Retour vers le futur : 1935 (suite)

Intéressons-nous à ce que publiait la Revue d'Economie Politique en 1935, au beau milieu de la grande dépression née en 1929. Les rédacteurs étaient Charles Rist et Gaëtan Pigou, des économistes de grande qualité. Une revue telle que celle là manque aujourd'hui. C'était le temps où les économistes n'étaient pas encore vilipendés et où on croyait qu'une approche scientifique de l'économie était possible. Les meilleurs auteurs n'hésitaient pas à prendre partie sur les questions d'actualité. Une vie intellectuelle économique grouillait en ce temps là, loin des caricatures de débats actuels entre ignorants médiatiques ou entre partisans de champs clos idéologiques.

En 1935 la Revue avait pris pour cible, entre autres, deux erreurs qui lui paraissaient graves : la perte de confiance dans les progrès possibles de l'économie et les limites des dévaluations compétitives.

Dans le premier cas la cible était les écrits de Werner Sombart, un économiste socialiste allemand qui glissera vers un léger national-socialisme plus ou moins de circonstance mais tout de même, un peu le même mouvement que le père de Jospin vers le pétainisme, pour des raisons finalement assez proches. Werner Sombart était un auteur très prolifique et très connu à l'époque. Il est à peu près oublié aujourd'hui. Comme quoi ! Méfions nous des auteurs qui tiennent la côte dans nos médias : cela pourrait bien ne pas tenir la distance…

"L'homme a été séparé de la nature. L'enfant des villes ne sait plus rien des charmes intimes que celle-ci prodigue. …Sa pensée est un mélange compliqué d'enseignement scolaire, de montres, de journaux, de parapluies, de livres, de canalisation, de politique et de lumière électrique".

Qui ne voit la ressemblance avec tous nos bons auteurs qui se plaignent aujourd'hui d'une jeunesse déboussolée par le téléphone portable et internet ? Cette rengaine est de tous les temps. On a toujours perdu le paradis d'avant et la jeunesse est devenue bizarre. Dans les années soixante c'était "la bagnole et la téloche"  qui signaient le déclin immédiat de la civilisation par contamination de notre belle jeunesse, hélas si mal traitée.

Le rejet d'une société matérialiste  de consommation était déjà très fort :

" …trop de céréales, d'autos, de bananes et de chocolat, réclame diurne et nocturne, film parlant, W.C. et eau courante et mille volumes par jour ; engrais artificiels, avions et moyens anticonceptionnels, torpilles et hauts parleurs, tracteurs et phonographes, petites boules dans le potage et eaux dentifrices,  gaz toxiques et aspirateurs de poussière, palace-hôtels sur terre et sur l'eau"…

Nous voici dans une société gâtée par l'abondance et qui a perdu ses repères. Et on ne connaissait ni le Bolino ni le Coca Zéro !

Les écologistes modernes n'ont rien inventé. On parle aujourd'hui de destruction de la terre et plus seulement des hommes ou du moins de l'humanité. Cela a un côté plus laïque.

Depuis la "révolution industrielle", si ce terme a un sens, nous vivons de façon croissante dans un monde artificiel qui correspond à notre propre création.  Werner Sombart rêvait qu'on revienne à une forme de société hiérarchisée non matérialiste où les valeurs de l'esprit ne seraient pas contaminées par la chair, ici la consommation. Comme aujourd'hui certains rêvent de démondialisation et de décroissance.  La blonde au 4x4 a remplacé la ménagère à aspirateur. La femme est depuis JC et même sans doute quelques milliers d'années précédemment, vue comme l'inspiratrice de la débauche irresponsable.  Zémmouriens de tous les temps, donnez-vous la main !

Pour les amateurs nous conseillons de faire le parallèle entre la condamnation de "l'ère économique" par Werner Sombart et les critiques de la "mondialisation".

Toutes les crises  conduisent à des formes de remise en cause de la modernité et favorisent les idées qui suggèrent qu'on est tombé dans une sorte de précipice sans fond dont il faut sortir avant qu'il ne nous engloutisse à jamais.  Il faut lutter contre ces inepties comme le faisaient les auteurs de la Revue d'économie politique de 1935 : il n'y a aucun chemin dans cette direction !

Revenons à la seconde critique : celle des dévaluations compétitives. Nous sommes revenus plus près de la terre. Mais en fait on est toujours dans la condamnation du rêve. La crise de 1929 a connu les développements tragiques que l'on sait à cause des dévaluations compétitives. Ce point est très généralement admis et ne mérite pas de longs développements. Les spécialistes de l'histoire économique de l'entre deux-guerres savent très bien qu'au bout du compte, toutes les monnaies ont retrouvé en 1938 peu ou prou les parités d'avant la crise. On s'est battu pour rien.  

René Courtin, l'auteur de l'article voit bien les deux limites de la dévaluation :

- elle ne donne un avantage compétitif que dans la mesure où les autres ne dévaluent pas à leur tour. Cet avantage est provisoire, les importations devenant plus coûteuses et entraînant des hausses internes qui progressivement gommeront l'avantage initial.

- en cas de dettes, la dévaluation alourdit la facture de remboursement et entraîne un risque de pertes encore plus grand pour les prêteurs.  

Ces idées n'ont rien d'original : elles seront à la base des accords de Bretton Woods de 1944. Oui une dévaluation peut être efficace mais à deux conditions : qu'elle soit faible donc acceptable par tout le monde, accompagnée d'un plan de stabilisation des prix pour éviter qu'on ne revienne immédiatement à la situation précédente et que les effets sur la dette soient limités par des formules de prêts internationaux, dont le FMI doit être le vecteur.

Elles sont totalement en contradiction avec les idées actuelles sur l'organisation monétaire internationale où le flottement généralisé des monnaies induit des dévaluations incontrôlées ou des réévaluations incontrôlables sans des mesures gigantesques (voir les récentes mesures prises par la Suisse, qui ont abouti à …ruiner UBS, seconde banque…suisse, prise à revers dans ses spéculations).

Elles sont également complètement en contradiction avec l'idée de monnaie unique partagée par des pays ayant gardé leur liberté de politique budgétaire, économique et sociale. Le bénéfice d'une dévaluation concertée n'est plus possible et laisse la place à des aventures.

On voit bien que pour la Grèce la sortie de l'Euro qui mettrait la nouvelle Drachme dans un système de changes flottants, provoquerait une dévaluation massive (très au-delà des 7 à 10% qu'on s'autorisait dans un cadre de changes fixes mais ajustables par accord général), la ruine des banques et de l'épargne privée, et un défaut gigantesque sur les prêts consentis en Euro.  Les pays européens se retrouveraient aussitôt avec un compétiteur dopé et un trou dans la caisse au moins doublé.

Limite des comparaisons, René Courtin évoque le bénéfice de la dévaluation du fait de l'effet revenu provoqué par la diminution de la teneur métallique de la monnaie.  Il en attends un poussée de la production d'or génératrice de revenus créant une dynamique de croissance générale. Le problème : l'or n'est plus monétisé. Nous sommes dans un système de monnaies administratives…

Au total on voit bien que personne ne sait gérer ni des systèmes de monnaies administratives flottantes, ni des zones monétaires non pilotées, représentant des ilots de fixité dans des océans de flexibilité.

Ce que les économistes de 1935 écrivaient, à savoir qu'il faut croire en l'avenir et s'organiser pour connaître un nouvel élan, reste aujourd'hui d'actualité.  

Il faut croire en l'avenir et s'organiser ! 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes E-toile.



Retour vers le futur : 1935 ?

La tentation des comparaisons historiques plus ou moins bancales est toujours grande lors des crises un peu sévères. Quand l'avenir est incertain, on aime se raccrocher à quelque chose de familier même si le passé lointain est généralement plus fantasmé que connu.

On l'a bien vu hier soir dans un de ces débats télévisés où deux intervenants censés avoir des connaissances économiques solides se sont empoignés pour affirmer, pour l'un que la déflation était la raison de l'arrivée d'Hitler au pouvoir, pendant que, pour l'autre, c'était la déflation.

La minuscule affaire grecque, une perte sur crédit d'une centaine de milliards d'Euros (à rapprocher des quatre mille milliards d'Euros sur crédit perdus depuis fin 2006 dans le monde entier), fait renaître les pires fantasmes d'une montée prochaine du fascisme pour un camp, du socialisme violent pour l'autre.  Avènement d'un nouvel Hitler ou nouveau Front Populaire, tel serait le choix !

Il faut dire que les difficultés économiques stimulent les extrêmes. Mme Le Pen et M. Mélenchon tiennent désormais des discours  économiques que les tenants des principes qui nous gouvernent et qui nous ont mené là où nous sommes ne peuvent plus réellement juguler.

Dans ce maelström toutes les postures deviennent des contorsions. La droite libérale en vient à défendre les suggestions d'Attac, le mouvement post communiste bien connu. La gauche plaide pour l'austérité et la militarisation du redressement des jeunes délinquants.  Les keynésiens d'hier plaident pour une réduction drastique des déficits et de la dette. Les libéraux d'hier suggèrent qu'on pourrait nationaliser les banques, temporairement bien sûr.  Les européistes d'hier ne se souviennent plus très bien  pourquoi ils ont voulu l'acte unique et l'Euro.  Les souverainistes plaident pour un tarif extérieur commun renforcé. La BCE viole ses statuts tous les jours.

La crise a bousculé cul par-dessus tête les discours figés du politiquement correct d'avant.  L'Europe, c'était bien et cela ne se discutait pas. On pouvait l'étendre ad libitum : le mouvement d'élargissement se justifiait par le seul fait qu'il avait lieu.  L'Euro c'était bien et cela ne se discutait pas.  L'impôt: super ! La dette : pas grave ! Le désordre monétaire international  : la marque de la vitalité des marchés, à qui il aurait été stupide de s'opposer !

