Monnaies et G.20 : ni guerre ni paix à Séoul, seulement la confusion.

Le 11 novembre 2010 se tiendra à Séoul une réunion du G.20 qui ne résonnera pas dans l'histoire comme une victoire. La réunion préparatoire des Ministres des Finances qui vient de se tenir à  Gyeongju, en Corée également, pour la préparer a démontré, une fois de plus, à la fois l'irréalisme doctrinal et l'emprise des relations de force nationalistes dans le domaine des monnaies.

Il existe chez certains une doctrine subliminale : les états sont mauvais ; ils ne font que des bêtises ; ils doivent laisser les marchés monétaires fixer librement le cours des changes et  aucun droit de douane ne doivent empêcher la libre concurrence partout et sur tous les marchés de biens et de services. Que la Chine laisse flotter le Yuan et que tous les autres s'abstiennent de lutter contre la hausse de leur monnaie et tout ira bien. Et continuons le cycle de Doha ! Au milieu du désastre général…

La suite logique de cette doctrine est que la Chine est la seule cause de la crise et que les licences prises par certains pays pour gérer leur cours de change sont une erreur qui doit cesser.  

Tout cela se passe dans un pays qui a choisi une politique "win-Won" comme disent les humoristes monétaires (il y en a), c'est-à-dire qui a dévalué tellement fort sa monnaie au début de la crise qu'il a mis en difficulté le Japon et bon nombre de ces concurrents en gagnant des parts de marchés dans un commerce international brusquement freiné.  

Tout cela se passe au moment où les Etats Unis qui possèdent de facto la monnaie de réserve internationale se lancent dans une politique de création monétaire à tout va et font flamber la planche à billets entraînant à la baisse le cours de sa monnaie, tout en exprimant, par la voix de Timothy Geithner, qu'on devrait réguler les changes avec des normes.

Autrement dit, les monnaies ne peuvent pas être laissées à la seule discrétion des marchés et des politiques nationales égoïstes. La norme, si elle a un sens, obligerait les états à prendre des mesures pour les respecter. C'est donc qu'ils en ont le pouvoir. Et qu'ils peuvent effectivement mener des politiques efficaces en ces sens.  

Voici donc les Etats-Unis qui expliquent que les forces du marché ne peuvent pas jouer librement et qu'il faut que les Etats fassent leur devoir pour respecter leurs partenaires ! Au moment où la FED fait exactement l'inverse. Défense de rire !

La Chine pour sa part explique, à juste titre,  que les dérèglements viennent de la politique monétaire américaine qui inonde de liquidité le monde entier  provoquant des bulles de crédits qui explosent pour le grand dommage de tout le monde et que de toute façon, ce grand pays a besoin d'une croissance forte pour des raisons intérieures et qu'il compte toujours l'obtenir par une politique mercantiliste d'exportation favorisée par un Yuan sous évalué.

"Puisque nous sommes dans une foire d'empoigne dans le domaine des monnaies", semble dire la Chine , "voyez mes muscles ! Mon marché intérieur est l'espoir de vos entreprises ! En attendant vos marchés intérieurs sont la réalité de mes industries. Comme je suis immensément bonne, je vous consentirai, peut être, si vous êtes bien gentils, une minuscule hausse du Yuan pour calmer le jeu et marquer ma bonne volonté".  

Défense de rire jaune.

L'Europe est complètement coincée dans des réunions de type G.20 où elle est minorée, divisée, et prisonnière d'un système de pensée qui veut que les changes ne flottent pas chez elle mais que le cours de l'Euro ne soit la responsabilité de personne !  Elle n'a pas de doctrine ; elle n'a pas de politique ; et les intentions des états constitutifs sont divergentes. L'Allemagne est pour la déflation compétitive. Le Royaume Uni pour la dévaluation compétitive. La France elle est pour l'agitation verbale sans but et sans moyen.  L'Europe dans sa configuration actuelle est donc toujours sûre de perdre au G.20. Le président Français peut toujours croire qu'un activisme fondé sur aucune doctrine et aucune base politique ferme, peut être l'occasion d'opération image bénéfique.

On est dans l'illusion. Une politique réussie suppose TOUJOURS  des idées claires (et donc une base doctrinale précise) et des institutions idoines. La France et l'Europe n'ayant ni l'un ni l'autre sont les victimes désignées du G.20.

Le G.20 n'a pas plus les idées claires. En contradiction totale avec ses recommandations de non intervention sur les marchés de biens et de monnaie, il augmente les réserves du FMI et lui demande "de contrôler les comptes courants de chaque pays, pour s'assurer que les surplus commerciaux se maintiennent à un niveau soutenable".

Alors que cette mission est déjà dans les statuts du FMI mais qu'il n'a plus aucun moyen de faire respecter des "niveaux soutenables" depuis l'abandon des disciplines du système de Bretton-Woods.

"Statuts du Fonds monétaire international
ARTICLE IV - Obligations concernant les régimes de change
Section 1. Obligations générales des États membres

Reconnaissant que le but essentiel du système monétaire international est de fournir un cadre qui facilite les échanges de biens, de services et de capitaux entre nations et qui favorise une croissance économique saine, et qu'un objectif principal est d'assurer de façon continue les conditions de base ordonnées nécessaires à la stabilité économique et financière, chaque État membre s'engage à collaborer avec le Fonds et avec les autres États membres pour assurer le maintien de régimes de change ordonnés et promouvoir un système stable de taux de change"

En un mot les statuts du FMI sont totalement en contradiction avec les objectifs de non intervention qui viennent d'être rappelés à Gyeongju ! Mais on lui demande malgré tout de s'en inspirer pour conseiller le G.20 !

Comprenne qui pourra !

Rappelons une fois de plus que la Grande récession que nous vivons, troisième  épisode d'une genre de plus en plus catastrophique après 1973-1974 et  1992-1993 est entièrement due aux conséquences d'un système de changes flottants non régulés où les puissances économiques dominantes exercent des politiques nationalistes exacerbées au détriment du monde entier, où l'émetteur de monnaie mondiale se dit indifférent aux conséquences de sa politique monétaire, où la création monétaire sans objet  créée ex nihilo par les défauts même du système, où le mécanisme de la double pyramide de crédit décrite par J.Rueff s'emballe périodiquement par sa propre dynamique, où la spéculation née de la complexité ainsi créée et d'une déréglementation folle de la finance fabrique un monde artificiel entièrement décalé des échanges de biens.

Ce qui veut dire qu'on aurait pu éviter la crise en revenant aux disciplines de Bretton Wood, corrigées des défauts que les déséquilibres de la guerre avaient rendu inévitables, et qu'on ne pourra en sortir qu'après l'avoir fait.

Pour l'Europe le choix est clair. Ou elle en vient à des structures de décision de politique économique unifiée en accord avec une monnaie unique et à une politique unifiée, où elle se morfondra sans l'impuissance et la stagnation.

La France, elle, enfoncée dans un anarcho-syndicalisme débile doublé d'un état obèse et impuissant et d'un amour exclusif pour l'impôt confiscatoire et la dette, mais incapable d'en voir les conséquences mortifères,  continuera à sortir de l'histoire par une porte toujours plus petite.   

Rendons en passant  un petit hommage à Maurice Allais qui avait bien compris tout cela et il y a longtemps : " ce qui doit arriver arrive". Tout aurait pu être évité. Rien ne sera évité. Et des milliards d'hommes souffriront plus que nécessaire.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

 

Maurice Allais : convergences et divergences

Maurice Allais était de la race des économistes qui s'exprimaient et qui considéraient que l'économie politique devait aider à éviter les catastrophes. Sa voix a été étouffée dans la presse et les médias radiotélévisés. Mais elle comptait pour les économistes qui pensaient que tout n'est pas indifférent en économie et que les erreurs se paient cher.

Une crise comme celle que nous vivons a un prix extravagant, en perte de richesses et en drames humains. Elle aurait du être évitée. Le devoir des économistes existe. Le devoir des médias aussi. Avoir étouffé les débats économiques essentiels, s'être couverts du ridicule d'aller chercher des économistes anglo-saxons sans consistance réelle, transformant la France en toutou des médias américains, restera la honte indélébile des responsables des grands médias français.

Le débat se réfugie dans les blogs. Les questions posées par Maurice Allais étaient essentielles. Ses solutions étaient problématiques. Ce n'est pas en les enterrant dans le silence puis sous les fleurs nécrologiques  qu'on a fait avancer quoi que ce soit.

Le Cercle des économistes e-toile a toujours eu avec Maurice Allais des convergences mais aussi des divergences. Lesquelles ?

Maurice Allais considérait que la monnaie, ce qu'il appelait la dynamique monétaire, était absolument centrale en économie. Il y voyait la clé de bien des phénomènes et en particulier des cycles économiques. Nous partageons entièrement ce constat.
La monnaie est à la source même de la science économique. Les premiers livres d'économie se sont tous concentrés sur la question monétaire.  Ce domaine est actuellement en déshérence et la nullité règne dans notre enseignement économique sur tout le champ des questions monétaires et plus encore dans celui des relations financières internationales.  Malheureusement toutes les questions du temps se concentrent sur le problème institutionnel des relations économiques internationales et des changes !

Maurice Allais l'avait parfaitement compris et associait  réflexions institutionnelle, économique et monétaire. C'est absolument indispensable.  On voit aujourd'hui que ces questions ne peuvent plus être cachées sous le tapis  et combien les réflexions officielles sont pauvres pour ne pas dire inexistantes.  Quand DSK en est réduit à avouer que le FMI va désormais s'intéresser aux conséquences des contagions monétaires et financières, il ne fait que confirmer ce que tout économiste un peu sérieux ne pouvait que constater : une longue et  effroyable carence de la pensée a frappé les institutions économiques internationales.

Rendons grâce à Maurice Allais d'avoir inlassablement attiré l'attention du monde sur cet état de fait même si son combat a été mené en vain. Ce combat doit continuer et il importe que les économistes éclairent le chemin avec pertinence.

Est-ce que Maurice Allais avait raison sur tout dans le domaine de la réforme des finances nationale et internationale ?  Certainement pas.  

Une divergence fondamentale avec nous porte sur la création de monnaie. Maurice Allais en était arrivé à croire qu'une banque pouvait créer de la monnaie et enfler son bilan de son seul mouvement. Cela est faux et l'a conduit dans l'outrance.  C'est le système bancaire qui crée de la monnaie à partir d'un delta de création de monnaie qui provient soit de la banque centrale soit de la balance des paiements. L'intérêt doit donc se concentrer sur la politique des banques centrales et l'ajustement des balances de paiements, tout en empêchant les banques de dépôts de mettre en danger l'ensemble de l'épargne par des politiques aventureuses. Nous sommes, comme ce blog le montre dans de multiples articles, pour une certaine forme de spécialisation bancaire et quelques interdictions. Mais nous ne sommes pas pour l'étouffement de la création monétaire ni le blocage total de la transformation des dépôts en financements longs. Maurice Allais était trop systématique et allait trop loin dans le contingentement monétaire.  

Il voyait très bien que l'énormité des encours de dettes était insoutenable. Mais ils pensaient que cette énormité était le fait principal des banquiers. Le mécanisme principal, la double pyramide de crédits décrite par Jacques Rueff, lorsqu'une monnaie nationale à l'abandon devient la monnaie internationale, est autrement décisif dans l'étude de le gonflement délirant de la dette globale que l'action des banques. Diagnostic un peu décalé, mesures correctrices partiellement en porte à faux : Maurice Allais ne pouvait pas être totalement suivi.

