Crise : Les faiblesses du débat médiatique en France

Ceux qui ont étudié la crise de 1929 et plus particulièrement l'histoire économique de la France entre 1929 et 1940 savent à quel point le débat médiatique avait été alors décalé des réalités. Les journaux  n'ont donné alors qu'une couverture anecdotique des évènements sans jamais fournir à leur lecteur la moindre clef utile d'interprétation.

Il est vrai qu'à cette époque les journalistes n'avaient strictement aucune connaissance en économie, une caractéristique qu'ils partageaient avec le personnel politique. Au final la France sera le pays qui aura le plus souffert de la récession qui lui coûtera autant que la guerre de 14-18.

L'ignorance crasse ne paie pas.

Il y eut une énorme remise en cause après guerre et de gros efforts pour assurer non seulement qu'une partie des élites aient des notions d'économie  mais que le public cultivé puisse accéder à un niveau suffisant de connaissances pour éviter les pièges les plus grossiers.

 Alfred Sauvy fit notamment à gauche un travail pédagogique excellent et un temps efficace.  Fourastié joua un rôle certain pour éviter qu'au moins les journalistes qui s'informent des faits économiques ne disent pas absolument n'importe quoi.

Cet effort s'est effondré à partir de 1968 et surtout de 1974.

Toutes les idées malthusiennes ont progressivement repris leur place détestable sur l'échiquier politique, à droite comme à gauche. Le clientélisme politique est redevenu la base des politiques gouvernementales, détournées largement par les hauts fonctionnaires au profit de l'Etat.

La presse a assimilé l'économie à la bourse. Nous sommes retombés dans le trou. L'émergence des nouveaux médias télévisés où les débats sont nombreux a accentué la dérive vers le n'importe quoi. Malheureux téléspectateurs ainsi empêchés d'avoir accès à une information pertinente et gavés de sottises toutes plus grosses les unes que les autres, comme dans les années trente.

Quelles sont les énormes faiblesses qui défigurent les débats médiatiques ?

- La première est la dérive idéologique.

La question n'est pas de savoir si le libéralisme à la Sorman est contredit par la crise ou l'étatiste révolutionnaire façon socialisme violent est la solution imminente. Pourtant, que de débats passionnés sur ce thème inutile ! Il n'y a pas besoin d'être socialiste pour admettre que les banques puissent être nationalisées si nécessaire ni membre d'Attac pour prétendre que le rôle des états est d'une importance critique. Il n'y a pas besoin d'être maoïste néo-néospontex pour comprendre que la croissance et le plein emploi sont deux objectifs politiques vitaux, ni adeptes de Déroulède ou des Croix de feu pour savoir qu'on ne résoudra rien par une nouvelle fiscalisation outrancière de la société ni une fuite en avant dans la dette.

Aucun des problèmes qui nous affligent sont dans l'analyse de leurs causes ni dans la recherche des solutions une affaire droite- gauche.  Les réflexes conditionnés sont trop forts. La crise est un enjeu de lutte de  partis alors qu'il devrait être un moment de recherche commune d'une explication et d'une politique nationale efficace.

- Proche mais distincte est la fuite dans l'abstraction plus ou moins lyrique. Entre la psychanalyste de service qui explique la faiblesse de la consommation par l'affaiblissement de l'appétence sexuelle dans une Europe vieillissante, le sociologue en émoi qui croit deviner des tendances si profondes  qu'il ne les précise jamais et le philosophe en rupture d'idées mais pas de vocabulaire, les soirées télévisées prennent dans les émissions cultureuses des allures souvent tragi-comiques.  Les pires sots  sont souvent les philosophes. Ils ne savent rien mais avec un aplomb digne de meilleures causes. Comme quoi, savoir qu'on ne sait rien n'apporte pas toujours de grands éclairages sur le reste.

- La faiblesse technique reste la difficulté majeure. Ne comprenant pas les concepts, les intervenants se ruent sur des apparences. Ainsi on voit M. Attali prendre la pause et expliquer la dette par le seul gonflement spontané des crédits bancaires privés aux Etats Unis. Aucun économiste sérieux ne prétendra que les banques privées peuvent créer de la monnaie à volonté. Alors comment ont-elles fait pour que leurs bilans atteindre 400% du PIB  ? Les journalistes pourraient poser la question. Mais c'est trop technique et n'intéresse pas le téléspectateur moyen et la ménagère de 17 à 47 ans. Aucune infographie n'a repris l'évolution des quatre dettes (entreprises, particuliers, banques, états) depuis 1974. Elle serait pourtant édifiante. La seule édifiante.

Rappelons que pour un économiste la dette joue par sa masse plus que par ses composantes. Que Le Monde ou Le Figaro fassent enfin l'effort de sortir les courbes pour la France, le RU, l'Espagne, les EU, le Japon et l'Islande ! Et ils verront les contours de la vérité et pourront se poser la question : comment en arrive-t-on à une telle pyramide de dettes à l'échelon mondial !  Et tout à coup, par miracle, on verrait que la source internationale de la dette est le dérèglement du système monétaire international. Mais comment faire ? Ecrire aux journaux reste sans effet. Ils ne croient que dans les experts qu'ils fréquentent habituellement et qui non seulement n'ont pas prévu la crise mais affirment qu'elle était imprévisible !

Cela permet à des politiques comme Mme K.Morizet d'affirmer cent fois ce dimanche l'imprévisibilité de la crise "que les économistes eux mêmes n'ont pas vu venir". Si elle était imprévisible c'est qu'elle est magique non ? Ou diabolique, comme on voudra.

Alors pourquoi pas un peu de Vaudou médiatique ?

La réponse est peut-être dans le tableau publié en page 17 du International Herald Tribune de ce jour. On y voit la croissance française sur l'année passée à -2.5% (MOINS 2,5%), contre une croissance de +0.6 pour l'Europe entière, +8.1 pour la Corée et zone Euro, +3% pour celle des Etats Unis, +4.9 pour le Japon, +11.9 pour la Chine.

Comme on nous le répète : la France a été moins touchée que les autres ...  Nous sommes repartis pour faire la pire performance de tous les pays industrialisés comparables. Certes le Français est né malin et peut résister et aux mauvais résultats et aux débats débiles, mais tout de même.

Ne serait-il pas temps de soulever un peu le couvercle de conformisme et de bêtise sous lequel la France cuit à petit feu ?  


Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile

 

Crise mondiale : Pas de solutions en dehors des états ( suite)


On ne sortira pas plus des monnaies administratives que le monde ne s'est débarrassé des billets après la faillite de Law. 

L'horloge monétaire ne revient pas en arrière. Jamais.  Le nouvel ordre monétaire mondial doit être fondé sur des changes fixes mais ordonnés sur une référence mondiale non nationale (ce que nous appelons le Mondio), avec l'engagement des Etats non pas "de ne pas faire plus de bêtises que les autres",  mais de respecter des règles précises sous risques de sanctions sévères librement consenties ou exclusion de la mondialisation.

L'Europe pourrait dans un tel cadre remettre les boeufs devant la charrue et repartir du pas lent mais sûr des bons laboureurs, en mettant fin aux excès gouvernementaux actuels.


La France devra renoncer à son "toujours plus" étatique et social, à sa folie fiscale et à ses dépenses publiques démesurées. Mais au moins elle bénéficiera d'un retour à une croissance durable et d'un assainissement progressif de son passif. 


Les Etats Unis, tenus de garantir la valeur externe de leur monnaie ne pourront plus faire n'importe quoi en même temps que la fixité des changes et le durcissement des règles de la spéculation et de la régulation bancaire éviteront un retour aux extrémités que l'on connait encore en ce moment. En contrepartie le dynamisme de sa création économique trouvera un meilleur emploi.


La Chine devra mieux équilibrer et plus durablement sa croissance extérieure et intérieure. Elle y gagnera plus que ne le croit les partisans d'un mercantilisme sauvage.


Les guerres monétaires du type de celle que vient de gagner la Corée du sud ne seront plus permises. Ici encore, l'accès au marché mondial impose des disciplines.


La Grèce aura une perspective qui soit autre que la catastrophe, même si elle n'échappe pas à quelques ajustements nominaux des prix et des salaires. Une déflation conduite de façon raisonnable dans un cadre global pacifié à toutes les chances de réussir.


On dira : si on ne l'a pas fait c'est que c'était impossible !


Peut-être ! Mais au moins que la pédagogie de la crise serve. Une fois pour toute !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Crise mondiale : pas de vraie solution sans les Etats.

Les difficultés de l'Euro permettent à deux camps d'exulter.


Le premier est celui des adeptes de Milton Friedman et de la libre flottaison des monnaies. Le maître avait dit que l'Euro ne se ferait pas et si par impossible il se faisait il éclaterait rapidement. Pendant dix ans il a eu tort et voilà que sa capacité d'analyse et de prédiction est magnifiée. "On vous l'avait bien dit que cette construction était impossible. Et maintenant sa défense vous entraîne dans des complications bancaires et sociales insurmontables. Revenez à la raison et sortez de l'Euro ! Les monnaies s'échangeront alors à leur vraie valeur respective et tout sera bien. Les marchés resteront la loi du genre humain comme il se doit. Les gouvernements seront hors jeu et obligés d'être sérieux."


Le second, radicalement opposé en apparence, postule que les monnaies administratives créées à la fin de la première guerre et qui sont devenues totalement erratiques depuis 1971 sont ingérables, que le système des changes flottants est intrinsèquement pervers car il offre trop de possibilités à la spéculation tout en créant des risques immenses, que les banques centrales sont des organismes creux qui ne savent rien contrôler et qui créent plus de problèmes qu'ils n'en résolvent, et que seul l'étalon-or est de nature à faire revenir tout le monde, états, banques et agents économiques, à la raison. S'il y a étalon or, la notion même d'Euro n'a plus de sens.