On s'aperçoit toujours de la fragilité des vulgates lorsque les populations s'affolent.  

Surtout quand on les laisse sans perspectives.

Mettons nous tout de même un instant dans la peau d'un chômeur qui a été licencié en 2008 et peine à retrouver un emploi trois ans plus tard, de parents dont les enfants ne trouvent pas à s'employer au sortir d'études immensément rallongées, d'accédants à la propriété à bout de ressources (ils se sont endettés pour trente ans !) à qui on a doublé la taxe foncière et fortement grossi la taxe d'habitation. A tous  on affirme : vous allez payer pour la Grèce ; vous allez payer pour sauver l'Euro et si on n'y arrive pas vous perdrez vos plans d'épargne ; vous allez payer parce que vous n'aviez pas assez payé encore alors que la France est au sommet des prélèvements.  Et à tous ces gens, une littérature pressée d'extraire le jus de la crise explique qu'ils n'ont encore rien vu, que le pire est devant eux.

Pas une explication des différentes crises qui nous frappent. Pas la moindre perspectives sérieuses de s'en sortir.  Et des élections en vue, partout, qui ont l'énorme inconvénient d'interdire la seule vertu utile en temps de crise : la constance.

Ce qui nous ramène à 1935.  La confusion la plus totale régnait comme aujourd'hui. La crise avait également quatre ans en France.  La reprise n'avait pas eu lieu. Les politiques fondées sur des a priori qui faisaient consensus ne marchaient pas.  La politique de déflation qui avait sa chance se trouvait confrontée aux perspectives d'élections perdantes. On allait sombrer dans le n'importe quoi et aggraver tout. La France sortirait des années trente en ayant perdu autant que pendant la Grande Guerre. Il lui faudra quarante ans pour se remettre avant d'oublier les leçons si durement apprises.   
   
Quant au monde ! Il a absolument tout oublié. On a voulu créer en 1971 un monde basé sur les relations de force entre les états, systèmes sociaux  contre système sociaux , politiques contre politiques, puissance économique contre puissance économique en supprimant toutes les écluses, tous les canaux, toutes les pompes aspirantes et refoulantes.  Les américains croyaient qu'ils gagneraient facilement. Les Allemands et les Japonais étaient sûrs d'eux.  Les nationaux communistes Han ont vu la faille et ont cru qu'ils pourraient manger l'économie du monde et assurer leur domination. Les pays pétroliers pensaient pouvoir s'en sortir sans problème grâce à la manne pétrolière.      

Les Français, eux, réglaient de vieilles querelles du dix-neuvième siècle, sans se rendre compte de rien.

Nous sommes au bout de ce chemin là.  On redécouvre qu'il n'y a pas de solution sans une coopération entre les états ; qu'on ne peut pas assumer des libertés économiques sans monnaie de référence et sans politique harmonisée des changes ; que la concurrence des systèmes ne fonctionnent qu'avec des pare-chocs et des écluses.

En sécurité routière on sait bien qu'un tank aussi blindé soit-il, n'est pas sûr, pas plus qu'un cerf volant allégé à l'extrême . Il faut  éviter les chocs et en cas de choc évacuer un maximum d'énergie pour protéger les passagers.

Eviter les chocs en économie mondialisée, c'est déjà éviter les systèmes instables comme les monnaies flottantes en organisant de surcroit l'irresponsabilité totale des gouvernements vis-à-vis des conséquences de cette instabilité.  Instabilité structurelle plus irresponsabilité structurelle, les deux mamelles du désastre économique.

En 1935 tous les pays ont voulu s'en sortir par eux mêmes, ayant désespéré de toute coopération internationale, tout en ouvrant la porte à leur démons intérieurs (communismes staliniens, socialismes divers , fascisme et national socialisme).  Aujourd'hui les démons intérieurs n'existent pas : il n'y a pas de grande idéologie en attente de s'imposer. Les socialismes nationaux ou autres ne sont plus dans les esprits ni les espoirs. Les nationalismes  flamboyants ont disparu au moins en Europe même si les égoïsmes et les petits calculs demeurent.

Ce qu'il faut donc craindre c'est d'abord le n'importe quoi spontanéiste né de la peur.

Car la solution existe.  

En 1935 il était impossible d'assurer la coopération internationale autour d'un projet commun. Hitler et Staline imposaient leur loi. Des professions de foi violentes courraient le monde  et elles étaient militantes.  Les grandes puissances imposaient leur loi à de nombreuses colonies et des nationalismes s'exacerbaient, comme celui des Japonais ivres de "lebensraum".

Rien de tout cela aujourd'hui : l'islamisme radical n'est pas mort mais il est sans influence mondiale et incapable de faire lever des masses ni de proposer un  système d'organisation un  minimum sexy.  L'islamo-nationalisme iranien est contraint par les révoltes qu'il est obligé de réprimer et son isolement international.  Les rebonds de nationalisme dans les pays de l'ex URSS ou sous sa domination n'ont pas d'importance cruciale. Il faut bien retrouver un peu de quant à soi.  Le nationalisme Han est le seul qui soit réellement dangereux. Mais il est totalement dépendant de la bonne volonté occidentale. Que la Chine soit exclue de la mondialisation et le système s'effondre ! Ce sera un nationalisme prudent.
Nous sommes donc dans une situation totalement différente de 1935. Il suffirait de sortir de la confusion pour que les voies d'un redressement général apparaissent ouvertes.

Comment faire ? Il n'y a qu'un seul chemin : le G.20 annonce que les états membres  coopèrent pour mettre fin aux causes du désastre économique en cours clairement identifiées et pour créer les conditions d'une croissance dans la coopération, seule capable de liquider l'accumulation des dettes constatées depuis 40 ans.

Les causes des désordres financiers et de l'accroissement global sont parfaitement connues : laxisme financier des uns  et mercantilismes divers dans un système de changes flottants de monnaies administratives où personne n'est responsable de ses équilibres extérieurs, alors que les mouvements financiers sont totalement libérés.

Une fois le système mondial stabilisé avec des changes fixes et ajustables, une instance internationale disposant de pouvoirs réels de régulation, une coopération explicite des nations , le sauvetage de la zone Euro devient un jeu d'enfants.  

Les états redeviennent responsables de leurs comptes extérieurs et de la valeur externe de leur monnaie, tout autant que de leurs équilibres intérieurs, le plein emploi étant un des équilibres majeurs dont on parle. Ils sont obligés de coopérer pour la croissance et l'amortissement des dettes monstrueuses accumulées par le système de double pyramide de crédits Rueff-Allais.

L'absence d'idéologies délétères permet de reprendre progressivement le chemin d'une mondialisation plus heureuse sans sombrer dans les expériences mortifères.  

En 1935, les auteurs ne voyaient plus d'avenir. On croyait à la fin du cycle d'expansion appelé révolution industrielle.  Le slogan n'était pas "no future" mis c'était dans les esprits. On sait ce qui est advenu : la plus grande mutation de toute l'histoire de l'humanité !  

Ne tombons pas dans ce travers. Il est parfaitement possible de préparer un avenir intéressant et progressiste pour l'humanité.

Mais il ne faut pas se tromper de chemin.

Comment se réveiller d'un rêve ?

Depuis toujours nous défendons l'idée que les difficultés que le monde, l'Europe et la France traversent ne sont pas le fruit de l'action de diables et de vilains mais plutôt celui des contradictions sévères entre rêve et réalité.

Cette thèse est moins facile que celle qui consiste à charger des boucs émissaires. La sortie de crise est également plus difficile : comment renoncer à un rêve ?

Le rêve mondialiste  aura été que l'on puisse abaisser toutes les frontières dans la sphère économique, sans pour autant mettre en place les coopérations d'états minimales qui auraient permis de canaliser et de garantir ce processus de libéralisation quasi intégrale des échanges de biens et de capitaux. 

Pour ses promoteurs, le libéralisme débridé de l'économie  aurait du conduire presque mécaniquement à une libéralisation politique générale des peuples.  L'individu aurait transcendé les nations.  A terme, les droits naturels à voyager, à s'installer, à contracter seraient devenus universels.  Bonheur et prospérité, en même temps qu'un progrès décisif de l'humanité, auraient été au bout du chemin.


Pour cela il fallait deux conditions :


- La liberté du commerce. Elle serait mise hors de portée des états : une organisation mondiale, l'OMC, permettrait de réguler ce qui doit l'être afin d'éviter les distortions de concurrence.


- La liberté des mouvements de capitaux : compte tenu que chacun conservait sa monnaie, il importait de mettre en place un système de changes tels que les monnaies s'échangent librement. Le cours de change des monnaies serait "naturel", loin des manipulations des états.  

Les Etats ainsi mis entre parenthèse, ne s'occuperaient plus que de questions internes et en particulier de traiter des conséquences de la "globalisation" ainsi mise en place.

Ce beau rêve s'est fracassé pour une raison simple : les changes flottants de monnaies administratives ne marchent pas.  Une organisation du commerce sans état de droit réel chez certains partenaires et sans rapprochement  des politiques générales (environnement, sécurité des produits etc.) n'aboutit qu'à des distortions et des déséquilibres insupportables surtout si elles s'accompagnent de distortions monétaires.

Les Etats-Unis ont cru qu'ils seraient assez puissants pour dominer le jeu.  Ils se sont trompés.  Londres a cru qu'il lui serait possible de devenir le centre de la pulsation financière sans qu'il y ait de conséquences négatives.  Londres s'est trompé. L'Europe a suivi mollement en pensant que tout irait bien. L'Europe s'est trompée.

Le rêve n'était pas "de droite" ou "de gauche", démocrate ou républicain, travailliste ou tory.  Il aura été général dans les pays occidentaux. Il a tourné à la catastrophe.

