Châteaux en Espagne

Comme nous l'avons expliqué depuis 5 ans le gonflement artificiel et monstrueux de la dette mondiale du fait des défauts du système monétaire international est la cause principale de la crise. La dette est en fait de la monnaie de banque, dont la contrepartie est l'épargne des citoyens. La déflation, c'est à dire la réduction de la dette, des dépôts et de la monnaie, peut toujours prendre un caractère cataclysmique et entraîner une grande dépression mondiale. Il est donc normal qu'on fasse extrêmement attention à la manière de liquider les excès de crédits.

Pour donner une mesure de la difficulté, la dette globale mondiale actuelle doit se situer autour de 100.000 milliards de dollars, dont environ 10% n'est gagée sur rien. C'est à dire qu'il n'y a aucun flux de trésorerie à espérer dans le futur pour rembourser.  Pour faire large, cela représente à peu près le PIB de la France.

Le capital des banques mondiales étant très inférieur à cette somme, on peut dire comme nous l'affirmons depuis le blocage de l'été 2007 du marché interbancaire que le système bancaire mondial est virtuellement en faillite.

D'astuces en ficelles, de contournements en expédients, les états essaient de masquer la réalité. En vain. La panique est partout qui entraîne des mouvements de protection de la part des épargnants qui aggravent les difficultés.  L'immobilier a doublé de valeur, comme l'or.  Les Grecs comme les Espagnols ont leur épargne en Allemagne ou en Suisse.

Madame Lagarde, du FMI, donne trois mois à l'Europe pour sauver l'Euro alors que la sortie de la Grèce du système pend au nez de tous.

Aujourd'hui les banques espagnoles sont en premières lignes. On "débloque" par des moyens peu clairs 100.000.000.000 pour les recapitaliser.  En un mot on ne constate pas la perte de 100 milliards d'Euros du système bancaire espagnol (en fait la perte est à peu près trois fois cela si on actait la décote de tous les actifs immobiliers à une valeur de vente possible). On fait de la dette masquée pour combler des pertes.   

Cinq ans déjà que l'on joue à ce petit jeu aux quatre coins de la planète.

Et toujours pas une seule analyse des mécanismes de cette dette fantasmagorique  et aucune mesure prise contre ses causes !

Le plus poétique dans l'affaire auront été le résultat des "stress tests" et les notes données par les agences de notation. Mensonge ? Illusion ? Bêtise ? Cynisme ?

Pendant ce temps là,  la presse s'occupe des "Tweets" du harem. On a Les lettres Persanes qu'on peut.   

On ne peut même pas dire qu'on danse avec grâce sur un volcan.   Le Fandango a du plomb dans l'aile.

Les thèses du Pr. Antal Fekete

Singulière expérience que de retrouver dans un livre récent presque mot à mot les thèses que nous défendons inlassablement dans la blogosphère depuis 1996. Ce livre est "le retour au standard or" du Pr Antal Fekete.  

Il tient, comme nous, que les crises ont une source principale : des dérèglements monétaires.

Il signale, comme nous, que le début de la crise est la décision de Nixon de couper le cordon entre or et dollar, introduisant un cours forcé de la monnaie administrative sur sa zone  et des cours flottants entre les différentes monnaies administratives.

Il montre, comme nous, que le FMI a perdu progressivement tout son rôle statutaire.

Il critique comme nous la Doxa imposée aux Universitaires qui veulent enseigner et aux économistes de cour et de média. Il montre la quasi impossibilité de faire carrière sans soumission à cette doxa imposée par les banques et les Etats.  Il charge les économistes officiels d'être des taiseux intéressés quand ils ne sont pas "vendus" aux intérêts bancaires et étatiques.

Il est très clair sur le fait que la  crise qui s'est étendue depuis la chute de Lehman-Brothers n'est pas une crise des subprimes,  des règles comptables ou des bonus et qu'on n'a toujours pas pris la moindre mesure  correctrice utile ce qui explique la durée de la crise. Une thèse que nous serinons sans relâche et qui et une des vocations de ce blog.

Il démontre facilement, comme nous-mêmes,  que la production d'or aurait permis de garder le rythme d'une croissance équilibrée dans les 50 dernières années, sans les pénuries annoncées par les sectateurs de la monnaie administrative à cours forcé.  

Bref l'auteur est de ceux qui comme nous considèrent que nous sommes arrivés à une forme d'explosion du système de monnaies administratives, gérées par des gnomes,  et s'échangeant entre elles sur des marchés à cours flottants.

Bravo et merci !  On se sent moins seul. Peut-être ceux qui nous lisent auront moins l'impression que nos thèses sont trop personnelles et aventurées, malgré leur rigueur intellectuelle et leur adaptation aux faits . Des économistes regardant les faits et eux seuls arrivent aux mêmes conclusions, ce qui est plutôt réconfortant.

Quels sont les points où l'auteur va plus loin que nous et ceux où nous divergeons ?

Sur le passé, l'auteur remarque que le 19ème siècle a été pendant tout le temps où l'or a continué à circuler librement nationalement et internationalement, un moment de croissance régulière globale de 5% l'an.  Certains calculs aboutissent plutôt à 3%. L'auteur oublie le cycle et les crises récurrentes qui étaient à l'époque particulièrement forte. On pouvait subir des reculs de PIB de 30 à 40% !  

Il attribue la responsabilité de la guerre de 14 aux mesures de 1909 sur le cours forcé/cours légal des principales monnaies. En fait c'est la crise de crédit terrible qui touche les Etats-Unis un peu avant qui expliquent les mesures prises et la guerre a des causes externes à la question monétaire. En revanche il voit juste lorsqu'il signale que la monnaie administrative à cours forcé a permis de maintenir la guerre totale pendant très longtemps, alors que faute d'or, elle se serait arrêtée plus tôt.   

Il analyse l'échec du retour à l'étalon or de la fin des années 20 par le refus de recréer un marché des créances obligataires  ou d'escompte rattaché à l'or. Cette décision aurait été  secrète. le but était de dégager les Etats de leur sujétion vis-à-vis de l'or. Les états ne voulaient pas que l'épargnant privilégie les créances privées remboursables en or pour fourguer son papier monnaie.  Du coup la licence de création de monnaies administratives a créé un emballement des dettes qui a fini par exploser en 29, alors que les dettes de guerre restaient énormes et généralement irrécouvrables. Nous sommes plus nuancés : la crise est directement liée au gold exchange standard et aux doubles pyramides de crédit qu'il a permis. Mais il était à peu près impossible de revenir à un pur étalon or, ce dernier ayant été capté par un seul pays, les Etats-Unis.  

Il est vrai qu'il défend le rôle des effets-or (titre à trois mois gagés sur l'or et pouvant se négocier internationalement)  avec des raisonnements très clairs et démontre qu'en l'absence de ce mécanisme de produits dérivés de l'or, un système d'étalon or ne peut pas fonctionner bien. L'auteur croit au rôle indispensable d'une chambre de compensation de créances-or à 90 jours, sur une base nationale et internationale.

A contrario le développement des effets-or permettait de financer les salaires et le plein emploi. L'auteur associe chômage structurel et monnaies papier à cours légal exclusif.  "L'évidente porte de sortie est la résurrection du Fonds des salaires qui permettrait la circulation spontanée des Effets réels qui ont été utilisés pour la dernière fois en 1914". "Un vrai effet-or pour être utile doit mûrir en un instrument financier supérieur. Sinon il ne circule pas. Par conséquents la réhabilitation des effets signifie la réhabilitation simultanée du standard-or les deux allant ensemble comme une main et un gant".

Sans nier le moins du monde la réalité de ce raisonnement, il convient de noter que les trente glorieuses ont été possibles sans ce mécanisme. Mais il y avait une certaine forme de rattachement général des monnaies à l'or, même si c'était via le dollar lui-même rattaché, et les changes étaient fixes même s'ils restaient ajustables. Bien sûr comme nous l'avons expliqué dans différents billets  ce système finira par exploser. Mais, corrigé, il nous semble devoir rester un bon système, sans nécessairement passer par un étalon-or pur et dur.

Antal Fekete défends aussi l'idée que les taux d'intérêt très bas sont destructeurs de l'emploi et de la prospérité. Nous avons-nous-mêmes défendu cette thèse contre Alan Greenspan dans les années 90 et au début des années 2000. Une sorte de croyance populaire assimile  taux très bas à prospérité. En vérité les taux très bas anéantissent le capital  qui disparait. Pourquoi conserver du capital stérile ? Les taux d'intérêts trop bas ne peuvent que financer des bulles qui explosent au final.    On répète dans les cours d'économie que la baisse du taux d'intérêt fait hausser les cours d'action.  Il suffit de constater aujourd'hui que les taux sont historiquement bas EN MEME TEMPS que les bourses sont au plancher ! Paradoxe ? Non, normalité.  Les taux d'intérêt trop bas poussent les banques à enflammer le marché des prêts donc des dettes pour se rattraper sur la quantité. Les risques augmentent. Ensuite elles réclament des taux de refinancement nul ou même négatif pour refinancer leur dette, ouvrant un cercle vicieux mortifère.

D'où cette phrase à donner à méditer aux étudiants en économie : "Le secteur financier a siphonné les capitaux des comptes de production". Puis  : "La crise bancaire actuelle est le résultat du nettoyage des capitaux du secteur financier, par le même processus qui a anéanti les capitaux du secteur de production".

Au passage l'auteur aborde une question que nous avons également traitée : la vente au plus bas de l'or de la France par Nicolas Sarkozy. Cette mesure incompréhensible et dommageable n'a, pour l'auteur, qu'une raison : complaire aux Etats-Unis décidés à éviter que le dollar se fracasse sur le mur de l'or. " En vendant le patrimoine de la France , Sarkozy s'est exposé comme le petit caniche du gouvernement américain".  Un peu plus tard il voudra imposer les "subprimes à la française" sur le modèle américain… RIP !     

Point intéressant, notre professeur attire l'attention sur les conséquences d'une augmentation de la dette au delà de 100% du PIB en système de changes flottants de monnaies administratives.  Alors qu'en régime d'étalon or un accroissement de 1% de la dette entraînait un accroissement de 3% du PIB, ce chiffre est devenu de plus en plus faible pour devenir négatif en 2006, précédent et annonçant la crise. Au fur et à mesure que la dette globale dépassait  250 puis 300 puis 350% du PIB l'ajout de dette entraînait progressivement non plus une croissance du PIB mais un recul !  

Rappelons que pour nous l'observation du gonflement de la dette globale a été le moyen le plus simple de prévoir la crise. "la production marginale de la dette est un tyran sans imagination"."Les débuts discrets de la dette irrécupérable se sont transformés en un édifice colossal".  

