Sortir de la crise de 1973-2010 ?

La crise de 1974 est en quelque sorte la « mère de toutes les crises », la matrice et le modèle de toutes celles qui suivront.  Elle marque une rupture entre deux mondes : celui de l’après guerre nourri par la réaction contre les épreuves de la crise de 1929 et le notre, marqué par le triomphe de la finance et le retour aux idées malthusiennes.

Comme toujours on a donné un mauvais nom à la crise.  On l’a appelé « crise du pétrole », parce qu’à cette occasion les pays du cartel ont multiplié les prix du brut.  En fait c’était la première crise des changes flottants.  Le dollar n’était plus convertible en or depuis l’été 1971 mais en 73 les Etats s’étaient accordés pour abandonner toutes perspectives de changes fixes et avaient opté pour les changes flottants.  Le résultat avait été un effondrement du dollar, une poussée inouïe de l’or et un désordre général.  Plus une jolie crise comme on n’en avait plus vue depuis 1929.

Les crises monétaires et financières allaient ensuite s’enchaîner sans interruption : crise de 81-82 Etats-Unis, crise de 91-93, crise de 2001-2002 et crise actuelle, avec quelques hoquets monétaires ou boursiers intermédiaires comme la crise de 1987, ou  celle de 1998.  La crise actuelle boucle en quelque sorte un cycle.  Avec elle se termine une génération de l’histoire économique.  Après elle s’ouvrira une autre page.  De la même façon  que la crise de 1974 avait marqué la fin de la génération des deux guerres.  L’histoire économique et politique de 1928  à 1970 est un épisode de l’histoire cohérent.  Avec pour la France une première phase en forme de désastre et une seconde en forme de miracle.  Les deux volets forment un tout.  La jeunesse meurtrie par les idées fausses qui avaient prévalues avant guerre sera bien décidée à se reprendre.  

On a oublié combien l’avant guerre avait été un désastre pour la France.  La France aura été la principale victime de la crise de 1929.  Qui le sait encore ? De 1929 à 1939 la production industrielle augmente de 20% en Angleterre, de 16% en Allemagne, de 10% dans l’ensemble du monde et diminue de 1% en Italie, de 11% aux États-Unis et de 24% en France.  La France première nation du monde en 1928 est déclassée en 45, non seulement par sa défaite militaire mais surtout par son effroyable gestion de la crise de 1929 qui lui aura coûté aussi cher que la guerre de 1914 !

Ces faits sont occultés aujourd’hui du fait de la glorification abusive du Front populaire. Le terrorisme intellectuel ne veut pas qu’une période qui a connu un tel  paradis puisse être globalement un désastre.  Mais à la Libération il n’y avait pas de doute. Il fallait balayer toutes les idées sottes qui nous avaient fait tant de mal.  La période fut productiviste, nataliste, immigrationniste, joyeuse et dynamique. Les cinq ingrédients du miracle.

Cette réaction s’effondre à partir de 1974.  On voit revenir toutes les sottises qui avaient fichu en l’air la prospérité Française : contestation de la société de consommation mais aussi de la société de production et du productivisme, retour d’un écologisme dont les anciens  n’ont aucun mal à repérer le profond pétainisme  ; contestation du natalisme  au nom des droits de la femme  et démantèlement du mariage ;  mise au pilori de la « bourgeoisie » et des patrons (affaire de Bruay en Artois et Lip) ; apparition d’un génération de chevaliers d’industrie, dépeceurs sans vision autre qu’à court terme et purement financière (Frères Willot, Bernard Tapie) ; capture de la société par les hauts fonctionnaires  et fiscalité prédatrice ; réduction du temps de travail calamiteuse. La France qui depuis la Libération rattrapait le revenu par tête des Etats-Unis cesse ce mouvement de rattrapage avec « le programme commun de gouvernement » et les 39 heures.

Elle, qui avait damné le pion au Royaume Uni se fait rattraper pendant le gouvernement Jospin, par la grâce des 35 heures.    De la même façon que les 40 heures avaient entraîné la perte de la France avant guerre.  Pour la France la boucle est bouclée.  La génération des soixante-huitards nous a remis dans le trou où nous étions tombés avant guerre.

A l’échelle mondiale c’est la même chose. La réaction à la crise de 1929  avait conduit à mettre en place un système de changes fixes parce que tout le monde avait bien vu que les désordres monétaires perpétuels initiés  par la grande inflation de dettes de la guerre de 1914  avaient été entretenus et amplifiés  par les systèmes monétaires plus ou moins foireux qui avaient suivi et les guerres monétaires à répétition.  La leçon avait été claire :   changes fixes et organisés.  Résultats : les trente glorieuses.  Là encore on allait assister au début des années 1970 à la perte de la mémoire durement acquise avant guerre et l’entrée dans le flottement généralisé.

Ce qui est drôle c’est de voir combien la crise actuelle ressemble à celle de 1974.  Nous avons Bernard Madoff, sa pyramide de Ponzi, ses 50 milliards de dollars envolés.  Il y avait à l’époque Bernard Cornfeld, ses villas réparties à travers le monde, son yacht, ses soirées  somptueuses en Suisse et à Beverly Hill,  son fond de placement IOS dont l’explosion mettra en difficultés des centaines de banques : vous pensez 1 milliards de dollars de pertes.   

 L’empire de Bernard Cornfeld a des ramifications dans tous les paradis fiscaux et réglementaires de la planète. Il a su, résume Newsweek en juin 1967 « implanter un fonds au Canada où il n’y a pas d’impôts sur les plus-values, le gérer aux Bahamas où l’impôt sur les bénéfices est nominal, déposer l’argent en Suisse où il n’existe pas de taxe sur les intérêts et conserver les titres eux-mêmes à Londres où la garde se fait en franchise. »

On parle aujourd’hui de dérégulation financière et de mondialisation incontrôlée de la finance.  Elle était déjà là en 1974, également dénoncée, de même que le secret bancaire. 

Admettons que Bernard 1 était plus flamboyant que Bernard  2: il a traversé toute la période entouré de voitures de luxes et de « bunnies » voire de prostituées  autrement plus affriolantes que les casquettes de Madoff.   Juifs  tous les deux ils montrent bien la différence des générations. Lorsqu’on est né  pauvre en Turquie juste après la guerre de 14  on savait vivre riche  et ouvert dans un monde sans frontière ! Les adolescents des années 50 eurent le succès nettement  moins pop et pour tout dire plus fermé et tristounet.      

Un livre comme celui d’Alvin Toffler, Eco Spasme,  écrit juste dans la foulée de la crise de 1974, montre bien les similitudes avec les réactions à la crise que nous connaissons aujourd’hui. La  première page de l’édition française chez Denoël porte dans un bandeau bien rouge  l’accroche : « Quand le monde devient fou comment revenir à la raison ? ».  

Le premier chapitre est nommé : « un monde casino ».  On y trouve cette amusante  observation : « Beaucoup plus fondamental fut l’échec des mesures de contrôle et des stabilisateurs destinés pourtant à encadre des entreprises ultra légales. Ce n’était plus les courtiers marron et les démarcheurs sans scrupules mais des banquiers réputés incorruptibles qui prenaient de nouvelles libertés. Aujourd’hui il existe tellement  de nouvelles banques appartenant à de si nombreux groupes transnationaux et éparpillés dans tant de pays que personne ne peut en assumer la responsabilité. Qu’est-ce qui peux empêcher un banquier de faire à l’étranger ce qui est immoral ou illégal chez lui ». « Les faillites bancaires en Allemagne, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis  ont mis en évidence la situation périlleuse des grandes banques  qui trop vastes se sont lancées dans des opérations trop diversifiées   et se révèlent incapables de maîtriser leur gigantisme ».  « Les cambistes ont impunément spéculé sur les fluctuations des cours des devises  en faisant perdre des millions à leur banque ». « Les vertus et les vices attribués à la flottaison des cours font l’objet de discussion complexes quasi théologiques. Le fait est que personne jusqu’à ce jour n’imagine toutes les conséquences de cette évolution ni ne sait a fortiori comment la maîtriser ».

