Témoignage : une vision allemande de la crise.

Nous continuons ici de présenter des témoignages européens sur la crise. Ce sont les positions personnelles des auteurs.

 

Voici la vision de Karl Peiper.

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Une vision allemande de la crise.

 

Il n’y a pas de doctrine proprement allemande sur cette récession  mais les vues suivantes sont souvent entendues  dans les milieux économiques et financiers.

L’idée  majeure est qu’il aurait suffi de sauver Lehman-Brothers pour éviter de mettre en branle le sauve-qui-peut généralisé.  Au moment où Angela Merkel est réélue en Allemagne, on se souvient de son hostilité initiale à des plans de relance exc essifs et à un laxisme monétaire trop grand de la part de la Banque centrale Européenne.  

Pour ses conseillers on était dans une crise classique du type 1993 qui ne méritait pas une frénésie de dépenses et de création monétaire.  Les banques allemandes se sont trouvées en porte à faux uniquement à partir de la chute de Lehman qui a aussitôt provoqué une restriction quasi-totale  des refinancements et a bloqué la transformation des dépôts en crédits à plus ou moins long terme.  La  gravité de la crise serait alors due uniquement aux faiblesses d’analyse de M. Paulson et les Etats auraient surjoué  la réaction.  

Pour ces commentateurs  la crise est une crise de liquidité classique qui aurait pu être traitée avec moins de contradictions et  d’emphase et surtout en évitant un endettement aussi massif dont plus personne ne sait comment se débarrasser.  Le premier pas aurait été de dévaluer massivement le dollar et révaluer fortement le Yuan.

Le corollaire de cette position est que la Chine et les créanciers en dollar auraient perdu une grosse part de leurs avoirs, mais ces avoirs étant fictifs, ils devront  de toute façon disparaître.

Les Etats Unis auraient certes trouvé un avantage mais la principale économie du monde serait redevenue un moteur de croissance  sur une base assainie : l’exportation et non la consommation à crédit.   

La Chine   aurait souffert plus que ce que l’on a constaté. Mais elle aussi aurait du se transformer en pole de croissance interne au lieu de compter uniquement sur un Yuan dévalué. L’Allemagne s’y serait retrouvée en fournissant aussi bien les Etats unis que la Chine en outils et en produits avancés.  

Au total la crise aurait été plus violente mais la sortie de crise plus précoce, plus assurée et plus dynamique.  

L’Allemagne est de toute façon habituée  à perdre une partie des avoirs de change et aurait rétabli sa situation assez vite par les exportations de son Mittelstand.

Le choc aurait été rude. Mais on aurait été  débarrassé des dettes excessives.  L’activité aurait reprise  sur une base assainie.  

Beaucoup de commentateurs allemands sont réservés vis-à-vis de la pratique  qui a finalement triomphé,  et qui était d’ouvrir les vannes du crédit public et de la création monétaire pratiquement sans limite  afin de transférer un maximum de la dette des banques vers des structures de défaisance ou vers l’Etat,  évitant au maximum d’acter des pertes sur créances,  tout en lançant des plans de relance monstrueux  alimentés par des déficits publics de même proportion.  Le résultat est que la masse de dettes qui était déjà si grande qu’elle ne permettait plus un fonctionnement normal de l’économie  a encore augmenté et que plus personne ne sait comment s’en débarrasser ni même comment servir les intérêts autrement que par la création monétaire, puisque l’économie réelle a bien régressé malgré les plans de relance.  

Le versement des remboursements et des intérêts d’une dette alourdie par une économie rétrécie est une impossibilité.  On va donc vers de nouveaux rebondissements de la crise   pour se sortir de cette contradiction.  La crise réelle de l’endettement  n’aurait été que ralentie et retardée.  Elle finira par ressurgir provoquant des crises  jusqu’à ce que le taux d’endettement global devienne supportable.  Comme la source des déséquilibres internationaux n’a pas été touchée,  les mêmes causes  de déficits et d’excédents croisés agissent encore et viendront aggraver la situation.   La seule inconnue est de savoir selon quel mécanisme et quel tempo les dettes excessives seront purgées.

Aucun des économistes qui ont  ouvert de leur autorité  la double vague de dettes publiques  et de déversement monétaire, associée à une absence totale de réforme  du système monétaire international,  n’a la moindre  idée de la manière de sortir de la situation d’endettement cumulatif ainsi créée.  Il faut dire qu’on se trouve dans une situation totalement inédite.  Jamais le monde n’avait connu une telle conjonction de dettes publiques et un tel flot de création monétaire.

Pour beaucoup d e spécialistes allemands la politique « de consensus » a débouché sur l’inconnu et   même  si on parle aujourd’hui de fin de la récession on est loin de la fin de l’histoire et certainement pas encore au stade où la science économique pourra juger de l’efficacité réelle des politiques suivies.

Karl Peiper  (témoignage personnel)

 

 

Témoignage : la France, un pays socialiste ?

Permettra-t-on à un étranger qui a connu le « socialisme réalisé » de se poser la question : la France est-elle devenue un pays socialiste ?

Avec le RSA pour les jeunes adultes avant 25 ans, la France vient de boucler son système d’assistance à vie.

L’enfant et l’adolescent sont déjà largement pris en charge par la collectivité.  Les Allocations familiales viennent  compléter un dispositif  qui comprend de nombreuses gratuités (santé, école) et de nombreuses aides ponctuelles (rentrée scolaire,  cantine, transport, garde, logement, vacances, activités sportives ou culturelles etc.).

Le RMI et maintenant le RSA permettent de vivre sans travailler pratiquement indéfiniment. De nombreuses aides annexes rendent cet état finalement acceptable sinon confortable lorsqu’on peut accumuler des ressources au noir.  Les nouveaux  « droits à » , notamment le logement, mais aussi les transports, les loisirs  et autres, les exonérations fiscales, les ristournes sur le chauffage et l’électricité, le non remboursement de dettes,  complétés par la possibilité de se nourrir et s’habiller pour rien grâce à de nombreuses associations, ont fait de la situation d’assisté permanent une réalité qui touche des millions de personnes : d’après nos recoupement  près de 2 millions de foyers vivent sans travailler officiellement en France. Ils représentent entre 6 et 10 millions d’individus.

Les minima sociaux prennent la relève à partir de l’âge légal de la retraite.  L’hébergement des vieux est de plus en plus financé sur ressources publiques.

Avec l’extension du RSA au seul segment d’âge qui restait entièrement à la charge des intéressés et de leur famille, les mesures Hirsh  permettent désormais de vivre aux crochets de la collectivité pendant toute sa vie.  Certes comme toujours quand on crée de nouveaux droits on prévoit mille conditions. En quelques années toutes ces restrictions volent en éclats. Les Français  auront donc bientôt une sorte de revenu à vie garanti par l’Etat.

Vue au départ comme un filet en cas d’accidents de la vie,  l’assistance devient de plus en plus une subvention permanente.  

Il ne faut pas trop gloser sur le faible niveau de vie rendu ainsi possible. Il est supérieur à ce que gagne en travaillant 90% de l’humanité.

L’intéressant est que ce bouclage de l’assistanat est le fruit d’un président de droite qui préconisait la rupture avec un J. Chirac qui prônait sur la fin ouvertement la défense des droits acquis et  la création de nouveaux droits sociaux .

Ce paradoxe pose au moins deux questions :

-    La droite française penserait-elle  qu’un socialisme démocratique est  souhaitable et possible ?
-    Le socialisme démocratique est-il tenable dans la durée ou s’effondrera-t-il  comme l’a fait l’Union Soviétique.


Dans la presse française du jour on lit que M. Delanoë, après avoir augmenté dans des proportions délirantes les taux d’imposition (48% pour la taxe foncière) , et après avoir déjà fait flamber les dépenses municipales à Paris de façon grotesque (passage de 40.000 à 49.000 du nombre de fonctionnaires de la municipalité par exemple, ce qui revient à  ajouter du délire à du délire) va subventionner en partie les loyers d’une partie de ses assujettis. On augmente de 9% la taxe d’habitation et on subventionne en partie le loyer ! On est en plein clientélisme.

