Le devoir des économistes

Le devoir des économistes

Le rôle de l’économiste est d’apporter une réflexion rapide sur les grands enjeux qui font l’actualité. Se contenter, comme le font la plupart des économistes sollicités par les media, de commenter les évènements après coups quand tout  mystère a disparu, n’apporte rien.  Pratiquer l’art de la posture  en prenant des positions idéologiques « gauche-droite »  convenues ne fait dire que des sottises. 

Il faut partir des faits et donner des clés d’interprétation.  La réflexion économique le permet.  L’erreur est en général assez facile à détecter.  Alors il ne faut pas craindre d’analyser les faits à chaud.  On peut se tromper. Ce n’est pas grave.  Une erreur impose de remettre en cause une manière de voir tel ou tel mécanisme ? Et alors ? C’est l’occasion d’un progrès dans la connaissance et la réflexion.

La pratique habituelle de la réflexion sur les faits économiques courants impose d’avoir eu une longue fréquentation avec les faits économiques du passé.  Tout change et les conceptions qui pouvaient dominer un moment finissent par devenir caduques.  Mais le déroulement des faits montre de nombreuses constantes.  Et de même qu’un médecin améliore son diagnostic au fur et à mesure des cas qu’il observe et qu’il traite,  l’économiste enrichit  ses  capacités en élargissant le champ de ses observations, historiquement et géographiquement.

Malheureusement les économistes universitaires refusent de traiter l’actualité : bien trop dangereux.  Ceux qui pratiquent au sein des grandes institutions se cachent derrière l’économétrie.  S’ils se trompent c’est la faute du modèle.  Les économistes d’entreprise supportent le double biais du manque de moyens et des intérêts de la firme qu’ils servent. 

Le résultat : les économistes ne sont bavards qu’en collectifs et pour soutenir des causes politiques le plus souvent désastreuses.  Les étudiants en économie sont dévastés par l’inutilité de ce qu’on leur apprend qui est déconnecté de toute réalité et de l’actualité.  Les citoyens sont gavés de polémiques stériles et ne peuvent rien comprendre d’un monde économique qui parfois les traite durement.

C’est pour casser cette logique qu’a été créé le cercle des Economiste E-toile.  Depuis 1997 nous essayons de donner des coups de projecteurs « à chaud » sur les mesures prises par les uns et les autres en les mettant en perspective.  Le plus souvent pour dénoncer des erreurs. 

Mais qu’est-ce qu’une erreur ? Pour nous c’est une mesure  qui n’atteindra pas les buts qu’elle s’est fixés et qui finira par causer des dommages.  Ou encore une évolution négligée qui finira, faute d’avoir été observée et comprise à temps, finira par avoir des conséquences graves.  Ou enfin des réformes importantes qui auraient du être faites et qui faute de l’avoir été à temps provoquent des drames.

Quelles sont donc les erreurs ainsi définies que nous avons constamment dénoncées publiquement à chaud et à temps ?