Ces deux philosophies, en apparence totalement antagonistes, se rejoignent pour fêter la mort annoncée de l'Euro.


En vérité ces deux doctrines ont un autre point commun : la haine de l'état qu'il s'agit de contraindre le plus possible, soit par les disciplines de l'étalon or, soit par la sanction des marchés. L'état est l'ennemi, celui par qui tous les malheurs arrivent. Il ne doit pas avoir de responsabilités dans la gestion de la monnaie qui doit être le plus possible une monnaie privée indépendante de la gourmandise étatique. Aux entreprises le soin de découvrir des nouvelles opportunités de croissance ; aux banques de les financer si elles croient aux projets qu'on leur propose. Si elles se trompent qu'elles meurent !  Et l'excès de monnaie sera automatiquement purgé. L'Etat ne sait faire rien d'autre que de générer de l'inflation ou de la crise économique.
L'ennui, c'est que l'histoire a condamné chacune de ces deux options.


L'étalon-or n'a duré que quelques années, de 1873 à 1914. Et qu'a-t-on vu ? Ce qu'on appelait "la grande dépression" qui a duré la majeure partie de la fin du XIXème siècle, ponctuée de grands scandales comme Panama,  et une période faste au début du XXème  qui s'est brutalement terminée par la crise boursière de 1907. L'étalon or n'a pas été un chemin de roses.
Quant aux changes flottants on a vu que de crises en crises ils viennent de nous faire basculer dans une situation plus que périlleuse qui peut bien déboucher sur une nouvelle grande dépression.


Par conséquent ceux qui exultent n'ont rien à proposer de solide pour l'avenir.


Pour une raison simple : ni l'un ni l'autre n'ont compris pourquoi leur système respectif a explosé. Ni l'un ni l'autre n'a compris le caractère indispensable des états pour assurer croissance et plein emploi.  Non pas que l'état, par nature, soit capable de déterminer les bonnes politiques, tout démontre le contraire. De mauvaises politiques économiques, on en a connu de multiples. Mais parce que toute bonne politique passe nécessairement par une intervention de l'état et toute mondialisation heureuse par une collaboration inter étatique solide et consensuelle.


Mettre hors jeu les états qui emploient directement 20 à 25% de la population active et dépensent entre 35 et 55% du PIB est totalement irréaliste. Croire que le chacun pour soi  et l'or ou les marchés pour tous donneront des résultats merveilleux est une farce.


La question n'est pas de mettre les états hors jeu, mais de faire qu'ils jouent bien. L'orchestre jouera-t-il mieux sans chef, en espérant que la sélection individuelle des meilleurs solistes  suffira à créer la qualité ?  C'est l'idée des changes flottants Chaque banque centrale maintient la valeur intrinsèque sur son marché de la monnaie dont elle a la charge et le bonheur suivra. Ou faut-il lui laisser un chef mais sous la tutelle  d'un ordinateur qui dira si la qualité est bonne ? C'est un peu l'idée de l'étalon or.
Nous nous pensons qu'il faut un bon chef d'orchestre travaillant sur de bons principes avec d'excellents solistes.


Quelle aura été la force de l'Euro ? D'abord de permettre à l'ensemble économique européen de s'unifier mieux. Le fait de passer d'un pays à l'autre sans changement de monnaies a permis une fluidité des échanges des capitaux, de marchandises et de services propices à une meilleure intégration et un rattrapage des économies pauvres.  Quelle aura été la faiblesse de l'Euro ?  Le fait d'avoir laisser les état maîtres de leurs politiques économiques, mais sans possibilités de politiques monétaires et sans autres contraintes que celles d'un traité.  Si le monde n'avait pas baigné dans le flottement généralisé et la liberté totale des mouvements de capitaux , cette politique avait sa chance. Mais on n'a pas voulu comprendre qu'un îlot de fixité dans un océan de flottabilité serait durement battu par les flots.  L'Hubris politique l'a emporté sur la sagesse économique. On a mis la charrue avant les bœufs et une fois de plus en Europe on voit les boeufs piétiner la charrue.


L'Euro n'est pas possible sans une coordination des politiques économiques et budgétaires (ce que tout le monde a désormais compris), et sans une certaine fixité des changes dans le monde (ce dont personne n'a conscience). C'est ce que nous avions écrit au moment de Maastricht.


On était un peu dans la situation qui a prévalu lorsque la France a adopté le système de Law sur la généralisation du rôle du billet de banque. Le billet de banque est un formidable progrès mais son succès suppose que différentes conditions soient remplies. On a voulu passer outre : on a eu la faillite.  L'Euro a voulu passer outre. Et on risque la faillite de l'ensemble. Mais cela n'empêche pas que l'Euro soit globalement une excellente solution pleine d'avenir. Mais pas organisée comme cela et pas dans un monde de changes flottants. Tous ceux qui ont prétendu que l'intendance suivrait ont sauté "un pont trop loin", pour reprendre une image célèbre.


Imagine-t-on une seconde que la Grèce serait sauvée par le retour immédiat à l'étalon or ? Elle n'a pas d'or. Et un record de dettes. Voudrait-elle saisir le trésor de la banque centrale comme en Argentine il y a quelques semaines, elle n'y trouverait rien.
Imagine-t-on que la Grèce soit sauvée immédiatement par le flottement de sa monnaie ?  Cela supposerait un défaut quasi total sur sa dette et un effondrement des changes tel qu'aussitôt le monde entier se vautrerait sur ses plages et dans ses criques. Elles ne sont disponibles que quelques mois par an et ne génèreront jamais de quoi faire vivre le pays et rembourser ses dettes. La Grèce serait un pays sans capitaux, sans monnaie et probablement sans client car l'explosion de la zone euro aurait la conséquence de ruiner beaucoup d'épargnants sans parler des Etats.   


Même à titre de transition la flottaison ou l'étalon or ne sont pas des solutions.


Quelle est donc la solution ?


La solution est la même que celle que nous proposions dès le blocage des marchés interbancaires en juillet 2007, la même que celle que nous proposions au moment de la chute de Lehman-Brothers.


Nous sommes dans une crise mondiale de la dette que seule la croissance mondiale permettra de surmonter.


La seule solution est dans la coopération totale interétatique pour une croissance mondiale générant suffisamment de ressources pour rétablir les équilibres essentiels. Aucune autre solution n'existe qui évite de grandes souffrances. Qu'on se rappelle les âneries qui étaient répétées par les perroquets sur la crise des subprimes qui n'était qu'un problème américain ! La crise était déjà globale et ne pouvait que recevoir un traitement global. On n'a rien fait.  Quand en septembre 2008 c'est l'ensemble du système financier mondial qui s'est effondré, on a bien compris que la crise était globale mais on a considéré qu'il suffisait de transférer les actifs pourris des banques aux Etats, en laissant les banques centrales lâcher les rênes monétaires,  sans autre réforme que de microbiques remises en cause sur des sujets annexes comme la comptabilité, les primes  et l'organisation des marchés de CDS.


Nous avons crié au fou pendant toute cette période devant cette indécence intellectuelle.  


Pendant ce temps là la récession s'est installée, la crise de la dette s'est amplifiée, les banques sauvées et gorgées de liquidités dans un marché totalement libre s'en sont donné à coeur joie dans la spéculation imbécile, chaque pays a poursuivi sa petite cuisine sur son petit réchaud. Aucun diagnostic réel de la crise n'a été fourni. Le commerce international ne s'est jamais remis totalement en place, répondant plus à des politiques étatiques égoïstes ou à des pulsions de la spéculation qu'aux nécessités d'une reprise générale de relations économiques saines entre les états.


La solution était évidemment ailleurs. Il fallait d'abord acter la faillite des changes flottants, de la "dissymétrie" des institutions internationales, de l'égoïsme globalement destructeur  des politiques nationales américaine et chinoise  et reconnaître que cet ensemble était la cause principale de la crise. Puis faire le constat que seule un ressaut de la croissance pourrait sortir  le monde de l'embarras ainsi créé.


Si les nations s'étaient réunies pour d'une part annoncer que désormais le système des changes serait stabilisé sur des valeurs de change correspondant aux parités de pouvoir d'achat, que la spéculation internationale sur les changes serait immédiatement interdite et sanctionnée pénalement, que les banques en faillite seraient immédiatement nationalisées et restructurées en attente d'une solution plus durable,  que le FMI, rendu égalitaire dans la composition de sa gouvernance assurerait la discipline de l'ensemble avec l'aide de fonds monétaires régionaux, que les excès de dettes seraient restructurées, que les déficits publics ne pourraient pas dépasser certaines limites en dépit des plans de relance, et seraient plutôt financé par la création monétaire directe que par l'intermédiaire de banques en faillite alimentées par des avantages indus, le coût de la crise aurait été bien moindre et aucun des ferments qui l'avaient créées ne seraient demeurés.


Cela supposait un changement d'attitude politique de la part des Etats unis, sommés de renoncer au privilège douteux du dollar, de la Chine, sommée de mettre fin à son mercantilisme, de l'Europe, sommée de mettre fin à l'incohérence entre des états généralement laxistes et une BCE astringente.