 On voit que certaines critiques que nous nous ne lassons pas de faire aujourd’hui sur ce blog, les méfaits des changes flottants, la taille incontrôlable des banques,  les spéculations monétaires excessives,  étaient déjà présentes dès 1975.  1974 était la première crise des changes flottants et de la finance massive, internationale et  incontrôlée.  2009 en est le plus récent épisode.  « Il s’est créé à l’échelle du globe un nouveau casino avec de nouveaux joueurs, de nouvelles règles et de nouveaux enjeux, beaucoup plus élevés ». «  Le flottement généralisé des monnaies n’a fait que jeter le système dans l’éphémère ». Ces phrases sont toujours extraites du livre cité.    On trouve un appel assez prémonitoire : « La structure bancaire qui s’édifie  actuellement peut s’effondrer  et plus l’appareil régulateur la laissera se développer  impunément plus catastrophique sera la chute ».

La période Greenspan,  le régulateur qui ne voulait pas réguler, correspondra à ce laisser-faire laisser-passer financier qui vient de s’effondrer avec fracas en septembre 2008.     On dira qu’il aura fallu 35 ans !  Ce qui marque malgré tout une assez belle résistance.  Mais l’observateur sait qu’après la crise de 91-93 le système bancaire mondial était déjà quasiment en faillite généralisé et qu’il ne s’en est jamais totalement remis. La crise de 1998 puis celle de 2001 n’ont fait qu’amplifier les choses.  Une fuite en avant s’est produite qui vient d’atteindre son  point d’aboutissement inévitable.

Un dernier point de similitude est  la grande chanson de l’écologie l  De même que l’avant guerre français avait été marqué  par  le triomphe des idées naturalistes, de la « terre qui ne ment pas », de la peur des « métèques » (avec cette jolie photo de François Mitterrand  manifestant en ce sens avant d’aller à la recherche de la Francisque) , de la peur des enfants (dont nous ne serions que faire de l’excès), de la peur du péril  jaune,   de la haine des grandes villes qui « mangent la substance de nos belles provinces»,  nous voyons refleurir depuis 1974 les mêmes chansons.   

Le monde actuel se fait l’écho de l’affirmation  de Toffler en 1974 : « l’économie politique ne peut à elle seule résoudre la crise ». On se lasserait à essayer de citer toutes les phrases qui vont actuellement dans ce sens.  La « crise de civilisation » stimule toujours les belles plumes sinon les beaux esprits.   A l’époque les « jeunes sont inquiets ou instables ; les adultes cherchent dans l’agitation et la frénésie l’oubli de leur désarroi.  Partout la contestation, partout la revendication, partout l’orgueil, l’intolérance, la violence ».  Là c’est Fourastié qui écrit dans un article au Figaro de 1975.  On laissera le lecteur retrouver les échos actuels  de ces tentatives de battre sa coulpe  sur le dos de la civilisation  démolie. 

A l’époque on retrouve aussi un des travers du moment qui consiste à d’une part faire appel aux valeurs perdues, comme on vient de le voir, mais aussi  à promouvoir un monde totalement différent.  Ecoutons à nouveau Toffler : « Toute politique ayant pour but de remettre les choses à leur place antérieure, de restaurer l’emploi  de lancer plus de voitures sur les routes, de développer les banlieues urbaines, d’encourager la standardisation sociale,  de remodeler la famille dans sa forme traditionnelle,  est réactionnaire  et qu’elle soit le fait de la gauche de la droite et du centre tous aussi dépassés ».    Evidemment la grammaire n’est pas terrible mais qui ne voit les ressemblances avec les épitres actuelles sur la mort de la bagnole (mais on multiplie les aides),  sur les villes mortifères (mais on veut réformer le grand Paris…en le densifiant), etc.

La technomanie et la croissance économique ne sont plus des options, affirme Toffler.  Il n’y a pas de « truc » économique pour nous en sortir. 

Les économistes au rencart.  De toute façon ils se trompent tout le temps et n’ont aucun avis cohérent.  Et de citer Churchill : «  Tous les économistes  ont un diagnostic différent et en plus il y a Monsieur Keynes ! ».  Et dès qu’on arrive aux solutions, il n’y a évidemment plus personne sinon des sermons généralistes que nous retrouvons aujourd’hui quasiment en l’état. Il faut

           « penser non seulement au niveau de vie minimal mais aussi au niveau de vie maximal »

          « acquérir une certaine conception de la satisfaction des besoins qui libère notre énergie »

          « de réévaluer les notions d’individualisme  et de collectivisme  en ne les considérant pas comme des contraires aristotéliciens qui s’excluent l’un l’autre »

          «  en un mot d’entreprendre la tâche effrayante mais enthousiasmante à la quelle peu de générations dans le cours de l’histoire humaine se sont attelées : la conception d’une nouvelle civilisation ».

Nous ne sommes pas d’accord.  Nous devons nous remettre dans la mentalité des années  quarante cinq -cinquante : vouloir la rupture avec le n’importe quoi, le misérabilisme, les passions politiques exacerbées, le laisser faire abusif.  Et constater que le système nouveau qui s’est mis en place en 1973, les changes flottants, ne marche pas.    Des réformes financières finalement simples peuvent permettre une croissance durable. Elle est absolument nécessaire. Pour la France, il faut   la rupture avec le pétainisme mental, qui veut nous plonger dans la  repentance perpétuelle vis-à-vis de notre propre dynamisme. Cela  suffirait à nous remettre dans le bon sens.  Il n’y a aucune fatalité que la France soit le pays saisi de langueur dans une Europe déclinante et un monde  qui ne croît plus.

Il faut que l’économie mondiale soit financièrement stabilisée  et le premier acte est la suppression des changes flottants et le second la suppression du dollar comme monnaie mondiale.  

Il faut que l’Europe soit ouverte, monétairement dynamique et nataliste.  Le refuge dans la réglementation de détail, la fiscalité massive, la constriction monétaire et la décroissance des populations  est illusoire et dangereux.

Il faut que la France sorte du malthusianisme  et de l’hyperfiscalité.

De même qu’il y a eu une bascule des mentalités, des comportements  et des institutions après la guerre, il doit y avoir un même mouvement collectif à l’échelle des réalités d’aujourd’hui.  Il faut sortir de cette période 1974-2010, et de ses idées et pratiques débilitantes.

Collectivement.

Par la volonté et la clairvoyance.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

 

Des ressorts de croissance existent dans les pays développés

Une des erreurs économiques les plus fréquentes, encouragée par la grave récession que nous vivons, est de croire qu’il n’existe pas de ressorts de croissance dans les pays développés dont l’industrie serait vouée à disparaître, aspirée  par le trou noir économique que serait la Chine.

On ne peut prouver une idée fausse que par l’observation. Alors regardons !  Au pire de la récession deux sociétés font un tabac et connaissent des résultats fabuleux.

La première est Nestlé avec son produit Nespresso.  Le succès est inimaginable.  A Lausanne comme à Vevey, malgré la construction de nouveaux immeubles dédiés, on ne sait pas où mettre les nouveaux recrutés. 

Cas modèle pour les écoles de management, ce succès porte aussi quelques leçons économiques générales.

La première est que ce marché nouveau n’est ouvert que pour les pays développés. Il fallait un certain niveau de vie global pour qu’il se révèle.  Les économies développées offrent donc des champs nouveaux à l’expansion dans leur propre dynamique.

Le rapport du produit avec les pays émergents est simplement lié à la matière première, le café qui ne pousse pas dans les pays de consommation les plus importants.  Ce rapport est positif. La croissance des pays producteurs en est facilitée.  Autant pour ceux qui pensent que les économies occidentales sont nécessairement prédatrices !  La valeur créée dans ces pays permet un développement des consommations qui à son tour permet des exportations des pays développés.

Les postes de travail qui sont créés sont principalement des postes non qualifiés : logistique, vendeur en magasin.  Autant pour ceux qui postulent qu’il n’y a plus d’emplois que pour les techniciens qualifiés !    

La solution repose sur des brevets techniques et surtout sur une maîtrise parfaite du « marketing mix ».  Alors que le marché existe depuis longtemps, voire par exemple l’expérience d’Illy de ventes de café en dosette,  Nestlé a réussi par sa compétence marketing globale à devenir le leader du marché et l’a porté à un niveau inespéré.

La consommation de café Expresso à domicile a certainement eu un impact sur des marchés de distribution voisin : les cafés-tabacs  en ont subi une partie du choc ainsi que les autres canaux de distribution.   Globalement le consommateur en a profité. Et les Etats via les impôts et taxes et les populations via l’emploi dans les boutiques et les canaux de distributions.

