La désespérante pédagogie par la crise

Lorsque nous avons décidé fin 1996 d'intervenir dans le débat économique public via le WEB, d'abord en intervenant sur le Forum du Monde, un de nos premiers débats avait concerné un sujet tout simple : peut-on convaincre avec des arguments ou faut-il constamment attendre que des évènements dramatiques viennent confirmer les avertissements lancés inlassablement pour que les esprits se débloquent ?

A cette époque la France se relevait à peine du coup de massue fiscale asséné par Alain Juppé, l'Europe vivait une stagnation forte entraînée par la construction de l'Euroland, et le monde venait de connaître la plus grande récession depuis 1929. La décennie en cours menaçait de connaître une croissance mondiale plus basse que celle de la décennie précédente qui avait été déjà plus basse que celle de la décennie d'avant.

Nous avions commencé à dénoncer la trinité fatale :

- Pour le monde, la tragédie des changes flottants et de la liberté absolue des mouvements de capitaux
- Pour l'Europe, les conceptions déséquilibrées de la construction de l'Euro
- Pour la France, la folie de la dépense publique, de la dette et de l'impôt, folie non seulement continue depuis le septennat de Valérie Giscard mais constamment aggravée, avec, pointant à l'horizon une autre folie, les 35 heures soutenues par un certain DSK. 

Toutes ces sottises étaient parfaitement intentionnées. L'extension des libertés économiques dans un monde largement libéré des servitudes soviétiques était un progrès. Unir l'Europe et parvenir à un ensemble cohérent et pacifique n'est pas une vision malsaine. Mettre en place une société moins dure aux faibles et plus équilibrée entre loisirs et travail, qui peut souhaiter le contraire ?

L'enfer est pavé de bonnes intentions et le diable dans les détails. Tout le monde sait cela.

La simple observation économique permettait déjà de constater que les changes flottants "cela n'a jamais marché, cela ne marche pas et cela ne marchera jamais".  La conjonction de ce système faux et d'une monnaie internationale, le dollar, utilisée à des fins stratégiques et non de croissance mondiale équilibrée, avait déjà provoqué la crise de 73-74, la première "plus grave depuis 1929", la crise de 92-93, la seconde "plus grave depuis 1929", un ralentissement significatif du trend de la croissance mondiale, la remontée après trente ans de décroissance, du taux d'endettement mondial, l'apparition d'une "économie casino" insupportable pour beaucoup.

Le chantier de Maastricht avait également démontré que le projet européen était totalement aventuré. La technique qui consiste à mettre la charrue avant les bœufs était employée, cette fois ci, d'une façon excessive. Certes la question était posée, mais de façon non technique : la perte de souveraineté. Techniquement  il était déjà clair que l'organisation médiocre et pourrie de défauts annoncée ne pourrait à terme que provoquer une crise  sévère. Certains l'espéraient comme levier pour aller un pas plus loin dans le fédéralisme.

Toute zone monétaire, disions-nous, est une affaire politique qui implique une organisation stricte pour éviter les divergences d'évolution des pays membres. Il n'y a pas d'autres solutions que la récession pour rétablir les écarts.  Mettre en place un "ilot de fixité dans un océan de flottement", avec une BCE indépendante, dont le seul objectif est le niveau de prix, une insouciance assumée en matière de cours de change, des états contraints à emprunter exclusivement aux banques sans garantie croisée des états, une liberté totale des capitaux et l'absence de tout tarif extérieur commun, constituait un pari absurde.

Quant à la France,  le choix du tout état, du tout fonctionnaire, du tout impôt et de l'endettement continu et massif,  aggravé par la perspective des 35 heures, était purement et simplement suicidaire. Alors que pas un seul budget n'avait été voté à l'équilibre depuis 1973, le déséquilibre s'avérant tous les calculs faits significativement plus importants que l'impasse initiale votée, contrairement à la période De Gaulle, que les smicards étaient l'occasion d'un prélèvement de 55% de leurs revenus bruts, que les classes moyennes étaient taxées à 65% et que les classes moyenne élevées pouvaient subir jusqu'à 80% de prélèvement moyens, l'impôt sur la fortune entraînait, pour quelques dizaines de milliers de personne une confiscation totale des revenus. Et là-dessus arrive par surprise un gouvernement Jospin qui aggrave les impôts sans utilité, impose les 35 heures et endette la France de 1.000 milliards de Francs supplémentaires !

Les forums ont ceci d'amusant qu'ils permettent de faire apparaître des attitudes mieux que la presse,. La spontanéité et la fraîcheur des réactions des internautes offrent un miroir plus net de l'état d'esprit qui prévaut dans les diverses  couches de l'opinion. Elles forment une espèce de mousse au dessus des clivages plus feutrés que révèlent les médias et les milieux politiques.

Quelles étaient ces attitudes ?

Sur le système monétaire international, le grand silence. Les changes flottants sont un tabou pour ceux qui pourraient en parler et une énigme pour les autres.

Sur l'Euro, un clivage purement politique entre souverainistes et europhiles supra-nationaux. Aucune réflexion sur les conditions pratiques d'une union monétaire. Aucune discussion possible sur les dangers strictement économiques. Maurice Allais, qui avait tout de même quelques "credentials" sera marginalisé et injurié (notamment par Le Monde) pour ses positions alarmistes. Bernard Connolly, dont le International Herald tribune  du 18 novembre rappelle l'histoire (après avoir tu ses thèses pendant 15 ans), était un économiste de la CEE inquiet des dangers du projet d'Euro. Il écrira un livre terrible publié en Français chez Albin Michel : "l'Euro cœur pourri de l'Europe - La sale guerre de la monnaie européenne". Il sera jeté dehors sans ménagement avec même une enquête judiciaire aux basques qui heureusement ne donnera rien. Il deviendra un "prophète de malheur" (doom sayer)  écouté notamment par les "hedge funds" qui commenceront sous son impulsion à jouer l'éclatement de la zone euro dès 2005.  

Il est amusant rétrospectivement de voir comment ce livre a été accueilli en France. Citons Libération :

"Fonctionnaire de catégorie A4 (560.000 francs par an), il a même dirigé pendant six ans la petite équipe chargée du suivi du Système monétaire européen. Jusqu'au jour où il a décidé de faire un bon coup d'édition, en publiant la Sale Guerre de la monnaie européenne, un livre rageur et d'une parfaite mauvaise foi".

Critiquer de façon technique un projet européen ne peut être que le fruit des passions d'un riche renégat d'une parfaite mauvaise foi décidé à s'enrichir encore plus !

Sur la question française, la presse et l'opinion dominante criait "Vive l'impôt" jusqu'à s'époumoner. Tant qu'on aurait pas dépassé le taux de prélèvements du plus dépensier des pays nordiques, nous serions coupables de préjugé  anti-social. Et on allait tomber dans l'absurde politique de Jospin-DSK-Aubry de surimposition, de blocage juridique de la vie économique, de trente cinq heures payées 39, d'endettement acharné, de décentralisation à coûts débridés. Tout avertissement sur les conséquences était immédiatement contré par des adjectifs déplaisants : néolibéral, fasciste etc.

Les quinze ans passés n'ont fait que confirmer les conséquences lamentables de ce blocage intellectuel et de ce verrouillage idéologique.

L'entrée en jeu de la Chine va donner aux défauts du système des changes flottants et du dollar fou une ampleur inégalée et entraîner la crise de 2007-201x, la troisième "la plus grave depuis 1929" avec désormais, faute de politique adaptée, un vrai risque de dépression mondiale.  Mais la pensée est restée totalement bloquée et la presse muette. Il reste impossible de discuter d'une réforme sensée du système monétaire international. 

L'explosion maintenant entrée dans le champ des possibles de la zone Euro a fait voler en éclat tous les blocages à la réflexion. Tous ceux qui le veulent bien peuvent constater que les institutions et les règles du jeu telles qu'elles sont ne peuvent pas faire fonctionner à long terme une zone monétaire. 

Quant à la dette, et ses risques mortels, dans un pays qui n'a plus de politique économique propre, une administration gourmande, des politiques devenus une classe à part fonctionnant sur la dépense publique en symbiose avec le secteur public (qui se souvient que le Parlement avait pour but de contrôler les dépenses du pouvoir exécutif ?), qui doute désormais de la folie des politiques suivies depuis près de 40 ans ?   

Seule la crise grave est pédagogique. Il faut la souffrance des conséquences avérées pour allumer un début de réflexion.

Et peut être un moignon de réflexion aimerait-on ajouter. Las !  Sur le réforme du système monétaire international, c'est toujours le silence de plomb. Sur la réforme de l'Euroland, la réflexion est biaisée par l'idéologie européiste et par les dissensions diplomatiques au sein de l'Europe. Au lieu d'être centré sur les moyens, la bataille s'égare  ou dans l'idéologie ou dans la politicaillerie. En France, les élections présidentielles et les programmes qui s'esquissent montrent que les partis n'ont toujours rien compris. Coincés, entre impuissance intellectuelle et impuissance économique, les grands acteurs politiques enchaînent postures et impostures.

Conclusion : il faudra encore plus de désastres économiques pour que toutes les leçons soient tirées. Il a fallu attendre 1944 pour que les conséquences de la crise de 1929 soient tirées, et 1968 pour constater qu'elles avaient été totalement oubliées.   On peut enrager de constater qu'on recommence ce cycle infâme.

La politique du pire est la pire des politiques. Surtout lorsqu'elle est inconsciente.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Qui donc a voulu l'Euro ?

Alors que la zone Euro est désormais en sursis, le projet d'unification monétaire manque aujourd'hui de parrains motivés mais aussi de père. Alors qu'il était présenté naguère comme allant tellement de soi qu'il n'était même pas la peine d'en discuter le fondement, on voit maintenant les thuriféraires d'hier devenir les procureurs d'aujourd'hui, souvent avec la même absence d'arguments.

M. Slama dans le Figaro du jour (16.11.2011) stigmatise une erreur évidente parce qu'on aurait pas respecté les règles économiques pourtant si claires et si bien établies des "zones monétaires optimales".  Que ne l'avait-il pas dit avant ! 

Le destin des économistes de la monnaies est d'être récupérés par des ignares en économie, semble-t-il.  Après Tobin, c'est le tour de Mundell.

M. Slama ne sait sans doute pas que Mundell trouvait que les Etats-unis n'étaient pas une zone monétaire optimale, ce qui n'a pas empêché que le dollar y règne en maître depuis des lustres. Il sait sans doute encore moins qu'il était pour une monnaie unique mondiale !

La théorie des zones monétaires optimales  est en vérité sans grande portée. Comme nous l'avons écrit à plusieurs reprises sur ce blog, la monnaie unique est une opération politique et marginalement économique.  Mundell fait de ce préalable politique un élément de cet "optimum" introuvable.  En vérité la règle d'optimalité "spontanée" est quasiment tautologique : elle suppose le problème résolu : si ma tante etc.