On n'aurait pas fait l'économie d'une récession mais on en serait sorti aujourd'hui car les courants commerciaux auraient repris et l'angoisse sur l'avenir aurait cessé. Les citoyens américains n'auraient plus de panique sur la future dévaluation de leur monnaie. L'Euro ne craindrait plus le feu des marchés et pourrait sortir en douceur de la double contrainte d'une monnaie trop fortement défendue et d'un dérèglement général des finances publiques de ses membres . La Chine n'aurait pas à prendre des mesures déraisonnables sur la confiscation prudentielle de certaines ressources mondiales et des relances du crédit interne totalement aventurées.


Décidemment non, cette exultation générale devant la crise de l'Euro n'est pas porteuse d'avenir. On ne sortira pas de la crise en l'aggravant. La seule solution est dans l'engagement des états vis à vis de la valeur respective de leurs monnaies et leur retour à la sagesse budgétaire.


On ne sortira pas plus des monnaies administratives que le monde ne s'est débarrassé des billets après la faillite de Law.  L'horloge monétaire ne revient pas en arrière. Jamais. 



Le tabou des changes flottants

Le Cercle des économistes E-toile m’a confié une mission  un peu particulière : essayer de comprendre pourquoi les changes flottants sont un sujet absolument tabou alors que leur responsabilité dans les crises qui se succèdent  ne peut pas être niée, constat qui forme un bonne part de notre apport à la discussion économique depuis près de 15 ans.

Il n’y a pas trente six possibilités : ou les changes flottants sont un désastre comme nous essayons de le prouver de façon constante et leur non dénonciation  est une attitude collective malsaine dont il faut tenter de comprendre les ressorts. Ou c’est nous qui nous trompons.

Le point de départ incontestable est le fait qu’il n’y a pas dans la presse, dans la littérature économique, dans les débats télévisés, lors des travaux des instances économiques officielles internationales et même nationales, la moindre référence à un débat sur le flottement des monnaies.  Jamais. Et lorsqu’on essaie de forcer le débat il s’arrête aussitôt. Lorsque vous développez une critique des changes flottants dans de petits cénacles, la conversation s’arrête. Il n’y a jamais de relance. C’est comme si on avait prononcé une énorme grossièreté et commis une inconvenance.

Les politiques se taisent en général en arguant que la question est complexe et ils indiquent que par honnêteté ils ne veulent pas discuter d’un sujet trop technique. Ils se contentent de renvoyer sur « le silence des techniciens ».  Combien de fois avons-nous entendu cette phrase : cette question n’est jamais abordée par nos conseillers économiques ni par les responsables des grandes institutions économiques. En un mot : vous vous lancez dans un débat technique auquel nous n’avons pas les moyens de participer mais vous êtes totalement isolés et seuls de votre espèce. Si les maîtres auxquels nous nous adressons se taisent sur cette question c’est que vous devez avoir tort.  Tilt !  

Essayons  alors de débattre avec les économistes ou les détenteurs d’un éditorial économique dans les grands medias.  La réaction est immédiate : une sorte de sourire et…le silence.  Faites vous-même l’expérience : envoyez un texte nourri de détails explicites mettant en cause les changes flottants dans un journal ou comme proposition d’intervention dans un symposium économique. On ne vous répondra même pas.   

Nous sommes bien confrontés à un mur du silence, un trou noir du débat, un tabou.

Existe-t-il alors un texte incontournable qui  ferait des changes flottants un monument insurpassable de la science économique, une sorte de « théorie générale »   à la Keynes qui règlerait définitivement la question ?   
 Evidemment non.  Comme nos différents articles l’ont souvent souligné, les changes flottants ont été imposés au monde sans aucune théorie généralement acceptée. Les changes flottants des débuts de la science économique jusqu’à la fin des années soixante tiennent une place presque nulle dans les manuels d’économie,  et lorsqu’on trouve quelques lignes, le flottement est présenté comme une réalité accidentelle et malsaine.  Le consensus des économistes n’est pas à la source de l’implantation du système.  Depuis 1973, date des derniers efforts  pour créer un semblant  d’unité monétaire international, aucun livre magistral  de grand économiste n’est venu justifier techniquement la supériorité des changes flottants.  Nous trouvons là une première raison du silence des économistes : ils n’ont aucun texte fondamental auquel se raccrocher  pour  faire taire le vilain canard qui ose troubler le marigot.

On dira : vous exagérez, il y a tout de même Milton Friedmann.  Il a expliqué que les monnaies étaient « des marchandises comme les autres », dont le cours devait s’apprécier et se déprécier en fonction de l’offre et de la demande.  Que la prétention keynésienne au contrôle du plein emploi par les états était un leurre.  Que la libre circulation des capitaux à long et court termes  nivellerait les taux d’intérêt et optimiserez la répartition du capital pour une croissance optimale.  Que les changes flottants en plus éviteraient aux Etats de conserver des réserves de changes trop importantes : du capital ne serait pas stérilisé inutilement et ce serait à nouveau bon pour la croissance. Que les corrections de changes se feraient de façon incrémentale donc de façon indolore,  Qu’en  l’absence de tout choc extérieur le système tendrait à la stabilité. Seule l’indécence des Etats, en poursuivant des politiques obscènes, pourrait troubler les changes. La sanction des marchés serait immédiate et ferait rentrer le goujat dans les clous.  De façon fort convaincante il ajoutait que tout effort de fixité donnait un avantage au spéculateur puisqu’il n’avait aucun risque à « shorter » une monnaie sur la sellette puisque  si  la monnaie résistait à une dévaluation le  spéculateur  n’aurait rien perdu et sinon il allait gagner beaucoup.  Les gains prodigieux de grands spéculateurs  lors des tentatives de retour à la fixité de certaines monnaies ont donné plus que du crédit à cette thèse.  La spéculation étant invincible dans un monde de libre circulation des capitaux  toutes les digues nationales ou internationales qu’on voudra bien mettre en œuvre  céderont  rapidement. L’Euro pour Milton Friedmann ne se ferait jamais et disparaîtrait presqu’aussitôt sous cette pression  incontrôlable.  

Le seul ennui est que quarante ans de fonctionnement chaotique des changes flottants ont  prouvé que ces hypothèses ne rencontraient pas  la réalité.

La croissance globale a ralenti depuis l’instauration des changes flottants.  Les « spreads » de taux d’intérêt n’ont jamais  cessé  et ils n’ont jamais  été aussi grands.  La flottaison a vu les grandes monnaies  s’échanger avec des valeurs passant en quelques mois du simple au double  sans jamais se stabiliser.  Les états ont accumulé comme jamais des réserves monétaires et stérilisé une part croissante du capital. Les crises sont devenues de plus en plus violentes et comme annoncée (notamment par nous)  l’endettement global a atteint des sommets intenables en même que la spéculation sur tout, l’économie casino, l’emportait sur l’économie réelle. Les déséquilibres des balances de paiement n’ont jamais été plus forts.  Les faits ont démenti la totalité des prévisions de Milton Friedmann.   Le système n’a jamais fonctionné comme il avait dit qu’il le ferait.  

Sauf sur un point : l’absence de toute législation globale permet en effet à la spéculation de faire de jolis coups contre les Etats en mobilisant des sommes colossales entre les mains de quelques grands manipulateurs  qui « créent la tendance du marché » et peuvent  faire des gains prodigieux  au détriment des nations.  Ce qui se passe aujourd’hui avec la Grèce en est la preuve manifeste.  Du coup on en revient à crier au génie de Milton Friedmann qui aurait prévu l’éclatement de l’Euro et son impossibilité constitutionnelle.  Sans ce rendre compte que lorsqu’on fait sauter la banque, la banque c’est l’économie globale et tout le système bancaire avec les conséquences que l’on voit.  

Nous commençons à nous rapprocher de la vérité : la solidité théorique de l’économie des changes flottants est nulle.  La réalité a constamment contredit ses postulats.  C’est pour cela qu’il n’ya pas de « théorie générale  » : elle ne résisterait à la critique et aucun économiste ne veut  se coller à une entreprise vaine.  En revanche l’impuissance des Etats devant la spéculation en cas de liberté totale des mouvements de capitaux  est réelle.  Elle correspond à l’impuissance des Etats, souverains par nature, à s’accorder.  L’échec de Bretton Woods l’a bien montré : les Etats unis devaient gagner  la guerre  contre le monde soviétique. La place de sa monnaie lui permettait l’inonder de dollars la planète quitte à provoquer partout de l’inflation. Les autorités monétaires allemandes n’ont pas voulu de cette inflation. Le système s’est effondré.  En dehors de toute coordination  économique étatique aucun système de monnaie à rapport fixe ne peut résister.  Comme elle est impossible oublions  tout système monétaire organisé.  Laissons faire et subissons. Pour le meilleur et pour le pire.  

Les politiques et les économistes ont intériorisé cette impuissance.  L’explication du tabou est là et pas ailleurs.  Les économistes  voient bien qu’ils ne peuvent pas construire une théorie générale de la croissance et de l’emploi basée sur les changes flottants : cela ne marche pas.  Mais ils ne peuvent rien contre l’impuissance politique. Alors ils se taisent.  Ou au mieux tentent d’habiller cette impuissance en sagesse. Au milieu d’un champ de ruines.  Les politiques ne peuvent pas reconnaître leur impuissance.  Alors ils se taisent aussi et refusent de prendre part au débat au prétexte que les économistes eux-mêmes n’en parlent pas.  Pourquoi le feraient-ils?

Le résultat : alors que nous vivons la crise  la plus grave depuis 1929, on s’agite autour de mesurettes  plus ou moins ridicules sans rien changer de fondamental pendant que la spéculation internationale ratiboise tout ce qui dépasse en se moquant bien des conséquences sociales.