Maurice Allais croyait aux cycles économiques. Nous croyons aux cycles économiques. Mais nous en avons une vision plus précise. L'observation nous laisse voir depuis plus de 200 ans un cycle quasi décennal à deux temps, un temps fort et un temps faible. Nous avons constaté depuis quarante ans que nous pratiquons cet exercice que ce concept cyclique était parfaitement opérationnel pour anticiper les crises majeures. Nous ne nous sommes jamais trompés depuis 1987.  Maurice Allais n'avait pas une boussole aussi précise. Il en est résulté des erreurs d'analyses. La crise de 1987 qu'il avait qualifiée de début de la grand crise monétaire inévitable n'était pas sur la courbe cyclique. Nous l'avons écrit. Nous pensions qu'une crise sévère arriverait plus tard au début des années 90. C'est bien ce qui s'est passé. Et Maurice Allais est passé pour une Cassandre qui prenait ses désirs pour la réalité. Même chose en 98 où nous avons écrit que la crise du dollar (appelée ridiculement la crise des marchés émergents) était un épiphénomène et que la vraie crise cyclique aurait lieu en 2000-2001 et qu'elle serait modérée. Ce qui fut le cas. Cette deuxième erreur de diagnostic a coûté beaucoup de crédibilité à Maurice Allais. Du coup, l'âge aidant également, il n'a pas vu venir celle de 2008 que nous avons annoncée avec force coups de trompettes.  

Lorsque le système monétaire international débile que nous subissons  a conduit les principaux pays à accumuler des dettes globales supérieures à 400% du PIB et qu'approche la crise périodique sévère, il est certain que la crise va être très grave. Quand partout des bulles absurdes menacent d'éclater, le doute n'est plus permis. Maurice Allais avait globalement raison : ce système ne pouvait que finir en récession mondiale majeure. Mais il lui manquait  la finesse du conjoncturiste pour voir la vraie échelle de temps et il a raté la synchronisation de ses analyses  avec la réalité.

Un autre point clé de la pensée de Maurice Allais est la question du libre échange. Son combat l'a emporté très loin sur ce sujet où sa pensée était plus subtile que ce que les groupes divers qui se sont emparés de ses idées en ont fait. Il n'était absolument pas opposé au libre échange, bien au contraire. Mais il considérait à juste titre que le libre échange avait des conditions. Crier comme un cabri "libre échange, libre échange, libre échange", sans jamais discuter des conditions d'efficacité de ce libre échange n'est que ruine de l'âme et pas que de l'âme. Sur ce point Maurice Allais avait entièrement raison. Nous avons nous même inlassablement défendu l'idée que le tarif extérieur commun européen était une absolue nécessité et que son démantèlement pratiquement unilatéral fut une énorme erreur.  En économie, comme en hydrologie, la brutalité des chocs est l'ennemi. Il faut des digues, des vannes et des canaux. Sinon le délicat dispositif des échanges se perd, emporté par un bouillonnement tumultueux d'eau sauvage.  C'est vrai aussi bien pour les échanges commerciaux que pour les échanges financiers. Les tempêtes ne sont pas meilleures en économie qu'en transport maritime.

La contradiction presqu'indécente entre une philosophie qui faisait d'un écart de 5% sur le front des droits de douane une horreur effroyable pendant que les monnaies voyaient leur change changer en quelques semaines de 50%, restera le symbole de la bêtise crasse du consensus de Washington.

Une politique de commerce international durable doit être nécessairement fondée sur un système monétaire international concerté, stable et durable.  Affirmer la liberté totale d'un commerce dégagé de toute contrainte  et d'une finance internationale sans entraves et contrôles, sans système monétaire international organisé,  est une totale absurdité.

Il fallait créer des blocs économiques et monétaires assurant leur convergence progressive. L'objectif était la liberté complète. Mais le chemin aurait du être balisé. Il doit d'ailleurs toujours l'être. L'absence de système organisé des changes a provoqué la crise et empêche actuellement la sortie de crise. On doit dépasser les querelles de puissance pour aboutir à une construction rationnelle. On n'en est loin.
En contrepartie, lorsqu'on est dans un système organisée, la liberté économique doit être totale. Nous avons défendu mordicus la directive Bolkenstein au sein de l'Union européenne.  Et il faut lutter fermement  contre les pratiques monopolistiques et oligopolistiques. Notre position sur ces point est autrement ferme que celle de Maurice Allais. L'espace économique européen doit être libre de toutes entraves. En même temps qu'une monnaie unique suppose une convergence économique bien plus grande sur presque tous les domaines. C'est la direction à suivre. Il faut construire l'Union, même si cela doit être fait sur une base confédérale et non fédérale.

Avec les autres blocs il faut être beaucoup plus circonspects. De ce point de vue là Maurice Allais a parfaitement raison.

Malheureusement son message a été brouillé par les récupérations auxquelles il a donné lieu. Maurice Allais a été imprudent. il a laissé des groupuscules ou des partis politiques plus ou moins douteux reprendre son message sans qu'il se distancie suffisamment.

Nous préférons mille fois l'attitude de James Tobin qui avait eu la surprise de voir son idée de taxe sur les transactions financières récupérée par des groupements soit disant "altermondialistes".  Il a pris ses distances de la façon la plus formelle avec l'idéologie, les objectifs et la pratique de ces instances qui lui répugnaient profondément.

Privé d'accès aux médias, irrité de constater que le seul prix Nobel français était privé de tribune sur des sujets où il avait conscience d'avoir parfaitement raison et où les enjeux étaient majeurs, il a accepté de se laisser non pas embrigader mais au moins associer aux campagnes de mauvais goût d'un Larouche et d'un Cheminade ; il n'a pas marque de réticence à voir Mme Marine le Pen emboucher son message avec les objectifs qui étaient les siens.  Il l'a payé d'un discrédit largement injuste. Ces idées valaient mieux que cela.

Nous mêmes au cercle des économistes e-toile, qui professons sur de nombreux sujets des idées qui vont à l'encontre des idées dominantes (ou de l'absence d'idées) prenons bien soin  d'expliquer en détail les différences qui nous séparent de groupes extrémistes qui peuvent avoir sur tel ou tel sujet des idées similaires.

La France est malheureusement le terreau des batailles idéologiques les plus sottes. Les faits ne sont plus étudiés pour ce qu'ils sont mais pour le degré de confirmation qu'ils donnent à des pulsions fumeuses. Les réflexions sont embrigadées pour leur faire dire bien d'autres choses de ce qu'elles veulent dire.  Nous contestons bien des analyses d'un Sorman ou d'Attac. Mais il nous arrive d'être d'accord avec des points exprimés par Sorman ou Attac.  

Pour eux ce ne sont pas la valeur intrinsèque des analyses qui comptent mais le degré de virulence qu'elles permettent à l'expression de leurs articles de foi. Pour nous c'est justement cette valeur intrinsèque qui nous intéresse et nous voulons qu'elle féconde les partis de gouvernement et l'opinion dominante, pas seulement les extrémistes de tous les bords.

Nous sommes certains que si Maurice Allais n'avait pas été mis sur la touche aussi grotesquement,  c'est au coeur de la réflexion politique et économique qu'il se serait adressé. C'est là qu'il fallait qu'il expose et s'expose. C'est là que le débat aurait du être ouvert.  C'est là que la France aurait pu apparaître comme en pointe sur des sujets cruciaux ignorés par les économistes américains qui tiennent le haut du pavé mais y disent à peu près n'importe quoi.    

Une dramatique occasion manquée.

Le débat continue.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Maurice Allais : souvenir d'une conversation aux effets durables

J'ai rencontré Maurice Allais une fois.

J'élaborais  alors une thèse de doctorat sur la "prévision à long terme". Je rencontrais des difficultés croissantes avec mon responsable de thèse, Bertrand de Jouvenel, car plus j'avançais plus je constatais qu'elle était impossible, cette prévision à long terme. Finalement nous nous séparerons lorsque je proposerais le titre "la prévision à long terme : un impossible espoir". Mais avant cela il fallait épuiser toutes les sources disponibles. Un collègue me dit : "Va voir un certain Maurice Allais. C'est un original. Mais au moins il te dira si les mathématiques sont capables de régler la question des prévisions à long terme : c'est un polytechnicien".

Par acquit de conscience je me présentais un matin à l'école des Mines où on m'avait dit qu'il exerçait. Nous étions début 1968, à une époque où le système de Bretton Woods commençait à se défaire mais avant les "évènements" que personne à ce moment là n'imaginait. Maurice Allais n'était pas très connu du grand public.  Je voulais simplement déposer le mot que j'avais préparé pour solliciter un entretien. L'appariteur me dit d'attendre un moment. Quelques instants plus tard Maurice Allais était là.

Il était dans la force de l'âge mais son port était déjà celui d'un académicien.  Il n'avait pas lu mon texte et me demanda ce que je lui voulais. Je l'expliquais en deux mots.

"Alors marchons", dit-il. Nous sortîmes sur le boulevard St Michel et prîmes la petite porte qui ouvre sur le Luxembourg, un peu plus bas.  Nous fîmes en 20 minutes un tour qui nous vit sortir par la porte donnant sur l'Observatoire avant de revenir à l'entrée de l'école des Mines.

Maurice Allais était à la fois impressionnant et extrêmement civil, sévère et accueillant. Tout était paradoxe en lui. Je souhaitais lui poser des questions. C'était lui qui ne cessait de me questionner.  On m'avait parlé de son approche mathématiques, il parlait psychologie et sociologie.  Il était de réputation  un théoricien et il abondait en réflexions pratiques. Son apparence était hiératique mais ses propos étaient emplis de passion.

Quelles sont les leçons que j'ai consignées après cette péripatétique expérience ? Elles me paraissent encore aujourd'hui d'une brulante actualité.  J'en cite quelques unes :

- La prévision à long terme est impossible même avec des outils mathématiques sophistiqués (il m'annonçait cela benoitement après que je lui ai indiqué  mon sujet de thèse : la vérité n'avait pas à s'encombrer de contingences aussi minces que mon désespoir devant le temps perdu !).

- La méthode Delphi est une sottise : concaténer des opinions fausses ou incertaines ne donnent aucune vérité (elle est aujourd'hui utilisée sous la forme du "consensus d'experts" dont on sait ce qu'il vaut notamment pour les prévisions boursières et les prévisions conjoncturelles).

- L'économie est une affaire de sociologie et de psychologie. Mais la sociologie et les comportements peuvent être mis en équation.

- La monnaie est l'affaire économique centrale et ses lois sont liées à la nature humaine profonde qui prise collectivement présente des constantes mesurables.

- La monnaie est une affaire trop importante pour être confiée aux banquiers et aux inspecteurs des finances qui monopolisent le domaine en France. Exception : J. Rueff, lui aussi polytechnicien...

- Le cycle des affaires existe ; il est une fonction de la capacité d'oubli des agents économiques. Son relais principal est la monnaie  via le comportement des offreurs de crédits bancaires et des porteurs d'encaisses.  

- L'économie ne saurait être une science sans quantification et sans abstraction. Elle doit fonctionner  comme toutes les autres sciences. Partir des faits est essentiel. Mais les faits ne sont perçus qu'à travers des concepts. Des concepts faux donnent une statistique inutilisable.  

Ceux de nos lecteurs fidèles reconnaitront sans difficulté  certaines de nos idées force...Elles murissent depuis 40 ans !

On présente parfois Maurice Allais comme un penseur sectaire. C'était tout le contraire. Il voulait que le modèle coïncide avec la réalité. Sans preuve expérimentale une théorie ne vaut rien. Beaucoup se sont mépris du fait du caractère volontiers altier et catégorique  de sa manière d'exposer les certitudes nées de ses travaux. On lui fait procès de théories un peu tirées par les cheveux ,"far fetched" disent les anglo saxons,  voire complètement lunatiques. Il est vrai que lorsque je l'ai entendu expliquer que les structures foncièrement périodiques de la nature conditionnaient notre manière de se souvenir et que les ondes dans lesquelles nos cerveaux baignent étant périodiques, c'est elles qui influencent le caractère cyclique de l'économie, j'ai senti en moi comme une réticence. Mais il admettait qu'il s'agissait d'hypothèses. La science n'est qu'une suite d'hypothèses dont seules celles qui fonctionnent demeurent. Sans hypothèses imaginatives pas de sciences.