Une zone monétaire ne peut certes réussir que sous conditions. La première est d'avoir une banque centrale qui s'occupe de la monnaie aussi bien du point de vue de sa valeur interne que de celui de sa valeur externe. La seconde est une unification ou au moins une coordination très forte des politiques économiques de la zone. La troisième est l'existence d'instruments collectifs d'intervention en cas de difficultés. On peut ajouter un tarif extérieur commun pour assurer la cohésion prioritaire de la zone et le rattrapage des différences de niveaux de vie. Et il vaut mieux que le système monétaire international soit de type "changes fixes et ajustables".

Ce n'est pas tant le fait qu'on ait créé une zone monétaire qui est problématique. C'est de l'avoir fait sans mettre en place les institutions et les instruments correspondants.  La BCE a comme seul objectif de maintenir la valeur interne de l'euro en terme de pouvoir d'achat. Les états ont interdiction formelle d'emprunter auprès de la BCE. Il n'y a pas de coordination du contrôle et du pilotage économique, en dépit d'Ecofin et de M. Juncker. Il n'y a pas d'Eurobonds, chaque état étant responsable seul de sa dette.  Nous vivons globalement dans un système de changes flottants. Les droits de douane ont été pratiquement supprimés unilatéralement avec les pays hors zone. La liberté de mouvements des capitaux est totale. Cela ne peut pas marcher durablement.

Au lieu d'attaquer ces questions de front, les gouvernants de l'Euroland ne pensent qu'à "rassurer les marchés". Il vaudrait mieux leur faire peur. Si la BCE avait le pouvoir de créer autant de monnaie qu'il est nécessaire pour faire baisser les coûts d'emprunts des états attaqués, la spéculation s'écarterait immédiatement des marchés publics obligataires.  Elle serait sûre de perdre. La preuve ? La Livre anglaise n'est pas attaquée alors que les fondamentaux du Royaume Unis sont tragiques et que le succès du coup de massue du gouvernement conservateur se traduit surtout par un risque de récession aggravée.  Tout le monde craint Mervyn King, le gouverneur de la Banque d'Angleterre,  qui peut lâcher les chiens quand il veut autant qu'il veut pour contrer toute attaque. Dans l'autre sens on a vu la Banque centrale helvétique se déchaîner pour faire baisser le cours du franc suisse et réussir son coup à contrecourant des marchés. D'accord c'est un trader de l'UBS qui a dégusté ! Les marchés savent retenir des leçons à plusieurs milliards de dollars (d'euros ou de francs suisses) de pertes.
 
Au lieu de discuter de ces questions fondamentales on s'acharne désormais sur ce qu'on avait adoré. Pour le lecteur la situation devient comique. L'un dit : "salauds d'Allemands : l'Euro c'est eux qui l'ont voulu réalisant le rêve d'Hitler". L'autre réplique : "c'est cet idiot de Mitterrand dont les connaissances économiques ont toujours été un peu juste qui a imposé l'Euro pour donner son autorisation à l'unité retrouvé de la nation allemande".

Comme si le projet d'union économique et monétaire datait de ces 20 dernières années !  Qui se souvient que le projet "d'union économique et monétaire" (c'est nous qui soulignons), date du 2 décembre 1969, par des décisions des pays membres de la CEE réunis à la Haye.  Que l'on sache, ni Mitterrand ni Kohl n'étaient aux affaires. Il faudra trente ans pour le faire passer dans les faits.

Voici l'article 8 du communiqué final :
 
" 8. Ils [les chefs d'état européens ]ont réaffirmé leur volonté de faire progresser plus rapidement le développement ultérieur nécessaire au renforcement de la Communauté et à son développement en une union économique. Ils sont d'avis que le processus d'intégration doit aboutir à une Communauté de stabilité et de croissance. Dans ce but, ils sont convenus qu'au sein du Conseil, sur la base du mémorandum présenté par la Commission le 12 février 1969, et en étroite collaboration avec cette dernière, un plan par étapes sera élaboré au cours de l'année 1970 en vue de la création d'une union économique et monétaire.  Le développement de la coopération monétaire devrait s'appuyer sur l'harmonisation des politiques économiques.  Ils sont convenus de faire examiner la possibilité d'instituer un fonds de réserve européen auquel devrait aboutir une politique économique et monétaire commune".

On s'appuie sur le "plan Barre", qui explicite  les mécanismes de la "convergence des politiques économiques et la coordination des politiques monétaires".  Le 6 mars 1970 on créé un groupe de travail pour élaborer un programme de réalisation du plan Barre. Le 8 octobre 1970 voit la remise du rapport final du Groupe Werner. On y propose : "une union monétaire caractérisée par la convertibilité totale et irréversible  des monnaies, l'élimination des marges de fluctuations, la fixation irrévocable des parités". La monnaie unique est considérée comme l'option préférable. Le rapport peut être lu ici (http://ec.europa.eu/economy_finance/emu_history/documentation/chapter5/19701008fr072realunionecomon.pdf).

On y trouve cette phrase qui, aujourd'hui, prend un air tout à fait épatant :
"L'union économique et monétaire permettra de réaliser une zone à l'intérieur de laquelle les biens et les services, les personnes et les capitaux circuleront librement et sans distorsions de concurrence, sans pour autant  engendrer des déséquilibres structurels ou régionaux. La mise en œuvre d'une telle union améliorera de façon durable le bien-être dans la Communauté et renforcera la contribution de cette dernière à l'équilibre économique et monétaire du monde."

On constatera que le rapport ne met pas véritablement en garde sur les conditions du succès d'une union monétaire. Il affirme qu'il apportera le bonheur. Les raisons techniques  invoquées pour progresser sur cette voie sont très légères : l'interpénétration des économies et la gestion des politiques communes rendent possible et souhaitable l'union monétaire.
 

On retrouve ici le caractère d'acte de foi ou de pur slogan comme on voudra de la création d'une zone monétaire européenne. On doit la faire parce qu'il le faut. Il le faut parce que c'est un progrès "décisif" sur la voie de l'intégration.  L'intendance suivra. L'orientation générale est politique, plus économique. On considère l'économique comme le levier de l'union politique.


Pas de chance, les allemands las des excès américains  déclenchent en 71  les manœuvres qui aboutiront à l'inconvertibilité du dollar en or et au flottement généralisé des monnaies.

 
Il devient pratiquement impossible de mettre en œuvre un ilot de fixité dans un océan de flexibilité. Personne ne le voit dans les instances européennes. Au contraire on considère qu'il est d'autant plus important de créer un bloc fixe que le reste du monde devient flexible. Il s'agit ici encore d'une croyance, ou d'un postulat.  Elle n'est fondée sur aucune analyse économique sérieuse.  Le rapport Marjolin plaide pour la construction de l'union monétaire à l'horizon 1980 en dépit des difficultés posées par les changes flottants.


Il est vrai que le "serpent monétaire" mis en place à la suite du rapport Werner passe son temps à exploser. Les Allemands pendant toute la période considèrent qu'il appartient aux pays en difficulté de faire les efforts nécessaires pour recoller au peloton. Déjà. Ce sont exactement les mêmes considérants qu'aujourd'hui. Sans en changer une virgule.


Et pourtant Valéry Giscard, devenu Président,  va convaincre Helmut Schmidt de créer le SME, premier pas vers Maastricht. 
Pourquoi ? La réponse est donnée par Jacques van Ypersele  : "Le soutien accordé par le chancelier Schmidt à la création du SME fut partiellement motivé par son désir d'atténuer l'impact de la faiblesse du dollar en étalant sur une zone monétaire plus large ".


Le bon Helmut voit d'abord l'intérêt allemand.


Toute la contradiction des positions d'Angela Merkel est déjà présente à la fin des années 70.  Les Allemands sont prêts à une union monétaire à la condition que "les pays du club med" se comportent comme des Allemands et font les efforts nécessaires. L'Allemagne ne sera plus en butte aux dévaluation compétitives de la France et de l'Italie. Et la nouvelle monnaie sera moins forte que n'aurait été le DM qui cessera de ce fait d'être constamment enquiquiné par des apports de capitaux cherchant la sécurité. En un mot, les Allemands veulent le beurre et l'argent du beurre : une monnaie suffisamment faible pour exporter dans le monde entier et des partenaires suffisamment raisonnables pour que la supériorité industrielle allemande puisse s'exercer pleinement en Europe sans qu'ils dévaluent.


Heureux allemands qui disposent d'un Chancelier qui fait ses comptes et caresse des arrières pensées.  Giscard n'a jamais expliqué pourquoi l'Euro serait favorable aux français. Il l'a décrété. On attend toujours la justification pratique de l'intérêt français.


La terrible stagflation des années 70 a conduit les gouvernants français et européens à comprendre que la stabilité des prix et la modération des salaires était nécessaire.  Giscard n'a pas de véritable dessein pour la France dans l'affaire du SME, sinon l'idée que la France doit jouer un rôle pilote dans la construction européenne. Se débarrasser du risque d'être jugé sur un Franc toujours sous la menace d'une dévaluation a certainement joué.


La crise de 1992 a failli tout faire capoter. La chute de l'URSS et l'élargissement de l'Europe à de nouveaux pays poseront de nouvelles questions.  Mais jamais le projet d'union économique et monétaire ne sera abandonné. Il sera mis en œuvre en 1999.


La crise de 2007- 201x va faire éclater toutes ses faiblesses structurelles et l'inconscience  des différents dirigeants devant les contraintes réelles d'une monnaie unique dans un monde de changes flottants et sans remplir aucune des conditions que nous avons rappelées au début de cet article.


Les fédéralistes européens comme Delors ont considéré que les avertissements techniques n'avaient pas leur place devant l'énormité grandiose de la tâche à accomplir : faire naître  les Etats-Unis d'Europe en réduisant les réticences des peuples,  en créant des états de fait successifs. En un mot ils ont repris la méthode Monnet consistant à constamment mettre la charrue avant les bœufs. Il serait bien temps lors que la charrue serait trop piétinée de faire les sauts institutionnels supplémentaires. L'article récent de Joschka Fischer exigeant le passage au fédéralisme maintenant est typique de la démarche des europhiles absolus, qu'ils soient allemands ou français.


On comprend leur panique devant la demande de referendum de Papandréou et leur soulagement de voir  la nomination rapide en Grèce et en Italie d'eurocrates pur jus.  L'Europe a toujours eu une horreur absolue du peuple et M. Giscard amuse son monde en prétendant fort hypocritement dans un article récent  que le referendum grec  aurait du être mené à son terme et que les Grecs auraient voté OUI pour une austérité phénoménale.


Les gouvernements du "sud" découvre le piège allemand. Face au mercantilisme allemand et à la spéculation sur leur dette ils n'ont que le choix de la déflation ou de la faillite. Cela vaut naturellement pour la France.


Et les Allemands découvrent que l'avantage qu'ils ont réussi à obtenir n'est durable que si l'Euro n'éclate pas car sinon le DM repartira vers les sommets avec un double effet : la perte d'une partie de ses positions fondamentales en Europe et une perte de compétitivité très forte dans le monde malgré ses décentralisations en Mittel Europa.  Sans compter sur les effets dépressionnistes de l'éclatement de la zone Europe sur l'économie mondiale.


