Une campagne d'une exceptionnelle médiocrité

Les sondages confirment ce que tout le monde pouvait sentir depuis le démarrage de cette campagne électorale : elle est d'une absolue médiocrité et ressentie comme telle.

Démagogie et foire d'empoigne sont certes une dimension du genre qui n'est jamais particulièrement séduisante.  Mais là, on est vraiment tombé au fond du panier.

C'est assez désobligeant pour l'électeur français, considéré comme de la chair à canon électorale sans cerveau ni dignité.

La survenue d'un crime innommable aurait pu susciter comme un réflexe de hauteur. Mais non. Rien à faire.

Si on s'en tient au président sortant, il aurait pu défendre l'axe de réflexion suivant :

"J'avais en 2007  un plan pour temps calmes. Il aurait pu fonctionner. Mais dès juillet 2007, à peine quelques semaines après mon élection, la tempête a commencé à souffler. Aucun des conseillers officiels de la République de l'avait vu venir. Toute la France économique officielle a été prise à revers.  Il faut que nous nous interrogions sur les raisons de cet échec des économistes officiels. Nous avons du conduire une politique différente fondée sur la défensive. Tout mon quinquennat a été ainsi marqué par l'urgence.

Le diagnostic que j'avais fait en 2007 était globalement bon.

Oui la France travaille trop peu ; dépense trop pour des corporations à privilèges et peu productives. Oui la pression fiscale est trop élevée. Oui la pression syndicale et les corporatismes étouffent la France. Oui la politique coûte trop chère. Oui il faut que les Français soient propriétaires de leur logement. Oui il faut qu'ils augmentent leur pouvoir d'achat par un surcroît de travail. Oui il faut que l'état réduise sa voilure. Oui il faut un pacte avec les plus fortunés pour qu'ils cessent de fuir la France et qu'ils retrouvent le chemin de la confiance et de l'investissement. Oui il faut pousser le plus possible d'indemnisés vers l'emploi. 

Je ne regrette aucune des intentions exprimées avec constance depuis cinq ans. 

J'ai fait des erreurs. J'aurais du supprimer l'ISF et convertir euro pour euro cet impôt en une tranche supplémentaire de l'impôt sur le revenu.  J'aurai du créer immédiatement la TVA sociale.  J'aurai du aller plus loin dans la convergence entre les systèmes de retraites afin de mettre fin aux privilèges énormes et injustifiés qui lèsent les salariés du secteur privé et pénalisent la nation.  J'aurai probablement du aller plus loin dans l'élévation de l'âge légal du départ à la retraite, le passage à 65 et bientôt 67 ans étant pratiquement obligatoire.

Bien sûr j'ai payé trop cher des réformes nécessaires qui ne méritaient pas autant de douceurs distribuées aux privilégiés dont on changeait les habitudes. Jamais je n'aurai du supprimer les charges sur les heures supplémentaires ni redonner aux fonctionnaires l'essentiel des gains liés aux suppressions de postes effectuées. De même augmenter la rémunération des chômeurs au moment où leur nombre allait être multiplié était absurde. J'ai été trop gentil.

Mais tout le reste, les 150 réformes achevées et qui ne seront sans doute jamais remises en cause, je les assume et les porte au crédit d'un bilan qui est un des plus riches de l'histoire récente de notre pays.

Quant à la défense de la France et des Français dans les cinq années de crise que le monde vient de connaitre de 2007 à 2012, que me reproche-t-on ? La France n'est pas seule au monde. Elle a supporté beaucoup de coups qui venaient de l'extérieur. La gestion laxiste de ces quarante dernières années ne la mettait pas en situation de résister facilement.  Bien sûr notre endettement est devenu  problématique mais il reste maîtrisable si nous sommes sérieux et prenons les bonnes mesures. Bien sûr notre chômage est important mais il reste contenu dans des limites connues.

Il faudra en interne un effort de réduction très important des dépenses publiques nationales et régionales. Leur niveau est insupportable et intenable. La crise nous impose d'aller plus vite et plus loin que ce nous avons fait jusqu'ici. S'il est nécessaire d'augmenter temporairement les impôts il doit être bien clair que la règle qui doit nous guider est la suivante :  90% de réduction de dépenses pour 10% d'augmentation des impôts. Et non pas l'inverse.

C'est dans nos relations extérieures que les réformes à faire progresser par la négociation sont les plus indispensables. La crise n'est pas venue de nulle part et le fait que l'Europe soit la partie du monde la plus touchée nous interpelle particulièrement.

L'Europe a montré ses lacunes. La gestion de la zone euro est problématique. Qui a pris les initiatives pour faire face aux dangers les plus immédiats ? La France.  Des progrès ont été faits dans la douleur. Il faut aller plus loin. Bien plus loin.

 

La zone Euro ne peut plus voir ses membres mener des politiques contradictoires qui creusent les écarts de croissance alors que la monnaie est unique. La convergence ne se fera pas toute seule. Alors il faut des institutions intergouvernementales fortes pour assurer que tout le monde marche d'un pas compatible avec une monnaie unique. Naturellement nous sommes ici dans l'inter-gouvernementalité et pas dans la supranationalité. Il n'appartient pas à la Commission, dont le rôle est de gérer des espaces mutualisés par la norme,  de faire ce travail qui implique une forte responsabilité politique.  La Banque Centrale Européenne ne doit pas non plus avoir comme seul objectif la stabilité des prix mais aussi la compétitivité de la zone et le plein emploi. La déflation n'est pas une solution. Ce sont des changements majeurs qui impliquent fortement l'avenir. L'édifice européen a failli s'écrouler. Il faut agir et vite.

Nous ne pouvons pas non plus accepter un monde où les monnaies font le yoyo au détriment de l'épargne mondiale et des échanges.  Chaque pays doit devenir responsable vis-à-vis des autres de la croissance harmonieuse des échanges. Il faut pour cela des changes fixes mais ajustables et un rôle accru du FMI comme chien de garde des grands équilibres. Le rattrapage de croissance des pays figés trop longtemps dans la misère est une chance aussi bien pour eux que pour le reste du monde. Il doit se faire de façon coordonnée sans déséquilibres permanents et guerres économiques et monétaires.

La France se battra sur ces deux fronts pour faire évoluer les mentalités, les pratiques et les organisations. L'urgence est d'aboutir à un diagnostic partagé, avant que des mécanismes structurels  d'harmonisation soient mis en place.

En cas d'échec l'Europe devra prendre acte de l'impossibilité d'échanges loyaux et constructifs et cesser d'être le ventre mou du monde, qui prend tous les coups sans jamais en rendre un seul.  L'Europe devra prendre des mesures conservatoires fortes tant en matière de droits de douane que de monnaie.

Si nous parvenons à avancer sur tous ces sujets, nous serons un pays plus fort dans une Europe enfin solide et dans un monde plus équilibré. La croissance aura reprise et les entreprises françaises pourront jouer pleinement leur jeu en faveur du pouvoir d'achat, de l'emploi et de la richesse générale.

Si, par malheur, nous revenions en Europe à la politique autiste, passive et suiviste qui a été trop longtemps poursuivie, et en France aux expériences déphasées, laxistes et aventuristes  conduites par démagogie, nous irions vers des dommages irréparables.

En corrigeant les erreurs commises et en engageant résolument les réformes proposées nous sortirons d'affaire et profiterons de la reprise mondiale des affaires qui ne manquera pas de survenir.  La pertinence dans la pensée  et le courage dans les actes ne garantissent pas nécessairement un total succès. Leur absence valent certitude de l'échec".

