G.20 à Londres : une décision historique !

Le G.20 a pris une décision historique dont il convient de jauger la portée.

Il a décidé de décider à nouveau ce que la dernière assemblée générale du FMI avait déjà décidé : autoriser la vente d'une partie du tas d'or de l'institution. 

On peut prendre ce bégaiement sur le ton de la plaisanterie. Ce serait une erreur.

Le G.20 signifie qu'il n'y aura jamais de retour à l'étalon-or et à une monnaie dont la création ne soit pas strictement entre les mains des Etats. 

L'augmentation des DTS, Droits de Tirages Spéciaux,  un si joli nom pour une monnaie, le plus beau jamais trouvé sans doute, n'est pas l'amorce d'une monnaie internationale, malgré le "triplement" sur lequel on affecte de s'extasier.

Il évitera à la FED et à la BCE de se ruiner en soutien des banques centrales des petits pays, y compris en Europe de l'Est.

On notera que la conférence n'a pas cru devoir faire le bilan des mesures annoncées à Washington  en novembre lors du précédent G.20.  Et qu'à l'automne le G.20 se réunira à nouveau  et qu'il y a fort à parier qu'il ne fera pas plus le point des mesures prises aujourd'hui.

La décision a donc été prise de ne  rien bouger sur le front monétaire et  de lancer un message fort  vers le monde de la finance : "business as usual". Les marchés ont salué.

C'est bien une décision historique.

Washington, Londres, New-York : tout un symbole.

 

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des Economistes E-toile

Non la Chine ne nous sauvera pas !

On lit un peu partout que la Chine grâce à ses immenses réserves de changes pourrait venir au secours de l’Amérique en difficulté : il suffirait qu’elle dépense les immenses réserves qu’elle a accumulées  pour qu’aussitôt des flots de capitaux frais remettent en marche l’économie mondiale.

C’est sans doute l’idée la plus sotte qui ait été émise  dans cette époque où le n’importe quoi mental commence à devenir si pénible.

Lorsqu’un pays dispose d’une balance des paiements excédentaire, la banque centrale met en réserve les devises « fortes » accumulées et crée en contrepartie de la monnaie nationale qui, par le mécanisme du multiplicateur, entraîne un gonflement des prêts du secteur bancaire et une hausse de l’activité locale.  Les énormes excédents chinois ont donc généré une circulation monétaire en Chine encore plus énorme.
Dans notre système monétaire international magique, un pays excédentaire a la possibilité de replacer ses dollars   aux Etats-Unis et de toucher des intérêts. 

L’excédent chinois a donc provoqué une double pyramide de crédit : en Chine et aux Etats-Unis.  Car le retour des dollars aux Etats-Unis a permis naturellement par le même effet multiplicateur, mais dans le système bancaire des Etats-Unis, de multiplier les crédits.  Ces crédits ont permis aux américains d’acheter plus de produits en Chine  qui a bénéficié d’un excédent supérieur qui etc.

On trouve là naturellement un des mécanismes forts de la création de la bulle financière mondiale et particulièrement de  la bulle de crédits des Etats-Unis…et de la Chine.

Les Allemands, soumis aux contraintes d’une même situation dans le cadre des accords de Bretton Woods, avaient eu la possibilité de dire : stop !  Il leur avait suffit de demander la conversion en or de leurs dollars.  Si les Etats-Unis avaient joué le jeu en 1971  il y aurait eu contraction de la masse monétaire aux Etats-Unis et réduction des déficits extérieurs.  Une certaine régulation automatique se serait exercée.  En système d’étalon or la situation aurait été identique.  Tenus de redresser leurs comptes extérieurs les Etats-Unis auraient été amenés à déformer leur production afin qu’elle soit plus exportatrice,  tout en réduisant leurs ambitions budgétaires.

Avec les changes flottants, cette possibilité de réaction des pays soumis à un emballement de leurs excédents  de balance des paiements n’est plus possible. Ils n’ont qu’une solution : vendre leurs dollars sur le marché des changes au risque d’effondrer la monnaie qu’ils viennent d’acquérir ou les replacer aux Etats-Unis.   
Le Japon a été le premier confronté à ce dilemme. Inféodé aux Etats-Unis,  il a joué le jeu qu’on lui suggérait : il a replacé ses dollars sur le marché monétaire des Etats-Unis en souscrivant en masse aux émissions du trésor.  Les taux d’intérêt étaient évidemment très bas.  Un « carry trade » s’est mis en place. On empruntait à Tokyo à un taux d’intérêt proche de zéro, on convertissait en dollar et on plaçait en dollar à taux meilleur un peu partout dans le monde notamment dans les pays en voie de développement. Par exemple en Thaïlande où  les dollars étaient convertis en monnaie locale, provoquant une hausse de la création monétaire des banques qui faute d’emplois suffisants dans la production  finançaient la spéculation notamment boursière. Les dollars étaient naturellement replacés en bons du trésor américain qui servaient à alimenter la liquidité des banques américaines qui augmentaient d’autant leurs crédits etc.

Les très bas taux au Japon permettaient de développer les marchés immobiliers et la demande de logements et de bureaux devint telle qu’une bulle phénoménale se mit en place.
Ces doubles pyramides de crédits sont évidemment extrêmement dangereuses.    On se souvient qu’en 98  la partie orientale a explosé  provoquant la panique partout.  Il fallait rembourser les dollars empruntés et replacés dans des paris aventurés. Le dollar se mit à monter aggravant d’autant le problème des emprunteurs. 

On a appelé cela aux Etats Unis : la crise des pays émergents  et des dirigeants pourris par le système des « cronies ».  On a ajouté l’injure à l’ignominie.  C’est le moment où les Hedge funds entrés  dans la danse  et animateur des jeux financiers les plus outrés tremblent une première fois sur leur base. LTCM est en faillite. Il faut d’urgence en organiser le sauvetage, déjà pour éviter un drame « systémique ». Tout le commerce international fut touché.  Autant pour la crise « des marchés émergents ».

C’était  une crise du système monétaire international des changes flottants. Une de plus.

En même temps une double spéculation commença sur le dollar et la bourse américaine.  Placer sur le marché des NTIC  en pleine folie boursière devient  extrêmement rémunérateur en plus value et en plus le dollar montait ! Le monde entier se mit à acheter des dollars et des actions américaines.  Une bulle phénoménale s’est reconstruite sur les décombres   de la bulle précédente. 

La bulle explose en 2000 . Greenspan essaie d’y faire face en baissant à zéro les taux d’intérêt qui compte tenu de l’inflation deviennent un temps négatifs. Le dollar s’effondre.  Tous les créanciers en dollars sont ruinés. Sauf la Chine dont la monnaie est alignée artificiellement sur le dollar.  L’Europe entre en stagnation, comme le Japon.  Il n’y a plus d’investissement industriel : la concurrence de la Chine est impossible à combattre.  Alors les capitaux ne vont plus à l’industrie.

Aux Etats-Unis c’est pareil.  L’industrie part en Inde et en Chine.
Les seuls placements productifs possibles sont l’investissement en Chine et en Inde. Mais ces pays n’ont pas la capacité de les absorber.  Alors va pour la spéculation.   

Aux Etats-Unis et partout dans le monde les taux d’intérêts très bas conduisent à une spéculation immobilière effrénée.  Les crédits coulent à flots.  Le Chine replace ses excédents aux Etats-Unis provoquant une accélération de la bulle.  En Europe comme aux Etats-Unis on cesse d’investir dans la production.  Les particuliers s’endettent et on leur vend une production fabriquée pas chère ailleurs.

Et tout se bloque en 2007 et explose en 2008.

Le dollar est si bas qu’il n’est plus possible comme en 92, comme en 2000 , de l’effondrer pour transférer aux autres le mistigri. Ruiner le créancier qui est le moyen suprême de se dégager pour un débiteur n’est plus une option.  Le système bancaire anglo-saxon explose. Tous les circuits économiques s’arrêtent.  Les exportations se bloquent.  Crédit est mort.  Une récession extrêmement brutale et rapide se met en place.

