La transcription des débats de Bretton Woods retrouvée

Grâce aux effort de Kurt Schuler et d'Andrew Rosenberg nous disposons désormais de la transcription des journées de travail de la conférence de Bretton Woods.   L'essentiel peut être consulté sur le site du  Center for Financial stability  à  l'adresse http://www.centerforfinancialstability.org/brettonwoods_docs.php

 

Nous invitons les curieux à s'intéresser à ces textes qui prouvent qu'en 1944 on avait une claire conscience des nécessités de la stabilité financière et de la coopération interétatique.

Le refus d'excédents ou de déficits excessifs est absolu.

Le FMI est bien une institution keynésienne mise en place pour à la fois éviter les erreurs de la fin de la première guerre mondiale et surtout éviter une seconde crise de 1929.

Le tout a fonctionné cahin-caha  pendant 26 ans pour le bien commun.  Jusqu'au jour où le chacun pour soi a été rétabli avec la mise en place du système absurde de monnaies administratives  dont la valeur externe est laissée aux pulsions de marchés financiers et monétaires prétendument libres.

L'introduction des changes flottants est une des erreurs majeures de notre temps.

Relire les motivations qui ont poussé à créer un système de changes fixes et ajustables de façon concertée  est la manière la plus sûre de comprendre pourquoi le système actuel ne fonctionne pas et pourquoi le  retour à une concertation des Etats autour de changes fixes mais ajustables, sans déficits et excédents majeurs, est la priorité absolue.

Faute de l'avoir compris les dirigeants qui se rencontrent en vain au G.20 ont empêché toute solution de la crise économique actuelle.

Il faut en revenir à un Bretton Woods, mais sans monnaie nationale pivot, et sans droit de veto des Etats-Unis.

 

Cercle des économistes E-toile.   

 

 

A lire :

The Bretton Woods Transcripts

Edited by Kurt Schuler and Andrew Rosenberg

 

Un billet d'humeur

Ce billet d'humeur représente le sentiment de son auteur et ne reflète pas une position officielle  du Cercle des économistes e-toile. Nous l'avons publié car il représente assez bien l'humeur du moment qui est aussi un fait économique.

 

 

"Les plaisirs de l'abjection

 

L'économie Française est désormais en chute libre. On aimerait dire : à l'arrêt. Mais non, ce n'est plus  seulement un blocage, c'est une dégringolade.  Les chiffres publiés dans la presse ne rendent pas compte de la situation. Certes il est bien dit que l'automobile voit ses ventes chuter de près de 20%, que l'immobilier est en baisse radicale dans les mêmes proportions, que les en cours de crédits aux particuliers s'effondrent, là encore de 15 à 20%.

Les indicateurs privés donnent des résultats pires encore.  Le rapport entre entreprises dont les commandes haussent et celles dont les commandes baissent qui, en période de croissance molle  se trouve autour de 60/40 est désormais de 25/75.  Cette bascule s'est faite en moins de quatre mois. L'été a été meurtrier.

Cela veut dire que les entreprises françaises sont globalement  dans la spirale descendante propre à la récession.  Lors de la crise de 92 on n'était jamais descendu au dessous de 40/60 et même en 2009, au fond du fond,  on était à 30/70.

A l'effet des  prélèvements nouveaux décidés par le gouvernement Fillon et de la mollesse de la conjoncture internationale s'est ajoutée l'incroyable gabegie haineuse  et vindicative voulue par François Hollande.

Les journaux parlent d'amateurisme, d'impréparation,  d'incompétence voire de nullité. Ils se trompent. Les Français découvrent une réalité qu'on croyait disparue en France depuis les années trente : la haine sociale ; la volonté de mal faire ; l'occasion saisie d'une vengeance sociale de la part de fonctionnaires socialistes constamment bridés dans la mise en pratique de leur idéologie  depuis des années. La crise est vue comme une occasion d'imposer au pays des mesures de coercition sociale  qui semblaient inenvisageables en France et en Europe.

François Hollande n'est pas un imbécile dépassé par les évènements. C'est un socialiste saisi par son prurit socialiste et qui fait son petit djihad socialiste personnel, accompagné dans cette sarabande par des excités ivres du pouvoir qu'ils ont pris et par les occasions de faire n'importe quoi que leur offre la crise.