Finalement comme en sortir ? La solution du professeur Fekete est moins simpliste que le simple retour à l'étalon-or.  Elle consiste à permettre d'ajouter à la circulation monétaire papier une circulation de monnaie d'or et surtout de papier commercial rattaché à l'or.

C'est là une question  majeure : faut-il par exemple en Europe où les défauts de l'Euro sont patents et étouffent certains pays ajouter une autre monnaie de papier, l'Euro jouant dans ces pays  le rôle de réservoir de monnaie forte et tenant en quelque sorte le rôle de l'or ?  Ou faut-il carrément mettre l'Euro en concurrence avec l'or permettant à la fois d'assécher une partie de la dette grâce à l'or monétisé, d'augmenter la liquidité disponible et de rétablir la confiance dans les transactions ?

On reprochera à ce livre une tendance à voir des complots et à traiter de voleur une partie des élites monétaires. Mais il met sur la place publique des réflexions fondamentales et qui, de surcroît, corroborent sur beaucoup de points notre propre réflexion publique, même si elle diffère sur d'autres.

Nous ne saurions donc trop en recommander la lecture.  

 



Economie et politique

Un de nos lecteurs nous envoie un texte incendiaire sur le thème suivant : "tant que vous traitiez d'économie je vous lisais avec plaisir. Vos articles étaient originaux et m'apprenaient différentes choses qu'on ne trouve pas dans la presse. Mais lors des élections vous avez pris parti contre le Parti Socialiste, et vous faites de la politique. Vous vous êtes mis hors jeu".

Cette attitude est tout à fait classique. Nous l'avions déjà remarquée, dans le sens inverse, lorsque nous intervenions sur le forum du Monde. En 1997, c'était un gouvernement de gauche qui tenait les manettes et qui enchaînaient les erreurs. La dénonciation de ces erreurs plaisaient aux intervenants de droite. Lorsqu'on est passé à un gouvernement de droite, la critique est passée à droite, au grand dam des précédents.

Les erreurs ne sont ni de droite ni de gauche, ou si l'on préfère, elles sont  de droite et de gauche.

Il faut avoir une grille de lecture dégagée des engagements partisans. On peut heurter les partisans des deux bords sans avoir d'a priori pour un clan ou un autre.

En 1997, lorsque nous avons commencé à intervenir publiquement,  la difficulté provenait de ce que la France ne se remettait pas du coup de massue fiscal gigantesque de M. Alain Juppé rendu obligatoire par les folies Rocard, la crise de 93 et les obligations de Maastricht.  Pour l'observateur indépendant, les remarques à faire étaient importantes :

- Au nom de l'Europe de Maastricht la politique monétaire était trop restrictive en France

- Personne n'ayant conscience du cycle, on ne voyait pas que la croissance repartait dans le monde et qu'elle était à nouveau  créatrice d'emplois

- La révolution économique chinoise et ses conséquences n'étaient pas perçues.

- Les effets pervers du gonflement global de la dette et de la création monétaire  étaient masqués par les conséquences de la récession de 93.

- La crise en France avait été payée par le secteur marchand et l'énorme bloc de l'emploi public au contraire du nécessaire s'était renforcé.

L'erreur était  patente dans le camp socialiste.

Le camp "néolibéral" n'était pas indemne.

Aux Etats-Unis et dans le monde anglo-saxons on commençait déjà à tresser des couronnes de lauriers totalement abusives à M. Greenspan. Le déversement de liquidité paraissait fabuleux. La faillite de LTCM avait été mise sous le tapis.  Les défauts du système monétaire international étaient glorifiés comme des avancées déterminantes. Clinton venait de déverrouiller les subprimes. On discutait de nouvelles avancées dans les produits dérivés.

L'Europe rêvait de l'Euro et le préparait sans que le débat ne vienne jamais sur la complexité de la gestion d'une zone monétaire.

La France de Jospin pensait que "la fin du travail" était arrivée et qu'il fallait accroître encore les impôts tout en réduisant la durée du travail.

Lorsqu'on quand on critiquait la politique monétaire globale anglo-saxonne on était un "communiste", un anti européen maléfique si on évoquait les contraintes excessives de Maastricht et les illusions associées et un "fasciste" si on osait critiquer les mesures malthusiennes prises par le gouvernement Jospin.

En vérité, avec le retard classique, les esprit baignaient encore dans les affres de la crise de 92-93 ("Horreur économique", "fin du travail", etc.) et personne ne comprenait ce qui se passait sur le terrain, malgré des avertissements solides :

- L'affaire LTCM montrait qu'on ne maitrisait plus la finance.

- La crise dite des pays émergents allait montrer que le système monétaire international était en capilotade et ne survivait que par une fuite en avant permanente.

- L'affaire de la cagnotte montrait que les mesures prises par DSK allaient complètement à contrecourant du nécessaire.

Démontrer tout cela était difficile du fait des aspects en apparence contradictoires de la réalité :

- Comment dénoncer le gonflement démentiel de la liquidité internationale alors que les prix à la consommation n'augmentaient pas massivement et que Trichet menait une politique presque déflationniste ?

- Comment dénoncer les effets des 35 heures alors que le dispositif mis en place décalait dans le temps les conséquences (l'étouffement viendra en 2000 pas en 1997) et que la phase haute du cycle entraînait une hausse globale de l'emploi partout dans le monde et donc aussi en France ?    

On voit bien aujourd'hui que c'était à ce moment là qu'il fallait prendre de nombreuses mesures correctrices :

- Comprendre les méfaits des changes flottants et de la licence monétaire internationale et y mettre fin

- Arrêter le processus de Maastricht en privilégiant une monnaie de référence commune à une monnaie unique et en évitant l'abaissement totale des barrières douanières et en limitant les mouvements de capitaux à court terme

- Réformer en profondeur la France en dégonflant le secteur public, en réduisant dépenses publiques dettes et impôts, notamment dans les régions et en réformant drastiquement le système des retraites et la sécurité sociale.

C'est exactement l'inverse qui a été fait.

Toute dénonciation de ces erreurs se heurtait directement  aux choix idéologiques et politiques des uns ou des autres , voire parfois de tous les camps réunis.

Pour un socialiste le non travail et la surimposition c'est bien par nature. L'étouffement de l'entreprise sous un flot de contraintes légales, pénales, fiscales, écologiques, c'est formidable. Contredire cette vision était un acte d'hostilité.

Pour un libéral de droite, "qui connait l'économie", les folies boursières, les changes flottants, tout ce qui vient des Etats-Unis, Greenspan, c'est le bien. Contredire ce crédo était là encore  un acte d'hostilité. Avoir dénoncé par exemple les stocks options pour les entreprises du CAC sera considéré par nos soutiens du forum du Monde  comme une concession horrible à l'esprit "socialo-communiste".

Faut-il s'arrêter à ces considérations politiciennes ? Nous avons toujours pensé que non. La vérité n'est ni de droite ni de gauche.  Pas plus hier qu'aujourd'hui. Il y a fort à parier que dans quelques temps nos commentaires actuels passeront pour une évidence dont on comprendra mal qu'elle ait pu échapper à qui que ce soit.  

La politique pose à l'économie une grave question :  si les politiques ne comprennent pas ce qui se passe et prennent des mesures mal inspirées, est-ce le fait des électeurs qui exigent ce qu'ils attendent ou est-ce un problème d'expertise absente de la part d'une élite défaillante ? La démocratie joue-t-elle contre elle-même, si tant est que la prospérité soit un élément souhaitable de la démocratie ?

Les périodes électorales sont intéressantes de ce point de vue.

En 2007 nous avertissons Nicolas Sarkozy et son clan que la crise est à nos portes qu'elle sera grave, qu'il faut s'y préparer et qu'il faut surtout éviter d'affirmer que l'on gonflera le taux de croissance alors qu'on sera en pleine tempête. Il gagne en faisant campagne pour la rupture avec le "roi fainéant". Très bien. L'ennui c'est qu'il ne la fait pas et qu'il prend la crise en plein visage.

En 2012 c'est une campagne ignoble qui se met en place. Les deux camps considèrent qu'il ne faut rien dire des réels problèmes  et des politiques réelles qu'ils mèneront.  On sombre dans la chasse aux boucs émissaires et on multiplie les "cadeaux" débridés au peuple.

Désolé, à droite. L'absence de toute compréhension de la crise, de toute solution annoncée pour les problèmes mondiaux et européens, et le déversement de mesures catégorielles pusillanimes, ajoutés à une campagne de stigmatisation des étrangers, boucs émissaires de la crise, formaient un cocktail nauséabond.

Désolé, à gauche. L'absence de toute notion de ce qu'il faut faire pour réformer l'économie mondiale, notamment en matière monétaire et  l'absence, autre qu'incantatoire, de toute politique de réforme européenne, ajoutées à une chasse aux sorcières menées contre les "riches" qui paieront la crise au prix de mesures vexatoires et confiscatoires, formaient un cocktail nauséabond.

Oui nous trouvons abject, positivement abject,  la stigmatisation  éhontée de boucs émissaires. Les "ratonnades" qu'elles soient fiscales ou xénophobes, sont insupportables et doivent être dénoncées.

Oui nous trouvons consternant l'absence totale de compréhension des défectuosités françaises, européennes et mondiales et qu'on ne songe qu'à les aggraver ou à ne rien faire.

Bien sûr la politique c'est la capacité d'un clan à porter sur le pavois le plus malin des petits malins du groupe.  Cette logique là est rarement celle de l'intérêt national. Entre "que dois-je annoncer pour être élu" et "que faut-il faire pour le bien public", toute ressemblance ne saurait être que le fruit du hasard et d'une coïncidence improbables et involontaires.

"Cadeaux au peuple" et "dénonciation hargneuse de boucs émissaires" ont été les deux mamelles des élections présidentielles de 2012. Ces élections auront été les pires qu'on puissent imaginer de ce point de vue et déshonorent les deux candidats, M. Sarkozy dont on espère maintenant un long silence et M. Hollande,  dont on ne peut espérer qu'une chose : qu'il trahisse ses promesses inconsidérées.

Oui, nous le disons, ni M. Hollande, ni M. Sarkozy ne sont à la hauteur du poste.  La campagne victorieuse du premier en 2007 laissait voir que son quinquennat serait raté. Il l'aura été. De demi mesures en demi reculs, il ne sera arrivé à rien. La campagne victorieuse de M. Hollande fait craindre le pire.  Il a une personnalité à la Janus : une face aimable et virevoltante qui lui vaut ses succès féminins et l'aura rigolarde du turlupin sympathique prêt à toutes les farces ;  une face dure, volontiers cynique et sectaire, manipulatrice et fuyante, qui  justifie qu'on emmêle tout et rende tout inextricable.

Ceux qui ont été ses maîtres dans le supérieur ou ses superviseurs à la Cour des comptes disent : une couleuvre qui travaille peu et se défile brillamment.  Ceux qui ont subi sa gestion comme Premier secrétaire du PS gardent le souvenir d'une anguille, compliquant tout, divisant pour régner et pourrissant le reste pour se dégager de tous les pièges de la rue de Solferino.