-    La forte reprise de l’emploi en 1997 qui n’a été détecté qu’avec retard.  Les esprits étant encore restés bloqués sur l’idée que « le plein emploi, c’est fini »,  comme l’indiquent les propos de Seguin qui à l’époque stigmatise ceux qui attendent le « Godot de l’emploi »  ou la préface de Rocard au livre de l’abruti Rifkin sur « la fin de l’emploi ».  Cette erreur d’observation des faits conduira à l’erreur gravissime des 35 heures que nous dénonçons au moment même où  « un appel des 125 économistes pour les 35 heures » vient polluer les pages d’un grand quotidien du soir.
-    Nous dénonçons les coups de pouces démagogiques au Smic comme une source de chômage structurel en France.
-    La très forte reprise mondiale de l’activité à partir de 1997 qui n’est pas vue et qui provoque une seconde erreur : un accroissement massif de la fiscalité par DSK  qui, venant après le coup de massue fiscal de Juppé, provoque un afflux de recettes démesuré.  A cette occasion nous dénonçons une erreur magistrale de DSK qui précise que le taux de prélèvement baissera avec la croissance, alors que nous affirmons que l’impôt étant globalement progressif la croissance aura l’effet inverse sur les recettes fiscales.  Et nous aurons l’affaire de la « cagnotte ».
-    Nous dénonçons en 98 l’analyse faite par les américains qui veulent voir dans le chaos monétaire qui se produit peu après le tremblement de terre de Kobé la conséquence de régimes de « cronies » et une crise des pays émergents, alors qu’il s’agit d’une crise du dollar et des changes flottants.  
-    Nous contestons la création d’emplois aidés précaires dans la fonction publique qui ne peut déboucher sur rien et qui ne tient pas compte de la reprise générale de l’emploi.
-    Nous démontrons qu’un smicard est l’occasion d’un prélèvement fiscal ahurissant de près de 60%, que les salaires moyens sont l’occasion d’un prélèvement de 60 à 70%, que les hauts salaires sont l’occasion d’un prélèvement de 70à 80%.
-    Nous dénonçons le fait que l’ISF touche des catégories sociales de faible revenu et que tous impôts confondus environ trente mille français paient plus de 100% d’impôt. Nous considérons cela non seulement comme une erreur économique mais surtout une faute politique qui trahit le pacte républicain.
-    Nous sommes les seuls à donner le lendemain de l’instauration du Corralito une explication complète de la crise argentine  comme la contradiction entre un système de fixité très artificiel (le régime de change dit du currency board)  et le flottement du dollar.  Aucun économiste ne commente cette crise dans la presse française qui se contente d’articles outrés sur l’explosion de la pauvreté.  Le seul économiste qui finit 15 jours plus tard par faire un article sur la crise est Christian de Boissieu. Il se contente de donner la traduction en bon français de Currency Board (caisse d’émission)… 
-    Nous annonçons en 1999 que la crise décennale arrivera aux Etats-Unis  en 2000 et frappera la France à plein deux ans après en 2002.  En vain.  Pris dans le tourbillon de la frénésie de spéculation conjointe sur le dollar et les actions des NTIC  l’euphorie est invincible.
-    Nous défendons Maurice Allais qui est mis en pièce par les media parce qu’il annonce une grande crise  financière et monétaire dans son livre de 1999.  Nous précisons néanmoins qu’il se trompe sur la crise de 1998, comme il s’était trompé en 1986.   En revanche nous cautionnons en totalité son analyse des défauts gravissimes des changes flottants et de la dérégulation financière. 
-    Nous dénonçons l’illusion à droite des retraites par capitalisation.
-    Nous dénonçons les théories qui fleurissent à l’époque sur la fin du cycle et des crises économiques.  Venant des Etats-Unis, ces théories expliquent qu’avec l’informatique, Internet  et l’arrivé d’une économie de l’information, il n’y a plus de stock donc plus de cycle.  Evidemment la crise qui frappe à partir de 2000 rend ces élucubrations caduques. Mais elles auront encombrés près de deux ans les colonnes des journaux.
-    A l’occasion de la sortie d’un livre sur le cycle de Krondratieff qui annonce le début d’un âge d’or nous, précisons que les cycles de 10 ans sont une réalité constante et facile à constater dont il faudrait tenir compte. En revanche le cycle de Kondratieff est une fantasmagorie statistique sur laquelle on ne peut rien fonder.  L’auteur ne doit pas être à la fête s’il se relit !
-    Nous nous opposons à Milton Friedman qui prétend que l’Euro n’est pas possible et éclatera en moins de trois ans.  
-     Nous nous opposons en 2000 aux idées d’Allègre que nous soutenons  par ailleurs dans ses tentatives de réformer la recherche et l’université,  sur les stock-options.  Nous considérons que les stocks options ne doivent être autorisées que pour les « start-up ».
-     Nous dressons un bilan consterné de la gestion Jospin : ayant bénéficié d’une phase d’expansion du cycle très forte  il a conduit une politique à rebours des nécessités, fait perdre son temps à la France et il laissera la France en mauvaise situation pour faire face au retournement conjoncturel.  Il aura été aussi néfaste que Rocard qui s’était trouvé dans une situation comparable et avait été encore plus nocif !
-    Nous dénonçons l’expansionnisme monétaire formidable des Etats-Unis et indiquons, les premiers (cette analyse n’apparaîtra dans la presse que plusieurs années plus tard)  que l’inflation des moyens de paiement n’apparaît pas dans les prix des biens de consommation uniquement du fait de l’ouverture internationale et de l’entrée de la Chine dans la compétition mondiale.  Nous indiquons que l’inflation se traduit par la hausse des prix des biens durables (immobilier,  or, commodities etc.).
-     Nous analysons la crise de 2000-2002 comme le produit du cycle périodique (qui est contesté par tous les économistes alors qu’il est une des constantes les plus lourdes de l’économie mondiale)  et des travers des changes flottants.  Nous contestons les méthodes de Greenspan qui à l’époque est considéré comme un génie.