Tout le monde est donc coincé y compris les Etats-Unis, le Japon et la Chine qui seraient gravement touchés par un effondrement de l'Euroland.

  
La solution "organisée"  passe obligatoirement par la recréation d'un système monétaire international basé sur des changes fixes et ajustables, dont la monnaie étalon ne serait plus le dollar et, en Europe, par l'élimination des possibilités de spéculation sur les dettes souveraines  et l'abandon de certaines créances irrécouvrables sur les pays les plus mal lotis, pour y limiter l'ajustement par la déflation.


Sinon les réalités étant plus fortes que les petits calculs, on aura l'explosion de la zone euro, une revalorisation massive du nouveau Mark,  l'effondrement du commerce international, la ruine des créanciers en dollars (mais oui messieurs les Chinois et les Japonais), des dévaluations massives en France et partout ailleurs avec une faillite avérée du système bancaire international  et la perte de l'épargne mondiale.  


Epatant, non ?


Quatre ans déjà que nous répétons cette  antienne, pardons pour cette antiphoné (respectons le grec sinon la Grèce !).  Mais qui avait raison ?


La question du bien fondé de l'Euro, des conditions de son sauvetage, des réformes nécessaires à sa poursuite devrait être au cœur de la campagne électorale présidentielle française. 


Souhaitons qu'on ne se contente pas des vaticinations (contre) et des prêches (pour) habituels. Il faut être un peu plus précis que cela.  L'Euro est actuellement un objet politique fort et un objet économique faible.  On peut légitimement défendre l'Euro pour des raisons politiques sensées  et même enthousiasmantes. Mais il faut alors en faire une réalité économique solide, comprendre comment, formuler et assumer les réformes indispensables.


Si l'Euro devait exploser juste avant la date de l'élection du président français, que resterait-il de MM. Sarkozy et Hollande ?


Il serait bon également de dire à M. Joschka Fischer que le saut vers le fédéralisme total n'est pas la solution, mais qu' il faut parvenir à un nouveau Bretton Woods,  une nouvelle définition des rôles et moyens de la BCE, et la fin du mercantilisme unilatéral allemand.


Karl Peiper pour le Cercle des économistes e-toile

De la nature monétaire de la crise

Il n'y a qu'une seule crise, depuis 2007 et elle est d'origine monétaire. Cette thèse nous la défendons depuis que ce blog est né.

Nous étions tellement effaré du manque de connaissance en matière de monnaie que nous avons totalement réécrit l'article Monnaie de Wikipedia pour qu'au moins les personnes qui seraient tentées de comprendre ces questions puissent le faire. A ce qu'il semble cet article a été lu en moyenne 25.000 fois par fois depuis 4 ans. On ne doit pas être loin du million de lecteurs. La pédagogie est nécessaire.

Elle ne suffit pas. Il fallait mettre avec soi la force des évènements. Démontrer au gré de l'histoire qui se fait que si on ne corrige pas les défauts moéntaires qui accablent notre époque, aucune solution ne serait trouvée.

Nos idées progressent non pas pas leur force intrinsèque mais par le poids des désastres successifs.  Le magazine l'Express titre cette semaine sur la crise de "2007-2011", alors que les journaux faisaient jusqu'ici partir la crise de la chute de Lehman-Brothers.  Les Etats-Unis se fâchent contre les cours trop bas de la monnaie chinoise. Après que la Suisse ait pris des mesures jamais vues pour enrayer la hausse du franc suisse.  Les pays émergents se retrouvent avec des parités de monnaies qui risquent de devenir défavorables si le cours de l'Euro s'effondre et protestent.  L'Euro est en première ligne avec des affirmations continuelles dans tous les medias sur la certitude de son éclatement.

La monnaie est bien aujourd'hui au coeur des débats.

Le glissement d'opinion le plus spectaculaire touche en effet la construction de l'Euro : tout le monde réalise soudain qu'une banque centrale vertueuse qui prive les états de son secours direct les met en situation de dépendance absolue des "marchés". Il suffit de faire monter les taux d'intérêt sur le marché secondaire des dettes souveraines pour mettre tout l'édifice en difficulté.  Les Etats sont totalement impuissants à faire face. La dette souveraine étant dans la pratique constamment renouvelée, bloquer le renouvellement revient à bloquer le pays. Il faudrait alors une solidarité considérable des pays pour contourner la difficulté. Mais justement elle est inexistante ou faible comme on voudra. Une zone de monnaie unique est une affaire ultra contraignante qui ne peut marcher sans au moins trois ingrédients :

- une structure centrale forte, disposant d'une puissance d'emprunt centralisé, en un mot un trésor public et une poids directif dans la conduite des politiques économiques et budgétaires des membres, en un mot un directoire économique.
- un banque centrale accommodante capable de soutenir financièrement les Etats
- une solidarité sans faille des pays membres.

On a privé les nations des moyens de faire face à certaines situations graves sans rien créer en compensation.

Toute ces considérations ont été inlassablement répétées  lors du débat sur Maastricht par des techniciens mais également par des politiques.  Elles ont toujours et perpétuellement rejetées d'un simple revers de la main. La socialiste Guigou, par exemple, exécutait cette figure de style avec beaucoup de naturel. Il manquait juste l'éventail.  L'Euro était bon en soi ; le fait d'être arrimé à l'Allemagne serait une garantie ; les règles de sérieux finiront le travail. Tout se passera bien.  Les nations de l'Euroland constatent aujourd'hui qu'elles ont été mises dans la dépendance des banques internationales et qu'elles n'ont de voie de sortie qu'un long purgatoire récessionniste et déflationniste dont on ne voit pas le bout.

Un souvenir personnel : lors de la campagne de Maastricht la station de télévision  FR3 interview une dame âgée dans le jardin du Luxembourg. "Pourquoi voulez -vous que je vote pour une affaire où je ne comprends rien".  Vieille dame indigne ! L'ennui c'est que les promoteurs eux-mêmes de Maastricht ne comprenaient rien et criaient "l'euro, l'euro, l'euro" comme des cabris sans jamais entrer dans une quelconque réflexion.  Les spécialistes du complot évoquent aujourd'hui de sombres  arrières pensées. L'idée du complot n'est pas nécessaire. La simple inconscience suffit. 

On dira : la situation progresse. Pour l'Euro on sait désormais à quoi s'en tenir. D'accord les conditions d'une véritable novation dans la gestion de la zone euro ne sont pas réunies. D'accord les peuples risquent de payer très cher cette paralysie. Mais au moins on sait ; le débat est sur la place public. Que l'on aille vers un éclatement de la zone ou vers son renforcement, la question du rôle d'une banque centrale est maintenant au cœur des discussions.  La gestion de la monnaie est devenue une variable critique fondamentalement politique.

En revanche il n'en ait pas de même du tout pour le second aspect de la crise monétaire : les défauts du système monétaire international. C'est lui le plus important. Nous croyons avoir démontré que c'est lui et lui seul qui est la cause de la crise majeure que nous traversons. Là, nous sommes dans le silence. Même pas dans le déni. Dans la "pensée zéro" comme dirait Emmanuel Todd. 

La "communauté internationale", disons le G.20, est strictement incapable de porter publiquement un diagnostic et d'annoncer des réformes. La presse internationale est muette ; la presse française inexistante sur le sujet.

S'il y a bien une évidence qui s'impose en ces temps de folie, c'est bien que la monnaie n'est pas une "marchandise comme les autres".  Le système américain fondé sur un dollar monnaie mondiale dont on abuse par "benign neglect" est à bout de course. Le mercantilisme chinois ne peut plus guère durer. La crise immobilière spéculative déclenchée par le relâchement à contre temps de la politique monétaire intérieure a explosé, provoquant des baisses de prix sur le marché immobilier de près de 30%.  Le commerce international ne parvient pas à reprendre sur des bases continues et saines.

Le G.20 de Cannes a été comme prévu un non évènement.

Toutes les conditions d'une relance de la crise sont donc réunies et cette fois ci c'est la dépression qui est au bout.

Il est navrant qu'il faille s'appuyer sur la pédagogie du désastre pour faire comprendre les faits économiques les plus simples. 

L'Euro tel qu'il est construit ne peut pas fonctionner durablement sans entraîner les peuples dans une spirale déflationniste et malthusienne intolérable.

Le système de changes international basé sur la liberté absolue des mouvements de capitaux et les changes flottants ne fonctionne pas n'a jamais fonctionné et ne fonctionnera jamais.

La crise étant d'essence monétaire ne pourra être surmontée que par des réorganisations monétaires fondamentales. Force est de constater que si la prise de conscience progresse on est encore loin du but.

Continuons le combat ! Après tout nous ne l'avons commencé publiquement qu'en 1997, presque rien quand on considère les enjeux…

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Mairie de Paris : pillages et gaspillages

Nous avions déjà sur ce blog critiqué les "folies Delanoë" (voir http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/10/24/Comment-nos-impts-augmentent-massivement--lexemple-de-Paris) en notant que les effectifs étaient passés de "40 à 43.000" sans aucune nécessité" (aujourd'hui, trois ans à peine après, nous en sommes à 50.000 !), que l'augmentation des dépenses avaient été catastrophiques, que la hausse des prélèvements en pleine crise était irresponsable.  Nous y voyions l'exemple le plus caricatural des débordements budgétaires d'une collectivité locale importante.

Le livre de Dominique Foing, "Comptes et légendes de Paris", "Bilan de la gestion Delanoë",  chez Denoël, dont nous conseillons à tous la lecture urgente, va bien au-delà de ces constats faits à la volée. On découvre une gestion cataclysmique et une communication efficace mais basée entièrement sur le mensonge et l'esbroufe.

Le caractère terrible du livre de Foing est qu'il n'est en aucun cas polémique : on prend les promesses affichées, les justifications avancées, les annonces faites. On les compare avec la réalité. On tombe de haut. De très haut ! Il ne s'agit plus d'un simple écart entre objectifs et réalité. Piloter une ville est difficile. Il est normal qu'entre le programme annoncé et les réalisations sur le terrain il y ait quelques divergences. Elles sont telles qu'on peut parler ici de moquerie pour ne pas dire d'escroquerie vis à vis des Parisiens.

Nous n'extrairons que quelques exemples, renvoyant les lecteurs à l'ouvrage lui-même qui fourmille de détails plus accablants les uns que les autres.

"Depuis qu'il est élu, Bertrand Delanoë fait exploser les dépenses municipales".  Les chiffres sont donnés avec précision : 44,45% de hausse ! Pendant ce temps-là le PIB national a stagné. A ceux qui se demandent comment des pays comme la Grèce ont pu tomber dans le piège de la dette impossible à rembourser, il suffit de regarder le comportement d'un politicien comme ce Monsieur Delanoë. On dépense ; on dépense; on ne cesse de dépenser.

On a vu que les effectifs de la ville déjà considérés comme pléthoriques se sont accrus massivement.  Alors que le nombre d'habitants n'a pas varié sensiblement. 