Hollande a le côté Jocrisse de ceux qui fréquentent les riches en prétendant les détester. Il a une passion de lui-même et de sa réussite qui est la même que celle de Sarkozy. Il n'en revient toujours pas d'avoir été élu président, comme Sarkozy après son élection.  Autant dire que la compétence, la sérénité et la hauteur de vue ne seront pas plus au rendez-vous de cette élection qu'elles ne l'ont été de la précédente.

En revanche on continuera de faire feu de tout bois en croyant que l'assommoir fiscal fera passer tous les reniements.

Rappelons notre grille de lecture :

- Il faut réformer le système monétaire international et revenir à un système interétatique concerté de monnaies stables entre elles et ajustables par consensus sous la supervision d'un arbitre fort.

- L'Europe de Maastricht ne marche pas et doit être profondément remaniée avec une réforme radicale de la gouvernance de la zone Euro qui évite de sombrer dans la gestion par la dépression. Sinon ce sera l'explosion de l'Euro et probablement un recul définitif de l'idée européenne.  

- La France doit démanteler son moloch public et baisser radicalement dépenses publics, impôts et dettes, tout en faisant la paix avec son secteur marchand.

Si la politique va dans ce sens, elle est bonne. Sinon, elle aggrave la situation.

On aimerait que F. Hollande nous surprenne avec ce qu'on attend.

Quelles couronnes ne lui tresserions pas !   

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.  



Le chômage structurel en France

Il existe en France un chômage structurel important qui a commencé à s'installer à partir de 1968 et qui a atteint aujourd'hui des proportions gigantesques.

Si on regarde le cycle économique de 8-10 ans, on s'aperçoit que désormais, en phase haute, on ne parvient pas à descendre au dessous de 7% de chômage (définis en termes officiels). En phase de récession on monte à 10%.  En un mot les taux de croissance les meilleurs ne permettent pas de baisser de plus de trois points le chômage. Les catégories au chômage sont toujours les mêmes : les faibles (jeunes, vieux, immigrés, femmes).

Autre regard sur la même réalité, le nombre de salariés dans l'économie française se situe entre 15 et 16 millions selon les statistiques et les définitions. Pour une population de 65 millions d'habitants nous devrions, aux taux usuels rencontrés dans les pays comparables, en avoir entre 22 et 27 millions. Il nous manque donc structurellement entre 5 et 10 millions d'emplois salariés.

Dernier regard sur la même réalité, on constate qu'il y a en France environ 7 millions de personnes en âge de travailler qui vivent en général dans la pauvreté aux marges du système, le plus souvent aux crochets de l'état.

Cette situation est évidemment dramatique et explique en partie le poids de la dépense publique, de la dette, des déficits extérieurs, etc.

Quelles sont les explications possibles de ce chômage structurel ?

1. La préférence pour le non travail et le travail public

- La préférence pour le non travail

Bien que l'habituelle compassion explique que le chômage est toujours subi, il est tout à fait clair que la décision de travailler ou non est largement rationalisée par les ménages concernés. On l'a vu avec l'échec du RSA. Différentes populations préfèrent une vie certes modeste mais sans travail, plutôt que les risques et peines d'une situation où l'on travaille sans gagner plus et en perdant divers avantages. On évoque des ménages étrangers qui viennent pour les allocations diverses : ils gagnent généralement plus à ne rien faire en France qu'à travailler dans leur pays. Mais la majorité des ménages qui font ce calcul sont bien français.  Une des catégories les plus importantes est formée par les femmes isolées avec enfants qui s'installent dans une vie presqu'entièrement subventionnée sans chercher de travail sinon au noir.

A l'autre bout de l'échelle on trouve des ménages qui font le choix temporaire de la non activité en profitant des allocations reçues. Il est devenu très rentable en France de se faire licencier avec des fortes indemnités, qui jusque récemment n'étaient même pas considérées comme des revenus dont non soumises à impôt. On voit donc des cadres même supérieurs, même sur-diplômés, même dans des âges de pleine activité, se mettre en année sabbatique payée par les indemnités  pour une voire deux années.

- La préférence pour l'emploi public

C'est devenu depuis la crise de 74 la tare française. L'essentiel des gros bataillons de l'université cherche son salut dans l'emploi public. Le clientélisme régional et le népotisme jouent dans le même sens dans les provinces. Le député, le conseiller général, le conseiller régional, le maire sont devenus les pourvoyeurs d'emplois locaux où l'on travaille peu pour des rémunérations plus que sérieuses. On sait qu'à Paris les fonctionnaires travaillent environ un jour ouvrable sur deux et qu'on peut se poser des questions sur la réalité de ce travail. Quand on est 50.000 à faire un travail qui n'exigerait pas plus de 15.000 emplois, on ne se foule pas trop. Mais le jardinier municipal de Toulouse n'est pas non plus cassé par un travail excessif. Surtout quand la chasse est ouverte ou quand il faut aller aux champignons.

Cette préférence est symbolisée par le nombre des candidats, et leur niveau, qui concourent aux examens pour certains postes publics. L'ampleur des candidatures pour être postier, avec de nombreux bac+4 ou 5, en témoigne. On forme jusqu'à 25 ans et à grands frais des gens dont l'aspiration est de porter des lettres de boîte en boîte. Du temps de "jour de fête", c'était l'idiot du village qu'on mettait à ce travail par compassion. Maintenant à moins d'une maîtrise de psychologie, il n'y a rien à faire pour avoir le poste !

Une règle de pouce veut qu'un emploi public tue deux emplois privés. Il faut évidemment le financer et qui paie sinon in fine le système non public ?  Le secteur public ne se nourrit pas en autarcie.

Le résultat est connu : nous avons un secteur public totalement disproportionné qui consomme  une part déraisonnable de nos ressources.  La régionalisation a de plus permis un empilement de doublons administratifs sans limite.  Près de deux millions d'emplois publics ont été créés depuis 1974 quand on tient compte des postes dans les associations directement subventionnées par les politiques. En même temps l'emploi marchand a quasi stagné.

 

2. Le SMIC et la surfiscalité

 - Le Smic et les coups de pouce

Nous renvoyons aux autres articles que nous avons écrit sur ce blog sur la question du SMIC.  Un salaire minimum n'est pas en soi une catastrophe. S'il a pour but la protection contre certaines formes de prédations, il est même indispensable. La France avait mis en place, sous l'influence de la droite, un salaire minimum garanti, qui était indexé sur l'inflation et régionalisé. Ce système ne posait pas de problème. En maintenant un avantage de compétitivité il favorisait la décentralisation. Et l'abus restait sous contrôle avec une borne suivant l'inflation. Ce filet de sécurité n'était pas le plus important. Ce sont les accords de branche qui fixaient, en fonction des réalités du terrain, les salaires minima professionnels qui étaient réajustés par négociation en cas d'accord général des parties prenantes.

Le drame viendra du changement de philosophie : le salaire minimum ne devait plus être simplement une sécurité mais un moyen de politique de revenu et un élément majeur de l'énarchie compassionnelle et de la démagogie politique avec les célèbres "coups de pouces". La droite, car c'est toujours la droite qui a été à la manœuvre dans ces affaires, a alors pris toute une série de mesures dramatiques pour l'emploi. L'indexation n'a plus été faite sur les prix mais sur la croissance. La salaire minimal est devenu national. Chaque élection a été l'occasion d'un cadeau national aux salariés. Du coup près du tiers des salariés du privé se sont retrouvés au SMIC ! Toute la hiérarchie des salaires s'est trouvée écrasée. Les conventions collectives se sont trouvées déclassées, les salaires conventionnels trainant  très loin en dessous des valeurs du SMIC. Le dialogue social sur les salaires a disparu. "Tous smicards", tel était le slogan vécu par les salariés.

L'ennui c'est que le salaire étant l'assiette de très forts prélèvements, le salaire net du smicard était accompagné d'un coût du même montant en charges. Le "double fiscal  du salarié français" coûtait aussi cher que le travailleur.

Pour le politique c'était tout bénéfice : il passait pour un gentil et "achetait" le vote des petits salariés. Dans le même temps il réduisait les déficits de la sécurité sociale et engrangeait des ressources fiscales.

Le coup de ciseau sur l'emploi était phénoménal. Pendant trente ans, jusqu'à la détaxation partielle des bas salaires, cette machine à créer du chômage structurel a fonctionné à plein régime.

 

- L'hyper fiscalité

Nous venons de voir que l'emploi salarié était, de tradition en France, surtaxé. La France ruinée par la guerre ne pouvait prélever que sur la richesse en train de se faire. Elle a pris l'argent à la source : sur l'entreprise.

Tant que le prélèvement global est resté à 30-35% du PIB, l'effet sur l'emploi n'était pas trop grave. Mais nous sommes passés après le septennat fiscal de Giscard et après le programme commun de gouvernement socialo communiste à 45% du PIB. L'énormité de ce prélèvement, compte tenu de sa concentration sur l'entreprise et l'entrepreneur, a rendu impossible toute politique de développement économique et réduit comme une peau de chagrin les capacités d'emplois nouveaux.

Compte tenu de son coût le poste de travail devait désormais  être fabuleusement productif pour se justifier.

Et l'entrepreneur avait de moins en moins de ressources disponibles pour son entreprise.

Le capitalisme français était devenu un capitalisme sans capitaux et sans emploi. Inutile d'aller très loin pour comprendre pourquoi il manque 5 à 10 millions d'emplois salariés en France et que nous n'avons pas de Mittelstand à l'allemande, un réseau serré de grosses PME de 500 à 5000 emplois.  Et oublions les PME exportatrices.

 

5. La surprotection de l'emploi salarié et les 35 heures

Une des curiosités françaises est le goût pour le salarié, objet de toutes les tendresses alors que le travailleur indépendant est laissé à la dureté des conditions. L'idée, grotesque, que la salarié est dans une situation de domination et doit grâce à la puissance publique se dégager de ce servage par des mesures outrancières de protection a fait des ravages.  Au lieu que l'entreprise soit un lieu de contrat libre, entre un employeur disposant temporairement d'un emploi possible et d'un employé désireux de le satisfaire pour la durée possible,  c'est devenu un enfer où tout engagement vaudrait à vie sauf indemnisation délirante, étant bien entendu que le salarié aurait toujours raison et ne pourrait pas être réellement commandé, sous peine de risquer la prison pour harcèlement moral.    

La situation est d'autant plus grotesque que l'emploi est concentré pour les raisons dites plus haut sur la qualification, seule condition de la compétitivité, et que le drame des entrepreneurs a toujours été et reste de trouver des collaborateurs compétents et motivés, alors que les talents ont tendance à sauter d'une entreprise à l'autre. La mondialisation a aggravé le phénomène, la compétition pour les talents devenant mondiale.  