Ppc Nicolas Sarkozy

M. Hollande peut d'ailleurs faire exactement le même discours, en attribuant simplement les erreurs à son adversaire… 

Il appartient aux candidats à la présidence de la France de parler d'abord de la France et de son bien commun, de sa place dans l'Europe et dans le monde, de ses chances en tant qu'aventure collective. 

Cela serait tout de même plus digne que d'essayer d'acheter des cohortes d'électeurs avec des promesses électorales monétisées, tout en permettant à l'électeur de se défouler sur des boucs émissaires et des minorités.

Un président n'est pas là pour faire des cadeaux à des catégories en prenant l'argent de tous, à des fins purement électoralistes. Il n'et pas là non plus pour vouer aux gémonies des catégories sélectionnées de la population.

Au-delà des deux grands partis, la décrépitude de la politique française se lit clairement partout.

Prenons le programme du Parti Radical de M. Borloo.

"1. Donner une seconde chance aux ménages surendettés"

"2  Soutenir les élèves en difficulté dans le primaire"

"3. Aider les salariés précaires à accéder au logement"

"4. Accueillir des apprentis dans la fonction publique"

"5. Aider les territoires fragiles".

Les intentions sont louables. Mais enfin, c'est un programme pour un sous-secrétaire d'Etat à la population, pas pour un président de la République. On se souvient du programme de Jacques Chirac : "réduire les accidents de la route et lutter contre le cancer". C'était déjà une vision excessivement médiocre du rôle du dirigeant suprême. Jacques Chirac laissera l'impression d'une fin de règne stérile.

On sait bien que ce programme qui "touche la vie quotidienne des Français" selon la phrase imbécile à la mode,  a un but de communication. Il faut que l'image de ce M. Borloo soit gentille et sociale pour que son ralliement au second tour soit utile en terme d'électorat.

Malgré tout quelle médiocrité.

Dans les oppositions marginales, c'est pire encore.

Les pitreries à la Goebbels du sénateur à vie (ou presque) Mélenchon, saisie par une débauche tardive,  enchantent la classe médiatique : quel tribun ! Comme il ose injurier ! Comme il  ment bien ! Comme il sait accabler des boucs émissaires ! Quels beaux coups de menton ! Presqu'aussi fort que Mussolini dans cet exercice, c'est dire..  Comme si la famille le Pen ne suffisait pas.  Voilà l'élection qui entre dans le langage violent (si amusant, au début) et la grossièreté absolue. Voilà les promesses d'exactions.

Ignoble.

Quant à M. Bayrou, l'espoir du catho-fédéralisme européen, et de lui-même, il ne dit rien et il le dit mal.

Quant aux prétendus écologistes, ils sont travaillés par leur européisme fédérolâtre qui nie les problèmes, les tares de leur origine d'extrême gauche sectaire, leurs luttes de clans, et leur proposition de décroissance au moment où justement les peuples voient les conséquences en Grèce et ailleurs d'un recul du PIB. 

Ne parlons pas des autres.

D'un bout à l'autre de l'échiquier politique, cette campagne est jusqu'ci un désastre qui n'ouvre vers aucunes perspectives utiles.

Il reste un mois.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

Non la crise actuelle n'est pas d'un type nouveau !

Non la crise actuelle n'est pas d'un type nouveau !

Une des curiosités de la crise actuelle  est la surprise générale des économistes devant un évènements qu'ils n'avaient généralement pas prévu ni même envisagé.

Il suffit de livre l'excellent livre de Catherine Nay, toujours parfaitement informée et capable de rendre excellement les situations passées pour se rendre compte de l'impréparation  mentale générale. En mai 2007, cela turbule déjà beaucoup sur le front des refinancements bancaires.  La chute des prix immobiliers, la première depuis la guerre, provoque dès le début 2007 des secousses sur les marchés de trésorerie. Les grands groupes américains ont fourgués à toute vitesse des centaines de milliards de CDS aux Européens, trop content de voir leur intérêts bonifiés, pardon "dynamisés".  La dynamite en question était légèrement explosive et en mai les premières tensions sont perceptibles.

Nous même avons averti : une grande crise arrive. Elle est pour le second semestre 2008.  Gare ! Nous avons même envoyé une lettre ouverte à MM. Sarkozy et Guaino pour les avertir et réfréner leur foi dans une accélaration impossible de la croissance.

"Le Ministre des Finances , Thierry Breton, estimait en quittant Bercy que la croissance dépasserait 2.5% et atteindrait êut être même 3%. Ce que personne, Commission européenne comprise,  n'avait mis en doute". L'illusion règne en maîtresse sauvage dans les palais de la rRpublique.  

Cette surprise quasiment totale des politiques et de leurs nombreux conseilleers  pose au moins deux questions. La première est la réalité de l'économique en tant que science.  La seconde est l'observation de la Reine d'Angleterre dès 2008 : "à quoi servent les économistes s'ils sont incapables de prévoir une crise ?"

S'ils sont les tenants d'une science, faut-il incriminer la discipline ou les disciples ?

Une des manières de répondre à cette redoutable question est de relire les anciens. Pour avoir trainé mes études de longues heures dans la salle Leroy-Beaulieu, à l'Institut d'études politiques de Paris, j'ai une particulière prédilection pour les écrits de cette figure d'"économiste distingué", une formule qui semble avoir été créée pour lui. Aujourd'hui il est universellement décrié par ceux qui croient le connaitre, c'est-à-dire pas grand monde. L'ignorance et l'idéologie conduisent à des jugements du type : petit penseur bourgeois sans importance.

En vérité le "Traité théorique et pratique d'économie politique" de ce professeur au Collège de France est une mine d'or à la fois sur la manière dont on concevait l'économie à la fin du XIXème siècle et aussi sur la manière d'expliquer de nombreux phénomènes économiques.  Il était de la race des économistes sans préjugés ni connaissances mathématiques, ce qui lui évitait de modéliser sur du sable. Il avait l'œil. Il regardait. Et lui, n'hésitait pas à prendre parti sur les questions du jour.  Un parfait honnête économiste comme on les aime et que détestent les économistes asservis à une idéologie. On s'expose à exposer : il fut la tête de turc de pas mal d'humoristes dont un Allais, Alphonse,  qui lui n'aurait pas pu prétendre au "Nobel d'économie". Il y a beaucoup à prendre de ses observations.

Il savait, lui,  qu'il y avait des crises périodiques et il en avait précisé avec une grande justesse la dynamique.

"Les crises de la seconde catégorie, la plus nombreuse et la plus fréquente, sont celles qui portent spécialement le nom de crises commerciales quoiqu'elles soient souvent d'origine financière et qui ont leur cause dans les entraînements du public et dans les abus de crédits".

Déjà le monde de la finance n'aimait pas être mis en première ligne et imposait des appellations neutres : crise de surproduction ; crise commerciale. On dit aujourd'hui crise de la mondialisation ou de la civilisation ou du capitalisme. Cela permet de rester imprécis.

"Leurs causes, leur périodicité, leur évolution sont parfaitement connues".

"Les crises de cette catégorie proviennent d'une certaine disposition d'esprit exagérément optimiste et audacieuse où se trouvent placés et maintenus pendant un temps de quelque durée non pas certains hommes mais la généralité du public et qui poussent les entrepreneurs, les commerçants, les capitalistes à développer outre mesure leurs opérations sans proportion aucune avec un débouché probable en faisant un usage excessif du crédit".

Le suroptimisme et l'emballement du crédit sont la cause des crises périodiques.

"L'engouement et la crise reviennent à des intervalles assez rapprochés tous les dix ans".