On peut désormais revenir à nos excédents chinois.  Ils ont déjà servi à financer une pyramide de crédit EN CHINE  et une autre aux Etats-Unis.  On voudrait qu’ils soient encore disponibles pour un troisième round !  Les prêter aux Etats-Unis ? Mais c’est déjà fait !

Le crédit crunch qui a lieu en Chine  est en train de dégonfler la bulle provoquée par les excès de monnaie chinoise.  Si la Chine vend ses  obligations du trésor américain, outre les effets directs de cette vente sur les monnaies et les changes, à quoi peuvent être   employés  les dollars obtenus ?  A acheter des biens de consommation en  Europe et aux Etats-Unis ?  C’est la Chine qui les produit !  Si l’excédent est là, il a bien une cause.  Et la banque centrale Chinoise voyant ses réserves fondre devrait contracter la masse monétaire en Chine alors que le pays expérimente un joli « crédit crunch » ?

Cette fantasmagorie financière s’exécuterait alors que  le blocage du commerce international prive la Chine de nouvelles réserves et  que les anciennes  fondent  à grande vitesse  ?

Tout cela n’a aucun sens.

La simple évocation de ce qui s’est passé depuis 15 ans suffit à comprendre que la crise n’est pas la conséquence fortuite d’un pépin survenu sur les « subprimes » du fait de la conjonction malheureuse de la cupidité des banquiers, de la créativité des polytechniciens de la finance, de la bêtise des comptables et de l’aveuglement des agences de notation. 

C’est l’ensemble du système de production, d’échange et de financement qui s’est mis en place dans les années 90, suite à a première récession d’après guerre (déjà provoquée par les mêmes mécanismes, le Japon jouant le rôle de la Chine)  qui a explosé.  La finance a explosé en premier suivi du commerce international et immédiatement après de la production, en trois mois.

La spéculation qui s’et développée depuis 1995 n’est pas le fruit soudain d’une nouvelle cupidité des banquiers. Mais la situation était telle que l’investissement en Europe et aux Etats-Unis n’étant plus rentable ou sans objet et les déversements de capitaux dans les pays nouvellement producteurs ne pouvant aller plus vite que la musique,  la spéculation est devenue la seule issue.

On comprend peut être mieux maintenant  pourquoi c’est l’architecture globale monétaire, financière et commerciale qui doit être réparée.

Le cœur de la réforme porte naturellement sur un système monétaire international  dont les dysfonctionnements  sont la cause principale de l’explosion qui vient de se produire. 

L’occident ne peut espérer continuer  à acheter en finançant à crédit  des importations sans autres espoirs pour les épargnants que les promesses fallacieuses de la spéculation.  Les pays émergents ne peuvent  espérer devenir  l’usine du monde et le détenteur des devises mondiales.

Il faut évidemment des évolutions équilibrées qui passent par une maîtrise des déséquilibres des balances extérieures, dans un sens comme dans un autre.  C’est impossible à faire dans un système de changes flottants qui au contraire provoque un gonflement incontrôlable des difficultés.

Déficits monstrueux et excédents monstrueux ne se compensent pas !  Ils se cumulent pour désorganiser le monde. L’inénarrable Wolf, de FT, devenu le gourou économique du journal le Monde au moment où la fausseté de ses analyses est devenue la plus voyante,   aura beau s’égosiller à défendre la thèse américaine : « tout cela vient du fait que la Chine ne nous achète pas assez », thèse qu’on avait déjà entendu à la fin des années 80, puis 90, en citant le Japon,  la réalité est incontournable.

Il faut supprimer le privilège monétaire des Etats-Unis et le système des changes flottants. Cela passe par la mise en place d’un système monétaire international de type Bretton Woods mais sans les faiblesses de cet accord  qui étaient entièrement liées à la situation privilégiée des Etats-Unis. 

Il faut que l’Europe et les Etats-Unis se remettent à produire.  Il y a aura nécessairement  un rattrapage  des pays en voie de développement.  Nul n’est besoin de le rendre artificiellement destructif pour le monde entier.

Une croissance raisonnable universelle et coordonnée passe nécessairement par un système monétaire international équilibré et coordonné.  Le plus vite on le comprendra, le plus vite on réformera le système monétaire international,   le plus vite on sortira de la crise actuelle.

Pas de solution autre que la dépression si on n’abandonne pas immédiatement les changes flottants !  

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

La crise s’approfondit : pourquoi ?

La crise s’approfondit : pourquoi ?

Six mois après le début de la crise non seulement il n’y a aucun vrai signe de reprise mais tout le monde voit qu’elle s’approfondit et s’amplifie.  Pourquoi ?

Trois événements récents dont la presse a donné ces derniers jours une large couverture donnent quelques clés d’interprétation.

1.    Le Japon disposait d’un aimable excédent commercial de 900 milliards de Yen chaque mois. La voici en janvier avec un déficit de même ampleur. Un basculement radical.  S’agit- il d’un effet  retard des diaboliques « subprimes » ?  Pas du tout.  Simplement le Yen a vu sa valeur multipliée sur le marché des changes. Plus aucune entreprise nippone ne peut exporter sur un marché international par ailleurs bloqué.  

Voici un exemple presque caricatural du mécanisme qui fait des changes flottants un facteur d’aggravation de la crise.

2.    AIG, le principal assureur mondial, vient à nouveau à la gamelle auprès de l’Etat américain. C’est la troisième fois. La société ne parvient même pas à rémunérer les apports en capital de l’Etat. Les sommes en cause sont prodigieuses : plusieurs centaines de milliards de dollars.  Est-ce encore un coup  de pied de l’âne des « subprimes ».  Pas du tout : la banque assurance est la cause principale. Les prêts des banques ont été garantis par AIG. La faillite de Lehman Brothers  a entraîné illico celle d’AIG qui dès le LENDEMAIN s’est présentée aux autorités avec sa sébile. 

La cause immédiate de la nouvelle faillite est l’évolution malsaine des CDS, les Crédit default Swap. AIG en a souscrit pour des milliers de milliards. La plupart concernait des opérations de prêts avec clauses sur taux d’intérêt ou sur cours de change, avec des points d’intervention dépendants d’écarts considérés comme peu probables  sur des indices ou des devises. La crise ayant provoqué le chaos sur les marchés des changes et les marchés de taux, les contrats se sont déclenchés les uns après les autres. AIG  ne peut plus faire face.

Rappel : le marché des CDS est passé de 6,396 milliards de dollars américains à fin 2004 à 57,894 milliards à fin 2007. Si vous avez entendu le FMi s'inquiéter pendant cette période vous avez gagné !

Voici un exemple presque caricatural du mécanisme qui fait des changes flottants un facteur d’aggravation de la crise.

3.    Le chaos sur les marchés des changes des Pays de l’Est récemment tournés vers l’Europe occidentale provoque des graves difficultés pour les banques qui ont soutenu de leurs prêts ces pays en plein rattrapage. On découvre ainsi que les banques  d’Autriche ont  des en cours équivalents au PIB du pays (l’Islande doit se sentir moins seule) ! La hausse des taux d’intérêt dans ces pays bloque l’activité. La dévaluation rend les remboursements en monnaie étrangère et notamment en Euros impossibles.  Les deux mécanismes se cumulant, les banques voient exploser leurs crédits « non performants ».  L’ampleur des pertes est telle que même l’Euro en est déstabilisé et que les rumeurs enflent sur la possibilité de l’éclatement de la zone Euro !

Voici un exemple presque caricatural du mécanisme qui fait des changes flottants un facteur d’aggravation de la crise.

Nous disons depuis la mi-septembre 2008 que la  première mesure à prendre d’urgence est l’abandon des changes flottants, la seconde étant la restructuration globale et immédiate de tous les contrats de prêts  et d’assurance  à clauses de déclenchement   sur élément variable.

On se demande bien pourquoi !

En tout cas nous sommes les seuls.  Les changes flottants c’est la forme la plus achevée du tabou, celle qui met un bœuf sur la langue et congèle au zéro absolu les petites cellules grises.