C'est la seule rencontre que j'ai eu avec Maurice Allais. J'abandonnais peu après le sujet de thèse que m'avait suggéré  Bertand de Jouvenel : Allais avait raison, la prévision à long terme n'avait aucun sens ! La discipline finira par tomber dans l'oubli. Maurice Allais avait raison.

J'ai acheté tous les ouvrages d'Allais accessibles en librairie au fur et à mesure de leur parution. Son prix Nobel ne m'a pas surpris. Il était amplement mérité par ses travaux sur la théorie quantitative de la monnaie, même si les Nobels se sont décidés sur d'autres travaux, qui, à mon sens n'ont pas la même portée.  

Bien qu'il ait connu tous les honneurs, j'ai été surpris de constater qu'en France il n'était reconnu en rien, pour ainsi dire marginalisé. A un âge où beaucoup s'écartent des soucis de la vie publique, il a accepté d'entrer dans la mêlée.  Il l'a fait de façon tonitruante avec la certitude d'avoir raison et une profond dégoût de voir que, lui, le seul Nobel Français, était tenu pour un hurluberlu.  Sa contestation des changes flottants, de certaines pratiques des banques, de la disparition du tarif extérieur commun a toujours été parfaitement documentée et argumentée. C'est ce que j'aimais en lui : la capacité d'oser anticiper sur le futur, de prendre le risque d'être désavoué par les faits. Nous avons une collection d'économistes français ou taiseux ou champions de la rétrospective sans risque qui ne méritent que le dédain. Allais aura été quasiment le seul à prendre le risque d'annoncer des scénarios avant qu'ils ne produisent leurs effets. Grâce lui soit éternellement rendue pour ce courage.

Il n'a pas été compris. Bientôt des excités  ont exploité la réputation du Nobel pour cautionner leurs petites boutiques. On l'a vu Lepéniste, Larouchien,... En vérité il était Allais, un penseur libre mais qui avait compris que la profonde césure idéologique en France ne rimait à rien.  On se méprend généralement sur sa formule, tardive,  selon laquelle il était un libéral socialiste. Il voulait simplement dire que ce qu'il enseignait était indifférent aux doctrines et aux idéologies dominantes.  Si la monnaie était un bien collectif qui ne devait pas être laissée entièrement aux mains des banques, cela ne voulait pas dire qu'il était collectiviste. Si un certain protectionniste était nécessaire pour éviter des effets contreproductifs d'un commerce entièrement libre entre pays de niveaux de vie totalement différents et de niveaux de règlementations également différents, cela ne voulait pas dire qu'il était pour les monopoles et les mauvais coups portés au commerce par des gouvernements favorisant ses champions et des structures nationalisées obsolètes.      

Maurice Allais voulait le bien commun ; il était insensible aux idéologies ;  il pensait que l'observation était la seule maîtresse acceptable ; il croyait que lorsqu'on était sûr de ses théories il fallait en faire profiter le plus grand nombre.

Bien sûr il pouvait se tromper. Nous avions relevé en 1998 qu'il se trompait une fois de plus  sur la date de la grande crise qu'il prévoyait, comme il s'était trompé sur la nature de la crise boursière de 87. Nous pensions que cette grande crise surviendrait 18-20 ans après la crise de 1991-93, en application de notre théorie du cycle.  Mais qu'elle était en effet inévitable pour les raisons qu'il professait, et d'autres qui l'avaient été par J. Rueff. Curieux que les deux penseurs en économie dont les observations sont critiques pour mener une analyse pertinente de la situation d'aujourd'hui soient deux Français, polytechniciens et académiciens, qui ne furent des économistes qu'autodidactes et par passion personnelle et non de formation. Curieux que l'un comme l'autre attinrent les honneurs les plus élevés mais furent pratiquement rejetés, niés, oubliés par les médias saisis tout à coup par ce réflexe de dominés d'aller chercher leurs auteurs économiques à l'étranger, un des signes les plus sûrs d'une décadence dans l'ambition et la vitalité nationales.   

La crise qu'Allais anticipait parce qu'en effet "ce qui doit arriver arrive", est survenue en 2008. Nous l'avons prévue  et annoncée en détail aussi bien dans son calendrier que dans sa force dès 2006.  Maurice Allais s'était trompé deux fois. Il s'est tu cette fois là, concentrant son combat, à plus de 90 ans, sur le libre échange. Dommage ! Il aura fallu qu'il meurt pour qu'on s'aperçoive tout à coup que tout ce qu'il enseignait était au cœur des problématiques actuelles.

Le traitement infâme et injuste  de la presse quotidienne nationale nous avait conduit à stigmatiser assez durement l'article du Monde de 98  rendant compte du livre d'Allais  annonçant une future crise de type 1929  et qui se concluait sur un "nous voilà averti" bêtement ironique. Les mécanismes décrits par Maurice Allais étaient peu contestables même si nos explications étaient sur certains points divergentes. Ils ne méritaient ni ironie facile ni mépris. Le Figaro lui ne risquait pas d'être attaqué sur ses commentaires  : il avait retiré à Maurice Allais la tribune qu'il lui avait offert un temps et ignorait superbement ce qu'il avait à dire. L'occultation est toujours plus efficace que la critique morveuse.

Allais  a découvert la force terrible des tabous que même un Nobel français couvert d'honneur ne pouvait vaincre. Sa dernière interview à Marianne est terrible : le bal médiatique des économistes ignorants existe bien. Le fait qu'ils n'aient rien vu venir de la crise ne les empêche pas de pérorer toujours et encore. Et parfois ils ne sont pas seulement ignorants : ils trompent le monde sciemment.

C'est un thème qui nous est familier.

Que les médias aient réduit Maurice Allais au silence, notamment la télévision qui forme désormais l'opinion , est une grande faute.

Qu'on nous permette d'affirmer que c'est une des raisons de la création de notre Cercle et de notre blog. Il importe que des questions clés non abordées dans la presse ou travesties soient discutées par des économistes indépendants dans le langage du grand public.

Nous admettons avec plaisir et même honneur que nous nous situons dans le sillage de Maurice Allais, même si nos thèses sont parfois  différentes et à l'occasion opposées.

Quarante ans après, le tour du jardin du Luxembourg avec Allais produit encore sa petite musique.

FMI : l'incroyable aveu de DSK !

L'aveu fait par DSK dans son interviex au journal le Monde datée  du 8 octobre 2010 est tout à fait extraordinaire.

"Le FMI va commencer des études de contagion", dit-il. "Jusqu'à présent le FMI étudiait la politique monétaire des Etats Unis principalement en analysant ses effets sur l'économie américaine elle même".  Et il continue en remarquant qu'il procèdait de même sur la question des excédents Chinois.

On relit en se pinçant.  L'analyse des déficits américains et des excédents chinois n'était même pas unifiée !  La stratigraphie des services bureaucratiques  remplaçait l'analyse économique du monde par  des analyses exclusivement pays par pays.

Comment détecter alors ce qui est pour nous le source principale de la crise : la double pyramide de crédits  s'emballant entre la Chine et les Etats Unis, provoquant partout une inflation de dettes intenables, aggravées par l'instabilité structurelle des changes flottants. ?

Ainsi s'explique la complète faillite du FMI à comprendre et à prévoir quoi que ce soit. Nous avons dénoncé cette carence dans plusieurs articles sur ce blog dès 2008. Il faudra plus d'un an au FMI pour se re synchroniser avec la réalité.

Ce compartimentage absurde de l'observation et de la réflexion n'est pas le seul fait de la bureaucratie du FMI. Sa composante idéologique est évidente.  C'est le décalque d'une organisation qui veut que les banques centrales n'ont d'autres préoccupations à avoir que le niveau des prix de leur zone monétaire.

Les évolutions de changes et les mouvements financiers internationaux, qui sont justement  les vecteurs de la "contagion" dont parle DSK,   sont idéologiquement hors du champs  de l'observation économique et d'une quelconque responsabilité politique.  Les effets multiplicateurs croisés d'une monnaie de réserve américaine non gérée comme telle, d'une politique monétaire mercantiliste en Chine et de l'instabilité des changes flottants,  qui sont le coeur même des désordres ayant provoqué la crise  n'ont pas été observés parcequ'ils n'avaient pas à être observés pour des considérations idéologiques.  Nous retrouvons là la force destructrice du tabou.  Il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

C'est sur cet aveuglement volontaire  que la postérité économique sera sans doute le plus critique. Il accompagne l'autre immense sottise qui veut qu'on se batte comme des chiffoniers sur un demi pour cent de droit de douane mais qu'on trouve normal et hors de discussion qu'une monnaie perde 50% de sa valeur par rapport à une autre.

DSK aurait voulu démontrer la nullité effarante des conceptions économiques dominantes, qui s'apparentent plus à la pensée magique qu'à une analyse scientifique des causes et des conséquences, il n'aurait pas fait mieux.  Il serait sot de croire que le changement d'attitude du FMI correspond à une prise de conscience radicale des changements de méthodes et de perspectives qui s'imposent. C'est bien là le plus grave.  La réflexion menée s'inscrit dans une école de pensée qui fait des subprimes la cause de la crise  qui se serait amplifiée par des phénomènes de contagion sous estimés.  DSK confirme cet aveuglement lorsqu'il dit : "il ne faut pas oublier le secteur privé qui est à l'origine de la crise". 

On reste dans ce charabia débile qui veut que par un effet papillon magique  le comportement de certaines firmes sur le marché immobilier américain aurait "par contagion" gangrené le monde entier.   On ne veut pas voir que la crise est systèmique  ; que les "subprimes" ne sont qu'un détail infime dans le décor de dettes immense qui s'étaient  accumulées  progressivement  du fait du comportement de certains Etats.  La non gestion du dollar bien que monnaie de réserve et le mercantilisme du gouvernement communiste chinois dans le chaos des changes flottants  n'ont strictement rien à voir avec le comportement d'entreprises privées.

L'erreur conduit DSK à une contradiction immédiate puisqu'il finit par admettre que "la surévaluation du Yuan est à l'origine de tensions sur l'économie qui sont en train de devenir une menace".   Comme si cette menace était nouvelle !  Elle l'est depuis 20 ans. Seulement voilà : les changes ne pouvant pas être un problème, il était interdit d'envisager la responsabilité du système des changes.  Rappelons le : la crise des changes flottants  de 1998, improprement appelée la crise des pays émergents, n'était que le fait du comportement de "cronies" dans la bouche des économistes de cour américains et de leurs suiveurs dans les organismes internationaux comme le Banque Mondiale et le FMI.  Ajouter l'injure à la bêtise n'a jamais gêné qui que ce soit dans le domaine de l'analyse économique et monétaire internationale.

DSK n'a toujours rien compris. Il flotte comme un bouchon au gré des pulsions de ses mandants principaux.  Il fait de la politique. Rien d'autre.  A cause de cela le FMI est toujours à côté de la plaque. Son explication de la crise est nulle. Ses méthodes sont encore paralysées par l'idéologie des monnaies administratives gérées par des banques centrales indépendantes se concentrant sur l'inflation dans leur zone monétaire et dont la valeur est déterminée par "les marchés financiers".   Dans cette optique, la seule réforme demandée est que le Yuan flotte.  Pendant qu'on s'enquiert des phénomènes de contagion des crises bancaires et des moyens de les enrayer.  On a pourtant vu que tout le vacarme sur les bonus, la comptabilité, les agences de notation  n'ont abouti à rien de décisif.

L'interview de DSK montre qu'alors que le système des changes est partout sous tension et que les politiques monétaires désormais s'écartent sans honte du consensus de Washington,  le FMI traîne encore à l'arrière du front, alors que sa mission originelle dont il n'aurait jamais du s'écarter, était de conduire les états à s'inquiéter du potentiel de désastre contenu dans des politiques monétaires et de changes non synchronisées.