-    Tout en  trouvant normal que les impôts soient effectivement baissés par Fabius qui craint « le mur fiscal » pour les prochaines élections,  nous considérons que ce sont ceux qui pèsent sur les coûts de production et l’incitation à investir qui  doivent l’être.   Et qu’il aurait surtout fallu baisser les dépenses publiques au lieu des augmenter sans fin, notamment dans les collectivités locales.   Au lieu de cela Jospin fait l’erreur de baisser l’impôt sur le revenu et la TVA, alors qu’il aurait du changer l’assiette de l’ISF (la gauche était mieux placée que la droite pour le faire)  par transfert sur les hauts revenus, et commencer à démanteler la taxe  professionnelle.
-    Nous regrettons la politique d’immobilisme absolu de J. Chirac après que son camp   qui refuse de toucher aux 35 heures, qui pérennise l’ISF et qui aggrave la pression fiscale en prétendant  la réduire.  La « pause de la baisse des impôts » reste une des farces politiques les plus saumâtres de ces dernières années.
-    Nous dénonçons le CPE (avant même la révolte étudiante) et ridiculisons les politiques arbitraires venues d’en haut.
-    Nous dénonçons  « l’énarchie compassionnelle »  qui est la base de la politique française depuis Giscard et qui trouve son apogée délétère à  la fin du quinquennat Chirac qui prend une tournure de fin de règne extrêmement glauque. 
-    Nous nous interrogeons sur l’opportunité de la baisse de la TVA sur la restauration.
-    Nous dénonçons la création de l’Euro à contre cycle.   Depuis 1989 l’Europe décroche du reste du monde avec un taux de croissance très faible du fait des contraintes exceptionnelles que lui imposent d’abord la politique de réunification allemande (avec l’erreur de la parité monétaire immédiate avec l’Est) puis les restrictions monétaires précédents l’introduction de l’Euro.  Le coup de bambou fiscal de Juppé est largement du aux nécessités des critères de Maastricht, même si l’absurdité de la politique suivie par Rocard en est la cause principale.  L’Euroland aura eu un coût économique extrêmement fort.
-    Au cours de la campagne électorale présidentielle nous défendons deux thèses :
o    La gauche n’a aucun programme crédible et comme en 1997 compte sur des « coups » démagogiques pour gagner.
o    La droite de Sarkozy commet une grossière erreur en oubliant que le cycle va se retourner pendant son quinquennat et qu’il est donc absurde et dangereux de prétendre faire gagner des points de croissance  et faire croître plus vite le pouvoir d’achat.
o    Nous affirmons : « Sarkozy et Fillon sont sans doute des surdoués de la politique ; mais pas de l’économie ».
-    Nous défendons la directive Bolkenstein sur la libéralisation des services au sein de la communauté européenne.
-    En revanche nous regrettons la disparition de tout tarif extérieur commun.
-    Nous dénonçons le système absurde qui s’est mis en place après la crise de 2000-2002 qui voit les Etats-Unis s’endetter pour acheter à bon compte des produits chinois artificiellement bon marché.  Nous ridiculisons l’attitude qui consiste à se plaindre de 10% de droits de douane et à ne rien dire quand un partenaire voit sa monnaie dévaluée de 50% !
-    Nous considérons que la baisse du dollar et surtout celle du Yuan qui lui est artificiellement lié créent une situation totalement dommageable. La Chine ne pouvait pas sans danger cumuler  des coûts salariaux très bas et les fruits d’une dévaluation massive !  Le résultat nous paraissait extrêmement lourd de conséquences non seulement pour l’Europe mais aussi pour les Etats-Unis et pour la Chine elle-même. Des croissances de plus de 10% ne sont pas tenables.  Et la vulnérabilité financière des Etats-Unis devenait critique. En même temps l’épargne européenne ne trouvait plus à s’employer utilement et finira dans la spéculation. 
-    Nous annonçons  fin 2005 le retournement de conjoncture pour 2008 aux Etats-Unis et 2010 pour la France.  Ce diagnostic sera précisé en 2006, du fait des craquements  qui se font jour sur le marché immobilier américain et la grande volatilité des bourses.  Nous avançons d’un an  le départ de la crise aux Etats-Unis que nous voyons dès 2007 avec le gros de la récession en France en 2009. Nous prévoyons que la crise sera exceptionnellement forte (au moins du niveau de celles de  1974 et 1993).
-    Nous exprimons les  réserves les plus expresses sur le plan Tepa. Les mesures sont électoralistes et sans impact économique fort.  La défiscalisation  d’une tranche élargie de l’impôt sur les successions,  celle des heures supplémentaires et  la déductibilité des intérêts d’emprunt  touchent un grand nombre de personnes ce qui expliquent sans doute qu’on ait choisi ces mesures. Mais elles n’ont aucun impact économique sérieux tout en étant riches d’effets pervers.
-    Nous dénonçons la vanité et les dangers du bouclier fiscal qui laisse penser que les riches sont « protégés »,  sans laisser espérer le moins du monde la fin des départs de riches entrepreneurs et en ayant des effets pervers massifs.
-    Nous annonçons début 2007 l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis et la fin du rêve immobilier français.  Nous conseillons de boucler toutes les opérations de ventes immobilières avant la fin de l’année.
-    Dès juillet 2007 nous indiquons que le blocage des marchés interbancaires provoqués par l’effondrement des subprimes est le signe avant coureur d’un effondrement  du système financier mondial. Nous écrivons : « l’immense pyramide des crédits permise par les déficits américains est en train de s’effondrer ».  Nous annonçons l’arrivée de la récession sur différents média anglo saxons.
-    Nous envoyons différents textes aux grands media français sur l’imminence d’une crise et sur la nécessité de s’y préparer.  Nous évoquons les conséquences des changes flottants et soulignons que cette crise là sera forte. Aucune réponse.
-    Nous créons ce blog en juin 2008 pour tenter d’obtenir une audience un peu plus large que celles des forums où les textes ne sont lus que par une poignée d’internautes et  ne restent pas.
-    Les thèmes que nous défendons peuvent être constatés sur ce blog :