On voit donc qu’à droite comme à gauche on est bien décidé à toujours fiscaliser plus et subventionner plus, à l’échelon de l’état ou à celui des collectivités locales.  Les politiques et la haute classe administrative  sont en train de radicaliser la société entre d’une part une cohorte de subventionnés et une masse de smicards et de l’autre un masse de Français  tondus ras par une fiscalité confiscatoire.  Alors que l’équilibre social passe naturellement par une très forte classe moyenne.

Le système soviétique que nous avons connu était un peu différent : la Nomenklatura régnait  sur des masses à qui on fournissait le strict minimum dans le cadre des  « droits à » habituels : droit au travail, droit à la santé, droit au logement etc.  Les masses en question en faisaient le minimum.  On disait  à la base : l’état fait semblant de payer des citoyens qui font semblant de travailler. La propagande des hautes sphères rappelaient inlassablement le bonheur d’un système socialiste réalisé où tout le monde pouvait vivre et travailler.  La misère et le chômage étaient totalement masqués, ainsi que les conditions de vie désastreuses dans des logements pourris et partagés par plusieurs familles.  Il n’y avait pas de classes moyennes  et encore moins de classes entrepreneuriales. Seulement des apparatchiks  formant  une classe de bureaucrates et associant une petite élite économique d’ingénieurs,  et un immense prolétariat mal nourri, mal logé,  mal soigné.

On peut se demander combien de temps la France gardera sa classe d’entrepreneurs et de cadres supérieurs.  Le socialisme concret français a été financé par un taux de fiscalisation des entrepreneurs et des cadres supérieurs  qui est quasiment le plus haut du monde  et comme cela ne suffisait pas   on eu recours massivement à l’emprunt pendant quarante ans.  Les déficits sont partout : commerce extérieur comme finances publiques.   La récession a encore aggravé les choses, les recettes fondant sans que les dépenses  anciennes puissent être réduites et alors qu’on distribue allègrement les nouvelles facilités.  La France détenait  le record du non travail des jeunes, des femmes, des immigrés, des vieux (les personnes fragiles du point de vue de l’emploi).  La crise ne va rien arranger.

Les emplois perdus ne reviendront pas en France.  La quasi impossibilité de licencier, les occupations d’usines, les séquestrations, l’hyper fiscalité, la lourdeur règlementaire,  l’importance déraisonnable des charges  bloqueront longtemps les investissements étrangers productifs.

Les ex pays sous la coupe soviétique de l’Europe de l’est voient donc l’expérience française avec  scepticisme.  Le socialisme fiscal, où l’impôt remplace la Kalachnikov,  est-il réellement durable ? Est-ce à cela que nous conduit l’Union Européenne ?  Beaucoup chez nous considèrent déjà la France comme un pays socialiste et pour nous cette désignation est marquée de dégoût.

Pour les amoureux de la France, comme moi et beaucoup de Polonais, cette évolution de la France vers un socialisme  impossible est une souffrance.  Nous savons combien coûte le renoncement au courage et à la responsabilité.  Nous n’admirons pas l’extension indéfinie de l’assistanat français. Elle nous pousse plus que jamais à regarder vers les Etats-unis, en dépit de tous ses excès et de ses difficultés actuelles.  

Zbig Brataniec (opinion et témoignage personnels)

Pourquoi la France ne résiste pas si mal

En matière d’activité la France résiste mieux à la récession que bien des pays, comme l’Allemagne, l’Irlande,  le Royaume Uni et même les Etats Unis.  La baisse du PIB constatée, même si les réévaluations proposées pour 2009  ne se concrétisent pas, est inférieure à celle de bien des pays industrialisés.


La raison en est triple :


-    La part du secteur marchand dans l’économie globale est plus faible que partout ailleurs.  Près de 30% de la population active travaille sur recettes ou financements publics, et leur rémunération et leur emploi ne dépendent pas directement et immédiatement de la conjoncture.


-    Il y a eu pendant quelques mois baisse des prix et donc accroissement du pouvoir d’achat.  Une telle assertion ferait rire toute ménagère : il est de tradition que les hausses de pouvoir d’achat par la baisse des prix ne sont  JAMAIS ressenties. Elles n’en sont pas moins là.


-    La baisse des prélèvements obligatoires. Le taux a baissé en 2008 de façon sensible. Certains diront : c’est le programme de baisse  d’impôts du gouvernement. Ce n’est pas la raison principale : la vérité est que lors que le PIB croit le taux de prélèvement s’accroit mécaniquement plus vite (l’impôt est globalement progressif) et qu’il décroit tout aussi mécaniquement lorsque le PIB régresse.  Le Ministre du budget a indiqué que le déficit de l’Etat s’expliquait pour 75% à cause de la crise et 25% du fait des déséquilibres hors crise de la structure des recettes et des dépenses.  Cette proportion vaut sans doute à peu près  dans l’effet « baisse du taux de prélèvements ».


L’inconvénient de ces avantages est la montée de l’endettement « structurel » et des déficits extérieurs.

Lorsqu’il faudra rétablir nos échanges et commencer à rembourser les emprunts l’effet sur la croissance sera lourd et nous condamnera à une sortie de crise retardée, une croissance très molle et une durée de stagnation plus longue.
D’autant que les trois avantages vont cesser progressivement de jouer :


-    Le secteur public étant peut susceptible de gain de productivité majeurs, il ne sera pas un moteur de sortie de crise.
-    L’inflation va reprendre.
-    La hausse des prélèvements obligatoires aussi.


Il y aura pression sur la demande globale à la baisse, en même temps qu’une baisse de la propension à produire plus.


On verra alors une France à la traîne par rapport aux autres. C’est ce qui s’est passé notamment entre 2005 et 2008 où nos taux de croissance ont été presque ridicules. 

Dans le cycle économique la France oscille moins mais son trend est plus plat que les autres.  L’avantage est certain lors de la phase de récession du cycle mais pas véritablement  enthousiasmante le reste du temps.

Taxons ! Taxons encore ! Taxons toujours !

Nous voici donc avec la perspective d’une taxe nouvelle : la taxe sur les transactions financières. 

A voir Nicolas Sarkozy hier soir, il était content.  Il était content parce que la taxe carbone  s’était imposée en France  et que peut être on pourrait l’imposer aux frontières. Il était content parce que la taxe  sur les transactions financières  était désormais acquise à l’échelon international.  Il était content parce que les deux taxes  permettront de réduire l’endettement des Etats (voici donc la fameuse voie de sortie de l’endettement).   Il était aussi content parce que les indemnités des accidents du travail allaient être  supprimées.  Une mesure de simple justice a-t-il affirmé.  M. Nicolas Sarkozy nage dans le bonheur quand il nage dans les taxes.


Devons-nous partager ce bonheur ?


L’Etat français dépense plus que la valeur ajoutée des entreprises qui sont sous sa coupe. Prendrait-il toute la valeur ajoutée qu’il ne financerait toujours pas ses dépenses ! La crise financière et les moyens beaucoup trop couteux qui ont été mi en place pour y faire face ont aggravé  la situation dans des proportions  qui désormais semblent échapper à tout contrôle.


On nage dans les paradoxes.


On signale qu’il faut réduire le « mille feuilles » administratif qu’est la France avec ses étages multiples et redondants.  Et on ne cesse de multiplier les étages à l’extérieur de la France. Déjà par la voix de Lamy, entre autres, on réclame une hausse rapide et massive des ressources propres de l’Union européenne.  Avec Chirac on avait eu la taxe sur les voyages en avion. Maintenant voici la taxe  sur les mouvements financiers vers l’étranger.


Remarquons que cette taxe n’aurait eu exactement aucun effet sur les subprimes et leur commerce.  Ces opérations de titrisation n’ont donné lieu à aucuns allers et retours spéculatifs.  Les titres ont simplement été diffusés et  ils l’auraient été même avec une taxe sur les transactions financières de 0.05%.  


La taxe Tobin est une technique radicale pour pallier aux inconvénients d’un système monétaire de change flottant. Et comme le dit Nicolas Sarkozy lui-même le G.20 de Pittsburg ne s’est pas occupé de monnaie !  En même temps qu’on s’agitait contre les « boni », on a détourné une technique monétaire pour régler des problèmes de « morale » financière.  Ou alors on a rien compris.