Face à cette situation désobligeante pour les promoteurs de ces idées,  la tentation est de revenir à l'idéologie.  La révolution libérale a échoué à cause des états et de leur socialisme primaire dira-ton d'un côté. La révolution libérale a échoué à cause des marchés dérégulés diront les autres. En route pour une guerre idéologique sans intérêt. Et même dangereuse.  Rappelons que les objectifs étaient un rêve. Faut-il tuer le rêve ?

Permettre à chacun l'exercice de libertés essentielles à travers le monde est nécessaire. Ce sont les conditions de cette liberté qui posent problème.  La liberté exige un état fort, et non faible, une coopération forte des états, et non une absence totale de coopération.

La victime de la crise est d'abord l'idée d'un gouvernement par des normes  alors qu'il n'y aurait pas de norme de gouvernement.

Techniquement le maillon faible aura été, comme toujours, la monnaie.  Les changes flottants sont une erreur conceptuelle. Ils n'ont jamais marché. Ils ne marchent pas. Ils ne marcheront jamais. La monnaie n'est pas "une marchandise comme les autres".  Curieuse marchandise que ces créances sur l'économie mondiales produites par des imprimeries contrôlées par des gnômes !

Le rêve de libéralisation n'est possible que si les états tiennent la valeur externe de leur monnaie et qu'il existe une force capable de leur faire respecter leur engagement.  Monnaie et crédits sont des dimensions essentielles de la politique économique des nations. Croire qu'on pourrait passer outre est une utopie.

Nous affirmons qu'il faut conserver l'objectif tout en réformant le moyen.  Il ne peut y avoir de régulation en changes flottants où des puissances peuvent soit pratiquer le laxisme monétaire total soit le mercantislisme absolu.   Il ne peut pas y avoir de solution sans collaboration des états.  On pensait qu'on pourrait les mettre de côté, ces satanés états mais en leur laissant toutes leurs capacités de faire ce qu'ils voudraient.  Les marchés les tiendraient en respect.

Cela ne marche pas. Les états ont un rôle. Ils doivent coopérer. Ils doivent accepter des sanctions extérieures en cas de manquement.  En matière monétaire qui, dans l'espèce, est la partie défaillante, cette coopération s'appelle : changes fixes, autorités de tutelle, étalon indépendants des états.  En un mot un Bretton-Woods réellement paritaire sans monnaie pivot.  Pas de Gold exchange standard, plus de véto américain,  mais une parité organisée avec des responsabilités àassumer par chaque état.  La liberté des capitaux doit être pilotée et pas seulement confiée à des normes.

Bien sûr  il y a aura régression partielle dans les libertés totales de faire bouger ses capitaux où on veut, quand on veut.  De même que des glissières de sécurité empêchent l'automobiliste d'autoroute d'aller où il veut quand il veut. Il faudra rester dans les clous.

Et alors ? Tout vaut mieux qu'un système qui ne marche pas.

Le rêve européen est tout aussi fracassé.  Et il s'agit du même rêve. Permettre aux citoyens européens d'exercer librement toutes les libertés.

Le moyen est totalement inverse que celui choisi pour la globalisation : pour l'essentiel on met en oeuvre une monnaie unique et commune.   Les états sont privés du pouvoir monétaire confié à des gnômes rendus totalement indépendants.  La puissance des traités fixe les règles.  

Nous retrouvons notre vielle amie : la gestion par la norme sans pilotage politique.  Mais l'unicité monétaire européenne est totalement en contradiction avec la solution globale de changes flottants généralisés.  Un ilôt de fixité dans un océan de flexibilité met le chêne à merci des roseaux !

Une double  question cruciale se pose au monde  : une zone monétaire unifiée est-elle possible sans instance de pilotage et sans unification des politiques économiques et sociales ?  Est-elle possible dans un monde de liberté de capitaux avec changes flottants ?  

Les fédéralistes européens à l'origine de l'Euroland et toujours préoccupés de mettre la charrue avant les boeufs, se sont échinés à éluder la double problématique.  La réponse est venue de la première grande crise suivant l'établissement de l'Euro :  non, cela ne marche pas !

Une fois encore les idéologues ressortent leur massue. Si cela n'a pas marché c'est qu'on n'a pas été assez loin disent les fédéralistes.  Vite une véritable fédération européenne avec gouvernement fédéral etc.    Les souverainistes éructent : la ruine est là et vous voulez l'aggraver.

La question reste : comment fait-on fonctionner une monnaie unique entre pays souverains dans un système mondial de changes flottants ? Surtout lorsque l'absence de tout pilotage de l'échanges des biens, l'Europe ayant sans contrepartie renoncée au tarif extérieur commun, conduit à un sous emploi chronique et fait de l'Europe un "machin" qui sert de tampon facile entre les grands joueurs ?

Le dernier rêve est le rêve français.  Vive l'impôt, vive la dépense publique, vive la dette, vive la gratuité généralisée, vive le non travail et le temps libre ! Ole !   Et vive le politiquement correct qui fait chanter la belle chanson en coeur dans tous les médias de droite et de gauche.  La France aurait trouvé le truc : 35 heures et bientôt 32 heures de travail pour ceux qui ont du travail  ;  des charges sur le travail supérieures à tout le monde ; des règlementations toujours poussées à l'extrême ;  les sébilles partout tendues ; des "droits à" toujours plus étendus.  La politique d'énarchie compassionnelle transcende les vieux clivages droite gauche.  Le haut fonctionnaire est juste et pense au bien commun. Lui seul. Il va arbitrer la société. C'est à dire contraindre sur les recettes et lâcher systèmatiquement sur les dépenses.   

La question ici est très simple : comment maintient-on   ce rêve de Capoue  dans une Europe sans frontières et dans un monde globalisée ?  La réponse a été : en s'endettant. Nous voici au bout du chemin.  Le clientèlisme politique de Zombis sans pouvoirs sur rien puisqu'ils ont tout cédé à l'Europe ou à la globalisation  apparait pour ce qu'il est : une imposture démocratique.   Et voici qu'on explique à l'UMP comme au PS qu'il suffirait de perdre le pouvoir budgétaire   au profit de l'Europe, tout en gravant dans le marbre la vertu, pour que le clientélisme et l'achat sectoriel de votes ne puissent continuer. Pensez ! Il suffirait de "prendre l'argent aux riches". 3 ou 10%  de la population paiera. Et pour le reste ce sera le secteur financier avec la taxe sur les transactions financières.

Zeus aveugle toujours ceux qu'il veut perdre.

Le Français né malin pense qu'en ne gouvernant plus mais en ruinant ses riches et ses banques, qui le sont déjà,  il va pouvoir continuer à vivre à l'oeil !

Notons que le drame français est plus grave que le drame européen ou mondialiste.  On n'est plus dans le rêve mais dans l'illusion fatale.  Le concours de démagogie qu'aura été ce 15 septembre le débat des socialistes en vue de  leurs élections primaires montrent que les mentalités publiques ne sont pas près de changer.

Nous voici donc dans un monde ruiné financièrement  alors que s'évanouissent les trois rêves  d'une mondialisation inorganisée mais  heureuse, d'une Europe ectoplasmique mais gérée par la norme,   et d'une France surendettée et surfiscalisée, mais  gavée de gratuités et de loisirs.


La solution n'est pas d'abandonner le rêve.  Mais de comprendre que les libertés ne s'exercent que dans des cadres précis et efficaces.  La gestion par la seule norme est morte. Il faut une gestion par le pilotage.  C'est à dire des instances responsables à chacun des niveaux d'organisation nécessaires.

Le monde doit renoncer aux changes flottants. Les Etats doivent coopérer autour d'un étalon et faire especter la valeur externe de leur monnaie, l'équilibre de leurs balances commerciale, la santé de leur balance des capitaux.  Et il faut un gendarme fort pour imposer aux Etats le respect de leur engagement.

L'Europe ne peut pas être un ilôt d'unicité monétaire dans un monde de changes flottants.  Elle ne peut plus être la variable d'ajustement des combats de titans que se livrent les autres grandes puissances.   Si l'Europe ne peut pas mettre en place une structure centrale de pilotage économique  il faut abandonner l'Euro.   Et bonjour les dégats.

La France ne peut plus chanter vive l'impôt (des autres) ; mort  (fiscale)  aux riches ; travaillons moins ;  vive les gratuités !   La dette c'est fini pour un moment.  Où la France  s'aligne sur une politique auropéenne pilotée par une instance européenne,  ou elle reprend  son autonomie en cherchant à s'en sortir par le dynamisme et le courage. Quelque soit l'issue de la querelle institutionnelle  elle devra couper avec le compassionnalisme énarchien et un néo socialisme de la dépense publique  illimitée.

Ou elle sortira de l'histoire.  Et par la petite porte.  La toute petite porte.

Conserver ses rêves tout en jouant le réalisme et en abandonnant les peaux mortes d'une mutation bien intentionnée mais  ratée : tel est l'enjeu pour le monde, l'Europe et  la France.


Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

La curieuse crainte d'une monnaie mondiale

Un des aspects les plus curieux de la confusion  mentale qui s'opère sous la pression de la crise est la montée d'une forme d'éructation  hystérique contre l'idée d'une monnaie mondiale dans le petit monde altermondialiste dont on sait qu'il est contitué pour l'essentiel d'anciers communistes, cégétistes, troskistes, gauchistes, en mal de repères  et de rôle depuis la chute de l'URSS.

Une monnaie mondiale est vue dans ces groupes comme le summum de la dépossession des peuples, un tout petit clan  coopté de capitalistes devenant le maître du monde en s'arrogeant à nouveau le pouvoir monétaire et en mettant les peuples sous tutelles.  De toute façon une monde sans monnaie serait un monde meilleur basé sur le don et l'échange coopératif positif.  

Une banque centrale, c'était déjà le mal ; indépendante des politiques, c'était l'enfer anti démocratique, dont la manifestation est la BCE  Indépendante des nations. Alors une monnaie mondiale ce serait l'abomination des abominations et l'incarnation absolue de Big Brother.  