Voici notre cycle quasi décennal bien cadré. Il faut dire qu'il a été mesuré pendant tous le dix-neuvième siècle et qu'il n'est pas  bien difficile de le voir se déployer au vingtième.  Pour s'en tenir aux quarante dernières années : 1973-19674, 1982-1983, 1992-1993, 2001-2002, 2008-200x.

"Certaines circonstances sont particulièrement propices à l'éclosion des crises notamment la baisse des intérêts des capitaux". Ses conséquences "poussent à chercher des gains chimériques"…"On cherche à compenser à compenser la modicité du revenu par de rapides plus values sur le capital lesquelles quand elles se produisent sont alors considérées par beaucoup de gens comme une sorte de supplément consommable de revenu. Le besoin s'allie alors à la cupidité pour propager le goût des entreprises hasardeuses".

Difficile de ne pas voir l'application de ces mécanismes à notre économie contemporaine basée sur l'accroissement de la valeur pour l'actionnaire, c'est-à-dire la plus value.

En termes actuels,  l'économie cesse de s'intéresser au compte d'exploitation au profit des opérations de haut de bilan.  La finance cesse d'être connectée au réel.

"Cette extension des opérations de production dont les unes sont sérieuses mais exagérées et les autres complètement chimériques s'effectue en grande partie avec le crédit".  "Les encaisses des banques se vident chacun usant dans la limite possible" les capitaux dont il dispose ou qu'il emprunte.

On voit se profiler ici la crise de liquidité des banques : il faut constamment se refinancer.

" Au fort des crises commerciales et financières de cette catégorie le portefeuille et les escompte des banques montent à un chiffre très élevés". Le bilan des banques  "dépasse énormément les chiffres habituels". 

L'auteur rappelle que c'est sur l'observation du gonflement des bilans bancaires que Juglar a basé sa théorie du cycle.  L'accroissement anormal est le signe précurseur de la crise. Quand les encaisses se sont reconstituées et les bilans dégonflés, la reprise devient possible.

Au début 2007 les encaisses des banques sont au plus bas et les besoins de refinancement gigantesques. 

Qui ne voit l'application directe des observations de Juglar, reprises par Leroy-Beaulieu ,  sur le désastre  qui s'annonce ? 

L'ennui c'est qu'alors, plus personne ne s'occupait plus d'économie bancaire et que tous les économistes officiels regardaient ailleurs. Quand aux grands manitous de la finance modélisée et hyper- mathématifiée, qu'ils appartinssent à l'école micro-économique ou aux sous produits keynésiens, l'idée même de s'intéresser à des choses pareilles ne leur seraient pas venue. 

Lisons la suite :

" A un certain moment quand tous les ressorts du crédit sont au maximum de tension un incident quelconque  atteint une des pièces de tout cet échafaudage et le fait s'écrouler".

Subprimes, Islande, Grèce, tous ces secteurs à l'extrême limite du crédit possible ont vascillés en 2007 se sont effondrés en 2008.

"Une grosse faillite, comme celle de L'Union Générale et de la Banque de Lyon et de la Loire en 1882  rappelle à la prudence ceux des prêteurs qui ont encore quelques réflexion".  Eh oui : Baring, ou LTCM ou Lehman Brothers…

"De proche en proche le crédit se restreint et il se produit une panique". 

Ces temps de panique imposent une grande libéralité dans l'approvisionnement monétaire pour éviter la ruine des épargnants et les conséquences du "crédit crunch".

On constatera qu'on na pas attendu Milton Friedman pour proposer des politiques de "quantitative easing" ! Bagehot l'avait fait dès les crises du milieu du XIXème siècle ! Et cela faisait partie de la vulgate.

"Les crises se dénouent en une période de 18 mois à 2 ans en général, quelque fois trois ou quatre". 

Comment ? Toute seule. Il faut laisser la réduction des bilans bancaires se faire, tout en assurant la liquidité générale et en engageant de façon raisonnable des travaux publics pour réduire les effets du chômage de façon utile à l'avenir et soutenir l'activité.  Pas de protectionnisme ni trop d'interventionnisme de l'état qui a tendance à en faire trop et mal.

Bien entendu  ces observations doivent être actualisées. Nous sommes dans un monde où la monnaie métallique a disparu au profit de monnaies administratives pilotées par des experts. Les gouvernements prennent une part colossale de la richesse produite. Les changes sont flottants.  Des institutions comme la zone Euro ont été créées.  L'Union soviétique s'est effondrée. Des pays immenses se sont ouverts au commerce mondial.  L'informatique a changé les conditions des transactions financières.

Nous n'admettons plus des récessions de 30 à 40% du PIB industriel, tempérées partiellement par la prédominance de l'économie agricole.

 

Mais le moteur reste à peu près le même que celui montré par Leroy-Beaulieu. Ses leçons ont été perdues au moment où par Hubris les économistes et les dirigeants politiques ont cru qu'ils savaient juguler les crises.  On a créé alors les conditions d'un retour aux crises toujours aggravées par le désordre monétaire et amplifiées par la mondialisation, avec une gravité croissante  aboutissant au chaos actuel.

La science économique existe. Encore faut-il la pratiquer !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile



La fin du secret bancaire suisse

Une des victimes collatérales de la crise mondiale qui sévit depuis la fin juillet 2007 aura été le secret bancaire suisse.

La Suisse s'était mise dans une situation impossible. Ses grands établissements, UBS et Crédit Suisse, collectaient une épargne démesurée par rapport aux ressources du pays et devaient pour se développer et concurrencer les monstres américains employer leurs ressources aux Etats-Unis. Trop gros à l'échelle suisse et trop petits à l'échelle mondiale : la vulnérabilité était patente. UBS a voulu grossir aux Etats-Unis. La grenouille se voulait bœuf. Elle a avalé tous les mauvais risques qui passaient par là.

Le retour de bâton a emporté le secret bancaire suisse vis-à-vis des Etats-Unis. Il est impossible de gérer un secret à dimension variable. Le secret bancaire suisse est donc une espèce en voie de disparition.

D'ores et déjà des masses financières colossales ont émigré sous d'autres cieux. Les petites banques qui un temps avaient bénéficié de la fuite des clients UBS  voient leurs encours gérés baisser et avec eux leurs revenus, la baisse de rentabilité des capitaux investis n'arrangeant rien. L'obligation, imposée par les autorités, de renforcer les capitaux propres afin que l'Etat suisse n'ait pas à financer une déroute, complique encore les choses.  La place suisse voit la perspective d'une forte restructuration s'imposer à elle.

Bien sûr elle a réagi. Sa migration vers l'Orient et notamment Singapour a pris de l'ampleur. Sus aux nouveaux riches. Il faut aller chercher l'argent là où il est.  Mais l'Orient est compliqué, surtout quand il est extrême.  L'idée que la place est d'une technicité magnifique  et qu'elle survivra à la fin du secret bancaire en profitant de la liberté accordée aux mouvements de capitaux légaux parait pour ce qu'elle est : un pansement affectif.  La finance représente près de 15% du PIB suisse. Les difficultés annoncées du secteur vont faire mal.

Bien sûr elle finasse. On demandera aux déposants de déclarer qu'ils sont blancs comme neige. Alors on ne pourra plus poursuivre les gentils banquiers pour sollicitations abusives et complicité d'évasion fiscale. Elle veut bien que les déposants paient collectivement et anonymement un impôt. Mais les autres veulent un échange automatisée d'information. Et Rubik a du plomb dans l'aile.

Les Suisses commencent eux-mêmes à se lasser de leur politique de refuge pour riches en rupture de confiance avec leur nation au fisc cupide.