Bientôt on nous expliquera qu’il faut une taxe sur les opérations financières intérieures.  Si la spéculation est mauvaise entre pays elle l’est sûrement tout autant au sein d’un même bloc monétaire !


Faute de réfléchir à une organisation correcte du monde monétaire international, on développe en toute bonne conscience des politiques entièrement malthusiennes  et qui portent atteinte aux libertés.


L’impôt sur les transactions financières pose un principe fiscal nouveau : vous n’êtes pas taxé sur votre revenu, ni sur votre capital, mais sur le déplacement de votre capital.


Les migrants qui renvoient de l’argent chez eux : taxé. Motif : a déplacé une partie de son patrimoine.  Les résidents français qui travaillent en Suisse et reçoivent leur salaire en France : taxés.  Rien que cela est une source d’inégalité devant l’impôt car ils paieront plus d’impôts sans que cette augmentation ait une cause réelle et sérieuse.  Le retraité qui a choisi de s’installer loin de sa zone monétaire va être taxé pour récupérer sa rente. Retaxé quand il va faire son chèque aux impôts ou s’il paie une pension à son ex, s’il est divorcé.  Retaxé s’il replace cet argent hors de son pays d’adoption. Retaxé quand, mort, son avoir sera rapatrié dans le pays de résidence de ses ayant- droits.  A quel titre ?  Selon quelle justification morale ? Pourquoi une telle différence avec quelqu’un qui serait resté peinard dans son pays de naissance ?  L’arbitraire est total. L’iniquité évidente.


Le tourisme va être taxé. L’ensemble du commerce international va être taxé.  Vous avez acheté à l’étranger : taxe. Vous êtes remboursés à la suite d’une erreur de livraison : retaxe.


On dira : c’est une toute petite taxe.  Ce qu’on cherche à pénaliser c’est la spéculation.  Oui, mais faute d’un vrai ciblage on taxe tout le monde, y compris les échanges de biens  et de services réels.


Et comment cibler la spéculation ? Comme nous l’avons déjà écrit ici, un entrepreneur qui anticipe l’évolution d’un marché  spécule.  Il va peut-être rechercher de l’argent sur un marché X pour investir dans un marché Y.  Deux taxes sur les transactions financières. Et s’il rapatrie son profit, encore une taxe.  Et s’il rembourse ses emprunts encore une taxe.  Et s’il place l’épargne qu’il a réussi à conserver dans un pays étranger encore une taxe. Et le rendement de son placement sera encore taxé quand il le rapatriera. Et si finalement, il dépense son épargne en achetant des produits qui ont transité  internationalement, encore une taxe.  Toutes ces taxes sont cumulatives.


Que veut-on ? Qu’il se contente de faire des transactions réelles et financières dans sa zone monétaire ?  C’est aller complètement à l’envers de l’histoire et des nécessités.


L’arbitrage entre places financières est certainement une tâche dont l’intérêt peut se discuter.  Mais pourquoi devrait-on interdire  qu’une différence de cours entre marchés soit gommée par une opération financière ?  L’or en dollar à New York est moins cher que l’or en Euro à Paris compte tenu du change en cours.  Pourquoi vous interdire d’acheter  là où c’est peu cher pour vendre là où c’est cher ? L’opération est-elle malsaine ? Assurer l’homogénéité des marchés est-il un crime ? C’est une spéculation mais elle est relativement sans danger.   Sauf peut être si le cours des devises est très fluctuant.  Mais qui a voulu un système de changes flottants ?


Ne serait-il pas plus sage de d’abord s’assurer que les devises ne flottent pas ? Car alors l’arbitrage devient pratiquement routinier et sans danger.  Et s’il est sans danger, pourquoi le taxer spécifiquement plus que toute autre transaction commerciale ?


Une fois que la taxe sera instituée, elle sera pérennisée. Plus question de revenir en arrière. Surtout si elle finance des bureaucraties internationales  et si on a fait des réformes qui rendent sans objet la taxe elle sera toujours maintenue.  C’est une règle qui ne souffre d’aucune exception.


Une fois qu’elle sera instituée, elle sera aggravée, car on n’a jamais vu une taxe qui ne soit pas régulièrement augmentée pour faire face à la rapacité des prédateurs publics.


Résumons-nous : partout on nous affirme que les subprimes sont la cause de la crise. Et en permanence on prend des mesures qui n’ont strictement rien à voir avec les subprimes !   Les hedge funds ? Pas dans le coup. Le bonus des traders des salles de marché ? Pas dans le coup des subprimes.   L’arbitrage international ? Rien à voir avec les subprimes.  Le secret bancaire ? Rien à voir avec les subprimes.  


Une taxe sur les transactions financières aurait elle eu un impact sur les subprimes ? Pas le moins du monde.


Nous voici donc dans une rafale de décisions qui n’ont exactement aucun rapport avec  ce qu’on nous dit être la cause de la crise.  Comprendra qui voudra !


Mais toutes ces mesures mettent en cause les libertés.  Et le principe d’une taxe sur le simple déplacement de son épargne est en lui-même totalement absurde.  Et le principe d’une taxation financière sur le déplacement de l’image financière d’une transaction réelle, qui est déjà taxée, est totalement abusif.


De Juncker avait expliqué il y a un an qu’il ne fallait pas que la crise serve uniquement à régler par la bande des réclamations qui n’ont strictement aucun rapport avec elle.  C’est exactement ce que l’on a fait !


Erreur de diagnostic, si celui qui est affiché est bien celui auquel on croit, car sinon ce serait simplement mensonge.  Mesures sans rapport avec le diagnostic.  Freinage et malthusianisme.  Dépenses  étatiques gargantuesques là où des mesures ad hoc auraient pu être infiniment moins couteuses.  Création monétaire quasiment illimitée dont on ne sait plus comment se débarrasser et qui menace à nouveau tout l’édifice.


Irresponsabilité générale : car les vraies causes, celles qui expliquent les déficits astronomiques américains et les excédents correspondant en Chine ou au Japon,  ne sont pas traitées.


Avec la taxe carbone aux frontières, si elle est admise, on entrera dans une phase nouvelle de restriction aux échanges et de protectionnisme.   Sans avoir touché le moins du monde au dumping monétaire du principal pollueur industriel, la Chine.


Tout le cela est simplement grotesque.  Surtout quand on sait que la réforme en temps voulu du tragique système monétaire international basé sur des changes flottants aurait suffi à prévenir la crise qui nous ruine et à éviter pratiquement toutes les mesures coercitives et anti économiques qui sont en train de se mettre en place.


L’étude de la crise de 1929 montre une espèce de folie générale où les erreurs se cumulent aux erreurs : pas de diagnostic, alors on tape au hasard  et on finit par aggraver tout.  Nous sommes exactement dans la même géhenne intellectuelle et politique.


On taxe ; on empêche ; on déstabilise ; on freine ; on appuie en même temps sur le frein et l’accélérateur ;  les décisions prises n’ont pas de cohérence ; le non dit l’emporte sur le discours public ; l’agitation l’emporte sur l’action ;  la communication l’emporte sur l’information.  On taxe.


Il n’y a pas besoin d’être intelligent pour taxer.  Il suffit d’un prétexte.

Et on reste à la merci d’un accident monétaire qui mettrait à bas tout l’édifice cette fois ci sans aucun moyen de relance !

 

 

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes E-toile

Taxe Tobin : la double méprise.

On se souvient qu’une association constituée d’anciens communistes, venant soit du PC, soit de la CGT, soit du tiers-mondisme marxiste,  ATTAC,  l’exemple même du « faux nez »  dont la mouvance communiste aime à s’affubler pour essayer d’attirer des âmes simples pour lesquelles le mot « communiste » a un effet répulsif majeur,  avait fait de la taxe Tobin son cheval de bataille.  


Surmédiatisée, cette association  qui avait fini par mordre sur le parti socialiste et ses militants,  a finalement explosé en vol quand l’opacité de ses méthodes  (une malhonnêteté très bolchevique) a fait tomber une partie du masque  et surtout quand les socialistes ont soudain découvert qu’ATTAC avait largement provoqué le « non de gauche à l’Europe libérale » et que même le Traité de Rome n’aurait pas trouver grâce  si on avait accepté tout ce corpus idéologique : la régression terrorisa .  Fabius qui avait cru relancer sa carrière en  épousant l’esprit du temps créé par Attac fut  marginalisé ainsi qu’ATTAC, dont le côté mascarade (l’éducation populaire !) et la nocivité globale ne pouvaient plus être cachés.

