Deux mots à la revue Commentaire

La revue Commentaire est fort intéressante. Elle a son influence. Elle mérite d'être soutenue. Mais elle souffre d'un léger complexe : celui de l'officialité. On donne la parole a des auteurs "reconnus" et on ne prend aucun risque intellectuel. Le sérieux veut cela. Comme toujours, la méthode a des limites. Celle de produire des articles sinon insignifiants du moins largement à côté de la plaque chaude.

Prenons celui de M. Robert Barro. Ses "credentials" sont impeccables. Il est professeur à Harvard donc ipso facto "parmi les plus réputés du monde", même si personne n'en a jamais entendu parler.  Il est spécialiste de la croissance et des crises.  Là cela devient intéressant : il a du prévenir le monde qu'une crise mondiale allait survenir très tôt avant 2007 ou au moins début 2008.  Il a du en comprendre les mécanismes.

Naturellement il n'en est rien. M. Barro est un de ces professeurs rétrospectifs qui ne voient jamais rien venir mais qui commentent parfaitement quatre à cinq ans après les évènements qui l'ont surpris et que sa spécialité lui commandait de prévoir.

Donne-t-il  pour autant un diagnostic exact ? Même pas. Il en est resté à l'explication par les subprimes.  La crise de 2008 est un peu plus grave que la crise de 1992 parce qu'il y a eu la bulle des subprimes et des produits financiers complexes.  Cinq ans après,  quelle grande nouvelle !

Nous avions donné cette explication le lendemain même de la chute de Lehman-Brothers sur ce blog. Mais en précisant bien qu'il ne s'agissait que de l'allumette qui avait mis le feu.  Le combustible s'était accumulé en quantité désastreuse bien avant.  Et nous avions essayé de comprendre pourquoi et comment. En 2008, pas en 2012.

Toute cette explication des causes profondes est absente. Nous développions  à l'époque cette image : un énorme nuage orageux s'st accumulé au dessus de Paris. Il a explosé d'abord sur la tour Eiffel. Est-ce une crise de la Tour Eiffel ?  Non. L'important c'est le nuage. En l'occurrence le nuage de dettes qui s'était accumulé depuis 1971 par étape, l'endettement global passant de moins de 200% du PIB à près de 400 dans la majorité des grands pays industriels.

Parler de l'éclair qui a frappé la tour Eiffel, c'est-à-dire des subprimes et leur diffusion dans des véhicules financiers controuvés, n'est pas à proprement parler faux. C'est grossièrement insuffisant.  Et comme les banques en ont tiré les leçons, on n'a guère de suggestions à faire pour sortir de la crise.

En revanche, un professeur à Harvard  peut critiquer tout ce qui a été fait pour juguler la crise. Plans de relance et augmentation d'impôts ne permettent pas de sortir de la crise,  dit notre économiste. Il aurait mieux valu laisser Général Motors faire faillite. Les incitations marchent mais elles ont des effets pervers.  L'extension de la couverture chômage selon l'auteur se retourne contre les chômeurs qui restent beaucoup plus longtemps au chômage.  Bush est présenté comme un Obama, à l'opposé de Clinton et Reagan. Ce qui surprendra les lecteurs français. Ils ont l'un et l'autre multiplié les effectifs des administrations et lancé des plans grotesques. L'auteur cite notamment le plan Ethanol et la prime à la casse des voitures.  Le qualificatif employé pour ces actions est sévère, dans le propos lissé et conventionnel d'un professeur de Harvard : "débile".

En gros toutes les mesures de relance et  de protection sociale  se sont retournées contre leurs auteurs et leurs bénéficiaires.  

Dans cette ligne d'esprit il déclare que toutes les politiques de Quantitative Easing n'ont pas eu beaucoup d'impact. Le Trésor aurait pu intervenir sans que la FED ne le fasse.  De toute façon "les marchés financiers en savent plus que moi" et naturellement plus que les gouverneurs de la FED et le gouvernement.

L'auteur parle alors de la "crise des gouvernements".  La crise de l'Euro est vue comme une crise d'irresponsabilité budgétaire.  L'indiscipline est la source de la crise. Et il faut surtout éviter toute politique d'unification budgétaire car elle n'aura pour effet que d'attiser l'indiscipline.

Aux Etats-Unis la solution c'est de tailler dans Medicaid et Medicare. Et supprimer l'impôt sur les bénéfices des entreprises et l'impôt sur les successions. Mais il faut y instaurer une TVA.

L'auteur conclut que finalement il est pessimiste compte tenu que trop de politiques à effets pervers ont été menées mais que les marchés sont néanmoins optimistes. Wait and see.

Que tirer de cet article ? Pas grand-chose sur  le fond de la crise. A partir du moment où l'on considère que les marchés libres sont la seule solution et que la crise est due à un disfonctionnement bancaire limité et déjà corrigé, on ne peut conclure que dans une seule direction :  si la crise continue c'est la faute des Etats qui font l'inverse de ce qu'ils devraient.  N'aurait-on rien fait, nous serions déjà revenu dans le bonheur économique.

On est dans l'affirmation idéologique, pas dans l'économie d'observation.

Dressons un tableau de ce qui nous sépare de l'interprétation de Robert Barro :

Nous : la cause de la crise est le système monétaire international, ayant créé une double pyramide d'endettement, des déséquilibres massifs et explosifs, une complexité croissante  et une économie internationale casino.  Corolaire : les subprimes sont une allumette. Elle a mis le feu à une montagne de dettes qui ne pouvaient plus être remboursées. Solution primaire : changer le système monétaire international ; revenir à des garanties d'état sur la valeur des monnaies. Pronostic : mauvais car les causes n'étant pas comprises on ne prend pas les bonnes mesures.

Barro : crise d'exubérance des marchés notamment des subprimes qui s'est auto corrigée. Corolaire : pas d'intervention des Etats. Solution primaire : empêcher les banques centrales et les Etats de gâcher tout en créant de la monnaie de façon folle, en augmentant les impôts de façon folle, en solidarisant trop les budgets et les dettes. Laissons les mauvais faire faillite. Pronostic : mauvais car les Etats en font trop par les impôts et par les banques centrales.

Derrière ces différences fondamentales, nous nous rejoignons sur certains points :

- Les relances keynésiennes ne peuvent pas fonctionner en change flottant. Nous le savons depuis celle de Chirac en 74. Elles entraînent en fait des effets pervers qu'il faut immédiatement corriger à coup d'impôts et de plans de rigueur qui retardent la sortie de crise. On l'a vu en France dès 76, leçon répétée avec le Plan Juppé de 95 puis avec la folie fiscale en cours de Hollande.  Les crises se résorbent en partie toute seule et dans certains cas il est nécessaire de ne rien faire. Nous l'avions expliqué sur ce site au moment où de nombreuses voix s'élevaient pour relancer à tout va par le déficit public. On voit où on est.

- Il faut un amortisseur social en cas de crise mais il doit fonctionner ainsi : moins de ressources élevées mais pour un plus grand nombre de personnes.  L'histoire sociale récente en France a fait que le système d'indemnisation du chômage est extrêmement généreux, avec des rentes très élevées dans certains cas et fort longues. Le RSA qui a surtout servi à donner plus aux chômeurs de longue durée était totalement inopportun en pleine crise.  Il faut des allocations mais non pas basées sur l'idée qu'il faut prolonger les rémunérations habituelles pendant pratiquement deux ans, mais sur une idée forte de solidarité : on fait face à l'urgence en payant le nécessaire à ceux qui en ont besoin pendant leur période de chômage. Payer des allocations à vie et à tous ceux qui les demandent est ridicule. De même que payer des indemnités de 6.000 euros à des cadres qui de plus ont négociés leur départ avec leur employeurs et possèdent des biens par ailleurs est un véritable scandale.  L'indemnité chômage doit être un dispositif de sécurité pour les plus pauvres frappés momentanément par le chômage.  

- la solution de sortie de la crise de l'Euro par la mutualisation totale des ressources  avec une gestion centralisée et fédérale de transferts gigantesques est une folie.  

- On ne peut pas sortir d'une crise profonde en volant les "possédants". L'hyper fiscalité est un leurre. Sarkozy a commencé à aller en ce sens et Hollande a fait exploser le déconomètre. Ils n'ont fait que bloquer la reprise d'abord, l'interdire ensuite.

 - La discipline en matière de dépense des Etats est indispensable. La mise en place de programmes administratifs énormes et incontrôlables, ou la gestion par des normes intenables, sont également à proscrire.  Le plan Ethanol aux Etats Unis était stupide. Mais le plan européen pour les énergies renouvelable l'est tout autant. La meilleure preuve c'est que nous sommes obligés de revenir sur toutes les mesures prises (éoliennes, panneaux solaires, carburants agricoles  etc.).     