Le pompier n'est pas devenu pyromane.  Il avait la tête ailleurs.  Il vient de découvrir que quand le champ brûle il est bien possible que la forêt d'à côté peut aussi flamber.  Grands Dieux : il y a eu contagion ! Est-ce possible !  Et le village a fini par flamber aussi ? Tiens donc, quel intéressant  champ de nouvelles réflexions !  Alors que le climat avait été sec  depuis des années et que tous les campeurs du coin multripliaient les  barbecues !   Ne serait-ce pas ce barbecue à mergez qui aurait mis le feu en premier autour duquel s'agitent des types avec de drôles de têtes patibulaire ?  Sûrement si. Attaquons nous au goût pour les mergezs,  à la norme du barbecue et à l'organisme qui donne des notes de sécurité au barbecue.

La sécheresse ? L'inflamabilité générale ? L'absence de tout mécanisme permettant de contrôler les évolutions du feu entre les champs et le village ?  Allons : cela notre idéologie nous interdit d'y penser.

Et on en est encore là trois ans après une crise  qui a fait des dégâts gigantesques et dont la sortie n'est pas encore acquise.

Et pendant ce temps là en France les nigauds dressent un autel à DSK !

Le Français né malin ...

 

Didier Dufau pour le Cercle des économsites e-toile.

Psychologie de la crise : le tournant de l'automne 2010

L'automne 2010 restera comme la période de la faillite des illusions.

Pour les économistes, l'idée reçue était qu'en laissant filer les déficits et en gavant l'économie de monnaie, on éviterait mécaniquement la récession intense et longue, menant à la dépression. Il n'était nécessaire d'avoir ni  un diagnostic précis de la crise, ni une analyse soignée des mécanismes de sortie de la récession. L'important était de prendre des mesures ensemble et de rassurer l'opinion, cette chose si fragile dont il faut en prendre un soin constant par des mesures d'affichage.  On vit donc les pays du G.20 se refuser, dans les mots,  à la guerre commerciale et envoyer leur plan de relance commun.  

Deux ans après l'effondrement de Lehman Brothers le système bancaire a été certes partiellement pansé et les économies ont talonnés. Mais la reprise n'est pas là. La stagnation s'est installée. Le chômage est très élevé et ne régresse pas.  Les Etats sont paralysés : relance folle ou sagesse déprimante de la restriction budgétaire ?

Les économistes officiels et universitaires qui n'avaient rien vu venir de la crise et qui même l'avaient niée, sont perplexes. On voit un keynésien comme Krugman, célèbre simplement comme éditorialiste économiste de gauche, décidé à jouer une espèce de va-tout budgétaire qui va bien au delà des idées de Keynes et tueraient les Etats.  La rive des économistes de Chicago glose sur la glorieuse incapacité de l'Etat à agir durablement sur l'économie et exige  un état léger avec des potions libérales qui appliquées  tueraient le malade. En un mot les économistes de média et de cour qui s'expriment ne savent plus quoi dire.  Ils n'avaient rien compris à la crise ; ils ne comprennent toujours rien à la sortie de crise. Et la crise a maintenant trois ans, car les Etats Unis sont entrées en récession en 2007, rappelons le et le premier épisode du blocage général a été le verrouillage des marchés interbancaires  en juillet de cette là.   

Tout le monde voit bien qu'on vivait dans un système impossible. Aucune réforme n'a été faite. La reprise s'avère tout aussi impossible.

Alors des pans entiers de conceptions purement idéologiques s'effilochent quand ils ne tombent pas dans un grand fracas.   

La monnaie et les devises, ce n'était pas important. Il fallait se battre pour un demi point de droit de douane mais on pouvait dévaluer sa monnaie de 50%,  ce n'était  pas grave. Cette immense sottise , confinant au grotesque pur,  commence à apparaître pour ce qu'elle est. Il n'y a pas de marché libre des devises. Il n'y a jamais eu de changes  réellement libres. On faisait semblant d'y croire.  Martin Wolf parle de guerre des monnaies comme si c'était une nouveauté. La guerre des monnaies est permanente depuis 71. La seule chose, c'est qu'on regardait ailleurs et on faisait semblant de ne pas la voir.  Personne ne jouait le jeu pas plus les Etats-Unis et son "benign neglect" que la Chine dont on acceptait tout par fascination de son marché intérieur. Les changes étaient devenus un lieu de pure domination et de conflits de pouvoirs. La double spirale de création monétaire aux Etats-Unis et en Chine  qui provoquait un effroyable gonflement des endettements partout dans le monde était jugée "naturelle", alors qu'elle était entièrement artificielle et malsaine. Certains parlaient même d'un nouvel équilibre économique du monde, un nouveau paradigme comme disaient les pédants. Comme si un médecin déclarait qu'une tumeur cancéreuse était la marque d'un développement sain et la preuve d'une santé de fer.  

Toute cette sottise est désormais appréciée pour ce qu'elle est : une ânerie et un danger.  Les relations de puissance dans le domaine monétaire qui s'étaient substituées aux relations de coopération de Bretton Woods,  prennent un tour voyant.  Il faut dire que jamais les prévisions de Milton Friedman ne se sont révélées plus fausses.  Les réserves monétaires des Etats sont au plus haut historique. Les changes ne sont pas stabilisés mais en pleine folie. Les écarts de taux d'intérêt sont les plus hauts jamais enregistrés. Les changes flottants, c'est à dire laissés aux relations de puissance et à la spéculation, sont au cœur du déclenchement de la crise et maintenant empêchent la reprise. Et les gouvernements ne se cachent même plus d'intervenir massivement  sans faire semblant que ce sont "les forces du marché" qui forment les cours.  

La complainte monétaire est partout : la Suisse et le Japon sont asphyxiés par la pression qui s'exerce sur leur monnaie au moment où la panique conduit à planquer son épargne dans des monnaies sûres.  Le Brésil découvre que son miracle était d'essence essentiellement monétaire : les effets de la dévaluation du Real se terminent. “Nous sommes en pleine guerre des monnaie, un affaiblissement général des devises. Cela nous menace parce que cela nous prive de compétitivité internationale dit Guido Mantega, le ministre des finances du Brésil.  Qui disait que le Brésil était un paradis sans nuage ?

La Chine tremble de plus en plus pour son indécent  magot mercantiliste, au point d'en investir un bout en junk-bonds grecs !  L'Europe qui avait bénéficié au second trimestre d'un petit coup de fouet monétaire lorsque l'Euro était redescendu à 1.25 dollar est à nouveau étouffée par un dollar à près d'1.40.  

Plus personne ne croit que les changes fixent leurs cours de façon naturelle et que la main invisible représente la sagesse économique dans ce domaine. Le tabou des changes flottants n'est pas tombé. On n'entend encore aucune voix officielle pour annoncer la mort de cette catastrophe idéologique.  Mais la foi dans cette religion est morte. Personne n'y croit plus.  

La conception selon laquelle il fallait abaisser tous les droits de douanes jusqu'à un niveau proche de zéro, empêcher toutes les restrictions aux services, en même temps qu'on laissait à des banques centrales indépendantes le soin de produire de la monnaie administrative dont la valeur s'établirait librement sur un marché libre, cette conception là est morte.  

L'ennui pour l'Europe c'est qu'elle a bâti son architecture monétaire sur cette erreur monstrueuse.  Si la valeur des devises doit désormais être défendue par les états dans le cadre d'une coopération structurée, la BCE se retrouve toute seule dans le froid avec une mission totalement décalée. Personne n'osera le dire car c'est tout le projet Européen qui serait en balance au dessus du vide.  L'Europe n'a plus le choix : soit c'est la fuite en avant vers des éléments d'état fédéral dans la gestion économique, avec la création d'instances qui pourraient dans le cadre d'accords internationaux monétaires garantir des engagements de stabilité, soit c'est l'éclatement. Naturellement cette énorme problématique n'est discutée nulle part aussi franchement.  Mais l'opinion diffuse est que les structures européennes sont maintenant caduques.  On fait encore semblant de croire que la BCE indépendante,  chargée seulement de contrôler que les prix moyens à la consommation en Euroland ne dérapent pas, est une bonne institution. Ici encore la foi a évacué l'église.

Comment réagit l'opinion ?  Depuis le début de la crise nous disons : attention à l'impatience des peuples après deux ou trois ans de crise. On se rappelle qu'à l'automne 2008 la majorité des gens regardaient la crise comme un spectacle extérieur qui ne les concernait pas. Deux ans plus tard le décor a entièrement changé.

Les populations protégées voient bien que les protections dont elles bénéficiaient sont largement illusoires. Un peu partout les fonctionnaires voient leurs privilèges gravement érodés. On n'hésite plus à revoir leur durée de travail, journalière, mensuelle et la date de leur départ à la retraite. Pire, les niveaux de rémunérations et de pensions deviennent des variables d'ajustement budgétaires. Les populations qui pouvaient se croire totalement à l'abri intègrent tout à coup qu'elles sont aussi concernées.

Les familles voient leur moral attaqué à la fois par la perspective d'une aggravation fiscale importante, des possibilités de chômage de longue durée incontrôlables et surtout par le sentiment que leurs enfants feront partie d'une sorte de génération sacrifiée. Plus de 30% de la classe des élites universitaires et des grandes écoles restent à quai à la fin d'études de plus en plus longues et coûteuses. Les plus dynamiques ont cru qu'en toutes circonstances ils s'en sortiraient, grâce à leur savoir faire, leur réseau, leur ouverture au monde et leur bonne volonté.  Cette foi vacille.

Les épargnants sont tétanisés.  Leurs gestionnaires croient que la licence monétaire de la FED va entraîner une formidable inflation. On ne cherche même plus le rendement. Seulement la protection. Comment ne pas tout perdre ? C'est la fuite généralisée devant les monnaies. L'or vient de passer au dessus de 1300 dollar l'once, venant de 800 au début des désordres.  La fiscalité sur l'épargne est clairement la voie choisie par les gouvernements pour trouver de l'argent frais.  Pour tous c'est la perspective non seulement d'une stagnation mais de la confirmation des pertes acquises et de prélèvements nouveaux.  

Les salariés européens et notamment français voient leurs perspectives se boucher chaque jour d'avantage.  Personne ne voit poindre la reprise. On tremble pour son emploi. On tremble pour la réduction de certains avantages acquis.  En même temps qu'on parle d'une retraite plus tardive on craint qu'elle finisse amputée.  A la peur du lendemain s'ajoute la peur du surlendemain.

Le monde, l'Europe, la France sont désormais dans une psychologie de crise avec à la fois un basculement des idées dominantes dans le discrédit,  une peur réelle et un début d'intolérance. Bientôt on verra apparaître la haine, dont les titres des magazines donnent en France un avant goût.

Nous entrons dans la période de tous les dangers.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Commentaires sur le manifeste en 22 mesures des "économistes atterrés"

Des économistes se prétendant "atterrés" ont présenté un programme de 22 mesures. Les économistes officiels ne le commenteront pas.  C'est dommage. Il faut toujours débattre en économie.


Voici nos commentaires.  


Nous rappelons d'abord le texte du manifeste (fausse évidence et mesure proposée)  puis nous donnons notre réponse

Fausse évidence n°1 : Les marchés financiers sont efficients
·    Mesure n°1 : cloisonner strictement les marchés financiers et les activités des acteurs financiers, interdire aux banques de spéculer pour leur compte propre, pour éviter la propagation des bulles et des krachs


Le vrai problème est d'éviter que les dépôts des particuliers et des entreprises servent à des spéculations pour compte propre.  Il ne faut pas interdire les opérations pour compte propre mais elles doivent être effectuées par des organismes financiers distincts des banques de dépôts et  qui travailleraient sur leur capital. En cas de faillite, ces organismes ne seront pas sauvés par l'état au nom de la défense des dépôts.
 