On cherche une rationalité dans tout cela. Il n'y en a pas. Il faut parler de défoulement, d'expression du refoulé. La vraie comparaison est à chercher avec cette scène d'un film de Bunuel  où on voit un groupe de clochards avinés souiller une robe de mariée, symbole évidemment atroce  de bourgeoisie et de catholicisme.

Le gouvernement actuel ne gouverne pas : il souille.

Il n'a pas le soucis des conséquences simplement le  plaisir de faire du tort à ceux qu'il exècre.  Partout ce n'est que lutte des courants pour les places et les sinécures. Jamais un mot sur l'intérêt national. L'ivresse est telle qu'on voit un ministre dit du redressement national  injurier les patrons et faire le clown avec une marinière pendant que sa compagne exhibe des lunettes à 15.000 euros la pièce tout en déversant sur les chaînes publiques avec l'argent du contribuable l'ampleur de ses partis pris idéologiques et politiques. Pourquoi se gêner ?

L'état de la France ? On s'en fout. Laissez nous jouir !  Laissez nous nous lâcher comme on n'a jamais pu le faire.   

Alors par centaines, en un flot qui se gonfle tous les jours, les cadres de la France s'exilent. Les jeunes se désespèrent : quel avenir dans une telle France ? Aucun sauf pour une poignée de fonctionnaires politiciens pourris d'idéologie socialiste  délétère et qui ne se posent  qu'une question : comment se faire réélire ; comment garder nos places.

L'affaire du rapport Gallois est effarante. On vous explique avant l'été que la nouvelle méthode consiste à prendre son temps pour bien établir le diagnostic et élaborer les meilleures décisions. On multiplie les commissions. Les rapports arrivent ? Et on annonce fièrement que l'on ne se sent pas engagé par leurs conclusions.

Pas une réforme utile, en six mois. Pas une.   

Pas une seule mesure entraînant une perspective positive.  Simplement une fête sauvage où on pille les entreprises françaises et les familles aisées qui ont permis de bâtir l'économie française, au cri mille fois répété de "Ce n'est qu'un début continuons le combat" !

Les résultats sont déjà là : la défiance ; le mépris ; l'arrêt de tout investissement ; les plans de départ.

Ce ne sont plus les patrons âgés en mal de succession qui quittent la France, ou les rejetons des anciennes grandes familles industrielles  ni même les grands dirigeants des grosses entreprises. Ce sont leurs cadres qui exigent qu'on aille voir ailleurs comment on peut échapper à tout ce délire anti entreprise, anti patron, anti capitaliste, anti tout.  C'est la jeunesse accablée par la déréliction générale  et l'ambiance de haine socialiste qui veut se trouver un destin ailleurs.

François Hollande aura beau multiplier les commentaires oiseux sur la responsabilité de son prédécesseur, il ne peut plus désormais convaincre qui que ce soit. Il est sorti de l'été déconsidéré par sa passivité et ses opérations de communications à côté de la plaque. Il sort de l'automne méprisé.

Qui peut regarder l'équipage Hollande  Ayrault- Désir sans être consterné par la veulerie qui s'en dégage ?

On ne peut même plus parler d'économie, de plans plus ou moins efficaces.  Le n'importe quoi socialiste porté par des "khmers roses"  de bas niveau règne sans entrave.

Le réveil sera dur.

Les plaisirs de l'abjection n'ont qu'un temps.

 

Sylvain Dieudonné."

Un débat et une prévision de 2009 vus avec quatre ans de recul

Il nous a paru amusant de reprendre ici un dialogue  de février 2009 que nous avions eu sur le site de Guy Sorman (http://gsorman.typepad.com/guy_sorman/2009/02/crise-qui-est-coupable.html)  à propos d'un intéressant article qui s'interrogeait sur les coupables d'une crise qui devenait visible et qui regrettait que les théories étatistes  l'emportent sur une vision plus libérale des choses.  Il concluait :  

"Au nom du bonheur commun, souhaitons que les politiques de relance  en cours aux Etats-Unis comme en Europe réussissent ;  on sait d’expérience,  qu’un succès à court terme est possible mais qu’ il serait certainement suivi d’un retour à l’inflation. Il reste donc indispensable de préparer une alternative , ce que Hayek appelait, une utopie de rechange."