Ils en donnent des signes multiples.

Une votation pour introduire un impôt sur les succession de 20% par ci ; une interdiction de construire des résidences secondaires par là ; une réduction des appartements et maisons disponibles à la vente pour les étrangers par ci ; des demandes d'abandon du régime fiscal spécial des étrangers (le forfait).  par là.

L'immobilier est asphyxié par le trop plein de demandes et les prix sont devenus inabordables. Le bon Suisse natif a du mal à se loger.  Les paysages sont menacés.

L'économie est asphyxiée par le Franc trop fort obligeant la BNS a des actes d'une violence inouïe pour tenter de casser les afflux.

Les accords de Schengen lui ont valu l'arrivée massive de délinquants des pays de l'est et des banlieues lyonnaises.

Les frontaliers agacent.

Le discours flamboyant de Nicolas Sarkozy contre le secret bancaire a amené à commander les pales Grippen. 

C'est dire que la tentation d'une forme de repli sur soi est plus que perceptible.

Si le rôle de refuge fiscal  n'est plus possible il faut pourtant s'ouvrir au monde.

La contradiction est terrible.

Il ne faudra pas dix ans pour que la Suisse entre dans l'Europe.

Et c'est très bien ainsi.

Une méthode de suicide économique : la surtaxation du capital

Dans les programmes des candidats on retrouve partout la même antienne : les revenus du capital doivent subir la même taxation que les revenus du travail. M. Hollande développe cette idée dans pratiquement chaque discours. En résumé  : "les riches tiennent le capital, donc les revenus du capital ; les riches doivent payer la crise ; donc je taxe le capital, les plus values du capital, les revenus du capital, la transmission du capital".  Dans le concours des "cadeaux au peuple", généraux ou ciblés sur des cohortes particulières, M. Sarkozy n'est pas en reste. Le financement du RSA a été gagé sur une augmentation de la fiscalité sur les revenus du capital pendant son mandat. Dans le cadre de la présente campagne il propose de "donner" "jusqu'à 1000 euros pour 9 millions de personnes" en réformant la prime pour l'emploi et en complétant par le produit d'un nouvel impôt sur les revenus du capital.

Le capital serait une espèce de niche fiscale dans laquelle on n'aurait pas assez puisée et qui pourrait nourrir tous les fantasmes électoraux.

Une fois de plus le problème est mal posé.

Tout le monde sait que le travail est trop taxé en France, la gauche depuis la Libération ayant fait valoir de façon ininterrompue qu'il fallait prendre l'argent là où il était créé, dans l'entreprise, provoquant au fur et à mesure des décennies une surcharge fiscale sur l'entreprise tout à fait insupportable dans une économie ouverte où la majorité des autres états ont joué un jeu différent.    On sait que lorsqu'on paie 100 euros à un salarié, l'entreprise est obligée de donner 100 euros à l'Etat (au sens large). Et il va falloir payer l'IS et la TVA et les charges locales et les taxes spécialisées …

Il est vrai qu'au sortir de la guerre, il n'y avait plus en France de capital. Les actifs des entreprises françaises avaient été pillés par les Allemands. L'épargne des particuliers avait fondu.  S'attaquer au capital et aux intérêts  aurait été une politique totalement stérile : il n'y avait pas de capital ni de revenus du capital.

Le "miracle économique français" des "trente glorieuses" a donc été financé par des dons en capital, le Plan Marshall, des dettes importantes (dont le coût était gommé par l'inflation) et par un traitement fiscal favorisant l'épargne.

Cette situation n'était pas tenable dans la longue durée. Le surfiscalité des entreprises a provoqué une évolution structurelle particulièrement néfaste : la France dispose d'un capitalisme sans capitaux ! Les entreprises françaises, trop taxées, n'ont jamais pu grossir comme il aurait fallu. Jamais nous n'avons pu faire éclore une forte nichée de PME importantes, à l'image des Allemands ou des Suisses ou même des italiens du nord. Pas de "Mittelstand" en France. Merci la fiscalité de la quatrième république. Le capitalisme français s'est donc développé dans une symbiose avec l'état, seule capable d'apporter les capitaux,  pour les grandes entreprises, à l'abri de la concurrence internationale, en liaison avec notre "Empire" ou du moins ce qu'il en restait.

Le vol de l'épargne par l'inflation n'était pas plus bénéfique à long terme. L'accès aux capitaux via la bourse française a toujours été très insuffisant. Jusqu'à la fin des années soixante la bourse française a toujours été désespérément plate. Il est vrai que l'état se réservait l'essentiel des capitaux disponibles par des emprunts qu'il fallait rendre attractifs.  L'emprunt défiscalisé gagé sur l'or de M. Pinay reste le symbole  de cette politique.

L'effondrement du système colonial et l'ouverture à l'Europe via le marché commun mettait en défaut ce système précaire.

Les gouvernements du général de Gaulle ont donc mis en place une série de mesures destinées à atténuer le choc : les budgets ont été votés et réalisés pour l'essentiel à l'équilibre. On a réduit l'endettement public en supprimant les déficits budgétaires. La fiscalité sur les particuliers a été aggravée, en même temps que la TVA a été imaginée. En un mot, on a commencé à basculer une partie de la fiscalité des entreprises sur le consommateur et sur le particulier.
 
Un autre phénomène a été la conséquence du baby boom : pendant une longue période l'épargne retraite des français n'a pas trouvé à s'employer. Les salariés partaient à la retraite à 65 ans mais une grande partie d'entre eux n'atteignait jamais cet âge. Les réserves servaient pour l'essentiel à financer l'état qui lui-même finançait via des banques d'investissement spécialisés, des entreprises sans capitaux.

Un troisième phénomène a été la bancarisation forcenée des années 60. Tout le monde devait passer par la banque et le chèque est devenu quasiment obligatoire. La collecte de l'épargne par les banques nationalisées, entre les mains des Inspecteurs des finances, était ramenée ainsi vers l'Etat.

Des dévaluations régulières avaient permis pendant tout le temps de la Quatrième République le maintien d'une compétitivité externe, certes artificielle, mais possible.
 
En 1970 la France est un pays paradoxal. Une certain épargne s'est reconstituée avec la hausse du niveau de vie et une fiscalité favorable. Mais elle ne va pas vers l'entreprise. Des secteurs entiers sont en pleine capilotade du fait de l'ouverture des frontières ou de l'évolution des technologies. Le Nord perd ses filatures et son charbon. Les aciéries lorraines sont problématiques.  Des secteurs entiers se développent dans le monde, notamment aux Etats unis et nous n'y sommes pas. C'est par exemple le cas de l'informatique. Le seul secteur où nous sommes en pointe, après avoir été cherché les idées aux Etats-Unis, est la grande distribution.

Le Japon, l'Allemagne, dégagés de tout soucis de budgets militaires, ont joué la carte inverse de la France. L'accent est mis sur la création d'un maximum de PME capables de grossir et de prendre des positions sur le marché international. En 1970 on voit déjà les résultats. La France a perdu toute son industrie photographique, mécanique,…

Et voilà que trois évènements majeurs frappent le monde :

- le système de Bretton-Woods est abandonné. C'est la loi du plus fort qui sera désormais de règle dans le domaine des monnaies.  La force du Franc après 30 ans de dévaluations systématiques et l'évacuation de la politique du général de Gaulle après les évènements de  68 est plus que problématique.   
- le coût du pétrole commence sa hausse continue, alors que la France n'en a pratiquement pas.
- la récession de 73-74 est la première d'une série de "plus graves crises économiques depuis 1929".
La France ne s'est pas relevée de ces trois chocs.
M. Giscard, "le plus intelligent de nos dirigeants", ne comprend pas la situation. Il accepte à la Jamaïque de jouer le jeu des changes flottants. La banque centrale n'a plus le droit d'alimenter directement l'Etat. Le règne commence des monnaies administratives "gérées" par des banques centrales indépendantes dont le change est laissé aux "libres forces des marchés financiers". Les premières mesures de dérèglementation financière sont prises. L'économie casino se met en place. La Société Générale ouvre sa grande salle des marchés dans une tour à la défense. Tout un symbole.  