·    Mesure n°2 : Réduire la liquidité et la spéculation déstabilisatrice par des contrôles sur les mouvements de capitaux et des taxes sur les transactions financières

Les contrôles financiers n'auraient de sens que dans le cadre d'une défense concertée des valeurs des devises dans un système de change fixe. Le but serait alors de réduire des déséquilibres temporaires. Nous avons déjà dit ce que nous pensions de la Taxe sur les transactions financières.

·    Mesure n°3 : limiter les transactions financières à celles répondant aux besoins de l'économie réelle (ex.: CDS uniquement pour les détenteurs des titres assurés, etc.)

Certains types de contrats peuvent être réglementés. Mais limiter les transactions financières parce qu'elles seraient "le mal" n'a pas de sens. Notons qu'on ajoute à une taxe de type Tobin des interdictions physiques de contracter. On bloque totalement les échanges. 

·    Mesure n°4 : plafonner la rémunération des traders
La rémunération des traders est une conséquence pas une cause. On entre dans la chasse aux rémunérations : on commence avec les traders et on finit où ? 

Fausse évidence n°2 : Les marchés financiers sont favorables à la croissance économique
·    Mesure n°5: renforcer significativement les contre-pouvoirs dans les entreprises pour obliger les directions à prendre en compte les intérêts de l'ensemble des parties prenantes


Il n'y a pas de pire contre pouvoir que les consommateurs eux mêmes : s'ils ne sont plus là  il n'y a plus d'entreprise. La responsabilité de l'avenir économique d'une entreprise doit rester entre les mains de sa direction.  Il existe toujours pour ceux qui le veulent de monter des coopératives. 

·    Mesure n°6: accroître fortement l'imposition des très hauts revenus pour décourager la course aux rendements insoutenables

Les prélèvements représentent en France plus que la valeur ajoutée des entreprises privées. Avec des taux d'imposition pour les hauts revenus entre 80 et 100% si on prend toutes les charges en considération. Mesure d'affichage politique populiste comme pour la rémunération des traders. Aucun effet bénéfique pour personne. En revanche il faut unifier la taxation de toutes les rémunérations et éviter que certaines d'entre elles aient des fiscalités dérogatoires trop favorables. 

·    Mesure n°7: réduire la dépendance des entreprises vis-à-vis des marchés financiers, en développant une politique publique du crédit (taux préférentiels pour les activités prioritaires au plan social et environnemental)

Cela existe ; cela s'est toujours fait. Cela continuera à se faire. Les "activités prioritaires au plan social" sont un concept politique vague et ouvrant la porte au n'importe quoi.  
 
Fausse évidence n°3 : Les marchés sont de bons juges de la solvabilité des Etats
·    Mesure n°8 : les agences de notation financière ne doivent pas être autorisées à peser arbitrairement sur les taux d’intérêt des marchés obligataires en dégradant la note d’un État : on devrait  réglementer leur activité en exigeant que cette note résulte d’un calcul économique transparent.


C'est bien sûr en cassant le thermomètre qu'on fera tomber la température.  

·    Mesure n°8bis : affranchir les États de la menace  des marchés financiers en garantissant le rachat des titres publiques par la BCE.

Les Etats ont bien d'autres moyens de se défendre.  Engager structurellement la banque centrale à cautionner les emprunts d'états est la porte ouverte au n'importe quoi.
 
Fausse évidence n°4 : L'envolée des dettes publiques résulte d'un excès de dépenses
·    Mesure n° 9 : Réaliser un audit public et citoyen des dettes publiques, pour déterminer leur origine et connaître l'identité des principaux détenteurs de titres de la dette et les montants détenus.


La connaissance précède l'action : chercher les propriétaires des créances sur l'état a simplement pour objectif de permettre de leur nuire en faisant à l'occasion de la démagogie sélective.

En revanche il est intéressant de savoir quelle est la part de la dette contractée en devise et l'importance des porteurs nationaux. Le Japon est lourdement endetté mais vis à vis de lui même (c'est l'épargne japonaise qui finance les déficits publics). La France a pris le risque de se financer beaucoup hors d'Europe.  Des règles en la matière seraient sans doute utiles.  
 
Fausse évidence n°5 : Il faut réduire les dépenses pour réduire la dette publique
·    Mesure n°10 : Maintenir le niveau des protections sociales, voire les améliorer (assurance-chômage, logement…) ;


Nous avons déjà le niveau de protection sociale le plus élevé au monde ce qui explique que la récession ait de son seul mouvement mis tout notre système public en énorme déficit.  Aller plus loin est un voeux pieux alors que nous sommes déjà le pays qui a la proportion la plus faible de sa population au travail.  Il faut au contraire réduire la possibilité de vivre aux crochets de la collectivité indéfiniment en rendant les aides temporaires, avec une forte incitation à travailler. Mais cela veut dire une politique d'expansion et le rejet du malthusianisme. La politique de logement doit être centré sur les jeunes ménages qui ont des enfants.

·    Mesure n°11 : accroître l'effort budgétaire en matière d'éducation, de recherche, d'investissements dans la reconversion écologique... pour mettre en place les conditions d'une croissance soutenable, permettant une forte baisse du chômage.

On retrouve toute l'ambigüité du discours politiquement correct sur l'écologie : on veut aggraver durablement tous les coûts au nom de l'écologie et on croit qu'avec cela on va réduire le chômage. On n'augmente pas la vitesse en montant sur les freins. Les mots sont impuissants à résorber cette contradiction.

Les économies à faire sur la nature sont des emplois de la richesse et de la productivité pas  leur moteur
 
Fausse évidence n°6: La dette publique reporte le prix de nos excès sur nos petits-enfants
·    Mesure n°12 : redonner un caractère fortement redistributif à la fiscalité directe sur les revenus (suppression des niches, création de nouvelles tranches et augmentation des taux de l’impôt sur le revenu…)


La fiscalité directe sur le revenu est payée par 500.000 personnes en France sur 66 millions de résidents. Le cumul des prélèvements et des impositions sur ces ménages aboutissent à des taux d'imposition de plus de 80% même avec le bouclier fiscal (qui laisse passer les deux impôts les plus importants : les charges patronales et la TVA). Croire qu'en finissant de ruiner ces moteurs de l'économie on va s'en sortir est (au mieux) une escroquerie morale et politique. 

·    Mesure n°13 : supprimer les exonérations consenties aux entreprises sans effets suffisants sur l'emploi

Si on veut dire que la subvention au 35 heures doit être supprimée, il n'y a aucun doute. Le gros problème est dans l'exonération des charges sociales des smicards actuellement reportée sur la dette. Comme système de croissance durable, il y a mieux. Il faut certainement réfléchir intensément à une meilleure solution.  Cela dit les interventions économiques des collectivités locales et de l'Etat sont très généralement des échecs effroyables.
 
Fausse évidence n°7 : Il faut rassurer les marchés financiers pour pouvoir financer la dette publique
·    Mesure n°14 : autoriser la Banque centrale européenne à financer directement les États (ou à imposer aux banques commerciales de souscrire à l’émission d’obligations publiques) à bas taux d'intérêt, desserrant ainsi le carcan dans lequel les marchés financiers les étreignent


La BCE a financé les Etats et indiqué qu'elle le ferait en cas de crise extrême. Que la planche à billets ne soit pas le mode de financement naturel des déficits publics est tout à fait normal. Qu'on y recourt en cas de crise exceptionnelle n'a rien de choquant.

·    Mesure n°15 : si nécessaire, restructurer la dette publique, par exemple en plafonnant le service de la dette publique à un certain % du PIB, et en opérant une discrimination entre les créanciers selon le volume des titres qu'ils détiennent: les très gros rentiers (particuliers ou institutions) doivent consentir un allongement sensible du profil de la dette, voire des annulations partielles ou totales. Il faut aussi renégocier les taux d’intérêt exorbitants des titres émis par les pays en difficulté depuis la crise.


La ruine du rentier a été tentée par les gouvernements Laval et suivants : généralement accompagné d'une réduction de revenu des fonctionnaires, c'est une mesure de déflation. Elle n'a de sens que si les prix baissent ou ont baissé.  Si l'endetté est dans une position dangereuse il lui sera difficile quoi qu'il arrive de trouver des bailleurs.  Le transfert du risque qu'il crée sur d'autres ne peut être envisagé que comme une mesure transitoire accompagnant un fort plan de retour à l'équilibre des finances publiques. C'est d'ailleurs ce qui a été fait. 
 
Fausse évidence n°8 : L'Union Européenne défend le modèle social européen
·    Mesure n°16 : remettre en cause la libre circulation des capitaux et des marchandises entre l'Union européenne et le reste du monde, en négociant des accords multilatéraux ou bilatéraux si nécessaire


La vraie question est celle des taux de change et des politiques de changes mercantilistes, plus que celle du libre échange.  On ne peut garantir le libre échange que dans un système concerté de changes fixes avec des obligations réciproques, afin que les produits s'échangent effectivement contre des produits, rendant l'affaire bénéfique pour tous.  Des échanges structurellement déséquilibrés avec des aberrations constantes dans les changes ne conduit qu'au vol de l'emploi en Europe. La question est l'organisation monétaire. Cela dit un tarif extérieur commun était utile en Europe et aurait du servir de soupape tant que le désordre monétaire n'aurait  pas été réglé. L'Europe est le dindon de la farce. Mais les solutions proposées n'ont aucun sens.  

·    Mesure n°17 :  au lieu de la politique de concurrence, faire de « l'harmonisation dans le progrès » le fil directeur de la construction européenne. Mettre en place des objectifs communs à portée contraignante en matière de progrès social comme en matière macroéconomique (des  GOPS, grandes orientations de politique sociale).

La tendance de la mondialisation est de créer des monopoles et des oligopoles. Une politique de lutte contre les concentrations abusives est donc strictement indispensable. Sinon les Etats et les consommateurs se retrouveront nez à nez avec des monstres plus gros qu'eux et capables de leur imposer leur loi. De même la notion d'industrie stratégique a un sens. En revanche les grands programmes multilatéraux fondés sur le politiquement correct n'aboutissent généralement qu'à des résultats foireux s'il n'y a pas d'organisme supranational imposant l'application des règles par la contrainte. On voit que l'Europe qui propose ce genre de cadre a déjà le plus grand mal à imposer des politiques limitées et précises. Des grands machines vagues aboutiront à des grandes bêtises inefficaces.

En revanche, il faut que la politique mondiale vise à la croissance et au plein emploi. Ce qui implique un cadre monétaire international le permettant. Les changes flottants sont l'exact système qui ne le permet pas. Rappelons que Bretton Woods avait pour but de permettre une politique expansionniste internationale.
 
Fausse évidence n°9 : L'euro est un bouclier contre la crise
·    Mesure n°18 : assurer une véritable coordination des politiques macroéconomiques et une réduction concertée des déséquilibres  commerciaux entre pays européens


Les déséquilibres commerciaux intra européens ne sont pas un problème. Pas plus que les déséquilibres commerciaux intra-français entre l'Auvergne et la Lozère.

En revanche une monnaie unique suppose une politique économique coordonnée. Là, les bœufs ont été mis avant la charrue. des corrections institutionnelles s'imposent. 

·    Mesure n°19 : compenser les déséquilibres de paiements en Europe par une Banque de Règlements (organisant les prêts entre pays européens)

Cela revient à mutualiser les dettes d'état. Certainement pas une bonne idée à terme. Chaque état est responsable de son équilibre macro économique. Les mesures de mutualisation n'ont à être envisagées que dans un cadre de secours exceptionnels. Que cela puisse être  mieux fichu qu'actuellement, c'est sûr. De là à institutionnaliser la mutualisation, certainement pas tant qu'il n'y a pas unification des politiques économiques.
.
·    Mesure n°20 : si la crise de l'euro mène à son éclatement, et en attendant la montée en régime du budget européen (cf. infra), établir un régime monétaire intraeuropéen (monnaie commune de type « bancor ») qui organise la résorption des déséquilibres des balances commerciales au sein de l'Europe

Le système de type bancor doit être mis en place à l'échelon mondial. Il permettra à l'Euro de fonctionner bien plus confortablement.
 