Il a fallu des spécialistes de haute volée pour créer la technique, pour concevoir les emballages et les boutiques, pour mettre en place des stratégies de communication et de  conception de produits attrayantes et efficaces.  Des vedettes de cinéma, des agences de publicité, des designers se sont enrichis.

Si vous avez vu la Chine dans le tableau, vous êtes drôlement forts !   Elle est totalement absente de l’affaire et sera un pays consommateur massif en dû temps. 

 

Prenons maintenant le succès significatif de l’I-pod produit par Apple.  Le téléphone portable est un produit nouveau (il a commencé sa percée verticale il y a à peine dix ans) et  la nouveauté n’est plus dans la téléphonie mobile mais dans une suite invraisemblable de services et de produits nouveaux permis par l’innovation technique incorporée dans cette forme nouvelle de  « combiné » mobile.    Le dossier de programmation de l’appareil a déjà été chargé plus d’un million de fois. Des programmeurs astucieux voient leur rémunération exploser grâce aux recettes  obtenues par la diffusion de leur solution sur l’appareil. Les séminaires de programmation refusent du monde. Un véritable eldorado avec des mouvements de foules immenses comme au premier temps de la micro informatique.  

Le succès n’est possible là aussi qu’à partir de l’existence d’une infrastructure suffisante et un niveau de vie qui permet d’exploiter   les avantages  largement psychologiques   du nouveau produit.  Il faut un large développement d’Internet, des réseaux de téléphonie mobile, des systèmes de production d’information.

Les ingénieurs de conception sont tous en occident, et largement aux Etats-Unis qui a concentré la capacité d’innovation technologique  et technique. La fabrication ? Tout le monde s’en fiche. Elle ne concerne pas les pays consommateurs autrement que par le prix. Si le prix est suffisamment bas  pour que le produit trouve son marché, tout va bien.  Fabriquer en local au risque de ne pas trouver de marché pour un produit trop cher ? Quel intérêt ?  Alors le succès du produit permettra le développement hors de la sphère développée en fournissant des ressources  nouvelles. Ces ressources permettront un accroissement de l’emploi, de la distribution de salaire, de la consommation et donc de la demande aux pays triches de produits plus sophistiqués.

Une fois de plus les pays développés sont la source de nouveaux produits adaptés à leur niveau de développement et qui permettront de l’accroitre. 

Les postes de travail créés sont ici aussi le plus souvent non qualifiés et se retrouvent dans la logistique et la vente.  Mais il a fallu des designers, des publicistes, et des ingénieurs pour les concevoir et les packager de façon attrayante et efficace.  Les medias, presse et télévision, ont profité de la manne publicitaire.  Les fournisseurs de produits associés connaissent un fort développement.

Il n’y a donc aucune fatalité d’une pénurie définitive de croissance dans les pays riches et de conflits d’intérêt durable entre toutes les économies de la planète.

A une condition cependant : que les transferts de ressources puissent déboucher et ne soient pas stérilisées.  Ce qui implique pour simplifier que les balances de paiements s’équilibrent et permettent que les « produits s’échangent contre des produits ».  Les crises ne sont jamais des crises liées aux produits mais essentiellement des crispations monétaires dues à des dérèglements structurels (par exemple les changes flottants) ou comportementaux (la montée de surendettements  intenables).

Faute d’avoir une idée précise de l’empreinte carbone des deux produits et de leur processus de production, il est difficile de déterminer si les deux produits cités permettent un développement respectueux de la planète.  Il est probable qu’il aurait fallu être un peu plus exigeant avec les deux producteurs pour le recyclage de leur produit respectif.  Mais on ne voit pas en quoi ces consommations se substitueraient à des produits plus écolos et contribuaient    plus que les produits existants aux effets de serre.

 

L’important pour la France, l’Europe, l’Occident, le monde, est de maintenir un flot d’innovations  gagnantes.  Jamais autant d’ingénieurs et d’entrepreneurs  n’ont été mobilisés pour se faire.  Aidons- les. Allons de l’avant.  Ce n’est pas le facteur communiste Besancenot ou le protectionnisme  contre les délocalisations, les impôts délirants des Madoff municipaux ni le malthusianisme généralisé  qui nous sauveront. 

Mais le dynamisme et la création.   Pour un français la vraie leçon des deux exemples c’est qu’aucune des deux ne vient de son pays.  La France ne doit pas cesser d’être dans le coup.  Pourquoi ne le sommes-nous plus ?

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

FMI : un an de retard

Le FMI vient enfin de donner un état des lieux et des prévisions en ligne avec les réalités.

Il aura fallu près d'un an pour que cette institution malade fasse enfin son travail.

A l'heure où l'Australie et l'Afrique du Sud se déclarent officiellement en récession, il était difficile de faire croire plus longtemps que les pays du sud tireraient la croissance !

Le plus comique est qu'il fait ses découvertes au plein de l'opération "les signes de reprise se multiplient" et qu'il plombe l'ambiance disons à contretemps.

Ce qu'on demande aujourd'hui des instances comme le FMI, ce n'est pas de faire des statistiques mais d'offrir un réel diagnostic et de conduire la réflexion sur la sortie de crise sans être soupçonné de défendre la cause de tel ou tel groupe de pays ou d'intérêts.

Or il n'y a aucun diagnostic.  Donc aucunes réelles perspectives capables de mobiliser le monde vers une sortie de crise et des réorganisations capables d'éviter qu'un désastre pareil ne se reproduise.

Le semestre qui vient de s'achever aura été le pire désastre de toute l'histoire économique contemporaine : la récession y a été plus violente qu'en 1929 ! Cela pose à tout le moins la question de la validité des politiques qui sont menées.

Il n'y a même pas de réflexion sur les chemins du retour à la croissance.  Quelles sont les forces qui agiront et sous quelles formes ?  Pas un mot !

Comptabiliser les pertes virtuelles est un exercice vain.  Quand la bourse perd en capitalisation parceque les épargnants ont préféré revenir à la liquidité, les pertes ne sont que virtuelles. Lorsque la liquidité se replacera en bourse il y aura automatiquement un gain.  Le niveau de la bourse n'est pas une fonction mathématique de la valeur du capital. Mais le reflet de l'idée que se font de l'avenir les épargnants.   Cela s'est vu dans les quatre grandes crises boursières  précédentes (74,  87, 93, 2000).

Ce n'est pas cela qui compte.  Mais les forces qui vont s'exercer pour reprendre ou abandonner de l'activité.

De cela, malheureusement pas un mot.

Le FMI est au dessous de tout !

Psychologie de la crise

Pour celui qui a  vécu toutes les grandes crises de l’après guerre, une évidence s’impose : on oublie radicalement l’état d’esprit dans lequel on était juste avant qu’elles ne se déclenchent  tout autant que son évolution au cours de leur déroulement. Progressivement on reconstruit les évènements et on perd  le souvenir de la manière dont soi-même et plus généralement l’opinion ont vécu la période. Aucune analyse économique rétrospective n’est vraiment à même de reconstituer l’évolution de ces sentiments fugaces.

Peut-être est-il bon six mois après le déclenchement de  la catastrophe économique en cours de  fixer quelques grands mouvements de l’âme collective avant qu’ils ne s’effacent ?

On l’a généralement oublié mais en juin-juillet  2008 le sentiment de l’imminence d’une crise économique  est généralement absent. Ceux qui comme nous alertons sur la gravité et la proximité d’un chaos monétaire grave sont considérés comme des Cassandre.  Il est vrai que le premier semestre a vu une bouffée de hausses spéculatives absolument gigantesques que la majorité des commentateurs mettent sur le compte d’une croissance échevelée et ne voient pas comme le dérèglement ultime de la finance mondiale.  On voit une Chine triomphante collectant partout les réserves mondiales de matières premières et au premier chef de pétrole, comme les terrains agricoles.  On s’inquiète de l’arrogance des fonds souverains.

On voit le pétrole si haut que les pays agricoles se convertissent à la production d’éthanol, affamant le monde sous développé. On parle écologie, déséquilibres définitifs, etc.  La BCE hausse ses taux pour « éviter les risques de l’inflation ».  Les craquements bancaires sont vus comme des incidents techniques sans grande importance.  L’accident sur le marché des subprimes et le blocage du marché interbancaire est déjà loin : un an ; une éternité.