Un chef d'entreprise aujourd'hui n'est pas un garde chiourme s'appuyant sur des porions pour exercer d'abusives pressions sur de malheureux esclaves.  Il remet sans arrêt sur le métier la composition d'une équipe gagnante sur des marchés en hyper concurrence.

Les tracasseries administratives et sociales sans limites qui accablent l'entreprise ont eu immédiatement un effet pervers : la fin des CDI ! Les contrats à durée indéterminée ont rétréci au profit des solutions temporaires : CDD, intérim, faux stagiaires, travail au noir etc.  

Quand l'emploi  est laissé à l'appréciation des fonctionnaires-juges, il n'y a plus de politique de l'emploi, mais un sauve qui peut général.

Du coup on retrouve à la marge des conditions d'exploitation exécrables, l'absence d'emplois conduisant les candidats au travail à accepter l'inacceptable.  Qui ne connait des stagiaires (le stage est devenu obligatoire dans le cursus universitaire, fournissant une masse de candidats) travaillant 12 heures par jours et sollicités sous peine d'exclusion de venir travailler gratuitement la nuit, le samedi, le dimanche et les jours fériés ?  Certaines entreprises ont ainsi créé des parcs à stagiaires corvéables à merci faisant du travail à bas prix à la place d'emplois normaux. Quel progrès !  Ne parlons pas des parcs à intérimaires etc.

Sur les 35 heures, mesure dramatique et dont nous ne cessons de payer le prix, nous ne reviendrons pas ici. Tout est dit et connu.

Encore bravo à tous ceux qui ont conduit ses politiques! Le non-emploi  a gagné : le manque à gagner en création d'emplois se compte par millions, pas par dizaines. Mais les manques à gagner ne se voient pas et sont donc hors du champ médiatique et politique.   

 

4. Les conséquences d'une mondialisation sans écluses

L'ouverture totale à la concurrence des pays à bas salaire qui a été le credo invincible des européistes depuis 1973 a été particulièrement problématique pour la France dont la fiscalité pesait majoritairement sur les entreprises. Elle s'est retrouvée sans possibilité de combattre à armes égales avec les autres.

Ajoutons les contraintes d'un Euro globalement flottant et néanmoins globalement surévalué et le drame de l'emploi français est noué.

Il nous reste un quarteron d'entreprises internationales qui font l'essentiel de leurs bénéfices à l'étranger, avec des rémunérations folles pour leur dirigeants. Et une cohorte éparse d'entreprises étranglées, globalement sans trésorerie, avec des taux de marges très faibles, harassées par les normes, les contraintes, les règlementations, les surprotections, dont les propriétaires sont accablés d'impôts qui les force à vendre leurs biens et à ne pas investir, alors que la crise les ruine et que le crédit devient impossible.

Alors les usines ferment les unes après les autres. Le patrimoine français passe aux mains de l'étranger.

Le Français, né malin applaudit des deux mains et crie vive l'impôt !,  non à l'entreprise privée ! , vive l'état !, vive les postes de fonctionnaires !

La France, elle, crève.

 

Peut-on hiérarchiser les causes du non emploi massif que connait la France avec ce manque à gagner colossal de 5 à 10 millions d'emplois marchands ?  

On l'a vu. Toutes ces causes se combinent pour créer un chômage structurel que même la croissance ne pourrait entamer sérieusement.

Pour le réduire il faudrait donc frapper tout azimut et simultanément.

- Il faut revenir à une notion de salaire minimum de protection négocié par branche et hors des pattes des énarques qui nous gouvernent. La politique salariale doit être laissée à la libre négociation entre les partenaires sociaux sans intervention de l'état.

- Il faut revenir à une notion de l'emploi très simple : l'entreprise ne doit que le salaire du salarié tant qu'elle peut l'employer. Les indemnités de licenciement, qui sont une aide sociale au reclassement, doivent être fixées nationalement à trois mois indépendamment de toute autre considération. Si l'entreprise veut aller plus loin pour finaliser une sorte de "golden hello" propre à fidéliser les talents qu'elle emploie, c'est son choix et cela doit rester à la libre appréciation des parties.     

- Il faut indemniser le chômage de façon temporaire et non pas pérenniser les aides permanentes au non emploi.   

- Il faut transférer sur la consommation l'essentiel des charges qui pèsent sur l'emploi

- Il faut réduire la part du secteur non marchand dans l'emploi et donc impôts et dettes.

- Il faut revenir aux quarante heures,, ne pas hésiter pour une retraite par points à 67 ans et laisser le reste aux discussions au sein de l'entreprise.

- Il faut un tarif extérieur commun intelligent aux frontières de l'Europe

- Il faut un euro compétitif.

- Il faut réduire massivement l'état (central et région)  et les institutions de sécurité sociale. Faisons baisser les besoins de financement public qui capturent l'essentiel des ressources du pays et le forcent  à vendre ses actifs à l'étranger.

- Il faut arrêter la gestion par des normes absurdes qui, comme dans le cas de la poule pondeuse, conduise à casser l'emploi pour rien de sérieux.   

Diverses mesures ont été dans le bon sens ces dix dernières années. Mais il y en a eu si peu et si timides !

Le nouveau gouvernement arrête toutes les mesures timides prises par le gouvernement précéédent ou en prend leur contrepied  (retour sur la retraites à 62 ans, fin de la RGPP, recrutement massif dans l'éducation nationale etc.). On accélère la décentralisation. On reparle des coups de pouces "raisonnables" au SMIC. On se lance dans des "ratonnades fiscales" contre les "riches". 

Personne n'a honte.

Nous allons donc consolider le non-emploi en France, sur fond de crise aggravée. Certains croient que la pyramide des âges, marquée par le vieillissement de la population,  va nous sauver. Moins de candidats à l'activité donc plus de chances de trouver du boulot pour ceux qui restent ! C'est exactement l'inverse. Sauvy l'a parfaitement démontré.

Le chômage structurel  va donc encore croître et embellir, désagrégeant le tissu social.

L'oeuf, la poule, la crise et les droits de l'homme

"Du jamais-vu. Biscuitiers, pâtissiers, fabricants de pâtes alimentaires et industriels de la panification sont confrontés à une pénurie d'œufs en Europe. La situation va continuer de s'aggraver, pour atteindre un déficit de 20% en juin, selon le Comité européen de gestion des produits avicoles".

«Malgré les difficultés rencontrées par de nombreux éleveurs pour s'y conformer, la Commission européenne ne tolère aucun assouplissement quant à l'obligation depuis le début de 2012 de mise aux normes des cages des poules pondeuses », regrette la Coordination rurale (CR) dans un communiqué diffusé mardi. Le syndicat « dénonce l'irresponsabilité de cet entêtement, qui conduit aujourd'hui à une pénurie d'œufs en Europe sous prétexte de mieux-être de nos poules européennes».

"La mise aux normes européennes «bien-être» des cages de poules a provoqué une crise de pénurie et logiquement une flambée des prix dans la filière œufs. En raison du coût des investissements, une partie des éleveurs a préféré jeter l'éponge. D'autres ont pris du retard et certains ont opté pour la retraite un peu plus tôt que prévu."

«Il manque 10 % de la production. Le pire est à prévoir au mois d'avril et je ne pense pas que la situation redeviendra normale avant octobre-novembre», commentait, début mars, Alain Le Pimpec, le dirigeant de la casserie d'œufs, Atlantic Ovo. Ses estimations se sont révélées exactes : son entreprise de Kernascléden (56) a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce. Selon le Syndicat national des industriels et professionnels de l'œuf (Snipo), Atlantic Novo traite 200 millions d'œufs par an pour un chiffre d'affaires de 12 M€. Entre 35 et 40 personnes travaillent dans cette société du centre-Bretagne.
La crise est européenne. La première casserie espagnole est en liquidation et deux casseries allemandes en redressement."

"Le Copa-Cogeca attire également l'attention de la Commission, du Parlement européen et des gouvernements de l'UE sur la cherté des aliments, qui représentent plus de 60 % du coût de production d'une volaille. Pour passer cette période difficile, l'industrie demande des mesures exceptionnelles, le temps que le marché retrouve son équilibre".

"Les organisations agricoles et coopératives européennes (Copa-Cogeca) ont averti, le 16 mars 2012 dans un communiqué, que la pénurie actuelle d'œufs dans l'UE accroît le risque d'importations en provenance de pays tiers qui ne respectent pas les nouvelles normes européennes de bien-être des poules pondeuses".

« Alors que 20% des besoins de l'UE ne peuvent plus être satisfaits à ce jour, la Commission évoque la possibilité de recours à des importations de pays tiers (Etats-Unis, Mexique, Turquie), mais relativise en précisant avec légèreté qu'il s'agit « sans doute d'une tendance de court terme, pour répondre à la pénurie sur le marché, plutôt que d'un changement permanent ». Ainsi, les consommateurs devront donc consommer des œufs produits avec des normes de bien-être animal et sanitaires bien inférieures à celles qui étaient jusqu'alors pratiquées en Europe ! Est-ce cohérent  ?», interroge la CR.

"Alors que les éleveurs européens ont investi plus de 5 milliards d'euros dans la mise aux normes de leurs installations et que l'UE bannit la production de ceux d'entre eux qui ne l'ont pas fait, il est absurde de ne pas appliquer les mêmes standards de production aux importations".

"Tous les opérateurs sont exposés au manque de production et subissent de plein fouet la hausse de prix de matière première. On pourrait assister à des défauts de paiement ou à des ruptures de livraisons. Les entreprises qui exportent sur les pays tiers sont les plus touchées car elles subissent une concurrence déloyale". .

On pourrait ainsi continuer les citations de la presse de ces dernières semaines. Toute l'industrie agroalimentaire basée sur la transformation des œufs est en difficulté. En France, la pénurie a déjà coûté plus de mille emplois. Et plusieurs règlements judiciaires s'annoncent après déjà trois ou quatre faillites.

L'affaire est tellement représentative de l'esprit du temps qu'elle en devient exemplaire. Pendant la campagne, tous les candidats la main sur le cœur ont crié "l'emploi, l'emploi, l'emploi". Entre celui qui voulait aller chercher l'emploi avec les dents et l'autre qui voulait le financer avec l'argent des autres, c'est à qui irait le plus loin dans la surenchère.

On a même un Ministre du redressement productif, accordé à un "bavard" professionnel qu'il importait de neutraliser avec un maroquin. C'est dire l'importance du sujet.

Qui parle du redressement de la production d'œufs, protéine peu coûteuse pour temps de crise et de l'emploi des éleveurs ? Parions qu'on ne fera pas du redressement productif au cul des poules !

Et comment le pourrait-on puisque le sujet est hors de portée du gouvernement national.