Pendant toute la montée médiatique d’ATTAC, on avait vu des artistes et des politiciens s’adonner au petit jeu du : « une si petite taxe qui permettrait de dégager des centaines de milliards pour lutter contre la pauvreté ». Il fallait être un cœur bien dur  pour s’opposer à une mesure si simple et  si efficace.  L’acteur Pierre Arditi, un économiste de l’école spontanéiste, toujours très soucieux de son positionnement à gauche, s’était ainsi ridiculisé à la télévision,  en joignant le geste à la parole : il fit claquer ses doigts   et « comme çà ! » les flots impurs de la finance mondiale auraient en quelques instants irrigué les nécessiteux du monde entier, résolvant enfin un problème qui tarabuste la société depuis plusieurs millénaires.

Il fallut que Tobin, prix « Nobel » d’économie, si tant est que cette expression soit juste, déclare qu’il avait horreur des idéologues d’Attac et ne se reconnaissait en rien dans les travestissements de sa pensée pratiquée par ce groupuscule politique communiste.  Se cacher derrière des sommités reconnues est en effet une des astuces habituelles de la propagande communiste.  Toute la presse soviétique pendant des décennies a utilisé ce stratagème simple qui consiste à affirmer que  « cela doit être vrai puisque nos ennemis eux-mêmes le disent ».   Sous entendu : nous on sait bien que vous savez qu’on ment tout le temps !

Et voilà qu’un régulateur britannique s’intéresse ouvertement à  la nécessité  de la taxe Tobin. La City semble tout à coup donner la main aux nostalgiques du marxisme léninisme.  Aussitôt  on retrouve toute la folie médiatiques des années Attac : M. Kouchner redécouvre les vertus de cette taxe magique et avec lui toute une partie de la gauche socialiste.  C’est à peine si la droite n’a pas un peu honte de n’avoir pas adhéré pleinement  et plus tôt à cette idée fantastique.

Du coup le cœur tobinien  de la presse enchantée du socialisme se remet à battre  avec vigueur. Le délire recommence à s’installer sur ce thème à France Inter qui ce matin, vendredi 25 septembre,  reprend ses vaticinations à l’occasion de l’interview du directeur de la bourse de Londres, un Français.  Et voilà M. Bernard Guetta chevrotant à nouveau la belle chanson de la taxe magique que seuls des âmes déplorables peuvent  tourner en dérision,  pendant que tous les petits bras qui l’entourent essaient de cerner la bête avant l’hallali : la démocratie doit imposer la taxe Tobin, c’est évident.  On a failli retrouver le langage des « séminaires » Attac : celui qui est contre la taxe Tobin est « un fasciste », un « salaud au sens sartrien ».  

En revanche on n’a pas évité les ambiguïtés habituelles sur le taux de la taxe : 0.5, 0.05, 0.005, 0.0005 pour cent ! C’est selon ! De toute façon c’est si petit que cela n’a pas d’importance…

En dehors de ces palinodies idéologiques, il reste une vraie question, technique et économique celle là, qui est de savoir si la taxe de Tobin aurait été de nature à éviter la crise financière actuelle ou non, et si on tient là une piste sérieuse de rénovation de notre système économique mondial.

Première remarque : la proposition de Tobin nait au début des années 70 avec l’introduction du système des changes flottants après l’annonce de l’inconvertibilité du dollar en or.  Au passage notons l’importance de ce fait : on sent bien que la source des maux  vient de là, même si on ne l’avoue pas directement !   Que disait Tobin : que le danger des mouvements de capitaux à court terme était réel et qu’il fallait tenter de brider ces mouvements.  Traduisons : les monnaies flottantes créent tellement d’occasion de spéculer que bientôt tout  le système sera un casino incontrôlable !  Des capitaux peuvent se déverser en masse sur des marchés financiers à partir de l’extérieur puis s’en retirer en provoquant des catastrophes.  Tobin a bien mérité son prix Nobel !  Car le pronostic était  exact.

Deuxième remarque : le taux de la taxe pour être efficace doit être fort, sans cela il n’y aura aucun effet de frein.  En fait il s’agit de faire très mal aux opérateurs pour qu’ils s’abstiennent.  Le taux qu’il a  proposé était de 0.05 %. Le chiffre parait faible : il est gigantesque !  Le montrer n’est pas difficile. Prenons un « day trader » qui spécule sur les variations de devises cotées en continu.  Il va faire des dizaines d’allers et retours quotidiens, en se couvrant qui plus est par des opérations annexes.  Imaginons qu’il en fasse 10 : la taxe va être de 0.5% par jour, soit grossièrement 365 x 0.5% = 180% par an !  Alors que l’argent qui sert à spéculer est emprunté à  2 ou 3% par an !   La Taxe Tobin au taux qu’il a lui-même proposé est donc un gigantesque coup de massue visant de fait à interdire les allers et retours financiers.  La conséquence est qu’on en reviendrait à des placements longs qui certes devraient payer l’impôt  mais s’il n’y a pas plus d’un mouvement par an, la pénalisation n’est pas importante.  Tobin ajoutait : faites de cette taxe mondiale la première recette mondialisée et utilisez là aux fins générales de l’humanité et pas seulement des états nationaux.

Imaginons que vous souhaitiez qu’une porte reste fermée et que vous préleviez 1 euros à chaque ouverture.  Un euro c’est rien. Mais si vous aviez l’habitude de faire une dizaine d’allers et retours par jour par la porte, voyez ce que cela coûte à la fin de l’année :  3.650 Euros par personne ! Largement plus que le coût de la porte.  Et quel embarras si on ne dispose pas des moyens de faire payer tout le monde !


James Tobin était un économiste très fin, comme souvent le sont les vrais spécialistes des systèmes monétaires internationaux (ils sont rarissimes !).
Il a été contré par Milton  Friedmann  et ses troupes qui ont expliqué que la monnaie étant un produit comme les autres, son prix devait s’établir sur un marché,  et non par décision administrative, et que les transactions à court terme permettraient de stabiliser et le taux d’intérêt et les changes eux-mêmes, car si les taux sont harmonisés alors il n’y a guère de raison que les changes varient, sauf si un pays utilise sa souveraineté pour faire n’importe quoi.  Si la banque centrale est indépendante et a pour but de maintenir la valeur locale de la monnaie, le système sera stable.


Milton l’a emporté sur James  et le système ainsi mis en place n’a pas arrêté d’hoqueter de crise financière en crise financière jusqu’à la crise dramatique actuelle.  La vérité : Milton avait tort ! On le constate tous les jours mais la dictature de l’existant est telle qu’il serait terrible de la reconnaître. 

On ne le fait généralement que lorsqu’on n’a plus le pouvoir et qu’on soigne sa posture pour l’éternité :  Edouard Balladur le fait dans son dernier livre, quasiment à la dernière page, où il déclare être resté en politique pour faire valoir des idées fondamentales comme par exemples la nécessaire réforme du système monétaire international, source de tous les maux.  « Je ne fus pas entendu. J’assistais, désolé,  au spectacle d’un monde déchiré par le désordre et l’anarchie, enivré par un richesse factice due au dérèglement du système monétaire international ».  L’ennui est que jamais il n’a prononcé la phrase clé : le système des changes flottants, à l’instar du socialisme, cela ne marche pas !


On retrouve cette même critique ouatée qui ne descend jamais dans les détails qui font mal  dans bien des interventions actuelles.


La véritable question est de savoir s’il faut conserver les changes flottants avec un correctif de type Tobin, aussi violent soit-il, ou s’il ne faut pas résoudre le problème à la base, c'est-à-dire en finir avec les changes flottants.


Nous sommes de ce dernier avis.  Les changes flottants on introduit trop d’occasions de spéculer sur tout et sont à la source de tous les maux que l’on a constaté depuis   1971, sans aucune exception.  Corriger par des taxes un système faussé structurellement ne peut être la bonne solution.  Tobin le savait fort bien. Il pensait simplement que la volonté hégémonique des Etats-Unis et leur souci de tirer un avantage absolu de leur domination économique et monétaire, interdisaient tout autre système que les changes flottants.