A la tête de la municipalité un véritable "spoil-system" a été mis en place. Tous les cadres dirigeants ont été changés. "Tous les directeurs centraux sont remplacés. 22 sur 23 des directeurs de société d'économie mixte le sont également". Les nouveaux venus se sont vus attribuer des rémunérations inespérées. Elles sont si grasses que malgré son affichage de transparence le Maire refuse de donner tous les éléments qui permettraient de savoir qui a été "servi" sans vergogne au plus haut de la pyramide de la mairie. 

Sans surprise "le produit fiscal collecté sur les contribuables parisiens est passé de 1.7 milliards d'Euros au budget 2001 à 2.5 milliards au budget 2008 soit 47% d'augmentation". Et cela n'a pas arrêté depuis puisqu'on va dépasser les 3,1 milliards pour 2011. Pourquoi se gêner ?

Il suffit d'affirmer qu'on n'a pas augmenté les impôts et qu'ils restent les plus bas de France pour que le forfait soit accompli sans conséquences électorales.

En vérité la hausse des impôts sur les ménages parisiens a été de 70% entre 2001 et 2011 ! Que le ménage qui a vu son revenu augmenter dans la même proportion lève le doigt il n'a rien perdu à venir à Paris.  A part les copains de M. Delanoë grassement augmentés, on peut craindre qu'on n'en trouve aucun. Delanoë a fait plus perdre de pouvoir d’achat aux Parisiens que la crise ! 

Si on s'en tient aux seules dépenses de fonctionnement elles ont cru de 2 milliards d'euros en 10 ans !  Il s'agit bien de folie furieuse dans la dépense irresponsable.

La dette, faible à l'arrivée du nouveau maire, s'est accrue également d'un milliard d'euros. Une fois encore pourquoi se gêner ?

Faire valser les milliards pris dans la poche des administrés n'est-ce pas la preuve du plus grand dynamisme ? "Et je ne m'excuse pas" dit Bertrand Delanoë.

Si on ajoute l'absentéisme, trois fois supérieur à celui des personnels des entreprises privées parisiennes, aux jours non travaillés pour mille et une raisons, "un employé de la mairie travaille en moyenne un jour sur deux !"

Arrêtons-nous là : nous avons l'exemple même d'une gabegie totalement débridée. Rappelons qu'elle s'est développée en plein marasme général et dans la stagnation et la crise économique.

Tout cela pour quoi ?

Le lecteur trouvera tout le détail sur les improvisations, les erreurs, les légèretés coupables qui émaillent  le parcours de B. Delanoë. 

Investissements culturels aberrants et déficitaires.

Opération de rénovation des halles tournant au délire et à la spoliation des Parisiens.

Politique de "mixité sociale" fleurant bon le ridicule. Le dernier exemple qui ne figure pas dans le livre est de transformer à prix d’or l'immeuble de la marine situé en plein cœur de Montparnasse en refuge pour ex taulards et SDF de tout poil.

A coûts de centaines de millions d'euros on fabrique des appartements labellisés "sociaux" en maintenant dans les lieux les anciens locataires qui profitent du coup d'un loyer modéré ! 

Le blocage de la circulation à Paris continue bon train avec l'élimination des voies sur berge, un projet  tragiquement malthusien. 

Et voici notre Maire saisi de la maladie de la pierre à la George Frèche de si belle mémoire !  A nous les nouvelles tours, les projets extravagants.

Pendant ce temps-là le promeneur habituel dans Paris n'aura pas beaucoup de mal à confirmer que Paris est devenu une des villes européennes les plus sales.

Le citoyen s'inquiétera de constater que tous les indicateurs qui pouvaient donner une idée des résultats tangibles des politiques menées ont été peu à peu supprimés.  L'auteur en donne la longue liste. Le "baromètre propreté est abandonné dès 2008".  Le "bilan des déplacements" est arrêté la même année.  Etc. Etc. Etc.

Il ne reste que les "éléments de langage" qui sont en général autant de trompe-couillons qui ne résistent pas aux plus petites vérifications.
 
La nuée de parasites qui s'agitent autour de la mairie centrale et des mairies d'arrondissement n'a jamais été aussi vibrionnante. Jamais le clientélisme n'a été poussé aussi loin. L'information sur les subventions est carrément inexploitable. L'argent part on ne sait où. Mais il n'est pas perdu pour tout le monde.

Le plus accablant est que cette gestion proprement ahurissante n'est pratiquement pas dénoncée par l'opposition, qui dans le genre "taiseux" est plus que remarquable. Les media font silence. Il est plus que significatif de voir que le livre de Dominique Foing est pratiquement passé sous silence dans la presse et les médias, voire même les librairies. L'information en France est tenue par dix personnes.  Elles soutiennent Delanoë comme précédemment DSK et elles le feront jusqu'à ce que décidemment ce ne soit plus possible.

Le bon peuple est tenu d'accepter cette gabegie insensée. On viendra nous expliquer que faire des réformes est inutile et des économies impossible : voudriez- vous supprimer policiers et infirmières ! Il n'y a pas de policiers ni d'infirmières dans le budget massivement augmenté de la Mairie de Paris.

Avoir commis ce pillage et ces gaspillages ou les avoir laissés faire sont le signe d'une forme d'effondrement moral et politique français.

Que faire ?

Il faut passer une camisole de force aux petits potentats médiocres qui comme ce Monsieur Delanoë ont appauvri leurs administrés et endetté leur collectivité locale dans des proportions aussi indécentes.  

La décentralisation ne peut pas servir à quelques satrapes sans honte ni scrupules de dépenser autant, de gérer aussi mal des effectifs pléthoriques constamment gonflés, de servir des rémunérations si élevées à tant de petits marquis incompétents, de piloter si mal tant de projets mal inspirés, et d'endetter in fine la France entière. 

Au moment où la France titube sur le bord du précipice de la dépense publique et de la dette, le comportement du maire actuel de Paris doit servir de repoussoir.

Ce genre de dérive n'est plus admissible. Il faut légiférer pour empêcher que cela ne se reproduise, avec de lourdes sanctions pénales pour ceux qui seraient tentés de passer outre, dont l’inéligibilité à vie. 

L’exemple de Paris est loin d’être le seul. Un rapport récent du Ministère du Budget rappelle que les collectivités locales auraient créé 262.000 postes entre 2002 et 2009. En vérité depuis 1981 on a dépassé allègrement le million de fonctionnaires locaux supplémentaires. La loi de Parkinson joue à plein, crise ou pas crise. On a substitué sans vergogne des emplois de fonctionnaires aux emplois industriels.

Le plus dramatique est la manière dont la presse rend compte de ces débordements tragiques qui font de la France le pays où il y a le plus de fonctionnaires ou assimilés par rapport à la population active et le moins de salariés dans les activités productives.

Nous n’en donnerons qu’un exemple pris cette fois-ci dans la presse régionale, en l’occurrence Ouest France (du vendredi 4 novembre 2011). Le journal est, comme chacun sait, de tendance socialiste et chrétienne-démocrate.  Donc il faut défendre la dépense publique et s’agissant de la presse locale, très proche du socialisme municipal, la dépense des collectivités locales. On cite donc un Jacques Pallissard, président de l’association des maires de France, UMP, ainsi qu’un Laignel, vice-président, PS, qui expliquent que les collectivités locales sont « exemplaires ». L’argument clef : « 262.000 postes en 7 ans ça fait 37.500 par an, un par collectivité, toutes tailles et toutes catégories confondues ». Nous sommes le pays au monde qui a le plus de collectivités locales et donc les plus petites. Des milliers d’entre elles n’ont pas 1000 âmes.

Le vice sert à justifier le vice.

En vérité la France ne devrait pas avoir plus de 6.000 collectivités locales pour être efficace et aux ratios habituels. Mais, comme le rappelle opportunément le Canard enchaîné de la même semaine, les regroupements de communes ont été souvent l’occasion de multiplier les postes de fonctionnaires et d’élus rémunérés au lieu de les réduire, avec dans des villes moyennes comme Rouen des dizaines de vice-présidents grassement défrayés, équipés, transportés et aérés dans des voyages d’études sympathiques,  et dont la plupart cumule leur fonction avec des présidences de sociétés d’économie mixte.
 
On voit donc que s’est établi en France une espèce de complicité entre média, fonctionnaires et élus  (de tous bords politiques) pour que rien ne change et que le maximum de parasites se servent sur la bête, indéfiniment, dans un « toujours plus » mortifère.

Casser cette connivence est une priorité nationale. 

Alors que les présidentiables préparent leur programme, qu'ils se rappellent qu'il faut créer la règle d'or suivante pour les collectivités locales : pas de croissance des dépenses supérieures à la croissance générale. Toute exception, dans le cadre d'une enveloppe nationale maximale, devra être votée par le parlement, dont les députés devront être empêchés naturellement de cumuler emplois nationaux, régionaux et locaux. 

Même si ce sont les dépenses de sécurité sociale qui, nationalement, poussent le plus aux déficits et aux dérives de l'endettement, nos bobos soixante-huitards reportant sur les générations futures le paiement de leurs bobos, il n'y a aucune raison de laisser le champ libre aux excès démagogiques ou simplement délirants des collectivités locales ou territoriales.

 

Sylvain Dieudonné

Demos et Economos sont dans un bateau. Economos tombe à l'eau…

Demos et Economos sont dans un bateau.  Economos tombe à l'eau…

…et il faut se pincer pour éviter de rire aux éclats au spectacle des  Dieux du G.20  constatant avec horreur que Demos risque de se retrouver seul avec le bateau (le plus drôle étant qu'un certain Papademos tient désormais la barre à Athènes en remplacement de Papandréou !).
 
L'épisode de la menace d'en appeler à un referendum populaire  proférée par l'ancien chef du gouvernement socialiste grec, devant l'impossibilité d'accepter sans autre forme de procès les pressions déflationnistes de plus en plus pressantes  de la "troïka" formée par le FMI, la Commission Européenne et la Banque Centrale Européenne, restera un temps fort de la "chronique d'un désastre annoncé" que nous tenons maintenant depuis bientôt cinq ans.

Rappelons que le mot troïka a été utilisé par Staline pour qualifier les groupes de trois apparatchiks envoyés avec pouvoir de vie et de mort dans les campagnes ukrainiennes pour mettre au pas les "koulaks". Une famine atroce et  5 millions de morts plus tard, le mot troïka avait perdu un peu de son charme.
 