Nos casseries sont à la casse du fait des tracasseries de la Commission de Bruxelles.

Monsieur "moi président", le très honorable Hollande, n'a rien à en dire, rien à en faire. Ce n'est plus son boulot.

Ah qu'elle était belle cette initiative qui a poussé au vote  unanime de la reconnaissance des droits de la poule. Pendant tout le temps où on discutait de la nouvelle "constitution européenne", les thuriféraires de la chose n'arrêtaient pas de bassiner l'électeur avec la "subsidiarité". L'Europe, c'est pour les choses cruciales disaient-ils. Pas pour les détails auxquels la dimension européenne n'apporte rien.

Nous vivons des temps où la compassion exige la multiplication des "droits à". Pour avoir des "droits de" il fallait une conscience et une autonomie d'action. Pour les "droits à",  la volonté du sujet de la législation n'est pas nécessaire. Alors on a inventé les "droit à" des animaux, à l'image des "droits à" des hommes.  Nous avons depuis 48 une charte internationale pour la prévention et la sanction des génocides. Pourquoi n'aurions pas une charte des droits des animaux  et une charte de la poule pondeuse ?

Quelques philosophes, sans doute ringards, se tuent à répéter qu'il faut hiérarchiser. Mais dans notre relativisme général, la poule vaut bien l'homme. L'examen des questions au gouvernement pendant les années 2000 sur cette question grave des droits de la poule pondeuse à 25 cm2 de plus dans sa cage, montre qu'il n'a pas manqué un parti pour "exiger" du gouvernement qu'il montre dans cette affaire toute sa diligence à faire passer dans les actes internes la merveilleuse directive de 1999.

Ah ! Quelle est belle, qu'elle est généreuse, la voix émue de l'élu(e) prenant la pose à la tribune devant un hémicycle vide pour crier ses exigences, son impatience, sa vertueuse indignation; devant les retards mis à satisfaire la poule pondeuse !

"La puissance de l'homme sur la poule lui commande des devoirs. C'est à la manière dont on traite la poule qu'on mesure le degré d'humanité d'une nation, d'un état, d'un régime. Voici venu le temps des droits de la poule et du citoyen ".  Voici venu le temps des Déroulède volaillers !

Le plus comique dans l'affaire est de voir la Bretagne, anciennement MRP et convertie désormais au socialisme européiste de rosaires et de rosières, frappée la première (mais hélas pas la seule) par l'effondrement de la filière. Le pays de l'or jaune rie jaune, à la grande joie mauvaise des Verts. La madeleine est à un carrefour, en croix et en pleurs.

Quelle serait touchante l'amicale claque du député "farouchement mobilisé pour l'emploi" sur le dos du patron ruiné et l'épaule de ses salariés au chômage et émouvant son discours : "Grâce à nous les poules ont Poule emploi, une jolie norme que nous avons voté à l'unanimité et qui prouve notre souci humanitaire. Elles auront désormais 25cm2 sous les pattes dans les cages agréées. Et vous vous aurez Pôle emploi et 25 cts de l'heure au RSA pour ranger les cages déclassées. Ne dites pas qu'on ne fait rien pour un monde meilleur".

Oh ! La normalisation de la cage n'a pas été une mince affaire. Il fallait au moins trente énarques, une centaine de spécialistes des 2x pays, et quelques Mamamouchi d'importance pour en valider les contours.

-"Mon cher je crois que l'orientation du cul des poules dans cette cage n'est pas absolument optimale"

-"Ma chère, votre sens des droits de l'homme est au plus haut. Comme vous avez raison. Le cul de poule c'est farouchement tendance pour un œuf constitutionnel et garanti par la charte".

- "Mon cher, vous parlez d'or mais je me demande si votre bouche ne commence pas, elle aussi,  à prendre un drôle d'air."

- "Ma chère, me prendriez-vous pour Balladur ? "

Bref, alors que la crise la plus grave depuis 1929 frappe la France, l'Europe, le Monde,  nous, nous cherchons la gloire dans l'affirmation rigoureuse et impitoyable des droits "humains" de la poule pondeuse, au prix du chômage de milliers de personnes dans l'Europe, d'une aggravation de la fiscalité, de la ruine de familles d'entrepreneurs, de l'inflation des prix à la consommation et de déficits extérieurs aggravés.

20% des poules pondeuses ont été abattues en Europe, le plus beau massacre de poules depuis le début du marché commun.

Sûrement en totale conformité avec la charte européenne de l'abattage des  gallinacées.

Quelle belle âme européenne nous avons !

Miam ! Miam ! (en toute subsidiarité).



Palmarès des incapables : deux mots à Franz Olivier Giesbert (FOG)

Alors que FOG annonce son retrait progressif d’une carrière réussie de commentateur politique, il ouvre ses « dernier carnets » de souvenirs et de commentaires qui a pour nous un intérêt particulier parce qu’il cherche à répondre à une question que nous avons-nous-mêmes abordée sur ce blog et qui n’est pas sans importance : comment en sommes-nous arrivés là et qui sont les gouvernements les plus responsables ?  

FOG fait partie de ces auteurs qui ont été surpris par la crise et ses conséquences. Il ne comprend pas comment on n’a pu se laisser aller à une pareille dette. Il découvre aussi que la zone « euro », cela ne peut pas marcher telle qu’elle est construite. Encore un effort et il réalisera que le système monétaire international est la source principale de nos maux et que le change flottant de monnaies administratives gérées par des gnomes vivant en symbiose avec un système bancaire cartelisée nous a conduit au drame. Et hop ce sera la retraite !

Pour des gens qui comme nous cherchons à faire prendre conscience depuis 15 ans des trois niveaux de faiblesse qui mettent la France en difficulté, la dépense publique éhontée et débridée de « l’énarchie compassionnelle », les défauts de gouvernance de la zone Euro et la catastrophe des changes flottants, traduisant l’abandon de toute coopération internationale en vue d’une croissance équilibrée et durable, il est toujours réjouissant de constater que ces idées finissent, la réalité aidant, par parvenir au cerveau de ceux qui tiennent l’information en France.

L’ami FOG voit bien que la campagne électorale présidentielle et législative  actuelle est à côté de la plaque et que les mesures proposées, notamment du côté de Hollande, sont contraires à l’intérêt national. Revenir sur les minuscules avancées du quinquennat de Nicolas Sarkozy en matière de retraite ou de réduction de dépense publique, et relancer la machine à dépenser dans le sens de la débauche, devient une sottise évidente même pour les journalistes politiques les plus enclins à enjoliver les grandes heures politiques de la vie nationale.

Une hirondelle ne fait pas le printemps. Soulignons cependant que dans la partie la moins sectaire de la presse (FOG est passé de la presse de gauche au Figaro et au Point, ce qui prouve une certaine ouverture d’esprit) commence à comprendre que le n’importe quoi des politiques, leur ignorance en matière d’économie ou leur mensonge quand ils ont quelques lueurs de la matière, posent à la France un problème quasiment vital.  C’est un début, hésitant et difficile, mais tous les débuts ne le sont-ils pas, hésitants et difficiles ?

On ne saurait trop conseiller aux autres commentateurs de s’engager sur le même chemin : constater l’inacceptable et dénoncer les politiques qui l’aggravent au moment où elles sont exposées avant même qu’elles ne soient  mises en œuvre.

Le péché mignon des commentateurs politiques qui veulent durer est de charger les politiciens qui partent  tout en se montrant immensément patients et tolérants avec ceux qui percent. Il ne faut jamais insulter l’avenir.   Il est aggravé par l’inclinaison idéologique : la tentation d’éliminer toute idée ou tout constat qui fait de l’ombre au camp que l’on a choisi de défendre est envahissante. Il ne s’agit pas nécessairement de l’idéologie de gauche ou de droite. Comment obtenir de M. Alain Duhamel, un autre diplodocus du commentaire politique,  autre chose qu’une défense « perinde ac cadaver » de l’Euro ?

L’information en France, c’est à peine vingt personnes, et sur ces vingt à peine deux ont des lumières en matière d’économie, ces lumières étant tamisées par des partis-pris et par les nécessités de survie commerciale des journaux et medias auxquels ils collaborent. 

Que l’un des plus libres d’entre eux commence à s’insurger contre certaines dérives au nom de l’intérêt général est  important.

Néanmoins nous formulerons quelques réserves sur le classement qu’il fait des ânes de la gestion passée.

FOG ne tient pas compte du cycle économique. Il compare des performances qui ne sont pas comparables : ce n’est pas la même chose d’être premier ministre pendant une phase haute du cycle où la croissance est intense et de gérer les effets d’une récession. FOG trouverait parfaitement injuste de comparer la vitesse d’un cycliste dans la montée du Tourmalet avec celle d’un autre dans la descente.   Comme il ne connait pas le cycle décennal, sa tendance est d’accabler ceux qui ont été au pouvoir pendant les phases de récession et d’encenser ceux qui l’ont été pendant les phases de croissance rapide.

Giscard et Chirac ont été totalement pris au dépourvu par la crise de 74 qu’ils n’ont pas comprise et leur politique de relance a été un échec total. Malgré le second choc pétrolier le gouvernement Barre a plutôt été servi par la conjoncture internationale. Le gouvernement Mauroy a fait exactement l’inverse de ce qu’il fallait faire avec le programme commun de la gauche, une catastrophe dont la France n’arrive pas à se remettre.  Rocard a été servi par une haute conjoncture inespérée comme plus tard Jospin. Bérogovoy, Balladur et Juppé ont été pris dans la nasse de la crise de 92-93 qui a été très dure, comme le sera d’abord le gouvernement Raffarin puis le gouvernement Fillon. En revanche  de Villepin sera aussi également par la conjoncture.

Comme nous l’avons écrit dans notre article de juillet 2008, cinq ans déjà,  sur « le palmarès des incapables »  http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/7/18/Economie-Franaise--le-palmars-des-incapables, ce sont les gouvernements ayant eu la chance d’une haute conjoncture qui pouvaient réformer. Compte tenu du caractère progressif des recettes fiscales, ils ont bénéficié de mannes financières extrêmement importantes.  Ils pouvaient agir sans trop frapper la population.   Jospin et surtout Rocard automatiquement sont les deux gouvernements qui ont le plus de responsabilités dans la non réforme des finances publiques et dans l’accablement qui frappe actuellement le pays.

FOG suit ses détestations plus que la logique économique  dans les jugements qu’il propose. Beregovoy et Balladur sont saqués alors qu’ils ont été confrontés à la pire crise depuis 1929 avant la crise actuelle. Certes Balladur  a laissé filer les rubans et les déficits pour des raisons électoralistes et de candidature présidentielle. Mais qui a fait autrement face à une récession qui paralyse toute envie de réforme et qui voit tous les « amortisseurs sociaux se mettre en place» ?  Toute récession importante amplifie la dette et les déficits de façon presqu’automatique. Les gouvernements ne peuvent avoir une politique pro-cyclique  dans ces phases de la conjoncture, en un mot ils ne peuvent pas aggraver la crise, on le voit bien aujourd’hui.  