En revanche nous divergeons de façon forte et formelle sur d'autres points :

- Il était inévitable que les banques centrales tentent de juguler le "credit crunch" associé à l'évaporation d'une partie bien supérieure à la normale des créances bancaires. Sinon tout le système bancaire aurait explosé partout et les agents économiques auraient perdu instantanément toute leur épargne !  Ce mécanisme avait été à la base du drame de 1929.

- la crise de la zone Euro ne peut pas  être jugulée sans créer une instance de gestion de la zone euro (gestion de la monnaie, des changes, de la coordination budgétaire et sociale). Si on ne le fait pas, la zone explosera.  Profitons en pour dire que la solution de Noyer, Gouverneur de la Banque de France QUI CONSISTE SEULEMENT A RENFORCER DES NORMES, est injouable. Il ne reste plus qu'à subir des déflations provoquées qui sont terribles pour tout le monde.

Au total l'article choisi par la revue Commentaire est de peu d'intérêt car il ne va pas au fond des choses. L'a priori qui consiste toujours à chercher la vérité aux Etats-Unis est ridicule. Les économistes de Harvard ne sont en rien des lumières qui éclairent le monde.  Je suggère un peu de nationalisme sur ce sujet. La France a des choses à dire au monde et n'a pas constamment à se rouler aux pieds des Etats Unis.  Bien sûr ce qui a séduit c'est l'orientation libérale de l'auteur qui tranche avec le dirigisme inouï que l'on subit en France et les mille voix qui le supportent pur avoir leur place au soleil médiatique. 

Nous ne pouvons nous empêcher de penser qu'il  y a des questions plus graves à soulever et des solutions plus positives à faire valoir que celles évoquées dans l'article de ce Monsieur Barro. La crise doit être mieux comprise pour que des politiques meilleures soient conduites.  C'est à cela que la revue Commentaire devrait s'attaquer.

Conseil d'ami bien sûr.

PS : le texte mis au concours du jeu "de qui est-ce" page 1026 est de Furet.

 

Didier Dufau, pour le Cercle des économistes E-toile.  

Laurent Mauduit et les "économistes imposteurs"

Dans son dernier ouvrage Laurent Mauduit, journaliste de gauche et longtemps au Monde, analyse l'activité de certains des "experts" de l'économie que le monde de la presse écrite, radiophonique et télévisée invite prioritairement depuis des années. Ils ont tous en commun de n'avoir pas vu venir la crise et même pour plusieurs d'entre eux de l'avoir niée, quitte à se rattraper ultérieurement par des prévisions apocalyptiques.

La thèse du livre est assez simple : si ces faux gourous se sont trompés c'est d'abord parce qu'il s'agit d'affairistes, parfois même condamnés en justice pour divers délits, qui vivent le nez dans leurs intrigues de cour, un pied dans la charité, un autre dans l'expertise, la main droite dans l'argent et la main gauche dans la politique.

Ces expert sont d'abord et avant tout des stipendiés du "système" , et notamment des banques, et à ce titre ils ont d'abord une fonction de défense et illustration du système qui les nourrit et même, pour certains, qui les gavent.

L'auteur n'a pas besoin de forcer son talent pour développer sa démonstration avec Alain Minc et Jacques Attali.  Il n'a pas de mal à prouver qu'ils se sont constamment trompés et que leur affairisme a été le moteur essentiel de leurs commentaires. De toutes façon ce ne sont pas des économistes, au mieux des essayistes, plus surement des affairistes.  Ils représentent, pour Mauduit,  la fameuse "pensée unique", née de Thatcher et Reagan. Leur coloration de gauche est d'une pigmentation faible et dans la réalité ce sont, pour l'auteur les pires "néo-libéraux" qu'on puisse trouver, néo libéral étant vu non pas comme le représentant d'un courant de pensée estimable mais comme une injure.  

De Boissieu et Lorenzi, eux, sont  des économistes  professionnels. Mais ils sont devenus des économistes officiels, prêts, pour les honneurs et pour l'argent, à servir tous les maîtres qu'on voudra . Pour l'auteur Lorenzi est doublement coupable : non seulement il a sombré dans le néolibéralisme mais il fait semblant d'être de gauche avec une redoutable duplicité, travaillant au grand jour pour Hollande et en secret pour Sarkozy (ce qui a pour notre auteur tout d'une horreur apocalyptique qui exigerait qu'on se pince le nez).  Laurent Mauduit prend un malin plaisir à faire l'inventaire des "ménages" que ces deux compères multiplient  avec les grasses rémunérations qui vont avec, et en parallèle, des bêtises qu'ils ont pu dire inlassablement.  La cupidité aveugle. L'aveuglement est la marque d'une imposture scientifique. Ces deux là sont pour Mauduit des nuls qui ont profité de leur position officielle non pas pour éclairer les gouvernements et l'opinion  mais pour cautionner l'inadmissible.

Le jeu de massacre continue avec une grande partie des économistes autoproclamés ou universitaires qui accableraient les médias de leurs absences  de compétences réelles symbolisées d'abord par leur incompréhension totale des événements qui vont conduire à la crise actuelle et ensuite par leur dépendance du système financier et leurs courbettes au néolibéralisme ambiant.

Laurent Mauduit avertit que les lois Pécresse conduisent à un financement de plus en plus intime de la recherche économique par la finance qui de ce fait perdra définitivement toute pertinence, toute indépendance et même toute honnêteté scientifique.

Que tirer d'un tel livre ?

D'abord un sentiment de malaise, car fouiller ainsi l'activité des gens avec un souci accusatoire constant donne une impression de voyeurisme malsain. 

Que les Minc et les Attali gagnent beaucoup d'argent, qu'elle importance ?  Ce sont des Bellemare de l'économie, qui cumulent le "vue à la télé" et un entregent médiatico-politique dont l'aloi est certes  peu reluisant mais qui n'ont que l'importance que l'on veut bien leur accorder. Pour notre part nous ne leur avons en avons jamais accorder beaucoup.

De même c'est  faire un procès bien pauvre à un de Boissieu que d'avoir fait des "ménages"  répétés  auprès des gestionnaires de fortune. Pour avoir assisté à certaines de ses interventions, il n'y a pas de quoi crier au charron. Les boursicoteurs adorent croire ou faire croire que leur action se situe dans le cadre d'une connaissance économique sérieuse. Alors on paie des paravents choisis sur titres officiels ronflants pour dire des niaiseries. Et ils les disent très bien.  En général ils se contentent de commenter les dernières nouvelles  qui s'étalent dans la presse en faisant semblant d'être dans le secret des Dieux, mais "Chut je n'ai rien le droit de vous dire", mais pensez bien que j'éclaire de mes lumières les gestionnaires de votre argent.

Ce genre de comédie n'a strictement aucune importance. La qualité du cocktail est autrement  critique pour la satisfaction des invités. Depuis Hollande on remplace  ce genre d'économistes par des fiscalistes.  Nécessité fait loi.

Plus grave est le constat que la presse et les gouvernements font appel à ces conseillers là, dont l'incompétence économique est flagrante, au moins si onla juge sur la manière navrante dont ils ont analysé la situation économique depuis une quinzaine d'années (et parfois plus).

Ils n'ont effectivement rien vu venir. Ils se sont trompés lourdement et constamment. Ils sont aujourd'hui encore des sources largement stériles.  Nous avons sur ce blog pris à partie certains de leurs écrits au jour le jour pour démontrer à quel point il s'agissait de postures et non d'analyses économiques sérieuses. Les attitudes sont importantes en économie et l'aveuglement quand il est aussi général et aussi diffusé est un fait économique majeur.

Notre différence avec Laurent Mauduit est qu'il considère que leur erreur provient de leur inféodation plus ou moins larvée à un système qualifié de "néolibéral", dicté par leur affairisme et leur cupidité  et que la vérité ne peut venir que de prises de conscience socialistes.  Nous n'avons pas d'a priori idéologique de ce type. Nous pensons même que beaucoup de dispositifs mis en place par les socialistes ont eu des effets néfastes et sont condamnables. Les différents économistes pétitionnaires" de gauche", Gracques, atterrés , comités et collectifs divers, sont dans un jeu de rôle politique. Pas dans l'analyse économique utile.   

Si ces économistes étaient riches, beaux, pleins d'entregent, baignés par la réussite et même socialistes,  et qu'ils observaient bien la réalité économique et en faisaient une analyse juste, nous serions très contents même s'il est probable que Laurent Mauduit se pincerait le nez.

Le vrai problème est qu'ils se trompent plus qu'ils ne nous trompent. Les journalistes, et c'était le cas de Mauduit comme de tous les autres journalistes, font appel à ceux des intervenants qui présentent des "références" de sérieux : publications, références universitaires, postes officiels etc.  Si globalement la discipline économique est malade, l'expression médiatique des économistes est douteuse, même sans théorie du complot "néolibéral".