o    Illusion de la RGPP
o    Illusion de la baisse fiscale et des « cadeaux aux riches »
o    Illusion du RSA
o    Nature financière de la crise
o    Illusion de la  prévision de hausse à 200 euros du baril de pétrole
o    Erreur de croire qu’il s’agit d’une crise des subprimes
o    Dénonciation de l’étrange doctrine du  « découplage » (la crise ne toucherait que l’immobilier américain mais pas le reste de l’économie, la crise ne toucherait que les Etats-Unis mais pas le reste du monde, la crise toucherait les Etats-Unis le RU, l’Irlande et l’Espagne mais pas le reste du monde, la crise toucherait les Etats-Unis et l’Europe mais pas le Bric (Brésil, Inde, Chine), la crise toucherait tout le monde sauf l’Afrique qui continuerait à tirer la croissance (sic). 
o    Explication monétaire de la crise  et démonstration que le G.20 est à côté de la plaque ; annonce que le sommet de Washington ne débouchera sur rien).
o    Avertissement que le commerce mondial est à l’arrêt et de l’inanité des prévisions mondiales du FMI.
o    Retour sur la nécessité de changer d’assiette  l’ISF
o    Retour sur la nécessité de revenir sur l’emploi généralisé des Stock options
o    Dénonciation de la banque universelle et de la banque assurance
o    Explication détaillée  des mécanismes de la crise.
o    Illusion du sauvetage du monde par la Chine.