Barre, Rocard et Villepin s’en sortent plutôt bien dans le jugement de Fog alors qu’ils ont été du bon côté de la conjoncture.

Mauroy est sauvé parce FOG l’aime bien et qu’il a résisté à Mitterrand qui voulait, soumis aux « visiteurs du soir », sortir du mécanisme de change européen.  Il a préparé ce qui deviendra l’Euro sous la pression de Mitterrand, et cautionné la politique structurellement déflationniste de JC Trichet d’abord en France puis en Europe. Pas de quoi pavoiser !

Les seules réformes utiles ont été faites par les gouvernements Barre, avec notamment la fin du contrôle des prix,  Chirac 2 avec la suppression de l’ISF, le redressement des finances publiques de la première cohabitation et le début des dénationalisations, et Fillon avec le début de la réforme des retraites. Tous les autres gouvernements ont mené des politiques de dépenses publiques éhontées, d’endettement catastrophique, de clientélisme électoral sans limite, d’abandon total de la souveraineté française et d’acceptation d’un système économique mondial totalement artificiel et dangereux basé sur les marchés et la finance plus que sur la production et la compétitivité.  

C’est peu. C’est très peu. C’est ce qui explique qu’il nous manque entre 5 et 10 millions d’emplois salariés, que les faibles (jeunes, vieux, femmes et immigrés) connaissent un sur-chômage, que notre dette publique soit démente et notre taux d’imposition aberrant, que l’état dépense la contre valeur exacte de la valeur ajoutée du secteur marchand et que nous sommes menacés gravement par les conséquences des incohérences de la zone Euro et des effets délétères des changes flottants.

Allons, Fog, encore un effort ! Quand on a pris la route de la vérité il faut la parcourir jusqu’au bout, même si on considère que sa carrière est au bout de son chemin.  

La panique s'installe

L'Europe et le monde en général n'ont jamais quitté la situation de panique depuis la chute de Lehman-Brothers. Plus aucune décision financière n'est prise de façon rationnelle depuis cette date. La peur conduit les comportements. Faute de toute solution collective réellement adaptée aux causes réelles des difficultés, les différents sparadraps mis à la hâte sur les plaies se décollent aussi vite qu'ils ont été posés.

La panique est à son maximum en Grèce où le spectre d'une sortie de l'Euro a pris de la densité après les élections de colère qui viennent d'avoir lieu. Pas de majorité ; pas de gouvernement ;  pas de solution à la crise de la dette grecque. La peur panique est là qui stimule le goût de la sanction électorale et d'une forme de nihilisme.

Que faire de ses actifs liquides en Grèce ? Tout l'immobilier européen est dopé par les fuites de capitaux grecs qui tentent de s'investir dans quelque chose d'un peu solide. Les banques de dépôt grecques voient les déposants retirer leurs avoirs à flot continu. Ils craignent à juste titre la solution expérimentée lors d'une crise similaire en Argentine. La monnaie y était alignée sur le dollar et les Argentins avaient le droit de disposer de comptes en pesos et en dollars, la parité étant assurée dans le cadre d'un "currency board".  

Lorsque cette parité n'a plus été tenable, les autorités ont mis en place un "corralito" c'est-à-dire un droit à un montant minimum de tirage sur les comptes qui couvrait à peine les besoins de subsistance, puis on  convertit le reste en monnaie dévaluée.

Menacé d'un pareil blocage avant spoliation les Grecs sortent tout de leur banque aggravant la situation du pays et amplifiant la menace. 

C'est la caractéristique propre de la panique.

Il ne faut pas croire que cette panique ne concerne que la Grèce. La "décollecte" de l'assurance vie, en France, un joli mot pour une fuite devant la monnaie, correspond aux mêmes ressorts. Quant aux banques italiennes, leur bilan est maintenant à 80% accoudé à la BCE. Une situation jamais vue nulle part.  Le Franc suisse est à nouveau sous pression, en même temps qu'une fuite généralisée  fait chuter le cours de l'Euro contre toute monnaie

Il y a trois ans nous avions sur ce site dénoncé le risque créé par l'impatience des peuples devant la déflation et déjà évoqué la peur panique du "corralito". L'absence à peu près totale de réponse cohérente aboutit au pire. Que de temps perdu !  Que d'argent perdu ! Que de risque pris !

Et aucune proposition sérieuse pour en sortir.

Rappelons que le seul moyen de sortir de cette crise mondiale  est de rétablir une monnaie de référence internationale avec laquelle les différents pays s'engageront d'avoir un taux de change fixe bien qu'ajustable par accord général. Chaque pays aura alors à défendre son cours de change par tout moyen quitte à mettre certaines barrières aux mouvements de capitaux à court terme.

Seul ce cadre général a permis de liquidité l'endettement massif global hérité des années trente et quarante.  Aujourd'hui encore, il forme la SEULE solution pour une sortie concertée de la crise globale de la dette.

C'est la seule qui permette de jouer sur tous les leviers de réduction de dettes à la fois : un peu d'inflation, un peu de relance, un peu de restructuration de dettes, un peu de rééchelonnement. Cette politique ne peut réussir que si elle est concertée et que si tous les états jouent le jeu. Et elle demandera de la durée.  

Une totale liberté des mouvements de capitaux et des changes flottants ne permettent aucun ajustement réel. La formation des prix sur les marchés monétaires et de capitaux en cas de panique ne réponds à aucune rationalité et au contraire amplifie la panique. Un passerelle en caoutchouc en cas de panique ne fait qu'éjecter ceux qui s'y sont aventurés. Un pont en béton est nécessaire mais avec des joints de dilatation résistants.

Tout le monde devrait comprendre aujourd'hui que l'introduction dans le monde des changes flottants, associés avec une liberté quasi totale des mouvements de capitaux, d'un côté, et la mise en place d'une monnaie unique en Europe, ont été les deux mesures tragiques qui ont conduit l'économie mondiale là où elle est.

Aurait-on gardé le système de Bretton-Woods et mis en place en Europe une monnaie de référence avec un rapport fixe mais ajustable des monnaies nationales, nous n'en serions pas là.

Après avoir mis la charrue avant les bœufs en créant une monnaie unique les fédérolâtres européistes hurlent : "fédéralisme, fédéralisme, fédéralisme", comme des cabris, comme si plus de poison avait jamais guéri un intoxiqué.  

Une monnaie unique européenne a-t-elle une chance dans un système mondial de changes flottants sans coordination générale et centralisée des politiques nationales de la zone euro ? La réponse est non.

Une monnaie unique européenne a-t-elle une chance dans un système mondial de changes flottants avec coordination générale et centralisée des politiques nationales de la zone euro ? La réponse est aussi non.

Une monnaie unique européenne a-t-elle une chance dans un système mondial de changes fixes sans coordination générale et centralisée des politiques nationales de la zone euro ? La réponse est "probablement pas".

Une monnaie unique européenne a-t-elle une chance dans un système mondial de changes fixes avec coordination générale et centralisée des politiques nationales de la zone euro ? La réponse est "peut-être".

Le coût élevé à tout point de vue de la perte quasi-totale de souveraineté ne garantit rien. A peine un "peut-être" si les autres veulent bien réformer le système monétaire international.

Il valait bien mieux laisser chaque état défendre la valeur externe de sa monnaie dans un système de changes fixes mais ajustables. On aurait aujourd'hui la possibilité de rétablir les différences de compétitivité intra européenne par un réajustement des taux de changes au lieu de chercher indéfiniment à obtenir la même chose par une déflation mortifère.

Pour l'Italie et la France, ce sont des dévaluations de 15  et 12% qui seraient nécessaires, pas beaucoup plus, sachant que l'Allemagne réévaluerait de 10%.  Pour la Grèce, on sait qu'il faudrait plus de 50% de dévaluation, 30 pour le Portugal et 20 pour l'Espagne. Ceci ne serait efficace que si dans le même temps le dollar était légèrement dévalué (environ 7%) et les  monnaies des pays fortement excédentaires  réévaluées (Yuan de 25 à 30% , Won de 15 à 20%).

Ces mesures monétaires accompagnant le passage à un système généralisé de changes fixes mais ajustables par concertation générale, avec surveillance des situations d'excédents ou de déficits massifs par le FMI, est la SEULE chance de voir le monde repartir en croissance effective avec élimination progressive de la dette accumulée.

2007-2012 : déjà cinq ans de panique et de régression globale. Et cette vérité toute simple n'est même pas  entraperçue !  De quoi vont parler les différents G.x qui ont lieu actuellement ? De rien d'utile naturellement sinon des vœux pour plus de flexibilité des changes ! Zeus c'est bien connu aveugle ceux qu'il veut perdre.

Faut- il attendre encore cinq ans de demi mesures et d'expédients pour que le monde comprenne ? Où est-ce la réalité qui par des explosions successives va imposer dans la douleur les réformes nécessaires ?

 

Didier Dufau pour le Cercle des économsites e-toile



Une analyse brève du scrutin présidentiel français

Les Français avaient à choisir entre le ridicule et la rigueur. Ils n'ont pas choisi la rigueur. Ils auront le ridicule et la rigueur.

La crise ? Connais pas !

Une des curiosités de toutes les phases de récession est l'impertubable avancée des lobbies et grands prédateurs qui vivent de leur liens avec l'Etat.

Le grand public est en général peu au courant car la Presse  parle peu de ces institutions et presque toujours dans le sens du poil quand elle le fait.

Prenons l'Europe.  Si vous fouillez le net pour savoir combien il y a de fonctionnaires européens, il est impossible d'avoir une idée précise. Les dénombrements vont de 32.000 à 44.000.

On sait que ces gens sont très bien payés : près de 80.000 Euros annuels en moyenne, avec des hauts postes entre 200 et 500.000 Euros voir plus (comme le président de la BCE).  Période électorale aidant les gouvernements ont fait semblant de bloquer une hausse des émoluments de près de 3.5% . Ils n'ont accepté que 1.7%. En vérité l'affaire a été portée comme lors de la dernière fantaisie de ce genre devant les juges européens qui donneront totalement raison aux fonctionnaires.  Non seulement ils toucheront un rattrapage pour 2011 mais repartiront sur les nouvelles bases pour 2012 et 2013.

N'oublions pas que ces fonctionnaires ne paient pas d'impôts nationaux. La flambée fiscale française par exemple ne les atteindra pas. Le bouclier fiscal européen est en titane.