L’Europe va au G20 en réclamant des moyens supplémentaires pour le FMI où les Etats-Unis ont tout le pouvoir, étant les seuls à disposer du droit de véto, et ils n’ont aucune envie de débloquer des centaines de milliards de dollars pour l’étranger alors qu’ils sont engagés pour des centaines de milliards de dollars sur le front intérieur.  Alors on parlera paradis fiscaux  et régulation. Cela ne mange pas de pain.  Mais n’aura aucun effet sur la crise.

Quant à l’Union Européenne presque constitutionnalisée, c’est l’Europe des petits oiseaux  et de la législation sur le camembert.  Pour l’essentiel,  c’est chacun pour soi.

Au fond cela vaut mieux : l’union des têtes de linotte n’est pas meilleure que l’absence d’union des autruches.



Un graphique très parlant

Merci au Monde (supplément économique du lundi 12 janvier) d'avoir publié ce tableau qui raconte toute l'histoire économique de ces dernières années. 

On y voit lévolution de l'endettement aux Etats-Unis.

1929 apparait comme une crise très violente de l'endettement.   Les Etats Unis sont la seule puissance monétaire à la fin de la guerre de 14 : l'euphorie, un système monétaire international bancal et l'endettement se met à monter de façon prodigieuse.  L'ennui c'est qu'arrive le moment où s'endetter pour faire des gains en capital en bourse ou dans l'immobilier cela finit par s'effondrer. Il faudra 20 ans pour que les américains commencent à se réendetter en masse. 

Regardons maintenant les temps plus récents. Quand la courbe commence-t-elle à s'incurver : au début  des années 70. La mise en place du système des changes flottants permet à l'endettement des Etats Unis de s'accélérer presque sans limite.

Le remplacement de Volcker par Greenspan à la présidence de la FED donne un coup de fouet au mouvement.  Greenspan c'est l'idée que "the sky the limit" en matière de création monétaire. Les déficits de balance de paiement deveiennent gigantesques et croissent constamment.

A nouveau la spéculation sur les actifs reprend alimentée par le crédit.  La consommation ne fonctionne plus qu'à crédit.  L'épargne américaine devient négative (-2%).

Le ciel vient à nouveau de s'effondrer sur la tête des emprunteurs.

L'ennui c'est que cette fois ci l'endettement a été transmis à l'ensemble du monde. 

J'avais commenté sur le site du forum Monde cette même courbe publiée également par Le Monde en 1997 ou 98, en indiquant que l'explosion était certaine et qu'il était de l'intérêt des Etats unis de s'en rendre compte le plus vite possible.  Le système semblait fonctionner au profit des Etats unis mais déboucherait nécessairement sur un krach gigantesque.

Il est vrai que Maurice Allais publiait à peu près dans le même temps, dans la foulée de la crise dite faussement "des pays émergents"  un livre annonçant le krach pour des raisons très proches (surendettement excessif). Moi même annonçait plutôt une récession en 2000 dont il vaudrait mieux tirer les leçons.

La solution a été de faire sombrer le dollar et de créer plus de liquidité. C'était une fois de trop. Dès 2006 on voyait que le système n'en pouvait plus et craquait de toutes parts.

C'est  alors que nous avons annoncé une crise très sévère en 2009.

Cette courbe raconte la longue leçon d'une dérive  auto accélérée qui ne pouvait que mal finir.  les voix n'ont pas manqué pour attirer l'attention sur cette énorme montagne de dettes et sur les dégâts lors du dégonflement obligatoire (le service de la dette aurait mangé sinon toute l'économie).

L'observateur attentif en conclura que les subprimes ne sont que l'étincelle qui a fait sauter le baril de poudre. La crise que nous vivons n'est pas celle des subprimes. C'est celle du surendettement américain permis par le système des changes flottants. 

Sans doute comprendra-t-on mieux pourquoi nous disons que la PREMIERE mesure à prendre est de mettre fin aux changes flottants AUSSI BIEN POUR STOPPER LA CHUTE  que pour éviter LE RETOUR DES DESEQUILIBRES.

Nous avons écrit pendant 10 ans que l'effondrement de la pyramide de dettes mettrait un temps infini à dissiper ses effets. Il a fallu 20 ans en 1930. Admettons que les circonstances n'ont pas aidé. 

Mais la sortie de crise sera longue. On peut craindre qu'elle ne dure plusieurs années avec des dégats sociaux considérables et des secousses dans le commerce international très importantes dès que l'impatience des peuples se manisfestera viollement.

En fait c'est jacques Rueff qui avait raison. En 1972 il fallait surtout pas pâsser aux changes flottants. Il fallait réévaluer l'or vis à vis du dollar dans un rapport de 1 à 10 (cela paraissait monstrueux à l'époque !) et revenir à une forme d'étalon or interdisant l'amplification des phénomènes de déficits et la création monétaire associée. 

 

M. Giscard D'estaing dans une interviex en l'honneur de 10 ans de l'Euro explique que la crise est financière et non monétaire. C'est une plaisanterie.  L'Euro (reconstitué par ses composantes) comme le dollar ont plongé de 95% et plus par rapport à l'or depuis 1971 . L'effondrement monétaire global est la principale explication de la course à l'emprunt pour l'achat d'actifs "réels", bourse et immobilier.  

Ce qui s'effondre aujourd'hui c'est la pyramide de dettes batie sur les déficits américains permis par le système de change flottant et la place privilégiée qu'y tient le dollar,  et encouragée par une fuite en avant devant la monnaie.  Dette= crédit=monnaie.  La banque au centre de la mécanique est ruinée. Crédit est mort.  La monnaie  s'enfuit et il faut en créer des masses avec la planche à billets en espérant que cela compensera.

La crise est bancaire, monétaire et financière. Elle touche l'économie au coeur. Ce qui explique sa violence.

Et la nécessité d'agir sur les causes et pas seulement sur les symptômes.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile.

 

 

 

 

 

 

 



La farce de la conférence de Paris des 8 et 9 janvier 2008

Monsieur  N. Sarkozy vient de réunir jeudi 8 et vendredi 9 janvier  à paris un aréopage d’experts plus sérieux les uns que les autres dont le motif est naturellement très restreint : trouver une tribune non franco-française à l’omni-président auto-déclaré maintenant que la présidence de l’Europe lui échappe. 

Il a réuni quelques gouvernants européens notables anciens et nouveaux et un économiste spécialiste de l’énumération  des nouvelles « régulations », le directeur de la London School of Economics ».

Le public n’a pratiquement pas été reçu en dépit d’une farce de procédure internet.  
Dommage on aurait aimé pouvoir poser quelques questions.
Comme celles-ci :

-    Nous vivons sous un système de changes flottants. Où sont les  théories convaincantes qui ont conduit à construire ce système ? Où s’agit-il d’un non système qui s’est imposé à force de résignation ?  Acceptez-vous encore cette résignation ?

-    Depuis l’introduction des changes flottants les crises financières n’ont pas cessé :

o    Crise du pétrole (liée à la baisse excessive du dollar)
o    Stagflation
o    Crise des prêts souverains aux pays du tiers monde
o    Crise des obligations pourris
o    Crise des savings and loans
o     Crise extrêmement brutale de 92-93
o    Crise dite des pays émergents
o    Crise extrêmement brutale dite des NTIC
o    Crise actuelle dite des subprimes.
S’agit-il à votre avis d’un hasard ou y-a-t-il quelques rapports avec le système des changes ?

-    Les changes de certains pays ont littéralement explosés pendant que certaines devises étaient dévaluées intentionnellement pour avoir un avantage dans la crise. Considérez vous réellement que les changes soient une affaire sans importance dont personne ne doit s’occuper ?

-    Les produits à risque sont en grande majorité des produits cherchant à cadrer le risque de variations de change tout en arbitrant les intérêts  prévalant sur les différentes places financières.  Comment éviter les « produits pourris » ou trop dangereux  ou avec une mathématique trompeuse si les changes restent à ce point variable avec des mouvements de capitaux libres ?