L’échec des changes flottants est un échec technique alors que celui d’un système monétaire organisé  est un échec politique.  L’impuissance  politique conduit  à tenter de vivre malgré tout avec un système  qui ne marche pas en collant des rustines.  Personne ne veut reconnaître  son impuissance.  Personne n’ose trop dire que les rustines sont des faux semblants.

« Voilà pourquoi votre fille est muette » et les changes flottants un tabou presqu’absolu.

 

Lewis Holden pour le Cercle des économistes e-toile

ISF-Bouclier fiscal : une double erreur qui ne doit pas perdurer.


L'ISF est né avec un bouclier fiscal à 70%. Les socialistes s'amusent lorsqu'ils condamnent le bouclier fiscal. Le bouclier fiscal socialiste a été supprimé par...Alain Juppé, après avoir expliqué que l'ISF était une excellente mesure que la droite aurait du imaginer et mettre en œuvre elle même bien avant ! La droite s'amuse lorsqu'elle prétend avoir rétabli un peu de raison sur ce sujet controversé.

Le débat sur les méfaits de l'ISF a été fait mille fois. N'y revenons pas. Attachons nous un peu à la question du bouclier.

Notons d'abord que le bouclier est une passoire. En matière de prélèvements les éléments qui sont pris en compte dans le bouclier fiscal  sont très minoritaires : environ 1/3. C'est comme la ligne Maginot qui ne protégeait qu'un tiers de la frontière nord !  Ce qui veut dire que si l'on prend l'ensemble des prélèvements,  parler d'un plafond à 50% est une escroquerie. Comment calculer ce beaucoup plus ? Très difficilement puisqu'il va dépendre de la structure du patrimoine et des revenus. Sans aucun bouclier fiscal, le prélèvement global (tous prélèvements confondus) pouvait avec l'ISF dépasser allègrement les 100%.  Des milliers de résidents avaient ainsi la joie de donner tout son revenu annuel à l'Etat et de vendre progressivement son bien pour le satisfaire, au milieu des commentaires haineux sur la légèreté de l'ISF et la mauvaise volonté manifeste de privilégiés qui se plaignaient sans honte. 

On peut estimer à près de 20 000 les Français qui ont quitté la France pour échapper aux effets confiscatoires de l'ISF dans la contexte du surimposition générale en France, qui est devenu un leader mondial du prélèvement. Ce n'était pas les moins entreprenants. Certains sont revenus après avoir caché une partie de leurs avoirs et assuré une transmission sans impôt de leurs biens à leurs descendance. Mais la majorité est restée au loin. On s'étonne, ou plutôt on feint de d'étonner qu'ils ne soient pas revenus après l'instauration d'un bouclier à 50%. Quelle hypocrisie ! Pourquoi voulez vous qu'ils reviennent dans un pays qui chante Vive l'impôt en permanence dans le chœur réuni de la droite et de la gauche, maintient des niveaux de prélèvements ahurissants et stérilisants, et ne parle que d'augmenter les impôts des riches. Croit-on qu'ils n'ont pas vu M. Delanoe augmenter de près de 50% l'impôt sur l'immobilier parisien, un chiffre dément, au milieu des applaudissements, après qu'il eût affirmé "et je ne m'excuse pas" ?  Croit-on qu'ils n'ont pas entendu les vaticinations d'Eric Woerth et ses menaces contre ceux qui ont de l'argent "à gauche" ?    

Le bouclier de l'énarque Villepin n'a pas plus convaincu que le bouclier de l'énarque Rocard. La mesurette démagogique de l'avocat conciliateur Sarkozy  n'a eu pour effet que d'exciter et la gauche, rapide à expliquer que plus jamais l'impôt des riches n'augmenterait (quelle horreur !)  et la droite, qui a bien vu qu'il ne s'agissait que de rendre l'affaire pérenne au prix d'une pirouette électoraliste.

En vérité l'ISF et le bouclier fiscal doivent disparaître en même temps, pour être remplacés par un surtaxation  temporaire basée sur les hauts revenus, les bénéfices des stocks options des grandes entreprises, les retraites chapeau démesurées, les golden hello et parachute, les bonus, les très hauts revenus etc.  Compte tenu de la situation des dépenses publiques la conversion d'assiette se ferait euro pour euro. L'Etat n'y perdrait pas un centime. Les assujettis seraient d'accord (quand on a l'argent en main et en liquide on est prêt à payer).

Nous avons de tout temps proposé que cette mesure de bon sens et d'équité soit accompagnée d'une large amnistie pour les capitaux rapatriés de l'étranger, avec un impôt sur le capital rapatrié de par exemple 10% (environ 10 ans d'ISF).  Elle serait d'autant plus réussie que les deux grands partis de gouvernement assureraient qu'ils n'ont aucune intention de rétablir l'ancienne assiette. Les propos de MM. Walls et Peillon, rejoignant celles de M. Méhaignerie et de mille autres dans la majorité de droite,  vont heureusement dans ce sens.  On pourrait de ce fait ramener dans les caisses tragiquement vide de l'état un nombre conséquent de milliards d'Euros.

Au total ces mesures ne feraient que des gagnants et seraient parfaitement bien accueillis par l'opinion. Les riches auraient payé plus en cette période difficile, mais auraient la garantie d'une certaine sérénité fiscale et de ne pas se voir confisquer leur avoir. L'Etat aurait récupéré des milliards. L'investissement serait incité et avec lui l'emploi, donc les revenus des travailleurs.

La paralysie purement politicienne qui frappe les partis sur le sujet depuis que Chirac a perdu les élections peu après avoir supprimé la première imposition sur la fortune doit s'évaporer devant les nécessités nationales.

Le moment est on ne peut plus favorable.

Un peu de courage, M. Sarkozy et Mme Aubry.

Didier Dufau, pour le Cercle des économistes e-toile.

Le retour des politiques de déflation

Il est tout de même troublant de voir revenir la déflation comme moyen de gestion normale des récessions.

Au XIXème siècle, la monnaie était principalement métallique. L'argent et l'or étaient les références monétaires. A partir de 1873, l'étalon-or fut le système de référence. Dans ces conditions il était impossible de manipuler les changes. Les « points d'or » qui se déclenchaient en cas de déséquilibre lourd des balances de paiements entraînaient des sorties d'or et une restriction de crédit qui freinait l'activité.

Les crises financières qui étaient déjà régulières (tous les huit à dix ans) étaient vécues comme des moments de purge nécessaires. Le PIB (qui n'était pas calculé à cette époque) reculait fortement, souvent entre 20 et 30% (d'après les estimations les plus vraisemblables). Les docteurs Purgon s'en donnaient à cœur joie. Les plus faibles tombaient dans la misère et les révoltes éclataient, voire les révolutions. Dans des économies principalement agricoles, on parlait de crise de surproduction dont la résorption passait par des baisses de prix, de salaires et des restrictions malthusiennes. Jusqu'à ce que les prix remontent et entraînent à nouveau une phase d'expansion et d'investissements.

Ce système a volé en éclat en 1929 avec l'orthodoxie mentale qui l'accompagnait. L'or ne jouait plus de rôle majeur (il s'était concentré aux Etats-Unis et les autres états en manquaient). Partout le billet de banque et les dépôts bancaires l'avaient emporté sur la monnaie métallique. La crise de 1929 s'est produite dans un système tout à fait nouveau et mal maitrisé de gold exchange standard qui permettait déjà des doubles pyramides de crédits.

Ce système avait donné une ampleur toute nouvelle à la crise périodique de crédit. Les structures industrielles et agricoles s'étaient concentrées, ne permettant plus des ajustements faciles par les prix. Les mentalités étaient en retard sur les faits.

La gestion de la crise par la déflation fut partout un terrible échec entraînant des conséquences sociales et politiques qui à leur tour eurent leurs effets délétères.

Influencée par Keynes une nouvelle orthodoxie se mit en place qui renonçait aux déflations et tentait de mettre en place une organisation internationale ordonnée avec des changes fixes mais ajustables et une institution, le FMI, qui avait pour but d'éviter que des guerres de changes se mettent en place au détriment de la communauté. Chaque pays « ne devait pas faire plus de bêtises que les autres » et en cas de dérapages, le soutien du FMI devait éviter une chute verticale mais au prix d'un retour dans les rails de la politique économique du pays concerné.

Ce système a explosé en 1971 avec la promotion des changes variables et la création de monnaies purement administratives dont la responsabilité était confiée à des banques centrales « indépendantes ».

Premier résultat : les monnaies ont perdu en moyenne 98% de leur valeur en or bien que l'or fut démonétisé.

Second résultat : les déséquilibres sont devenus gigantesques (voir les déficits cumulés des Etats unis et les excédents cumulés de la Chine et du japon).

Troisième résultat : les crises décennales sont devenues de plus en plus dures en même temps que le taux de croissance de longue période était ralenti : adieu les trente glorieuses !

Quatrième résultat : la variabilité généralisée a entraîné le développement d'une économie casino et l'apparition de produits complexes de moins en moins maîtrisés.

Cinquième résultat : le mécanisme de la double pyramide de crédits s'est amplifié entraînant la hausse de la dette partout jusqu'à un niveau intolérable qui ne pouvait se régler que par une crise d'envergure, comme en 1929. Et qui a éclaté en 2008.

Les états ne pouvaient avoir recours qu'à deux politiques :

- Continuer dans le keynésianisme. On eut la stagflation. Exit Keynes.

- Laisser filer la monnaie avec des crises de changes successives et des risques d'exclusion du système d'échange mondial.

Cette politique ne pouvait être menée que par les Etats-Unis.

- Fixer sa monnaie sur le dollar à un taux favorable et se laisser porter.