Rappelons aussi le plan en 15 points dont on parle :

1.    Coupes dans les effectifs – saisonniers ou fixes – dans toutes les administrations, y compris les enseignants.
2.    Etendre le chômage technique à l'ensemble du secteur public et application immédiate du système.
3.    Egalisation de la taxe sur le fuel domestique sur celle du gas-oil.
4.    Permettre la retenue sur salaire de l'impôt de solidarité destiné à financer les caisses de chômage.
5.    Baisse des retraites pour les marins et les anciens employés de l'opérateur téléphonique OTE.
6.    Suppression des subventions à la Poste pour la distribution de la presse.
7.    Nouveau cadre juridique dans le secteur public pour réduire les indemnités de départ et les heures supplémentaires.
8.    Gel des retraites primaires et complémentaires jusqu'en 2015.
9.    Augmentation des amendes pour les constructions illégales.
10.    Fusion ou fermeture de 35 agences d'Etat.
11.    Fusion ou fermeture de 10 autres structures: agence nationale de la jeunesse, organisme de télévision publique, société de l'immobilier public, société des biens immobiliers touristique, etc.
12.    Recensement des biens mobiliers et immobiliers sous le contrôle de l'Etat.
13.    Recenser tous les avantages sociaux et prestations de santé; signature de négociations collectives dans 16 hôpitaux privés ; signature de contrats entre hôpitaux privés et publics pour la locations de lits.
14.    Nouvelle loi pour réduire les retraites agricoles.
15.    Réduire les prix des médicaments en passant des accords avec les laboratoires pharmaceutiques.
16.   
Ce plan, sorte de bric-à-brac de mesures diverses à l'impact économique incertain et d'ailleurs non chiffré mais politiquement ultra sensible, est typique des actions moralisatrices du FMI qui lui ont valu la réputation flatteuse que cette institution connait dans la plupart des pays où elle est intervenue. En fait on affiche des aspects du clientélisme politique particulièrement honteux  et on demande une action immédiate.  L'aspect économique est secondaire. 

Que le chef de la majorité politique du pays ait voulu se dédouaner d'un plan aussi connoté n'est pas tellement surprenant. La manœuvre est légèrement narcissique : assumez, vous, puisque vous me faites la leçon si bruyamment ! Moi je me retire sur l'Aventin ou plutôt sur le Mont Philippapou, restons local.  "Je serai le recours. Celui qui n'a pas eu peur du peuple". A quelqu'un d'autre de subir la honte d'avoir à démonter 50 ans de bricolages politiciens de bas étages.

La seconde victime de ce happening à la grecque aura été le G.20 de Cannes. Là aussi on était dans l'affichage et le bricolage géo-politicien. Il fallait masquer le sentiment qui domine : chacun pour soi les Dieux de l'Olympe (ou d'ailleurs)  pour tous. Toujours aucun diagnostic avoué de la crise. Toujours aucune solution organisée. Seulement, à prix d'or, des débats totalement stériles tant les positions de force des pouvoirs de fait l'emportent sur la réflexion économique élémentaire.  Depuis le premier G.20 la crise n'a pas cessé de s'approfondir au milieu des déclarations ronflantes censées prouver la parfaite maîtrise des dirigeants. On reste sur le même schéma de pur affichage.

La semaine flamboyante ne pouvait se terminer sans un dernier effort.  On a donc vu M. Sarkozy annonçer, à la veille d'une élection, un plan Fillon qui comme le Canada Dry, se doit d'être un plan Juppé avec le goût d'un plan Juppé, l'effet d'un plan Juppé mais sans être un plan Juppé modèle 1995. 

Rappelons que M. Juppé, deux ans après la récession de 93,  avait assommé le pays d'un tel coup de gourdin fiscal, qu'il y avait provoqué une récession sui generis en 1996 et …fait perdre les élections suivantes, provoquant cinq années de cohabitation  entre MM. Chirac et Jospin.

Comme toujours avec M. Sarkozy, les préoccupations électorales et d'amour propre l'ont emporté sur tout le reste. Jamais un candidat n'a été si bas dans les sondages à la veille d'un scrutin présidentiel. Sa seule carte est de jouer la "responsabilité et le courage " contre "l'irresponsabilité socialiste traditionnelle". C'est un gambit politique de belle ampleur façon Papandréou. S'il tombe ce sera en "père la rigueur" maître de l'intérêt général français. S'il ne tombe pas, il est maître des lieux pour cinq ans.

Le plan Fillon, c'et vrai,  essaie de tenir compte de l'expérience Juppé. On n'y va pas "droit dans ses bottes". On finasse. On contourne. On cherche à conserver des "éléments de langage".  Démos est si fragile et son ouïe est si délicate ! 

Quels sont les éléments du plan d'équilibre des finances publiques, présenté lundi 7 novembre par François Fillon ? Il prévoit "7,9 milliards d'euros de hausses d'impôts supplémentaires en 2013, dont 5 milliards pèseront sur les ménages de façon directe et 6,8 milliards au total, en intégrant l'effet indirect sur les consommateurs du relèvement des taux réduits de TVA."

Ces dispositions s'ajoutent aux mesures prises précédemment, notamment lors du premier "virage-de-la-rigueur-qui-n'était-pas-un-virage-de-la-rigueur" de juillet 2011. 
1) "La mesure qui rapporte le plus, est le gel en 2012 et 2013 du barème de l'impôt sur le revenu (IR), et partant de celui de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), et des donations et successions. Ce gel rapportera 3,4 milliards d'euros en année pleine".

Il s'agit d'une hausse d'impôts déguisée puisqu'on ne tient pas compte de l'inflation. On taxe à l'impôt progressif un revenu nominal dans la réalité inexistant.  Les 10% des ménages les plus aisés paieront 90% de la facture.  Si la mesure est maintenue alors que la planche à billets déclenche une inflation forte, ce sera du vol pur et simple. Notons que l'ISF n'est pas ajusté à l'inflation et que ce type de vol y est pratiqué de façon régulière. 

2).Le relèvement de la TVA à taux réduit de 5,5 % à 7 %  sur tous les produits, "à l'exception des seuls produits de première nécessité  (produits alimentaires, abonnements au gaz et à l'électricité ainsi qu'à des réseaux de fournitures d'énergie, équipements et services à destination des personnes handicapées), rapportera 1,8 milliard en année pleine. Le nouveau taux de 7 % s'appliquera au secteur de l'hôtellerie-restauration mais aussi à la restauration rapide".

1.5 sur 5.5, cela fait une hausse d'impôt de 27,3%. Notons au passage les errements de la fiscalité sur les travaux d'entretien. Pour éviter le travail au noir, on décide qu'ils seront déductibles de certains impôts. On supprime cet avantage pour les assujettir à une TVA réduite. Et on augmente peut après la TVA en question. L'incohérence est frappante ainsi que l'instabilité fiscale qui perturbe toutes les décisions.

Nous avions critiqué ici la baisse de la TVA sur la restauration. Nicolas Sarkozy semble n'avoir porté à terme cette mesure que pour faire pièce au "roi fainéant Chirac". Ces réformes partielles incohérentes sur lesquelles on revient par nécessité ou par opportunisme sont une plaie française particulièrement détestable et une signature dans le cas Sarkozy, as du deux pas en avant trois pas en arrière.
 
Précisons que la taxe équivalente en Grèce est de 13%...
 
3). Les mesures de réduction des niches, "dont le rendement sera d'1 milliard en 2013, concerneront aussi, pour l'essentiel, les ménages avec en particulier le coup de rabot transversal supplémentaire, la suppression en 2013 du dispositif Scellier sur les investissements locatifs, le recentrage du prêt à taux zéro (PTZ) sur le neuf et une diminution du  crédit d'impôt développement durable".

Nous avons déjà dit mille fois sur ce blog que la notion de niche fiscale n'avait pas de sens. Si l'exonération consentie a un sens, ce n'est pas une "niche" mais une bonne mesure.  Avec l'envolée des prix de l'immobilier et la hausse de toutes les impositions du patrimoine, le tout enveloppé dans une justice entièrement du côté du locataire déloyal, la location d'habitation ne permettait plus de loger les Français.  On a donc poussé par mille procédés artificiels  successifs les épargnants à construire pour le logement. On cesse d'aider. Comme on cesse d'aider les investissements sur les économies d'énergie. Soit ! Le saupoudrage de mesures fiscales de ce type est néfaste.  Reste à gérer la hausse des coûts de l'énergie  et l'insuffisance des constructions de logements. On en entendra à nouveau parler… 

4)Au nom de la réduction des écarts de taux d'imposition entre les revenus du travail et ceux du capital,  le prélèvement forfaitaire libératoire sur les dividendes et les intérêts, mis en place en 2004 par la droite,  est relevé de 19 % à 24 %. Matignon affirme que, pour les personnes les plus aisées, imposées jusque dans la dernière tranche du barème, les dividendes supporteront désormais le même niveau d'imposition, quelle que  soit l'option choisie par le contribuable (prélèvement libératoire ou taxation au barème de l'impôt sur le revenu).

5/24 = 20,8% de hausse. Une bagatelle. On a choisi de frapper les revenus du capital au nom d'un légitime rééquilibrage de la fiscalité entre revenus du travail et revenus de l'épargne. Il ne faut pas oublier que la CSG et le CRDS frappent également ces revenus qui ont fait lors de la création du RSA l'objet d'une imposition nouvelle. Le tout se cumule.

Ce qui est dommage c'est qu'une fois encore on préempte une mesure qui aurait du être prise dans un cadre d'ensemble de réorientation de l'imposition.  Elle aurait du servir à par exemple baisser les prélèvements sur le travail. Une fois de plus on attend un prétexte pour aggraver les impôts (et avec quelle violence) mais sans contrepartie de réforme utile.  Le tonneau des danaïdes recevra une pluie de prélèvements nouveaux.  Les revenus du capital servaient largement à augmenter la formation de capital brute en France. Associés à diverses facilités comme le Scellier ils permettaient notamment le financement des entreprises et de la construction. Les voilà mobilisés pour financer des déficits.   Le court terme l'emporte sur le long terme.

5)Le montant de l'impôt sur les sociétés, "qui est dû au titre de 2011 et de 2012 par les grandes entreprises réalisant un chiffre d'affaires supérieur à 250 millions d'euros, sera majoré de 5 %. En comparaison aux mesures pesant sur les ménages, le rendement de la mesure est estimé à 1,1 milliard soit 14 %  seulement du total des nouvelles hausses d'impôt prévues dans le deuxième plan Fillon pour 2011".

Ici encore on prive les investisseurs du rendement de leur capital.  La France est le pays où les entreprises sont sous capitalisées à l'extrême. L'épargnant est la cible privilégiée du plan Fillon.

On cherchera en vain la réduction des dépenses publiques dans ce plan. Dans le plan de juillet nous avions 10% de réduction de dépenses publiques pour 90% d'augmentation d'impôts.  Ici il n'y a qu'une augmentation d'impôts.

Le gouvernement a choisi de frapper les classes moyennes supérieures, déjà fortement touchées par la chute de la valeur de leur épargne et étrillées par les hausses des impôts locaux.  Nicolas Sarkozy pense qu'elles se laisseront faire sans réagir et qu'elles n'auront pas de choix que de voter pour lui plutôt que pour Hollande. On n'est pas dans l'économie mais dans le calcul politicien.

Economos s'en sortira un peu plus meurtri mais on croira avoir neutralisé Demos. D'autant qu'on a baissé ou bloqué les salaires des hauts dirigeants publics et incité les patrons privés à en faire autant.  L'ennui de ce genre de gesticulations c'est qu'elles laissent généralement totalement froids les électeurs qui attendent des réformes de fond et non des expédients.

Il aurait mieux valu  remettre à plat le système fiscal pour diminuer la fiscalité portant sur le travail et cesser de subventionner les importations. Comme Rocard,  comme Juppé, comme Jospin, Fillon gaspille les cartouches qui auraient pu servir à des réformes fondamentales et durables. Et la chancelière allemande Merkel, qui, elle, bénéficie du fait que l'Allemagne les a faites, baisse la fiscalité de ses entreprises !