Le pire pour lui est que son remède de cheval a été pris pour une médication homéopathique  et détourné sans scrupule par des mouvements idéologiques qu’il exécrait.  
Une double méprise.  

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile

La crise financière de 33 avant JC

Nous ne résistons pas à l'envie de donner le texte de tacite racontant la crise financière de 33 avant JC.

Toute ressemblance avec la situation actuelle ne saurait être que fortuite. Mais tout de même.

 

"Cependant, un grand nombre d'accusateurs se déchaînèrent sur les gens qui accroissaient leur fortune par le prêt à intérêt, contrairement à une loi du dictateur César fixant les limites des créances et des propriétés en Italie, une loi qui, depuis longtemps, n'était plus respectée parce que l'on fait passer l'intérêt privé avant le bien public. L'usure fut de tout temps le fléau de cette ville, et une cause sans cesse renaissante de discordes et de séditions. Aussi, même dans des siècles où les mœurs étaient moins corrompues, on s'occupa de la combattre. D'abord, en effet, les Douze Tables avaient interdit d'exiger un intérêt supérieur à un douzième*, qui, auparavant, n'avait de bornes que la cupidité des riches ; puis, sur une proposition de loi déposée par les tribuns, on le réduisit à un demi-douzième ; finalement, les emprunts à intérêt furent interdits. De nombreux plébiscites tentèrent d'empêcher les infractions qui, tant de fois réprimées, se reproduisaient avec une merveilleuse adresse. Le préteur Gracchus, devant qui se faisaient les poursuites dont nous parlons ici, fut effrayé du grand nombre des accusés et consulta le sénat. Les sénateurs alarmés (car pas un ne se sentait irréprochable) demandèrent grâce au prince. Leur prière fut entendue, et dix-huit mois furent donnés à chacun pour régler ses affaires domestiques comme la loi l'exigeait.

"D'où pénurie de numéraire, du fait que toutes les créances furent mobilisées à la fois et parce que, en raison du grand nombre de condamnés et de la vente de leurs biens, l'argent monnayé était accumulé par le fisc ou le trésor public**. En outre, le sénat avait prescrit que chacun investît les deux tiers de l'argent, jusque-là placé à intérêt, en terres situées en Italie. Mais les créanciers réclamaient la totalité de ce qui leur était dû et il n'eût pas été honorable, de la part des débiteurs, de ne pas tenir leurs engagements. En vain ils courent, ils sollicitent ; le tribunal du préteur retentit bientôt de demandes. Les ventes et les achats, où l'on avait cru trouver un remède, augmentèrent le mal parce que les créanciers avaient employé tout leur argent à acheter des terres. L'abondance des biens à vendre ayant entraîné une baisse des prix, plus on était endetté plus on avait de mal à trouver acheteur et bien des gens voyaient leur fortune s'effondrer ; la ruine du patrimoine entraînait l'écroulement de la situation sociale et de la réputation, jusqu'au jour où Tibère mit à la disposition des banques une somme de cent millions de sesterces, avec la faculté de prêter sans intérêt pendant trois ans, si le débiteur fournissait à l'État en bien-fonds une caution du double. Ainsi le crédit se trouva rétabli et peu à peu il y eut même des particuliers pour prêter."
 
* Un douzième par mois, soit 100 % par an !
** Le produit de la vente des biens confisqués aux condamnés pour crime de lèse-majesté, principalement, était versé, après déduction de la récompense légale pour l'accusateur, soit au trésor particulier de l'empereur (fiscus), soit au trésor géré par le sénat (aerarium).
Tacite, Annales. Chapitre VI. XVI - XVII. Coll. Folio

Un an après la chute de Lehman Brothers un économiste lit : le Monde

 

 

Nous reprenons ici la petite chronique de Sylvain Dieudonné sur la manière dont la presse rend compte de la récession, un an après la chute de Lehman-Brothers.

Mais puisque nous allons évoquer le journal le Monde, c’est l’occasion de décerner un « e-toile » d’honneur à Pierre Antoine-Delhommais pour son papier dans l’édition du journal datée du dimanche 20-lundi 21 septembre.  Il exprime deux thèses que nous défendons depuis des lustres : la crise de 1929 n’a en réalité  pas fait l’objet d’un consensus sur ses causes ; la crise actuelle n’est pas nécessairement la crise des « subprimes ».  Nous ne savons pas s’il nous lit mais si oui, nous en sommes très heureux et si non, nous sommes contents de ne pas être  totalement seul à exprimer des vues qui sont pourtant élémentaires.  Encore un effort PAD : il reste à mettre en cause les changes flottants !

PA Delhommais  et  J.P. Robin, son alter ego au Figaro, sont pratiquement les seuls journalistes économiques dont on puisse lire les billets sans être effondré de rire ou de tristesse.

 

En parcourant le journal le Monde du 23 septembre 2009

Par Sylvain Dieudonné

Ce numéro est particulièrement intéressant puisqu’il comprend le supplément  économique et qu’il traite de l’anniversaire de la crise.

1. Le journal pose une bonne question à quelques personnalités : «  s’il n’y avait qu’une  et une seule leçon à tirer de la crise, laquelle retiendrez-vous » ?  Notre réponse au Cercle des Economistes E-toile aurait sans doute été unanime : il faut en finir avec les changes flottants source de touts les maux.


- La crise alimentaire est toujours là  répond un responsable de la FAO. Oublions la finance et occupons nous du milliard de personnes qui ont faim.  Il est vrai que la monnaie est le « sang des peuples ». Une mauvaise monnaie signifie  des situations tragiques. Bien d’accord.  Mais on attend la « seule mesure ».


- Réduire le marché à sa réalité d’outil dit un président de groupe de conseils. Le genre même de propos qui en eux-mêmes ne veulent rien dire.  Surtout quand on ajoute qu’il faut « remettre en route l’histoire ». Blablabla !


- Patrick Pelata, de Renault,  signale que le goût de l’argent frais n’était pas dans la culture de son entreprise.  Vive le cash et le dynamisme. Tout cela ne nous éclaire pas vraiment. Mais ne fait de mal à personne.


- Thomas Philippon, lauréat du prix du meilleur jeune économiste 2009, indique qu’il faut démocratiser la finance. Après avoir affirmé, fort justement, que les mastodontes bancaires bénéficient  d’une impunité de fait qui n’a fait que se renforcer, il indique qu’il faut mettre fin à cela mais pas un mot sur la méthode et aucune indication de moyens.


- Daniel Cohn Bendit veut sortir du cycle croissance, crédit, endettement. Il reprend en si bémol majeur la thèse altermondialiste  comme quoi le crédit à besoin de la croissance et que l’endettement nous mène  à la catastrophe.  Il n’ose pas dire qu’il faut entrer dans la décroissance (il perdrait tout crédit politique avant les municipales) et se contente de phrases type de la langue de bois gauchiste : mutation profonde de nos modes de vie.  Déjà en 68 il était contre la société de consommation et effectivement les dix ans suivants avaient été très difficile pour le pouvoir d’achat.  Ce qui est bizarre c’est qu’il demande de sortir d’un « système irrationnel » alors même qu’il va dans le sens demandé !


- Jean Claude Trichet dit une chose importante : le monde ne peut échapper à des réformes profondes.  L’ennui c’est qu’il ne dit pas lesquelles. Un point intéressant : qui vise-t-il  en affirmant qu’il ne faudra tenir compte « d’aucun privilège » ? Le Dollar ?


- Vincent Peillon va chercher Jaurès, Marx et Debord. On est sauvé.


- Jean Arthuis appelle à l’usage d’une prime d’assurance pour les banques. Que sont les CDS sinon des primes d’assurances souscrites par les banques ? On a vu que la prime d’assurance n’a de sens que si l’endettement n’est pas tel que même AIG ne peut pas fournir la garantie.


- Oxfam rappelle comme la FAO qu’il faut agir sur les causes des injustices mondiales. C’est bien. L’ennui c’est que tout le monde croyait que la croissance élevée des pays pauvres   des années 2005-2007 était  excellentes à cette fin. Et krach !   Les bons sentiments ne suffisent pas.