La Chine avec ses réserves d'hommes pauvres et disponibles pour un bol de riz a pu s'en sortir.

L'Argentine et son « currency board » explosera début 2000.

L'Europe a tenté une unification monétaire évitant les risques de spéculation sur le cours des monnaies de ses membres. Mais sans « peg » sur le dollar. Il lui a fallu mener une politique de compétitivité salariale sur un fond de très faible croissance. Sous le parapluie de l'Euro les pays du Sud (France, Grèce, Portugal), ont conduit des politiques laxistes, en même temps que les capitaux à court terme s'investissaient en masse dans les pays émergents (Irlande, pays baltes, Espagne) sur une base purement spéculative. Le RU faisait lui le pari du « tout finance » et du « tout spéculation ».

L'explosion financière a eu les conséquences qu'on pouvait envisager.

Les capitaux à court terme ont fui l'Europe de l'est , l'Irlande , l'Espagne ; les pays à bulles immobilières ont été ruinés. Et on a vu que malgré l'unification monétaire, la spéculation s'attaquait aux pays par le biais des taux d'intérêt et des « spreads » faute de pouvoir le faire sur les taux de devises.

En dehors des Etats unis et de la Chine le système monétaire international ne laisse plus aux autres comme alternative soit une politique de déflation lente de compétitivité par les salaires et la technologie soit une politique de déflation violente lorsqu'on s'est laissé glisser trop longtemps.

La déflation est redevenue le mode de gestion de crise. Ce qu'avaient montré la crise de 29, c'est qu'elle était socialement inacceptable et finissait dans des extrémités encore pires que le mal. L'affaire Argentine a confirmé le fait. On peut craindre que cette impatience sociale se manifeste à nouveau avec des conséquences destructrices.

La déflation peut marcher. Mais c'est si douloureux que l'on peut considérer que ce remède de cheval est d'un maniement extrêmement dangereux.

Il vaudrait mieux réformer le système global et enfin constituer le système qui aurait du être mis en place à Bretton-Woods si les Etats unis n'avaient pas été un géant au milieu de "nains" ruinés.

Un Bretton- Woods paritaire, avec une monnaie mondiale de réserve de type Mondio, est  la bonne solution. Espérons qu'il ne faudra pas dix ans de soubresauts pour qu'on s'en aperçoive.

Depuis 2007 et le blocage du système monétaire et du marché interbancaire, on a déjà perdu trois ans. Et on n'en sort pas.

La confusion s'installe

La confusion s'installe

La confusion est le compagnon de l'inquiétude. Les deux s'installent en même temps. Résultats : les faits les plus simples sont ignorés et les discussions se perdent en diatribes inutiles.

* La confusion de l'opinion.

Elle était visible comme le nez au milieu de la figure lors du débat stérile chez Arlette Chabot sur A2.

Qui est en crise ? Depuis quand est-on en crise ?

Ces deux questions firent débat bien inutilement, faute une fois de plus de ne rien comprendre à la notion de cycles. Il y a un cycle de 8-10 ans.  On a donc une succession de crises et de périodes moins difficiles. Les points bas des récessions récentes : 74, 83,93,2001,2009. Chaque phase de récession a sa séquence : bourse et banque sous tension ; puis activité générale en berne -déficits extérieurs ; déficits publics-chômage-faillites ... La crise part toujours des Etats Unis et se répand dans le monde en 2-3 ans. Dans chaque zone atteinte successivement, Il faut près de trois ans pour que le scénario se déroule. Le chômage baisse en dernier et la reprise de l'emploi est en général ignorée puis niée puis minimisée avant d'être finalement reconnue...juste avant le début de la récession suivante.  Si tous les participants avaient eu ce schéma répétitif en tête le débat aurait pu progresser au lieu de s'enliser.  

Il est clair que l'année 2010 va être celle où beaucoup d'entreprises vont craquer au moment où l'Etat n'a plus les moyens de les sauver compte tenu des déficits accumulés. Les résultats apparaîtront en 2011. Au moment où la question d'un sauvetage des finances publiques sera  au plus chaud.  En 96, trois ans après le pic de la récession de 93, Alain Juppé avait assommé le pays par un coup de massue fiscal inouï...et avait cassé la reprise qui se dessinait. On recommence ? Le calendrier électoral ne s'y prête pas. Les élections présidentielles éviteront ce scénario, sauf si évidemment un épisode à la grec précipitait les évènements. En revanche, gare à la préparation du budget 2013 !

Il aurait pu être intéressant aussi de souligner que depuis 1974, la solution choisie par la France aura été "le tout Etat" et le privilège donné à la dépense publique. Tout le monde constate que nous sommes arrivés déjà endettés au stade où il a fallu laisser se creuser tous les déficits. Personne n'a voulu donner les chiffres ni préciser les processus (nous l'avons fait ici dans une dizaine d'articles). Quelques mots  auraient  été bienvenus sur le désastre qu'aura été "l'énarchie compassionnelle" de droite et de gauche et la tendance bien pensante répandue dans le peuple que par l'impôt et la dépense, en ne faisant aucune réforme douloureuse, chacun pourrait s'y retrouver. Nous nous sommes fourrés dans le piège avec une constance admirable. De vrais Grecs, en moins imaginatifs.

* La confusion politique française autour de  la "rupture"

L'impression de fausse rupture avec un passé de laxisme et de facilités est tout aussi clairement à la base de l'énorme abstention constatée aux dernières élections régionales et la cause du désamour cinglant qui frappe le Président de la République. Lors de la campagne de 2006 nous avons écrit moult articles sur le forum du Monde pour avertir N. Sarkozy de ne pas faire le Matamore en affirmant qu'il allait faire reprendre à la France le chemin de la croissance ultra rapide. Nous avons même multiplié les courriers aux différents instances de l'UMP ! Avec toujours le même thème : vous allez avoir à affronter une crise très dure en milieu de mandat alors que la France est très mal préparée à la subir.  Annoncez plutôt du sang et des larmes !

D'accord les corbeilles à papier ne sont pas faites pour les chiens, mais tout de même, les faits évoqués et les arguments étaient si forts, qu'il est déraisonnable que personne n'ait pris le temps de lancer l'alerte. Ou révélateur.

Du coup toutes les mesures du début du quinquennat ont été à côté de la plaque, en même temps que Nicolas Sarkozy révélait son vrai tempérament : non pas un coureur de fond (au sens fond des choses) mais un homme politique n'ayant qu'une boussole électorale à la main et faisant des sprints successifs sous des banderoles politiquement correctes. En vue de l'élection de 2012 il fallait montrer qu'on n'avait pas créé un "état Ump" et qu'on était "socialo compatible", contrant à la fois le PS et Bayrou : voilà l'ouverture à des personnalités socialistes.  En vue de satisfaire la tentation écologique bien pensante, il fallait le Grenelle de l'environnement, une hyper présence à Copenhague et... la Taxe Carbone.  En vue de se couvrir de l'accusation toujours proche pour un élu de droite d'indifférence aux pauvres il fallait Martin Hirsh et... le RSA, au prix d'être renégat sur la promesse de ne pas créer de nouvel impôt majeur.

En même temps on multipliait les taxes (depuis la chute de Jospin, on doit être à la quarante cinquième taxes "de droite"!). Et on laissait s'en profiler d'autres. Indépendamment de la taxe Carbone, flottaient dans l'air la taxation des transactions financières et la taxation des banques, tout en criant qu'on n'augmenterait jamais les impôts.

On avait la lâcheté de ne pas mettre fin à l'ISF, impôt absurde et destructeur (que même les économistes de gauche qui pontifient dans les medias avaient renoncé à défendre) et la stupidité politique de laisser croire que les riches ne seraient plus jamais solidaires en cas de besoin grâce au bouclier fiscal. Au lieu de la grande réforme d'apaisement fiscal qui aurait vu la fin de l'ISF comme on le connait (son assiette aurait été transférée sur les très hauts revenus, les stocks options et un certain nombre de dispositifs choquants comme les retraites chapeau et autres golden hello ou parachutes), une large amnistie permettant de faire revenir des dizaines de milliards d'euros de l'étranger tout en renflouant les caisses de l'état, on a vu Eric Woerth jouer les épouvantails et les grands moralisateurs (ici encore pour complaire à la sondagite de Nicolas Sarkozy et son goût pour le politiquement correct populiste).  Puisqu'on parle d'Eric Woerth notons que lors du débat chez Arlette Chabot il a eu une défense pitoyable du bouclier fiscal. Il n'a même pas osé dire que les éléments d'imposition pris dans le fameux bouclier ne représentent que le tiers des prélèvements obligatoires (les deux grosses parts sont les charges patronales et la TVA à la quelle il faut ajouter toutes les taxes). Ce qui fait qu'un "riche", selon la structure de son activité va payer entre 80 et 90% d'impôts. Ce qu'a fait le bouclier c'est simplement d'éviter que l'ISF ne fasse passer le taux d'imposition de dizaines de milliers de Français au dessus de 100%, taux qu'on peut juger légitimement comme "anti républicain". Seulement, s'il avouait cela, E. Woerth perdait toute crédibilité à droite, enfin ce qu'il en reste.    

En même temps on lançait mille réformettes n'allant jamais au fond des choses et dont beaucoup suspectent qu'elles ont finalement coûté plus cher que les gains obtenus. L'effet d'affichage a semblé toujours l'emporter sur la réalité concrète. On n'a pas voulu affronter les syndicats, comme du temps de Chirac. Sur les retraites, la prise en compte de la "pénibilité", ce concept totalement infondé, leur annonçait qu'on ferait semblant de réformer mais que des arrangements seraient possibles pour les noyaux durs de la clientèle syndicale.