Certains se complaisent à voir une bonne évolution dans les  cours du marché de la monnaie au jour le jour. Les banques se lâchent totalement sur le front de la gestion de fortune : les pires décisions de placement seront prises pendant le premier semestre 2008. La BNP fait acheter des actions de banques dont la sienne en juillet 2008 ! On n’est jamais mieux servi que par les clients qui ont confié un mandat ! Une sotte de la même société crie à tout va dans les médias son enthousiasme pour le Brésil et le Real : l’agriculture du pays est devenu de l’or et avec elle la monnaie ! Des fonds agricoles hyper spéculatifs sont inclus dans les contrats d’assurances-vie : les « commodities" sont en plein boom, il s’agit d’en profiter !  Rouffio pourra refaire dix films comme son « Sucre ».

FT.com  lance la question sur son site internet : va-t-on réellement vers une récession imminente ?  C’est que les Cassandre commencent à crier fort.  Nous répondons aussitôt OUI et que la récession sera très forte.  Mais personne n’y croit vraiment. « Il y tellement de liquidités que les marchés ne peuvent pas baisser » dit un crétin sur une chaîne de la TNT française lors de l’un de ces inénarrables faux débats économiques où s’affrontent des clowns à étiquette « libérale » ou « socialiste ».  Partout la presse minimise le potentiel de crise. Il faut être responsable !

En France début juillet les débats portent sur le pétrole inéluctablement à 200 dollars (le député Cochet)  dans les semaines à venir et sur les famines dans le tiers monde qui exigeraient une intervention immédiate. Nous contestons cette erreur d’optique et là-dessus le cours du pétrole s’effondre encore plus vite que ce nous imaginions et cela dès le lendemain de notre billet sur ce blog !

Cela n’empêche pas que la rentrée de septembre soit entièrement consacrée au « Grenelle de l’environnement », à la multiplication des taxes, au RSA et son 1.5 milliards d’impôt sur l’épargne, et à un projet de budget totalement grotesque.  La France a de l’argent ; elle peut entrer dans un cycle écologique malthusien,  un cycle social dépensier et un cycle fiscal coercitif.  Delanoë annonce sa hausse de 100% de la taxe foncière à Paris sur deux ans. « Et je ne m’excuse pas !» pérore-t-il, ajoutant l’ignominie à l’aveuglement.

Quand au début septembre nous évoquons la crise prochaine avec nos amis entrepreneurs la réponse est unanime : « Tout va très bien ; tu as annoncé la crise pour la rentrée et on ne la voit pas du tout » !  Nous serions-nous trompés ?

Et la catastrophe arrive. En deux jours le monde se réveille avec la plus grosse crise bancaire depuis 1929 !  Toutes les banques et assurances américaines sont en faillite virtuelle après l’annonce de celle, réelle, de Lehman Brothers. Les craquements qu’auront été le rachat en urgence et à bas prix de Bear-Stearns  et la ruée sur Northern Rock n’ont pas été compris comme les signes avant coureur d’une explosion globale de la finance américaine. Dès le lendemain de l’annonce de la faillite de Lehman-Brothers c’est AIG et Fanny Mae et  Freddy Mac  qui viennent au guichet fédéral avec des demandes astronomiques.

Les Français écoutent les nouvelles en cette fin de mois de septembre sans trop y croire.  Pour eux il fait toujours beau. Cela ne les concerne pas. Ils sont au balcon et regarde au loin les flots déchaînés. Bien sûr les bourses se sont effondrées. Mais elles l’ont déjà fait en 1992 et en 2000. On sait qu’après cela remonte. Alors on ne bouge pas.  C’est un peu comme si il y avait eu un tremblement de terre au fin fond de l’Iran. Triste, mais enfin … C’est l’époque où l’on parle encore de l’Europe préservée sauf évidemment les fous qui ont tout misé sur l’immobilier comme l’Espagne et le RU, ou sur la finance mondiale comme l’Islande.

La panique ne commence vraiment que début octobre. Et si nos dépôts étaient en danger ? Car l’évidence s’impose : toutes les banques partout sont en quasi faillite.  Et l’Irlande vient de garantir sans limite ses dépôts provoquant une ruée vers la sécurité en provenance de toute l’Europe.  Un épisode cocasse : dans une poste du XIVème arrondissement de Paris un client énervé exige immédiatement le versement en liquide du contenu de ses comptes. Il s’agit de plusieurs centaines de milliers d’Euros. Le guichetier annonce qu’il faut un transport de la Brinks pour des raisons de sécurité. L’autre ne veut rien entendre. Le ton monte !

La presse commence (tout doucement) à prendre la dimension de l’évènement pui se lance dans un rattrapage échevelé. Pendant trois mois ce ne sera qu’une course à qui dira plus noir que l’autre, les habituels commentateurs économiques qui n’avaient rien dit jusque là se découvrant des qualités de rétro prévisionnistes fort opportunes.  « On l’avait bien dit ; cela ne pouvait pas durer comme cela » ; Tu parles !

 Les habituels polygraphes opportunistes y vont de leur livre « prémonitoire ». Après avoir nié qu’il pourrait y avoir crise, voilà que la crise était évidente.  Dès novembre on constate les effets de la crise sur les restaurants, les coiffeurs, les sociétés d’intérim, l’automobile, les marchands de biens durables, les vendeurs de téléphone portable, le tourisme. Les banques ont dramatiquement resserré  leurs conditions de crédit et arrêté les découverts.  Crédit et mort en même temps que la confiance.  Ce n’est pas la crise américaine qui provoque les premiers blocages mais la peur !  L’orchestration du nouveau Bretton Woods bidon de Washington n’a fait qu’amplifier les anticipations négatives.

La presse comme un seul homme se trompe de crise. Elle passe en revue, avec le retard habituel, les erreurs de la finance américaine et ne parle que d’une « crise des subprimes».  C’est sans doute le nom qui restera dans l’histoire pour caractériser la période. Mais comme d’habitude il sera inapproprié.  Car personne ne voit que c’est l’ensemble du commerce mondial qui s’est arrêté et que les désordres monétaires aggravent encore la situation. Tous les gagnants de la mondialisation heureuse sont à l’arrêt. Il faudra trois mois de plus pour que les médias s’en rendent compte et encore plus pour l’opinion.  

Une anecdote : lors d’un tournoi de golf près de Valence, le jour du printemps,  les participants s’étonnent des files de bateaux qui sont à l’ancre en mer. Pratiquement tous croient qu’ils attendent pour décharger. Alors qu’ils sont à l’arrêt faute de chargement comme en Grèce près du Pirée où des dizaines d’énormes transporteurs  sont bloqués depuis l’été. Les quais de chargement des porte-conteneurs en Chine sont également quasiment à l’arrêt.  

Il faudra les premières informations sur le dernier trimestre 2008 pour que l’on commence à prendre la mesure d’une catastrophe économique qui n’est ni simplement financière ni simplement américaine.

Curieusement dès février un courant d’opinion se fait jour qui finit par avoir son débouché dans les médias : vous aggravez la crise avec vos annonces pessimistes.  Les messages commencent à s’accumuler contre les oiseaux de malheur et  ceux qui aggravent la crise par leurs analyses débilitantes. Quelques indications peuvent en être vues hors des journaux : jamais il n’y a tant de vacanciers à la neige. Il faut dire qu’elle est enfin abondante. Les commerçants commencent à réagir  aux propos des marchands de pessimismes. "Il n’y a pas de crise seulement des gens apeurés. Alors cessez de faire peur !"

Cette évolution de l’opinion trouvera son aboutissement avec la nouvelle réunion du G.20 à Londres  qui d’un point de vue technique sera une opération nullissime  et mais qui donnera l’occasion d’un festival d’optimisme convenu dans la presse, festival qui dure encore avec toute la campagne sur « les signes de reprise qui s’amoncellent ». Chacun y va de son couplet. J. Marseille souligne dans le Point combien la période précédente avait été florissante (en omettant qu’elle ne l’a pas été en France où la croissance pendant la période de vaches grasses s’est traînée entre 2 et 3%).   La bourse remonte (pour le CAC, on a repassé le niveau « psychologique » des 3000 points qui net de l’inflation doit nous ramener autour de 1970). Les résultats des banques sont meilleurs.  Certains voient même le Baltic index reprendre alors qu’il baisse après un tout petit rebond.  