On a vu dans les faits que la relance a effectivement réussi à court terme, mais qu'elle s'est rapidement effondrée  peu après.  En revanche il n'y a pas eu d'inflation.  On sait pourquoi : la crise était due (et reste active) du fait d'une accumulation de dettes et de crédits insupportable. Ajouter de l'activité par de la dette nouvelle ne pouvait que mettre les Etats en difficulté.  La destruction de monnaie privée étant supérieure à la création de monnaie banque centrale, il n'y a pas eu de vrai inflation. En revanche les effets de paniques ont été aggravé par la liberté totale de mouvements de capitaux aves des comportements de précaution qui ont fait aller l'économie dans tous les sens sauf celui de la croissance. Et nous voilà avec des impôts monstrueux pour essayer de payer la facture.

Dans les faits Guy Sorman a eu raison sur un point clair : les relances keynésiennes ne sont pas efficaces et faux sur un autre : ce n'est pas l'inflation qui est arrivée mais l'hystérie fiscale. Dans un système où les banques centrales ont un objectif de stabilité des prix seuls l'impôt permet de solder une crise de dettes partiellement transférée sur l'Etat.

Il nous paraissait que l'a priori doctrinal ne suffisait pas et qu'il fallait aller à la racine de la crise de la dette pour comprendre pourquoi les mesures engagées ne fonctionneraient pas.

Il nous semble que nos observations ont été totalement validées par les faits.   

Nous renvoyons le lecteur  au texte de Sorman et présentons le dialogue qui a suivi :

Notre réponse  :  

"L'ennui de cet article est qu'il ne comporte pas de vrai diagnostic et donc aucune vraie solution.

"La crise dite des "subprimes" n'a été que l'allumette qui a fait sauter la vraie bombe : le désastre des changes flottants qui ont permis la constitution d'un endettement si colossal (pour les Etats Unis plus de 3 fois le PIB) que plus personne n'aurait pu payer les intérêts. Ce à quoi on assiste c'est l'effondrement de cet endettement phénoménal et sans cause sérieuse depuis qu'il ne sert qu'à alimenter la fuite devant les monnaies et le gonflement du prix des biens dits réels.

"Depuis 1971 date où le dollar est détaché de l'or son prix en or est passé de 35$ l'once à plus de 900 et s'oriente vers les 1000. Une dévaluation de près de 97%. Est-ce que Friedman, le seul théoricien des changes flottants avait prévu cela ? Non évidemment. Il avait déclaré que les changes et les taux d'intérêt s stabiliseraient. Le dollar a perdu la moitié de sa valeur puis a doublé puis a reperdu la moitié de sa valeur désagrégeant les échanges et ralentissant la croissance. Du coup on est passé des trente glorieuses à une période bien moins tonique. Quant aux taux d'intérêt unifié, il suffit de regarder le désastre actuel pour voir à quel point un prix Nobel peut se fourvoyer.

"Le système des changes flottants a permis au pays dont la monnaie était dominante de creuser des déficits colossaux et perpétuels qui ont généré avec une fréquence de 3 à 5 ans des crises financières répétées. Pour sortir d'une crise on gonflait le ballon de liquidités en dollars qui venait crever lors de la crise d'après avec une aggravation constante. Jusqu'à l'explosion nucléaire finale.

"Dire : il faut laisser faillite se faire est amusant. L'ensemble du système financier mondial est en faillite. Le capital global des banques est d'environ 1/20 des pertes encourues ou potentielles ! Si on laisse tomber les banques c'est l'ensemble des dépôts mondiaux qui s'évaporerait. On sait que la perte de 30% des dépôts entraîne une récession d'environ 50% du PIB. Bonjour les suites heureuses de l'irresponsabilité conduite par l'idéologie.

"Actuellement crédit est mort parce que les banques sont des mort-vivants. Tout le système mondial des échanges est quasi à l'arrêt. Les flux commerciaux ne savent plus comment s'orienter.

"La seule solution n'est pas de gloser sur libéralisme ou non mais de mettre fin sans délais aux changes flottants afin de stopper les guerres de dévaluation qui se mènent tous les jours, de supprimer l'alea sur les changes (qui explique la complexité des CDS et autres produits dérivés) et de rétablir un horizon économique stable pour le commerce international.

Tout le reste n'est que ruine de l'âme et de l'esprit."

 

@didier dufau:
Et concretement, comment fait-on pour mettre fin aux changes flottants?
On revient a un systeme ancre sur l'or?