La confusion était entretenu par les contradictions entre mots et faits :

- Plus de sécurité ? Mais moins de fonctionnaires de police et aucun abandon des 35 heures qui a vidé les commissariats. Et une hausse des violences urbaines.

- Priorité à l'éducation ? Non seulement moins de professeurs mais aucun réel changement lourd assurant la reprise en main du bateau ivre. Le symbole : le maintien d'un système démagogique qui conserve dans la scolarité classique des gamins qui ne savent ni lire et écrire au nom d'un égalitarisme de façade.

- Priorité à la santé ? Mais on n'a pas supprimé les 35 heures dans les hôpitaux. On a préféré un bureaucratie de type soviétique à des formules plus souples. Le symbole : la grippe A  où une ministre censément de droite décrète le Gosplan, met en place une usine à gaz et lance des dépenses pharaoniques, bloquant mille projets utiles, indispose l'ensemble de la communauté médicale, pour quasiment rien. Ici encore la volonté de N. Sarkozy, l'oeil rivé aux sondages, de coller à l'opinion publique, et de montrer sa complaisance aux idées politiquement correctes, a détourné le gouvernement d'agir raisonnablement.

Dans la pratique tous les services majeurs de l'Etat sont en aussi mauvais état qu'avant. La Justice est toujours effondrée, noyée sous une délinquance traditionnelle si massive qu'elle déborde les moyens de répression,  mais aussi par la multiplication des nouveaux délits pénaux dits "de société".  Dirigée par des fonctionnaires de la filière juridique qui n'ont exactement aucune notion de gestion et qui sont totalement incapables de maîtriser les processus informatiques et logistiques, la justice c'est le Haïti de notre Administration bien aimée.  Nous laissons au lecteur le soin de compléter la liste.

- la rupture s'est réduit à l'illusion de la RGPP, gratouillette à dépenses publiques là où il fallait sortir la charrue pour déraciner toutes les sources de dépenses inutiles  et surtout boucher tous les trous en dessous de la ligne de flottaison. Pendant qu'on enlevait les mauvaises herbes au sécateur, on n'a pas vu que tout le terrain glissait.  Le jardinier est désormais assis, son sécateur à la main, dans la gadoue en contrebas.  

- Un autre symbole aurait été une vraie réforme de la SNCF. On sait qu'il est impossible de faire fonctionner cette société avec le statut actuel des cheminots et dans le sureffectif perpétuel. Nous avons déjà raconté ici que dès 1970 le fret SNCF était considéré comme "perdu" et irréformable. Depuis quarante ans on fait semblant de le réformer. A chaque fois on déverse des milliards en essayant de les associer avec des thèmes à la mode (le dernier mot clé était "ferroutage"). Résultats : la perte cumulée de 2008 et 2009 pour le fret égale le chiffre d'affaire !  Où est la rupture ? Où est la raison ? Dans un pacte secret entre le Prédisent et les leaders syndicalistes sur autre chose, par exemple la réforme des retraites ? On disait bien que de Gaulle, l'épée, et Pétain, le bouclier, était secrètement d'accord...Pendant ce temps là, la Deutsche Bahn, frappée tout aussi durement par la crise, n'annonçait pas de pertes ; juste une baisse de ses bénéfices.

La vérité qui tout à coup est apparue en plein jour est que Nicolas Sarkozy était dans le calcul et la manœuvre de l'opinion, pas dans les réformes dures qui font mal mais redressent durablement un pays qui s'est laissé glissé. N'est pas Thatcher ou Reagan qui veut.  Si on ajoute que le "matamore" s'est révélé aussi un parfait "m'as-tu-vu" (je reprends ici des mots entendus dans les médias), au moins selon les critères de son électorat de base, on peut difficilement être surpris par l'incroyable et historique abstention qui a gâché les élections régionales.  

La difficulté pour N. Sarkozy est qu'il peut difficilement revêtir maintenant le costume de Churchill ou le tailleur de Thatcher. Avec son style faubourien il ne peut pas non plus être de Gaulle, même en s'agitant sur le front extérieur, censé doter de la stature à ceux qui n'en ont pas spontanément.  Sarkozy il est et il restera.

Notre conseil : oublier les aspects "images" et "sondages" pour se concentrer, avec vérité et efficacité,  sur les chantiers essentiels sans plus se préoccuper de l'élection de 2012.

Il est encore temps d'être utile au pays.



L'inquiétude s'installe

Observer en temps réel l'état de l'opinion est important. Les commentateurs qui feront plus tard l'histoire de la période n'auront pas l'aide (et éventuellement l'inconvénient) qu'offre la perception des attitudes et des sentiments.

En France, pratiquement jusqu'à maintenant, les Français n'ont pas ressenti la crise. L'importance du nombre des fonctionnaires et des retraités, indifférents aux questions d'emplois, ajoutés aux filets de sécurité, qui permettent même à certains licenciés de se faire un pécule inespéré, l'usage massif cette fois-ci du chômage partiel, qui a retardé nombre de licenciements, se sont conjugués pour anesthésier l'opinion.

Pendant des mois, la crise fut sans victime au moins en apparence. Donc sans indignation.

Bien sûr il y eût un début de psychose en septembre 2008 : les Français ont eu une peur bleue pour leur épargne et leurs comptes en banque. Mais elle n'a pas duré.

Traditionnellement l'inquiétude s'installe après un exercice de crise plein. A ce moment là les résultats publiés des entreprises sont désastreux. Les impayés s'accumulent.  Les faillites commencent à enfler. Les jeunes qui apparaissent sur le marché du travail ne trouvent pas d'emploi ou dans des conditions très dégradées (stages, salaires en baisse, petits jobs). Après l'inquiétude un peu résignée vient l'impatience.

Nous entrons dans cette phrase en France et dans la plupart des pays à travers le monde. C'est celle de tous les dangers. La crise est installée. Elle est perçue comme devant durer. La crainte de l'avenir s'accentue en même temps que la tentation de rechercher des boucs émissaires se gonfle.

Voici venu le moment des dissensions internationales :
- La Grèce a du mal à financer sa dette : c'est de leur faute. Qu'ils se débrouillent.  Qu'ils se serrent la ceinture bien étroite. Nous ne paierons pas pour les "pays du Club Med".
- L'Islande ne veut pas payer pour les clients lésés de banques situées sur son territoire.
- La Chine et les Etats-Unis commencent leur ballet d'accusations réciproques.
- Et voici que la France met en cause l'Allemagne pour se désinflation compétitive et ses excédents.

L'enfer, c'est toujours les autres.
Voici venu aussi le temps des dissensions nationales.

Partout les gouvernements en place sont contestés. Mais les oppositions ne sont pas pour autant considérées comme crédibles. Plus personne ne croit plus dans la capacité des politiques de faire face à la situation.  L'abstention aux élections régionales françaises restera comme un des témoins phare de ce phénomène : 53% de non votants, une première !
 
En 1974 la crise avait frappé en même temps qu'un nouveau président se mettait en place. VGE et J. Chirac paraissaient des hommes neufs aptes à faire face à la situation nouvelle. Ils ne l'étaient pas. La sanction viendra en 81. En 1981 le changement de majorité a là aussi masqué la traduction politique de l'inquiétude du pays : le tourbillon du "passage de l'obscurité à la lumière" a occupé les esprits dans un sens ou dans un autre pour quelques temps. Jusqu'au tournant de l'austérité de 2003 jamais déclaré mais bien réel.  En 93, la crise frappe en pleine période de transition électorale avec une cohabitation qui pousse à tout repousser à plus tard. Cela finira avec le coup d'assommoir fiscal d'Alain Juppé. En 2000, la transition politique correspond également à l'éclatement de la crise.

Cette fois ci, la crise se produit en plein milieu d'un quinquennat laissant le pays sans exutoire autre qu'une abstention massive. C'est une situation dangereuse. D'une certaine façon le roi est nu et seul devant l'impatience du pays. Ses positions électorales, qui avaient fait son succès, sont désormais totalement dépassées. N. Sarkozy a été pris à revers sur pratiquement tout son programme affiché.  Ses actions passent pour de l'agitation. Son impuissance face à des problèmes qui le dépassent totalement devient apparente. Le verbe parait décalé des résultats.

L'Europe entre en crise. On voit les grosses ficelles de son assemblage et l'absence totale de réalisme de ses politiques vis à vis de la crise. Bruxelles n'a rien à dire. Les dissensions sont partout et sur tous les sujets. La politique d'ouverture généralisée des frontières sans considération pour les réalités vécues par les acteurs, la destruction de la PAC, l'impuissance généralisée faute de pouvoir bâtir de vraies politiques ajustables, a découragé les européens. L'abstention aux européennes  était déjà massive.
 
Toutes les institutions flottent en apesanteur.
 
Plus personne n'est en charge des  seules choses qui comptent : l'emploi ; les perspectives de croissance.

En revanche tout le monde voit bien que pour les impôts et les mesures draconiennes, on trouve toujours des volontaires, à droite comme à gauche.
 
Aujourd'hui les Européens en général  et les Français en particulier ont désormais compris que la crise était installée pour longtemps et que l'austérité était pour demain. Que faire contre la concurrence "déloyale" des pays à bas salaire et sans protection sociale ? Que faire contre les manifestations de puissance de la Chine et des Etats Unis ?  Où est la source de notre prospérité future ?
 
En plus voici l'écologie et son message malthusien. Sauver la planète, rien de moins, en entrant dans l'abstinence et en portant le cilice, est-ce une perspective ?
 