Les Eurocrates sont si sûrs de leur succès qu'ils ont prévu pour 2013 une hausse de 3.2% des frais de fonctionnement, ce qui portera à 213.000 Euro le coût du poste de travail européen.  Et cela tout en proposant une réduction de 5% des effectifs. On ne se serrera pas la ceinture à Bruxelles, au Luxembourg et autres lieux-dits de l'Union Européenne, pour ceux qui restent.

A Paris on va vers un effectif de 52.000 personnes, soit 1/3 de plus que les effectifs européens. On sait qu'avec M. Delanoë le slogan est : "pourquoi se gêner ; je ne m'excuserais pas !"

Qui sait en revanche que les directrice de crèche se sont vu subrepticement accorder le statut de fonctionnaire catégorie A ?  Une mesure incroyablement coûteuse qui déséquilibre tous les financements de crèche dans toute la France à un moment où on les multiplie.  Citation dans la presse ? Aucune. Discussion lors de la campagne électorale ? Néant. Des exemples comme celui là il y en a des centaines. Le Moloch adminsitratif marche en avant sans s'occuper de l'environnement. Vive la tranche à 75% de l'IR !

Dans un genre différent constatons en pleine campagne électorale la parution d'un énième rapport Pauget exigeant la disparition du chèque "gratuit". L'organisation des banques françaises, corporation pétainiste de façon certaine, celle-là, veut rendre payant l'ensemble des moyens de paiements.  Elle ne veut plus ni du chèque ni de la monnaie en pièces et en billets.

On sait que les dépôts dans les banques ne sont pas des dépôts mais des prêts gratuits.  Les banques utilisent immédiatement toute trésorerie qui lui est confiée pour leur compte propre, les mettant aussitôt en danger.  Elles ont une peur panique des rushs vers  la liquidité. Elles ont obtenu des avantages dérogatoires du sens commun pour essayer de ne jamais subir les foucades de la clientèle. 

Vous voulez quitter la banque ? D'accord mais après avoir viré votre argent dans une autre banque. Pas question de vous fournir votre solde en liquide. Prisonnier des banques vous devez rester prisonnier des banques.  Vous voulez retirer de l'argent liquide de vos comptes ?  Désolé on ne le peut plus au guichet : il faut passer par l'automate. Mais je n'ai pas de cartes de crédit ! Souscrivez c'est payant. Je dois payer pour retirer l'argent que je met en dépôt chez vous ? Euh oui mais non mais bien sûr. On fera pression sur vous jusqu'à ce que vous craquiez et vous dotiez d'une carte.  Payez et faites le travail vous-même. Votre argent m'intéresse à condition que j'en fasse ce que je veux et que vous ne puissiez le retirer qu'avec les plus grandes difficultés. Quelques oiseaux rares résistent. On leur donne des cartes à retrait unique ! A chaque retrait il faut redemander une carte. Pratique, non ?  Les mêmes banques ont obtenus le droit en cas de déficit du compte-chèques de casser vos instruments de placements et de se servir eux-mêmes sans même vous avertir.  Le droit de propriété ? Il n'existe pas pour les clients des banques.

Mais voilà : il reste le chèque, le maudit chèque. Il est d'usage gratuit alors que tout le reste est payant. Insupportable, non ?  Inlassablement le Moloch monte à l'assaut. Il faut réduire l'usage du chéquier et le rendre payant.  Evidemment il faudra trouver un autre nom pour le compte-chèque.  Le plus drôle est que l'Etat, phagocité depuis longtemps par les Inspecteurs des Finances qui règnent en maîtres sur la banque a imposé le chèque comme moyen de paiement obligatoire pour certaines opérations et en tout cas pour tout paiement supérieur  à une certaine somme (de tête 5000 euros).  Va-t-il inventer le virement payant obligatoire pour tout paiement à partir d'un compte-carte ?

Pour qui suit la guerre d'usure menée par les banques depuis des décennies contre le chèque l'aspect comique provient des justifications avancées qui changent en fonction de la mode. Aujourd'hui on nous dit qu'il faut supprimer le chèque gratuit pour payer la modernisation des paiements par cartes. Si ces nouveaux systèmes sont productifs pourquoi devrait-on payer plus cher que pour ceux qu'ils remplacent ? 

Et la Presse obligée de survivre dans la mouvance des banques de chanter les louanges de ces rationalisations putassières. Et gare à leur direction si elle n'obtempère pas.

Eric Fottorino, l'ancien directeur du journal le Monde, raconte dans son dernier livre (Mon tour du Monde) comment il a été viré par M. Pébereau, le président infatué et gonflé de primes et bonus de la BNP. La raison : il avait montré que ce M. Pébereau était comme une pieuvre dans la quasi totalité des conseils d'aminsitration des grandes entreprises françaises, cumulant les jetons de présence et les pouvoirs.

Plus rien ne peut se faire dans la presse ou dans l'industrie sans ce M. Pébereau qui touche à tous les rateliers et dispose d'un pouvoir de nuisance absolue en cette période de crise.

Mérites : nuls. La BNP comme toutes les grandes banques "généralistes" ologopolistiques françaises multiplient les conflits d'intérêt et en tirent profit. En plus, actuellement, la BNP emprunte à 1% et replace en bons d'état à 3 ou 4. Des dizaines de milliards d'Euros. Il faut deux personnes à la banque pour ces opérations d'une technicité redoutable : il suffit de savoir faire des additions et des soustractions, et de savoir remplir les imprimés.  Et le bonus va au dirigeant sous forme d'argent et de pouvoir. Ils ont tellement de talent !

Les portefeuilles sont remplis de crédits problématiques ? Pas d'importance. Une grande banque en général se refinancait à hauteur de 15 ou 20% auprès de la banque centrale. Pour certaines grandes banques on en est à 80%. Il y a tellement de mistigris dans les portefeuilles que plus une banque ne fait confiance à une autre banque. Ils savent, eux, que leurs directions ont fait gonfler les bilans au delà de toute mesure et de toute sécurité. Ils pourraient tous être poursuivi pour faillite par moyens ruineux.  Alors la BCE dirigée par l'un des leurs fait tourner la planche à billets pour les sauver. Et protéger les dépôts qu'ils ont employés à mauvais escient au risque de leur faire perdre toute valeur. 

Le plus drôle est de voir certains cumuler leurs rentes de satrape sans mérite  avec ...leur retraite de l'Inspection des finances. Pourquoi se gêner  ? 

Pourquoi se gêner ! La crise n'existe pas. Les grands prédateurs et les petits, bien embossés dans les arcanes des institutions nationales et internationales savent qu'ils peuvent tout se permettre  en se moquant totalement des électeurs et de la conjoncture. 

 

Sylvain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elections, sociologie et nécessités nationales (2)

La France doit impérativement "dégraisser le mammouth" comme le disait maladroitement le mais de façon imagée le ministre Allègre, et rétablir une balance normale entre emplois marchands et emplois financés par les prélèvements.  

Les populations concernées ne le veulent pas. Les élections actuelles le montrent bien. Elles ont voté massivement pour celui qui annonce qu'il les protégera. Les votes Mélenchon et Hollande sont des votes urbains et concerne des familles dont le revenu est fourni par la collectivité.  En revanche le vote des familles exposées au grand vent de la compétition mondiale, et subissant la crise, ouvriers et paysans en tête, ont voté pour les partis de droite, avec une nuance protestataire de plus en plus marquées dès lors que cette compétition internationale biaisée était plus mal ressentie.

Sans être marxiste la sociologie politique est largement dominée par les structures sociales. Mais la division n'est pas là où on met usuellement la distinction gauche droite.

Lorsque tout va à peu près bien le bloc marchand s'unit et donne la victoire à la droite. Quand tout va mal il se divise et donne paradoxalement la main à ceux qui vont protéger le secteur massif qui lui nuit par l'excès de sa masse et des prélèvements qu'il exige.

Nicolas Sarkozy a compris qu'il fallait réduire tant faire se peut la masse des secteurs non marchands. Derrière la tête de chapitre il n'y a pas eu de gros paragraphes :

- La RGPP était un gratouillis là où aurait fallu une tronçonneuse.

- Le non renouvellement d'un fonctionnaire sur deux était à la fois trop simpliste et mal conçu puisqu'on restituait la moitié des gains potentiels au secteur non marchand. En fait on a donné plus au secteur non marchand que prévu comme l'a reconnu la Cour des comptes.

- On a laissé en dehors du mouvements tout le para étatique et les collectivités locales.

Le résultat est là : tout a continué. Il n'y a pas eu de redressement. Simplement un ralentissement des dérives.

D'autant que derrière l'aspect purement quantitatif des effectifs, il faut tenir compte du niveau des rémunérations. Depuis 1970 le niveau moyen des salariés du public est passé de 15% environ en dessous la moyenne des employés du secteur marchand à 15% au dessus, avec le maintien de l'essentiel des avantages acquis qui se justifiaient plus ou moins du fait de la moindre rémunération moyenne du secteur public.

Les politiques n'ont plus barre depuis l'émergence de l'"énarchie compassionnelle" sur leur secteur public qui vit sa vie, pour son compte en oubliant qui le paie et en l'asphyxiant en faisant croire que les prélèvements sont pour les petits pauvres.   

Appréciation trop générale et arbitraire ? Que nenni ! Prouvons-le sur un exemple récent et en apparence minuscule. Qui sait qu'une "norme" a soudain édicté que les directrices de crèches devaient être classées dans la catégorie A des fonctionnaires. Aucun débat. Aucune publicité. Au nom du compassionnel bobo il fallait pousser à mort la constitution de crèches. Et voilà que l'administration créait une nouvelle catégorie de fonctionnaires à salaire multiplié.  Le coût des crèches publiques est désormais devenu exorbitant. Pour des raisons d'équité sociales on demande leur gratuité. Et voici comment les prélèvements augmentent massivement sans aucun débat public. Tout cela en pleine crise de la dette évidemment.

Des exemples comme celui là on en ramasse des centaines chaque année pour peu qu'on soit au contact des réalités.

Ce qui est vrai dans les régions l'est aussi à Bruxelles. On se souvient que soudain il est apparu avec bien du retard que les fonctionnaires européens s'étaient vu gratifiés d'une hausse massive de leurs émoluments, largement défiscalisés, bien entendu. Cette annonce avait conduit les politiques a faire semblant de dire non. Mais la négociation avait déjà eu lieu et semble-t-il, puisqu'on en parle plus, la hausse  a été appliquée.

 

Pour en terminer avec le candidat Sarkozy, on voit qu'il veut continuer dans la bonne direction mais toujours avec des demi mesures. C'est insupportable pour le gros quart  de la population qui vit directement de l'Etat.  Il prouve qu'on ne pourra pas effectuer de façon graduelle le nécessaire réajustement entre secteur marchand et secteur non marchand.  La Grèce qui s'était laissé aller aussi au développement d'un secteur non marchand délirant, associé à une économie largement "grise", se trouve obligé par la nécessité à réduire dans la douleur et souvent dans l'imbécillité  sa "graisse" publique. Pourquoi dans l'imbécillité ? Parce que ce n'est pas toujours la graisse qui est touchée mais la chair. Réformer dans la panique créée par les marchés financiers est nécessairement un désastre. Il faut réduire à froid et si possible pendant les phases d'expansion : d'où la culpabilité des gouvernements qui ont bénéficié des phases de haute conjoncture internationale et qui ont fait le contraire de ce qu'ils auraient du faire (Jospin et surtout Rocard).