La relance keynésienne menée par Chirac en 1974  est un échec. En changes flottants, cela ne marche pas. Les déficits explosent que M. Giscard comble par une hausse des impôts en aggravant de façon constante le taux de prélèvement global :  impôt sur les plus values et généralisation de la TVA. Les grands plans d'état (téléphonie, TGV, aviation) ne concernent pas les PME- PMI qui sont taxées au maximum, privées de capitaux, éloignées de l'exportation.   

Le programme commun de gouvernement de M. Mitterrand charge un peu plus la mule. On taxe le capital avec l'Impôt de solidarité sur le fortune, sauf celui de l'entreprise si l'assujetti la gère lui même. Tous les impôts sont aggravées. Après l'intermède du gouvernement de cohabitation, M. Rocard lance la CSG, un moyen de frapper les revenus du capital en plus de leur taxation habituelle.

A la veille de la grande récession de 92-93, la seconde "plus grave depuis la crise de 1929", la finance a été libérée par M. Beregovoy pour se mettre en ligne avec le système mondial imposé par les Anglo-saxons. La France doit se financer à l'étranger. Ses déficits sont constants. Sa compétitivité a été éliminée par le programme commun. D'un point de vue fiscal,  la technique a basculé : on ne cherche plus à obtenir tout de l'entreprise, défavorisée dans la compétition internationale. On recherche des ressources nouvelles sur le capital et ses revenus.  

Là où MM. Giscard et Mitterrand auraient du proposer une conversion fiscale : réduire l'imposition sur les sociétés et notamment les PME, en rééquilibrant, sans hausse des prélèvements globaux, en frappant les revenus du capital et la consommation, afin de permettre la reconstitution d'une industrie exportatrice forte, ils ne font que chercher par tout moyen des ressources nouvelles.

La hausse constante du SMIC aggravée par des coups de pouces démagogiques et absurdes, la réduction du temps de travail (39 heures et retraite à 60 ans), l'étouffement administratif  de la gestion des effectifs, la pénalisation de la vie économique avec mise en prison systématique des dirigeants pour un oui ou un non,  la spoliation totale des propriétaires de PME en faillite, ont provoqué un déséquilibre structurel du marché du travail : il manque bientôt plus de 5 millions d'emplois salariés. De même un déséquilibre structurel du commerce extérieur est désormais en place.

Dès 1990 la France est morte en tant que grand acteur de la vie économique internationale.  Elle n'est plus présente dans aucun des grands secteurs technologiques qui se développent (Internet, téléphonie, numérique etc.).  Son Etat est devenu démesuré. La décentralisation provoque une croissance incontrôlée des dépenses des collectivités publiques. Les béquilles sociales voient leur coût s'emballer. La préparation de l'Euro conduit à un Franc fort et à une stagnation financière partiellement déflationniste en France.

Le choc de la crise de 93 est terrible. Les déficits s'envolent. M. Juppé est obligé de donner un coup de massue fiscale d'une violence jamais vue. Il est vrai qu'on lui lègue les conséquences du traité de Maastricht. Il faut bien satisfaire les critères de convergence.

Dès ce moment là les grandes erreurs structurelles qui mettent la France en danger sont  évidentes.
- Le monde est victime du système monétaire international des changes flottants qui éteint progressivement la croissance et provoque des crises mondiales de plus en plus violentes.
- L'Europe, et singulièrement l'Euroland, ne sont pas structurés pour lutter dans un tel environnement. Créer une zone monétaire non pilotée  avec une monnaie unique, alors que le monde est partout en change flottant, et que les pays gardent la liberté de gérer leur économie sans aucune concertation avec les autres, est une aventure. Aucun raisonnement économique n'est possible face à un dogme politique. Aucun avertissement ne sera entendu.
- La France surfiscalisée et étouffée de toute part ne peut pas lutter même dans l'Euroland. Le fait est masqué par la réunification allemande qui laisse penser que ce pays aura des soucis pour longtemps. Mais nous sommes déjà une proie potentielle pour l'industrie allemande qui commence à racheter les PME françaises en masse.
La politique Jospin est contradictoire. Elle aggrave le déficit de compétitivité avec les 35 heures et les différentes lois qui pénalisent un peu plus la relation avec les salariés. Elle laisse se développer la folie des créations d'emploi administratifs en région. On multiplie les emplois aidés. Mais on comprend dans les hautes sphères, les élites mondialisées socialistes, qu'il faut permettent aux entreprises du Cac de gagner dans la mondialisation. Stocks options; parachutes dorés ; golden hello ; tout est bon pour mettre les entreprises du CAC et leurs dirigeants à la hauteur de leurs concurrents mondiaux.
M. Fabius réalise même, pour des raisons purement électorales, que le choc fiscal risque de faire perdre les socialistes. Une baisse des impôts bienvenue est lancée.  Malheureusement elle et inefficace : On privilégie la baisse de la TVA  et la "prime à l'emploi", c'est à dire un chèque direct payé à la clientèle électorale. Rien de tout cela n'est en mesure de reconstituer la compétitivité des entreprises. Sauf une mesure importante : la suppression partielle des charges sur les salaires proches du SMIC. Malheureusement cette mesure est financée par la dette !

Comme on le sait M. Chirac ne fait rien ou presque. M. Sarkozy lui prend des mesures contestables : la détaxation des charges sur les heures supplémentaires ; la réduction de la TVA sur la restauration. La baisse des impôts sur les petits successions est démagogique mais reste insignifiante sur l'état de l'économie. Son quinquennat va être une suite ininterrompue de créations de taxes et d'aggravations de l'imposition des revenus du capital. L'ISF n'est pas supprimé, son effet sur les très grosses fortunes est simplement diminué sans réels bénéfices globaux.
 
On a donc bien depuis 1974 tenté de basculer une imposition excessive sur l'entreprise vers les particuliers,  leur revenu, leur consommation, leur épargne, leur capital.  Mais l'enfer de la dépense publique toujours augmentée sans mesure et l'effet de crises mondiales constamment aggravées ont fait que ces efforts n'ont conduit qu'à une élévation de la pression fiscale de plus de 10 points de PIB. Nous habitons sur les sommets mondiaux de la fiscalité.  

Les grandes entreprises travaillant à l'international ne sont pas taxées. Mais les PME sont écrasées. Le capitalisme français sans capitaux est désormais un capitalisme sans entrepreneur. Les chiffres de création d'entreprises ne doivent pas tromper. Ce sont le plus  souvent des retraités ou des chômeurs qui se lancent dans des entreprises en général sans lendemain. Parfois les grandes entreprises se débarrassent sur des entreprises sans avenir des activités qui peuvent valoir des ennuis à leur dirigeants ou qui ne correspondent plus à leur stratégie mondialiste.  Le bénéfice global pour la France est quasi nul.   

Et voilà qu'une nouvelle crise "la plus grave depuis 1929"  creuse tous les déficits publics. Et les deux candidats de fanfaronner : les riches paieront !