L'horizon est totalement bouché dans l'esprit de la majorité des Français. Les retraités savent qu'ils sont en première ligne et qu'ils vont être durement frappés (ils ne manifestent pas et vivent de l'argent de la solidarité). Le blocage des retraites en Grèce les fait réfléchir. Les parents voient leurs enfants en danger de mauvaise insertion dans la vie professionnelle. Les mauvais départs sont souvent de mauvaises arrivées !  Les jeunes ne pensent qu'à partir. Partir là où au moins luit une petite lueur d'espoir.
 
La seule courbe que regardent désormais les citoyens est celle du chômage. Il faut généralement trois à quatre ans pour qu'elle s'inverse (si la récession ne tourne pas à la dépression) après le pic de crise. Ce sera bien si elle le fait avant 2012 !  Tout le monde s'attend en 2010 à une Saint Barthélémy des PME françaises. Sous capitalisées la plupart d'entre elles sont incapables de vivre deux exercices successifs comme 2009. Le premier trimestre n'a vu aucune reprise. Tout stagne aux niveaux de 2009. Encore deux trimestres comme cela et la vérité s'imposera : la crise sera pire que 74 et 93. Il n'y a plus de réserves. Nulle part.

Alors oui l'inquiétude gagne. Et s'approfondit. L'insouciance s'est envolée. On s'attend à pire. On anticipe le pire.

Cela peut créer le pire.

Peut-on sortir de cette spirale ?

La réponse est oui. A une condition : le retour d'une politique du plein emploi crédible animée par des responsables disposant des moyens de la mener. Cela suppose d'abandonner le modèle d'une économie mondiale laissée aux seules forces du marchés et de la finance, avec des Etats aux abonnés absents, en attendant une miraculeuse reprise spontanée, une fois les banques sauvées et les déficits creusés.

Si les Etats ne reprennent pas la main de façon concertée pour changer le cours des choses et remettre l'emploi et la croissance au cœur de la politique mondiale, on va droit vers la dépression.

Quel est le levier à leur disposition ? Il n'y en a qu'un seul. Pas trois, pas deux. Un seul.

En annonçant que désormais on en revient aux changes fixes avec élimination des déficits et des excédents aberrants, chaque état étant responsable du plein emploi chez lui en agissant sur tous les leviers possibles mais agissant collectivement dans le sens d'une montée vers plus de croissance, la finance étant désormais strictement contrôlée (avec notamment interdiction du "short" sur les devises, on met fin à la spirale déflationniste qui s'amorce.

Bien sûr la Chine sera obligée de revoir sa politique mercantiliste de captation de l'emploi mondial et de se préoccuper de créer un vrai marché intérieur.

Bien sûr les Etats Unis perdront leur leadership monétaire et devront dévaluer assez fortement.

Bien sûr il faudra découpler d'une façon ou une autre les pays de la zone euro qui ne peuvent s'en sortir qu'avec une dévaluation.  

Bien sûr les banques perdront une grosse partie de leurs gains spéculatifs.

Bien sûr il faudra organiser le commerce mondial des produits agricoles en ne considérant plus le marché mondial comme une poubelle.

Mais un horizon aura été recréé qui permettra aux entreprises de reprendre les investissements.

Cette politique nous l'avons proposée dès les premiers jours après l'explosion du système bancaire mondial. Nous n'avons pas à en changer une virgule, 18 mois plus tard.

La seule différence vient du changement de psychologie des populations : désormais elles s'inquiètent ; demain elles peuvent déprimer ou s'emballer. La crise de 29 s'est emballée en 1932-33 devant l'impatience des populations relayées par les politiques. Tout s'est alors crispé. Et il faudra attendre la guerre pour mettre fin à la spirale des grosses bêtises.

Il est encore temps de prendre la situation à bras le corps. Espérer comme la BCE dans l'application des seuls traités sans politique économique concertée est une absurdité. On ne pilote pas l'économie d'une zone monétaire par les seuls traités.  Aucune relance individuelle dans un système de changes flottants n'est efficace, l'expérience le 2009 le prouve. La finance mondiale ne jouera pas la croissance et l'investissement. Mais les gains spéculatifs. Il n'y a strictement rien à attendre d'elle.

Rien ne se dénouera tout seul. Il n'y aura pas de reprise spontanée.

Mais il n'y a pas de pilote dans l'avion, ni même de logiciel pour guider l'avion. L'essentiel de l'inquiétude qui s'exprime désormais vient de là.

Elle est légitime.



Pour ou contre le Fonds Monétaire Européen ?


L'attaque concertée de quelques Hedge-funds contre la Grèce spéculant sur l'impossibilité du pays à refinancer une dette extravagante a soudainement activé une volonté réformatrice insoupçonnée : on songeait donc à créer un FME, un fonds monétaire européen, sur le modèle du FMI mais régional, comme l'idée en est caressée depuis plusieurs années (en fait depuis 1998) par l'Asie. Qui y songeait ? Qui en parlait ? Mystère ! Le diable sort de sa boite à l'improviste mais il a déjà de forts parrains puisque le couple franco allemand serait d'accord. Sur quelles modalités ? On se ne sait pas. Mais ils sont d'accord tout de même !

Nous n'avons nous-mêmes jamais proposé une telle structure. Nous sommes donc un peu pris au dépourvu. Il faut se remettre en cause. A-t-on raté une bonne idée qu'on aurait du imaginer il y a longtemps ? A l'inverse cette nouvelle institution est-elle surtout le fruit le l'impuissance et de l'improvisation ?   

* Pour le FMI, le FME, comme le fonds oriental, est une gigantesque gifle.

Cela fait des années que l'institution est malade. Conçu à l'origine comme une institution de régulation des changes fixes mais ajustables mis en place à Bretton Woods, le FMI était une institution principalement keynésienne. Il fallait éviter qu'une crise financière et monétaire impose une déflation dans les pays soumis à une crise de paiement. Alors on dévaluait un peu, de façon concertée, et, pour éviter que le bénéfice de la dévaluation ne soit totalement perdu, on encadrait assez fortement la politique de l'Etat défaillant pour que le sauvetage ne devienne pas une habitude.  Rappelons ce fait majeur : le FMI avait pour but d'éviter la déflation.

Le passage aux changes flottants a supprimé tout rôle utile au FMI. Si les changes flottent, la dévaluation est quasiment automatique en cas de difficulté de paiement et la messe est dite.  Comme une organisme public ne meurt jamais et que la soupe y est plus que bonne, personne n'a voulu acter la mort clinique du FMI qui s'est survécu à lui même dans l'artifice et le faux semblant. Le coup de grâce a été porté par la création de l'Euro.

Le FMI contrairement à ses statuts, avait renoncé  depuis longtemps à s'occuper des grands équilibres et donc des déficits américains et des excédents japonais et chinois. L'Europe cessait d'être une terre de mission. Restait le tiers monde. C'est comme cela que le FMI est devenue une Bird bis. L'une donnait aux pays impécunieux de quoi investir et l'autre les devises nécessaires pour participer au commerce international, mais moyennant des modalités de garde chiourmes. Comme la vocation de ses personnels était de remettre dans le droit chemin des pays ayant un peu dérapé, on a considéré que le sous développement était un dérapage qu'il fallait traiter avec la même dureté. Le FMI a fini par être vomi par ceux auxquels il proposait ses services.  

Une autre vocation résiduelle était d'aller au secours de pays qui avaient décidé de conserver des changes plus ou moins fixes et dont le "peg" menaçait de voler en éclat. Jamais personne n'a défendu le système du "currency board" dans aucune institution  internationale. Ce système exotique avait été retenu par l'Argentine avec des résultats d'abord intéressants. Mais la hausse du Dollar et la dévaluation du Real avait fini par faire exploser le système. Le FMI s'était cru autorisé à venir "au secours" de la monnaie devenue surévaluée qui provoquait une déflation terriblement douloureuse... en faisant de la surenchère dans la douleur ! On a vu le résultat. Quand rien n'a de sens, rien ne marche. Accumuler les contradictions en faisant jouer les uns et les autres à contre rôle est absurde. Ce qui est vrai pour l'Argentine l'est également pour tous les pays asiatiques pris dans le tourbillon de la crise du dollar de 1998.

On a alors vu s'accélérer la valse des directeurs du FMI : depuis la démission de M. de la Rosière ("Sœur Theresa" dans le langage des initiés), tous les directeurs ont été des politiques faisant un petit tour valorisant et rémunérateur à la tête du FMI en attendant des positions plus honorifiques encore dans leur pays d'origine.  DSK fait partie de ce Wagon.

La crise actuelle a en apparence donné plus d'importance au FMI. On a augmenté les droits de tirage. On lui demande un peu d'expertise dans la définition des nouvelles régulations.  Dans la pratique son rôle est resté cantonné aux pays assommés par la crise comme l'Islande (dont le FMI n'avait rien dit au temps des folies), aux pays émergents (pour qu'ils aient quelques devises pour continuer à participer au commerce mondial) et aux pays ayant choisi de conserver une certaine fixité de leur change, notamment parce qu'ils étaient dans l'espérance d'intégrer l'Euro. C'est ainsi qu'on a vu des pays de l'est plongé dans les griffes du FMI et d'une impitoyable déflation, mais sans dévaluer ! Le contraire même de la vocation initiale de l'institution !  

La Grèce entre désormais dans la catégorie des pays dont l'Etat est de moins en moins capable de se refinancer.  Plutôt que d'emprunter sur le marché pourquoi ne pas demander de l'argent au FMI qui en a trop et ne sait qu'en faire ?  D'autant que les Allemands ont toujours fait la leçon aux "pays du club med" et ne veulent pas payer un point de base de trop sur leurs propres emprunts.