@avidadollar

La première question est de savoir si les changes flottants sont bien en cause dans la crise actuelle, nième épisode depuis 71. Apprécions qu'on le pense suffisamment pour poser une seconde question : comment en sortir ?

Un système monétaire international correct suppose l'égalité des nations et des règles élémentaires. La première : tenir sa monnaie et faire en sorte que les déséquilibres qui se produisent ne soient que temporaires. La seconde : solder ses comptes internationaux. La troisième : au cas où on ne le peux pas, accepter une aide temporaire moyennant une action correctrice forte imposée par la communauté.

Faut-il une monnaie comme l'or pour ajuster les soldes ? Non. N'importe quel système est possible. L'important est de revenir à une balance suffisamment équilibrée pour ne pas poser de problème.

Ce peut être des DTS, une monnaie de compte internationale comme le Mondio, un système de régulation fort (les excédents impliquent aussitôt des mécanismes de taxes compensateurs si le pays ne relance pas en interne son économie).

Cela peut même être l'or. On n'a jamais extrait autant d'or. On est sur une tendance de 3% par an de croissance des productions ce qui le rythme à long terme d'une croissance soutenable.

La ringardisation de l'étalon or après en avoir fait la seule solution libérale orthodoxe est une curiosité intellectuelle.


L'important dans l'affaire c'est de cesser de pleurer sur les conséquences sans jamais voir la cause.

Les américains ne croient pas au plan de relance parce qu'ils on peur pour le dollar et craignent sont effondrement. Merci les changes flottants.

L'Islande n'a plus de monnaie après avoir pu prendre des engagements multiples du PIB. merci les changes flottants.

Le RU dévalue à mort : merci la libre concurrence saine avec une gain immédiat de près de 5à% de compétitivité !

Les fluctuations des monnaies font courir un risque tel que le commerce international est arrêté. Merci qui ?


Les pays baltes voient leur monnaie s'effondrer. Cela effondre les bourses un peu plus. Merci qui ?

Il est stupéfiant de voir décrit cent fois dans les journaux des malheurs liés aux changes flottants sans que JAMAIS ils ne soient mis en cause.

La relance keynésienne ne fonctionne pas en change flottant. Pas de chance. Keynes était CONTRE les changes flottants.

Les relances monétaires par les banques centrales ne fonctionnent pas en mode changes flottants. Keynes l'avait bien vu en 1921.

En fait rien ne marche en change flottant.

le seul théoricien des changes flottants Milton F. avait prévu :

- une harmonisation des taux d'intérêt
- la convergence des taux de change.

Tout faux.

Rien ne marche en changes flottants même pas les théories des pères du système.

Il serait peut être bon de le comprendre avant que l'échec de tous les plans lancés depuis 6 mois ne deviennent encore plus patents !

 

Avec le recul on ne voit pas trop ce qui devrait être changé dans notre position.

L'or est passé à 1750 dollars au lieu des mille que nous envisagions à court terme, preuve de la panique générale et de la fuite des monnaies  créées par les plan de Quantitative easing  ont été dans les marchés de biens durables pas dans l'activité.

Nous disions que la relance keynésienne ne marcherait pas, ce qui a été le cas. L'expérience Chirac de 1974 avait déjà prouvé qu'une relance keynésienne en change flottant finissait par…un plan Barre de relèvement des impôts sans réellement changer quoi que ce soit.

Comme rien ne marche en changes flottants et qu'on n'a même pas envisagé une seule seconde de simplement discuter de la question, la crise perdure près de quatre ans après cette petite discussion.  

L'utopie de rechange dont parlait Hayek est bien la suppression  du système des changes flottants, un système qui ne marche pas, qui n'a jamais marché et qui ne marchera jamais !  

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

Le TSCG : nécessaire mais insuffisant !

Le TSCG : nécessaire mais insuffisant !

Que penser du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) appelé usuellement Pacte budgétaire européen ?

Si on considère que la zone Euro est non viable par nature, la réponse est simple : à rien sinon à aggraver l’état du malade.

On sait qu’une partie des économistes se fondent sur l’idée des zones monétaires optimales pour bannir jusqu’à l’idée qu’une zone de monnaie unique entre nations ne respectant pas ces règles optimales soient tenables.

Milton Friedman avait annoncé de son côté l’éclatement de la zone Euro pour une raison différente : seuls les changes flottants fonctionnent.