Surpris sur sa gauche le candidat socialiste lance son double slogan : 75% de taux marginal sur le revenu et intégration des revenus du capital dans l'assiette de l'impôt.

Indépendamment du taux marginal d'imposition, peut-on considérer tous les revenus et capitaux comme absolument identiques comme base fiscale ?

Prenons le cas d'un entrepreneur : il a créé sa boite avec quelques dizaines de milliers d'Euros. En cinquante ans il en a fait une petite PME qui vaut, disons, 10 millions d'Euros. Lorsqu'il l'a vendra la valeur qu'il a créée sera considérée comme une plus value taxable comme tout revenu. A 75% ? Cela signifie que tout acheteur achète en vérité les entreprises… au fisc. L'entrepreneur est spolié d'une vie de travail qui devait lui permettre de prendre sa retraite confortablement après réussite (monter de rien une PME qui tient des années et finit par valoir quelque chose est un exploit en France). D'où viendra l'argent de l'acheteur ?  Seulement de l'étranger. Ou de l'emprunt. Mais on a vu où on en était avec les LBO financés par la dette.    
La surtaxation des plus values  occasionnelles sur le capital, sur la même  base que celle  d'un revenu récurrent et à un taux confiscatoire mettra aussitôt fin au moignon de capitalisme familial qui survit en France. Elle viendra s'ajouter à des mesures qui ont déjà des effets dévastateurs : l'impôt progressif sur les successions entraîne déjà la vente à l'étranger de nos fleurons industriels (voir L'Oréal et Nestlé après milles autres cas) ; l'entrée dans l'ISF du propriétaire de son capital dès qu'il cesse de diriger son entreprise est mal vécu et entraîne des exils fiscaux.

La majorité des expatriations n'ont pas pour cause l'intensité de l'impôt sur le revenu mais la taxation sur la transmission du patrimoine ou de la direction de l'entreprise.       

Dans tous les cas, la surfiscalité portant sur le capital de l'entreprise entraîne une expulsion tendancielle vers l'étranger.

C'était évident pour les entreprises du Cac 40 qui n'auraient eu qu'un pas à faire pour se délocaliser. On les a soigné fiscalement très favorablement.

C'était tout aussi clair pour les autres entreprises qui n'ont pu dans cette perspectives qu'à se vendre à l'étranger ou voir les propriétaires s'expatrier pour ne pas tout perdre. En quarante ans, c'est près de 20.000 entrepreneurs français qui ont émigrés et dans la plupart des cas il s'agissait des plus grosses PME-PMI françaises.

L'application de taux confiscatoires à ces opérations finira sans aucun doute possible à faire que le capitalisme français n'ait plus ni capitaux ni capitalistes du tout.

Plus généralement l'épargne est née de la non consommation d'un revenu taxé, c'est-à-dire d'un reliquat après impôts. On a fiscalisé sa propriété, sa cession, ses plus values éventuelles,  son rendement, sa transmission. On veut maintenant avec la taxe sur les transactions financières taxer son simple déplacement. Avec des taux progressifs coercitifs et prédateurs il n'est même plus envisageables de capitaliser son épargne sachant qu'à la vente finale la spoliation sera quasi-totale, sauf niche fiscale, comme l'assurance vie.    

Au point où on en est arrivé, une dépense publique qui représente globalement 100% et plus de la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand (il faudrait une TVA de 100%  pour les financer si cette impôt était unique !), un manque à gagner de 5 à 10 millions de salariés,  un déficit extérieur structurel et des comptes sociaux totalement dégradés, l'assimilation fiscale pure et simple des revenus du capital et des revenus du travail conduirait à la quasi disparition du tissu d'entreprises français.  Avec les taux envisagés, cette élimination se ferait en moins d'une génération.

Plutôt que de suivre la voie délétère qui nous fait sortir de l'histoire économique depuis 1974, les politiques devraient comprendre trois choses essentielles  :

-  La France est surfiscalisée, suradministrée et étouffée par les règlements. Aller plus loin est suicidaire. Ni l'extension des assiettes ni l'aggravation des taux ne suffiront jamais. Il n'y a pas de choix : il faut réduire à la hache les dépenses publiques et recréer les conditions d'un capitalisme avec des capitaux et des entrepreneurs français.  Une fois le champ salé rien ne repousse. Voyez les pays de l'ex bloc soviétique. Seuls des transferts d'assiettes sans alourdissement de la fiscalité  sont acceptables. Ces transferts doivent favoriser l'entreprise et l'emploi.
 
- La dite France n'a aucune chance dans une Europe à monnaie unique où les autres pays ont pris les bonnes mesures. La situation vis-à-vis de l'Allemagne devrait éclairer.  L'ambiance déflationniste détestable qui préside au système de l'Euroland conduit de toute façon à la stagnation donc à affaiblir les plus faibles et à nourrir les plus riches. les entreprises allemandes sont contentes ; les entreprises françaises sont à merci.

- L'Europe, et à l'intérieur d'elle la France,  n'a aucune chance dans le système fou des changes flottants qui provoque depuis quarante ans le ralentissement constant du trend et la survenue de crises financières mondiales toujours plus graves tous les 8-10 ans.

La France est actuellement au bord du gouffre et on lui propose de faire allégrement un grand pas en avant fiscal.  Si elle le fait, c'est un suicide.

Après tout la France est le pays où l'on se suicide le plus. Alors : tous ensemble; tous ensemble ?

Vraiment ?

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

 

Un grand discours de campagne ? Presque !

Le discours de Nicolas Sarkozy à Villepinte est, enfin, un grand discours de candidat aux présidentielles.

La phrase clé :

 

"Entre les scènes nationale, européenne et mondiale, il n'y a pas de cloison".

 

Nous ne cessons ici de répéter que les crises françaises, européennes et mondiales sont strictement emboîtées et qu'il est totalement vain d'essayer de résoudre l'une sans s'attaquer aux autres.

Ce n'est pas par l'électoralisme, l'attitude politique qui consiste à acheter des clientèles électorales avec des promesses qui parfois risquent d'être tenues, et l'accumulation d'opérations "image" ou de catalogues de mesurettes que l'on pourra dessiner un chemin de sortie de crise aux Français. Ce n'est pas non plus en stigmatisant des boucs émissaires.

Tout candidat crédible doit tenir un discours qui dégage des politiques permettant de traiter en même temps les difficultés apparues dans les trois sphères.

Oui, l'absence de système coordonné en matière monétaire permet à quelques grandes puissances de commettre des abus dangereux qui ont été à l'origine de la crise et qui demeurent, faisant courir les plus grands risques pour bientôt.

Oui face à ces abus et leurs conséquences, une gestion européenne par la norme en fonction d'une idéologie simpliste n'est qu'une impuissance dangereuse. Il faut des organes exécutifs et un pilotage très proches des gouvernements et des parlements nationaux capables de réagir vite. La zone Euro est actuellement un déni d'organisation sérieuse.

Oui la France ne peut pas être empêchée de mener des politiques adaptatives par des organes de contrôle européen qui laissent jouer les autres grandes puissances à leur guise en Europe. 

Le monde doit coopérer, l'Europe doit revoir sa gouvernance, la France est impuissante à agir seule si les deux préalables ne sont pas levés mais garde encore quelques leviers qu'il importe d'actionner avec la vigueur nécessaire.

Une personne intelligente et sympatique étant celle qui pense comme vous, nous aurions la plus grande mauvaise foi à  ne pas saluer ce passage là du discours de Nicolas Sarkozy.

Celà dit, il reste à savoir si le  Nicolas Sarkozy qui "a appris", a compris dans le détail ce que cette triple politique implique.