- Une femme (enfin !), la présidente du fonds d’investissement AXA, pense qu’on a transformé des risques visibles en risques invisibles.  Qui « on » ?  AXA fut une des sociétés d’assurances les plus engagées  dans le prêt de titres aux spéculateurs,  l’assurance des crédits  et l’intégration des subprimes dans les portefeuilles des épargnants.  Un mot de regret ? Non : le coupable c’est la titrisation.  Comme c’est facile !

Pour l’essentiel on voit que les réponses ne sont qu’un tissu de banalités colorées par le camp politique  pour les politiciens ou par la prudence consensuelle pour les autres.  Aucun intérêt !


2.  Le journal s’honore aussi d’un article du à un économiste italien  pêché on ne sait où (un certain Tito Boeri) qui va débiter toutes les sottises habituelles avec une bonne inconscience béate qui fait mal à lire.


- « La crise était imprévisible ». Bienvenu  au Club aux milles membres de la corporation des économistes qui n’ayant rien prévu considèrent que c’est absolument normal et ne doit pas leur être compté à charge ni les empêcher de pérorer.  


- « Les économistes n’ont pas réalisé que  les risques se concentraient  au sein de quelques géants financiers ».  Ici, on cumule deux erreurs : c’est l’endettement global, très facile à voir qui était le problème ; il a été permis  notamment parce qu’on a diffusé le risque  un peu partout entre banques et hors des banques !  


- « Les économistes  n’ont pas pris la peine d’étudier les produits financiers innovants et les financiers n’ont pas considéré les risques macro-économiques de leurs  produits ». Cela fait des lustres que le secteur bancaire et financier est  une sorte de trou noir de la science économique, c’est vrai.  Mais il n’y avait pas besoin de connaître intimement le domaine des subprimes pour prévoir la crise : il suffisait de regarder l’évolution de l’endettement global et des déséquilibres de balances de paiement.  Et certains économistes de banque ont fait la théorie  des produits dérivés (en France celui de Natixis, n’insistons pas !)  aux Etats unis ceux de la FED : ils n’y voyaient que des avantages ; Seule la BRI a sonné l’alerte. Il suffisait d’écouter. Même en Italie c’était possible.


- « Les économistes doivent retourner au livre et garder le silence ». Comme cela ils cesseront de se disperser sur le net ou dans des articles de commentaires de journaux.  On veut bien pour Krugman ou Stiglitz qui se contentent de prendre des postures   et soignent leur image.  Sinon quel monde de taiseux que les économistes !  Nous le répétons souvent : ils n’aident pas beaucoup les journalistes et se contentent de gérer prudemment leur carrière en ne disant rien ou si peu. Et en ne prenant aucun risque.  Il vaudrait mieux que certains économistes en poste lisent un peu plus les analyses du WEB. Les nôtres bien sûr mais tant d’autres  qui donnent une information bien mieux documentée et analysée que la presse quotidienne.

 

Récemment un journaliste disait fort justement que le rôle de la presse n’était plus l’expertise car l’expertise était sur le WEB pas dans les journaux.  Le rôle de la presse est (après la survie et la captation par un moyen ou un autre de l’intérêt de lecteurs prêts à payer)  de mettre en valeur les expertises  éventuellement en les mettant en concurrence.  C’était très bien vu. Mais ce n’est pas ce qui est fait : la presse aussi  cherche la tranquillité. Aucun article envoyé entre décembre  2006 et juillet 2008 annonçant la crise n’a jamais été retenu.

 

Au total ce « point de vue » cumule toutes les erreurs et les sottises possibles.  Un vrai aimant à erreurs et raisonnements vaseux.  L’Italie aurait surement mieux à nous proposer que ce tissu d’inepties.

 

Lire la presse reste une épreuve  dans le domaine de l’économie.   En dépit de l’indigence souvent marquée de beaucoup d’économistes détenant des postes officiels  dans l’enseignement et le conseil aux dirigeants publics ou privés,  les responsables de la presse ont les moyens de faire mieux notamment en allant chercher des analyses   qui, tout en restant fortement articulées et raisonnées,  n’entrent pas dans le train-train des sénateurs de l’information économique plan plan.  

 

Sylvain Dieudonné

Le gouffre s'agrandit

L'écart entre BDI et SP 500 n'a jamais été plus grand.

Bien sûr le Blatic index ne doit pas être considéré comme un indice précuseur de la bourse (ce serait trop facile), mais on voit que les prix du fret sont en baisse depuis trois mois, indiquant une stagnation et même un peu plus du commerce international  alors que la bourse soutenue par la spéculation alimentée par la création monétaire ne cesse de porter à la hausse les valeurs boursières.

La montée du cours de l'OR mesure celle de la méfiance. Nous avons donc plusieurs contradictions.  La hausse de la bourse devrait plutôt être accompagnée de la baisse de l'or. De même que la hausse de la bourse  devrait être alimnetée par la confiance née du retour du moteur de croissance qu'est le commerce international.

Ces contradictions démontrent plutôt une fuite devant la monnaie et la défense de l'épargne. Tant qu'on craignait une faillite généralisée des banques l'épargne est restée le plus liquide possible. Maintenant que s'impose l'idée que les énormes déficits et la surchauffe des planches à billets sotn le risque principal on se replace sur des biens susceptibles de conserver leur valeur.

Les mouvements que l'on constate sont purement et simplement un tour de valse de la psychologie des foules et de la création monétaire. Ils ne traduisent en rien l'évolution de l'économie réelle qui stagne à un niveau très bas.

 

 



Un an après la chute de Lehman brothers, un économiste lit le Figaro

L’information telle qu’elle est donnée par la presse quotidienne nationale est un sujet de réflexion.  Il était amusant de prendre un journal, à la date anniversaire de la chute de Lehman brothers et de parcourir les colonnes de l’un d’entre eux. Par exemple le Figaro du 15 septembre 2009.

1. « La Chine porte plainte contre les Etats-Unis ».  En dépit de toutes les affirmations contraires du G.20 des manœuvres protectionnistes ont lieu.  De son côté la Chine avait décrété peu avant qu’elle se réservait les matières premières de son sol. Et la Russie avait mis un blocage douanier sur les automobiles.  Etc.   A noter une jolie infographie sur le creusement du déficit des Etats Unis vis-à-vis de la Chine : on passe de 124 milliards de dollars de déficit en 2003 à 268 en 2008.  Plus qu’un doublement en 5 ans. Un système très sain  qui évidemment n’a aucun rapport avec la crise (ce sont les subprimes, idiots)!

2. « Cinq milliards pour les trains de fret ». Cela fait maintenant 40 ans que le fret SNCF est en pleine capilotade. Tout le monde connait la cause : le statut de cheminot ne permet pas de gérer une activité de façon profitable ; le poids syndical interdit toute réforme.  On parle de ferroutage mais aucun possesseur de camions ne voudra l’immobiliser sur un train avec la crainte qu’il soit pillé faute de gardiennage et surtout pris en otage par une grève.  La 40ième réforme en quarante ans n’aboutira pas plus que les précédentes. On voit que les sommes à verser représentent toujours quelques multiples des bénéfices fugaces de la SNCF. Il faut purement et simplement liquider cette activité et faire un appel d’offre pour la relancer. Les milliards versés manqueront à des tâches plus utiles.  Mais « chut » il ne faut pas le dire.

3. « Sarkozy veut sortir de la religion du chiffre ».  En route vers le Bonheur national brut qualitatif et non chiffré !  Nous sommes les premiers à expliquer les difficultés de l’interprétation du PIB. Mais difficulté n’est pas carence. Le PIB reste la base de tout.  Au passage que quelqu’un explique à France Info et France Inter que l’on prononce  « sti-glitz » et non pas « stil-gliste » !