Dans un article au Figaro, finalement accepté par Yves de Chaisemartin,  nous dénoncions les trois évolutions fatales qui pesaient sur le monde :
-    Le système monétaire international des changes flottants du fait de son instabilité structurelle pesait sur la croissance tendancielle (ce qui expliquait la fin des « trente glorieuses ») et faisait courir au monde le risque d’une crise désastreuse.
-    L’Europe était en stagnation  et devait inventer une autre manière de s’imposer dans l’économie monde.
-    La France était en train de se tuer à force de malthusianisme,  d’immobilisme, de fiscalité outrancière et de démagogie.

Nous vivons à l’heure actuelle la manifestation aigüe de ces trois tares économiques majeures.

Le devoir des économistes était d’être clairvoyant

Notre expérience prouve que cela était possible sur la plupart des grandes questions, même avec les moyens dérisoires qui sont les nôtres.

Le côté optimiste de la chose est que la plupart des erreurs économiques dénoncées auraient pu  être facilement  évitées.  Combien de souffrances l’auraient été du même coup !  Le côté pessimiste est qu’elles auraient du l’être  et facilement, et par tous.  Car dans toutes les discussions privées que nous avons eu depuis plus de 10 ans, jamais personnes n’a contredit nos analyses.  

Mais les économistes officiels se sont tus ou ont cautionné toutes les âneries par veulerie, esprit partisan ou esprit de cour.   La presse n’a pas joué son rôle. Mais on ne lui a pas facilité la tâche.  Quant aux politiques, on reste sans voix devant leur impéritie.    Le système féodal qu’est la politique réduit l’expression d’idée à la communication par quelques uns.  La comm’ n’est pas l’information. Elle cache un autisme généralisé.

Il n’ya plus de débats même s’il y a désormais pas mal d’échauffourées médiatiques mais totalement convenues et avec toujours les mêmes qui font bien attention à ne prendre aucun autre risque que celui de l’appartenance à un camp ou à un clan.

L’Université et la recherche économique en France, elles, sont inexistantes et se complaisent dans l’insignifiance.    Le fait que cela est  exactement la même chose dans le reste de l’Europe n’est pas une excuse.

Alors oui : il faut appeler la France à renouer avec l’excellence économique, avec le commentaire permanent des questions chaudes et avec un poids intellectuel et pratique supérieur dans le monde.  Les Etats-Unis ont sans doute la plus belle brochette d’économistes nobélisés. C’est aussi là que les pires erreurs ont été faites car ils ne pensent qu’à défendre les intérêts américains avec la plus totale mauvaise foi.  Il n’y a strictement rien à en attendre.  

Dans ces conditions l’indigence et la médiocrité économiques perpétuelles en Europe et en France  ne sont pas une solution  mais un crime contre l’humo economicus  en  souffrance. 

Didier Dufau  pour le Cercle des Economistes E-toile.

ISF : le prix amer de la lâcheté

Le Cercle des Economiste e-toile tient une position ferme et sans changement sur la réforme de l'ISF, depuis toujours.

Cet impôt est une infâmie qui doit être supprimée car il n'est pas réformable. Pour faire un cadeau aux riches ? Que nenni ! Nous pensons que c'est sur les hauts revenus que doit s'établir l'assiette d'un impôt visant spécifiquement la richesse. Au moins on est sûr que a victime peut payer sans se dépouiller ! Il est plus facile d'établir un tel impôt et de le faire évoluer en fonction des nécessités nationales qu'un impôt sur l'épargne mobilière et immobilière.

Il est encore temps de faire les réformes qui ont été ratées d'abord par Jacques Chirac et ensuite par Nicolas Sarkozy, qui, avec le bouclier fiscal, ont laissé croire que plus jamais les riches ne paieraient d'augmentation d'impôts. Cette présentation est de pure opportunité politique et ne correspond à aucune réalité.

Nous avions démontré 20 fois que  ceux qui finissaient par payer plus que leur revenu, une dispositon contraire au pacte républicain, étaient les personnes mises en difficulté par un veuvage, un revers de fortune, une évolution de la valeur immobilière indépendante de leur volonté.

Après des années de silence gêné, pendant lesquels nous avons attiré en vain l'attention des républicains sur l'abjection qu'il y avait à prendre la totalité des revenus de plusieurs milliers de ditoyens chaque année, en général en forçant des personnes mises en difficulté par la vie à vendre leur logement , on commence à prendre la mesure de l'horreur fiscale qu'aura été l'ISF

En 2008 66% de ceux qui ont bénéficié du blouclier  avait un revenur fiscal inférieurs à 12.991 Euros. Ah les jolis riches que voilà ! Cela veut dire qu'avant le bouclier on leur aurait laissé 650 euros par mois pour payer les autres impôts non inclus dans le bouclier et leur immense train de vie : un gentil 300 Euros net !  Et pas question de s'indigner ! Les "riches n'ont qu'à payer sans se plaindre".En 2007 dit Bercy, 77% de ceux qui avait bénéficié de la première mouture du bouclier présentait un revenu fiscal de 12.964 Euros. Les faits sont donc bien établis.

Lors que nous avions déclaré au début des années 2000  que par l'effet de l'ISF au moins 10.000 personnes payaient 100% d'impôts et que ce n'était pas les riches que l'on croyait, les passions s'étaient déchaînées sur le site du Monde.fr : mensonge, complice du grand capital ; journaliste au Figaro Magazine etc.  Aujourd'hui on nous dit que les deux tiers des demandeurs du bouclier, sont des smicards net : cela fait bien nos 10.000. En fait si on prend la totalité des impositions et prélèvements, il faut pratiquement tripler ce chiffre. Car les impositions prises dans le bouclier ne représentent qu'à peine plus d'un tiers de la masse des prélèvements !

Cet impôt haineux et injuste, contraire à toutes les définitions d'un bon impôt doit disparaître.  