Cette critique nous interpelle puisque nous proposons de recréer un système monétaire international fondé sur des monnaies  rattachées à un étalon monétaire mondial. Chaque état aurait la responsabilité de faire en sorte que la valeur externe de sa monnaie soit stable vis à vis de l'étalon ainsi constitué.  L'organisme de régulation, en l'occurence le FMI, aurait la possibilité de créer de la monnaie internationale pour faciliter les ajustements en cas de besoin.  Il le ferait pour éviter le retour des récessions importantes liées à des crises de changes excessives et des guerres de dévaluations.

Ce que nous appelons Mondio, que Keynes appelait Bancor, que certains appellent OR tout court, a essentiellement pour but de permettre une croissance économique mondiale équilibrée et maîtrisée avec un objectif principal de plein emploi.

La croissance et le plein emploi sont  ce dont les couches laborieuses de la population ont le plus besoin soit pour échapper à la misère dans les pays du tiers monde soit pour  progresser et vivre mieux dans les pays développés.  La solution que nous proposons devrait donc être soutenue par les organismes "de gauche" si tant est que cette qualification ait encore un sens.

L'ennui vient que la gauche extrême est maintenant non seulement contre les riches mais aussi contre la richesse, donc contre la croissance et partiellement contre le travail vu comme avilissant et pénible.  L'écologisme pétainiste déprimant des années 40-44  a été récupéré par la gauche écolo.

Les objectifs du CNR (conseil national de la résistance de 1945)  : plein emploi, création de richesses, dynamisme industriel, croissance, productivité,  plus grand bien être pour tous, sont ignorés alors même que dans ces milieux on croit à une mystique du CNR dont le message aurait été bafoué.

La contradiction est énorme et rédhibitoire.  

La question est importante. Quelles sont les finalités de l'économie ? Quels sont les objectifs qu'on assigne à la nation ?  Quel est le sens d'un coopération internationale ? L'économie est toujours politique en ce sens qu'il s'agit d'un moyen pour une fin. La question des fins est cruciale.

Nous mêmes au Cercle des économistes, nous pensons que les objectifs de croissance, d'augmentation du bien être général, de la socialisation réussie par le plein emploi, de la pacification du monde par les échanges  sont fondamentaux.  Il n'y a pas de décroissance heureuse ni de repli sur soi exaltant.

L'organisation monétaire doit être un moyen de cette fin et on voit bien que seule la coopération internationale rationelle permettra d'y arriver.  Cela passe par la suppression du rôle du dollar comme monnaie de réserve et par la suppression des changes qui flottent sans que personne n'en soit responsable.

La responsabilitsation des Etats dans un cadre coopératif est la seule solution aux difficultés du monde actuel.  Un étalon monétaire mondial et une régulation autour de cet instrument sont la condition du plein emploi et de la croissance.   La gauche devait se mobiliser sur cette solution si elle tient encore au bien être des couches populaires et au développement des pays pauvres.  La droite aussi d'ailleurs, qui est censée tenir  au succès des entreprises privées et à la garantie de l'épargne.

Les deux regardent ailleurs.  Par ignorance.  Par paresse.

Du coup l'élection présidentielle française dont la campagne commence perd tout sens.  Ni le pourquoi ni le comment d'une politique d'avenir ne sont évoqués. Des questions économiques aussi cruciales que le système monétaire international sont évacuées pour excessive technicité et ennui général. La communication a remplacé la réflexion.  

On se souvient que lors des deux dernières élections muncipales à Paris jamais les questions cruciale du rôle, de la vocation et de l'avenir de la capitale n'avaient  été évoquées.  Une capitale : pourquoi faire ? Pour aller où ? Et pour y aller comment ?  C'était de bonnes questions qui sont restées au frigo.  On se retrouve avec une ville sale jusqu'au dégoûtant, où le coût de possession d'un local a quadruplé, où le patrimoine de qualité est désormais  largement en possession de  l'étranger,  et dont la vocation économique et sociale est incertaine.  

On se souvient que lors des dernières élections européennes tout sauf l'avenir de l'Europe, l'examen de ses objectifs communs,  les faiblesses de ses institutions vis à vis de ces objectifs,  avait fait l'objet de la morne campagne électorale, centrées sur des querelles de personnes nationales ("donner une leçon à Naboléon" !).

Nous voici devant une échéance où le même phénomène va se produire. Et où gauche et droite, dans leurs extrêmes ne mènent à rien et dans leur partie "gouvernementale" ne pensent à rien.

L'exécration à  gauche de solutions qui vont pourtant dans le sens de ce qu'on pourrait iméginé que sont leurs objectifs sociaux,  l'agnosie morose tournant à l'aphasie  à droite  aussi bien sur les buts que sur les moyens,  conduisent à une campagne sans intérêt qui débouchera sur des politiques à l'envers.

Dans le monde tel qu'il est est il faut pourtant aux nations des objectifs et une bonne compréhension des moyens.  Cela passe nécessairement par une certaine technicité. Et des  compétences. Pas seulement des postures et de la jactance. Surtout quand la jactance devient incompatible avec la posture.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

L'article d'Henri Guaino dans le Monde du 9 septembre 2011

Alors que les bourses rechutent vers leur plus bas, que l'Euro est menacé, que les banques françaises sont fuies par  les investisseurs pour cause  d'excès de prêts à des états fragiles,  que les échanges internationaux se tassent, que les projets sont partout révisés à la baisse, que les acteurs anticipent que la chute boursière va avoir à peu près les mêmes effets que la faillite de Lehman Brothers,  que la Grèce ne parait plus capable du moindre effort sérieux, que la Chine hoquète de plus en plus, que la Suisse prend des mesures extrêmes pour faire chuter le franc suisse,  que les Etats-Unis sont au bord du "double-dip", il est intéressant de prendre connaissance de ce que Monsieur Henri Guaino principal conseiller de la Président de la République Française a à nous dire.

Première remarque le journal ne pose pas la seule vraie question qui vaille actuellement : pourquoi  la sortie de récession n'a-t-elle pas eu lieu ? Nous sommes quatre ans après le blocage du marché interbancaire international et l'effondrement des subprimes. Des plans ont été définis et mis en oeuvre. Ils n'ont pas marché. Pourquoi ?

On se rappelle que M. Guaino avait déclaré dans l'interview qu'il avait donnée au Figaro le 25 janvier 2009 et  que nous avions commenté sur ce blog  (http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/1/26/Des-dirigeants-et-des-conseillers-dpasss--Henri-Guaino)   «  L’histoire n’est pas écrite d’avance et la mondialisation prépare peut-être une sortie de crise inédite. »

Pas de chance c'est une "non sortie inédite" qu'elle a préparée et réussie.

Allons les journalistes ne posent décidemment jamais les bonnes questions !  Voyons tout de même si les réponses aux questions posées par le journal montrent une évolution.  

1. Un plan de rigueur  peut-il tenir lieu de projet pour 2012 ?

Réponse : Il faut avoir conscience que la crise est mondiale et frappe plus les pays fragilisés.

Traduction : La France est fragilisée par 46 ans de déficits publics continuels. Nous sommes sous la menace des marchés. Nous n'avons plus d'autonomie  pour établir un projet.

Commentaire : C'est vrai que la France s'est fragilisée par des déficits constants qui avec la récession ont pris des ampleurs effarantes (voir les déficits de la SS annoncés par la Cour des Comptes ce jour même ; notons que l'info est donnée par un organisme de contrôle et non par le gouvernement ou les instituts de statistiques, ce qui est très anormal).   On ne voit pas cependant ce qui empêcherait de donner une perspective aux Français. Cela passe par l'énonciation d'une explication de la crise et de l'échec des politiques menées   et une annonce très ciblée sur ce qu'il faut désormais faire pour qu'on s'en sorte.

Le Président ne s'étant jamais exprimé sur ces sujets cruciaux, la première chose qu'il a à faire est de s'y coller. Peut être que son conseiller va nous dire ....

2. N'est-ce pas d'abord une crise de la dette publique ?

Réponse : C'est une crise de l'endettement privé et public dans tous les pays développés.  La cause : dumpings, distorsions de concurrence, dérèglementation.  le corollaire de cette ouverture sans règles a été la mondialisation financière.  Le système financier a recyclé les excédents des pays émergents  et fabriqué des montagnes de dettes.

Commentaire :  C'est bien dès le départ une crise globale de l'endettement  des pays développés, entreprises, banques, particuliers et états. Nous n'avons cessé de l'écrire.  Ce n'était donc pas une crise des subprimes, comme on l'a répété pendant deux ans.  Ce n'était donc pas une crise "américaine".  

Nous sommes d'accord la dessus : la mondialisation a bien été  conçue depuis 40 ans (et non 30 ans) sur la base de principes d'organisation intenables.

Ce n'est pas tant le dumping et les distorsions de concurrence commerciale qui ont créé des difficultés que le dumping monétaire et les distorsions permises par le système  des changes flottants.  Il serait important que M. Guaino le précise bien.  Dumping et distorsions de concurrence commerciale n'ont pas d'effets globaux sur le niveau général d'endettement des économies si le système des changes est correct.  D'autre part on parle des excédents Chinois, Allemands et Japonais. Laissons les pays sous développés à leurs difficultés propres sans leur imputer la crise, svp !

M. Guaino poursuit : "la crise de 2008 a été la prise de conscience qu'une partie de cette pyramide de dettes n'était pas remboursable. Les états ont pris le relais".  

 Nous dirions : "La crise de 2007 a été le premier symptome de l'effondrement de la pyramide de dettes globales permises par les défauts du système monétaire international . Les Etats ont récupéré les dettes des banques pour sauver le système bancaire . Mais ils n'ont rien fait pour mettre fin aux causes.  Les dettes se sont creusées et faute de réformes ciblées il n'y a aucune perspective ce qui affole tout le monde et explique que la crise traîne en longueur voire s'aggrave".