Nous-mêmes, comme nous l’avons répété ici dans plusieurs articles considérons ces deux thèses comme fausses.

La théorie des zones monétaires optimales est tautologique.  Elle revient à dire : si la zone est possible alors elle est possible. Et aucune des zones monétaires uniques, comme les Etats-Unis ou celle du Franc CFA ne sont « optimales » au sens de cette théorie. Ce qui revient à dire : même impossibles, elles sont possibles.

Quant aux prévisions de Milton Friedman, elles ont toutes été démenties. Les changes flottants devaient :

-          Unifier les taux d’intérêt et réduire les spreads : ils n’ont jamais été plus divergents

-          Réduire les besoins de réserves : ils n’ont jamais été si importants

-          Adoucir les transitions de change : jamais elles n’ont été si explosives.

La théorie des changes flottants de Milton Friedman est simplement fausse, et a été infirmée par les faits constatés. Il ne peut y avoir de bonne théorie qui dise le contraire de la réalité observée.

On peut donc écarter ces deux théories et revenir à l’idée qu’une zone monétaire unifiée comme l’Euro est possible.

Nous même ne la pensions pas souhaitable mais possible à certaines conditions.

Le traité de Maastricht et le pacte de Stabilité et de Croissance de 1997 n’ont pas prévu ces conditions, ce qui explique que nous avons été à l’époque extrêmement critiques sur les modalités prévues. Aujourd’hui le débat n’est plus sur l’opportunité de la zone Euro qui est un fait accompli, mais sur les conditions de son bon fonctionnement après qu’une crise sévère ait montré ses faiblesses.

Pour prendre une analogie, il ne serait pas souhaitable qu’un individu se coupe une jambe. Mais maintenant qu’elle est coupée et que la gangrène s’est mise dans le moignon, l’urgence n’est plus de revenir sur la décision initiale mais de sauver le malade. On peut vivre avec une jambe coupée mais pas sans hygiène et seulement après avoir guéri l’infection.

Le TSCG doit s’apprécier dans cette double perspective :

-          Permet-il d’enrayer l’infection ?

-          Est-il capable une fois la survie assurée de garantir un bon fonctionnement de la zone Euro ?

Pour répondre à ces deux questions il faut au préalable avoir compris les causes de la crise actuelle.

-          Cause interne : quel que soit le système monétaire, un système de libre échange ne fonctionne durablement que si les grands équilibres financiers et commerciaux sont préservés.  Dans un système de monnaie unique, il importe qu’il y ait une gouvernance centrale qui évite les divergences entre les membres ou qui les compense. Rien de tout cela n’a été prévu. Chaque pays a donc géré son économie de façon divergente et on a abouti aux écarts insurmontables de compétitivité actuels. Si la France réduit son temps de travail et aggrave ses coûts de production pendant que l’Allemagne prend des mesures strictes de compétitivité, on va au-devant de graves distorsions. On les a.

-          Cause externe : la zone de monnaie unique est baignée dans un système global de changes flottants avec liberté des mouvements de capitaux. La crise économique globale actuelle a été provoquée par le système monétaire international vicieux, , pas par les défauts de la zone Euro. Mais elle a révélé les défauts de la zone Euro, confrontée aux endettements différentiels de ses membres, qui sont exploités sans scrupules par la spéculation internationale, ou disons plus clairement, par la finance anglo-saxonne.

Les pays de la zone Euro, comme tous les autres, se sont retrouvés avec un double fardeau : le transfert sur le budget de la dette aventurée des banques surexposées aux différentes bulles monétaires ou immobilières,  le financement des conséquences de la crise. Que leur système bancaire ait enflé de façon excessive comme en Irlande ou en Espagne ou au Portugal, ou qu’ils aient adoré la dépense publique comme la Grèce, la France et l’Italie, le taux d’endettement public est devenu insoutenable.

Toutes les bornes du Pacte de Stabilité et de croissance de 1997 ont sauté en même temps, exposant toute la zone Euro.

Comme la Banque centrale européenne n’a d’autre objectif que de maintenir l’inflation à moins de 2%, globalement, ce qui n’a qu’un sens très relatif, et qu’elle ne doit pas financer les Etats en dernier ressort, l’application stricte des traités rendaient la sortie de crise impossible.