En vérité le premier trimestre quand les chiffres seront connus montrera une des baisses les plus fortes de toute l’histoire économique de l’après guerre. Mais l’opinion n’en veut plus de la crise. Elle souhaite que l’on frappe quelques boucs émissaires. Et qu’on en finisse avec cette crise qui devrait rester  virtuelle et ne devrait pas les toucher. La presse surenchérit dans le mouvement. Rappelons-nous de l’affaire Vuillemin : d’abord la mère courage durement frappée par un drame insupportable ;  puis la mère inculpée dont « tous les signes de culpabilité étaient là et on ne voulait pas les voir ». Puis la mère innocente enfin rendue à l’amour de ses proches.  Le cycle de l’émotion est à la base des bonnes ventes.

Il n’y avait pas de crise. Puis il y avait une crise horrible. Puis il n’y a plus de crise.

Il n’y a pas que l’économie qui soit cyclique !

Evidemment tout cela n’a qu’un rapport lointain avec les réalités.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

Lettre ouverte à l’INSEE

Monsieur le Directeur,

Nous aimerions vous faire part de nos souhaits en tant qu’utilisateur de statistiques dont vous avez le monopole de production.

En ces temps de graves récessions où l’information économique prend plus de valeur que d’habitude il importe que vos statistiques aient du sens et provoquent la réflexion et la connaissance.

Les meilleures statistiques pour atteindre ce but sont les séries longues. 

Une évolution d’une année sur l’autre est le plus souvent illisible tant les mouvements sont faibles  et les chiffres gâchés par l’importance des estimations provisoires. En revanche une tendance affirmée sur trente ans est parfaitement claire. Depuis dix ans nous ne cessons de suggérer à la presse quotidienne nationale de proposer des infographies parlantes des grands mouvements de l’économie.  C’est un mouvement qui désormais s’affirme. Mais quelles difficultés à surmonter : applications des dessaisonalisations,  correctifs successifs,  réfaction de l’inflation, changements d’unités monétaires sont autant de pièges dans lesquels trop souvent ils tombent.

Les séries à prévoir sont peu nombreuses : une petite centaine.  Les présenter n’est pour vous qu’un travail dérisoire par rapport au coût de leur production qui pourrait d’ailleurs être totalement automatisé.  Les diffuser avec Internet est une affaire presque gratuite.   Alors pourquoi ne pas consacrer quelques heures de travail à un tel projet ?

Bien sûr la publication d’une brochure payante est une grande tentation. Le petit opuscule que vous produisez depuis des lustres  sur les grands éléments de la comptabilité nationale qui coûtait sous une forme certes austère mais pratique dans les 7.50 francs en 1998 est désormais imprimé sous papier glacé à un coût supérieur à  10 euros. Il est quasiment impossible de se le procurer tant il est mal diffusé.  Et il présente de graves lacunes.  

Courage au bienheureux chercheur qui aura voulu savoir comment a évolué les dépenses publiques  ou l’impôt sur le revenu. On sent que les consignes sont pressantes de ne pas trop effrayer le contribuable citoyen qui doit être protégé le plus possible des mauvaises nouvelles.  

De même présenter le  passé récent en variation et jamais en valeur absolue oblige l’analyste à des calculs troublant puisqu’en général les corrections faites ne permettent pas de faire le recollement avec les chiffres fournis l’année précédente.  Les données financières y sont également bien maigres.

En revanche vous décorez l’ouvrage d’analyses absconses qui peuvent certainement intéresser des amateurs mais qui se trouveraient mieux à leur place dans des ouvrages spécialisés.

Votre site internet est remarquablement mal fait, du point de vue du citoyen qui cherche à trouver rapidement les informations essentielles. On sent que l’institution ne veut pas perdre le bénéfice des productions payantes qui mettent un peu de beurre dans les épinards. Il est difficile de ne pas penser que cette position est légèrement abusive. C’est brûler la chandelle républicaine par les deux bouts du monopole.

Les cent séries essentielles  devraient être accessibles en un clic et facilement téléchargeables, permettant aux analyses de préciser leurs réflexions et aux infographes de soigner leurs présentations.

Il va de soi que cet effort pourrait servir ultérieurement de base à Eurostat pour produire des séries homogènes dans leur calcul, leur présentation et leur diffusion.

La crise actuelle n’aurait pas été trop grave si au moins elle permettait de faire aboutir ce petit projet.  Petit mais tellement essentiel.

Nous vous prions de croire, Monsieur, le Directeur, à l’expression de nos sentiments les meilleurs.

 

Pour le Cercle des Economistes E-toile.

Avril 2009

Didier Dufau

Le Baltic Index devient célèbre !

Cet indice totalement ignoré des media depuis toujours devient célèbre. Tant mieux.  Cela prouve que désormais tout le monde a compris que le front essentiel était celui du commerce international et qu'il était à l'arrêt. Que l'on cesse d'être obnubilé par les subprimes est une bonne chose.

Encore faut-il l'interpréter à bon escient. Avant et après le G.20 les médias se sont pris d'une envie brusque d'aller à la recherche de tous les signes avant coureur d'une reprise espérée. Fabriquer de la confiance, après tout pourquoi pas ?  Mais point trop s'en faut.

Voici donc que ce matin sur RTL le préposé aux bonnes nouvelles vient triompher : "ça y est  ! Cela repart ! La preuve le Baltic index !

Il suffit de regarder la courbe pour constater que non seulement il ne repart pas mais  que le minuscule progrès constaté en février s'est dissipé.

Le Baltic index est hypersensible. Il évolue par bonds.  Le jour où la reprise sera là il passera à 5-6000 en quelques semaines.

Actuellement il se traîne dans les ténèbres. Et depuis la guerre de quarante il n'est jamais resté si longtemps aussi bas. On entre en effet dans le 8ième mois de stagnation au plus bas et il est entré dans la spirale descendante depuis plus longtemps encore.

Cela prouve simplement que le commerce international  ne sait plus où il est.  La cascade des mutations de change désoriente tous les marchés. Crédit reste mort. L'effondrement des courants de capitaux qui correspondaient à près de 100 fois les courants commerciaux  a eu raison de tout le système. Partout les bâteaux s'accumulent aux entrées des ports et ce n'est pas en attente de déchargement mais d'un chargement. 

Lorsque tous les chiffres sortiront on verra que le premir trimestre a été terrible avec des baisses de PIB jamais enregistrées si intenses depuis des lustres. En attendant les correctifs. Car toutes les statistiques rapides contiennent des estimations dont on peut être sûr qu'elles seront corrigées à la baisse. Il n'y a malheureusement aucune chance que le second trimestre 2009 soit beaucoup meilleur.

La crise américaine a commencé en 2007. Deux ans déjà. C'est plus long qu'en 1929, en 74, en 81, en 92, en 2001 ! Il serait "normal" qu'on en voit le bout bientôt.  Et la joie mauvaise d'avoir prédit le pire et de continuer à le faire n'est pas une motivation de ce site.

Mais l'important est de voir la réalité en face et de ne pas dire n'importe quoi. Cette crise est spécialement grave et peut avoir des rebondissements terribles.

Il vaut mieux la comprendre et agir en conséquence et ne pas recommencer les erreurs des années 30.

Rappelons qu'en France les erreurs de droite et de gauche dans la gestion de la crise de  1929 ont coûté au pays aussi cher que la guerre de 1914 !  Et que c'est la France qui s'en est le moins bien sortie.

On ne peut être saisi que d'une honte rétrospective.

Alors observons juste et comprenons bien pour réagir le  mieux possible.



Encore une bourde de DSK !

Nous n’aimons pas les querelles de personnes et préférons  les débats d’idées. Mais enfin les idées sont portées par des hommes et lorsque des dirigeants expriment des idées fausses et conduisent dans l’erreur l’opinion publique,  ou lorsqu’ils entraînent leur pays dans des mesures désastreuses,  il est difficile de ne pas les critiquer. D’autant que les politiciens les plus nuls ou les plus catastrophiques en économie sont souvent les plus adulés, au moins temporairement. 

On se souvient d’Antoine Pinay, homme politique tout à fait secondaire et aimant les affaires étrangères projeté sur le devant  de la scène médiatique et de l’économie  par l’émission d’un emprunt gagé sur l’or qui sera ruineux pour le pays qui fera de « l’ermite de Saint Chamond » et de « l’homme au petit chapeau » le symbole de la « confiance » et de la compétence financière  dont l’avis se devait d’être pieusement recueilli avant chaque lancement d’un emprunt d’Etat.  