 M. Guaino , soyez plus précis : démonter le mécanisme de la création de la pyramide de dettes. Là est le noeud du problème.  Et concentrez vous sur le système de monnaies administratives gérées par des banques centrales indépendantes dont la mission est de maintenir la valeur interne de la monnaie alors que la valeur externe est établie sur des marchés libres.  Si vous êtes précis et pertinent sur ce sujet vous aurez même les éléments de politique à mener !

Pour vous aider vous pouvez lire, cher  M. Guaino,  l'article suivant sur ce blog : http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2010/7/12/Comment-des-conomies-mondiales-majeures-peuventelles-sendetter-au-del-de-300-du-PIB-

Je tiens à vous rappeler que nous vous avons envoyé ce texte personellement dès qu'il a été écrit (ainsi qu'aux principales rédactions de la PQN).

Et pour comprendre pourquoi les politiques suivies n'ont pas eu d'effet vous pouvez lire toujours sur ce blog l'article suivant :

http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2009/1/7/Le-faux-prcdent-de-1929-ou-comment-gagner-la-guerre-davant-et-perdre-la-guerre-en-cours

3. Faut-il désendetter ?

Réponse : oui mais en évitant d'entrer dans la dépression !

Commentaire : certes !  Mais il faut aussi réformer les systèmes qui ont provoqué la crise et notamment le gonflement de la dette. Et là...

4. L'Europe est en crise sauf l'Allemagne.

Réponse : l'Allemagne se prépare à une crise encore plus grande liée à sa dénatalité. Pas de leçon à recevoir.

Commentaire : l'Allemagne a fait de bonnes réformes de structure que la France devrait imiter (TVA sociale, modération des dépenses publiques, des salaires etc.). Mais elle poursuit une politique mercantiliste qui n'est pas seulement liée aux perspectives de la  démographie et qui est dangereuse à terme et inapplicable par la zone euro dans son ensemble.

Réponse trop hâtive.

5. Le plan de 12 miliards d'économie est-il dangereux.

Réponse : c'est un plan d'ajustement et non de rigueur.

Commentaire : LOL.

6. Ne faut-il pas réduire la dépense publique ?

Réponse : Le problème n'est pas de couper  les dépenses de réparation du tissu social mais de recoudre le tissu social et de retrouver le plein emploi.

Commentaire : la RGPP était une blague.  Et si vous ne vous saisissez pas d'une hache pour couper drastiquement dans certains budgets vous courrez toujours après la dette et les déficits.

Un des points qu'on peut reprocher à N. Sarkozy est justement d'avoir été plus que mou dans la chasse à la dépense publique malgré quelques réalisations intéressantes.

7. Votre projet pour 2012 : le travail. Comment baisser son coût : par la TVA sociale ou la taxe carbone ?


Commentaire : le plein emploi est le premier objectif national. Il passe par une réforme du système monétaire international et la mise en place de niveaux de changes qui permettent d'équilibrer les échanges  et faire en sorte que du travail s'échange contre du travail.   Parler de travail dans le système de change actuel n'a exactement aucun sens.  Et la fiscalité n'est pas le principal levier.

8. Etes vous sensible au débat sur la mondialisation

Réponse : le contrat social ne doit pas être asservi à la liberté du commerce.

Commentaire : ce n'est pas la liberté du commerce qui est en cause mais un système monétaire international qui ne fonctionne pas et qui empêche la sortie de crise après l'avoir provoquée.

9. Pourquoi Nicolas Sarkozy n'a-t-il pas pris le temps d'expliquer la crise aux Français

Réponse :  Il le fera !

Commentaire : quatre ans de retard déjà ! Mais quelle bonne question !

Didier Dufau  pour le Cercle des économistes e-toile



Un article remarquable de Ph. Simonnot

Nous allons faire ici une chose que nous ne faisons jamais : recopîer honteusement un article entier qui nous parait excellent en espérant que son auteur nous pardonnera. 

Il est vrai que nous répétons que les medias ne font pas leur travail et ne laisse pas passer de lueurs sur les vrais problèmes économiques qui se posent. Cet article est la preuve que l'exception peut confirmer la règle.

Naturellement on peut contester que l'étalon or soit la seule solution. On sait que nous sommes plus ouverts à des variantes d'organisation moins sommaires.  Mais en centrant la crise sur sa cause principale c'est à dire les dérèglements devenus incontrolables d'un système monétaire défectueux, on va au fond des choses.

"La règle d'or, ersatz d'étalon-or
par Philippe Simonnot, directeur de l’atelier de l’économie contemporaine


Les petits génies du marketing politique qui ont lancé l'expression "règle d'or" ont fourni aux princes qui nous gouvernent une occasion supplémentaire de montrer à quel degré d'impudence ils sont capables d'accéder. En dernier recours, le dos au mur, menacés d'une dégradation de la note de la dette publique sur les marchés, nos gouvernements essaient de vendre au bon peuple ainsi qu'aux méchants marchés quelque chose qui brille dans la nuit de cette crise interminable, quelque chose d'inaltérable comme l'or qu'on essaye de faire revenir dans le système au moins sur le plan symbolique – bref un ersatz papier d'étalon-or.

Le plus cynique, dans cette imposture de Nicolas Sarkozy, qui a déjà fait plusieurs émules en Europe, est que le général de Gaulle, dans sa célèbre conférence de presse du 4 février 1965, après avoir célébré les vertus monétaires de l'or, "tenu, éternellement et universellement, comme la valeur inaltérable et fiduciaire par excellence", avait lui aussi employé le vocable galvaudé aujourd'hui par son lointain successeur. "La loi suprême, la règle d'or – c'est bien le cas de le dire – qu'il faut remettre en vigueur et en honneur dans les relations économiques internationales, avait-il déclaré, c'est l'obligation d'équilibrer, d'une zone monétaire à l'autre, par rentrées et sorties effectives de métal précieux, la balance des paiements résultant de leurs échanges." Ces quelques mots suffisent cependant à montrer la distance, pour ne pas dire l'abîme qui sépare le pseudo-étalon-or, que l'on cherche à nous vendre, de l'étalon-or authentique qui, lui, règle non seulement les budgets des Etats mais aussi leur balance des paiements.
La "règle d'or", telle qu'on ose nous la proposer, est une promesse sur le papier d'équilibrer le budget de l'Etat (on ne dit rien des collectivités locales dont beaucoup sont proches de la faillite). Promesse d'ivrognes ! Songeons au Pacte de stabilité européen de 1997 trompeté avec quelle solennité ; il avait acquis une valeur normative par deux règlements du Conseil de l'Union européenne la même année. Cela ne l'a pas empêché d'être violé quelques années plus tard par ses signataires les plus "honorables", au premier rang desquels l'Allemagne qui fait figure aujourd'hui de pays vertueux, et la France dont l'Etat s'est montré incapable d'équilibrer son budget depuis 37 ans. Que le papier sur lequel sera couchée la règle d'or soit constitutionnel ne change pas grand-chose. On sait sa valeur d'un tel papier dans un pays comme le nôtre.
Supposons même que cette règle d'or soit vraiment, par miracle, respectée quelques années ; elle ne règlerait qu'une partie du problème. Car la crise actuelle ne vient pas seulement des manquements des Etats aux règles de l'équilibre budgétaire. Ces manquements ont été appelés à cors et à cris par tous ceux qui nous serinent depuis le début de cette crise – trois ans déjà - qu'on a fait mieux qu'en 1929 grâce à plus d'Etat. Keynes, le grand retour ! clamaient-ils. Ils ne voyaient pas, ils ne voient pas, et ils ne veulent pas voir que la crise est d'abord d'origine monétaire, qu'elle est l'ultime accès d'une fièvre qui s'est emparée du système capitaliste depuis qu'a été fermée la fenêtre d'or le 15 août 1971 par Richard Nixon, alors président des Etats-Unis. Ce jour-là, on le sait, le dernier lien qui existait entre le métal jaune et une monnaie (et pas n'importe laquelle puisqu'il s'agissait du dollar) a été rompu. Depuis, le système de réserve fédérale, libéré des contraintes de la convertibilité métallique, n'en a fait qu'à sa tête, générant un "aléa moral" qui pousse les banquiers du monde entier, et donc aussi leurs clients, à prendre des risques bien supérieurs à ceux qui auraient été pris dans un système régulé – non pas symboliquement, non pas sur le papier, mais réellement – par l'or-étalon.


La solution existe, elle est simple, pratique, à portée de main. Le seul problème – et il est politiquement de taille - est que les privilégiés du système actuel, gouvernants, banquiers et autres ubuesques "phynanciers" proches du pouvoir de création monétaire, leurs profits abusivement gonflés par cette proximité, feront tout pour ne pas l'adopter.


Dernier ouvrage publié : Delenda America, éditions Baudelaire, 2011."

"L'échéance" de François de Closets

François de Closets s'est fait une spécialité de livres sérieux, consciencieux  et honnêtes sur des sujets de société fondamentaux qui marquent des évolutions majeures et potentiellement dangereuses pour les Français.

On ne pouvait échapper à un livre sur "la crise".  "L'échéance" est là qui est un livre sérieux, consciencieux et honnête. Il passe en revue tous les évènements économiques qui nous assaillent en remontant suffisamment loin pour ne pas commettre une analyse sans racines et en couvrant la plupart des domaines qui "font problème" : dettes, Euro, produits financiers complexes, dérégulation, finance incontrôlée etc.   A ce titre il permettra au lecteur de se remettre en mémoire bien des faits qui doivent être connus pour comprendre la situation actuelle.