Il voit bien que la crise est mondiale, mais où sont les causes ? En parlant de plusieurs crises successives, il masque l'unité fondamentale des évènements qui viennent de se produire et suggère qu'il n'a pas vraiment compris ce qui s'est passé. La ficelle de propagande est un peu voyante (le héros a terrassé plusieurs Gorgone ; il est plus fortiche que s'il en avait terassé une seule). Mais l'impuissance intellectuelle est flagrante.

Il remet en cause les manipulations monétaires. Mais il ne dit pas l'essentiel : il faut aller vers un système de changes fixes et ajustables étalonnés sur une valeur externe indépendante des banques centrales. Mais à ce moment là la taxe sur les mouvements financiers n'a plus d'intérêt technique et apparait pour ce qu'elle est : une pompe de plus dans la poche des Français.

Il remet en cause la gestion par la règle qui prévaut en Europe avec des politiques confiées à Bruxelles qui les exerce contre les Etats et de façon idéologique, avec la complicité bienveillante de la Cour de justice.  Mais il faut dire quels organes on veut mettre en place pour obtenir quels résultats avec quels moyens. Là c'est le silence.

Peut-être que la fin de la campagne nous éclairera-t-elle...

Pour la France le candidat est singulièrement muet. Certes on vise l'équilibre budgétaire en 2016, en continuant les réformes.  Très bien. Mais jusqu'en 2016 les budgets vont continuer à être déficitaire et la dette va arriver aux 100% du PIB que nous craignons depuis le début.  On voit qu'il va y avoir un tour de vis fiscal. Mais la réduction de la dépense publique est évacuée. Où sont les nécessaires "commissions de la hâche" ? On note avec plaisir qu'une des voies que nous avons évoquées sur ce blog (la réduction du coût des institutions démocratiques notamment par réduction des postes d'élus)  apparait dans le discours. Mais il en faudrait 20 comme cela.

La nécessaire réconciliation de l'Etat avec les "forces vives" qui nous parait indispensable n'est même pas évoquée.

Monsieur Sarkozy voit bien les têtes de chapitres. Son problème est la déclinaison qu'il en fait ou qu'il n'en fait pas. Sa candidature, dans le contexte sondagier hyper négatif, est peut-être la manifestation ultime du "complexe de Zorro" diagnostiqué par M. Allègre. Mais son approche va au fond des choses. Les solutions aux difficultés qui nous assaillent  sont presqu'exclusivement collectives. Un plan français interne ne suffit pas.

Pour avoir une crédibilité internationale il faut s'appuyer sur un corps d'analyses extrêmement solides qui puissent être partagées.  Quand on n'a pas le pouvoir suprême d'imposer il faut convaincre. Faute de proposer avec l'appui des experts un corpus indiscutable et partagé, Nicolas Sarkozy en est réduit à menacer :" je ferai si vous ne faites pas".

 

L'ennui avec le candidat François Hollande est qu'il a choisi une tactique du silence, où des catalogues de mesurettes catégorielles d'inspiration électoraliste jouent le rôle de cache-sexe troué d'une stratégie pour la France non exposée sinon inexistante.  Pas un mot sur la mondialisation, pas un mot sur l'Europe. Et sur la France, malheureusement, une mesure symbolique qui va directement à l'encontre de ce qu'il faudrait faire. 

Il sait avec Mitterrand, qu'on ne sort de l'ambiguité qu'à son détriment. Il devrait aussi remarquer que le silence est peut être d'or mais pas le vide, même s'il est tactique. Le Président de la 5ième République est nécessairement un stratège.  "Tactique sans stratégie et stratégie sans tactique  ne sont que ruine de l'armée" disait Bonaparte.  

Hollande a gagné jusqu'ici la vaine bataille de la tactique électoraliste. Mais il n'a développé aucune idée claire sur sa stratégie pour la France dans les trois domaines mondial, européen et français. Il serait bon qu'il le fasse désormais. On peut craindre que bien installé avec près de 10 points d'avance dans les sondages au second tour, il trouve astucieux de n'en rien faire.  Dommage ! Avant dommages.

Sarkozy gagne actuellement la bataille stratégique mais risque de tout perdre par une tactique incertaine, brouillonne et parfois révulsive.  Il serait bon qu'il réagisse dès maintenant. Va-t-on contre son tempéramment ?

La campagne a fait à Villepinte un saut qualitatif. Espérons que  ce n'est qu'un début. Pour être au niveau des exigences, il reste encore bien du travail. 

Aux deux candidats principaux, il reste à définir dans leurs grandes lignes  à la fois une tactique et une stratégie gagnante pour la France (pour eux mêmes on s'en fiche un peu, il faut bien le dire !) dans le monde où nous sommes.

Avec un degré de précision qui permet l'analyse et le pronostic du succès.

On est loin du compte.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile

 

 

 

 



Pendant les élections la crise continue.

La campagne électorale française est à peu près totalement nulle. Aucun des candidats n'a la moindre proposition sérieuse et il ne s'agit plus que d'un combat douteux de "communicants" pris dans un jeu de rôle  débile.  Le vent mauvais détecté il y a quelques semaines est devenu pestilentiel. 

La France est «un pays de collabo néo-fasciste» affirme un bobo qui rêve de faire fortune dans le cinéma avec un talent minuscule  tout en conservant son aura "de gauche". "On sombre dans le communisme pur et dur qui ruinait les malheureux qui subissait le régime en leur donnant la satisfaction des exactions faites aux autres :  tu ne manges pas mais regarde ce qu'on fait aux paysans", affirme un partisan de l'autre bord. Nous revoici à la guerre entre fascistes et communistes, entre chemises brunes et chemises rouges, des années trente. Presque cent ans déjà.

Chacun des candidats en est à essayer à surprendre l'autre "pour prendre la direction de la campagne sur ses thèmes" en lâchant des énormités.  Le candidat de la "normalité" trouve "normal" d'avoir une fiscalité   hors norme, une durée de travail  hors norme,  un taux de dépenses publiques hors norme, une position européenne contraire à l'avis de tous les autres.  Dans l'autre camp on explique que les citoyens devront désormais avoir un éthylotest dans leur voiture,   les élèves un uniforme, et que les pratiques bizarres de préparation de la viande dans les religions juive et musulmane pourraient tout de même disparaître.  Bientôt on vérifiera la manière de se gratter le nez.

Chacun s'essaie à trouver ses boucs émissaires. Entre les "mauvais Français" qui n'acceptent pas d'être tondus ras sans autre raison que l'arbitraire politicien, et les "mauvais étrangers" qui nous font tant de mal,  choisissez M'sieurs-dames, le marché de la haine est ouvert.

En un mot, le niveau zéro de la politique qui n'échappe pas d'ailleurs au public que la campagne dégoûte après l'avoir déçu. Il faut dire que les deux personnalités qui combattent sont des nains médiocres sortis au forceps  du ventre de partis  intellectuellement et socialement moribonds et devenus de simples écuries féodalisées.

Pendant ce temps là, le monde chemine.

 "D'après les chiffres cités par les deux journaux, l'avis d'imposition du fondateur du réseau social Facebook pourrait afficher neuf zéro. Le Fisc devrait en effet lui réclamer cette année la coquette somme de 1,5 à 2 milliards de dollars."

Ah si cette innovation avait eu lieu en France !  Mais non. La France n'innove plus depuis longtemps. Elle a voulu, sous la houlette de hauts fonctionnaire, généralement socialistes, un capitalisme sans capitaux et sans capitalistes, avec une surfiscalisation délirante.

 Elle est sortie de l'histoire économique. 