-    La plupart des opérations d’arbitrage des banques et des Hedge funds dépendent de changes variables qui en aggravent de façon systémique le risque. Comment réduire le risue en maintenant un risque de change sous jacents très grave.

-    Les variations de change immenses (du simple au double) portant sur les monnaies principales  ne sont jamais évoquées dans vos travaux. Pourquoi ? Doit-on considérer qu’à votre avis elles l’ont aucune importance ?

-    Trouvez vous normal et sain que les Etats-Unis aient été en déficit massif pendant  ces trente dernières années inondant le monde de dollars  sans fondement économique autre que la volonté des Etats-Unis d’avoir des ressources faciles ?

-    Croyez vous réellement que vous pourrez juguler une crise bancaire, monétaire et de change d’ampleur jamais vue et de diffusion mondiale, uniquement  avec une boîte à outils de « régulations » ?   A noter : en français régulation veut dire « corriger un compas par visée du soleil ».  Ne craignez vous pas de vous éblouir plus que de changer réellement les choses ?

-    Vous n’avez pas touché aux systèmes de change depuis le début de la crise (ni en 2006 pour le retournement américain, ni  en juillet 2007 pour le blocage du système des « subprimes», ni en septembre 2008  pour l’explosion des systèmes financiers) et la récession s’avance en majesté en dépit de tous vos efforts. Ne croyez-vous pas qu’il y ait comme un lien ?

Inutile de parier qu’ils auraient aussitôt répondu avec précision et moult arguments documentés en  déclenchant   aussitôt une adhésion intellectuelle totale   et un  enthousiasme dégoulinant de bonheur devant tant de connaissances et de sagesse !


Didier Dufau pour le cercle des économistes E-toile.



Le faux précédent de 1929 ou comment gagner la guerre d’avant et perdre la guerre en cours.

L’économie a cela de commun avec la chose militaire qu’on gagne toujours la guerre d’avant. Il faut se colleter avec les réalités nouvelles pour comprendre tout à coup que les rationalisations a posteriori qui vous font gagner à tout coup les anciennes  batailles ne sont que d’un intérêt modeste  dans les affrontements du jour.

Nous sommes en train de gagner  la bataille contre la dépression de 1929 ! On est bien content. Mais la situation actuelle a-t-elle un quelconque rapport avec celle de l’époque ?

Sans entrer dans un cours d’histoire trop approfondie, il apparaît vite que notre situation de moment n’a que très peu de rapport avec la situation de l’époque.

En 1929 on sortait à peine d’une guerre mondiale « industrielle » comme on n’en avait jamais vu et qui avait provoqué des pertes immenses en Europe tout en déstabilisant le monde entier.   Nous sortons d’une phase de croissance presqu’ininterrompue de 65 ans sans aucune guerre mondiale !

En 1929 le système monétaire était en reconstruction après l’abandon obligé de l’étalon or du fait de la guerre. C’était un Gold Exchange standard à deux têtes : seuls la Livre britannique et le dollar étaient convertibles en or, malgré les tentatives de revenir au statu quo ante bellum avec notamment la grande erreur de Churchill tentant de ramener la Livre à une valeur de change impossible et provoquant une récession dans le RU. La France en 28 avait remis en place le Franc Poincaré, lui aussi légèrement surévalué.  C'est-à-dire que le système monétaire était bancal et en reconstruction.   Nous vivons aujourd’hui sous un système de changes flottants établi il y a plus de 35 ans qui fonctionne selon des règles totalement différentes.

En 1929 le niveau de vie et l’organisation sociale n’avaient rien à voir avec ce qu’on connaît aujourd’hui.  L’Europe était ruinée et se relevait tout doucement. Les filets de sauvegarde sociale n’existaient pas ou peu.  On mourait avant l’âge légal de la retraite quand un système de retraite était en place. La sécurité sociale était balbutiante.  Aujourd’hui le niveau de vie est sans comparaison et l’organisation sociale plus que développée partout même si les systèmes sont très différents d’un pays à l’autre.

En 1929 l’essentiel de l’activité était agricole.  En France près de 60% de la population active était occupée aux champs.  C’était moins aux Etats-Unis et beaucoup moins au RU mais le cœur de l’économie était là et pas ailleurs même si l’industrie était en plein développement.  Aujourd’hui l’agriculture ne représente qu’une part mineure de l’activité et nous sommes dans un âge d’économie de services et d’information qui n’a plus aucun rapport.

En 1929 le commerce international était fort limité.  Les empires coloniaux étaient fermés sur eux-mêmes et les barrières douanières, monétaires, règlementaires très élevées et considérées comme indispensables à une bonne gestion nationale.  Aujourd’hui tout est ouvert avec des zones  comme l’Euroland  où toutes les frontières économiques ont pratiquement été arasées.

En 1929 la richesse mondiale était concentrée en occident.  L’orient et l’extrême orient, comme l’Afrique étaient presque totalement sous développés. Certains pays d’Amérique du sud étaient riches de leurs exportations de matières premières  mais sinon vivaient mal.  Aujourd’hui le Japon et les dragons extrême-orientaux sont au même niveau de développement que les pays occidentaux. L’Inde et la Chine   sont en plein rattrapage économique.  Le développement est partout même si les guerres et révolutions ont créé des disparités importantes.

En 1929 l’argent ne quittait pas les espaces nationaux.  Les mouvements de capitaux étaient extrêmement limités. Les changes étaient presque partout étroitement contrôlés. Aujourd’hui les mouvements de capitaux sont quasiment libres à travers le monde.

En 1929 les Etats n’avaient qu’une influence faible sur la plupart des économies capitalistes.  Les prélèvements ne dépassaient pas  15 à 20% du PIB chez les plus administrés.  Aujourd’hui la dépense publique en France dépasse la valeur ajoutée du secteur marchand !  Même si cette situation est extrême, les prélèvements sont partout supérieurs à 35% et le plus souvent entre 40 et 45% du PIB.

En 1929, les salaires étaient versés en liquide et n’allaient pas majoritairement dans les banques. L’énorme extension des banques de dépôts et de l’emploi du chèque se fera dans les années soixante ; celle de la carte de crédit dans les années quatre vingt.  Les banques étaient petites et n’avaient pas de très grosses parts de marché.    Le crédit à la consommation était faible. Celui à la construction encore plus faible.  Le développement massif des succursales et  la concentration bancaire se feront à la fin du XXième siècle.

Restons en là : il est parfaitement clair que le contexte des années 20 et 30 n’a strictement RIEN à voir  avec la situation actuelle.

Si l’environnement est différent peut être les mécanismes et les attitudes  présentent-ils des parentés  qui pourraient être exploitées utilement.

En matière boursière  la période d’emballement qui précède le krach de 1929 est très significative. Les banques prêtaient en masse aux agioteurs et les banques spéculaient à tout va. Les Etats-Unis ont connu une période d’euphorie après avoir été les principaux bénéficiaires de la guerre en Europe  et connu une des phases d’innovation industrielle les plus actives qu’on ait jamais vu. 

Rien de tel en 2007-2008.  Depuis 1974 le monde n’est plus dans la phase « glorieuse » de la croissance. Il ya des cycles bien sûr avec des hausses et des baisses boursières, mais depuis l’éclatement de la bulle boursière et monétaire de 1999-2000,  il n’y avait plus d’euphorie. L’épargne au contraire cherchait à rester liquide et le coup de torchon de 2001-2002 avait rendu l’épargnant plus que frileux.  En 2007 la bourse n’avait même pas retrouvée ses niveaux de 2000. L’euphorie était en orient. Mais la crise de 1998 avait porté en partie sa leçon. Le boom touchait la Chine de régime communiste et encore très pauvre, pas la première économie de monde.  L’économie chinoise ne représente en 2008 qu’une part infime de l’économie monde.


En matière de pensée et de politique économiques, l’écart est tout aussi important. Bien que comme l’a écrit Didier Dufau la crise de 1929 n’a en fait jamais été totalement expliquée,  elle a provoqué des changements d’attitudes très importants. Le livre de Keynes a été publié trop tard pour être utile à la résolution de la crise de 1929  mais l’état d’esprit général n’est plus à l’abstention  face à une crise et plus personne ne pense qu’elle se résoudra toute seule et qu’il suffit de l’attendre comme on attendait Godot.  Pousser la demande globale par tout moyen est l’état d’esprit qui prévaut depuis la guerre de 40. 