La difficulté, c'est que le livre reprend toutes les banalités qui sont généralement exposées pour expliquer la crise.  L'auteur n'est pas économiste.  Il ne peut pas creuser. Alors il répète souvent les phrases creuses et parfois vides de sens qui trainent dans tous les commentaires qu'on entend dans les médias audiovisuels ou qu'on lit dans la presse.   Alors on retrouve ces idées courantes qu'il y a une bonne et une mauvaise monnaie, une bonne et une mauvaise dette, une bonne et une mauvaise finance,  une bonne et une mauvaise protection sociale, un bon et un mauvais protectionnisme,  de bons impôts "pour les riches" et de mauvaises charges sociales excessives, les mauvais Islandais et les bons Canadiens, etc.

Jamais on ne retrouve la moindre précision analytique qui permettrait réellement de comprendre et de maîtriser les phénomènes.

La dérive budgétaire depuis 1974 n'est pas réellement comprise.  On voit bien que la pression des prélèvements passe de 34% à 43% du PIB.  Que la droite et la gauche se partage également la dérive.  Qu'on est arrivé à un sommet insurpassable sauf à s'enfoncer dans l'asphyxie définitive.  Mais pourquoi est-on parti sur ce chemin sans issue ?  Et pas seulement la France ? Là,  silence ! L'explication par la démagogie politique est un peu courte.   

L'auteur  rate les conséquences du changement systèmique qui s'est produit à partir de 71.  Il voit bien que la crise de 73-74 est la première grave crise depuis la guerre, mais il ne comprend pas pourquoi elle survient. De même qu'il ne fera aucun lien entre les différentes crises décennales.

L'absence de toute prise de conscience du cycle et de l'aggravation progressive des phases majeures de récession  (1974, 1993, 2009) ne lui permet pas de formuler une explication, encore moins une explication convaincante.

De même, il n'a pas compris qu'on est entré depuis 71 dans un système monétaire international qui n'a exactement aucun rapport avec le précédent et qui rend caduques bien des politiques. L'échec particulièrement démonstratif  de la relance keynésienne de J. Chirac en 74-75 n'est pas compris.  A partir de là comment comprendre l'échec de la relance keynésienne globale de 2009 !

Nous prétendons sur ce site que sans compréhension du cycle décennal et sans analyse de la situation nouvelle que représente un système monétaire mondial basé sur des monnaies administratives gérées par des banques centrales plus ou moins indépendantes  et s'échangeant librement sur des marchés de devises,  il est strictement impossible  d'analyser correctement  ce qui se passe depuis quarante ans en matière économique.

Nous le vérifions une fois de plus.  Pour François de Closets les difficultés ne viennent pas de défauts systèmiques mais du comportement des acteurs.  La "crise" est toujours la faute à "Jules", le vilain polymorphe et polyvalent.  Voici le trader cupide, la banque dévoyée, les mathématiciens fous, les agences de notation sous influence, les règles comptables  foireuses, les ordinateurs déréglés,  les politiciens hagards et démagogues, le populo inconscient qui vote pour eux, etc.

La nature humaine semble soudain s'être  aggravée spontanément dans des proportions jamais vues.

Parfois l'auteur frôle la vérité. Il détecte bien que c'est après 1971, la rupture de tout lien entre le dollar et l'or et  la flottaison des monnaies,  que les banques commencent à spéculer sur les marchés et que les produits complexes apparaissent.  Mais il n'en tire pas parti.  Oui les techniques de hedging et les moyens de spéculation sophistiqués sont bien nés et se sont généralisés à partir du moment où les devises sont devenues flottantes.  Et alors ? On fait quoi ? On abandonne la flottaison ? Silence absolu de l'auteur.

Du coup le livre manque totalement d'idées pour éviter que les désordres ne se poursuivent et pour en sortir.  On retombe dans les mille et uns conseils moraux qui embuent les médias sans donner prise sur la réalité. Oh oui il faudrait être raisonnable, gentil et tout quand on est banquier.  Oh oui il faudrait éviter d'être démagogue quand on fait carrière politique.  Oh oui !

Les explications "comportementales" finissent toujours par un prêchi-prêcha sur les beautés à venir du comportement des acteurs politiques et économiques.

Donc sur rien.

Non pas que la vertu ne soit pas importante. Mais les exhortations de ce type ont un caractère plus religieux  qu'autre chose. Pourquoi ne pas tuer quelques milliers de moutons, quelques centaines de boeufs  et quelques dizaines de vierges en sacrifice aux Dieux pendant qu'on y est, pour expier le pêché originel  et parer aux conséquences ?

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Jacques Julliard et "la fin du système"

Fleurissent un peu partout les analyses sur "la fin d'un système". Jamais le mot système n'aura connu un tel succès que pour prévoir sa fin.  La difficulté : système est un mot valise qui ne veut rien dire.  Son emploi répété marque une impuissance : impuissance à comprendre ; impuissance à envisager la suite.

Nous avons choisi ici d'analyser l'éditorial de Jacques Juilliard  dans le Marianne du 13 Août 2011 : "C'est le système qui est à bout de souffle". Pourquoi lui et pas un autre parmi la dizaine qui ont commis des articles  du même tonneau ?  Sans doute parce qu'il symbolise une certaine idée de la gauche chrétienne socialisante et européenne mais pas gauchisante qui a accompagné si longtemps l'air du temps médiatique en France.  

Première assertion :  les pays riches ne cessent d'emprunter aux pauvres. 

En vérité les Etats-Unis ont émis de la dette pendant des décennies, dette  qui s'est retrouvée dans tous les pays en excédent de balance des paiements.   Ce fut le cas d'abord de l'Allemagne, puis du Japon, puis aujourd'hui de la Chine.  Si la Chine accumule tant de dettes du trésor américain c'est du fait de sa volonté mercantiliste.  Ce n'est donc pas une affaire Nord contre SUD, riches contre pauvres, mais une question de système monétaire international.

Le dollar doit-il rester la monnaie internationale par excellence avec des privilèges extravagants ?  Les pays mercantilistes doivent-ils continuer à mener leur politique dangereuse ?   Evidemment notre auteur évite d'aborder ces deux questions qui sont les seules pertinentes dans l'affaire.

Seconde assertion : l'autonomisation du système financier a rendu impuissant les états.

Où a-t-on vu que la finance était "autonome".  Les états ont mis en place une organisation monétaire internationale basée sur l'idée que des organes spécialisés, créeraient de la monnaie administrative  dont la valeur externe apparaîtrait par le jeu du marché des devises.  Ils l'ont fait selon un plan doctrinal minimal mais assumé.  Les institutions financières se sont coulées dans ce moule. 

Rappelons qu'aucune banque n'a le pouvoir de créer de la monnaie à elle seule, ex nihilo.  Les changes flottants de monnaies administratives  sont ils une bonne solution ? Nous affirmons que non et que là se trouve la source de la suite de crises de plus en plus graves que nous traversons depuis 1971.Nous sommes convaincus qu'il faut renoncer à ce système là pour sortir de la crise actuelle.

L'ennui c'est que J. Julliard ne dit rien de tel. Le plus probable est qu'il n'a pas la moindre lueur sur ces questions.

Il porte une accusation globale qui n'a pas de sens pratique, là où il faudrait entrer dans les détails.

Troisième assertion : le système capitaliste est devenu incapable de fonctionner.

Une fois encore, est-ce le "capitalisme" ou une forme d'organisation particulière, récente, incertaine techniquement et mise en oeuvre par défaut,  qui a cessé de fonctionner ?

De même que nous avons repris l'ami Sorman qui commettait l'erreur inverse en défendant globalement le capitalisme sans reprérer les points d'organisation  défectueux, nous sommes amenés à faire la critique symétrique à J. Julliard : ce n'est pas "le capitalisme" qui est en cause mais un de ses sous-systèmes : le système monétaire international.

Quatrième assertion : Il n'y a pas d'issue "pour le moment".

Quand on ne comprend rien, on ne sait pas trouver de solution. Une critique détaillée du système monétaire international défaillant conduit à un plan d'action.  Une critique globale indifférenciée est la voie de l'impuissance.   Et Julliard  la voix de l'impuissance grincheuse.

Cinquième assertion : Ne comptons pas sur les économistes  oracles qui défilent à la télévision  pour nous proposer des issues.


Evidemment puisqu'il n'y a pas d'issue !


N'ayant rien compris et n'ayant rien voulu apprendre, comme la totalité des responsables des rédactions en France, qui vivent dans un univers purement idéologico-politique,  notre auteur reprend une antienne bien connue : les économistes "ont autant de crédibilité que les météorologues... La prétention de l'économie à devenir une science prédictive  est pour le moment un échec complet".


Haro sur l'économiste. A gauche de toute façon un économiste est un suppôt du capitalisme qui veut donner des leçons au socialisme. Donc un ennemi de classe.   Tous les économistes qui passent dans les médias, majoritairement à gauche,  sont donc des "économistes mais", des garçons qui savent que leur analyse doit d'abord cadrer avec une option idéologique. Voir M. Maris sur France-Inter pour la forme la plus caricaturale du phénomène.

Ils ne sont recrutés ou  consultés que pour leur optique politique pas pour leurs compétences. Ce qu'on appelle un économiste de droite est de toute façon un truc bizarre qui n'est là que pour dire que la bourse c'est bien et qu'il y a trop d'impôt ! 

Caricature contre caricature. On fait de la chaleur et aucune lumière.  Spectacle éminemment grotesque qui marque la descente aux enfers de l'intelligentsia médiatique.

Nous ne saurions mieux conseiller  J. Julliard qu'en lui demandant d'avoir la patience de lire ce blog. Il verra que la crise était annoncée. Que ces mécanismes étaient prfaitement clairs avant même qu'elle ne commence. Que l'absence de réformes adéquates a été dénoncée avec force et précision. Que l'échec était parfaitement prévu. Qu'il y a des solutions. Qu'il suffit de les mettre en oeuvre, même si chaque mois qui passent rend les choses plus graves et plus compliquées.