Mme Bettencourt ? Une survivante des années trente. Il n'y aura pas de nouvelle madame Bettencourt en France. Impossible. M. Arnaut ? Un malin qui a fédéré les industries du luxe avec l'aide de l'état et des banques.  Mais les acheteurs du luxe n'existent plus en France. On fait avec de l'ancien non renouvellable.

Glencore va de son côté ramener des centaines de millions de francs suisse au fisc suisse.  Aurait-on pu avoir un Glencore en France. Non. Evidemment non. 

La France est sortie de l'histoire économique après avoir fait partie de toutes les révolutions et les créations  industrielles pendant 200 ans.  Il est  vrai que nous aspirons d'abord à "casser du riche" et à devenir une exemplaire démocratie non populaire qui régente la vie des citoyens  dans le détail  en l'empêchant de vivre sa vie dans un monde qui s'ouvre.

La Suisse et la Belgique sont agacées par l'arrivée ininterrompue de riches fuyant la France.  Sévèrement prise à partie par les américains,  elle supprime progressivement son secret bancaire, qui est presque mort. On n'en est  plus à Rubik. Les déposants devront dire qu'ils sont en règle. Comme cela s'ils sont pris, ce ne sera pas la faute de la Suisse mais du vilain menteur. Une votation propose de créer des droits de succession à 20%. On interdit de  plus en plus aux étrangers de s'installer en Suisse ou d'acheter des biens immobiliers. Les prix de toute façon sont devenus tels que seuls les plus riches peuvent envisager de payer des fortunes pareilles.  Les frontaliers sont en ligne de mire.

La Suisse s'ouvre à la moralité internationale en se repliant, une figure de style assez curieuse.

La Belgique suit le même chemin. La hausse du prix de l'immobilier est mise toute entière sur les dos des déménageurs français.  Et si la Wallonie était rattachée à la France ?

Les étrangers contemplent avec mépris ou étonnement, ce pays, autrefois leader du monde,  qui se suicide avec frénésie et le sauve qui peut qui s'en suit.  Et tentent  d'en profiter mais sans être submergés.

La conjoncture mondiale, elle, s'effondre. La Chine n'exporte plus. En janvier et février et mars , elle aura connu une baisse de ses exportations.  L'Allemagne en subit le contrecoup. Les voitures allemandes ne se vendent plus comme des petits pains. Le repli est partout.  Les Etats-Unis sont sous perfusion  monétaire comme les européens.

Des milliers de milliards de Dollars et d'Euros sortent des imprimeries, dopant artificiellement non pas les économies mais les bourses et les marchés de matières premières. Pardi, on n'a fait aucune réforme du système monétaire international !  Mais les flottes de "freighters" restent à quai.  Les pays "émergents" piquent du nez, alors qu'on envisageait de se refaire en attaquant vigoureusement ces marchés.  

Les causes de la crise ne sont toujours pas comprises. Les mesures curciales ne sont toujours pas prises.

Le réveil post électoral sera saumâtre.

Didier Dufau pour le Cercle des économistes é-toile.



L'Europe déraille. La France s'éteint.

Les années trente avaient déjà montré qu'en cas de crise économique durable les élections aggravaient la situation et retardaient les solutions.

Nous voyons en temps réel la confirmation de cette triste règle.

L'Europe n'arrive pas à sortir de l'urgence. Pendant que la Banque Centrale Européenne achève son plan de sauvetage des banques et des états, avec la création de 1.000.000.000.000 d'Euros de monnaie centrale (une paille !),  la zone entière entre en récession.

Le plan de Mme Merkel et de M. Sarkozy de renforcement de la discipline budgétaire que deux pays ont déjà refusé est un peu plus fragilisé par  l'annonce d'un référendum en Irlande.  Le candidat français favori des sondages au second tour a déjà annoncé qu'il en demanderait la renégociation et qu'il ne le ratifierait pas.  Il n'est plus sûr  que les élements constitutionnels qui doivent être acceptés par le Parlement français soient votés.

L'idée allemande qui veut que la monnaie unique suppose non pas des institutions de gouvernance unique mais une austérité unique est incompatible avec l'appel aux électeurs.

Le plan de "sauvetage" de la Grèce, (on sauve le système bancaire grec, largement possédé par des banques étrangères)  qui a déjà coûté quatre années de récession et un appauvrissement dramatique du pays, est menacé par les élections grecques. Personne ne croit plus qu'il sera réellement appliqué.

Comme nous l'affirmons depuis quatre ans, la banque centrale ne peut à elle seule, sortir de la crise. Et l'Europe n'a aucune politique économique, aucune politique monétaire, aucune politique commerciale extérieure et aucune politique de change commune. La "gestion par la règle" est une ineptie. Il faut un pilote dans l'avion commun. Ou alors il faut revenir à des politiques nationales intégrées.
 
Quant à la France ! On sait qu'elle souffre d'un délire chronique de dépense publique associé à ses deux conséquences, un endettement massif et une névrose fiscale tournant à l'hystérie permanente.  Malgré tous les ouvrages qui depuis  trente cinq ans expliquent que les politiques français conduisent le pays dans le mur, malgré des institutions qui devraient  responsabiliser les dirigeants en les forçant à assumer leur démagogie donc à la maîtriser,  la campagne électorale pour les présidentielles françaises marque un dévoiement  inoui.

Désormais on cherche de façon explicite à "acheter" des cohortes d'électeurs en leur proposant quasiment de l'argent liquide et comme ces "cadeaux au peuple" ne suffisent pas  on fournit de la haine à consommer de suite, sous forme de stigmatisation fiscale ou autre de minorités.

Au delà de l'abjection morale et civique que traduit cette évolution méphitique,  on voit se profiler un n'importe quoi économique qui va rendre toute sortie de crise impossible.

Cette crise demandait dès 2008 que les grands pays se concertent pour mettre fin aux changes flottants et à l'absence de système monétaire international, afin de coordoner l'élimination du surdendettement global par une croissance concertée. Les théories dominantes et les intérêts nationaux mal compris ont interdit cette inévitable solution qui avait pourtant montré sa pertinence dans le passé. 

Sur un fond monétaire mondial stabilisé et orienté vers la croissance, l'Europe aurait pu mettre en oeuvre des plans de gouvernance raisonnables sans obliger tout le monde à une austérité intenable.  On a choisi la panique et le n'importe quoi tout en laissant la BCE arroser les banques.  Aucune confiance n'a été rétablie et la perspective de l'éclatement de la zone n'a jamais été si grande.

La France aurait pu à son tour mettre fin à sa névrose fiscale par des réformes simples mais efficaces orientées toutes vers la croissance et l'élimination des excès perpétuels de ses politiques en matière de dépense publique.

On voit qu'on en est à proposer de taxer marginalement les revenus à près de 90% rien qu'avec les deux impôts les plus faibles en matière de rendement !  On surenchérit dans le confiscatoire en espérant quoi ?

Le monde  en crise durable et sans espoir, l'Europe en voie de dislocation, la France réduit au niveau du Zimbabwe de Mugabé ou du Vénézuela de Chavez, voilà  où on en est après quatre ans de sottise et d'aveuglement général.

Qu'on ne nous dise pas que ce n'était pas prévisible !

Que la France est moche dans cette Europe zombie et ce monde sans direction !  La campagne électorale actuelle, un combat de nains démagogues entourés de clowns grotesques,  marque sa disparition comme nation qui compte. 

Quelle tristesse pour notre génération qui aura vu le suicide d'une grande nation !

Le Français né malin est en train de mourir de bêtise. 

RIP.

 

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.



Le blog du cercle des économistes e-toile

Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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