Les Européens veulent un bras armé pour imposer des mesures déflationnistes à la Grèce tout en assurant la survie de l'ensemble de l'Euroland, sans évidemment que le FMI ne vienne mettre ses gros doigts dans le système.  Comme toujours l'Europe a mis le chariot avant les boeufs et on s'aperçoit bien que l'absence de gouvernance économique globale, comme celle d'une institution supranationale de contrôle et d'intervention était une faiblesse structurelle.

Si le FME est effectivement créé cela signifiera le cantonnement définitif du FMI a un rôle de club de riches, discutant du monde autour de quelques statistiques, et donnant chichement des leçons à quelques pays en perdition pour qu'ils ne sortent pas définitivement de la mondialisation.

Ubuesque situation de celle de DSK, européen chargé de défendre la vocation incertaine du FMI contre l'Union Européenne !  Mais l'ubuesque a commencé lorsqu'on a conservé le FMI tout en tuant les autres parties du pacte de Bretton-Woods !  Un canard qui a la tête coupée peut courir encore longtemps en battant des ailes. Mais quel triste spectacle !

* Pour l'Euroland, le FME se trouvera dans la même situation que le FMI vis à vis des pays qui souhaitent conserver une monnaie fixe : il ne pourra aller que dans le sens de la déflation autoritaire puisqu'il n'y a plus de possibilités d'agir sur la monnaie.  Si la zone euro avait été une mini zone de type Bretton Woods avec des changes fixes mais ajustables à l'intérieur de la zone, un FME aurait eu du sens. Il aurait fourni des réserves de changes pour atténuer le choc tout en pilotant un retour au sérieux des finances publiques du pays fautifs.  On se rappelle que lors de la campagne pour le traité de Maastricht tous les bien pensants européens avaient expliqué qu'une monnaie commune  devait être unique et fixée pour la continuation des temps.  Les distorsions à l'intérieur de l'Euroland ne peuvent donc que se régler par la déflation.

* Pour l'économiste la vraie question est celle de savoir si la déflation est une bonne politique à recommander. Notre réponse est évidemment NON.

L'économie a pour vocation la croissance et le plein emploi. La déflation ne permet JAMAIS de trouver le chemin de la croissance et du plein emploi. Nous sommes donc totalement opposés à la déflation comme mode de fonctionnement de tout ou partie d'une zone monétaire. Nous sommes aujourd'hui en Europe dans une situation de fuite en avant totalement négative et socialement dangereuse. Les institutions européennes finiront pas être aussi méprisées que ne l'est aujourd'hui le FMI.  

Nous condamnons cette fuite en avant dans la stagnation et la déflation.

* La vraie solution est ailleurs.

Elle est au retour d'un système global de changes fixes et ajustables, avec l'assistance d'un FMI rénové.

Le FMI doit être égalitaire et non plus censitaire. Le dollar doit perdre sa vocation de monnaie de réserve ; les réserves doivent être poolées et non plus gérées pays par pays avec une stérilisation de capitaux qui seraient utiles ailleurs. Il doit être régionalisé avec quatre cinq fonds continentaux: européen, nord américain, sud américain, africain et asiatique.  Le FMI central joue un rôle de fonds de fond et joue avec la monnaie de réserve mondiale, le Mondio, monnaie centrale dans laquelle l'ensemble des monnaies sont définies selon un change fixe mais ajustable.  L'objectif global est d'obtenir la meilleure croissance globale possible avec un taux d'emploi optimisé.  Les pays qui dérapent sont d'abord traités par le fonds continental de rattachement sous la supervision générale du FMI central.

* En imaginant qu'on garde à l'esprit la mise en place à terme de notre plan, comment les mesures envisagées viendraient-elles s'imbriquer ?

Notons tout de même et en préalable que s'il avait été adopté en 1971, ce plan aurait sans doute évité que l'on songe à créer l'Euro. Mais bon !

Une zone d'unité monétaire dans un système général  de changes fixes est plus facile à gérer. Il est peut probable qu'un Fonds monétaire européen (Euroland) soit nécessaire s'il y a un fonds monétaire continental européen.  Il serait donc souhaitable que le FME Euroland soit étendu à l'ensemble de l'Europe hors Euro.

Cela souligne au passage que l'instance de pilotage de l'Euro ne peut pas être un FME mais une structure politique de gouvernance de l'Euroland à définir puisqu'on a oublié de le faire.

Puisque les changes seraient fixes l'obsession de la BCE pour une monnaie "forte" serait très amoindrie.  On pourrait donc mettre fin à ce système démoniaque qui veut que le monde marche moins bien que pendant les trente glorieuses, que l'Europe marche moins bien que le reste du Monde, et que chaque pays européen soit pris dans une logique dépressionnaire, en particuliers ceux qui ont sombré dans le malthusianisme économique, social et fiscal comme la France.

Rappelons une fois de plus que les institutions sont au service de l'homme et non l'inverse. L'objectif de la politique économique est le plein emploi et la croissance.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.

Joseph E. Stiglitz et "Le triomphe de la cupidité"


Avec ce livre, "Le triomphe de la cupidité" (LLL -  les Liens qui libèrent - éditeurs - Février 2010) , nous avons l'analyse d'un des ténors actuels de l'économie.

Disons le tout de suite, ce n'est pas la "Théorie générale" de Keynes. Les politiques n'y trouveront pas ce changement de cadre intellectuel qui avait entraîné une refonte complète de la manière de voir le rôle de l'Etat dans la lutte contre les crises et pour la prospérité générale.  En revanche, l'esprit acéré de l'auteur et sa culture économique lui permettent de balayer des pans entiers de l'histoire économique récente et de trancher quelques débats.

Pour le Cercle des Economistes E-toile, c'est aussi l'occasion de confronter ses propres analyses publiques avec les réflexions d'un des rares prix Nobel  dont les honneurs ne sont pas totalement usurpés.

Ce premier article donnera un avis général sur le livre. Les deux suivant examineront ce qu'il faut penser de son explication de la crise et  des réformes à apporter au système bancaire, les deux questions qui font l'objet des développements les plus importants.


J. Stiglitz ne s'est pas totalement élevé au niveau des enjeux. Son livre souffre de quatre défauts chez lui traditionnels :

* Une certaine tendance au narcissisme.  L'auteur a une haute idée de lui-même, en même temps qu'il considère ses pairs comme des nains englués dans le "consensus de Washington". Il se met en scène parfois abusivement. Il prétend avoir prévu la crise. Ce n'est pas vrai. Il a critiqué inlassablement le système et il a été conforté par les évènements. Ce n'est pas exactement une prévision. N. Roubini qui manque certes d'une vision économique globale avait, lui, fait une prévision très précise  qui s'est révélée opérationnelle. J. Stiglitz s'est contenté de répéter ses philippiques permanentes depuis 20 ans contre Wall Street, la  FED et le FMI, sans donner une véritable analyse prévisionnelle : nature de la situation ; déroulement de la séquence ; intensité de la crise ; date de l'explosion etc. Sa petite déviation narcissique entrave son discours en le tordant vers le pamphlet répétitif. Admettons cependant que le conformisme ambiant et la force médiatique de certains acteurs imposent qu'on tape longtemps sur les mêmes sottises. Dans cet exercice J. Stiglitz est inlassable...

* L'américano centrisme.  Nous avons quelques scrupules à insister sur ce point car l'auteur est sans doute l'économiste américain qui a le plus de connaissance du monde extérieur. Son livre reste centré sur l'opinion américaine à travers ce qui s'est passé aux Etats unis. L'avantage est une excellente description de l'histoire économique récente  des Etats Unis. L'inconvénient est une certaine fragilité  dans ses analyses de la situation globale.  Ce défaut se conjugue avec le précédent : J. Stiglitz s'est manifestement convaincu que puisque la crise était américaine, sa pensée, très critique des politiques suivies et donc assez marginalisée, allait pouvoir y devenir dominante. Cette ambition n'a pas d'intérêt pour l'observateur non américain. En revanche il est utile d'étudier si les critiques faites au système américain s'appliquent en Europe et particulièrement en France. C'est ce que nous ferons dans les deux articles suivants.

* L'insuffisance théorique en matière de système monétaire international.  Cette lacune est traditionnelle en économie où le champs des relations monétaires internationales est une jolie friche soigneusement non entretenue. Il faut attendre la page 365 pour voir enfin surgir du néant les questions monétaires internationales. Leur rôle crucial dans l'explication de la crise n'est pas compris. J. Stiglitz se contente d'une analyse très superficielle de la question des réserves monétaires internationales, en lançant des idées générales appuyées sur peu de véritables analyses.

* Le militantisme politique. J. Stiglitz se "pose en s'opposant" depuis bien des années. Il symbolise aux Etats-Unis une certaine forme de posture "de gauche" opposée à la politique de G. Bush, à celle de Milton Friedman et favorable à un tiers-mondisme certes très différent de sa variante marxiste française, mais plutôt rare aux Etats Unis.

Le titre de l'ouvrage révèle le moteur pamphlétaire qui anime l'auteur. La cupidité, c'est tout de même un peu faible comme explication de la crise. A bien des moments on sent une certaine outrance et la volonté de faire coller les faits à la posture à laquelle il se tient depuis longtemps et qui constitue son image dans les medias.

Ces défauts ne sont pas tels qu'ils fassent perdre tout intérêt aux démonstrations de J. Stiglitz.

Comme toujours avec lui, on sort à demi convaincu.

La bonne moitié vaut la peine.

Didier Dufau pour le cercle des économistes E-toile.

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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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