C'est le bon moment pour le faire :

- en supprimant l'ISF on peut faire l'opération de rapatriement des fonds cachés dans les paradis fiscaux moyennant une pénalité raisonnable, ce qui tombe bien avec l'action anti paradis fiscaux du G.20. 

- on peut créer la tranche d'IR supplémentaire réclamée par une partie de la droite

- le gouvernement peut faire valoir que le changement d'assiette est de toute façon nécessaire compte tenu des hausses massives envisagées par les collectivités locales sur la taxe foncière.

- C'est également l'occasion de réformer la taxe professionnelle assise sur le travail.

Imaginons ce qu'aurait été  être la situation  de personnes ayant perdu leur emploi voire leur entreprise, disposant d'un patrimoine fortement amputé par la crise  et à qui on demanderait de payer l'ISF sans bouclier, une augmentation de l'IR, des taxes foncières et d'habitation fortement augmentées (100% à Paris en deux ans sur la taxe professionnelle, mais c'est entre 30 et 60% partout ailleurs), et à on expliquerait qu'il faut en plus qu'ils compensent la perte de recettes fiscales liées à la taxe professionnelle ! Sans parler naturellement des taxes carbone si nécessaires et la hausse de la CSG pour faire facec aux dérapages des comptes sociaux. Sachant qu'une imposition de 1.5% nouvelle va être appliquée sur les revenus mobiliers pour le RSA (c'est à dire une tranche haute de l'ISF  sur cette partie là du patrimoine des français) va venir s'ajouter au 1er juillet !

Ajouter le financement des plans de relance qu'il faudra bien payer d'une façon ou d'une autre et nous aurions eu un tableau psychiatrique de la fiscalité en France.

C'est à l'occasion du collectif budgétaire de juin qu'il faut faire cette réforme indispensable.

MM. Sarkozy et Fillon vous avez été lâches une fois. Cela se retourne contre vous. Ne le soyez pas  deux fois. Faites donc cette réforme au lieu de toujours être à la remorque des réactions de l'opinion travaillée par des démagogues. 

Allons,  allons, un peu de courage et de lucidité ! C'est le moment.

 

Didier dufau pour le cercle des économiste e-toile.

 

Une question bien mystérieuse

La banque Lehman Brothers a fait faillite en septembre 2008. Elle était actionnaire de la Federal Bank of New York, la principale des douze banques régionales américaines.

Qui a récupéré ses actions ?

 

Lewis Holden pour le Cercle des économistes E-toile.

Non la Chine ne nous sauvera pas !

On lit un peu partout que la Chine grâce à ses immenses réserves de changes pourrait venir au secours de l’Amérique en difficulté : il suffirait qu’elle dépense les immenses réserves qu’elle a accumulées  pour qu’aussitôt des flots de capitaux frais remettent en marche l’économie mondiale.

C’est sans doute l’idée la plus sotte qui ait été émise  dans cette époque où le n’importe quoi mental commence à devenir si pénible.

Lorsqu’un pays dispose d’une balance des paiements excédentaire, la banque centrale met en réserve les devises « fortes » accumulées et crée en contrepartie de la monnaie nationale qui, par le mécanisme du multiplicateur, entraîne un gonflement des prêts du secteur bancaire et une hausse de l’activité locale.  Les énormes excédents chinois ont donc généré une circulation monétaire en Chine encore plus énorme.
Dans notre système monétaire international magique, un pays excédentaire a la possibilité de replacer ses dollars   aux Etats-Unis et de toucher des intérêts. 

L’excédent chinois a donc provoqué une double pyramide de crédit : en Chine et aux Etats-Unis.  Car le retour des dollars aux Etats-Unis a permis naturellement par le même effet multiplicateur, mais dans le système bancaire des Etats-Unis, de multiplier les crédits.  Ces crédits ont permis aux américains d’acheter plus de produits en Chine  qui a bénéficié d’un excédent supérieur qui etc.

On trouve là naturellement un des mécanismes forts de la création de la bulle financière mondiale et particulièrement de  la bulle de crédits des Etats-Unis…et de la Chine.

Les Allemands, soumis aux contraintes d’une même situation dans le cadre des accords de Bretton Woods, avaient eu la possibilité de dire : stop !  Il leur avait suffit de demander la conversion en or de leurs dollars.  Si les Etats-Unis avaient joué le jeu en 1971  il y aurait eu contraction de la masse monétaire aux Etats-Unis et réduction des déficits extérieurs.  Une certaine régulation automatique se serait exercée.  En système d’étalon or la situation aurait été identique.  Tenus de redresser leurs comptes extérieurs les Etats-Unis auraient été amenés à déformer leur production afin qu’elle soit plus exportatrice,  tout en réduisant leurs ambitions budgétaires.