De même si un Milton Friedman a parfaitement décrit comment la FED, toute jeune en 1929 (elle date de 1913),   avait aggravé la crise par des initiatives scabreuses,  elle a compris depuis longtemps la leçon et les trois  relances monétaires d’Alan Greenspan sont là pour en témoigner. Cela fait 40 ans que l’on cherche à appliquer les leçons de la crise de 29 avec des succès divers.

Nous nous retrouvons à nouveau avec des différences telles que tout rapport entre la situation de 1929 et la nôtre  est introuvable.
Cet examen nous montre que la crise actuelle est sui generis et que les recettes anti dépression imaginées après 1929, appliquées déjà à plusieurs reprises avec pour seuls effets de provoquer une crise encore plus importante lors de la récession suivante, sont pour le moins émoussées.

Le seul point  de convergence est l’immense création monétaire qui a précédé la crise de 1929 et celle de 2008 et la transformation des banques en usines à spéculer phénoménales.   La crise de 1929 était bancaire et centrée sur les Etats-Unis où 10.000 banques disparaitront entre 1929 et 1935 !  La crise actuelle est bancaire et si son épicentre est bien aux Etats-Unis, l’habileté de Wall Street a été de la répandre à travers le monde.

L’ennui des crises bancaires c’est qu’elles arrêtent pile l’économie.  L’arrêt actuel est du au  blocage bancaire et à l’énormité des pertes subies par ce secteur du fait de l’explosion du système spéculatif qui s’était mis en place.   Les chutes verticales des ventes dans l’immobilier, la vente de voiture, l’équipement de maison,  les exportations, les investissements ne s’expliquent que par l’arrêt cardiaque des banques et les AVC qui se sont produits dans les marchés de changes.

Il est donc parfaitement inutile de s’écarter de ce sujet là : les relations monétaires nationales et internationales sont bloquées, à des niveaux historiquement jamais vu et après des débordements techniques eux-mêmes parfaitement nouveaux.  C’est là et seulement là qu’il faut agir en s’attachant aux réalités du moment.  Les recettes de 1929 sont inopérantes et on voit bien que depuis 2006, date réelle du renversement, elles le sont et elles le restent.

Menons la guerre d’aujourd’hui avec les armes de demain. Au lieu d’essayer de gagner la guerre économique de 1929 avec les armes dont on pense (sans preuve et avec de graves complaisances)  qu’elles auraient été efficaces d’hier.  
Premier champ de bataille : les changes flottants.  Première constatation : Grouchy est ailleurs !

Lewis Holden pour le cercle des économistes e-toile



Crise mondiale : laisser la presse faire son travail !

La campagne en cours pour que la presse cesse de parler de la crise mondiale est une des curiosités du moment.  La presse serait la cause du pessimisme et provoquerait une aggravation de la crise.  La presse est un thermomètre de ce qui préoccupe les gens. Croire qu’en cassant le thermomètre (bien imparfait) en rétablirait la confiance parait pour le moins aventuré.

Il est vrai que le public est abasourdi par des évènements que personne ne leur avait laissé prévoir et qu’il a contemplé un temps desa fenêtre sans pouvoir croire que cela pouvait vraiment le concerner.   Frappé d’incrédulité devant des évènements  dont il n’avait aucune expérience, il a hésité entre stupeur et tremblements.

Le système bancaire s’est quasi effondré en même temps que les bourses. Les épargnants ont été durement frappés dans leur épargne courte et longue, alors qu’ils étaient plutôt sur des bases prudentes.  Le spectacle de banquiers littéralement saisis par l’inconscience (jusqu’à se faire avoir dans un pyramide de Ponzi  de dimension méga-pharaonique] et ruinant aussi allègrement leur banque  que leurs clients n’a pas arrangé les choses.

Et l’immense barnum du G20 et des plans de sauvetage et de relance a inquiété le plus assoupi.  

En même temps le secteur immobilier et de la construction a flanché, comme celui de l’automobile,  des exportations, du tourisme etc.

Aujourd’hui c’est le coiffeur du coin qui est debout devant sa devanture à espérer quelque client aventurier.  Et son voisin le restaurateur  vient de se voir refuser son autorisation de découvert, comme cela, par un texto, alors qu’il  l’aide à passer les creux depuis dix ans !  Le bistro ne va pas si bien non plus : 30% de baisse de la clientèle depuis octobre ! 

Quand au boucher qui venait de reprendre un commerce déjà à un prix bradé mais tout de même à crédit, il revoit d’urgence ses prévisions pour 2009 et cherche un refinancement. Curieusement le téléphone du médiateur ne décroche pas. 

Comme il a de l’humour il raconte (au bistro, à ses copains coiffeur et restaurateur) : « ce qui est bien c’est que maintenant à Rungis on trouve à se garer sans problème ! ».

Comme on ne peut pas compter que sur les brèves de comptoir pour son information économique, il faut bien lire la presse. En temps de crise elle se lit comme les communiqués militaires en cas de guerre.  Et avec un peu de sagacité on peut y découvrir à peu près tout.

Prenez la presse du jour, qu’est-ce qu’elle nous révèle si on se donne un peu de mal ?

-    Les prix Nobel ont perdu 20% de leur prix entre le moment où il leur a été attribué  et le jour où ils l’ont touché.  La presse se repait  de l’anecdote.  L’observateur dit : tiens la Suède et la Norvège ont dévalué de 20% !  Deux dévaluations de plus !

-    Le Japon peste contre la taxe sur les automobiles imposée par la Russie. On creuse un peu : la Russie ne cesse de dévaluer sa monnaie. La Russie est bien en guerre

Tout en essayant d’augmenter les prix de son gaz avec l’Ukraine qui elle a vu sa monnaie dévaluée de 50%. Plus que la Russie : alors les discussions se tendent et on avertit l’Europe qu’il va y avoir des victimes collatérales du conflit. 

Poutine n'est pas dans l'esprit du G.20. Il pratique des droits de douanes déguisés en taxes intérieures  pour empêcher les importations et déévalue à répétition. Inquiétant, non ?

-    Le FMI fait une séance de rattrapage : la crise va être horrible dit son économiste en chef.  Plus question de passer pour des ignorants en retard sur la crise. Sauvons nous quitte à créer la panique !  Ce brave garçon révèle un fait nouveau : les banques désinvestissent en masse de l’Afrique qui est à la veille d’un choc épouvantable ! On croyait que l’Afrique serait le moteur  de la croissance en 2009.  Finalement non.

-    C’est la samba dans toutes les monnaies sud américaines et plus personne ne sait où on va.

-    Le RU pousse encore sa monnaie à la baisse qui dégringole  désormais de 20% par rapport à l’Euro.

-    L’Insee annonce la récession en France pour le premier semestre

-    La Japon indique qu’il est en récession et sévère.

-    L’industrie du jouet se déclare sinistrée.Aussi !


Cela veut dire quoi ?

- D’abord que la crise est là et bien là même si des pans entiers de l'économie ne sont pas encore touchés. Cela vient ! 

- La crise des banques n’est pas finie.  Les premiers bilans globaux 2008 vont commencer à sortir  et ils seront très mauvais.  L’industrie bancaire aura licencié près de 250.000 personnes en 2008 et on s’attend à peu près à la même chose en 2009.

- La crise des changes n’est pas terminée : c’est le désordre le plus total et chaque variation lourde crée un nouveau trou dans le commerce mondial   empêchant toute prévision stable et toute stratégie.

- Pendant la crise la spéculation continue.

- La guerre économique contrairement aux promesses du  G20 a bien lieu. Elle a pour terrain de jeu les changes.  Des personnes qui auraient hurlé à la mort si on avait pris 20% de leur avoir par l’impôt se résignent et se taisent. Mais la perte est bien là !  Des négociateurs à l’OMC qui auraient quitté la salle si on leur avait parlé d’une baisse unilatérale de 5% des droits de douane voient sans frémir des économies  prendre sur d’autre un avantage de 50% en matière de prix !