Nous enverrons ce texte à J. Julliard et nous verrons probablement ce que nous avons vu depuis 15 ans :  les éditorialistes  ne veulent en aucun cas  en France quitter les abris idéologiques où ils ont fait carrière. "Je ne suis pas là pour la vérité mais pour l'énonciation d'une posture. Dis moi d'où tu parles et je te dirais si je peux t'écouter".

Sixième assertion : "Le libéralisme absolu ce vieux machin poussièreux sorti des armoires de l'économie politique classique" a eu une nouvelle chance. 

Là on est dansl'ignorance économique pure et simple. Si J. Julliard croit que F. Bastiat  et J.B.  Say étaient pour une monnaie administrative  et des changes flottants,  qu'il les lise !   Ce genre de phrase est une insulte à la connaissance élémentaire de la pensée économique.

C'est justement parcequ'on est entré depuis 1971 dans un monde inconnu qu'on ne sait pas maîtriser et qui ne fonctionne en aucun cas comme ses promoteurs l'ont décrit  que nous sommes dans les difficultés actuelles.

Que J. Julliard fiche la paix à Say et Bastiat "et oublie un peu Proudhon, son amour de jeunesse.  Les économistes à problème sont Greenspan, Friedman, Summers, des garçons qui ont cru que les Etats unis pouvaient pratiquer le Benign neglect dans un système d'inondation permanente de dollars et de changes flottants, avec des dérégulations bancaires féroces.

Aujourd'hui A. Greenspan dit : "je me suis trompé. Ce système ne marche pas". Il a raison. Tout le sujet est dans son remplacement par autre chose. C'est de cela qu'il faut parler M. Julliard. Mais là cela demande un peu plus que les facilités de l'idéologie recuite : le risque de la connaissance et des idées nouvelles.


Septième assertion : l'avenir est au socialisme.


Bien sûr, bien sûr ! Sauf que le système des monnaies adminsitratives gérées par des banques centrales indépendantes dans le cadre d'un système de change flottant est le crédo de tous les partis socialistes en Europe !

Ce genre de phrase doit rappeler à l'auteur le bon temps de l'Unef d'il y a cinquante ans ! Attention au retour d'âge !

Huitième assertion  : le progrès de l'humanité s'identifie à l'extension du concient, du volontaire, du concerté.

Là nous sommes d'accord.  

Le conscient pour nous est la bonne compréhension de la réalité.  Ce qui implique de l'observer, d'en voir les mécanismes, d'en détecter les défauts, d'en proposer la réforme.  Mais toute la méthode Julliard est inverse. On ne regarde rien. On ne comprend rien. On ne propose rien.

Le volontaire ne peut s'appuyer que sur le conscient. Sans compréhension , sans connaissance, pas d'action.  La volonté doit avoir un but et des leviers.  Sans le levier de la connaissance, point de salut.  Sans but raisonnable donc raisonné, pas de volonté utile.

La concertation est aussi cruciale. L'organisation du système monétaire international demande une concertation forte des états. Le seul avantage de Bretton Woods était qu'il forçait les Etats à tenir compte des règles qu'ils s'étaient imposées les uns vis à vis des autres.

Demander aux Etats de s'accorder sur le fait minimum de garantir la valeur de leur monnaie et d'éviter les déséquilibres majeurs des balances commerciales et des balances des paiements,  est absolument central dans la sortie de crise.  C'est la faillite du G.20 dans ce domaine qui est la cause de l'aggravation der la crise.  Nous l'avons écrit en temps réel sur ce blog.  Il suffit de lire, dans ce site,  ces textes de 2009.  

G.20 : un pari très dangereux.
L’évidence s’impose : le G.20 n’a pas fait les réformes nécessaires.

Malheureusement pris dans son vague idéologique et sans aucun repère technique auquel se rattacher, J. Julliard va au plus près de ses réflexes de jeunesse : " le triomphe de la volonté s'appelle d'ordinaire une révolution".


La vraie révolution serait que des éditorialistes comme J. Julliard abandonne leur fonction idéologique pour essayer de comprendre, d'expliquer, d'alerter, de proposer.  
Il y a vraiment des "coups de pied au culte" de la révolution qui se perdent.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Sarkozy et Merkel : parler pour ne rien dire.

Le marché interbancaire se bloque encore. Les banques ont peur des banques. Qui a donc des dettes gouvernementales des pays  du "club Med" ? Les déposants commencent à paniquer et à fuir.  

La peur pousse le Franc Suisse si haut que la BNS lance 200 milliards  dans la bataille pour éviter une hausse trop rapide de sa monnaie (1/3 de son PIB !) .  L'or bas ses records (à plus de 1800 $ l'once) . Les cours de bourse des banques s'effondrent. Le reste tient dans la mesure où l'on croit les entreprises capables de résister à la nouvelle récession qui s'annonce.

La nouvelle court les salles de marché : une banque est en perfusion à la BCE ! Pour un demi-milliards d'Euros. Mais laquelle ?

C'est la panique.

Il est vrai qu'Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont parlé.

Pour ne rien dire.

Comme d'habitude.

On a évoqué la taxe Tobin avec gourmandise :  des impôts et vite, que le bon électeur croira ne pas payer. La taxe devait aider à développer le tiers-monde ; puis à sauver le monde menacé par le réchauffement climatique ; maintenant il s'agit de sauver l'Euro.  Des centaines de milliards on vous dit et que personne ne paiera parceque la taxation est infime. Magique.  Et si nouveau ! On se rappelle le papier dans le Monde des ministres Lagarde et Kouchner  sur cette même taxe... en 2009 http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2011/8/20/Sarkozy-et-Merkel---parler-pour-ne-rien-dire

Les marchés ont alors dévissé. Bravo  aux duettistes !  

Le marché attend le nom de la future Lehman-Brothers. Le dimanche sera long. Attention aux lundis blèmes dans le ciel bleu de la canicule !

Lagarde est aux manettes au FMI,  sans aucune connaissances économiques, sinon le fait qu'elle est une femme et qu'elle parle anglais.  Barouin est aux Finances. Sans aucune connaissances économiques, sinon qu'il s'est roulé par terre pour avoir le poste.  Trichet triche tant qu'il peut avec les règles de Maastricht et des traités suivants  pour sauver l'Euro.  Mais commence à trouver que les Etats membres devraient le couvrir un peu car il est désormais tout nu et il sait que cela fait jaser, une tenue si lâchée, pour un père la rigueur.  

Pas un mot sur les vrais sujets. Pas un diagnostic. Pas une perspective.

La France est gouvernée. L'Allemagne est dirigée. L'Europe est à la hauteur. L'Euroland à son joker, Juncker, l'homme des junk bonds européens. La BCE est exaltante.

Mais tout fout le camp.

Les médias convoquent Delors et Soros.

Ce dernier réclame une porte de sortie de l'Euro. Mais la monnaie unique c'est justement qu'il n'y a pas de porte de sortie. C'est la monnaie commune qui laissait une porte de sortie. On repasse à la monnaie commune puis on ouvre les portes de sorties ?  Bien vérifier les positions personnelles des fonds Soros avant de répondre.

Delors  sonne le tocsin : la situation est gravissime. Les cours s'effondrent un peu plus ! Si c'est le plus europhile des Europhiles qui le dit !  Et propose ses Eurobonds "60% du PIB" !  L'idée n'est pas de lui mais d'un Think Tank financé par l'Europe pour lui donner des idées fédérales médiatisées par des "experts".

Il est clair que la mutualisation des dettes actuelles dans un fonds européen d'amortissement est la seule solution d'une efficacité immédiate.  On savait dès Maastricht dans les milieux fédralistes européens que la défense de l'Euro serait le prochain front qui permettrait de forcer le passage vers un fédéralisme refusé par les peuples.

Nous y voilà. Mutualiser les dettes c'est créer de facto un gouvernement économique européen fédéral avec  la perte de la souveraineté budgétaire, la perte de toute   latitude nationale dans pratiquement tous les domaines.   L'Euro était le char d'assaut caché de l'Europe fédérale.  La Constitution devait être le véhicule public...  

Delors accepte donc le déguisement des eurobonds à 60%, limite de Maastricht pour faire semblant d'être sérieux. Mais son propos n'est pas la crise mais la création d'une structure de facto fédérale en Europe.

Notons que les deux solutions, Delors et Soros,  sont totalement incompatibles. Pas besoin d'Eurobond si la monnaie cesse d'être unique pour devenir commune avec porte de sortie pour les vilains.  Pas besoin de porte de sortie si on dispose d'Euro bonds.

Merkel et Sarkozy ne peuvent suivre ni Soros ni Delors.

Impuissants au G.20 ils le sont tout autant au sein de l'Euroland.

Alors on fait semblant.

Alors on parle pour ne rien dire.  

La posture a remplacé la pensée. Les investisseurs voient l'imposture et regrettent l'absence de pensée et de perspectives.  

Cela fait jamais que quatre ans que cela dure.

Alors la peur devient panique.

Nous avions écrit  que 2011 serait l'année de la peur.  La peur est là avec son cortèges de catastrophes auto réalisées.  

Et il n'y a toujours personne au volant sinon des arrières pensées : profitons pour faire une plus value pense Soros. Profitons pôur faire l'Europe fédérale pense Delors.  Profitons pour durer encore un peu pense Merkel. Profitons pour se faire une statue de capitaine courage pour les prochaines élections, pensent Sarkozy.  Espérons partir de la BCE avant que tout le système explose pense Trichet.  Profitons de l'occase pour faire avancer l'impôt sur les transactions financières  pensent les fonctionnaires, qui supposent que cela retardera d'autant le moment où la faillite générale fera tailler dans leurs émoluments et effectifs.

Quand il n'y a pas de dessein mais seulement des petits calculs,  alors que la peur est partout , on multiplie les risques d'un vrai drame durable.