Fausse évidence n°10: La crise grecque a enfin permis d'avancer vers un gouvernement économique et une vraie solidarité européenne
·    Mesure n°21 :  développer une fiscalité européenne (taxe carbone, impôt sur les bénéfices, …) et un véritable budget européen pour aider à la convergence des économies et tendre vers une égalisation des conditions d'accès aux services publics et sociaux dans les divers États membres sur la base des meilleures pratiques.


Des taxes ! Des impôts ! Encore, encore, encore. Toujours, toujours, toujours. Les impôts c'est bien. C'est le bien suprême.

On a inventé en France la liberté fiscale régionale via la compétence universelle sans régler la compensation par des pertes de recettes nationales. On a eu la taxe sur le  beurre et la taxe sur la taxe sur le beurre. 1 millions d'emplois inefficaces dans les régions plus tard nous sommes obligés de revenir sur cette imbécilité et cette licence.  Et on veut faire la même chose en Europe. Qu'on nous dise quelles taxes nationales on veut supprimer en compensation ! 

Quand au vieux serpent de mer des "services publics" qu'il faudrait égaliser, cela recouvre la vieille réclamation des syndicats du secteur public de perdurer dans l'être sous le couvert de  monopoles inefficaces et couteux  garantissant à ses salariés des avantages extravagantes dans de multiples domaines. L'obligation de service public peut très bien être pris en charge dans un système concurrentiel. Réclamation corporatiste d'anciens apparatchiks cégétistes et communistes dans un but exclusivement clientéliste. A condamner absolument.
 
·    Mesure n°22 : lancer un vaste plan européen, financé par souscription auprès du public à taux d'intérêt faible mais garanti, et/ou par création monétaire de la BCE, pour engager la reconversion écologique de l'économie européenne.
 
La "reconversion écologique" est un mythe. Financer un mythe par la planche à billets une parfaite foutaise.   Halte au feu !

Au total comme dans toutes les productions d'Attac, ou équivalents, on retrouve les mêmes articles de foi :
- l'impôt c'est bien :
- la planche à billets c'est formidable
- les monopoles publics  c'est délicieux.
- les banques c'est horrible
- les riches c'est détestable.
- le libre échange c'est mal
- les transactions financières c'est parasite.
- le malthusianisme écolo c'est bien.
- l'inflation c'est ce qui nous faut
- l'Europe c'est bien si cela taxe et accepte les monopoles publics. Sinon c'est mal.

Un tel catéchisme est au mieux débile. L'économiste-cureton cégéto-trotsko-communiste  pourra parfois, comme un Le Pen, poser de "bonnes questions". Il lui apportera toujours de mauvaises réponses. En tout cas une bonne réponse, comme les ressemblances au cinéma,  "ne saurait être que le fait du hasard".

Bilan du gouvernement Fillon (2)

Nous avons examiné la politique suivie à l'aune des promesses initiales. La Grance récession est survenue, remettant tout en cause et offrant un défi  considérable. Peut-on juger la politique qui a été suivie pour le relever ?

Lorsqu'une catastrophe frappe, on demande aux autorités d'une part de faire face à l'urgence et d'autre part de se mettre en position de ne jamais plus subir, si possible, sinon des évènements du même genre mais des conséquences aussi fâcheuses.

Paradoxalement, si le gouvernement a été totalement inconscient de la crise jusqu'au début de l'été 2008, les remontées vers la tête de l'état du drame qui commençait à se jouer dans les banques se sont multipliées à partir de ce moment là.  On a vu les principales banques vendre en masse leur titre dans les comptes qu'elles géraient pour les particuliers dans l'espoir de tenir leur cours qui commençaient à dégringoler.

L'hystérie qui avait frappé les marchés mondiaux de capitaux au premier semestre se retournait à toute vitesse d'autant plus qu'en Europe la BCE avait remonté ses taux (une mesure qui restera dans l'histoire comme l'exemple du plus manifeste contre temps). La BCE avait cru qu'il y avait une simple effervescence spéculative alors qu'il s'agissait d'un épisode de plus du tremblement de l'immense masse de dettes accumulées partout par les mécanismes pervers du système monétaire international actuel et les réponses délirantes d'Alan Greenspan et de Bernanke.  Il n'y avait pas liquidités en trop en Europe qu'il aurait fallu freiner, mais un glissement de terrain. La panique devant la monnaie n'avait jamais été aussi haute depuis les premières faillites bancaires du début 2008. Les banques trouvaient de moins en moins à se refinancer. La BCE a encore compliqué le processus.

Aux Etats-Unis le processus d'effondrement des "subprimes" commencé fin 2006 avaient conduit les banques américaines à se débarrasser d'une partie de leur engagement sur l'étranger. On avait vu ainsi les Landesbank allemandes gorgées de capital par le gouvernement à la suite de leur changement de statut en acheter des paquets colossaux. Mais tous les gestionnaires de fortunes en Europe s'en sont également gavés pour tenir leur rang : les trésoreries "dynamiques" gagnaient en apparence plus sans qu'on sache de quel risque se nourrissait ce plus.  En 2008 la question était de savoir qui avait le mistigri. Le marché interbancaire était à sec, ravagé par la méfiance.

Dès juillet 2008 cela craque de partout. La consternation s'installe dans les conseils d'administration des banques. Puis la peur. La peur du gros krach commence à devenir palpable malgré la moiteur de l'été dès la mi août et gonflera pendant la première semaine de septembre.  

Jusque là le gouvernement français a été totalement inconscient de ce qui se passait. Son "agenda", comme disent les américains,  en début de mandat, n'était pas nourri de ce genre de considérations et d'observations. Le Président Sarkozy était en plein dans sa politique de réconciliation avec les Etats Unis et se préoccupait surtout d'être invité par les Bush ; il passait ses vacances aux Etats Unis. Ou et quand aurait-il pu prendre la stature du commandeur pour dénoncer la catastrophe financière qui arrivait et demander d'urgence des mesures correctrices et préventives ? Il ne savait même pas que la crise décennale usuelle frappait à la porte. Le ciel économique était bleu et le soleil brillait.  

Du côté des éminences conseillant le premier ministre ce n'était pas mieux. Pris dans une floraison de réforme poussées souvent à l'emporte pièce, concentrés sur le budget depuis juin, les conseillers du gouvernement ne regardaient pas spécialement du côté des banques et ne nourrissaient aucune inquiétudes économiques fondamentales. Les banques d'ailleurs leur mentaient en cœur. Alors que la crise des "subprimes" commençaient à mordre très sérieusement dans leurs comptes et que de nombreux prêts paraissaient de plus en plus aventurés, elles prétendaient toutes être totalement indemnes ou si peu touchées que cela ne méritait même pas qu'on en parle.  Les Américains, les Espagnols, les Irlandais et les Islandais, d'accord, ils étaient mal partis avec tout leur immobilier. Les Anglais peut-être un peu. Mais pas nous les banques françaises, voyons !

Personne, strictement personne, ne raisonnait en masse globale de crédits et ne voulaient voir que cette montagne instable était en train de glisser.  On croyait à une crise technique limitée avec "découplage" du reste du monde.  Le FMI se montrait particulièrement grotesque dans cet exercice de fausse explication. Pendant tout l'été la tension monte dans les banques et commence à filtrer vers le gouvernement. Certains hauts responsables bancaires commencent à confier leur inquiétude "sur ce qui se passe aux Etats unis". Pas question de laisser penser qu'en France cela tangue.  Les banques françaises qui se sont engagées dans des opérations excessivement dangereuses pour grossir vite et entrer dans des marchés qu'elles ne connaissaient pas,  sont violemment frappées par ce qui se passe aux Etats unis, à l'instar d'UBS en Suisse qui ne peut plus cacher ses misères : Natixis, Dexia, etc..

Mais rien ne bouge dans le programme du gouvernement. Les souris dansent sur un volcan. Qu'on se le rappelle : toute l'affaire du moment, c'était le Grenelle de l'environnement. La loupe médiatique était sur le réchauffement médiatique, les voyages de M. Borloo au Groenland, les vacances écologiques de M. Hulot. La vertu écologiste suintait de partout. Les plans sur la comète prenaient une ampleur rarement vue.

Gouverner c'est prévoir. Sur ce plan le gouvernement Fillon a entièrement failli.  De même que le candidat Sarkozy n'avait pas compris qu'il subirait une crise en plein milieu de son mandat, de même aucune des instances gouvernementales n'a perçu que le jour J était arrivé. La faillite de  la Northern Rock, un an auparavant, menaçait maintenant tout le monde, partout.

Et Lehman Brothers explosa en plein vol.

En un jour ce fut une panique générale. Tout le système bancaire mondial était menacé et l'ampleur de la menace globale n'était même pas vue  : on croyait toujours a un effet dérivé des subprimes. On ne voyait pas que c'était un glissement global de la mondiale pyramide des dettes qui démarrait.  Cela suffisait malgré tout à laisser prévoir le pire. Dans son discours de Toulon  quelques jours après le Krach,  le président Sarkozy décrivait bien les choses :
"Une crise de confiance sans précédent ébranle l’économie mondiale. De grandes institutionsfinancières sont menacées, des millions de petits épargnants dans le monde qui ont placé leurséconomies à la Bourse voient jour après jour fondre leur patrimoine, des millions de retraités qui ont cotisé à des fonds de pension craignent pour leurs retraites, des millions de foyers modestes sont mis en difficulté par la hausse des prix. Comme partout dans le monde, les Français ont peur pour leurs économies, pour leur emploi, pour leur pouvoir d’achat".

Une partie de la réalité avait fini par percer dans l'esprit des plus hauts dirigeants français. Elle était si grave que l'idée même de la farder n'était plus de mise.  Au moins les réflexes de survie de N. Sarkozy ont évité qu'il ne tergiverse.  Il a vu vite qu'il fallait parler haut et fort et si possible ensemble.

Il faut dire que le tableau international à cette date était pitoyable.

Paulson, le responsable de la politique américaine, était complètement dépassé par les évènements.  Il avait laissé Lehman s'effondrer sans même se rendre compte que dans la seconde il mettait en faillite AIG.  

La faillite d'AIG pour la France signifiait l'effondrement des plus grandes banques françaises qui étaient gorgées de CDS dont AIG était la contrepartie. Le gouvernement français n'avait plus la maîtrise de rien. Tout dépendait désormais de la BCE, de la FED et du gouvernement américain.

Les Européens continentaux étaient totalement pris par surprise. La chancelière allemande a cru un temps que son pays n'était pas touché. La réalité n'a pas tardé à la rattraper.   Quand tout le monde fut bien convaincu qu'il fallait rassurer les particuliers pour éviter des ruées bancaires, une organisation collective fut mise en place.

Tout reposait sur le sauvetage d'AIG. Si AIG tombait le monde entier perdait son architecture bancaire ! Il s'agissait de centaine de milliards de dollars avec des effets induits multiplicateurs.  Quelque soit les reproches faits à Paulson,  le fait d'avoir tenu sur ce point a évité d'ôter une ancre essentielle à l'avenir du système. Personne n'avait dénoncé, sinon la BRI (BIS), le gonflement inouï de ces contrats dans les quatre années précédentes. L'explosion de ce sous système aurait emporté tout.