4. « RSA : un démarrage en ligne avec les prévisions ». Voilà bien une présentation totalement biaisée. On nous a présenté le RSA comme un moyen de remettre au travail, même peu, les RMIStes pris dans la trappe à pauvreté. On nous explique maintenant que l’important est l’adhésion des travailleurs « pauvres » au système pour rechercher un complément de revenu.  Adieu les retours à l’emploi.  Vive l’aide sociale aux travailleurs pauvres.  L’inversion du discours est totale. Il ne s’agit plus de se réjouir de la baisse du nombre des RMIstes mais de la hausse des signataires de contrat RSA !  Vielle tradition énarchienne, le succès d’un fonctionnaire se mesure soit à celui d’un impôt qu’il a créé soit à l’adoption par des millions de gens des subventions qu’il a mises en place. Rocard était le champion de ces « succès » là. Comme nous le pensions  dès le départ au Cercle des Economistes E-toile nous sommes en présence d’une quasi escroquerie politique et administrative.

Il est intéressant de citer  l’interview de Jean Yves Praud, vice président du conseil général d’Ille et Vilaine dans le canard maison du département « nous vous ille », numéro daté de l’été 2009. Il avait suivi l’expérimentation du RSA dans son département. «  Nous souhaitions aider ceux qui reviennent à l’emploi ».  « Nous allons devoir appliquer  un RSA généralisé moins favorable que le dispositif  expérimenté en Ille et Vilaine sans que  sa réelle performance ait été démontrée ». « Notre département s’est toujours engagé pour une insertion sociale  et économique des personnes en difficulté. Mais il ne se retrouve pas dans ce dispositif complexe ». « L’Ille et Vilaine pourrait passer de 10.000 bénéficiaires du RMI à 37.000 bénéficiaires du RSA ». Martin Hirsh va être content !

5. « Le grand emprunt des pays de la Loire » : 80 millions d’euros espérés avec un rendement brut de 4%. Rappelons que la crise Argentine de 99-2000 a été aggravée par les exploits des régions en matière de financement…

6. « 1.3% de hausse de l’indice du coût du travail en glissement annuel  au second trimestre 2009 ».  C’est écrit tout petit.  Avec une baisse des prix en face. La rentabilité des entreprises françaises est prise dans un ciseau.  Mais il ne faut pas le crier sur les toits.  Et la Taxe carbone arrive !

7. « L’ex Pechiney éparpillé aux quatre vents » : « Ce fut un fleuron de l’industrie française » ajoute l’article, « il n’en restera bientôt plus rien ».  Le prix à payer pour l’enrichissement illégal de quelques amis de F. Mitterrand.  Péchiney a disparu dans un triangle qui n’était pas celui des Bermudes. La corruption au sommet de l’Etat a un prix.

8. » Obama accuse  Wall Street » et  «l’appelle à se réformer ». Parmi les mesures attendues  les hedge funds seraient tous tenus à lever le voile sur leurs activités et les banques seront incitées à coter leurs produits dérivés actuellement négociés de gré à gré.  Nous sommes sauvés. Un peu plus loin on signale que la directive européenne sur les HF doit être revue.  Cela bloque de partout, même sur des mesures microbiques et sans réelle importance.

9. « la France en flagrant délire fiscal ».  L’opinion de d’Yves de Kerdrel  s’appuie sur des faits hélas parfaitement établis ; En fait c’est pire que ce qu’il croit. Il parle de 20 taxes nouvelles depuis l’arrivée de N. Sarkozy : on en est à quarante depuis celle de Chirac.  « La France est un vrai pays socialiste sur la fiscalité ».  Et oui ! Comme dit le Monde de ce jour « la droite est agacée  par le discours de gauche de N. Sarkozy ». Elle l’avait été par le socialisme fiscal de VGE puis par le socialisme pur et dur de J. Chirac, chantre indéfectible des avantages acquis et de la non réforme.  L’agacement  semble pouvoir être supporté à droite  pendant des décennies !

10. « Tout n’est pas la faute de Lehman Brothers ». On s’en doutait un peu mais après tout Bertille Bayart,  a bien raison de le rappeler.  La rédactrice en chef adjoint du Figaro économie en revanche met tout sur le dos des subprimes, répétant une erreur que nous ne cessons de dénoncer. Du coup elle n’arrive pas à comprendre comment la crise a pu se porter si vite sur le commerce international : «  Il a fallu moins de six semaines pour mettre à l’arrêt les usines chinoises bien avant que la crise financière ait eu le moindre effet macro économique ».  Si elle lisait ce blog elle comprendrait pourquoi et n’aurait pas l’idée de conclure sur cet appel : « Il est urgent de s’attaquer aux mécanismes de diffusion de la crise ».  C’est le grave problème de tous ceux qui expliquent la crise par les subprimes. Ils sont obligés d’invoquer un « effet papillon » introuvable  ou d’invoquer le Seigneur pour  découvrir le mécanisme caché. Il n’y a pas de mécanisme caché. Mais une erreur de diagnostic !

11.  Grippe H1N1 : elle fait peur. Elle aura des effets économiques.  Mais heureusement il y a l’économiste Nicolas Bouzou, encore un qui n’a pas venir la crise économique actuelle mais qui se revanche par une remarquable précocité sur celle à venir. « Une telle pandémie serait susceptible de faire dérailler la mondialisation et de mettre nos Etats en situation de surendettement ». Heureusement, ce n’est pas le cas actuellement !  La mondialisation n’a pas déraillé et les Etats ne sont pas en situation de sur endettement !

 

Conclusion de cette petite séance de lecture vespérale : un moment somme toute assez amusant ou affreusement  consternant. C’est comme on voudra !

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des Economistes E-toile

La pertinence du concept de cycle économique

Pratiquement tout le monde a refoulé l’idée du cycle économique aux oubliettes de l’histoire. Chaque récession est une « surprise » dont il convient de maîtriser les leçons spécifiques. On ne veut pas voir d’enchaînement dans la durée. La dictature du court terme ne concerne pas que les banquiers.

Nous avons attiré plusieurs fois l’attention sur la pertinence de l’analyse économique en terme de cycle.  Une phrase du commentaire de M. Sarton du Jonchay (« Permettez-moi de discuter le pouvoir explicatif des cycles économiques » http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/9/12/Les-vraies-causes-de-la-rcession#comments ) nous conduit à redonner un petit coup de plumeau sur cette clé fondamentale de l’analyse de la crise actuelle. La question posée est exactement celle-ci : « Serions-nous alors encore soumis à des cycles en fin desquels l'accumulation excessive de dettes par rapport au potentiel de croissance de l'économie est brutalement soldée ? » si le système de crédit était sain.

Le cycle est une réalité depuis que les banques existent et au moins depuis 200 ans. Pour s’en tenir aux cent ans passés : 1921, 1929, 1938, 1952, 1963, 1974, 1982, 1992-3, 2001-2002, et 2008-2009.

Les économistes se sont longuement affrontés sur l’analyse des causes jusqu’à l’immédiat après guerre de 40. Après l’étude des cycles a quitté les radars : il ne pouvait plus avoir de récessions après Keynes ! Appelons cela l’illusion macro-économique : je contrôle la demande globale ; adieu les récessions ! Et les cycles ont continué …

Relevons aussi que le cycle s’est produit sous une multitude de systèmes de changes (bimétallisme, étalon-or, étalon de change or, changes flottants.  C’est une réalité qui transcende les systèmes, les écoles de pensée et les formes d’organisation.

Si on laisse de côté certaines théories mécanistes comme celle des « time lags » et des effets de stocks (elles se sont ridiculisées une fois de plus en justifiant la fin des crises économiques en 1998-99 par l’arrivée de l’économie internet et la fin des stocks) on trouve trois explications :


-    Schumpeter voit l’expression d’un cycle de l’investissement. Après un certain temps l’euphorie des dirigeants conduit à surinvestir et une correction s’avère nécessaire. Keynes, avec sa théorie de la baisse marginale du taux de profit au fur et à mesure que la fortune se concentre chez les riches en phase de haute croissance appuie ce genre de raisonnement). Au bout d’un moment on investit trop avec une chance de rentabilité qui en fait a baissé : la récession survient.
-    Juglar lui avait clairement détecté un cycle de crédits : la vigilance des banques baisse en même temps que l’euphorie gagne en période de haute conjoncture. Arrive alors « the day of reckoning » et « l’impending doom ».
-    Maurice Allais a établi une équation qui n’a pas été reprise par la littérature économique car trop mathématique et s’appliquant à un facteur apparemment saugrenu : la mémoire. Le cycle de l’oubli est à la base du cycle financier lui-même générateur du cycle des affaires.