Gérer une zone de monnaie unique dans un système global de changes flottants avec une banque centrale indépendante et corsetée dans des règles absurdes, le tout  par l’intermédiaire de normes fixées dans des traités sans aucun organe de pilotage sinon le fantomatique Ecofin du non moins fantomatique Juncker, était une gageure. Cette gageure n’a pas été tenue. Elle ne pouvait pas l’être.

Il a fallu agir. Cette action a été entièrement conduite par la panique et l’urgence de tenir en respect « les marchés ».   

La Banque centrale européenne l’a fait en violant toutes les règles qui la corsètent et prévoit d’agir encore plus loin des règles en question en cas de besoin. Les « marchés » ont apprécié.

Son bilan boursouflé d’une façon jamais vue commençant à prendre mauvaise mine, elle a exigé des garanties des Etats. Comme ils sont à peu près tous insolvables, sauf l’Allemagne,  on a créé des organes communs de riposte aux  spéculateurs, mais l’Allemagne a posé ses conditions.  « Je paie mais vous devenez vertueux ».

Le TSCG n’est donc pas une réforme de fond mais un acte politique transitoire ayant pour but de calmer les marchés et de décoincer les libéralités allemandes. Cet acte était-il évitable ? La réponse est clairement non.

Sans le TSCG la zone Euro éclatait. En ce sens la déclaration des « 140 économistes contre la TSCG » n’aurait de sens que si ces économistes étaient pour la dissolution de la zone Euro. Le paradoxe est qu’ils sont pour !

Quand on voit des glorificateurs du traité de Maastricht comme un certain Pr. Aglietta, qui cumule un amour immodéré pour la zone Euro, avec une justification des changes flottants et une passion inextinguible pour la dépense publique,  et qui condamne le TSCG parce qu’il contraint cette dernière, on croit rêver. Dire tout et son contraire pour des raisons de postures idéologiques, politiques et de prospérité personelle (ce Monsieur est membre du CAE et d’autres cénacles) fait partie du décor général, ces derniers temps.   Disons que le spectacle est consternant.

Au-delà de l’urgence politique, le TSCG est-il durablement efficace ?

La réponse est non.

Rappelons encore une fois que la gestion d’une zone monétaire unique est une affaire politique qui exige qu’il y ait une instance de pilotage dotée des moyens ad hoc.  Le TSCG le prévoit de façon beaucoup trop embryonnaire. Ce n’est qu’un durcissement du PSC.

Les défauts du PSC restent : comme nous l’avons répété sur ce blog il existe un cycle économique ; le budget doit jouer un rôle contra cyclique. Il aurait mieux valu organiser cette souplesse plutôt que de fixer une règle fixe  inapplicable dans la durée.  On comprend l’effet d’affichage. Il faudra évoluer.

D’autre part, une zone de monnaie unique n’a pas comme contrainte uniquement l’harmonisation des budgets. C’est l’ensemble des politiques sociales, fiscales et économiques qui sont en jeu.

Enfin, une zone de monnaie unique doit avoir une action extérieure et un pilotage de son change, même et surtout  dans un système nocif de changes flottants. Cette action doit englober celle de la BCE qui ne peut garder comme seul objectif la stabilité des prix.  

Il faudra sortir de la gestion par la norme et par des zombis non démocratiques. Le TSCG en s’appuyant sur l’inter-gouvernementalité et non sur un super-fédéralisme  bruxellois va dans la bonne direction.

Reste pour la zone Euro à créer une cabine de pilotage, nommer le pilote et doter le véhicule de moteurs puissants.

Le TSCG est une étape.  

Une étape nécessaire et insuffisante.

On a passé les Pyrénées, il reste les Alpes !

Le choix du vélo, du dérailleur et du plateau sera critique.

Rien n’est fait.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile 

Contradictions

Il faut le dire. Pour un non spécialiste, écouter ou lire les économistes officiels a de quoi laisser perplexe.  Non seulement ils se contredisent en permanence, surtout sur les chaînes télévisées, laissant entendre que la science économique n’existe pas, mais lorsqu’ils sont d’accord, la contradiction règne en maîtresse exigeante au sein même de leurs propos.

Prenons cet exemple.

Pas un de ces économistes professionnels pour nier que l’Europe est en difficulté à cause de la montée des pays pauvres devenus des tigres économiques. La Chine et ses centaines de millions d’esclaves pas chers, pas chers, représentent un danger mortel pour nos emplois et notre prospérité. Ne parlons pas du Brésil ni même de l’Afrique qui est désormais « bien partie ».