Nous n’avons pas cessé de répéter que la cause de la crise était monétaire et qu’on ne pourrait en sortir sans stabiliser les changes.  On voit que les changes sont le principal vecteur de propagation et d’approfondissement de la crise à tous les secteurs de l’économie dans toutes les parties du Monde.

Il n’y a AUCUNE coopération.

Et le désastre s’étend, en même temps que l’on constate l’inanité des conférences et des plans.Car où est l'effet des plans de l'automne ?

Quand le communiqué de guerre annonce qu'une brillante contre offensive a permis de repousser les Allemands à Sedan on sait au moins que nous avons été enfoncé à Sedan.

La presse malgré outs ses défauts jouent le même rôle. Chaque bribe mise bout à bout raconte la chanson fonalement assez bien.

Que ceux qui veulent la faire taire  au prétexte qu’elle en dit trop et pèse sur le moral des agents économiques   commencent par dire la vérité,  à faire les bonnes analyses et à prendre les bonnes décisions ! Et que les responsables de presse ne se laissent pas influencer.

Nemo auditur suam propram turpidudinem allegans.

Il n'ya pas de trop plein sur la crise même s'il faut combattre la tendance à laisser la parole à des histrions qui font de la chaleur pour vendre leurs livres et n'apportent aucun vrai diagnostic et aucune solution.

 
Didier Dufau pour le cercle des économistes e-toile.



Le jour où le commerce international s’est arrêté !

Personne ne regarde jamais un indicateur aussi exotique que le Baltic Dry Goods index, qui mesure les cours du shipping des « commodities ».  Il a baissé de 90% !   Cet indice économique est le plus intéressant pour connaître l’état économique du monde. Mais il est inconnu des universités et de la presse en France.  Une confirmation de plus de ce que nous cessons de répéter : en matière d’analyse économique la France  universitaire et médiatique est  proche du zéro absolu !

Pour comprendre ce pourcentage de baisse incroyable, il faut savoir comment marche le commerce international.  Compte tenu des sommes en jeu, les deux commerçants partis à l’échange international  veulent des garanties,  l’un avant de charger la cargaison, l’autre avant de la payer.    L’acheteur va demander à sa banque de délivrer un document par lequel elle déclare qu’elle a bien en sa possession l’argent  requis par la transaction  et qu’elle le transférera dès que la vérification aura été faite que la marchandise est livrée et conforme à la commande.  Le vendeur va demander à sa banque de vérifier que la banque choisie par son vendeur est sérieuse et digne de confiance et qu’elle acceptera  de virer la somme reçue à son compte.   La banque ne le fera que si elle est sûre que le virement qu’elle recevra sera compensable.

La situation actuelle est que pour la première fois à une échelle pareille les banques ne font plus confiance aux autres banques et pensent que la compensation risque de ne pas se faire. Les sommes sont telles  que le risque est trop grand pour être pris. Les transactions internationales s’arrêtent.  Dans un système bancaire fractionné à cheval sur plusieurs états et plusieurs monnaies,  la circulation monétaire est toujours fragile.  Elle vient de se bloquer soudainement.

Le résultat est que tous les marchés de « commodities » et des biens durables sont en panne et en baisse tournoyante.  Les voitures ne s’exportent plus pas plus que le blé, le cacao, l’or ou que quoi que ce soit d’autre.  Ce gel interdit toute efficacité aux mesures monétaires globales sur les taux d’intérêt ou autres leviers  économiques significatifs.  Tant que les banques ne se font plus confiance le commerce international est arrêté.  D’où l’effondrement de 90% de l’index Baltic Dry Goods.     

Comment sort-on d’une pareille difficulté ?  A l’échelon local (c'est-à-dire national) les banques peuvent être confortées  de plusieurs façons (nationalisation, renforcement de fond propres, garanties d’états, …).  Mais que faire à l’échelon international ?  Choisir la même banque aux deux bouts de l’opération en espérant  qu’elle se fera confiance à elle-même ?  Mais à un des deux bouts la filiale devra  accepter un versement dans la monnaie voulue d’une autre banque.  Ce qui suppose que le système bancaire local soit redevenu sain.   Les vendeurs de homards Canadiens ne fournissent plus car leurs banques étaient en Islande et ne financent plus les campagnes !  

 Travailler avec une monnaie indiscutable comme l’or monétaire ?  L’or a été démonétisé en 1973 !  L’échange de « monnaies de confiance » à l’échelon international ne va pas de soi.   Cette crise est la première glaciation du système mondial de monnaies  nationales de valeur décrétée basée sur rien sinon leurs valeurs relatives flottantes.

Quand la confiance n’est plus là les monnaies de confiance n’ont plus de rôle.   Compte tenu de la mondialisation des échanges et de la spécialisation des productions qui ont eu lieu ses dernières décennies,  la désarticulation monétaire du commerce international est la première cause du blocage de la conjoncture.  

L’effondrement surprenant des prix des commodities en est le signe primaire alors que tous pensaient que la fuite devant le dollar les pousserait à la hausse, ce qui s’est passé un temps.    C’est pour cela que le « campo » argentin ne vend plus rien que le Brésil est à l’arrêt, que Mittal ferme ses hauts fourneaux, que la Chine voit ses nouveaux terminaux  à containers à l’arrêt  et que même le pétrole ne coule plus à flot.

La conférence de Washington n’a évidemment pas évoqué cette question monétaire internationale. On en est encore au stade de la posture et après tout montrer qu’on est tous unis pour faire quelque chose est un premier pas.  Mais tôt ou tard il faudra bien arriver aux actes notamment sur le front des monnaies.  Le plus tôt sera le mieux.   Car parler de relance mondiale si personne ne veut payer les échanges, c’est  parler pour ne rien dire.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

 



Les leçons générales de la quasi faillite de l'UBS

Une intéressante monographie sur la défaillance de l’UBS vient d’être publiée par Myret Zaki une ancienne journaliste du Temps (au passage le meilleur journal au monde pour tout ce qui touche à la banque et à l’économie), « UBS, les dessous d’un scandale » chez Favre.  Elle détaille comment l’ambition d’un homme a pu mener une banque à la perte de 50 milliards de dollars, de son indépendance et de tous les gains faits pendant une décennie.

Pour l’économiste l’intérêt n’est pas dans les péripéties  de cette saga mais surtout dans les clés qu’elle nous donne pour comprendre  la nature de l’accident qui s’est produit, la cause de son ampleur et l’efficacité des mesures envisagées pour  en éviter le renouvellement.

Qu’a fait l’UBS ? Fasciné par les rémunérations  ahurissantes de l’investment banking aux Etats-Unis un bâlois  inculte monté à la force du poignet de la position de grouillot de bourse à la tête de la plus grande banque suisse, Marcel Ospel ,  veut devenir un des grands leaders mondiaux de la finance en mêlant l’énorme base arrière  de la gestion de fortune aux possibilités de l’investment banking à Wall Street.  

Première leçon : est-ce que la cupidité et les énormes rémunérations de Wall Street ont joué un rôle ? La réponse est oui !  L’équipe réunie par Ospel avait bien ce premier but en tête : s’en mettre plein les poches et ils allaient y réussir au-delà de tous leurs espoirs. En dix ans on estime que les 20 dirigeants les mieux payés de la banque ont réussi à se faire attribuer pas loin de 2 milliards de dollars de rémunérations diverses.

Seconde leçon : l’ont-ils fait par la patiente activité de crédit qui était la base traditionnelle de l’UBS, hors de sa fonction de  gestionnaire de fortunes, en cherchant à l’étendre, à y innover  ou à trouver des nouvelles formes utiles à la société ?  Pas du tout.  Ils ont été à Wall Street avec l’intention de tout casser en mettant des moyens humains et financiers gigantesques  au service de la gestion sur fonds propre.  Ils sont partis à Wall Street pour spéculer avec leurs propres fonds tout en faisant grossir au-delà de toute limite l’actif de leur bilan qui finira par dépasser 60 fois leur capital.  

