échanges de biens finis et semis finis n'avaient pas cessé, tirés par la croissance du Bric.   D'une certaine façon la crise actuelle est plus brutale mais moins longue que celle de 2001-2002, avec le retour à un niveau de prix des affrètements plus solide et plus rapide.  Mais cela ne correspond pas à une continuation des flux habituels et plus à l'effet des plans de relance.

Est-ce que le BDI permet de faire des prévisions sur 2010 ?  Certainement pas. Il a surtout pour intérêt de "prévoir le présent". On entre dans l'année 2010 sur un rythme très faible. Les courants commerciaux n'ont pas été rétablis. Les déséquilibres infernaux demeurent et devront bien  être contrariés d'une façon ou d'une autre. La réaction de relance des Etats ne pourra pas être aussi forte bien longtemps. On a utilisé un fusil à un coup. On entre dans une zone de turbulence forte où tout reste possible d'une reprise tranquille et constante à une dépression et des actions désordonnées des Etats confrontés à des situations sociales intolérables.

Tout est centré sur la machine infernale des changes flottants et des déficits abyssaux qu'ils permettent. L'intolérance à un Yuan grossièrement dévalué et à des créations monétaires américaines sans limites générés par des déficits extérieurs eux-mêmes sans limites ne peut que croître.

On n'a voulu faire aucune réforme. Les changes flottants sont toujours un mot tabou. Les conséquences de ce système malsain continueront à se faire sentir. Cette fois il n'y aura plus de marges de manœuvre. Le système bancaire a vu le coût de portage de ses dettes réduit et ses facilités de gains spéculatifs accrues. Mais les dettes irrécouvrables sont là et le stock augmente du fait de la crise. Certains Etats sont au bout du rouleau.  Les entreprises qui vivent sur leurs réserves ou sur les obligations qu'elles ont souscrites pour se substituer aux emprunts bancaires et aux rentrées commerciales vont être progressivement plus mal. On sait qu'en général le pic du chômage et des faillites arrivent deux ans après le déclenchement de la crise ouverte. 2010 et 2011 vont donc être des années de très haut chômage et de destruction d'entreprises partout dans le monde, en même temps que les Etats seront asphyxiés.

Lors de la crise de 92-93, la plus proche de la crise actuelle, l'emploi et l'investissement ne sont repartis qu'en 1997.  La situation sera la même, au mieux, pour cette récession-ci.

Beaucoup va dépendre de la patience des peuples.

Le gouverneur de la BCE, M. Trichet, croit à un scénario peu probable : on garde les changes flottants, des banques centrales uniquement focalisées sur l'inflation et le sauvetage des banques, et on se moque de tous les déséquilibres internationaux.  Et on crie Confiance ! Confiance ! Confiance ! comme un cabri.  Les Etats épongent les dégâts financiers et sociaux. Et la reprise viendra qui financera tout cela.

C'est le scénario de 1993 et de 2001. Est-il encore jouable ? On dit jamais deux sans trois, mais aussi une fois cela passe, deux fois cela lasse et trois fois bonjour les dégâts !

Notre petit doigt d'économistes inquiets nous dit que quelque chose devra bien céder quelque part. N'avoir fait aucune réforme et avoir acheté l'arrêt de la crise globale à grands frais est une chose.  Sortir spontanément  du marasme en est une autre.

2010 et 2011 seront des années intéressantes. Rappelons-nous qu'après 1929, les années de transformation de la crise en désastre international furent 32 et 33. 

Mieux vaudrait que les bonnes réformes soient entreprises immédiatement. Il faut supprimer le système des changes flottants et revenir à une croissance forte, concertée et équilibrée, sous la responsabilité des Etats, dans un cadre multilatéral réformé dans le sens de l'égalité des droits et des devoirs, et imposant que les déséquilibres excessifs soient drastiquement réduits.   

Didier Dufau pour le Cercle des économsites E-toile.



Un chiffre cruel

En France en 2008, la valeur ajoutée par les entreprises, tous secteurs confondus et évidemment  administrations exclues, a été de 998 milliards  d'euros. La dépense publique, elle, a atteint 1.027 milliards d'euros.

Il en résulte que si  on n'avait en France qu'un seul impôt, la TVA, le taux en serait supérieur à ... 100%.

Chiffre cruel. Curieux que la presse ne le publie absolument jamais ! Il est vrai qu'il est de bon ton de crier Vive l'impôt dans les médias français.

En un mot, même en confisquant toute la valeur ajoutée par les acteurs économiques privés, on ne parvient pas à payer nos dépenses publiques.

On sait qu'en 2009 les chiffres ont évolué de façon néfastes : baisse de la valeur ajoutée et hausse des dépenses publiques. Il sera intéressant de les comprer dès qu'ils seront pubiés. Ils montreront probablement qu'une TVA à 110% serait nécessaire pour équilibrer la dépense publique et si on veut rembourser nos dettes disons en 5 ans, il est probable qu'il faudrait une TVA à 140-150%.

Les "sages" nous expliquent qu'il va bien falloir augmenter les impôts. La seule question qui se pose esst la suivante : comment fait-on pour payer plus d'impôts que nous ne créons de valeur  ?

On sait qu'on va faire payer le carbone  et  la spéculation, ces grands vilains.

Mais tout cela est-il bien sérieux ?

La cruelle vérité est qu'il faut retrancher entre 30 et 40% de la dépense publique ou accepter de descendre dans les enfers de la dette éternelle non remboursable et de nous jeter dans la stagnation de longue durée.

Qui osera le dire ? Qui osera le faire ?

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

 

 

 

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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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