Lorsque Maurice Allais a fait une critique extrêmement juste du système,  le Monde de Mauduit a refusé de l'entendre même si les colonnes du journal lui ont été ouvertes.  L'article du Monde qui ironisait sur les conclusions de notre seul "prix Nobel",  est dans toutes les mémoires. Maurice Allais disait : "ce qui doit arriver arrive". Le Monde se moquait: "Nous voilà prévenu". Il est vrai que Jospin était au gouvernement et qu'il était inimaginable qu'on critiqua sa gestion dans les colonnes du Monde.

Une des difficultés françaises est  dans  l'énormité de la contradiction entre une classe politico médiatique où le socialisme dogmatique est incroyablement pesant (nous sommes quasiment le dernier pays où les intellectuels socialistes ont un tel poids et où les vaches sacrés du socialisme le pire sont encore choyées) dans les partis de gauche et de droite de gouvernement,  et une pratique européenne et mondiale de l'économie fondée sur le n'importe quoi général, l'absence de vraie coopération et les relations de force.

Il n'y a plus guère de sciences économiques dans un monde où les puissances ont décidé d'une foire d'empoigne générale, sans Dieu ni Maître et encore moins de rationalité économique.

Les économistes officiels ne peuvent avoir de postes et d'honneurs  que s'ils acceptent cette situation d'irrationalité. Ils deviennent au mieux des commentateurs d'une pièce dont le théâtre, l'auteur et les acteurs leur échappent. Ils prospèrent presqu'automatiquement comme la moisissure sur la confiture.

S'il fallait qu'ils observent et qu'ils analysent, ils mettraient aussitôt des bâtons dans les roues de ceux à qui ils doivent plaire.  Insurmontable !

Il faut un courage fou aujourd'hui pour remettre en cause les changes flottants et le système monétaire international, en plus de quelques connaissances techniques.  On a vu ce qu'il est advenu de Maurice Allais.  Il faudrait un talent phénoménal pour vaincre le conformisme intéressé d'une presse qui est entièrement entre les mains des banquiers et d'une classe administrativo-financière oligarchique.

De ce point de vue, Laurent Mauduit voit juste : comme nous le disons depuis des lustres l'information économique est entre dix mains,  pas plus,  en France. Et ces mains ne sont pas libres. Il montre très bien comment sont sélectionnées les nouvelles têtes qui montent dans les médias.  On ne passe pas dans les médias parce qu'on a raison ou des raisons mais parce que les réseaux le permettent ou non.  La connivence est en effet de règle.  C'est l'inconvénient d'un pays devenu petit et sans importance mondiale stratégique.  Les grands débats ont lieu aux Etats-Unis. Et encore, dans la mesure où on ne remet pas en cause le rôle du dollar roi.

La solution de Mauduit,  soutenir d'abord les thèses socialistes, n'en est pas une. Le vrai débat n'est pas entre socialisme et un néo-libéralisme plus ou moins fantasmé. Nous l'avions dit à Sorman. Nous le répétons à Mauduit, sur l'autre rive. L'important est de discerner la nature des réalités du monde et leur dynamique pour évaluer les institutions et les législations.

La crise mondiale actuelle est entièrement compréhensible  par une analyse économique non idéologique même si elle incorpore l'analyse de certains phénomènes indus de domination.  La grande question est de comprendre pourquoi cette analyse n'est pas faite par les institutions économiques qui devraient  être en pointe sur ces sujets : le FMI, l'INSEE, les instances économiques créées par le gouvernement.

L'explication par la cupidité et la connivence financière n'est pas entièrement fausse mais elle est un peu courte.  Celle par l'ignorance et la prévalence d'ambitions prudentes  l'est moins. La crise actuelle est intellectuelle et géo-politique.

Que l'on garde toujours à l'esprit les trois causes principales de nos malheurs :

1 - Le système de monnaies administratives flottantes, sous la domination du dollar roi est la source principale de la crise, causée par une montée mondiale de l'endettement global à des niveaux insoutenables.  Les faits sont impossibles à nier. La séquence explicative est totale et parfaite.  Si elle n'est pas faite en France c'est simplement parce que les gouvernements se sentent impuissants devant cette réalité et ne veulent pas que cette impuissance se voient. Et ils ne souhaitent pas avoir affaire à des économistes qui les mettent constamment devant leur propre impuissance.  Alors ils s'entourent de zombies qui feront de la chaleur mais peu de lumière. On peut appeler cela des économistes ou des clowns comme on voudra. Mais le cœur du réacteur, ici, est l'impuissance.

2 - La zone Euro est une erreur de construction majeure. Mais aucun politique ne veut  prendre la tête d'une croisade pour créer les conditions d'une zone monétaire unique orientée vers le plein emploi compte tenu de l'ampleur gigantesque des modifications à mettre en place.  Le poids de la France est devenu si faible que de toute façon les chances d'une telle politique serait faible. Ce qui n'empêche pas de l'exposer et de la défendre.

3. La France s'est perdue dans un système oligarchique ridicule dominé par une idéologie de la dépense publique et de l'hyper fiscalisation totalement aberrante. Elle a perdu en quarante ans de singerie énarchique compassionnelle, sa version propre du socialisme étatiste, plus de 7 millions d'emplois salariés et se retrouvent à brader ses trésors à l'étranger et à ruiner ses élites parce qu'il faut financer coûte que coûte un secteur public démesuré et unique au monde dans sa démesure, et une dépense publique qui dépasse la production de son secteur marchand !  Sur ce thème, Laurent Mauduit est naturellement  totalement muet !

Le seul conseil que l'on puisse  donner aux journalistes et aux organes de presse  qui ne sont pas totalement inféodés à des groupuscules et à des petites mafias affairistes conniventes, c'est de donner la parole à ceux des observateurs qui attaquent bille en tête ces trois aspects de la réalité économique.

Il faut admettre qu'ils vont avoir du mal à en trouver d'officiels. F. Hollande a remodelé son CAE en s'appuyant moins sur les petits maître controversés que dénonce Mauduit  et plus sur les universitaires.  Malheureusement aucune des personnes choisies n'a prévu la crise et n'a poursuivi d'études dans aucun des domaines cités. La nullité universitaire française en matière d'économie vient de trop loin et est bien trop ancrée pour qu'il puisse en être autrement.

La seule solution intéressante aurait été pour le Président, de revenir aux pratiques des siècles précédents : organiser des compétitions et donner des prix aux meilleures réponses aux questions fondamentales du moment.  

Cela vaudrait effectivement mieux que de donner le prix du meilleur économiste à…Michel Pébereau.  Sur ce point M. Mauduit a parfaitement raison.

Au total un livre à lire mais  avec des pincettes  pour avoir un petit aperçu du dessous des cartes, quand il n'a pas été trop fardé par l'auteur. Tout en gardant à l'esprit que la pure dénonciation peut permettre de se faire un peu d'argent mais qu'elle n'éclaire pas beaucoup.  Mieux vaut dire ce qui est faux ou contestable dans les écrits des uns et des autres, tout en proposant des solutions, que de faire des procès en intéressement sordide.  On lira la réponse de certains intéressés  à l'adresse :  http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20120401.OBS5185/les-economistes-sont-ils-des-imposteurs.html.

L'observation de JH  Lorenzi n'est pas totalement fausse quand il dit ne voir dans le livre de Mauduit qu' : "Attaques et amalgames haineux, produits de la répulsion quasi physique de ce journaliste pour tout économiste modéré".

Il faut bien admettre que les attaques ad hominem dont Mauduit se fait le continuateur proviennent à l'origine d'Attac, un repaire  de spécialistes du genre,  éduqués dans la grande tradition du stalinisme le plus pur.

Comme disait Willy Münzenberg, le grand génie et précurseur de la propagande politique moderne, le plus facile pour gagner dans un débat c'est de décrédibiliser l'adversaire. Même pas besoin d'idées.

On peut préférer les idées.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Les craques des "Gracques"

Les craques des Gracques

 

Une grande tradition de l'Administration française veut que, dans les plus ou moins  hauts rangs de sa hiérarchie, des demi-penseurs engagés à gauche mais qui sont tenus à l'obligation de réserve, s'expriment derrière des masques pour dire le vrai, le grand, le beau, le bien. 

Ces hauts fonctionnaires sont "naturellement  de gauche", car le choix de l'intérêt général ne peut que les guider et seule la gauche pense en terme d'intérêt général, c'est bien connu. Mais ils sont d'une gauche "intelligente", "moderne",  "résolument tournée vers l'avenir".

Rien, à voir avec la gauche dépoitraillée et légèrement odoriférante des syndicats et des prolos, toujours prompte à des formes de populisme inadmissibles et désobligeantes pour le pays. 