Troisième leçon : quel moyen ont-ils trouvé pour faire monter leur mayonnaise financière ?  L’extraordinaire poussée du marché immobilier aux Etats-Unis  alimenté par des taux d’intérêt négatifs pendant de nombreux mois.  Le bras américain d’UBS se lance avec frénésie dans les CDO et les CDS et  profitant d’un énorme levier  il génère vite  des gains extravagants qui sont largement empochés par les dirigeants.  UBS s’est purement et simplement greffé sur la bulle de crédit  créée par Greenspan et  les politiques aux Etats-Unis et profitant des fonds gigantesques à sa disposition, il a poussé le jeu à fonds.  Pas de bulle, pas d’UBS en folie.  

Quatrième leçon : L’information donnée aux tiers et notamment aux actionnaires est rigoureusement inexistante.  Personne ne sait à l’extérieur de la direction de la banque ce qui se passe. A l’intérieur les mécanismes de contrôles sont bloqués car l’essentiel des gains sont faits aux Etats-Unis sur des techniques inconnues au siège.  Les autorités internes et externes de contrôle ne contrôlent plus rien et leurs avertissements restent lettre morte.   Même la haute direction de la banque et son conseil d’administration, d’origine suisse et peu au fait des réalités de l’investment banking ne savent pas trop ce qui se passe.  On subjugue l’opinion avec des gains phénoménaux qui suggèrent que les nouveaux maîtres sont des génies de la finance. En empochant des rémunérations astronomiques ils se convainquent qu’ils le sont en effet, géniaux.

Dès 2005 des signes de faiblesses apparaissent : la construction entre en récession aux Etats-Unis.  Greenspan a fait remonté  le taux d’escompte non pas modestement mais en le multipliant par cinq ! Mais personne ne s’inquiète  car le marché immobilier est devenu pour l’essentiel un marché de refinancement.  On refinance à tout va.  

Les dirigeants du Hedge fund créé par UBS (DCRM), des traders américains rompus à l’exercice sous la direction de John Costas, commencent  début 2007 à devenir méfiants  vis-à-vis de l’immobilier américain et à jouer contre le marché des subprimes.  La direction de l’UBS dont la banque d’investissement proprement dite joue les subprimes à fond ne l’entend pas de cette oreille : cela supposerait  de faire apparaître des pertes substantielles. Pas dramatiques  (un demi milliard de dollars) mais tout de même.  UBS liquide son Hedge fund  pour 350 millions de dollars de pertes (dont 200 millions d’indemnités pour les cadres ! )  et continue à jouer les CDO à mort.   

La motivation de cet entêtement suicidaire est  peu claire. On y trouve la volonté  de Marcel Ospel de conserver son siège pour quelques années encore malgré son âge et  l’inconscience du risque malgré les avertissements tonitruants de Costas, encouragée par les agences de notation qui ne laissent rien prévoir du risque sur les CDO triple A.  Prendre la tangente à ce moment là serait encore possible. Mais la vanité du président est telle qu’il ne veut pas qu’on fasse apparaître même momentanément la moindre tâche sur son bilan personnel. Génie il est, génie il restera.

En juillet 2007 les agences de notation dégradent  précipitamment leur notation. Les CDO deviennent « illiquides » c'est-à-dire invendables.  La direction ment outrageusement et cachent les pertes potentielles.   Puis  le marché tire en août 2007  un trait définitif sur les subprimes.   Il faut commencer le processus des révélations douloureuses : 43 et peut être 50 milliards de dollars de pertes. Une partie de la clientèle privée part à la concurrence.   La banque doit être recapitalisée avec des fonds de Singapour et d’Arabie Saoudite

Une première remarque concerne l’ampleur de cette perte : elle est gigantesque mais correspond à peu près à ce qui avait été gagné dans les dix ans précédents par UBS.  La perte en elle-même sur les subprimes n’a jamais eu l’ampleur suffisante pour entraîner la récession mondiale que l’on voit aujourd’hui.  

Les subprimes ne sont qu’un détail dans le tableau global des déséquilibres monétaires et financiers.  Au passage on voit qu’il ne s’agit pas d’une simple crise de liquidité bancaire : les pertes sont bien là et la solvabilité a été menacée !  Mais une fois  encore, même si on prend l’ensemble des banques concernées, l’affaire globale des subprimes n’auraient jamais pu à elle seule provoquer la récession sévère en cours.

La responsabilité première de la crise de l’UBS est naturellement  la bulle immobilière américaine permise par les déficits extérieurs américains  extravagants, le système des changes flottants et la volonté expresse des autorités politiques  américaines d’en profiter au maximum.   Si on veut tirer la leçon de la crise de l’UBS, il est clair que  c’est d’abord en supprimant ce contexte global détestable qu’on évitera  une nouvelle péripétie de ce genre.

La seconde leçon est que la mondialisation qui impose que se créent de grands leaders mondiaux dans tous les domaines a exacerbé les ambitions et que c’est un jeu hyper dangereux pour ceux qui ne sont pas premiers de la classe.  UBS s’est engagé dans des métiers que la banque ne maîtrisait pas et à été incapable de les contrôler.  Le gnome de Zurich ne pouvait pas muter en  géant de Wall Street sans une métamorphose douloureuse et incertaine.  C’est une leçon pour le management privé sans rapport avec les  mesures publiques prises dans une grande conférence internationale.

La troisième leçon est qu’une bulle  doit être reconnue  comme tel rapidement. Mais le monde ne fonctionne pas comme cela : une bulle est d’abord un merveilleux succès que les esprits faux transforment  par des théories fumeuses en recette perpétuelle du progrès.   Avertir en cas de bulle et réguler, c’est bien.  Mais dans le cas précis ceux qui devaient le faire se sont tus (le FMI)  ou ont expliqué que les formes nouvelles étaient modernes et bons pour la liquidité  (Greenspan et les produits dérivés) ou que l’emploi de la technicité la plus pointue était garante de la solidité des parois pourtant diaphanes de la bulle de savon (la mathématique financière quantitative).   

La quatrième leçon est que les agences de notation ont bien précipité la crise des subprimes par la brutalité de leur changement de notation.  Mais elles ne l’ont pas fait par vice ou parce qu’elles étaient payées par les banques clientes.  Elles se sont simplement trompées elles mêmes, intoxiquées par la bulle,  et se sont réveillées en sursaut quand elles ont réalisé où on en était.  

La cinquième leçon c’est que les règles comptables n’ont joué strictement aucun rôle.  Les pertes étaient là et les cacher sous le lit n’aurait rien changé  au fait qu’elles y soient.  
Pour les Etats la leçon est très difficile à tirer.  L’ambition délirante et la cupidité des dirigeants ne sont pas de leur ressort mais de celui des actionnaires qui eux-mêmes ne peuvent réagir qu’après coups et coûts. 

Les outils dits toxiques ne l’ont été que parce qu’ils ont été déployés dans l’environnement d’une bulle globale démesurée.  Les règlementer n’aura pas de grandes conséquences surtout maintenant que les marchés où ils s’échangeaient ont disparu.  La capacité de petits pays comme la Suisse (où l’Islande qui a connu une histoire rigoureusement identique)  de contrôler des mastodontes financiers de taille mondiale est exactement nulle.

On voit combien la réunion du G20 faussement appelée « nouveau Bretton Woods » est loin de la plaque.  Elle s’attaque à tout sauf à l’essentiel qui devrait être le cœur d’une réunion de ce type : les déséquilibres structurels  du système monétaire international basé sur les changes flottants, le « benign neglect » des autorités bancaires  américaines,  les bulles à répétition créés par la FED.   

On voit aussi que le FMI même doté de pouvoir de régulation renforcé n’aurait rien pu deviner de ce qui se passait à l’UBS.  Les aspects comptables et de  notation sont un épiphénomène.  

La rémunération des dirigeants  et sa réglementation est une piste glissante tellement facile à contourner  qu’on ne fera que gratter à la surface des choses.