Pendant ce temps là, la crise, incomprise dans ses causes, laissée à elle-même faute de mesures adaptées, s'approfondit. Demos paie pendant qu'Economos se noie.

Tableau.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

La faillite nous voilà !

Un des aspects de l'Euroland qui devient évident aujourd'hui, est qu'une banque centrale indépendante et exogène par rapport à un pays souverain lui fait perdre  le privilège  de ne jamais être mis en faillite. 

Si les dettes souveraines sont appuyées sur une banque nationale, il est toujours possible de fournir au nominal l'argent des intérêts et le remboursement du principal. Ce qu'on appelle la monétisation de la dette a des inconvénients majeurs : on crée de l'inflation ; on ruine le créancier en le remboursant en monnaie dévaluée, mais doucement ; le change de la monnaie s'effondre ; les voisins peuvent prendre des contre mesures pour éviter une concurrence déloyale. Le crédit devient difficile.  L'avantage est évidemment que tout est très facile pour les gouvernements : c'est la banque centrale qui fait tourner la planche à billets. Les ministres n'ont rien à faire d'autres que le train train habituel.  Et il est inutile de tout bloquer, d'imposer des impôts nouveaux, de  revenir sur des avantages acquis etc.

L'externalisation de la banque centrale rend impossible ces expédients. C'est comme si les emprunts étaient faits en monnaie étrangère. Il faut rembourser les dettes dans une monnaie dont on ne tient pas le robinet. On est tenu par les créanciers. Il faut soit faire défaut soit rembourser en se serrant la ceinture, si tant est que le dit serrage de ceinture ne casse pas définitivement la croissance.

On a conçu la banque centrale européenne comme le prêteur de dernier ressort des banques soumises à une crise de liquidité. On a strictement refusé le rôle de financier en dernier ressort des dettes souveraines. La BCE ne devait pas financer les états qui étaient tenus de conserver leurs dettes au dessous de 60% du PIB et leurs déficits budgétaires au dessous de 3%. C'était monter un barrage en papier contre le risque de défaut sur les dettes souveraines.

Le vice caché est que rien n'était stipulé pour les dettes des autres agents économiques. Or on a vu l'endettement des autres agents s'emballer à un niveau qui rendait la pyramide de crédits si fragile qu'elle ne pouvait que s'écrouler. Il est vrai que les mouvements de capitaux ayant été totalement libérés les agents étaient capables de ponctionner toute la liquidité mondiale sans trop se soucier des directives de la BCE.  L'Europe devenait tributaire des politiques monétaires des autres.

Une des conditions du succès de l'Euroland était évidemment de limiter l'accès aux marchés financiers internationaux. Sinon on pouvait voir se gonfler un surdendettement privé qui lors de son implosion entraînerait aussitôt un dépassement de toutes les normes de papier mis en opposition aux déficits et à l'endettement publics.

Sauver les banques pour sauver l'épargne et l'économie, amortir la récession par des stabilisateurs budgétaires, relancer l'investissement, toutes ces mesures ne pouvaient que faire exploser les déficits et l'endettement souverain.

Endettement qui dans l'Euroland ne peut être monétisé statutairement. Donc le système revenait à admettre froidement des défauts sur la dette souveraine des états composant l'Euroland.  La faillite nous voilà ! Les Etats Unis admettent parfaitement qu'un Etat puisse faire faillite. Ou une ville, ou un comté. La Fed n'intervient pas.

Pourquoi alors ne pas accepter la faillite de la Grèce tout en la conservant au sein de la zone Euro ?  C'était la pure logique de Maastricht. Les détenteurs de la dette grecque auraient perdu sauf si des CDS leur permettaient de reporter sur d'autres le fardeau. Les montants n'avaient pas de niveau "systèmique", même à 200 milliards.  Faite il y a un an cette opération d'apurement n'aurait d'ailleurs pas atteint ces montants. La Grèce soulagée d'un poids de dettes excessif n'auraient pas été sauvée d'une période d'adaptation lourde, ses déficits structurels  étant devenus impossibles à financer par des emprunts externes. 

L'autre solution était la sortie de la Grèce de la zone Euro.  La première conséquence aurait été immédiatement un défaut complet sur la dette souveraine mais aussi sur toutes les autres dettes internationales de la Grèce. Il est peu probable que qui que ce soit se soit intéressé, à l'achat de Drachme pendant un certain temps. Donc la dévaluation du Drachme aurait été très forte.  On aurait eu à peu près la situation de l'Argentine lors de la sortie de son currency board.  Sauf qu'en dehors de son tourisme, la Grèce n'a pas grand chose à exporter, contrairement au "campo" argentin. Le système bancaire grec aurait été lessivé.  Un contrôle des changes draconien aurait été mis en place. L'hypothèse de la faillite du Portugal voire de l'Espagne ou de l'Italie serait devenue une certitude. Le risque d'une panique générale se serait ajouté. 

On peut comprendre qu'on n'ait pas voulu choisir entre le diable et Satan.

On a choisi entre 2008 et 2011  la voie du faux semblant et de la solution d'attente jusqu'à ce que l'absence de politique sérieuse soit devenue impossible.

La solution retenue hier par les pays de l'Euroland est en fait une faillite organisée de la Grèce, sans le dire pour ne pas faire jouer les CDS,  avec pare feu pour éviter la contagion aux autres pays menacés.  Elle est à la fois dans la logique du rôle de la banque centrale maastrichienne et un expédient.

Le malheur c'est qu'il reste dans le monde plusieurs millers de milliards de dettes irrécouvrables qu'il faudra bien nettoyer un jour ou l'autre. La Grèce comme les subprimes ne sont qu'un détail de la pyramide de dettes sans contrepartie réelle qui pèsent sur le monde. 

La crise de la Grèce comme la crise de l'Euro ne sont que des vues sur la crise globale de l'endettement accumulé depuis 1971. 

L'organisation de la zone euro et les statuts de sa banque centrale interdisent une des voies d'élimination de ce surendettement (la monétisation et un certain niveau d'inflation). Le système monétaire international des changes flottants interdit largement la solution d'une croissance concertée.

Le monde se met donc en place pour une réduction générale de la dette par la perte directe, par la faillite. C'est le chemin de la dépression et de la guerre économique.

Sans remédier aux défauts structurels de la zone Euro et sans refonder une coopération internationale basé sur un système de changes concertés, il n'y a pas de solution.

Nous sommes dans la même situation qu'après guerre où il fallait éliminer collectivement  une masse de dettes nées du conflit. Nous y sommes parvenus en moins de 15 ans, avant de repartir dans un dérèglement majeur et l'absurde système des changes flottants. Les modalités de Bretton Woods  ont permis de sortir du gouffre.

On ne veut ni changer le système de Masstricht ni revoir le système monétaire international.  En dépit des chants de victoire qu'on entend après l'accord de faillite masquée en Euroland, on n'échappera pas à une aggravation de la situation globale. Alors que tout était en place pour une croissance mondiale concertée.

2012 : l'année de tous les dangers

Comme en rugby, le scénario de la crise connait ses temps faibles et ses temps forts.  2010, comme nous l'avons déjà écrit,  était un moment d'illusion. La reprise artificielle liée à des plans de relance massifs a masqué la gravité des faits  : un endettement partout monstrueux entraînant la faillite virutelle des banques et des états. 

Les dirigeants du G.20 ont cru qu'il suffirait "de rassurer l'épargnant" , de sauver les banques en leur permettant de faire rouler leur paquet de dettes, et d'amorcer des réformes sur des points mineurs pour que la crise soit en quelque sorte suspendue.

Chacune des deux  grandes puissances a essayé de se débarasser du fardeau en haussant les épaules et en se pensant plus fort qu'il n'était. Les Etats-unis étaient heureux de mettre l'Euro sous pression afin de retrouver toute la puissance exclusive du dollar.  La Chine se sentait assez forte pour maintenir des taux de change historiquement au plus bas vis à vis de l'Europe et à peine réévaluée par rapport au dollar.

Bien sûr ni l'un ni l'autre de ces grands pays n'avaient l'esprit complètement libre.  Les Etats Unis se savaient vulnérables à un effondrement de l'Euro.  La Chine se savait vulnérable àun effondrement du dollar.

L'Europe, quant à elle, était en proie au désamour des peuples, aux défauts structurels de l'Euroland et à l'inorganisation complète de ses institutions, à la fois en compétition et impuissantes, miracle du traité de Lisbonne signé en franchise de l'opinion des citoyens.   Qu'elle ait servi de "zones d'ajustement" n'est pas surprenant. 

Ce que personne n'a bien vu, c'est que la reprise de l'économie des échanges commerciaux internationaux n'a pas eu lieu en 2011.  L'asthénie presque complète du commerce mondial (on finira l'année sans doute autour de +5% , alors qu'on espérait 7% et que le taux de croissance normal devrait être entre 10 et 15%) )a été masquée par les effets de différents plans locaux. La Chine a débridé son crédit intérieur provoquant de l'achat d'équipement en Allemagne et pour le reste converti une partie des dollars engrangés en constituant des réserves et en  faisant monter les cours de matières premières.  

En vérité il n'y a eu aucune reprise saine nulle part. 

Les Etats-Unis ont découverts qu'il y avait un plafond à l'endettement indéfini.  Ils ont passé toute l'année avec un chômage à près de 10%, une réalité qu'ils n'avaient pas connu depuis les années trente.  Le modèle de rechange n'est pas apparu. Ils savent que si la Chine garde sa monnaie collée au dollar et si l'Europe explose ils entrent dans une récession de longue durée.

Les Chinois n'ont aucune des structures économiques qu'il faudrait pour gérer sainement une reprise de leur économie intérieure.  Ils continuent de compter sur l'accumulation mercantisliste de dollars en contrepartie  du bradage de leurs ressources infinies en hommes.  L'économie publique chinoise est largement basée sur  la corruption et l'argent de la corruption vient principalement de ce que les bureaucrates tiennent : les permis de construire.  La relance a entraînée une bulle des dettes des collectivités locales et une flambée immobilière excessive. 
 
Certes les entreprises mondialisées ont continué à investir  dans "l'usine du monde" de peur  de perdre toute chance d'être "leader sur son marché". Mais en réduisant drastiquement la voilure ailleurs  et en rachetant massivement leurs actions.  

L'Europe a constaté que la Commission était non pas le ferment de l'Europe Uni mais un dispositif bureaucratique anti-état, indifférent aux conséquences des politiques de laisser faire intégral  qu'il promeut .   L'assemblée européenne s'est révélée un "machin"  incapable d'être le creuset de la moindre politique économique.  Ces deux institutions ont été les deux grandes muettes européennes pendant toute la crise.  On ose presque dire : tant mieux, tant elles ne sont là que pour produire du "politiquement correct"  anti national. 