Rien à voir non plus avec les députés socialistes, qui sont soit des ignares arrivés là par le jeu du militantisme le plus plan-plan et des courants les plus sectaires, soit des tenanciers de fiefs bien décidés à le rester quitte à se transformer en démagogues à tout crin.  

Même un Président de la République énarque de gauche   ne peut être totalement immunisé contre les servitudes électorales et pourrait bien se laisser glisser dans la pure démagogie.

Heureusement, au dessus des partis, au dessus des servitudes électorales, au dessus des ambitions médiocres de la bourgeoisie d'argent, les gardiens de la vraie volonté générale nationale veillent : les Gracques.

Depuis le Club Jean Moulin, c'est une forme de tradition  que des tenants de la gauche sublimée par les grands concours administratifs se réunissent en cénacle pour donner les leçons les plus élevées au monde et au Monde, voire au Point.

Cette gauche est toujours à la recherche de son numéro dans l'échelle des gauches : deuxième, troisième, quatrième gauche ? On ne sait plus trop.  Depuis la déception Rocard, la deuxième gauche est un  peu passée de mode.  Il paraitrait selon les Gracques que le "destin historique de François Hollande" soit celui de "fédérateur entre première et deuxième gauche" et que la vocation des Gracques soit de l'aider sur ce chemin escarpé.  Comment doit-on appeler cette gauche : la gauche une et demi ?

On a les ambitions historiques qu'on peut.

D'autres diraient que Hollande doit faire passer le PS du socialisme à la sociale démocratie, mais ce dernier vocable est tellement décrié qu'on n'ose pas prononcer un vocable  si sale.  Pas un jour à la télévision sans qu'un des innombrables histrions de la gauche médiatique ne vienne nous asséner que "ce n'est pas le moment de parler de social-démocratie juste au moment où elle vient d'échouer". Bad Godesberg, c'est vieux et c'est loin.

Va donc pour la gauche synthétique et demi.

Ceux qui seraient intéressés par les productions du Club Jean Moulin seront très surpris : ce sont des livres illisibles aujourd'hui et même des livres qui font rire. "Pour une réforme de l'entreprise" de Bloch-Lainé est  un bouquin aujourd'hui totalement désopilant.

Les Gracques sont ils plus sérieux ?

- Ils reconnaissent que les premiers six mois de Hollande ont été calamiteux et qu'heureusement il y a eu le tournant de la conférence de presse sur le renforcement de la compétitivité française.  Dommage qu'ils se soient tus pendant six mois.  Mais accordons le point.

- Ils signalent que "le pays pâtit toujours du laxisme passé, de l'excessive  fiscalité des entreprises et du surendettement". Cela fait 40 ans que cela dure.  Qui a promu la TVA sociale  ces dernières années chez les Gracques ?  Qui a tenté de réduire l'effarante croissance des dépenses de personnel dans les différents administrations locales ? Le constat est aujourd'hui d'une banalité écrasante.  Le débat n'est plus là.

-"La gauche a été élue pour apaiser le corps social, redonner espoir à la jeunesse, favoriser l'initiative et ouvrir des espaces de liberté".

Elle a pris des mesures de pure démagogie contre les "riches" que le Président a déclaré "ne pas aimer".  Elle a annoncé qu'elle avait des ennemis et qu'ils feraient bien de se tenir à carreau. Qu'il s'agisse de "la finance" ou de Lackmi Mittal.  

Les jeunes dynamiques et diplômés   n'ont plus aucune confiance dans leur avenir en France et cherchent ailleurs, suivant le chemin pris par les sans grades universitaires qui sont partis déjà depuis un moment chercher fortune ailleurs.

On ne voit pas les nouveaux "espaces de liberté" alors qu'à la justice a été nommée Mme Taubira dont tous les textes connus réduisent la liberté de parole.

Quant à l'apaisement du corps social, interdit de rire , mais tout de même.

-"Redisons le : la plus grande des inégalités est de ne pas avoir d'emploi".

Méritoire cette affirmation de la part de gens qui ont la sécurité absolue de l'emploi et la font payer très cher au populo.

 - "Ils nous faut redevenir compétitifs"

Eh oui. Mais est-ce en taxant à mort les revenus du capital qu'on favorise les investissements ? Est-ce en prenant 100% de leur revenu aux 30.000 familles qui ont contribué aux succès économiques de la France  qu'on le fera ?  Les Gracques disent : " ce sont des mesures de justice fiscale permettant de relégitimer l'action publique".  Le vol serait légitime ?  De qui se moquent  les Gracques ?

Tout le monde sait que les Inspecteurs des Finances, comme corps,  et les dirigeants de la DGI, dans leur haute sagesse, ont décidés de payer la dette qu'une Administration pléthorique a contribué à creuser inlassablement depuis des lustres,  en obligeants les familles aisées à vendre leurs biens et à vivre sur leur épargne, elle-même hyper taxée, après leur avoir saisi l'essentiel du revenu du travail.

Le but : éviter toute remise en cause de leurs rémunérations, de leur pouvoirs, de leurs équipes et du quasi monopole qu'ils ont acquis non seulement sur l'Administration mais aussi sur toutes les institution de l'Etat y compris les Assemblées et les différents exécutifs.

Rappelons qu'il n'y a au gouvernement actuel que des fonctionnaires ou équivalents, comme à l'époque Jospin Aubry,  que les question économiques se règlent entre Eckert, prof de maths du secondaire et Ayrault prof d'allemand du secondaire.

Les Gracques qui vivent dans les palais nationaux veulent le beurre et l'argent du beurre. Avoir tous les pouvoirs, taxer à mort les réussites et perdurer dans l'être.

Ils savent malgré tout qu'il ne pourront vivre en parasite durablement que si la bête ne meurt pas.

Il leur faut conserver vivante l'économie privée qui les nourrit.  

Rappelons que la dépense publique, où la part qui revient à l'Administration elle-même est une des plus fortes du monde, est supérieure à la valeur ajoutée par  les entreprises du secteur marchand. Oui supérieure, la première étant largement supérieure à 1000 milliards et la seconde légèrement inférieure.

On ne peut pas être compétitif sans confiance, sans profits, sans investissements, sans risque donc sans récompense. C'est une triangulation impossible.

Du coup ils sont obligés de s'opposer verbalement à bien des débordements du gouvernement.

- Il n'a pas tenu le langage qu'il fallait aux entrepreneurs . OK ! Mais  S'il n'y a que des "patrons voyous"  ou des patrons étrangers indésirables en France quel dialogue est possible ?

- Il a fait le crédit d'impôt, mais ce n'est pas assez. Il ne faut pas de conditions. Ok ! Mais les conditions absurdes viennent d'être votées !

- Des simplifications administratives massives sont nécessaires. OK. Mais la RGPP a été abandonnée et elle était tout sauf massive. Ce n'est pas des simplifications qu'il faut mais des suppressions pures et simples. Sur les 1600 mécanismes d'intervention qui se chevauchent et s'emmêlent, il faut probablement en supprimer 1000.    Que les Gracques disent lesquels et comment. ils deviendront audibles.

- "L'effort vers les sociétés innovantes. Ok ! Mais la manière dont on traite les starts-up  (malgré les Pigeons)  et ceux qui ont réussi, rend cet espoir totalement vain.

- "L'inertie des Administrations" serait la cause du dévoiement du budget.  Ok. On fait quoi ?

- "La négociation autour de Michel Sapin est fondatrice" dans le domaine de l'emploi. Tout a été gelé dans ce domaine d'une part par les lois Auroux en 81 ensuite par tout le fatras de textes bloquants de Jospin.  Il ne faut pas employer le mot de flexibilité "chiffon rouge pour les syndicats" selon M. Sapin lui-même. La" judiciarisation" abusive des licenciements est un des problèmes récurrents : pas touche.   On aimerait que les Gracques nous disent concrètement qu'elles sont les mesures qu'ils attendent au lieu de dire qu'ils sont simplement pleins d'espoir.

- "Le changement dont le président est porteur n'est pas seulement celui qui résulte de la victoire sur la droite. Il est aussi celui de la réinvention de la gauche". Tout cela est du bla bla. Il n'y a pas trente six évolutions possibles. Ou la gauche parvient à expulser le socialisme agressif de sa doctrine et de son langage et se convertit à un social-libéralisme rigoureux et intelligent, ou elle reste sous dépendance du socialisme spoliateur. C'est le seul vrai débat. Et ce que vient de faire Hollande pendant six mois est exactement l'inverse.

La gauche non communiste  s'est réinventée mille fois depuis 1944. Anti communiste jusqu'en 1964. Puis on a eu le programme commun. Puis on a vu la gauche passer à l'austérité, à l'Europe financière et libérale. Puis la gauche asphyxiante des "cadeaux  au peuple" a pris le pouvoir avec Jospin Aubry. Nous en sommes à la gauche hollandaise du massacre fiscal et du n'importe quoi sociétal.