La seule mesure à caractère prudentiel et juridique qui pourrait être prise à l’échelle mondiale, ce qui est hors de portée de la conférence mais pas des différents  pays, c’est la pénalisation du bourrage des comptes privés  gérés par une banque  de papiers sans valeurs qui servent simplement à l’enrichissement des dirigeants.   Goldman Sachs a refilé à ses clients tous les papiers CDO que la banque  avait accumulés en jouant pour compte propre préférant les ruiner que d’encaisser les pertes sur son capital.  Cela devrait valoir de longues années de prison à la dizaine de "banksters" qui ont joué ce jeu.  UBS n’a pas été totalement innocent dans ce jeu là.

Soit on sépare absolument  l’activité sur compte propre dans des structures ad hoc  loin des épargnants,  soit on sanctionne par des peines effroyables la tentation de mêler les comptes propres et les comptes d’épargne.  Mais là, il y a un disfonctionnement qui exige l’intervention des pouvoirs publics.

Au total ce que nous apprend l’UBS c’est que les nations ont un devoir  vis-à-vis de leur monnaie et que la première chose à faire est d’éviter de créer de la fausse monnaie et des bulles à répétition.   Et que les Etats doivent protéger l’épargne de leurs citoyens avec une plus grande rigueur.

Le reste n’est que plaisanterie. L’ennui c’est que seule  cette plaisanterie est au cœur des débats du G20.

 Karl Peiper pour le Cercle des économistes E-toile.





 






En route vers le Mondio !

Lorsqu’on s’élève un petit peu au dessus de l’actualité chaude, on constate que la crise actuelle est, comme toutes les grandes crises, structurelle.

La monnaie et la banque ont toujours évolué par crises et tragédies.  Après  chaque désastre on a fini par s’apercevoir qu’on n’avait pas totalement maîtrisé une innovation.  
L’histoire de la monnaie métallique n’est qu’une longue suite de confusions, d’illusions, de tromperies jusqu’à ce que l’affaire se stabilise.

L’histoire des billets a commencé dans le bonheur de la spéculation jusqu’à ce que le système de Law s’effondre, à la suite d’une petite intervention étatique qui en a changé l’équilibre et contre laquelle Law s’était insurgé ! S’en est suivi d’autres malheurs comme les assignats de sinistre mémoire, mais nous utilisons tous aujourd’hui des billets de banque sans valeur intrinsèque sinon la croyance (modéré) que pour un temps plus ou moins long ils auront un pouvoir d’achat.

L’histoire de la monnaie de compte n’est également qu’une suite  d’ennuis. Des milliers de banques ont été créées et des milliers de banques ont fait faillite.  Les dépôts représentent 80% de la monnaie qui circule !  Mais il a fallu clarifier les conditions  de création de cet instrument indispensable et mettre une organisation farouche, piloté par l’Etat, pour en arriver là.

Toutes les solutions ont été trouvées jusqu’ici dans un cadre national.  L’ennui c’est que nous ne vivons plus dans des économies nationales mais dans un système complexe et ouvert de relations économiques internationales.  Toutes les économies nationales  sont clientes et fournisseurs. La nationalité des grandes entreprises n’a plus grand sens.  Quand on vend  20000$ de produits de la Général Motors en quasi faillite aujourd’hui, on sait que ce qui est gardé aux Etats Unis ne dépasse pas 1000 $. Tout le reste va en Corée, au Japon, en Europe, où on voudra.  Lorsqu’on prête à GM, on prête à qui ? A une entreprise américaine dont la banque sera américaine et surveillée par les autorités américaines ?  Bien sûr que non.  GM va chercher des financements partout de même que ses sous traitants.  Gare à la faillite !

Comme il n’y a pas de banques commerciales mondiales régulées par une banque centrale mondiale,  il a fallu bricoler avec une mosaïque de systèmes  différents avec des monnaies différentes, des taux d’intérêt différents, des règles différentes, des institutions de contrôle différents.   Les gouvernements ayant renoncés en 1973 lors de la conférence de Kingston   à gérer leurs changes de façon coopérative,  on laisse à chacun le soin de se débrouiller dans cette jungle.

Le résultat : les banques créent globalement de la monnaie par des prêts dont chaque état ne voit qu’une petite partie.  Les banques assurent leur liquidité internationale par des moyens de plus en plus complexes parce que l’affaire est de plus en plus complexe.  La conséquence depuis 1973, ce sont des crises financières à répétition à la mesure du tâtonnement  général.  L’absence d’une monnaie internationale régulée et  un régime de facto  de monnaies nationales flottantes,  nous mettent dans les mêmes conditions qu’au temps où les billets de banques étaient émis par des banques privées sans aucun système public  et national de garde fou.

Tant que le système des changes fixes et ajustables, avec des restrictions aux mouvements de capitaux,  dit système de Bretton Woods, était en place, il appartenait aux Etats de faire attention à leur émission monétaire pour conserver autant que faire se peut leur taux de change.  La mondialisation était un peu entravée mais plutôt régulière. On eut les trente glorieuses.

On a voulu supprimer toutes les entraves au commerce  et aux mouvements monétaires et financiers en instituant les changes flottants mais sans aucune régulation internationale, le FMI perdant une  vocation  qui était liée aux changes fixes.

On s’aperçoit des défauts structurels de la solution. L’Euro, c'est-à-dire une monnaie transnationale, a représenté une première forme de solution locale  qui permet à un vaste ensemble de disposer d’une banque centrale et d’un banquier de dernier ressort.   La dollarisation de facto a été aussi une autre forme de solution mais particulièrement incertaine du fait de l’indifférence des Etats-Unis aux problèmes de sa zone monétaire secondaire.   En un mot, on bricole.  Et les marchés libres des changes  ne permettent aucun ajustement. Le dollar fait le yoyo du simple au double de sa valeur  de change depuis 1971.  L’Euro aussi. Quant aux autres monnaies …

Le désordre étant structurel, il faut une réponse structurelle.  La vraie réponse pourrait être comme nous l’avions décrit en 1997 « le Mondio ».  C'est-à-dire une monnaie mondiale contrôlée par une banque mondiale qui ne pourrait être émise que par des banques au statut mondial.  Les autres monnaies seraient raccordées au Mondio d’une façon ou d’une autre.    Ce serait une reprise des idées keynésiennes du Bancor adapté aux exigences du temps.   Les entreprises mondialisées auraient accès à un crédit mondialisé et régulé de façon mondiale.  L’épargne se mondialiserait progressivement en Mondio.  

La Banque Centrale Universelle, BCU,  serait naturellement indépendante des Etats, notamment des Etats-Unis, dont les déficits extérieurs n’auront plus à fournir le monde en monnaie par des déséquilibres infernaux.  Chaque état serait libre de rendre ou non sa monnaie convertible en Mondio.  Mais la convertibilité aurait un prix : une stricte supervision par une instance internationale.  La BCU reprendrait toutes les fonctions de la BRI et du FMI tout en devenant une vraie banque centrale  avec une monnaie propre.

Pour les banques internationales, la liquidité n’aurait plus à être assurée par des produits complexes et peu compréhensibles. Les compensations se feraient à la BCU.
Tout cela représente un saut structurel dans la supranationalité.  On sent bien dans les conférences actuelles que le besoin de ce saut s’exprime : appel à une architecture financière mondiale ; chambre de compensation pour les CDS etc.  Mais personne n’ose aller jusqu’au bout.  A Bretton Woods,  White, l’américain honorable correspondant  soviétique, l’avait emporté sur Keynes, le farouche spéculateur.  Il était le seul vainqueur de la guerre ….

Il faut maintenant passer au stade suivant.  Rien ne laisse penser que les esprits n’y soit prêts.  Pourtant les solutions existent.  Et l’approfondissement de la crise fera valoir ses exigences…ou reportera la solution  à plus tard après une tragique période de troubles. 

Après l’âge des monnaies  abstraites nationales, nous entrons dans celui de la monnaie abstraite mondiale avec des institutions mondialisées.   Correction : nous devons entrer …

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile



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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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