Ma propre doctrine est de penser qu’ils ont tous les trois raisons :

-    Les cycles s’enchaînent par l’effet de la mémoire des crises précédentes ;
-    Le capitalisme commence toujours par un « cadeau à l’avenir » : on dépense avant d’engranger. On fait l’avance financière des profits à venir qui deviennent dans la phase de croissance forte de plus en plus certains : les capitalistes à succès croient toujours le devoir à leur génie pas à la chance ni à la conjoncture. Ils sont toujours surpris du retour de flamme ! Citons  Sir Lindsay Owen Jones, de l’Oréal : « il y a un an je vous disais que nous abordions 2008 avec confiance. Avec le recul je dois dire que c’était méconnaître la force et la dimension d’une crise qui n’a épargné aucun secteur de la vie économique ». Autrement dit : je n’ai pas vu venir la crise car je croyais qu’on était des génies capables de produire des croissances à deux chiffres en toutes circonstances ! Des exemples comme cela on en trouve des milliers depuis 1715 !
-    La finance est obligatoirement sollicitée dans ces mécanismes : c’est elles qui va créer la monnaie et apporter les fonds. Le crédit participe à l’euphorie générale. Il n’est pas sûr qu’il la crée.

En 1929 la finance prête pour spéculer en bourse ; une bulle se crée qui finira par exploser. Elle est donc partie à la catastrophe : elle en est un relais nécessaire ; mais est-elle une cause suffisante ?

En 1998 la mode est aux placements en Orient jusqu’ici laissé de côté par les financiers. Le tremblement de terre de Kobé remet en cause bien des positions aventurées. Un repli massif se produit qui entraîne une remontée du dollar et la perte des économies faibles liées au dollar comme celle de l’Argentine. Un choc extérieur détruit en quelques instants la pyramide financière internationale. La responsabilité est-elle purement liée aux banques ? L’accident sera limité et, indépendant du cycle, n’aura pas de conséquences importantes pour le gros de l’économie mondiale (un simple coup de frein).

En un mot les crises financières hors cycles n’entrainent pas de récession. Mais le surendettement en fin de cycle peut se révéler extrêmement nocif.

Ceci nous conduit à la réponse suivante : même en cas de système financier vertueux et de grande qualité, il est exclu qu’il interdise le cycle économique. Le cycle a en quelque sorte une force autonome fortement inscrite dans le  tissu même du capitalisme et de la nature humaine. Quand le temps est venu de faire le ménage dans les projets, le retournement se fait.  Volens, nolens. La conduite macro économique des économies n’a rien changé. Même la beauté solaire d’un système de crédits parfait sera impuissante à l’empêcher.

Même si la récession revient sous des formes toujours différentes, dans des contextes toujours différents et prend des chemins toujours différents, sa survenue régulière est une réalité vitale du monde économique tel qu’il est.  Il peut paraître abusif de faire apparaitre un concept de « retournement de cycle » indépendant de ces composantes toujours changeantes. Nous voudrions bien que comme les marées, on découvre une explication mécaniste, simplissime et mesurable du cycle. C’est impossible. La réalité économique est trop complexe. Et la crise, nécessairement frappera à l’endroit où on l’attend pas : là où on l’attend, on est préparé ! Guderian passe par les Ardennes et oublie la ligne Maginot !  Idem pour l’économie.

Cela veut-il dire qu’on ne peut rien faire vis-à-vis du cycle ? Bien sûr que non. Nous pouvons agir sur le contexte. Car selon le contexte, la récession sera plus ou moins importante.  Lorsque par différentes défectuosités touchant principalement le système monétaire international et les dissymétries d’organisation du secteur financier, se créé un monstrueux nuage d’endettement concernant aussi bien les entreprises que les particuliers et les Etats, on sait que l’on est en train d’armer une bombe d’une violence extrême. Et qu’il se trouvera, quelque part, là où l’on ne l’attend pas nécessairement, un détonateur qui fera tout péter.

Nous-mêmes avons considéré que les bulle immobilière, en France, ne serait pas ce détonateur. En France. La bulle immobilière des particuliers nous paraissait avoir des effets à terme très embêtants : une capture excessive de la richesse produite provoquant un risque de stagnation. Alors qu’un 92-93, la multiplication par 7 des encours bancaires à l’immobilier d’entreprises nous avait fait prédire que la crise commencerait par là, comme ce fut le cas. En revanche nous observions comme le lait sur le feu l’immobilier des particuliers aux Etats unis parce que dès 2006, le marché s’est retourné alors qu’on parlait d’un secteur ouvert à la croissance indéfini sans jamais de baisse des prix. Le système hypothécaire américain rendait l’édifice particulièrement  fragile.

C’est à ce moment là que nous avons compris qu’on entrait dans la phase de retournement de la conjoncture. On était trop tôt depuis la récession précédente pour annoncer la récession en 2007. On l’a voyait plutôt sur 2010 à mi juin 2006. Mais la nervosité des marchés financiers et le retournement du cycle du bâtiment aux Etats unis conduisaient à accélérer le scénario ;  dès le début de 2007 nous annonçons que le retournement du cycle se fera pleinement sentir en 2009 avec un déclenchement probable après l’été 2008.

L’ampleur des déficits et des situations absurdes (comme les déficits et excédents de balances de paiements croisés entre la Chine et les Etats Unis) permettaient d’annoncer une récession forte.  

Le retournement du cycle a frappé un système financier mondial gonflé comme un ballon. Ce n’est pas la finance qui est responsable du retournement de la conjoncture : mais elle a été le moyen obligé du gonflement dément de la sphère financière.

Quand la sphère s’est effondrée, elle l’a fait partout et la première victime a été le commerce international. Ceux qui cherchent à réconcilier ce fait et une explication par les subprimes seules sont obligés de se livrer à des contorsions ridicules. L’énorme masse de capitaux générés par la bulle financière ne trouvaient plus d’investissements rentables dans le crédit classiques aux entreprises. On lui a fourni des substituts de plus en plus faisandés et de plus en plus spéculatifs, faute d’alternatives. D’autant que via les déficits américains on continuait à créer de la monnaie et du crédit en masses toujours plus importantes.

Ce que peut faire la science économique c’est donner une explication réelle de ce qui s’est passé et suggérer des réformes de structure susceptibles d’éviter que se créer des masses financières non liées fermement aux besoins de l’économie réelle. Mais elle ne peut pas annoncer la fin du cycle.

Le cycle quasi décennal reste une clé d’interprétation fondamentale de notre système économique ; son observation, son analyse, sa compréhension, est de nature à fertiliser la prévision, la gestion budgétaire, la maîtrise des investissements.

Actuellement la notion de cycle est niée. On voit le résultat. Le retour du cycle dans la pensée économique est une nécessité criante. Ce devrait être la leçon principale de cette récession.

Pour montrer à quel point la notion des cycles est étrangère à l’esprit de la quasi-totalité des décideurs, racontons cette petite anecdote. Chargé par une organisation internationale de valider le projet de financement d’un complexe hôtelier de très grande envergure dans un pays sous développé de la couronne méditerranéenne, j’observe que le business plan fait apparaître une croissance linéaire sur 30 ans (le prêt était sur 20 ans). Je fais donc les réserves que le cycle m’inspire au milieu de l’ahurissement général (entrepreneurs et financiers). J’indique qu’il faut prévoir tous les 8 ans, à titre de précaution, deux années de vaches maigres avec des reculs de 10 à 20%. Cela implique une révision complète du capital initial nécessaire comme du plan de financement. Nous étions en 1995. Tout le monde a ri. Exit l’économiste conseil incongru.  Le projet s’est effondré en 2004, après l’explosion de « l’imprévisible bulle internet » ! Il a fallu tout reprendre à zéro avec des pertes colossales.

La micro économie comme la macro économie doivent comprendre le rôle et la réalité du cycle !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile

PS : si vous trouvez quelque part l’esquisse du début d’une analyse proche de celle-ci, merci de nous le signaler. Prêcher dans le désert absolu peut plaire aux anachorètes. Mais il n’y a pas d’anachorètes économistes.

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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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