Croire que le problème français est  de  changer l'idéologie des énarques socialistes est une sottise. Il faut surtout les écarter définitivement du pouvoir.  

On sait que le problème français  est la résultante de ce triple désastre  :

- Une organisation des échanges mondiaux basée sur les changes flottants et la compétition frontale des systèmes sociaux a provoqué une crise majeure et longue. Pas un mot chez les Gracques.

- Une Europe qui ne fonctionne plus en accord avec les peuples et qui, loin des votes, fait ce qu'elle veut dans l'indifférence générale aux réactions des victimes , avec en prime une zone Euro mal organisée qui implique  une gestion de crise uniquement par la déflation. Pas un mot chez les Gracques, sinon pour crier comme un cabri "vive l'Europe" "Encore plus d'Europe".  

- une Administration française dévorante qui mange l'économie nationale et l'étiole. Critiquer simplement " l'inertie" des administrations ne suffit pas. Il faut aujourd'hui une chirurgie dont les Gracques n'ont ni la volonté ni même l'idée.

Au total les Gracques sont une imposture. D'accord une petite imposture. Une imposture sans grande importance ni théorique ni pratique. Une mignonette imposturette.

On commencera à sortir la France de son marasme quand les Gracques seront au travail dans leur Ministère pour augmenter massivement et fébrilement  la productivité des services et ficheront la paix au secteur marchand.  Prendre la pose en tant qu'arbitre des deux gauches socialistes est la preuve que tout reste à faire pour leur mettre la tête dans le guidon et leur botter les fesses avec toute l'intensité nécessaire pour qu'ils pédalent un peu, beaucoup, passionément.

UMP : une tension normale

Comment s'étonner des tensions extrêmes qui se manifestent à l'UMP ? En lançant une bataille de personnes avant une remise à plat des idées et doctrines du parti, il était évident qu'on assisterait à un conflit de postures. Alors qu'une certaine remise en cause des politiques suivies depuis quatre ans était nécessaire, elle n'a pu avoir lieu, l'un des candidats en ayant été l'exécuteur principal et l'autre se réclamant à corps et à cri de son amour du président sortant mais  battu, N. Sarkozy.

L'un a joué la pugnacité de l'opposant, l'autre la sagesse du recours.

Mais un opposant pour quelle alternative ? Mais un recours pour quand ? Cinq ans c'est long.

Il eût mieux valu commencer par faire l'aggiornamento de ce que pourrait être une alternative de droite républicaine à la sociale-démocratie-qui-n'est-pas-une-sociale-démocratie-mais-un-socialisme-intransigeant-mais-tout-de-même  de Hollande. Etant entendu que le gouvernement lui  est obligé à un aggiornamento  qui, volens nolens, ne fait que commencer.

Face à  la pédagogie par l'épreuve des faits qui va conduire la gauche républicaine, aurait du s'épanouir une réflexion à la fois critique et positive de la droite républicaine.

Sur quels thèmes ?

La droite républicaine a commis un certain nombre de pêchés capitaux. Sept comme il se doit.

- elle  n'a pas pris soin de moderniser la République, qui tourne à l'oligarchie, clientéliste et démagogique.

- Elle n'a pas pris soin de consolider la liberté d'expression, qui se judiciarise, donc se réduit, à toute vitesse

- Elle n'a pas cru devoir donner une explication convaincante de la crise globale , qui se poursuit et s'aggrave  sans remède annoncé

- Elle n'a offert aucune véritable perspective vis à vis de l'Union Européenne, qui est en crise et en phase de rejet populaire, en dépit de son activisme pour le Traité de Lisbonne.

- Elle n'a offert aucune véritable solution institutionnelle pour éviter une aggravation de la crise de l'Euro

- Elle n'a pas su juguler la dérive française vers une fiscalisation excessive et une dépossession des Français sur fond de dépenses publiques non contrôlées

- Elle n'a pas su marquer sa distinction ou sa rupture avec le  mélange d'énarchie compassionnelle et de travaillisme à la française qui est avec la prolongation du Ni-Ni, la marque de sa reddition intellectuelle et morale à son opposant  socialiste.

A ces sept pêchés capitaux correspondent sept piliers de la sagesse nationale à construire pour s'opposer à la dépression générale à laquelle nous convient malheureusement François Hollande, le PS et ses alliés, qui n'ont, sur ces sujets graves aucunes propositions convaincantes, du moins pour le moment. 

L'ennui, c'est que désormais on ne voit pas comment mettre réellement les partis de droite et de centre au travail sur des questions fondamentales qui exigent des critiques qui doivent être exprimées certes de façon modérée dans la forme mais qui conduiront nécessairement à des ruptures fortes.

Les futures élections risquent alors d'être du niveau des récentes présidentielles : moralement pitoyable, économiquement à côté de la plaque et politiquement sans orientation nationale, européenne et mondiale claire. 

Le voyage au bout de la nuit

Ainsi, nous avons un cap.

La France en 2013 vivra une "Annus Horribilis" avec  une hausse du chômage, massive, une hausse des impôts, massive, dans toutes ses composantes, IR, CSG, TVA etc.

Tous les Français souffriront. La France s'étiolera.

Pourquoi ? Pour qui ?   

L'espoir est parti.

Nous souffrons de trois maladies :

- un système monétaire international absurde : pas un mot.

- une gestion de l'Europe et de l'Euroland absurde : pas un mot.

- une surfiscalisation absurde dans un pays alourdi par le non travail et un secteur public démesuré : aggravée.

Notre nouveau  Captain Cap', tout à sa com',  a mis le cap sur le Cap de Mauvaise Espérance.

Il avait l'air content. De plus en plus content au fur et à mesure qu'il s'enivrait  de sa propre parole, de la jouissance d'être là, au point qu'il s'est fait rigolard sur la fin. Il était bien le seul à rire.

Les socialistes se déclarent ravis  du "courage" qu'ils montrent à faire ce qu'ils avaient dit qu'ils ne feraient pas. Il fallait comprendre que leur cap était subliminal puisqu'il n'y a pas de tournant ni de virage. Simplement le cap est passé de la nuit à la lumière.

La droite est heureuse car c'est "Sarkozy qui avait raison". Elle est tout juste  un peu triste que l'on fasse du Sarkozy sans Sarkozy en un peu moins bien. Encore un effort M'sieur le Président !

Quelle folie !



Cotisations sociales : charges ou salaires ?

Le rapport Gallois, dont l'auteur parait être de facto  le vrai  Premier Ministre, voire le Vice-président, préconise une baisse "du coût du travail" afin de restaurer la compétitivité française. En langage clair l'idée est de baisser les charges qui pèsent sur le travail.

Les Communistes et les adeptes du Front de Gauche  ainsi qu'une partie des socialistes crient à l'imposture. Il ne s'agirait pas de charges "mais de salaires".

Le Président Hollande aurait donc réussi à imposer aux socialistes une baisse des salaires !

Quand une question sémantique devient politique, elle peut avoir des conséquences économiques.

N'hésitons pas à entrer dans la querelle !

Il est parfaitement exact qu'on pourrait d'un tour de main décréter que désormais les charges patronales et salariales s'appellent Salaire différé.  Cela peut être décidé en une seconde en Conseil des Ministres.

Conséquences économiques ? Nulles. Un changement de mots n'a pas d'effet économique direct.

Serait-ce légitime ?

La question est de savoir si  les prestations peuvent être individualisées pour le travailleur qui, du coup en serait, le principal bénéficiaire. Cela pourrait être  vrai pour plusieurs sortes de cotisations :

- les cotisations retraites

- les cotisations chômages qui sont une assurance

- les cotisations maladie qui sont une assurance.

C'est moins vrais pour toute une série de prélèvements comme ceux relatifs aux allocations familiales.

Les trois prélèvements cités représentent entre 80 et 100% du salaire net. Ils forment le fameux "double du salarié français". On paie à chaque fois qu'on emploie un quidam son salaire net et son double pas net.

On pourrait parfaitement décider que le salaire net est le salaire immédiat et le reste un salaire différé.

Pour être cohérent il faudrait  dès lors considérer que le salaire global moyen n'est plus de 2.000 Euros par mois mais de 4.000. Pour être plus juste encore il faudrait ajouter le revenu collectivisé correspondant aux différentes gratuités accordées. Le revenu brut moyen effectif passerait alors à 6.000 Euros par mois.  

Il est d'ailleurs regrettable que l'INSEE ne calcule pas ce montant de façon officielle. Cela améliorerait les discussions.

Le salarié serait amené à se poser la question :  est-il légitime que les deux tiers de mon revenu global soient gérés par des tiers et non par moi ?  Il s'agit en effet d'une totale dépossession. Certes il en profitera peut être. Mais il sait que, sur ces sommes énormes qui lui sont prélevées de force, l'essentiel ne lui reviendra pas. 