Parlent-ils de l’Europe et voilà que le schéma s’inverse : l’Allemagne est puissante et va tout manger, car le renard a toujours l’avantage sur le tendre poulet dans le poulailler européen.  

Il faudrait se décider : ou le fort est toujours le plus fort dans le libre échange ou le faible a l’avantage de compétitivité sur le fort, mais on ne peut pas énoncer ces deux « règles » en même temps.  

A moins qu’il y ait deux sphères économiques avec deux jeux de lois économiques différentes selon qu’on se trouve dans la zone Euro ou au dehors. 

Comme cette assertion est un peu difficile à avaler, la contradiction montre l’espèce de déchéance intellectuelle qui a frappé le petit monde des économistes universitaires ou professionnels, déchéance qui est confirmée par la nécessité pour ces malheureux de se grouper car la force de leur raisonnement est si faible qu’il faut toujours l’étayer soit en se cachant derrière des titres et des fonctions,  soit en se groupant à quarante ou à cent quarante.     La posture et l’engagement  ont remplacé la rationalité de la science. On affirme absolument n’importe quoi ; on ne voit rien ; on ne comprend rien ; on se rattrape aux branches comme on peut. Mais on cause ; en groupe. Comme les bandes de loubards de banlieue, l’homo economicus officialis se sent si lâche et si faible qu’il ne retrouve des dents qu’en meute.

Des dents, mais pas de cerveau.

La contradiction est facile à lever. La science économique est unique et s’applique à la zone Euro comme au monde entier.

La règle du commerce international et de son système de paiement est qu’ils ne peuvent fonctionner durablement au bénéfice commun que si et seulement si les déséquilibres majeurs sont empêchés ou rapidement corrigés. Tous les traités, comme nous l’avons montré dans un article précédent, prévoient que l’ouverture mondiale du commerce, nécessaire, et le libre-échange, souhaitable, ne sont possibles que si les partenaires à l’échange respectent les grands équilibres. Il ne faut pas qu’un des acteurs accumule des dettes et qu’un autre accumule des créances indéfiniment. Il faut interdire les déficits commerciaux ou les excédents commerciaux permanents et vertigineux.

Dans un système de monnaie unique, l’empêchement est réalisé par la gouvernance et s’il n’y en a pas par la déflation dans les pays déficitaires, qui est politiquement inacceptable.

Dans un système de monnaie internationale contrôlée, où les monnaies sont rattachées à une valeur de référence commune mais où des ajustements concertés des changes peuvent être effectués, c’est l’altération des valeurs monétaires qui assurent la réalisation de l’objectif, en association avec tous les moyens de politique économique aussi bien dans les pays excédentaires que déficitaires.

Dans un système monétaire de monnaies administratives dont la valeur externe est laissée aux forces des mouvements de capitaux alors que la puissance des partenaires à l’échange ou leur situation respective sont très différentes, rien ne peut s’ajuster et on aboutit  à des déficits et des excédents cumulatifs noyés dans une création monétaire hystérique qui provoque crise sur crise.  

L’équilibre des échanges, qui, en mode de croissance,  s’analyse comme une succession de déséquilibres nécessaires mais maîtrisables et corrigés, n’est possible :

-          Ni dans un système de flottement généralisé

-          Ni dans une zone monétaire unique sans institution de pilotage.

Nous vivons dans un système mondial où le flottement est généralisé et dans une Europe où il n’y a pas d’institutions de pilotage

Il est parfaitement normal que nous soyons  dans la difficulté, avec une prime à l’Europe qui subit les deux défauts.

La solution est limpide comme l’eau de roche :

-          A l’échelon mondial revenir à un système de monnaies coordonnées avec référentiel non national commun et une instance de coordination et de sanction.

-          A l’échelon européen, créer une institution de pilotage disposant des pouvoirs de réguler les écarts de croissance, d’échange et de taux d’intérêt, ou renoncer à l’Euro pour le système précédent.

Il n’y a qu’une seule science économique.  Nul besoin de se mettre à quarante, à cent quarante ou à quatre cent mille pour le comprendre et énoncer diagnostic et solutions.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile

Le blog du cercle des économistes e-toile

Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

Association loi 1901

  
BlogCFC was created by Raymond Camden. This blog is running version 5.9.002. Contact Blog Owner