On encense aujourd’hui Dominique Strauss-Kahn qui a pourtant accumulé toutes les erreurs possibles aussi loin que porte la mémoire.  Dans les années 70 c’est un de ceux qui cautionnent « par sa technicité »  le programme commun de la gauche qui sera ensuite totalement démantelé après avoir sorti la France de la tête des nations en matière de croissance économique.  Vingt ans après c’est lui qui lance le PS sur la piste des 35 heures et fait entrer cette grave idiotie dans la plateforme électorale du PS.  Ministre des Finances il accumule les bourdes. Il  aggrave sans raison la fiscalité déjà portée trop haut par Alain Juppé ce qui finira par l’affaire de la cagnotte. A cette occasion il émet une des plus belles sottises économiques.   Il affirme qu’avec la croissance le taux de prélèvement BAISSERA.  En fait compte tenu du caractère globalement progressif  de la fiscalité, la croissance entraîne mécaniquement une hausse de la pression fiscale.  Christian Sautter et Florence Parly verront leur carrière politique compromise  lorsque l’affaire de la cagnotte leur explosera à la figure.

Passons sur des frasques personnelles que les Français pardonnent aisément à leurs politiques, comme le fait d’être pris les mains dans le pot de confitures à la Mutuelle des Etudiants et dans le slip d’une employée du FMI, bien qu’elles ne donnent pas du personnage une image totalement avantageuse. Ne relevons pas non plus les rémunérations extravagantes qu’il touche comme Directeur du FMI et qui, lorsqu’on constate qu’elles sont exonérées d’impôts,  sont aux extrêmes que l’on dénonce partout en ce moment.  Notons seulement que le discours  plein de compassion de DSK pour les victimes du capitalisme ne l’a jamais conduit à proposer de réduire son train de vie de satrape ni de  payer spontanément des impôts.

Et voilà que « DSK » nous sert à nouveau une formidable perle économique.   

DSK  5 avril  interview au Figaro.

« Le FMI va-t-il être en mesure d'assurer mieux son rôle de surveillance des monnaies et de mettre en garde sur les déséquilibre commerciaux qui sont à l'origine de la crise actuelle ?

Je nuancerai les choses. Ces déséquilibres sont certes un problème en soi et il faut y remédier. Mais on peut sans peine imaginer une situation dans laquelle il n'y aurait pas de déséquilibres internationaux, et où les pratiques bancaires nationales auraient quand même déclenché des problèmes de surendettement, de subprime et de titrisation, du fait de la défaillance des contrôles bancaires ! »  

Nous vivons une période où des déséquilibres massifs, extravagants même, qui ont vu une création monétaire qui crève tous les plafonds et où pratiquement partout l’endettement dépasse les 300% du PIB, et qui ont fini par devenir tellement grands qu’ils se sont effondrés sur les populations du monde avec un fracas tonitruant,  provoquant la pire crise depuis 1929, et la seule chose que le président du FMI pense devoir nous dire  est qu’il faut regarder ailleurs, dans la micro économie bancaire nationale !

Il est vrai que DSK n’a rien vu venir. Qu’il n’a rien su prévenir.  La poutre financière globale qui était dans l’œil des économies,  il ne l’a même pas soupçonnée, encore moins dénoncée.  Alors que la Banque des Règlements Internationaux s’égosillait à dénoncer la montée des périls.

Après l’impéritie la sottise. Enormes toutes les deux.   

Que personne ne s’inquiète : DSK semble être la personnalité à qui les Français font le plus confiance  en économie.  Et il est impossible d’avoir une cour de louange aussi vaste sur l’échiquier politique et médiatique,  du Monde au Figaro magazine.  DSK est LA compétence économique française.

Que l’on nous permette un léger désaccord.  L’image est le fruit de la posture.  La réalité révèle l’imposture.  DSK est une utilité politique et une inutilité économique.

 

Deux histoires très révélatrices

Nous autres, « anglo-saxons », comme on dit en Europe continentale, il faudrait sans doute utiliser les supplices de haut degré du moyen âge pour nous faire avouer que les changes flottants posent quelques problèmes que ce soit et qu’ils ont permis des dérives financières désastreuses . 

La variabilité des cours de change est vue à l’image des fluctuations de la météorologie.  On peut penser que certaines forces sous jacentes agissent et qu’elles soient sous la responsabilité de quelques dérèglements de la conduite humaine.   Mais nous sommes bien convaincus que nous n’y pouvons rien  sauf à invoquer la bienveillance des Dieux  comme nos ancêtres le faisaient lorsqu’un nuage de sauterelles se révélait particulièrement désastreux.

Mais nos journalistes aiment les cas concrets et livrent des exemples qui peuvent faire réfléchir même un « anglo-saxon ».


Le New York Times nous livrait il y a quelques jours  la navrante histoire de ce milliardaire chinois  créé de toute pièce par la finance « internationale », en fait un groupe de hedge funds et de banques  d’investissements,  selon le scénario suivant.   Le but ultime : engranger une formidable plus value sur la bourse de Shanghai représentant sans doute 100 ou 200% du capital investi.  Ce que nous appelons du « big business ».  On trouve un jeune chinois capable d’incarner les triomphes du capitalisme. On lui prête des sommes astronomiques. On lui fait acheter des milliers d’hectares de terrains et on soutient son entreprise de promotion dans la construction de villes entières.  On multiplie les reportages sur le jeune « tycoon » si représentatif d’une Chine triomphante.  On attend que les premières barres d’immeubles soient commercialisées pour mettre en bourse  l’immense société entièrement montée à crédit et on fait une gentille culbute. On rembourse les prêts et on a gagné quelques milliards de dollars bien venus.

Cette histoire nous change des idées habituelles sur l’industrieux chinois dont la sagacité commerciale et les bas salaires permettent de damner le pion aux industries occidentales.   Depuis 2003 la bourse de Shanghai a connu une telle envolée  qu’elle ne pouvait que durer éternellement.  La finance mondiale se devait d’être là et de ratisser vite et bien les plus values qui s’offraient.  Les milliards de dollars se retrouvaient dans la poche du gouvernement chinois qui ne savait guère qu’en faire.   Alors il le plaçait en bons du trésor américain. Où ils étaient immédiatement remis dans le circuit et servaient à d’autres opérations miraculeuses en Chine du même tabac que celle qui vient d’être racontée.

Naturellement la bulle explosa en septembre 2008.  Les énormes constructions  construites sont vides et les autres sont arrêtées là où elles en étaient. Les ouvriers sont rentrés par millions  dans leurs campagnes.  Les énormes containers qui apportaient de quoi fabriquer  ces villes nouvelles  restent vides. Les bateaux qui les transportaient s’accumulent à l’entrée des ports. 

Les plans de relance chinois sont totalement incapables de faire face à ce genre de situation.  Les hedge-funds lèchent leurs plaies et tentent de rembourser avec ce qu’ils peuvent encore rassembler   les investisseurs traumatisés qui leur avaient fait confiance. Les banques américaines tentent d’expliquer à la FED que leurs actifs  chinois sont de merveilleux actifs qui pourraient faire l’objet de refinancement « non conventionnels ».  Les banques européennes qui se sont syndiquées avec ces belles opérations font de même auprès de la BCE. Bonne chance !  Le contribuable américain commence à devenir nerveux, comme le contribuable européen. Le gouvernement chinois aussi avec ces milliards de dollars créés sur du vide dont il craint qu’ils ne lui glissent entre les doigts. Le G.20 met l’Uruguay sur liste noire avant de tenter le gris, soulevant l’enthousiasme absolu de tous les media.

Bref nous sommes sauvés.

Pourquoi raconter cette historiette ? Peut-être pour faire comprendre que la crise n’est pas seulement et peut être même pas principalement celle des crédits hypothécaires bonifiés et « subprimes ».   Absolument tous les circuits économiques étaient pervertis.  Le dérèglement du système monétaire international avait   généré des bulles prêtes à exploser absolument partout et dans tous les compartiments de la finance.

Quand les premiers craquements  se produisirent, ce sont des explosions en série qui se succédèrent  ruinant et paralysant tous les circuits internationaux de financement et tout le commerce international. Par milliers les opérations du même type en Chine et ailleurs s’effondrèrent faisant disparaître le capital des banques mêlées à ces « juteuses » spéculations.  