Avec les changes flottants, cette possibilité de réaction des pays soumis à un emballement de leurs excédents  de balance des paiements n’est plus possible. Ils n’ont qu’une solution : vendre leurs dollars sur le marché des changes au risque d’effondrer la monnaie qu’ils viennent d’acquérir ou les replacer aux Etats-Unis.   
Le Japon a été le premier confronté à ce dilemme. Inféodé aux Etats-Unis,  il a joué le jeu qu’on lui suggérait : il a replacé ses dollars sur le marché monétaire des Etats-Unis en souscrivant en masse aux émissions du trésor.  Les taux d’intérêt étaient évidemment très bas.  Un « carry trade » s’est mis en place. On empruntait à Tokyo à un taux d’intérêt proche de zéro, on convertissait en dollar et on plaçait en dollar à taux meilleur un peu partout dans le monde notamment dans les pays en voie de développement. Par exemple en Thaïlande où  les dollars étaient convertis en monnaie locale, provoquant une hausse de la création monétaire des banques qui faute d’emplois suffisants dans la production  finançaient la spéculation notamment boursière. Les dollars étaient naturellement replacés en bons du trésor américain qui servaient à alimenter la liquidité des banques américaines qui augmentaient d’autant leurs crédits etc.

Les très bas taux au Japon permettaient de développer les marchés immobiliers et la demande de logements et de bureaux devint telle qu’une bulle phénoménale se mit en place.
Ces doubles pyramides de crédits sont évidemment extrêmement dangereuses.    On se souvient qu’en 98  la partie orientale a explosé  provoquant la panique partout.  Il fallait rembourser les dollars empruntés et replacés dans des paris aventurés. Le dollar se mit à monter aggravant d’autant le problème des emprunteurs. 

On a appelé cela aux Etats Unis : la crise des pays émergents  et des dirigeants pourris par le système des « cronies ».  On a ajouté l’injure à l’ignominie.  C’est le moment où les Hedge funds entrés  dans la danse  et animateur des jeux financiers les plus outrés tremblent une première fois sur leur base. LTCM est en faillite. Il faut d’urgence en organiser le sauvetage, déjà pour éviter un drame « systémique ». Tout le commerce international fut touché.  Autant pour la crise « des marchés émergents ».

C’était  une crise du système monétaire international des changes flottants. Une de plus.

En même temps une double spéculation commença sur le dollar et la bourse américaine.  Placer sur le marché des NTIC  en pleine folie boursière devient  extrêmement rémunérateur en plus value et en plus le dollar montait ! Le monde entier se mit à acheter des dollars et des actions américaines.  Une bulle phénoménale s’est reconstruite sur les décombres   de la bulle précédente. 

La bulle explose en 2000 . Greenspan essaie d’y faire face en baissant à zéro les taux d’intérêt qui compte tenu de l’inflation deviennent un temps négatifs. Le dollar s’effondre.  Tous les créanciers en dollars sont ruinés. Sauf la Chine dont la monnaie est alignée artificiellement sur le dollar.  L’Europe entre en stagnation, comme le Japon.  Il n’y a plus d’investissement industriel : la concurrence de la Chine est impossible à combattre.  Alors les capitaux ne vont plus à l’industrie.

Aux Etats-Unis c’est pareil.  L’industrie part en Inde et en Chine.
Les seuls placements productifs possibles sont l’investissement en Chine et en Inde. Mais ces pays n’ont pas la capacité de les absorber.  Alors va pour la spéculation.   

Aux Etats-Unis et partout dans le monde les taux d’intérêts très bas conduisent à une spéculation immobilière effrénée.  Les crédits coulent à flots.  Le Chine replace ses excédents aux Etats-Unis provoquant une accélération de la bulle.  En Europe comme aux Etats-Unis on cesse d’investir dans la production.  Les particuliers s’endettent et on leur vend une production fabriquée pas chère ailleurs.

Et tout se bloque en 2007 et explose en 2008.

Le dollar est si bas qu’il n’est plus possible comme en 92, comme en 2000 , de l’effondrer pour transférer aux autres le mistigri. Ruiner le créancier qui est le moyen suprême de se dégager pour un débiteur n’est plus une option.  Le système bancaire anglo-saxon explose. Tous les circuits économiques s’arrêtent.  Les exportations se bloquent.  Crédit est mort.  Une récession extrêmement brutale et rapide se met en place.