 

La candidat Hollande a choisi de conforter le moloch. On supprime la RGPP. On abandonne la règle du non remplacement d'un départ à la retraite sur deux. On titularise à tout va. On recrute à nouveau massivement dans le fief socialiste de l'EDUNAT. On rassure les régions en leur promettant des ressources affectées et des responsabilités nouvelles. On ment un peu en laissant entendre qu'on stabilisera seulement la part respective des secteurs marchands et non marchands. On supprime l'allégement de charges patronales qui devait redonner un peu d'air aux entreprises du secteur marchand. Une hausse fiscale massive, voire délirante, sur les parties dynamiques et prospères du secteur marchand financera tout cela.

Tout cela est contraire à l'intérêt national bien compris de la France et se heurtera automatiquement à la question de la dette. Quelque soit la tuerie fiscale à laquelle se prépare Hollande, il est impossible de réduire l'impasse budgétaire de 25% environ chaque année depuis quarante ans en maintenant la disproportion caricaturale en France entre secteurs marchand et non marchand.

Hollande est un danseur de corde obèse qui s'arrête lors de la traversée d'un précipice en criant : je ne bouge plus. On lui crie : il faut maigrir un peu. Il ne veut pas et commence à manger le bras qui tient le balancier.

L'ennui du moment tient à l'incapacité du Français à imaginer qu'il danse sur un fil. Aucun des millions de fonctionnaires et de personnels à statut n'a perdu dans la crise.  Toute la charge de la crise est sur le dos des populations qui ne peuvent plus trouver d'emplois et des vaches à lait fiscales, c'est-à-dire le haut des classes moyennes. Les fonctionnaires et les personnels à statut hurlent : "qu'on prenne l'argent des riches et qu'on continue à nous payer et plus vite que cela".

Quand la sociologie urbaine fait apparaître une classe dépendant presque totalement de la dépense publique elle vote en ayant droit pour le seigneur dont la main les nourrit en frappant les manants. L'énarque Hollande a la prime. Il le sait. Son clientélisme est parfait : "je ne vous donnerai rien de plus. Mais je maintiendrai".

Je maintiendrai : une belle devise hollandaise !

Et le taux de prélèvement passera à plus de 46% du PIB, c'est-à-dire plus de 100% de la production marchande française résiduelle, en attendant un miracle une fois que la spoliation de l'épargne des Français aura vidé les dernières réserves.

Cette politique est suicidaire.

La seule solution est dans une économie solide et compétitive. Elle suppose des entrepreneurs, des profits, de l'emploi dans les secteurs marchands. Il faut sortir de l'urgence et cesser de manier l'assommoir sur les boucs émissaires.

Cette politique ne peut malheureusement pas être uniquement "nationale".  Il faut une route pour la croissance mondiale et l'expérience a montré que ses lourds camions ne passent pas sur les passerelles en bambou  et en caoutchouc des changes flottants. Mieux vaut un pont solide qui ne fait pas verser régulièrement les charges dans le vide.

Il faut que sur le pont solide des changes fixes et ajustables, dans le concert des nations, les camions aillent dans les deux sens et avec des valeurs proches. Les déséquilibres doivent être corrigés par des écluses ou des péages comme on voudra.

Malheureusement on voit que ni le monde, ni l'Europe ni la France n'ont encore compris la leçon.

Les anglo-saxons croient au dollar et aux changes flottants. Du coup Cameron se débat dans une récession qu'il a lui-même provoqué. Les Etats-Unis ne décollent pas. Leur système bancaire est en faillite virtuelle. Que la France et les autres grands débiteurs européens viennent à faire défaut, et il le sera de façon formelle.  Leur persistance dans une erreur idéologique et leur aveuglement de puissance ne peut conduire qu'à une grande dépression.

L'Europe des cabris, de la Commission, des eurolâtres, est en capilotade.  Mais elle persiste dans son être : vive les changes flottants ; vive les conventions qui abaissent unilatéralement toutes les frontières de l'Europe. Comme un canard à la tête coupée, la Commission court à toute jambe dans la cour sur la seule force de l'habitude tout en sachant que l'effondrement économique de la zone la remettra totalement en cause. La BCE de Draghi ne sait plus quoi faire et se démène dans l'urgence en violant toutes les règles. Que la France tombe en cessation de paiement, avec le sud de l'Europe, qu'en restera-t-il ? Son énorme bilan est totalement composé de produits "toxiques".

On voit que la France dans ses profondeurs  ne veut pas bouger non plus.

Le monde, l'Europe,  la France, attendent en espérant un miracle une reprise spontanée des affaires comme à chaque fois. Cinq ans déjà ! Le RU, l'Espagne, la Grèce sont en récession franche et nette. Le commerce mondial est arrêté. La panique et les changes libres et flottants rendent impossible l'ajustement des balance des paiements. Le Franc suisse est sous pression. La recherche de la précaution est partout. Mais il n'y a nulle part où se cacher et le fisc prend tout ce qu'il peut.

Quelle est la chance d'une reprise mondiale dans un tel contexte ?

Quelle est la chance d'une reprise européenne entravée par un euro flottant toujours au-delà de cours permettant aux pays de la zone d'équilibrer leurs comptes extérieurs ?  Compter sur la déflation pour rééquilibrer les échanges intérieurs à la zone et les différences de compétitivité, est-ce raisonnable ?  

Quelle est la chance d'une reprise française des affaires si on maintient une dépense publique supérieure à la valeur ajoutée du secteur marchand et des taux d'imposition déments ? On veut rendre l'impôt encore plus progressif. Ce qui veut dire qu'en cas de redémarrage de la croissance le taux de prélèvements AUGMENTERA encore plus que d'habitude étouffant tout espoir de reprise durable.   

Alors on entend la sinistre chanson de la politique du pire. "Ce qui doit arriver arrivera. A l'impossible personne n'est tenu. Quand nous ne pourrons plus emprunter les fonctionnaires ne seront plus payés. Il faudra bien faire quelque chose. La dépense publique devra bien être contenue et les réformes faites".

Illusion. La politique du pire est la pire des politiques.

Qu'on regarde l'histoire récente de l'Argentine. Quand il n'y a plus eu de dollars, on a créé des monnaies fantaisistes, genre "Argentino". L'épargne des Argentins qui n'avait pas fui a été ratiboisée. L'inflation a tout dévasté.  Certes le Campo dans ce désastre général a retrouvé des capacités d'exportation compte tenu des cours très bas d'une monnaie fortement dévaluée. Mais l'Etat était en loque. Les expédients se sont succédés. On a fait défaut sur la dette extérieure transférant la crise vers l'Europe. Merci !  Mais le pays n'a plus de crédit. Alors il a eu recours à tous les expédients. Le plus simple était de voler les compagnies étrangères. Depuis dix ans on les ratisse. La dernière expropriation concerne le secteur pétrolier. L'Espagne ne dit pas merci.  On s'est saisi des réserves de la banque centrale qui maintenant est nue comme un ver.

On nous a dit avec une fougue toute mélenchonesque : "faites comme l'Argentine". Ou "essayez Chavez". Le pire est qu'on y va tout droit. Il ne peut y avoir de fonds de sauvetage comme pour la Grèce. Quand la politique d'immobilisme figé aura échoué, les créanciers seront floués ; une monnaie dévaluée circulera achevant la ruine de l'épargne. Les réserves des la Banque de France seront mobilisées.  L'ennui est qu'il n'y a pas d'actifs étrangers en France à saisir. L'Europe explosera et le monde entrera en dépression.   

Le problème des Français et du reste du monde est qu'Hollande, qui a toutes les chances d'être élu, est un inconnu.  On sait qu'il a l'esprit alerte, le goût des jolies femmes, un solide talent d'apparatchiks, une ambition démesurée.

Mais au fond de lui-même ?  Fils d'un adepte de Tixier-Vignancourt, donc de la plus extrême droite, il s'est dédouané par un engagement socialiste sans faille. S'agit-il d'une faille familiale  lourde de conséquences oiseuses ?  On se souvient de Raymond Barre, fils de failli, en perpétuelle grogne  et incapable de dépasser une haine rance qui imbibait de sarcasmes tous ses propos. S'agit-il d'un opportuniste intelligent et séducteur, habitué à ruser, plus léger et bordélique que véritablement sérieux ? On sait qu'à la Cour des comptes il passe pour un rigolo incapable d'un travail lourd et consciencieux.

Ceux qui l'ont connu comme dirigeant du PS ont vu une anguille capable d'embobiner, de fuir, de se dégager, de n'être jamais pris dans rien. Et une couleuvre fuyant le travail trop lourd et les dossiers trop difficiles. Aucun effort de rénovation du PS, aucune ligne claire. Monsieur nageait et surnageait avec un petit sourire faussement niais.

P'tit gros alopécien,  il a accumulé les succès auprès de jolies femmes qu'il s'apprête à récompenser. Pas mal non ?

Fils de notable d'extrême droite rouennais, le voici en socialiste héritier de Jaurés, Blum et Mitterrand, sans avoir perdu la fortune héritée. Sans jamais avoir travaillé. Pas mal non ?

Il va gagner pour avoir imprimé dans l'esprit public  le retour de la retraite à 60 ans, la protection de la sphère publique, et l'idée que les "riches paieront".

En vérité il a dit tout, sans dire rien, tout en disant n'importe quoi.

Le Hollandisme est un don-juanisme qui ne se donne comme fin que la victoire d'une séduction passagère. En annonçant sa filiation mitterrandienne il en fait l'aveu fort clair.

Il a compris après l'effondrement de son principal concurrent socialiste que les attitudes de Matamore de son adversaire, associées aux ressentiments nés de la crise,  lui permettaient de séduire la belle sans trop avoir à se forcer ni à s'engager.

La bague de fiançailles sera payée par d'autres.

Il pense savoir surnager comme pacsé de la République à force de virevoltes et de belles paroles.

La nation voit arriver un Bel-ami  à tête de notaire rafraîchie et à ventre dukkanisé, l'œil  astucieux et le discours enveloppant, comme le propriétaire d'une entreprise en difficulté voit s'imposer un candidat gendre incertain, pas trop scrupuleux, qui n'a jamais rien prouvé dans sa vie mais qui a des diplômes et de la jactance.

 Seule certitude : cela va coûter cher. Et la faillite n'est pas impossible.

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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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