Elles le firent en une seconde, car en une seconde les promesses de la bourse de Shanghai s’envolèrent à jamais. Elles s’envolèrent partout. Tous les salariés qui un peu partout dans le monde fournissaient la matière réelle de ces constructions psychédéliques sont au chômage, sans aucun espoir de revoir leur poste de travail avant quelques décennies.   On comprend mieux pourquoi en moins de trois mois toute l’économie monde s’est recroquevillée.

Pendant ce temps dans le même exemplaire du NYT le journaliste économique récemment nobélisé, Krugman, se moque du gouvernement chinois qui n’a pas su quoi faire de ces dollars prêtés à pertes par la banque occidentale à des entrepreneurs faillis.    Cela ne sort pas de la crise mais cela détend.

L’autre histoire est racontée avec malice par The Economist  qui se moque gentiment des difficultés du gouvernement japonais.  Il suffit de traduire :

« Les exportations du Japon ont connu un boom  lorsque le Yen était  sous évalué (« super cheap »), et la dépense américaine en plein délire (« consumer binge »). Le Japon n’a connu ni bulle immobilière, ni bulle de crédit. Mais le Yen faible  a permis aux exportateurs japonais  d’étendre leurs capacités de production  dans l’espoir que ces conditions perdureraient.  Il en a résulté un défaut majeur d’allocation des ressources.  Quand le Yen s’est envolé l’année dernière et la demande étrangère s’est arrêtée, la bulle de fabrication japonaise a explosé. En 2008 les exportations ont été divisées par deux. »

N’importe qui en conclurait que les changes flottants sont décidemment une catastrophe qui entraînent  des erreurs de vision et qu’il faut rapidement faire quelque chose sur cette question.

Mais non.  C’est le fruit particulier de l’idéologie que les faits peuvent être éclairés avec la lumière la plus intense sans déclencher la moindre réflexion.   Ces deux historiettes  montrent bien que les déséquilibres financiers colossaux et les fluctuations aberrantes de changes  sont à la source des difficultés gravissimes actuelles.    Mais il est inutile de chercher la moindre ligne en ce sens.  Les flots tumultueux de la finance libre dans un monde sans digue donnent  à écrire mais pas à penser encore moins à panser.

Les esprits audacieux pourront essayer de jauger l’efficacité des mesures prises par le G.20  en les appliquant à nos deux histoires.

Lewis Holden pour le Cercle des Economistes E-toile

G.20 : un pari très dangereux.

N’ironisons pas sur le « Kolossal Succès » de la réunion du G.20 à Londres et sur la parfaite orchestration de l’opération politico-médiatique qui l’a précédée avec ses opérations teasing (« les signes de reprises se multiplient ») et son faux suspense (« va-t-on vers un désaccord ?») et celles qui lui succèdent : « c’est merveilleux ils sont tous d’accord, tous gagnants et vont beaucoup plus loin que prévu ». 

Nous savons depuis Munich que ces manifestations unanimes des politiques et de la presse sont à prendre avec précaution et après tout nous avons échappé au retour triomphal   des participants sur un tapis de pétales de roses au milieu des foules enthousiastes.  

Si tout ce barnum redonne un peu de confiance au monde, tant mieux.

Cela ne devrait pas nous détourner d’observer la réalité et de peser les perspectives.

La réalité c’est d’abord ce semestre qui d’octobre 2008 à mars 2009 aura été le pire de l’histoire récente de l’économie, dépassant en gravité  les débuts de la crise de 1929. La conférence de Londres a bien fait de ne pas tirer la leçon du précédent « succès » du G.20 à Washington.  Les chutes de PIB ont été générales et verticales. Certains secteurs économiques sont à l’arrêt presque total. Le commerce international n’a pas tenu et pour la première fois depuis la guerre de 1940 connaît la récession. On se fatiguerait à dénombrer les « premières » que cette crise nous force à vivre.

Tous ceux qui pensaient vivre une « crise des subprimes » ont été pris à revers.  Ce sont tous les circuits internationaux de capitaux et de commerce qui ont  sombré  à la vitesse de l’éclair.  Ce ne sont plus les banques occidentales  qui sont en péril mais les Etats.

L’impuissance de la Fed et de la BCE est évidente.  Ces deux institutions en sont aux manœuvres « non conventionnelles ». Le FED vient d’acheter directement des bons du trésor américain : la planche à billets est sollicitée sans artifice.  La BCE a annoncé qu’elle s’y résoudrait s’il le faut.  Et aucune des deux ne peut prendra à sa charge les malheurs du monde.  Alors comme en 1970 on réactive les DTS : on crée de la monnaie administrative internationale basée sur rien d’autre que des déficits pour permettre aux pays dont le système bancaire a explosé ou va exploser  de continuer à participer au concert du commerce international.

En même temps et c’est la seule surprise réelle de ce G.20 « on débloque 250 milliards de dollars en deux ans pour soutenir le commerce mondial ».  Qui, comment ? Mystère pour le moment. Mais cela prouve bien que la réalité de la crise a été désormais intégrée : sans commerce mondial en croissance il est impossible de sortir de la crise.

Comme le souligne notre ami Sylvain, on prend bien soin de mettre en scène la démonétisation de l’or du FMI pour essayer de casser le thermomètre qu’est le prix de l’or.   Et tous les investisseurs institutionnels et sous contrôle indirect des Etats ont investi en bourse pour donner le coup de chapeau nécessaire.

L’absence totale de réforme du système monétaire international, alors que l’évidence que l’instabilité des changes est devenue incontournable, a conduit à une répétition de la « solution » apportée à la suite des la crise financière de 1998. On sait qu’un forum de la stabilité financière (FSF pour les intimes) avait été institué en 1999  pour éviter les affaires type LTCM et les gonflements intenables de bulles « locales » comme celles qui étaient vu comme la source des difficultés asiatiques.   On a vu que ce discret « machin » s’était révélé totalement inepte et avait laissé se développer toutes les bulles mille fois plus grosses mais américaines cette fois là. Nous eûmes Enron et quelques autres, l’éclatement  de la bulle internet, le gonflement de la bulle des subprimes, puis celles des CDO et des CDS.  Le silence du FSF et son incapacité à produire quelques résultats que ce soit ont été tonitruants.

Alors on crée un Conseil de stabilité financière (CSF), FSB (Financial Stability Board) pour les anglo-saxons, de composition élargi qui s’occupera des places off-shores et des intervenants ayant une importance systémique sur l’économie monde.  

Il est toujours curieux de voir coexister un système de changes flottants qui crée et amplifie les instabilités monétaires et financières et des organismes administratifs chargés de stabiliser la finance.  

La vérité est facile à discerner : on ne veut  pas renoncer à la financiarisation de l’économie monde qui est en effet rendue indispensable, sous des formes rentables pour les banques mais dangereuses pour le reste des intervenants, par les changes flottants.   Les mouvements de capitaux restent libres et comme maintenant représenteront toujours une centaine de fois les mouvements proprement commerciaux.  Mais on ne veut plus que des intervenants importants puissent  entraîner le monde dans des risques systémiques ingérables. 

L’échec de 1999 n’a pas servi de leçon.  On essaie encore une fois avec une solution administrative. On ne sait pas comment cela marchera et si cela aura la moindre importance pratique.  Mais on se sera donné un lieu de réflexion loin des politiques et de l’opinion publique.
Entre financiers on devrait pouvoir s’arranger.

C’est exactement la même illusion qui avait conduit à croire que les banques centrales, et le club des banquiers gravitant autour des régulateurs,  permettraient d’éviter les crises bancaires.  La FED a été créée après la crise bancaire de 1907 : nous eûmes la crise bancaire de 1921 et la crise bancaire de 1929 ! On connaît la suite.

En attendant personne ne sait comment va pouvoir se redessiner la carte des échanges mondiaux.  C’est la clé de l’énigme. Personne ne demande aux Etats-Unis de mettre fin à ses déficits abyssaux ni à la Chine de mettre fin à ses excédents symétriques.  Il n’ya aura aucun effort coordonné des Etats pour  rétablir des circuits économiques sains, seulement des relances nationales par la dépense publique.  

On espère que le mouvement brownien des capitaux, alimenté par une création monétaire forcenée aussi bien des banques centrales que par le FMI, finira par trouver sa cible. Et on attend.

Jamais on aura fait autant confiance à la bienfaisance de la « main invisible financière ».  Alors que jamais les preuves de son inexistence n’auront été plus grandes.