Sans cet acte crucial aucune des politiques mises en œuvre en Europe n'aurait pu fonctionner.  Avec lui, le cadre de réponse international mis en place, beaucoup sous la stimulation du gouvernement français, s'avéra suffisant pour éviter une panique générale. Quelques ruées eurent lieu dont celle qui emporta Northern Rock mais dans l'ensemble les particuliers cessèrent assez rapidement de vouloir sortir leur encaisse des banques.

Le reste de la politique gouvernementale ne fut pas, après cela, particulièrement original. Gérer un effondrement de conjoncture ne demande pas finalement beaucoup de mesures particulières. On soutient quelques secteurs critiques ; les banques, l'automobile, le bâtiment.  Pour le reste on laisse jouer les amortisseurs sociaux.  Le plus dur est d'arrêter les bêtises en train de se faire. Il y a une inertie d'environ 9 mois avant que tous les acteurs comprennent que le temps des cerises est passé.

Bien décidé à suivre une politique de juste milieu, où on ne casse rien par un comportement paniquard ou aventuré, le gouvernement Fillon fera une relance modérée, et aucune réforme. Aucun discours sérieux ne sera tenu pour éclairer les Français sur les causes de ce drame économique : on affirmera qu'il vient des Etats Unis ; que c'est la faute des banques, des polytechniciens de la finance, des bonus des traders, des agences de notation inconsciente, de la comptabilité. La question du plan de relance sera le seul point un peu discuté : fallait-il le faire ? Si oui à quelle hauteur ? La question de l'endettement futur du pays ne fut pas posé.  Finalement ce plan repris un certain de projets dans les tiroirs et servit surtout de paravent politique.  La France ne pouvait pas s'endetter plus longtemps à marche forcée !

Deux  ans plus tard, on se retrouvait avec un déficit public de près de 8% : du jamais vu même près la crise de 92-93. Et l'inquiétude sur l'Euro provoqua un retour de bâton sévère qui allait pousser le gouvernement à des mesures drastiques d'économie

Aurait-il été possible de faire mieux ?

A partir du moment où on n'avait rien vu venir de la récession décennale et du risque associé au monceau de dettes accumulées dans le monde, représentant plusieurs fois la valeur du PIB global, il n'y avait guère qu'à fermer les écoutilles et à voir venir. C'est ce qui a été fait. Les banques qui depuis le Front populaire puis  Pétain sont une excroissance de l'Etat avec lequel elles vivent en consanguinité ont été sauvées, au nom de la protection du déposant et de l'épargnant.  

Aucune réforme n'a été faite sinon sur des faux semblants commodes comme les rémunérations variables. On a sacrifié deux boucs émissaires, les présidents de la Société générale et du Crédit agricole, qui n'en reviennent toujours pas d'avoir été jeté ainsi hors de leur fromage. Un conseiller bien en cours a pris la tête d'un regroupement bancaire. Bref on est dans la petite manip et non dans la grande politique.

Aucune des réformes indispensables à court terme, notamment la fin de la banque universelle et la mise en place d'une politique de séparation des grandes classes de banque et de responsabilité, n'a été mise en place, ni même esquissée. Le lobby bancaire est trop induré dans l'Etat pour qu'on puisse  espérer quoi que ce soit dans ce domaine. Le gouvernement Fillon fera valoir qu'on ne réforme pas en pleine tempête.  Comme on ne réforme pas non plus un système qui marche, il est clairement jamais le temps en France de réfléchir à des structures bancaires moins oligopolistiques où quelques hauts fonctionnaires se gavent avec le filet de sécurité de l'état derrière eux, tout en grugeant d'importance le déposant et l'épargnant.  Le secteur en est à nous expliquer que le système bancaire français est magnifique et n'a coûté rien et à personne. Alors qu'il vit entièrement en perfusion depuis deux ans et qu'il serait mort sans ces artifices.  

Pour le reste l'Etat s'est appliqué à tenter de faire conserver le maximum d'effectif dans les entreprises par des mécanismes d'aides au maintien dans l'emploi. Cet effort a été totalement contrebalancé par les décisions de licenciements immédiats et massifs pris dès l'automne par de nombreuses entreprises, la reconstitution des stocks se faisant par des heures supplémentaires consenties à des équipes réduites.

Le résultat global est ce qu'on constate :

* un taux de chômage près de 10%, contenu grâce en partie au départ en retraite de nombreux Français ; du coup c'est le système de retraite qui est menacé et il a bien fallu agir.
* une endettement massif et jamais vu depuis la guerre qui va peser pendant des années sur la croissance.
* la confirmation de l'écart de croissance avec l'Allemagne.
* un retour de balancier fiscal qui n'est qu'à ses débuts alors que la France est en tête pour les impôts et la dépenses publiques.
* la part de la France a reculé sur le marché mondial.

En même temps certaines faiblesses européennes ont été mises à nu. A force de mettre la charrue devant les bœufs, les bœufs ont fini par piétiner la charrette !

Une France vieillie s'est calfeutrée dans les déficits et l'absence de réelles réformes de fond, dans un système global désastreux et un système européen en danger. Tout cela sent la charentaise et l'effacement, malgré les gesticulations sur la scène internationale.

Imaginons simplement que la campagne présidentielle se soit construite autour de la nécessité de sortir  la France, l'Europe et le monde des vices qui les empêchent de fonctionner correctement.

Imaginons un président qui aurait tenu un discours d'une extrême fermeté sur les défectuosités gravissimes du système monétaire international et les risques pesant de son fait sur le monde et qui aurait décidé de mettre son économie en défense face à la crise à venir en engageant des réformes réellement fortes : suppression des 35 heures, suppression de l'ISF dans sa forme débilitante actuelle, retraite à 65 ans, blocage des délires régionaux et municipaux, réforme des banques, réduction massive des dépenses dès 2007 et en 2008, transfert d'une partie de la fiscalité des entreprises sur la consommation.  

Imaginons un président remettant en cause une banque centrale européenne fonctionnant sans coordination économique et sans objectif de croissance, plutôt que de refaire un traité constitutionnel européen au rabais.  

Imaginons un président avec déjà deux de réformes lourdes derrière lui  aussi bien sur la dépense publique d'Etat que sur les dépenses régionales et locales !

Imaginons un président avec déjà une réforme des retraites acquise en 2008 et valable pour 50 ans !  

Imaginons un président qui n,'aurait pas fait toutes les erreurs passées en revue dans la première partie de cet article.

Quelle aurait été sa force en septembre 2008 ! Quel serait son poids dans les réunions monétaires internationales ! Quel serait son poids en Europe !  On n'en serait pas à 8%  de déficit public  avec un endettement cumulatif de près de 100% du PIB. On n'en serait pas à 10% de chômage ! On n'aurait pas reculé à ce point dans l'économie mondiale.  

Le chef du gouvernement pourrait se prévaloir d'avoir agi, agi, agi. Il fallait un de Gaulle et un Debré, recréant un cadre français et européen durablement différent et prenant à partie le monde sur certains sujets graves.

Le premier des ministres pourrait alors se prévaloir d'avoir construit l'avenir avec fermeté et précision, à l'ombre d'un grand président.

Au lieu de cela, François Fillon risque de rester comme le second d'un trublion qui n'avait rien vu venir et qui s'est écartelé dans toutes les directions sans creuser profondément un sillon dans un axe précis, à la chasse aux modes et aux opportunités politiciennes. Certes il conservera l'image du calme qui dans la tempête aura gardé un cap sage et prudent  tout en modérant  et canalisant les Cieux.  Mais cette image de sagesse ne risque-t-elle pas de passer avec le temps pour un certain manque de caractère, d'imagination, de combativité  et ne lui reprochera-t-on pas d'avoir été le collaborateur plutôt passif d'une entreprise présidentielle manquant de réalisme et de pertinence ?    

Le quinquennat de J. Chirac avait mal fini, sur une accusation assez largement vraie de passivité générale. J.P. Raffarin n'avait pas démérité mais dans un champ de vision tellement étroit qu'il en paraissait dérisoire, à l'exception du début de réforme des retraites de F. Fillon. D. de Villepin n'avait pas convaincu avec des réformes micro-partielles, à la va comme je te pousse,  plus faites pour montrer qu'on faisait quelque chose que pour réellement changer les choses. Le CPE a été le symbole de cette orientation matamore et superficielle, agitant les principes mais pas la réalité, l'exact contraire de ce qu'il faut faire.   

Le quinquennat de N. Sarkozy est réellement à un tournant.  Il n'aura à présenter à  l'automne 2010 comme bilan d'ensemble qu'une réforme partielle et à courte échéance des retraites par répartition. Il lui faudra quelque chose d'autrement consistant à montrer pour se trouver en position sinon de force au moins de combat en 2012.

Remplacer Fillon par un Juppé façon 1996  est la certitude de l'échec. Ne rien faire, façon Mitterrand sur la fin, englué dans la maladie et le nini,  ou comme Chirac soignant sa sortie comme "brave type", est aussi une garantie d'éviction.

Alors ?

Faut-il spéculer simplement sur l'idée qu'on parera une nouvelle catastrophe socialiste  ? Ou faut-il se mettre en position d'avoir un vrai bilan ?

Même si le temps perdu ne se rattrape jamais, c'est la seconde position qui est la bonne. Reste à lui donner du contenu. Ce n'est pas si difficile que cela.   

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.



Les échanges commerciaux = un vingtième des mvts financiers internationaux. Et alors ?

Nous sommes de ceux, au Cercle des économistes e-toile,  qui ne chargeons jamais trop la barque des journalistes. Ils ont des obligations : faire vivre le journal ; intéresser le lecteur. L’économie, c’est plutôt lourdingue  et la clientèle  est peu à même de comprendre exactement de quoi on parle sur la majorité des sujets économiques, les questions monétaires  surtout internationales représentant le pire dans ce domaine. Non seulement les lecteurs et les journalistes ont du mal à y comprendre quelque chose mais c’est un des trous noirs de l’enseignement de la science économique.   


Les journalistes font rarement avancer le « schmilblick » mais révèlent des attitudes et en ce sens ils sont irremplaçables.


Prenons l’article de JP Robin dans le Figaro de ce lundi.  Il montre de façon amusante que les chiffres économiques ont remplacé les chiffres astronomiques  pour les exa et les tera. On crée autant d’information tous les deux jours que le monde en avait créé  depuis l’origine de la terre.   Pour la monnaie et les déficits c’est encore pire.  
Les devises échangées quotidiennement représentent vingt fois la valeur des échanges commerciaux l


C’est un chiffre qui fait frémir et beaucoup de politiques aiment à le répéter avec des multiplicateurs variables :  5, 10, 15, 20, voire 100 fois plus.  On vous glisse ce chiffre sur l’air du « vous vous rendez compte Madame Michu ».  Mais on se garde bien de l’exploiter réellement. Quelle est donc la signification de ce ratio ?


Pour une monnaie le ratio traditionnel est de rapprocher la masse monétaire et le PIB pour obtenir la vitesse de rotation de la monnaie. C’est un outil qu’aime bien les banques centrales qui croient un peu à la théorie quantitative de la monnaie qui laisse entendre que l’inflation va être générée par un écart entre les vitesse relatives d’évolution de la masse monétaire, du PIB et de la vitesse de rotation.  En vérité ces ratios sont extrêmement difficiles à manier.


D’abord le PIB est connu très tard et on utilise pratiquement en permanence des estimations-projections. Pour celui qui consulte les statistiques la surprise est de voir les chiffres du PIB d’un exercice  bouger encore trois ans plus tard.
La masse monétaire est une notion tout aussi complexe même si elle est beaucoup plus facile et rapide à connaître.  Si on considère que la monnaie est une marchandise comme les autres, ces variations de valeur font donc partie du PIB et l’équation de vient passablement compliquée.


L’inflation pour sa part est définie uniquement avec le prix des biens de consommations et sur des bases ouvertement politiques (compte tenu des effets de bords sociaux des indices).  Certains comme la BCE utilise l’agrégeât M3 dont la statistique a été abandonnée par la FED pour …manque d’intérêt !