Pour ne donner que quelques exemples archi-connus :  les régimes spéciaux,  les agriculteurs et les intermittents du spectacle détournent des montants exorbitants qui devraient lui revenir.  La solidarité a bon dos.

Ces définitions font prendre conscience de la séduction du travail au noir : on économise la moitié du salaire global pour l'employeur  en sachant que de toute façon le travailleur gagnera la même somme et que la solidarité fonctionnera via les minima sociaux et les différents dispositifs d'aide.  

Elles ont également l'avantage de prouver que le partage entre "salaires" ainsi définis et revenus du capital n'a pas pratiquement évolué ces cinquante dernières années, alors qu'une distorsion apparait lors qu'on prend le net disponible.

Il est vrai que le smicard serait assez étonné d'apprendre, qu'en son nom, on a versé l'équivalent de 72.000 Euros de salaires  indirects et de gratuités alors qu'il a à peine vu la couleur du tiers.

Ce débat  est évidemment faussé, parce qu'en fait personne ne parle de diminuer la rémunération globale (gratuités, salaire net, salaires indirects ou différés) mais d'en transférer la charge d'un agent économique à un autre.  L'entreprise ne veut plus payer tout le salaire indirect sous forme de compléments du salaire mais sous forme de TVA.  C'est une simple transfert du bénéficiaire du chèque.    

Elle y voit l'avantage d'être libérée de ce poids lorsqu'elle exporte.  Pour les entreprises qui n'exportent pas, le dispositif n'a strictement aucun intérêt. L'augmentation prévue  de près de 50% de la TVA  sur la restauration la santé  et les entreprises du bâtiment, qui n'exportent pas, est de ce point de vue là totalement loufoque !

La question de fond est de réduire les primes d'assurances versées au titre de la maladie et  du chômage.

Ces primes sont délirantes. Naturellement personne n'a envisagé la moindre baisse. Bien au contraire.

L'autre question est d'obtenir un meilleur rendement des cotisations retraites.

Dans les deux cas, les prélèvements sont gérées collectivement loin des yeux des cotisants forcés.. Une bonne solution serait qu'ils puissent avoir leur mot à dire sur la question, en individualisant mieux la gestion.  Ne suggérez pas cela, vous seriez un vilain canard noir poussant à la "privatisation de la sécurité sociale" !

Un des inconvénients du transfert sur la TVA du salaire indirect est d'en désindividualiser un peu plus la gestion et d'ouvrir la porte à de nouveaux abus.

Quelque soit les vocables employés, on parle pour ne rien dire !

Sylvain Dieudonné pour le Cercle des économistes E-toile.

La Chine et l'or

L'attitude des autorités chinoises vis-à-vis de l'or est une des clés de l'avenir du système monétaire international.

Le premier stade de la stratégie chinoise a été la capture de l'économie mondiale par une politique de monnaie alignée sur le dollar à un niveau très bas. L'entrée dans l'OMC lui a permis l'accès aux marchés occidentaux sans trop de contreparties ni  sans grandes obligations. La Chine n'est pas un état de droit et permet de ne pas respecter les règles usuelles de propriété industrielle. Elle protège efficacement son pré carré en privilégiant ses sociétés nationales et en forçant les entreprises étrangères à prendre des associés locaux qui n'hésitent pas à voler à l'occasion leurs partenaires.

Les excédents étaient replacés majoritairement en bons du trésor américain où il dopaient les prêts qui permettaient d'acheter en Chine. Cette spirale a provoqué l'émergence de déséquilibres mondiaux intenables. On lui doit la croissance globale de l'empilement de dettes de plus en plus fragiles et l'effondrement du système.

La Chine se retrouve avec une masse de dollars dont elle craint une perte de valeur verticale. Elle est soumise à la pression des Etats-Unis pour faire monter le cours de la monnaie chinoise à un niveau qui évite les excédents trop massifs.  Comme tous les créanciers elles craint la carence de son débiteur. Elle suit donc une politique de louvoiement, espérant pouvoir se décrocher un jour du dollar, mais le soutenant pour éviter les pertes radicales.  Elle cède,  tout en ne cédant en fait rien sur le cours de sa monnaie qui s'est à peine appréciée en 10 ans.

Comme le commerce international est stagnant, la stratégie de l'emploi des réserves devient crucial. La Chine achète du solide : des terres, des mines, des infrastructures.

Le cœur de la nouvelle étape est de mettre l'or au cœur de son système monétaire.

L'or permet de faire face à deux évolutions contraires.

Soit la Chine cède aux sirènes de l'internationalisation de sa monnaie, auquel cas elle aura besoin de plus des 1000 tonnes d'or  et quelques qu'elle possède pour stabiliser la confiance internationale.  

Soit on va vers une réforme du système monétaire international et l'or y jouera un rôle crucial.

Son intérêt stratégique est donc d'accumuler de l'or, en forçant sa production qui est déjà la première du monde, en achetant des mines étrangères,  comme Barraks Mines, en permettant à ses particuliers de détenir de l'or, en convertissant ses réserves progressivement en or. 

On peut penser que la Chine vise un stock d'or de près de 4 mille tonnes avant de faire quelques pas que ce soit sur le plan monétaire.

Le taux des intérêts versés par le Trésor américain est si faible que le potentiel de plus value sur l'or  rend équivalent le rendement à moyen terme.

L'Euro joue un rôle marginal dans l'affaire. La Chine sait qu'à terme il faudra pour maintenir ses relations avec une Europe malade accepter une hausse de sa monnaie par rapport à l'Euro.  Actuellement elle agit pour éviter que l'Euro s'effondre. Il s'agit de tactique.

On va donc quasi mécaniquement  vers un cours de l'or au dessus de 2.000 dollars l'once.

La question qui est posée aux Etats Unis et à l'Europe est de savoir qu'elle est LEUR stratégie. Pour l'Europe, c'est simple, elle n'en a aucune. Ce qui peut être considéré comme fâcheux. Pour les Etats Unis la question est de savoir si elle a encore le pouvoir de ruiner ses créanciers sans conséquences.  Il semble bien que non. La folie d'un système de déséquilibres cumulatifs entre la Chine et les Etats-Unis n'est pas viable. Il a explosé. Il marche sur une jambe et celle-ci est malade.

Cette analyse souligne la carence du G.20 dans la conception d'un nouvel ordre monétaire international.

Le système non coopératif actuel a échoué.  Les stratégies  actuelles des grands blocs  sont lourdes de conflits explosifs.

L'heure est-il à la réforme du système monétaire international ?  

La Chine n'est pas prête. Elle considère ne pas disposer d'assez d'or et  ne veut pas être prise immédiatement dans la nécessité de rééquilibrer ses balances extérieures.

Les Etats-Unis ne le sont pas plus. Ils espèrent encore imposer le dollar au monde et ne veulent pas entendre parler d'un rééquilibrage de leurs balances extérieurs

L'Europe est inexistante, comme d'habitude.

Elle est pourtant la clé de voute de la solution.  Si l'Euro s'effondre, alors l'or prendra tout son sens dans le sauf qui peut général.  Les banques américaines seront ruinées. La Chine sera durement touchée.  Si l'Euro perdure ce ne peut être que par la création de ce que Didier Dufau dans son nouveau livre, Le Manifeste, appelle une "Chancellerie de l'Union Monétaire Européenne".

Il deviendra évident qu'il faut que les trois blocs s'entendent et coopèrent pour éviter l'effondrement définitif du commerce mondial .

Le temps sera venu pour une conférence de type Bretton-Woods qui acte la fin des monnaies administratives flottantes et marque la volonté de restaurer la confiance, la croissance, le plein emploi et la liquidation des dettes globales accumulées.

Il se peut que la pédagogie de l'aggravation de la crise en 2013 permette cette évolution en 2014-2015.

En attendant que la Chine accumule un peu d'or monétaire ne peut qu'aller dans le bon sens.

L'Europe en revanche et particulièrement la France peut regretter d'avoir galvauder ses réserves.

 

 Lewis Holden pour le Cercle des Economistes E-toile.

Le cycle : mythe ou réalité ?

Il aura suffi que le Président hollande déclare que le cycle existe et qu’il permettra à un moment de son quinquennat une belle reprise pour que les analystes y aillent de leur raillerie contre une idée aussi saugrenue.

Le cycle existe. Nous avons abordé de nombreuses fois ce sujet sur ce site.  Un cycle des affaires quasi décennal existe depuis que l’économie est devenue une économie basée sur le crédit. Son moteur est l’oubliant optimisme qui se saisit des acteurs après quelques années de vaches grasses qui  laissent croire que le ciel bleu est pour toujours et que l’on peut investir en se fondant sur des tendances lourdes de croissance. Le crédit accompagne cet optimisme. Il dépasse sa cible. Un « crédit crunch » plus ou moins violent, qui est la phase de crise du cycle, s’ensuit. Il faut quelques années pour le digérer et le cycle repart.