La science ne peut rien contre la foi.

Mais ce genre de pari pascalien fait peur quand il s’applique non pas à l’au-delà mais à notre monde concret en train de tourner à la vallée de larmes.  

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

G.20 à Londres : une décision historique !

Le G.20 a pris une décision historique dont il convient de jauger la portée.

Il a décidé de décider à nouveau ce que la dernière assemblée générale du FMI avait déjà décidé : autoriser la vente d'une partie du tas d'or de l'institution. 

On peut prendre ce bégaiement sur le ton de la plaisanterie. Ce serait une erreur.

Le G.20 signifie qu'il n'y aura jamais de retour à l'étalon-or et à une monnaie dont la création ne soit pas strictement entre les mains des Etats. 

L'augmentation des DTS, Droits de Tirages Spéciaux,  un si joli nom pour une monnaie, le plus beau jamais trouvé sans doute, n'est pas l'amorce d'une monnaie internationale, malgré le "triplement" sur lequel on affecte de s'extasier.

Il évitera à la FED et à la BCE de se ruiner en soutien des banques centrales des petits pays, y compris en Europe de l'Est.

On notera que la conférence n'a pas cru devoir faire le bilan des mesures annoncées à Washington  en novembre lors du précédent G.20.  Et qu'à l'automne le G.20 se réunira à nouveau  et qu'il y a fort à parier qu'il ne fera pas plus le point des mesures prises aujourd'hui.

La décision a donc été prise de ne  rien bouger sur le front monétaire et  de lancer un message fort  vers le monde de la finance : "business as usual". Les marchés ont salué.

C'est bien une décision historique.

Washington, Londres, New-York : tout un symbole.

 

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des Economistes E-toile

Une notion controuvée : le prêt « toxique" !

Une grande partie des discussions qui ont lieu depuis le début de la crise ouverte, à  la mi-septembre 2008, porte sur l’élimination des actifs «toxiques » des banques qui les empêcheraient de faire normalement leur travail.

Cantonner ces actifs dans des structures ad hoc serait la clef de toute solution rapide.  Le plan Paulson avait cette ambition.  On a vu qu’il n’a pas marché, l’argent étant redéployé vers le renforcement du capital des banques.  On voit renaître cette préoccupation avec le plan Geithner, le successeur de Paulson , qui est extrêmement complexe et connaît  les mêmes difficultés. Pourquoi ?

La crise est due à un surendettement global massif. Les dettes ont fini par atteindre aux Etats-Unis près de 400% du PIB et on est très au dessus de 300% en Europe. Ne parlons pas de l’Islande !

C’est cette montagne de dettes qui s’est effondrée dans un grand coup de tonnerre. 

Il faut bien comprendre ce que cela représente, 400% d’encours d’endettement ! Imaginons que la durée moyenne globale des prêts soit de 4 ans : cela veut dire qu’il faut rembourser un principal de 100% du PIB chaque année, auquel il faut ajouter les intérêts. C’est clairement impossible !  Un pays ou le monde entier ne peut pas consacrer tout son revenu à rembourser des emprunts.    Si la durée moyenne est de 16 ans,  on voit qu’il faut tout de même consacrer le quart du PIB  aux remboursements et  le cumul des intérêts devient terrifiant.
On notera que la nature de la dette est sans importance dans l’affaire : qu’elle soit publique ou privée, qu’elle porte sur telle ou telle catégorie d’actifs n’a strictement aucune importance.

En un mot, à ces niveaux d’endettement tous les prêts sont toxiques pour la simple raison qu’ils ne peuvent plus espérer être tous  remboursés !

Nous étions  arrivés à cette situation où pour chaque transaction commerciale intérieure on constatait dix transactions  financières et pour chaque mouvement de marchandises international  cent mouvements de capitaux.  Croire que tout cela était durable était évidemment une fantasmagorie.

Il fallait que quelque chose craque. L’amorce de la crise est passée par le blocage des crédits hypothécaires. C’est assez normal : ce sont les prêts les plus longs et ils ont fini par être financés par des soldes de trésorerie de SICAV monétaire !    Mais en fait tous les prêts, qui sont des espoirs de remboursements sur des produits futurs,  étaient en danger et l’ensemble des circuits économique menacés de congestion immédiate et intense, une fois que l’évidence de l’impossibilité du surendettement aurait gagné l’opinion publique.

C’est une des raisons de l’affaissement immédiat et radical de tous les circuits économiques et pas seulement de la filière des subprimes (qui est arrêtée  de jure  depuis juillet 2007 mais l’était de facto dès la fin 2006).

Démondialisation, déleveraging, dégonflement des bilans des banques, tout cela va ensemble.

L’épargne s’est repliée en urgence vers la liquidité, ruinant  les  bourses  et ajoutant une crise d’illiquidité à une crise de solvabilité des banques.

La réponse des Etats a été de sauver les banques pour ne pas en plus ruiner les déposants.  Les banques centrales et les Etats ont repris une partie de la dette à cet effet. Mais globalement on ne voit pas que cela change l’image générale de la crise. 

La spéculation dont le jeu faisait ou défaisait les cours des matières premières s’est largement arrêtée, la crainte de pertes immenses faisant fondre les ressources des hedge-funds à grande vitesse.  L’achat à crédit s’est effondré touchant les produits les plus chers, avec un quasi arrêt de la vente de voitures, d’immeubles, d’équipements divers.  La peur de manquer a fermé les portefeuilles pour les dépenses non indispensables. 

La bougie économique s’est consumée  par les deux bouts.

Tous les encours de prêts « sains » correspondant à une activité économique régulière sont désormais  devenus « toxiques ».

On voit que la notion de cantonnement d’actifs toxiques à ces échelles  n’a pas grand sens, que la reprise des encours de prêts de banques par la banque centrale ou l’Etat a des limites et que la dynamique de la «crise » est encore là pour un moment.

Il n’y a pas de solution simple. 

Il faudra bien en passer par des pertes massives sur les prêts aventurés.  Elles ont d’ailleurs largement eu lieu. La restructuration de la dette en supprimant les prêts à clauses « pochette surprise », en allongeant les termes et en réduisant les intérêts à presque rien aurait apporté son bénéfice.  Elle est rendue extrêmement difficile par l’existence d’un système de changes flottants et le caractère international des engagements financiers.  Faute d’intelligence de la situation et de levier politique, la question est traitée par prétérition.

Mais surtout il faut redonner un horizon économique aux producteurs et aux consommateurs.  Ils sont aujourd’hui congelés. Tous les circuits financiers et économiques internationaux sont à l’arrêt. Les déformations de trafics commerciaux  imposées par le gonflement des mouvements de capitaux à des sommets intenables et aggravées par des changes en folie,  sont caduques.

Plus personne ne sait qui est qui et où l’on va. Les plans de relance nationaux ne fonctionnent pas  parce que personne ne sait à quelle nouvelle structuration des échanges internationaux ils vont conduire ni s’ils ne vont pas créer à nouveau des déséquilibres intolérables de balances des paiements.

On est bien loin des subprimes, des normes comptables, des agences de notation, des bonus et des stocks options.  On est bien loin du G.20 et des mesures qu’il s’apprête à prendre.

Le plut tôt les gouvernants auront abandonné l’idée que nous vivons une crise des subprimes aggravée par la dérive des contrats mathématiques complexes mal jugés par les agences de notations, alimentés par la cupidité  et trahis par la comptabilité, le plus tôt on sortira de l’aveuglement.  Et le plus vite on pourra mettre de côté des fausses mesures qui sont autant de coups d’épée dans l’eau.

Si le monde avait pu être sauvé en mettant en réserve les 7% de prêts du marché immobilier international qui était aventurés, ce qui est la mesure de toxicité offerte par les experts du secteur,  il le serait déjà !   Il n’y a plus de subprimes ; les agences de notation  font désormais plus qu’attention ; les 200.000 salariés des banques qui travaillaient dans le secteur des prêts adossés sont sur le carreau et les gouvernements ont tous autorisé des changements de méthodes comptables pour certains prêts.  Les hedge funds ont pris une raclée mémorable qui va les calmer un certain temps.

Pourquoi diable  dans ces conditions le G.20 se réunit-il ?

Tout cela est un théâtre d’ombres.  Il est plus que temps de revenir aux réalités.  

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile

Le blog du cercle des économistes e-toile

Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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