Autant dire que la vitesse de circulation de la monnaie est un ratio si difficile à analyser qu’il ne sert à pratiquement rien.

 
Rapprocher les flux de trésorerie et les flux de marchandises  a encore moins de sens. Dans une sphère monétaire donnée on ne se donne même pas la peine d’établir ces chiffres.
Le seul intérêt de comparer ces deux flux est de porter un jugement sur le fonctionnement du marché des changes.


Le taux de change dépendra d’abord des contrats financiers et très accessoirement des transactions commerciales.  Or la majorité des raisonnements sur l’intérêt des dévaluations  porte sur leur rôle comme  incitation à exporter.  Et on oublie royalement l’effet sur les contrats financiers qui sont 20 fois plus importants. Ce qui explique des incohérences de commentaires étonnantes comme lorsque le dollar s’envole en  même temps que les déficits commerciaux  comme à la fin du siècle dernier.


Les changes flottants tiennent un rôle gigantesque dans ces contradictions et paradoxes.  La peur a plus d’importance sur un taux de change que les perspectives commerciales bilatérales. Demander à la Suisse actuellement ou au Japon. Les comportements bancaires prennent la place principale : les CDS se sont mis à pousser comme des champignons 10 puis 20 fois plus vite que le commerce mondial  au début de ce siècle.  


La variabilité des changes compriment les transactions commerciales mais enflent les transactions financières.  On essaie de profiter de tout, tout en se protégeant au mieux d’une erreur de calcul.  L’épargne est mondialisée mais avec des monnaies dont la valeur change à chaque instant. Il faut donc bouger à chaque instant.


Les politiques des banques centrales sont le plus souvent dépassées par ces mouvements browniens.  On en vient à s’en désintéresser et on ne voit pas se créer des bulles phénoménales.


L’empilement des dettes mondiales est assis sur des sables mouvants faits de millions de micro ajustements et de brusques mouvements moutonniers qui en général n’ont rien à voir au moins à court terme avec la situation des  échanges.  On dirait un énorme steak bougeant sur un fond d’asticots.


Les passerelles du commerce mondiale avec les changes flottants ne sont pas seulement en caoutchouc (amplifiant toutes les déstabilisations) mais une multitude de mains les  secouent  de toute  leur force parfois du même côté.  Leur force conjuguée est 20 fois plus forte que celle des moteurs des camions. Comment s’étonner que les lourds transports du commerce mondial finissent périodiquement par tomber dans le gouffre.


Le système est ainsi fait que les mouvements de la passerelle ne sont la responsabilité de personne.  Nul ne viendra jamais au secours des pilotes de camions en danger. Parce que les mouvements  de la passerelle aussi dangereux soient-ils, sont considérés comme normaux !   Y toucher serait même coupable !


JP Robin aurait du conclure aux dangers des changes flottants dans un système de mouvements financiers libres.  Il ne le fait pas. Il ne tire pas les graves leçons dans la perspective du G.20 des chiffres qu’il cite.


Dommage. Une prochaine fois peut-être, si le tabou qui entoure les changes flottants venait à s’effilocher sous le poids des nécessités..

Un éditorial extraordinaire du journal le Monde

Si un jour un économiste veut faire l'histoire des blocages intellectuels de ce début de siècle en matière d'économie, il lui faudra lire l'extraordinaire éditorial du journal le Monde n°20420 datée du 18 septembre 2010 et doté du titre prometteur : 

 

Le G20 et la grande bataille des taux de changes.

 

Enfin on aborde la réforme du système monétaire international. Enfin on va s'attaquer aux causes de la crise sinistre qui nous accable. Enfin les journaux de la PQN française s'empare de cette question fondamentale.

Que ceux qui nous lisent depuis deux ans imaginent notre joie, nous qui brocardons cette presse pour être passé radicalement à côté des apcts monétaires de la crise !

Et  notre déception !

Bien sûr on parle de l'énorme sous évaluation du Yuan mais on se contente de dire que les Etats Unis sont de ce fait désavantagés ce qui fait réagir leurs dirigeants. Et l'Europe ? Elle n'est pas concernée du tout ?

Bien sûr on évoque Fernand Raynaud, un grand économiste, pour signaler qu'il y a comme un défaut dans un système de dette en Occident et de surépargne en Chine.

Bien sûr on donne raison à M. Sarkozy de chercher à rempacer le dollar comme monnaie de réserve mondiale. Et on invite même à le soutenir dans cette bataille, ce qui de la part du Monde est une rareté qu'il faut savoir apprécier.

Mais ! Car il y a un gros, un très gros Mais !

On ne dit pas un mot des changes flottants.

Changer de monnaie de réserve dans un système de changes flottants n'est pas une mesure insignifiante. Elle interdit aux Etats Unis d'utiliser le dollar pour financer indéfiniment les déficits de sa balance des paiements. Mais en quoi interdit-elle les fluctuations aberrantes des monnaies? Le Franc Suisse et le Yen en seraient-ils assagis ? Les déséquilibres chinois en seraient-ils limités ? La dette grecque en serait-elle soulagée ? L'Euro en sortirait-il moins menacé ?

Il faut que tous les états soient rendus responsables de l'équilibre de leurs comptes extérieurs avec des disciplines très fortes. Sinon les échanges réels deviennent secondaires dans les cours des devises et tout devient un casino financier. Il faut que les produits s'échangent contre les produits, et non pas contre des dettes volatiles qui font le tour du monde plusieurs fois par heure. 

Il faut que l'accent soit mis sur la croissance pas exclusivement sur la stabilité des prix à la consommation et donc changer la perspective de la gestion de la monnaie par les banques centrales.

Pour cela il faut revenir aux disciplines d'un système de changes fixes et ajustables et mettre fin aux changes flottants.

Une fois de plus on voit que malgré l'évidence des besoins et des faits qui ne sont plus esquivés, la question des changes est posée, et on voit bien qu' elle est centrale, le tabou des changes flottants est toujours aussi absolu.

Terrible tabou.

Qui osera dans la PQN le faire sauter ?

Ce n'est visiblement pas pour demain.

Les discussions du G.20 risquent  d'être totalement stériles avec une Europe muette et un conflit Etats-Unis Chine qu'ils ne voudront pas régler au G.20. Pourquoi le feraient-ils ? 

Sauf divine surprise. On peut toujours rêver.

 

 

 

Paul Krugman invente le keynésianisme ascensionnel "no limit"

Personne n'a très bien compris ce qui a valu à Paul Krugman son prix Nobel ou ce qui en tient lieu, faute d'une œuvre théorique particulièrement remarquable.

Les mauvaises langues disent que sa longue critique de George Bush dans le NYT est la seule justification de cette distinction qui parait d'autant plus étrange que, malgré son flot de critiques acerbes,  P. Krugman est de ces experts médiatiques qui n'ont pas vu venir la crise et qui ont le plus grand mal à en faire l'analyse.

Le résultat est une course de rattrapage qui conduit à la surenchère dans le keynésianisme débridé,  désormais vis à vis de l'Administration Obama elle-même (horresco referens !). 

Voici donc que notre auteur compare la situation de 2010 à celle de 1938  et propose pour en sortir qu'on ne refasse pas les erreurs du passé et qu'on n'hésite pas à s'endetter aux hauteurs astronomiques qui permirent de financer la guerre de 40. En temps de paix !

Alors que la situation de l'endettement des Etats-Unis, dont plus personne ne sait dire s'il se situe au dessus de 400% ou de 600% du PIB, est littéralement du jamais vu en temps de paix, il faudrait encore surenchérir.  Finançons par la planche à billets la paix comme nous avons financé la guerre et tout ira mieux. "La crise peut être vaincue", dit notre auteur. Au prix d'un aventurisme qu'il faudrait admirer.

Paul Krugman ne comprend pas ce qui est arrivé au monde en général et aux Etats-Unis en particulier. Il raisonne comme si l'économie avait été soumise à un choc externe si violent (dont on se garde bien de proposer un scénario)  qu'il devait conduire à la dépression et qu'il suffit d'éviter les grandes erreurs de 29 pour conjurer le malheur. 

La Doxa depuis les années 60 est que la crise de 29 en elle même, n'était pas dramatique et qu'il eut suffi de prendre les bonnes décisions pour éviter les tourments de la dépression. Milton Friedman avait pointé les erreurs de la FED qui avait contracté l'offre de monnaie, accélérant le "credit crunch" : depuis Greenspan on lâche les vannes monétaires à tout va à chaque ralentissement. Keynes avait souligné que la trappe monétaire rendait cette politique de toute façon inefficace : l'investissement public devait venir en support de la "demande globale".  

On a donc laissé filer les déficits publics et conçu des "plans de relance".

Divers économistes ont souligné les erreurs du New Deal mais aussi que la récession de 1938 avaient été partiellement provoquée par l'arrêt du soutien de la conjoncture. On entend donc des voix soutenant que les plans de relance seront nécessaires tant que la récession ne sera pas vaincue.

Mais personne n'avait proposé d'entrer en temps de paix  dans une économie de guerre avec ses endettements pharamineux.  

Le gros défaut de bien des économistes universitaires est de toujours lire l'actualité avec l'œil dans le rétroviseur (c'est très rassurant). Bien sûr il faut retenir les leçons de l'histoire.

Mais il faut aussi regarder les réalités du moment.

Nous sommes de facto depuis 1971, de jure depuis 1973, dans un système de changes flottants et d'ouverture totale des mouvements de capitaux à court et à long terme qui est totalement différent de ce qu'on a connu précédemment et qui implique d'une part de comprendre les mécanismes propres de ce système et aussi la manière dont il remet en cause les pratiques et les idées précédentes.

Il n'y a aucune base qui permette de justifier l'efficacité du keynésianisme en système de changes flottants. Au contraire depuis 1974 on sait que cela ne marche pas comme avant. Alors un keynésianisme fou sera-t-il la solution ? Il faudrait au moins entrer dans le détail. Citer la guerre de 40 ne suffit pas.

La crise actuelle est la crise d'un endettement colossal et mondial alimenté par le mécanisme de la double pyramide de crédits et permis par les changes flottants et le rôle du dollar comme monnaie de réserve.

Evoquer la relance massive de l'endettement à des niveaux de guerre sans attaquer au fond les difficultés du système monétaire et ses conséquences est indéfendable.  Quand on n'a rien compris on ne lance pas dans des suggestions folles sur la seule foi d'une comparaison historique biaiseuse.

Car elle est biaiseuse. Si Krugman avait la patience d'étudier les cycles économiques décennaux, il s'apercevrait que la crise de 1938 est mondiale et qu'elle a frappé partout, chacun s'attachant à donner une explication "nationale" parfaitement controuvée. Krugman relève des mesures spécifiquement américaines comme Alfred Sauvy avait pointé du doigts quelques mesures irréfléchies du Front Populaire (et notamment les 40 heures). Les deux visions sont trop courtes.

On ne peut pas comparer la situation de 1938, pratiquement dix ans après le déclenchement de la crise, et celle de 2010, deux ans après le début de la récession. Le tout à 80 ans de distance !

Oublions la théorie économique. Visiblement P. Krugman a voulu encourager Obama à prendre  des mesures fortes de relance. Elles sont certainement nécessaires. Mais elles sont loin d'être suffisantes et P. Krugman commet l'erreur, générale chez les économistes qui tiennent le haut du pavé aux Etats Unis, de ne pas regarder avec assez de précision la question du système monétaire international.

Et il n'est pas sûr qu'il soit très pédagogique de proposer des bonnes mesures avec de mauvaises raisons.   

Lewis Holden pour le Cercle des Economistes E-toile

Plus de message

Le blog du cercle des économistes e-toile

Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

Association loi 1901

  
BlogCFC was created by Raymond Camden. This blog is running version 5.9.002. Contact Blog Owner