Le cycle quasi décennal est un cycle du crédit et de l’optimisme. Maurice Allais assimile le taux d’intérêt à la fonction d’oubli : géniale intuition ! Elle explique que les retournements n’ont pas la même intensité : une crise dure suit une crise molle et inversement. Les excès sont modérés quand on a encore en tête les difficultés de la crise dure. Ils sont plus forts lorsque les excès ont été oubliés.

Pour s’en tenir aux derniers spasmes du cycle, on constate : crise dure en 73-74, crise molle au début des années 80, crise dure au début des années 90, crise molle au début des années 2000, crise dure depuis 2008-2009.

La crise commence toujours aux Etats-Unis, percole via les pays exportateurs et se généralisent notamment en France. La mondialisation a accéléré la séquence : les crises font le tour de la terre en moins de 2 à3 ans et ont tendance à devenir synchrones.

Pourquoi les économies repartent-elles ? Parce que même en cas de crise dure et générale il reste toujours un fond d’entreprises dynamiques, que pour beaucoup d’entre eux les agents sont d’abord paralysés par la crainte et qu’elle finit par diminuer supprimant les excès de précaution, et parce que les banques débarrassées du poids des dettes aventurées sont de nouveaux attirées par les nouveaux projets, qui eux ne manquent jamais, car l’innovation est incessante.

Cette mécanique est mondiale. On peut la suivre sans arrêt depuis le 18ième siècle.

Nier le cycle est un obscurantisme.

Il se trouve que beaucoup d’économistes ont abandonné l’étude du cycle parce qu’ils ont cru, dans le camp keynésien qu’il suffisait de contrôler la demande globale pour en éviter les effets, dans le camp monétariste, qu’il suffisait d’éviter le « crédit crunch » par une inondation en monnaie banque centrale. Les deux camps se sont réconciliés autour d’un concept vague de chocs « externes » auxquels il fallait faire face. Le débat est devenu celui de la résilience au choc, vue dans l’ampleur d’un secteur non concurrentiel dans le camp keynésien et dans la souplesse monétaire et les changes flottants dans le camp monétariste.

 

Les praticiens eux se voulaient pragmatiques : va pour la souplesse des changes flottants et l’émission de monnaie en cas de besoin d’un côté, et les dépenses publiques de l’autre. On savait juguler les crises. Inutile de s’embarrasser d’une notion de cycle.

Horreur : à partir de 1974 ce schéma ne fonctionne plus. La relance keynésienne de Chirac sombre dans les déficits extérieurs et budgétaires. Il faut y renoncer.  Rebelote en 92 où il faut mettre en 95 un plan fiscal tel qu’il provoque la récession de 96.  Rebelote en 2009 où le plan de relance aboutit à une crise budgétaire sévère et à un plan de rigueur qui entraîne à nouveau une récession.

Même les pratiques de Quantitative Easing monétariste échouent. Bien que les banques centrales ont, à chaque récession, émis plus de papier monnaie, leurs surenchères successives se soldent par des échecs.  

Le cycle s’en trouve aggravé. Comme chacun a pu le voir chaque crise décennale est plus aigue et chaque reprise plus spéculative et précaire, avec une baisse continue du trend.

On dira : il y a eu 1929 : la dépression est d’une autre nature que le cycle décennal. Nous sommes aujourd’hui, comme en 1929, non plus dans un cycle normal mais dans autre chose. On va parler de changement d’époque, de crise de civilisation, d’un monde nouveau en train d’éclore dans la douleur.

Pour un économiste ce charabia n’a pas de sens.

Même pendant la crise de 29 le cycle sous jacent existait. La reprise aura lieu en 1938 et passera largement inaperçue. Elle sera tuée en France par les erreurs de politique économique du Front Populaire et notamment les 40 heures.

La crise de 1929 est une crise de la dette due au fait que la guerre avait entraîné l’émission de masses de dettes hors du commun, que la richesse s’était concentrée aux Etats-Unis et qu’un système monétaire bancal a été institué. Le Gold Exchange Standard de l’époque avait l’effet de créer des doubles pyramides de crédits, concentrées largement aux Etats-Unis et qui y explosèrent gaiement.  Le reste de l’histoire est une mauvaise gestion de la crise provoquant son aggravation et sa longue durée par des politiques inadaptées.

La crise de 2009 est une crise de la dette due au fait que le système aventuré des changes flottants de monnaies administratives a provoqué une boule de dettes intolérables qui a fini par s’écrouler sur la tête des peuples. Le système n’a pas tué le cycle : il l’a aggravé. Aujourd’hui la profondeur et la durée de la crise sont liées au fait que les bonnes mesures n’ont pas été prises et que la procrastination ne paie pas.   Le cycle en lui-même n’en est pas affecté.

Il y a bien eu une reprise en France entre 2005 et 2008. Mais elle a été faible, principalement du fait du trop gros poids de l’économie publique, du poids fiscal intolérable et des blocages administratifs comme les 35 heures.

Il n’est que trop clair que la politique de déflation menée en Europe et d’hystérie fiscale menée en France peut étouffer tout espoir de reprise un peu net.  Nous sommes en récession à nouveau quatre ans après le pic psychologique de crise. Ce qui est indécent et aurait pu être évité.  Comme en 1996.  

 Ce qui est absurde, ce n’est pas de penser qu’il pourrait y avoir une reprise dans les quatre années à venir. Il devrait en y avoir une. Mais d’imaginer qu’elle se produira sans rien faire ou en l’étouffant.

Sarkozy a eu tort de ne pas écouter ceux qui comme nous l’avertissaient qu’il subirait une crise forte pendant son quinquennat. Hollande n’a pas tort de penser qu’une reprise pourrait bien être « round the corner ».  Après tout  tous les grands changements de majorités politiques ont eut lieu en synchronisation avec le cycle, du fait de la mort prématurée de George Pompidou. Crise de 74, le pouvoir quitte l’UNR pour les Giscardiens. Crise du début des années 80, le pouvoir passe aux socialistes mitterrandiens. Crise de 93, le pouvoir est repris par les Chiraquiens. Crise du début des années 2000 : échec de Jospin. Crise de 2009, Hollande arrache le pouvoir à Sarkozy.

Son erreur est de ne pas prendre les meilleures mesures pour que cette reprise soit nette et active. Il ne le fait pas en France où sa politique sinueuse ressemble à celle du sapeur camembert qui fait des trous pour boucher ceux qu’il vient de creuser et qui a démarré par un choc fiscal irrattrapable. Il ne le fait pas en Europe où l’absence d’institution spécialisée pour gérer l’économie de l’Eurozone est devenue criante, entraînant le maintien d’une gestion par la norme surveillée par un gendarme au lieu d’une politique  dynamique au jour le jour de la monnaie, des changes, des budgets et de l’amortissement de la dette globale de la zone.  Il ne le fait pas au G.20 où la voix de la France est nécessaire pour mettre fin au système non coopératif de monnaies administratives flottantes.

Il ne le fait pas. Comme nous l’avons déjà répété, cela ne veut pas dire qu’il ne le fera pas. Après tout il avait plaidé en 2008 pour un nouveau Bretton-Woods !

Les reniements électoraux récents vont dans le bon sens. Enfin ! Il en faut encore quelques uns pour se hisser à la hauteur de la situation. Mais pourquoi pas ?

S’il prend dès maintenant les bonnes options il pourra effectivement bénéficier de la reprise possible et même probable en 2014-2015 si le G.20 intervient dans le bon sens, c'est-à-dire celui de la réduction concertée des dettes dans le cadre d’une politique de stabilité monétaire et de croissance globale et si l’Europe choisit enfin une gestion active des en-cours financiers, de  la monnaie et des changes.

Ses erreurs initiales en France ne le mettent malheureusement pas en bonne posture pour parler à l’Europe et au monde. Il peut encore revenir sur les erreurs des six premiers mois. Mais peut-il réellement retrouver une crédibilité européenne et mondiale si la récession française dure et que tous les indicateurs virent au rouge du fait de sa lenteur à abandonner les mesures du « moi je candidat » pour celles exigées par la situation ?

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

Jour de Vérités

Il arrive toujours que la réalité se venge de ceux qui la nient, l’ignorent ou simplement ne la comprennent pas. Il suffit généralement d’attendre.

Pour Sarkozy, Hollande et Obama, l’heure de vérité  sonne avec une certaine stridence.

Pour Sarkozy, on pourrait croire l’affaire réglée depuis la perte des dernières élections. La question de l’inventaire a été éludée. Les deux candidats à la Présidence de l’UMP font des concours  à celui qui sera le plus sarkoziste. Une certaine affection lui reste acquise dans des plages assez larges de l’électorat de l’UMP.