On peut désormais revenir à nos excédents chinois.  Ils ont déjà servi à financer une pyramide de crédit EN CHINE  et une autre aux Etats-Unis.  On voudrait qu’ils soient encore disponibles pour un troisième round !  Les prêter aux Etats-Unis ? Mais c’est déjà fait !

Le crédit crunch qui a lieu en Chine  est en train de dégonfler la bulle provoquée par les excès de monnaie chinoise.  Si la Chine vend ses  obligations du trésor américain, outre les effets directs de cette vente sur les monnaies et les changes, à quoi peuvent être   employés  les dollars obtenus ?  A acheter des biens de consommation en  Europe et aux Etats-Unis ?  C’est la Chine qui les produit !  Si l’excédent est là, il a bien une cause.  Et la banque centrale Chinoise voyant ses réserves fondre devrait contracter la masse monétaire en Chine alors que le pays expérimente un joli « crédit crunch » ?

Cette fantasmagorie financière s’exécuterait alors que  le blocage du commerce international prive la Chine de nouvelles réserves et  que les anciennes  fondent  à grande vitesse  ?

Tout cela n’a aucun sens.

La simple évocation de ce qui s’est passé depuis 15 ans suffit à comprendre que la crise n’est pas la conséquence fortuite d’un pépin survenu sur les « subprimes » du fait de la conjonction malheureuse de la cupidité des banquiers, de la créativité des polytechniciens de la finance, de la bêtise des comptables et de l’aveuglement des agences de notation. 

C’est l’ensemble du système de production, d’échange et de financement qui s’est mis en place dans les années 90, suite à a première récession d’après guerre (déjà provoquée par les mêmes mécanismes, le Japon jouant le rôle de la Chine)  qui a explosé.  La finance a explosé en premier suivi du commerce international et immédiatement après de la production, en trois mois.

La spéculation qui s’et développée depuis 1995 n’est pas le fruit soudain d’une nouvelle cupidité des banquiers. Mais la situation était telle que l’investissement en Europe et aux Etats-Unis n’étant plus rentable ou sans objet et les déversements de capitaux dans les pays nouvellement producteurs ne pouvant aller plus vite que la musique,  la spéculation est devenue la seule issue.

On comprend peut être mieux maintenant  pourquoi c’est l’architecture globale monétaire, financière et commerciale qui doit être réparée.

Le cœur de la réforme porte naturellement sur un système monétaire international  dont les dysfonctionnements  sont la cause principale de l’explosion qui vient de se produire. 

L’occident ne peut espérer continuer  à acheter en finançant à crédit  des importations sans autres espoirs pour les épargnants que les promesses fallacieuses de la spéculation.  Les pays émergents ne peuvent  espérer devenir  l’usine du monde et le détenteur des devises mondiales.

Il faut évidemment des évolutions équilibrées qui passent par une maîtrise des déséquilibres des balances extérieures, dans un sens comme dans un autre.  C’est impossible à faire dans un système de changes flottants qui au contraire provoque un gonflement incontrôlable des difficultés.

Déficits monstrueux et excédents monstrueux ne se compensent pas !  Ils se cumulent pour désorganiser le monde. L’inénarrable Wolf, de FT, devenu le gourou économique du journal le Monde au moment où la fausseté de ses analyses est devenue la plus voyante,   aura beau s’égosiller à défendre la thèse américaine : « tout cela vient du fait que la Chine ne nous achète pas assez », thèse qu’on avait déjà entendu à la fin des années 80, puis 90, en citant le Japon,  la réalité est incontournable.

Il faut supprimer le privilège monétaire des Etats-Unis et le système des changes flottants. Cela passe par la mise en place d’un système monétaire international de type Bretton Woods mais sans les faiblesses de cet accord  qui étaient entièrement liées à la situation privilégiée des Etats-Unis. 

Il faut que l’Europe et les Etats-Unis se remettent à produire.  Il y a aura nécessairement  un rattrapage  des pays en voie de développement.  Nul n’est besoin de le rendre artificiellement destructif pour le monde entier.

Une croissance raisonnable universelle et coordonnée passe nécessairement par un système monétaire international équilibré et coordonné.  Le plus vite on le comprendra, le plus vite on réformera le système monétaire international,   le plus vite on sortira de la crise actuelle.

Pas de solution autre que la dépression si on n’abandonne pas immédiatement les changes flottants !  

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

Le blog du cercle des économistes e-toile

Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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