Le couple franco-allemand, en tension depuis longtemps,  du fait du laxisme français et du mercantilisme allemand,  et la BCE empêtrée dans des objectifs exclusifs de  stabilité des prix  n'ont pas véritablement de politique. Ils veulent conserver.  Conserver l'apparence du succès de l'Euro. Conserver l'Euroland.  Conserver leur banques. Conserver l'épargne des déposants.  Pas de grandes mesures. Du conservatisme prudent et des opérations images rassurantes. 

L'ennui c'est que la Grèce ne peut  s'en sortir par une déflation à caractère atomique.  L'ennui c'est qu'à défaut de réformes sinon de pure forme ou de constructions en papier à peine glacé, on résiste mal à une tempête internationale qui n'est toujours pas calmée.

Qu'attendre alors du G.20 de Cannes ? Les Etats Unis attaquent la Chine. La Chine réplique. L'Europe dit qu'elle veut garder le statut du dollar et qu'elle ne veut pas indisposer la Chine.

Partout le désastre des monnaies flottantes est patent mais il ne faut surtout pas aborder la question. Parlons environnement. Parlons taxes nouvelles dopées verbalement sous le vocable de "ressources innovantes".  D'un coup de baguette magique en ne faisant aucune autre réforme qu'une taxe sur les opérations financières l'économie et la planète seront sauvées pour toujours.

En fait chacun fera ce qu'il veut en attendant...en attendant quoi justement ? Un miracle spontané ?  L'effacement miraculeux de la dette sans conséquences sur l'activité ? La continuation de systèmes inefficaces et dangereaux  qu'on ne veut surtout pas toucher dans le bonheur et la prospérité ?

Surtout ne pas perdre la face. Surtout donner le sentiment que tout est organisé. La faillite de la Grèce sera donc déguisée en triomphal succès de la coopération internationale. Alors même que les Etats-Unis refusent de doter le FMI pour qu'il continue à violer son rôle statutaire qu'il n'exerce plus depuis 1971.

Le rôle théorique mais aussi statutaire du FMI  était d'éviter les mercantilismes et les laxismes monétaires et d'agir pour permettre à un pays en difficulté de balances de paiements de ne pas mettre tout le système par terre par une déflation excessive.  Il ne le joue pas. A la place on tente de lui faire assumer le rôle de banquier de dernier ressort des états surendettés !   Sur quelle base théorique ?  Le refus américain n'est pas totalement sans fondement.

Déçus les européens veulent faire une banque européenne de soutien aux pays endettés.  Mais statutairement la BCE ne peut pas jouer son rôle normal en cas de graves difficultés de financier de cet organisme.  On ne peut rien monétiser des dettes que cette banque fera.  Donc on ne peut qu'accroître la dette pour règler une question d'excès de dettes ou faire payer par les impôts les citoyens qui ne comprennent pas qu'on les rende solidaires de cigales irresponsables.

Rien de tout cela n'a de sens.  Tout le monde vit d'expédients.  En attendant la bourrasque suivante.

Le plus curieux c'est que l'économie réelle internationale commence à se réveiller, alors que tous les indices qui arrivent concernent le passé. C'est traditionnel : on commente toujours ce qui s'est passé il y a six mois ou un an. Prévoir le présent reste l'exercice le plus difficile !

L'aspect le plus navrant de la situation est qu'une réforme de fond faite maintenant accélèrerait le mouvement et permettrait d'entrer dans une phase de consolidation.   C'est maintenant qu'il faut faire les réforme nécessaires.  L'erreur des premiers G.20 qui n'ont rien réformé  est encore rattrapable. Mais une nouvelle erreur provoquera un ensemble de réactions qui peuvent nous envoyer pour le coup dans la dépression de longue durée.

Nous n'avons jamais voulu jouer les Cassandre ici au Cercle des économistes e-toile.  Nous avons préféré le débat autour des causes réelles des difficultés et l'examen des solutions rationnelles qui sont à portée de main.  Mais si on reste dans l'état de catalepsie mentale associée à un bras de fer politique entre les acteurs majeurs, la dépression est au bout. 

Surtout que les élections s'approchent partout et que la tentation du n'importe quoi est grande.  On l'a bien vu lors des débats pour la primaire socialiste en France.  Et l'impatienc e des peuples grandit qu'il ne faut pas confondre avec les petits cris aigus des "indignés".

On peut craindre qu'il ne se passe rien à Cannes durant un nouveau G.20 de façade.  Mais l'absence de mesures se fera sentir en 2012 qui devient l'année de tous les dangers.  Alors qu'elle aurait du être la première année de franche reprise spontanée des affaires dans  un cadre monétaire international et européen rénové.

Emmanuel Todd : l'ethnographie instrumentalisée en économie

L'anti européisme est à la mode et les tenanciers de ce  fonds de commerce commencent à être nombreux. Emmanuel Todd a  le privilège, au moins sur les plus récents, d'une certaine antériorité. Fin de l'Euro, imposition de barrières douanières, ses thèses sont dans le ton d'un moment où la perspective d'avoir à "payer pour la Grèce" prend les résonances du "mourir pour Dantzig" d'avant guerre.  

On connait Emmanuel Todd pour ses nombreuses apparitions dans les débats télévisés. Sombre, habité, volontiers excessif et même, souvent, carrément insultant, il se veut intransigeant. Pourquoi ? Il pense sa démarche morale et scientifique. Il est rare que ce mélange n'aboutisse pas à certains excès. Cette violence verbale ne nous gênerait pas si la qualité du fond était à la hauteur des moyens dialectiques mis en œuvre. Il est si difficile en France de dépasser certaines conventions, notamment dans les médias qu'on se demande comment on peut se faire entendre sans crier un peu.

En un mot : oui pour frapper fort à condition de frapper juste.

Nous avions pour notre part un a priori plutôt favorable aux thèses de l'auteur. On sait que nous ne défendons le libre échange que dans le cadre de règles forts précises qui si elles n'existent pas  laissent le champ à des effets indésirables. Nous sommes de ceux qui inlassablement ont défendu le tarif extérieur commun de l'Union Européenne et la TVA sociale. On sait que nous considérons que la construction de l'Euro a été faite sur de mauvaises bases et qu'il importe d'apporter des réformes fondamentales.

Notre préjugé était d'autant plus favorable que, semble-t-il, nous partageons avec E. Todd le même respect pour Alfred Sauvy et l'importance des dimensions démographiques sous-jacentes dans les faits sociaux en général et en économie en particulier. Nous ne pensons pas en effet que l'économie soit la seule résultante des comportements individuels rationnels des "agents". La société est traversée de forces diverses qui jouent un rôle majeur.

Que l'on mette à profit des connaissances sociologiques et ethnographiques pour tenter de donner des clés d'interprétation voire de réorganisation de notre monde ne nous choque pas le moins du monde.

Comme en psychologie, l'ennemi de ce genre d'approche est le simplisme. Pour avoir lu et relu "L'illusion économique", dans la version actualisée (Folio actuel- avril 2008) du livre de 1999, nous sommes obligés de le constater : les raisonnements sont courts, désespérément courts.

On ne peut certainement pas résumer en deux mots la pensée de l'auteur. Disons simplement que pour lui il existe des forces  subconscientes et inconscientes qui agissent sur la longue durée  et contre lesquelles il importe de ne pas lutter. Le noyau de la doctrine porte sur la distinction entre famille souche et famille atomique ou moléculaire ou "nucléaire absolue", les trois expressions cohabitent, entraînant la création de deux capitalismes, la capitalisme souche  et le capitalisme individualiste.

L'Euro en mélangeant sous une même monnaie les deux structures ethnographiques antagonistes serait voué scientifiquement à la catastrophe.  Et voilà pourquoi la marquise est malade !

Todd ajoute aux lois de Mundell sur les zones monétaires optimales   la condition ethnographique de la structure familiale homogène, ou souche ou atomique. Nos lecteurs savent les réserves que nous faisons à la théorie de Mundell : elle suppose le problème résolu.  La seule vérité incontestable en matière de monnaie unique est qu'elle n'est possible qu'au prix d'une force centrale politique forte. Si elle existe le système se moque à peu près complètement de l'ethnographie familiale. L'URSS a imposé le Rouble pendant des décennies à toute ses composantes sans trop se soucier d'ethnographie. De même il faudrait être un champion du microscope sociologique pour savoir si toutes les tribus qui utilisent le Franc CFA sont de type atomique ou souche.     

Tout le problème avec ce livre, est qu'il affirme plus qu'il ne prouve.

Il est arbitraire dans ce qu'il présente comme scientifique, il est banal dans le reste.

Alan Greenspan, il y a deux jours sur la chaîne CNBC a expliqué qu'au départ il ne croyait pas à l'Euro, puis qu'il avait été sidéré de voir que cela fonctionnait, qu'il est aujourd'hui surpris que cela ne fonctionne plus, tout en notant que la crise actuelle est celle des pays endettés et non pas celle de l'euro,  et qu'il se demande si un euro nordique ne serait pas  plus crédible parce que culturellement les nordiques raisonnent en économie de façon plus semblables. L'idée est effroyablement banale. La Suisse, l'Allemagne, la Suède et la Hollande ont traditionnellement recherché une monnaie forte.  Ils pourraient avoir une monnaie unique. L'ennui c'est que et la Suisse et la Suède sont hors de la zone Euro.  Pas de chance.  Et les Allemands et les Hollandais sont de plus en plus hostiles à l'Euro.

Ceux qui pourraient faire une monnaie unique ne le font pas avec leurs partenaires "culturels" ou "ethnographiquement homogènes" comme on voudra et s'accoquinent avec de vilains canards qui "trahissent leur nature".

"Comment la France, lieu de naissance de l'une des grandes traditions libérales, décontractée dans sa gestion monétaire jusqu'au début des années 80, a-t-elle pu changer de camp, abandonner l'individualisme du monde atlantique pour suivre les disciplines de l'Europe centrale ?"

Quand on connait l'histoire du Franc, de Napoléon à Poincaré, puis du Bloc-or des années 30  on rira de cette affirmation de "décontraction monétaire".  Le "sado-monétarisme" est une tradition française ancrée.  La frénésie monétaire inflationniste  a commencé en 1934 et s'est arrêté en 1974 faute d'efficacité.  Cela n'a guère de rapport avec le caractère souche ou atomique de la famille française !

A trop prouver on ne prouve rien.  De nombreuses descriptions de dysfonctionnements sont exactes mais ils sont quasiment toujours expliqués par de mauvaises causes.

Par esprit de système l'auteur a construit une rationalisation ex post avec de petits cordages et de grosses ficelles.

Comment s'étonner qu'on lie le tout par l'outrance verbale ? Quand les idées sont branlantes il faut un principe d'autorité pour les faire tenir ensemble.

Eructation n'est pas raison.  

L'absence de finesse de l'analyse commande la lourdeur des adjectifs et des néologismes : "Antinationisme", "pensée zéro" ou mieux encore "noyau mou de la pensée zéro", "combine politique", "passivisme","frénésie panglossienne d'acceptation de tout ce qui arrive", "purée globale", "germanolâtrie" , "attitude française névrotique"…

"Marx", écrit l'auteur, "aurait détesté la pensée zéro".  Nous voilà bien tristes. Si la suite n'était pas formidablement porteuse d'espérances : ""La masse placide qui règne sur la société, nos 20% de privilégiés du diplôme et du revenu" sera bientôt pulvérisée par "les masses", les autres, les vraies.