Le rapport Gallois signe néanmoins une forme d’enterrement de première classe pour la prétention de la droite à avoir  bien géré le pays depuis 10 ans.  La dérive de la dette, de la dépense publique, de la fiscalité s’est accompagnée d’un effondrement de nos positions économiques et de notre compétitivité.  

On s’aperçoit bien qu’en l’absence de toute prise de conscience suffisante des contraintes internationales, du danger des fausses facilités de l’Euro,  et de la perte progressive de notre industrie,  nous avons eu d’abord le lamentable « ni-ni » chiraquien puis la fausse rupture de Sarkozy.

On aurait attendu traditionnellement d’une droite proche du « business », de la croissance, du respect des initiatives entrepreneuriales qu’elle mette la France en ordre de marche dans la compétition internationale.  Elle n’en a rien fait.

Comme nous n’avons cessé de l’écrire, le « trop peu trop tard » a été la règle.

Aucune des trois anomalies françaises, un secteur public hypertrophié, une économie vacancière, des prélèvements hystériques et bien trop concentrée sur l’entreprise, n’a réellement été traitée avec l’énergie nécessaire.

La RGPP était un gratouillis ridicule là où il fallait la hache de guerre. Le mille feuilles administratif n’a pas bougé sinon à la marge.

La retraite à 60 ans et les 35 heures, ainsi que le carcan de législation sociale aberrante, n’ont pas été modifiés assez tôt et assez fort. Finalement, le rapprochement entre retraite publique et retraite du privé n’est toujours pas fait, l’allongement de deux ans seulement de l’âge légal de départ à la retraite ne résout rien durablement. Et on a laissé filer la productivité et la compétitivité.   

On n’a pas osé mettre en œuvre la TVA sociale et conservé sur le travail l’essentiel du poids de notre système de sécurité sociale.

Les grandes réformes : transformation de l’ISF en tranche supplémentaire de l’IR, système unifié de retraites, avec retraite à taux plein à 67 ans, durée légale du travail à 40 heures, suppression du régime des intermittents du spectacle, restriction des facilités syndicales bloquantes, réduction de l’absentéisme du secteur public,  TVA sociale, suppression du département, limitation de la couverture socialisée du petit risque, réduction de l’économie publique à 20 au lieu de 25% du PIB, maîtrise de la dépense des régions et des municipalités,  ont été éludées pendant 10 ans,

Ces mesures auraient du être prises même si la crise mondiale ne s’était pas déclenchée. Elles devenaient absolument criantes avec la crise.

C'est ce manque de courage politique qui est devenu, aujourd’hui, criant. Le temps perdu ne se rattrape jamais.

Pour Hollande et le PS l’heure de vérité sonne aussi. Le programme électoral était totalement contraire à l’intérêt national. Il niait la crise. On prétendait donner du temps au temps et attendre la production de rapport pour « réformer en profondeur ».  Les rapports arrivent et on « ne se sent pas engagé » par leur contenu. Le matraquage fiscal des « riches » et des entreprises se voyaient comme une formidable diversion qui aurait permis de rendre heureux les masses tout en remboursant la dette et en évitant de réduire la dépense publique. On a bloqué toute l’économie et toutes les décisions d’investissements. Et pour une part désespéré le pays tout entier.  Ce dynamisme fiscal socialiste outré et ciblé doublé d’une inaction totale sur le reste du spectre de l’action gouvernementale possible, rend la suite quasiment impossible. On ne peut pas tuer l’entreprise et les entrepreneurs tout en misant sur une reprise de l’économie et des emplois « round the corner » !

On a tellement rétréci la couverture que dès qu’on la tire dans un sens on découvre le lit dans l’autre. Dette, emploi, exportations forment désormais un triangle impossible. Hollande est dans une impasse totale qui fait hurler même les économistes officiels. Aucune des mesures indispensables n’est plus possible soit pour des raisons politiques, soit pour des raisons psychologiques, soit par l’effet des contradictions majeures des politiques suivies. La France avait besoin de tout sauf de Hollande et du PS dans sa fâcheuse situation actuelle. L’impasse est totale.

Oublions un instant l’Europe, au moment même où la crise s’aggrave partout dans les pays dits du « club med’ ».  

Les agences de notation qui avaient distribué des notes totalement irréalistes à des produits financiers totalement artificiels et trompeurs, connaissent aujourd’hui même leur jour de vérité : elles devront payer pour leurs fautes d’appréciation !

Même Obama est dans la seringue. Il sera sans doute réélu mais il faudra bien qu’il explique un jour pourquoi en 5 ans, il n’y a pas eu de reprise. Et ne rien faire d’autre que ce qu’il a fait ne mènera à rien.  Il appartenait aux Etats unis de mettre fin au système des changes flottants. Ils ne l’ont pas fait. Les différentes reprises annoncées se sont trouvées chimériques et le taux de chômage est toujours historiquement élevé. Sa seule chance c’est que Romney (imitant Hollande)  ne dit pratiquement rien sur rien et notamment pas sur ce qu’il faut faire en matière de coopération économique internationale. Autant dire que ces élections américaines sont en fait des élections pour rien malgré le tapage fait en France par des médias couchés devant les Etats-Unis.  Comme Hollande les deux candidats espèrent que la reprise est « round the corner » sans n’avoir rien à faire sinon un peu de chaleur électoraliste.

Les dirigeants du monde, de droite ou de gauche, américains ou non américains, français ou européens, croient qu’il est encore possible de fonctionner avec leurs petits réflexes politiques habituels dans un système de liberté absolue des mouvements de capitaux, de prêts régulés par l’avis des agences de notation, de monnaies administratives flottantes permettant des déficits et des excédents monstrueux, de gestion de zone de monnaie unique par une norme renforcée. Ils se trompent.

Rien de tout cela n’est possible. La durée de la crise le prouve, en même temps que l’inanité des politiques menées depuis 2007. Les contradictions sont désormais nouées autour du cou des nouveaux responsables. La suite montrera que faute de dénouer les nœuds gordiens là où ils sont, les politiques fondées sur les habitudes politiciennes traditionnelles ne mèneront à rien de bon.

Les Etats-Unis seront bientôt paralysés par leurs déficits monstrueux.  Si on contraint les agences de notation à dire la vérité alors elles devront conclure à la faillite virtuelle de tout le système financier mondial.  L’Europe est en train de sombrer dans un cercle vicieux.  La France est plantée dans un mur fiscal dont les éboulis écrasent tout ce qui reste d’un peu vivant.

Le blocage est désormais presque total, presque partout.

C’est cette vérité qui s’est faite désormais jour.    

L’autre vérité qui elle se révélera plus tard est que cette situation est extrêmement dangereuse pour tout le monde et que de gros dégâts sont à venir si on ne parvient pas à surmonter les différents blocages américains, européens et français.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

La transcription des débats de Bretton Woods retrouvée

Grâce aux effort de Kurt Schuler et d'Andrew Rosenberg nous disposons désormais de la transcription des journées de travail de la conférence de Bretton Woods.   L'essentiel peut être consulté sur le site du  Center for Financial stability  à  l'adresse http://www.centerforfinancialstability.org/brettonwoods_docs.php

 

Nous invitons les curieux à s'intéresser à ces textes qui prouvent qu'en 1944 on avait une claire conscience des nécessités de la stabilité financière et de la coopération interétatique.

Le refus d'excédents ou de déficits excessifs est absolu.

Le FMI est bien une institution keynésienne mise en place pour à la fois éviter les erreurs de la fin de la première guerre mondiale et surtout éviter une seconde crise de 1929.

Le tout a fonctionné cahin-caha  pendant 26 ans pour le bien commun.  Jusqu'au jour où le chacun pour soi a été rétabli avec la mise en place du système absurde de monnaies administratives  dont la valeur externe est laissée aux pulsions de marchés financiers et monétaires prétendument libres.

L'introduction des changes flottants est une des erreurs majeures de notre temps.

Relire les motivations qui ont poussé à créer un système de changes fixes et ajustables de façon concertée  est la manière la plus sûre de comprendre pourquoi le système actuel ne fonctionne pas et pourquoi le  retour à une concertation des Etats autour de changes fixes mais ajustables, sans déficits et excédents majeurs, est la priorité absolue.

Faute de l'avoir compris les dirigeants qui se rencontrent en vain au G.20 ont empêché toute solution de la crise économique actuelle.

Il faut en revenir à un Bretton Woods, mais sans monnaie nationale pivot, et sans droit de veto des Etats-Unis.

 

Cercle des économistes E-toile.   

 

 

A lire :

The Bretton Woods Transcripts

Edited by Kurt Schuler and Andrew Rosenberg

 

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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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