Pendant ce temps là les Chinois chinoisent et Obama fait la découverte des abysses sondagières.

Quelle incroyable nullité générale !  

Quatre ans déjà de nullité générale.  Absolument générale.  Avec les résultats qui correspondent  et qui ont malheureusement été annoncés avec constance ici depuis quatre ans.

Alors qu'il suffirait de si peu de chose pour renverser la tendance : un accord général sur le diagnostic ; la volonté sans faille et collective d'agir en fonction de ce diagnostic.

Mais quelques imbéciles croient encore que la crise est "la faute des subprimes"  et des banksters,  ou de la Grèce malhonnête.     Et aucun politique n'a accepté le vrai diagnostic dont la presse d'ailleurs refuse de parler obstinément ("Vous avez peut être raison  mais c'est compliqué et cela n'interesse pas les Français !  D'ailleurs, qui vous êtes vous, vous  ? ") .

L'histoire sera dure avec  la stupidité de l'époque.

Elle sera dure avec  Sarkozy et Merkel.  Ils ont tout de même mieux à faire que ce qu'ils font et surtout que ce qu'ils ne font pas.



Jouer au nouveau RUBIK's Game ?

L'Allemagne et la Suisse ont mis en place le dispositif RUBIK qui stipule que la Suisse garde son secret bancaire mais que le revenu des placements faits par des résidents allemands en Suisse de façon anonyme seront taxés assez fortement. Cette convention va être bientôt acceptée par le Royaume Uni. Le France refuse absolument d'aller dans ce sens.

A-t-elle raison ?

Aucun débat n'ayant lieu sur ce sujet dans la presse française, saisissons-nous de ce sujet intéressant.

Les avoirs évadés des résidents Français en Suisse sont estimés à 90-100 milliards d'Euros. Si on ajoute les avoirs dans les autres paradis fiscaux on aboutit une fourchette plus large située elle entre 150 et 200 milliards.  A ces capitaux devraient s'ajouter pour être parfaitement clairs ceux des exilés fiscaux légaux qui représentent entre 3 et  5 fois cette somme selon les estimations très approximatives qu'on en a.

Il va de soi que si la France voyait revenir 75 milliards de capitaux cachés et 75 milliards de capitaux exilés, ses difficultés conjoncturelles pourraient être grandement réduites.

Pour la Suisse, victime d'entrées de capitaux excessives ce ne serait guère un problème sinon pour les banques où les sommes sont déposées. Des restructurations importantes en résulteront. Elles ont largement lieu dès maintenant. 

L'avenir de la Suisse de toute façon ne passe pas par le secret bancaire vis-à-vis de ses voisins européens. On sait que nous même au Cercle des économistes e-toile, nous militons pour l'entrée de la Suisse dans l'Union Européenne. Cela implique à plus ou moins long terme la fin du secret bancaire dans sa forme actuelle.

La vraie difficulté se trouve donc en France qui ne rêve que d'impôts, que de justicialisme fiscal, que de sur-taxation des riches. On sait que Nicolas Sarkozy a eu peur de supprimer l'ISF, qu'il a pris vis-à-vis des capitaux exilés une position franchement hostile, allant jusqu'au projet immonde d'EXIT TAX et qu'il refuse absolument RUBIK.

Tous les candidats aux élections présidentielles renchérissent sur la nécessité de taxer les riches et tentent de faire croire qu'on pourra faire payer la crise à cette seule partie de la population. L'affaire Bettencourt leur a donné des munitions dans ce combat en même temps que l'extravagance de certains comportements comme celui du dénommé Ernekinne Sellières, héritier du Comité des forges,  symbole des 200 familles,  pillant allègrement son cousinage pour s'accaparer des sommes ahurissantes.

Le nouvel épisode de récession qui s'annonce, avec son cortège d'aggravations mécaniques  des dépenses publiques, dans un contexte  électoral présidentiel, laisse peu de chances à un débat serein en France sur ces questions.

La France dépasse dès aujourd'hui la Suède et les pays nordiques pour le taux de dépense publique par rapport au PIB. Le prêchi prêcha socialiste, universel dans les médias,  y est tellement prégnant qu'il envahit même le discours des partis dits de droite.

Autant dire qu'il n'y a aucune chance pour qu'un langage un peu sérieux ait une chance d'être entendu sur ces sujets.

Quel serait l'intérêt de la France ?

Elle ne peut compter que sur la croissance pour rembourser ses dettes. La croissance ne peut être que le fait des entreprises. Le capitalisme français est déjà un capitalisme sans capitaux et hyper vulnérable. Du fait des contraintes fiscales et réglementaires il n'a pas pu développer un "Mittelstand" comme l'Allemagne. Un énorme trou isole les entreprises du CAC 40 des myriades de sociétés de moins de 50 personnes, en fait de moins de 5 personnes. C'est aussi un capitalisme sans salariés, le nombre de salariés rapportés à celui de la population totale étant le plus faible de tout le monde développé. On sait qu'avec 66 millions de résidents la France devrait avoir entre 25 et 30 millions de salariés. On est quelque part entre 15 et 17 !

Le résultat est désastreux : nous régressons partout. Nous perdons des parts de marché en France en Europe et dans le monde. Les jeunes élites ne pensent qu'à faire des carrière là où on peut gagner sa vie. Le chômage des jeunes, des femmes, des immigrés, des travailleurs âgés, est beaucoup plus haut que partout ailleurs. Le patrimoine français passe entre des mains étrangères. Notre commerce extérieur devient exsangue. Les entreprises françaises disparaissent de secteurs entiers de l'économie. Elles sont absentes des nouveaux marchés qui se créent. Plus personne ne voit comment nous allons nous en sortir à terme, alors que nous n'avons pas cessé de vivre aux crochets des marchés financiers mondiaux depuis 40 ans. Victimes d'une administration centrale et locale hypertrophiée qui écrase la société et les entreprises de normes exclusives et intenables, en même temps que d'impositions extravagantes (augmenter de 100% des impôts ne gênent personne, comme on l'a vu à Paris avec M. Delanoé), envapés par le discours des médias totalement engagés   dans un socialisme résiduel aigri et sectaire, les Français sont en train de se suicider d'une façon aussi radicale que politiquement correcte.

Les centaines de milliards partis légalement ou non à l'étranger ne sont que le reflet en creux de cette situation folle.

La vindicte verbale et fiscale  de Nicolas Sarkozy vis-à-vis des détenteurs de ces capitaux n'est que la traduction ou le reflet, comme on voudra, de sa volonté de renoncer à toute rupture dans la gestion économique de la France. De ce point de vue il n'aura guère fait plus que J. Chirac qui avait déjà  poussé "l'énarchie compassionnelle" aux frais du contribuable  jusqu'aux limites du supportable.

Une nouvelle attitude vis-à-vis des centaines de milliards détenus à l'étranger par des Français impliquerait une véritable révolution dans la manière de concevoir l'avenir de la France.  Une France de plein emploi, de salariés et d'entrepreneurs ne peut pas naître sans une énorme rupture dont il n'y a aucunes prémisses. 

Donc les capitaux en reviendront pas.

Imaginons une situation totalement improbable où les Français auraient renoncé à s'auto-détruire, où on ne compterait pas seulement sur les entreprises du  Cac 40 pour faire illusion, où les PME pourraient grossir, où l'espoir d'une vie meilleure pour le plus grand nombre ne passerait pas par l'attente d'une planque dans la fonction publique locale, régionale ou nationale, où les politiques ne remâcheraient pas constamment un discours basé sur le cadeau au peuple et la dénonciation des nouveaux Koulaks que sont les "riches", où l'avenir politique ne serait pas encombré par la possibilité de l'arrivée aux manettes d'un Chavez franchouillard.  Il n'y aurait plus d'ISF. Les charges sociales ne porteraient plus majoritairement sur l'entreprise. La fonction publique locale et nationale serait réduite de près d'un tiers. Les prélèvements ne dépasseraient pas 35 à 38% du PIB.  

Faudrait-il alors accepter Rubik ?

A notre avis : NON !

Il vaudrait bien mieux annoncer une amnistie fiscale totale avec des contraintes partielles de réemploi de l'argent rapatrié dans des fonds spécialisés.

Imaginons que l'on dise aux détenteurs de capitaux expatriés : vous pouvez revenir sans aucune fiscalité ni pénalité si vous mettez vos avoirs soit dans un fonds de recapitalisation des banques françaises, soit dans des fonds de financement de la relance par des grands projets industriels, soit dans des fonds de financement de la croissance de PME françaises  de taille moyenne ; En revanche vous devrez payer 10% sur les fonds dont vous voulez la pleine disposition, sachant que de toutes façon au moins 50% des fonds rapatriés devront aller dans les fonds obligatoires et y rester bloquer pendant 5 ans.

Rêvons un peu et imaginons que 150 milliards reviennent :

20 milliards d'euros iraient à la recapitalisation des banques et à une caisse d'amortissement des dettes européennes.

35 Milliards d'euros iraient au financement d'un plan d'investissement national et/ou européen.

20 Milliards iraient à la consolidation des nouvelles PME françaises dispensées de tous les effets de seuils qui les paralysent.

7.5 milliards de recettes fiscales seraient engrangées.

67.5 milliards se placeraient librement ou iraient à la consommation.

Quel coup de fouet pour l'économie et l'emploi ! 

Et quelles recettes fiscales pour le futur !

Le Français, né malin, préférera sa passion mauvaise pour l'impôt et la haine des autres. Il renoncera même aux recettes faciles et immédiates permises par Rubik.

Et la France continuera de sortir doucement de l'histoire pour devenir au mieux une super Grèce, vendant le charme de son histoire et de ses paysages, dans la dépendance servile vis-à-vis du reste du monde, en se rappelant ce qu'elle fut.  Naguère.

Suicide programmée d'une nation autrefois bénie des Dieux. 

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes e-toile

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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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