Tout cela parce que nous n'avons pas compris pauvres Français que bien que nous ayons une forte composante de famille souche notre patrimoine ethnographique aurait du nous conduire aux changes flottants et non à l'Euro, au protectionnisme et non au libre échange.  Alors que l'Amérique, elle, conforme à la nature nucléaire de sa famille,   "a cessé de fabriquer de la frustration économico-culturelle"(sic: parlons en aux manifestants "indignés" devant Wall Street !).

Arrêtons-là : on aura compris qu'on se trouve dans le domaine de la diatribe plus que de la réflexion scientifique.

C'est dommage. Car de nombreux faits sont bien exposés et de nombreuses attitudes clairement analysées. L'important est de ne pas se tromper sur l'explication des mécanismes et dans le choix des solutions efficaces. Top d'approximations gâchent la démonstration qui ne se trouve  relevée ni par le galimatias pseudo scientifique ni par l'injure.

Tout en partageant beaucoup des observations faites, nous préférons aller à l'essentiel : déterminer les mécanismes fondamentaux ; aller aux solutions concrètes.

Chacun sa voie.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



La "victoire" à la Pyrrhus de J.C.Trichet

 

M. Trichet quitte la présidence de la BCE sur un triomphe : l'inflation sous son mandat n'a pas dépassé 2,1%. Il a raison de pavoiser : c'était son seul objectif statutaire.

Tout autour, ce n'est qu'un champ de ruines. Les bourses sont effondrées, les banques en faillite, les états asphyxiés par leurs dettes, les chômeurs partout, la peur enveloppant l'ensemble.

Le seul contraste entre l'objectif atteint de la BCE et la désolation de l'Euroland devrait faire réfléchir.

Il doit y avoir une erreur quelque part !

Des deux côtés de l'Atlantique on a cru que des monnaies administratives flottantes gérées par des banques centrales indépendantes seraient bénéfiques si ces dernières contenaient les prix  à la consommation dans des limites raisonnables. 2% d'inflation est considéré comme raisonnable.

Cette idée est fausse. Alan Greenspan l'a reconnu. Cela aurait été a la gloire de JC. Trichet de le reconnaitre aussi.

Etats, banques, monnaie,changes, commerce extérieur, balance des paiements forment un tout. L'objectif global raisonnable est  le plein emploi dans une économie en bonne santé. Dissocier les objectifs et les moyens est une sottise. Avoir globalisé les institutions en découplant les politiques était une erreur majeure. 

Reconsolider les politiques à l'échelon national ne donnera rien.  Il faut donc reconsolider a l'échelon européen et mondial.

La consolidation mondiale ne peut se faire qu'autour d'une monnaie internationale étalon et de changes concertés. La consolidation européenne ne peut se faire qu'en coordonnant budgets, changes, crédits et monnaies.

Coller au statu quo dans la morosité de l'entêtement ne mènera a rien.

 

 


Le spleen du hanneton fatigué de pousser sa boule de crottin

Nous avons toujours défendu ici que la crise que nous connaissons est une crise de  la dette.  La plupart des pays riches ont développé une dette globale qui représente un multiple excessif de leur PIB.  Nous avons montré qu'un pays qui s'est laissé glisser à porter une dette de plus de 200% de son PIB était dans une situation impossible.  Nous avons constaté que certains pays avait dépassé les 350, les 400 et même les 1000% de dettes par rapport à leur PIB.   Nous avons expliqué que cette évolution devait faire exploser  le système et elle l'a fait effectivement.

L'idée générale exprimée dans les médias a d'abord été qu'il s'agissait d'une crise limitée au secteur du bâtiment puis une crise limitée à l'Amérique qui ne traverserait pas l'océan,  puis une crise bancaire internationale liée aux produits toxiques,  et enfin on en est arrivé au constat de la réalité : il s'agit bien d'une crise de la dette.  Quatre ans  de perdus !

Malheureusement personne ne s'est enquis des mécanismes de cet énorme gonflement de la dette.  Nous avons nous-même proposé très vite un diagnostic très précis, lié au dysfonctionnement du système monétaire international.  Au contraire l'idée générale  véhiculée par les dirigeants et la presse aura été qu'il suffisait de revoir les bonus des traders et les règles de comptabilité, tout en mettant fin à certains contrats complexes de mathématiciens fous  pour que tout aille mieux.  Les banquiers n'avaient qu'à bien se tenir.

Le même manque de vision s'est attachée aux remèdes.  Les  états sont venus au secours des banques  en reprenant une partie de la dette,  car sinon le système bancaire entier entrait en catalepsie.  Et ils ont cru qu'en laissant glisser les déficits et en effectuant une relance concertée par les banques centrales tout se passerait bien.

Ils avaient oublié qu'en système de changes flottants les relances keynésiennes ne marchent pas.     D'autre part  il était certain que le double mouvement de récupération des dettes des banques et du creusement des déficits provoquerait automatiquement une hausse massive de leur propre endettement.  Pouvait-on règler une crise de dettes par un accroissement de dettes  en changeant de débiteurs ?  Nous l'avons écrit ici il y maintenant près de quatre ans : la réponse est non ! 

Tous les pays qui s'étaient laissés glisser sur la pente fatale des déficits publics permanents et massifs se sont retrouvés avec des dettes encore plus massives. La peur s'est installée partout.

A-t-on pris des mesures contre les causes de la crise ? Non. L'absence de diagnostic ajouté à la certitude "qu'on savait faire"  pour sortir d'une crise, a conduit à une passivité absolue.

Lorsque la dette globale s'est retrouvée ainsi  aggravée, on s'est posé la question de savoir ce qui fallait en faire.  On connait la solution retenue :imiter  le hanneton et pousser la boule de crottin devant soi inlassablement.

Reporter inlassablement le problème à plus tard était une facilité qui se donnait l'air de la responsabilité.

Nous-mêmes avons expliqué dès 2007 qu'il fallait restructurer le plus vite possible.  Restructurer ? On veut dire admettre la perte en partie et ne pas tout différer.  Et nous avions noté que le report des dettes n'avait de sens qui si une croissance forte  était organisée en solidarité des états.  Comme les relances ne fonctionnent pas en système de changes flottants, il fallait se réunir comme à Bretton Woods, recadrer les parités monétaires  de façon à éliminer les grands déséquilibres à la base du gonflement de la dette mondiale,  et mettre un gendarme permettant de s'assurer que les déséquilibres restaient bien sous contrôle.

Restructuration partielle de la dette , suppression des causes structurelles du gonflement de la dette mondiale,  fixation d'un cadre  monétaire mondial  raisonnable avec un cap de croissance visé collectivement , permettant des anticipations économiques rationelles pour les entreprises, étaient les trois axes de solution.

On n'en a suivi aucun.  Quatre ans après on se retrouve gros jean comme devant.  Les dettes d'état des pays les plus endettés ne peuvent plus être remboursées et elles s'aggravent. Les aides ponctuelles associées à des programmes déflationnistes n'aboutissent à rien.  Cameron provoque une récession en Grande Bretagne. Les créanciers de la Grèce provoque une récession en Grèce.   Aucune réforme n'ayant été faite, la peur s'installe et provoque des comportements récessifs qui minent les relations d'échange.  Les perspectives d'une reprise de la récession  s'accroissent.

Le hanneton est fatigué. La boule de crottin a grossi.  Et la dysentrie qui le mine n'a pas été soignée.

Les peuples s'impatientent, comme prévu. La sinistrose s'installe comme en 1929 avec le développement de systèmes de pensée entièrement négatifs.  Et les gouvernements comme à Londres à cette époque considérent qu'ils n'ont rien d'autre à faire que de se débrouiller comme ils le peuvent sans coopération.  C'est à dire que nous sommes  dans les conditions où une grande dépression peut s'installer.

Le cadre de la solution est bien le G.20. Mais le G.20 n'a pas été le fer de lance du diagnostic de la crise car le FMI n'a pas joué son rôle.  La réunion des ministres des finances du G.20 vient de se terminer par un échec.  La réunion de Cannes ne promet rien que la manifestation de l'égoïsme de fond des grands acteurs  sous halo d'unanimisme de façade.

Il n'y a toujours pas de diagnostic, donc pas de mesures adaptées qu'un consensus pourraient faire avancer.  On écope dans l'urgence.  C'est le sauve qui peut.

Rappelons qu'il y avait à peu près 10.000 milliards de dettes sans contrepartie permettant de la rembourser en 2007.  5.000 milliards de ces dettes ont été purement et simplement perdus.  Mais on a ajouté 10.000 milliards de dettes sans contrepartie de plus.  Nous avons donc en circulation  15.000 milliards de dettes ne correspondant à aucun rendement futur.  Ce qui veut dire en clair que le système bancaire mondial est en faillite car le capital des banques ne peut en aucun cas faire face à cette masse de pertes potentielles.

Comment faire ? 

D'abord il faut un diagnostic. Pas de médecine sans compréhension de la maladie.  Ce diagnostic doit être fait et acté internationalement.  Il  implique  la mise en cause du système monétaire international et l'accord sur des changements radicaux .

Ensuite il faut restructurer. A quel niveau ? Probablement autour de 5 000  milliards de dollars de dettes.   Enfin il faut éviter toute politique récessive et déflationniste. 

Un peu d'inflation mondiale permettra de réduire la dette globale de façon certes non indolore mais régulière.  

Depuis 2005 le rendement moyen des portefeuilles en Occident  a été de 1.7% soit la moitié de l'inflation.  Donc l'épargne a fondu régulièrement de près de 1.5% par an en moyenne.  Il faut à peu près doubler le taux de fonte pour qu'en dix ans on obtienne un dégraissage significatif de la dette.

Ce qui n'a pas été restructuré et ce qui n'aura pas fondu dans l'inflation, devra être remboursé par la croissance pour la moitié et repoussé pour une autre moitié.  Le hanneton poussera toujours une  boule de crottin mais elle restera proportionnée à ses forces.

On dira : vos ordres de grandeur sont grossiers. Ils le sont.   Mais il faut simplifier les grandes masses pour les rendre compréhensibles. Aux instituts statistiques de faire mieux s'ils le peuvent. Actuellement ils regardent ailleurs.  

Le plus navrant est que le mouvement des affaires est plutôt solide. Il est entravé et cassé par les mauvaises politiques suivies et la panique qui s'est installée partout.

Tant que la crise intellectuelle n'aura pas été surmontée alors la crise économique ne le sera pas.  Pensée zéro égale volonté zéro égale résultats désastreux.  Sinistrose et désorganisation internationale égalent panique et effondrement.

C'est un chemin sans issue. Si Cannes est un G.20 pour rien une fois de plus, tout risque d'être emporté.  Pensons à la Conférence de Londres  du 12 juin 1933. Là, déjà, les états ont décidé de se battre dans un chacun pour soi qui est devenu une désastre pour tous.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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